Ajournement
Je voulais parler pour ma maison au commencement de ce premier cahier. Mais le cahier est déjà plein. Il faut que je finisse de publier les communications qui nous sont parvenues avant et pendant les vacances. Il faut que nous commencions à publier les annonces de l’année scolaire où nous sommes entrés.
J’espérais un peu à part moi que les cahiers seraient toujours pleins et que je serais toujours dispensé de présenter une apologie. Mais un ami me communique ce morceau de journal : — cri de Paris — numéro
On s’est demandé de qui étaient les beaux articles de La Petite République, signés « Un Universitaire ». On les a légèrement attribués — Le Temps lui-même — à un M. H.…. qui soutenait dernièrement, en Sorbonne, une thèse sur la philosophie allemande.
Nous pouvons renseigner Le Temps. Ces articles sont d’un jeune professeur de philosophie du Midi, ancien élève de l’Ecole Normale. Autour de M. Lucien Herr se forme en ce moment une admirable école de philosophes socialistes, qui, abandonnant les abstractions et les disputes vaines, apportent au peuple leur intelligence et leur volonté
Le nom du jeune philosophe commence par un H et finit par une. Cherchez…
Je ne puis savoir et je n’ai pas demandé si cette note a été fabriquée par un ami maladroit de M. Herr ou par premier cahier de la deuxième série un trop adroit ennemi. Les mœurs de la presse contemFat poraine sont si bizarres que je n’y entends rien. . J’ai travaillé longtemps avec M. Lucien Herr et j’aimerai toujours la mémoire que j’ai de l’action que nous avons faite ensemble. Une simple compagnie de simples citoyens, d’honnêtes gens, s’était librement formée, non pas autour de M. Lucien Herr, mais sans aucun chef. J’en fus, un des tout premiers. M. Lucien Herr en fut, un peu après. Je puis dire que j’étais le gérant de cette compagnie, comme je suis devenu le gérant de ces cahiers. Les souscripteurs et les amis actuels de ces cahiers formaient dans les derniers temps, un peu avant la séparation, un peu plus des deux tiers de la compagnie. Nous n’avons jamais été une admirable école de philosophes socialistes. L’admiration mutuelle n’avait pas cours parmi nous. Il était entendu que nous ne formerions jamais une école, mais que nous resterions une compagnie d’hommes libres. Il était entendu que nous serions socialistes moralement. Il était entendu que les philosophes resteraient libres de leur philosophie et les savants libres de leur science et les artistes libres de leur œuvre d’art, étant donné que par définition la philosophie est philosophique et non pas socialiste, que la science est scientifique et non pas socialiste, que l’art est artistique et non pas socialiste. Le socialisme est au contraire ce qui veut donner au peuple un libre accès à la philosophie, à la science et à l’art.
est vrai que déjà nous avions abandonné (les abstractions vaines et les disputes vaines. Jamais nous n’avons entendu abandonner par là rien de ce qui fut la passion ou le travail de l’ancienne humanité. Personnellement je déplore que plusieurs de nos anciens cama-
rades n’aient fait que substituer des vanités nouvelles à de vieilles vanités, donnant une importance qu’elles n’ont pas, en premier lieu à la spéculation sociologique, en second lieu à l’action politique parlementaire inaugurée parmi les socialistes français.
Enfin nous n’avons jamais pensé que nous apporterions au peuple aucune intelligence et volonté géné- reuse. Nés du peuple et peuple nous-mêmes, pauvres et pour la plupart fils de pauvres, nous n’avons jamais eu à nous transporter auprès du peuple. Cette volonté que nous avons eue, que nous avons, que nous aurons toujours de faire de l’action morale socialiste ainsi et autant que nous le pourrons ne nous a jamais semblé généreuse parce que nous sommes socialistes en ce sens que nous sommes assurés que les devoirs qui sont le plus souvent considérés comme étant des devoirs de
charité généreuse ne sont en réalité que des devoirs de
Puisque les jeunes essais dont ces cahiers sont enfin nés ont aussi donné naissance au rassemblement dont il s’agit, puisque nos apprentissages, nos origines et nos commencements sont indirectement livrés, dénaturés, aux bavardages des journalistes, — et quels
journalistes! (1) — il redevient inévitable qu’aussitôt (1) Encore plus mal renseignés qu’ils ne sont indiserets. Les articles signés dans la Petite République un Universitaire ne sont nullement en effet d’un M. H… qui aurait dernièrement soutenu, en Sorbonne, une thèse sur la philosophie allemande. Mais ils ne sont pas non plus d’un jeune professeur de philosophie du Midi, dont le nom commencerait par un Met finirait par une. Ils sont dunde . mes anciens camarades, ancien élève de l’École Normale, agrégé de à philosophie, dont je ne donnerai pas les initiales, en congé à Paris, 4 _ Bien qu’il ait deux promotions de plus que moi et qu’il soit monté d’un degré plus haut en grade, il ne m’a jamais méprisé, il ne me
premier cahier de la deuxtème série que je le pourrai je donne en bref l’histoire de ma
Je n’aurai pas la parole dans le prochain cahier. Nos abonnés savent qu’il sera tout entier constitué, texte et couverture, par le roman de René Salomé, vers l’action. Ce roman nous promet un fort beau cahier de plus de
Nous supprimons pour la deuxième série les nombreux services de presse que nous avions consentis. Nous ne Jerons plus que quelques services d’échange. Autant nous sommes décidés à épuiser nos finances pour que nos cahiers parviennent gratuitement à nos amis les instituteurs et les militants obscurs, autant il serait vain de nous grever pour nous faire éplucher dans les vagues salles de rédaction. méprise pas. Je ne sais pas s’il est d’une école formée autour de M. Lucien Herr. Je sais qu’il n’était pas avec M. Lucien Herr de l’ancienne compagnie dessus dite. Je le vis un peu aux récents congrès socialistes. Il me demanda ce que je pensais de ses articles. Si je le voyais aujourd’hui je lui dirais : Mon ami méfie-toi. Je n’ai pu lire tes premiers articles, parce que j’en fus empêché. Mais j’ai lu les derniers. Prends garde. Ils ne sont pas d’un universitaire. Quand tu signes un universitaire, tu te désignes au public par un accident et non par ton caractère même — on peut parler ce langage à un agrégé de philosophie. C’est un peu comme si je signais un Sorbonnard parce que ces cahiers demeurent à présent 16, rue de la Sorbonne. Et encore je suis en un sens un Sorbonnard, tandis que ce que tu écris n’est pas universitaire. L’article où tu encourageais le chahut anticlérical n’est pas d’un bon professeur. Nous ne devons jamais encourager le chahut dans les classes. Evitons aussi de nous griser quand nous polémiquons avec le Temps, qui est un grand journal bourgeois. Ces polémiques deviennent aussi facilement de résonance fausse que la plupart des soutenances de thèse. Evite aussi de t’habituer au journalisme. — Je lui parlerais ainsi parce que je le connais et que je sais qu’il est un bon citoyen, non auloritaire, sincère, entendant la critique.