Les retours. Les haleurs, le soldat
- les retours FES paraissant vingt fois par an , rue -de ia Sorbonne, au rez-de-chaussée
Nous avons publié dans nos éditions antérieures et k dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un si grand nombre de documents, de textes formant dos-. siers, de renseignements et de commentaires ; — un | É si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles, | romans, drames, dialogues, poèmes et contes; — un à \ si grand nombre de cahiers d’histoire et de philo à sophie ; de biographies et de vies; et ces documents, renseignements, textes, dossiers et commentaires, ces ‘} cahiers de lettres, d’histoire et de philosophie étaient \ si considérables que nous ne pouvons pas songer à en donner ici l’énoncé même le plus succinct; pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières séries des cahiers, ht, il suffit d’envoyer un mandat de cinq francs à M. André ; Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sor- ls bonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondisse- | ment: on recevra en retour le catalogue analytique de * sommaire, I900-1904, de nos cinq premières séries. Ce catalogue a été justement établi pour donner, autant qu’il se pouvait, une image en bref, un raccourci, GO une idée, abrégée, mais complète, de nos éditions anté- nu rieures et de nos cinq premières séries ; tout y est classé : A dans l’ordre ; il suffit de le lire pour trouver, à leur eu | S place, les références demandées. % Ce catalogue, in-18 grand jésus, forme un cahier 14 | très épais de XII+408 pages très denses, marqué cing |
fra mes ; ce cahier comptait comme premier cahier de la sixième série et nos abonnés l’ont reçu à sa date, le vrai
2 oct obre 1904, comme premier cahier de la sixième Série; toute personne qui jusqu’au 31 décembre 1905 sa onnait rétrospectivement à la sixième série le rece- à pait, par le fait même de son abonnement, en tête de la Hi série; nous l’envoyons contre un mandat de cinq francs pat … âtoute personne qui nous en fait la demande. KE Pour amorcer tout travail que l’on aurait à commencer À _ dans notre premier catalogue analytique sommaire, con- Hs -sulier le petit index alphabétique provisoire que nous à
_ avor s établi de ce catalogue analytique sommaire.
5 jé us, forme un cahier très maniable de XII + 60 pages rs claires, marqué un franc; ce cahier comptait +8
- omnme premier cahier de la septième série et nos ml _ abonnés l’ont reçu à sa date, le premier octobre 1905, 1e né mme premier cahier de la septième série; toute À ÿ ersonne qui s’abonne à la septième série, qui est la va sérieen cours, le reçoit, par le fait même de son abonne- F | _ ment, en tête de la série; nous l’envoyons contre un “ dl % ht dat de un franc à toute personne qui nous en fait rl _ la demande. fr
- Pour lasixième série, année ouvrière 1904-1905, et ps … en attendant que paraisse le catalogue analytique som- He ._ maire de nos deuxièmes cinq séries, 1904-1909, on É peut consulter, — provisoirement, — la petite table s de RE analytique très sommaire que nous avons publiée en fin de __ de ce cahier index. FAC
\ À Arutc à la gloire du vieil Homère, \1720 Molrse ère de tous ces retours.
‘4 aux Cahiers de la Quinzaine
ke Émile Moselly, — l’aube fraternelle, l’arrivée, au camp,
À au fort, — un cahier épuisé, n’est plus mis en vente
VU que dans les collections complètes de la quatrième
F4 — — Jean des Brebis ou le livre de la misère,
°@ Jean des Brebis, à la belle étoile, le revenant, la mort
1 à .… L’équipe travaille depuis l’aube dans la chaleur suffo- ante. Déchargeant un bateau de charbon, les hommes FE _.se suivent sur la passerelle pliante, la nuque écrasée … sous le poids des sacs. Une poussière noire souille la QU | berge, les ormes du chemin de halage, les chalands ee.
- trapus et bas sur l’eau. Et les silhouettes des travail- . leurs se meuvent confusément dans. une buée chaude, ;)) | traversée des rayons obliques du couchant. | Une grue géante allonge le cou, comme une bête DE _ sournoise, ayant l’air de surveiller le travail des misé- ei Et les hommes marchent du même pas, sur la passe- Re: Une morne désolation se lève des terrains vagues, . rongés par une lèpre, où sont amoncelés des détritus. VS … Le couchant verse une clarté plombée sur les eaux “1 … croupissantes du canal, où flottent des vieux bouchons, En des journaux, des bois morts, toujours à la même place. de … On entend, quelque part, une machine haleter pesam- pt … ment. Et le soleil qui décline n’apporte à la terre aucune AS _ fraîcheur, aucun apaisement. Des soufles ardents mon- … tent du sol, comme si les choses hostiles voulaient : AA
mettre un large embrasement autour de la souffrance à Et les hommes se suivent, du même pas rythmique et balancé, qui fait plier la passerelle. Ils vont, sans se hâter, remontés comme des machines. L’eau ruisselle sur les torses nus, sur les poitraïils embroussaillés ; le soleil mord les nuques couleur de brique; et le travail s’accomplit, implacable, sans trêve, comme une besogne de forçat. £ Parfois un d’eux jette sa charge, et, droit comme un pieu, se laisse couler dans le canal. Puis il fait la plan- ‘ che, les bras en croix, poussant de temps à autre un grognement de plaisir. Et les autres lui jettent, au passage, un regard de convoitise. Un chien altéré descend le talus; caché dans les roseaux, il boit longuement, avec un large lappement, : qui fait à la surface de l’eau de grandes rides. Un homme déboucha à l’extrémité du chantier, Il marchait, affaissé et las. Devant lui, son ombre s’ale longeait démesurément sur la terre galeuse. | Il s’arrêta, réfléchit et prit une résolution. Du même pas, qui traînait, il vint se planter devant le chef de chantier. Assis sur un tas de gravier, les jambes chaussées de bottes fortes, celui-ci surveillait le travail, éventant sa face suante avec un chapeau de — Salut! dit l’homme. Des fois, y auraït-y de l’embauche ? \ Le chef de chantier ne répondit pas.
_ Il toïisait l’homme, qui, la main dans la poche, silo he” _ tait un air entre ses dents serrées, s’efforçant de prendre | une attitude indifférente. Sa mise n’inspirait pas _ | confiance. Il avait dû faire une longue route. Ses espa- 44 drilles étaient blanches de poussière; son orteil sai- ni “ gnant passait par un trou. La défroque qui pesait à ses ni SUR . épaules était un ramassis de haillons, où s’accrochaient He 5 des fétus de paille, des feuilles sèches, des brindilles 25 d’herbe, toutes les choses innommables qui pourrissent Re dans le fossé des grandes routes. Sa face terreuse, aux (14 108 yeux caves, encadrée d’une barbe blonde, sale, malgré ! È gt _ les efforts qu’il faisait pour paraître calme, était tiraillée 4 | par une angoisse. Un maraudeur sans doute, qui voulait 4 pénétrer dans le chantier pour faire un mauvais coup, Le #0 _ voler des ferrures ou des planches ! de _ L’homme parla: 1 ## _ —J’vasvous dire! J’suispasexigeant.Unebricole, quoi! Ra | D: Un coup de main, si l’ouvrage presse. De quoi gagner LL une pauv’ pièce de vingt sous. J’vas vous dire, j’ai pas ne À 4 . Soupçonneux, le chef de chantier fronça les sourcils. ER | NE D’où venez-vous ?
- L’homme, d’un large geste enveloppa l’horizon, bai el is n ES gné de clartés fauves, où des monts lointains s’accrou- y ne ‘à — J’en ai ty vu des patelins, depuis que je marche! Des
- Des bons pays, où y avait de tout, du vin, du lard, des k. FR pommes de terre! Et d’aut’, des pays de chiens, où les Lo ne poules crevaient de faim, autant dire, au temps de la ‘ …_ moisson. J’ai marché partout, dans le plat pays et dans ML
les côtes. Des fois on me recevait bien, je travaillais } dans les fermes, à la moisson. Des fois, on lâchait des chiens après moi. J’couchais dans les haies, et je volais !
_ des navets dans les champs. J’ai pu de souliers, j’en À peux plus. Les premiers temps, j’tenais bon : Cale pas, | que je me disais. Mais la misère, ça vous use. J’tiens
. pu ensemble; j’tombe en javelle, comme un vieux tonneau.… Il toussa, respira, reprit : Les derniers temps, j’avais une bonne place, du côté de Pagny, dans une usine de ciment. J’gagnais des trois francs par jour, à coltiner des sacs. Mais la poussière m’a entré dans les poumons, et le médecin m’a mis à la porte, parce que j’étais pu assez fort. Paraît qu’ c’est mauvais, cette poussière-là. Y a rien comme ça, pour vous ronger la poitrine. Le surveillant eut un mouvement d’épaules impatienté : — C’est bon, dit-il. Attendez là, on verra si on vous Puis il porta à sa bouche une trompe de corne, et il en tira un son rauque, qui courut au loin, sur les eaux lourdes de soleil. On faisait la pause, pour casser la croûte, car le travail se prolongeait d’ordinaire, bien avant dans la nuit. Assis sur la berge vaseuse, les hommes tiraient des provisions de leurs bissacs, et ils mangeaïent, placides et lents, avec un remuement tranquille des mâchoires. Ils cassaient les morceaux de pain savoureux, dont la mie blanche tachaït vaguement leurs mains noires. Le : lard savonneux s’écrasait sous leurs pouces gras, et ils
D en coupaient des tranches avec précaution, la lame 5 de leurs couteaux jetant une lueur aiguë entre leurs fs | doigts. Un d’eux cria : « Hohé, le mousse. » Et un TA gamin d’une douzaine d’années, frêle et blond, se dressa 2 à sur le haut du talus, portant une cruche de fer-blanc, x. à De: dont la panse arrondie étincelait. Les travailleurs pre- L ne | naïent la cruche, et les bras tendus, buvaient à la à: | régalade : le filet d’eau tombait dans leur bouche,
- Le miséreux dévorait des yeux cette nourriture. Et. Des rires s’éveillaient derrière lui: CT … — Marquis de Bat-la-Dèche. “4 54 — Monsieur le duc de Plat-Gousset! Re …_ …. — Dis donc, vieux Charles, les actions baissent. a l à _ — Tous des feignants, que j’te dis: ça a un poil dans ‘4 la main. Quand ils crèvent la faim, y viennent travailler ; À … au rabais, pour embêter le pauvre monde. Re 74 _ — Ah malheur! si ça ne serait pas mieux en prison. L’affamé entendait ces mots sans s’émouvoir. Seule- Le. ment sa mine s’allongeait, exprimant une désolation,
- une sorte d’hébétement désespéré. IL tendait le dos, ce dos lamentable que le soleil avait mordu, que les bour- . rasques d’automne avaient cinglé de leur crépitement, #4 L que le travail servile avait brisé, comme l’échine d’une jé Fe | bête de somme. #41
Il restait là, debout, dans le chantier. Puis un obscur
RE besoin de réconfort, un vague instinct de sympathie le ‘1 : : ? fit asseoir à côté du mousse. #4 L’enfant mangeait, ses mains allaient et venaient, EL. tirant d’un bissac en peau de vache des poignées de D _mirabelles, des fruits dorés, à la pulpe juteuse. Luisant
de convoitise, les yeux du miséreux suivaient ce ne. mouvement, malgré lui. L’enfant s’en aperçut : il s’apitoya. #4 — Si le cœur t’en dit… * Et il poussa le sac; les rondeurs tentantes des fruits brillaient dans l’entre-bâillement; l’affamé tendit la ‘ — C’est pas de refus. Et le mousse rompit son pain, un morceau de pain de : ménage à la croûte saupoudrée de son, et le partagea ; avec l’homme. ) Il y avait entre eux comme une lointaine ressem- : L’homme mangea goulûment. Il se mit à respirer fortement, allongeant ses jambes sur le talus gazonné. : Avec la nourriture absorbée, une chaleur douce coulait % dans ses membres, tandis que se calmaient les tiraillements de son estomac tordu par la faim. Ses pom- ‘ mettes se teintèrent de rouge : quelque chose passa dans $ l’air embrasé, comme un souflle frais du vieil espoir, qui a. | vit toujours au fond de la vie. f Puis le mousse. tendit encore un litre de vin rouge, ne | fermenté, dont l’écume rosissait dans le verre. L’homme He | essuya ses lèvres, et but à même le goulot. “ ” — Ça vaut mieux qu’un coup de pied dans le derrière, dit le mousse jovial. :: — Tout de même, répondit l’homme. Ça va mieux. — Y at’y longtemps qu’on a fait cette route? Il montrait par delà les eaux lumineuses, le flanc du val tailladé, le banc de roches blanches, qui pre
Mn une coloration chaude, dans la poussière du “40 ni Y a deux ans. Ça a coûté de l’argent, un travail ”# RAS pareil. Y a fallu faire sauter la mine. Puis le mousse se. Ne __ — T’as jamais passé par ici? ‘4e ‘à 54 4 — Si, dans le temps, mais je m’rappelle autant dire ‘110 1 te Le mousse le contempla, secouant la tête de compas- (118 L_ — J’ai mon frère aussi, qu’est dans la chemine! ‘147 “es — Si fait! Il est parti du pays, rapport à un mauvais “ coup, tu comprends! Une bonne amie qu’il avait, les
- : fréquentations défendues. Not’ voisine, comme ça, Pa si
- trouvé en train de farfouiller dans son armoire, qu’il
“0 avait défoncée. Tu comprends. Il avait profité du
10 moment qu’elle était à la messe. Ça en a fait du scan- 1 El
._ Aux premiers mots, l’homme avait tressailli. Une 00 À
Qi ‘a . montée de terreur fit vaciller son regard dans ses pru- +4
en elles vitreuses.’ Puis il baissa la tête, et dit d’une 1100
_ voix sourde, qui tremblait : SU
__ — Comment t’appelles-tu petiot ? 1308
hi — Jules Lexandre, Mon père est le Titisse, le pé-
‘4 L’homme rentra encore plus la tête dans ses épauies. A
3 _ Le mousse se mit à lui donner des explications; il #4 parlait avec volubilité, comme les enfants, qui se _ donnent de l’importance, et sont enchantés d’avoir à » À 7 dire quelque chose.
n’y pensait plus. Tout d’un coup, le v’là qui revient sans # crier gare. Je vois encore la chose : le vieux était assis | d’vant le feu, arrangeant les braises avec le soufilet. La + mère faisait des brôlages, des bricoles. Lui il entre, tou- | jours fier, un peu soûl. Il avait dû faire la bombe dans les auberges, dans sa joie d’avoir fini. — Bonsoir la compagnie, qu’y dit, comme ça, et y prend une chaise. On ne lui répond pas. Y tenait une miche de pain noir sur ses genoux ; même qu’elle avait dû rouler dans les fossés, la croûte était pleine de boue. — C’est la boule de son, qu’y dit comme ça, j’en ai mangé cent quatre- vingts en tout. Ça fait un compte. Des fois le pain était : si gluant, qu’on le jetait contre le mur, et qu’y restait collé. Nos cochons n’en voudraient pas. — De quoi, qu’y dit le vieux, t’as pas honte, c’est le pain du déshonneur, ten mangeras encore ce soir. La mère pleurait les larmes de son corps. On se taisait; le vieux arrangeait | les braïses. Le v’là qui reprend : Garçon, causons un peu. Qu’est-ce que t’as l’intention de faire. Tu nous as mis plus bas que la terre. Voleur! que le bon Dieu | m’pardonne, jamais j’avais fait le tort d’un sou à per- $ sonne ma vie durant. Et v’là que j’ai honte, en passant | dans la rue! On me montre du doigt à présent. Qui vou- : dra de toi, quand tu penseras à t’établir ? Pour un oui ou un non, les gens nous jetteront la chose à la figure, j’peux pas avaler ça! V’Ià mon frère qui se lève, blanc comme un linge : Je pars, qu’y dit. On ne me reverra plus. — Ça vaut mieux, dit le père. La mère levait les bras au ciel, en criant qu’on la ferait mourir. Le vieux n’disait rien, et nous les p’tits, on n’osait pas piper dans not | coin, rapport aux colères du vieux qu’étaient terribles. — En route, dit le père. Mon frère prend sa boule. Moi
_ j’courais derrière. Le père l’a conduit jusqu’à la croix 4 des Vaulx, en haut de la côte. Y s’a arrêté. Y faisait ; : noir comme dans un four. On ne voyait que la route d’ 4 qui dévalait, les champs, et tout au fond, deux ou trois … petites lumières, dans les fermes, qui tremblaient É comme des âmes en peine. — V’là ton chemin, qu’y dit 4 le père. Et tâche de marcher droit. Mon frère est parti. | L’homme avait écouté le récit, avec une sorte d’an- | goisse. De temps à autre il passait sa main sur son front, d’un air égaré. Il dit en manière de conclusion, d’une voix sourde s — C’est triste, tout ça. Petiot, faut pas se hâter de ‘à 446 condamner les gens. Tu ne sais pas, ‘es trop jeune, % ça viendra. La vie n’est pas drôle tous les jours. À ce moment le chef de chantier reparut. Il dit’à ‘ l’homme : Me À . — Vous avez de la chance. V’là justement un ouvrier « ; qui m’fait faux bond. Vous le remplacerez dans l’équipe #1 | quiva remonter un bateau de gravier jusqu’à l’écluse Comme ça, vous gagnerez une vingtaine de sous, et eu | vous pourrez coucher dans une auberge. ; ; | : Puis la corne sonna la reprise du travail. À C’était un lourd bateau de l’administration. La coque de fonte, peinte de minium, se relevait à l’avant, A | comme une pointe de sabot. Le bordage plat rasait l’eau. ; fr Debout à la barre du gouvernail, le pilote se démenait. PE À Ses gros souliers sonnaient sur le pont de tôle, et sa
ï stature se détachaït, toute noire, sur l’eau brillante, où “1 des remous tournoyaient. t ‘à
3 — En route, cria le surveillant. Les haleurs s’attelèrent à la corde, passant de larges sangles en travers de leur poitrine. Ils donnèrent un vigoureux coup de reins, et la barque se mit en mouve- ment, avec lenteur. Ils marchèrent. Leurs pieds, retom- 4 À bant en cadence, battaient lourdement les larges dalles
\ du chemin. Leur groupe confus mettait une blancheur à vague au fond du crépuscule. Les dos se courbaïent, les nuques se penchaïient, les échines s’arc-boutaïient. À Attachée au bout de la corde, la grappe humaine | s’avançait d’un effort pesant et continu. Puis elle se A | perdait dans l’éloignement, et parmi les berges pous- $ siéreuses, dans la monotonie des eaux livides, le tra vail des misérables se rapetissait, devenait un grêle | ; cheminement d’insectes, s’acharnant à rouler un graïn, “À le long d’une pente. “ ‘à Un d’eux chanta le chant des haleurs. ‘4
| Il monta, ce large chant, vers le ciel, où s’ailumaient : d’impassibles étoiles. C’était d’abord une mélodie guttu- à +00 rale, charriant de rauques sonorités, qui vibraient dans . | l’air, comme des aboïements. Il roulait sur les berges, : frôlait les têtes soyeuses des roseaux, répandant sur les , eaux plombées sa pesante mélancolie. Les syllabes à ne les répétait. Et la monotonie du chant disait bien le pi labeur des forçats, leur dur effort répété au long des À jours, l’anéantissement de la pensée qui somnole, tour- ‘4
22
Et ant dans un cercle étroit, comme un cheval de ma- # RU sn monta dans la nuit, ce chant désespéré, cherchant Ne _… à étendre ses ailes dans l’air pesant, embrasé, où les S%
11108 créatures étouffaient. Plus haut, là haut, bien haut, il cherchait les grands souffles vivifiants, les haleines qui RS Li _ sortaient des bois de sapins, chargées d’aromes rési- NE à A | neux, les nappes d’air froid, où palpitent les étoiles. On . eût dit qu’il voulait retrouver la vie, mais il n’y parve- DS
nait pas. Ses ailes se brisaient et il retombaïit, meurtri;
_ alors il se résignait, se fondait dans une plainte élargie DU _ dont la tranquille désespérance semblait plus émou- de | vante encore.
à I monta dans la nuit, ce chant! — qui dira sa tristesse,
Th à l’heure où la rivière roule un flot de cuivre, entre ses V4 ‘4 14 berges démesurément agrandies, à l’heure où les eaux ‘a Ya | lourdes se peuplent du bondissement des carpes et des _ barbeaux, à l’heure où les chalands s’arrêtent et allument A leurs feux rouges, pareils à des prunelles monstrueuses. ‘30 _ Il voile, ce chant, la beauté des eaux, il donne au cou- “NS | chant une mélancolie funèbre, il fait monter dans notre 1 on âme une aspiration nostalgique vers les pays irréels, si hd Hi. où la souffrance et la misère n’existent pas. ne: L’homme, réconforté, tirait plus fort que les autres. cl “ 4 Le mousse s’était attelé derrière lui, et de temps à 5) …_ autre il lui adressait une parole. NI _ Ils avançaient lentement. La grappe humaine hale- me Ke. tait. Les lourds souliers ferrés de pioches s’agrip- K: à 44
paient aux larges dalles du chemin, les éraflant. Alors une fusée d’étincelles semblait jaillir de la pierre.
— Attention! cria l’homme qui tenait la barre.
Un roulement sourd montait des profondeurs du val.
Le canal s’élargissait, entrait dans la rivière, large. ; comme une mer. Le bruit se rapprochait, la nappe du flot se brisait sur un barrage, les vagues précipitées : sur des enrochements se couvraient d’un moutonnement d’écume, dont la blancheur vague se mouvait au fond
L’endroit était dangereux. Il arrivait parfois que les bateaux, aspirés par le courant, déviaient de leurrouteet allaient se fracasser sur les rocs. L’eau grasse, huileuse, en apparence endormie, courait maintenant, coupée de rides profondes, dont le frémissement trahissait la force: du courant, l’agitation intérieure des nappes.
Les haleurs se raidirent, tendant la corde qui fouettait derrière eux les têtes inquiètes des roseaux.
— Ça y est, cria l’homme au gouvernail.
On respira, le passage dangereux était franchi. Puis l’équipe se remit en route. La chaleur augmentait. Ils longeaient maintenant la falaise de rocs tailladés, et les bancs de pierre, brûlés de soleil tout le jour, leur soufflaient au visage une haleine de feu, comme un souffle de forge.
La nuit était venue.
Ils marchaïent, tandis qu’une pesanteur somnolente
- rythme de ces battements de pieds retombant sur les | dalles. Ils ne chantaient plus. Parfois ils traversaiïent des ponceaux qu’ils ne voyaient pas, qu’ils devinaiïent seulement au roulement sonore de leur pas ébranlant
n les madriers. Le val s’ouvrit. Des eaux mortes devaient _ s’étaler dans la profondeur des prairies, où des saules hs ds étêtés levaient la noirceur de leurs têtes difformes. Un ie souffle d’air plus large, une odeur d’eau croupissante £ FA les avertissait seulement de la présence des étangs, % L obstrués de roseaux, où le peuple des étourneaux, réfu- at ” gié à la tombée du soir, jacassait confusément. La 4 - campagne avait disparu: les rives, les côteaux de N vigne, les chènevières grasses, tout reposait derrière le % ; mur épais des ténèbres. Des lueurs rouges trouant la nt nuit, révélaient un village, rappelaient que des hommes ; arte vivaient là. Seul le fleuve, dans tout ce noir étalé sur la CAL terre, vivait; il charriait étrangement une coulée pâle Lt de ciel, un miroïtement tranquille, où frissonnaient Re quelques étoiles. Et voilà qu’il se mourait lui aussi, qu’il À je s’éteignait. laissant ses dernières lueurs s’engluer dans Se
- Je réseau des ténèbres, où la joie du monde agonisait. #
- On croisait parfois un grand chaland chargé de bois | ou de gueuses de fonte, et qui dérivait au fil de l’eau. FL 4 : Des pas d’enfants sonnaient sur le bordage, des odeurs Le de cuisines traînaient dans l’air. On voyait la croupe hi. pe du cheval, dans l’écurie flottante, la lampe de cuivre EL
- jetant son rayonnement paisible sur la table, dans la | | maisonnette de l’avant. Cela ne: durait qu’un instant. Debout à la barre, les bras croisés, le pilote poussait (à pe de la hanche le gouvernail qui tournait avec un grince- à ment mélancolique et les deux bateaux se côtoyaient # J sans que les équipages aient songé à échanger les A appels vibrants, qui bondissent sur l’eau, par les ma- pi. ge tins trempés de lumière. Ex Les haleurs marchaient. Tout à coup le vagabond ie
| les camarades dans sa chute. À Une voix dit : ZX | — Ça ne tient pas debout, et ça veut travailler! ÿ — À l’hôpital, dit un autre. Reis | L’homme se releva, il s’affermit sur ses jambes, et | L’air retombaiïit, immobile, pämé. Une sorte de torpeur , angoissée pesait sur les choses, sur les crmes du chemin, sur les talus herbeux. L’horizon flambait d’éclairs de à | chaleur: des rougeoiements, s’élargissant soudain, illu- | minaient des amoncellements de nuages, noirs et lourds: L’homme tomba pour la seconde fois. ; Cette fois il ne se releva pas : k — Arrête, cria un des haleurs à l’homme du gouvernail. On entendit le bruit de la gaffe, descendant dans i l’eau, éraflant le bordage, pour maintenir le bateau: — Ÿ ne remue plus. ; | — C’est un coup de chaleur. — Donne voir des allumettes. 1e Le mousse tendit sa boîte. Une flamme jaillit, bleuâtre, - éclairant la masse du corps gisant sur le chemin. La tête | avait dû porter sur le pavé, un trou saignaït à la tempe. , | Puis la petite lueur s’éteignit. Et la nuit de nouveau se | ee rua sur le misérable. | ; — Allume encore. De nouveau la petite lueur promena sur le corps sa clarté phosphorescente. Un homme prit la tête et la ù souleva ; les yeux vitreux, étaient fixes, enfermant dans leurs prunelles une monstrueuse épouvante. Alors l’homme se baissa. On l’entendit qui froissait ke
S les vêtements, déboutonnait la chemise. Sa main palpait os LS la poitrine. 1 Le “ 2 — Son cœur ne bat plus. Faut croire qu’il est mort. A RE _Etles hantes statures des haleurs se dessinaient vague- De. ment sur le ciel noir, baissant leurs nuques, sous le “at à, ‘à souflle mystérieux de l’au-delà. Et faisant cercle autour <1r0 du cadavre, ils se tenaient hagards, écoutant dans l’ombre le piétinement d’une chose invisible. TEE Pr Un d’eux parla, pour dire quelque chose, pour rompre ‘4 _ ce silence affolant : FA a — Un pauv’ trimardeur. Y n’avait pas l’air portant, “4 quand il est venu au chantier. È À __ — T’en v’là une affaire. On peut pas l’iaisser là comme rail a … Un autre exprima un avis : < Pa: … — Portons-le à l’usine de la prise d’eau. An 12 ‘à Le bâtiment se trouvait à une centaine de mètres en ae amont, au bord de la rivière, Les fenêtres largement à 14 éclairées se rayaient d’ombres gigantesques, qui glis- ‘T0 “Aa _. saient rapides, comme des vols d’oiseaux, et semblaient + “ tournoyer sans trêve. Tombant d’une baie vitrée, la A: -; 45 clarté s’émiettait sur l’eau, faisait un chemin mouvant y ee “sé de lumière. Et ces moires d’argent se tordant dans les À DU mous semblaient le ruissellement d’un trésor prodi- 4 cé = gieux, tandis que la rivière coulait sans bruit alentour, : 1411 _ sous des ténèbres opaques. ‘ | 392 at _ Deux haleurs prirent le corps par les jambes et par nr les bras. Comme il était très lourd, ils s’arrêtaient pour + | pi _soufller, et d’autres les reprenaient. nu. ” Is arrivèrent à l’usine. Qi. | “ Sous le grésillement des lampes électriques, dont les
globes laïteux disparaissaient dans un tourbillon de papillons nocturnes, l’immense hall s’animait de la tré- pidation silencieuse des machines. Les pompes élévatoires, dans leurs bâtis de fonte rivés au sol, semblaient des monstres accroupis, peinant pour des besognes inconnues. Les coups sourds des pistons revenant à intervalles égaux, ébranlaient les masses de béton, dans leurs fondements. Pas une fumée, pas un sifile- ment. Le plancher luisait. A peine entendait-on par moments le clapotement d’une soupape, et le bruit de fleuve, que formaient les eaux, lancées en cataractes
| dans les tuyaux de la conduite. L’air était humide, et le mouvement de ces géants de fer, travaillant régulièrement, semblait plus effrayant au milieu de ce silence.
Un mécanicien surveillait, se promenait dans les machines, tenant à la main une poignée d’étoupes huileuses.
Il s’avança curieusement, lorsqu’on eut posé le corps du vagabond en pleine clarté, et quand on lui eut raconté l’histoire, il s’en alla, indifférent.
Effrayé par leur fixité, le mousse ferma les yeux du
Dès lors un immense apaisement parut flotter sur ses traits. Le trou à la tempe ne saignait plus. Une mèche de cheveux blonds, légère comme une soie floche, s’était collée dans les caïllots de sang. La contraction des muscles de la face se détendait peu à peu, faisait place à une impression de sérénité. Parti pour la région lointaine, il y marchait paisiblement et son visage, qui dans sa rigidité semblait enfermer un secret, laissait par moment rayonner quelque chose du calme surhumain, qui l’environnait là-bas. Il paraissait très grand, étendu
4 sur les dalles, sous le givre étincelant des lampes élec- _ triques. Et les haleurs se taisaient, surpris à la fois par ‘44 1 le brutalité de cette mort, un peu effarés aussi par ‘à Vlanonymat de ce cadavre. 4% Une pitié monta au cœur de ces esclaves, racorni par #19 _ la souffrance. re ç ni _ — Pauvr zig, mourir comme ça, sur un grand chemin! 4 : Le __ — Ça vaut mieux; y traïînait la galère, lui aussi! ?
- — Au moins y » souffre plus. ha 1% — D’où qu’y pouvait venir? Faut le fouiller, on verra s’il avait des papiers. le col de la chemise. Il tâtonnait, les doigts hésitants. { ‘ L Les chaïrs gonflées rendaient l’opération difficile. < A la fin, l’étoffe céda, et le torse apparut dans l’entre- LE 4% bâillement de la chemise : les muscles saillaient comme Ke: | des cordes, les côtes trouaient la peau comme la carcasse ms -. d’une bête étique. Des cicatrices balafraient cette poi- _ trine de rayures blanches. ne Le mousse poussa un cri étouffé : le doigt tendu, il $ #È 4 — Là! là, voyez donc. Es Au-dessus du cœur, se dessinait un tatouage gros-
- sièrement figuré. Cela représentait une pensée, un cœur É: _ percé d’une flèche, et un forgeron debout près d’une « | _ enclume, les reins ceinturés d’un tablier de cuir. : IE ‘1 — Mon frère. le Victorin.. avait le tout pareil. \4 ‘a — Mais si, on lui avait fait ça au régiment. Même “M 4 qu’il avait aussi sur le bras gauche le nom de sa bonne L: 29 les retours. — a. (Sn 4
Un des ouvriers releva la manche, le nom apparaissait
Le mousse s’affala près du cadavre :
; — C’est mon frère, c’est not Victorin!
Il s’agenouillait, et prenait la main inerte, contemplant longuement la face immobile.
| — Faut-y s’retrouver comme ça!
Un d’eux qui était de l’endroit, dit : |
— C’est vrai, y avait quêque chose dans sa figure qui
Les machines, autour des travailleurs, emplissaient
le vide de leur trépidation silencieuse. | ) . — Quoi donc qu’y vont dire, chez nous ?
Ils sursautèrent à cette idée. Personne n’y avait pensé jusque-là. Et voilà qu’ils avaient peur, en songeant aux vieux qui dormaient là bas, dans leur petite maison.
Comment prendraient-ils la chose ?
Un d’eux dit : — On n’va pas moisir ici. | Ce mot les décida ; ils posèrent le corps sur un bran- f card qui se trouvait là, dans un coin de l’usine et se mirent en route. Leurs pas sonnèrent sur le chemin de se halage. Le mousse sanglotait. Le groupe entra dans la | nuit. & Le cortège s’engagea dans les ruelles, à travers les jardins. L’orage avait dû glisser le long des côtes. Des
Ne _ draps que des femmes avaient mis sécher, sur des cor- deaux, s’agitaient vaguement, comme des blancheurs de. _ spectrales. Mince comme un fil, le croissant de la [118 lune, à son dernier quartier, flottait mélancolique- ; Fo. 54 ment dans les couches d’air bleuâtre: Et la lueur L’ … qu’elle versait sur les champs se noyait étrangement 43 _ On n’entendait rien, que le petit bruit des sources, De: Hi Dnrouuant dans la prairie, sous le chuchotement ‘10 si fe inquiet des roseaux. à __ Le corps était très lourd. Parfois un des porteurs Ho butait contre une pierre et poussait un juron. È — Sale corvée! dit l’un d’eux. : “4
- Les maisons se dessinaient dans la nuit. ( “ pignons, les toits s’écrasaient dans un entasse- om mbconfus. Tout cela dormait de ce sommeil lourd, a accablé, qui s’empare des choses, comme des êtres à la campagne. Le silence pesait sur les toits, pénétrait les k murs, suintait de chaque pierre. Pénétrant au cœur des hi logis les mieux clos, il semblait avoir arrêté les batte- à . ments de la vie. Les maisons de culture, profilant leurs ne ‘a ni : | faîtes sur la nuit, comme des échines lasses, étaient ne F3 “A pareilles à àe grands animaux accroupis. Et les hommes, de
- sans s’en rendre compte, subissaient cette conta- Fe _ gion de la peur, terrifiante, lorsqu’elle émane des er ._ — Nous arrivons, dit le mousse, qui les précédait. 358) Fu . Une grande forme noire se dressait dans la nuit : le clocher!Ils passèrent si près, etle silence était si profond, qu’ils entendirent distinctement le tic-tac de l’horloge, b À « lentet régulier, éparpillant ses battements dans la nuit. de Tout à coup il y eut un grincement de poulies et de res-
sorts, et l’heure sonna, avec cette vibration grave, que le bronze répand dans les espaces silencieux de la nuit.
Le mot les fit tressaillir.
Ils sentaient sur leurs joues le passage des sons, pareil au frôlement d’une aile.
Comme il se faisait tard! Toutes ces allées et venues leur avaient pris du temps.
Soudain un chien aboya tout près d’eux, au fond d’une grange. L’animal, fou de peur, avait flairé au passage une chose insolite. On l’entendait se démener, collant son museau au bas de la porte et poussant un souffle
bruyant. Puis son aboiïement se termina en un Ne à étranglé d’épouvante. Il aboyait à la mort. Et d’aütres chiens lui répondaient, là-bas, au fond des fermes perdues dans la campagne…
Le silence de la nuit se dispersa, déchiré en lambeaux par cette clameur d’angoisse, ce sanglotement désespéré de l’invisible.
Puis le calme revint; on n’entendit plus que le mâchonnement des vaches, ruminant devant leurs
S — Oh! mon Dieu, dit le mousse.
Il s’arrêta, tendant les bras dans l’ombre.
Il indiquait une masure, dont le toit s’écrasait au fond de la nuit. Une traînée de lumière rougeûtre, filtrant par les carreaux, glissait dans la rue, brillaït dans une flaque de purin, au coin d’un fumier, faisait luire plus loin le fer d’un soc.
— Quoi qu’y a? dit une voix.
| F _ — Vois donc. Nos gens ne sont pas couchés! M Les hommes s’approchèrent, et ce qu’ils virent, les Derrière les vitres poussiéreuses, verdies par l’humi- ; “4 dité, obstruées de toiles d’araignée, la salle basse 4 apparaissait, avec des chapelets d’oignons pendus aux , … solives brunes du plafond. Des buffets éventrés s’ac- LS … croupissaient dans des coins grouillants d’ombre. Posée ‘4 sur la table, parmi les vaisselles du souper, une chan- | _ delle, pleurant des larmes de suif, éclairait la pièce; la | # petite flamme jaune, pâlote, vacillait, et sa lueur était | …_ aussitôt engloutie dans les ténèbres qui rôdaient. Au “ fond de la chambre, un grand rideau à fleurs dissi- À
mulait une alcôve, et des souflles .imperceptibles agi-
‘4 taient faiblement les plis légers de l’étoffe, comme si Eur
“ une main invisible les avait frôlés.
“…. Assis devant la cheminée, dont le manteau, noir de
be suie, se perdait dans l’ombre, les deux vieux dormaient.
… La chandelle projetait sur leurs faces frustes, une
lueur hésitante, où flottaient des ombres impalpables, ]
M animées d’une vie inquiète. Le sommeil les avait pris
| L:. au milieu de leur travail, les avait assommés devant à fi
Mu lâtre plein de cendres. La vieille raccommodait un grand 1}
ù_ épervier, une aiguille de buis poli luisait entre ses
LE: doigts noueux. Sa pauvre tête, coiffée d’un bonnet ce
…—_ ouaté, d’où sortaient sur les tempes quelques mèches fl
“de cheveux gris, retombait par saccades, sur sa poi-
| + . trine, avec une sorte de déclanchement lamentable. Sa k
1 bouche édentée, grande ouverte, était comme un trou dj
À % noir dans sa face. Le vieux, écroulé sur sa chaise, dor-
Mn mait anéanti, ses bras tombant inertes le long de son “à
4 _ corps. Ils étaient rudes et émouvants. Autour d’eux
s’amoncelaient des cordeaux, des paniers de jonc, des NU passes d’osier vert. Et pendant qu’ils dormaient, les choses habituellement inertes, les meubles, les solives brunes, les engins de pêche, s’animaient d’une sorte de | vie, sous la lumière hésitante, et dans les coins grouil- ; lants d’ombre, des bêtes s’accroupissaient. Les haleurs regardaient cette scène, vaguement émus. à Pourquoi les vieux n’étaient-ils pas couchés à cette heure? Quel obscur pressentiment les avait avertis du drame qui se passait, tout près d’eux, dans la nuit? Pourquoi avaient-ils prolongé leur veillée, comme s’ils | avaient attendu la chose? : | ù Ils ne savaient rien, les pauvres vieux. Pourtant le malheur était là, à leur porte! Ils avaient beau dormir, ne pas savoir, le réveil viendrait nécessairement, et | avec lui la catastrophe! | C’étaient des êtres frustes, ces haleurs, des misérables | : au cœur racorni et calleux, comme la paume de leurs fe \ mains. Pourtant ils hésitaient, s’attardaient, tandis que ) le corps gisait devant eux sur la chaussée. Et ils NL UERe n’osaient pas frapper la porte, et passer ce seuil, que | { j la mort franchirait, en même temps qu’eux. | Les autres, dans la maison, dormaient leur sommeil : de vieux, à petits coups, ce sommeil léger que le moindre | bruit dérange. Ils étaient tranquilles. Pourtant la douleur se tenait à côté d’eux, vigilante, immobile. Les haleurs n’osaient pas entrer. Ils parlèrent — Drôle de nouvelle, tout d’même, à annoncer à des — Ils n’ont pas l’air de se douter de quelque chose. À Y ne remuent pas. Comme c’est drôle. | . — Y n’savent pas c’qu’y a derrière la porte. Î pe
_ — YŸ en a autant pour tout le monde. A
: Tes C’est vrai qu’y n’ont pas de chance. Y z’ont trimé
_ dur pour élever leurs enfants! Tous ces petiots, ça ‘T4
4 ve oûte gros à habiller et à nourrir. Le vieux, qui était
_ for & comme un arbre, était tout tordu de douleurs. Il a à
gagné ça à travailler, dans là froidure qui monte de la et :
— C’était un rude homme, dans son temps. Les pieds k a:
dans un cuveau, y lévait un sac de trois cents sur ses !
- — Bah. Y z’avaient fait leur deuil de leur garçon, es _ quand il est parti. Le vieux répétait qu’il était mort _ pour lui, autant dire. * | — Oui, on dit ça, mais n’empêche. Re RU Ace moment, le pêcheur remua, sur sa chaise, ‘ ÿ omme s’il allait se réveiller, et les hommes sursau- ‘170 _ Mais non. Il dormait toujours. é4.: Le mousse se décida : — Faut en finir. É nl se dirigea résolument vers la porte. On entendit ÿ ne
- ses souliers ferrés qui roulaient pesamment sur les _ dalles du corridor. “3408 _ Les hommes regardaient par la fenêtre. ‘(0 Et Le mousse entra dans la chambre. Les vieux se di ‘l “4 _ réveillèrent au bruit, un peu honteux d’être surpris : ) _ Jis se frottaient les yeux. L’enfant prononça quelques no. paroles. Il faisait un geste dans la direction de la ne rue. Les vieux le faisaient répéter, ne comprenant M y Le as. : Tout à coup, une stupeur s’abattit sur eux, et les is
Tournant sur lui-même, les bras levés, le vieux
frappa le sol du talon. La mère prit le coin de son tablier et le porta à ses yeux. Elle pleuraïit silencieusement, accablée, sans un geste de révolte. Elie tournait le dos; seul un long frissonnement, parcourant son échine, trahissait le sanglotement.
— Allons-y, dit un des haleurs.
Et saisissant le corps inerte, ils s’avancèrent. Les pieds du cadavre entrèrent d’abord dans la chambre. On vit les espadrilles poussiéreuses, percées d’un trou, où passait l’orteil saignant. Puis le corps émergeait
: lentement de l’ombre, entrait dans le rayonnement de la chandelle, que le vieux tenait très haut, près des solives brunes du plafond.
La clarté tombant d’aplomb fouillait la maigre poitrine, où les côtes saillaient. Et le masque tragique déjà modelé par le pouce de la destructrice, se nimbaït dans un large assoupissement : on eût dit que le misé-
à reux était content de rentrer dans sa maison, de À retrouver l’abri des jours heureux, après avoir trimé sur la grand route.
Là-bas au fond de l’alcôve, le rideau se soulevait, et
des têtes d’enfants ébouriffées regardaient la scène,
Un des haleurs parla :
— Vous n’vous attendiez pas à la chose.
— Tout d’même, répondit le vieux. Puis il dit encore, montrant un lit au fond de l’alcôve :
— Couchez-le là.
La mère s’empressait, les mains tremblantes. Elle tira des draps blancs de l’armoire, donna une chemise de grosse toile. Et quand le mort fat couché, elle plaça au
chevet un verre où un brin de buis trempait dans l’eau bénite. Puis elle aspergea le corps, fit un signe de croix et tombant à genoux, se mit en prières.
On voyait ses mâchoires qui remuaient.
Un à un, les haleurs défilèrent, la casquette à la main. Ils secouaient la branche, avec un regard de côté et des hochements de tête.
Le vieux les reconduisit sur la porte. La lune était couchée, la nuit noire. Il dit encore :
— Le vlà tranquille, maintenant! Tout d’même. Y n’nous à jamais fait que du mal!
0
que \ Mare ETES
; i] _ Etallez donc! D Jean Gérard d’un brusque mouvement d’épaule, … envoya l’as de carreau rouler dans le fossé. +4 Is étaient là, une compagnie de lignards, revenant ; . de la guerre d’Italie, regagnant à Metz leur garnison. On marchait depuis le petit jour; la grand halte venue, ‘4 les faisceaux formés, les hommes s’étaient couchés sur Û #4 la route, vautrés dans la poussière, pendant que d’autres Las ? _ s’empressaient autour des feux clairs, où bouillaient les ne 24 marmites de campement, contenant le café.
f Jean Gérard jetait les yeux autour de lui. Il se sen- Là
44 . tait terriblement las, ayant roulé sa bosse, en Crimée, &i _ en Italie, en Afrique. Pour s’embarquer dans des ports, RD D il avait traversé la France, trois ou quatre fois dans à a tous les sens. Le frottement du sac avait usé sa capote A a 5 entre les deux épaules : l’étoffe élimée, mince comme Met Ne une toile d”araignée, laissait passer le soleil, quand on “ Ja pendait à un arbre pour la brosser, et qu’on la regar- # | 4 ; dait à contre-jour. C’était long, deux congés de sept ans. Il avait vécu …_ dans des pays de sauvages! Là-bas, en Crimée, les
- gens habitaient des gourbis, des trous creusés dans la 19) …_ terre, comme des bêtes. Il n’y avait pas de chemins, Nf
mais des ravins coupés d’ornières, hautes comme la ‘M
jambe. Et les chariots bizarres, étaient assemblés avec des chevilles de bois, sans qu’un seul clou entrât dans A
leur charpente. Voilà les seules notions que Jean à Gérard avait rapportées de ses voyages, car c’était un ! { simple, ayant l’habitude de tout comparer aux choses ‘ familières à son enfance. Ù 4 |
Cette fois, ça y était, on tenait le bon bout.
Depuis quelques jours, à vrai dire, on pouvait se dou- ‘4 au ter que le pays approchaït. Dans les villages éche- | lonnés sur la route, les pots à mouchots s’alignaïent au-dessus des granges, tout piaillants de bestioles por-
tant la becquée à leurs petits. Des vignes s’étayaient à
flanc de côteau, dont les terres croulantes étaient sou- à
tenues par des murots de pierres sèches. Il faisait bon
y cueillir des escargots, par les jours de pluie. Tout ça À
sentait bon la Lorraine. (
Une immense douceur envahissait le vieux brisquard {
À à la vue du pays. C’était comme une joie de vivre, dont À ; la caresse coulait par tous ses membres, délassait ses muscles, allégeait son corps. il la respirait, cette
, joie, avec l’odeur forte des sainfoins et des colzas en fleurs, ondulant de chaque côté de la route. Et il lui | prenait des envies folles de gambader, comme un pou- lain lâché dans les prés, de courir devant lui, jusqu’au moment où la flèche du clocher pointerait au fond du
| Une ferme était posée, à deux pas, au milieu des à à champs : une masure dont le toit de tuile glissait, tou- à chaïit presque le sol. Une femme en sortit, et elle se mit
à appeler ses poules. leur jetant des poignées d’avoine qu’elle prenait dans son tablier : « Petits, cocottes,
_ petits, cocottes ». Les volailles picorant se pressaient à (M de ke ses pieds dans un tournoiement d’ailes battantes. Alors
Jean Gérard chancela, il crut entendre sa mère qui ERA … avait, elle aussi, ce long chantonnement de la voix, pour :
…_ rassembler ses poulets. Et son cœur se gonfla de choses LI
LES À _ Il dut s’asseoir, les jambes coupées par l’émotion. QE:
__ Comme un affamé regarde un pain, il regardait les ‘Si
‘1 _ champs, goulûment, s’emplissant les yeux. Les blés de
Ë # mai déjà grands, étaient parcourus d’un frissonnement de chose vivante sous le vent. Les luzernes tressail- Ni . … laïent sur le ventre nu de la terre. Des détails, insigni- Sel fiants pour d’autres yeux, un buisson de prunelles au RE creux d’un chemin, une charrue abandonnée dans les à Fe _ versaines, un pré enclavé de landres de bois sec, lui on Eu rappelant le temps où il chassait les chevaux devant la js je . charrue, faisaient sourdre en lui une émotion abon- LE
dante. Le ciel même ne ressemblait pas au ciel des re :
- autres pays. Posé sur les terres comme un cristal a …. vibrant, effleuré de grands souffles, il rayonnait d’un
- éclat humide à travers les branches des ormes, embuées LP
_ d’une brume de bourgeons. MU
… Dans la compagnie, on devait s’apercevoir de quelque An +
__ chose. Des farceurs dévisageaient Jean Gérard, un a | . Bourguignon trapu et noueux comme un cep l’inter- xt PV — Hé, pays, on va téter une fameuse goutte. AT Un autre clignait des yeux, et finaud, humait dans le
_ vent une odeur imaginaire : se D. . _ — Dis donc, v’là ta mère qui met la soupe au cra- ve
HS [a Toute la compagnie s’esclaffa, secouée d’un gros rire. À
Jean Gérard ne répondait pas, restait tout rêveur, le . regard perdu dans le lointain. : pe Dans une prairie en contre-bas, un ruisseau coulait, rapide, tournoyant, glissant sur des lits d’herbes brillantes. La nappe verte, frétillant au soleil, s’en allait : devant lui, semblant lui montrer le chemin. Il coulait à î là-bas, dans les prés parsemés de saules difformes. Jean | Gérard y avait fait de bonnes parties, étant enfant, quand il pêchait des moutoiles, avec nne charpagne d’osier, qu’il promenait au creux des fosses. Une cloche sonna au loin, dans un village blotti au | creux d’un sillon. Les sons montaient avec les sautes de À | vent, couraient au ras du sol, et leur vibration lente s’assoupissait parfois jusqu’à se confondre avec le ron- , ; flement sourd des bourdons bleus butinant dans les champs de trèfles. Ce son éveilla dans l’âme de Jean Gérard un lointain s souvenir. Il compta sur ses doigts. On était parti de ‘#4 Marseille depuis vingt jours. La fête patronale de son village, de Saint-Pierre-sous-Treiche tombait justement ce dimanche-là. Et dans un afflux soudain, lumineux, ï implacable, comme une hallucination, tous les souve- “3 nirs du passé revinrent à sa mémoire. Depuis quatorze ans on fêtait sans lui la saint Sta- nislas. Et il s’attendrissait à cette pensée, revoyant un à À »} un les détails de la chose : les femmes allaient et venaient | dans les jardins, chauffant les fours, les bras retroussés à | jusqu’aux coudes, blancs de farine, des grumeaux de À pâte attachés à leur peau. Des fumées bleues rôdaient, ; s’accrochant aux branches frileuses @es pruniers. Une { L odeur de galette au lard et de pain chaud flottait, . É exquise, sortait des bougeries et des hangars, pénétrait #4
._ le village entier. Puis venait la fête : après la grand Ki 121 messe, les familles s’attablaient dans les cassines om- 54 breuses, pour lamper le vin gris, manger les quiches $ 15 aux quouèches et les tartes au semsan qu’on servait sur À jt des volettes d’osier et qu’on fendait en deux d’un coup Er de couteau. Et le soir, dans la grande salle du père Ve: Bigeard, dont le plancher élastique vibrait sous les pas, } M sautait comme un tremplin, garçons et filles tournoyaient, 24 sous la clarté filante des quinquets, tandis que par la 11 fenêtre ouverte sur le ciel braisillant d’étoiles, de grands
à souffles pâmés montaient des bois, montaient de la
Le Moselle, où dormaient des chalands trapus.
L : Ce fut en lui un désir soudain, qui le mit sur ses pieds #0 comme un coup de fouet. Il alla trouver le lieutenant 6 qui commandait la compagnie. | L’officier assis sur une borne, fumait une courte pipe 2:10 de merisier, et fouettait de sa badine ses houseaux de “ À F, toile, gris de poussière: D — Faites excuse, mon lieutenant. Ce serait t’y un effet ? 1 de votbonté de m’donner la permission de la journée? C’est la fête chez nous et on n’est guère qu’à une pr & trentaine de kilomètres. Ca me ferait gros cœur de 3% manquer ça! Je m’arrangerai bien pour rattraper la L’officier sourit et dit avec bonté: ; ÿ = : — C’est trop juste mon garçon; vous nous retrouverez is ‘ rs Jean Gérard alla poser son sac, son fusil, son équipe- F ment dans la voiture du muletier qui suivait la compa- $ Il marchait, prenant à travers champs des raccourcis. Il marchait d’un bon pas de lignard, les basques de sa
capote envolées derrière lui, le képi posé sur sa nuque : que le soleil mordait. Colombey, Crépey, Ochey, défilè- |: rent comme dans un rêve. À mesure qu’il approchaït, CU une fièvre, une impatience d’arriver le prenaient, préci- pitant ses pas sur la route blanche. Son cœur battaità NN se rompre; ses artères gonflées mettaient dans sagorge : haletante une palpitation tumultueuse. Il allait défaillir: … heureusement il rencontra un garçon meunier qui conduisait une voiture chargée de sacs ; la grosse cloche battant sous l’essieu semait son tintement monotone sur g \4 la chaussée, tintement qui parfois s’assoupissait, et $ reprenait plus vif, quand un cahot survenait. Jean Gérard s’installa de son mieux sur la bâche de toile Le verte et la route s’acheva, de cette façon, sans trop D Dix heures sonnaient comme il débouchait en haut de +4 la côte de Saint-Pierre-sous-Treiche. - #0 Il s’arrêta, l’âme traversée d’un flot de sentiments confus, de joies vagues et d’appréhensions de toute | Rien n’était changé. Le petit village lorrain au bas de | la pente, montrait son unique rue, criblée de soleil, ses | maisons basses posées au bord des chènevières, comme des jouets d’enfant. Jean Gérard voyait très bien les ne
famiers, les vieux puits, la place vide avec ses marron-
niers ronds. Il s’attendrissait, retrouvant ces choses à la Re même place, heureuses, tranquilles, immuables, n’ayant ë pas l’air de savoir qu’il existât des Turcs, des Tartares, \ des Kayserlicks. Il s’étonnait : au bord des prés, la Fi
sat Matte bouillonnante lavait les planches vermoulues du ‘is LS _ lavoir, où les battoirs sonnaient dans la semaine. Une ‘1 | | rangée de grands peupliers frissonnants dans la lumière [4 sl . _ matinale, s’avivaient à leurs cimes de lueurs d’argent sous De ‘4e les souflles frais qui montaient de la Moselle. Comme ils ‘re . avaient grandi pendant son absence ! % ; us _ Et ces choses, immobiles sous le soleil, exhalaïent \a | une tendresse si émouvante, qu’il avait envie de tendre fi ct _ses bras pour les saisir et les étreindre. . Pourtant il ne se décidait pas à dégringoler la côte. Il ‘2 Fi avait peur, sans trop savoir de quoi. C’était quelque “4h _chose comme une vague terreur, une pensée supersti- LE ASS tieuse dissimulée derrière sa joie, qui la troublait. Que fe 4 faisaient le vieux Fan et la mère Célestine, déjà âgés _ quand il était parti? IL avait peur d’apprendre des #4 À morts, des malheurs irréparables, et il songeait aussi à {
- des histoires de maisons où le feu avait pris, des his- ‘te 1 . toires qui lui revenaient à ce moment, et qui lui faisaient # Et h Dans les premiers temps de son congé, il leur avait adressé quelques lettres très courtes, car le porte-plume A dr ï _ pesait terriblement à ses gros doigts, habitués à tenir le fi de: _ manche de la charrue. Les vieux lui faisaient donner un ne 0 mot de réponse par le maître d’école. Mais cette corres- | Eu .… pondance avait cessé quand il était parti dans les pays 14 ES Er. . | étrangers, les vieux n’ayant pas su se reconnaître dans qe | 0 lé fatras des indications compliquées, dans l’orthographe En des noms bizarres. Lui-même avait presque oublié ce EN …._ village, qui se faisait tout petit, au delà des mers, dans ni: ces pays sans fin, aux étendues éternellement silen- “+00 î 14 aie Avaient-ils acheté la chènevière si longtemps convoi- }
ÿ tée? Le bien n’avait-il pas dépéri sous leur gouverna tion? Avec une douceur recueillie, il pensait aussi à la #2
È Virginie Millet, sa bonne amie, une belle brune à la ; peau fraiche, qu’il roulait dans les chevrottes de foin. craquant, à la fenaison, qu’il embrassait dans les gran- |
ges, oh! rien de plus. Et il n’espérait rien, car elle devait
être mariée, à cette heure!
Comme il regrettait son silence maintenant ! Toute sa
tendresse s’exaspérait de l’imminence d’un malheur, : \ d’une catastrophe qu’il tremblait d’apprendre. Comme on était bête de ne pas donner signe de vie, pour se manger les sangs au retour.
Tout à coup il aperçut une vieille femme, la Babette,
une pauvre créature toute grise, qu’il reconnut. Elle
n’avait guère changé, celle-là, ayant si peu de chair sur
les os que le temps n’avait pas de prise sur sa carcasse. À
Elle étendait dans un maigre friche des poignées de
chanvre, marchant à pas menus, toussotant, toute à sa
Elle se confondait avec la terre, dont elle avaït la
couleur grisâtre, la muette somnolence.
— Eh bien, la Babette, — cria-t-il, — on ne reconnaît
donc plus son monde ! ça sèche bien par ce temps-là !
— Vous êtes bien poli, monsieur le soldat, mais faites
excuse, je ne vous remets pas. — Jean Gérard, dit-il: Jean Gérard, le fils du Fan. ‘© — Seigneur Jésus, t’y possible! fit la vieille en joignant * les mains. Mais on vous croyait mort au pays. Comme vous êtes changé ! 1 | | Jean Gérard tressaillit. Où était le jeune gars bien F | 4 planté, aux joues rondes, qui avait quitté le pays ? Un ; | vieux brisquard revenait, au nez en lame de couteau, à A |
_ la moustache rude, aux yeux luisants comme ceux d’un Il balbutiait, le cœur tordu d’angoisse, ayant peur À De d’apprendre des choses. Il se décida, tout d’un coup, de. ‘3 comme on se jette à l’eau pe — Et les vieux, quoi qu’y font? 4738 x ÿ _ — Y vont leur petit train train, tout doucement! Ça , —…_ va rudement les émotionner de vous voir. à F À Elle parlait encore, que déjà Jean Gérard s’était ee engagé dans la ravine. Il descendait, se retenant aux | 33 _ branches basses des pommiers. Des endroits qu’il recon5h naissait lui soufflaient au passage une odeur de passé, ’ « _ émouvante. Il avait conduit ses vaches, dans ce friche 13 lavé par le ruissellement d’une source. Dans ces buis- | 1 ie sons de cornouiller, il avait tendu des sauterelles pour Le attraper les verdiers et les mésanges. à ‘10h Arrivé au bas de la pente, il réfléchit : tout de même,
- fallait pas rentrer chez soi, comme un évaltonné, on … avait vu des vieux qui mouraient de saisissement, le À …. cœur décroché par la secousse. à De Il entra boire un verre de bière, dans une auberge, A . au bord de la route. Il s’assit dans une petite cour, fai- | , sant effort pour rassembler ses idées. : Fo Tout près de lui, des jeunes paysans jouaient aux 3% quilles avec des contestations, des éclats de voix, que | “ Jean Gérard entendait comme dans un rêve. Quand ï deux joueurs abattaient un nombre égal, ils criaient “en “ … rampo en trépignant la terre du pied, et en s’assom- __ mant de bourrades enthousiastes. Jean Gérard percevait pe _ vaguement le glissement mat de la boule, sur les plan- se . ches du jeu, le fracassement des quilles, cerclées de te … fer, projetées sur le talus. Ces bruits familiers à son *à
j enfance, le jetaient dans une rêverie prolongée, créant autour de lui une sorte d’illusion à la fois émouvante et
Soudain, son attention fut attirée par le requilleur, à
\ un jeune garçon qui relevait les quilles, et qu’un autre ‘4 avait remplacé au bout du jeu. ‘à | Il y avait dans son visage une expression étrange qui ‘à
L’enfant était effroyablement ivre, les grands ayant trouvé drôle de le faire boire dans leurs verres, par fe manière de passe-témps. Il manquait de s’affaler à ‘ chaque pas, semant des pièces blanches et des gros
sous qu’il tenait dans sa main. sl
Il pouvait avoir douze ans.
Un des gars s’adressant à l’enfant lui dit :
— Si le père Fan te voyait dans cet état, y pourrait
des fois te tanner la peau!
ni Jean Gérard tressaillit. Saisissant l’enfant par le poi- gnet, il le força à s’asseoir devant lui, sous son regard
aigu qui le fouillait : (4
— Comment t’appelles-tu ?
— Victor Gérard, dit l’enfant. Maman, c’est la Céles-
— Eh bien, mon vieux, je suis ton frère. Tu sais bien ‘
ï le Jean Gérard qu’est parti soldat. Du coup, l’émotion dessoûla l’enfant. il répétait à
; — T’es mon frère, t’es mon frère ! ue Ses dents s’entre-choquaient. Ses mains tremblantes À
allaient et venaient sur la table. Soudain, il comprit et
De grosses larmes, lentes, coulaient sur ses joues. Il \
D ouchait, reniflait, le corps tout secoué de sanglots. “1
| Et s’essuyant le visage de ses mains souillées de terre, Li. _ il devenait une chose grotesque, émouvante. “ 4 Jean Gérard le réconfortait, flatté au fond de cet jt de ni — Pleure pas comme Ça, bougre de serin! Y a pas 1 de mort d’homme. ‘4 Li L’enfant put parler, un flux de paroles s’échappant de TR À …. sa gorge, pêle-mêle avec des hoquets : ‘ “ — Ten vlà une affaire. Quoi qu’y vont dire, les … ville, qu’était voltigeur de la garde, est venu exprès # “44 nous dire que t’étais mort, qu’y t’avait vu couché dans ; # a la tranchée. Alors on t’a commandé un beau service, à a tous les parents sont venus, Les cloches ont sonné pour à | toi pendant deux jours, les cloches ont sonné pour toi. nt | “0 Il répétait cette phrase, qui rendait bien la stupéfac- ‘1
- tion qu’il éprouvait à retrouver son frère vivant. ; Ni
| “4 _ Puis il dit encore : ju ; À NE Et chez nous, qu’est-ce que ça va faire ?
| 110 . Ces mots décidèrent Jean Gérard; il se leva et prenant ; _ l’enfant par la main, tous deux se dirigèrent vers la _ maison. Les gens revenaient de la messe; des femmes à és passaient, tenant à la main des morceaux de pain di El Ils tournèrent le mur de la sacristie, par un sentier où
… Saient une ombre légère, criblée de soleil. ji _ — Jean Gérard aperçut sa mère. ‘0
ke | La Célestine allait et venait dans le petit jardin, que die
. férmait une haie de troène, une raclotte de fer à la main,
… échorbant l’herbe d’une plate-bande, sarclant un plant ‘ \
d’asperges, en bonne ménagère qui ne perd pas une 5% minute. Jean Gérard la regardait, cloué sur place, tout frissonnant de tendresse. Elle lui paraissait toute petite. à Une mèche de cheveux blancs sortait de la coiffe de son bonnet, un bonnet de vieille, serré aux tempes, sans un ruban. Il avait peur de faire un mouvement, peur de prononcer une parole, comprenant que la secousse serait trop forte pour cette pauvre chose usée, trem-
L’enfant cria joyeusement: ‘ ‘4
La vieille se dressa, les mains au front, éblouie dans À l’accablement du soleil.
Elle reconnut son fils. :
Elle devint blanche « comme un linge »: Lentement, |
doucement, elle s’affala de son long au milieu du sen
Jean Gérard d’un bond traversa la haïe. L’enfant pous- 4 |
sait des cris, des voisines accoururent; une d’elles frap- ki.
pait dans les mains de la vieille évanouie, une autre lui faisait respirer du vinaigre. ; La mère reprenait connaissance, comme le vieux Fan
arrivait. Ses ‘genoux tremblaient. Quand il aperçu
Jean, du coup, il laissa tomber le brûle-gueule rivé à sa
bouche. Et tout le monde s’étreignit étroitement, la
) mère surtout, s’agrippant à son garcon, le serrant de toutes ses forces contre sa poitrine, tandis qu’un long | frémissement parcourait ses épaules pointues, son échine
L”émotion calmée, on parla. pi:
La mère se reculait d’un pas, pour mieux voir SOn garçon, pour mieux le tenir sous son regard. E |
— C’est donc toi, not Jean. — T’es donc pas mort.
— Alors, quoi qu’y disait l’autre?
— Des fois, on s’trompe. Ça s’est vu.
— Enfin te vlà. C’est le pu beau d’affaire.
Le petit s’était mis à pleurer, gagné par l’attendrissement général. La mère souriait, tenant encore à la main la petite raclotte qui lui servait à sarcler les mauvaises
— C’tandouille, fit Jean, il pleure comme ça depuis que j lai retrouvé. En v’là une façon d’accueillir son
Puis il ajonta :
— Alors, c’est mon frère, celui qu’est venu pour me rogner ma part.
pensait plus. Enfin on l’aime bien tout d’même.
Jean Gérard dit sentencieux :
À — Y a jamais trop de monde pour taper dans la
Le temps passait : on restait là, au milieu du jardin; des voisins étaient venus. Jean Gérard retrouva le ton joyeux de son enfance, sa bonne humeur natu- :
— À table, la mère, j’ai faim.
: On entra dans la grande cuisine. Jean Gérard s’assit, soupira, allongea ses jambes sous la table. Un rayon de jour verdâtre filtrant à travers les feuilles tendres de la treille, baignait les objets d’un reflet d’eau. Le buffet de noyer aux panneaux fendillés par la sécheresse, luisait. L’horloge battait dans sa gaine de bois. Au-dessus des fourrés d’orties, le sentier
courait dans la côte en friche, oblique et sinueu ei
comme#un animal rampant. Une seconde fois Jean
Gérard ressentit la même impression étrange, la même #3
stupéfaction à la fois enveloppante et triste, en retrou-. A
vant toutes ces choses immobiles, somnolant dans leur
k torpeur séculaire. Et il lui semblait qu’il n’avait jamais
quitté le pays, et que les ravins de Traktir et les plaines
de Solférino n’existaient pas. Be:
Il regardait attentivement l’âtre plein de cendres, le
cramail, le soufflet de fer, toutes les pauvres choses . ;
dont il aurait pu compter les éraflures, les taches de
rouille, les grains de suie, quand il fermait les yeux, là- ‘4
bas, dans les grands pays nostalgiques. # #
| La mère s’empressait autour de la table, servant la
soupe, où l’on avait mis, en l’honneur de l’enfant, un
’ morceau de jambon et un bout de saucisse. Elle s’excusa à
de la mauvaise chère. .
— C’est comme un sort. Justement j’ai pas fait de …
gâteaux ni de quiches. On n’avait plus le cœur à rien, … js
depuis la mauvaise nouvelle.
Elle revenait là-dessus à tout moment, véritablement
; désolée, comme si cela seul avait eu de l’importance. 4 ‘4
| Le père descendait à la cave pour tirer du vin. Elle = |
s’approcha de Jean et lui dit à voix basse : 5100
— Comment qu’tu trouves ton père ? ‘is
: — Toujours le même. +
Elle secoua la tête tristement : . à
| i — Il a bien changé. La nouvelle lui avait porté un
“ coup. Ça lui a coupé les bras, et j’ai bien du mal dans
le moment des gros ouvrages.
ñ Le vieux rentrait. La mère fit un clignement d’yeux
ke entendu et détourna la conversation. } Et
‘0 — Ah çà, dit le père, tu ne nous quittes plus.
| — Pas plus tard que d’main. Faut que j’rejoigne à
| On poussa les hauts cris. Les hommes n’étaient pas
. des chiens pour se laisser mener aussi durement, On n’avait pas le temps de soufller. Tout de suite en
Jean Gérard consolait les vieux. La compagnie rentrait au dépôt et le moment de la libération approchait.
Le vieux mangeait sa soupe lentement, s’abimant dans une contemplation triste.
— Et la Virginie Millet, dit soudain Jean Gérard.
— Mariée depuis douze ans, répondit la mère. Dame, oui, elle ne pouvait pas t’attendre. Ses parents lui
| menaient la vie dure. Elle a pris un garçon riche et tout leur réussit. La veille de son mariage, elle était encore là, assise au coin du feu, pleurant comme une Madeleine.
| Jean Gérard fit une moue pitoyable. Puis il se reprit,
ï et eut un haussement d’épaules, comme pour jeter le
passé derrière lui. 11 sifflota joyeusement : :
— Allons, faisons le tour de la maison. Y m’fait grè
| de r’voir tout ça.
On parcourut la bâtisse depuis la cave jusqu’au gre-
3 nier. Jean Gérard approuvait, donnait des conseils,
faisait des projets pour son retour. Le vieux le suivait,
G la pipe aux dents, disant de temps à autre : Tu vois, ça
% n’a pas trop dépéri. Le garçon s’exclama à la vue du
k tesseau, gerbes d’avoines et de blés qu’on n’avait pas
| battues encore et qui montaient jusqu’aux charpentes
| du toit, sous la tuile, bourrant le grenier,
Émile Moselly fu ne A l’écurie, il retrouva la Minouche, une vieille pouliche | À grise, la mère des autres chevaux, et il eut plaisir à appliquer une claque sonore sur la croupe luisante de la jument. . On sortit par la porte du jardin. Le vieux riait, d’un rire malin, qui fronçait le bout de son nez chauffé par le brûle-gueule. Ne: — Regarde ça, mon garçon. Et du geste, il embrassait la chènevière nouvellement achetée, douze hommées d’un seul tenant. On y avait planté un seigle déjà grand, dont les têtes fines ondu- laient, entre-choquées par le vent avec un froissement: léger. Le vieux marcha à grandes enjambées et se mit debout près de la borne pour mieux donner idée de l’étendue de la pièce, tandis que le garçon se baïssaït, ramassait une poignée de terre brune et la faisait couler dans ses doigts. C’était une bonne terre meuble, grasse, Alors, ils s’épanouirent, le ventre chauffé d’une âpre satisfaction, souriant aux épis barbus, au soleil qui tombait d’aplomb sur les mottes, fécondant le sein de la au — Y aura du plaisir à taper là-dedans, prononça le | — Ça nous a coûté gros, — dit le vieux, — mais on a achevé de payer à la Saint-Martin. On alla faire un tour dans le village. La fête battait son plein. Les détonations des tirs forains se succé- “1 daient sèches, cassantes. Des enfants passaient, soufflant à à tue-tête dans des trompettes, et les chevaux de bois tournaient dans un éblouissement d’or, de glaces, de
_ La curiosité se levait sur le passage de Jean Gérard. ta _ Desgensl’accostaient. Il racontait ses campagnes, tandis $ : … quele vieux, derrière lui, s’enorgueillissait. à
“2 _ Une femme s’avançait dans la rue, trainant une
… ribambelle d’enfants accrochés à ses jupes. C’était la |
Me _ Elles’arrêta devant Jean Gérard, décontenancée, toute
0 … pâle, faisant effort pour contenir son émotion.
ST Elle lui parut plus grande, plus belle, dans toute l’am-
_ pleurde ses formes, dans le rayonnement orgueilleux de
ri sa maternité. Elle portait sur le bras une fillette de deux
ne ans qui lui ressemblait étrangement. Un petit homme,
‘4 sec et brusque, marchait à ses côtés. Ce devait être le
hr: Jean Gérard la regardait; la femme haletait; simple- ;
| _ ment il lui tendit la main. ; 3) __ — Mätin! las bien travaillé, dit-il, en indiquant les } Il eut un gros rire, qui les soulagea tous les deux, les ; _ délivrant d’une angoisse.
Be Elle ne répondait pas : ses lèvres se crispant, ébau- f FE E Chaient une moue douloureuse, et serrant la petite fille SA
- dansses bras, elle lui parlait tendrement pour se donner sn. une contenance. Y Jean Gérard la regardait; elle avait toujours ses che- …. veux bruns, ses joues fraîches, ses bras ronds et potelés.
- Du passé flottait dans les frisons de sa nuque et dans : “ … Les plis fins de ses lèvres, et Jean Gérard se rappelait ch _ qu’il avait aimé tout cela. à — Sans rancune, mon vieux. — Qui va à la chasse, É perd sa place. $
Puis il insista : à 211600 1 — Puisqu’on se retrouvait, on ne se ferait pas la . figure. On boiraïit un coup ensemble et on se quitterait N.’: Ils habitaient tout à l’extrémité du village, une maison d’apparence cossue. La façade luisait au soleil, revêtue d’un crépi de chaux, tout neuf. Il y avait devant . porte, un banc de lattes vertes, comme chez des bour- pe ‘4 k geois, et le tas de fumier endigué dans des pierres de #10 taille, révélait par sa masse imposante, le nombre de bétail enfermé dans les étables. # DE
- La femme rinça des verres. On causa de choses et 518) de d’autres; une gêne qui pesait sur les paroles, les rendait Roi précautionneuses, : £ ne ; UT Le mari, bon enfant, tapait du poing sur la table. “#4 3 À 1 — En vlà une figure d’enterrement. Dégelez-vous AE donc, vous autres. Mais ils n’y arrivaient pas, ils sob4 servaient, et les moindres mots qu’ils prononçaient, le 1! propos le plus banal, prenaient des sens détournés, PA devenaient autant d’allusions au passé qui les effrayait. Re: he Jean Gérard attira la fillette qui trottinait dans la Elle lui montrait sa poupée, un pauvre jouet de carton to à qui manquait un bras et la moitié d’une joue. Jean FF Gérard caressait les cheveux de la petite fille, ses che % À veux fins et souples comme ceux de la mère. Fa *é — Dis done, tu seras bien sage, et quand tu seras A grande, nous nous marierons… mA — Tu m’attendras au moins, toi. ; A
fo femme ne dit rien, et s’étant penchée à la fenêtre,
jé elle par t regarder avec attention des gens de la ville !
Fi 4 un soulagement, quand on se sépara. ‘14 te an Gérard rentra très tard cette nuit. Il avait bu, ( | dansé , fait les cent coups avec des garçons qui avaient _ de la barbe, et qui étaient hauts comme la botte quand LU L s vieux ne s’étaient pas couchés. Ils l’attendaient au te re Vâtre mort, assis au coin de la petite table. Une ‘ L chandelle fumeuse jetait dans la pièce une lumière triste. La mère somnolait, la bouche ouverte, sa pauvre tête fs tl grise tombant par saccades sur sa poitrine avec une ‘a Us orte de déclanchement lamentable. ES £ enr es-tu bien amusé, not’ Jean ? | “LE _ — Ma foi, oui. Mais c’est la dernière fois. Tout ça HE | ét plus de mon âge. $ | 4 Les vieux lui conseillant d’aller se coucher, il refusa. . On n’avait pas si longtemps à être ensemble. Et tous ‘it | trois se mirent à causer, tout en buvant de petits coups vai
- d’éau-de-vie de marc, que la vieille avait apportée. ee e petit jour se glissa dans la pièce, rayant les murs bi dom bres indécises. Un coq chanta. di, _ — En route, dit Jean Gérard. au La mère le serra dans ses bras. fl . Le vieux lui fit un bout de conduite, le long des jar- ‘en | st ] L’aub e se levait, nacrée, derrière les cerisiers feuillus. Fa M. Des odeurs de terre mouillée, d’herbe molle de rosée
ü __ sortaient des clos. Une clameur de vie se levait “is Le vieux parlait à tort et à travers, ayant peur de. AIRE paraître ému. Il mâchonnait maladroitement un cigare A % que Jean Gérard lui avait rapporté du café. Il dit : ! De: — Va faire chaud sur le coup de midi. FPS Ar” — Du bon temps, répondit Jean Gérard. CA ) Au bas de la côte ils s”embrassèrent. MTS ni: } né Puis, comme le fils était à quelques pas, il Le rappela DE — Faut pas tarder à revenir. Nous autres, on re a ie plus pour si longtemps. EN
Li Il a été tiré de ce cahier treize exemplaires sur \2 _ whatman ainsi distribués | Dpremier exemplaire de souche, exemplaire du gérant; _ deuxième exemplaire de souche, exemplaire de l’ad- troisième exemplaire de souche, exemplaire de l’im- “44 _ dix exemplaires d’abonnement, numérotés de 1 à 10 Fe, nn Tous nos exemplaires sur whatman sont numérotés | _ âla presse et imprimés au nom du souscripteur; nos Hti ages d’exemplaires sur whatman sont rigoureuse- Fe) stant souscrits; nous ne vendons point d’exemplaires | sui whatman en dehors de l’abonnement: l’abonnement + … sur whatman à cette septième série est de cent francs <%4
_ pour tous pays.
- Lire: -de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. ji 4e Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men- _ suelles régulières et par des souscriptions extraordi- 148 | naires; la souscription ne confère aucune autorité sur la rédaction ni sur l’administration ; ces fonctions He, 5e Nos Cahiers paraissent par séries; une série paraîl is dans le temps d’une année scolaire, d’une année … ouvrière, d’octobre-novembre à juin-juillet ; l’abonne- ‘E ‘1 pen se prend pour une série. ÿ + 14 On peut souscrire cet abonnement à tout moment de l’année, mais l’abonnement ainsi souscril est, de droit, Ya l’iÿ4 # valable pour la série en cours, et pour toute cette série. , “ Prix de l’abonnement, pour chaque série annuelle PR: sl pendant le cours de cette série : ke 1 à |. maire… 0 Autres pays de l’Union postale uni- ie _ Abonnement sur whatman… cent francs pour tous pays ( Les exemplaires sur whatman, tirage non réimposé, pe Le és 4 _ sont numérotés à la presse et imprimés au nom du 4) ns, ‘# souscripteur ; le tirage à part sur shatman a commencé 4 il É * de fonctionner au premier janvier I 906 ; les inscrip- _ tions pour cet abonnement particulier sont reçues en ir | tout temps et reçoivent un numéro d’ordre déterminé “ch 3 3) automatiquement par le rang même qu’elles occupent bn, AREA F dans l’ordre de l’arrivée, les numéros les plus bas venant SZ _ naturellement aux inscriptions les plus anciennes; c’est | ce numéro d’inscription qui devient automatiquement le ._ numéro du tirage réservé à chacun des souscripteurs; “2 bé _ l’édition sur whatman est strictement limitée au | | nombre d’exemplaires souscrit à chaque instant. me
Pour tout changement d’adresse envoyer soixante
_ centimes, six timbres de dix centimes.
“Nous engageons nos abonnés de certains pays à nous
% demander un abonnement recommandé ; tous les cahiers
; de l’abonnement recommandé sont empaquetés à part et
… recommandés à la poste ; la recommandation postale,
U … comportant une transmission de signature, garantit le
it destinataire contre certains abus; pour cette recom-
F mandation, pour tous pays, en sus, cinq francs.
$ Automatiquement et sans augmentation de prix les
de exemplaires sur whatman sont tous recommandés et
envoyés aux souscripteurs dans des enveloppes-sacs.
L’abonnement ordinaire cesse de fonctionner pour
, chaque série au plus tard le 31 décembre qui suit
Le Pachèvement de. cette série; ainsi du premier octobre
‘1 au 31 décembre 1905 on pouvait encore avoir pour vingt
x francs les dix-sept cahiers de cette sixième série com-
à A partir du premier janvier qui suit l’achèvement
À d’une série, le prix de cette série est porté au moins
de au total des prix marqués; ainsi à dater du pre-
—mier janvier 1906 la sixième série complète se vend