De l'Église et de l'État, fragments
ont été cités ici. On sait l’état lamentable du Parti socialiste aujourd’hui, sa poursuite d’une unité étroite, pour laquelle les individus les meilË leurs comme les pires dépensent leurs forces, l’immoralité flagrante de la presse que lit la classe ouvrière ; on sait aussi les tendances fédéralistes qui commencent à faire leur apparition, l’idée qui vient d’unir les institutions ouvrières d’une même ville, d’une même région, et la fondation de journaux ouvriers locaux. On comprend que la lutte qui se manifeste là entre la centralisation et le fédéralisme, les vilenies des centralisateurs et les gaucheries et maladresses des fédéralistes, auront une influence considérable sur le développement et l’évolution Vouloir en effet soustraire les U. P.aux influences 1 diverses qui se manifestent dans le mouvement ouvrier, ce serait folie. Ce serait aussi une F erreur grave, une faute lourde. Il faut que, au risque d’y périr, les diverses U. P. jouent leur rôle; ÿ que, au risque de se corrompre, elles cherchent à — influer sur le développement des autres institutions —…._ ouvrières, politiques ou économiques. L’on a dit 4 qu’au moment où il a fallu maintenir les principes de justice et de liberté individuelle, les intellectuels sont sortis de leur « tour d’ivoire », et l’on 4 a conçu de grandes espérances de leur participation
5 à la vie publique: il ne faudrait pas que les U. P. È” devinssent des tours nouvelles où des hommes de
‘4 la classe ouvrière s’enfermeraient avec des intellec-
EL tuels. Qu’au moment de leur naissance, leur vie soit
È tout intérieure, c’est nécessaire; mais, quand elles sont grandissantes, elles doivent témoigner de leur
À force en intervenant partout où il faut maintenir les
4 principes de justice et de liberté, elles doivent avoir
È une vie extérieure ; sans quoi, elles ne mériteraient e aucun intérêt.
Dans les départements, il semble bien qu’elles
F4 commencent à jouer ce rôle; à Paris, elles ont su
A affirmer en plusieurs occasions leur force extérieure
È (campagne contre l’emploi du blanc de céruse, mou-
‘1 vement de sympathie vers les étudiants russes..….).
4 Pour agir ainsi extérieurement, elles ont à envi- à sager quels liens les uniront entre elles, quels liens
Rt les uniront aux autres institutions ouvrières.
En Entre elles, une vaste fédération est impossible,
Ni car fédérer un aussi grand nombre d’organisations
4 éparses aboutirait, soit à une centralisation mau-
“4 vaise dont Paris seul profiterait, soit à une union tellement lâche qu’elle serait sans utilité. Ce qui semble devoir se faire, ce sont des fédérations di , régionales (dont une pour le département de la Seine); on conçoit les U. P. de villes voisines TR s”unissant utilement, travaillant ensemble à des
fondations d’U. P. dans les centres intermédiaires, ï organisant des tournées dans les campagnes, se f A Paris, la fédération pourra se faire assez rapidement, dès que chaque U. P. aura résolu pour Ô elle-même la question budgétaire. Dans certaine région provinciale, elle se prépare. Pour l’œuvre de consolidation des U. P., par la fédération, et par tout autre moyen, il y a une Ÿ Société qui peut rendre des services, c’est la Société des Universités Populaires. Elle s’est fondée au é moment où la bourgeoisie s’était rapprochée de la classe ouvrière, et elle n’a réuni que des individualités bourgeoises ; elle ne doit donc point intervenir directement dans la conduite des U. P., lesquelles sont ouvrières. Mais précisément parce qu’elle réunit des gens qui aiment la liberté pour elle-même, et
- veulent que la classe ouvrière conquière son éman- …_ cipation, elle peut jouer, vis-à-vis de l’ensemble — des U. P., le rôle que j’ai attribué aux intellectuels …— isolés vis-à-vis de chaque U.P. : un rôle consultatif. Que la Société des U. P., sans prétendre à aucune —_ direction précise et immédiate, aide les U. P. de toutes les manières utiles : qu’elle réunisse les forces 4 intellectuelles pour les faire pénétrer dans la classe J ouvrière, tout en laissant celle-ci maîtresse de ses destinées et de ses institutions. Voilà ce qu’elle peut
et doit faire, sans réunir autour d’elle, étroitement, È organiquement, les U. P. institutions ouvrières, Quant aux liens qui pourront et devront exister 5 entre une U. P. et les autres institutions ouvrières Ÿ de la même localité, il est prématuré d’en parler, 1 ear nous ne possédons que peu de données expéÿ rimentales; il ne nous suflit pas de savoir que plusieurs Bourses du Travail ont fondé des U. P.,
; | et qu’une Coopérative loge une U. P. À Et sur quoi il importe avant tout d’insister aujourd’hui, c’est sur ceci que parce que l”U. P. est _ l’institution la plus récente et la plus faible 4 aujourd’hui, il n’y a aucune raison cependant pour M qu’elle se soumette aux autres institutions politiques et économiques. Elle a comme but essentiel de maintenir le principe de liberté au milieu des Ne À événements divers qui marquent la lutte de classe; ‘4 ettravaillant pour sa part à développer la conscience 10 ouvrière, son besoin paraît être de rappeler que pe l’union de toutes les forces peut et doit se faire sans 4 : servitudes nouvelles, que l’ordre et la méthode h peuvent et doivent s’établir sans créer de nouvelles É hiérarchies sociales, et que si dans le grand 4 mouvement d’émancipation de la classe ouvrière, celle-ci perd un seul instant le souci de la liberté, le hi mouvement n’aboutira pas.
20 ! Ce cahier a été composé et tiré au tarif des ouvriers syndiqués
Ve || Guieys$ë me pardonnera d’employer à ce témoignage personnel quelques morceaux d’un cahier’qui lui reve- Re. _ naittout entier, d’une couverture que je voulais attribuer critiqué très durement dans ces cahiers mêmes, Je “3 recommencerai aussitôt qu’on pourra le faire honné— : K: …._ tement. Je suis l’adversaire le plus résolu*de son minis- EE. Fe: _ térialisme et d’un certain parlementarisme qu’ils ont. _ Mais il ne s’agit pas de cela. É: D s’agit d’un guet-apens vulgaire et d’un ‘assassinat _ concerté. On dit dans les salles de rédaction, mauvais re
- lieux, et on répète qu’on le tient cette fois, qu’on “ lattendait là, qu’on va lui casser les reins, qu’il faut ‘202 … n’entende plus parler de lui. Et devant les gueulements LS F. de tous les chiens de toutes les meutes certains amis É se taisent, attendent, écoutent la voix de la sagesse. è — Qu’il me soit donc permis de renouveler formellement “ à Jaurès l’assurance de mon ancienne amitié. Elle vaut —… ce qu’elle vaut. Elle n’est pas l’amitié d’un puissant e: …. de ce monde. Elle est rugueuse. Maïs elle est gardée ;. … contre certaines amnésies. L’homme qui s’est littéralement épuisé le corps et la force dans la grande grève Ë
- _de Carmaux, l’homme qui s’est épuisé dans l’affaire à © D reyfus mérite qu’on le combatte loyalement. Et tout … homme a droit qu’on le combatte loyalement. « +. … Je prends donc date et je m’inscris pour ceci : que j’attends pour dire tout ce que je crois avoir à dire sur et contre la politique de Jaurès, la tactique de Jaurès, Ë faction de Jaurès, la philosophie de Jaurès, la théorie et la pratique de Jaurès, que la ruée odieuse des bar- À -bares et des ingrats, des muflles et des envieux, des ‘J ationalistes et des antisémites, et des militaristes, des brutes et des rageurs, des ennemis et des faux amis se soit un peu apaisée. Enlin je m’inscris pour ceci : J’admire plus que personne l”ardeur de M. Gohier. Je déclare qu’il a eu un talent presque unique. J’ajoute qu’il a eu très souvent
À raison. Il peut redevenir un des soutiens de la Répue blique. Mais s’il se met sur le pied de nous mener dans” marche pas. re Je ne veux pas engager les cahiers dansune aussi grave déclaration personnelle. Mais on admettra qu’ayant sauvegardé ici autant que j’ai pu toutes les libertés, et la parfaite liberté de tous nos collaborateurs, je sauvegarde aussi la mienne. Nous mettons ce cahier dans le commerce: nous le vendons un franc. ‘ Nous en fournissons huit cents exemplaires à. la Société des Universités populaires, qui les envoie aux sociétaires et aux universités. L Pages libres, 8, rue de la Sorbonne, au rez-dechaussée, paraît tous les;samedis, généralement. sur ss 2/% pages, souvent sur 32 Pages, el quelquefois plus. Pages libres a des illustrations. Pages libres a un format double de celui des cahiers. Pages libres publie des numéros composés en‘unr tout complet : ainsi ses numéros sur la Grève de Montceau, 4 contre la guerre de Chine, sur la Russie en révolte, avant le congrès de Lyon. Pages libres est administré par Édouard Dujardin, Demander un specimen à M. Georges Moreau, 8, rue de la Sorbonne. L’abonnement normal à Pages libres est de huit francs
Je prie ceux de nos abonnés qui connaîtraïent à Paris des leçons de’ sciences — mathématiques; physiques, chimiques — à donner dès la rentrée de novembre, de vouloir bien nrécrire pour me les indiquer.
É Nous avons donné le bon à tirer après corrections pour trois mille exemplaires de ce deuxième cahier le
rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée
Nous mettons ce cahier dans le commerce; nous le vendons un franc. Les fragments que l’on va lire sont empruntés à une étude récemment publiée par la Revue Socialiste. Nous n’avons pu donner ici que les deux tiers de ce travail. Ceux de nos abonnés qui voudront le lire en entier le trouveront dans la Revue Socialiste, numéros de août, septembre et octobre 1901. Ou bien ils pourront nous demander le tirage à part édité par la librairie Jacques,
Les trois numéros de la Revue Socialiste coûtent quatre francs pris à la librairie des cahiers. Le tirage à part sera marqué deux francs.
Nous remercions la Revue Socialiste et Rouanet de nous avoir accordé très libéralement la reproduction. Nous saisissons cette occasion de rappeler que l’abonnement à {a Revue Socialiste est de dix-huit francs par an pour la France, de vingt francs pour l’étranger, et qu’il se souscrit à la librairie des cahiers.
La librairie Jacques a déjà publié du même auteur l’Avenir socialiste des Syndicats, un volume à
la Valeur sociale de l’art, un volume à 1 franc.
Elle va publier du même auteur la Ruine du monde antique, un volume à
Karz Marx. — La Commune de Paris, traduction nouvelle et préface de Charles Longuet, un volume
Épouarp BerrH. — Dialogues socialistes, un volume
Juces GuEspe. — Quatre ans de lutte de classe, deux volumes, chaque 3 francs.
socialisme de gouvernement et lutte de classe, un volume 2 francs.
4 4 Beaucoup d’obscurités sont jetées sur la question ï du domaine ecclésiastique par suite de l’habitude —. que l’on a prise de le confondre avec le domaine à . des particuliers ; et cette confusion tient à l’emploi ‘4 de la fiction de la personne civile. Cette fiction —…._ est née des convenances de la procédure romaine “… et elle ne correspond à aucune notion philoso3 phique adéquate. IL est à remarquer que depuis. À assez longtemps les ordres religieux ne sollicitent plus guère cette faveur, qui n’est pas mécessaire à pour leur fonctionnement, « Que vous importe, 4 disent les moines, notre système d’administration intérieure 2 La loi aurait raison de nous imposer ni lobligation d’avoir une personnalité civile si nous . bi ÿ mavions pas de représentants solvables, qui “prennent toutes les responsabilités qui peuvent se $ … présenter. Si nous causons des dommages, il faut _ que nous puissions être poursuivis et qu’on puisse faire exécuter les jugements. La question est de —_ savoir si, en fait, nos représentants donnent toute — garantie aux gens qui peuvent avoir à plaider contre q
24 nous. (1) Nous sommes exposés à étre quelquefois 44 trompés par nos hommes de confiance ; mais nous 2 nous contentons de cette situation. » Fa Pourquoi donc fait-on des lois sur les associations religieuses, si celles-ci se contentent du régime du Avant la Révolution le problème de la main- ‘4 morte se posait surtout au point de vue agronoci mique ; on observait que les vastes domaines des abbayes étaient souvent négligés, parce que les moines ne voulaient pas se priver d’une partie de “4 leurs revenus pour faire des améliorations ; les à papes, eux-mêmes, (2) ont vainement lutté pendant ne des siècles pour tâcher de faire cultiver la cam11 pagne romaine. On pensait que des familles atta- “408 chées au sol cultiveraient mieux que des corpo- “8 rations, qui avaient tous les vices des latifundistes vivant loin de la terre et ne s’y intéressant pas. 11 L’expérience a prouvé que l’on ne s’était pas 744 On trouvait qu’il était absurde, en un temps où à RE (1) Il est à noter que la loi de 1884 sur les syndicats profesNES sionnels n’a pas beaucoup tenu compte de cette considération, car À le syndicat peut disparaître sans qu’on ait de recours contre ses a Ten) (2) Sabatier. :‘Église et le travail manuel, pages 144-205. Les papes VE autorisèrent à cultiver les latifundia incultes en payant aux pro- ! OR priétaires des redevances en nature déterminée — du cinquième au HA septième. Pie VI permit même la culture sans redevances sur les For terres que les propriétaires laisseraient incultes, alors qu’elles un étaient comprises dans l’assolement obligatoire qu’il avait imposé à Dust la campagne romaine.
le pays était pauvre, de prélever sur le revenu total une somme énorme destinée à entretenir une grosse armée de gens qui restaient inoccupés. Il est assez remarquable que durant les années qui suivirent la Révolution, beaucoup de familles de la petite bour- geoisie se plaignaient d’avoir perdu un débouché pour leurs enfants.
On sait, enfin, combien la question de la population préoccupait nos pères; ils pensaient que la propriété est surtout faite pour les familles, pour permettre d’élever les enfants ; ainsi les monastères devaient leur paraître ne pas mériter le droit d’être Aujourd’hui les considérations économiques n’ont —_ plus autant de valeur qu’au dix-huitième siècle. — Dans l’Église s’est formé un parti militant; sa richesse et son administration intéressent, dès lors, beaucoup plus l’homme d’État que le juriste et l’éco- “_. nomiste. La législation a maintenant pour objet de — contrôler cette fortune ; Napoléon avait soumis à la surveillance de l’État les biens du clergé séculier la loi que l’on vient de voter établit un régime analogue pour ceux du clergé régulier. Les associations religieuses ne sont plus des sociétés pouvant (1) Je crois qu’on ne peut donner une théorie satisfaisante de la propriété, au point de vue de la philosophie de l’histoire, quand on ne la rattache pas à la famille. Beaucoup de théoriciens ont comrprtal négligé ce point de vue, faute d’avoir considéré les
‘4 * poursuivre librement des fins particulières; il faudra mo, _ plutôt les comparer aux séminaires, chapitres de PAS cathédrales, fabriques d’église ; elles ne seront pas He assimilées aux associations ayant acquis la person120 nalité civile par une déclaration d’utilité publique ‘584 elles deviennent des corps auxiliaires, presque des L IL est bien remarquable que d’après la théorie de ‘4 M. Waldeck-Rousseau ces associations religieuses 14 officielles ne seront jamais propriétaires ; elles ne auront seulement l’administration de certains biens, 11 affectés aux usages en vue desquels l’État les autoÀ #4 3 rise à fonctionner. Mais si elles viennent à être disFa , soutes, les donateurs pourront revendiquer les ‘4 biens, sans qu’on puisse leur opposer la prescrip_ tion; et ce qui n’aura pas été vendu deviendra bien #4 te sans maître. (2) Je crois que cette doctrine est celle 1070 qui correspond le plus exactement à la vraie nature SN des choses. L’Église est impuissante à posséder. LD En politique comme en économie, on afinipar “14 admettre que la sagesse est dispersée dans la masse, _ que la valeurdes choses ne se mesure qu’à l’épreuve vel et qu’il faut faire appel, le plus qu’ilest possible, à ‘4 © (1) Je crois done qu’on a eu tort de regarder la loi nouvelle comme RUB. | une préparation de l’abolition du Concordat; elle me semble être ‘13 un renforcement du régime concordataire. M. Waldeck-Rousseau ne à 078 lui a pas, d’ailleurs, attribué un autre caractère. au
j l’expérimentation. Le régime parlementaire est fondé sur le même principe que le régime économique capitaliste ; il ne fonctionne convenablement que dans les pays où l’esprit industriel moderne est fortement développé et là où les classes industrielles jouent un rôle prépondérant dans les Parlements. C’est un régime où tout est provisoire ; la variabilité du pouvoir a pour conséquence de faciliter des corrections successives dans les lois et\de ne pas permettre aux abus de s’accumuler dans une progression croissante. Ce qu’il y a surtout
—_ d’essentiel dans les pays de liberté moderne, c’est le contrôle exercé par le premier venu sur les pou- voirs publics; et la législation relative à la presse a
D été rédigée de manière à ce que le contrôle puisse s’exercer à peu près sans limites. Le respect de l’autorité est réduit à rien en politique, tout comme en industrie ; la revision des lois est perpétuelle-
“ ment à l’ordre du jour, comme la transformation
…… des procédés techniques reçus.
L’Église ne comprend rien à ce régime, qui lui semble être la négation même de toute raison ; elle se demande où tend cette activité fébrile; il lui semble absurde de se lancer avec tant d’audace sur des routes inconnues. Sa notion de la propriété si vague , sa conception d’un simple droit d’usage accordé par Dieu à l’homme, son idée d’une communauté humaine régie par la Providence, voilà autant
*i de raisons qui lui rendent difficile de saisir cette déchirure complète pratiquée par l’homme dans
la nature, cette indépendance de chaque produc- teur qui essaie ce qu’il invente en n”exposant que
40 lui-même, cette rage de destruction des aspects
É anciens des choses pour essayer au hasard du génie de chacun. Il semble à l’Église que cette audace du
“4 :__ Prométhée moderne ressemble fort à un sacrilège aussi n’a-t-elle pas manqué de lancer des ana-
1H thèmes contre cet esprit qui ne respecte rien.
:, Les auteurs catholiques ont assez généralement bien vu que l’anarchie religieuse, l’anarchie poli-
4 tique et l’anarchie économique se tiennent très
étroitement dans l’histoire moderne; ils ont cru que
S ce sont les conséquences d’un même esprit de
É: révolte qui s’empara de l’humanité au seizième
We siècle; ce seraient trois aberrations de l’esprit,
D : dont le protestantisme devrait porter la principale responsabilité. (1) « C’est le même faux dogme de ie la liberté absolue qui, après avoir commencé son ne œuvre de destruction dans le domaine religieux, is ‘à après avoir continué ses ravages dans l’ordre poli-
‘4 tique, devait compléter son action dissolvante dans à A l’ordre économique. » Il semble beaucoup plus vrai-
V 4 semblable que c’est l’inverse qui est vrai; le protesà tantisme est devenu libre quand il a pénétré dans 4 (1) Charles Antoine, Cours d’économie sociale, pages 190-191. L’auPal teur est jésuite.
des classes qui pratiquaient la liberté industrielle, et ce sont ces classes qui ont amené les anciennes constitutions représentatives à revêtir la forme
Nous avons relevé ailleurs que le christianisme avait laissé de côté la considération des droits pour ne parler que des devoirs ; cette théorie se trouve parfaitement d’accord avec l’économie césarienne. « Il n’y a que des devoirs, dit M. Waltzing… (1) Le droit ou la liberté politique : vains mots pour
3 eux. Les droits civils et privés : ils sont confisqués, ou bien il en reste juste assez pour faciliter aux À corporati le service de l’État et des villes. »
Pas de droits! C’est-à-dire qu’il n’y aura plus dans le monde que des rapports administratifs c’est-à-dire que toute la vie des citoyens sera subordonnée aux considérations de convenance et d’opportunité, ou bien à la recherche de certains avantages généraux, que le gouvernement prétend être le seul à pouvoir apprécier. La justice proprement dite passera au second plan; c’est ce qui est bien remarquable dans l’Église.
@) Waltzing. Étude historique sur les corporations professionnelles chez les Romains, depuis les origines jusqu’à la chute de l’Empire,
ne | L’un des plus grands efforts de la lés islation | À k . moderne a eu pour but de séparer, autant que pos- ti D sible, l’administration et la justice, afin que les Re habitudes d’esprit que prend l’administrateur ne ‘0 viennent pas vicier l’esprit du juge. Sous l’Ancien 4 Fà Régime, il y avait eu souvent confusion entre ces 4 deux offices, et nos pères avaient été vivement frapXI pés par des abus qu’ils voulurent faire disparaître. d 2 Dans ia justice, la discussion s’engageant entre des 4 personnes abstraites qui fondent leurs prétentions ÉR sur des principes généraux, la qualité des plaideurs %à ‘ _ n’entrant pas en ligne de compte, le citoyen peut se _ défendre contre l’autorité en invoquant le droit. h | Les formalités du droit civil ont acquis une telle 110 _ importance que pour assurer des garanties aux accusés, on n’a pas trouvé de meilleur moyen que 711 _ de copier, en matière criminelle, la procédure 4 Contre ce procédé, les criminologistes contem_ porains ont élevé beaucoup d’objections: illeurest ‘à 44 n facile, évidemment, de montrer que le procès civil h : 112 et le procès criminel ne se ressemblent en aucune ‘RS _ façon; maïs tout le monde le sait aussi bien qu’eux; un: _ilne s’agit pas du fond du procès, mais des moyens h to is _ que l’on peut employer pourgarantir l’accusé contre l’autorité qui le poursuit. Suivant les criminolo gistes, il aurait fallu remettre l’accusé à des experts : 53e _ chargés d’examiner quelles sont les mesures les rs plus efficaces à prendre pour le mettre hors d’état ) 5 û _ de nuire, ou même pour le ramener dans le bon + T4 Fa chemin ; — par analogie avec ce qui se passe pour _ lesaliénés, les experts auraient pu garder leurswjet _ aussi longtemps qu’ils l’auraient jugé utile. Ces 154 _ grands progrès de la science nous auraient rame- ARR _ nés tout simplement aux conceptions ecclésiastiques î et à l’arbitraire de la pénitence. L’accusé n’auraiteu d’autre garantie que celle qu’il pouvaittrouver dans An: _ la conscience des experts; et ce n’est pas beaucoup. De. __ ‘ Bien loin d’entrer dans cette voie on a fait un pas ‘1e _ décisif dans le sens des garanties juridiques en a “ accordant à l’accusé le droit d’avoir un défenseur “ pendant l’information. Sous l’Ancien Régime il n’en ÿ js à 1 avait à aucun moment du procès; il devait se en,
- défendre lui-même et, par un comble de logique, il +104 _ ne pouvait être admis à faire la preuve que sur les … faits justificatifs choisis par le juge : la conscience … du magistrat était souveraine. (1) Un dernier reste % _ de cette doctrine se retrouve dans une disposition …_ célèbre de la loi du 22 prairial, an II : « La loi donne pour défenseurs aux patriotes calomniés des jurés patriotes ; elle n’en accorde point aux conspif —————— Ds: ‘A (1) On prétendait ainsi rechercher la vérité par les moyens les FA _ plus simples et se mettre à l’abri des faux témoignages combinés y. entre les amis de l’accusé; ainsi quand un fait était déjà considéré 4 comme prouvé (par deux témoins ou autre moyen de preuve fs: ._ légale) il n’était pas admis qu’il y eût une preuve contraire à cs £
:# rateurs » (article 6); comme dans beaucoup de 238 mesures prises par le gouvernement révolution- ‘3 dl naire on retrouve ici l’influence de l’esprit d’Ancien E. 4 Régime si puissant chez Robespierre. 730 L’Église —comme les modernes criminologistes — 4 ne comprend pas que l’accusé puisse prétendre se mesurer, à armes égales, avec l’autorité, qui repré110 sente l’intérêt général. Ses tribunaux sont des conTa seils administratifs qui cherchent à prendre des
En mesures propres à faire prospérer l’Eglise, à assurer ei une exacte discipline et à éviter des scandales. Lt Toutes les personnes qui ont pu étudier le fonctionNi: nement des oflicialités à la fin de l’Ancien Régime (550) ont pu se rendre compte des raisons pratiques qui is avaient fait donner tant d’extension à l’appel comme 1 d’abus, au moyen duquel on finit par enlever UN presque toutes les affaires aux tribunaux ecclésias- …_ tiques pour les porter devant les Parlements : les _ officialités étaient une caricature de la justice. RE L’Église a toujours réclamé avec insistance le | 2x _ jugement des testaments et celui des mariages, ru N* _ parce qu’à ses yeux la question principale est ici _ une question morale et que les intérêts matériels en ae jeu devraient être subordonnés à des considérations RUE %. de conscience. (Eos Le testament est, pour l’Église, un acte qui na 74 aucune raison économique ; il a pour objet des :04) _ œuvres satisfactoires destinées à permettre la puri54 fication de l’âme du moribond. (1) Tandis que, pour 1e u Le Play, le testament se justifie par les besoins du ‘à domaine paternel, qu’aux convenances de l’exploi- (0 Le à ë _ tation on doit sacrifier les intérêts des enfants, qu’on RUE
- cherche à éviter de charger l’œuvre de dettes trop SE e fi lourdes, — pour l’Église le testament aboutit à te es imposer au domaine des charges et à dépouiller les _ héritiers au profit des clercs. Il est la manifestation des remords qui troublent la conscience du père ; F 4 l’Église, chargée de réconcilier les pécheurs et pos- N FN 1 sédant des rites capables de leur éviter des souf _ frances dans l’autre vie, rattache le testament à ses _ disciplines du sacrement de pénitence; elle seule … peut connaître l’état d’âme dutestateur, déterminer | ss | _ quels étaient les besoins de son salut et savoir s’il … était disposé à faire les sacrifices nécessaires pour FT éviter le Purgatoire. En jugeant les testaments, elle _ prenait la défense du malheureux absent contre des , *: Fe héritiers avides ; elle faisait œuvre de protection et FA de charité — en même temps qu’elle augmentait ses ‘4 Ê 4 * Le mariage a des fins très multiples; mais ce qui 44 ‘4 est surtout important, ce qui a justifié, d’après le A catéchisme romain, la dignité de sacrement qu’on EUA: lui reconnaît, c’est qu’il sert à procréer des sujets # ci
: () « La confession à l’article de la mort et les legs pieux étaient ‘4 ik au Moyen-Age deux idées conjointes et, pour ainsi dire, insépa4 rables. » (Viollet. Précis de l’histoire du droit français, page 744) 4 a our l’Église ; (1) en second lieu il sert à combattre le libertinage. Les tribunaux ecclésiastiques sont __ des bureaux de police chargés de surveiller les 18 mœurs et d’assurer la complète exécution des fins 14 matrimoniales : de là résultent tant de décisions _ bizarres et parfois scandaleuses selon les idées 42 modernes. La séparation de corps offre un double 20 inconvénient : elle prive l’Église de sujets et elle 4 expose les époux à tomber dans l’incontinence ‘Va aussi les canonistes se sont-ils ingéniés à forcer les 14 époux à se rapprocher : un homme qui s’est séparé RE de sa femme convaincue d’adulière et qui tombe, à 0 son tour, dans la même faute, doit reprendre la vie conjugale. Il nous semblerait qu’il y ait double
F3 motif pour rendre ici l’union conjugale impossible, _ mais l’Église juge les choses tout autrement; les _ deux fautes se compensent; Fourier dira plus tard Re que deux négations valent une affirmation. 1400 Il ne paraît pas que les docteurs ecclésiastiques soient parvenus à comprendre, encore à l’heure actuelle, les raisons qui ont rendu le divorce néces- : 2 saire. L’Église a raison quand elle dit que le 1 à mariage n’est pas un contrat de louage de services rompu pour les motifs qui amènent la rupture _ d’obligations civiles; mais elle ne voit pas que, — à (@) Ut populus ad veri Dei et Salvatoris nostri cultum et religionem
dans l’État moderne, ce qui est essentiel dans le mariagé est l’autorité déléguée au chef de famille par le magistrat. C’est à cause de cette délégation que les législateurs modernes ont retiré au prêtre le droit de rendre le mariage légitime; cette autorité reste toujours sous le contrôle des tribunaux. (1) Lorsque l’union des époux est devenue impossible, que l’autorité serait abusive, que reste-t-il du mariage ? Le divorce devient alors nécessaire, parce qu’il importe que, dans l’État moderne, l’autorité soit toujours exercée avec dignité et qu’elle ne serve pas à des fins autres que celles en vue desquelles la délégation avait été faite. (2) Le retour à la vie commune dans les conditions où l’Église l’impose après double adultère, serait pleinement destructif de la dignité et il nous semble aujourd’hui monstrueux.
Dans les testaments l’intérêt des familles et dans le mariage le respect de la dignité jouent un très faible rôle aux yeux de l’Église, uniquement occupée de sa propre puissance. (3)
Le droit ecclésiastique est constitué de telle sorte
(1) Les tribunaux exercent, dans ce cas, une action disciplinaire mais celle-ci est entourée de formalités juridiques en vue de donner des garanties aux citoyens.
(2) Par exemple pour obtenir des revenus auxquels on n’aurait pas droit.
(3) Les traités de droit canon rangent les testaments et les mariages dans la partie qui s’occupe des choses /de rebus] avec les bénéfices, l’administration des biens et tous les intérêts temporels de l’Église.
que l’autorité puisse faire à peu près toutce qu’elle juge convenable ; il n’y a guère de cas où les canoRU . . -% 408 nistes ne fournissent le moyen de donner un décor “44 juridique aux décisions les plus arbitraires ; mais comme toutes leurs subtilités ne seraient pas encore à toujours suffisantes, l’Église s’est assuré la faculté de passer par-dessus les règles, en réservant au pon- ‘418 tife romain le droit de décider ce qu’il juge bon de À décider pour le plus grand bien de la communauté. _ Cette intervention, qui donne tant de liberté à LR l’administration, supprime à peu près totalement le D droit : pour employer le langage des philosophes _ grecs, l’Église substitue le régime des décrets au …. régime des lois. (1) 72 Le droit ecclésiastique est un droit tout à fait ana- ‘4 logue à la partie du droit pénal qui s’occupe des __ crimes politiques; les condamnations prononcées _ pour délit politique n’ont jamais été assimilées aux _ condamnations ordinaires. Le type le plus parfait de cette législation se trouve dans la loi du 22 prai_ rial an IL, que j’ai déjà citée : « La règle des juge_ ments est la conscience des jurés éclairés par d l’amour de la patrie; leur but, le triomphe de la j NT _ République et la ruine de ses ennemis » (article 8). souveraineté des lois. Si donc la démocratie est une des deux JA Fa espèces principales de gouvernement, l’État où tout se fait à coup _ de décrets populaires n’est pas une démocratie, » {Politique, o _ livre VI, chapitre 1v, 7) de
En changeant patrie et République en Église, on aurait la règle du droit ecclésiastique.
La doctrine de la souveraineté s’est maintenue longtemps dans les écoles par des raisons de polémique; pour rejeter le contrôle pontifical sur les États, on inventa le droit divin des rois; et le dogme pontifical devint chimérique le jour où les princes furent assez forts pour faire respecter leur autorité. Plus tard on inventa la souveraineté des peuples, qui donna lieu à beaucoup de variantes ù les uns voulaient que les peuples pussent aliéner k leurs droits en faveur d’une famille — par vente ou par emphytéose perpétuelle; d’autres soutenaient qu’il ne pouvait y avoir que délégation temporaire — par une sorte de louage; d’autres enfin prétendaient que les citoyens doivent vivre comme des associés. (x) Aujourd’hui les théories sur la souveraineté sont abandonnées par tous les gens raisonnables È l’absolu est banni de la politique et tout le monde Re convient que la liberté est l’essence de la démocratie. À L’idée de la souveraineté est aujourd’hui purement ecclésiastique, et si on la voit quelquefois ë reparaître dans le monde c’est que les idées d’orià gine catholique sont toujours très puissantes. (2) à @) Pour juger la politique on emprunte ainsi les termes du droit À °® Pour justifier la conversion d’office de la rente italienne, Crispi a soutenu que les États, en raison de leur souveraineté, ne ie sont pas tenus de respecter les contrats qu’ils passent avec les particuliers, dans les mêmes conditions que le simple citoyen.
D - Appliquée au domaine économique, elle cond uità fa des résultats absurdes; elle suppose une servitude sans la permission de la police, obligation pour les ‘ai 2 consommateurs de se contenter de ce que veulent #0 bien leur offrir les corporations réglementées. Cette nv, _ absurdité économique a vivement frappé les esprits 74 “4 et n’a pas peu contribué à ruiner les théories des ‘4 philosophes anciens sur la souveraineté.
Le £. Nous avons été amenés à considérer l’opposition du monde moderne et de l’Église sous des formes ‘3 déjà fort abstraites; bien des personnes prétendent que cela est insuffisant et qu’il faut faire dériver _ cette opposition des théories que la société moderne à ‘” et l’Église se font sur la science. Taine a soutenu #4 _ cette opinion et il est nécessaire d’en dire quelques 64 _ Pendant très longtemps les représentants des _ idées libérales ont prétendu que le monde est gou14 _ verné par des principes; mais dans ces dernières 5 années il s’est produit un grand changement dans _ leur manière de penser; on pourrait dire que ; _ d’idéalistes ils sont devenus matérialistes. La pra- “ tique du gouvernement leur a montré que les choses “2 ne se passent point aussi simplement qu’ils le
croyaient autrefois et ils proclament maintenant que les contradictions idéologiques importent assez peu dans la pratique. Ils ne nient pas qu’il n’y ait une distance énorme entre les idées ecclésiastiques et les idées issues de la Révolution; mais ils soutiennent que des hommes peuvent se consacrer à des œuvres communes sans être d’accord sur les principes abstraits et que l’unité intellectuelle d’un pays n’a pas l’importance qu’on lui attribuait jadis. Taine dit (1) que les conflits qui existent entre la science et la religion sont capables de créer « dans l’âme de chaque catholique un combat et des anxiétés douloureuses »; il voit dans ce conflit idéologique la grande question des temps modernes. En accordant à Taine que le tableau dressé par la à tradition catholique et celui que dessine peu à peu la science contemporaine soient « irréductibles l’un À à l’autre », on ne saurait accepter pour cela ses conclusions sans preuves; il faudrait établir, par 1 des faits nombreux, précis et vraiment démonstraÉ tifs, que cette discordance est de nature à troubler “ le jugement des catholiques, soit dans la vie civile, k soit dans les recherches scientifiques. Taine, qui est d’ordinaire si désireux d’apporter des preuves ‘ à l’appui de ses moindres affirmations, se contente 1 ici d’un raisonnement. Sa psychologie intellectuaŸ (1) Taine. Le régime moderne, tome II, page 142.
HG liste et quasi-mathématique ne Jui perme tait pas de SA comprendre qu’il n’y eût pas un parallélisme absolu LE entre les états d’âme et les conditions objectives; __ en conséquence toute contradiction entre deux conceptions de la nature poussées à leurs dernières limites d’abstraction doit se traduire par un combat es dans l’homme qui les accepte toutes les deux ; toute D ‘1 contradiction qui apparaît comme grave, évidente ‘3 et puissante à un esprit éclairé, doit revêtir les 4 mêmes caractères pour tout esprit éclairé; ce que 4 Taine juge troublant, doit troubler les catholiques. L’expérience ne nous montre pas que les savants catholiques actuels soient gênés plus sérieusement par la théologie traditionnelle que les savants _ libres ne le sont par leurs hypothèses générales sur Fi _ le monde. Je reconnais volontiers qu’en matière _ historique les écrivains ecclésiastiques n’ont pas 5 _ une liberté d’esprit absolue; mais il en est de même
‘8 pour tous les historiens qui s’occupent à la fois de __ recherches d’érudition et de politique. On sait que _ Rossi (1) fut longtemps accusé par les théologiens __ d’accumuler des hérésies dans ses publications sur _ l’archéologie chrétienne; ces attaques ne l’ont pas 100 empêché de faire une œuvre utile et considérable, “12 _ qui ne comporte, en définitive, aucune conclusion gr nd (1) J’emprunte ce renseignement à une notice de l’abbé Duchesne, MY ‘40 publiée dans le Bulletin de l’Institut catholique de Paris, juin 1892.
Aux yeux de Taine, le dogme de la transsubstantiation, tel qu’il a été rigoureusement défini au seizième siècle, est un de ceux qui « sont les mieux faits pour empêcher à jamais toute réconciliation entre la science et la foi ». L’exemple est, en effet, très heureusement choisi, parce que les docteurs catholiques ont commis ici la grande imprudence de
4 fonder ce dogme sur une théorie physico-chimique qui correspond à une ancienne philosophie naturelle et qui pourrait, par suite, causer de sérieux embarras aux savants contemporains. La question est de savoir si, en réalité, ce dogme a créé quelque i gène pour les recherches des physiciens ou des
K chimistes catholiques : aucun raisonnement ne peut rien nous apprendre sur ce sujet ; il faut faire appel à l’observation; — et je crois pouvoir affirmer, d’après mes recherches personnelles, que l’hypo- thèse de Taine n’est pas confirmée.
ie Au lieu de prétendre que certains phénomènes k doivent se produire d’après les lois de la psycho- ï logie, il aurait été plus scientifique de chercher
1 comment les lois classiques de la psychologie, que
Taine croyait certaines, devaient être complétées k pour tenir compte de l’observation. Il y a certaine- ment un grave problème à résoudre : il est certai- nement singulier que des penseurs catholiques à puissent si facilement s’arranger de théories qui
4 semblent contradictoires; mais, de tout temps, les
40 _ théologiens ne sont-ils Leu Lis aire faire _ bon ménage à des théories bien opposées (= VAS Es | apparence — comme celles de la liberté et de la Bien loin que les conflits de la science et de la foi : 4 augmentent d’intensité, il semble qu’ils aient été 4 ” beaucoup plus graves autrefois qu’aujourd’hui: il F0 faudrait se demander si les conflits anciens ne ‘4 furent pas des luttes entre deux conceptions scienW _ tifiques plutôt que de vraies questions religieuses 13 A les dénonciations des théologiens servaient souvent É ns $: _ à satisfaire bien des haïnes, comme nous l’a montré 4 M. Lea dans son Histoire de l’Inquisition. 148 _ Les théologiens qui condamnèrent Galilée 08 H croyaient que les nouvelles théories astronomiques ‘À pourraient troubler les âmes, parce qu’on avait __ toujours expliqué l’Écriture en se servant de la Un. _ théorie de Ptolémée; ils raisonnaient à peu près NU comme Taine ; mais l’expérience a montré que les âmes n’ont pas été troublées du tout. Je ne crois ea | pas qu’on puisse tirer parti, dans cette question, de we _ la conduite de Descartes, qui garda en manuscrit \ 2 son traité de la Lumière après la condamnation de 25 Galilée : les collèges de Jésuites étaient alors à peu Vs près les seuls qui fussent destinés à faire des lettrés 5 à en France; Descartes s’efforçait de créer une at philosophie à l’usage des gens du monde ; il devait Pa _ donc désirer se concilier la faveur des directeurs l
des seuls établissements qui pouvaient accepter sa
L’explication de Taïine, en tout cas, ne pourrait s’appliquer qu’aux professionnels de la science ; et le grand phénomène religieux moderne est le détachement des peuples qui abandonnent l’Église. (2) « Par un recul insensible et lent, la grosse masse rurale, à l’exemple de la grosse masse urbaine, est en train de redevenir païenne; depuis cent ans la roue tourne en ce sens, sans arrêt… Le christianisme intérieur, par le double effet de son enveloppe catholique et française, s’est _réchauffé dans le clergé, surtout dans le clergé régulier; mais il s’est refroidi dans le monde. » Pour expliquer cela, Taine nous parle du besoin de libération que toutes les classes éprouvent aujourd’hui, de l’inique système d’oppression que la France a subi sous la Restauration et le second Empire, quand l’Église et l’État marchaient la main dans la main. Ce sont, en définitive, des raisons purement historiques et non des raisons idéologiques qui ont causé la lutte. Il est facile de voir, dans toutes les polémiques “engagées contre l’enseignement de l’Église, que ce sont des motifs politiques qui dirigent les esprits. Quand l’État républicain résolut d’établir l’éduca-
(1) Galilée avait été dénoncé par des jésuites. Th.-H. Martin,
tion populaire laïque, il n’était pas sousl’impression de mobiles métaphysiques: le but à atteindre était 118 très prochain et tout matériel. Les hommes qui _ venaient de conquérir le pouvoir étaient persuadés __ qu’il était nécessaire, pour assurer la durée de la à République, d’habituer les nouvelles générations à -20à identifier République, Patrie et France. Ils ont R;: réussi dans leur entreprise et plus, peut-être, qu’ils _ n’avaient espéré, car ils ont engendré des passions __ chauvines qui ne sont pas sans les avoir beaucoup
“54 La force des formules abstraites et leur perma10 S . . __ nence dépassent tout ce qu’on peut imaginer; de __ même que nous ne savons bien exprimer nos NY 4 pensées que dans notre langue maternelle, (2) nous
__ finissons par nous attacher, d’une manière particu_ lière, aux idées que nous manifestons en nous _ servant des acquisitions les plus anciennes de …_ notre mémoire. Les hommes qui ont reçu l’ensei- | gnement primaire dans les écoles publiques créées _ depuis la guerre ne peuvent parler d’histoire et de 12e politique sans utiliser le vocabulaire extrêmement 2°106 restreint qu’on leur a appris à manier, et ce voca_ bulaire est républicain et nationaliste. Ils sont
- (1) M. Buisson a pu s’en apercevoir quand les patriotes l’ont honni à
- à cause de son rôle dans l’affaire Dreyfus. à ir (2) Sur la grande importance de la langue, lire le chapitre _ Nationalité dans les Paradoxes sociologiques de M. Max Nordau. ‘2 Au \ « Des millions d’êtres repensent ce qui a été pensé pour eux et ce 54 _ quileur est devenu seulement accessible par la langue » (page 143).
devenus “républicains parce qu’ils ne peuvent arriver à se représenter un autre gouvernement ayant le sens commun à leurs yeux que le gouvernement républicain; ils sont nationalistes parce que toutes leurs pensées sur la politique générale sont déterminées d’avance par les formules patriotiques qu’on leur a inculquées à l’école. Pour réaliser cette œuvre colossale, il a fallu briser des institutions établies, froisser beaucoup d’intérêts et menacer le pouvoir que l’Église exer- À çait en matière d’enseignement : quand on a commencé l’œuvre scolaire républicaine, l’Église était engagée dans des alliances étroites avec les partis monarchiques ; on crut qu’il était impossible de lui laisser la place qu’elle occupait dans l’éducation populaire et on créa l’école laïque. Les instituts ecclésiastiques voulurent défendre leur situation; ils ne virent dans la réforme poursuivie par le « gouvernement qu’une concurrence et une affaire de boutique ; ils s’adressèrent aux classes riches et réactionnaires pour établir, avec leur aide, des écoles d’opposition. Aujourd’hui le clergé commence à comprendre qu’il a commis une grande faute et qu’il s’est trop laissé aller à des considérations d’intérêt immédiat et matériel ; c’est par son impru- dence qu’il a créé une lutte de l’Église et de l’État. …_ Quand il a vu que la République était bien assise, il a faussé compagnie aux monarchistes et a haute23 114 * ment proclamé son attachement à! a Constitution 1 e Les prêtres ont vu que l’enseignement laïque ‘1h avait si fort attaché les nouvelles générations à la 4 te formule républicaine qu’il était dangereux de ne 31 pas reconnaître le fait accompli et ils ont pensé à 1 que, cet attachement dépendant seulement des formes de langage, il leur serait possible de mi 4 regagner de l’influence sur le peuple en parlant, ns eux aussi, la langue républicaine. Pendant la période de laïcisation des écoles, les 0 _ polémiques antireligieuses avaient été fort mulDon tiples; mais elles n’avaient point, comme le crurent 7 les théologiens, pour but de rendre la France Re _ païenne; elles ont été un accident au milieu de nos ‘4 ni luttes politiques et la laïcisation ne fut pas la 1 _ conséquence d’une propagande anticatholique. ‘à Quand l’œuvre scolaire a été terminée, le calme a : 10 reparu et l’on s’est demandé, avec une certaine k hs, naïveté, comment le pays était devenu, tout d’un } 118 et religieuses; il ne l’était pas devenu, il l’avait 54 toujours été; il ne s’était passionné que pour la __ défense de la République par l’enseignement pri 0 #4 maire. Il arriva même un moment où les polémiques me x anticléricales semblèrent inintelligibles et souye- ‘F0 rainement ridicules. Il a fallu l’affaire Dreyfus pour les faire renaître. !
Ce ne sont pas des conflits idéologiques qui ont engendré les luttes politiques, maïs ce sont celles-ci t qui ont amené des polémistes à attaquer les idées des catholiques et à les présenter comme dangereuses pour la civilisation moderne. Examinons à donc les aspects sous lesquels l’Église se présente dans le domaine politique; il est clair que la nature Ÿ de l’Église ne peut être formulée d’une manière À abstraite: il faut, pour la déterminer, préciser le genre de questions que l’on prétend aborder; la nature est quelque chose d”essentiellement relatif. Il est bien clair que l’Église n’est pas une association comme tant de sociétés créées pour un but discussion qui a eu lieu à la Chambre française a beaucoup servi à dissiper des sophismes répandus : les défenseurs les plus éclairés des congrégations n’ont pas craint de reconnaître que les ordres religieux ne sont pas des associations comme les autres ; — et alors l’Église sera, encore bien moins, “ une association!
Pour comprendre le rôle de l’Église dans le monde …. moderne, il faut toujours tenir compte de la très grande place occupée aujourd’hui par ce que Hegel appelait l’état pensant, c’est-à-dire par l’ensemble …. des hommes qui vivent en dehors de la production et s’occupent des intérêts généraux et idéaux pre 11 fesseurs, légistes, etc.). Les prêtres forment un RL groupement de théologiens qui raisonnent sur des textes sacrés, qui font de la haute philosophie et formulent des dogmes à l’usage des fidèles. Par ‘40 suite de la division du travail, la fonction de penser 40 sur les matières religieuses a été concentrée dans une petite classe de gens compétents, que tout le se monde laisse opérer à sa guise, sans se préoccuper de leurs procédés de recherche. Lorsque furent définis les dogmes de l’Immaculée-Conception et de L k à l’Infaillibilité papale, quelques personnes se deman_ dèrent si ces nouveautés n’allaient pas amener des +150 scissions dans l’Église : les faits ont montré que De peu de gens s’occupèrent de se former une opinion ::0 sur ces dogmes, qui furent acceptés sans diflicultés. LA Le catholicisme donna ainsi la preuve qu’en LAN devenant beaucoup plus ardent, il était devenu _ beaucoup plus étranger à la philosophie qu’autre- “4x fois; la philosophie ne comporte pas de division de _ la société en classe pensante et en classes dégagées 4 40 de la faculté de raisonner; la philosophie est toute | _ L’art, la religion, la philosophie sont considérés ï ‘1 _ par Hegel et par Marx comme étant des produits de e l’esprit, à peu près complètement étrangers aux N UE déterminations de la société civile : toute notre À 1 civilisation repose sur la liberté de l’esprit, qui peut
_ se manifester comme il lui convient, au gré des tendances de ses facultés créatrices ; rendre l’esprit [A indépendant de la police, voilà une des œuvres les plus importantes de la législation dans les démocraties modernes. Rien ne nous semble plus bouffon À que l’idée d’avoir un art officiel et cependant l’art a bien plus d’attaches avec l’économie que n’en a la s
Les théoriciens ecclésiastiques soutiennent que l’Église devrait jouir, dans un pays démocratique, de la plus grande liberté, parce qu’elle est essentiellement une école de théologie et que la théologie est une scrte de philosophie. Ils revendiquent, en conséquence, pour leur corps, le droit à l’activité L’Église est bien autre chose qu’une école de théologie; elle est aussi un corps de prêtres distribuant des sacrements sous certaines conditions qu’il détermine. Les sacrements ont été parfois assimilés » à des rites magiques ; mais ce n’est là qu’une assi-
1 milation incomplète ou même fausse; l’expérience
—…._ nous montre, en effet, que la puissance de l’Église est d’autant plus forte que la terreur magique a
… disparu davantage pour faire place à des sentiments c mystiques. La foi chrétienne est très faible dans les classes ignorantes des sociétés et surtout dans les ù campagnes, parce que le paysan ne voit guère dans
…_ les rites que des incantations de sorciers qu’il paie.
1460 Aujourd’hui le paysan aband onne le chemin de l’église, non point qu’il ait été converti à desidées nouvelles par des libres-penseurs urbains, mais 744 parce qu’il n’a plus peur de son curé autant qu’au_ trefois. M. Gebhardt dit à propos de l’Italie “9 moderne : (1) « Depuis qu’un régime libéral a _ dispensé les Italiens d’un faux semblant de reli- ‘3h giosité politique, le trait caractéristique du catho170 licisme, c’est l’indifférence. Elle n’empêche point 22 une pratique languissante, distraite, pour ainsi dire 4 14 morcelée ou fortuite du culte ou de la discipline sacramentelle. Cette piété n’est point l’effet d’une 104 _ religion sérieuse; elle n’a sur la vie morale de l’individu aucune répercussion bienfaisante. » 00 pourrait en dire tout autant d’une grande partie de ne la France : la libération politique fait perdre à ‘1 _ l’Église son influence magique. ‘190 L’Église ne doit pas être comparée aux anciennes corporations de magiciens, qui se proposaient de : 18 produire des miracles dont elles exploitaient la
- _ popularité. Les miracles jouent encore un rôle, 10 k mais il ne faut pas leur accorder grande importance LU et s’en servir pour interpréter l’action de l’Église. :Net Son but essentiel est de faire la police du sentiment 130 _ religieux : rien de pareil n’avait existé dans le MTS ï passé et par suite on ne saurait comparer l’Égliseà aucune des associations historiques. Il me semble aujourd’hui acquis à la science que le catholicisme est un phénomène qui n’a pas d’analogues dans le cours des siècles ; dès lors il est impossible de le traiter suivant un droit commun, puisqu’il est
L’Église se présente sous un double aspect : école de théologie et corps de police religieuse : l’unité se fait par le moyen de l’autorité pontificale, qui est à la fois surnaturelle et civile, qui promulgue les dogmes et qui règle la pratique de la vie, qui règne sur la foi et sur les mœurs. Les fidèles lui obéissent parce que chez eux existe la ferme conviction qu’elle est une autorité unique, ayant le monopole des grâces divines en même l temps qu’elle est la source de toute vérité. Que l’Église supprime son exclusivisme et son intolél rance, elle va se dissoudre en sectes innombrables à parmi les causes qui ont assuré son triomphe au ï quatrième siècle, les historiens mettent au premier ÿ rang son exclusivisme, qui donnait au christianisme une supériorité sur tous les cultes avec lesquels on pouvait le comparer. (1) À Plus l’Église a pu s’émanciper des apports que lui avait laissés la société du Moyen-Age, plus elle s’est 4 (1) Cf. Gasquet. Essai sur le culte et les mystères de Mithra, s pages 104-105. — Il est à noter que durant les derniers siècles ‘ du paganisme il se produisit une sorte de concentration des magies, mais sans que les païens pussent parvenir àd’unité.
NS dégagée des intérêts politiques de ses dignitaires, 24 pour acquérir la claire conscience de ses principes, :HÉGE plus aussi elle a compris que son essence était _ 4#e l’obéissance au pontife romain. Il n’y a aucune : 00 raison pour que cette constitution, si sévèrement 1008 monarchique, (1) se modifie dans l’avenir, comme nn : l’ont rêvé quelques personnes il y a un demi-siècle “UMA le parlementarisme ne viendra pas s’implanter dans 1e l’Eglise par voie d’imitation ; il n’aurait ici aucune 144 raison d’être, puisqu’il est fondé sur une conception
‘6 de la recherche du mieux par une voie tout opposée Dre Il semble bien que l’Église soit destinée mainte5 nant à suivre ses destinées assez librement pour 2e que des forces extérieures ne viennent plus agir sur sa constitution propre ; elle est etrestera ponti- 1 ficale ; mais il y a une si grande opposition entre ce régimeet le régime des Etats modernes que beauAE à _ coup de personnes se demandent si une pareille FOR coexistence pourra durer. Il y a quelques années, le professeur Labriola a émis sur l’avenir du catho1 “e lcisme une opinion originale : « Ce que je vois très ASS _ clairement, dit-il, (2)c’est ceci: que le christianisme, “3 js qui est en substance la religion des peuples les plus Fur Fe (1) Le professeur Labriola s’étonne que la différenciation hiérarNA fe chique ait pu se produire en deux siècles /Socialisme et philosophie, À _ * page 177). Le problème est, au contraire, de trouver les raisons qui __ ont relativementdissous la force pontificale dans les temps modernes RE jusqu’à la renaissance ultramontaine actuelle.
civilisés, ne laissera après lui aucune religion nouvelle. Ceux qui, désormais, ne seront pas chrétiens, seront irréligieux.. Les matérialistes de l’histoire pensent, quant à eux, et en dehors de toute appréciation subjective, que les hommes de l’avenir renonceront très probablement à toute explication transcendante des problèmes pratiques de la vie de tous les jours, parce que Primus in orbe deos fecit timor ! La formule est ancienne, mais sa valeur est Il est très regrettable que le professeur italien n’ait donné aucun argument à l’appui de ces aflirmations et, notamment, n’ait pas cru devoir explil quer en quoi sa croyance à la disparition des religions dépend du matérialisme historique ; la g raison qu’il donne s’appliquerait uniquement aux plus anciens rites magiques et encore M. Ribot (r) 7 ne la trouve-t-il pas suffisante même pour les reli6 gions primitives. L’évolution affective, remarque encore le même auteur, (2) attribue une importance tous les jours plus grande aux sentiments À d’admiration, de confiance, d’amour, d’extase; et ainsi les causes tirées de la peur deviennent moins importantes dans la genèse religieuse. J’estime, pour ma part, que le christianisme ne 4 périra pas; la faculté mystique est chose très réelle (1) Ribot. Psychologie des sentiments, page 302.
5 dans l’homme, et l’expérience nous montre qu’elle ne diminue pas d’intensité au travers des âges ; elle reste aussi puissante aujourd’hui qu’elle a toujours k été; elle n’est pas affaiblie par le développement scientifique. Je crois, avec Taïne, (1) qu’au premier siècle de notre ère, cette faculté mystique, dirigée par des causes intellectuelles complexes, a fait une création tout à fait originale; elle a découvert ce Ÿ que le christianisme a nommé le royaume de Dieu ; È par là un élément nouveau — bon ou mauvais sui- Ë #4 vant les appréciations subjectives de chacun — a été introduit dans la civilisation occidentale et s’est incorporé avec elle. L’esprit humain crée et ajoute 4 toujours à son domaine ; je ne pense pas qu’on 1 puisse prouver qu’il perde jamais ce qu’il a une F fois acquis. (2) Pourquoi donc le christianisme ‘. ré ferait-il exception à la règle ? S’il avait succédé, par ns L évolution, à une autre religion, il serait possible de ne penser qu’il pourrait, à son tour, céder la place à “À ke une nouvelle ; mais cela n’est pas vrai ; il a été une ê
* découverte, une vraie création ; Labriola a raison £
Lx de dire qu’il ne sera pas remplacé ; mais pourquoi ET périrait-il ? Je ne puis parvenir à le comprendre. Ne Il y aurait ici à se demander si les destinées du y in christianisme sont identifiables avec celles du +40 (2) Cf. Labriola. Essais sur la conception matérialiste de l’histoire, 1 F 32 î catholicisme; mais il est certain qu’à l’heure j _ actuelle il y a une certaine concentration des croyants autour du pontificat et que les communautés protestantes semblent plutôt perdre que gagner. Quoi qu’il en soit, peu de gens croient, ‘ aujourd’hui, à la disparition prochaine de l’Église Ë il faut donc s’arranger pour vivre avec elle (x). En France, les gouvernements suivent, depuis Napoléon, une même politique et ne veulent reconL naître dans l’Église que le pontife romain. Napoléon re était un homme très peu religieux ; il se préoccu- “. pait donc fort peu du dogme; il vit qu’il avait en j 3 face de lui une autorité souveraine avec laquelle on pouvait traiter et par l’intermédiaire de laquelle on pouvait imposer une constitution ecclésiastique aux Y Français; il mit à profit le pouvoir arbitraire du — pape. Son idée était qu’il fallait (2) « dominer les 4 choses spirituelles sans les toucher, sans s’en mêler, les faire cadrer à ses vues, à sa politique, mais par …. j’influence des choses temporelles ». 1 4 On s’étonne parfois que la cour de Rome se montre si docile et qu’elle accepte, sans trop se m…. plaindre, des mesures contre lesquelles elle élève- …… raitles plus violentes protestations, si elles étaient | (1) On peut appliquer à l’hypothèse de la disparition de l’Église ce à que M. Nordau dit de la disparition des différences de langues 1 (Paradoxes sociologiques, page 156). L’hypothèse comporte un laps de temps si grand pour se réaliser qu’il est inutile de s’en préoccuper.
prises en Allemagne ou en Italie ; au lieu d’en gager CE les catholiques français à s’agiter pour revendiquer ce qu’elle nomme d’ordinaire les droits imprescriptibles de l’Église, elle les calme ou même leur ki prescrit la soumission. Ce calcul est tout à fait paturel de sa part : les mesures anticléricales prises, de temps à autre, par le gouvernement français ne diminuent pas l’influence du pontificat sur les classes riches de France; celles-ci sont même d’au tant plus disposées à fournir de l’argent pour les œuvres catholiques que le clergé semble davantage persécuté ; le recrutement des ordres religieux n’a . pas été jusqu’ici gèné par la politique adoptée par les ministères les plus nettement adversaires de l’Église. Le pontificat n’est pas lésé dans ses intérêts L: ‘| propres, et il obtient, en compensation de ses 1 _ complaisances, une protection tous les jours plus ?4 ; étendue et plus efficace pour ses missionnaires. ÿ France est devenue, de nos jours, le bras séculier 4 dont l’Église se sert pour se défendre dans le monde _ entier; il n’est même pas bien sûr qu’à certains moments — et même quand notre gouvernement È passait pour radical — on n’ait pas fait entendre au Er ra Pape des paroles d’encouragement, (1) capables de à 4, (1) C’est du moins une opinion généralement répandue en Jialie. Il LE y eut, il y a quelques années, une assez vive polémique parce que À
ê&* lui faire croire que la Fille aînée de l’Église défen- “ drait le Vatican en cas de conflit avec l’Italie. Depuis le Concordat, la cour de Rome a toujours considéré les intérêts particuliers des catholiques français comme pouvant être négligés et devant être subordonnés aux siens; le gouvernement français pourra faire tout ce qu’il voudra aux moinesen France, pourvu qu’il protège l’Église à l’étranger, qu’il mette à sa disposition nos ambassadeurs et nos armées. La guerre de Chine pourrait bien avoir été la rançon de la dernière loi sur les congrégations. . k La politique du gouvernement français, qui combat de temps à autre les écoles catholiques de É? France et les soutient à l’étranger, choque beaucoup à d’esprits passionnés pour la logique : il leur semble s singulier que l’on puisse, par exemple, subvenF tionner des collèges tenus par des congrégations es que l’on juge dangereuses chez nous, — que « l’Université de Beyrouth [qui appartient aux Jésuites, if puisse être regardée comme] la citadelle de l’influence française dans le Levant ». (x) À Il est évident que cela serait incompréhensible si (1) D’après une pétition adressée aux Chambres, pendant la discussion de la loi sur les congrégations, par neuf membres de Institut et divers professeurs, l’État était une personne se vant en présence d’une autre personne qui serait l’Église ; mais la _ lorsqu’on examine de quels éléments multiples se
% _ compose l’Etat. ‘UE Les anciens philosophes, se plaçant à un point de _ vue très abstrait, réduisaient l’État à quelque chose _ définitions, l’expression de la volonté générale qui À Dr fait des lois conformes à la raison et ils croyaient qu’il était réellement semblable à cette image; ils en e faisaient un être possédant des qualités empruntées à la psychologie individuelle ; il y a encore même des philosophes parlant de conscience sociale, de Ï |__ pensée sociale, etc. Ce qu’il y a de vrai dans cette fantasmagorie di, __ philosophique c’est que certaines ‘ressemblances existent entre les hommes d’une même nation à un À _ degré tel que les lois puissent être regardées, dans _ une assez large mesure, comme étant la manifesRE, x + __ tation d’une communauté de pensée juridique ; mais
- _ ilne faut pas aller trop loin dans cette voie. Cette communauté a pour base des similitudes instine | tives, très mal déterminées dans la conscience de
_ chacun; — dans le Parlement se forment des “01 groupes qui participent aux instincts des masses, _ mais dont les tendances sont beaucoup plus intelVE L lectualisées que celles des hommes qu’ils sont
d’: a ensé s représenter (1) — ce ne sont pas encore ces “4 À Ve rou p es qui font les lois, mais un très petit nombre | _ de personnages qui ont le flair politique, c’est-à-dire à 4 _ qui sont capables de rédiger des formules que la |. majorité agréera sans les toujours bien comprendre. ai Cest le résultat de tout ce longet compliqué travail me que les philosophes réduisent à une manifestation Lie +3 simple d’une force simple et qu’ils appellent le FFE FX produit de la pensée sociale: Il serait beaucoup SM Ë: plus exact de dire que les idées nationales se déter- - 4 minent en raison des lois qui sont imposées à la à sf 1 mation; les lois sont comme des noyaux autour - 4 desquels se cristallisent les instincts populaires, qui à
- 1 sans leur appui resteraient fluents et indéterminés. Les lois dépendent du peuple, mais d’une manière —. trèsindirecte, tandis qu’elles sont une cause directe 4 de génération pour les idées populaires. ‘2 Les constitutions libérales n’ont pas tant pour | _ but de permettre l’accomplissement des volontés l 4 populaires que de créer des obstacles aux volontés “des partis, de manière à assurer une certaine conti- A1 ‘1 nuité dans la législation. Le régime parlementaire 3 est pratiquement parvenu, beaucoup mieux que _ n’auraient pu le faire toutes les constitutions les
(1) Sur la grande différence qui existe entre l’opinion d’un Parle- de
es ment et la moyenne des opinions des citoyens, consulter : Kautsky, : i “à Parlementarisme et Socialisme, page 155 et page 173. — A l’heure
- actuelle, les Parlements donnent des résultats plus favorables aux _ idées libérales que ne donnerait le gouvernement direct par le peuple. è plus savantes, à produire cette limitation de l’arbitraire ; mais pour qu’il fonctionne convenablement, il faut que les mœurs se prêtent à cette tendance à vers la modération et qu’elles ajoutent beaucoup à f: l’efficacité des règles. Chaque parti doit agiren À pensant que les lois qu’il pourrait faire contre ses adversaires retomberont sur lui quand il sera dans l’opposition ; ce sentiment de prévoyance politique est très rare dans les pays où n’existe pas la prévoyance capitaliste ; il est la condition primor- diale de toute liberté.
Malgré sa grande complexité, le régime parlementaire ne parviendrait pas encore à satisfaire les exigences de l’esprit moderne, s’il n’était complété par d’autres institutions capables d’exercer sur lui une action modératrice. L’application de la loi est, __ * à ceteffet, confiée à des corps auxquels on laisse ‘4 une très grande liberté d’interprétation : rien ne d serait plus absurde — dans un État qui aspire à créer l’ordre juridique — que de vouloir forcer les or juges à suivre servilement les ordres du parti au _ pouvoiret à se conformer ainsi — comme ondit quelquefois — aux intentions du législateur. Pendant la Révolution on annexait aux lois des instructions #, rédigées par la commission qui en avait arrêté le texte ; mais cette pratique a été abandonnée; elle ne pouvait se justifier que par l’ignorance où étaient nos pères au sujet des vraies conditions de la sépaa LL ration des fonctions dans l’État et aussi par _ l’absence momentanée de corps judiciaires réguN.: liers. s La jurisprudence a pour effet de passer un niveau sur les écarts législatifs et de ramener tout un À ensemble de contingences à un système de droit, si K bien que les compromis, les malentendus et les tâtonnements des parlementaires disparaissent sous la doctrine. C’est le résultat de ce travail que les ‘
philosophes considèrent, bien artificiellement, À comme le développement de l’Idée de l’État ; loin 4h qu’il y ait un développement dépendant d’une unité à _ dedirection, l’apparence de logique est le résultat
—. de l’action de gens étrangers au gouvernement.
Fo Lorsque l’on considère, au contraire, l’action
— extérieure de l’État, l’unité apparaît bien réelle-
4 ment ; ce ne sont plus les mêmes organismes qui À sont en jeu ; la politique de l’extérieur peut différer “4 de celle de l’intérieur, parce qu’elles ne se produisent pas de la même manière.
F Les institutions de guerre, fondées sur les tradi- h, _ tions de l’armée et de la diplomatie, déterminent,
4 d’une manière durable, la politique d’un pays. Dans le travail compliqué de la genèse du droit, l’esprit cherche à satisfaire ses besoins logiques, en passant
J — par beaucoup de médiations — des instincts popu- laires à la doctrine des juristes ; il y a un processus complet d’intellectualisation. Ici, au contraire, nous sommes en présence de tendances très élémentaires, assez voisines de celles des primitifs et dominées par des superstitions. Tandis que la classe des h juristes représente ce qu’il y a de plus intellectuel À dans l’état pensant, la classe militaire représente ce On sait que les opinions dans lesquelles domine l’instinct, sur lesquelles la logique agit faiblement, sont celles qui présentent le plus de stabilité ; aussi ne faut-il pas s’étonner de voir les préjugés nationaux durer parfois des siècles. De Charles VII à Napoléon III, les souverains français ont cru qu’ils devaient dominer en Italie ; le souvenir du pacte de famille semble avoir été le principal motif qui a conduit Napoléon I: à vouloir placer des rois de sa maison sur les trônes de Naples et de Madrid. Jusqu’en 1850, il n’aurait pas été prudent pour un écrivain français de contester le droit de la France aux frontières du Rhin et le dogme polonais; et maintenant, nous avons le dogme russe. On peut faire les mêmes observations à propos de la politique anglaise ; Gladstone, qui avait passé sa vie à déclamer sur la liberté des peuples, a fait occuper l’Egypte ; son opposition aux idées de conquête s’est é | (1) Entre les deux camps se trouvent les administrations publiques, qui fonctionnent beaucoup par routine, mais qui cherchent à se donner le plus d’ampleur et d’indépendance possible, Leur rôle est devenu considérable ; elles sont généralement en opposition avec la classe des juristes.
ÿ traduite seu ement par des maladresses insigneset parle désastre de Khartoum. pe 15500 Aufuretà mesure que le régime parlementaire ARC développe dans un pays, que les problèmes NU __ d’administration intérieure deviennent plus com 54 _plexes et exigent la constitution de corps plus mas- KE … sif,ilse produit une séparation de plus enplus “ marquée entre la politique intérieure et l’extérieure ; _ celle-ci devenant le domaine d’une classe quine 4 participe presque pas aux mouvements des partis _ parlementaires. Cette séparation est extrêmement ‘4h _ nette en France; mais elle existe partout, d’une
- manière plus ou moins complète; dans presque a _ toutes les monarchies constitutionnelles, le roise __ considère commeayant le droit d’exerceruneaction _ personnelle sur les affaires de la guerre et de la ‘20 74 Si l’Église recherche, chez nous, avec tant d’obs- e À 12 , tination, à s’attacher la classe militaire, ce n’est pas (3 _ Seulement — comme on le lui a reproché souvent —
parc qu’elle cherche -à trouver un appui dans l’armée contre le peuple, mais c’est bien plutôt parce | quelletient à entretenir un courant de politique Ë _ extérieure conforme aux intérêts catholiques. Ses efforts portent sur la marine plus encore que sur à l’armée de terre, parce que la marine met continuel_ lement la force du pays en contact avec des adver__ saires du catholicisme.
Depuis trente ans, cette alliance de l’Église et de la classe militaire a pu développer ses résultats en ES toute liberté et produire une fièvre nationaliste ; cette propagande n’était génée par personne etelle profitait de la préparation patriotique faite par les
Les prêtres forment dans la société une classe bien déterminée, qui présente peut-être un développement plus parfait qu’aucune autre classe; nulle part on ne trouve une pareille unité de vues. Longtemps, en France, l’Église à vécu à l’ombre des partis conservateurs; maintenant elle cherche à s’émanciper de cette tutelle et il est souvent question de la formation d’un parti purement Quand il existe un parti catholique, ce n’est pas un parti comme les autres; alors que les éléments des partis sont généralement très mobiles, ici ils sont soudés en un bloc; le parti catholique ne participe que très imparfaitement au travail parlementaire, travail entièrement fait de compromis. Dans nos sociétés modernes, tout le monde est persuadé que le présent n’a qu’une valeur très secondaire et assez provisoire, que nous devons progresser par échelons, tâtonner continuellement sans avoir de but bien déterminé, dirigés par un
RS désir —ardent, mais vague — vers ce qui semble être » 5e mieux. Le caractère vraiment neuf de la législation à ë moderne résulte de ce que le législateur se croit ‘
_ tenu de donner satisfaction à cette aspiration; on a
É pourrait dire, en imitant les formules révolution- ‘
Ps naires, que le premier de tous nos droits est le À Ÿ
Ë droit au progrès par la liberté. La politique ss à. _modèle sur l’économie et cherche à réaliser ce pro 4 é grès par des procédés qui rappellent, à bien des À
4 égards, la poursuite du progrès dans la production capitaliste. È L’Église considère les choses tout autrement; à i
| 1 ses yeux, ü n’y a pas de droit contre le droit; toute ss sa politique se résume dans cette formule célèbre; 4 rien de ce qui est fait contre elle ne peutavoirde valeur définitive; dans aucune mesure législative h elle ne considère l’amélioration relative qui peut
4 en résulter; elle la juge d’après sa conformité au A 4 but final ; elle se demande si cette mesure constitue un acheminement vers l’état de raison qu’elle pré-
Re tend réaliser dans l’avenir. Il y a une grande analogie
We entre son attitude et celle de certains socialdémo- crates allemands, le mouvement et le but final rem-
1 plaçant l’hypothèse et la thèse des catholiques. (1)
d (1) On pourrait poursuivre le rapprochement très loin; de même que les orateurs, les hymnologues et les liturgistes catholiques s’efforcent d’introduire dans leurs écrits le plus de mots et de morceaux de phrase extraits des Écritures, de même certains marxistes se font un vocabulaire très restreint tiré des œuvres de Marx; leurs 4 écrits sont de vraies mosaïques.
En sa qualité de corporation, soumise au pontife infaillible et chargée de surveiller la foi et les F1 mœurs de chacun, l’Église ne saurait être un parti pouvant tâtonner: elle sait la vérité; elle ne peut ! admettre le provisoire chez elle et répugne à des À compromis, bons pour les gens qui ne savent que d’une manière imparfaite. Dans le régime parlementaire, faire un compromis c’est accepter, loyalement et sans arrière-pensée de revanche, une © évolution jugée nécessaire et s’entendre avec ses adversaires pour formuler une règle qui servira de point de départ pour une nouvelle vie progressive. L’Église ne saurait faire de compromis sans douter de son droit et nier son infaillibilité. Elle procède seulement à des marchandages diplomatiques; entre des États indépendants, il n’y a pas de système juridique; il y a des accords temporaires qui ne comportent jamais que la simple reconnaissance d’une situation de fait; le vainqueur trouve tout naturel que le vaincu se prépare à une guerre de revanche; l’Église procède de la même manière; 4 elle se soumet aux nécessités du jour, avec l’espérance de tirer parti de toutes les circonstances favorables pour revenir à une position meilleure. L’Église aimerait assez à trouver partout des gouvernements absolus avec lesquels il fût pos_ sible de traiter suivant les règles de la diplomatie k classique; les formules de la diplomatie flattent
_ toujours l’amour-propre de ceux qui s’en servent; _ les prélats romains ont un amour-propre enfantin. ft Dans notre siècle, des catholiques zélés ont compris que les vieilles méthodes avaient fait leur temps et que le centre du pouvoir est aujourd’hui dans les Parlements; ils se sont donc faits les À diplomates officieux de l’Église, traitant avec les s partis ou avec les gouvernements. En France, les À deux diplomaties fonctionnent concurremment et les députés catholiques se sont plaints, plus d’une FA fois, d’être contrecarrés par. la nonciature. (1) Ji serait à désirer qu’il y eût dans les Chambres in ï françaises un parti catholique parfaitement défini, _ parce qu’alors les questions se poseraient avec une pi) à clarté qu’elles n’ont pas aujourd’hui. Le pontificat QU anrait beaucoup plus de peine à faire accepter une politique extérieure aussi favorable à l’Église qu’est ÿ. la politique suivie par nos gouvernants depuis des à années. Il pourrait même arriver que le parti clé- ‘13 rical parlementaire refusât de vendre les intérêts des prêtres français en échange d’avantages consentis en faveur de missionnaires opérant dans des pays lointains. Il serait évidemment plus dificile de faire de l’anticléricalisme en France et du cléricalisme en Orient, lorsque dans le Parlement il y (1) Bismarck a essayé, plusieurs fois, sans grand succès, d’opposer Ÿ la cour de Rome et le Centre catholique; ce parti était trop fort pour être facilement entamé.
aurait un fort parti clérical luttant contre les partis républicains. La politique catholique actuelle î réussit grâce à l’emploi de mille petits moyens et parce qu’elle se dissimule presque toujours, n’apparaissant à découvert qu’en temps de crise. … Taine croyait (1) que la haine du paysan pour le gouvernement des curés provenait, en bonne partie, de son aversion pour les gros bourgeois et les nobles, qui sont les alliés actuels du clergé; je crois qu’il se trompe et qu’il faudrait plutôt dire au contraire que les conservateurs en France se sont perdus, pour toujours, en acceptant la protection du i clergé. Gambetta savait bien ce qu’il faisait en dénonçant Mac-Mahon comme l’homme des curés. il Inversement il me semble que le pontificat s’efforcera en France de gagner des partisans parmi les divers groupes républicains, plutôt que de se faire représenter par un parti qui ne pourrait que créer des conflits. En Italie le pontificat se trouve dans une situa- ‘ tion encore plus délicate qu’en France, parce qu’il £ est difficile aux cléricaux de ne pas froisser les sentiments patriotiques d’un pays récemment 1 unifié. À l’origine il a conseillé aux catholiques 4 l’abstention dans les élections politiques; il avait l l’espoir de gêner le gouvernement; aujourd’hui il À
ER maintient cel te tactique, par nécessité, bien qu’elle ne gêne pas du tout la marche des affaires de ne l’État. Les catholiques prennent part aux élections 4408 D administratives, ont des représentants dans les de 140 Co assemblées communales et provinciales; mais un. parti catholique à la Chambre pourrait compro- 210 30 mettre gravement la papauté. Il semble, d’ailleurs, que dans une grande partie de l’Italie les catho_ liques respectent fort peu les recommandations PRE 4 pontificales et qu’ils votent; mais ils s’arrangent ne ù avec les candidats au mieux de leurs intérêts
- locaux et ils évitent d’avoir des députés à eux.) _ pur; mais cela tient à ce que l’État moderne n’a ‘1 … pas encore pris possession de l’Allemagne. Les 4 mœurs du pays ne sont pas favorables à la ‘1e marche d’un vrai gouvernement parlementaire. Les groupes rappellent, dans leur allure générale, ‘1 0 les villes du Moyen-Age, qui discutaient avec les th ns) 4 rois leurs intérêts locaux, sans se soucier gran- 9% “4 dement des questions générales ; ils sont en dehors ‘1 _ du gouvernement et ils s’efforcent d’obtenir le plus Do: _ qu’ils peuvent; il y a des marchandages plus ou 1 _ moins cyniques, mais pas de vrais compromis à 4 comme dans un régime parlementaire réel. Chaque ‘3 fois qu’il s’agit de voter une loi militaire, le 5 16 juin et premier juillet 1900. k gouvernement négocie avec les partis; généralement le vote de la loi dépend des catholiques, et ceux-ci exigent qu’on rapporte quelques-unes des mesures prises jadis contre l’Église.
Un pareil trafic de votes serait impossible chez nous; en France le sentiment patriotique est beaucoup plus développé que chez nos voisins et les crédits militaires ne soulèvent jamais que des critiques de détail.
Le Parlement allemand étant une sorte de congrès où des plénipotentiaires viennent discuter entre eux, pour obtenir le plus possible en faveur de leurs mandants, la conduite des cléricaux ne soulève pas une trop grande réprobation. Il n’en sera plus de même quand les partis auront acquis l’idée que tous doivent participer à une œuvre commune; cette idée n’est pas facile à faire entrer dans les esprits ; les socialistes et les progressistes
F ne se montrent pas moins inaptes au régime à moderne que leurs adversaires; ils combattent ë CA pour l’amour des principes, sans se soucier beaude coup des conséquences de leurs votes. (1) Le jour où le parti socialiste arriverait à devenir un parti ê 52 oraiment politique, poursuivant la participation Ÿ au pouvoir parlementaire, la vie de l’Allemagne K serait transformée de fond en comble. k () I1 serait impossible, par exemple, de comprendre en France
[s que les députés socialistes votassent pour le rappel des Jésuites.
_ Une grande difficulté pratique pour la formation _ d’un parti clérical en France résultera désormais _ de la nouvelle législation sur les congrégations; le D. _ contrôle que l’État est en train d’organiser surleu ik _ fortune et leur gestion ne pourra manquer dese à développer; il aura pour effet d’empêcher qu’une _ partie notable des ressources accumulées par la 4 piété des fidèles ne soit détournée de leur destination pieuse pour être affectée à la propagande __ politique. Il semble que la papauté ait tacitement hi accepté ce contrôle et compris qu’il y avait pour LE
- elle un certain danger à laisser se développerun … état d’esprit trop militant dans le clergé français. “4 4 Toute l’histoire des rapports de l’Église et de Le l’État en France est dominée par les souvenirs
_ de la Révolution; jamais l’Église n’a fait son deuil ‘1
- de sa prépondérance; elle ne réclame point ses |
- anciens domaines et ses dîmes; elle veut de la DA
- domination et elle fera tout ce qu’elle pourra pour _ en acquérir. Napoléon n’avait pas restauré le culte que déjà il se plaignait d’un nouvel esprit qui (4)
- animait l’Église et qu’il n’avait pas prévu. (1) « On wi, _ élève les nouveaux prêtres dans une doctrine L, …. sombre, fanatique; il n’y a rien de gallican dans le __ nouveau clergé. » Le clergé se discipline; l’esprit ni k (1) Taine, Op. cit., page 63. ; f.
de solidarité augmente en lui; les anciens intérêts mondains s’effacent devant les grands intérêts de l’Église.
Ce que l’Église offre de plus tentant à ses clercs, c’est la domination; c’est ce que Taïine n’a peut-être pas assez mis en évidence. On s’étonne parfois de voir des prêtres anglicans venir au catholicisme, À L en abandonnant de belles situations ; mais existe: t-il un corps religieux où les plus hauts dignitaires, 5 eux-mêmes, aient si peu de pouvoir réel que chez les anglicans? Un simple curé de village a, dans sa petite sphère, avec ses confréries et ses œuvres, un pouvoir plein de charmes pour ceux qui aiment de l’Église montre qu’il y a peu de passions qui su soient plus fortes que celle qui nous fait désirer le 40 pouvoir sur nos semblables. (1) En 1815 le clergé crut le moment venu de 4 reprendre l’offensive; mais, à cette époque, les ee souvenirs de la Révolution étaient si vivaces, ee l’armée était si opposée aux curés et les proprié- s” W taires de biens nationaux si effrayés, que l’audace R _ de l’Église devait soulever le pays contre le î A gouvernement qui la protégeait. Sous le règne de Louis-Philippe, les cléricaux adoptent une nouvelle nt (1) Le cardinal Manning avait pris, dans sa jeunesse, pour devise : Ë SRE Aut Caesar, aut nihil. L’anglicanisme ne pouvait, évidemment, ke ! satisfaire un tel affamé de pouvoir. tactique; ils ne parlent plus que de défendre les ‘ A4 roits du peuple foulés aux pieds par la bourgeoisie
_ orléaniste; en 1848, ils se signalent parmi les plus
_ ardents républicains et prononcent des sermons au SO Hi _ pied des arbres de la liberté; mais l’expédition de +210 _ Rome vient bientôt les brouiller avec les démo- FE _ crates; cette affaire fut, de leur part, la plus grande _ imprudence qu’ils aient commise en un demi-siècle, _ Quand arrive le coup d’État, la « bohème » ge _ bonapartiste (x) n’a pas d’alliés plus dévoués que _ les hommes qui, trois ans auparavant, se mon- noi: ‘raient les ennemis de tout despotisme. Jusqu’en il …_ 1859, l’Église triomphe; elle exerce un contrôle ne sévère sur les écoles de tout ordre (2) et sur la pensée philosophique; en 1858, elle obtient contre 1 de
…__ Proudhon des poursuites pour des motifs les plus A.
…_ La guerre d’Italie amena un grand changement ET
dans les relations de l’Empire avec l’Église; mais le gouvernement n’adopta pas une attitude nette
… durant les dix années qui précédèrent sa chute:
_ (1) Marx. La Lutte des classes, page 361. f à jé
- (2) Elle essaye d’empêcher les Juifs d’entrer à l’École normale ; Michel Bréal eut quelque peine à être admis, en dépit de ses STARS
(3) On reprochait notamment à Proudhon d’avoir écrit que
_ l’Église ne distingua pas le mariage et le concubinat (Œuvres PaUÉ
_ complètes, tome XX, page 128). M. P. Allard, dont le livre a été DRE
_ couronné par l’Académie française et honoré d’une lettre du pape, _ dit que « la distinction entre l’uxor et la concubina était purement \1
ÿ ù civile ». {Les Esclaves chrétiens, troisième édition, page 286) “
% ‘ ét se, cette période fut presque totalement dominée par la question romaine; il s’agissait de savoir si la France, après avoir soutenu l’Église en Syrie et en Chine, la soutiendrait éternellement en Europe et ferait la guerre en faveur du pape. Le problème de la domination cléricale était posé brutalement;
_ tout le monde en comprenait nettement la portée; l’Église ne cessa de perdre de son influence dans le pays, jusqu’au jour où commença la lutte sur l’ensei-
- gnement laïque. L’Église fut encore vaincue.
Lorsque le calme fut rétabli dans les esprits, l’Église reprit son travail d’attaque et ses partisans eurent la bonne fortune de trouver sur leur chemin l’affaire du Panama, qui leur permit de jeter la suspicion sur tout le parti gambettiste. Ce fut la
F revanche de la laïcisation ; personne n’osait résister; l’antisémitisme était né depuis quelques années mais son succès avait été médiocre avant la fondaà tion de la Libre Parole (x); les cléricaux hésitaient, dans beaucoup de villes, à se mêler à ce mouvement qui leur paraissait dangereux à cause de ses allures Les discussions soulevées par les socialistes au È N () Dans un livre publié en 1896, M. Chirac revendique ses Ÿ droits à l’invention de l’antisémitisme : « Les colères avaient entassé ? la première charge à fond contre la juiverie que fut en 1876 ma Haute banque et les révolutions, sur ma collaboration à l’Antisémitique en 1882; ce précurseur de la Libre Parole, où avec ce pauvre Abel Fauverge, mort depuis à Sainte-Anne écrasé sous la persécution, j’avais mené le bon combat. » {Le Droit de vivre, page e/ à 52 où sujet des monopoles, des concessions scandaleuses et des profits capitalistes, ont toujours eu le défaut d’avoir une allure trop abstraite pour être parfaitement comprises des masses; et on a la malheureuse habitude d’exposer les idées de Marx sous une forme si dure à entendre et si peu applicable que l’enseignement socialiste est donné en pure perte. (x) Les démagogues ont toujours procédé d’une manière opposée; ils cherchent à dénoncer des hommes que l’on puisse charger de tous les vices d’un régime il n’y a pas de pauvre qui n’ait eu affaire à quelque j mauvais créancier dans sa vie et qui ne soit, par À suite, disposé à bien accueillir tout projet de loi qui frappera les prêteurs d’argent. Ce procédé a été encore perfectionné par les antisémites ; les banquiers juifs forment une minorité dans la minorité des riches; il est facile de les représenter comme des étrangers qui viennent s’enrichir aux dépens de l la nation. La socialisation des moyens de production, voilà qui ne dit pas grand chose à l’esprit; mais la revendication de l’État contre les Rothschild et autres millionnaires, voilà qui est facile à comprendre ! Des hommes qui n’ont pas une grande b habitude des calculs financiers peuvent facilement 4 croire que de telles revendications, des revisions ——————
(1) Dans une brochure publiée sur le Congrès de 1899, Pelloutier prétend même que le langage employé est inintelligible. /Le Congrès général du parti socialiste français, page 66)
de comptes, pourraient permettre à l’Etat d’entreprendre de grandes choses sans qu’il en coutât Je ne crois pas que l’antisémitisme soit un accident passager, une aberration due à l’influence perverse de quelques hommes; je crois qu’il durera tant que le socialisme n’aura pas vaincu bien nettement la démagogie, tant qu’il ne se sera pas attaché à poursuivre des fins pratiques, des réformes capables d’intéresser les classes qui fournissent le principal contingent de l’antisémitisme. Les antisémites furent assez habiles pour prendre la direction des attaques contre les panamistes : les promoteurs du Panama avaient été des gens du dernier bien, des hommes pleins d’honorabilité, des 1 purs Français de France — comme dirait M. Drumont —; la grande banque juive s’était tenue à l’écart, à peu près complètement; on lui avait même _ plusieurs fois reproché de ne pas avoir donné son appui à une œuvre si nationale; mais quelques 6 agents d’affaires israélites avaient été mêlés aux à 4 M. Drumont, une affaire juive. Les légendes conci centrent toujours les crimes et les hauts faits sur un petit nombre de personnages représentatifs : cl ï Arton, Hertz, Reinach devinrent les héros du ê Panama dans la légende arrangée par M. Drumont. 10 Les conservateurs s’aperçurent alors que l’anti6 En sé mitisme pouvait avoir du bon, car il permettait ne de rejeter sur un groupe infime de gens — à noms FR ! Hi étrangers pour la plupart — toutes les colères. Ils “ avaient, presque tous, gardé rancune aux Juifs _ de la laïcisation, parce que dans toute la France k les Juifs avaient été d’ardents partisans des lois 477 À scolaires. Cependant ils n’acceptèrent nettement e l’appui des antisémites que le jour où ils virent le 5 #4 À grand parti que M. Drumont avait su tirer du 0e i procès Dreyfus : il devint clair alors que les clé- VS 23 ricaux et les conservateurs pourraient entraîner les 124 esprits en faisant usage de l’argument patriotique. 0) Je crois que l’Église n’a pas commis de plus Ne. -_ grande faute, depuis l’expédition de Rome, que î ge ‘4 d’avoir pris parti contre la revision du procès 4 Dreyfus. L’agitation qui se produisit en France ù ÿ _ interrompit le travail souterrain de la diplomatie 4}
- pontificale; il y eut un emballement général parmi à 4 les cléricaux, qui suivirent les plus ardents d’entre eux et qui furent enivrés par leurs premiers succès;
- illeur sembla que le jour était venu d’écraser le ol 4 parti gambettiste déjà fort ébranlé depuis les ‘ scandales du Panama. À des vengeances person- |; _ nelles, à des rancunes vieilles de dix ans, on À
- sacrifia les avantages conquis péniblement depuis le ralliement du clergé à la République. ÿ s Cette campagne réveilla de leur torpeur beaucoup
de républicains qui commençaient à penser que l’anticléricalisme était une vieillerie. Les hommes qui croyaient de toutes les forces de leur âme aux principes de la Révolution et qui estimaient que ! l’enseignement laïque avait transformé la France À protestèrent avec énergie contre les fureurs antisémitiques ; il leur semblait impossible que la cause de la Vérité pût rencontrer beaucoup d’obstacles dans une république régénérée. Ils s’aperçurent à avec effroi que les Idées ne sont pas bien puissantes quand elles sont seules; et ils virent qu’il y avait des réformes à faire dans les institutions pour défendre le monde moderne contre l’Église. L’affaire Dreyfus n’aurait pu aboutir que si on avait admis que l’armée fût soumise au libre contrôle des citoyens; or, cela paraissait inadmis- ? J sible aux militaires habitués à se considérer comme k formant une classe isolée, faite pour la lutte contre ï 1 le dehors et vivant en dehors du régime parlemen- l 4 d’hommes politiques qui avaient longtemps prêché à A le respect de l’armée. Les radicaux hésitaient p: ne beaucoup à prendre la défense d’un officier riche, Ë parce qu’ils avaient peur d’être accusés de corruption, eux qui avaient si souvent dénoncé la corrup- È € tion des opportunistes. Il leur paraissait extrêmeÀ ment dangereux de s’engager dans une affaire ‘ confuse, qui devait toujours rester mystérieuse et qui renfermait des aventures romanesques, alors É. _ que, dans les souvenirs populaires, la guerre de 1870 m’avait été qu’une suite de trahisons plus 5. M è 7 extraordinaires les unes que les autres. Ils étaient 410 bien plus en contact avec les électeurs provinciaux OR : 208 que les gambettistes, devenus parisiens; ils con- Lu: naissaient toutes les préventions contre lesquelles _ il leur faudrait lutter pour soutenir la cause de la 4 nue revision; ils choisirent la ligne de moindre effort es et beaucoup hurlèrent avec les loups. DR s:: L’affaire Dreyfus passionna toute l’Europe, parce #4 _ qu’on est habitué à l’étranger à regarder la France ii |_ comme un pays exceptionnel, dans lequel Les fi Mar: conflits sociaux sont des luttes d’Idées; tous les pe 24 adversaires du cléricalisme espéraient que la 4 victoire resterait aux représentants de la pensée (ie k: _ moderne. (x) Mais si cette manière de comprendre “10 ‘à les affaires de France est fausse, il est certain que E toutes les luttes qui se produisent chez nous inté- des ressent tous les esprits libéraux : il n’y a pas de QE pays, en effet, où les forces réactionnaires soient 214 _ aussi puissantes que dans le nôtre; quand elles sont ÿ _ vaincues, tous les partis de résistance sont décou- ‘4 ragés et tous les partis avancés sont animés d’une F ardeur nouvelle. C’est ce qui explique pourquoi on | L: () Il y eut à l’étranger des gens qui s’intéressèrent à l’affaire Ê Dreyfus tout en étant fort réactionnaires; ce fait est remarquable en Hollande; il s’explique, sans doute, par des relations existant ‘(00 A entre les pasteurs protestants de Hollande et de France. ; k a cru souvent que les révolutions éclatent en Europe à l’imitation des mouvements parisiens. (1) Depuis quelques années le cléricalisme poursuivait une campagne très active pour la domination partout, et le réveil de la conscience libérale, provoqué par l’affaire Dreyfus, semblait être de bon augure pour l’avenir. IL faudrait fermer les yeux à l’évidence pour ne pas voir que la loi des congrégations a été conçue comme une revanche contre les antisémites et les catholiques. La lecture des journaux qui avaient soutenu la revision montre avec quelle passion les vaincus attendaient les représailles; la facilité avec j laquelle le Sénat vota une loi qui renferme tant de dispositions exceptionnelles surprit tout le monde et serait inexplicable si on ne savait combien cette assemblée renfermait de dreyfusistes. On aurait donc tort de voir ici un épisode d’une lutte engagée par l’esprit de la Révolution contre l’Église, en vue de persécuter les catholiques; il y a eu seulement une mesure de revanche — assez modeste d’ailleurs — venant après la plus formidable campagne que les cléricaux aient menée depuis les réactions qui suivirent 1848. : (1) En 1847, Marx croyait que la révolution éclaterait d’abord en l Allemagne /Manifeste communiste, page 73). Dans l’Allemagne en û : 1848 (traduction Rémy, page 45), il dit que la révolution prussienne était certaine, et (page 63) que le caractère inattendu que prit le À mouvement parisien changea tout le cours des événements en
L’Église ne se représente pas les choses de cette manière; elle se croit attaquée par une secte qui, de temps à autre, parvient, soit par force, soit par ruse, à s’emparer des forces de l’État. Projetant à l’extérieur sa propre personnalité, elle se représente ses adversaires sur son propre modèle; elle croit qu’elle a à lutter contre une Anti-Église, ayant ses dogmes, sa hiérarchie et peut-être aussi un pontificat; depuis un siècle les auteurs catholiques ne peuvent arriver à s’expliquer l’histoire moderne qu’en faisant jouer un rôle vraiment extravagant aux loges maçonniques. Il ne faudrait pas croire que les théories sataniques sont fabriquées à l’usage exclusif des lecteurs de a Croix: elles ont exercé une influence énorme sur la pensée catholique après la Révolution et encore aujourd’hui nous lisons dans des livres destinés aux séminaires que l’ancien sabbat des sorciers se reproduit en substance dans certaines loges que Satan favorise de ses apparitions. (1) Si l’Église se trompe sur les causes des conflits modernes, il ne faut pas croire qu’il n’y ait pas quelque part de vérité dans ses illusions; car il n’y a pas d’illusions de ce genre qui ne renferment une (1) Ribet. Ea mystique divine distinguée de ses contrefacons e L diaboliques et de ses analogies humaines, tome III, page 390. — À Lorsque Joseph de Maistre accusait la Révolution d’être satanique, il n’entendait pas employer une figure de rhétorique, il parlait au sens propre des mots. certaine dose de réalité: nous devons nous à demander s’il ne se trouverait pas aujourd’hui un parti dans l’état pensant qui chercherait à disputer la domination à l’Église. Celle-ci depuis longtemps cherche à se créer une grande influence par l’enseignement et par la presse; les anciens. moyens religieux — ne suffisent plus pour atteindre le but de domination que l’Église poursuit aujourd’hui; elle a perdu les moyens légaux de suprématie, elle n’est plus un Ordre dans l’État; mais elle peut exercer surla marche des pouvoirs publics une influence considérable si elle parvient à atürer à elle un nombre suffisant d’hommes qui croient que leurs intérêts et leur honneur sont attachés au succès de l’Église. Son enseignement n’a plus pour objet seulement de faire des chrétiens fervents: il s’agit de développer des conditions capables d’amener les élèves à combattre pour l’Église : lés collèges ecclésiastiques ne sont donc plus du tout ce qu’ils étaient il y a un siècle; ce sont des succursales des l comités politiques, et on pourrait dire que ce sont des organes de journalisme parlé. C’est la presse cléricale qui conduit le mouvement depuis plus de” cinquante ans et les chefs officiels de l’Église sont obligés de compter avec elle. La grande presse n’est pas, en général, hostile à l’Église : les journaux sont de puissantes entreMP PRET #4 _ prises qui sont conduites en vue de procurer des bénéfices à leurs actionnaires; les directeurs cherchent quels sont les courants de la mode et ils dirigent leurs rédacteurs dans les voies qui leur semblent devoir être les plus profitables. L’Église n’a donc qu’un nombre infime d’adversaires dans le journalisme, sauf durant les crises lorsqu’elle a soulevé l’indignation d’un très grand nombre de personnes par son imprudence; c’est alors seulement qu’il devient profitable de mener, sérieusement, la campagne contre le clergé. (1) Il existe cependant une petite fraction anticléricale dans la presse; cette fraction a des alliances anciennes et étroites avec le personnel enseignant, et elle réagit sur l’Université, de même que la presse cléricale réagit sur les collèges Lorsqu”après la Révolution l’enseignement public fut réorganisé, on se proposa de former des jeunes gens cultivés; rien dans les programmes ou dans les instructions ministérielles ne permettrait de penser qu’il dût y avoir hostilité entre l’Église () Jusqu’ici la presse cléricale n’est pas encore parvenue à adopter des mœurs lui permettant de faire très bonne figure dans le monde laïque; elle est beaucoup trop soumise aux sacristains et elle ne recule pas assez devant des procédés de polémique grossiers ou odieux. Les collèges ecclésiastiques actuels se sont complétement décrassés, et ils attirent la clientèle riche parce que leur éducation est plus distinguée; ils ont tué l’enseignement libre laïque ; une réforme se fera, un jour ou l’autre, dans la presse religieuse, qui pourrait bien tuer aussi le journalisme conservateur.
et l’Université; si l’on fait une enquête sur les opinions de la plupart des professeurs de l’État on trouve qu’ils seraient en majorité plutôt favorables qu’hostiles aux idées catholiques; tout semble s’accorder pour assurer un enseignement vraiment neutre. L’Église n’accepte plus la neutralité; la neutralité serait pour elle l’abdication; ce qu’elle veut, comme je l’ai dit, c’est de former des militants qui lui soient dévoués. C’est pour atteindre cette fin qu’elle mène depuis trois quarts de siècle une si ardente campagne contre l’enseignement Contre l’Église s’est constitué, sous l’influence de la presse anticléricale, un parti politico-scolastique, qui prétend représenter l’Université, ou plutôt la défendre, — car personne n’oserait prétendre que Ë ce parti ait la majorité parmi les professeurs. (1) À | . Ce parti poursuit la domination des esprits et s’inspire trop souvent des idées étroites du dixhuitième siècle; il peut donc être considéré, dans une certaine mesure, comme une Anti-Église quand on parle de la lutte de l’État et de l’Église, À pour l’enseignement, on parle, en réalité, du conflit né entre ce parti et le parti clérical. À Beaucoup de nos professeurs se soft mis en tête (1) Beaucoup de professeurs ont adhéré à la Patrie Française et À beaucoup plus encore auraient adhéré s’ils n’avaient craint de compromettre leur situation. ‘à
Ma que leur profession serait chose assez méprisable A0 s’ils n’avaient charge d’âmes, s’ils n’étaient destinés _ à former les hommes de l’avenir, si leur pédagogie Fe: à 1} ne devait avoir pour effet de produire une société Le _ régénérée. Dans leur chaire ils se considèrent FAR ‘#1 _ comme étant des journalistes en disponibilité et ils \344 4 se croient des militants chargés de défendre l’esprit * a Les résultats obtenus par l’action de ce parti HE à politico-scolastique ne semblent pas être fort encou- ‘ji . rageants; une polémique très vive s’est engagée, : ki _ l’année dernière, pour savoir si l’Université forme
- des républicains et quelles sont les causes qui 50 g. -_ rendent stériles les efforts de tant d’apôtres. (1) I1 y a un point qui me semble acquis : en un temps n assez lointain, alors qu’on n’avait pas un si grand -_ désir de transformer l’instruction en une sorte de “3
- génération spirituelle, au temps de la vieille Uni- de
- versité impériale, les élèves pensaient tout aussi librement, peut-être plus librement qu’aujourd’hui ; . HE
… l’enseignement de ce temps avait donc un bonrésulpuisqu’il conduisait à la liberté intellectuelle. : FE Les méthodes nouvelles semblent avoir produit, 1110 presque toujours, d’assez mauvais résultats ; on a voulu mettre beaucoup plus en évidence l’action du F professeur sur les élèves et, quel que soit le mérite s (1) Voir dans la Revue politique et parlementaire les articles de
5 des maîtres actuels, il est difficile de croire qu’ils vaillent Cicéron et Sénèque, qui avaient été les directeurs de la pensée de nos pères aux temps de M grande liberté intellectuelle. L’apostolat scolastique 1: donne des résultats très mauvais pour la formation . de l’esprit dans les écoles cléricales, qui sont . empoisonnées de fainéantise, de snobisme et de docilité ; les mêmes conséquences ne se révèlent pas encore à un aussi haut degré dans l’Université, À parce que les professeurs ne sont pas tous attelés à l’apostolat et que la variété de leur enseignement profite à la libération de l’esprit. Depuis un assez grand nombre d’années, toutes les révolutions semblent avoir automatiquement agi pour accroître l’émancipation de l’homme ; mais il ÿ n’est pas du tout évident qu’un pareil mouvement doive toujours se produire ; si vraiment l’Université ne forme pas des républicains ou n’en forme qu’une assez minime proportion, peut-être devons-nous à redouter que les prochaines révolutions ne soient ‘à guère pénétrées d’esprit libéral. Le parti politico- Ë scolastique, qui combat l’Église, a exactement le même esprit que celle ci ; il voudrait faire marcher À ve le monde à son gré. IL a toutes les ambitions des à FA anciens saint-simoniens qui prétendaient tout conse stituer sous la forme hiérarchique. É | La bataille que se livrent le parti clérical et ce hr 4 parti politico-scolastique n’a pas un très grand f:
_ intérêt direct pour la démocratie; quel que fût le es vainqueur, le peuple trouverait des maîtres impi- rt Re Ce quinous apparaît comme étant la plus haute j 4 mission de l’État, c’est de défendre la liberté de k penser, aussi bien contre la caste des prêtres que « 4 contre la caste des professeurs-journalistes. L’État Fe a des devoirs spirituels à remplir et celui-ci est be ù évidemment le premier de tous dans une démocratie; 1 _ la liberté de penser ne se décrète pas, ne s’enseigne pas ; il faut que les institutions la produisent spon- “4 tanément. Le mouvement démocratique moderne a “ une base économique, facile à reconnaître ; (1) il est fondé sur la concurrence très développée des be métiers : tout notre droit est imbu de l’idée d’une Ë V4 concurrence illimitée ; presque toutes nos pensées 4 en portent la marque. Or, de nos jours, cette ; n concurrence est menacée : par la constitution de À ! ‘% grandes entreprises transformant les moyens à ne patrons en employés et par le développement du ‘50 socialisme d’État. C’est donc une question très urgénte à examiner que celle des moyens à employer à pour défendre la liberté, — au moins dans les
1 limites où elle peut être défendue. il n’y aurait certainement rien de plus eflicace
L. (1) Les anciens avaient bien observé l’influence des bases éeono-
4 miques sur la constitution ; Aristote, par exemple, remarque que‘la
Fe discipline est difficile à imposer à une population qui se livre au commerce maritime. {Politique, livre IV, chapitre V, 3)
que de supprimer dans l’enseignement tout ce qui tend à augmenter la force du pouvoir central. Marx avait bien raison quand, en 1855, (1) il signalait l’opportunité de créer, avec l’aide purement finan- D: cière du Trésor public, des écoles soustraites à la 1h fois aux influences de l’État et de l’Église. Je crois que cette opinion est une des plus importantes que l’on trouve dans ses écrits ; nous voyons par là qu’il avait l’idée d’une organisation fédéraliste de l’en_ seignement : une pareille organisation est très peu ! favorable à la dictature d’une classe pensante. Bernstein a montré (2) que dès 1871 Marx avait adopté des conceptions politiques imbues de fédéralisme : (3) ces conceptions sont d’autant plus intéressantes qu’en 1848 il avait été, comme tous les révolutionnaires allemands et sous l’influence des souvenirs de 1793, très opposé aux idées fédéee ralistes. Si l’on veut lutter contre l’esprit de j domination, il n’y a rien de plus urgent que de _ © réformer l’enseignement suivant les vues contenues d j dans la lettre sur le programme de Gotha. À: Les socialistes votent, en quelquesorte d’instinct, hi toutes les mesures anticléricales que propose le ; () Marx. À propos d’unité, Lettre sur le programme de Gotha, (2) Bernstein. Socialisme théorique et socialdémocratie pratique, 1% () Dans l’adresse de l’Internationale, traduite sous le titre : Commune de Paris, pages 36-43.
il vieux parti radical, lorsque celui-ci se trouve, par hasard, porté au pouvoir, Mais dans ces derniers FR EL 2 xnpe, depuis que l’on a tant disserté sur ce que 5 permet et ce que défend la lutte de classe, quelques ES _ personnes se sont demandé si les socialistes étaient #4 _ bien logiques en suivant d’instinct ce courant, qui ee _ ne semble pas déterminé par leurs principes. LASER 2 Il faut avouer, très franchement, que la doctrine : _ de Marx sur la lutte des classes est restée encore a fort obscure ; il n’est pas toujours sûr que les ra ‘70 formules par lesquelles il a exprimé son opinion ne _ relativement à l’action politique du prolétariat _ aient été parfaitement comprises. Pour ma part, ti j’avoue que je ne comprends pas les explications _ que les officiels allemands donnent de la doctrine SA du maître ; je crois que je ne suis pas leseuläne pas comprendre. Fa r _ Et d’abord est-il vrai que les partis soient sim_ plement le décalque des classes économiques ? Marx QE _ s’exprime très souvent comme s’il en était ainsi; PA 4 mais on relèverait facilement dans ses écrits des NE contradictions, si on admettait qu’il ait vraiment _ identifié les partis et les classes. Kautsky lui-même _ siècle, la différenciation économique existant entre _ whigs et tories allait toujours en décroissant et que % ï à _ (@Kautsky. Parlementarisme et socialisme, page 130. | finalement elle devint inutile à considérer pour dis- . tinguer les partis. Il semble que le progrès de l’économie capitaliste ait pour effet de produire un plus grand mélange des couches sociales et d’effacer les marques professionnelles : s’il y a une plus grande séparation entre la classe ouvrière et la bourgeoisie, dans celle-ci les partis dépendent beaucoup moins de la division du travail. Il ne faut pas oublier que dans les pays modernes, les partis s’efforcent, de plus en plus, de dissimuler les intérêts matériels sous des aspects idéologiques. Les disputes d’ordre purement matériel qui se produisirent dans les républiques grecques et italiennes nous semblent aujourd’hui tout à fait défendre le Droit et la Vérité. Les anciennes factions démagogiques étaient fondées sur la simple division de la Cité en riches et en pauvres; elles amenèrent la ruine de tous les pays où elles se pro- ‘ duisirent; jusqu’ici les États modernes ont marché, d’une manière plus ou moins chancelante, dans une î voie que tous regardent comme progressive ; les socialistes comptent bien faire réaliser au monde Ÿ des progrès plus décisifs que ceux du passé ; on ne À saurait donc les confondre avec des démagogues, Ÿ È uniquement occupés de satisfaire les désirs matériels des masses. Le socialisme renferme des éléments spirituels et À
rie ce nsrs LS
tou ; au moin s en renferme-t-iken tant qu’il est inté- ee te je ressé au développement de la démocratie; car da NE F1 a démocratie n’a essentiellement que des fins spiriD _ tuelles : la liberté, le droit pour tous, etc. Je sais “5 bien que pour Marx le socialisme n’est pas un ‘ : (ta accroissement de la démocratie et que celle-ci donne de LÀ _ à l’opposition des classes sa perfection; mais sila n _ démocratie est ainsi, dans une certaine mesure, le À di sa Ê” contraire du socialisme, elle est aussi un aliment de Du: _ son progrès, car c’est grâce à elle que l’éducation _ populaire peut se faire de la manière la plus com- 114 _ plète. La contradiction entre démocratie et socia_ lisme porte surtout sur l’économie ; leur accord, sur ca si Da ‘ le côté spirituel de la vie sociale. “4
AS Marx avait observé (1) que les démocrates s’ima- Æ PU. givent qu’ils peuvent s’élever au-dessus des luttes (4 _ des classes; ceciest tout à fait naturel d’après ce (FR
_ qui vient d’être dit : les démocrates luttent pour (4 _ faire disparaître des tyrannies, pour combattre les _ états qui prétendent gouverner — soit en raison du 108 talent, soiten raison de leurs professions—;ilscher- je L. chent à développer l’esprit de liberté et à augmen ter les garanties juridiques données aux hommes; leur attitude les éloigne des considérations écono-
_ miques. Les socialistes ont aussi à lutter contre les AM
_ mêmes ennemis que les démocrates et ils partiD #3 (1) Marx. La lutte des classes, page 231. cipent à toutes les luttes pour la liberté, comme s’ils étaient, ainsi que les démocrates, affranchis du sentiment spécifique de classe. É: La lutte contre le militarisme est la plus difficile à mener de toutes celles que l’on peut engager contre la domination; elle reste, le plus souvent, un simple exercice de rhétorique et ne rencontre que de l’indifférence. Combien de personnes se sont vraiment intéressées aux méthodes de gouverne- À ment employées à Madagascar? Combien ont été sérieusement émues par les récits de la guerre de Chine? Chose plus singulière encore : il existe une littérature considérable sur le régime des corps à disciplinaires ; mais aucun homme politique ne sent l’utilité de prendre en main la réforme de ces abus; l’opinion publique ne s’en préoccupe guère, les h hommes politiques les ignorent officiellement. Pour qu’on puisse agir efficacement contre le Î 3 militarisme, il faut qu’il se présente des circonstances vraiment extraordinaires : l’affaire Dreyfus j se trouvait dans ce cas; mais on ne trouve pas :: toujours deux circonstances pareilles dans un siècle. À des hommes appartenant à toutes les classes de la Ÿ société et à des partis très opposés s’étaient réunis 4 en vue de poursuivre une œuvre qui pouvait produire de très grands résultats pratiques et démocratiques. Les socialistes qui ont cru que le dogme de
_ Jalutte de classe s’opposait à leur participation à ce ï:
5 _ grand combat se sont montrés plus scrupuleux sur de
leurs principes que n’avaient été les rois de France: po,
ceux-ci, malgré leur dévotion, s’allièrent bien Là
souvent aux protestants d’Allemagne contre les
es | souverains catholiques d’Espagne et d’Autriche. he.
1 à Il n’est pas possible d’engager une lutte efficace
Ÿ contre le militarisme dans des conditions autresque .
celles-là ; il faut qu’il y ait un amalgame dans les À
partis, de telle sorte que cette lutte ne puisse pas ;
prendre l’allure d’un mouvement antipatriotique;
“ ‘en France, l’idée patriotique est si fortement liée : se
Fr aux souvenirs démocratiques de la Révolution que l
les campagnes les mieux menées échouent dès qu’on ‘1
É peut leur opposer une campagne pour la défense f 1)
L Vouloir attaquer le militarisme avec les seules î
4 forces du socialisme, c’est marcher à un échec certain ”
et rendre le socialisme impopulaire. Dans l’affaire
Dreyfus, il n’y avait aucune question d’ordre juri4 dico-économique en jeu; et par suite que venait fl
4 faire là le précepte de la lutte de classes? Quelques
e auteurs, mal informés des principes du socialisme
1 moderne, ont trouvé ce bel argument que Dreyfus ‘
était riche et que les malheurs d’un riche ne devaient è
pas intéresser les pauvres; et ils ajoutaient que
beaucoup de pauvres diables étaient martyrisés
3 dans les ateliers de travaux publics. Et après?
L’argument aurait pu avoir quelque valeur s’il se fût agi de savoir quel degré de sympathie méritent les victimes des conseils de guerre; mais il ne s’agissait pas de cela, maïs de savoir quelles sontles circonstances les plus favorables pour réunir des forces suffisantes en vue de lutter contre la domination de la classe militaire. À Cest dans l’anticléricalisme que l’on trouve, le plus complètement peut-être, l’amalgame des diverses classes sociales ; il représente parfaitement la lutte journalière contre la domination, parce que À le prêtre est en contact journalier avec le citoyen, tandis que l’oligarchie militaire n’exerce qu’une tyrannie intermittente. Je crois qu’il n’y a pas d’action plus importante pour activer la propagation du socialisme dans les campagnes que l’action anti- fil eléricale ; qu’on lise, d’ailleurs, les journaux socialistes de province, on verra que leur principal moyen d’influence est la guerre contre les curés. Ce cahier a été composé et tiré au tarif des ouvriers syndiqués ‘4 Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men_ suelles régulières et par des souscriptions extraordi-
_ naires; la souscription ne confère aucune autorité sur La rédaction ni sur l’administration : ces fonctions demeurent libres.
AT des abonnements de souscription à cent francs; e TER des abonnements ordinaires à vingt francs; è “Ée et des abonnements de propagande à huit francs.
à Il va sans dire qu’il n’y a pas une seule différence _ de service entre ces différents abonnements. Nous vou-
-_ Lons seulement que nos cahiers soient accessibles à tout le monde également. _ Le prix de nos abonnements ordinaires est à peu près égal au prix de revient; le prix de nos abonnements de propagande est donc très sensiblement inférieur au prix -
Le _de revient. _ Nousne consentons des abonnements de propagande que pour la France et pour la Belgique. - he Nos cahiers étant très pauvres, nous ne servons plus — Nous envoyons éventuellement nos cahiers à qui nous … les demande. — Nous envoyons pour soixante centimes
_ Nous acceptons que nos abonnés paient leur abonneE ment par mensualités de un ou deux francs.
André Bourgeois, administrateur des cahiers,
—…. reçoit pour l’administration et pour la librairie tous … les jours de la semaine, le dimanche excepté, — de … huit heures à onze heures et de une heure à sept _ M. Charles Péguy, gérant des cahiers, reçoit pour la rédaction le jeudi soir de deux heures à cinq heures. Par exception je serai aussi aux cahiers le jour de la Toussaint, de huit à onze et de une à sept.