IV-1 · Premier cahier de la quatrième série · 1902-10-05

L'affaire Crainquebille, édition complète

Anatole France

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LA paraissant vingt fois par an

| 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

l’AÈURE mettons ce cahier dans le commerce; nous l

1110 Du même auteur, Calmann-Lévy éditeur, volumes & 44 trois francs: cinquante, en vente à la librairie « des % é Le Crime de Sylvestre Bonnard. \ RC 11e L”Etui de nacre. 12 “1 Jocaste et le chat maigre. +. qe 7 de Le Livre de mon ami. ‘it 4 ‘11 La Rôtisserie de la Reine Pédauque. SUCRE RE La Vie littéraire, quatre volumes. +. Le Si Pierre Nozière, un volume à trois francs cinqua si A 62 Poésies. — Les Poèmes dorés. Les Noces cos né 2 thiennes, un volume à six francs, dans la colle: SEE fi KR tion des auteurs contemporains. 10 ja ne

54 5 Les cahiers ont publié du même auteur : à à î ré _ Dans le troisième cahier de la première série, daté du k … 5 février 1900, aujourd’hui épuisé, n’existe plus que , dans les collections complètes, d’après les journaux du “_ jeudi 23 novembre 1899, le discours prononcé par ; “ Anatole France à l’inauguration de VÉmancipation, = 10 2% _ université populaire du quinzième arrondissement. Ps: … Nous avons reproduit ce discours, la liberté par l’étude, É. 3 à dans le quinzième cahier de la troisième série, Anatole & #4 France, Cahiers de la Quinzaine; | “24 Dans le même troisième cahier de la première série, | | pi d’après le Figaro du mercredi 3 janvier 1900, de l’His-

  • toire contemporaine, le conte intitulé Clopinel; d’après
  • Figaro du mercredi 10 janvier, de la méme histoire, …— l’article intitulé Après Clopinel ; et d’après le Figaro du …. mercredi 17 janvier, de la méme histoire, la conclusion $ 24 de l’article intitulé Spectacle consolant ; cette conclu- … sion est des Universités Populaires. Ces différents Es. articles, et celui que nous avons reproduit dans le quin- “ sième cahier de la troisième série, portaient dans le | ee. troisième cahier de la première série ce titre général : | 10 _ Pour et contre le Socialisme. Nous ne les avons pas Ke reproduits dans le quinzième cahier de la troisième … série. Les deux premiers de ces articles ont passé dans “#2 Monsieur Bergeret à Paris, quatrième volume de l’Hisde toire contemporaine, un volume à trois francs cinquante : “5 Dans le septième cahier de la deuxième série, aujour- j Le . d’hui épuisé, n’existe plus que dans les collections com- ‘à j plètes, d’après la Petite République datée du mardi 16 31 juillet 1900, le discours prononcé l’avant-veille à la se salle Wagram par Anatole France pour la Célébration 9 _ de Diderot.

; de l’Académie française 1 63 compositions de Steinlen F In quarto et in octavo jésus, tirage en rouge et noir sur les presses à bras de Lahure, limité à 4oo exemplaires Un exemplaire — numéro 1 — sur whatman, contenant tous les dessins originaux, avec une double suite d’épreuves d’artiste, sur japon et sur chine ; Un exemplaire — numéro 2 — sur whatman, avec un dessin original sur chacun des faux-titres, soit dix, plus une double suite d’épreuves d’artiste, sur japon et sur 25 exemplaires — numéros 3 à 27 — sur japon ancien ou sur grand vélin, contenant un dessin original de Steinlen, : plus une collection d’épreuves d’artiste, sur chine, au prix net de 600 francs 30 exemplaires — numéros 28 à 57 — sur chine, au prix nel de 300 francs 343 exemplaires — numéros 58 à 400 — sur vélin à la cuve des papeteries du Marais, filigrané KTHMA EX AEI, au prix de 80 francs Il a été tiré en outre : 20 collections d’épreuves d’artiste de toutes les gravures sur chine, au prix net de 150 francs 5 collections d’épreuves d’artiste de toutes les gravures sur japon ancien, au prix net de 195 francs 5

_ Cette édition originale de l’affaire Crainquebille 1 L. est l’œuvre de M. Édouard Pelletan, éditions d’art, _ 125, boulevard Saint-Germain, Paris. Nous avons fini s _ de lire pour la première fois l’affaire Crainquebille dans à _ le Figaro en janvier 1901. L’édition que nous donnons | aujourd’hui est la première édition complète en un ;

_ Nous avons publié du méme auteur: 4 Cahiers de la Quinzaine, quinzième cahier de la _ troisième série, un cahier de 72 pages, un franc: | La liberté par l’étude; hi. _ La loi est morte, mais le juge est vivant; _ Pensées de Riquet; s à . Discours pour la liberté, prononcé à l’assemblée générale …_ extraordinaire, du 20 avril 1902, de la sn Ligue française pour la défense ‘4 È des Droits de l’Homme et du Citoyen.

l’affaire Crainqguebille

8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

o Avant que l’on commence à relire l’histoire de Crain- ce quebille, Anatole France me pardonnera d’y épingler ù une citation, parce que cette citation jette une lumière FRE sur les débats engagés pour et contre la liberté de c l’enseignement : LUE à Le système scolaire serait calqué sur le système judi- \ ciaire : les magistrats de la raison diraient le vrai, RE dans les mêmes conditions et sous les mêmes garanties FAR que les juges disent le juste. : nr “ (Gustave Téry, dans la Petite République FN du mardi 23 septembre 1902) JANTES

La majesté de la justice réside tout entière dans chaque sentence rendue par le juge au nom du ambulant, connut combien la loi est auguste, quand il fut traduit en police correctionnelle pour outrage à un agent de la force publique. Ayant pris place, dans la salle magnifique et sombre, sur le banc des accusés, il vit les juges, les greffiers, les avocats en robe, l’huissier portant la chaîne, les gendarmes et, derrière une cloison, les têtes nues des spectateurs silencieux. Et il se vit lui-même assis sur un siège élevé, comme si de paraître devant des magistrats l’accusé lui-même en recevait un funeste honneur. Au fond de la salle, entre les deux assesseurs, M. le président Bourriche siégeait. Les palmes d’oflicier d’académie étaient attachées sur sa poitrine. Un buste de la République et un Christ en croix surmontaient le pré- toire, en sorte que toutes les lois divines et humaines étaient suspendues sur la tête de Crain15

quebille. 11 en conçut une juste terreur. N’ayant point l’esprit philosophique, il ne se demanda pas ce que voulaient dire ce buste et ce crucifix et ilne rechercha pas si Jésus et Marianne, au Palais, s’accordaient ensemble. C’était pourtant matière à réflexion, car enfin la doctrine pontificale et le droit canon sont opposés, sur bien des points, à la Constitution de la République et au Code civil. Les Décrétales n’ont point été abolies, qu’on sache. L’Église du Christ enseigne comme autrefois que seuls sont légitimes les pouvoirs auxquels elle a donné l’investiture. Or la République française prétend encore ne pas relever de la puissance pontificale. Crainquebille pouvait dire avec quelque

— Messieurs les juges, le Président Loubet n’é- tant pas oint, ce Christ, pendu sur vos têtes, vous récuse par l’organe des Conciles et des Papes.

Ou il est ici pour vous rappeler les droits de l’Église, qui infirment les vôtres, ou sa présence

  • A quoi le président Bourriche aurait peut-être

— Inculpé Crainquebille, les rois de France ont toujours été brouillés avec le Pape. Guillaume de Nogaret fut excommunié et ne se démit pas de ses charges pour si peu. Le Christ du prétoire n’est pas

le Christ de Grégoire VII et de Boniface VII. C’est, si vous voulez, le Christ de l’Évangile, qui ne savait pas un mot de droit canon et n’avait jamais entendu parler des sacrées Décrétales. Alors il était loisible à Crainquebille de ré- + — Le Christ de l’Évangile était un bousingot. De plus, il subit une condamnation que, depuis dixneuf cents ans, tous les peuples chrétiens considèrent comme une grave erreur judiciaire. Je vous défie bien, monsieur le président, de me condamner, en son nom, seulement à quarante-huit heures de prison. L Mais Crainquebille ne se livrait à aucune considération historique, politique ou sociale. Il demeurait dans l’étonnement. L’appareil: dont il était environné lui faisait concevoir une haute idée de la justice. Pénétré de respect, submergé d’épouvante, il était prêt à s’en rapporter aux juges sur sa propre culpabilité. Dans sa conscience, il ne se croyait pas ” criminel ; mais il sentait combien c’est peu que la conscience d’un marchand de légumes devant les symboles de la loi et les ministres de la vindicte sociale. Déjà son avocat l’avait à demi persuadé , qu’il n’était pas innocent. F Une instruction sommaire et rapide avait relevé les charges qui pesaient sur lui.

Jérôme Crainquebille, marchand des quatresaisons, allait par la ville, poussant sa petite voiture et criant : Des choux, des navets, des carottes! Et, quand il avait des poireaux, il criait : Bottes d’asperges ! parce que les poireaux sont les asperges

à du pauvre. Or, le 20 octobre, à l’heure de midi,

comme il descendait la rue Montmartre, madame Bayard, la cordonnière, sortit de sa boutique et s’approcha de la voiture légumière. Soulevant dé- daigneusement une botte de poireaux :

— Lis ne sont guère beaux, vos poireaux. Combien la botte?

— Quinze sous, la bourgeoise. Y a pas meilleur.

— Quinze sous, trois mauvais poireaux ?

Et elle rejeta la botte dans la charrette, avec un geste de dégoût.

C’est alors que l’agent 64 survint et dit à Crain- à

Crainquebille, depuis cinquante ans, circulait du matin au soir. Un tel ordre lui sembla légitime et conforme à la nature des choses. Tout disposé à y re obéir, il pressa la bourgeoise de prendre ce qui ; était à sa convenance.

— Faut encore que je choisisse la marchandise, répondit aigrement la cordonnière.

Et elle tâta de nouveau toutes les bottes de poireaux, puis elle garda celle qui lui parut la plus | belle let elle la tint contre son sein comme les saintes, dans les tableaux d’église, pressent sur leur | poitrine la palme triomphale.

— Je vas vous donner quatorze sous. C’est bien assez. Et encore il faut que j’aille les chercher dans la boutique, parce que je ne les ai pas sur moi.

Et, tenant ses poireaux embrassés, elle rentra | dans la cordonnerie où une cliente, portant un enfant, l’avait précédée. |

A ce moment l’agent 64 dit pour la deuxième fois |

— J’attends mon argent, répondit Crainquebille.

— Je ne vous dis pas d’attendre votre argent; je | vous dis de circuler, reprit l’agent avec fermeté.

Cependant la cordonnière, dans sa boutique, F essayait des souliers bleus à un enfant de dix-huit mois dont la mère était pressée. Et les têtes vertes des poireaux reposaient sur le comptoir.

Depuis un demi-siècle qu’il poussait sa voiture dans les rues, Crainquebille avait appris à obéir ;

| aux représentants de l’autorité. Mais il se trouvait cette fois dans une situation particulière, entre un devoir et un droit. Il n’avait pas l’esprit juridique. IL ne comprit pas que la jouissance d’un droit individuel ne le dispensait pas d’accomplir un devoir social. Il considéra trop son droit qui était de recevoir quatorze sous, et il ne s’attacha pas assezà son devoir qui était de pousser sa voiture et d’aller plus ayant et toujours plus avant, Il demeura.

Pour la troisième fois, l’agent 64, tranquille et sans colère, lui donna l’ordre de circuler. Contrairement à la coutume du brigadier Montauciel, qui menace sans cesse et ne sévit jamais, l’agent 64 est sobre d’avertissements et prompt à verbaliser. Tel est son caractère. Bien qu’un peu sournois, c’est un excellent serviteur et un loyal soldat. Le courage d’un lion et la douceur d’un enfant. Il ne connaît que sa consigne.

— Vous n’entendez donc pas, quand je vous dis de circuler !

Crainquebille avait de rester en place une raison

trop considérable à ses yeux pour qu’il ne la crût “4 pas suffisante. Il l’exposa simplement et sans art : 2 — Nom de nom! puisque je vous dis que j’attends À mon argent. à L’agent 64 se contenta de répondre : 87% — Voulez-vous que je vous f.. une contraven- 4 tion ? Si vous le voulez, vous n’avez qu’à le dire. l 4 En entendant ces paroles, Crainquebille haussa 4 lentement les épaules et coula sur l’agent un regard 4 douloureux qu’il éleva ensuite vers le ciel. Et ce . — Que Dieu me voie! Suis-je un contempteur 4 des lois? Est-ce que je me ris des décrets et des ordonnances qui régissent mon état ambulatoire ? î A cinq heures du matin, j’étais sur le carreau des Halles. Depuis sept heures, je me brûle les mains à | mes brancards en criant : Des choux, des navets, 1 des carottes! J’ai soixante ans sonnés. Je suis las. Et vous me demandez si je lève le drapeau noir de | la révolte. Vous vous moquez et votre raillerie est Soit que l’expression de ce regard lui eût échappé, | soit qu’il n’y trouvât pas une excuse à la désobéis- | sance, l’agent demanda d’une voix brève et rude si c’était compris. Or, en ce moment précis l’embarras des voitures | était extrême dans la rue Montmartre. Les fiacres,

les haquets, les tapissières, les omnibus, les camions, $ pressés les uns contre les autres, semblaient indis- À solublement joints et assemblés. Et sur leur immobilité frémissante s’élevaient des jurons et des cris.

Les cochers de fiacre échangeaient de loin, et lentement, avec les garçons bouchers des injures É héroïques, et les conducteurs d’omnibus, considé- > rant Crainquebille comme la cause de l’embarras, l”appelaient « sale poireau ». | Cependant sur le trottoir, des curieux se pressaient, attentifs à la querelle. Et l’agent, se voyant observé, ne songea plus qu’à faire montre de son — C’est bon, dit-il. j crayon très court. à | Crainquebille suivait son idée et obéissait à une force intérieure. D’ailleurs il lui était impossible _ maintenant d’avancer ou de reculer. La roue de sa charrette était malheureusement prise dans la roue d’une voiture de laitier. Il s’écria, en s’arrachant les cheveux sous sa cas- — Mais, puisque je vous dis que j’attends mon argent ! C’est-il pas malheureux ! Misère de misère! Bon sang de bon sang ! Par ces propos, qui pourtant exprimaient moins

la révolte que le désespoir, l’agent 64 se crut insulté. Et comme, pour lui, toute insulte revêtait nécessairement la forme traditionnelle, régulière,

| consacrée, rituelle et pour ainsi dire liturgique de

: « Mort aux vaches! », c’est sous cette forme que

spontanément il recueillit et concréta dans son oreille les paroles du délinquant. |

— Ah! vous avez dit : « Mort aux vaches ! » C’est bon. Suivez-moi.

Crainquebille, dans l’excès de la stupeur et de la détresse, regardait avec ses gros yeux brûlés du soleil l’agent 64, et de sa voix cassée, qui iui sor-

| tait tantôt de dessus la tête et tantôt de dessous les talons, s’écriait, les bras croisés sur sa blouse

— J’ai dit: « Mort aux vaches » ? Moi ?.. Oh!

Cette arrestation fut accueillie par les rires des employés de commerce et des petits garçons. Elle contentait le goût que toutes les foules d’hommes éprouvent pour les spectacles ignobles et violents. Mais, s’étant frayé un passage à travers le cercle populaire, un vieillard très triste, vêtu de noir et coiffé d’un chapeau de haute forme, s’approcha de l’agent et lui dit très doucement et très fermement,

— Vous vous êtes mépris. Cet homme ne vous a pas insulté.

— Méêlez-vous de ce qui vous regarde, lui répondit l’agent, sans proférer de menaces, car il parlait à un homme proprement mis.

Le vieillard insista avec beaucoup de calme et de ténacité. Et l’agent lui intima l’ordre de s’expliquer chez le commissaire.

— Alors! que j’ai dit « Mort aux vaches! »

Il prononçait ces paroles étonnées quand madame Bayard, la cordonnière, vint à lui, les quatorze sous dans la main. Mais déjà l’agent 64 le tenait au collet, et madame Bayard, pensant qu’on ne devait rien à un homme conduit au poste, mit les quatorze sous dans la poche de son tablier.

. Et voyant tout à coup sa voiture en fourrière, sa liberté perdue, l’abîime sous ses pas et le soleil

— Tout de même!

Devant le commissaire, le vieillard déclara que, arrêté sur son chemin par un embarras de voitures, il avait été témoin de la scène et qu’il affirmait que l’agent n’avait pas été insulté, et qu’il s’était totalement mépris. Il donna ses nom et qualités : docteur David Matthieu, médecin en chef de l’hôpital Ambroise Paré, officier de la Légion d’honneur. En d’autres temps, un tel témoignage aurait suflisam-

ment éclairé le commissaire. Mais alors, en France, 4 les savants étaient suspects. s ” -Crainquebille, dont l’arrestation fut maintenue, 4 passa la nuit au violon et fut transféré, le matin, ” dans le panier à salade, au dépôt. À La prison ne lui parut ni douloureuse, ni humi- 3 liante. Elle lui parut nécessaire. Ce qui le frappa en % y entrant ce fut la propreté des murs et du carrelage. E — Pour un endroit propre, c’est un endroit ÿ propre. Vrai de vrai! On mangerait par terre. Ë Laissé seul, il voulut tirer son escabeau:; mais il h s’aperçut qu’il était scellé au mur. Il en exprima ds tout haut sa surprise. È — Quelle drôle d’idée ! Voilà une chose que j’au- 4 rais pas inventée, pour sûr. : $ S’étant assis, il tourna ses pouces et demeura dans +4 l’étonnement. Le silence et la solitude l’accablaient. d Il s’ennuyait et il pensait avec inquiétude à sa voi- 4 ture mise en fourrière encore toute chargée de | choux, de carottes, céleri, de mâche et de pissenlit. ; — Où qu’ils m’ont étouffé ma voiture ? ‘ Le troisième jour, il reçut la visite de son avocat, maître Lemerle, un des plus jeunes membres du 4 barreau de Paris, président d’une des sections de la :

  • « Ligue de la Patrie française ». 4

| Crainquebille essaya de lui conter son affaire, ce qui ne lui était pas facile, car il n’avait pas l’habi_ tude de la parole. Peut-être s’en serait-il tiré pourtant, avec un peu d’aide. Mais son avocat secouait _ la tête d’un air méfiant à tout ce qu’il disait, et feuilletant des papiers, murmurait : | — Hum! Hum! je ne vois rieu de tout cela au Puis, avec un peu de fatigue, il dit en frisant sa — Dans votre intérêt il serait peut-être préférable d’avouer. Pour ma part j’es$time que votre système de dénégations absolues est d’une insigne maladresse. à Et dès lors Crainquebille eût fait des aveux s’il avait su ce qu’il fallait avouer. .

Le président Bourriche consacra six minutes pleines à l’interrogatoire de Crainquebille. Cet interrogatoire aurait apporté plus de lumière si l’accusé avait répondu aux questions qui lui étaient

_ | posées. Maïs Crainquebille n’avait pas l’habitude de la discussion, et dans une telle compagnie le respect et l’effroi lui fermaient la bouche. Aussi gardait-il le silence et le président faisait lui-même les réponses ; elles étaient accablantes. Il conclut:

— Enfin, vous reconnaissez avoir dit : « Mort

Alors seulement l’inculpé Crainquebille tira de sa vieille gorge un bruit de ferraille et de carreaux

— J’ai dit : « Mort aux vaches! » parce que

M. l’agent a dit : « Mort aux vaches! » Alors j’ai “à dit: « Mort aux vaches! » 4 Il voulait faire entendre qu’étonné par l’impu- Ë: tation la plus imprévue, il avait, dans sa stupeur, 1 répété les paroles étranges qu’on lui prêtait fausse- 1 ment et qu’il n’avait certes point prononcées. IL avait dit : « Mort aux vaches! » comme il eût dit : : « Moi! tenir des propos injurieux, l’avez-vous pu KE M. le président Bourriche ne le prit pas ainsi. 1 — Prétendez-vous, dit-il, que l’agent a proféré ce 4 cri le premier? Crainquebille renonça à s’expliquer. C’était trop À — Vous n’insistez pas. Vous avez raison, dit le ; Et il fit appeler les témoins.
L’agent 64, de son nom Bastien Matra, jura de À dire la vérité et de ne rien dire que la vérité. Puis Ê il déposa en ces termes : _ Étant de service le 20 octobre, à l’heure de midi, je remarquai, dans la rue Montmartre, un 4 individu qui me sembla être un vendeur ambulant 1 et qui tenait sa charrette indûment arrêtée à la 4 hauteur du numéro 328, ce qui occasionnait un 4 encombrement de voitures. Je lui intimai par trois fois l’ordre de circuler, auquel il refusa d’obtem- | 30 4

. pérer. Et sur ce que je l’avertis que j’allais verba-

, ce qui me sembla être injurieux.

Cette déposition, ferme et mesurée, fut écoutée

| avec une évidente faveur par le Tribunal. La défense avait cité madame Bayard, cordonnière, = et M. David Matthieu, médecin en chef de l’hôpital Ambroise Paré, officier de la Légion d’honneur. Madame Bayard n’avait rien vu ni entendu. Le docteur Matthieu se trouvait dans la

. foule assemblée autour de l’agent qui sommait le marchand de circuler. Sa déposition amena un

— J’ai été témoin de la scène, dit-il. J’ai remarqué que l’agent s’était mépris : il n’avait pas été insulté. Je m’approchai et lui en fis l’observation. L’agent

é maintint le marchand en état d’arrestation et m’invita à le suivre au commissariat. Ce que je fis. Je réitérai ma déclaration devant le commissaire.

— Vous pouvez vous asseoir, dit le président. Huissier, rappelez le témoin Matra. — Matra, quand vous avez procédé à l’arrestation de l’accusé, M. le docteur Matthieu ne vous a-t-il pas fait observer que vous vous mépreniez ?

— C’est-à-dire, monsieur le président, qu’il m’a

| — Que vous a-t:il dit?

— Il m’a dit : « Mort aux vaches! » Une rumeur et des rires s’élevèrent dans l’audi- 4 — Vous pouvez vous retirer, dit le président avec précipitation. s Et il avertit le public que si ces manifestations indécentes se reproduisaient, il ferait évacuer la salle. Cependant la défense agitait triomphalement Ê moment que Crainquebille serait acquitté. 4 Le calme s’étant rétabli, maître Lemerle se leva. ; Il commença sa plaidoirie par l’éloge des agents de | la Préfecture, « ces modestes serviteurs de la société, J ; qui, moyennant un salaire dérisoire, endurent des fatigues et affrontent des périls incessants, et qui | pratiquent l’héroïsme quotidien. Ce sont d’anciens 1 soldats, et qui restent soldats. Soldats, ce mot dit Et maître Lemerle s’éleva, sans effort, à des con- | sidérations très hautes sur les vertus militaires. Il E était de ceux, dit-il, « qui ne permettent pas qu’on touche à l’armée, à cette armée nationale à laquelle il était fier d’appartenir ». Le président inclina la tête. . Maître Lemerle, en effet, était lieutenant dans la réserve. Il était aussi candidat nationaliste dans le É quartier des Vieilles-Haudriettes. à

« Non certes, je ne méconnais pas les services modestes et précieux que rendent journellement les gardiens de la paix à la vaillante population de Paris. Et je n’aurais pas consenti à vous présenter, messieurs, la défense de Crainquebille si j’avais vu en lui l’insulteur d’un ancien soldat. On accuse mon client d’avoir dit : « Mort aux vaches! » Le sens de cette phrase n’est pas douteux. Si vous feuilletez le Dictionnaire de la langue verte, vous y lirez : « Vachard, paresseux, fainéant ; qui s’étend « paresseusement comme une vache, au lieu de « travailler. — Vache, qui se vend à la police; « mouchard. » Mort aux vaches! se dit dans un certain monde. Mais toute la question est celle-ci :

© Comment Crainquebille l’a-til dit? Et même, l’at-il dit? Permettez-moi, messieurs, d’en douter.

« Je ne soupçonne l’agent Matra d’aucune mauvaise pensée. Mais il accomplit, comme nous l’avons dit, une tâche pénible. Il est parfois fatigué, excédé, surmené. Dans ces conditions il peut avoir été la victime d’une sorte d’hallucination de

  • l’ouïe. Et quand il vient vous dire, messieurs, que le docteur David Matthieu, officier de la Légion d’honneur, médecin en chef de l’hôpital Ambroise Paré, un prince de la science et un homme du monde, a crié : « Mort aux vaches! » nous sommes

bien forcés de reconnaître que Matra est en proie à la maladie de l’obsession, et, si le terme n’est pas trop fort, au délire de la persécution. <

« Et alors même que Crainquebille aurait crié : 4 « Mort aux vaches ! » il resterait à savoir si ce mot a, dans sa bouche, le caractère d’un délit. Crain- À quebille est l’enfant naturel d’une marchande am- : bulante, perdue d’inconduite et de boisson, il est né alcoolique. Vous le voyez ici abruti par soixante ans de misère. Messieurs, vous direz qu’il est irres- k Maître Lemerle s’assit et M. le président Bourriche ; lut entre ses dents un jugement qui condamnaïit k. Jérôme Crainquebille à quinze jours de prison et | 5o francs d’amende. Le Tribunal avait fondé sa ; conviction sur le témoignage de l’agent Matra. Mené par les longs couloirs sombres du Palais, Crainquebille ressentit un immense besoïin de sym- | pathie. Il se tourna vers le garde de Paris qui le conduisait et l’appela trois fois : | Et il soupira : — 11 y a seulement quinze jours, si on m’avait | dit qu’il m’arriverait ce qui m’arrive !.… Ê Puis il fit cette réflexion : — Ils parlent trop vite, ces messieurs. Ils parlent | bien mais ils parlent trop vite. On peut pas s’expli- |

quer avec eux… Cipal, vous trouvez pas qu’ils

Mais le soldat marchait sans répondre ni tourner la tête.

Crainquebille lui demanda :

— Pourquoi que vous me répondez pas ?

Et le soldat garda le silence. Et Crainquebille lui dit avec amertume :

— On parle bien à un chien. Pourquoi que vous me parlez pas ? Vous ouvrez jamais la bouche : Vous avez donc pas peur qu’elle pue ?

Quelques curieux et deux ou trois avocats quittèrent l’audience après la lecture de l’arrêt, quand déjà le greffier appelait une autre cause. Ceux qui sortaient ne faisaient point de réflexion sur l’affaire | Crainquebille qui ne les avait guère intéressés, et à laquelle ils ne songeaient plus. Seul M. Jean Lermite, graveur à l’eau-forte, qui était venu d’aventure au Palais, méditait sur ce qu’il venait de voir et d’entendre. Passant son bras sur l’épaule de maître Joseph — Ce dont il faut louer le président Bourriche, | lui dit-il, c’est d’avoir su se défendre des vaines curiosités de l’esprit et se garder de cet orgueil intellectuel qui veut tout connaître. En opposant l’une à l’autre Les dépositions contradictoires de ; l’agent Matra et du docteur David Matthieu, le juge serait entré dans une voie où l’on ne rencontre que

le doute et l’incertitude. La méthode qui consiste à k examiner les faits selon les règles de la critique est inconciliable avec la bonne administration de la à justice. Si le magistrat avait l’imprudence de suivre | cette méthode, ses jugements dépendraient de sa sagacité personnelle, qui le plus souvent est petite, et de l’infirmité humaine, qui est constante. Quelle en serait l’autorité? On ne peut nier que la méthode ï historique est tout à fait impropre à lui procurer À les certitudes dont il a besoin. Il suffit de rappeler | l’aventure de Walter Raleigh. Un jour que Walter Raleigh, enfermé à la Tour ; de Londres, travaillait, selon sa coutume, à la seconde partie de son Histoire du Monde, une rixe éclata sous sa fenêtre. Il alla regarder ces gens qui se querellaient, et quand il se remit au J travail, il pensait les avoir très bien observés. c Mais le lendemain, ayant parlé de cette affaire à un de ses amis qui y avait été présent et qui même | y avait pris part, il fut contredit par cet ami sur . tous les points. Réfléchissant alors à la difficulté. « de connaître la vérité sur des événements lointains, quand il avait pu se méprendre sur ce qui se passait sous ses yeux, il jeta au feu le manuscrit de son histoire. 4 Si les juges avaient les mêmes scrupules que sir Walter Raleigh, ils jetteraient au feu toutes

| leurs instructions. Et ils n’en ont pas le droit. Ce serait de leur part un déni de justice, un crime. Il faut renoncer à savoir, mais il ne faut pas renoncer à juger. Ceux qui veulent que les arrêts des . tribunaux soient fondés sur la recherche méthodique des faits sont de dangereux sophistes et des ennemis perfides de la justice civile et de la justice militaire. Le président Bourriche a l’esprit trop juridique pour faire dépendre ses sentences de la raison et de la science dont les conclusions sont sujettes à d’éternelles disputes. Il les fonde sur des dogmes et les assied sur la tradition, en sorte que ses jugements égalent en autorité les commandements de l’Église. Ses sentences sont canoniques. J’entends qu’il les tire d’un certain nombre de sacrés canons. Voyez, par exemple, qu’il classe les témoignages non d’après les caractères incertains vérité, mais d’après des caractères intrinsèques, permanents et manifestes. Il les pèse au poids des armes. Ÿ a-t-il rien de plus simple et de plus sage à la fois ? Il tient pour irréfutable le témoignage d’un gardien de la paix, abstraction faite de son huma- | nité et conçu métaphysiquement en tant qu’un numéro matricule et selon les catégories de la police idéale. Non pas que Matra (Bastien), né à … Cinto-Monte (Corse), lui paraisse incapable d’erreur.

Il n’a jamais pensé que Bastien Matra fût doué d’un V4 grand esprit d’observation, ni qu’il appliquât à 4 l’examen des faits une méthode exacte et rigou M reuse. À vrai dire, il ne considère pas Bastien Matra, ‘4 mais l’agent 64.— Un homme est faillible, pense-t-il. 4 .Pierre et Paul peuvent se tromper. Descartes et s Gassendi, Leibnitz et Newton, Bichat et Claude : È Bernard ont pu se tromper. Nous nous trompons 4 tous et à tout moment. Nos raisons d’errer sont ; innombrables. Les perceptions des sens et les jugements de l’esprit sont des sources d’illusion et Re des causes d’incertitude. Il ne faut pas se fier au té- 4 moignage d’un homme : Testis unus, testis nullus. Yi Mais on peut avoir -foi dans un numéro. Bastien 4 Matra, de Cinto-Monte, est faillible. Mais l’agent 64, 4 abstraction faite de son humanité, ne se trompe pas. # C’est une entité. Une entité n’a rien en elle de ce ‘4 qui est dans les hommes et les trouble, les corrompt, : E les abuse. Elle est pure, inaltérable etsans mélange. 4 Aussi le Tribunal n’a-t-il point hésité à repousser le témoignage du docteur David Matthieu, quin’est

qu’un homme, pour admettre celui de l’agent 64, qui est une idée pure, et comme un rayon de Dieu des- 4 cendu à la barre. ÿ En présidant de cette manière, le président Bour- À riche s’assure une sorte d’infaillibilité, et la seulea laquelle un juge puisse prétendre. Quand l’homme à

qui témoigne est armé d’un sabre, c’est le sabre qu’il faut entendre et non l’homme. L’homme est méprisable et peutavoir tort. Le sabre ne l’est point et il a toujours raison. Le président Bourriche a profondément pénétré l’esprit des lois. La société repose sur la force, et la force doit être respectée comme le fondement auguste des sociétés. La justice

_ est l’administration de la force. Le président Bourriche sait que l’agent 64 est une parcelle du Prince. Le Prince réside dans chacun de ses officiers. Ruiner l’autorité de l’agent 64, c’est affaiblir l’État. Manger une des feuilles de l’artichaut, c’est manger ; l’artichaut, comme dit Bossuet en son sublime langage. (Politique tirée de l’Écriture sainte, passim)

Toutes les Épées d’un État sont tournées dans le même sens. En les opposant les unes aux autres, on subvertit la république. C’est pourquoi linculpé Crainquebille fut condamné justement à quinze jours de prison et 50 francs d’amende, sur le témoignage de l’agent 64. Je crois entendre le président Bourriche expliquer lui-même les raisons hautes et belles qui inspirèrent sa sentence. Je crois l’entendre

| dire:

— J’ai jugé cet individu en conformité avec l’agent 64, parce que l’agent 64 est l”émanation de la force publique. Et pour reconnaître ma sagesse, il vous suflit d’imaginer que j’ai agi inversement.

Vous verrez tout de suite que c’eût été absurde. Car è si je jugeais contre la force, mes jugements ne se- F. raient pas exécutés. Remarquez, messieurs, que les à juges ne sont obéis que tant qu’ils ont la force avec eux. Sans les gendarmes, le juge ne serait qu’un « pauvre rêveur. Je me nuiraïs si je donnaiïs tort à un gendarme. D’ailleurs le génie des lois s’y oppose. à Désarmer les forts et armer les faibles ce serait : changer l’ordre social que j’ai mission de conserver. 1 La justice est la sanction des injustices établies. La . vit-on jamais opposée aux conquérants et contraire aux usurpateurs? Quand s’élève un pouvoir illégi- . time, elle n’a qu’à le reconnaître pour le rendre F légitime. Tout est dans la forme, et il n’y a entre le crime et l’innocence que l’épaisseur d’une feuille de 4 papier timbré.— C’était à vous, Crainquebille, d’être b. le plus fort. Si après avoir crié : « Mort aux ; vaches! » vous vous étiez fait déclarer empereur, dictateur, président de la République ou seulement 1 conseiller municipal, je vous assure que je ne vous aurais pas condamné à quinze jours de prison et 5o francs d’amende. Je vous aurais tenu quitte de F toute peine. Vous pouvez m’en croire. ; Ainsi sans doute eût parlé le président Bourriche, car il a l’esprit juridique et il sait ce qu’un magis- } trat doit à la société. Il en défend les principes Q avec ordre et régularité. La justice est sociale. IL |

x n’y a que de mauvais esprits pour la vouloir humaine et sensible. On l’administre avec des ; — règles fixes et non avec les frissons de la chair et les clartés de l’intelligence. Surtout ne lui deman- | dez pas d’être juste, elle n’a pas besoin de l’être puisqu’elle est justice, et je vous dirai même que | l’idée d’une justice juste n’a pu germer que dans la tète d’un anarchiste. Le président Magnaud rend, il est vrai, des sentences équitables. Maïs on les lui casse, et c’est justice.

Le vrai juge pèse les témoignages au poids des armes. Cela s’est vu dans l’affaire Crainquebille, et dans d’autres causes plus célèbres.

Ainsi parla M. Jean Lermite, en parcourant d’un

bout à l’autre bout la salle des Pas-Perdus. Maître Joseph Aubarrée, qui connaissait le Palais, | lui répondit en se grattant le bout du nez :

— Si vous voulez avoir mon avis, je ne crois pas que M. le Président Bourriche se soit élevé jusqu’à une si haute métaphysique. A mon sens, en admettant le témoignage de l’agent 64 comme l’expression

. dela vérité, il fit simplement ce qu’il avait toujours — vu faire. C’est dans limitation qu’il faut chercher 3 la raison de la plupart des actions humaines. En se …—_ conformant à la coutume on passera toujours pour ; un honnête homme. On appelle gens de bien ceux 1 qui font comme les autres.

escabeau enchaïné, plein d’étonnement et d’admi- En. : ration. Il ne savait pas bien lui-même que les Are “juges s’étaient trompés. Le Tribunal lui avait “7 EN caché ses ,faiblesses intimes sous la majesté des CE Ep mes. Il ne pouvait croire qu’il eût raison contre L’AR 5 D dont il n’avait pas compris les rai- DA. ne. sons F il lui était impossible de concevoir que quel- FES _ que chose clochät dans une si belle cérémonie. Car, ne _ Sa vie, rien vu de si beau qu’un jugement en police 0 a De ou Il savait bien qu’il n’avait pas crié 570 on aux vaches ! » Et, qu’il eût été condamné à Re _ quinze jours de prison pour l’avoir crié, c’était, en 24 _ sa pensée, un auguste mystère, un de ces articles ti

de foi auxquels les croyants adhèrent sans les com- 4 prendre, une révélation obscure, éclatante, ado- j rable et terrible. 4 Ce pauvre vieil homme se reconnaissait coupable : d’avoir mystiquement offensé l’agent 64, commele petit garçon qui va au catéchisme se reconnaît cou- 1 pable du péché d’Ëve. II lui était enseigné, par son arrêt, qu’il avait crié : « Mort aux vaches ! » C’était donc qu’il avait crié « Mort aux vaches! » d’une 4 . façon mystérieuse, inconnue de lui-même. Il était à. transporté dans un monde surnaturel. Son jugement | était son apocalypse. u S’il ne se faisait pas une idée nette du délit, il ne F se faisait pas une idée plus nette de la peine. Sa i condamnation lui avait paru une chose solennelle, 1 rituelle et supérieure, une chose éblouissante qui L .ne se comprend pas, qui ne se discute pas, et dont il aurait vu le président Bourriche, une auréole au 4 front, descendre, avec des aïles blanches, par le 4 / plafond entr’ouvert, qu’il n’aurait pas été surpris de | cette nouvelle manifestation de la gloire judiciaire. À Il se serait dit : voilà mon affaire qui continue! ; Le lendemain son avocat vint le voir : ) — Eh bien! mon bonhomme, vous n’êtes pas trop J | mal? Du courage! deux semaines sont vite passées. Nous n’avons pas trop à nous plaindre.

| — Pour ça, on peut dire que ces messieurs ont été bien doux, bien polis; pas un gros mot. J’aurais pas cru. Etle cipal avait mis des gants blancs. Vous avez pas vu ? | | — Tout pesé, nous avons bien fait d’avouer. — Crainquebille, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer. Une personne charitable, que j’ai inté- . ressée à votre position, m’a remis pour vous une somme de 50 francs qui sera affectée au payement de l’amende à laquelle vous avez été condamné. — Alors quand que vous me donnerez les — Ils seront versés au greffe. Ne vous en inquiétez — C’est égal. Je remercie tout de même la personne. Et Crainquebille méditatif murmura : — C’est pas ordinaire ce qui m’arrive. — N’exagérez rien, Crainquebille. Votre cas n’est pas rare, loin de là. — Vous pourriez pas me dire où qu’ils m’ont étouffé ma voiture ?

Crainquebille, sorti de prison, poussait sa voiture
rue Montmartre en criant : Des choux, des navets, | des carottes ! Il n’avait ni orgueil, ni honte de son ; aventure. Il n’en gardait pas un souvenir pénible. ! Cela tenait, dans son esprit, du théâtre, du voyage à et du rêve. Il était surtout content de marcher dans la boue, sur le pavé de la ville, et de voir sur sa tête le ciel tout en eau et sale comme le ruisseau, le bon | ciel de sa ville. Il s’arrêtait à tous les coins de rue K pour boire un verre; puis, libre et joyeux, ayant | craché dans ses mains pour en lubrifier la paume # calleuse, il empoignaïit les brancards et poussait la charrette, tandis que, devant lui, les moïneaux, comme lui matineux et pauvres, qui cherchaient leur vie sur la chaussée, s’envolaient en gerbe avee son cri familier : Des choux, des navets, des carottes ! Une vieille ménagère qui s’était appro- ë chée, lui disait en tâtant des céleris : $ — Qu’est-ce qui vous est donc arrivé, père Crain- | 49

quebille ? Il y a bien trois semaines qu’on ne vous a pas vu. Vous avez été malade ? Vous êtes un peu É — Je vas vous dire, m’ame Maiïlloche, j’ai fait le À Rien n’est changé dans sa vie, à cela près qu’il à va chez le troquet plus souvent que d’habitude, $ parce qu’il a l’idée que c’est fête, et qu’il a fait connaissance avec des personnes charitables. Il 4 rentre, un peu gai, dans sa soupente. Étendu dans le plumard, il ramène sur lui les sacs que lui a ; prêtés le marchand de marrons du coin et qui lui 1 servent de couverture, et il songe : « La prison, il 4 faut. Mais on est tout de même mieux chez soi. » 4 Son contentement fut de courte durée. Il s’aper- 1 çut vite que les clientes lui faisaient grise mine. É — Des beaux céleris, m’ame Cointreau ! | — Il ne me faut rien. 4 — Comment, qu’il ne vous faut rien ? Vous vivez 4 pourtant pas de l’air du temps. 4 Et m’ame Cointreau, sans lui faire de réponse, | rentrait fièrement dans la grande boulangerie dont 4 elle était la patronne. Les boutiquièxes et les con- ; | cierges, naguère assidues autour de sa voiture ver- 4 doyante et fleurie, maintenant se détournaient de | lui. Parvenu à la cordonnerie de l’Ange Gardien, L 50 1

19 , | qui est le point où commencèrent ses aventures _ judiciaires, il appela :

— M’ame Bayard, m’ame Bayard, vous me devez quinze sous de l’autre fois.

Mais m’ame Bayard, qui siégeait à son comptoir, ne daigna pas tourner la tête.

Toute la rue Montmartre savait que le père Crainquebille sortait de prison, et toute la rue Montmartre ne le connaissait plus. Le bruit de sa condamnation était parvenu jusqu’au faubourg et à l’angle tumultueux de la rue Richer. Là, vers midi, il aperçut madame Laure, sa bonne et fidèle cliente, penchée sur la voiture du petit Martin. Elle tâtait un gros chou. Ses cheveux brillaient au soleil comme d’abondants fils d’or largement tordus. Et le petit Martin, un pas grand chose, un sale coco, lui jurait, la main sur son cœur, qu’il n’y avait pas plus belle marchandise que la sienne. A ce spectacle le cœur de Crainquebille se déchira. Il poussa sa voiture sur celle du petit Martin et dit à madame Laure, d’une voix plaintive et brisée :

— C’est pas bien de me faire des infidélités.

Madame Laure, comme elle le reconnaissait ellemême, n’était pas duchesse. Ce n’est pas dans le monde qu’elle s’était fait une idée du panier à

$ salade et du Dépôt. Mais on peut être honnête dans tous les états, pas vrai ? Chacun a son amour51

propre, et l’on n’aime pas avoir affaire à un individu & qui sort de prison. Aussi ne répondit-elle à Crain- “4 quebille qu’en simulant un haut-le-cœur. Et le vieux à marchand ambulant, ressentant l’affront, hurla : È Madame Laure en laissa tomber son chou vert 1 — Eh! va done, vieux cheval de retour ! Ça sort à de prison, et ça insulte les personnes! É Crainquebille, s’il avait été de sang-froid, n’au rait jamais reproché à madame Laure sa condition. n M Il savait trop qu’on ne fait pas ce qu’on veut dans À la vie, qu’on ne choisit pas son métier, et qu’il y a :10 du bon monde partout. Il avait coutume d’ignorer à sagement ce que faisaient chez elles les clientes, et È il ne méprisait personne. Mais il était hors de lui. 4 Il donna par trois fois à madame Laure les noms 3 de dessalée, de charogne et de roulure. Un cercle 1 de curieux se forma autour de madame Faure et de . Crainquebille, qui échangèrent encore plusieurs. E injures aussi solennelles que les premières, et qui D eussent égrené tout du long leur chapelet, si un 4 agent soudainement apparu ne les avait, par son 4 silence et son immobilité, rendus tout à coup aussi 4 muets et immobiles que lui. Ils se séparèrent. Mais À cette scène acheva de perdre Crainquebille dans É l’esprit du faubourg Montmartre et de la rue Richer. à

. Et le vieil homme allait marmonnant : — Pour sûr que c’est une morue. Et même y a pas plus morue que cette femme-là. Mais dans le fond de son cœur, ce n’est pas de cela qu’il lui faisait un reproche. Il ne la méprisait pas d’être ce qu’elle était. Il l’en estimait plutôt, la sachant économe et rangée. Autrefois ils causaient tous deux volontiers ensemble. Elle lui parlait de ses parents qui habitaient la campagne. Et ils for- | maient tous deux le même vœu de cultiver un petit jardin et d’élever des poules. C’était une bonne cliente. De la voir acheter des choux au petit Martin, un sale coco, un pas grand chose, il en avait reçu un coup dans l’estomac ; et quand il l’avait

vue faisant mine de le mépriser, la moutarde lui | avait monté au nez, et dame ! ; Le pis, c’est qu’elle n’était pas la seule qui le traitât comme un galeux. Personne ne voulait plus | le connaître. Tout comme madame Laure, ma- ;

dame Cointreau la boulangère, madame Bayard de

l’Ange Gardien le méprisaient et le repoussaient.

Ë Toute la société, quoi.

Alors! parce qu’on avait été mis pour quinze : jours à l’ombre, on n’était plus bon seulement à |

vendre des poireaux! Est-ce que c’était juste? Est-ce qu’il y avait du bon sens à faire mourir de |

faim un brave homme parce qu’il avait eu des difficultés avec les flics ? S’il ne pouvait plus vendre | ses légumes, il n’avait plus qu’à crever. | Comme le vin maltraité, il tournait à l’aigre. Après avoir eu « des mots » avec madame Laure, il à

en avait maintenant avec tout le monde. Pour un rien, il disait leur fait aux chalandes, et sans mettre de gants, je vous prie de le croire. Si elles tâtaient 1 ï un peu longtemps la marchandise, il les appelait ; proprement ràleuses et purées: pareillement chez le troquet, il engueulait les camarades. Son ami, le 1 marchand de marrons, qui ne le reconnaissait plus, déclarait que ce sacré père Crainquebille était un vrai porc-épic. On ne peut le nier : il devenait à

D en gueule. C’est que, trouvant la société imparfaite, ; À il avait moins de facilité qu’un professeur de l’École 3 des sciences morales et politiques à exprimer ses : idées sur les vices du système et sur les réformes F nécessaires, et que ses pensées ne se déroulaient | pas dans sa tête avec ordre et mesure. < Le malheur le rendait injuste. Il se revanchait “ sur ceux qui ne lui voulaient pas de mal et quel- Ë -_ quefois sur de plus faibles que lui. Aïnsi quil | donna une gifle à Alphonse, le petit du marchand de vin, qui lui avait demandé si l’on était bien à | l’ombre. Il le gifla et lui dit: à — Sale gosse! c’est ton père qui devrait être à l’ombre au lieu de s’enrichir à vendre du poison. + F Acte et parole qui ne lui faisaient pas honneur; car, ainsi que le marchand de marrons le lui remontra justement, on ne doit pas battre un enfant, ni lui reprocher son père, qu’il n’a pas choisi. Il s’était mis à boire. Moins il gagnait d’argent, | plus il buvait d’eau-de-vie. Autrefois économe et sobre, il s’émerveillait lui-même de ce changement. | — J’ai jamais été fricoteur, disait-il. Faut croire : qu’on devient moins raisonnable en vieillissant. : Parfois il jugeait sévèrement son inconduite et sa | — Mon vieux Crainquebille, t’es plus bon que pour lever le coude.

Parfois il se trompait lui-même et se persuadait s 1 qu’il buvait par besoin : 1 — Faut comme ça, de temps en temps, queje F boive un verre pour me donner des forces et pour 4 me rafraîchir. Sûr que j’ai quelque chose de brûlé À dans l’intérieur. Et il y a encore que la boisson : comme rafraîchissement. 4 Souvent il lui arrivait de manquer la criée mati3 nale et il ne se fournissait plus que de marchandise avariée qu’on lui livrait à crédit. Un jour se sen- ï tant les jambes molles et le cœur las, il laissa sa F voiture dans la remise et passa toute la sainte jour- | née à tourner autour de l’étal de madame Rose, la . tripière, et devant tous les troquets des Halles. Le ‘4 soir, assis sur un panier, il songea, et il eut con- É science de sa déchéance. Il se rappela sa force première et ses antiques travaux, ses longues fatigues ! et ses gains heureux, ses jours innombrables, égaux 1 et pleins ; les cent pas, la nuit, sur le carreau des - Halles, en attendant la criée ; les légumes enlevés À par brassées et rangés avec art dans la voiture, le 4 petit noir de la mère Théodore avalé tout chaud 1 d’un coup, au pied levé, les brancards empoignés ‘ solidement; son cri, vigoureux comme le chant du 4 coq, déchirant l’air matinal, sa course par les rues $ populeuses, toute sa vie innocente et rude de cheval humain, qui, durant un demi-siècle, porta, sur son 3 56 4

_ étal roulant, aux citadins brûlés de veilles et de M F _ soucis, la fraîche moisson des jardins potagers. Et (0 _ secouant la tête il soupira : 1} NE

— Non! j’ai plus le courage que j’avais. Je suis VE

le fini. Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se 710) 5 casse. Et puis, depuis mon affaire en justice, je D _… n’ai plus le même caractère. Je suis plus le même AVES $ homme, quoi! 0 ‘MER Enfin il était démoralisé. Un homme dans cet 15 … état-là, autant dire que c’est un homme par terre L ni _ et incapable de se relever. Tous les gens qui pas- NOR

  • sent lui pilent dessus. JF ; 2

“x Satan, de

La misère vint, la misère noire. Le vieux mar- “<

_ chand ambulant, qui rapportait autrefois du fau- e

bourg Montmartre les pièces de cent sous à plein 7

sac, maintenant n’avait plus un rond. C’était 2 < l’hiver. Expulsé de sa soupente, il coucha sous des
charrettes, dans une remise. Les pluies ayant } tombé pendant vingt-quatre jours, les égouts dé- 4

bordèrent et la remise fut inondée. ÿ

; Aceroupi dans sa voiture, au-dessus des eaux tra

empoisonnées, en compagnie des araignées, des :

rats et des chats faméliques, il songeait dans l’ombre. N’ayant rien mangé de la journée et |

n’ayant plus pour se couvrir les sacs du marchand RS

de marrons, il se rappela les deux semaines durant À

_… lesquelles le gouvernement lui avait donné le vivre |

et le couvert. Il envia le sort des prisonniers, qui une idée :

— Puisque je connais le truc, pourquoi que je m’en servirais pas ?

Il se leva et sortit dans la rue. Il n’était guère plus de onze heures. Il faisait un temps aigre et noir. Une bruine tombait, plus froide et plus péné- trante que la pluie. De rares passants se coulaient au ras des murs.

Crainquebille longea l’église Saint - Eustache et tourna dans la rue Montmartre. Elle était déserte. Un gardien de la paix se tenait planté sur le trottoir, au chevet de l’église, sous un bec de gaz, et l’on voyait, autour de la flamme, tomber une petite pluie rousse. L’agent la recevait sur son capuchon,

à il avait l’air transi, mais soit qu’il préférât la lumière à l’ombre, soit qu’il fût las de marcher, il restait sous son candélabre, et peut-être s’en faisait-

il un compagnon, un ami. Cette flamme tremblante

était son seul entretien dans la nuit solitaire. Son immobilité ne paraissait pas tout à fait humaine ;

le reflet de ses bottes sur le trottoir mouillé, qui

semblait un lac, le prolongeait inférieurement et

lui donnait de loin l’aspect d’un monstre amphibie,

à demi sorti des eaux. De plus près, encapuchonné

et armé, il avait l’air monacal et militaire. Les gros

traits de son visage, encore grossis par l’ombre du à capuchon, étaient paisibles et tristes. Il avait une … moustache épaisse, courte et grise. C’était un vieux 4 sergot, un homme d’une quarantaine d’années. : Crainquebille s’approcha doucement de lui et, à d’une voix hésitante et faible, lui dit : Puis il attendit l’effet de cette parole consacrée. … Mais elle ne fut suivie d’aucun effet. Le sergot . resta immobile et muet, les bras croisés sous son _ manteau court. Ses yeux, grands ouverts et qui … luisaient dans l’ombre, regardaient Crainquebille l avec tristesse, vigilance et mépris.

. Crainquebille, étonné, mais gardant encore un reste de résolution, balbutia :

— Mort aux vaches! que je vous ai dit.

_… Il y eut un long silence durant lequel tombait la : pluie fine et rousse et régnait l’ombre glaciale. Enfin le sergot parla :

— Ce n’est pas à dire… Pour sûr et certain que

. ce n’est pas à dire. A votre âge on devrait avoir

plus de connaïssance… Passez votre chemin. È — Pourquoi que vous m”arrêtez pas ? demanda

ë Le sergot secoua la tête sous son capuchon

— S’il fallait empoigner tous les poivrots qui

disent ce qui n’est pas à dire, y en aurait de l’ou- | vrage !.. Et de quoi que ça servirait ?

Crainquebille, accablé par ce dédain magnanime, | demeura longtemps stupide et muet, les pieds. | dans le ruisseau. Avant de partir, il essaya de s’ex- 3

— C’était pas pour vous que j’ai dit : « Mort aux vaches ! » C’était pas plus pour l’un que pour l’autre l que je l’ai dit. C’était pour une idée. |

Le sergot répondit avec une austère douceur : |

— Que ce soye pour une idée ou pour autre : chose, ce n’était pas à dire, parce que quand un ; homme fait son devoir et qu’il endure bien des À souffrances, on ne doit pas l’insulter par des paroles futiles.. Je vous réitère de passer votre |

Crainquebille, la tête basse et les bras ballants, s’enfonça sous la pluie dans l’ombre. ï

CxaPrTRE IL. L’aventure de Crainquebille … … . 19 CxaAPITRE ll. Crainquebille devant la justice… . . 29 CxaprrRe IV. Apologie pour M. le Président Bourriche. 37

CHAPITRE VI. Crainquebille devant l’opinion … . 49

Fini d’imprimer cinq mille exemplaires pour la première édition le jeudi 9 octobre 1902 à l’Imprimerie de Suresnes à 9, rue du Pont

sr Nous sommes heureux d’annoncer les œuvres d’Ana- af A ÿe tole France éditées en éditions d’art par M. Pelletan:

4 2 Texte grec et traduction nouvelle de M. A. BELLESSORT précédée d’une par M. Anatole France, de l’Académie française Illustrations de GEORGES BELLENGER Gravées par E. FROMENT In quarto et in octavo, imprimé par Lahure, tirage à la

Un exemplaire — numéro 1 — sur whatman, contenant tous | les dessins originaux, avec une double suite d’épreuves d’artiste signées, sur japon et sur chine;

Un exemplaire — numéro 2 — sur whatman, contenant une aquarelle originale sur chacun des faux-titres, avec une double suite d’épreuves d’artiste signées, sur japon et sur chine;

25 exemplaires — de 3 à 27 — sur japon ancien à la forme, contenant une aquarelle originale, avec une double suite d’épreuves d’artiste signées, sur japon et sur chine, au prix net de 300 francs

3 exemplaires — de 28 à 30 — sur vélin du Marais à la forme, avec une double suite d’épreuves d’artiste signées, sur japon et sur chine;

5o exemplaires — de 31 à So — sur japon des manufactures impériales, avec un tirage à part de toutes les gravures, sur japon et sur chine, au prix net de 150 francs

106 exemplaires — de 81 à 180 — sur vélin à la cuve des papeteries du Marais, filigrané KTHMA E£ AE, avec un tirage à part sur chine fort de toutes les gravures, au prix de 7 francs

170 exemplaires, sur vélin à la cuve des papeteries du

de Nicole Langelier ; Gravées par Derocne, les deux FROMENT, ERNEST ; Grand et petit in quarto, tirage à la presse à bras, 1 Un exemplaire — numéro 1 — sur peau de vélin, contenant tous les dessins originaux, avec une double suite d’é- pe preuves d’artiste signées, sur japon ancien et sur chine, k plus une collection d’épreuves de toutes les gravures sur À Un exemplaire — numéro 2 — sur peau de vélin, avec une 04 double suite d’épreuves d’artiste signées, sur japon ancien : . et sur chine, plus une collection d’épreuves de toutes les gravures sur parchemin; Ë à 6 exemplaires — numéros 3 à 8 — sur japon ancien, con- à tenant une double suite d’épreuves d’artiste signées, sur 4 japon ancien et sur chine, au prix net de 175 francs ‘à 5 exemplaires — numéros 9 à 13 — sur grand vélin à la 4 cuve des papeteries du Marais, filigrané KTHMA EX AEI, contenant une double suite d’épreuves d’artiste signées, 3 sur japon ancien et sur chine, au prix net de 175 francs a. 100 exemplaires — numéros 14 à 113 — sur vélin à la ; cuve des papeteries du Marais, filigrané KTHMA EX +4 Il a été tiré en outre : 4 17 collections d’épreuves de toutes les gravures, dont une 3 sur parchemin, 6 sur japon ancien,.et 10 sur chine. “4

précédée d’une par M. Anatole France, de l’Académie française 25 compositions de STEINLEN, dont 5 hors texte

Un volume in quarto, tirage limité à 127 exemplaires

Établi spécialement pour l’Exposition Universelle

Un exemplaire — numéro 1 — sur whatman, contenant tous les dessins originaux, avec une double suite d’épreuves d’artiste signées, sur japon mince et sur chine;

Un exemplaire — numéro 2 — sur whatman, contenant un dessin original sur chacun des faux-titres, avec une double suite d’épreuves d’artiste signées, sur japon mince et sur chine ;

25 exemplaires — numéros 3 à 27 — sur grand vélin à la cuve des papeteries du Marais, filigrané KTHMA EX AEI, contenant un dessin original de Steinlen et une double suite d’épreuves d’artiste signées, sur japon ancien et sur chine, au prix net de 350 francs

100 exemplaires — numéros 28 à 127 — sur grand vélin à la cuve des papeteries du Marais, filigrané KTHMA EX AEI, au prix de 125 francs

Il a été tiré en outre :

15 collections d’épreuves d’artiste signées, de toutes les

| 5 sur japon ancien, au prix net de 125 francs

10 sur chine, au prix net de 100 francs

Plus 10 collections polychromes, sur chine;

Plus 10 collections, sur chine, des gravures non utilisées dans l’édition.

de l’Académie française + % Gravées par ERNEST FLORIAN De

In quarto et in octavo raisin, imprimé par Lahure, tirage

à la presse à bras, limité à 200 exemplaires numérotés. b

Un exemplaire — numéro 1 — sur whatman, contenant 1 tous les dessins originaux, avec une double suite « d’épreuves d’artiste, sur japon et sur chine;

Un exemplaire — numéro 2 — sur whatman, contenant une J aquarelle sur chacun des faux-titres — soit cinq, — avec ÿ une double suite d’épreuves d’artiste, sur japon et sur

23 exemplaires — numéros 3 à 25 — sur japon ancien ou sur grand vélin des papeteries du Marais, contenant une à aquarelle originale, plus une suite d’épreuves d’artiste, 1 sur chine, au prix net de 500 francs

30 exemplaires — numéros 26 à 55 — sur chine fort, au : prix net de 200 francs ;

145 exemplaires — numéros 56 à 200 — sur vélin à la cuve ù. des papeteries du Marais, filigrané KTHMA EE AE, au Eprix de 55 francs ù

Il a été tiré en outre: ?

20 collections sur chine de toutes les gravures au prix 4

net de 60 francs :

de l’Académie française de l’Académie française | de l’Académie française sur bois par Florian

98 illustrations de BELLERY-DESFONTAINES, gravées : è par Froment 1 38 compositions dessinées et gravées k 31 compositions de SxEINLEN, gravées par les deux Froment gravécs par Émile Froment

3 rez-de-chaussée, Paris.

Les Cahiers de la Quinzaine paraissent par séries; les séries commencent et finissent avec l’année scolaire.

La troisième série, année scolaire 1901-1902, est ainsi constituée :

Premier cahier. — Compte rendu de congrès; bilan; attentats dans l’Yonne (affaires Hervé et Fradet), mémoires et dossiers pour les libertés du personnel enseignant en France; une mauvaise affaire pour les socialistes ministériels ; où l’administration universi-

| taire, ayant cru lever un lièvre, leva un sanglier; les droits politiques des fonctionnaires; un cahier de 72 pages, : un franc

CHARLES GuIEysse. — Les Universités Populaires et le mouvement ouvrier, deuxième cahier de la troisième série; l’université populaire institution ouvrière ; les intellectuels dans les U. P.; vie et fonctionnement de l’U. P. ; l’avenir des U. P.; un cahier de 72 pages, un franc

Au commencement du même cahier, Charles Péguy,

Cahiers de la Quinzaine 5 2% Gzorces Sorez. — De l’Église et de l’État, fragments, troisième cahier de la troisième série, un 4 cahier de 72 pages, un franc # question de méthode; préface, République et Socia- À lisme; le mouvement rural; revision nécessaire; évolu— ” # knecht et la tactique; grève générale et révolution; le … but; le socialisme et la vie; de la propriété individuelle : 4 les radicaux et la propriété individuelle; propriété individuelle et code bourgeois; la propriété individuelle. ù et l’impôt; la propriété individuelle et le droit succes soral; la Révolution française et le droit successoral; S. la propriété individuelle et les lois bourgeoises d’expro- 4 priation; la propriété individuelle et les sociétés de
commerce; propriété individuelle et sociétés anonymes; 4 avertissement : Charles Péguy, de la raison; : Ë quatrième cahier de la troisième série, un très fort cahier de cvi + 276 pages. RL Ce cahier n’est pas mis dans le commerce. Nous ne le vendons que dans les collections complètes. - GEORGES DELAHACHE. — Juifs, cinquième cahier de < la troisième série, un cahier de 72 pages, un franc î

  • Dans le même cahier: l’affaire Hervé, documents, ar- + ticles de Hervé : à bas la guerre; nos intérêts en Chine; : embarquement pour la Chine ; au conseil général de 3 l’Yonne ; à quoi servent les armées permanentes ; deux cas de refus de service militaire en Hollande. — Charles :

0 JEAN HuGurs. — La Grève, trois actes, sixième _ cahier de la troisième série, un cahier de 72 pages, Br - un franc 4 Dans le même cahier : une lettre de Maurice Bouchor; : = Charles Péguy, Racine, l’affaire Téry, une lettre à : ; Septième cahier.— Polémiques et dossiers : M. Gus__ tave Téry : réponse de M. Gustave Téry; réponses sk particulières à M. Gustave Téry; une lettre de M. Gal-

louédec; un cahier de 72 pages, épuisé,

_ n’existe plus que dans les collections complètes. : Dans le même cahier : Gustave Hervé, l’Anniversaire L: de Wagram ; à nos amis de l’Yonne; Félicien Challaye, 5 BERNARD Lazare. — L’Oppression des Juifs dans ; l’Europe orientale, les Juifs en Roumanie, huitième cahier de la troisième série, un cahier de 116 pages, Dans le même cahier : Georges Sorel et Charles | Tozsror. — Une lettre inédite, adressée à Romain Rolland, neuvième cahier de la troisième série, un cahier de 36 pages, un franc : Introduction de Romain Rolland ; avertissement de de _ Charles Péguy.

Dixième cahier. — Les Universités Populaires

_ 4900-1901, I, Paris et banlieue, introduction de _ M. Gabriel Séailles, un cahier de 48 pages, un france

Cahiers de la Quinzaine FENTE banlieue; Édouard Dujardin, la Question budgétaire ; 4 liste et adresses des U. P. à la date du premier mars % 1902. 34 | Romain RoLLanD. — Le 14 Juillet, action populaire en trois actes, onzième cahier de la troisième série, ri un fort cahier de 252 pages, trois francs cinquante Douzième cahier. — Monographies, Personnalités, un “4 cahier de 72 pages, un franc 4 écrivain, treizième cahier de la troisième série, un 2 cahier de 88 pages, un franc 7 nationaux ; Félicien Challaye, la Russie oue de Vladi vostock, journal d’un expulsé, un cahier de 72 pages, 120 la liberté par l’étude ; la loi est morte, mais le juge est 4 vivant; vol domestique; les juges intègres; discours “2 pour la liberté, quinzième cahier de la troisième série, 1 un cahier de 72 pages, un franc + Seisième cahier. — Les élections; emprunt des cahiers, un cahier de 72 pages, ; un franc A 76 4

Br: Cahier de courriers, dix-septième cahier de la “ troisième série, un cahier de 72 pages, un franc . Félicien Challaye.— Impressions sur la vie japonaise. = Edmond Bernus. — La Russie vue de la Vistule. 3 Jean Deck. — Courrier de Finlande. É un cahier de 72 pages, un franc ; Dossier Gohier; ligue française pour la défense des 3 Droits de l’Homme et du Citoyen; élection Beauregard ; à élections dans l’Yonne; René Salomé, courrier de | PIERRE QuirLarRD. — Pour l’Arménie, mémoire et dossier, dix-neuvième cahier de la troisième série, un fort cahier de 168 pages, trois francs Vingtième cahier. — Les Universités Populaires 1900-1901, II, Départements, préface de Charles Guieysse, un cahier de 156 pages, deux francs Dans le même cahier, Louise Lévi, Rectification. & JEAN DECK.— Pour la Finlande, mémoire et docu- ; ments, vingt-et-unième cahier de la troisième série, un È fort cahier de x1r + 242 pages, trois francs cinquante He Dans le même cahier : le Livre pour tous; Fe Pour et contre les Congrégations, dossier : appel du 1: “= comité catholique pour la défense du droit; une lettre de

Cahiers de la Quinzaine Fr 2 4 M. René Goblet à l’Éclair; une lettre de M. Goblet au | Progrès de la Somme ; une lettre de M. Gabriel Monod; à Le à une importante consultation de Bernard Lazare : La loi RE: et les congrégations; une lettre de M. Gabriel Monod au Siècle : une lettre de M. Michel Bréal; un article de À Jaurès ; une citation de M. Francis de Pressensé ; deux ‘à citations de M. Ferdinand Buisson; une citation de 4 Les Cahiers servent des abonnements ordinaires à 4 vingt francs et des abonnements de propagande à douze francs. Il va de soi qu’il n’y a pas une seule A différence de service entre ces différents abonnements. Nous voulons seulement que nos cahiers soient acces sibles à tout le monde également. à L’abonnement de propagande cesse de fonctionner : pour chaque série à l’achèvement de cette série; la troisième série ayant fini fin juillet dernier, on pouvait À jusqu’au 31 juillet inclus avoir au prix de propagande : ee les vingt premiers cahiers sus énoncés. À L’abonnement ordinaire cesse de fonctionner pour ; chaque série au plus tard le 31 décembre qui suit l’achèvement de cette série ; ainsi du premier août au 4 31 décembre 1902 on peut encore avoir pour vingt Ÿ francs, s’ils ne sont pas épuisés, ou en épuisement, les vingt et un cahiers énoncés ci-dessus. 4 A partir du premier janvier qui suit l’achèvement He d’une série, le prix de cette série est porté au moins au total des prix marqués; ainsi à partir du premier jan- Ë vier 1903 la troisième série, si des collections nous en restent, sera vendue au moins trente-trois francs. S

…_ Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men- : _ suelles régulières et par des souscriptions extraordi- . naires ; la souscription ne confère aucune autorité sur la rédaction ni sur l’administration : ces fonctions à = des abonnements de souscription à cent francs; S$ des abonnements ordinaires à vingt francs; he et des abonnements de propagande à douze francs. ‘4 Il va de soi qu’il n’y a pas une seule différence de ” service entre ces différents abonnements. Nous vou-

  • lons seulement que nos cahiers soient accessibles à tout RS. le monde également. D: Le prix de nos abonnements ordinaires est à peu près € 1 … égal au prix de revient; le prix de nos abonnements de _ propagande est donc sensiblement inférieur au prix EE de revient. _ Nous ne consentons des abonnements de propagande que pour la France. Fe % - Nous acceptons que nos abonnés paient leur abonne13 ment par mensualités de un ou deux francs. | 3 Pour savoir ce que sont les Cahiers de la Quinzaine, be. il suffit d’envoyer un mandat de trois francs cinquante 1% à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, —_ 8, rue de la Sorbonne, Paris. On recevra en spécimens “ six cahiers de la deuxième et de la troisième série. -_ Pour tout changement d’adresse envoyer soixante F %. _ centimes, quatre timbres de quinze centimes.

Cahiers de la Quinzaine È #70 M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, +4 reçoit pour l’administration et pour la librairie tous . les jours de la semaine, le dimanche excepté, — de huit heures à onze heures et de une heure à sept 4 M. Charies Péguy, gérant des cahiers, reçoit pour À la rédaction le jeudi soir de deux heures à cinq heures. « ;