IV-16 · Seizième cahier de la quatrième série · 1903-05-20

Les Vaincus. Joseph d'Arimathée

Gabriel Trarieux

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Devint ainsi ] ntair Devint alors Lui dit roi — Aveugle le roi Je fais, défais s la loi Imitant un aveugle Imitant un camelot, pui er : Demandez le repass le rapetassi « sa la chanson du roi Dagobert Le bon roi Dagobert AS A tout venant disait mon cher; GORE Le grand saint Éloi 5500 Lui dit ô mon roi, es Vous serrez les mains vi De tous ces vilains? 208 $ — Ils votent, dit le roi, A | Le bon roi Dagobert 2 À tout venant dit : Bonjour, cher: Fo ë Le grand saint Eloi #8 Lui dit ô mon roi, 10 = Courez tant d’amis Fi — Ami suis, dif le roi, 562 6 Non de leur cœur, mais de leurs voix. Ru.

200 Le bon roi Dagobert LS Devint ainsi parlementaire; ques Le grand saint Eloi , 15 Lui dit Ô mon roi, . “5 — Je suis sourd, dit le roi; : 220 Il pleut sur ma profession d’foi. WA Le bon roi Dagobert

  • Devint alors autoritaire ; 4 F: Le grand saint Éloi 4 Lui dit à mon roi, É: — Aveugle, dit le roi, 4 Je fais, défais, refais la loi. ù Imitant un aveugle : ‘0 Ayez pitié d’un pauvre aveugle! 5% Imitant un camelot, puis un ouvrier : « 8 Demandez le repasseur, le rapetasseur, le rafis-

% la chanson du roi Dagobert VE toleur, le rapetisseur, le rapapilloteur, le raccom- CR modeur, le rétameur de lois ; avez-vous des ciseaux, | des couteaux à repasser ? voilà le repasseur, voilà le rémouleur. SAS | Le bon roi Dagobert « TE Le grand saint Eloi SA Lui dit à mon roi, mo: Vous pouvez rouler 4 | — J’ai peur, lui dit le roi, = D’étouffer dessous tous ces quais. SD

  • Pour un temps Dagobert Fe . Ici brisa la rime en ert; A Le grand saint Eloi ne: Lui dit Ô mon roi, 14 | Tant avons chanté +108 — Ne pouvons, dit le roi, “0 Battre tant longtemps que beffroi. 3

| Vient de paraitre De l’Académie Française Avec 7 compositions dont un portrait d’Émile Zola Gravées par FROMENT et PERRICHON Une plaquette petit in quarto, tirage en noir et rouge, 100 exemplaires sur vélin à la forme des papeteries du Marais, au prix net de 30 francs | Il a été tiré en outre: 12 collections d’épreuves d’artiste signées, sur chine, au prix net de 15 francs 3 6 collections d’épreuves d’artiste signées, sur japon ancien, | au prix net de É 20 francs Plus 25 épreuves d’artiste signées du portrait d’Émile Zola : # 5 sur japon ancien, au prix net de 10 francs 3 20 sur chine, au prix net de 6 francs J

Vient de paraitre

| Gravées par ERNEST FLORIAN

Grand et petit in quarto, imprimé en quatre couleurs par

l’Imprimerie Nationale, tirage limité à 400 exemplaires Un exemplaire — numéro 1 — sur whatman, contenant #4 tous les dessins originaux, plus une double collection d’épreuves d’artiste, sur japon mince et sur chine; _ Un exemplaire — numéro 2 — sur whatman, contenant 4 une double collection d’épreuves d’artiste, sur japon mince et sur chine;

20 exemplaires — numéros 3 à 22 — sur japon ancien ou sur grand vélin, contenant une collection d’épreuves d’artiste sur chine, au prix net de 350 francs

10 exemplaires — numéros 23 à 32 — sur chine, au prix 4 net de 175 francs ; 368 exemplaires — numéros 33 à 400 — sur vélin à la forme 1 des papeteries du Marais, filigrané KTHMA EË AEI, au 4 prix de 50 franes IL a été tiré en outre : 20 collections d’épreuves monochromes et polychromes, sur » Chine, de toutes les gravures, au prix net de 100 francs

De l’Académie Française Une plaquette petit in quarto | 5o exemplaires sur vélin à la forme des papeteries du L Marais, au prix net de 30 francs É Il a été tiré en outre : | 10 collections d’épreuves d’artiste signées, sur chine, au 4 prix net de ; 15 francs 5 collections d’épreuves d’artiste signées, sur japon ancien, au prix net de 20 francs Plus 12 épreuves d’artiste signées du portrait de Pierre Laflitte, sur chine, au prix net de ; 6 francs à

De l’Académie Française De l’Académie Française

ni d’imprimer deux mille exemplaires de ce PER Re qu zième cahier le jeudi 26 mars 1903 ERA

à l’Imprimerie de Suresnes ne À eee 9, rue du Pont L]; FOSSES

__ L’affaire Crainquebille, d’Anatole France, a été 1 publiée pour la première fois en entier dans les éditions _ |! d’art de M. Édouard Pelletan: elle a été publiée pour

la deuxième et pour la dernière fois en entier, — sous _ sa forme de conte, — dans les Cahiers de la Quinzaine, | à où elle fait le premier cahier de la quatrième série. $ Ce cahier, marqué un franc, a été retiré du com- | merce et réservé par les cahiers pour le service de leur , _ abonnement. Il faut donc, pour avoir un texte entier _ de affaire Crainquebille, s’abonner à la quatrième _ série des cahiers. — S’adresser à M. André Bourgeois, : administrateur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-

de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. : Nous avons donné le bon à tirer après corrections

pour deux mille exemplaires de ce quinzième cahier le mardi 24 mars 1903.

À © DePnMntE DE Suueswes (E. Paxex, administrateur), 9, rue du Pont. — 7312

4 paraissant vingt fois par an

d 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

FRE Du même auteur, en vente à la librairie des ca hiers : ; 5 Joseph d’Arimathée, _ un volume tbe Hypatie SUR mer dure Sur la foi des Étoiles, drame, : un volume FORMES La Chanson du Prodigue, poèmes, un volume 2 La Coupe de Thulé, poèmes, un volume a Pygmalion et Daphné, un acte, une plaquette La Lanterne de Diog’ène, essais, un volun e val La Guerre au Village, trois actes. 45 TION se Les Petites Provinciales, essais. PE 0 ni

Je vous prie d’accueillir ce drame, dont l’idée, en ce soir d’hiver où je vous l’avais exposée, vous avait plu, je me le rappelle, car j’en ai été fortifié. Incertain de ce que le sort lui réserve, en ces jours où les mots de poème et de drame sont rarement associés l’un à l’autre, _ et ceux d’Art et de Religion plus rarement encore, je _ vous le dédie sachant bien que ces raisons de défaveur _ ne compteront pour rien à vos yeux. Maintes pages de . vos beaux livres en témoignent avec assez de force. Et je serai heureux si vous jugez, malgré la défaite de l’effort devant l’Idéal implacable, que j’ai bien mérité ; de ces deux grandes causes, où l’on n’en devrait voir | qu’une seule, du Drame et de la Poésie. R Mais surtout je vous le dédie, parce que la pensée qui _ l’anime sera reconnue sans surprise par l’auteur des _ Grands Initiés. J’espère n’avoir mis dans ces lignes rien _ qui puisse heurter et blesser, méme si elles n’expriment L à

pas leur croyance, les âmes vraiment religieuses. Et $ cependant je crains pour elles je ne sais quel malentendu. Je crains que la poussière amassée par l’adoration des siècles sur une Figure divine ne fasse juger sacrilège celui qui, méme d’un cœur sincère, s’efforce de la restaurer dans sa primitive splendeur. Mon espoir est en ceux qui, comme vous, croient la vérité toute pure plus tragique et aussi plus sublime que les plus saintes fictions. Nous ne pouvons nous laisser détourner. de prier à notre manière ni par ceux qui confisquent Jésus dans une gloire surnaturelle, ni par ceux qui le tenant pour un homme pensent le dépouiller de ses rayons. Nous sommes quelques-uns de la sorte, et demain nous serons plus nombreux, à qui les prophéties nouvelles et les croyances anciennes semblent sacrées au méme titre, et qui sé sentent le cœur assez large | pour embrasser dans sa plénitude le patrimoine de l’humanité. à

O vraiment tu es un Dieu caché, Dieu d’Israël qui sauves !

NICODÈME, Pharisien ami de Jésus. FE CÉPHAS, jeune Pharisien. (Le jeune homme riche) SUR

HANAN, Sadducéen, beau-père de Caïphe. SE

CAIPHE, grand-prètre, chef du Sanhédrin. : LES

PIERRE, disciple de Jésus, apôtre. ” ER JEAN, disciple de Jésus, apôtre. RS

MARIE, mère de Jacques. ( Se ; ‘#8 JEANNE, femme de Chuza. \ rot « cl

% Le drame se passe à Jérusalem, les 14, 15 et 16 de Nisan, ne il y a dix-huit siècles. 240)

La pièce que l’on va lire a été lue à la Bodinière, par D _ M. Coquelin aïné, les 15 et 20 avril 1897 et jouée au _ théâtre Antoine le 8 avril 1898. | LR Tr La Mère pes Zépénées Dorsy ‘nes

Une vaste salle dans le palais du Procurateur, ouverte au fond par une triple baie à colonnes, d’où l’on aperçoit Jérusalem éclairée au soleil levant. A gauche, une porte donnant sur l’intérieur du palais. Au fond, à droite de la baie, une seconde porte précédée de quelques degrés, ouvrant sur le prétoire. Des Pharisiens et des Sadducéens vont et viennent par groupes, et s’entretiennent avec des gestes. A l’arrière-plan, Hanan assis et Caïphe debout sont entourés de nombreux prêtres. Au premier plan à

_ droite, Joseph d’Arimathée, isolé, songe. C’est un homme près de la yieillesse, légèrement contrefait de la jambe : droite. — On entend par moments, venant du prétoire, les ; voix d’une foule,

Le soleil éclaire la ville… Le Procurateur est lent

Lorsque c’est nous qui attendons, il ne s’émeut

Le peuple murmure. écoutez les voix !

Oui, oui, les rues sont encore désertes, mais le prétoire est déjà plein. Si l’on ne se hâte point d’en “2 . . 5 140 finir, craignons les troubles. 3 Rien craindre de ce côté. Ils sont tous de Jéru salem, ils n’aiment pas le Nazaréen. Les pèlerins de Galilée couchent épars dans la campagne, à Béthesda ou Bethphagé, faute de place dans les murs… Quand ils monteront vers le temple, il sera Amen ! — Pour une nuit, la besogne est belle. 4 LE SADDUCÉEN, regardant du côté de Hanan 4 Certes ! Il a su trouver cet apôtre infidèle, ce mé- content aux mains avides, qui trouvait les proA : 1 messes trop lentes ets’est vengé de sesmécomptes.…. Etait-il desséché par la haine ! Commentse nommet-il ? 4 Nous n’aurions pu agir de sitôt, sans lui. $ 10 21

Maintenant, à nous la victoire.

Nous ne verrons plus de l’aube au soir, dans la cour du Temple, le prophète avec ses douze rustres, traînant à ses talons cette assemblée de gueux! Il est temps. il était grand temps ! LE SADDUCÉEN, indiquant Joseph d’Arimaihée Regardez cet autre qui songe, debout, je crois, sur une seule jambe, comme un corbeau méditatif, : k et ne semble même pas nous entendre… Ne dit-on . point qu’il est à Jésus? Il porte, pourtant, votre Il desserre rarement ses lèvres, nul ne sait ce qu’il aime ou déteste. Je crois bien qu’il n’est à Il n’est pas à redouter, quel qu’il soit. De sa vie il n’a fait un seul geste! C’est un sage, qui vit

Sage qui boite! face de jeûne! . Ils passent vers le fond à gauche et se joignent à d’autres. Nicodème entre par la porte de droite, regarde, un instant, les groupes, et va rapidement, descendant les Joseph d’Arimathée!… Je te découvre, enfin ! 4 Toi seul, tu peux me dire ce que mes yeux ne veulent pas croire… Lui, là, comme un brigand, L vêtu d’un haiïllon dérisoire, et ceint d’épines !… C’est un insensé coup de force, et tout ne peut être D’où viens-tu ? il est tard déjà… Que veux-tu J’arrive de Béthanie, où je passe les nuits dans ; ma ferme pour veiller aux moissons prochaines. ; A l’aube, cet apôtre des douze, le fils de Jona, est venu tout en larmes. Il m’a dit l’embüûche d’hier soir, à Gethsémani, l’Iscariote menant les torches, la fuite des autres. J’ignore le reste. 1 L’Iscariote ?.. c’était donc bien lui. j

Oui, lui, Judas ! Comment croire aux hommes ? Celui-là était un apôtre… Misérable ! il semblait l’aimer. La haïne est quelquefois de l’amour qui souffre. C’était un ardent taciturne.…. et qui sait la force du Chez Caïphe, que s’est-il passé ? C’est chez Hanan qu’ils l’ont conduit, au sortir du : val de Cédron. Je n’y étais point, prévenu parmi les derniers, et non par hasard, je suppose, mais ils s’y trouvaient réunis vingt-trois ensemble, et tu | sais que cela suflit.… Ils l’ont condamné pour blasphème… Ce matin, dans la salle de pierre, à la À douzième heure, plus des trois quarts du Sanhédrin ont ratifié. O honte, honte à nous! Mais ils ne l’aurontpas cette fois encore ! — N’y a-t-il pas une semaine qu’il entrait par la porte orientale, et le peuple jetait à ses pieds vêtements et rameaux ? Et depuis, chaque jour, dans le temple, une victoire nouvelle.

C’était là le danger. Trop de gens l’ont trouvé sur leur route. Hérodiens et prêtres, et les nôtres même, depuis ces mouvements du peuple, sont L. unis en secret. Caïphe et son beau-père ont fait le reste ; Judas est leur coup de fortune. LeSanhédrin connaissait la sentence avant cette nuit, je le sais. En temps de fête, et la veille du sabbat, c’estoser Nous le saurons avant la cinquième heure. A Qu”a-t-il dit devant le grand prêtre ? D Ils ont parlé seuls, il s’est tu. 4 Mais pourquoi maintenant cette feinte, cette bassesse gratuite ? Pourquoi les Romains entre nous ? À

Pour se justifier près du peuple, en cas de rancunes tardives. Tout est bien prévu. Re 14 1

Depuis que ces renards sont grands prêtres, le Sanhédrin n’est plus qu’un valet ! Céphas entre par la porte de droite et se dirige vers eux. Je te salue, Rabbi. Quelle aube sinistre d’un jour de fête ! Oui, je suis venu malgré moi… Le croirais-tu ? Sitôt cette nouvelle, j’ai pensé à toi tout d’abord… Ce n’est pas à moi, ce matin, qu’il faut penser. en passant, tout à l’heure… Il a toujours ce même regard, que je ne peux pas soutenir. De quel crime est-il accusé ? Demande-le aux accusateurs. Pardonne-moi, si je L’ai blessé. ; 11 passe aux groupes du fond.

Un Hellène, comme tant d’autres! he Pas comme tous les autres, non. “41 Qu’attendre du chacal romain ?.. Toute proie lui 4 est bienvenue… A moins que le dégoût d’être obsédé, peut-être, ou la haine contre le vieil Hanan ?.… | que penses-tu ? î J’attends peu de chose d’un lâche. Je ne sais quel espoir me possède encore… | Caïphe et quelques membres du Sanhédrin se détachent des autres groupes et viennent sur le devant de la scène. a Le Procurateur dira oui à ce que le Sanhédrin d prononce. Ce n’est pas un jugement nouveau qu’on j lui demande, mais d’exécuter une sentence. Il n’a qu’à condamner, selon notre loi. .

Il haït le Sanhédrin. En faut-il davantage pour qu’il se dérobe ? Nous avons des moyens de nous faire entendre. Il sait que Vitellius nous protège contre lui. Il n’aime pas non plus qu’on se plaigne à Rome… Il réfléchira, croyez-le. Il évite les affaires religieuses. S’il renvoyait Nous jugerions sans lui! Non certes! Oubliez-vous le Baptiste? Le Té- trarque meurt de sa mort! Il ne s’agit pas seulement d’une affaire religieuse. au moins pour le Procurateur. — Des raisons politiques, en effet, le toucheront davantage… Nous font-elles défaut? S’il ne veut frapper pour blasphème, il frappera pour séduction… séduction du

peuple, entendez-vous ? Ce fils de charpentier, soi- = disant prophète, ne s’est-il pas dit roi des Juifs ? 0

C’est la vraie tactique! 1.0 Jésus n’a jamais dit qu’il fût roi des Juifs! F4 » < \r ; Qui parle ainsi ? Le: NICODÈME, avançant d’un pas +74 C’est moi. (°F Tu défends le Galiléen ? OUR Nicodème a perdu l’esprit ! l a Je dis la vérité, que voussavez tous. Jésusn’apas dit qu’il fût roi, il ne veut pas l’être! Le

Qu’en savons-nous ? Songez au denier de César… Vous êtes revenus la bouche close. Que nous importe qu’il l’ait dit ou non ? Il est blasphémateur, il peut bien être aussi mésith !

  • Oui! Oui! il est mésith ! il faut qu’il meure ! Jésus n’est blasphémateur ni mésith ! Il nous outrage ! Qu’il se taise !.. Assez !.…. CAÏPHE, imposant le silence du geste Du blasphème, nous avons des témoins. Quels témoins ? J’en amènerai d’autres que vous n’avez pas entendus ! Le scribe de la défense a-t-il ; pu parler? Avez-vous jeûné vingt-quatre heures avant de prononcer la peine, selon la loi? Il ne suffit pas d’une parole surprise aux flambeaux,

entre deux portes, pour frapper de mort celui qui 1 enseigne au soleil depuis trois ans ! — Nos pères prenaient le deuil pour condamner le coupable; *4n vous, s’il faut charger l’innocent, vous en oubliez jusqu’aux rites, et le sacrifice du matin ! Tu dépenses beaucoup de discours. Nous avons entendu le blasphème, nous sommes donc témoins. Nous sommes tous témoins ! Je suis témoin aussi, et dix mille du peuple! Qui prononcera entre nous ? Tête roide! doutes-tu du grand prêtre? Qu”ai-je à faire du peuple et de toi? Il a blasphémé sous mes yeux. La confession seule n’est pas une preuve. L’homme sincère peut tomber au piège d’une question rusée…

Va donc demander à Judas, l’apôtre, ce qu’il

pense de son maître et du tien ! J’en croirai moins Judas que moi-même! CAÏPHE, haussant les épaules

Le Sanhédrin a prononcé. Il fallait parler avant

l’heure. Homme de zèle, tu arrives trop tard.

Je sais… Vos messagers, ce soir, ont été prompts ou lents à frapper aux portes, selon ceux qu’il fallait éveiller, ou laisser dormir. Ne croyez pas. qu’il en aille de même jusqu’à la fin ! (Violents mur-

: mures.) Je vous dirai tout ce que je pense !… — Vous n’avez pas osé le juger au grand jour, parce que vous craignez trop, au grand jour, sa voix! Vous tournez cependant autour de lui depuis assez de semaines, en cercles rapaces, comme font les vautours pour l’agneau ! Mais il était lion par le cœur, et vous avez creusé une fosse secrète, pour que le lion y tombàt!.. Vous n’avez pas même osé agir seuls ; il vous a fallu la nuit, et un traître. Il vous faut maintenant les Romains, pour vous mieux

Les démons le possèdent! — Qu’il ait sa part Ë

avec son maître ! — Arrêtons-le ! ; ; Gestes de menace vers Nicodème.

Laissez dire, laissez-le tout dire… C’est un Pha- |

risien qui parle ainsi ! |

.

Pharisien, je le suis, certes! et de race aussi * vieille, aussi pure, que quiconque ici ! Mes pères sont revenus de Babylone sur les ruines de Jérusalem, ils ont détaché la harpe des saules, ils ont rebâti l’arche, et fait régner la loi! ils sont morts, sous les Macchabées, pour garder la Judée toute vierge des conquérants grecs, et leur mort ne fut pas inféconde! Je vendrais ma vie comme euxmêmes, pour chasser comme eux les Barbares !.…

Pharisien, Caïphe, oui! C’est pourquoi je ne suis |

pas des vôtres! Je ne mets pas de gants violets

pour égorger les victimes saintes et je n’emploie

pas d’interprète pour parler au peuple, mais je ne *

me sers pas d’étrangers pour tuer plus sûrement les |

prophètes !… Je ne m’étonne point de nos querelles, |

elles dureront après nous encore ! Toi, qui es satis-

fait de ce monde, tu veux, coûte que coûte, con- 1

server avec lui ta paix fructueuse… Quant à moi, je n’y prétends pas… Je m’étonne seulement qu’un si grand personnage se dérange avant l’aube pour un Galiléen… — Mais je vois ici d’autres hommes, que j’ai coutume de nommer frères… Pharisiens, fils de Hillel, sous qui le Sanhédrin fut grand, est-ce bien vous ? Si vous tenez pour rien la voix du peuple, si vous cessez de sentir avec lui, comptezvous le sauver encore, en le méprisant? N’étiezvous pas de cœur avec le Gaulonite, quand il arrachait de ses mains, des portes du temple, l’aigle d’or impie? N’êtes-vous pas venus au devant du Baptiste recevoir sur vos fronts l’eau du fleuve ?.. Mais quand celui-ci, l’autre soir, chassaïit les vendeurs sur les marches, je vous ai entendus l’applaudir! Aquiba, Phabi, Gamaliel, toi qui l’as fait asseoir à ta table, vous ne me démentirez pas !.. PLUSIEURS PHARISIENS, s’interpellant avec vivacité

| Il a raison ! — C’est faux ! — Ce n’est pas un prophète! — Il nous a maudits le premier ! — Tu n’es pas des siens en public !

En public je suis des vôtres, comme je veux l’être en effet! Celui qui nous entend ici m’est témoin que je suis sincère. Pharisiens, tous tant que nous sommes, que voulons-nous ? Nous voulons délivrer 23 4

du joug la Judée, nous voulons la victoire promise, | et le règne de Dieu dans nos villes et dans nos champs ! Que faut-il? Réveiller la foi morte, faire que des tisons épars se lève l’immense incendie, qu’Israël soit un corps, un cœur, un souflle ardent! Sommes-nous trop d’ouvriers pour la tâche ? Repousserez-vous l’homme du peuple parce qu’il parle un autre langage ou qu’il porte un autre manteau? Donnerez-vous aux pèlerins de Pâques qui sont venus en chantant les psaumes vers ce temple où l’arche repose, par les quatre routes de la Cité sainte, le spectacle d’un juste massacré par vous ?.… De quel front pourrez-vous ce soir vous réjouir dans vos familles, manger l’agneau pascal en souvenir de la grande Exode ? Israël n’a pas un autre homme de cœur aussi pur que Jésus! Il est Juif de race ancienne, il aime comme nous la patrie… je l’ai vu pleurer sur Jérusalem !… Ah ! rappelez-vous sa tendresse, sa grandeur tranquille, sa paix !.. Ghassez de vous la haine et l’esprit violent ! Que nous restera-t-il pour la lutte, aux jours de combat qui s’approchent, si nous nous tuons entre nous ?.. Mourir sous nos murs, oui, mourir !… Tu dis vrai, Nicodème ! Je suis avec toi! 11 quitte le groupe des prêtres, et s’avance vers Nicodème et Joseph d’Arimathée toujours immobile.

Tu n’es pas seul Pharisien ! Nous ne sommes pas moins que toi dignes de l’être ! Je parlerai aussi, en

peu de mots. J’ai conseillé à tous de s’unir à Caïphe contre ce Jésus, fils de Satan. Je ne m’en repens pas,

ni personne. Tu nous cites les vains bruits du - peuple ? Le peuple est docile à qui le commande, et rebelle à ceux qui le flattent. Il se serait moins égaré sans les complaisants de ta sorte ; nous avons patienté trop longtemps. — Notre œuvre, pour

sauver Israël, est de faire respecter la loi, la loi 1 seule, et toute la loi, de mettre autour d’elle une haie. Jésus a offensé la loi. On l’a vu parler en public à des femmes sans voile, et jusqu’à des Samaritaines. Il guérit les malades, par ses exorcismes, le jour du Sabbat; ses disciples vont cueillir des épis. Il dîne, sans se laver des souillures, chez _ des péagers, chez des gens de rien. Il pardonne à l’Épouse adultère, au nom de qui, et de quel droit ? Qui est-il pour parler sur les places et se lever dans les synagogues? Un ouvrier de Nazareth ! — Mais ce n’est pas assez encore. Enhardi par notre silence, il vient enfin de se montrer! Le Galiléen patriote ? Il a prédit la ruine du temple! Notre allié pour la cause divine ? Il nous a traités d’hypocrites, il a osé crier : malheur à vous !… En vérité, il ne faudrait plus sur la terre d’autres docteurs que ses

jeunes gens, ou plutôt chacun est docteur et juge! Plus de règles, plus d’autorité, plus d’alliance ! Ne dit-il pas : « Il suffit d’aimer… » ? Voilà le crime et le scandale! Je ne veux pas savoir d’autres preuves! C’est lui, le Blasphème vivant! — Je dis donc: Périsse l’imposteur, avant l’étranger ! Fauchons-les jusqu’au dernier traître ! Dieu ne donnera sa victoire qu’à un peuple pur !… J’ai voté la mort de Jésus. Il a mérité de mourir ! A mort Jésus de Nazareth! S’il a mérité de mourir. si l’on peut le prouver dans un débat libre, après les témoins entendus. qu’il meure donc selon la loi : lapidé par nous, hors des murs !— Pas de Romains dans une cause juive ! Ne livrons pas notre vengeance et n”abaissons pas le Sanhédrin ! Agissons debout ! Il dit vrai en cela! — C’est possible… On aurait dû le lapider ! — Sortons, lapidons-le !.… Les groupes s’ouvrent et se taisent. Hanan courbé se lève, et s’avance péniblement. 3 26 5

‘ HANAN, très lentement et avec des pauses

Vous serez toujours des enfants, que le caprice d’un moment possède… Vous ne voyez pas que celui-ci veut vous entraîner vers quelque aventure douteuse, où ses amis et lui puissent jouer leur rôle ?.. Vous seriez moins légers de cervelle, si

_ vous aviez la conduite des choses et si vous en portiez le poids… — Il y a un vote du Sanhédrin qui défère le mésith à Pilate.. Pour lapider, il faudrait une autre sentence… ce serait une insulte au Procurateur.. Je le jure, tout vieux que je puis être, Jésus sera jugé sur l’heure, et par lui. — Maintenant, cessez les disputes, laissez-nous en finir ! (11 se tourne vers Nicodème) — Quant à toi, qui aboies contre nous comme un chien qu’on frappe, je veux te dire une seule chose… Nous mettons de côté

_ Jésus de Nazareth parce que ce harangueur nous gène, et nous nous servons des Romains parce

_ qu’ils sont pour nous un instrument sûr et commode… Cela est-il pénible à comprendre ?… Si tu étais de ses amis, tu devais l’engager à rester plus longtemps loin d’ici, dans sa bourgade des montagnes, où d’ailleurs, à ce qu’on raconte, on aurait bien pu avant nous abréger son temps… — Même Capharnaüm et Tibériade ne pouvaient lui suffire ?.… Il a mieux aimé venir au temple… être un personnage, un prophète… Tout doit se payer, un

jour ou l’autre. Et voici, son jour est venu… Si la à mort d’un seul pour la paix publique consterne ton | âme à ce point, va donc faire retentir ailleurs tes | plaintes, nous t’avons assez entendu. Cependant | prends garde, au passage, que les rues et les places n’aient point d’échos. Tu t’en repentirais toi-même, aussi bien que tout autre… Souviens-toi que Hanan | Hanan, tu as pour toi la force, et tu parles haut. C’est bien, nos lâchetés t’ont fait maître… Si vieux que tu sois, comme tu le dis — bien près de la mort pour un meurtre ! — tu vivras assez, je l’espère, pour voir crouler avec toi-même… Entendez, entendez le peuple, qui acclame son Ce sont des apostés à toi… Oh! malheur sur vous par Moïse, par Élie et par Jean !.… Pourquoi pas par David encore ? Dis-nous donc ; qu’il est le Messie !

Si Jésus n’est pas le Messie, le Messie ne doit pas TOUS, détournant la tête et avançant la main droite La porte de gauche s’ouvre. Deux soldats romains armés de la lance entrent et se rangent des deux côtés, en disant à 1 Place au Procurateur de Judée ! Ponce Pilate paraît sur le seuil et s’arrête. J’ai cru que les gens de la plèbe s’étaient déchainés jusqu’ici et déchiraient quelque victime. Ce ne sont que des docteurs, paraît-il. Justice, au nom de notre loi ! Justice? Oui, je m’en doutais. J’arrive hier de Césarée, c’est la veille de votre fête, et dès l’aube vous venez m’assiéger de clameurs… Vous pouviez choisir votre jour pour crier : Justice ! La cause, Ponce Pilate, est grave. Il s’agit d’un blasphème sans exemple encore.

Les blasphèmes vous regardent, jugez-en vous- É mêmes. Je n’ai pas qualité pour savoir ce qui peut offenser votre Dieu. ; Nous avons une sentence de mort, mais un rescrit de Rome nous défend de l’appliquer, tu le sais. il | faut que le Procurateur condamne. Vous n’êtes pas, d’ordinaire, si déférents. Je te le répète, grand prêtre, je suis las de vos luttes reli- | ._ gieuses. Ne pouvez-vous les vider ensemble ? S Tu ne nous repousseras pas, je m’assure, quand | tu sauras tout. César est intéressé dans la cause, ily a crime de lèse-majesté… 1 Depuis quand prenez-vous si à cœur l’intérêt È de César ? Et quel crime ? } Un fou, qui se dit roi, veut séduire le peuple. IL |

annonce des prodiges inconnus. ;

Ce temple, qui a coûté quarante-huit ans sans 4 qu’on l’achève, il en prédit la ruine et veut le # _ rebâtir en trois jours. Il n’est pas de promesse à | C’est bien, nous verrons tout à l’heure… nous e: allons voir. (Apart) Ce peuple a le cerveau malade. Il se dirige vers le prétoire, précédé de ses deux licteurs, s monte les degrés et sort. Suivent Hanan, Caïphe et les membres du Sanhédrin. CAÏPHE, debout sur les marches, à Nicodème Veux-tu voir juger le Messie ? à Soyez seuls à porter votre crime! Javeh, qui nous voit, te juge aussi! Je l’accepte! ce I1 sort, suivi des autres, moins Nicodème et Joseph d’Ari- ” mathée. Céphas, qui le dernier a gravi les marches, s’arrête avant d’entrer dans le Prétoire et redescend brusquement. , Et toi, tu ne suis pas toute la meute? Va, jeune | homme, la fortune est de ce côté !

Souffrez que je demeure ici. Il est vrai, je ne suis 1 pas des vôtres, mais je ne souhaite pas de mal à Je le suis. C’est cela, oui… Combien sont-ils, qui n’ont jamais souhaité sa mort, et ne feront rien pour la pré- | venir! S’ils savaient, cependant! peut-être qu’ils sortiraient en hâte de leurs demeures et qu’ils auraient honte de leurs vies… mais quoi? Nous sommes parqués ici comme des moutons dans un enclos. au dehors, dans la nuit, les loups rôdent, et le Berger peut-être est loin… (11 s’approche de la baïe etregarde.) Voici que Jérusalem s’éveille…. les hommes s’en vont à leurs besognes, et les pierres ne crieront pas qu’un prophète ici va mourir! Jésus est-il perdu sans ressources ? Ne gardezvous aucun espoir ? Il n’y en a plus de la part des hommes. | choisi pour apôtre, tous les Galiléens seraient sur

cette place. Nous pourrions répondre au grand prêtre. du moins il y aurait combat !… Mais, sous ce manteau qui nous pèse, il faut que nous restions immobiles, et les apôtres n’ont su que gémir…

Où sont les apôtres ? Je n’en ai vu aucun dans le

Enfuis ! dispersés par l’orage ! sur les routes de la

Galilée déjà !

Tu compterais à tort sur le peuple ; il n’aime pas

le héros en détresse. Parmi ceux qui s’écrient : à lépreux et un démoniaque, que Jésus naguère a

Ils cèdent au souffle qui passe. la voix d’un enfant les apaise.. Ils l’aimaient, pourtant! Nous verrons encore… J’aurai quelque espoir jusqu’au

Mais Jésus, qu’espère-t-il lui-même ? La grande force n’est-elle pas en lui? S’il en a secouru tant d’autres, se peut-il qu’il s’abandonne ?

Je ne crois pas que Jésus veuille vivre. À Pourquoi dis-tu cela, Joseph ? |

‘ Hier soir, il a dîné chez moi avec les douze. En rompant le pain, il a dit : Prenez-le, ceci est mon | corps. En offrant le vin, il a dit : Buvez-le, ceci est |

mon sang. Il avait l’air triste, et très calme. II a dit encore à Judas : Fais ton œuvre. C’est alors que : Judas est sorti. 4

A quoi bon, si c’était pour mourir, ces batailles | des dernières journées, depuis son retour à Jérusa- |

lem? ces traits de feu sur les hypocrites, et ces coups de fouet aux vendeurs ? ces éclairs dans ses yeux, comme ceux de Moïse descendant du Sina ? | Il semblait avoir pris un vol d’aigle, et ses mainsse tendaient vers le peuple, et nous espérions tous, L Le désert peut-être le sait, où il est resté qua- À

rante jours, et les nuits où il a prié. Il n’a dit son

54 4

Avant son retour à Jérusalem. il fuyait, dit-on ? Il a fui jusqu’à Césarée. Oui, après la mort du Baptiste. Celui-là aussi fut un homme ; il est mort au piège. Une petite fille qui dansait a soulevé la tête pesante… S’il était resté parmi nous, nous aurions vu de grandes choses. IL était de la tribu de Juda, il voulait la guerre, lui, Jean !.. Que voulait Jésus? (Un silence.) Et pourtant je n’ai pas connu de visage dont toute mon âme ait tremblé, comme du sien. C’est vrai! Moi non plus, et pourtant. Il faut patienter pour comprendre… Peut-être estil plus grand que nous le savons. Oui, oui… mais il sera trop tard! Que nous restera-t-il, demain ? Pourquoi nous a-t-il repoussés, nous, les riches ?

C’est nous qui n’avons pas voulu de lui! Un jour, — j’étais plus las de vivre, il passait sur ma route, — je lui ai demandé sa parole… Il m’a dit pour toute réponse : « Vends tes biens, et suis-moi… » C’est étrange. Quelque chose en lui emporte et S’il était vraiment un prophète, il ne pourrait mourir ainsi ! Bien d’autres prophètes sont morts. Regarde le mont des Olives. Et s’il était plus qu’un prophète? s’il était… ce que tu as dit? Dieu ne le laisserait pas infâme ! Que sais-je 2… Nous n’en sommes pas dignes! Il n’y a pas de Messie pour ceux-là ! Non ! Non! Je ne peux pas comprendre… |

| Tu veux marquer à Dieu ses voies. l Misérables que nous sommes, de pouvoir parler! Oh! sortir d’ici!… (l hésite et va verslaporte) J’aurai | La porte du prétoire s’ouvre. Entrent Ponce Pilate puis | Hanan, Caïphe et quelques membres du Sanhédrin. | Ponce Pilate va et vient en silence, d’un air absorbé. | Tous l’observent. | Que décidera le Procurateur ?.. PONCE PILATE, relevant la tête | | Je ne trouve en lui aucun crime. Ce silence n’est | pas d’un coupable. | Ce silence est une ruse du malin! sa langue | , n’est ailleurs que trop prompte, mais il sait se taire à propos. Il n’a pu répondre à qui l’accusait.. La ! seule parole qu’il ait dite, quand tu l’as questionné ‘fl en face, est un blasphème. | Orgueil ou ruse, ne te plains pas. Il n’avait qu’à | vouloir se défendre, à nier vos dires, par les dieux | 39

C’est nous qui n’avons pas voulu de lui! Un jour, — j’étais plus las de vivre, il passait sur ma route, — je lui ai demandé sa parole… Il m’a. dit pour toute réponse : « Vends tes biens, et suis-moi… » C’est étrange… Quelque chose en lui emporte et S’il était vraiment un prophète, il ne pourrait mourir ainsi ! Bien d’autres prophètes sont morts. Regarde le mont des Olives.. ; Et s’il était plus qu’un prophète? s’il était… ce

  • quetuas dit?… Dieu ne le laisserait pas infâme ! Que sais-je 2… Nous n’en sommes pas dignes! IL | n’y a pas de Messie pour ceux-là ! Non ! Non! Je ne peux pas comprendre… 4

Tu veux marquer à Dieu ses voies. | Misérables que nous sommes, de pouvoir parler!.… Oh! sortir d’ici!… (I hésite et va verslaporte) J’aurai La porte du prétoire s’ouvre. Entrent Ponce Pilate puis Hanan, Caïphe et quelques membres du Sanhédrin. Ponce Pilate va et vient en silence, d’un air absorbé. Tous l’observent. Que décidera le Procurateur ?.… PONCE PILATE, relevant la tête Je ne trouve en lui aucun crime. Ce silence n’est pas d’un coupable. Ce silence est une ruse du malin! sa langue n’est ailleurs que trop prompte, mais il sait se taire à propos. Il n’a pu répondre à qui l’accusait… La seule parole qu’il ait dite, quand tu l’as questionné en face, est un blasphème. Orgueil ou ruse, ne te plains pas. Il n’avait qu’à vouloir se défendre, à nier vos dires, par les dieux

| IL est rebelle à notre loi, il ne peut rester impuni.… | ou cinquante autres vont surgir, qu’on ne saura | plus châtier.. Le nom de Messie est puissant. Que veut dire: Messie ? | Fils de Dieu. J’ai entendu cela à Rome, dans les mystères de Mithra.… Oui, et les poètes aussi parlent de l’enfant qui doit naître… Mais qui prête foi à des songes ? Il faut la folie de ce peuple. Et pourquoi s’en troubler davantage‘? (A Caiphe) N’est-ce point par crainte de ce Messie que le vieil Hérode, autrefois, fit massacrer tous les enfants mâles ? Oui. Celui-ci échappa, dit-on, par une fuite hâtive. IL est mort beaucoup d’innocents, et la | Si je le livrais au Tétrarque ? Il n’aime guère non plus les prophètes, lui qui sert leur tête au dessert

je le tenais quitte! Mais il est de votre race, lui aussi. Quant à ce que vous appelez blasphème, je | n’y peux voir de danger grave. Qu’est-ce qu’un homme qui meurt pour la vérité? Ce n’est là qu’un rêveur fanatique, peut-être un fou… un méchant, non pas. Si ce n’était pas un méchant, nous ne te l”aurions pas livré! Que sais-je de vos haïnes de castes, et pourquoi me mêler à cela ? Il fallait le juger vous-mêmes, je vous l’ai dit. Nous ne le pouvons plus maintenant; tous attendent là ta sentence. Et songe quels troubles possibles… Lui, soulever une révolte! Tu veux rire de moi. Qui voudrait d’un roi mis aux fers ? Le peuple connaît l’imposture, il demande sa mort, tu le vois. | Le peuple ne veut pas tout entier quil meure. 38 4

ILest rebelle à notre loi, il ne peut rester impuni… ou cinquante autres vont surgir, qu’on ne saura plus châtier.. Le nom de Messie est puissant. Que veut dire: Messie ? Fils de Dieu. J’ai entendu cela à Rome, dans les mystères de Mithra.… Oui, et les poètes aussi parlent de l’enfant qui doit naître… Mais qui prête foi à des songes ? Il faut la folie de ce peuple. Et pourquoi s’en troubler davantage ?.… (A Caïphe) N’est-ce point par crainte de ce Messie que le vieil Hérode, autrefois,

  • fit massacrer tous les enfants mâles ? L Oui. Celui-ci échappa, dit-on, par une fuite hâtive. Il est mort beaucoup d’innocents, et la Si je le livrais au Tétrarque ? Il n’aime guère non plus les prophètes, lui qui sert leur tête au dessert ‘

sur un plat d’argent… Vous vous entendriez ensemble.

Non ! le Tétrarque n’est pas en cause. C’est César qu’il a offensé en se disant roi… Nous n’avons d’autre roi que César ! |

Oh! lächeté!

Toujours cette parole aux lèvres ! Et si je le renvoie libre, enfin ?..

On dira que le Procurateur de Judée prend peu de soin des intérêts de Rome… Le gouverneur de Syrie, Vitellius, peut-être en sera plus touché. R

Et César aussi, n’est-ce pas? Vous ferez des | plaintes encore, comme pour l’aqueduc, etle reste!

Oh ! race de serpents, qui haït et qui rampe! Il ; n’yapas dans tout l’empire de province comme « cette Judée ! (Un silence. Un serviteur entre par la porte de gauche et s’approche de lui.) Que me veux-tu ? (ls se parlent un peu à l’écart.) .

Procule, ta femme, m’envoie te dire que tu me

fasses aucun tort à ce juste que tu dois juger ce matin ; en songe, elle a souffert pour lui. En songe ? Elle ne le connaît point… Aurait-il ce pouvoir ?.… Quelennui!… (Un silence.) Va chercher une coupe d’eau lustrale; apporte-la moi. (Sort le serviteur.) J’aurais voulu jouer ces prêtres et rester en dehors de l’affaire. J’ai fait tout Le possible… — Ah! qui sait 2… J’oubliais leur fête… Oui, oui, c’est cela !.… (A voix haute.) Vous savez que c’est la coutume de vous relâcher pour vos fêtes un prisonnier : voulez-vous Jésus ?… (Un silence. Les Juifs s’entretiennent à voix basse.) Hâtez-vous. Non, nous en aimons mieux un autre… Barrabas, par exemple. Un silence. Le serviteur revient, portant une large coupe. Les Sadducéens s’entretiennent encore. L’un d’eux, pen- : dant la suite, se détache du groupe et sort. Ce n’est pas à moi, mais à vous, que votre Dieu a dit : « Tu ne tueras point. » Voici ce que je décide. ù Je vais demander à ce peuple qui je dois relâcher tout à l’heure : Barrabas ou Jésus. Il sera seul juge. S’il dit Barrabas, ce Jésus ira donc en croix. Mais

s’il dit Jésus, sachez-le, vous crierez en vain! — Et maintenant je lave mes deux mains dans cette coupe É du sang que vous me demandez. Je n’ai plus de part | à cette œuvre. 4 I1 trempe ses mains dans la coupe. | Que son sang retombe sur nous ! C’est bien. Il se dirige vers le prétoire. Ils sortent. Voici la main de Dieu! oh! victoire!…lepeuple Un long silence. Ils écoutent, la tête penchée. | ; NICODÈME, avec un geste de colère. 4

. Une salle close chez Joseph d’Arimathée, toute sévère e e: nue, la nuit, Au fond à gauche une porte, fermée par une lanière de cuir, qui laisse voir, quand on l’ouvre, une campagne tranquille, les dernières maisons de Jérusalem parmi des bouquets d’oliviers, et, à l’horizon, des montagnes. Au fond à droite, sous une voûte cintrée, une sorte s de réduit sombre qui se découpe dans le mur. Non loin de la porte, dans un boisseau, une faible lumière vacille. à — Au début de l’acte la porte est ouverte. Joseph d’Arimathée est debout devant la voûte cintrée, sous laquelle sont entrés déjà Nicodème et l”Essénien. Nous sommes arrivés. C’est ici. S Nicodème et l”Essénien, qui portaient un fardeau, le déposent doucement sur le sol. Je vais la fermer. Häâtons-nous. (li referme la porte et, demeurant là, écoute au dehors en parlant.) Pesez sur l’an neau de la muraille, la pierre cédera d’elle-même… Est-ce fait ? 43 ,

; C’est fait. Vous devez trouver une niche profonde… assez F grande pour tenir le corps… Vous n’avez qu’à l’y mettre, elle est préparée. Nicodéme et l’Essénien soulèvent de terre leur fardeau qu’ils placent dans le creux du mur. Il est bien ainsi. Tout est bien. La chose est faite. I1 remonte vers eux en boïtant légèrement. Un succès hasardeux, par ce clair de lune, même K en cheminant, comme nous l’avons fait, dans l’ombre étroite des masures ! Qu’une seule porte se fût ouy verte, nous étions convaincus de sacrilège… Tout le monde est sur les terrasses, par une telle nuit. NICODÈME, après un silence, regardant devant lui, vers le mur Jésus… Jésus de Bethléem ! Voyez, c’est lui » encore. Son visage a repris sa grâce, depuis l’ago-

_ nie. Il est beau de sa première beauté… On dirait L _ qu’il répand de la lumière dans l’ombre… Sa face en est toute baignée !

C’est ainsi qu’il m’est apparu, messager d’une naïssance nouvelle, par une nuit de mon destin !… Son

front resplendissait de même… Mais où sont le re__ . gardet la voix? Une courte agonie que la sienne ! A peine a-t-il touché l’hysope des lèvres, et, quand la lance lui a percé le flanc, sitôt la nuit, il était mort. Oui, mort dans un profond silence, comme il a } vécu… Seulement, à la fin du jour, ce grand cri de détresse que je n’ai pu comprendre… et plus rien. — Ilest mort comme une flamme pure par un soir d’orage, d’un coup !.. les autres vies sont des lampes fumeuses qui luttent, dans l’ombre etle vent. Son corps et son cœur étaient nobles, il n’a | jamais connu le vice… la douleur flétrit moins que

Regardez-le du fond de votre âme… Il faudra fermer le sépulcre, et nul homme ne doit plus le C’est vrai… (Unsilence.) IL est donc là comme tous les êtres, le plus grand des vainqueurs de la nuit! Pourquoi ai-je vécu cette seconde ?.. (Unsilence.) Fermons….. Remettez la pierre à sa place, qu’elle soit bien scellée dans le mur… C’est cela. Nicodème et l’Essénien reviennent dans la salle. En vérité, un merveilleux tombeau !… Maintenant R qui le soupçonnerait ? Il n’est pas le seul dans la ville ; nos pères en creusaient de la sorte pour les cas de siège, où l’on ne peut franchir les murs; mais ils sont presque tous inconnus. L’heure est tardive. Il faut que je parte. Merci, ami de quelques heures, à toi qui t’es offert | à nous pour le péril… :

Il faut rendre honneur aux prophètes. Celui-ci fut des nôtres, naguère… tout Essénien en ferait Souviens-toi de garder le silence, il y va de notre Tu peux demander à Machérous si l’on sait où repose le Baptiste. sois sans crainte. Où vas-tu, frère ? A En-Guédi. Nous venons ici pour la Päque, mais nous n’y demeurons pas plus d’un jour. J’ai hâte de secouer de mes pieds la poussière de la Adieu, non. À bientôt… (Sort l’Essénien.) Maintenant, frère, explique-toi. Je t’ai obéi sans comprendre, et sans rien marchander aussi; mais quelle est cette énigme ?.…. Hier, tu obtiens du Procurateur le droit d’ensevelir Jésus. tu risquais assez pour toi-même

par cette seule démarche déjà… Nous le mettons au tombeau dès le crépuscule, avec l’aide de quelques fidèles, dans ce jardin perdu près du Golgotha… Ce soir, tu nous le fais dérober en hâte, à cet Essénien et à moi, et rapporter ici par les rues désertes, furtivement, comme des voleurs, pour le cacher là, dans cette ombre, mieux qu’un avare ne fait un trésor. Tu risquais deux fois de te perdre, ne le sais-tu pas ?.. Dans quel dessein ?

Un dessein très humble et très simple, mais j’ai cru qu’il valait le danger. Nous n’avons rien pu pour sa vie; il fallait que la mort lui fût calme. Oublies-tu le sort du mésith, même après la croix ?.. la Géhenne, l’infâme vallée où son corps est traîné ?.. Je savais que Hanan et Caïphe n’auraient pas lâché leur proie morte avant cette insulte suprême, s’ils avaient pu la dérober. Les vautours devaient seuls achever leur œuvre… Aïnsi, ce que nous venons de faire, la haïne, à défaut de l’amour, l’aurait fait. J’aurais dû songer à cela… Oui, sans doute… Mais pourquoi les premières funérailles 2… cette ostentation visible des femmes en larmes et de

Pour n’être accusés de personne. Ma démarche auprès de Pilate devait être connue… Que répondre, alors, aux questions? Ils vont être peu satisfaits. Nous devions l’ensevelir d’abord au grand jour, comme nous le fimes..… et risquer, en secret, le : reste. Nous serons, à présent, les derniers qu’on Tu ne laisses pas de prise au hasard, et ton \ silence a plus fait que nos pleurs… J’admire ton courage, à cette heure où le deuil semblait seul nous J’ai fait ce qu’il convenait de faire; il fallait y penser, rien de plus. Merci d’avoir pensé à moi ! L’œuvre te revenait d’elle-même… Je n’étais pour Jésus qu’un ami immobile… Je n’attendais rien au Veux-tu dire… que tu ne croyais pas en lui? (Un silence.) Pourquoi t’être, alors, dévoué ?.…

Disons que c’est inconséquence… et laissons Excuse ma liberté trop grande… (Un silence) —Ces pauvres gens, qui le croient encore où ils l’ont quitté, que diront-ils ? Ils accuseront les bourreaux, sans doute, ne se trompant qu’à demi, tu le vois; — et, peu à peu, ce ; sera l’oubli. £ Bienheureux s’ils oublient un jour, et reprennent leur route !.. Pour moi c’en est fait, je m’arrête… Je vais aussi demain à En-Guédi, Joseph. Que veux-tu dire? Je vais demander, à mon tour, aux Esséniens solitaires, la ceinture, la hache et la robe de lin. Je n’ai plus ici rien à faire. Il reste-toujours quelque tâche.

Mais non le désir de s’y mettre… Les miens sont morts, je vis seul déjà… le fils où je pensais revivre m’a précédé, que me reste-t-il ?.. La patrie ? Désormais, avec qui combattre? Les prêtres, les Pharisiens, le peuple, tous trahissent.… et je suis si las! __ Ceux qui, par toute la Judée, voilent leur tête dans les prières, en se tournant vers Jérusalem, savent bien peu ce que cetemple cache derrière son voile épais. La lumière des sept candélabres, qui brûle toujours dans le sanctuaire, est morte en moi… Je Tu espérais beaucoup en lui… J’ai tout espéré, tout ! Que sais-je ? La fuite des loups étrangers. l’Église de Sion comme une vierge neuve au matin nuptial… les promesses!… Mais le temps des héros n’est plus ! Il n’est pas besoin de partir. Je ne pourrais pas, comme toi, retiré dans ma seule pensée, dominer tous les hommes du haut de l’esprit. Il me faut le combat ou l’exil. — Je ne

É: veux plus voir les rues de cette ville, le temple, les ch , lances romaines sur la tour Antonia, les murailles, | tout ce que j’aime et tout ce que je hais! Là-bas, la terre âpre et stérile, la mer morte, les dattiers d’En-Guédi où vivent les hommes purs, dédaigneux des foules, voilà mon vœu! Là, plus de sacrifices À qui fument, et plus de monnaies étrangères ! L’Essé- nien, lavé d’eau lustrale, ne salue que la lumière du û monde, et vit pour Dieu seul… Les travaux journaliers, le silence, les saisons parmi les cultures me prépareront mieux au grand calme. Je m’initierai aux mystères que gardent les Vieillards sacrés. A moins que le cri de guerre n’éclate.. Alors, je reviendrai mourir. (Unsilence) Joseph d’Arimathée, Nicodème, adieu. (ls s’embrassent) Tu seras moins | amer, quelque soir… les hommes sont peu de chose, ils s’en vont, et l’Esprit demeure. J’aurai vu dans ma vie un homme… Mes frères l’ont crucifié, mais il repose là, sous ta garde… Je me souviendrai. — Mais on vient, des ombres s’ap- | prochent… quelques femmes, je crois. Les étoiles vont pâlir bientôt, je me hâte. d I1 sort. Joseph d’Arimathée le regarde s’éloigner en silence. Les Saintes Femmes, au nombre de quatre, toutes voilées et portant une urne, s’arrêtent en passant près du seuil.

Femmes, où allez-vous ?

Nous allons à Jésus, bon maître. Nous apportons

les aromates. Il n’est pas encore embaumé.…

Il est bien tard, ou trop matin, et la route est

longue. Ne voyez-vous pas que tous dorment ? Nous n’oserions pas, au grand jour.

Pouvons-nous dormir, quandilveille? Nul encore

n’a fermé ses yeux… Il est seul, peut-être il a

Les morts n’ont besoin que de paix, Marie. A quoi

bon ces parfums ? Laisse en paix Jésus! Il n’a pas défendu qu’on l’embaumât! Quand il était vivant, un jour, j’ai brisé sur ses pieds un vase de myrrhe, mes cheveux les ont essuyés, il m’a laissé faire. Pourquoi nous reprends-tu, Rabbi ?

Je ne te reprends pas. Va, selon ton cœur. (Les Saintes Femmes s’éloignent. Il fait quelques pas dans la salle.) € Ils nesavent pas ce qu’ils font »… Personne! Personne!… — Il n’a pas besoin des parfums. il a le sommeil.

-_ (Unsilence.) Pourquoi j’ai fait cela. Nicodème ne l’a point compris… Suis-je bien sûr de me comprendre ?.… Je ne croyais pas en lui… comme eux, non certes ! qu’est-ce qu’un homme au regard de l’Étre?.… et cependant… j’ai senti lui devoir quelque chose. Je lui ai assuré dans la mort le plus grand bien que je connaisse, celui que j’ai choisi vivant : le silence et l’oubli. la paix… — Voici dans mes jours une minute, la première peut-être, et la seule, où ma tête n’ait pas eu toute la part… et je ne la regrette point. (Un silence) Pauvres femmes ! mais elles ?… Est-ce moi qui songe à les plaindre ?… Sans doute, la Volonté aussi les guide… C’est bien. (1 marche de nouveau dans la salle. Entre Céphas.) Qui vient ici?

Céphas… Il est la neuvième heure, mais j’ai rencontré Nicodème qui m’a dit t’avoir vu… A qui viendrions-nous qu’à toi, homme sage, à toi qui seul l’as secouru ?

Toi aussi, comme tous les autres, tu veux voir

vais, je vois encore… cette croix sombre, au jour qui baisse, et le corps pâle sur la croix… Ah! j’ai vu ! j’ai trop vu! j’ai fui !… (Unsilence) Et rien n’a changé dans le monde… hier soir était un beau soir. Au retour, comme à chaque printemps, les colombes volaient dans les cèdres.. les figuiers ouvraient leurs jeunes feuilles. les lys éclataient dans les champs… Aucun deuil… et ce Golgotha!.. Le monde n’a point de part aux douleurs des Et moi, pourquoi donc suis-je en deuil, comme un frère ou comme un ami? Je ne connaissais pas Jésus! Je n’ai pas fait saigner ses mains sous les clous, ni son front sous les branches d’épines… ce n’est pas moi qui l’ai fait mourir… Pourquoi son regard me suit-il, ainsi qu’un reproche? Pourquoi mon cœur est-il tremblant ?… Je ne fus jamais un de ses disciples… Pourquoi ai-je épié, un à un, ses | derniers soupirs ? n’ai-je pas voulu m”arracher ?.… Je crois que j’ai envié ce larron de l’entendre, et cet autre de porter sa croix…

C’est la mort qui grandit le prophète. il en est d’ordinaire ainsi. Maudit soit le jour de lassitude où j’ai voulum’ap procher de lui! Quel jour ? Oh ! je puis te le dire… Te rappelles-tu Rébecca, la femme de Naboth? L’adultère? Oui, je me la rappelle. Elle était d’une grande beauté. Je l’aimais.. C’est moi qui l’aimais.. A l’aube, — elle sortait de chez moi, — Naboth la surprit à mon | insu. Ce même jour, entrant au temple, j’entendis, ; parmi les clameurs, une voix, — la voix de cette femme, que la foule trainait vers Jésus. Tous criaient en chœur: Lapidons!… Je me frayai vers elle un passage, prêt à la sauver, ou mourir… Lui, assis, entouré de ses douze, et nous regardant sans surprise : « Que celui d’entre vous qui est sans péché

jette la première pierre, » dit-il. Et, s’étant penché vers le sol, il écrivait avec son doigt… La foule se ë Je reconnais là ses paroles. Quand tous se furent écartés, je ne sais quel désir . . 4 . 4 m’emporta. J’allai soudain à lui, comme en Songe, et lui dis : « Que dois-je faire pour avoir la paix ? » Il répondit: « Tu connais la Loi. L’observes-tu ? » Je dis: « Non, j’ai péché contre elle. Maïs je voudrais me racheter. » Alors il me regarda bien en face, et ses yeux, faits d’une autre lumière, me dé- fiaient, me brûlaient la poitrine… Il parla : « Si tu veux devenir un autre homme, vends tes biens, et suis-moi. » Et, comme je demeurais là, triste, secouant la tête il s’éloigna.… Pourquoi ne l’as-tu pas suivi ? Parce que… parce que je suis jeune et ne veux pas renoncer à la vie, et qu’il me faisait peur malgré y moi, dans sa pureté solitaire… Pourquoi m’a-t-il dit : Vends tes biens ? Les vendre, à l’encan, à quoi bon? Pour qu’un autre s’en enrichisse ? Pour qu’ils

aillent grossir le trésor dans les cuves du temple É< | Ou bien pour les donner, peut-être, aux mendiants ] de Siloé ?.. Il pouvait m’accueillir pour disciple avec tous mes biens, s’il voulait de moi… J’aurais bien valu, je suppose, un pêcheur ou un péager… Et que m’eût-il donné en échange? Quel trésor, quel . verbe inconnu ? Il a clos pour jamais ses lèvres, et ne l’a pas dit… et je suis resté dans le doute! d Cette femme, Rébecca.…. elle est morte ?

Oui, morte… Naboth l’a tuée. Et, füt-elle encore vivante, qu’elle serait morte pour moi… Car, depuis ce jugement du prophète,son mot : « Va, etne pèche plus… » je n’osais plus m’approcher d’elle et elle ne levait plus les yeux sur moi… Son geste entre | nous se dressait comme naguère celui du Khéroub entre l’Homme et les portes d’Éden.. Sans cela je l’aurais enlevée, je serais parti avec elle. elle était la fleur de ma vie… C’est lui, c’est lui qui me la . prise, et non pas Naboth..… elle est morte… et j’ai connu le désespoir… J’ai voulu aimer d’autres femmes, de celles dont l’amour s’achète, afin d’oublier | Rébecca.. Là encore, j’ai trouvé sur ma route le | manteau blanc de ce Jésus! Une courtisane, Marie, tu sais bien, la Magdaléenne, qui a fait la joie de

_ tant d’hommes, elle m’a refusé ses caresses, oui, l’or même que je lui offrais, parce qu’il l’avait con- ; vertie. Étrange recrue, en vérité! C’est ainsi qu’ils n’ont pu me suffire, ces biens que je n’ai pas vendus… A dater de cette rencontre, nulle part, ni à Jéricho sous les palmes, ni devant la mer à Cé- sarée, je n’ai plus goûté de loisir… Alors je me suis

mis à le suivre, perdu dans la foule, de loin. J’ai écouté ses paraboles et j’ai regardé ses miracles… Je voulais savoir, comprends-tu, s’il était, oui ou non, le Messie. Et je suis demeuré rebelle! par ma faute ou bien par la sienne ?.. Lui, dont la volonté muette faïsait se lever les malades, et les yeux des aveugles s’ouvrir, ne pouvait-il pas m’emporter ?.. Mais non ! Il m’a laissé la tâche, sans dire ce qu’il voulait de moi… J’ai été troublé, non séduit, dé- pouillé de la joie ancienne tarie comme l’eau dans la main, sans connaître la béatitude dont il enchantait ses Élus. N’est-ce pas un sort dérisoire ?

Tu as trop discuté en toi-même. Il fallait se donner sans comprendre… Ce n’est pas à moi de te

Et maintenant il n’est plus… nous voilà seuls. Et nous gardons en nous l’image, plus grande dans l’opprobre et la honte, de ce Nazaréen étrange qui

semblait annoncer le bonheur… qui semblait être heureux lui-même, heureux d’un songe intérieur sur qui rien ne pouvait mettre une ombre… Le présent n’a plus de lumière, et l’avenir n’en a pas encore… : Puisqu’il n’était pas le Messie, y aura-t-il jamais un Messie? Et lesquels de nous le verront? O Père, toi qui as la sagesse, ne peux-tu me donner quelque

La sagesse ne peut pas se donner, et son goût parfois est amer… Ce n’est pas elle, maïs la joie que tu cherches. Je ne sais pas quelle est ta roûte.

‘ C’est bien. Je la trouverai seul. J’irai, j’essaierai d’autres cieux, au hasard des voiles… J’irai vers la Grèce idolâtre, d’où vient un souffle de beauté!

Tu ne trouveras pas hors de toi le bonheur qui

n’est pas en toi. Ce qui est en moi, je l’ignore.…. Tu ne dis pas toute ta pensée. |

Peut-être la sais-tu mieux que moi? Il me semble . qu’au fond de mon cœur habite quelque dieu invisible et qui ne voudrait pas parler… (Un silence. Un ; lointain son de trompe retentit sur Jérusalem. Il s’approche de la porte ouverte où glisse un rayon du matin.) Ecoute ! le jour sv est à Hébron. Les trente-neuf travaux vont reprendre, qu’avait suspendus le Sabbat. Oui, toute la vie recommence… Mais le jour n’éveille pas les morts… (Pierre et Jean se présentent sur le seuil.) Qui … sont-ils ? | Deux de ses disciples. PIERRE ET JEAN, entrant dans la salle Que demandez-vous ? Tu as enseveli notre maître… Qu’il te plaise nous dire en quel lieu, afin que nous allions y prier, celui-ci, Simon Pierre, et moi, Jean. Je l’ai enseveli au jardin d’Ephron, près du Golgotha. Est-ce maintenant qu’il faut vous l’ap- |

prendre ? Les femmes sont plus promptesquevous.… Depuis deux jours, quel est votre abri ? #

; Nous étions chez Marie et Marthe, sœurs de Lazare, à Béthanie. ; Vous pleuriez ensemble… Alors, vous laissiez Nous avons essayé de Le suivre. Jusqu’où ? Jusque chez Hanan, avant-hier, la nuit… Nous étions près des feux, dans la première salle… On nous a menacés… é | Je ne vous ai pas vus chez Caïphe.— Et les autres,

les neuf, où sont-ils ? | Du côté de Tibériade… Ils ont fui ?… (Un silence) Pauvre troupe en dé route !… — Eux, les onze, tous ses élus!

PIERRE, qui s’est tenu jusqu’alors à l’écart, dans un accablement | Nous étions tombés dans un piège… J’ai tiré. l’épée, à Cédron, j’ai blessé Malchus!. Mais le Maître, alors, m’a repris. Qu’at-Il dit en voyant les hommes d’armes ? Il s’est offert à eux. Ïl a dit : « J’étais tous les jours dans le temple, et vous venez me saisir la nuit !… » Mais avant, mais dans cette soirée, que vous a-til dit? Pas un mot? Que faisiez-vous à Gethsé- Nous étions accablés de sommeil, nous dormions, serrés tous ensemble… Il s’était un peu écarté. deux fois il est venu nous parler… mais ma tête était trop pesante, je ne l’ai pas bien entendu… A la seconde fois, pourtant, je me rappelle encore… je l’ai vu… il marchait à grands pas… quelquefois il penchait le visage, en pliant ses bras contre lui. il |

parlait avec force, comme pour une grande foule, k mais à lui seul… Et il est tombé à genoux… k

Qu’a-t-il dit, alors ?.. qu’a-t-il dit? 4

Il priait sans ouvrir les lèvres… je crois qu’il a . pleuré. Je ne sais pas. ;

à Aurait-il douté de lui-même ?…— Mais naguère.

souviens-toi encore… que vous annonçait-il de 4

.

Sur la route de Césarée, il nous a dit : « Je suis

Enfin! — Il s’était donc trompé… |

Jésus ne s’est jamais trompé. Il nous avait prédit 4

lui-même que le Fils de l’Homme devait mourir. :

Mourir, sans avoir fait son œuvre! Et le 4

royaume que vous attendiez? 420

4 7eme n’est pas ce quon pense… nous Re ; #48 comprenions pas encore. A 2e Lee L Et maintenant, que comprenez-vous?… Qu”allez- _ Le Fils de l’Homme reviendra! les nuées seront LL déchirées! Il viendra comme le soleil ! de per, Quand doit-il revenir, d’après vous ? 708 Les temps sont proches, et le blé mûr… 40

  • Et quels sont vos signes RAR. Ta n’y a de signes que pour ceux qui croient. RH

Est-ce vraiment là tout leur songe ?.. A quoi bon disputer davantage? Qu’allez-vous faire en attendant? Nous reviendrons à Génézareth, nos barques de pêche y sont encore. Nous reprendrons l’ancien Vous ferez sagement de quitter la ville. Il faut que vous laissiez venir l’oubli. Nous ne voulons plus que voir son tombeau, et … nous partirons. Ces hommes sont peut-être heureux… Trois des Saintes Femmes entrent dans la salle, sans voile et vivement émues. Elles portent encore avec elles les PIERRE, les regardant une à une : Jeanne, Marie et Salomé. D’où viennent-elles?..

Qu”avez-vous, femmes? JEAN, s’approchant de l’une d’elles Le sépulcre est vide ! On nous a dérobé Jésus ! Que disent-elles ?… (A la mére des Zébédées.) Parle, Nous allions au sépulcre, Rabbi… Nous lui portions ces aromates… La pierre était déjà levée !.… Les linges sont pliés encore, ceux de la tête et ceux des pieds. Nous l’avons cherché dans la grotte. il n’était nulle part !… O Jésus !.… J’ai vu, debout près de la grotte, un homme blanc qui nous regardait.

Malheur à qui l’a dérobé!.… £ NE Leur tête est troublée… Qu”ont-elles vu? 20 Et Marie? Marie Madeleine? N’était-elle pas 3 avec vous? 1 Nous l’avons laissée au sépulcre, à genoux et é. comme en extase… Nous sommes parties sans 4 l’attendre…. É Marie de Magdala?.… la voici. 4 Entre Marie de Magdala, à pas très lents et les yeux fixes. d Elle parle d’une voix presque basse et sans geste. | Je lai vu… je l’ai entendu… il était sorti du ‘ sépulcre.. Comme sa tunique était blanche! Il à touchait à peine la terre… il n’avait plus de sang ni ‘4 de plaies. Il était plus beau qu’autrefois… “2 « Elle parle comme en un songe… 4 68 20

Que dis-tu, Marie? Parle-nous.. C’est moi, è C’est toi, Pierre. (Elle regarde autour d’elle.) Vous êtes tous là… Pourquoi gardez-vous ces visages? elle est passée, la longue nuit… Ne savez-vous pas qu’il faut rire? qu’il faut marcher dans la cam- 5 pagne, et cueillir des rameaux… des rameaux ?… Ne | vous ai-je pas dit qu’ils’avance, lui, l’époux céleste. ÿ Un silence. Tous, anxieux, se regardent. LES SAINTES FEMMES, entre elles, à voix basse Est-ce la douleur qui l’égare?.. — Non, regardez comme ses yeux brillent.… - _ Oh! parle, parle encore. dis-nous. J’étais à genoux, je pleurais… voici que je me suis levée. Il était debout devant moi… Il était debout près de la porte, dans une robe neuve comme le jour… mais mes yeux ne le connaissaient pas. — Il m’a dit : « Pourquoi pleures-tu, femme? » Je lui ai répondu : « On a enlevé notre

toi, Seigneur, aie donc pitié de ta servante. » Alors sa voix m’a dit : « Marie! » Et moi j’ai crié: « Rabboni!.. » Je me suis jetée à ses pieds, et j’ai | voulu toucher sa robe… mais Il m’a dit:« Neme touche point, car je dois revenir à mon Père… Va Un silence. Les femmes se sont rapprochées de Marie. Elle a l’air d’être plus qu’une femme… Elle rayonne avec le matin! | Tous les deux sortent en courant. _ Je l’ai vu… je l’ai entendu… Il est ressuscité des Elle sort du même pas tranquille, suivie des trois femmes. 3 Joseph, que venons-nous d’entendre?

Des folies. Un rêve de femme !.. 1

| 5 — Non! Non ! Ce n’était pas un rêve! Je sais que ses yeux avaient vu… Oh! Joseph! les nuées se déchirent! le soleil monte! c’est une aube, une aube de vie. et c’est le printemps! Je suis ivre, je suis hors du monde, comme aux jours où j’ai cru que j’aimais! Il faut que moi aussi je voie! que je sorte! au sépulcre!… à lui! 1 Il sort et disparaît en hâte. Joseph d’Arimathée fait un mouvement comme pour le retenir, mais s’arrête, et le regarde s’éloigner. Le paysage est baigné de lumière. Seul, il va jusqu’au réduit sombre où Nicodème et l’Essénien ont enseveli le corps de Jésus. Il se tient là une seconde en silence, puis, avec un geste de doute et de résignation, il |

Même décor qu’à l’acte IL. Au début de la première scène Joseph d’Arimathée est seul avec un esclave. On voit au dehors, par la porte ouverte, la fin d’un crépuscule noc- è

. turne : une brume bleuâtre et chaude où s’étouffent les JOSEPH D’ARIMATHÉE, à l’esclave Apporte la lumière dans le boisseau, les Galiléens arriveront tout à l’heure. Laisse la porte _ ouverte ; tu la refermeras sur le dernier venu, je te ferai signe. (L’esclave sort et revient bientôt avec une lumière. I1 pose le boisseau sur une escabelle à gauche de la porte, et sort de nouveau. Joseph d’Arimathée, qui s’est tenu sur le seuil immobile, fait maintenant quelques pas dans la salle. Il s’arrête parfois en parlant.) Je leur ai permis de venir une dernière fois. il le fallait. Il vaut mieux, pour eux et pour nous, qu’ils parlent ici, porte close, que de faire sonner les places… C’est assez d’une croix… et moi-même, peut-être ?.… Il suflit. — Ensuite qu’ils partent !.… ils partiront… c’est Pierre qui va les conduire… Demain ils seront loin, dispersés…

leur voix se perdra dans les bourgades… leur zèle s’éteindra de lui-même… à moins que ?… (Unsilence.) | Que pouvais-je de plus pour guérir ces cœurs passionnés de leur songe ?… Rien… ( regarde vers le sépulcre.) Rien… — Et peut-être, pour eux, vaut-il | mieux n’être pas guéris.. De quel droit les aurais- 4 je troublés d’un savoir stérile, qui les abattraitsans les vaincre ?.. Envie de boiteux, mécontent que les autres courent! Oui, j’ai connu cela aussi… (Un J silence) Maintenant des folies à entendre ?.. Mes oreilles sont patientes, et la vie se passe à ce jeu. Il reste Céphas… oui, sans doute… Cette ardeur Celui-là ne peut pas vivre aveugle… — Qui parle beaucoup n’agit guère… Il est captif sous des chaînes d’or… Ce qui sera, sera… Nous verrons bien. (1 s’arrête devantle sépulcre) Voilà donc où nousa conduits ce qu’il appelle ma sagesse! J’ai voulu | comme un autre, me mêler d’agir. Je l’ai enseveli… sans encombre… J’ai tout fait, depuis lors, | | pour qu’arrive le silence… et je suis l’artisan du scandale, moi qui n’attends point de Messie. L’artisan ?.. plutôt le prétexte… A défaut de celuici, sans doute, un autre se serait rencontré. et | l’orage se serait déchaîné encore… Rien ne peut empêcher et l’amour et la haine de se battre sur ce sépulcre comme ïls se battaient sur ses pas.… j Moi-même, écoutant cette femme, n’étais-je pas

dirait quelquefois que les fous sont les sages. Étranges détours de l’Esprit !.… (Un silence.) Et lui, qui dort là sans parole, que penserait-il de ces choses ? à Il ne parle plus… il ne pense plus… Son sort est le meilleur, peut-être !.. (Un silence) Nos pères ont eu raison de dire: O Dieu d’Israël, Dieu qui sauves, tu es vraiment un Dieu caché! (n demeure un momentimmobile. Céphas entre sans bruit et s’arrête, absorbé dans une réverie profonde. Joseph d’Arimathée va vers lui et lui touche l’épaule.) CÉPHAS, tressaillant à sa voix, mais sans le regarder Depuis hier, j’ai marché sans trêve… le tombeau était vide… la pierre, l’énorme bloc, levée, comme elles l’ont dit… et, par terre, les linges pliés, ceux des pieds et ceux de la tête, comme elles l’ont dit… . Maïs il ne m’est pas apparu. — Je l’ai cherché dans Jérusalem comme un chien qui suit une piste… au au Golgotha… partout où l’on retrouverait encore les traces fraîches de ses pieds… D’autres avaient passé déjà… les vendeurs sont revenus dans le temple. et je ne l’ai pas rencontré. — Je suis allé jusqu’à Béthanie où pleurent les deux sœurs fidèles. J’ai vu Lazare… oui… celui qu’il a réveillé du sommeil… d’aucuns disent de la mort même… Je pensais: Celui-là, peut-être, en sait plus que les

autres hommes ?.. Mais Lazare, depuis l’aventure, 1 n’est plus que l’ombre d’un vivant… Il m’a regardé de ses yeux vagues, où roulent encore desténèbres, | sans même frémir au nom de Jésus. | . Et les autres ?.… Les autres l’ont vu, paraît-il… au moins Pierreet Jean. Moi seul vainement j’ai prié! Mais je suis indigne… Peut-être ne veut-il se montrer qu’aux Ou les siens, comme des voyageurs altérés àla fin du jour, paient leur foi d’un mirage… Ils sont ivres de trop de soif. Je ne peux plus les railler… Je les sens trop douter de cette femme! Il faut qu’elle ait dit vrai! il le faut! 1 Tous vont venir ici ce soir, une dernière fois. 4

Je le sais ; je suis venu les entendre. J’ai besoin de me sentir près d’eux… Il me semble que ma. destinée va lever sa torche, ce soir. (Judasentre, laface hagarde, et reste un instant devant eux sans mot dire.) Qui est ce mendiant au poil fauve ?.. il a l’air d’une bête C’est l’homme de Kerioth… Judas. Oui, c’est moi… Tu me reconnais, toi, Rabbi… J’ai mangé ici l’agneau de Pâques, le treize de Nisan au soir… Pourquoi me regardez-vous ainsi ?.… Est-ce que j’ai la lèpre ?.. Allez-vous fuir ou me tendre le poing, comme font les autres ?.. J’ai demandé à boire à une vieille femme, qui a laissé tomber sa cruche… elle croyait voir le démon… Ha ! Ha !… J’ai soif. Me chasseras-tu, Je ne te crains ni ne te chasse; nous n’avons rien à faire ensemble. Parle vite et passe ta route. les Eux !.. c’est eux qui seraient en fuite !..… Au Cédron ils pouvaient se défendre… mais quelques

. bâtons ont suffi… Ha ! Ha !..… et j’ai baisé ses Chien ! dis-nous ce qui t’amène, ou sors d’ici! À C’est toi. n’est-il pas vrai, Rabbi? C’est toi. qui l’as mis au sépulcre?.… Oui, c’est moi. :

Et tu l’as fermé avec une pierre… un gros bloc

de pierre ?.. Ha! Ha !… il était bien mort, le. cadavre… les pieds étaient froids, et la tête… la
‘ tête pendait, morte… Ha! Ha !.. Les morts ne lèvent pas les pierres. 5.

Et lui aussi !.… C’est donc cela ?.…

Madeleine, la démoniaque, dit qu’elle l’a vu. elle voudrait bien! Elle voudrait bien verser la myrrhe…. et frotter ses cheveux sur les pieds nus. Et Pierre, et Jean, et tous les autres voudraient

bien le voir !.. Mais il est mort! mort!… mort en

croix !. des clous aux pieds ! des clous aux

mains! et son Dieu l’a laissé se tordre. et sai- 14 gner, et crier. Ha! Ha! 7

Il vit! Marie-Madeleine l’a vu ! Et Pierre et X Jean aussi l’ont vu! : | Les tiens ont payé pour qu’il mourût… Ils sont contents… ils ont payé… et moi j’ai rapporté la somme. ils ne voulaient pas la reprendre… mais je leur ai jeté. l’argent !.. Tu as rendu les deniers ? Pourquoi? Je n’ai pas besoin de vos deniers !… Judas ne s’est pas vendu… Ha! Ha!… Je voulais voir mourir le traître… lui, Jésus… pour le voir mourir… Il nous avait promis le règne, et nous avait trahis… C’est bon !

Tu… le crois donc aussi ?.… Tous… Tous… et c’est contre moi seul… c’est pour me rendre fou… Ha! Ha! Maisje ne croirai pas l’imposture !.. il est mort, et quelqu’un le s cache !.. On ne l’a pas jeté dans la Géhenne… le rencontrais ?… Ha! Ha! je lui crierais #4 encore en face qu’il n’est pas le Messie! Ha! Ha !.. et que je le hais, mort et vivant! que je 1 le hais! que je le hais !… comme je vous hais Il sort marchant à reculons, la tête baissée, et s’enfuit. Un : On ne peut haïr ainsi qu’un dieu… ; Les voici qui arrivent… viens. à Entre un groupe de disciples qui s’inclinent devant eux. À Tous les deux passent à droite et observent ce qui suit. 4 Il faut croire le témoignage de Pierre… Pierreest un homme droit. 80 3

Et Jean aussi. ils étaient ensemble. C’est Marie de Magdala qui l’a vu la première. elle a vu la colombe descendre, et les deux hommes Qui était-ce ?.. Moïse et Élie ?.… Sans doute… ou Jean Baptiste… C’étaient des khéroubs vêtus de feu. C’est étrange qu’une Syrienne voie des khé- roubs… et celle-ci! Ce n’était pas une sainte, autrefois, la Madeleine… Elle dansait dans les tavernes pour les matelots ! Il avait chassé de son corps sept démons… et, | depuis, ce n’était plus la même femme. Depuis hier matin elle n’est plus la même… Mais Jésus ?.. En sont-ils bien sûrs 2… Ont-ils vu les pieds et les mains ?

Il était debout dans une grande lumière… comme de glaives, disent-ils… 44 Ils auraient dû voir les stigmates.… 728) Patience, nous allons les entendre… Voici les 4 Entrent Marie de Magdala et les Saintes Femmes, qui pas- 2 sent à gauche. Elles relèvent leur voile. ‘ TROISIÈME DISCIPLE, indiquant Marie de Magdala 2 Regardez-la qui marche sans voir… Ne dirait-on É pas une vierge? k. Elle sourit, au fond de son cœur… s Voici Pierre, et Jean, et Jacques son frère. ; Le front haut, comme des messagers !.… 4 Pierre est soucieux plus que les autres. 4 Les trois apôtres saluent de loin Joseph d’Arimathée et 4 Céphas, et s’approchent des Saintes Femmes avec qui ils À 82 24

Judas de Kérioth est mort! Lea * ie 4 Un silence. Les disciples se regardent. Rumeurs diverses. fre % : Fe À Je passais par le champ d’Hénoch, le potier. HS _ Voici que sous un arbre je vois un homme… La 8 _ tête touchait presque les branches, et les pieds ER: _ avaient l’air de pendre. il ne fait plus clair… Je es _ l’appelle… il est comme une souche… je m’appro- É: _ che… eh ! oui, bien pendu ! la corde au cou… c’était 5% 1e C’est lui-même qui s’est tué? 12 # Sans doute… On l’a vu passer comme un démo- RS 2 , 113 22 Ils périront tous par la corde! 4 3 ES

Paix, frères. Il ne nous revient pas de juger. ‘ 4 Entrent les deux Pélerins d’Emmaüs, un bâton à la main. 1 Où est Simon, fils de Jona? £ Tu nous croiras, Simon ?.. Nous l’avons vu, il 4 nous a parlé… il était avec nous en chemin… Il vient de nous quitter tout à l’heure.… É Il nous a parlé comme autrefois. 4 Soyez témoins, vous tous!.. ils ont vu le Seigneur!.. Ceux-ci ne sont pas des apôtres, ni des … femmes. prêtez l’oreille… Et toi parle, selon ton Tous les disciples se serrent en un groupe pour écouter le | Pélerin. Il parle appuyé sur son bâton de route. Sur un signe de Joseph d’Arimathée, l’esclave ferme la porte sans

Si je me trompe, que Cléopas me reprenne… | Nous allions à Emmaüs ensemble, avant la tombée de la nuit, mais quand les ombres sont déjà lon- ‘ gues… Nous parlions de ces dernières journées, du dans la viile.. En chemin, un étranger nous aborde, — d’où venait-il, je n’en sais rien… Il nous dit : « Pourquoi êtes-vous tristes”? et de quoi parlez-vous ainsi ?.… » Cléopas lui dit: « Es-tu seul si étranger à Jérusalem que tu ne saches point de quoi tous parlent ? » IL nous dit: « Eh quoi ? » Et Cléopas : « Ce qui est arrivé l’avant-veille… la mort de Jésus de Nazareth, un prophète puissant en paroles et en œuvres… Ce sont les docteurs et les scribes qui l’ont mis à mort, et Joseph d’Arimathée l’a enseveli, et maintenant le tombeau est vide… MarieMadeleine et deux apôtres disent qu’ils l’ont vu, au matin… mais nous ne savons pas ce qu’il faut croire… et voici déjà le troisième jour… » Alors cet étranger de nous répondre : « N’avez-vous point lu l’Écriture?.. Il faut que les prophètes meurent pour que le peuple entende leur voix… » | N’est-ce point ce qu’il a dit, Cléopas?.… Oui… et il a cité le chant d’Isaïe : « laveh a voulu

__ lebriser par la souffrance… mais, du prix de ses fatigues, beaucoup seront rassasiés. » ne Quel est l’homme qui parlait ainsi ?.… 3 C’est cela. et il a ajouté beaucoup d’autres ] paroles merveilleuses, le long du chemin… car il | faisait route avec nous… et sa voix était comme un 4 chant… Mais nous ne pouvions pas tout com- à prendre, parce que nous songions à ces choses. *4 Comme nous approchions d’Emmaüs, — c’était aux 1 premières étoiles, — à mon tour je lui dis : 4 « Seigneur, voici que la nuit tombe… Il faut ; s’arrêter et s’asseoir à table. Je te prie, demeure avec nous. » Lui voulait poursuivre sa route, mais nous ne l’avons pas laissé partir. Or, pendant que à nous étions à table, rompant le pain et offrant le 4 vin, il nous enseignait ainsi qu’un Maitre. C’est ainsi qu’Il faisait, chaque soir. Il disait 4 alors les paraboles… : Il parlait de plus loin qu’autrefois… (4

Et nos yeux étaient retenus. nous ne l’avons pas 5 yu disparaître! Il s’en est allé comme le jour… et nous restions seuls… — Alors nous avons dit : « Qui est-ce? Notre cœur ne brûlait-il point, quand il expliquait l’Écriture?.. Et, quand il a ; rompu le pain, n’avons-nous pas reconnu son | geste? Pourquoi voulions-nous qu’il demeurût, et à que ce soir durât toujours ?.… Il avait de la lumière à ses lèvres, en nous parlant… » Cléopas a crié : « C’est Lui! » et nos poitrines se sont émues… car nous savions que c’était Jésus… Nous sommes revenus en hâte pour que vous croyiez avec nous… ” O gloire soit à Toi, Seigneur. Parle-nous, Simon… Parle-nous!… Les deux Pélerins se joignent au groupe. Plusieurs des disciples s’asseoient sur le sol pour écouter. Les femmes sont à gauche, debout. Pendant toute cette scène Joseph

  • d’Arimathée demeure impassible et comme étranger à ce É qui l’entoure. Céphas écoute avidement, tout son corps L penché vers l’apôtre. Qui suis-je pour que je vous parle? Vous ne savez pas quelle est ma honte… Je suis le dernier d’entre vous! Je souffre, dans cette allégresse, de tout le remords, moi, Simon! Je l’ai trahi comme

les autres. Je l’ai trahi comme vous tous, et plus que vous !… — Frères, entendez-moi, et jugez-moi… À Vous connaissez toute ma vie… Il m’avait choisi des premiers et j’ai tout quitté pour le suivre, aux 3 matins où il enseignait près du lac de Tibériade.…. ; Depuis je l’ai connu matin et soir, dans la victoire 4 et la détresse, toujours pareil, toujours plus grand… Nous sommes venus à Jérusalem. Il m’avait prédit ma défaite! et je ne l’ai pas cru… et- voici : L’autre nuit, dans la cour de Hanan, pendant qu’on É le mettait à l’épreuve, un des soldats est venume dire : « N’es-tu pas des siens? » J’ai répondu : … « Non! » au soldat. Un serviteur, qui m’a reconnu, É a crié : « Tu es Simon Pierre, l’apôtre!.… » J’ai dit À au serviteur : « Je ne connais pas cet homme… » Et, M après avoir blasphémé une troisième fois, je suis … sorti… Le coq chantait… Alors j’ai pleuré… j’ai M pleuré de vivre… et de ne pas savoir mourir… Pour payer une telle minute, la vie et la mort … seront-elles assez? 1 Comme il l’aimait!. — Ses yeux brüûlent encore « de honte! — Ne parlet-il point comme un Vois… une flamme qui vient d’ailleurs est en

Nous croyons tous en toi, Simon! k Ne dites pas que vous croyez en moi… C’est de lui que vient toute force… Et cependant, merci! merci! — Je me sens absous du blasphème, et je veux bénir cette angoisse où j’ai pleuré! Alors seulement j’ai compris que j’étais un homme… j’ai compris que j’aimais Jésus… j’ai compris sa mort, je le vois! J’ai confessé Christ dans la souffrance, comme Jacob, à sa blessure, a reconnu Iaveh… (Un silence.) Et voici que tout se délie.… Voici que je sens à mon âme les ailes d’un Khéroub puissant. Écoutez ce que dit la Parole… Oui, frères, il fallait qu’il mourût, pour nous vaincre enfin! Nous étions de grossiers mercenaires, et nous attendions : le repas. Sa mort nous a dit ce qu’il faut attendre. ce qu’il faut que le Fils de l’Homme endure, avant de posséder les vrais biens! — Et sa mort est le dernier sacrifice offert pour Israël à Dieu… Chargé de toutes nos misères, on l’a égorgé comme l’agneau. Il nous a lavés par le sang… Et nous | sommes rachetés!… rachetés!… — Mais comment oser croire ces choses ?.. Qui l’eût dit, le soir du

Golgotha?.… Et maintenant vous savez le reste… Nous étions nus, nous sommes vêtus. Nos bouches ‘4 . étaient closes, elles peuvent s’ouvrir, et chanter ne. le nouveau cantique!.. Nous étions honteux de … 4 nous-mêmes et nous paraissions en démence… Ée maintenant qui sera contre nous, puisque l’Éternel 4 est pour nous? Il a surgi de l’invisible, le signe 4 en qui nous avions foi! Tel que nous le vimes au | à mont Thabor, entre Élie et Moïse vêtus de flamme, 7 quand nos yeux étaient appesantis, tel nous l’avons De revu dans sa gloire. Le bloc du sépulcreestlevé!.… 3 Maintenant, mieux que Jean près du fleuve, mieux à que moi-même à Césarée, mieux que le peuple au 34 jour des Rameaux, nous pouvons redire ce queles scribes se répétaient en ricanant… ce que Ponce 4 Pilate a fait clouer sur le bois de la croix : Jésus, n Hommes Frères, pour marcher à travers les 4 jours, désormais nous avons mieux qu’une loi : “à nous avons une vie… toute sa vie, pleine, riche et x k F pure, pour guide et colonne de feu !.. être pareils à … .

_ Christ, voici notre loi! Nous n’attendrons plus le 5 règne de Dieu les mains jointes, comme des men- +43 diants à la porte d’un riche. Ce règne est vivant È aujourd’hui, il est en nous. Il est le soleil qui se L: lève dans le cœur de tout homme qui croit !… Regardez jusqu’au fond de vous-mêmes : vous pouvez ï déplacer les montagnes et faire sécher l’Océan !… % Resterons-nous donc immobiles, les bras croisés

_ sur nos poitrines où nous cacherons ce trésor? | Non! nous en ferons des largesses! Nous irons l’apportant à nos frères! Nous leur annoncerons Christ-Jésus!… — Nous ceindrons à nos reins la tunique. Nous prendrons le bâton et la besace. d Nous irons, par les champs et les villes, prêcher, selon qu’il a prédit… Que nous faut-il dans nos voyages? Pour dormir, le foyer d’un hôte, pour parler, une place, un bois… Nous sommes les envoyés du Maître… Nous étions douze, un par tribu… Nous sommes vingt, nous serons cinq cents. nous serons les sables de la mer… — Les Puissants

_ se lèveront contre nous… mais à nous viendront ceux qui pleurent : l’esclave, la femme, l’infirme, le pauvre, peut-être le riche… Qui dira combien sont ceux qui pleurent ? et nous leur apportons la paix…

Les jeunes hommes et les vierges sages riront aussi

à notre arrivée, et les mères, et le vieillard grave,

et l’enfant aux mains pleines d’épis… Notre message

n’est pas de tristesse, mais de fête et de grande

joie. Nous venons pour que tous s’étonnent etse souviennent d’être des enfants… Nous sommes la lumière du monde qui s’est levée avec la croix! — Que si la Judée ne veut pas de nous, nous irons à la Samarie! Que si la Samarie nous repousse, nous frapperons chez les Gentils!.. Nous passerons les mers et les contrées, jusqu’où vont le jour etla nuit! Oui, l’Hellène et le Barbare même doivent s’assembler au pied de la montagne d’où son bras nous ouvrait le royaume! Ils arriveront de tous les cieux! O Frères, un jour tous les hommes À seront comme nous serrés ensemble et joyeux sous le même soleil! Ce sera le jour du Fils de M l’Homme… il apparaîtra à la droite du Père. Alors il connaîtra les siens! ke:

Et les morts se lèveront du sépulcre!.… :34

Des langues de feu l’environnent… ‘#4

O mon cœur, ô mon cœur, d’où le savaistu?.…

Tout à l’heure, au jour qui va naître, nous quitte-

rons par la porte orientale cette Jérusalem stérile

qui a vu venir son Sauveur et qui ne l’a pas

entendu. Nous laisserons au Grand-Prêtre et aux : Scribes leur temple qu’ils veulent garder… Que la main de Iaveh soit sur eux! Pour nous, frères, en be 5 Galilée! là sont la patrie et le temple. S’il nous est apparu ici-même, ne sera-t-il pas avec nous à Et toute heure, à Capharnaüm, à Tibériade, à Nazareth, à Bethsaïda ? Souvenez-vous de l’ancien printemps.

il va renaître, et toute l’allégresse.… Partons. c’est | Jésus qui vous parle… il est là où nous sommes | ensemble. il veille avec nous, il nous suit… C’est Lui qui vous crie par ma bouche : en marche, au pays de Gälil!.. , Un silence. Tous regardent Marie de Magdala, dont les yeux, grands ouverts et fixes, sont tournés vers la porte

Silence… entendez tous… là… 1à… (Elle montre du geste la porte. Un silence.) IL est là!… je sais qu’il est proche… mais il ne veut pas se montrer… (Un silence. On entend au dehors comme un bruit d’orage. Un éclair luit.) Je l’ai vu !… là… près de la porte !… C’est lui… entendez et croyez…

Est-ce l’orage? Il vente au dehors. V0 J’ai vu briller une lumière. : LA J’ai entendu dans l’air : « Schalom.…. » à C’était sa voix! 4 C’est Lui! C’est Lui !.… Re Un silence. Ils attendent encore, sans oser un mouvement. É ; Prions.…. (Tous se lèvent, la tête découverte. Un silence.) Sei- À gneur, nous avons senti ton souffle, et nos yeux devant ta lumière sont restés éblouis… Nous te k prions que tu demeures encore, afin d’apaiser nos poitrines et de raffermir nos genoux! Seigneur, tu nous vois… nous sommes faibles… nos têtes sont MS encore troublées par le vin trop fort de l’esprit… Comme les oiseaux de l’air à la fin de l’automne, W nous sommes rassemblés ici… demain, ce sera le …

|. voyage. demain, nous serons tous dispersés. Il

faut que ton souffle nous guide… Si nous te sentons

à nos côtés, qu’aurons-nous à craindre du monde”?

O Seigneur, conduis-nous ! |

Nous croyons que tu es le Messie… tu sais que nous voulons accomplir ta loi… Qui sommes-nous. pour redire ta parole ? Nous ne sommes encore que des enfants. Mais comme les étoiles se lèvent en foule, après que le jour a disparu, ainsi, dans l’ombre où tu nous laisses, brilleront en nous tes vérités. — Nous voulons nous vaincre nous-mêmes, jusqu’à ce que nos cœurs soient splendides comme le ciel à lorient. Nous voulons aimer tous les hommes, même le visage de l’ennemi… Nous ne maudirons pas qui nous frappe, nous souvenant qu’ils t’ont frappé. Nous souvenant que tu es mort dans la peine, nous serons toujours prêts à la mort!

— Ainsi nous attendrons ton règne… Nous savons | bien que tu reviendras. l’Éden refleurira pour les Justes. la terre et la mer seront un sourire. toutes les larmes seront essuyées. O Seigneur, par le pain et le vin, soutiens-nous dans les crépus-

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Et maintenant l’heure est venue… Peut-être nous “3 ne te verrons plus ?… Peut-être tu ne foules plus pour longtemps cette terre de sang et de larmes? IL 4 faut bien qu’un jour tu retournes à Celui quita Ë envoyé… Oh! comme nous voudrions encore tevoir quitter les dernières montagnes, et le ciel se fermer sur toi !… Mais ce n’est pas par les yeux que nous 4 devons vivre, et tu sais bien ce qu’il nous faut… 4 Notre âme sera résignée, puisque nous gardons ton esprit… — Et maintenant, l’heure est venue… Nous à irons debout par le monde, joyeusement, comme tes 4 messagers, comme le semeur sur la terre à l’aube, À comme le pêcheur sur les grandes eaux… Nous an- 1 noncerons la Bonne Nouvelle… nous jetterons le grain dans le vent, pour que naissent les forêts futures. Nous irons debout par le monde, jusqu’à ‘à ce que la mort nous accueille, et nous rirons à l’in- 2 connue qui nous ramènera verstoi!… Soutiens-nous pour la mort et la vie, à Seigneur-Christ! Amen! PIERRE, après un silence + ‘4 A l’œuvre! — Merci d’abord à l’hôte qui ce soir 24 4 80

_ nous a recueillis. Qu’il ait sa part avec les Justes! i (A Joseph d’Arimathée.) Nous te saluons, Rabbi. Adieu. Pierre, Jacques et Jean sortent les premiers, suivis des Saintes Femmes, puis de tous les disciples, qui répètent encore à mi-voix : « En Galilée! » et disparaissent tous au dehors dans une nuit impénétrable. Joseph d’Arimathée et Céphas restent seuls. Père, étends ta main sur ma face… Bénis-moi, et séparons-nous. Il s’incline devant Joseph d’Arimathée. Là-bas… où le soleil est jeune, et d’où nous est venu un dieu! | Es-tu sûr de toi?