Le Rhin allemand
paraissant vingt fois par an }
8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée
Le cahier que l’on va lire, demandé depuis longtemps pour le premier mai de la quatrième série, était prêt pour tomber le dimanche 26 avril. Nous avons pensé, l’auteur et moi, que nous pouvions, et que nous devions l’ajourner un mois devant les nécessités d’une action
pr En 1840, l’Europe et l’Orient étaient troublés par le
À F3 pacha d’Égypte, Méhémet-Ali. Soldat de fortune, con-
M: à quérant, il dépouillait progressivement son suzerain,
| ‘4 $ le sultan de Turquie. Les diplomates européens avaient
| Ve en 1832 déjà obligé le pacha à rappeler ses troupes
4 qui menaçaient Constantinople. Mais ils lui avaient fait
| “. reconnaître, par la convention de Kutayeh (1835), la
nn. possession de la Syrie. La tranquillité fut rétablie.
A Mais, en 1839, MahmoudIl pensa qu’il avait reconstitué
AT des forces suffisantes pour vaincre le pacha et annuler
Re: la convention. Ses troupes envahirent la Syrie. Ibra-
de him-pacha, un fils de Méhémet-Ali, détruisit l’armée turque à Nézib le 24 juin 1839. De nouveau l’Europe
il s’interposa. Pour sauver la Turquie, les cinq grandes
; d Russie, — se mettent d’accord. Le 27 juillet, le prince
À -de Metternich remet en leur nom une note à la Sublime-
4 Porte. Elles l’engageaient à « s’abstenir de toute déli-
n bération définitive sans leur concours et à attendre
: l’effet de l’intérêt qu’elles lui portaient ».
à. ï Les représentants des cinq Puissances et celui de la
Me Turquie ouvrirent des négociations à Londres. Personne
15 ne montrait de disposition à les presser. IL apparut
bientôt qu’elles n’aboutiraient pas et cela par la faute ; de la France. L’influence française était alors prépon- ; dérante dans l’Orient et Méhémet-Ali était le favori 1 des Français. M. Thiers, président du conseil des mi- # nistres depuis le premier mars 1840, voulut terminer . Me
_ seul le différend oriental. Ses agents secrets s’efforcèrent de décider Mahmoud et Méhémet-Ali à conclure à directement, sans l’aide européenne, un accord.
Établie à Ancône, possédant l’Algérie, influente en Grèce, la France eût fait de la Méditerranée un lac | Mais Thiers s’abusait. IL était impossible que l’Angleterre tolérât la formation d’un empire égyptien ami de la France, qui lui eût coupé la route des Indes. Plutôt briser l’alliance du moment avec la France, l’entente cordiale, comme on lappelait. Lord Palmerston, instruit des menées françaises, les prévint. Il négocia avec les trois autres Puissances à l’insu de la | France. Le 15 juillet 1840 il signa avec elles la convention de Londres. L’intégrité de l’empire ottoman devait être maintenue et Méhémet-Ali devait rappeler ses : … troupes. La France était exclue du concert européen. , Vers la fin de juillet le traité fut connu en France. Il causa une émotion violente. : à Ce que l’on ressentit d’abord ce fut l’affront fait à la . France. La traiter ainsi, au moment même où sa supré- ù matie politique semblait établie! La guerre seule … pouvait effacer un tel outrage. « Le traité est une inso- lence que la France ne supportera pas, imprimait le
ne. re Gaston Raphaël Ée ‘5 Journal des Débats, (1) son honneur le lui défend. » ir La Revue des Deux Mondes parlait plus haut et plus : FER ferme : &Il y a un mot, un mot décisif qu’il faut dire à 44 l’Europe avec calme, mais avec une invincible résolua tion : Si certaines limites sont franchies, c’est la guerre, a la guerre à outrance, quel que soit le ministère. » (2) ne Baour-Lormian, l’ennemi des romantiques, s’écriait te. Ë avec une énergie cornélienne :
fi Aux Français qu’on outrage il n’est rien d’impossible. (3) ut Dès l’abord la question devenait donc européenne. D La querelle devait être vidée entre la France et les
mer Et par là même furent réveillés le souvenir doulouF0 reux de 1815 et le désir de la revanche. Les quatre
LKR Puissances signataires du traité de Londres n’étaientA4 elles pas les alliées de 1813 et 1815? N’était-ce pas la ca Coalition qui se reformait au moment où la France fo souffrait encore, la Sainte-Alliance au moment où les É cendres de Napoléon premier revenaient en France, (4)
\ où Béranger, Thiers, Victor Hugo créaient la légende 4 napoléonienne ? « C’est un nouveau traité de Chau-
- mont », disait le maréchal Soult. Edgar Quinet Se publia une brochure : r815-1840, dont le succès fut 7 grand. Il démontrait que le malaise où languissait la ve (2) Numéro du premier août, dans un article sur la politique exté- F rieure non signé et attribué à Thiers. TA (3) Aux cendres de Napoléon, poésie. — Moniteur du 10 dé-
s (4) Retour décidé le 12 mai 1840. Translation aux Invalides effec- æ tuée le 15 décembre 1840. 6 août 1840, tentative du prince Louis4 Napoléon sur Boulogne. ! |
France, les difficultés de la politique intérieure avaient :
pour origine les traités de 1815, « qui pèsent sur nous :
comme une fatalité ». Le devoir à remplir était impé-
rieux : « La France ne doit pas faire un mouvement i
qui ne la mène à la délivrance du droit public des
invasions, puisque chacun de nos partis ne sera ;
rien qü une ombre aussi longtemps que nous ne nous à
serons pas relevés du sépulcre de Waterloo. » (1) ‘4
Il ne s’agissait plus du conflit oriental, mais de la ;
revision des traités de 1815. ë,
Les revendications se précisèrent. On ne demandait
pas tout l’empire de Napoléon premier, mais la rive
gauche du Rhin qu’il avait occupée. Les diplomates ne Ë
s’étaient pas contentés d’enlever à la France cette riche
région, qu’on avait pris l’habitude de considérer comme
province française. Ils avaient fixé des garnisons allemandes dans Luxembourg, Sarrelouis, Landau, Mayence,
_ Rastadt et Ulm, vilies qu’ils dénommèrent forteresses
fédérales. Les routes d’invasion de l’Oise, de la Sarre, ;
des Vosges et du Doubs restaient ouvertes. Au regret è
du territoire perdu s’ajoutait la crainte de l’invasion. |
: Edgar Quinet, un propagateur des idées allemandes en 4
France, un ami sincère de l’Allemagne, ne pouvait F
s’empêcher de protester. Dans la préface (2) de
1815-18/0 il disait aux Allemands : « IL n’est per- É
sonne de ce côté du Rhin qui désire plus sincèrement = }
votre amitié; mais si pour l’obtenir il s’agit de laisser é
éternellement à vos princes, à vos rois absolus le pied î
sur notre gorge, et de leur abandonner pour jamais À
(2) Datée du 15 novembre 1840.
à. dans Landau, dans Luxembourg, dans Mayence les nee à clefs de Paris, je suis d’avis, d’une part, que ce n’est x pas là l’intérêt de votre peuple; de l’autre, que notre k devoir est de nous y opposer jusqu’au dernier 2 soufile. » (1) Et chacun pensait comme Quinet, souvent LE avec plus d’intempérance. Depuis longtemps on esti- : mait indispensable de reconquérir jusqu’à Düsseldorf ÿ toute la rive gauche du Rhin. (2) Maintenant on récla- | mait cette conquête avec bruit. Pour se venger il fallait 3 _ attaquer. Pour s’affranchir de 1815 il fallait reprendre les mi provinces rhénanes, auxquelles on tenait par dessus tout. D’ailleurs cette conquête devait être facile. Comme - x en 1790, les Rhénans feraient fête aux armées françaide ses: Car la guerre serait révolutionnaire. Le traité de se Londres n’avait pas médiocrement excité les espé- rx rances du parti libéral. Il jugeait le moment propice
pour accroître au dedans comme au dehors son activité
ts révolutionnaire. La monarchie de Juillet ne résisterait Ft pas à une guerre. Et quelle occasion de renouveler à 8 l’étranger les campagnes de la Révolution. Le National 34 d’Armand Carrel conseillait de porter la révolution en
À Italie, dans les États du Rhin, dans l’Allemagne entière, s en Pologne. En même temps il mettait la monarchie au ï défi d’avoir cette hardiesse. Le Temps imprimait :
Ÿ « L’Europe est bien faible contre nous. Elle peut essayer
14 de jouer avec nous le terrible jeu de la guerre ; nous É ; jouerons avec elle Le terrible jeu des révolutions. » (3) d : Le Journal des Débats écrivait : « La France, s’il le L: () Edgar Quinet. — Œuvres, tome XIV, page 201. 6 (2) En 1830, le ministère de Polignac avait secrètement prié la Ÿ Russie de l’aider à rentrer en possession des provinces rhénanes.
faut, défendra seule l’indépendance de l’Europe; pour cette cause qui est celle de la civilisation contre la bar- # barie, de la liberté contre le despotisme, nous épuiserons jusqu’à la dernière goutte de notre sang. » (1) Le mouvement de relèvement français était à la fois nationaliste ? et internationaliste, nationaliste et révolutionnaire. £ Les manifestations de l’humeur agressive de la France furent générales et bruyantes. Louis-Philippe | parut lui-même donner l’exemple. Lorsqu’on lui communiqua le traité de Londres « il éclata avec une telle violence que la reine dut faire fermer la porte de son cabinet pour qu’on n’entendit pas sa voix dans la galerie ». (2) Aux ambassadeurs autrichien et prussien il cria : « Depuis dix ans je forme la digue contre la Révolution, aux dépens de ma popularité, de mon repos, même au danger de ma vie. Ils me doivent la paix de l’Europe, la sécurité de leurs trônes, et voilà . leur reconnaissance! Veulent-ils donc absolument que je mette le bonnet rouge? » Et plus tard : « Vous
- voulez la guerre, vous l’aurez. S’il le faut je dému-
- sellerai le tigre. » Le duc d’Orléans déclarait « qu’il . préférait mourir sur le Rhin que dans une rigole de la Thiers favorisait l’agitation. Soutenu dans la Chambre des députés par une coalition de minorités plutôt que à par une majorité, ilse trouvait bien de détourner, de distraire l’attention publique. II méconnut ses talents. _ À fréquenter Bonaparte il se crut prèt pour l’imiter. F” Jugeant la guerre inévitable il prépara des plans de p @) Debidour. — Histoire diplomatique de l’Europe, tome I, page 381.
Ÿ a campagne. On le trouvait couché à plat ventre sur des ES Ë cartes, où, à l’aide d’épingles à têtes vertes et rouges, il pointait la marche des armées françaises. Il fit des 4 armements. Le 29 juillet des ordonnances rappellent à ht É l’activité les jeunes gens encore disponibles des classes t; 1836 et 1839. Les Chambres étant en vacances, il ordon- à nance les crédits nécessaires pour augmenter l’effectif oo de la marine de 10.000 matelots, 5 vaisseaux de ligne, Va 13 frégates, 9 bâtiments à vapeur. Le 29 septembre il WE crée 12 nouveaux régiments d’infanterie et 5 de cava- (à lerie. Le 21 septembre il ordonnance plus de 100 millions 110 | pour le matériel et l’effectif. Enfin il ordonnance un ta autre crédit supérieur à 100 millions pour commencer “à immédiatement à construire les fortifications autour de Pi Paris. La Chambre légitima plus tard cette dépense par < Dans le public personne ne douta que la guerre ne fût V3 proche. A la Bourse, « le Temple de la peur », comme l’apte pelle Henri Heiïne, le 3 pour 100 tomba de 86.50 (18 juilHi let) à 78.75 (6 août) et à 70.10 (10 août). Les actions de la Banque de France baissèrent de 3.770 à 3.000 francs. Cependant ce n’était point le sentiment de peur qui #0 dominait. Au contraire Heine remarque que « la nou4 velle de la coalition a produit un joyeux enthousiasme RE guerrier plutôt que la consternation ». (1) Cinquante a mille ouvriers sans travailn’attendaient qu’une occasion 5 dese divertir. Celle-ci leur parut bonne. Ilsentonnèrent ta la Marseillaise, ignorée et proscrite depuis des années.
Le 28 juillet 1840 fut inaugurée sur la place de la
on Bastille la colonne de juillet. On ÿ porta solennelle-
ment les restes de ceux qui étaient morts pour la à Révolution. Le roi, les princes, les ministres s’étaient ! abstenus de paraître par crainte d’une manifesta- ‘4 tion dangereuse. Mais 80.000 gardes nationaux se Î + dirigèrent vers les Tuileries, chantant la Marseillaise ; et proférant des menaces contre les Anglais et les pe Prussiens. Le roi dut se montrer au balcon. « Il a } * été salué par des acclamations vraiment très vives, ‘4 et quand l’orchestre a exécuté la Marseillaise, il y k à tous que la France füt à la veille d’événements ù redoutables. Par moments même, dans tel départe- ee ment, la nouvelle se répandait que la guerre venait : ‘l d’être déclarée, et il fallait que le préfet la démen- ‘à tit officiellement. Ce n’était partout que clameurs % contre l’Anglais, chants de a Marseillaise. On inter- : calait dans les pièces de théâtre des phrases belli- ; queuses, aussitôt saisies et applaudies. » (2) « Devant $ _ les bureaux de recrutement on faisait queue comme. devant les théâtres quand il y a une pièce mar-
quante. » (3) A l’étranger les marins ou les soldats des 1 diverses nations s’observaient. La moindre imprudence Ms. : pouvait déchaïiner la guerre. La paix, disait M. Guizot, 4 était à la merci des subalternes. ‘4 Lorsqu’ils connurent ces manifestations les Alle- JP mands furent stupéfaits. Leur pays n’était que fort &ÿ ; () Lettre de M. de Lavergne à Guizot, ambassadeur à Londres. sl Guizot, Mémoires, tome V, page 250. de: (2) Thureau-Dangin. — Histoire de la monarchie de Juillet, tomeIV, LE G) Henri Heine. — Lutèce, page 127. LA
indirectement intéressé au conflit oriental. Ils ignoraient les négociations de Londres. Ils n’avaient pas
0 l’intention d’humilier la France. Et voici que la France
& prétendait venger sur eux un affront fait par l’Angleterre ? Et l’on venait leur enlever le Rhin parce que le
pacha d’Égypte s’était révolté contre son suzerain ?
Les Allemands ne furent pas moins effrayés. Ils se
laissaient aller à la paix. Leurs princes s’efflorçaient
: de les maïntenir dans une béate négligence de la politique. Ils dormaient. Henri Heine affirmait entendre du
haut du Saint-Gothard l’Allemagne ronfler sous ses
: trente-six souverains. La Marseillaise la réveilla. Ses
53 regards mal assurés crurent entrevoir les armées d’une
- nouvelle invasion. Elle en frémit tout entière. e $ Certains Allemands répondirent par des menaces aux Fe provocations françaises. Les raisonnements de l’année 1813 reparurent. Les journalistes et les poètes évo- .quèrent à nouveau Hermann et les Chérusques : en l’an dut 9 après Jésus-Christ, ils avaient massacré les soldats romains de Varus, les premiers envahisseurs de la | _ patrie allemande. Ils évoquèrent les vainqueurs de à Dennewitz et de Leipzig. Le Prince de Prusse, futur ns empereur Guillaume premier, et l’armée désiraient la LE guerre. On parla de détruire l’immoralité française. er ® Varnhagen von Ense raconte : « Le général Scharnhorst
- affirme que nous aurons la guerre et qu’on se partagera la France : la France représente, dit-il, le principe de l’immoralité. Il faut qu’elle soit anéantie; sans cela il n’y 4 aurait plus de Dieu au ciel. » (1) On demanda de nou- (1) Cité par E. Denis dans : l’Allemagne de 1810 à 1852, page 220.
veau l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine à l’Allemagne. En 1815 les gouvernants avaient laissé échapper le renard, disait-on. Il s’agissait de ne plus le lâcher à si bon compte. Le major Helmuth von Moltke publia une brochure sur la frontière occidentale allemande. | Il croyait à la guerre. Il espérait que cette fois « l’Alle- à magne ne remettrait pas l’épée au fourreau avant que À la France n’ait acquitté en entier sa dette envers elle. » (x) D’aucuns parlèrent de revenir au traité de 9 Verdun entre les fils de Louis le Débonnaire. Mais le sentiment général des Allemands fut différent !
et plus complexe. Dans le fond ils désiraient la paix. Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV ne trouvait aucun charme à faire une entrée dans Paris. Il ne ratifia la convention du 15 juillet 1840 qu’à la condition que la Prusse conservât dans le cas de guerre « sa liberté entière d’action et le droit de neutralité absolue. » (2) Il refusait de lever des troupes, tandis que : l’empereur de Russie hâtait ses armements, afin d’écraser les révolutionnaires français. Quant à ses sujets ; ils sentaient que de toute façon la guerre pèserait le plus lourdement sur eux. Cela les inquiétait. Les jour-
. naux tout en parlant d’une guerre éventuelle espéraient | que la paix triompherait. D’ailleurs le parti libéral É demeurait assez sympathique à la France. Sympathie | beaucoup moins efficace que ne l’imaginaient les révo- LS on alla dans certaines villes allemandes comme Karls- ge
(® Cité par Treitschke dans : Geschichte Deutschlands im XIX. $ 2) Protocole secret du 14 août 1840. Treitschke, tome V, page 79,
de. rube, Mannheim, Heidelberg jusqu’à ouvrir des souscriptions en faveur des victimes des inondations du AR: : Mais les concessions s’arrêtaient là. Les Allemands #4 désiraient la paix sans doute. Mais malheur à la à France si elle-même venait la troubler. Et puisque 2 justement elle la menaçait, tous s’irritaient contre elle, a se disposaient à lui résister. Attaqués ils se mettaient En sur la défensive. Ils n’envahiraient pas, mais ils se NA juraient de. repousser l’invasion. Surtout ils étaient Er résolus à ne pas céder les rives du Rhin. De tout 3 temps ce fleuve les attire d’un amour mystique. a Récemment encore les derniers Romantiques allemands ne chantaient ses légendes, les peintres de l’école de
ÿ Düsseldorf représentaient ses paysages. Quelques
Allemands seuls songeaient à prendre de nouvelles 4 D provinces. Mais tous se préparaient avec enthouY siasme à empêcher qu’on leur prit la rive gauche du me L’enthousiasme fut d’autant plus vif que la France SA ranimait un désir ancien déjà et vivace : le désir de ( l’unité allemande, de l’union de tous les Allemands. A Sous l’oppression napoléonienne ils avaient pris claire4 ment conscience de ce désir. Ils ne lavaient plus oublié. Ils en poursuivaient la réalisation malgré les 23 obstacles. Les menaces de guerre lui donnèrent de
- l’actualité et une singulière puissance. La comparaison À avec le passé récent s’imposa. Par l’union, l’Allemagne % “ pouvait et devait rejeter les ennemis comme en 1813. js La question s’élevait pour eux. Il y allait plus que de
- la possession d’une province enviée. Il y allait de 4 l’unité future de l’Allemagne. Les menaces françaises
unirent presque tous les Allemands dans un enthousiasme national. , 1 T0
En ce sens l’émotion allemande était générale et sin- ! ! cère. Aussi fut-il donné à un Allemand inconnu de lexprimer. Nicolas Becker fit en 1840 ce qu’en 1792 : Rouget de l’Isle avait fait. 5
Nicolas Becker naquit à Bonn le 8 octobre 1809, le der- x nier de quatorze enfants. Les Français occupaient la ville. À Son acte de naissance fut rédigé en français. Son père e était commerçant. Sa mère était une des filles du der- s
‘ nier maire de Cologne. Il passa par le gymnase de | Düren. Il étudia ensuite le droit à Bonn. Mais c’est avec difficulté qu’il réussit au premier examen (1833). De santé faible, sans fortune, sans ambition, il ne pour- À suit pas. Il occupe une petite place au tribunal de ses beaux-frères, greffier de justice de paix au village 3 de Geilenkirchen et prend un logement au village voi- é sin, Hünshoven. Il a besoin de rétablir sa santé. Il 1 travaille peu. Il écrit de petites poésies et fréquente 4 quelques poètes. En 1840 son Rhin allemand fait de lui ! l un homme populaire. En 184r il est nommé greflier de ne justice de paix à Cologne. Le 27 août 1845 il mourut ÊR phtisique, âgé de trente-six ans. La lettre de faire part È porte qu’il fut muni des sacrements de l’Église catho- & Fe lique. Le 29 août 1845 la Gazette de Francfort dit de lui : 110 « Le poète du Rhin allemand était un brave homme, | inoffensif, modeste, que tous ceux qui le connaissaient 1 de près estimaient et aimaient. » à « Vers la fin du mois d’août 1840 Becker se rendit À
nn selon sa coutume de Hünshoven à Geilenkirchen, pour ie boire un verre de bière à l’auberge de Conrad Hinz en ‘4 compagnie d’amis. Il y trouva les journaux dernièrement arrivés, qui fournirent à la réunion l’occasion de s discuter les événements politiques. Le thème universel de conversation en ces jours était les bruyantes mena- :
à ces de guerre qui parvenaient de France. La tête rem-
, plie des nouvelles reçues de l’ouest, Becker rentra chez Mn: lui et pendant la nuit qui suivit composa la chanson du
Ÿ Rhin (Rheinlied). Les siens le pressèrent de la publier. HR Modeste comme il était, Becker ne voulut pas accéder 5 à ce désir. Il envoya sa poésie à son neveu, le conseil- £ À À ler de régence Edmond Oppenhof qui se trouvait à PEN Trèves. (1) C’était en remerciement de la peine que He celui-ci avait prise pour procurer au pauvre petit ju! employé une meilleure place. Edmond Oppenhoff recon- % 1 nut l’importance de cette poésie, et sans attendre le à consentement de l’auteur, il la fit publier aussitôt dans L Le Rheinlied parut le 18 septembre 1840 dans la pt Gazette de Trèves, sans titre :
À L Sich heiser darnach schreï’n, | ; à (1) Il semble que Becker envoya également sa poésie à ses amis 4 les poètes Matzerath et Freiligrath qui la publièrent dans le deuxième Ë volume de leur revue : Das Rheinische Jahrbuch en lui donnant & son titre : der deutsche Rhein. à (2) Louis Waeles. — N. Becker, der Dichter des Rheinlieds. Bonn,
So lang ein Lied noch lebet L Des letzten Manns Gebein! (1) () Texte du recueil des poésies de Becker. — Gedichte von Nicolaus Becker. Kôln, 1841. Ce texte ne diffère guère du texte primitif. Cependant strophe 2, vers 4: in seine Woge (dans ses flots) au lieu de an seine Woge (le long de ses flots). Strophe 4, vers 1 : in
D On peut le traduire ainsi :
D Ils ne l’auront pas, — mo: Le libre Rhin allemand, —
Wu Quoique semblables à des corbeaux avides —
4 Ils s’enrouent à le réclamer, —
à Aussi longtemps que roulant paisiblement — | ne I1 portera sa robe verte, —
4 Aussi longtemps qu’avec un bruit clair, une rame — LE Frappera ses flots ! —
: TS : Ils ne l’auront pas, —
#1 Le libre Rhin allemand, — k | 2 : Aussi longtemps que les cœurs se réconforteront — RE A son vin de feu ; — 3 a Aussi longtemps que dans son cours — de: Les rochers se dresseront inébranlables, —
4 Aussi longtemps que de hautes cathédrales — +73 Se verront dans son miroir! — ‘4 ; £ Ils ne l’auront pas, — É Le libre Rhin allemand, — ; Aussi longtemps que des gars hardis — Brigueront la main des filles élancées ; —
:é Aussi longtemps qu’un poisson soulèvera —
À Sa nageoire sur son fond, — AN Aussi longtemps qu’une chanson vivra —
La Sur les lèvres de ses chanteurs ! — (1) 18 seinem Strome, (dans son cours) au lieu de an seinem Strome (le long lai de son cours). Strophe 6, vers 1 : die Flossen (les nageoires) au lieu FA de die Flosse (la nageoïire). | 1 (1) Cette strophe a été omise ,dans presque toutes les traductions
Ils ne l’auront pas, — : < Le libre Rhin allemand, — h Jusqu’à ce que ses flots aient enseveli — 4 3 Les ossements du dernier homme. — Ë ‘ La poésie était signée N. B. a. G. Sur les questions k du président de province von Schaper, le journal publia r la signature entière : Nicolaus Becker aus Geïlenkirchen. à Le nom de Becker devint célèbre. Ses compatriotes 4 ; organisèrent une démonstration en son honneur. Le ù 18 novembre 1840 un cortège aux flambeaux se rendit à 4 la demeure du poète et lui remit une couronne de lierre, ÿ tandis qu’on chantait des poésies de circonstance. | Nicolas Becker remercia ainsi : « Dieu tout puissant m’a jugé digne d’exprimer ce qui, répété par trente-six mil- | lions de voix, devait trouver un écho dans toute l’Europe. L C’est un fait unique dans l’histoire, qu’une courte et | simple chanson ait suffi à abattre comme d’un coup les c sympathies que rêvait un puissant peuple voisin. Que l’honneur en soit à Dieu! Soyons et restons Allemands ! à Et maintenant qu’ils viennent! » (1) Pour la fête de Noël :# 4 le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV lui fit choisir ‘ soit un présent d’honneur de mille thalers, soit une pen- ; sion de trois cents thalers pendant cinq ans afin qu’il ñ À (1) Cité par Louis Waeles, page 20. 11 semble que Becker, quoique 4 nécessairement solennel dans cette fête, ait été sincère dans sa mo- — hi destie chrétienne. Il écrivait le‘23 octobre 1840 à sa nièce : A « Tu ne m’en voudras pas, si faute de temps je ne réponds que 4 brièvement à ta lettre. Que ma chanson dût avoir un tel succès, à jamais je ne l’aurais imaginé même dans mes rêves les plus hardis. ; C’est Edmond qui est l’auteur de tout cela et je l’en remercie de ! 412 tout cœur: Et si finalement il pouvait me procurer une place, ce ; serait la meilleure chose ; car nous en avons vraiment besoin… » 4 19 ,
j Ke terminât ses études de droit. Le roi lui promettait une mu belle carrière dans la magistrature. Becker préféra le jé présent et pria Sa Majesté de lui accorder une simple ï place de greffier. Le premier janvier 1841 il est nommé : membre d’honneur de la Société des anciens volontaires = de 1813-1815. Le 12 février les ouvriers de la fabrique Re: de faïence de Mettlach lui envoient un service de sept tasses de porcelaine. Sur chacune ils avaient inscrit en A lettres de couleur et d’or une strophe de la poésie. Le 24 mars le roi de Bavière Louis premier lui envoie, en ÿ sa qualité de Pfalzgraf du Rhin, une lettre autographe : à - et une coupe en argent. (1) Elle était richement dorée. Le = K sculpteur Schwanthaler l’avait ornée. Le 18 avril Arndt, ” le vieux poète des guerres d’indépendance (1813-1815) né lui adressa une poésie. En septembre 1841 les villes :à de Mayence et Karlsruhe lui envoyèrent une seconde à coupe. Et ce ne fut pas le dernier cadeau qu’on lu É Sur les instances de ses amis, Becker réunit ses sh poésies. Elles parurent en un petit volume en mars
1841. Peu poétiques, elles déçurent. Les envieux en
1 tirèrent parti contre le poète célèbre. On prétendit que ue le Rheinlied était l’œuvre du secrétaire Wamich, ami Sr de Becker. Un camarade de classe de Becker réclama à pour lui la gloire et les honneurs acquis à une poésie #4 qu’il disait avoir écrite. On accusa Becker de s’enivrer. Pour le moins et pour le mieux on l’oublia. À sa mort la ; presse fut en général bonne pour lui. Toutefois ces 4 bruits coururent à nouveau. Ils trouvèrent un écho chez ï M. Jules Janin, feuilletoniste des Débats, qui voyageait ï (1) Se trouve maintenant au musée de Bonn (Louis Waeles).
alors en Allemagne. (1) Le 25 août 1845 ce journal À publiait : « Naturellement l’heureux poète aura pensé ? que cette coupe était faite pour être remplie, remplie il s’est fait un devoir de la vider, et ainsi à force de remplir cette coupe vide et de vider sa coupe pleine 4 (pleno se proluit auro) il est tombé dans les misères J d’une ivresse sans excuse. Le voilà mort — il y a à quinze jours — d’une mort aussi obscure que sa vie, célèbre un instant et par hasard comme tout le monde, 2 , Tyrtée de rencontre, Béranger de contrebande, pauvre | diable qui a dû être bien étonné de sa gloire, et d’avoir | écrit une Marseillaise sans le savoir. » * En 1840 le succès du Rheinlied fut immédiat et immense. Les journaux le publièrent successivement. à Pour la première fois il parut sur le théâtre à Cologne le 15 octobre 18/0. On fêtait l’anniversaire de Frédéric-Guillaume IV. « On chanta la belle poésie de Becker, sur l’air tout récent et excellent de Conradin Kreutzer, (2) et elle excita un tel enthousiasme que la r2È8 répétition en fut bruyamment demandée, » (3) Significative dérogation à la solennité d’une fête en l’honneur du x S roi. En trois jours on épuisa la première édition, forte | de 1.200 exemplaires, de la poésie, avec musique de | Kreutzer. De Cologne le Rheinlied se répandit dans tous S les États allemands. On écrivait de Stuttgart au Journal * de Cologne : « Le Rheinlied de Becker, que les têtes ‘ À (1) M. Jules Janin, au moment de l’émotion de juillet 1840, s’était 8 proposé pour reprendre à la tête d’un corps d’armée la rive gauche du Rhin. à (2) Conradin Kreutzer (1780-1849) depuis le premier octobre 1840 directeur de l’Opéra de Cologne. Sa composition fut l’une des premières et des plus chantées.
“0 bornées considèrent comme une simple poésie, mais 42 que les gens raisonnables tiennent pour une manifestaEn: . tion patriotique, est déjà devenu véritablement chant Re national. Les soldats le chantent comme chanson de e: marche. » (1) « Même à Berlin le Rheinlied fut accueilli É avec enthousiasme ; dans toutes les réunions, dans F toutes les rues, partout où jouait un orgue de Barbarie,
- e partout on entendait l’inévitable : Ils ne lauront L opposition à a Marseillaise, le Journal de Leipzig 11008 proposa de surnommer le Rheinlied, die Colognaise. Un FU débat sérieux et vif s’ouvrit dans le journal sur l’opporFit tunité de ce surnom. el Les compositions du Rheinlied affluèrent. Leur Me 4 nombre dépassa deux cents. (3) Le seul Methfessel en D écrivit trois. Cette abondance fut nuisible. Car aucune FR de ces compositions ne réussit à effacer les autres. ns À G) Voici quelques noms parmi les compositeurs :
Chaque ville chantaït le Rheinlied sur un air différent. + Un inconnu se plaignait dans un distique : « A peine le : poète a-t-il vaincu l’avidité française par l’union, que lessaim des musiciens nous met de nouveau én Ë désaccord. » (1) Faute d’une mélodie, le Rheinlied, ne | se maïntint pas comme chant national. |
Le Rheinlied fut traduit en diverses langues. Les pre , 5 L’une, en prose, fut publiée par le Journal de Belgique 14 dès novembre 1840. Une autre fut faite en vers : à
Ils ne boiront pas de tes flots, 1 Libre Rhin de la Germanie, Se Dussent-ils, avides corbeaux, Dre: S’épuiser de cris et d’envie! < Libre Rhin, ils ne t’auront pas, { Tant que les campagnes fécondes Charmeront nos heureux climats ; & Qu’un aviron battra tes ondes. i Non, non!ils ne l’auront jamais 3 Tant que, délectant le palais, Ses vins verseront l’ambroisie; À Tant que les rochers sourcilleux Braveront l’assaut des tempêtes, Ds Que, dans son miroir orgueilleux, & Nos tours reflèteront leurs faîtes! 4 Insensés! ils ne l’auront pas, * Tant que nos fils, au franc langage Ni A nos filles riches d’appas, FA Adresseront leur noble hommage; an ,
START US Tant que l’on verra le poisson . AGE ‘5 ie ÉTAPE LITE re] Jouer dans ses eaux fugitives, | HRNENNNESS Tant qu’on entendra la chanson Der ; 488 Réveiller l’écho de nos rives. a 4 < Jurons-le tous : ils ne l’auront LS Le beau Rhin de la Germanie,
- #8 ‘ Que quand ses flots engloutiront | 2108 Le dernier fils de la patrie! (1) . En France il parut une traduction qui en général De précède les réponses de Lamartine et de Musset dans 5e les diverses éditions. Elle ne se compose que de six Mens The Morning Chronicle publia dès novembre une © traduction en vers signée par Charles White : AS 5 Le KR Our free-born German Rhine, M. :. ; So long its winding current Ni | Shall cleave its rippling breast. Ne : Our free-born German Rhine, ‘4 ckerische Rheinlied.(Erlangen 1841). C’est un recueil d’un certain nom1e bre de poésies suscitées par le Rheinlied. L’auteur les a réunies i “8 È sans indiquer ni la provenance ni la date. J’TE (2) Voir dans ce cahier page 45. À
Forsake the marriage shrine. ni Il parut une traduction flamande de Theodor van Ryswyck. L’ami de Becker Wamich fit du Rheinlied une ode à la manière d’Horace, intitulée « Rhenodia . Beckeriana ». Il parut une traduction en distiques Ne Rhenus liber Germanus cedat ad Istos, Ne Rhenus liber Germanus cedat ad Istos, à Ne Rhenus liber Germanus cedat ad Istos, ;
: LITE Ne Rhenus liber Germanus cedat ad Istos, De : Ultima dum condet fluctibus ossa viri. (1) . 5 Le Rheinlied fut imité. Les imitateurs furent aussi 15 k nombreux que les compositeurs. Un jour que le Rhin 14 ; avait débordé, un satirique évoqua le vénérable Dieu Es du fleuve, qui pria les poètes de cesser, « car toutes ces : AT poésies l’avaient déjà fait sortir de ses rivés ». La
- Gazette de Cologne reçut pour sa part onze pièces de De : vers en quarante-huit heures et se vit obligée de les | 4 refuser. Nous retiendrons seulement quelques strophes. pe Arndt, âgé de soixante et onze ans, écrivit sous le A ! titre: Lorsque Thiers avait soulevé les Welches, une Î £ poésie plus agressive que le Rheinlied : ie ER # Ils le veulent : prends donc fin, patience allemande, — La He Prends fin depuis le Belt jusqu’au Rhin! — à cé Nous réclamons une dette ancienne — k Debout, Welches ! Et remuez vos jambes ! — RS Nous voulons au jeu des épées et des lances — +40 ? Danser avec vous la danse sauvage et sanglante, — 4 Nous ferons sonner le mot d’ordre: au Rhin! au Rhin! — +4 Toute l’Allemagne en France! — 3 à 4 Approche, ma chère Allemagne, unie et hardie ! — Pr Nous allons vous entretenir — Si De ce que la flatterie et la ruse vous ont acquis, — Ê à }: Vous devrez payer, vous devrez restituer ! — 1e ÿ Que ce soit entre nous un combat à mort. — 1 57 #4 ; Que le mot d’ordre retentisse : au Rhin ! au delà du Rhin!— DE ps: Toute l’Allemagne en France !… — ee Re (1) Cité par Louis Waeles, page 62.
Sur la table du prince de Prusse, le futur empereur A. Guillaume premier, on trouva une poésie manuscrite. Elle lui fut attribuée. I1 semble que ce ne soit pas avec SE fondement. Le prince s’est sans doute contenté de copier Fe de sa main des vers où il retrouvait ses propres senti- re Ils le possèdent là-bas — se Le vieux Rhin allemand, — AP 1 C’est pourquoi toujours tirée — 1 Doit être l’épée de l’Allemand. — 1 $ Avec quelle rouerie — 1e Louis nous a ravi le pays — tie Parce que l’Allemagne était en lutte — EN Avec le chef de l’Empire ! — 1 O Strassbourg, citadelle des routes (1) — à Tant que les Français y séviront, — ; Jamais l’Allemagne ne se portera bien !… — 14 Le Rhin doit redevenir — 1 Dans tout son parcours — ‘À . Le bien des pays allemands! — ù À à Déployez votre bannière ! — ; Et toi peuple des Vosges — : Et de la forêt des Ardennes, — 54 Nous voulons te délivrer — “es. Du joug de l’imposteur étranger ! — 1 Si tu résistais, — 1 Si tu ne sens pas ta servitude, — ‘4 » Nous te ferons rentrer — ê Dans tes devoirs d’enfant ; — ”+ (1) Jeu de mots en allemand : O Strassburg, Burg der Strassen. ñ
LLC À qu’un jour tes enfants, — } tes {53 Et fêter les vainqueurs — PA Ia Ainsi nous voulons l’avoir — Ne Le vieux Rhin allemand. — 25 Alors seulement sera à jamais ensevelie — Der La honte des Allemands ! — V 1750 \ Le roi de Bavière adressait, d’ailleurs un peu plus
ne h tard, des vers de sa propre façon : Aux Allemands RO: depuis 18/0. Il insistait sur l’idée de l’unité allemande : Mat Le sentiment allemand paraissait évanoui, perdu, — « à IX Restant éternellement un idéal, — : AP Qui jamais ne fut, et ne serait jamais mis au monde ! — Eu Un rayon froid et inanimé. — LES = Pourtant à l’ouest partit le canon d’alerte, — #4 Il retentit dans toutes les âmes, — ‘ nie Fast Tous, les moindres comme les meilleurs — Le Furent enflammés d’amour pour la patrie. — mie Ce qui avait pénétré l’âme de quelques-uns seulement, — A Ce qui était le but des sarcasmes de la foule, — “4 Tient maintenant tous les Allemands étroitement unis — Dé Depuis la hutte infime jusqu’au trône! — & Georges Herwegh reprit avec plus de chaleur et de ES : __ pittoresque les deux motifs essentiels de la poésie de ‘5 Becker : les charmes du Rhin et les mœurs chastes et Re: énergiques des Allemands : 4 Le vin du Rhin :4ne De ce lieu où croît un tel feu, — %e $ Où un tel vin jette encore des flammes, — FR Jamais de toute éternité, — : Re Jamais nous ne nous laisserons chasser. —
Trinquons ! Trinquons! Le Rhin, — . LA Quand ce ne serait que pour son vin, — f fe Le Rhin doit rester allemand… — à Il n’est pas digne du sang de ses grappes, — ‘ Pas digne de la femme allemande, du foyer allemand, — y û ! Celui qui ne brandit pas joyeusement son épée — PE Pour exterminer les ennemis. — AU Hardi ! En plein dans la bataille! — à Dans la mêlée pour notre Rhin!— Fè Le Rhin doit rester allemand !.. — F Max Schneckenburger écrivit peu de mois après \ à Becker, en novembre 1840, la Garde au Rhin, (die + Wacht am Rhein). Il était un auteur tout aussi modeste ï que Becker. Würtembergeois de naissance, il résidait à À Burgdorf (Suisse), comme associé d’une petite usine. Les mêmes événements lui inspirèrent des sentiments à analogues. Sa poésie resta longtemps ignorée. Mais elle eut la fortune d’être misé en musique d’une façon définitive par Karl Wilhelm. Elle remplaça le Rheinlied comme chant national. Les troupes allemandes la chan- . tèrent pendant l’hiver de 1870. (1) | Wer will des Stromes Hüter sein ? | (1) La poésie de Hoffmann von Fallersleben : das Lied aller j Deutschen (Deutschland, Deutschland über alles), qui est devenue un 3 autre chant national allemand, fut écrite en 1841. Aucune des nom- À breuses poésies suscitées par la guerre franco-allemande ne le A devint. Les chants nationaux allemands datent de 1840-41 et non \ 1
; | ! « Du, Rhein, bleibst deutsch wie meine Brust ! » |
Fu Wirst du doch drum ein Welscher nicht,
ne « So lang ein Trôpfchen Blut noch glüht,
| sé Fest steht und treu die Wacht am Rhein !
Il retentit un appel comme le fracas du tonnerre, — D: Comme le cliquetis des épées et le choc des flots: — ES
Qui veut être le gardien du fleuve? — NE
Chère patrie, tu peux être tranquille : — à
Ferme et fidèle veille la garde au Rhin ! — DL
Des centaines de milliers sont secoués par un frisson rapide, — EX
Dans tous les yeux luit un éclair brillant : — .
Le jeune Allemand pieux et fort — De,
Protège la frontière sacrée de son pays. — Fe
, Chère patrie, tu peux être tranquille : — à 1 Fa
Ferme et fidèle veille la garde au Rhin. — De.
C’est en haut qu’il regarde, là où le ciel bleuit, — « e , Où Hermann abaisse ses regards sur nous, — er Et il fait ce serment avec une fière ardeur belliqueuse : — 2° « Rhin, tu resteras allemand comme mon cœur ! » — Le À Chère patrie, tu peux être tranquille : — ; 5 64 Ferme et fidèle veille la garde au Rhin.— LD He je Et même si mon cœur est brisé par la mort, — A PAS 54 è Tu ne deviendras quand même pas un Welche ; — ya 5 Tes flots ne sont pas plus riches en eaux, — AE FER 1 Que l’Allemagne n’est riche en sang héroïque ! » — L34
“ Chère patrie, tu peux être tranquille : — de Ferme et fidèle veille la garde au Rhin. — - 6
nan } ._ « Aussi longtemps qu’une gouttelette de sang coulera encore
fe MA Qu’un poing brandira l’épée, — [ardente, —
VILA Qu’une main armera le fusil, —
ie à Jamais un Welche ne foulera ta rive. » —
“it ” Chère patrie, tu peux être tranquille : —
AE Ferme et fidèle veille la garde au Rhin.—
Fe k Le serment retentit, la vague s’écoule, —
Ne ( ? Les étendards claquent au vent. —
ue Nous tous voulons être ses gardiens ! —
FL + Chère patrie, tu peux être tranquille : —
HEUes Ferme et fidèle veille la garde au Rhin.—
Fi je A côté de ces poésies inspirées ou imitées du
de Je Rheinlied, d’autres parurent qui le parodièrent. Il ne
Fa ; pouvait impunément être joué par les orgues de BarNATHAN . sous .
dE RATES barie. De nombreuses rivières, des ruisseaux furent
fes refusés aux Français. Lorsque l’actrice berlinoise
Ron Charlotte von Hagen dut être engagée à Francfort, les
fo F4 : Berlinois chantèrent : « Ils ne l’auront pas, la fée mer-
TES 1 veilleuse ! » A Breslau on parla d’introduire le tutoie-
(a } ment dans un « séminaire » de professeurs. Ils répon-
cr dirent : « Nous ne voulons pas le « tu » dans notre DT séminaire. » À Hambourg on ne voulut pas d’un comité M à de tempérance. Dans les maisons de commerce, les Per mots soll (doit) et haben (avoir) fournirent la matière ai à de nombreuses plaisanteries. On chansonna Becker.
4 LE . Henri Heïine se montra le plus âpre, en 1844 il est vrai.
No) Il fait dire au Dieu du Rhin :
à $ A Biberich j’ai avalé des pierres (1) —
: PNR Vraiment ce n’étaient pas des friandises ! —
À È (1) Les deux ports de Mayence et de Biberich étaient en concur-
“it rence. Par un habile aménagement du fleuve ce dernier semblait
Mais plus lourdement sur l’estomac me pèsent — 4 | Les vers de Nicolas Becker. — è Il m’a chanté comme si j’étais encore — ; ri La vierge très chaste, — Ÿ Qui ne se laisse ravir par personne — KE La couronne de son honneur. — 3 Quand je l’entends la sotte chanson, — 7 @ “ I1 me prend envie de m’arracher — 4 Ma barbe blanche, et je voudrais presque — h Me noyer dans moi-même. — “4 ,. Que je ne suis pas une vierge — Les Français le savent bien, — À mes eaux ils ont assez souvent — « Mélé leurs eaux victorieuses. — et contre l’agitation guerrière. Elles sont les œuvres de libéraux irréductibles. Sans doute il importait de fonder a et de sauver l’Allemagne. Mais l’enthousiasme national ; n’allait-il pas étouffer les réclamations libérales ? ‘ Repousser les Français est bien, mais acquérir la CS TES liberté politique est préférable. D’ailleurs les deux #’ causes sont unies. La liberté fera des Allemands des L _ hommes dignes et capables de conserver le Rhin. Tel 4 _ est le sentiment que Robert Prutz exprime dans une fl _ poésie, Le Rhin, qui parut en édition spéciale et très “2 répandue en 1841. Rougissez, dit-il aux Allemands, # devoir l’emporter. Une nuit de mars 1841 des habitants de Biberich Lt virent avec étonnement passer soixante chalands, chargés de grosses 4 … pierres. Ils interrogèrent les bateliers. Ceux-ci répondirent que les 0 pierres élaient destinées à la cathédrale de Cologne qu’on achevaïit. 4 Mais peu après ils ouvrirent les chalands préparés d’avance et 4
- immergèrent toutes les pierres dans le Rhin. L’entrée du port de ee | Biberich fut obstruée. Telles étaient l’anarchie et la jalousie dans « , les affaires intérieures de l’Allemagne même en 1841. k
de parler aujourd’hui du libre Rhin allemand. (1) « Soyez d’abord vous-mêmes libres et allemands. »
Re. Accordez, dit-il aux princes, la liberté de La presse. Le Sa peuple est mûr pour elle. Le véritable esprit allemand de. 2 LS C’est ainsi que le but sera atteint! Et si dans les jours futurs— 1,325 La France orgueilleuse désire notre Rhin, — : OR Nous supporterons cela en souriant, — : eve SRE Sans chansons, mais la main à l’épée, — f ci LR AE Car alors nous aurons réussi à l’attacher éternellement à FOI OR La liberté dorée sera le lien! — [nous : — ras s# Alors il vaudra la peine de combattre jusqu’à la mort, — | RTE Car allemand et libre, alors il restera notre (2) Rhin. — AR. Er Quelques poésies plus hardies furent même nette- | LIVES ment internationalistes. Rudolph Gottschall dédiait ces WE Et toi, fils libre des montagnes libres, — LÉ 210 Qu’enveleppent l’haleine et les parfums de la poésie, — PRCÉRES Tu n’es pas un garde-frontière, pas un sergent, — Le Pas un valet, bon pour un service de fonctionnaire — E. Qui se tiendrait aux portes de l’Allemagne — À 240 Comme s’il nous était solennellement assermenié. — ; 4 É Es-tu donc dressé comme un chien de chasse — ; et Qui flaire avidement le sang français 2 — à Veux-tu, comme on te l’a imputé, — KE” Engloutir toute l’engeance française ? — % É- Qu’ils ne le croient, les mangeurs de Français. — 1926 8 (1) De même Wilhelm Cornelius dit dans la Réponse du Rhin :. dt Fu ü (2) Souligné dans le texte, £
Sont-ils donc faits d’une toute autre matière — À ‘al Les gens là-bas, sur la gauche de notre Rhin, — À # Pour les regarder en badauds d’un œil étonné — Et crier un Halloh menaçant contre eux, — \ te Pour fermer le poing avec des gestes convulsifs — “. Et devenir des patriotes grimaçants ? — \ 4 Ne sois pas un mur qui sépare, sois le pont, — ÿ j O Rhin, qui conduit les peuples les uns vers les autres, — 111 Afin que la Discorde, obstacle à leur bonheur, — a N’aitise pas plus longtemps en ricanant le brasier infernal !— 7 Que sur tes ondes une barque amène — de La Réconciliation, portant la branche de palmier ! — ea Point d’Allemands, point de Français ! Oubliez les noms! — À Soyons hommes seulement, ne soyons rien que des k Et toi, Rhin, dis un puissant Amen — [hommes ! — Bénis l’alliance des peuples! — j Et noue en liens indéchirables — : Tes boucles argentées autour des deux pays. — (1) ) Lorsque la poésie de Becker fut connue en France au printemps de 5841, l’opinion publique était changée. 4 Elle avait tourné à la paix. Le roi la voulait. Sa colère 1e contre les souverains ingrats m’était que politique. ÿ Il expliquait ainsi sa pensée à M. Perrin : « Si je m’étais A prononcé pour la paix, M. Thiers eût quitté le ministère Hi et je serais aujourd’hui le plus impopulaire des hommes. Qi Au lieu de cela j’ai crié plus haut que lui, et je l’ai mis = 14 aux prises avec les difficultés. » Il disait confidentielle- fi ment à M. de Saint-Aulaire, son ambassadeur à Vienne : (1) Cette poésie, postérieure à la crise, parut en 1842 dans les # Lieder der Gegenwart (chansons actuelles). Elle fut sans doute ‘ 41 _ inspirée par la réponse de Lamartine. *.
: « Pour votre gouverne particulière il faut que vous
no. sachiez que je ne me laisserai pas emporter trop loin
! À par mon petit ministre. Au fond il veut la guerre et
ÿ moi je ne la veux pas ; et quand il ne me laissera plus
d’autres ressources, je le briserai plutôt que de rompre
‘ avec toute l’Europe. » (1)
Thiers ne désirait peut-être plus autant la guerre. Il s’embarrassait dans les difficultés. Il ne réussissait pas son plan de campagne. (2) Il rappelait la flotte française
: qui se trouvait en Orient. Il ne pouvait plus faire fond
| sur la résistance de Méhémet-Ali. Après le bombarde-
ù ment de Beyrouth, celui-ci abandonna la Syrie, et après
ï la perte de Saïint-Jean-d’Acre (octobre 1840), il fit une -
ï soumission entière au Sultan et aux alliés.
à Après l’irritation du moment, bourgeois et paysans
| réfléchirent. La perspective des sacrifices s’ouvrit ; les affaires commerciales et industrielles se ralentirent. Et pour qui ces sacrifices? « La France doit-elle faire ces sacrifices pour conserver la Syrie au pacha d’Égypte ?
j Évidemment ce n’est pas là un intérêt assez grand pour devenir un cas de guerre. La France, qui n’a pas fait la guerre pour affranchir la Pologne de la Russie,
1 et l’Italie de l’Autriche, ne peut raisonnablement la
faire pour que la Syrie soit aux mains du pacha etnon
1 du Sultan. » (3) On se souciait peu de revivre pour cette
(1) Cité par Debidour dans l’Histoire diplomatique de l’Europe,
À (2) Edgar Quinet dans une lettre à sa mère du 14 octobre 1840 pré- tend savoir : « que tout le plan de campagne consistait à s’enfermer dans les ports de la Provence ct à tenter de conserver nos communications avec Alger ».
(3) Lettre de Guizot au duc de Broglie, 23septembre 1840. Mémoires de Guizot, tome V, page 370.
36400
cause les équipées révolutionnaires ou les désastres de be Bourgeois et royalistes se souciaient surtout fort peu Re de réveiller l’esprit révolutionräire. Il apparaissait de ‘ plus en plus que la guerre projetée devait être révolu- ‘4 tionnaire. Elle menaçait sérieusement d’emporter la DR monarchie de Juillet. Les rassemblements belliqueux ta 5 devinrent séditieux. L’enthousiasme bourgeois se fit 19 moindre. Les Débats, la Revue des Deux Mondes pri- 4 rent le parti de Louis-Philippe. Le 15 octobre, Darmès CIE à: tira sur le roi qui revenait de Saint-Cloud, sans l’at- à teindre. On crut une révolution imminente. On en pro- à fita pour se calmer. « Beaucoup de gens, fort suscepti- ‘18 bles naguère sur la question d’honneur national, furent ù ÿ ‘ charmés de trouver dans la crainte de lanarchie un Es prétexte pour se refroidir. » (1) : Le 20 octobre Thiers présente à Louis-Philippe un , projet de discours du trône pour l’ouverture des . ne. Chambres, fixée au 28. Le roi en trouve le ton trop bel- &. _ liqueux, refuse de le signer, accepte la démission du Fe cabinet Thiers. Le 29 octobre, le maréchal Soult a 1 _ formé un autre ministère. Le véritable chef en est Guizot, 4 ministre des affaires étrangères, et partisan de la paix. cu 11 travaille aussitôt pour ramener la France à sa place 4 et terminer pacifiquement les affaires d’Orient. Les ‘44 négociations au sujet de ces questions délicates abou- 4 de. tirent le 13 juillet 1841 à la Convention des Détroits, 4 que la France signa avec les quatre Puissances. Mais ke dès le mois d’octobre 1840 la crise était virtuellement 40 G) Lettre de M. de Rémusat à un ami, 17 octobre 1840. > ”
Aussi les polémiques prirent-elles un caractère nouveau. À la Chambre, on parlait encore de l’honneur L national, de la sécurité nationale. Mais le débat rele- Ù vait, dans le fond, de la politique intérieure. On était « partisan de la guerre à tout prix » ou Gpartisan de la paix à tout prix ». On était ennemi ou ami du ministère. Hors la Chambre les polémiques devinrent « littéraires ». L’enthousiasme allemand était calmé. L’excitation française avait pris fin. On ne se disputait plus de peuple à peuple, mais de journaliste à journaliste, de : Aussi ne fut-on pas beaucoup ému en France par le Rheinlied. On l’accueillit avec moins de colère que d’ironie. Le National imprimait à la date du 2 avril 1841 : — « IL faut avouer de bonne foi que la Parisienne (1) est un Vésuve en fureur à côté de cette façon d’oremus bucolique. On nous menaçait d’un ogre et on nous montre la silhouette de Florian; au lieu d’un appel de clairon, c’est une fanfare jouée sur la musette. » Plus 5 tard il nommait le Rheinlied « une idylle aux yeux bleus ». La Revue des Deux Mondes en disait: « La chanson sur le vert et libre Rhin n’est bonne tout au plus | . qu’à charmer l’oisiveté quelque peu niaise des tabagies | teutoniques; on lui fait trop d’honneur de la prendre au 1 sérieux. » (2) De nombreux terrassiers allemands vin- î rent travailler aux fortifications de Paris. Le Charivari en prit occasion pour plaisanter sur les fortifications. Il ; prêta à ces terrassiers un chant des braves où ils chantaient : « Non, ils ne t’auront pas, Rhin! Rhin! Rhin! (1) Chanson de Casimir Delavigne sur la révolution de 1830. Il la | destinait à devenir la Marseillaise de la monarchie de Juillet. (2 Chronique de la Revue des Deux Mondes du 15 juin 1841.
vin! vin! vin! Les fortifications nous appellent, ma F Re truelle frémit d’impatience ; en route et répétons tou- F2 jours : Heug ! Heug! Heug! le cri des braves! » (x) Il 42 semblait bien que tout se terminerait par des « chan- j “4
Mais pour quelques jours, la réponse que Lamartine $5 180 fit à la poésie de Becker, ranima les colères passées. é 24 Becker s’était adressé personneliement à lui. Dans le K bé Rheinisches Jahrbuch, dans le recueil de 1841, le 5 Rheinlied était dédié à monsieur Alphonse de Lamar- +4 tine. Celui-ci reçut l’exemplaire que Becker lui De adressa, le 16 mai 1841. Il répondit « à la Marseillaise 2) lé allemande » dès le lendemain 17 mai, « dans son de: baïn ». (2) Quelles opinions avait-il sur le conflit ? 1 “
Lamartine, qui à la Chambre siégeait « au plafond », ‘4 avait désapprouvé l’agitation de 1840. Il espérait sans F: doute que les traités de 1815, « refoulement violent de : ; ‘4 lomnipotence armée d’un conquérant ne seraient pas pe:
_ éternels et immobiles comme ces fleuves et ces mon- 4
tagnes que la nature a donnés pour traités non écrits 4
entre les peuples ». (3) Il reconnaissait pour la France 1 la nécessité de s’étendre jusqu’au Rhin. Mais il refuse . de faire la guerre. Il ne veut pas qu’on lance la Révolu- 2 tion de Juillet hors de son lit pour mettre en question 4 (2) Lettre de Lamartine à madame de Girardin du 17 mai 1841. ’ 54 Correspondance de Lamartine, publiée par madame Valentine de Le
Lamartine, tome V, page 534. be » (3) Discours sur La question d’Orient du 11 janvier 1840. L. Ulbach. Ne.
La France parlementaire (discours et écrits politiques de Lamar- PRET.
toute l’Europe. (1) IL vote contre le projet de fortifica- à tions pour Paris. Il prévoit le danger de l’apothéose de : Napoléon. « Je ne suis pas de cette religion napoléonienne, de ce culte de la force que l’on veut depuis quelque temps substituer dans l’esprit de la nation à la | religion sérieuse de la liberté. Je ne crois pas qu’il soït bon de déifier ainsi sans cesse la guerre, de surexciter : ces bouillonnements déjà trop impétueux du sang fran- < çais qu’on nous représente comme impatient de couler après une trêve de vingt-cinq ans, comme si la paix qui est le bonheur et la gloire de notre monde pouvait être la honte des nations. » (2) Il affirme la supériorité de la ne paix sur la guerre : « S’il y a plus d’éloquence, je suis : ment, de popularité, de révolution dans la guerre, permettez-moi de le dire, il y a cent fois plus de vrai patriotisme dans la paix. » (3) Il se proclame cosmopolite car la religion nous enseigne la fraternité : « Je suis homme avant d’être Français, Anglais ou Russe, M et s’il y avait opposition entre l’intérêt étroit du M (1) Dans son Cours familier de littérature. Lamartine dit que sa W DS poésie, qu’on lui reproghe mais qu’il ne désavoue pas, a été écrite % « dans un temps où une mesquine politique voulait nous agacer LA contre l’Allemagne et nous exciter contre l’Angleterre ». Cours fanilier de littérature, VII, 9. ‘4 (3) Discours du premier décembre 1840. Ulbach, III, 21. Déjà dans | les Recueillements poétiques, Lamartine avait en plusieurs passages exprimé son horreur de la guerre. Il dit dans,la Lettre-Préface : « IL s’agit de savoir… si on effacera peu à peu du code des nations ce M meurtre en masse qu’on appelle la guerre ; si les hommes se gouverneront enfin comme des familles, au lieu de se parquer comme M des troupeaux. » (Premier décembre 1838). Cf. certaines poésies : M Utopie (août 1837) et surtout une poésie qui fut une déclaration politique : Toast porté dans un banquet national des Gallois et des Bre- M
nationalisme et l’immense intérêt du genre humain, # je dirais, comme Barnave : « Périsse ma nation pourvu ; 4 que l’humanité triomphe! » (1) Au-dessus des intérêts 4 matériels, en effet, il importe de considérer les idées et + les grands hommes, qui doivent leur force à la Provi- | Re dence. Une union entre les idées, entre les grands APN à hommes est indestructible, « Quand les mêmes pensées de ; se communiquent, se pénètrent ainsi à travers les langues, les intérêts, les distances; quand les âmes de 1 deux grands peuples sont d’intelligence par l’élite de 1 leurs citoyens, et commencent à comprendre la mission de liberté, de civilisation, de développement que la Pro- 4 vidence leur assigne en commun; quand cette intelli- ; 1 gence, cette harmonie, cet accord reposent sur la base | de principes éternels aussi hauts que Dieu quiles inspire, aussi impérissables que la nature, ces peuples échap- si pent, par la hauteur de leurs instincts, par l’énergie de gi leur attraction, aux dissidences qui voudraient en vain : F les désunir.…. Quand les esprits libéraux de l’Angle- : terre et de la France se tendirent la main, malgré Napo- d: léon et la coalition, c’était en vain que les armées com- 2h baïtaient encore ; les nations étaient réconciliées. Les ) vrais plénipotentiaires des peuples ce sont leurs grands 1 hommes, les vraies alliances ce sont leurs idées. Les 5 intérêts ont une patrie, les idées n’en ont point ! » (2) si
D’autre part Lamartine était compétent sur le conflit 1e
oriental. Parmi les députés qui traitaient la question” il + (1) La question d’Orient, la guerre, le ministère, deuxième article. 44 Journal de Saône-et-Loire, 29 août 1840. Ulbach, II, 382. F#
| (2) Discours prononcé le 10 février 1840 au banquet donné par la À Société française d”émancipation de l’esclavage aux délégués des va sociétés anglaise et américaine. Ulbach, II, 312-313. |
- était peut-être le seul à connaître la Turquie et l’Orient. je En 1832 et 1833 il avait parcouru ces contrées. A
ES son retour il publia en deux volumes le récit de son
: Voyage en Orient. Le 4 juin 1834 il débuta à la tribune
| de la Chambre des députés par un discours sur Orient.
È Il intervint presque toujours quand la discussion portait sur ce sujet. (1)
| I1 proposait une solution personnelle. Le dépérisse-
; ment de l’Empire ottoman l’avait frappé. Il le jugeait
È malade à ne plus se rétablir. D’un autre côté il consta-
4 tait le malaise où se débattait l’Europe, où s’agitait
F 0 comme un cauchemar la France. « La France, disait-
- il, est une nation qui s’ennuie. » Et les progrès de
À l’instruction, les progrès de la civilisation, donnent à la -
; société des besoins nouveaux. « Il lui faut une sphère
ie d’action plus large et plus proportionnée aux forces et
f aux ambitions que l’instruction développe et dévelop-
É pera de plus en plus en elle, un aliment à son infatigable activité, à sa soif de travail et de richesses: des M colonies. » (2) Dès lors il demandait dans l’aperçu politique qui conclut le récit de son voyage, il demande |
fi dans tous ses discours: puisque l’empire ottoman se
4 meurt, puisque l’Europe a besoin de colonies, ne voyez-
5 vous pas que son intérêt lui commande de se partager l’Orient ? Ne vous battez pas. Mais au lieu de redouter
à le partage de l’Orient, négociez en paix et avec fran- ë
; (1) Notamment le 8 janvier 1834, le 12 janvier 1836, le premier { juillet 1839, le 11 janvier 1840, le premier décembre 1840. li faut ajouter & pendant la crise quatre articles sur la question d’Orient, la guerre et le ministère, dans le Journal de Saône-et-Loire (28 août 1840 et jours { suivants) qui parurent en brochure avec une préface datée du 24septembre 1840. : À (2) Discours du 8 janvier 1844. Ulbach, I, 19. {
chise la répartition des domaines turcs. « Vous parta- 4 gerez en enfants prédestinés de la Providence le vaste fi et magnifique héritage que la mort naturelle de l’em- * pire d’Orient ouvre pour les nations européennes ; vous 24 asseoirez les nations rivales de l’Occident sur des Ve bases plus larges, plus naturelles et par là même plus N solides ; vous rallumerez le flambeau éteint de la civi- 10 lisation aux lieux-mêmes d’où elle a découlé pour vous; En vous sèmerez derrière vous, comme Deucalion, sur cette ‘1 terre féconde et déserte de l’Asie, et vous préparerez à j votre mémoire les bénédictions de deux continents. » (1) Hs C’est en partisan de la paix, et en partisan du par- GAS tage de l’Orient que Lamartine répondit à Becker. (2) fi Dans son numéro du premier juin 1841 la Revue des l red) Discours du 4 janvier 1834. Ulbach, I, 7. Dans la suite, Lamar- ; tine apprécie cette politique ainsi : « On agitait la question exté- 1 rieure, Je venais de parcourir pendant deux ans le monde orien- à 1al ; je devais être attendu, écouté, prépondérant dans une discussion me je songeai à paraître hardi et neuf, plus qu’à rester sincère et hon- pr nête, Je proclamai je ne sais quel prétendu droit de civilisation 1:10 comme un droit absolu d’attenter aux nationalités établies, sans en ‘AR rendre compte ni à Dieu, ni aux hommes, en sorte qu’il suffirait à TU un peuple de se croire plus ou moins civilisé que ses voisins pour ja leur déclarer la guerre et pour les balayer de leur place sur le 9 globe… Rien n’était au fond plus coupable et plus immoral que ce ‘4 prétendu droit d’expropriation des Ottomans. » — À. de Lamartine MR : par lui-même. À. Lemerre, Paris, 1892, pages 340-341. S (2) Ce n’est pas le recueil mais seulement le Rheinlied que Becker ‘UE avait dédié à Lamartine. - 18
La Marseillaise de la Paix Le poète allemand Becker vient de publier et de dédier (ne national qui a eu cet hiver un si grand retentissement sur les bords du Rhin, et qu’on a appelé la Marseillaise de (EL l’Allemagne. « Non! les Français ne l’auront pas le libre 14 Rhin allemand! » M. de Lamartine vient d’y répondre par les vers suivans qu’il intitule la Marseillaise de la Paix. Nous donnons ici les deux poésies, afin que nos lecteurs puissent apprécier les deux points de vue, et faire la part des circonstances dont chaque poète s’est inspiré. M. de | Lamartine est une de ces voix pour lesquelles, amis politiques ou dissidens, il n’y a qu’admirateurs.
k (1) M. Dargaud [la dédicace à M. Dargaud existe dans les diverses F éditions des œuvres de Lamartine, mais elle n’est pas dans letexte | de la Revue des Deux Mondes] fut un des amis de Lamartine dans la deuxième période de sa vie. Il est l’auteur d’une Histoire de Marie
| Stuart (1850) et d’une Histoire de la liberté religieuse en France et de \
à ses fondateurs (1859). Il avait fait paraître en 1840 un roman en deux
1 volumes : Georges ou une âme dans le siècle. Le premier volume M
4 contenait un grand éloge de Lamartine. Le Tombeau de Jérusalem M
% {Recueillements) est aussi dédié à M. Dargaud.
ja (2) Lamartine avait voulu envoyer la Marseillaise de la Paix à M
- madame de Girardin, pour qu’elle la publiât dans la Presse. Mais il ne l’écrivit pas immédiatement. Le 28 mai, un ami le pria instam-
ment de lui prêter 500 francs. Ne les possédant pas pour l’instant, il M
adressa sa poésie à Buloz, le fondateur de la Revue des Deux Mondes,
et ajouta : « Envoyez-moi 1.000 francs courrier par courrier si vous
jugez à ce prix quelques mauvaises rimes et mon nom. » Trois jours {
après il reçut un billet de 1.000 francs dans une lettre, « le seul M
argent qu’il eût jamais touché d’un journal ou d’une revue ». Lettre M
à madame de Girardin du 5 juin 1841. Correspondance, tome V, à
« Is ne l’auront pas, le libre Rhin allemand, quoiqu’ilsle _ demandent dans leurs cris comme des corbeaux avides! » « Aussi longtemps qu’il roulera paisible, portant sa robe verte, aussi longtemps qu’une rame frappera ses flots. » ete L « Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand, aussi long- PET _ temps que les cœurs s’abreuveront de son vin de feu. » . Ÿ Li 4 . « Aussi longtemps que les rocs s’élèveront au milieu de “ 4 É. son courant, aussi longtemps que les hautes cathédrales se Da. _ refléteront dans son miroir. » LI | « Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand, aussi long- . 7 $ _ temps que de hardis jeunes gens feront la cour aux jeunes SAUTER _ « ls ne l’auront pas, le libre Rhin allemand, jusqu’à ce PR _ que les ossements du dernier homme soient ensevelis dans ‘La
ses vagues. » re
la Marseillaise de la Paix
Roule, libre et superbe entre tes larges rives, L k. Rhin ! Nil de l’Occident ! coupe des nations ! ‘1 Et des peuples assis qui boivent tes eaux vives ; “ Emporte les défis et les ambitions ! | à Il ne tachera plus le cristal de ton onde, sal Le sang rouge du Franc, le sang bleu du Germain ; ‘4 Ils ne crouleront plus sous le caisson qui gronde, ee Ces ponts qu’un peuple à l’autre étend comme une main! # es Les bombes, et l’obus, arc-en-ciel des batailles, ? -4 Ne viendront plus s’éteindre en sifflant sur tes bords ; ‘4 L’enfant ne verra plus du haut de tes murailles, “4 Flotter ces poitrails blonds qui perdent leurs entrailles, # ! Ni sortir des flots ces bras morts ! 4 à Roule libre et limpide en répétant l’image 4 De tes vieux forts, verdis sous leurs lierres épais, { Ke Qui froncent tes rochers, comme un dernier nuage A. Fronce encor les sourcils sur un visage en paix. 44
: _ Alphonse de Lamartine : L Ces navires vivans dont la vapeur est l’âme
Déploîront sur ton cours la crinière du feu;
“ L’écume à coups pressés jaillira sous la rame, > 5 La fumée en courant lèchera ton ciel bleu. Le chant des passagers, que ton doux roulis berce, | Des sept langues d’Europe étourdira les flots, 5 . Les uns tendant leurs mains avides de commerce, ñ Les autres allant voir aux monts où Dieu te verse Dans quel nid le fleuve est éclos ? ) | Roule libre et béni! Ce Dieu qui fond la voûte p ‘ Où la coupe du gland pourrait te contenir, : s Ne grossit pas ainsi ta merveilleuse goutte f Pour diviser ses fils, mais pour les réunir! < Pourquoi nous disputer la montagne ou la plaine? Notre tente est légère, un vent va l’enlever; | La table où nous rompons le pain est encor pleine, Que la mort, par nos noms, nous dit de nous lever ! Quand le sillon finit, le soc le multiplie ; Aucun œil du soleil ne tarit les rayons; F. Sous le flot des épis la terre inculte plie ; S Le linceul, pour couvrir la race ensevelie, És Manque-t-il donc aux nations ? ne Roule libre et splendide à travers nos ruines, D) | Fleuve d’Arminius, du Gaulois, du Germain ! | Charlemagne et César, campés sur tes collines, | T’ont bu sans t’épuiser dans le creux de leur main !
Et pourquoi nous haïr et mettre entre les races ‘5 Ces bornes ou ces eaux qu’abhorre l’œil de Dieu? & De frontières au ciel voyons-nous quelques traces ? 1 Sa voûte a-t-elle un mur, une borne, un milieu ? ÿ u Nations ! Mot pompeux pour dire barbarie ! s ri L’amour s’arrête-t-il où s’arrêtent vos pas ? ne 4 Déchirez ces drapeaux; une autre voix vous crie : j 4 L’égoïsme et la haïne ont seuls une patrie, % à Roule libre et royal entre nous tous, Ô fleuve! É 4 Et ne t’informe pas, dans ton cours fécondant, , à Si ceux que ton flot porte, ou que ton urne abreuve, ‘4 | Regardent sur tes bords l’aurore ou l’occident! 4 ; Ce ne sont plus des mers, des degrés, des rivières, 4 1 Qui bornent l’héritage entre l’humanité; ; h | Les bornes des esprits sont leurs seules frontières, 2 : Le monde en s’éclairant s’élève à l’unité. 1 Ma patrie est partout où rayonne la France, #4 Où sa langue répand ses décrets obéis ! 4 Chacun est du climat de son intelligence, ‘4 . Je suis concitoyen de toute âme qui pense : fi La vérité, c’est mon pays! (*) de Roule libre et paisible entre ces fortes races ‘1 Dont ton flot frémissant trempa l’âme et l’acier, Ke Et que leur vieux courroux, dans le lit que tu traces, 4 Fonde au soleil du siècle, avec l’eau du glacier ! 44
Alphonse de Lamartine / Vivent les nobles fils de la grave Allemagne ! ee é. Le sang-froid de leurs fronts couvre un foyer ardent; : Chevaliers tombés rois des mains de Charlemagne, | Leurs chefs sont les Nestors des conseils d’Occident ! Leur langue a les grands plis du manteau d’une reine, à La pensée y descend dans un vague profond, (*) ï Leur cœur sûr est semblable au puits de la syrène, | Où tout ce que l’on jette, amour, bienfait ou haine, ; Ne remonte jamais du fond. 4 Roule libre et fidèle entre tes nobles arches, æ Verdis le sceptre aimé de tes rois patriarches; 14 Le joug que l’on choisit est encor liberté ! : Et vivent ces essaims de la ruche de France, | Avant-garde de Dieu, qui devancent ses pas! Comme des voyageurs qui vivent d’espérance, 4 Ils vont semant la terre, et ne moissonnent pas… Le sol qu’ils ont touché germe, fécond et libre; { à Ils sauvent sans salaire, ils blessent sans remord; É 3e Fiers enfans, de leur cœur l’impatiente fibre | à Est la corde de l’arc où toujours leur main vibre Pour lancer l’idée ou la mort ! ; Roule libre, et bénis ces deux sangs dans ta course; | Souviens-toi pour eux tous de la main d’où tu sors : | | L’aigle et le fier taureau boivent l’onde à ta source; : | Que l’homme approche l’homme, et qu’il boive aux deux bords
Amis, voyez là-bas ! — La terre est grande et plane ! ’ Re L’Orient délaissé s’y déroule au soleil ! He: L’espace y lasse en vain la lente caravane, d À b: La solitude y dort son immense sommeil! 4 x Là, des peuples taris ont laissé leurs lits vides ; S 3 Là, d’empires poudreux les sillons sont couverts; 14 Là, comme un stylet d’or, l’ombre des Pyramides 1; Mesure l’heure morte à des sables livides ne
Sur le cadran nu des déserts! É. Roule libre à ces mers où va mourir l’Euphrate, É. ; Des artères du globe enlace le réseau, 4 Rends l’herbe et la toison à cette glèbe ingrate, à Que l’homme soit un peuple et Les fleuves une eau ! 2
Débordement armé des nations trop pleines, ; d Au soufile de l’aurore envolés les premiers, : | | Jetons les blonds essaims des familles humaines 160) Autour des nœuds du cèdre et du tronc des palmiers ! 4 Allons, comme Joseph, comme ses onze frères, ‘4 Vers les limons du Nil que labourait Apis, F Trouvant de leurs sillons les moissons trop légères, À
Et revinrent courbés d’épis ! 2% Roule libre, et descends des Alpes étoilées +; 0 L’arbre pyramidal pour nous tailler nos mâts, à Et le chanvre et le lin de tes grasses vallées ; 14 Tes sapins sont les ponts qui joignent les climats ! 7 1 L
; Alphonse de Lamartine RUE 4 : Allons-y, mais sans perdre un frère dans la marche, è Er Sans vendre à l’oppresseur un peuple gémissant, ‘* Sans montrer au retour aùu Dieu du patriarche, ; Au lieu d’un fils qu’il aime, une robe de sang! Rapportons-en le blé, l’or, la laine et la soie, | Avec la liberté, fruit qui germe en tout lieu! { ; Et tissons de repos, d’alliance et de joie À : L’étendard sympathique où le monde déploie 4 à L’unité, ce blason de Dieu! Roule libre et grossis tes ondes printanières TS f Pour écumer d’ivresse autour de tes roseaux, “2 Et que les sept couleurs qui teignent nos bannières, ; Arc-en-ciel de la paix, serpentent dans tes eaux ! () L’esprit des temps rejoint ce que la mer sépare, 4 ’ Le titre de famille est écrit en tout lieu. d Li L’homme n’est plus français, anglais, romain, barbare, ne Il est concitoyen de l’empire de Dieu! A. 1] Les murs des nations s’écroulent en poussières, È &’ Les langues de Babel retrouvent l’unité, 4 g, L’Évangile refait avec toutes ses pierres 4 4 (*) Cf. madame de Staël. — De l’Allemagne, I, 2 : « cette éminente 3 À faculté de penser, qui s’élève et se perd dans le vague, pénètre et À de disparaît dans la profondeur ». ; Dans les éditions de Lamartine, la Marseillaise de la 4 Paix figure parmi les Épiîtres et Poésies diverses. |
5 Cette Marseillaise de la Paix fut mal reçue. Assurément il se trouva des esprits assez ouverts ou assez à F simples pour l’admirer. Des ouvriers la publièrent dans à une brochure distribuée gratuitement. (1) En Alle- à ê magne elle fut traduite par Gubitz, par Spieker, et fort $ 4 heureusement traduite par le poète Freiligrath. (2) — Fa Mais dans les deux pays les railleries ou les insultes à : prévalurent. Edgar Quinet écrivait à sa mère : « T’ai-je ë dit que les journaux allemands ont abominablement, indignement traité la Marseillaise de la Paix? » (3) La (1) Paix et travail. Progrès et conservation. MM. Alphonse de É ; gratis chez M. Vimard, directeur de la Ruche Populaire, passage 4 Saucède, 28. In-8, 27 pages. — On lisait dans la préface : « Des À ouvriers parisiens qui appellent de leurs vœux et de leurs efforts : M . le règne de la paix et du travail, ont voulu faire imprimer ensemble “24 \ pour les distribuer gratuitement : la Marseillaise de la Paix, par É’ M. de Lamartine, en réponse au Chant du Rhin; un fragment du ë discours de M. Victor Hugo [discours de réception à l’Académie,
fragment où il parle du rôle social du poète] et les lignes éloquentes
à , et prophétiques sorties de la plume de M. Michel Chevalier [profes- : ou seur d’économie politique au collège de France] le lendemain de Ja #4 ; Révolution de juillet, alors que bourgeois et prolétaires, au signal & | du prince lui-même, entonnaient à l’unisson le chant français d’un À autre âge, la Marseillaise avec son refrain d’anathème contre le k (2) Gazette de Cologne, du 22 juin 1841. Se trouve dans Ferdinand À (3) Septembre 1841. Edgar Quinet, Lettres à sa mère, tome II,
Gazette de Cologne en disait : « A côté de la petite : ha poésie de Becker, elle a l’apparence d’une dame de la ) 4 côté d’une petite paysanne simple et saine. » (1) En Fe France on fut plus violent. Le comte Le Noble Aubert Ve ; du Bayet, capitaine de l’Empire et poète en temps de ‘104 paix, écrivait: « Le chant allemand de M. Becker, A considéré en lui-même, est une œuvre sans portée, que de: l’on eût laissé passer inaperçue en France, comme tant 5 d’autres rapsodies inspirées à nos voisins par l’inertie par, É de notre gouvernement. Mais qu’une des plus belles ‘il gloires de notre littérature prostitue sa plume à revêtir 5 4 de couleurs brillantes l’abandon de toute gloire natio- mit nale, c’est ce qu’il est impossible de tolérer; et malgré 358 | ladmiration qu’inspire le talent de l’auteur des Médita- = h ! tions, la raison, la justice et l’orgueil du nom français 14 protestent hautement contre une telle hérésie. » (2) Le 4 National imprimait : « Traitant la vie politique en . 2
_ sera jamais un homme politique sérieux et il cessera 1 d’être un homme éminent en poésie. Cette décadence, y? depuis longtemps commencée, se poursuit sous nos Pas j veux par des outrages au bon sens et des insultes à la ; 4 grammaire. Cela devait être : quand on méconnaît ce *, que vaut le ressort de la nationalité, on mérite de perdre Ex
Pendant plusieurs jours le Charivari s’acharna sur A (1) Gitée par Waeles, page 75. he ) (2) Le Rhin français (réponse au chant de Becker) par le comte Le 18 Noble Aubert du Bayet, chez Delaunay, Paris. En vers, 0 france 30. De, Juin 1841. Préface. Nous donnons cette pièce, page 67. Ÿ “1
Lamartine, qu’il surnommait M. de Latartine. Il impri mait le 4 juin : « Il y a par l’Allemagne un certain É à M. Becker qui a éprouvé le besoin de déclarer que : 1 nous n’aurions pas le Rhin tant que les rocs, etc. Ce k ; digne M. Becker vient de publier un recueil de poésies dans lequel il a inséré ces quelques strophes qu’on a & baptisées du nom de Chant national. Le tout imprimé à Leipzig, a été dédié à M. de Lamartine, lequel 4 Alphonse, voulant reconnaître cette politesse, lui a 4 dédié à son tour un morceau qu’il a intitulé la Marseil- À laise de la paix, — 21 couplets, 134 vers. Cet hymne est s. | une complainte… PS. : Aujourd’hui on appelle ça du style dans les bureaux F à de la Revue des Deux Mondes. À O Gustave Planche, si vous vous oubliez encore un g k jour de plus dans les bras de la Palombicelli, Buloz | perd la conscience du beau, Buloz s’en va ! à 4 Et vous, ingrate Elvire, avez-vous donc cessé du haut a du ciel de veiller sur votre chantre bien aimé ! déguisezvous en brise légère, et quand il s’endormira sous les l ombrages de Saint-Point, dites-lui qu’il se trompe; E. B dites-lui même qu’il patauge horriblement, adorable 4 4 Elvire, et que comme Tyrtée dynastique Delavigne, | Casimir Delavigne est plus fort que lui. Après ça, 4 F s’ilne vous écoute pas, vous pourrez remonter vers les k sphères célestes, vous aurez fait votre devoir, Elvire ! 4
Le nôtre est de flétrir cet art corrompu, qui se fait le 4
Ë 4 complice des lâchetés du pouvoir et qui les fait excuser j par les intelligences faibles en les couvrant d’un vernis u ; Le 5 juin Le Charivari publiait une parodie de la 3 Marseillaise de la Paix.
Le sieur Becker, poète et sujet allemand, ne Ayant eu la bonté de m’envoyer un livre } 0 Où la France est traitée assez peu décemment ; ÿ re (Becker a du talent mais on dit qu’il s’enivre) Ch Le feu sacré du vers m’a pénétré le corps ; ds 5 Sur Pégase aussitôt je me suis mis enselle, 00 Et, rajustant mon luth avec une ficelle } Dar
J’ai fait entendre ces accords : / 1 O Rhin ! entre tes bords, contre lesquels s’adosse si ‘à L’Europe, dont la soif s”étanche dans tes eaux, ie Verse ton urne en paix ; crois-moi, roule ta bosse, | 408 Toujours libre et joyeux à travers tes roseaux. : A Il ne troublera plus ta belle et large nappe, ; à VA Le sang bleu du Germain, le sang rouge du Franc : 4 ‘ À travers des rochers où le flot tourne et jappe, D Tu ne reverras plus — spectacle déchirant ! A d Ces tas de flancs ouverts d’où glissent des entrailles, ‘was Ces bras sortant des eaux et semblant dire Holà! 4 Ces corps coupés en deux par les faux des batailles, } 1 Qui dans tes profondeurs trouvent leurs funérailles ; “1 Tu ne verras plus tout cela. ë r 1
O vieux Rhin ! pour ne pas t’ennuyer comme un cuistre, sn, Reflète dans ton cours, soit l’arbre du chemin, D Soit le grand château fort, sombre comme un ministre L
- Quand la majorité s’échappe de sa main. 5
” Sur ton robuste sein fais circuler en foule 4 Les machines à haute ou basse pression ; Le Qu’en tous lieux le piston que la vapeur refoule, 5 Aux rouets des steamers donne l’impulsion ! Fe Fais voguer tes vaisseaux, soit vers la mer Baltique, L Où le digne Hollandais s’engraisse de Harengs, (1) Fe À À
() Les Allemands font remarquer avec stupéfaction que le Rhin 4
ne se jette pas dans la mer Baltique et que les Hollandais ne s’en- 4
graissent pas exclusivement de harengs. : Re
ne | Gaston Raphaël ON NT 4 Soit vers les bords français, ou le sol helvétique ; 44 Que ton flot s’émerveille au murmure exotique £ CARO De mille jargons différents ! : “4 Roule, sans te gêner, à travers les décombres, Ë cé Toi, dont Jules César autrefois a bu l’eau ; à Qui sur Napoléon vis s’amasser les ombres, Fe : Et fus en pauvres vers célébré par Boileau. ; k Pourquoi nous épuiser en mauvaises chicanes ? è Et ceindre les Etats de fossés, de jalons ? J < Voyons ! le ciel a-t-il des lignes de douanes ? 1 Est-il borné partout comme un champ de melons ? 1 A la fraternité sachons ployer la terre ; 1 wi Fondons le monde en une immense nation, - Li % Du Finmark au Maroc, de Chine en Angleterre TA \ Donnons-nous tous la main! formons un phalanstère ; “he : Messieurs, c’est mon opinion. 4 Ÿ Roule, roule toujours, beau fleuve; que t’importe £ GA Quand sur ton gravier fin tu cours libre et riant, | Que t’importe si ceux dont tu baignes la porte, ÿ Préfèrent le porter aux vins de l’Orient ? Le terroir allemand peu riche en aromates, 4 Brille par ses chevaux, sa choucroute et son schnick ; L Il se distingue encore par ses grands diplomates, EÉcoliers régentés par le vieux Metternich. Î Jamais d’étourderie et jamais de mécompte % d Parmi ces hommes froids, à l’œil fixe et vitreux, “ Jamais un foutriquet, moutard que rien ne dompte, à. N’ose de leurs conseils, sans scrupule et sans honte, j Trahir les secrets ténébreux. | À Poursuis, poursuis, vieux Rhin, ta course vagabonde; a wi Laisse libre les deux côtés de ton courant ; 1 F L’ours et Le fier cheval boivent bien à ton onde, “ Laisses-y boire aussi le Germain et le Franc. La place, par hasard, au soleil manque-t-elle ? : Je ne crois pas. Amis, là-bas est l’Orient, ‘4
Ce vieux géant tenu par des nains en tutelle, # F2 Ce jardin de la terre, à l’aspect si friand. 4 L’Orient est pour moi le rêve de Tantale ; LES Je veux au coq gaulois en donner une part, 4 Puis jeter le surplus, par portion égale, Rex | Au vautour de Russie, à l’aigle bicéphale, ; ss 4 ‘ Ainsi qu’au rusé léopard. ? , Du: Mais sans jamais rouler de morts ni de débris, ‘ 4 Fais en sorte, au plus tôt, d’arborer sur tes rives FA 74 Le superbe drapeau de la paix à tout prix. Fe r J’ai dit ; et maintenant voici ce que j’ajoute : 4 te, Becker, dont le talent est loin du mien sans doute, RER S’est vu pour sa chanson, couvert d’or et béni. {SH Or si l’on paye ainsi l’œuvre d’un pauvre hère, 08 La mienne doit au moins valoir un ministère, Re J Qu’on me nomme ministre et que tout soit fini. x La Revue des Deux Mondes avait été directement à A attaquée. Elle prit peur. Elle crut opportun de faire - FRE pardonner son audace malheureuse. Dès le numéro du MR: 15 juin 1841 elle publiait une réponse à Lamartine 4 J È ; Au premier coup de bec du vautour germanique, + “# É Qui vient te disputer ta part d’onde et de ciel, Dee Tu prends trop tôt l’essor, roi du chant pacifique, È Pi: Noble cygne de France, à la langue de miel. 43 Quoi! sans laisser au moins une plume au rivage, LT 2420 Gardant pour ta couvée à peine un grain de mil, 44 Des roseaux paternels tu cèdes l’héritage ; k à à Et sur l’aile de l’hymne agrandi dans l’orage, 1 RS
1 8 Ah! qu’ils vont triompher de ta blanche élégie! D. à) Que l’écho de Leipsig rira de notre peur! ‘À 748 1 Déjà l’or de ton chant transformé par l’orgie, # 4 Dans l’air m’est renvoyé comme une balle au cœur. ê
J’écoutais l’avenir dans ta voix souveraine, ‘à
4 Mais la douleur m’éveille au sein de la syrène; F Ma lèvre, en pâlissant, repousse encore pleine k : Ne livrons pas si tôt la France en sacrifice #4 ke A ce nouveau Baal qu’on appelle unité. ; ‘on s Sur ce vague bûcher où tout vent est propice, d Ne brûülons pas nos dieux devant l’humanité. 4 L’holocauste n’est plus le culte de notre âge. A N Comme Isaac pliant sous le glaive jaloux, 201 à Pourquoi tenir courbé ce peuple sous l’outrage? 4 | Est-ce pour l’immoler, sans revoir son visage, ; ù Que vous l’avez mis à genoux? 4 k Si patrie est un mot inventé par la haine, F | Tente vide, en lambeaux, que l’amour doit ployer; À \ S’il faut des nations briser la forme vaine, 44 ; ‘Arrache donc aussi la famille au foyer! 4 : De tout champ limité condamne la barrière. ‘4 Maudis le jeune hymen dès que son temple est clos. ne Au lare domestique interdis la prière ; K L Tous ensemble, au hasard, mêlant notre poussière, 4 :é ; Fraternisons dans le chaos. 4 k Regarde! Dans ton vol, les cieux que tu visites, 4 ; Par des rivières d’or divisent l’infini. À ls Ces royaumes profonds dont tu sais les limites, _ f Désertent-ils Pazur que Dieu même a béni? 4 Le Bélier au Verseau cède-t-il sa frontière ? b : » Au vain rugissement de l’Ourse ou du Lion, M: Quand vit-on reculer le sanglant Sagittaire, “ Ou fuir les deux Gémeaux, s’inclinant jusqu’à terre, j En Dans la cité du Scorpion? 114 4
L’humanité n’est pas la feuille vagabonde, Ne: Sans pays, sans racine, enfant de l’aquilon. 1 54 C’est le fleuve enfermé dans le lit qu’il féconde, Al Parent, époux des cieux mélés à son limon. 5210 Au peuple ne dis pas : « Abandonne ta rive. » * NUE “te Quand lherbe boit le flot promis à l’Océan, El C’est qu’aux sommets sacrés d’où l’avenir dérive, #4 ns La source de l’idéé a tari toute vive ve Dans l’esprit glacé du géant. LE fe
Du chœur des nations la lutte est l’harmonie; n Dans mille chants rivaux, d’où naissent leurs concerts, 1 Chaque peuple a sa voix, sa note, son génie. 6 Tout, dans l’immense accord, paraît un et divers. “4 L’un parle-t-il trop bas pour la voix du prophète, D: À l’hymne de la peur enchaîne-t-il ses jours, 4 La danse des cités en chancelant s’arrête. Fe De leurs fronts de granit, ridés par la tempête, e Tombe une couronne de tours. i fs Sur la lyre accordée aux prières des femmes, 52 | Pourquoi de tant d’encens nourrir notre sommeil ? : 4 De trop de voluptés ne chargeons pas nos âmes. ; Fa ‘ Après le songe heureux es-tu sûr du réveil? Xe Que sais-tu si l’aspic ne dort pas sous la rose, s Si la lutte est finie entre l’homme et le Dieu? 5 , Convive du banquet que plus d’un pleur arrose, Sur le mur prophétique où cette main se pose, F Ne vois-tu pas des traits de feu? à k Pour désarmer nos cœurs, apprivoise le monde. ‘4 D’avance à l’avenir as-tu versé la paix? ‘k Et du Nord hérissé le sanglier qui gronde, F4 De ta muse de miel a-t-il léché les traits? À Au soc de la charrue a-t-il courbé le glaive? so Albion, sur sa nef, détruit-il son rempart? 150 Parmi les flots d’airain que l’Orient soulève, 5 Orphée a-t-il enfin marié sur la grève pe
L’aigle blanc et le léopard? +4
Gaston Raphaël ( ne
Le Rhin sous ta nacelle endort-il son murmure ?
1 Que le Franc puisse y boire en face du Germain. |
ae L’haleine du glacier rouillant leur double armure,
do Deux races aussitôt se donneront la main. |
Na Nous ne demandons pas tout l’or de la montagne.
Du Nil de l’Occident nous ne voulons qu’un bord,
Pour que les cieux de France et les cieux d’Allemagne |
Sous les eaux partageant l’astre de Charlemagne, x
Roulent ensemble au même port.
ei Aux troupeaux divisons la source de nos pères. $
à Quand ils ont sur la rive assis la liberté, 1
; Craignaient-ils d’éveiller les gothiques vipères ?
à Goüûtons l’eau du torrent par droit de parenté.
Avec les rois Germains tout nous réconcilie. j
Dans leur nid féodal nos aigles sont éclos. À k
Sans qu’au bruit de leur pas notre écho s’humilie,
: Consentons que leur ombre à notre ombre s’allie
(| Dans le sein pavoisé des flots.
Mais si lui-même en vain le torrent nous appelle,
Si l’onde du glacier ne coule pas pour tous, |
1 Et s’il faut nous sevrer du lait de la Cybèle,
Quand ce peuple aura soif, où l’abreuverons-nous ? 11
Au pays des palmiers tu penses le conduire! À
: Notre Dieu ne veut pas qu’on nous mène en exil. 4
Pendant que tu chantais, tout près de nous séduire, 4
- Sur son flanc irrité j’ai vu son glaive luire. 4 00 Tu pars, dis-tu? — Marchons, au vent de tes bannières, 4 È Non pas, comme Joseph, en sa captivité, 1 ; Au joug du Pharaon liant ses onze frères; % Il pleurait, dans Memphis, sur Jacob insulté. ‘1 Mais ainsi que Moïse, au sortir du servage, L: Loin d’Apis entraîné par le serpent d’airain, Æ Fais-nous rentrer, joyeux, dans l’ancien héritage; 2 à Et le glaive épousant les lyres au rivage, #4 Allons revoir notre Jourdain. A
On ne se contenta point de répondre à Lamartine. 59 On fit de vives ripostes au Rheinlied. On atteignait ra d’un coup Becker et Lamartine. 7 Le Charivari publia la sienne le 11 juin : SE — Nous en rirons longtemps de tes vers, de tes vers alle- 3 ss mands, quoiqu’ils nous assourdissent les oreilles comme ds les cris de mille corbeaux. : a — Nous en rirons longtemps de tes vers allemands, tri- ‘840 viale parodie d’un chant qui fit trembler, jusque dans leurs l’AS fondements, les vieilles cathédrales occupées à se mirer Ru dans ton Rhin, à Becker! ‘0 — Nous en rirons tant que la mémoire de nos enfants Du gardera le souvenir de La Marseillaise, tant que les lèvres : ms ‘ de nos vieillards conserveront assez de force pour raconter nn | l’histoire de nos conquêtes, tant que de hardis jeunes gens HE : feront l’exercice avec leur fusil élancé. #4 — Nous en rirons tant que se perpétuera parmi nous la + tradition du bon goût uni à l’énergie, tant que l’on aimera . M les beaux vers, tant que durera la coupe d’or que t’a octroyée # 4h le roi de Bavière. ë
- — Remercie la France au lieu de l’insulter, à Becker, 4 naguères la réputation ne dépassait pas les limites de la ‘4 principauté qui t’a donné le jour, et maintenant elle est | devenue européenne, grâce à nos journaux, qui t’ont fait 4 mousser comme l’onde du Rhin sous les rochers de Schaff- } ! house, ou comme un verre de bière versé par une de tes He. blondes compatriotes à un grenadier de Kléber. 5-41 — Nous te gardons une rancune éternelle, d Becker! non “4 (3 point à cause de tes menaces, mais parce que tu nous as pr è valu une pièce de vers de Lamartine, la Marseillaise de D ï l”Ennui, parce que de tous côtés les poètes taillent leur RE. plume, parce que nous allons avoir une foule de Marseil- © 154 laises en réponse à ta ballade de professeur. à De
_— Car tu dois être professeur dans quelque gymnase, Ô 4 5 À Becker, ou docteur en théologie. Pour récompenser ton MUR patriotisme de rhétorique, le roi de Bavière te nommera ;. À assesseur de police ou censeur, et franchement tu ne Vauras , 1 pas volé. ! : — Lorsque la jeune Allemagne tenait en maïn l’épée de Koerner, elle obéissait à une inspiration nationale, mais
- aujourd’hui, c’est au nom des royautés menteuses de ton
si pays que tu prends la défense du Rhin, et personne ne ;.
à répète ta chanson si ce n’est la presse française qui t’ac-
Fe corde généreusement l’hospitalité qu’elle donne dans ses
É colonnes aux suicides, aux assassinats et aux accidents de { chemins de fer. k at — Becker, il faut enfin vous le dire, vous êtes ennuyeux à ? ’ comme toute la littérature allemande; vous êtes comme bi. chantre populaire de la force de monsieur Casimir DelaWe vigne ; vous venez de résoudre un grand problème en , 2 inventant quelque chose de plus niais que la Parisienne. x4 Becker, vous méritez d’être décoré. Pour peu que vous teniez 4 di à cette distinction, écrivez à monsieur Victor Hugo, votre 4 ê confrère en politique, qu’il demande pour veus la croix nu : d’honneur, car c’est son métier de la demander pour tout | le monde. Monsieur Victor Hugo s’adressera à monsieur M : Villemain, lequel se fera un plaisir de la lui refuser. Les M petits refus entretiennent l’amitié. E — Vous allez recevoir un grand nombre de réponses; 1 13 va se croire obligé de vous réduire en poudre, à Becker! M Ka: Un seul pourrait le faire, c’est Béranger; et celui-là ne M prendra pas cette peine, car il sait que la meilleure réponse M 4 1 à vous faire, c’est de chanter encore une fois la Marseil- 4 7 laise, notre Marseillaise à nous, l’hymne de la République. « 4 ie Le jour où nous l’entonnerons, ce jour-là nous aurons, ‘4 votre Rhin, votre Rhin allemand! 14 : Le comte Le Noble Aubert du Bayet, capitaine de Es
l’Empire, fit paraître en une plaquette sa réponse à 150
Et cuncta terrarum subacta. HA Sur ce Rhin orgueilleux dont vous vantez la gloire, de nr 5 Et dont les bords par nous furent vingt fois soumis, +4 Pleurez vos pères morts et tremblez pour vos fils, 2 5 “A à Au premier beau jour de victoire! Pi 5 Oui, nous l’aurons, ce Rhin, cher à notre mémoire, ee 41 Bientôt vous frémirez comme ses flots émus.. iN4 ‘4 Que la France soit libre, il ne le sera plus!!! ‘4 | Si déjà jusqu’à vous l’oiseau des noirs présages | D : En secret a porté ses sinistres clameurs, DRE Sur vos futurs destins versez, versez des pleurs ; LS. Le corbeau prédit les orages! ; | Oui, nous l’aurons, ce Rhin, les oracles sont sages ; De | Bientôt vous tremblerez comme ses flots émus. TS Que la France soit libre, il ne le sera plus!!! K ‘4 Tant qu’un linceul de plomb pèsera sur la France, ‘#4 Que dans ses vertes eaux la rame ou la vapeur ‘110 Pousse en paix l’humble barque et l’actif remorqueur.. KE à Sans peur narguez notre vaillance ! ; Mais nous l’aurons, ce Rhin, le jour fatal s’avance, 4 Vous tremblerez alors comme ses flots émus… Ko Et la France enfin libre, il ne le sera plus!!! “A (1) 11 disaït dans la préface : « Mùû par le sentiment d’une sainte RS et patriotique indignation, je n’ai pas craint de saisir la plume à 50 défaut de l’épée pour renvoyer la menace et le mépris à celui qui, :48 sans pudeur, par un défi téméraire a osé insulter au lion muselé. SA Que n’ai-je, hélas ! le talent merveilleux du poëte dont je déplore : A4 la désertion au drapeau, ou que ne puis-je l’animer de cet amour i Le de la patrie qui fait ma force et soutient mon courage ! » i 13
7 A votre vin de feu demandez le courage; À 1 The Mais qu’un cri de combat vole de rang en rang, “te NE Et nous abreuverons des flots de votre sang
M. Le Rhin soumis à l’esclavage.
à Oui nous l’aurons, ce Rhin, notre antique héritage,
su Alors vous tremblerez comme ses flots émus.. mes Car la France enfin libre, il ne le sera plus!!!
F3 Las de s’être mirés, vos gothiques ouvrages
Hs Iront joindre les rocs qui hérissent son cours;
% Arches de nouveaux ponts les débris de vos tours 10 Du Rhin uniront les rivages. à
a Oui nous l’aurons, ce Rhin, malgré vos cris sauvages; 4 y Alors vous tremblerez comme ses flots émus… $ te Car la France enfin libre, il ne le sera plus!!! 2 À : Les hardis jeunes gens couchés dans la poussière,
NE Ou courbés sous le poids d’un pardon généreux, oo Nous légueront leurs droits sur la blonde aux yeux bleus je Qui nous rappellera sa mère.
Oui nous l’aurons, ce Rhin, dévorant sa colère ; À Alors vous tremblerez comme ses flots émus… ns L Car la France enfin libre, il ne le sera plus!!! 1 ; Nous t’aurons, Rhin si fier, avant dix ans peut-être, 4 : Des os déjà blanchis, sur tes bords écumants, 4 Verronts’amonceler de nouveaux ossements 2148 Réunis par la main d’un maître.
5 Nous t’aurons, Rhin si fier ou qui veux le paraître; 4 à A nous tes vins fameux, à nous tes vins émus… 4 É La France libre enfin, tu ne le seras plus!!! 4 d 4 A défaut de Béranger, un poète français connu, Alfred ï de Musset, répondit à Becker. On n’attendait pas un pareil acte de lui, qui s’intéressait peu à la vie pu | blique. Ce fut un hasard, semble-t-il, qui provoqua sa
réponse. Elle s’adressait elle aussi à Lamartine et à “ Becker. Dans la chronique parisienne de la Presse du sh
juin, le vicomte de Launay (1) raconte ainsi l’origine < ni de la poésie de Musset : « L’autre soir nous étions plu- L Re sieurs ouvriers en poésie réunis chez madame de G.[irar- 54 din] et nous nous disputions ces vers [Marseillaise D : de la paix] comme des confrères avides, soit, mais “st non pas comme des corbeaux. Et chacun vantait la Font +43 strophe qu’il préférait. Voilà ma strophe, disait Théo- ‘8 phile Gautier; voilà la mienne, disait M. de Balzac; EN ces vers-là sont bien beaux, reprenait M. Ménecuchet, et 4 # il lisait admirablement, comme vous savez. M. Alfred de à ve Musset était assis dans un coin du salon. Moi, ditil, “4 voilà les vers que j’aime le mieux ; et il récita par cœur Re cette strophe magnifique : 4 Amis, voyez là-bas ! — La terre est grande et plane! 4 L’Orient délaissé s’y déroule au soleil! ER É L’espace y lasse en vain la lente caravane : Fr La solitude y dort son immense sommeil ! à Là, des peuples taris ont laissé leurs lits vides, à « 3 Là, d’empires poudreux les sillons sont couverts, ne |! Là, comme un stylet d’or, l’ombre des Pyramides 1 4 Mesure l’heure morte à des sables livides — 4 Sur le cadran nu des déserts! s 2 Chacun s’écria : c’est superbe! J’aime bien aussi les 4 derniers vers, dit madame de G. et prenant la Revue des Deux Mondes elle lut cette fin : 7
Roule libre, à ces mers où va mourir l’Euphrate, F 4 Des artères du globe enlace le réseau, « * É Rends l’herbe et la toison à cette glèbe ingrate, b De. Que l’homme soit un peuple et les fleuves une eau ! QE: (1) Pseudonyme de madame Émile de Girardin. > TR
dr : ._. Débordement armé des nations trop pleines, Lu. 130 ERA Au souflle de l’aurore envolés les premiers, 0 7e FA Jetons les blonds essaims des familles humaines # pie
0 Autour des nœuds du cèdre et du tronc des palmiers! à
Re Allons, comme Joseph, comme ses onze frères, ù 7 hi Vers les limons du Nil que labouraït Apis, à 4 Trouvant de leurs sillons les moissons trop légères, “1 La S’en allèrent jadis aux terres étrangères # 4 Et revinrent courbés d’épis! 4 1 oule libre, et descends des Alpes étoilées | M bi Roule libre, et descends des Alpes étoilé ‘à L’arbre pyramidal pour nous tailler nos mâts, ch 3e Et le chanvre et le lin de tes grasses vallées ; # Ée Tes sapins sont les ponts qui joignent les climats! D) La - Allons-y, mais sans perdre un frère dans la marche, F Le Sans vendre à l’oppresseur un peuple gémissant, 04
*’ HS Sans montrer au retour au Dieu du patriarche, À 7 ; Au lieu d’un fils qu’il aime, une robe de sang! H 28 | Rapportons-en le blé, l’or, la laine et la soie, 1 put Avec la liberté, fruit qui germe en tout lieu! “1:10 Lt ; Et tissons de repos, d’alliance et de joie ‘ 2 L’étendard sympathique où le monde déploie 1224
- L’unité, ce blason de Dieu !.… 1 8 4 A - Roule libre, et grossis tes ondes printanières 4 | ë Pour écumer d’ivresse autour de tes roseaux, |
A Et que les sept couleurs qui teignent nos bannières, 1
‘3 Arc-en-ciel de la paix, serpentent dans tes eaux! L
4 Après avoir lu, c’est très beau, dit madame de G.,
2 mais c’est trop généreux. J’aurais voulu qu’on dît des
5 choses désagréables à ce monsieur. Nous autres femmes « a nous n’entendons rien à vos beaux sentiments humani- M 4 taires ; nous sommes en toutes choses orgueilleuses, ‘4 ‘54 vindicatives, passionnées, jalouses ; c’est là notre seul 4 mérite, nous ne saurions y renoncer. Pour ma part, je A. PA professe un égoïsme national féroce, j’en conviens: 4
pondre à cet Allemand en vers cruels. — Moi aussi, 51 s’écria Alfred de Musset. — Faites-les donc vite, repri- é ve rent en chœur tous les assistants. Venez sur la terrasse, 2 ‘2 j nous allons vous enfermer dans le jardin; nous vous TANT donnons un quart d’heure. — On ferma la porte du : ‘50 salon derrière lui et le jeune poète alla se promener 4; 1470 dans le jardin. On lui avait donné tout ce qu’il fallait mn. pour travailler — du papier, des plumes et de T’encre ? ni: fi donc ! on lui avait donné deux cigares. Au bout d’un a. quart d’heure, on frappa à sa porte, on lui ouvrit : les \À 2 cigares étaient consumés, les vers rimés, les voici : 2130
Nous l’avons eu, votre Rhin allemand. Ù 4 | Il a tenu dans notre verre. Ne Efface-t-il la trace altière “1 Du pied de nos chevaux, marqué dans votre sang ? : 10 Nous l’avons eu, votre Rhin allemand. À Ë Son sein porte une plaie ouverte, SL Du jour où Condé triomphant 110 : A déchiré sa robe verte. 440 Où le père a passé, passera bien l’enfant. F Nous l’avons eu, votre Rhin allemand. ‘ F: Que faisaient vos vertus germaines 1 Quand notre César tout-puissant (Ya De son ombre couvrait vos plaines ? È Où tomba-t-il alors ce dernier ossement ? 0 Nous l’avons eu, votre Rhin allemand. HAS Si vous oubliez votre histoire, 1108
MEN L’RNAES Vos jeunes filles sûrement, ii “HOUITEEE Ont mieux gardé notre mémoire : Le FAP $ Elles nous ont versé votre petit vin blanc. Re: 4 S’il est à vous, votre Rhin allemand, ne: nn Lavez-y donc votre livrée; + ‘4 ALES Mais parlez-en moins fièrement. Us
- Combien, au jour de la curée, ù CEE Étiez-vous de corbeaux contre l’aigle expirant 8 | Qu’il coule en paix, votre Rhin allemand. 1 NE Que vos cathédrales gothiques F4 F & Mais craignez que vos airs bachiques pe AN Ne réveillent les morts de leur repos sanglant. (1) : - (1) Cette chronique est reproduite, datée du 6 juin 1841, dans les à se A Lettres parisiennes (Œuvres complètes de madame Emile de “A à Girardin, tome V, pages 170 à 174). Madame de Girardin, dans une ji. lettre à Lamartine, datée du 2 juin 1841, a donné une version difré- re x rente de l’origine de la poésie de Musset : « Je ne comprends pas que (18 si malade et désolé vous ayez encore des inspirations si admirabless” Mont > ces vers qui me désolent sont bien beaux. Je les ai relus ce matin FRE avec Théophile Gautier. Il en était enchanté, et ce soir j’ai vu Alfred A JE ’ de Musset qui les savait par cœur. Il m’en a apporté de très jolis” HA sur le même sujet. Ils sont railleurs et insolents. Lui m’a priée dev th les publier, lui me les a donnés pour la Presse. Il ne devinait pas tout le chagrin qu’il me faisait en les apportant. » /Lettres à Lamar=
tine, publiées par madame Valentine de Lamartine, page 182). Ce qui
; varie dans cette seconde version ce sont les sentiments que se prêten Ne madame Émile de Girardin. Quand fut-elle sincère ? Fut-elle sin-” “48 * cère? Il se peut qu’elle ait voulu d’une part plaire au public, et sl de l’autre plaire à Lamartine, et le préparer à la lecture de lan TA chronique. En même temps elle lui reprochait discrètement d’avoir Ve - donné la préférence à la Revue des Deux Mondes sur la Presse, EN Lamartine se justifia par la lettre du 5 juin citée plus haut# 4 (page 44). Ce qui varie aussi, c’est la mise en scène. La poésie des ie Musset fut-elle composée dans le jardin de madame de Girardin, k. durant deux cigares, ou ailleurs ? Il semble au moins acquis qu’elle fa fut composée très peu après la lecture de la Marseillaise de la Paiæ 1 et pour ainsi dire en opposition avec celle-ci. 4
Dans son numéro du 15 juin 1841, la Revue de Paris 03 reproduisit la poésie de Musset. (1) Elle lui donna un F4 titre : le Rhin allemand. Elle la fit précéder de ces SE lignes : « On sait avec quel enthousiasme a été accueilli ne | au delà du Rhin, le chant national de M. Becker, sur- #8 nommé la Marseillaise allemande. Le retentissement “à se causé par ses couplets patriotiques a été pour l’auteur F4 une occasion de réunir ses poésies en un volume qu’il a RO De: dédié à M. de Lamartine. Toutle monde a lu la réponse. : au poète allemand par l’auteur des Méditations et ne insérée dans la Revue des Deux Mondes du premier juin. ‘# La pièce qu’on va lire offre à notre avis l’expression Be plus énergique et plus vraie du sentiment national. . | Nous faisons précéder les vers de M. de Musset de la D | traduction des strophes de M. Becker, (2) pour chacune Re desquelles le spirituel poète a trouvé une réponse. » (3) =
(1) Le texte de la Revue de Paris ne diffère de celui de la Presse que # par quelques signes de ponctuation. 44
@) Traduction identique à celle de la Revue des Deux Mondes. 24
(3) La date de février, que l’on trouve dans la plupart des édi- & tions de Musset, provient peut-être d’une appréciation de Lamartine, S qui ferait croire que la poésie de Musset précéda la sienne: a: « Musset répondit à ces strophes brüûlantes et fières par des strophes Ÿ railleuses et prosaïques, auxquelles l’esprit national (dirai-je esprit, dirai-je bêtise) répondit par l’un de ces immenses applaudissements que l’engouement prodigue à ses favoris d’un jour, engoue- « 3% ment qui ne prouve qu’une chose : c’est que k patriotisme n’était 4 pas plus poétique qu’il n’était politique en France en ce temps-là. 75
Nous l’avons eu votre Rhin allemand, KL. Il a tenu dans notre verre. A
Nous l’avons eu votre Rhin allemand, +. ENS Si vous oubliez votre histoire, SE: Vos jeunes filles sûrement £ Ont mieux gardé notre mémoire; : FA
Elles nous ont versé votre petit vin blanc, etc… 4
« J’avoue que ces strophes me parurent au-dessous de la dignité x F ÿ ÿ
« Les ailes de l’aigle ne seyaient pas à ce rossignol. Je combattais 53 4
; Et de fait la poésie de Musset fut en deçà du Rhin è autrement bien accueillie que la Marseillaise de la ; Paix. Elle ne pouvait plus égaler l’action du Rheinlied FM sur le peuple allemand. Mais elle répondait au chauviF _ nisme de la majorité des Français. Elle était « une réponse faite au nom de l’orgueil national ». (1) Elle devint populaire. Elle fut mise en musique. (2) Elle fut chantée dans les concerts. En 1870 les régiments qui « partaient pour la frontière chantaient ce Rhin alle- | mand. (3) C’est depuis peu d’années qu’on oublie de le M chanter dans les écoles primaires. “. Il va de soi que la poésie de Musset mit les âmes allemandes en fureur. Les journalistes l’invectivèrent à si fort que la Revue de Paris les pria de « vouloir bien, par respect pour eux-mêmes, ne pas manquer aux égards auxquels ont droit les talents supérieurs au milieu des luttes politiques et littéraires ». (4) Musset M alors de toutes mes forces à la tribune la coalition soi-disant 5 parlementaire, et la guerre universelle pour la cause d’un pacha parvenu. J’écrivis dans une heure d’inspiration la Marseillaise de x la paix, seule réponse à faire selon moi, à l’Allemagne justement. : offensée par nos menaces. [Suivent les strophes 1, 5 et 8.] C2 x « Ces vers que je relis aujourd’hui avec plus de satisfaction d’artiste 4 qu’aucun des vers politiques que j’aie écrits, pâlirent complète- à ment devant le petit verre et le petit vin blanc des strophes de à Musset. Je fus déclaré un rêveur et lui un poète national : la Mar se seillaise ne se releva qu’après la chute de la coalition parlemen- à taire. On voulait un refrain de caserne, on bafoua la note de la Le 24 paix. » Cours familier de littérature, XIX, 16. ï; | (1) Revue de Paris du premier juillet 1841. Chronique, tome XXX, 4 (2) Voici les noms de quelques compositeurs : Mademoiselle Loïsa Puget, MM. Meccati, un anonyme pour la guitare, de Borce, k (3) Georges Renard. — Les opinions politiques d’Alfred de Musset.” Revue politique et parlementaire du 10 novembre 1902, page 339. LÉ (4) Revue de Paris du 15 juillet 1841. Chronique, tome XXX, page 219,”
reçut d’Allemagne des provocations émanant d’officiers
et il répondit qu’il se battrait volontiers, mais seule- : BEEN ment avec l’auteur du Rheïnlied. (1) Un Allemand A
Réponse à sa chanson : « Nous l’avons eu votre Rhin 8 js LEE Imitation de Gellert. (2) FRE Nous l’avons eu — mot de misère LTÉE _ Nous l’aurions — grand mot des sots ! ES Nous l’aurons — ne console guères ! SE F2 BL X Nous l’avons — c’est le mot des mots ! . ER NCR | . Gardez modestement votre part retenue, RES
_ C’était la fin des polémiques et de la crise. L’irrita- Me tion causée en France par le traité de Londres avait été Fa É brusque et violente. Elle avait été sincère en un sens. - Elle corréspondait à la susceptibilité des vaincus de CE 1815, au malaise social, au chauvinisme. Mais au fond ‘ri S à le désir de la paix l’emportait. Le ministère et ses par- Me se tisäns furent incertains. Ils ne se décidèrent pas à repousser la guerre, ni à la déclarer. La France ne fit ‘ FREE
qu’une rentrée à demi honorable dans les délibérations À TES _ (1) Georges Renard, même passage. DLFP _ (3) Gazette de Cologne du 20 juin 1841, Cité par Louis Waeles, 6
es européennes. Son prestige en Orient déclina. Lime 3 tation s’apaisa. Mais elle laissait le malaise plus 4 : pénible qu’auparavant. Elle le compliquait de la question 3 “1 ; militaire. L’expression « la paix armée » date de cette 2
> En Allemagne le désir de la paix l’emportait aussi. “4
ee Mais l’animosité agressive des uns, l’enthousiasme “ 2 défensif et belliqueux du plus grand nombre furent M ÿ entièrement sincères. Surtout, le mouvement fut natio- 4 s nal. La Prusse ne fit pas de gain en Orient. Mais l’idée ” rc de l’unité allemande profita grandement de la crise de M ee 1840. Un historien allemand a dit de ces jours qu’ils M s i- « furent les jours de la conception pour l’Allemagne ». (1) re Et le prince de Metternich écrivait dans ses Mémoires : M ÿ « M. Thiers aime à être comparé à Napoléon ; eh bien, « + en ce qui concerne l’Allemagne, la ressemblance est à 7 parfaite et la palme appartient même à M. Thiers. Il Fe lui a suffi d’un court espace de temps pour conduire CG. de - pays là où dix années d’oppression l’avait conduit sous
; De là le sens et la portée des poèmes de Becker, e.
| à de Lamartine et de Musset. Becker écrivit sa poésie au à moment aigu de la crise. Poète médiocre et ignoré, les
ë ; événements lui inspirèrent une chanson qui devint . puissante etillustre. Ces brèves négations répétées, où il is ne s’agissait que de défendre la patrie allemande, mais
À de la défendre avec enthousiasme jusqu’à la mort du 3 dernier homme, exprimaient bien les sentiments alle-
(2) Metternich. Mémoires, tome VI, page 503. DS ce
mands. Le Rheinlied devint leur symbole. Il les soutint : “5 et les excita. Il fut un événement politique. « Il eut, dit sl un jour Bismarck, le même effet que si nous avions eu De quelques corps d’armée de plus sur le Rhin que nous (tes . Les réponses de Lamartine et de Musset furent faites ne huit mois après. La paix était presque signée, l’apaise- :. 4 ment à peu près complet. Elles ne pouvaient plus pré- “20 tendre à grande influence sur la politique. Elles n’agi- : 5 tèrent plus guère que des souvenirs de passions. Elles LPS furent des événements littéraires. Dans les salons on 5 bé. les discutait. On prenait parti pour Musset ou pour ‘74 Lamartine. La riposte directe, cinglante, de Musset eut Ft le plus de partisans. (2) D | _ Seul Lamartine s’éleva au-dessus du litige et dela 2 | crise momentanée. Il ne discuta pas les droits ni la 2 | valeur des adversaires. Il leur opposa les droits dela a
() Discours fait le 18 août 1893 aux membres de ia chorale 7 Orphéon de Barmen. Paroles prises par Louis Waeles pour &” (2) Chronique de la Revue de Paris du premier juillet 1841. LE
î Degrnour. — Histoire diplomatique de l’Europe. Paris, 4 CnARLes SgrenoBos. — Histoire politique de l’Europe con-” Ë Épouarp Drrauzr. — La question d’Orient depuis ses % origines jusqu’à nos jours. Paris, 1900. à s G. Werzz. — La France sous la Monarchie constitution- 4 E. Denis. — L’Allemagne de 1810 à 1852. Paris, sans « À date. ÿ Zmæcxzer. — Die Hauptstrômungen des 19. Jahrhunderts.
< Documents, articles et mémoires à : Epcar Quiner. — Allemagne et lialie. — 1815-1840. — Avertissement au pays. — Correspondance. 351
Henri Hgine. — Lutèce (articles parus de 1840 à 1843). #4
Séances de la Chambre des Députés et de la Chambre des SE Pairs, dans le Moniteur. È F Brochures sur la question d’Orient et la guerre. Revues (surtout la Revue des Deux Mondes, la Revue de ; Paris, le Correspondant). 5 Journaux (surtout le Temps,le Journal des Débats, le #4 Constitutionnel, la Quotidienne, le National, la Presse, le ee. Siècle, le Charivari). 20 Becker et le Rheinlied 4 Louis Wazres. — N. Becker, der Dichter des Rheinlieds. N neuesten Ereignisse und sunächst durch das Becker’sche il K. Gogpexe. — Deutschlands Dichter von 1813 bis 1843. ni Nombreuses brochures sur la question rhénane. 5e Lamartine et Musset 2 L. Ursacx. — La France parlementaire, œuvres oratoires “4 et écrits politiques, par Alphonse de Lamartine. 4 volumes. 3 79 4
ee a “e _ Correspondance de Lamartine publiée par m adame Va_ lentine de Lamartine. 5 volumes. Paris, 1873. ROM
Pat | Lettres à Lamartine, publiées par madame V. de Lam are “à
Pr 1e. Lamartine par lui-même. Paris, 1892. ÿ RER
- SL Madame DE GIRARDIN. — Lettres parisiennes. Œuvres | Le a _ complètes. Tomes IV et V. Paris, 1860. nee LEE GEORGES RENARD. — Les opinions politiques d’Alfred … < K LATE de Musset. Revue politique et parlementaire du 10 no-.
- Revue Bleue du 20 mai 1899. Fe. j “5 _ Frépéric Passy.— Lamartine et la Paix. Conférence faite É Fra Me ent _ Je 15 juillet 1900 à la mairie de Passy pour l’assemblée w INSEE annuelle du Salon Lamartine. Revue Bleue du 28 juillet 1900. …