Edgar Quinet
| paraissant vingt fois par an Me. rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée
| -M. André Bourgeois, administratew des cahiers, k 1e 8, ruede la Sorbonne, rez-de-chaussée, Par s, cinquième 4e « PRE arrondissement. On recevra en spécimens si cal iers 11 LACS Nous mettons ce cahier dans le commerce; nous le 3 mt _ vendons deux francs. à NE
, 5
se Nous reproduisons ci-après la leçon d’ouverture, — n 9 décembre 1902, — du cours professé en Sorbonne Cr par M. Henry Michel. M. Henry Michel fait en Sor- }’ bonne le cours d’histoire des doctrines politiques. Après 5) avoir étudié, les années précédentes, le réveil de l’idée pu libérale sous la Restauration; la poussée de l’idée démo- “à cratique sous la Monarchie de Juillet, son avènement à avec la Révolution de Février; la crise de 1849-57, il 1 a choisi pour sujet, en 1901-1902, la contribution de 4 Michelet et celle de Quinet à l’idée démocratique, dans de la période 1820-1851. Il voulait, cette année-ci, les 14 étudier, tous deux, de 1852 à la fin de leur vie. Il a pu. :0 remplir son programme, pour Quinet, avant Pâques. Il \ + a commencé, pour Michelet, à la rentrée de Pâques,
ÿ mais, après la première leçon, il a été interrompu par
< la maladie. L’an prochain il a déjà annoncé, comme Ÿ ; sujet, les idées politiques d’Auguste Comte et leur 4 influence. Il est donc probable qu’il ne reviendra pas à sur la fin de Michelet. Il a l’intention de publier ce
cours sur Quinet. Il a l’intention aussi de publier les
cours précédents. Il achève, en ce moment, un gros « ; volume sur la loi Falloux, qui contient des documents w Eh inédits, et qui jettera quelque jour sur la question de la | : à liberté d’enseignement, historiquement; c’est une partie |
du du cours sur la réaction de 1849-50. Sauf imprévu, ce M
M. Henry Michel a bien voulu relire pour les cahiers : les épreuves de cette leçon. |
Michelet, poète, historien, moraliste, âme plébéienne et “ie io _ française, qui, mieux qu’aucune autre, a su parler d mL : du peuple de France. La démocratie doit à Edgar HR _ Quinet, au citoyen fidèle et intègre, au républicain Ai exemplaire, qui a poussé jusqu’à l’héroïsme le dé- RU: vouement à ses idées, au grand cœur, au vaste et puis- 1 sant esprit, à l’intrépide confesseur de l’idée laïque que : 7 FT ï fut Edgar Quinet, même récompense, mêmes honneurs. FU is _ Michelet est pl lai inet a exercé sur la Michelet est plus populaire. Quinet a exercé sur la JET _ marche des événements et des idées une influence qui, fe #4 . pour avoir été lente à se produire, et pour ne pas avoir /\S0ES encore dit son dernier mot, n’en est pas moins très LS JAY _ profonde. Je voudrais adresser ici à l’opinion, aux pou | voirs publics, aux militants de l’idée démocratique et | LAIT 1 du progrès social, un pressant appel. I faudrait que, le Ha 1e . 17 février prochain, (1) le centenaire d’Edgar Quinet . füt célébré en grande pompe. L’homme et l’œuvre en 1410 | sont dignes. pe (1) Edgar Quinet est né à Bourg, le 17 février 1803 (et non à Stras- Ye ne _ bourg, comme l’ont dit les biographes allemands). IL est mort à PAUL à HAN
4 | L’homme, je ne le considère pas dans la riche variété 4 g de ses dons. Je n’entends parler que du philosophe Ê. ‘17 politique. Comment s’est-il formé? Quelle est la domide nante de son tempérament moral, la tendance caracté- ; Fe à ristique de sa pensée, et, si l’on peut dire, l’allure 1 FU naturelle de son âme ? 1 ne Le père d’Edgar Quinet, mathématicien distingué, | 4 à chercheur original, était commissaire des guerres à 2 larmée du Rhin. Quand lenfant eut trois ans, madame 4 à Quinet alla rejoindre son mari à Wesel. (1) Ils y habi- M NS tèrent un palais rempli de soldats. C’étaient des cavaa liers qui revenaient d’Austerlitz. Ils prirent l’enfanten M ne KT affection. L’enfant, de son côté, ne voulait pas les D quitter. Il mangeaït à la gamelle. Il allait au fourrage M nr ; sur un grand mouton, bridé, harnaché. Il revenait en ae ville avec le régiment, au son de la trompette. Puis il M
faisait la litière, garnissait le râtelier de sa bête, et M
ÿ (1) Ces détails sont empruntés à l’autobiographie que Quinet nous M 4 a laissée sous ce titre : Histoire de mes idées. Cette autobiographie, M Ne écrite en 1858, ne concerne que la jeunesse de Quinet, et s’arrête à mn sa dix-septième année. L’Histoire de mes idées forme le tome XV° N des Œuvres complètes d’Edgar Quinet dans l’édition Hachette. C’est M % à cette édition que je renvoie, sauf pour les Lettres d’Exil (4 vo- w
ÿ Tous les éléments d’une biographie complète se trouvent dans w | les ouvrages de madame Edgar Quinet : Mémoires d’Exil (pre- M
mière et deuxième séries), Paris ; journal du Siège, Sentiers de France, M Edgar Quinet depuis l’Exil, Cinquante ans d’amitié (avec les lettres 1 de Quinet à Michelet). M. Valès, professeur d’histoire au lycée Voltaire, prépare une vie d’Edgar Quinet qui va paraître inces- « samment, et où ilutilise, outre les pièces imprimées, des manuscrits M encore inédits de madame Quinet. hi ;
Pb le plus tard possible. Ce furent là ses premiers é fi és jeux. A huit ans, il entre au collège de Charolles, et y a pour maître un ancien capitaine de dragons.Ilarri- it ne. vait parfois à ce maître de faire la classe. Alors, ‘le VERS temps se passait à « revoir »les manœuvres de cava- 6 AV lerie auxquelles il avait pris part. Avec les grammaires La iv des tout petits, il figurait des escadrons, desrégiments.… ps # devint un magasin à fourrages pour les chevaux de la | BL Grande Armée. Les classes vaquèrent.. Bientôt, ce fut Ÿ FE l’invasion. Encore enfant, à l’âge où la sensibilité est f FE É tout ouverte et vibrante, Edgar Quinet coudoie des sol- SA L dats autrichiens, logés dans la maison de son père. IL a A ‘4 ainsi, coup sur coup, les deux visions de la France : NAN: celle de la France conquérante et invincible, celle de la j F1 France vaincue et prisonnière. D’où, la « magie » qui, io _tout de suite, au premier éveil de la passion, s’attache “o ‘4 re pour lui à ce nom de France. Et cette magie ne s’est | pt jamais dissipée. Le fond de l’être, chez Quinet, c’est 8 le sentiment national. Non pas un amour vague, un sen- « N timent en quelque sorte réfléchi, mais un sentiment né Lo _ des plus lointaines et des plus obscures émotions, un LE 4 amour qui se prend à des images très nettes, à des Ù _ choses concrètes. La patrie, c’ést pour lui la terre bres- à 5: sanne, ce sont les verchères de Certines, où il a gardé MAL. les bœufs avec les gamins du village, ce sont les nl. grands cavaliers d’Austerlitz, et les cadavres, les : blessés, les armes qu’il a vus de ses yeux, touchés de T4 ses mains, dans l’hiver de 1814, sur les routes, à la | ‘50 _ lisière des bois. \ ee. 4 Patriote d’abord, et avant tout, Quinet ne pardonne x 144 . pas à la Restauration les traités de 1815. Il pleure de : 42
hu, joie à revoir le drapeau tricolore, en juillet. (x) Mais la à ee monarchie nouvelle se montre faible et timide, au … LA ; dehors comme au dedans, timide au dehors, parce “ qu’elle l’est au dedans, parce que la rue, selon la forte » ca expression de Quinet, lui cache l’Europe. Elle laisse se (Et ÿ produire autour de la France des déplacements de force 40 matérielle ou d’ascendant moral, qui l’affaiblissent. Dès … Ge 1831, Quinet signale, avec une précision étonnante, le ne péril que crée pour notre pays le mouvement ascenES sionnel de la Prusse, qui va réaliser l’unité allemande, E en se posant, en face de l’Autriche rétrograde, comme 1 3 le représentant de l’esprit nouveau. L’étude qu’il publie mn alors, sous ce titre : De l’Allemagne et de la Révolution, > pe est réellement prophétique. On y lit à l’avance la carF ) rière de Bismarck, Sadowa, Sedan. Durant tout le règne | Me de Louis-Philippe, Quinet prodigue les avertissements 2e sévères, les méprisantes exhortations à oser. Et cela, » D au péril de son intérêt personnel. En 18/0, il est profes12 seur à la faculté des lettres de Lyon, et ses amis L travaillent à faire créer pour lui une chaire au Collège D: de France. Il écrit l’Avertissement au pays, 1815 et 4 18/0, pamphlets redoutables, qui ne le cèdent en rien À à ceux de 1831 (l’Allemagne et la Révolution, Avertis- | 1 sement à la monarchie de 1830). Dans la secondepartie M 14 de sa vie, après le coup d’État, pendant l’exil, on peut » pe c’est sa politique intérieure, ou sa politique étrangère ? M à La guerre de Crimée et la guerre d’Italie déterminent M 4 un flottement dans la démocratie. Le canon gronde, le drapeau claque au vent. L’instinct militaire s’émeut. Il M (1) Correspondance, Lettres à di mère, tome II, page 152. 4
_ semble que la gloire des armes va compenser, en ASE quelque mesure, l’ignominie des origines du pouvoir? >: 2 Quinet, quoique cocardier, n’est pas un instant + 14 ébranlé. (1) Sans doute, il a désiré l’affranchissement STAGES de l’Italie et la création de l’unité italienne. Mais, outre pa “4 qu’il lui déplaît que ce soit l’Empire qui y travaille, il SE voit distinctement toute la portée de la question : . (FH romaine. (2) Il pressent, il annonce que l’Italie ne par- :K-YS donnera pas à la France de lui avoir barré la route de | Ê ‘s Rome, et qu’aux heures où la France pourrait avoir Dr: besoin de l’Italie, celle-ci se souviendra de la menace ik Ÿ et de l’affront, plus que du secours. L’expédition du « 7e si Mexique apparaît à Quinet, dès la première heure, QE telle qu’elle devait être, en effet : une aventure crimi- ee de É nelle qui va engloutir la richesse, les forces vives du F4 pays. (3) La guerre de 1866 (4) ne justifie que trop les DS | tiendra pas là, que le conflit est désormais inévitable 134 entre elle et nous, que ce conflit tournera mal pour =”
- nous. Si c’est la guerre, c’est la défaite certaine. (5) La A PA guerre éclate : quelles angoisses, que de douleur dans Fan
- la maison de l’exilé, à l’annonce des premiers désas- ; ‘4 tres! Quoi? pas un sursaut puissant, pas une « idée [Ne {1) Cf. les Lettres d’Exil, aux années 1854 et 1859. + e* (2) Cf. France et Italie (1867), tome XXIV des Œuvres complètes. AL (3) Cf. L’Expédition du Mexique (1862), tome XXIV des Œuvres , à } (4) Cf. France et Allemagne (1867), tome XXIV des Œuvres com- ER
4 Edgar Quinet rentre à Paris; avec Victor Hugo. Ia, bi AUS lui aussi, fait le serment de ne revoir la France quele à jour où elle aura vomi le régime issu du coup d’État. ‘3 ch Et ce serment, il l’a tenu. Il rentre à Paris pour prendre À à sa part des tristesses et des privations du siège, sa ‘2 A part du deuil de la patrie. Il rédige des manifestes, des ‘4 8 articles de journaux. (r) Il va voir les membres du 4 4 LE gouvernement de la Défense nationale, pour les décider 4 “a à tenter une action militaire énergique. Il parvient, non à (3 sans peine, jusqu’au général Trochu. Il lui expose le 4 #3) ; plan le plus propre à faciliter la marche d’une armée de e fe: secours. Quel désespoir, quand il constate que cet à ï ; homme ne comprend pas, et ne veut pas! Quelle explo- TA 14 | sion de colère, à la nouvelle que Bourbaki se dirige 4 re _ Paris vient de l’appeler, Quinet réclame la lutte à 3 % outrance, repousse de son vote les préliminaires de É “ER paix. Le sacrifice une fois consommé, la France 1 e Fe réduite, mutilée, il ne reste à Quinet qu’une manière de 1 s v lui témoigner sa tendresse filiale : c’est, après tant 4 qi d’années d’exil, de reprendre Jentement possession du (à our sol, de l’atmosphère de son pays. Il va, « par les sen- 4
x: tiers de France », (2) et ce lui est une douceur infinie Re
de retrouver la Normandie et la Bretagne, la Touraine Ne
et le Languedoc, la Bresse et les Pyrénées, de respirer 4
28 cet air, de contempler cette lumière, qui lui semblent FL #84 meilleurs que partout au monde, parce qu’ils viennent ÿ à du ciel de France. Il n’y a jamais eu plus grand Fran- ‘4 É24 (1) Ces ‘articles et ces manifestes sont réunis dans Le Siège de Û
< Paris et la Défense nationale, tome XXV des Œuvres complètes. Le
(2) C’est le titre d’un livre où madame Edgar Quinet raconte ses 4
] voyages {Sentiers de France, Paris, Dentu, 1875). 4
| çais que ce grand humanitaire. Iln’y apas, dans toute | notre langue, un écrivain dont les livres enseignent x #
_ avec plus de force persuasive la patrie, la nationalité. 20 jeunesse de Quinet. Quelles ont été ses premières Su “à À impressions intellectuelles, celles qui ont décidé l’orien- $ À tation de son esprit? RE à < Jusqu’en 1815, Quinet n’a pas fait d’études. A quoi : Hi é bon? Comment les parents se seraient-ils souciés g de: d’instruire des fils que la conscription allait prendre, pour les envoyer mourir de quelque mort ignorée, dans 1 ‘18 ee _ quelque plaine inconnue ? C’est seulement après la chute S “4 j ) de Napoléon que l’on songe à la culture de l’esprit. on: Cependant la mère de Quinet, femme d’une haute et ‘0 brillante intelligence, s’était attachée à former l’âme j fs de son fils par ses entretiens, par de fortes lectures. (1) S # A sept ans, sans rien savoir encore, l’enfant connais- na. sait La Bruyère, Racine, Corneille, tout le théâtre de PRO. Voltaire, quelques pièces de Shakespeare. Il connais- FX é sait aussi l’idole de sa mère, madame de Staël. Quint a été nourri dans ce culte. A quinze ans, il essaiede lire les Considérations sur la Révolution française, qui ‘4 54 viennent de paraître. Il est obligé de renoncer à cette ‘te lecture, faute d’entendre la langue de la Révolution, la ne langue de la liberté. (2) Le moment approche pourtant LR où Quinet va comprendre madame de Staël. ia £ # k (1) « Mon âme naïissait dans ces courtes heures d’entretien. » CA. Histoire de mes idées, page 74. : ti: U d (2) Histoire de mes idées, page 75. Ni Geuc 5e
me En 1820, — il est alors âgé de dix-sept ans, — il tra- %
_ verse une crise intellectuelle, la crise que beaucoup de N
LPS jeunes gens ont connue vers cette date. La France, si
abaissée, doit reprendre son rang. Ses destinées, si 4
E humbles sous la Restauration, doivent briller de nou- 4
1 veau de l’éclat le plus vif. Mais de quel éclat? Ce ne ;
| sera pas celui des armes, ce sera celui des lettres, des À
ÿ k idées. Quelles idées ? Quinet, durant l’automne de 1820,
de de qu’il passe à sa chère campagne de Certines, cherche ÿ
ss à voir clair dans ses propres pensées. Il se promène à 3
travers la forêt de Seillon, et là, « sur le bord des 3
“5 étangs, en compagnie des hérons et des sarcelles », ïl 1 7e réfléchit. Il discerne deux directions, entre lesquelles : il faut choisir. D’un côté, la voie ouverte par Chateau- ; D. briand ; de’ l’autre, la voie ouverte par madame ce ! de Staël. Chateaubriand, dont le style lui plaît davan- *: tage, c’est le passé, c’est le Moyen-Age. Madame de Î Ne couleur, c’est l’avenir, l’avenir par la liberté. Et le È È jeune solitaire, anxieux, frémissant, se dit à lui-même: à « C’est là qu’il faut aller, là est le siècle, là est la vie. » (x) “ ë. A dater de ce jour, Quinet, dépassant, et de fortloin, ; madame de Staël, marche droit au but qu’il vient e #08 d’apercevoir : l’affranchissement intégral de l’esprit. h Ii reste, pour avoir achevé l’analyse de l’homme, à ÿ | rappeler ce que fut son éducation religieuse. | ; Le père de Quinet était, de naissance, catholique. Sa À (1) Histoire de mes idées, pages 242-245.
mère était protestante. Elle fit néanmoins baptiser l’en- PET s : è fant, le catholicisme étant le seul culte pratiqué en 2 _ Bresse. Comme il reçut le baptème, Quinet fit sa pre- La à mière communion. Il a été préparé à cet acte religieux, be. moins par les discours du missionnaire provençal qui SE lui enseigna le catéchisme, que par les leçons de sa À +4 Madame Quinet pratiquait le christianisme le plus } ie large et le plus libre, le plus indifférent aux rites et ‘#4 aux formules. Sincèrement pieuse, elle priait souvent. 4 ÿ Elle priait où qu’elle se trouvât, aux champs, dans 2e 54 son jardin, variant chaque jour sa prière, l’accom- 108 joies du moment. La prière de madame Quinet, c’était #4 une conversation avec Dieu, dans l’abandon et leffu- FE sion du cœur. Ce fut ainsi, « pendant le doux printemps È a : de Certines, en plein air, parmi les fleurs et les BRU abeilles, à l’ombre des tilleuls et des saules », que 3 2 Quinet sentit Dieu. Il ne connut l’Église que par les 4 messes du père Pichon. Le père Pichon était un vieux É À trappiste, qui avait passé les mauvais jours de la Révo- ei lution dans un ermitage, où il avait presque désappris Lie la parole humaine. Il allait de chaumière en chaumière, ; > EC sa besace sur le dos, mendiant sa nourriture. Et le +R dimanche, il bégayait une messe hésitante, à laquelle 70 madame Quinet ne manquait jamais d’assister. (1) eo: Entre les messes du vieux trappiste et les prières de * 34 sa mère, Quinet avait grandi sans connaître, sans Ar 55e soupçonner le conflit des dogmes, et sans en soufirir. É: de ÿ: Une sorte de conciliation spontanée du protestantisme si, KA (1) Histoire de mes idées, page 31. QU.
Es et du catholicisme s’était faite en lui. Le jour où il 4 É s’approcha des mystères de l’Église, il y porta une âme “1 ‘à sincèrement, mais librement religieuse. Cette âme-là, « 1 ei. PÉglise, mais il n’a jamais cru que l’on püût lutter avec À 5 avantage contre elle, sans offrir un aliment à ces À besoins de l’âme, que l’Église travaille depuis tant de ) de L’histoire de la pensée de Quinet, quand on la suit 2 4 k entre ses années de jeunesse et la période des cours au | s: Collège de France, de 1841 à 1846, montre comment é, s’est opérée la fusion des trois éléments que notre ; pe analyse vient de retracer. 4 ps A la date de 1843, — où commencent les plus fameux 4 ‘in de ces cours — la fusion est achevée. Elle ne subira M de désormais aucune atteinte. Elle a produit ce que ÿ 1 Quinet appelle quelque part « la religion du Collège de k. Es France ». (1) Voici très exactement en quoi consiste | À cette religion. La France n’est pas une nation vulgaire. Elle a une « mission » à remplir. Les secousses qui {à 7 l’agitent, les épreuves qui, au cours de son histoire, ne : Fe lui ont pas été épargnées, sont le gage et comme la F “4 rançon de cette mission. Loin d’elle, les faciles prospé- f rités ininterrompues ! Loin delle, le calme et le demi- 4 FES sommeil des autres nations! C’est dans la douleur que ” la France engendrera le dogme nouveau. Ce dogme À | (1) Lettres d’Exil, tome I, page 47. K
tient en deux mots : démocratie et liberté. La vie civile | 500) n’a pas d’autre sens, elle n’a pas d’autre fin. Tous les A : ‘1 peuples connaîtront un jour la liberté et la démocratie, | 1 la liberté par la démocratie. La France a été la pre- 750 mière àles connaître, à les expérimenter. Elle a souffert, LRU NS au cours de ces expériences. Elle souffrira encore. Mais ï 14 à elle remplira sa tâche jusqu’au bout. La Révolution Rise ce française se continue dans les cœurs, comme dans les Rens 1% faits. Or la Révolution, loin d’être la négation du ne 5 christianisme, constitue l’une des « époques » de son ie De: développement. La Révolution amène au jour, plus net, El é plus dégagé, plus visible qu’il ne le fut jamais, le prin- Fe 1 | cipe même du christianisme, l’esprit de vie qui l’anime, j à 4 le soutient, le fait durer, malgré l’Église : la liberté. (1) 4 On voit comment le sens religieux, le libéralisme, le RTE 1 } patriotisme se combinent et s’organisent dans cette Re. $ synthèse, dont la formule est: « la magistrature du SEE monde » exercée par la France de la Révolution, béri- M: tière authentique et continuatrice légitime du Christ. RU
La formule a vieilli, je le sais. Ce n’est plus ainsi que 3 J s’expriment les esprits d’avant-garde. Mais je suis bien (2 obligé de montrer Quinet tel qu’il a été. Il faut, au sur- a plus, connaître cette formule, pour s’expliquer les 2 colères, les vengeances qui ont poursuivi Quinet, et “oi dont la plus redoutable est le silence organisé autour 54 de son œuvre. Si Quinet n’avait été qu’un libre penseur, LES il eût paru infiniment moins redoutable à l’Église. 4 L’Église ne lui a jamais pardonné, elle ne lui pardon- FE nera jamais d’avoir été un libre penseur religieux. D.
Révolution française (cours de 1845), tomes II et III des Œuvres +498)
. Nous connaissons l’homme : passons à l’œuvre. ee la critique religieuse de Quinet, bien qu’elle ait précédé Fe celle de Renan, et lui ait frayé le chemin, (1) ni de sa 4 critique de la Révolution, (2) bien qu’elle aït, seule, A. rendu possible l’étude scientifique de la Révolution, false telle qu’elle s’élabore sous nos yeux. De l’œuvre tentée … +5 40 par Quinet, je ne retiendrai que les points qui ont : 84, exercé, ou qui pourraient exercer une influence directe Pt. sur la démocratie contemporaine. Je ne citerai que ses Je vues sur l’enseignement populaire et l’éducation du x peuple par la morale laïque, ainsi que sa conception À de l’esprit laïque. 14 plus — aux hommes qui ont créé l’école nouvelle et 4 développé les moyens de culture intellectuelle et morale | ! pour la jeunesse, au sortir de l’école, un Jules Ferry, À un Jean Macé, un Félix Pécaut. Ceux-là sont les plus 4 actifs ou les plus grands d’entre les morts. Il y a aussi ; des vivants, dont les noms sont dans toutes les ; fe bouches. Nous avons raison d’honorer ces morts et « #4 d’aimer ces vivants, mais il ne faut pas oublier celui m1 ù tome VIII des Œuvres complètes. : À (2) La Révolution, tomes XVIII, XIX et XX des Œuvres com- À
qui a été leur maître à tous, le véritable initiateur du DANS mouvement qu’ils ont continué. HE : ; 4
En 1850, Quinet publie l’Enseignement du peuple, (LPS qui est un de ses meilleurs livres, et un de ses actes les DE 3 plus décisifs. Il y montre, avec une rare puissance de” 18) logique et d’éloquence, que l’école laïque, l’école où nus s’enseigne une morale laïque, est seule capable, dans he : fi
un pays où existent plusieurs confessions, de faire #2 | l’union des citoyens, indispensable au bien commun. IL 4 y à, dans ce livre, une page qu’il faut citer : - #
« Pour moi, j’ai toujours prétendu que la société ‘# j moderne possède un principe que, seule, elle est en ne état de professer, et c’est sur ce principe qu’est fondé H 5 | son droit absolu d’enseignement en matière civile. Ce HN : qui fait le fond de cette société, ce qui la rend pos- ‘à $ sible, ce qui l’empêche de se décomposer, est précisé- Ne | ment un point qui ne peut être enseigné avec la même me | autorité par aucun des cultes officiels. Cette société vit Fo sur le principe de l’amour des citoyens les uns pour les si 4
autres, indépendamment de leur croyance. Or, dites- ; à moi, qui professera, non seulement en paroles, mais en ii action, cette doctrine qui est le pain de vie du monde 1 moderne ? Qui enseignera au catholique la fraternité R: avec le juif ? Est-ce celui qui, par sa croyance même, est RE obligé de maudire la croyance juive ? Qui enseignera à ï 4 Luther l’amour du papiste? Est-ce Luther ? Qui ensei- ‘3 grera au papiste l’amour de Luther? Est-ce le Pape ? 4 Il faut pourtant que ces trois ou quatre mondes, dont : Aù À la loi est de s’exécrer mutuellement, soient réunis RS. dans une même amilié. Qui fera ce miracle ? Qui réu- * vi nira ces trois ennemis acharnés, irréconciliables ? Évi- VA demment, un principe supérieur et plus universel, Ce ‘Le
principe, qui n’est celui d’aucune église, voilà la pierre bi: 3% de fondation de l’enseignement laïque. » (1) RER. ‘M : Remarquez la formule de Quinet. Il ne dit pas que le 4 Mr catholique doit au juif, ou le luthérien au catholique, la # Be UT « tolérance ». Il dit que les trois confessions, — et com- à ment ne pas en ajouter une quatrième, la confession È des âmes sincères, qui n’ont pas de confession? — TARN doivent « s’aimer » l’une l’autre, former ce que la be. “14 à langue de la vieille France appelait une « amitié », Fa expression noble et charmante, que Michelet a relevée, 3 pour l’appliquer aux fédérations révolutionnaires. Or » de c’est cette « amitié » que les clergés et les morales con- Ee k \ fessionnelles sont impuissants à fonder. Ils peuvent Ne bien préconiser ou accepter la tolérance, surtout quand È ee à ils ne sont pas les plus forts, les seuls maîtres. Mais ” aucun de ces clergés, aucune de ces morales confes4 sionnelles n’enseignera jamais « l’amour » du clergé ie rival, de la confession adverse. Seule, l’école laïque, Le seule la morale laïque est en mesure de donner cette x Je voudrais savoir dans combien d’écoles cette page N ne de Quinet est connue. Combien y a-t-il de maîtres qui
- : lont lue, méditée, fait comprendre de leurs élèves? Et 74 si le nombre des écoles où elle a été l’objet d’un com-
- mentaire est, comme je crains, assez restreint, je à demande que, le 17 février prochain, le jour anniver24 saire de la naissance de Quinet, il n’y ait pas une école +3 de la République où cette page ne soit lue et sobrement NS expliquée. Que tous nos collèges aussi, tous nos lycées M à () L’Enseignement du peuple, pages 125-126. 1 4
s’ouvrent, ce jour-là, au grand souffle salubre de la ‘à pensée de Quinet! A Il y a, dans le livre d’où cette page est tirée, vingt Ÿ D autres pages très belles. Il y a, dans l’œuvre entière de eue | 110 Quinet, des centaines de pages, où passe la même +04 inspiration généreuse et bonne. Il faut faire un recueil Re. de ces pages. Il faut que ce recueil soit dans toutes les MS | mains. Chose étrange, presque paradoxale ! Tous ceux RE: qui ont écrit sur l’éducation, tous les pédagogues ai +4 fameux, depuis Rabelais et Montaigne jusqu’aux ‘a maîtres de Port-Royal ; depuis Rousseau et Kant, jus- AE 58 qu’à Fræbel et Pestalozzi ; depuis Rollin jusqu’à Spencer x # fl et Bain, — sans oublier le vieux Comenius, — ont été ST vantés, prônés, célébrés dans ces dernières années. ve! Seul, Quinet a été oublié. Notre pays n’a pas l’air de _.08R se douter qu’il possède en Quinet un éducateur incom- 1 <a: Si la voix de Quinet eût été écoutée, cette conception LR a. de l’école laïque et de la morale laïque aurait pénétré, 4 il y a plus d’un demi-siècle, dans nos lois. DFE Reportons-nous à la séance de l’Assemblée législa- ki tive du 19 février 1850. On y discute le projet de loi AU. relatif à l’instruction publique, projet qui est devenu la | Ne loi Falloux. L’article 21 de ce projet stipule que le pre- LR mier degré de l’instruction primaire comprend, entre P: autres matières, « l’instruction morale et religieuse ». SU Quinet a déposé un amendement, pour ajouter ces ‘5 + mots : & sans acceplion de dogmes particuliers aux hs diverses communions ». Il monte à la tribune pour é ei:
< défendre cet amendement. Voici, en bref, son argu- 4 Ke : . L’État a été sécularisé, le domaine ecclésiastique À É séparé partout du domaine laïque : par exemple le : 1 mariage civil a été institué, à côté du mariagereligieux. ‘ Pourquoi l’enseignement, à son tour, ne serait-il pas 10 régi par le même principe et, dans l’enseignement, ce | qui est l’âme de toute culture, l’éducation morale ? Si té elle demeure confessionnelle, il arrivera de deux choses à l’une. Ou bien des écoles séparées s’ouvriront pour @ ù recevoir les enfants des diverses confessions, et il se Le formera, dans ces écoles « pour ainsi dire autant de 4 nations ». L’école, loin de tendre à l’union, perpétuera sa les haïnes, ou, tout au moins, les « antipathies pro- | fondes », qui séparent les Églises. Toute la législation ral française tend à rapprocher les citoyens, à les fondre J dans un sentiment commun : il y aura une seule loi, parmi les lois fondamentales, qui contrariera l’effort EX de toutes les autres, et ce sera la loi de l’enseignement! L Ou bien, l’école sera mixte, et, dans cette école i mixte, le maître, qu’il soit catholique, qu’il soit pro- . testant, tiendra dans ses mains les croyances de tous F ses élèves. Or comme il arrivera, par la force des ch choses, que le plus souvent le maître sera catholique et à professera sa propre morale confessionnelle, d’une ‘4 part, le principe de la liberté des croyances sera i À blessé ; d’autre part, l’école se trouvera sous la dépen- : : dance absolue de l’Église. Car, qui tient le dogme, tient tout. C’est là une des vues les plus chères de Quinet. | (1) Ce discours est reproduit dans l’Enseignement du peuple, F pages 157 et suivantes. 4
On ne fait pas sa part au dogme. « Il commande, il est “ le maître, il règne, ou il n’est pas. » Et Quinet cite De - l’exemple de la Hollande, peuple qui est non seulement Fi « l’un des plus anciens dans la liberté, mais l’un des \ “À plus religieux de l’Europe ». Que la France fasse … # comme la Hollande, qu’elle sécularise l’école publique RU | et la morale. L’école est le lieu où l’enfant fait ses pre- : ji ‘ mières expériences ; qu’il y trouve un spectacle de à ( paix ! Qu’il ne naisse pas à la vie de l’âme « dans la 4 discorde religieuse, prélude de la discorde civile ». 4 compris. Il nous dit lui-même que pas un journal ne V0 mentionna son amendement. Quelques mains se Et t levèrent à l’Assemblée, pour l’appuyer, et ce fut tout. En d Mais la loi du 28 mars 1882 a réalisé la pensée de Si Quinet. Elle a inscrit l’instruction morale et civique : 144 parmi les matières de l’enseignement primaire. Elle a 4 | stipulé que l’instruction religieuse devra être donnée L a. ; dans des locaux indépendants de l’école. Cette loi con- D: stitue la « grande Charte » de l’école, dans notre démo- ‘ cratie. Il est d’autant plus naturel et d’autant plus 4 légitime de regarder Edgar Quinet comme un précur- À Es seur, que les deux hommes qui ont eu la plus grande ; 4 part dans la préparation et le vote de cette loi, puis, EN dans son application, Jules Ferry, comme ministre de Le l’Instruction publique, Ferdinand Buisson, comme 5 directeur de l’enseignement primaire, ont été, l’un et LG l’autre, les amis, les disciples de Quinet. Les Lettres ‘08 d’Exil en font foi. Voici, en outre, un petit fait qui 4 paraîtra caractéristique. En 1882, Jules Ferry quitta le 1 ministère de l’Instruction publique. Il installa lui-même LR | son successeur. Avisant un volume sur une étagère, il D:
: l’IRORS Fa Henng Michel: “17” 0 NES
__ leprit, en disant au nouveau ministre : « Celuï-là, je h 55 l’emporte, c’est mon bréviaire. » C’était un volume nn Qu’est-ce enfin que l’esprit laïque, tel que Quinet le e ‘ « js L’esprit laïque, c’est, au fond, la raison. Le dix- 4 < 4 huitième siècle s’est aussi donné pour tâche de faire ‘0 régner la raison. Pour lui, la raison est le grand ennemi 4 13 e _ de la croyance traditionnelle, du préjugé héréditaire, : CSS le grand pourfendeur des abus. La raison remplit un = 1 office essentiellement critique et négatif, office nécesM re saire, si l’on se reporte à ce temps, et si l’on réfléchit Ha o que la société moderne ne pouvait germer et pousser ni! ; avant qu’il eût été fait un grand déblayage des débris
k t à qui encombraient le sol, et le rendaient stérile. Dans la 1
DA langue d’Edgar Quinet, la raison n’est pas seulement SR ï une faculté destructrice, c’est une faculté créatrice. De 4 la raison doit surgir tout un monde nouveau ; monde 4 L. civil, monde moral, monde religieux. Quinet ajoute FL 3 donc quelque chose au sens du mot. Il corrige et com- M
VE plète le dix-huitième siècle. Non pas qu’il le renie, non M
“ pas qu’il ait été touché par l’esprit de réaction qui & atteint tant d’écrivains, entre 1820 et 1840. Mais il sent 4 ÿ ES que le dix-huitième siècle a manqué d’une certaine gra2 À vité sincère et émue, qui lui est, à lui, Quinet, si natu- À relle. Il sent aussi que le pénétrant, le grand, le haut | Fe sérieux moral n’ont pas été les dons propres du dix1 a) Je tiens ce mot de M. Gréard, qui assistant par hasard à la KA à remise du service, l’a recueilli.
huitième siècle, et ce sont précisément ces qualités que, ie H tout jeune encore, il aspire à conquérir, sans doute Si: É£ parce qu’il les possède déjà. (1) Il creuse la notion de ‘4 raison, et il y trouve, impliquées, deux autres réalités, Re La personnalité : voilà le point lumineux qui, de très LH ‘ À bonne heure, éclaire pour lui le monde des choses re DU. | morales. Il a écrit, dès 1823, une histoire du développe- 54 ment de la personnalité à travers les âges. Cette histoire d 1 na jamais paru. Il ne la considérait pas comme un A à simple essai de jeunesse, puisque en 1857 encore il 54 ! comptait tirer quelque chose de son manuscrit. Les cir- : 1) constances l’en ont empêché. Mais la plupart de ses # 4 livres, quel qu’en soit le sujet, si éloigné qu’il puisse |; 10 sembler de ce sujet-là, tournent autour de la notion de Fi 1 personnalité, ou y prennent leur point d’appui. C’est TR par la claire vue du rôle dévolu à la personnalité 2408 humaine qu’Edgar Quinet échappe à une sorte d’i- 10 } vresse panthéiste, où l’entraînait son admiration pour % 8 Herder. Et c’est en faisant intervenir la personnalité RE humaine, qu’il donne plus de consistance et de rigueur À ca logique aux idées de ce penseur. L’auteur de la Philo- 54 . sophie de l’Histoire de l’Humanité propose, pour toutes ti choses, une explication mécanique. Mais quand il arrive S Be. au monde civil, cette explication défaille, impuissante. « A Il invoque un miracle, un Deus ex machina. Quinet ne ne. pense pas que l’intervention du miracle soit nécessaire. Ne L’homme porte en lui la personnalité : elle suflit à expli- NS quer le monde civil. Re: De même, l’idée de personnalité morale conduit Qui- À HA () Lettres à sa mère, tome I, pages 353 et suivantes. 1
‘a net à réfuter la thèse de Strauss sur Jésus. Strauss nn MAT dans la figure du Christ une création de l’imagination . ; et de l’âme des masses. Mais si le Christ n’a pas été En % personne, une personne morale plus haute, plus pure à ni que les autres, comment s’expliquer la diffusion mer1 veilleuse de l’idée chrétienne? C’est alors un véritable . fe effet sans cause, que ce grand mouvement, dont le . s à moteur premier n’existe pas. Quinet défendra encore ne ;, M l’existence d’Homère contre Wolf, celle des premiers À 34 héros de la Rome antique contre Niebuhr, par des 1 20e arguments du même ordre. Et lorsqu’il écrit l’Histoire M de la Révolution, que reproche-t-il aux révolutionnaires? Zi el D’avoir voulu tout changer au dehors sans s’être préoc2 cupés de changer l’homme intérieur, de le renouveler. x: L’idée de la personnalité, ici encore, est l’âme de sa “ critique. Le véritable objet de la vie morale, de la vie À VE | religieuse, c’est la création en nous, l’affermissement, À de _ léducation de la personnalité. +4 ‘h Par quel moyen? Par le travail de la conscience sur 4 à elle-même. La conscience, voilà la force merveilleuse, L inépuisable en ses effets, que l’homme a toujours négli- » ; L gée. Il n’a pas vu, il n’a pas senti que le véritable J « pouvoir spirituel », le seul pouvoir spirituel, c’est la À ni: conscience individuelle. Anxieux de bien faire et de # bien vouloir, il a toujours été chercher au dehors le : mot d’ordre, le précepte. Il l’a demandé à une révéla-\
È tion, quelle qu’elle fût. Il l’a demandé, dans le monde“ | occidental, à Rome, au Vatican, puis aux Philosophes, ] puis à la Révolution. Il ne l’a jamais demandé à l’unique puissance dont il aurait pu lobtenir, à sa 14 ; conscience. Le pouvoir spirituel n’est pas loin de nous, à 4 au-dessus de nous, hors de nous. Il est en nous, ilest
nouS-même, il est ce qui, chez nous, est le plus vrai- : y ‘0 ment, le plus complètement nôtre. Dépouillez l’homme f 3 de tous ses attributs, de toutes ses facultés, réduisez-le 4 # Ê à la plus extrême indigence d’éléments : il est un élé- ‘1 ment que vous ne réussirez pas à éliminer, sans que ‘4 ‘homme périsse, et c’est la conscience. L’homme x 0 cherche, péniblement, l’Église qui lui apportera la 4 5 paix. Il n’est qu’une Église pour lui, l’Église intérieure, Re elle dont il est à la fois le pontife et le fidèle, l’autel et } Di: a loi. Le système des idées de Quinet est suspendu à ni: ette notion de la c@nscience, comme à un roc aigu. $ + $ \ la démocratie de s’y accrocher d’une prise victo- 4 ieuse, si elle ne veut, après des vicissitudes qu’il n’est 4 À À as malaisé d’imaginer, redevenir, quelque jour, la A: n roie des doctrines d’autorité et d’hétéronomie. ik nu: On le voit : par delà l’influence positive exercée sur 108 ertains points définis, il y a, dans l’œuvre d’Edgar Ka ! Juinet, des semences d’avenir, qui lèveront un jour. 3 a démocratie lui doit déjà beaucoup; elle lui devra 4 ncore davantage, quand elle sera pénétrée de tant de ; +.
çons si hautes, quand elle aura fait sienne cette notion 7100 ie, individuelle ou collective. #0 1i reconnaissant une capacité illimitée de rajeunis- “14 ment et de métamorphoses, Quinet substitue au vieil EU léal statique des dogmes et de la plupart des philo- ns ophies, un idéal dynamique, sans cesse en rénovation, à 1h a progrès. Il ne dit pas à l’homme, avec ces philoso- i sa à
%. K # phies, avec ces dogmes : sois obéissant, humbl le juste, A 16 bon. Il lui dit : sois toi-même, sois de plus en plus, de ï Ta mieux en mieux, toi-même. À mesure que tu y réus4: 0 siras davantage, tu verras le champ de ton action. Me à 1 s’étendre sous tes pieds, et les perspectives de ta vie A & morale s’élargir. Rien de ce que l’homme et la société À à ont fait jusqu’ici ne peut leur donner une idée comSt plète, encore moins la mesure exacte de ce qu’ils ne x feront un jour. L’avenir dépassera, et de fort loin, 4 SA P l’idée que lon essaye de s’en’former, s’il est la création, F0 ; non pas de la force et du hasard, maïs de la réflexion De. et dela conscience. 5 Quinet approfondit ainsi, — dans ces pages dont 10 : Faccent et parfois les termes rappellent Emerson et AC Channing, — la notion que le dix-huitième siècle fran- à çais s’était faite du progrès. Le dix-huitième siècle 1 s’attachait surtout au progrès de l’intelligence, au proVEo . , grès des moyens de connaître et des données de la ee connaissance. Il devait entraîner, comme conséquence È ‘4 _ première, l’amélioration matérielle de la condition “430 humaine, comme conséquence ultérieure, quoique: ke ; directe encore, le perfectionnement moral de l’homme D: Edgar Quinet se soucie peu, et même, à vrai dire, il se 24 soucie trop peu, en son ascétisme, des satisfactions L matérielles. Il place avant tout le perfectionnement : ) moral. Il en indique l’instrument, qui est la culture #4 intensive de la conscience. Nul n’a prononcé, n’a écrit i É ce mot plus souvent. Nul n’y a mis un son de voix plus ne vrai et plus pénétrant. Nul ne s’est créé, par là, un titre je supérieur à la gratitude de la démocratie, qui a besoï
j d’entendre ce mot, et de le méditer. N’est-elle pas le
; seul régime où chaque membre de la cité soit rép: té
| d’avance, et par définition, — en attendant qu’il le à fa _ devienne en fait, — une conscience vivante ? N’est-elle HN pas le régime qui se sera pleinement réalisé, le jour où “ANS la conscience aura ordonné elle-même et sanctionné “ ‘1 toutes les relations établies entre les citoyens, les rela- CU tions économiques, autant que les relations spiri- 275 Edgar Quinet a droit à une consécration solennelle. M droit aussi à titre de réparation nationale. Quinet est +510 mort en pleine période de réaction. $es funérailles n’ont MS eu aucun caractère officiel. Le bureau de l’Assemblée, NF à PE qui aurait dû y assister, s’est abstenu. Quinet, constant ‘1 ’ aux convictions de toute sa vie, avait voulu être enterré +200 civilement. Le gouvernement de la République, en con- 4 4 viant les grands corps de l’État au Panthéon, le 17 fé- ci vrier 1903, ne fera qu’acquitter, bien tard, une dette 4 sacrée. Dès la première heure de l’exil, Quinet disait à 244 sa patrie, sans se plaindre, stoïquement : « Tu as été 44 pour moi une mère sévère, je n’ai jamais connu tes ‘4 caresses. Tu as été juste pour moi, sans doute, mais 4 tu ne m’as jamais souri ». (1) N’est-il pas temps que le 108 sourire et la caresse de la France aillent à son enfant ? he Le Panthéon est le lieu désigné pour la cérémonie que : 1 nous demandons. Non pas seulement parce qu’il a déjà Re (1) Le livre de l’Exilé (1831), page 53, tome XXIV des Œuvres e a,
F servi au centenaire de Michelet, au centenaire de Victor | %
- Hugo, mais parce que Quinet lui-même a défini, dans : fe un écrit de 1866, avec son habituelle élévation de pen k devrait plus s’ouvrir à personne, s’il ne s’ouvrait à l’aust teur de ces pages. La Constituante avait voulu que le w N Panthéon fût le monument des grands hommes. Quinet
se demande comment la Constituante, si elle avait plus
ke nettement formulé sa pensée, eût classé les grands jé hommes? Et voici sa réponse : te « La Constituante eût classé les grands hommes ne d’après la justice qu’ils ont fait entrer dans le monde. ie Elle eût placé le plus haut celui qui a représenté le 4 mieux l’idée du droit, de la conscience universelle ; ; hi après lui, ceux qui ont découvert par la philosophie des LÀ vérités nouvelles; après eux, les hommes qui ont été jo lornement de leur siècle par l’art et par la poésie. » (1) ne Quinet a été un poète et un écrivain, très injustement ve # diminué par les critiques qui ne l’ont pas lu, ou n’ont Pac lu de lui que quelques pages, ou bien ont été choqués Ne par un défaut véniel, érigé en péché capital. Quinet est QU: un homme de lumière. Il a fait entrer dans le trésor de nos idées morales des vérités que l’on peut appeler ne. nouvelles, puisque, avant lui, elles étaient moins solide- 34 Enfin, il a été l’homme du droit et de la conscience, sd É l’homme qui s’est refusé jusqu’au bout à pactiser avec un crime politique, l’homme qui a travaillé toute sa vie
- à faire entrer plus de justice dans le monde. | M (1) Le Panthéon (1866), page 165, tome XXIV des Œuvres com- .
IL faudrait que tout cela fat redit, et redit au Pan- * 25 Mais nous ne serons pas quittes envers la mémoire de NE. fs Quinet, si un orateur la glorifie, même en un langage ‘FA magnifique ; si une cérémonie, même très bien ordonnée, . “à 5) 4 rachète l’offense qui lui a été faite, en 1875, par le bureau He: de l’Assemblée nationale. Nous ne serons pas quittes au! non plus envers sa mémoire, si quelques fragments :°4 , de ses œuvres sont lus aux enfants des écoles publiques. it Ce serait borner notre admiration et notre reconnais- ‘7 sance à une manifestation éphémère, et ce serait aussi | ; | les matérialiser à l’excès. Un grand idéaliste, un homme ë 4 f de foi morale ardente, comme le fut Quinet, attend de re nous davantage. Il attend des lendemains à cette fête, , ‘ 4 et des résolutions viriles, qui en continuent, qui en assu- si rent le bienfaït. Il attend de la démocratie française, — ne 4 de la jeunesse, surtout, qu’il a tant aimée, qu’il a tant 4h désiré servir, qu’il a si bien servie, — qu’elles prêtent, si Ê le jour du centenaire, un nouveau et inviolable serment ke Le centenaire d’Edgar Quinet fut célébré à la date En indiquée ; nos abonnés en ont lu le compte rendu dans ‘3 les journaux; nous traiterons de ce centenaire dans un Ne cahier de la cinquième série. Rs.
Ils se rencontrèrent chez Cousin, un matin de mai à 3 825. Michelet, jeune homme de vingt-sept ans, avec Là les cheveux gris, un corps souffreteux, une physio- # | omie nerveuse; Quinet, à vingt-deux ans plus impé- ‘4 ueux qu’un enfant, grand, fort, magnifique, l’air plus LS | dilitaire que professoral. Ils s’intéressèrent lun l’autre É: t sortirent ensemble. Ils avaient un penchant commun on os our la philosophie de l’histoire, où tous deux reconnais- :4e aient un merveilleux progrès depuis Démosthènes ù jé usqu’à Royer-Collard. Michelet traduisait Vico, et A Juinet, Herder. Ils causèrent de leurs grands hommes, il ; uis de maints sujets. Michelet projetait de longues 1 uites d’études : une histoire romaine, puis toute une en. istoire de France; Quinet avait des voyages en tête, — } d] atwe autres une certaine excursion en Angleterre 4 lont « l’idée seule, écrit-il, lui faisait aimer la vie ». as #1 \vant de se quitter ils prirent rendez-vous pour les ‘4 ours suivants, et leurs vies étaient liées. EE Ce ne fut pas vers l’Angleterre que se dirigea Quinet, AE TSS pais vers l’Allemagne, la douce et savante Allemagne L D alors. Il y étudie Schelling, Hegel : « Notre philo- ‘34 ophie de l’histoire me semble encore tout à fait jeune, ; 34 crit-il à Michelet, jeune comme nous, et je me réjouis f AU le voir combien il nous reste à travailler. » Il lui | 14
Ë < 0 communique ses découvertes et ravi d’être toujours A: | compris par son ami : « Que les liens $e resserrent, a E s’écrie-t-il, à mesure que la pensée se développe 13 Gi Aimons-nous dans la science et nous ne nous perdrons . S Michelet, cédant aux instances de Quinet, vint à. a S Heïdelberg. Ce fut une occasion de conversations infiUs nies, commencées à voix basse dans la bibliothèque, A : A continuées en promenade à travers bois et prolongées 4 jusqu’à la nuit dans les rues de la petite ville universiSRE taire. Ces heures d’ivresse intellectuelle scellèrent leur “M. intimité, et ils se séparèrent avec une tristesse un peu. 73 sentimentale. « Après vous avoir quitté, écrit Quinet à M | Michelet, j’ai voyagé pendant la nuit, à pied, sur les TER bords du Rhin. Il me fallait cela après votre départ. » 4: Michelet, pris de passion pour l’Allemagne, s’en était
- ; allé vers Bonn et Francfort. Quinet formait des projets Ft. à nouveaux : il voulait voir la Grèce, qui était en révolte RC dissuader : « Cela n’est-il pas bien imprudent?… » ‘Ya Mais Quinet n’avait nulle peur du danger. Il obtint une ; mission, partit, chevaucha dans le Péloponèse dé- : 19 là % vasté, vit les ruines d’Athènes et le désert de Sparte, k A puis s’en revint « l’air hâve, hirsute d’un prisonnier de, x : guerre », et plus heureux qu’il n’avait jamais été. à 4 Le charmant jeune homme s’établit à Paris et tous Ê ne les mondes le fêtèrent. Il fréquenta madame Récamier et. : 48 i” son petit cercle, M. de Gérando et les philhellènes, et #4, + toute la société libérale du « Globe », depuis Guizot 514 jusqu’à Sainte-Beuve et Pierre Leroux. Mais le plus: ME souvent il diînait chez Michelet qui, mal portant et F. * casanier, sortait peu. « Si je ne te dis rien de lui,
Scrit-il à sa mère d’un trait qui le peint tout entier, ‘5 c’est que son amitié m’est devenue tellement intime $ h: que je n’y songe guère plus qu’à moi-même. » 1 p. Il était à Strasbourg en juillet 1830. « Quelle désola- } 20 ion !.… écrit-il, je ne me consolerai jamais de n’avoir À pe pas marché avec les faubourgs. » Dès le 20 août, ne, Michelet, que ses préoccupations intellectuelles n’em- : ni: pêchaiïent pas d’être fort avisé aux choses de la terre, 4 lui mande « qu’il faut revenir sur le champ; tout s”or- : # E ganise. Les places vont être enlevées rapidement ». . 4 Quinet revint ; mais il était mal doué pour l’intrigue. 153 Ravi par l’agitation parisienne, il s’unit aux plus avan- A cés, il écrivit dans les journaux d’opposition. Michelet 4 s’efforça de le calmer: « Je sais tout ce qu’on peut dire pe sur ce pauvre gouvernement, dit-il très sagement ; Ke: mais je le crois utile comme transition et je souhaite 0 | que la transition soit lente. » Professeur à l’École nor- ba male, conservateur aux archives, précepteur des filles ‘à $ du roi, il s’était ménagé une installation commode dans :* 4 ce régime transitoire, et s’employait detoutes ses forces % s à y installer son ardent ami. La tâche était diflicile. si Edgar Quinet eut une entrevue avec Guizot et les lèvres à pincées du grand doctrinaire lui signifièrent qu’il perdait à ses peines. E. Il partit pour l’Allemagne dans une minute d’impa- 58 tience, et dès lors mena une vie heurtée, dispersant au Et hasard ses admirables facultés. Il étudia les poèmes ge De français du douzième siècle, la vie de Jésus-Christ, la } i4 personnalité d’Homère ; il publia son Prométhée et son LR Ahasvérus, revint à Paris où il se prodigua dans le “à monde, puis retourna passer trois années dans les 48 forêts voisines de Heidelberg. Cependant Michelet, 447
“à 4 malgré les fatigues d’une neurasthénie toujours enais8.8 sante, organisait lentement dans sa pensée et comm en58 çait à publier sa colossale Histoire de France. Son - de autorité croissait: en 1838 il avait été nommé profes0 ‘eu seur au Collège de France. La vie mal réglée de son Fe Et ami l’affligeait. Il lui répétait ses conseils de sagesse. ’ 40 Il lui servait à la fois de modérateur et de banquier. At l Quoique très avare de son temps, il avait pris en main À nr. } l’administration financière de ses publications et tenait » is ! sa comptabilité avec le soin minutieux qu’il mettait à Re $ toutes choses. Les caractères de Michelet et de Quinet … #4 divergeaient en mürissant, et leur amitié n’en était pas-_ Un. diminuée : au contraire, ils semblaient prendre plaisir … #4 Enfin, en 1838, le gouvernement alors plus favorable | D: au libéralisme offrit à Quinet une chaire à Lyon. : DAURE « Acceptez, lui dit Michelet. Lyon est le chemin de 1 10 Paris. » Il accepta. Il n’avait jamais parlé, et il se décou- « pi. vrit soudain les meilleurs dons de l’orateur : l’action, | Vautorité, le charme. Son succès fut immédiat: douze w É. cents personnes suivirent ses leçons. Il était heureux, ù mais un auditoire parisien restait son grand désir. M Ne L’opinion publique s’engoua si bien sur son nom que le Fes Quinet fut nommé professeur au Collège de France, où » HS Michelet le reçut avec joie, satisfait de voir son a mi . ‘ue casé et de l’avoir pour collègue. :30 rs Edgar Quinet devait traiter des « littératures et des EX institutions de l’Europe méridionale ». L’institution M L. qu’il choisit d’étudier fut l’Église, cause de mort pour . 1 J les races latines. Il retrouvait ainsi toutes ses passions. | ï Le public ne fut pas déçu par sa leçon d’ouverture, et à
elles qui suivirent maintinrent l’excitation. On applau- 4 lit, on dénigra. Michelet, professeur très pacifique 4 lepuis 1838, reçut, par contre-coup, quelques attaques. r . 1 s’anima ; l’année suivante, les deux amis firent pacte À t traitèrent le même sujet : Les Jésuites, l’éducation Fe ar l’Église. Ils ouvraient cette controverse sur la liberté “4 | le l’enseignement qui, aujourd’hui encore, est pendante. pe Les deux maîtres avaient le prestige de leur talent, pu le leur audace et le prestige aussi de leur amitié, qui # ffrait un spectacle touchant. Ils l’exposaient, à la / 4 nanière un peu théâtrale qui plaisait alors, ils l’afi- “4 1 haïent, dirions-nous aujourd’hui, en venant mutuelle- #4 rent s’écouter, s’asseyant tour à tour à la droite de 3 elui qui parlait. Le succès immédiat, extrême, qu’ob- 5 int ce double cours, il faut être parisien, sans doute, dE: our le bien concevoir. On vint pour sifiler, on vint 3 | our applaudir, et aussi pour le plaisir d’entendre. 4 es étudiants arrivaient par bandes, en chantant, hos- ni ’ les ou favorables. Ce fut un enthousiasme vrai, et F4 4] ne mode par hasard généreuse et pure. La sensation y it si vive qu’elle subsiste après soixante années et si | ne certaine poésie reste attachée aux noms de Quinet 4 t de Michelet, cela est dû aux cours du Coilège de Et: Guizot trouva ces incidents fâcheux. Il fit prier Edgar ‘4 juinet d’étudier plus exactement les « Littératures A iéridionales ». Celui-ci refusa, et plutôt que de céder, dl uitta cette chaire tant désirée. Touts’apaisa. Michelet ’ 2 devint un professeur pacifique. Il ne fut inquiété que à eux années plus tard, en décembre 18/7, à la veille $ 2 La collaboration des deux amis dura quelque temps 14 39 4
L encore. Ils publièrent ensemble leurs cours sur les ci Jésuites, puis se dédièrent l’un à l’autre, Michelet son ee. livre du Peuple, et Quinct son livre sur Le Christia- “a nisme et la Révolution. « Depuis le premier instant où Æ. nous nous sommes connus, écrivait Quinet, par quel ke hasard est-il arrivé que, séparés ou rapprochés, nous : n’avons cessé au même moment de croire et souvent ÿ : d’imaginer les mêmes choses, sans avoir eu besoin de ‘4 nous parler? Cet accord a toujours été pour nous la F confirmation du vrai… » — Et Michelet répond dans sa Lx dédicace : « Ce livre est plus qu’un livre: c’est moi6 même. Voilà pourquoi il vous appartient. » Ë RL + Puis leurs existences divergèrent. Quinet vécut, de comme par le passé, d’une manière désordonnée et 3 rompue. Il publia ses Révolutions d’lialie, puis les va notes d’un voyage qu’il avait fait en Espagne. Michelet pe reutra dans le courant profond de son activité. « Je 36 suis enterré aux Cordeliers, aux Jacobins, écrivait-il ” en septembre 1847, je ne puis aller vous voir. » Il conti- É: nuait l’Histoire de France. pe: La révolution de 1848 les sépara davantage encore. À Aux premiers appels du tambour, Edgar Quinet prit à son fusil de garde national et alla se battre, chose qui Re était tout à fait en dehors des usages de la bourgeoisie. % Nommé représentant du peuple par les électeurs de 3 ; l’Ain, tout son temps fut à l’Assemblée. Michelet È * épouvanté par la rapidité des événements, épuisé, mais 5 travaillant toujours, s’isola, en compagnie de sa toute 3 jeune et récente épouse, dans une maison de cam- ; pagne au village des Ternes. Les deux amis savaient que leurs préoccupations étaient les mêmes. Ils s’écrivaient souvent, mais ne se voyaient plus.
Au soir du coup d’État, une jeune femme, —ellede _ vaitbientôts’appeler madame Quinet,— vint frapper à la # d porte de Michelet. Elle lui dit que son ami était caché 720 dans une mansarde du faubourg Poissonnière et qu’il : 51e | se préparait à partir en exil. Michelet alla Le voir aus- 1% _ sitôt. La séparation serait-elle longue ou courte? Comp- “tn He. terait-elle par jours, par mois ou par années? Michelet Ke: avait des illusions. Quinet n’en avait pas : il dit un long é 7 Pendant quelques mois, l’extrême tristesse des temps “2 les rapprocha étroitement. Leurs lettres étaient fré- ME + quentes et longues. Quinet habita Bruxelles. Michelet . nu se réfugia d’abord en Vendée, puis en Italie. Tous LMP + deux vécurent dans une entière solitude avec leurs 20 ! _ nouvelles compagnes. Michelet avait plaisir à lire les : brochures énergiques et passionnées que publiait son ‘2 ami. « Voici vingt-cinq ans que j’ai commencé à être , 4 amoureux de votre génie, lui écrit-il en juillet 1852, et 110 L’opinion publique, hélas, prêtait une faible attention 2 aux appels de l’exilé. Bientôt il s’en aperçut ét soufirit. rs J1 se sentit comme deux fois séparé de son pays depuis ‘à que Michelet s’en était retiré. « Il me semble, écrivit-il, +2 qu’il serait bon que l’on sût que nous vivons, que “24 nous pensons quand même… Mais aussi, où étiez-vous, 4 vous qui avez toujours été pour moi le retentissement ESS À de ma propre vie! » TE Cette communion parfaite dura peu. Le temps n’atté- ‘4 » nua pas l’indignation de Quinet; au contraire, elle Be: . s’aviva dans la solitude de l’exil. En France on s’habi- va 1 tuait, ou, — c’est presque la même chose, —onserésignait. } D k Ce fut pour Quinet une dure surprise. Le coup d’État, a
a il l’avait prévu; maïs il n’avait prévu ni l’aisance avec Ée laquelle le pays accepta, ni la rapidité de son oubli, ni rs son ihgratitude envers les proscrits. Cette légèreté le cs frappa douloureusement. Il craignit qu’un abîme ne se
7 fût ouvert entre sa patrie et lui. Il sentit qu’il allait
4 devenir sévère, peut-être un peu âpre, et qu’en France à : il serait moins aimé. Il fut attristé, mais nullement x ébranlé. Avec cette résolution que l’âge affermissait en % lui, il se mit en travers de son temps et désormais à chacun de ses actes fut une opposition et une contra- va Michelet revint à Paris; il y travailla beaucoup, et =/ 1008 d’une manière qui le satisfit. Il composait l’histoire de se la Réforme et son imagination lui représentait avec { » | tant de vivacité les supplices infligés aux révoltés d’a- ë lors qu’il avait moins de pitié disponible pour ses amis
- de Cayenne ou de Bruxelles. En même temps il rédi-
ÿ geait l’Oiseau, etles mœurs exquises de ces petits êtres « ee lui donnaïent du réconfort. L’artiste grandissant consode lait lidéologue vaincu. Il perdit sa fille et Quinet lui . écrivit aussitôt une lettre chaleureuse. « Je travaille, je ; vis, » répondit Michelet. Quinet perdit un enfant. « Fra- ÿ vaillez-vous ? » lui écrivit Michelet. L’égoïsme naturél, À ou, pour mieux dire, l’absorption nécessaire aux grands 3 producteurs était fortifiée en lui par son état de maladie & et les adulations dont l’entourait sa femme. En 1855, il traversa Bruxelles. Les proscrits se réunirent un soir } pour le fêter. Il vint, raconte madame Quinet, disserta | sur l’aviculture et parut éviter toute allusion politique. | En 1859, l’Empire, vainqueur de l’Autriche et décidé- ment installé, proclama l’amnistie générale. Hugo, Quinet, Charras refasèrent avec éclat et publièrent leurs
_ motifs. Nous ne sommes pas les coupables, dirent-ils. | à Nous n’admettons pas qu’on nous amnistie. Nous ren- |}: trerons à notre heure. Mais les Parisiens, de plus en 1566 _ plus habitués à leur brillant régime, n’approuvèrent pas Ex: ces obstinés. Madame Michelet fit à son mari une maison 1 agréable. Elle donna des soirées et des bals qui par- 1% fois même étaient masqués. Michelet recut, déguisé en ( ML Franklin, et sa femme en « Histoire du dix-huitième | siècle ». La gaieté de Paris faisait le plaisir de cette 0 Europe où lItalie devenait nation, où l’Allemagne 1 armait formidablement. Quinet disait ces choses, mais S D. on ne l’écoutait pas, et, comme il ne voyait plus de fin de. à son exil, il fit venir tous ses livres et s’établit au bord } ue. du lac de Genève, à Veytaux. NS Michelet y vint passer le mois d’octobre 1861. D’autres dE. Français vinrent aussi, anciens proscrits qui prenaient A plaisir à revoir leurs résidences et leurs amis d’infor- ‘1 4
- tune. Ces petites « France de l’extérieur », — Michelet 1 les nommaïit ainsi, — avaient leur charme et leur 5 tristesse. L’entente y était parfaite sur les questions ‘4 essentielles. Mais sur la tactique les opinions diffé- “1 raient et la situation était si douloureuse que le moindre a désaccord gênait la conversation. Cependant on avait 14 un tel plaisir à se voir, à causer avec liberté, que cet À automne de Veytaux fut doux. -“4 Quinet faisait retentir son perpétuel Dies iræ ; en vain i di. il annonçait les catastrophes inévitables. Michelet, qui Re. _ blämait sa retraite obstinée, prit l’initiative d’une Fi _ adresse que trente personnalités signèrent. Au nom 38 des intérêts mêmes du parti républicain, on priait Quinet ! ma Le
du comme élargie autour de lui. « Chaque année, écrivaitsic il, augmente la différence d’accent et de langage entre
- les Français du dedans et nous autres exilés. Ala Se songue nous formerions deux idiomes séparés dont la ie langue-mère serait morte. »
& Cependant, à Paris, Michelet travaillait et produisait
à toujours. Une facilité, une sûreté merveilleuses récom- À
#: pensaient une vie de labeur quotidien. Chaque année
sk paraissait un volume de son Histoire. En même temps, et
ù comme par jeu, il écrivait l’Oiseau, l’Insecte, l’Amour,
“à j la Femme, la Sorcière, la Bible de l’humanité. La gloire
5 littéraire tendait à remplacer pour lui l’influence philo-
- Il revint séjourner à Veytaux en juillet 1865. Il fut
GA affectueux et charmant. Il s’amusait à faire rire la can-
Ÿ ‘ dide madame Quinet avec des bouffonneries, puis il la
£ à . faisait frémir en aflirmant d’une voix grave que rien
Hs n’était si pareil à une fleur de camélia que le cerveau
Fi d’un enfant mort examiné au microscope. Comme en 1861,
VE une société nombreuse s’était formée autour des célèbres amis. On improvisait des promenades, des parties;
a mais Quinet et Michelet, rendus casaniers par l’âge,
4 restaient seuls à causer dans le verger dont la pente ï, allait glissant jusque sous les eaux bleues du lac. Ils 3 s’entretenaient d’histoire naturelle, leur dernière et 4 commune passion, aussi heureux que lorsque, à vingt4 cinq ans, à l’aurore du siècle, ils dissertaient sur le D: progrès dans l’histoire humaine. En 1827, Quinet avait #: écrit à Michelet : « C’est par l’histoire que notre pays 4 x doit se calmer, se fortifier; c’est elle qui doit ramener à l’espérance dans ceux qui la perdent et contribuer à qe” rassurer les caractères chancelants. » En 1865, déçus et
va même divisés par l’histoire des hommes, les deux amis me _ se rassérénaient par l’histoire de la nature. Au moment ; 4
des adieux, madame Michelet, avec une grâce un: peu 14 F _ féline, prodiguait des câlineries : « Nous nous rever- | 4 _ rons, il le faut, vous reviendrez à Paris… je vais vous | 4 chercher un appartement… » Doucement, Quinet faisait {à _ dela tête un geste négatif. Elle l”embrassa : « J’ai passé é E: ici des jours de bonheur. Je n’ai jamais senti un tel 0 Et pourtant, au cours de l’hiver qui suivit, les rela- #4 s tions devinrent difliciles entre les hommes. Pourquoi Don: cela? Nous apercevons une raison et nous en devinons 2 du | une autre, capitale sans doute, l’influence de madame “0 Michelet. Dominatrice à l’extrême, elle considérait son F0 mari comme une chose possédée. Elle avait éloigné de an: lui ses plus anciens amis, peut-être même ses enfants. F 5 | Elle avait, semble-t-il, désapprouvé les conversations % 874 $ interminables de Veytaux et blâämé son mari de livrer +24 si naïvement ses idées à l’autre, qui en ferait un livre. 6 52 Il lui déplaisait, d’ailleurs, que Quinet s’entretint d’his- Pt. toire naturelle avec Michelet, car elle avait sur ce point 72 de grandes prétentions et laissait volontiers entendre ES que l’Oiseau, l’Insecte, étaient ses œuvres. Quinet avait s éveillé sa double jalousie de femme et de collabora- 1 trice. Il ne lui fut pas difficile de circonvenir son mari, ne. son éternel malade. ESA Quinet publiait à ce moment même son histoire de la NE 7 s Révolution, qui est une œuvre belle, mais amère. Il L: s’était demandé pourquoi, malgré l’effort de 1789, la 2100 _ France était restée déséquilibrée au point d’accepter la DA _ dictature de Napoléon II, et il avait cherché dans la #4 _ Révolution même une faute initiale. IL avait écrit QU he 2x
É une œuvre critique aujourd’hui vigoureuse après “ quarante années. L’effet produit fut considérable et À THEN Michelet, qui avait composé son histoire en 1848, dans à la manière enthousiaste d’alors, éprouva de l’agace- = , ment. Bientôt, il ressentit comme une infidélité le désac-
cord intellectuel survenu entre Quinet et lui. Il écrivit à
1 son vieil ami que plusieurs de ses thèses lui étaient ou « pénibles » et « inacceptables ». “38 difficultés de famille l’attristaient; il était tout à fait &r brouillé avec ses petits-enfants, qu’une vive affection Fe unissait aux Quinet. Des discussions politiques s’élevè- Ne rent entre les deux hommes. Quinet abhorrait les leurres - à de l’empire libéral qui faisait illusion alors. ‘ É Des congratulations littéraires tinrent lieu de cordiase lité. Madame Michelet venait de publier ses Mémoires , d’une enfant, et Michelet le dernier volume de son His- ÿ toire. Il avait enfin terminé cette œuvre immense, fruitde de son apparente faiblesse ; il avait achevé de ressusya citer la civilisation latine, depuis les origines de Rome jusqu’au dix-neuvième siècle. Un grand dîner fut offert à l’illustre ménage et Quinet, avec une émotion extrême, à porta un toast à son ami : « Je bois à une chose immor- & $ telle, l’Histoire de France ; le monument est achevé ! » Peut-être y eut-il dans cette émotion, non certes de 4 l’envie, mais un retour un peu mélancolique sur soirême, une inquiétude pour les pauvres livres disparates qu’il laissait, un regret enfin pour sa popularité et sa À gloire compromises parce qu’il avait donné la meilleure à de ses peines, non à une œuvre écrite, mais à une é œuvre vivante, c’est-à-dire passagère : la pratique dela vertu, l’héroïsme. j
On se quitta avec, de part et d’autre, plus de soula
È gement que de regret. Mais l’échange de lettres qui PR.
_ suivit continua d’entretenir l”amertume. Michelet expri- SUCNS
_ mait sans cesse des réserves qui, même légères, étaient Past:
d sensibles à l’exilé. Celui-ci croyait bien deviner quelle ; : “
force étrangère lui prenait son faible ami. Mais que 18
pouvait-il contre elle ? « Nous sommes unis, cher ami, NP % st
et nous devons rester unis. répondait-il avec tendresse ; As À
aimons-nous et serrons-nous contre ce nouveau soufile CORTE
de réaction déchaînée.… » Il écrivit à plusieurs reprises, * Es ;
et ses lettres étaient longues, — trop longues même. 0
Leur dimension trahissait l’ennui de l’exil. Michelet A
répondait à peine. « Vos lettres sont des billets, les ‘Si
miennes sont des volumes! » + ES
En septembre 1868, Quinet apprit par un tiers que .
Michelet venait d’arriver au bord du lac. Peu après, un : 08
mot très court l’avertissait. « Hélas ! répondit Quinet, ; 5
votre écriture me manquait depuis trop longtemps… : ta
Aimez-moi donc comme je vous ai toujours aimé!.. EM
Ne serions-nous pas inconcevables de ne pas entretenir es ‘
chèrement cette chose sainte 2… » M. et madame LE
| Michelet annoncèrent leur visite. Ils vinrent ensemble, 4 ‘4
très correctement habillés et très guindés. On parla du #4
bout des lèvres : de la maison exquise, de la vue admi- ill
rable qu’on enviait à l’exilé, auquel eût pourtant mieux Pa.
convenu le ruisseau de la rue du Bac. Deux jeunes gens LS
étaient là qui gènaient l’entretien. M. et madame tt à
Michelet partirent sans qu’un mot intime ait été pro- ‘4
noncé, et ce fut la dernière entrevue. 120
Une extraordinaire épître vint compléter cette déce- à Ki
vante visite. & IL est sûr que nos rapports ont changé, ASS
; écrivait Michelet ;.… expliquons-nous donc une fois. » 16
“à Et, après avoir rappelé leurs manières diverses de com- |
d prendre la Révolution, il faisait à Quinet le reproche de
n’avoir pas cité son histoire dans la sienne. « … Cela a
NS surpris tout le monde… Je ne dis pas cela par une sotte
6 vanité, mais pour marquer ce surprenant oubli de celui
à qui seul avait frayé les voies. » IL terminait d’ailleurs
6 en affirmant « l’immuable amitié que rien ne pourrait
fi altérer en ce monde, ni dans les mondes ultérieurs ».
| Quinet fut désespéré. Les meilleurs souvenirs de sa
8 vie étaient diminués et ternis par cette mesquinerie. Il
È resta neuf jours sans répondre et n’écrivit qu’après
ï. avoir laissé tomber l’irritation. Son vieil ami n’était -
2 coupable que de faiblesse. Une autre, sans doute, était
; responsable. Quinet résolut de rester, malgré Michelet
à lui-même, son ami. « Notre amitié est notre honneur »,
lui écrivit-il fermement. « Nous devons à ce triste temps
se de lui donner l’exemple d’une telle amitié entière jus-
|: qu’à la fin. Rien ne me séparera de vous, entendez
:S bien cela… Rien ne me découragera, je ne changerai
| jamais pour vous, je me le promets à moi-même. »
À Quinet eut la récompense de son effort : la brouille
4 fut évitée et l’échange de lettres, quoique un peu diffi-
Ë La guerre interrompit soudain l’exil. L’Empire tombé,
3 Paris menacé, Quinet voulut y courir aussitôt. On lui
À disait : « Ne partez pas; on mourra de faim, on ne
Fe pourra même pas se défendre, on n’aura pas d’armes.
è — Nous aurons la République! » répondait le vieillard.
È Il partitet se jeta dans la ville qui se rouvrait pour lui
: en se fermant au monde. Il y vécut cinq mois de fièvre
; et presque de bonheur. « Heureux les jours où nous.
mangions notre pain noir mêlé de paille, où les obus
4 pleuvaient sur nos toits! » Mais Quinet n’avait pas ; ROUE “1 _ retrouvé Michelet dans Paris. Celui-ci avait quitté la S’uERA Ne: France au moment où son ami y rentrait. Toujours “1e _ épuisé, toujours brisé, il était allé s’établir à Fiesole où ‘#4 il écrivit ce petit chef-d’œuvre d’un art si merveilleux : De la France devant l’Europe. ne: A la guerre succéda l’insurrection communaliste. 5 Michelet tomba gravement malade. La patrie déchirée, SR Ne: Paris en flammes, ses papiers, ses notes innombrables D, peut-être consumées, c’était plus qu’il ne pouvait « 4 supporter. À grand peine, on put le ramener de 4 Fiesole au lac de Genève. k D. Quinet, député à l’Assemblée naticnale, assistait à 4 _ toutes les séances malgré les atteintes d’une bronchite LL contractée à la fin du siège dans un appartement gla- au cial. Pour la deuxième fois dans sa vie, il défendait et à contre l’insurrection une Assemblée légalement élue. Re: En juin 1848, colonel à la garde nationale, il avait failli : 46) être écharpé par ses hommes en couvrant de son corps, 5% après un combat, un groupe d’insurgés prisonniers. ; 4 En 1871, trop âgé pour être à la bataille, il errait we b _ dans le parc de Versailles, écoutant la canonnade et Pen regardant le ciel rougi, seul avec sa femme et pleurant ‘à contre son épaule. 5 Le 28 juin 1871, Michelet écrit à Edgar Quinet. Il ARE à parle de sa santé, qui est meilleure, et de son opuscule à 5 TA la France devant l’Europe, qu’il a dû n’envoyer à per- 2 1 sonne parce qu’il était déparé par trop de fautes d’im- < ‘4 pression. « Que de choses contiendrait cette lettre, » dit- 1 ta il en concluant, « si je suivais mes pensées ! mais je me ‘5 _ fatigue encore aisément ». Ce fut la fin de leur corres- 1 _ pondance. Michelet traîna ses dernières années dans 51
les stations du midi de la France, au bord de la mer ou n à la campagne. Ilne vit plus son ami ni ne communiqua
- à avec lui. A grand peine, avec une dépense d’énergie à nerveuse dont l’œuvre se ressent, ilacheva son Histoire. à ; du dix-neuvième siècle, — livre pénible, déclamatoire, avec deséclairs admirables d’intelligence, et tout assom4 bri par la tristesse d’un homme qui doute de la vie au ‘ moment de la quitter. La guerre avait déconcerté ses è vues d’avenir en fortifiant les institutions militaires 5 dans une Europe nécessairement divisée; il en était À Quinet, lui aussi fort souffrant, trouva la force d’efvo: fectuer un long voyage. « Le sacrifice une fois con- ë sommé, dit très bien M. Henry Michel, dans une belle k étude qui vient de ramener l’attention publique vers à notre auteur, — la France réduite, mutilée, il ne reste à à Quinet qu’une manière de lui témoigner sa tendresse à filiale : c’est, après tant d’années d’exil, de reprendre 1 lentement possession du sol, de l’atmosphère de son pays. Il va« par les sentiers de la France », et ce lui est une douceur infinie de retrouver la Normandie et la F Bretagne, la Touraine et le Languedoc, la Bresse et les
Pyrénées, de respirer cet air, de contempler cette
À lumière, qui lui semblent meilleurs que partout au à monde, parce qu’ils viennent du ciel de France ». Il $ revint à Versailles, et fut exact aux séances de l”AsEX semblée. Son parti le vénérait. La presse républicaine | faisait bon accueil à ses publications. Il jouissait de … Ë cette popularité sans épines que la jeunesse accorde volontiers aux très vieilles gens. Ÿ Le 11 février 1874, il apprit la mort de Michelet en ouvrant son journal. Il pâlit et tendit la feuille à sa
._ femme. Elle était donc tranchée, cette am e cin- (à FX AO RE . que nte années ; elle n’était plus, cette intelligence aux “ref ets innombrables, cette âme merveilleuse, plus fémi- Rite nine que virile, qui décevait parfois, mais qui se faisait toujours pardonner! « Je ne puis que vous dire mon re EN _ saisissement… », écrivit-il à madame Michelet… « Je “e se _ suis hors d’état d’ajouter un mot… Je l’essaie inutile- 22 ER _ ment. Puissiez-vous avoir toute la force dont vous avez ES _ Quinet vécut treize mois encore. Sa dernière œuvre, kr +20 _
_ l’Esprit nouveau, est belle de sérénité et de jeunesse. IR 4 L’extrême droiture morale est sans doute, pour unpen dr _ seur, une garantie contre l’affaiblissement de l’âge. 13 _ C’est une force simple qui survit à l’intelligence et ‘1
_ relève ses dernières lueurs. SLT
« J’ai choisi le silence, le monde a choisi le tumulte. 1:68 « J’ai choisi la justice, et le monde, l’iniquité. J’ai pré- : ke à « féré la liberté, et le monde a préféré l’esclavage. J’ai + « aimé la lumière, et le monde, les ténèbres. J’ai aimé sa « la vérité, et lui, le mensonge. Il est juste, il est bon, F à « il est sage que nous habitions aux deux bords oppo- ÿ oi ; « sés, lui dans ce qu’il appelle la fête, moi dans ce Re « qu’il appelle le deuil ; lui dans ce qu’il nomme la vie, ES « moi dans ce qu’il nomme la mort. » LEÉSSS Par ce chant de Merlin au sépulcre, Edgar Quinet a 11 résumé le sens général de sa destinée, le secret de sa ee
D’autres ont eu la gloire sonore, la chaude acclama- ge. à _ tion des foules, le sourire délicieux du monde. Celui-ci ” AteS a fait un effort immense dont jamais il ne fut payé que RARES par la joie intérieure. Hanté d’un grand songe d’artiste, Re PA d’un Chateaubriand, la fièvre païenne d’un Michelet, la ; Re 4 splendeur verbale d’un Flaubert lui ont trop souvent | # se fait défaut. Malgré des pages admirables, ses poèmes, SC Ru _ Ahasvérus, Merlin l”Enchanteur, Napoléon, qui embras_ sent tous les horizons de l’histoire et de la légende, Rs:
4 _ restent éclipsés par les Martyrs, la Montagne et la Gé _ Mer, Saint Antoine. Passionné de la chose publique, il Ë resta sans action sur elle. Il en fut violemment séparé ï pendant dix-huit ans de silence. L’exil, qu’un Hugo, z tout bouillant, peuplait d’innombrables fanfares, fut à pour lui la prison, le suaire. Il rentra dans le deuil 0 national. Et, même alors, sa voix mesurée ne domina w point le tumulte. Toute sa vie il appartint à cette noble x famille de Taciturnes qui entreprennent sans espoir et,
- sans réussir, persévèrent. Son pain de chaque jour fut à la Vérité. ë ; La Vérité l’en récompense. Elle donne à ce pur, à ce juste, qui, dans les temps les plus obscurs, prédit les ” ù retours de l’Idéal, la résurrection partielle qu’il mérite, À qu’il eût souhaitée. Comme une source souterraine, sa ‘4 pensée jaillit devant nous. On s’étonne de sa vertu Ë fraîche, de sa puissance régénératrice. Après trente ans : de vie orageuse, mais soutenue d’un salubre espoir, la F France républicaine, en Quinet, se plaît à saluer son “3 prophète, annonciateur dans le passé et messager pour
4 Approchons-nous de cette rare figure et voyons
ï comme elle s’est formée. Dans le plus vivant de ses
3 livres, où la grâce enjouée du récit colore l’amertume du
Û sage, Quinet nous conte, avec son enfance, l’histoire
morale du siècle au lendemain de la Révolution. C’est
1 d’abord la vie solitaire parmi les marais de Certines ; quand chacun, après tant d’orages, ne songeait plus È k qu’à chercher un abri. Là, entre un père démocrate,
_irréductible ennemi de l’empire, et une mère d’esprit 20 libre et grave, née dans un milieu calviniste, l’enfant à 118 connut, pour son éveil, la nature seule, et les livres. 2 10 Premières impressions décisives qui façonnent la petite Ru âme, lui donnent la trempe et le ton qu’elle gardera 175 désormais. De quel amour le vieillard proscrit évoque la ? é. campagne fiévreuse, les étangs empourprés par le soir, ue les premières centaurées dans les bois, les bœufs qu’il tes à menait au labour, toute cette agreste existence, exal- Re tée et comme embaumée par les entretiens maternels, ‘1 les prières qu’à haute voix, simplement, en toute cir- RS constance, madame Quinet prononçait devant ses 108 enfants attentifs, dialogues spontanés entre elle et : a | l’Esprit invisible et présent ! Puis c’est un brusque \ ‘7 changement. La famille émigre à Charolles. Quinet Ce entrevoit, de ses yeux d’écolier, l’immense drame Ë Li! impérial qui au loin bouleversait l’Europe. Prisonniers Eur de l’île Cabrera, uniformes sanglants qu’on rapporte, “40 silhouette mélancolique de Baudot, l’ex-ami de Saint- ‘1 r Just, tous ces détails se gravent en lui. L’épopée fait d enfin irruption dans l’humble bourgade elle-même. . 4) C’est l’invasion de 1814, le pays rempli de Barbares, -# c’est la flamme imprévue des Cent Jours, l’écho des Bi pas de l’empereur dont tremble la France entière, et le ‘2 remous de Waterloo, la déroute, l’invasion nouvelle, — « 43 alors, de nouveau, le silence, la terreur blanche, un Si Chaque cataclysme social change la vie individuelle. Si D’abord élevé pour les camps, l’aventure, la mort sans 0 doute, le jeune Quinet subit ensuite, dans ufe société (1 plus réglée, les nécessités du collège. On l’envoie chez | #4 les Pères jésuites. Après la subite agonie de cette qu
Fa Gabriel Trarieux et 4 claustration imprévue, il s’y console, par la lecture, du é 3 monde réel qu’il a perdu. Il s’initie au passé humain, à
is l’histoire, et les rudes tableaux qu’il vit défiler devant
4 lui ne l’aident pas peu à comprendre les révolutions
Ÿ antérieures. Elles sont pour lui chose sensible, frémis-
À sante, et non lettre morte, comme pour un élève ordi-
” naire. Là s’ébauche sa vocation. Revenu aux campa-
Ss gnes natales, l’adolescent s’émeut déjà de sentir que
Ra à tressaille en lui tout un monde d’idées confuses, à quoi
ii rien ne répond au dehors. Les poèmes de Chateau-
ï briand l’enchantent sans doute et le grisent, mais sans
à entraîner son esprit, car c’est le passé qu’ils adorent, et
k lui, c’est d’avenir qu’il a soif. L’infaillible instinct de - È sa mère lui montre en madame de Staël un guide plus
ÿ vaillant et plus sûr. C’est l’heure où, non loin de ces
ss lieux dont quelques coteaux le $éparent, un autre
: adolescent, Lamartine, possédé du même tourment,
À _s’essaie à le balbutier en strophes de musique inconnue.
ve à Heure sublime où partout en France, dans le cerveau
à des jeunes hommes, fermentait l’immortel renouveau
dont s’enorgueillit notre race !
F ÿ L’Histoire de mes idées se borne à cette période de
0 limbes. Dès Lors, c’est l’œuvre de Quinet qui commence à
à parler pour lui. Son premier essai, sur Herder, qu’il
4 écrit à vingt et un ans, indique avec une lucidité, une 4 conscience de soi surprenantes, l’idée maîtresse, essen-
F tielle, que son effort, en trente volumes, ne fera que
É développer. Cette idée, c’estle rapport nécessaire entre « É la croyance et la politique, — rapport de la pensée à |
ae de NP eue cote l’acte, — et l’évolution parallèle, au cours des siècles, 0 . des empires et des religions. Avec une ardeur infati- ; = gable, Quinet, d’abord, l’applique au passé, cherche en “LEE Orient, berceau des races, puis dans la civilisation hel- ‘208 lène, les premiers fondements solides de sa philosophie + de l’histoire. C’est de ce point de vue qu’ensuite il envi- ÿ A sage le christianisme et les dix-huit siècles qui en dé- 19 coulent, qui sont pour lui comme des messages où suc- ; € cessivement se concrétisent les idées morales du Christ. er. Il arrive à la Révolution. Il voit en elle l’accomplisse- : 4 ment temporel et définitif de ce grand rêve d’amour EL. chrétien, dont l’Église ne représente plus que la dévia- EU: tion ascétique. Entre ces deux forces contraires, Église ‘1e et Révolution, le divorce désormais est fatal, la lutte M décisive et mortelle. Le tort des révolutionnaires est de 4 | ne l’avoir pas compris, d’avoir pactisé avec Rome, al pacte que l’Italien Bonaparte consacre par le Concordat. AY force. La paix ne viendra pour la France, et son œuvre < 1 ne sera couronnée, que si la Révolution épuise toutes 4 ses conséquences, que si la vie nationale s’affranchit du , Ainsi par une marche invincible à travers l’infini Ë labyrinthe des croyances et des dogmes éteints, Edgar #4 Quinet s’est acheminé vers une conclusion actuelle. Ce :à long séjour parmi les morts, cette érudition poussié- 0 reuse n’ont pour but que de nous faire vivre, en déchif- F 4 frant le mot de l’énigme qui se pose devant les sociétés Si modernes. Avec plus de force impérieuse, plus de déci- ne: sive clarté qu’aucun de ses rivaux en histoire, Taine, É. Renan ou Michelet, l’auteur du Génie des Religions, de HN. la Révolution française, des Jésuites et de l’Ultramon- 5 j
ss tanisme, de la Création et de l’Esprit nouveau s’est À attaqué au problème vital qui déchire en effet notre : 4 temps. De là sa fortune paradoxale. Sans influence de ë son temps, voici qu’il grandit chaque jour. Depuis 1870, | ; on peut dire que la pensée française est toute possédée de la sienne. Ces lucides éducateurs du peuple, un | Ferry, un Jean Macé, un Pécaut, sont les élèves d’Edgar à : Quinet. Nous vivons en lui et par lui nous sommes. La 1 presse et la Chambre retentissent des discussions que,
- 14 solitaire, agita jadis ce précurseur dans le village de Re Veytaux, devant le grandiose décor des Alpes. Quand : ; M. Buisson, l’autre jour, répondait au président du Con- - à seil, il ne faisait que reproduire ces fortes paroles de ; Quinet : « Voulez-vous affranchir l’enseignement laïque ? mt Osez affirmer ce que trois siècles ont affirmé avant À vous : qu’il se suffit à lui-même, qu’il existe par luiL même, qu’il est lui-même croyance et science. Nulle mesure fiscale, matérielle, administrative, ne peut le 3 dispenser de cet acte de foi. » | Un acte de foi : c’est sur ces mots que logiquement % doit se terminer une étude sur ce croyant intrépide. $ Acte de foi non dans la lettre de révélations surannées | ; et de miracles puérils, mais dans la puissance féconde, | éternelle et calme de l’esprit. Acte de foi dans la desti4 née de l’homme, où il voit le miracle vrai auquelabou- | tit à travers les âges l’évolution organique et dont il } | essaie dans la Création d’entrevoir les stades futurs, | % terrestres et ultra-terrestres, car il admet, — comme Fi Blanqui dans l’Éternité par les Astres, — les profondes
perspectives cosmiques. Acte de foi plus spécial dans la KA NES mission de la France, qui est pour lui « le soldat du tar EN. monde », dont il chante, au lendemain de la défaite, en =: ses pagesles plus vibrantes (Rég’énération de la France) TEE les réserves indéfinies de vitalité, d’avenir. Si nous son- Le. geons aux jours de deuil où ce verbe d’espoir fut pos- “4 sible, les comparant aux grisailles médiocres où nous MATE languissons aujourd’hui, peut-être sentirons-nous quel- ; ‘4 que honte réchauffer nos désirs d’action. Ce serait ; + 0 lhommage intérieur qui siérait le mieux à la mémoire 5 du véridique Edgar Quinet. DE |
: MESSE M. Daniel Halévy a bien voulu choisir pour a æ ‘4 | présenter les textes suivants : Fe FAT ÉRENNS
Ce passage est extrait de l’Enseignement du peuple, ne mine l’idée d’un service public d’éducation laïque. — “5 54
Quelle est la raison d’être de l’enseignement 4 ke
Répondez donc une fois clairement à ceci : Sur quelle $ 8 base repose l’enseignement laïque en France? Vous ne Mu: pouvez espérer ni grandeur, ni puissance, ni ordre, EN: aussi longtemps que vous n’aurez pas tranché cette ë
question. Dans la confusion établie entre la théologie 0
sacerdotale et la science humaine, qu”arrive-til? “à À L’instituteur laïque, en intervenant dans l’Église, y # fait entrer l’hérésie. Le prètre, en intervenant dans ; FRÈRE Pécole, y fait entrer la servitude. Que faut-il donc +4 faire? Les séparer. 58
Quoi ! Le sacerdoce n’aurait plus rien à faire dans les 08
_ écoles ! il n’aurait plus les yeux ouverts sur les géné- % rations nouvelles! Quelle impiété! Je dis, moi, que k 20 c’est le seul moyen de respecter, tout ensemble, la “1e . liberté de conscience et la liberté des cultes. 38 _ La grande prétention du sacerdoce est qu’il n’a : FN
‘4 aucun besoin de l’école, tandis que celle-ci ne peut #1 Ds passer de lui. Cela est-il vrai? Examinons. ts 44 N’est-il pas incontestable que l’édifice entier de $ ss l’esprit humain, depuis sa première fondation jusqu’à #5 son faite, s’est accompli, dans les temps modernes, en ss dehors du clergé? Lors donc que vous voulez bâtir a dans chaque homme l’édifice de l’humanité moderne, 20 ! n’est-il pas évident que vous n’avez nullement besoin ‘4 de la main, ni du concours d’un clergé particulier? : A Comment ce qui s’est fait dans l’éducation du genre 34 humain, depuis trois siècles, ne pourrait-il s’accomplir d et se réaliser aujourd’hui dans l’éducation de chaque 4 homme en particulier? Le développement de la société — ke civile s’est accompli en dehors de l’Église comme si ” aucune Église n’eût existé dans le monde. Pourquoi Ÿ ‘à ; donc faudrait-il que cette tradition de la société civile, M ES parfaitement indépendante du dogme, ne püt être FA donnée que sous l’œil et l’inspection du dogme ? ni D. La science a sa certitude, son évidence, qui na ; besoin du sceau d’aucun clergé pour faire un tout com- ; ; plet. Elle subsiste par elle-même, indépendante et libre. | à Elle est la religion générale, universelle, absolue. Le” l à dogme particulier, c’est l’esprit de secte. Pourquoi faut- à 44 il que la religion absolue soit placée sous la dépen- 24 HER dance de l’esprit de secte? Est-ce juste? est-ce pos- 4 É Supposez qu’il n’y eût d’autre enseignement moral $ que celui qui est distribué au nom des Eglises particu- # lières; j’ai montré que, dans ce cas, la société actuelle M ” ne pourrait subsister telle qu’elle est. Chacun suivant | rigoureusement le principe exclusif déposé dans son »
glise, il y aurait en France des sectes et point de 4 nation. Le juif serait ramené au ghetto, le protestant 3 enfermé dans ses villes de sûreté; le catholique, acharné 14 contre l’un et contre l’autre, travaillerait à les faire ma. entrer dans son Église. IL suit de là que le principe “4 d’aucune des sectes qui sont reconnues par l’État n’au- a rait pu, en se développant, produire la société française É: telle qu’elle est aujourd’hui, alliance pacifique de toutes DU: : les croyances, de toutes les opinions, de toutes les 24 sectes dans le sein d’une même nation. C’est dire que 7 chacune de ces Églises a l’autorité d’un système consi- ‘0 S dérable, mais qu’aucune d’elles n’est plus le principe s = j vital de cette société. Pour qu’elle subsiste, il faut que 4 l’esprit qui l’a faite continue de se répandre par l’édu- 4 | cation, de génération en génération. Là est la raison ro d’être de l’enseignement laïque sans acception d’aucun É <s ‘ Toutes les objections iront se briser contre ce fait : % nulle Église particulière n’étant l’âme de la France, 00 l’enseignement qui doit répandre l’âme de cette société : ÿ doit être indépendant de toute Église particulière. 1 Sile prêtre peut faire tout ce que fait l’instituteur, F1 celui-ci est inutile. Mais, d’autre part, si l’instituteur 74 enseigne une morale sociale qu’il est impossible au ê prêtre d’enseigner sans apostasier, le premier est 24 évidemment indépendant des dogmes du second; car ss Hs il est absurde d’assujettir l’enseignement le plus 728 universel au plus étroit et d’enfermer le plus grand Re: dans le plus petit. de L’instituteur n’est pas seulement le répétiteur du NES prêtre; il enseigne ce qu’aucun prêtre ne peut ensei- “4 gner, l’alliance des Églises dans une même société. . %
D: L’instituteur a un dogme plus universel que le prêtre, À car il parle tout ensemble au catholique, au protestant, ue au juif, etilles fait entrer dans la même communion - ; L’instituteur doit dire : Vous êtes tous enfants d’un … 40 même Dieu et d’une même patrie; tenez-vous par la
: main jusqu’à la mort. Le prêtre doit dire : Vous êtes ï les enfants d’Églises différentes ; mais, parmi ces mères, : % il n’y en a qu’une qui soit légitime. Tous ceux qui ne lui 4 appartiennent pas sont maudits; ils resteront orphe- ; lins. Soyez donc séparés les uns des autres dans le | ! temps, puisque vous devez l’être dans l’éternité. } Croyez-vous que ce serait un malheur irréparable-
- pour votre enfant de naître ainsi à la vie civile dans un RE sentiment de concorde, de paix, d’alliance avec tous Fa ses frères? Le premier sourire qui lui a été donné du ’ ÿ ciel, est-ce pour maudire? Faut-il que son premier “ bégayement soit un anathème? — Mais vous contrai- 4 x gnez mon fils de n’avoir ni colère ni exécration contre ‘ ceux qui ne pensent pas, ne croient pas, ne prient pas … à comme moi. C’est une violation de la liberté du père de » Fe famille. — Eh! que ne le disiez-vous plus tôt! a Ainsi l’héritage obligé des discordes, c’est ce qu’ils 4 appellent la liberté. Ne pas être élevé dans la haine, }
c’est oppression. Imposer forcément à son fils son esprit À
y de colère et de malédiction, c’est ce qu’ils appellent
Ë leur droit. 4
‘748 Avant eux, Bodin disait déjà au seizième siècle que M
Fr tout était perdu depuis que la loi moderne avait ôté
À au chef de famille le droit de vieet de mort sur ses
| La société laïque possède aujourd’hui plus de justice 4
que l’Église. C’est la raison pour quoi son droit civil et Fe ce politique s’est constitué indépendant du droit canon. le 23 La société laïque possède aujourd’hui plus de vérités 4 KE que l’Église. Cest la raison pour laquelle son ensei- ini gnement doit se constituer indépendamment de l’in- 4 La prétention des castes sacerdotales a toujours été ‘5 d’être seules capables de donner un fondement aux 3 institutions civiles et politiques. Voyez-les partout où 4e elles ont été maîtresses, chez les Indous, comme dans 4 les États Romains. Tant qu’elles règnent, chaque détail } ki: hi de l’état civil, administration, la police même, sont 140 choses sacrées; dans la théocratie de Moïse, le moindre 4 règlement d’hygiène, d’agriculture, émane de la sagesse 4 d’en haut. Toute ordonnance du prêtre est d’institution 48 divine ; la pensée du ciel circule dans tout le corps des A i Sitôt que la société laïque s’affranchit du gouverne- hf) ment sacerdotal, elle est censée rompre toute relation de, avec l’ordre éternel. Ces mêmes lois qui, auparavant, dé étaient pleines de Dieu, ne sont plus que des caprices | du hasard. Cet État que l’on disait d’institution divine, F depuis qu’il se passe du prêtre, on le proclame athée. Re Hier il était la sagesse éternelle, manifestée, écrite dans ‘# les lois. Aujourd’hui c’est un aveugle qui repousse son 4 guide. Il ne sait rien, il ne voit rien. Séparé du prêtre, A que lui reste-t-il à enseigner? Pas même la sagesse que 4 la fourmi enseigne à la fourmi. < 4 Si la société, sans le prêtre, ne croit pas à la justice, \S pourquoi donc cherche-t-elle de siècle en siècle à s’en ‘#4 rapprocher dans le développement de son droit ? Si elle 2 ne croit pas à la vérité, pourquoi la poursuit-elle dans 4 4
à la science? Si elle ne croit pas à l’ordre, pourquoi de à A É poursuit-elle dans la suite de sesinstitutions et deses 4 de révolutions ? KNENEY À 6 4 ; Justice, vérité, ordre absolu, qu’est-ce que cela, 1 sinon la source éternelle des idées divines, c’est-à-dire <à ; cette essence du bien sur lequel se règlent les mœurs de 4 % l’État? Ce Dieu de l’ordre, de la justice, ce géomètre M #3 éternel, qui descend par degrés au fond des lois de 7 “ : tout peuple policé, n’est pas celui qui plaît aux castes . ñ sacerdotales. Elles le veulent jaloux, irrité, plein de ; préférences, de menaces. Où elles ne reconnaissent pas 4 LE cette face d’un dieu-prêtre, elles ne voient qu’athéisme. | ; Est-ce une raison pour accorder qu’une société ne con- > à ï tient nul principe en dehors de son Eglise, nul ensei- ni, gnement moral en dehors de son clergé, et que toute ‘4 He lumière s’éteint qui ne s’allume pas à l’autel? ] à On répète incessamment que la société laïque n’a L | aucun principe et, par conséquent, rien à enseigner. Il 1% faut du moins reconnaître qu’elle peut mieux qu’aucune autre s’enseigner elle-même, et voilà précisément de ÿ
quoi il est question dans l’enseignement laïque. à à
À Pour moi, j’ai toujours prétendu qu’elle possède un ! É
a principe que, seule, elle est en état de professer, et
| c’est sur ce principe qu’est fondé son droit absolu, d’en- 4
seignement en matière civile. Ce qui fait le fond de k
4 cette société, ce qui la rend possible, ce qui l’empêche 3 de se décomposer, est précisément un point qui ne peut 3 être enseigné avec la même autorité par aucun des | F 4 cultes officiels. Cette société vit sur le principe de Ÿ l’amour des citoyens les uns pour les autres, indépen- | damment de leur croyance. Or, dites-moi qui professera, non pas seulement en | 68 4
paroles, mais en action, cette doctrine, qui est le pain eo D, de vie du monde moderne ? Qui enseignera au catho- fe “a lique la fraternité avec le juif ? Est-ce celui qui, par sa de croyance même, est obligé de maeudire la croyance % | juive ? Qui enseignera à Luther l’amour du papiste? MO Est-ce Luther ? Qui enseignera au papiste l’amour de *:48 Luther ? Est-ce le pape? Il faut pourtant que ces trois : ‘À ou quatre mondes, dont la foi est de s’exécrer mutuel-. RO lement, soient réunis dans une même amitié. Qui fera 4 ce miracle? Qui réunira trois ennemis acharnés, 40 irréconciliables ? Évidemment un principe supérieur et DU. plus universel. Ce principe, qui n’est celui d’aucune 2 À église, voilà la pierre de fondation de l’enseignement 7 d Voulez-vous affranchir l’enseignement laïque ? Osez | ni aflirmer ce que trois siècles ont aflirmé avant vous, x qu’il se suffit à lui-même, qu’il existe par lui-même, qu’il AE est lui-même croyance et science. Nulle mesure fiscale, x matérielle, administrative, ne peut le dispenser de cet 4 acte de foi. “AU Comment s’est constituée la science moderne ? En la 3 séparant de la science de l’Église. Le droit civil ? En le É séparant du droit canon. La constitution politique ? En 14 la séparant de la religion de l’État. Tous les éléments de LA la sociabilité moderne se sont développés en s’éman- : 55h cipant des Églises. Le plus important de tout reste à E ordonner, l’éducation. Par une conséquence qui se : 1 °00 déduit de tout ce qui précède, n’est-il pas clair qu’il ne 1540 peut être réglé qu’à la condition d’être pleinement “ 2 séparé de l’éducation ecclésiastique ? n:
Mais quoi! vous me proposez de ne faire donner s | aucune instruction religieuse à mon fils? Eh! qui vous le dit rien de semblable? Qui vous empêche de choisir, i au sortir de l’école, le dogme particulier dans lequel:
- vous voulez le faire élever ? Je prétends seulement que … es le mélange de l’école et de l’Église vous conduit à des ë contradictions, dans lesquelles la liberté est impos- … ; Je voudrais que le prêtre eût son empire dans son | ‘à église, mais que cette souveraineté ne püût, dans aucun F cas, s’étendre hors de là; car le problème est ceci : x Faire que la liberté du prêtre catholique ne devienne … À pas la servitude de tous. “4 : Celui qui exerce le pouvoir sacerdotal, au nom d’une FN caste, peut-il exercer régulièrement le pouvoir civil, à se moins qu’on ne rentre dans le chemin de la théocratie ? f L’évèque sera-t-il préfet ? Le curé sera-t-il maire ? Celui : ; qui accuse peut-il être en même temps le juge? Comnn ment donc celui qui, au nom du Moyen-Age, fait le procès de l’esprit moderne, peut-il être en même temps chargé de répandre et d’enseigner cet esprit ? | à Il est arrivé que des hommes qui avaient établi des ï principes philosophiques dans le recueillement de la é solitude ont vu leurs maximes démenties par les choses 4 dès qu’ils ont approché des affaires, et l’expérience les Ÿ a contraints d’en changer. Pour moi, j’ai du moins le ne faibleettriste avantage que surpris au milieu dela spécupe lation philosophique par une révolution, et contraint par des événements subits, d’être mêlé de près aux 1 affaires publiques, il ne s’est pas accompli sous mes & yeux un fait qui ne n’ait confirmé la vérité de tout ce D que j’avais avancé.
Non! dans ces deux dernières années, si pleines 144 d’instructions pour qui sait lire dans les choses, pas un Fa 4 jour ne s’est écoulé sans enraciner en moi chacune des ‘ie TS paroles qui dans un autre temps sont tombées de ma Ne. Où sont tous ceux qui, dans le temps dont jeparle,ne « 5 faisaient qu’un seul esprit ? Ceux qui s’unissaient alors VER dans une même pensée, avec l’ardeur de la jeunesse, “4 sont-ils séparés ? D’autres sont-ils tombés dans l’indifté- } *50R rence sur ce qui leur semblait la seule chose impor- j 4 tante ? Quelques-uns se souviennent-ils de ce que nous RY: avons pensé ensemble ? (1) 100 A tous je leur dois cette déclaration, que, ce que je ré ‘4 tenais alors pour vrai, je le tiens aujourd’hui pour + } évident ; que le fantôme qui apparaît dans les heures : à de la jeunesse est le bon génie de la vérité; que le ; M! salut de la France est dans la voie où nous avions com- 5 f mencé d’entrer. Sachons donc y persévérer. 50 () Tout ceci est une allusion au cours du. Collège de France. A
Ru Cette lettre est insérée dans le tome premier ds
|. 4680 Cher ami. Voici une année nouvelle, et ce que nous …
__ devons souhaiter à tous, ce sont, il me semble, des”
LARSER idées nouvelles et vraies, qui nous rajeunissent. Nous
Te À avons tous notre confession à faire pour le passé, vous
FOR peut-être moins que personne. Pour moi je me confesse
“HET _ franchement d’avoir vu autrefois dans le napoléonism e.
ro un élément de liberté qui n’y a jamais été. Cet homme
pre a tout foulé, tout écrasé, ila mis l’humanité en pousPRET A _ sière; ila ainsi jeté l’Europe dans le chemin de l’égalité,
Brno mais d’une égalité matérielle, servile, dégradée, et cette.
RE progression, si elle continuait, aurait pour dernier
RAA ierme un troupeau, un maître. 150
TRE Voilà sur ce point ce que les événements ont montré:
| ARTE publierai très haut. Mais si telle est ma confession, il
D. me semble que beaucoup d’autres ont à faire des aveux.
TE . de ce genre et même beaucoup plus graves. Vous avez
LS À eu la bonne fortune et le bon esprit de ne pas porter deu
ae système dans l’Histoire de France et par là vous avez
moins de péchés sur la conscience qu’aucun autre. : 14 D’ailleurs, si vous aviez péché, çà et là, vous avez tant ï. È de loyauté et de vitalité dans l’esprit, que vous trou- ÿ 4 veriez dans vos propres erreurs une source de progrès 1 nouveaux vers la vérité. “1 Cela dit du plus profond de mon cœur, voici un point ir. sur lequel je vous supplie d’attacher impartialement ÿ Ru votre attention, car il n’en est pas de plus grave pour 4 1 nous. Je pense aux différents systèmes dans lesquels ‘1 on a résumé de nos jours l’Histoire de France ; tous ces D ‘À systèmes se ressemblent parle fond, ils sont plus ou pu moins représentés par celui de M. Augustin Thierry. LR Eh bien, je vous l’avoue, en les examinant très sérieu- ne sement avec ce que nos expériences nouvelles nous ; 1 ont appris, ces systèmes, selon moi, croulent à vue 5 d’œil ; il reste le talent, la science, mais la vérité É philosophique a disparu. Tous ces systèmes appartien- UE nent à des écrivains qui ont vécu sous la Restauration “#l ou sous Louis-Philippe. Ils acceptent la monarchie ke libre, constitutionnelle, comme l’état définitif; c’est à E leurs yeux la consommation de l’Histoire de France, L c’est sur ce fondement qu’ils bâtissent leurs systèmes; 12 tout le passé, ils l’expliquent par ce dénouement; ils 34 voient tout aboutir à la liberté dans la monarchie con- « à | stitutionnelle ; les problèmes les plus difficiles se résol- ‘4 vent selon eux par l’idée du régime parlementaire. E L’Histoire de France, en un mot, n’est pour eux que la Ë ‘4 préparation de cette monarchie tempérée où la démo- 4 cratie doit se reposer. Ce fondement sur lequel ils ont ee bâti a disparu. Je demande maintenant, ce que sont “ En les examinant aujourd’hui, j’ai été étonné plus “4
sè que je ne puis dire. Ce qui en fait le fond, c’est la formule implacable, inhumaine avec laquelle ils déduisent
À 3 la liberté comme une conséquence de la tyrannie. Cette
logique violente, antiphilosophique, était supportable
a quand ils avaient le fait pour eux. Ils disaient: Nous
“ avons sous la Restauration ou sous Louis-Philippe la
! liberté constitutionnelle, et cet état a été précédé d’une
4 succession de rois absolus dans la vieille France. Donc,
: ce qui a précédé, est cause de ce qui a suivi; done,
5e les rois absolus ont préparé l’avènement du régime
É constitutionnel.”Donc, la formule de notre Histoire est
; celle-ci: « En France, c’est le pouvoir absolu qui engendre la liberté ! » ©
ES Je suis vraiment confondu quand je vois ce raisonne-
; ment à chaque page de tel historien; il conclut d’une
| manière uniforme chaque réflexion par les lignes suivantes : « Ce roi anéantit toutes les traditions de liberté
ï et de franchises, soit des provinces, soit des villes ; il
soumit tout au pouvoir absolu, et par là, il hâta la civi-.
1 lisation et l’avènement de ces libertés constitutionnelles
Fe qui sont désormais assurées à la France. » |
s Les historiens répèêtent cela à satiété; c’est le fil qui
; les conduit. Quand de telles énormités logiques avaient
| au moins pour elles une apparence de réalité dans les
années du régime parlementaire, la raison humaine se.
taisait, s’inclinait; mais, aujourd’hui que cette appa-
| rence même est enlevée, on voit à nu le sophisme et d
; l’on s’étonne qu’il ait été si facilement accepté. Voyez
s’il n’y a pas là un mal très grand, très profond et où lan
société française peut aller s’abimer sans retour. Ce à
mal vient de ce que les historiens se sont fait une idée
superficielle et fausse de la liberté. Partout où ils ont
vu le progrès dans l’ordre matériel ou même dans Fe légalité, ils se sont dit : la Révolution est là ! D’abord ‘il laplanissement du sol, la servitude de tous sous un Te maître, l’extirpation de toutes les anciennes franchises; un pouvoir absolu qui prépare le terrain ; plus tard la ns C’est là qu’est l’erreur profonde ; et c’est à la fois une 4 erreur philosophique, historique et politique. Dans tous ‘4 nos systèmes, on a considéré la liberté comme une vh chose accessoire, un hors-d’œuvre, un ornement qui ES: doit couronner l’édifice. Ils n’ont pas senti la liberté, ils ee n’ont pas compris qu’elle est la sève de l’arbre; que li c’est l’élément vital des peuples destinés à être libres, à et que, lorsqu’on l’a extirpée dans les meilleures inten- ; ions du monde, rien n’est plus difficile que de la faire renaître. Si nos constructeurs de systèmes faisaient ss aboutir leur interprétation de l’Histoire de France à un $ 4 état social dans lequel l’égalité serait tout et la liberté # rien, j’aurais peu de choses à dire. Mais ce qu’il y a de 3 blessant pour la raison, pour la nature humaine, pour la vérité historique, pour la véritable science, c’est cette prétendue progression vers un régime de liberté, au #4 moyen et à la faveur du pouvoir absolu. C’est dans le % temps où le despotisme est le plus complet, que, selon LR ces théoriciens, il travaille le mieux à l’œuvre future de ; la liberté. = Vous, dont l’esprit est sincère avant tout, remarquez t les conséquences où ils sont entraînés. Toutes les fois : que dans notre histoire le Tiers État, le peuple, fait ” entendre des plaintes contre l’oppression, contre la À violence de la Royauté, c’est-à-dire toutes les fois que à la conscience humaine éclate, que la dignité morale = h« “4 Edgar Quinet k er réagit, notre historien châtie durement ces générations, De petits esprits bourgeois qui ne comprenaient pas que de l’on travaillait à assurer pour leurs descendants la à liberté constitutionnelle. Voilà le sens, si ce ne sont les : : Dans les systèmes implacables par lesquels on défi- ” : gure le passé, il est bien frappant que les écrivains démocrates, républicains, aient suivi à la trace les écrivains de la monarchie libre. C’est à qui entrera le plus avant dans cet ordre d’idées violentes, en dehors À de la nature, et se résumant toujours dans ce principe je souverain de nos écoles: l’utilité de la tyrannie pour FE préparer la liberté. Je laisse de côté l’apologie de tous les grands massacres, et, par exemple, de la Saint-. | Barthélemy, par les écrivains républicains. Ce mas-. sacre était selon eux évidemment nécessaire pour pré- - à parer l’ère de fraternité républicaine qui est désormais « un fait acquis pour nous. Il n’est pas un despote qui. n’ait reçu d’un doctrinaire, d’un libéral, d’un républi- … 4 cain ou d’un socialiste son brevet de grand homme, de « à bienfaiteur de l’humanité et de précurseur de la liberté … 7 Maintenant, je vous conjure au nom des souffrances w l présentes et des cruels avertissements qui nous sont 3 donnés pour l’avenir, je vous conjure d’examiner à h? fond, si ce fatalisme que l’on a porté dans notre histoire, 1 n’est pas aveugle ; s’il n’y a pas là une intention de j % s’abuser soi-même ; s’il procède d’une observation véritable ; s’il n’est pas en grande partie artificiel, et si en 4 définitive il ne nous conduit pas au point opposé à celui à vers lequel nous croyons et nous voulons marcher. Tel Î historien me représente en ce moment un astronome l
qui a passé sa vie à calculer la courbe d’une certaine 4 étoile et il se trouve malheureusement que cette étoile ‘Es prend une direction tout opposée à celle que l’astro- 54 nome a marquée. J’en conclus que le calcul n’est pas “00 juste et qu’il faut avoir le courage de se l’avouer. Nos . 4 théoriciens ont négligé, dans le calcul, une quantité qui 2/40 se trouve avoir une valeur énorme : c’est la question ‘18 morale. Ils ont totalement oublié l’effet que produit sur Me un peuple l’éducation séculaire par le pouvoir absolu. ‘24 Ils n’ont oublié qu’une seule chose dans l’histoire ‘#4 humaine, c’est l’âme humaine. Comme ils ont vu ce pou- 142 voir absolu concourir à certains progrès, ils se sont 4 dit : La liberté suivra. Et ils ont négligé de remarquer “4 que, sous la pression d’une monarchie sans limites, se 3 formait le tempérament moral d’une nation, à qui il ÿ deviendrait de plus en plus difficile de pouvoir respirer Bi l’air de la liberté. L’éducation du peuple par ses institu- : ‘4 tions, c’était là le fond des historiens de l’antiquité. ‘ 4 Comment se fait-il que nos théoriciens aient absolu- 4 ment oublié ces larges bases ?
- Cet extrait forme le chapitre II du Livre cinquième À de La Révolution. Dans cet ouvrage, Edgar Quinet réa- ; git contre les théories historiques auxquelles il s’est | : attaqué dans sa lettre à Henri Martin. Il ne considère pas la Révolution comme un bloc providentiel. Il FR l’étudie et cherche ses erreurs. Il lui reproche surtout nt son indécision contre le catholicisme, indécision dont il - ; tient responsables Rousseau et ses disciples. z Un peuple peut-il vivre sans religion et sans fs philosophie ? Profession de foi du Vicaire k Tous les changements qui avaient éclaté chez d’autres peuples étaient le développement d’une certaine institution du passé. La Révolution d’Angleterre
‘s’appuie sur l’Église anglicane ; celle des États-Unis,
à sur les traditions presbytériennes; celle de Hollande,
Ë sur la foi nouvelle dans le calvinisme; aïnsi des autres.
if En France, la Révolution ne peut être le développe1 ment ni de la royauté ni de l’Église. Ne pouvant »
À adapter l’édifice nouveau à aucune des pièces impor4 tantes de l’édifice ancien, il s’agit de chercher une
l base qui n’ait rien de commun avec la tradition. Là est
À la grandeur, la sublimité, et en même temps le péril de
à la Révolution française. 4
Î Comme l’ancienne Église ne fournissait la base d’au-
à: cune des innovations, on se trouva par la force des
choses contraint de chercher ce fondement dans la ‘ai philosophie. Pour la première fois dans le monde, la be. philosophie dut tenir lieu d’institution, de croyance et “a d’archives. Elle avait jusque-là fécondé, remué quelques 4 rares esprits dans la solitude, il fallait qu’elle descen- 5 dît sur la place publique, qu’elle devint l’âme même, ii ou plutôt l”Égérie d’un peuple. 11 Par ce peu de mots, on voit déjà combien tout était He nouveau, et quelle expérience inouïe allait se faire sur 4 4 une nation. it Il fallait que la philosophie transformât l’ancienne : N religion ou que la philosophie devint elle-même la reli- Li gion du peuple nouveau. Mais que de questions eut naissent aussitôt! Un système d’idées pures peut-il ë ; servir d’aliments à un peuple ? La vérité toute nue, sup- 1 posé qu’on l’eût trouvée, peut-elle véritablement suffire Hi aux multitudes? Cela s’est-il vu ou se verra:t-il jamais ? Après avoir rencontré de telles questions, par les- j quelles s’ouvre la Révolution française, le plus grand {is malheur serait de ne pas même les pressentir : c’est ce qui arriva. # On a dit que l’époque où la vérité philosophique 1 apparaît aux peuples, marque en même temps leur D décadence. Chez les anciens, la raison d’une chose ni extraordinaire n’est pas difficile à trouver. Quand la 4 vérité apparut dans les écoles, elle dégoûta le peuple 258 de ses idolâtries. Il comprit assez la vérité pour sentir pa ce qu’il y avait de faux dans ses croyances, et ne É tarda pas à en avoir honte et à les abandonner. Dans ce 4 sens, il est très exact de dire que Socrate et Platon, È pour avoir rencontré un dieu meilleur, ont corrompu le 4 paganisme et avec lui le monde antique; car la plu- Sl
F part des hommes qui s’étaient dégoûtés de leur ancien | À culte ne purent s’élever à la religion pure des idées. Ils 4 ; se trouvèrent privés de religion, sans avoir acquis ; aucune philosophie, ce qui est la pire condition où {RE l’homme se puisse imaginer ; par là s’explique la décadence du monde antique. Ils s’étaient assez affranchis de de l’erreur pour la quitter, ils ne s’étaient pas assez épris ; de la vérité pour l’épouser. C’est là ce qu’on voit encore de nos jours, chez les peu- | plades sauvages auxquelles on présente, avec le chris- | tianisme, un système et un ordre supérieur à celui Fe qu’ils ont jamais pu concevoir. Cet ordre nouveau les | : trouble, ils ne peuvent y atteindre, mais ils en voient 4 assez pour perdre la foi qu’ils avaient mise en leurs fétiches ; dès lors, incapables également de rester dans 4 l’ordre ancien et d’entrer dans le nouveau, il ne leur à reste qu’à désespérer et à mourir. i, Ainsi, la grande expérience qu”allait tenter pour à l’espèce humaine le peuple français, se réduisait à ces termes : Puisque le renouvellement de l’ordre moral ne w naïssait pas des croyances, cette régénération s’ac- ï complira-t-elle par les seules idées? La philosophie 4 deviendra-i-elle une religion pour le peuple? Franchira- ; t-il sans trouble, sans défaillance, l’immense intervalle 14 qui sépare la foi de ses pères et les conceptions des A philosophes ? Le chemin que ceux-ci ont eu tant de : F4 peine à parcourir en plusieurs siècles, le peuple le | fera-t-il en un jour ? Il l’a du moins tenté ; ce sera là éterA nellement la marque souveraine de la Révolution fran- Ai Au fond toutes ces questions étaient renfermées dans celles-ci : 1° La France peut-elle changer de religion?
2e Quelle religion la France peut-elle adopter ? 3° Les k Français peuvent-ils vivre en corps de peuple sans 24 Un des signes étranges de ces temps, c’est qu’aucune RU de ces questions, qui contenaient pourtant en substance + | tout l’avenir, n’ait été ouvertement posée par le dix- 54 huitième siècle. Un seul écrivain, J.-J. Rousseau, a C : abordé cet ordre d’idées dans la Profession de foi du ‘4 Vicaire savoyard. I1 semble qu’il avait en lui ce qui 14 était nécessaire pour donner un Credo à la Révolution. 1 Ses paroles étaient acceptées presque sans examen ; il SA inspirait la foi, plutôt que la persuasion. Aucun philo- 4 sophe n’avait exercé à ce point l’autorité du prêtre. A 4 cela, ajoutez une considération qui frappe. La Profes- + sion de foi du Vicaire savoyard contient en germe les ; principes qui constituent l’Unitarisme en Amérique ; nn nulle différence essentielle entre le livre du philosophe 14 et la croyance religieuse d’une partie des États-Unis. 1 Comment le même fonds d’idées qui a produit une reli- s gion de l’autre côté de l’Océan, et qui s’y concilie avec 8 la société nouvelle, comment ces mêmes idées, pro- : duites avec l’éloquence, l’autorité d’un philosophe É prêtre, sont-elles restées à peu près stériles parmi “4 nous ? Je vois de ce côté de l’eau un livre pour lequel 4 tout le monde se passionne et qui ne produit qu’un # enthousiasme stérile, et de l’autre côté, les mêmes - à pensées, sans art ni séduction, enfanter un système x religieux qui grandit et s’étend à vue d’œil. 2 Pourquoi cette différence ? s4 Je crois en trouver la raison dans les conclusions mêmes du Vicaire savoyard : 4 « Dans l’incertitude où nous sommes, c’est une inex- À
‘ cusable présomption de professer une autre religion _ que-celle où l’on est né. » ‘ à Ainsi, point de révolution religieuse, point de changement dans le culte établi, voilà la pensée que Rous- ; seau lègue à la Révolution politique qu’il prépare. È Chacun doit demeurer dans le système où le hasard l’a je placé. | Mais s’il n’y a point de changement dans l’Église ë établie, comment concilier cela avec ces idées si nouvelles, avec cet esprit de bouleversement que le | : :Vicaire savoyard vient de montrer dans son discours ? Comment allier une profession de foi si inouïe dans : è l’Église, ou, pour mieux dire, une telle révolte avec le Le maintien de l’ancienne Église ? Dans la réponse à cette question est le secret que je 4 cherche : — « Autrefois, je disais la messe avec la légè- e reté que l’on met à la longue aux choses les plus : É graves, quand on les fait trop souvent; depuis mes nouveaux principes, je la célèbre avec plus de véné-
_ ration… Je suis avec soin tous les rites, je récite atten- | $. tivement, je m’applique à n’omettre jamais ni le moindre mot, ni la moindre cérémonie… Je prononce |
avec respect les mots sacramentels, et je donne à leur effet toute la foi qui dépend de moi… J’ai long1 : temps ambitionné l’honneur d’être curé; je l’ambi- ; tionne encore, mais je ne l’espère plus. Mon bon ami, ! je ne trouve rien de si beau que d’être curé… Je pense « | que solliciter quelqu’un de quitter la religion où il est ä né, c’est le solliciter de mal faire, et par conséquent { À mal faire soi-même. » ; ; Un curé qui dit la messe sans croire ni à l’Évangile,
à la divinité de Jésus, et qui se contente de laisser 6 à penser qu’il y croit, voilà donc l’idéal de réformation à que Jean-Jacques Rousseau propose à la Révolution F qui le suit! Que tout cela est artificiel et cède à la é ‘4 première épreuve ! Faire croire que l’or croit, c’est le 1e point de départ; d’ailleurs, aucun changement exté- 4 rieur, l’idée protestante dans la machine catholique. hi Comme s’il n’y avait aucun rapport entre les idées et à les rites ! entre les sentiments et les signes, entre les =: croyances et les formes ! “3 Cette chimère d’un curé catholique qui célèbre avec K plus de ferveur tous les rites catholiques depuis qu’il a F2 cessé d’y croire, et qui avec cela reste l’homme de bien : par excellence, appartient à un romancier plutôt qu’à | un législateur. Au point de vue de la morale, quelle étrange conscience de garder un masque toute sa vie! si et au point de vue de la politique, quelle idée fausse de « s’imaginer qu’on puisse bouleverser l’intérieur des pi choses sans rien changer au dehors? Comme si en lais- à sant la surface, l’habit, la cérémonie au vieux culte, on Fes ne lui laissait pas ce qu’il y a d’essentiel pour le plus ü grand nombre, et avec la surface le moyen de regagner te Tout ébranler, pour ne rien changer dans l’ordre d moral, telle est la conclusion du Vicaire savoyard, Éi projet chimérique s’il en fut jamais au monde. ë 4 Qu”arrivera-t-il si, au lieu d’un individu, c’est une | nation, une Révolution qui s’embarque sur cette idée Outre la contradiction dans laquelle on jetait l’esprit Eu. humain et la duplicité qui en naissait naturellement, % il y avait une impossibilité qu’il suffit de signaler pour ÿ:
on Edgar Quinet tee (a la démontrer. En admettant qu’il se trouvât des india vidus pour jouer le rôle étrange du prêtre qui ne croit æ pas à l’autel, n’est-il pas visible que l’influence sociale à de ces individus eût été nulle en comparaison de celle : ai de l’institution qui restait inébranlable? Qu’importe à ; la marche générale des choses qu’un homme, un curé f de campagne, dans le secret de son cœur, admette des ie interprétations nouvelles, s’il ne dit rien de clair sur é ces interprétations, si l’Église à laquelle il reste soumis maintient les anciens dogmes dans leur forme im- ÿ .. muable? Qu’est-ce que cette voix isolée, tout intérieure, à en comparaison de la voix éclatante et de l’autorité visible de la tradition sacerdotale ? à Si le prétre nouveau ne dit rien de ses croyances $ nouvelles, qui en profitera, qui les connaîtra seulement? ; S’il les enveloppe, s’il les déguise sous les rites anciens, s’il proclame à tout moment sa soumission, comment ’ le peuple, ces hommes simples, pourront-ils découvrir une révolution cachée sous ce déguisement antique ? | Comment comprendront-ils que ce vicaire idéal donne 4 à chaque mot un démenti à son Église, quand il ne | É change rien aux rites, aux paroles, aux signes qu’elle a À institués ? Il leur faudrait pour cela une divination prois phétique; car le plus grand mystère de cette forme 4 % nouvelle de religion serait le prêtre qui voudrait l’é- | ÿ Voilà donc une révolution religieuse qui s’accompli4 rait sans que personne en eût conscience! Un malen5 tendu éternel en serait le fond. Le peuple, en voyant ï « | les anciennes cérémonies, les anciens sacrements, res- 5. Ë terait persuadé que l’ancien dogme est conservé. Le ; } prêtre seul aurait le secret des changements qu’il y
apporte dans son for intérieur; il n’aurait fait de révo- F7 :
_lution que pour lui-même ; le reste du monde n’en ‘es ‘ Ainsi, un immense trouble jeté dans la conscience ; 52 humaine, et, en résultat, nulle innovation véritable. Je ï ‘ vois sur les traces du Vicaire savoyard toutes les 4 croyances minées, tous les dogmes ébranlés, un im- £. mense bouleversement de la tradition. Ce que le Vicaire x savoyard touche de ses mains, il le renverse jusque à dans le fond des abimes. Ce ne sont partout que ruines “à du vieux culte; la terre même chancelle et s’entr’ouvre ï à chaque pas; les livres, les institutions disparaissent 4 les uns après les autres. À mesure que je suis ce guide, % ce révélateur de l’esprit nouveau, les croyances, les tra- -$
ditions, les monuments s’évanouissent comme l’ombre; 4
et lorsqu’au sortir de ce pèlerinage à travers tant de ‘$
débris, je crois atteindre un ciel nouveau, lorsque c
j’espère, sinon embrasser l’avenir, du moins avoir ‘14 À
franchi le passé, qu’arrive-t-il ? Le Vicaire savoyard M
m’a ramené au seuil de la vieille Église; il me fait ren- 4
irer dans ce cercle du Moyen-Age que je croyais avoir L
franchi pour toujours ! Et tant d’efforts pour en sortir, : À
tant d’angoisses, tant de témérité, une si longue sueur 4
de sang, tout cela se trouve inutile; il faut revenir k
après mon guide dans la cité des morts. Je me vois de ge
nouveau au point de départ, scellé, enseveli dans ï
l’ancienne lettre que je n’ai pas brisée, mais plus misé- 4
rable, plus triste qu’auparavant. Tel le prisonnier qui, 4
après avoir essayé vainement de franchir la dernière k
barrière, rentre à pas lents, la tête baissée, le désespoir “US au cœur, dans son cachot. Re
La bibliographie suivante a été relue sur épreuves et établie pour la deuxième partie par M. Albert Valès. À M. Albert Valès, professeur d’histoire au lycée | » Voltaire, a, pendant les quinze dernières années de la ï vie de madame Edgar Quinet, revu en manuscrit ou en je épreuves, ou à ces deux titres, soit les œuvres d’Edgar fe Quinet que madame Quinet éditait, — les deux der-
6 niers volumes des Lettres d’Exil, — soit les propres w
ouvrages de madame Edgar Quinet. C’est à M. Valès « à que madame Edgar Quinet a laissé le soin de w Ne ses papiers et des papiers de Quinet qui ne sont pas à la
volume : Edgar Quinet, extraits de ses œuvres, publiés M
à l’occasion du centenaire, 17 février 1903, par la À
Société Edgar Quinet, propriétaire des œuvres, dont 1
’ M. Valès fait partie. Cette collaboration a consisté à 1 c participer, avec quelques personnes, au choix et aux M | coupures, et à rédiger la notice biographique. La Société publiera très prochainement, chez Hachette,
F une biographie de Quinet en deux cents pages environ, |
F: que M. Valès a presque fini de rédiger. Le ton est celui M
F d’une œuvre de vulgarisation adressée au grand public, \
4 mais elle est faite exclusivement d’après les sources. 1
Enfin M. Valès a entrepris une thèse sur Edgar j
ÿ Quinet, sa vie et son œuvre, qui sera terminée dans k
1 deux ou trois ans, et pour laquelle il compte tirer
| parti des documents inédits qu’il a à sa disposition,
! et qui ne sont pas encore entièrement recensés. 4
Tome I. — Le Génie des Religions ; l’Origine des Dieux. sa Fe Tome IL. — Les Jésuites ; l’Ultramontanisme. ARE. Tome HI. — Le Christianisme et la Révolution française. se Tome VI. — Marnix de Sainte-Aldegonde; Philosophie 1140 de l’Histoire de France. TER Tome VII. — Les Roumains; Allemagne et Italie. : 74 Ru Tome VIII. — Premiers Travaux; Introduction à la Phi- È ‘4e losophie de l’Histoire de l’Humanité; Essai sur Herder ; 1100 Examen de la vie de Jésus. SRE: Tome IX. — La Grèce moderne; Histoire de la Poésie. 4 _ Tome X. — Mes vacances en Espagne. PE: . Tome XII. — Prométhée; les Esclaves. 1-3 Tome XIV. — Enseignement du peuple; Œuvres politiques ‘ F3 $ avant l’Exil. + 0 ÿ Tome XV.— Histoire de mes Idées. 5 “3
Tome XXIV. — Le livre de l”Exilé. — La Révolution % er pendant l’Exil. ‘ 17 ns Tome XXV. — Le Siège de Paris. — Œuvres politiques À après l’Exil. “ Tome XX VI. — La République, conditions de la régénération de la France. 1 ÿ Tome XXVII. — L’Esprit Nouveau. k ; Tome XX VII. — Vie et mort du génie grec. — Appendice. à ss mère. É Idées sur la philosophie de l’Histoire de l’Humanité, par-. : HERDER, traduit par Edgar Quinet, 3 volumes in octavo, | deuxième édition. — Levrault, éditeur, 1827. ‘ÿ | Lettres d’Exil, 4 volumes in-18.— Calmann-Lévy, éditeur. Edgar Quinet, extraits de ses œuvres, publiés à l’occa- 4 F sion du centenaire. — Hachette, éditeur. ‘sf ! [Nous remercions M. Albert Valès à l’obligeance duquel v nous devons les renseignements suivants :] “1 4 4 50 a) Ceux des papiers de Quinet que madame Quinet consi-=M 1 dérait comme les plus importants ont été remis à la Biblio- hi k thèque nationale, où ils ne pourront être consultés qu’à 54 partir de 1910. Ces papiers ont été répartis en 96 numéros à Les plus intéressants doivent être les numéros 92-93 : Correspondance d’Edgar Quinet et de Minna Moré, et 95, ; b} Il existe une ou deux malles de papiers Quinet, qui je. | renferment peut-être des œuvres de jeunesse inédites, mais | dans un tel désordre que madame Quinet elle-même n’a pu M
s’y reconnaitre. Je verrai, dans le courant de cet été, s’il y T5 a quelque chose à en tirer. | L535R Il n’existe aucune étude d’ensemble. Pourtant : Ÿ ce r° On trouve des renseignements précieux dans les œuvres 54 personnelles de madame Quinet : 3 RC: b) Paris ; journal du siège ; +54 c) Sentiers de France; 4 _ d) Edgar Quinet avant l’exil, 1 volume ; Be Edgar Quinet depuis l’exil, 1 volume; M. . f] Mémorial d’Exil, inédit, (1860-1875) moins la période du Fe siège, dont les cahiers ont été utilisés pour Paris; jour- RU, _ nal du siège. C’est une sorte de journal des conversations 2% et des principaux événements de l’exil, fort intéressant et + 6] dont l’ensemble représente une douzaine de volumes in 1 2° Il faut signaler diverses études : E. A) Cu. L. Cassin. — Edgar Quinet, sa vie et son œuvre. : 5 Assez bon livre; mais il a paru en 1859, c’est-à-dire avant É: la publication de certains ouvrages essentiels. x
- Articles de Revue : 74 a) SAINTE Beuve. — Napoléon de Quinet /Revue des Deux > 7 Ê . (Sainte-Beuve, pour Quinet comme pour beaucoup d’autres M écrivains de ce temps, a commencé par l’éloge pour de
& b) AzexANDRE ViNer. — Études sur la littérature fran 2. çaise au dix-neuvième siècle, tome III, — Poètes et prosa- Fe ‘14 ! . c) CnarRLes MAGnIN. — Ahasvérus {Revue des Deux Mondes, | 4 Vo CHarLes MAGnIN. — Prométhée {Revue des Deux Mondes, si pathique article dans la Revue des Deux Mondes du 15 juil- ; AE e] FAGuET. — Edgar Quinet {Revue des Deux Mondes, M +5 article tendancieux, perfide, d’ailleurs fait à la hâte. 4 5) f) Henry Micuez. — Leçon d’ouverture de 1902. Elle est 1 reproduite en tête de ce cahier. . c) Les meilleurs articles de dictionnaire sont ceux de la M | Grande Encyclopédie, de FERDINAND Buisson, et du DictionDU naire pédagogique, par JULES STEEG. ke.
4 + biographie de vulgarisation, mais faite d’après les #ù sources, qui paraîtra très prochainement. & qu Nous avons donné le bon à tirer après corrections à À pour deux mille exemplaires de ce vingt-et-unième à cahier le mardi 21 juillet 1903. “.
! Ce cahier a été composé et tiré au tarif des ouvriers syndiqués 3
2 4
LE Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men LAS suelles régulières et par des souscriptions extraordiRe + naires; la souscription ne confère aucune autorité sur. re la rédaction ni sur l’administration : ces fonctions Ho Ÿ des abonnements de souscription à cent francs : Qi È des abonnements ordinaires à vingt francs ; ps y et des abonnements de propagande à douze francs. ie service entre ces différents abonnements. Nous voulons Pure seulement que nos cahiers soient accessibles à tout le ne monde également. æ DE ti Le prix de nos abonnements ordinaires est à peu près î : égal au prix de revient; le prix de nos abonnements de : Fi propagande est donc sensiblement inférieur au prix de ja revient. Nous ne consentons des abonnements de propaFr gande que pour la France. SES Nous acceptons que nos abonnés paient leur abonne- | ment par mensualités de un ou deux francs. Pour tout changement d’adresse envoyer soixante de centimes, quatre timbres de quinse centimes. 1° 04 L’abonnement de propagande cesse de fonctionner : d pour chaque série à l’achèvement de cette série; la F1 quatrième série normale ayant fini fin juin dernier, on Fa L pouvait jusqu’au 30 juin dernier avoir au prix de proHal pagande les vingt premiers cahiers de cette série. bi L’abonnement ordinaire cesse de fonctionner pour 4 S chaque série au plus tard le 31 décembre qui suit » l’achèvement de cette série ; ainsi du premier juillet au ne 31 décembre 1903 on peut encore avoir pour vingt francs 13 les vingt-deux cahiers de la quatrième série complète.
Le dixième cahier de cette série, Romain Rolland, MN | Beethoven, est épuisé depuis un mois; mais nous ï 15 procéderons à une seconde édition pendant les vacances 50 et nous compléterons avec des exemplaires de cette 4 seconde édition les quatrièmes séries acquises par la F2 voie de l’abonnement. K 4
A partir du premier janvier qui suit l’achèvement ‘1 d’une série, le prix de cette série est porté au moins du au total des prix marqués; ainsi à partir du premier LT janvier 1904 la quatrième série sera vendue au ; fi
M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, À reçoit pour l’administration et pour la librairie tous NE: les jours de la semaine, le dimanche excepté, — de huit a. heures à onze heures et de une heure à sept heures. ‘4
M. Charles Péguy, gérant des cahiers, reçoit pour la ‘à rédaction le jeudi soir de deux heures à cinq heures. k ? ê