Les Vaincus. Hypathie
- Demande. — Mais la prière n’aide-t-elle pas certaines gens à les acquérir ?
Réponse. — Ils croient qu’elle les aide, tout à fait come un Asiatique pense qu’il doit toute sa bonne fortune à l’amulette qu’il porte sur lui ou au tatouage qui est sur son bras ; ou comme le bigot croit la devoir à la Vierge Marie ou aux cierges qu’il brûle devant l’autel de quelque saint.
- Demande. — Quel est le sens de la prière en tant que louange de Dieu ?
Réponse. — Dieu, est-il dit, demande que ses créatures s’adressent continuellement à lui en termes de glorification et de tendresse; et par conséquent, un des objets de la prière est de satisfaire à ce désir de
- Demande. — Une telle idée peut-elle faire honneur à qui que ce soit ?
Réponse. — Non. Un être vraiment grand et bon serait vite fatigué des génuflexions et des louanges de
- Demande. — D’où vient une idée de ce genre ?
Réponse. — Elle vient d’Orient, où l’on ne peut approcher les sultans qu’avec des prosternations, des pré- sents et des salamalecs.
- Demande. — Quel est l’argument moral contre la
Réponse. — Elle habitue les hommes à attendre leur secours de l’extérieur et par miracle; ce faisant elle atrophie et mutile leur énergie.
le monde sans Dieu :
4 24. Demande. — Quoi encore ? |
À Réponse. — C’est une tentative pour corrompre Dieu
en lui offrant des présents. Quand nous demandons à
1 Dieu de faire pour nous plus que nous ne méritons,
nous lui demandons de nous accorder une faveur pour laquelle nous lui offrons de douces paroles de louange, nous lui bâtissons des églises, nous donnons de l’argent, nous allons en pèlerinage, etc…
- Demande. — La prière alors, est-elle une suppli-
à cation en vue d’une faveur ?
Réponse. — Oui, carilest dit que nous n’avons pas
4 de droits et que Dieu peut, s’il le veut, tout nous
- Demande. — Le salut est-il une faveur aussi ?
: Réponse. — Oui, comme il est montré par le larron sur la croix qui reçut en don le salut quelques instants
- Demande. — Quelles sont les idées de l’apôtre
Paul sur cette question ?
Réponse. — Il dit : « Qu’un homme est justifié par la
8 foi sans les œuvres dela loi, car à celui qui ne travaille
ï pas mais croit, sa foi sera comptée pour vertu »; on en
infère que nous ne pouvons pas, par quelque œuvre que
È ce soit, mériter le salut. Et le symbole de Westminster
dit: « Encore bien moins peuvent être sauvés les
1 hommes qui ne professent pas la religion chrétienne,
1 quand bien méme ils seraient plus diligents qu’on ne le
4 fut jamais à ordonner leurs vies selon les lumières de la
| nature : et d’aflirmer et de soutenir qu’ils le peuvent
est une idée très pernicieuse, et qui doit être détestée. » (1)
- Demande. — Quel est l’effet de tels enseignements ?
Réponse. — Ils placent la moralité, le caractère etla
justice au second plan par rapport aux rites de l’Église, à ses prières et à ses dogmes, (2) et ils impliquent aussi que nous pouvons imposer notre volonté à Dieu.
- Demande. — Expliquez ce point.
Réponse. — L’Athée dit qu’il n’y a pas de Dieu; le Déiste dit : IL y a un Dieu, mais il n’a de relations d’aucune espèce avec nous; le Théiste dit : Dieu existe et gouverne les hommes, mais par des prières et des
() Luther dit: « Tous ces accomplisseurs de la loi, tous ces ouvriers d’œuvres morales sont maudits, car ils marchent dans la présomption de leur justification. Celui qui dit que l’Evangile exige des œuvres pour le salut, je dis moi, tout simple et net, qu’il est un menteur ».—Propos de table.— Et John Wesley, fondateur de l’Eglise méthodiste, était aussi positif dans son opinion que le salut n’est pas quelque chose que nous puissions conquérir pour nous-mêmes, car il dit: « Nous sommes très heureux que nos paroissiens deviennent plus diligents et honnêtes, qu’ils pratiquent à la fois la justice et le pardon; en un mot qu’ils se conduisent en hommes moraux ; mais la vérité est que les méthodistes savent etenseignent que tout cela n’est rien devant Dieu. » — Œuvres de John Wesley, volume III, page 9. — « Le salut est un acte de grâce, et peut être accordé même à celui qui n’a aucun mérite. » — Catholic Belief, page 363, par le Père Lambert. — La doctrine du salut par la grâce seule est sans aucun doute enseignée dans les textes suivants du Nouveau Testament: Jean, VI, 44; Ephésiens, IL, 8. C’est aussi la thèse de saint Augustin dans son ouvrage sur la « grâce ». C’est cette doctrine qui a conféré une si haute valeur aux sacrements et aux offices de l’Eglise et qui a placé la médiation des prêtres parmi les moyens de salut.
(2) « La religion catholique est une méthode pour obtenir le ciel en mendiant, parce qu’il serait trop pénible de le gagner. Les prêtres sont les courtiers de cette transaction. » — Vie de Schopenhauer, par Zimmern, page 124. — Cette critique s’applique avec autant de force
L le monde sans Dieu
a louanges, des pénitences et des offrandes, nous pouvons ne influencer sa volonté. Par conséquent toutes ces opi-
l Réponse. — Il y a peu de différence entre un Dieu qui (f r’existe pas et un Dieu qui existe seulement en dehors | des affaires humaines ou un Dieu qui peut être influencé par nous.
{ $ 31. Demande. — Quelle est la forme de prière la
| Réponse. — La prière publique, parce qu’elle n’est gi pas silencieuse, mais bruyante; parce qu’elle n’est pas là spontanée, mais formelle; parce qu’elle n’est pas per1 k sonnelle, mais professionnelle ; parce qu’elle n’est pas | courte, mais longue ; parce qu’elle n’est pas libre, mais
obligatoire ; et parce qu’elle est plus souvent adressée
: à l’assemblée des fidèles présents qu’à Dieu. Jésus a dit de clairement que nous ne devons pas prier en public.
(f 32. Demande. — Quelle est la vraie prière ? Fu Réponse. — D’apprendre diligemment quelles sont les ii lois de la vie et de leur obéir.
ul 33. Demande. — Que devons-nous apprendre aux AU gens au lieu de leur apprendre à prier ?
ai (@) Maistre de Balliol disait que plus il avançait dans la vie, ÿ moins il priait et plus il pensait. Lire aussi l’essai d’Emerson sur x « la confiance en soi ». Les gens perdus, d’après Dante, sont ceux qui bu ne peuvent plus penser. Kant dit que « celui qui a fait un grand qi à progrès moral cesse de prier, car l’honnéteté est une de ses maximes ia, principales ». Il dit aussi que de prier devant les gens est « faire ii appel à leur sensualité », c’est-à-dire « s’abaisser jusqu’à eux ».
- Demande. — Depuis combien de temps la mort existe-t-elle sur la terre ?
Réponse. — Depuis aussi longtemps que la vie. (x)
- Demande. — Quelle est la relation entre la vie et la mort ?
Réponse. — Ce sont des manifestations différentes de la même puissance.
-
Demande. — Qui est?
-
Demande. — Qu’arrive-t-il du corps au moment de la mort?
Réponse. — Il commence à retourner à la vie. Les molécules dont le corps est composé se délient, se séparent et reprennent la forme de leurs éléments d’origine, l’eau, la chaux, le fer, le phosphore, etc. Ainsi désagrégées, elles se mêlent au soleil et à l’air et ayant renouvelé leur jeunesse, elles rentrent en combinaison dans de nouveaux corps.
(1) Ceci est vrai dans un sens général en tant qu’appliqué aux formes connues de la vie. Pour parler exacternent, quelque chose a dû exister avant que rien pût mourir; tandis que quelques-uns des organismes les plus simples ne meurent pas mais se multiplient par scission en deux moitiés dont chacune devient un organisme
L le monde sans Dieu 4 5. Demande. — Se retrouvent-elles toujours dansle + même corps ? à ri Réponse. — Non. S’il en était ainsi les morts ressusci- | 6. Demande. — La mort est-elle une punition ? Réponse.— Pas plus que la vie. 7. Demande. — Pourquoi les gens craignent-ils la Réponse. — Ils ont appris à la regarder comme Û . la malédiction de Dieu pour les péchés de l’homme, et à croire qu’elle marque le commencement d’un jugement irrévocable ; mais les peuples sont en train de se débarrasser rapidement de ces terreurs. | 8. Demande. — La mort est-elle désirable ? Réponse. — Elle ne l’est pas jusqu’à ce que nous sachions davantage à son sujet. | 9. Demande. — Mais est-elle toujours un malheur? Réponse. — Quand elle termine une carrière utile, é séparé des cœurs aimants et rend des enfants orphelins, elle paraît une calamité. Mais quand elle apporte la délivrance à ceux qui sont fatigués, âgés et souffrants, elle est une bénédiction. (1) s (1) « Parmi les légendes à moitié païennes qui avaient cours en o Irlande au Moyen-Age, une des plus belles est celle des Iles de la vie et de la mort. Dans un certain lac, à Munster, est-il raconté, se trouvaient deux îles; dans la première la mort ne pouvait jamais | entrer, mais l’âge, la maladie et le dégoût de la vie y étaient tous À connus. Ils firent leur œuvre à tel point que les habitants, fatigués 4 de leur immortalité, apprirent à jeter leurs yeux sur l’autre île comme sur un port de refuge; ils lancèrent leurs barques sur les 4 flots sombres; ils touchérent son rivage, et furent en repos. » —
- Demande. — Pourrait-il exister aucun progrès dans le monde sans la mort ?
Réponse. — Comme les vieilles feuilles doivent tomber des branches pour faire place aux nouvelles, — plus vertes, — ainsi nous devons mourir pour faire place | aux hommes et femmes de l’avenir, — meilleurs que nous.
- Demande. — Comment pouvons-nous apprendre à surmonter la peur de la mort?
Réponse. — 1° En essayant de nous plier aux lois dela nature, qui ne veulent pas se plier à nous.
2 En cultivant en nous le même esprit qui fut aussi celui des plus braves et des plus nobles de notre race.
3 En nous rappelant que nous sommes ici pour apprendre à vivre et non pour apprendre à mourir.
- Demande. — Quelle est la conception philosophique de la mort?
Réponse. — Qu’elle nous apporte ou le bonheur ou la fin de nos souffrances.
- Demande. — Comment Socrate jugeait-il la mort ?
Réponse. — Il pensait que si elle terminait la vie, ce n’était pas un malheur ; mais que si elle libérait l’âme du corps, c’était certainement « le plus grand des bienfaits ». (1)
(1) « Il n’est pas de sujet auquel le sage pense moins qu’à la mort, » — Spinosa, Morale, IV, 67. — « La mort ne nous concerne pas, car tant que nous sommes la mort n’est pas, et quand la mort
“ est, nous ne sommes plus. » — Epicure, Diog. Laert., X, 27. — « Les nobles esprits sont affranchis des superstitions qui sont le cauchemar des faibles. » — Lecky, History of European morals, volume I, page 213. — Perdre ce qui ne peut plus nous manquer n’est pas un mal.
D. le monde sans Diea “0 NN (a 14. Demande. — Est-il mal de pleurer les morts? 4 Réponse. — C’est naturel; car tandis que nous | M VA devons faire face à notre destinée comme des hommes, nu nous devons aussi sentir comme des hommes. Re 45. Demande. — Comment pouvons-nous triompher :V] | Réponse. — En aimant et servant quelque noble AL. cause, dans laquelle nous puissions nous survivre longAR temps après que nous avons disparu. dr | à 16. Demande. — Quels ont été les plus grands bienfi ‘ii faiteurs de l’homme ? |:10 Réponse. — Ceux qui ont soulagé son esprit d’une %f frayeur et qui l’ont aidé à faire un pas en avant dans 443 1
- Demande. — Que signifie le mot : Immortalité ?
Réponse. — C’est l’état d’un être qui ne meurt pas, c’est-à-dire une vie sans fin. \
- Demande. — Veut-on dire que les hommes ne mourront jamais ?
Réponse. — Non; mais qu’ils vivront pour toujours après la mort.
- Demande. — Sous leur forme actuelle ?
Réponse. — Ceci est une question controversée.
- Demande. — Le corps revivra-t-il aussi et pour toujours ?
Réponse; — La doctrine générale est que l’âme seule est immortelle.
- Demande. — Qu’est-ce que l’âme ?
Réponse. — Dans la croyance populaire c’est une étincelle, une flamme, ou une essence logée temporaire-
k le monde sans Dieu RENE ’ 4 ment dans le corps, mais qui, à la mort, retourne vers if son auteur — Dieu. | 6. Demande. — Tous les hommes ont-ils une âme ? Réponse. — On le croit ainsi. 7. Demande. — Les animaux ont-ils aussi une âme? Réponse. — Peu de personnes le croient. 1 8. Demande. —- Le corps peut-il vivre sans l’âme ? 9. Demande. — Et l’âme, peut-elle vivre sans le } Réponse. — On croit qu’elle le peut. 10. Demande. — A-t-on une connaissance scientifique à cet égard ? 11. Demande. — A-t-on jamais vu quelque chose qui n’avait un corps de quelque espèce ? | | Réponse. — Non ; quoique certains assurent avoir vu des esprits. ; 12. Demande. — Pouvons-nous voir quelque chose à qui n’a ni forme, ni couleur, ni étendue ? À Réponse. — C’est impossible. } 13. Demande. — Pouvons-nous même imaginer un esprit sans lui donner une forme et un corps dans notre x Réponse. — Nous ne le pouvons pas.
- Demande. — Que s’ensuit-il ?
Réponse. — Que l’âme et le corps sont, autant que É nous avons le droit de parler ou de penser, inséparables et que si l’un est immortel, l’autre doit l’être aussi.
- Demande.— Le désir d’immortalité est-il général ?
Réponse. — Oui, mais il n’est pas universel. Les anciens Juifs n’avaient évidemment aucune conception claire d’une autre vie ; et les Chinois actuels ne l’ont pas non plus.
- Demande. — Exposez la doctrine admise sur l’immortalité.
Réponse. — L’âme, à la mort, quitte le corps et va dans un autre monde pour y vivre éternellement.
- Demande. — Comment nomme-t-on aussi l’autre monde ? f
Réponse. — Le ciel, le Paradis, les Iles des Bienheureux et ainsi de suite,
- Demande. — Quel genre d’endroit est-ce ?
Réponse. — Il y a autant de conceptions différentes
- Demande. — Dites quelques-unes d’entre elles.
Réponse. — Pour les Bouddbhistes, le ciel signifie la cessation de tout désir, c’est-à-dire le Nirvana ; pour le Mahométan, c’est un lieu de plaisir et de danse; pour le Chrétien, c’est un éternel Sabbat. ’
- Demande. — Croit-on que tout le monde ira au
Réponse. — Non; seulement ceux-là, proclame-t-on,
JE le monde sans Dieu 1 qui ont la vraie foi; tous les autres, d’après les credo,
1 21. Demande. — Qu’est-ce que cela?
à Réponse. — C’est aussi dans l’autre monde.
4 22. Demande. — Les hommes et femmes, bons et grands, qui n’eurent pas la « vraie foi » seront-ils exclus du ciel?
l Réponse. — Les credo disent qu’ils le seront. Et con-
k séquemment l’espoir de l’immortalité n’est pas un ni espoir du tout pour la plupart des gens.
; 23. Demande. — Le ciel et l’enfer sont-ils tous deux
À Réponse. — C’est la croyance ordinaire. (1)
j 24. Demande. — Quelle autre opinion existe sur
| l’autre monde ?
Réponse. — Qu’il n’y a ni ciel ni enfer et que l’autre | monde ou l’autre vie consistent dans la continuation de
A 25. Demande. — Scra-ce un monde meilleur que
ji Réponse. — Oui, si nous le rendons tel.
à 26. Demande. — Cette opinion exclut-elle la possibifi lité d’un au-delà conscient ?
“A Réponse. — Non. Mais elle laisse la question ouverte.
uk @) Henry Ward Beecher fut le premier parmi les modernes pré- x dicateurs orthodoxes à protester contre cette doctrine. — Cf. The ii Passing of orthodox Religion, par l’auteur.
- Demande. — Quels sont les arguments en faveur d’une immortalité consciente ?
Réponse. — L’un des plus forts est l’universalité de cette croyance. (1)
- Demande. — Est-ce une preuve ?
Réponse. — Non. Bien des croyances furent universelles et on a reconnu par la suite qu’elles n’étaient que des illusions, — par exemple la croyance que l’homme et le monde ont été créés spécialement par décret divin ; la croyance que le soleil, la lune et les étoiles ont été faits pour procurer la lumière à notre planète et tourner autour d’elle; et la croyance en la
. sorcellerie, la magie, l’alchimie, etc. (2)
- Demande. — Quel est l’argument qui vient
Réponse. — On dit que l’homme, en sa qualité d’âme ! et d’esprit pensant, est trop précieux pour ne pas être préservé à jamais de la destruction.
- Demande. — Cela prouve-il son immortalité ?
Réponse. — Pas plus que la divinité de César n’était prouvée par l’opinion qu’il avait de lui-même.
(1) Comme toutes les religions proclament l’immortalité, si vraiment il n’existe rien de semblable, le monde entier se trouve dupé. Tel est l’argument auquel Pomponace de Padoue (1462-1526) a répondu en disant : « Comme il existe trois religions, — celles de Moïse, de Jésus, et de Mahomet, — ou elles sont toutes trois fausses et le monde entier est dupé ; ou deux d’entre elles, au moins, sont fausses, et alors c’est la majorité qui est dupée.
(2) Même Lord Bacon, le fondateur de la méthode inductive, et sir Thomas Brown et sir Matthieu Hale partageaient la croyance populaire dans l’existence des sorcières.
1 le monde sans Dieu . ï 31. Demande. — Quel est l’argument qui vient
| Réponse. — L’argument moral, qui est le plus fort.
- Demande. — Exposer-le.
Réponse. — Comme: il y a beaucoup de souffrance imméritée dans le monde, nous regardons instinctivement en avant de nous vers un autre monde où tous les comptes seront balancés; où les larmes seront essuyées des yeux qui pleurent et où ceux qui s’aiment
- Demande. — Cet argument est-il décisif?
| Réponse. — Il est très fort, mais il n’est pas décisif. Si Dieu est aussi bon et aussi puissant maintenant qu’il le sera jamais, on n’a aucune raison de compter qu’il changera radicalement sa manière de gouverner le monde dans un temps à venir.
- Demande. — Quelle est la conception que nous
‘ devons nous faire d’une vie à venir? j
Réponse. — Que tout ce que nous pensons, disons et
faisons maintenant, concourra à bâtir le monde de
l’avenir, dans lequel nous revivrons tous sous forme
d’influences, de tendances, . d’exemples, et de forces
intellectuelles et morales. Nous sommes la continuation
de la vie qui nous a précédés et la source de la vie qui
nous suivra. L’âme d’un homme est la somme de toutes
ses facultés et de ses forces, de ses pensées, de ses actions
et de ses affections. Celles-ci, pas plus que les molé-
\ cules qui composent son corps, ne périssent à sa mort, | 126
mais elles s’incorporent à de nouvelles formes de la vie, et ainsi de suite toujours. (1) 35. Demande. — Quel effet une pareille croyance produirait-elle sur nous ? Réponse. — Elle nous encouragerait à ne cultiver en nous, — pour l’amasser comme un trésor, — que ce qui est vrai et noble, pour en faire le cerveau et l’âme () « Sous cet aspect la mort cesse d’apparaître comme un anéantissement ; car notre âme ne peut pas plus être effacée que la loi de causalité ne peut être suspendue. » — Paul Carus, Whence (2) Quand nous serons au-dessus de cette illusion que l’existence est limitée à notre individualité personnelle, quand nous étendrons notre être jusqu’à le fondre dans l’humanité, qui est immortelle, et par laquelle nous continuons à vivre à jamais, — la mort, à la vérité, ne sera plus que le « clignement d’une paupière qui n’interrompt pas le regard ».
La fin suprême de l’homme 4. Demande. — Qu’y a-t-il de plus grand au monde? Réponse. — Vivre, avec honneur; car sans vivre nous ne pouvons avoir rien autre de bon. 2. Demande. — Quel est, en conséquence, le devoir de l’homme ? Réponse. — De rechercher ce qui élargit et élève la 3. Demande. — Comment nommons-nous les actions ; qui font la vie plus large et meilleure ? Réponse. — Les vertus; et celles qui diminuent et | dégradent la vie, les vices. ‘1 4. Demande. — De quels autres noms les nommet-on ? 1 Réponse. — Le bien et le mal; ce qui est moral et s immoral; ce qui est bon et ce qui est mauvais. . 6 5. Demande. — Comment apprenons-nous ce qui est pr le vice et ce qui est la vertu? Ÿ Réponse. — Par l’expérience; par l’expérience : accumulée de l’humanité autant que par la nôtre.
- Demande. — Est-ce par l’expérience que nous apprenons tout ce que nous savons du bien et du mal ?
Réponse. — Absolument tout.
- Demande. — N’avons-nous pas besoin d’une révé- lation pour nous parler infailliblement du bien et du
Réponse. — Non. Si nous ne savons pas discerner nous-mêmes le bien du mal, une révélation ne nous sera pas de plus d’utilité qu’aux animaux.
- Demande. — Par quelles autres preuves pouvezvous montrer qu’une révélation n’est pas nécessaire pour les besoins de la vie morale?
Réponse. — Une révélation est seulement un accident, (1) tandis que la vie morale est une loi de la
- Demande. — Qu’est-ce qu’une loi ?
Réponse. — Une obligation qui nous est imposée par une autorité supérieure. (2)
- Demande. — Qu’est-ce qui constitue l’autorité ?
Réponse. — Le savoir supérieur, la bonté et la puissance.
- Demande. — Donnez des exemples.
Réponse. — L’autorité du père sur l’enfant; du maître sur l’élève ; de l’État sur l’Individu; de l’Humanité sur VEtat et de la Nature sur tout.
(1) Un événement qui arrive seulement une fois et sous des conditions irrégulières ou miraculeuses peut être qualifié d’accident.
(2) Le mot « loi » s’emploie aussi dans le sens de relation ou d’un mode d’action constaté par l’observation.
I le monde sans Dieu 4 12. Demande. — Qu’est-ce que la Nature?
( Réponse. — La somme de toutes les forces qui entreme tiennent le mouvement du monde. 5
À 43. Demande. — Pourquoi l’autorité de la Nature estl elle la plus haute de toutes ?
1 Réponse. — Parce que c’est le premier et le plus 1 ancien auteur de l’homme et son plus vieux maître.
J 14. Demande. — Pourquoi faut-il obéir à la Nature? F Réponse. — Parce que nous avons appris par l’expé- | rience des siècles qu’il le faut.
\ 15. Demande. — Qu’arriverait-il si nous n’obéissions
k Réponse. — Elle nous remplacerait rapidement par is ceux qui lui obéissent. 1 16. Demande. — Donc, nous n’avons pas le choix ? | Réponse. — Pas le moins du monde. ’ 17. Demande. — Par quelle précaution la Nature amA t-elle incité à l’obéissance à ses lois ? ie Réponse. — Elle a lié l’action à la réaction, la cause
Je chaque action, la Nature a donné la même puissance î qu’à la semence, — de croître et de porter le fruit que la chacun comporte. À 1 19. Demande. — Quels autres moyens la Nature Fa emploie-t-elle pour imposer l’obéissance?
4 Réponse. — Elle a logé en nous un représentant de
son autorité que nous pouvons appeler la « conscience ». ÿ
- Demande. — Veuillez l’analyser et la définir.
Réponse. — La conscience est faite du mélange des voix du Passé et de celles de l’Avenir dans chaque individu. L’homme est un foyer de vibrations où convergent les expériences collectives et les tendances du Passé avec les espérances, les intuitions et les idéals de l’Avenir. La pression de l’un et l’aspiration de l’autre trouvent une voix en lui; cette voix est la conscience. (1)
- Demande. — Est-ce là la définition communé-
Réponse. — Non. Bien des gens croient que la conscience est « la voix de Dieu dans les âmes »; mais, comme cette voix n’est pas infaillible, on ne gagne rien à l’appeler « la voix de Dieu ».
- Demande. — Quelles autres théories de la conscience ont cours ?
Réponse. — Quelques philosophes enseignent que la conscience est une faculté ou organe spirituel, distinct, dont la fonction consiste à distinguer par intuition le Bien du Mal. On admet aussi qu’il existe une loi morale, qui est éternelle et absolue, et dont les comman-
() Nos habitudes nous relient au passé, notre liberté à l’avenir; le conflit entre l’habitude ou instinct et la liberté ou volonté est la lutte pour la suprématie entre le Passé et l’Avenir. L’homme est le champ clos de cette lutte. Le professeur Clifford définit ainsi la conscience : « Les instincts accumulés de la race coulant à flots dans chacun de nous, et débordant comme si l’océan était versé dans une tasse » — page 134.
le monde sans Dieu dements sont impératifs, (1) mais tout ceci est de la
- Demande. — Quels sont les enseignements de l’évolution à ce sujet ?
Réponse. — Que de même que l’œil s’est adapté à la lumière et l’oreille au son, avec tous leurs merveilleux mécanismes, de même les relations entre les hommes ont formé le sens moral par l’éducation et l’expérience des siècles; et que la moralité est une faculté acquise comme le langage, la musique, l’amour et l’humanité.
- Demande. — Pourquoi devons-nous faire le bien, dans cette théorie ?
Réponse. — Pour son utilité, sa beauté et sa joie.
- Demande. — Est-il obligatoire de faire le bien?
Réponse. — Oui, si nous souhaitons le bonheur de tous en même temps que le nôtre.
- Demande. — Quelle est la récompense de la bonté et de la justice ?
Réponse. — D”être juste et bon. (2)
-
Demande. — Mais devons-nous être justes et \ bons sans attendre ni récompenses ni châtiments de \ Réponse. — Si nous n’agissons pas ainsi, d’autres le feront, et par la loi de la survivance des plus aptes, 0 c’est à eux qu’appartiendront la royauté, la puissance, et l’avenir. | (1) L’impératif catégorique de Kant a été comparé à un Dieu | fait sur commande, un deus ex machina. (2) « Cherchez-vous une récompense plus grande que celle-là ? »
-
Demande. — Le bien est-il en croissance dans le monde ?
Réponse. — A travers bien des oscillations en arrière et en avant, l’humanité progresse constamment quoique très lentement.
- Demande. — Pourquoi existe-t-il encore du mal et de la souffrance dans le monde ?
Réponse. — Parce que nous n’obéissons pas à toutes les lois de la Nature.
- Demande. — Pourquoi ne leur obéissons-nous
Réponse. — Principalement par ignorance.
- Demande. — Est-il juste que nous soyons punis de notre ignorance ?
Réponse. — Oui, si c’est la seule manière pour nous d’apprendre à connaître et à observer ces lois.
- Demande. — Quelle chose nous est le plus nécesSaire pour que nous-mêmes et le monde devenions
Réponse. — Le savoir ; car nous ne pouvons rien faire que nous ne sachions comment le faire ; et pour agir de la meiïlleure manière possible, nous devons savoir ce qui est conforme à notre bien suprême. (x)
(1) Le but de la science est le savoir et le but de l’art est l’action ; mais nous ne pouvons ni produire ni créer sans le savoir. Il est également sans intérêt d’insister sur ce qu’une philosophie exacte de la vie n’est pas nécessaire aux fins de la Vertu. Pensée ou Savoir sont la graine dont la Conduite est la fleur et le fruit. Il est vrai cependant que notre savoir s’améliore et s’accroît aussi souvent que nous « faisons » ce que nous « savons ». Charlemagne, dans } une lettre à Sturm, abbé de Fulda, écrivait : « Quoique l’action soit meilleure que le savoir, cependant il est impossible d’agir sans
|. 1 le monde sans Dieu (Nota ‘4 33. Demande. — Que fera encore le savoir ?
4 Réponse. — Il emploiera les forces immenses qui
14 croupissent actuellement dans l’ignorance; il remplacera A # i k le préjugé par la sympathie, l’oppression et la rapacité 1 par la justice et l’humanité, la guerre et l’effusion du “ sang par la paix et la fraternité.
& 34. Demande. — Quel est le sauveur du monde, — le
‘at vrai Christ de l’humanité ? $
1 Réponse. — La Vérité! qui est le plus parfait savoir
À que nous puissions posséder ; et la confiance qu’on peut 11 compter sur ce savoir pour atteindre les fins les plus
2 élevées de la vie.
35. Demande. — Quelle est par conséquent la fin
ñg suprême de l’homme ?
x Réponse. — De chercher la sagesse suprême par 34 la raison, et de pratiquer le souverain bien par la À volonté, (1) et cela pour le bien de l’humanité.
ui (1) Giordano Bruno et de Tocqueville.
He dal on ’ mit é