VII-6 · Sixième cahier de la septième série · 1905-12-20

Le Congo léopoldien

Morel et Pierre Mille

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: 4 paraissant vingt fois par an

… 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

Nous avons publié dans nos éditions antérieures et 4 dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un si e À $ grand nombre de documents, de textes formant dos- È si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles, À

e. romans, drames, dialogues, poèmes et contes; — un a. Ÿ si grand nombre de cahiers d’histoire et de philoso-. phie; et ces documents, renseignements, textes, dos ue ° siers et commentaires, ces cahiers de lettres, d’histoire pe % et de philosophie étaient si considérables que nous ne © 4 pouvons pas songer à en donner ici l’énoncé même le ”+ plus succinct; pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières séries des cahiers, il suffit d’envoyer un man- à dat de cinq francs à M. André Bourgeois, administra- ‘à teur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, à Paris, cinquième arrondissement ; on recevra en retour LE le catalogue analytique sommaire, 1900-1904, de nos Ce catalogue a été justement établi pour donner, 5 ; autant qu’il se pouvait, une imag’e en bref, un raccourci, | une idée, abrégée, mais complète, de nos éditions anté- | rieures et de nos cinq premières séries ; tout y est classé ï dans l’ordre ; il suffit de le lire pour trouver, à leur place, les références demandées.

Ce catalogue, in-18 grand jésus, forme un cahier très épais de XI1+/408 pages très denses, marqué cinq :

francs; ce cahier comptait comme premier cahier de la n’es ième série et nos abonnés l’ont reçu à sa date, le | 2 octobre 1904, comme premier cahier de la sixième Rene: toute personne qui jusqu’au 31 décembre 1905 ï Ra s’abonne rétrospectivement à la sixième série le reçoit, 4 par le Jait méme de son abonnement, en tête de la série; … nous l’envoyons contre un mandat de cinq francs à toute … personne qui nous en fait la demande. … Pour amorcer tout iravail que l’on aurait à commencer HAS dans notre premier catalogue analytique sommaire, con- … sulier le petit index alphabétique provisoire que nous D avons établi de ce catalogue analytique sommaire. Fe | Ce petit index alphabétique provisoire, in-18 grand …. jésus, forme un cahier très maniable de XII + 60 pages très claires, marqué un franc; ce cahier comptait “ comme premier cahier de la septième série et nos a bonnés l’ont reçu à sa date, le premier octobre 1905, _ comme premier cahier de la septième série; toute pe sonne qui s’abonne à la septième série, qui est la série en cours, le reçoit, par le fait même de son abonnement, en tête de la série; nous l’envoyons contre un ; Re mar dat de un franc à toute personne qui nous en fait _ la demande. un Pour lasixième sériè, année ouvrière 1904-1906,et Rene n attendant que paraisse le catalogue analytique sommaire de nos deuxièmes cinq séries, 190/-1909, on peut consulter, — provisoirement, — la petite table analytique très sommaire que nous avons publiée en fin de ce cahier index.

en vente à la librairie des cahiers | Prerre Mie. — De Thessalie en Crète, — impres-” | sions de campagne avril-mai 1897,— avec 16 gravures.

PIERRE Mie. — Au Congo belge, — avec des notes et des documents récents relatifs au Congo français,

nie TRS À le lla. | s. a us { pas que lle Monga à

| Simple extrait de ce premier petit index alphabétique: ; Bernard-Lazare, — l’oppression des Juifs dans l’Eu 52 rope orientale, — les Juifs en Roumanie, deux francs TA A 14 — — une lettre adressée à monsieur Th. Del- LR RU cassé, ministre des affaires étrangères, — de Buda- Me | —_ — Juifs de Roumanie, —une lettre à mon- ne sieur Anatole Leroy-Beaulieu…un franc °3%0 ee 2 Edmond Bernus, — la Russie vue de la Vistule, — his … André Bourgeois, — quatre jours à Montceau, — un RE n’est plus mis en vente que dans les collections com- RES | plètes de la troisième série. …:7..04. 2 RP RS : — — la Russie vue de Vladivostock, journal È 4 — — impressions sur la pie japonaise… A % _ — Second courrier d”Indo-Chine, un franc 205 4

| Kélicien Challaye, — impressions sur Java, — fragments d

ge. c rt la France vue de Laval…:. deux francs 341 ; | _ Henri Dagan, — l’Oppression des juifs dans l’Europe 4 _ orientale, — les massacres de Kichinef et la situation = des prolétaires juifs en Russie… deux francs 262 __ François Dagen, — cahier de courriers, — courrier __ d’Aigérie, — considérations sur les causes de la gran- . _ deur et de la décadence de l’antisémitisme en Algérie 256 - … . - Jean Deck, — cahier de courriers, — courrier de Fin- : _ lande, — en particulier sur les troubles des 17 et ” E- D Pour la Finlande, mémoire et documents = Maurice Kahn, — cahiers de courriers, — courriers de Dee EIRE 2.1… deux francst-26 » Lionel Landry, — courrier de Chine, du temps de ù

be _ l’expédition de Chine, — un cahier en voie d’épuise-

__ — — courrier de Chine, même temps…

& ñ _ Henri Lebeau, Jérôme et Jean Tharaud, — Moines de

Re _ Edmond Lebret, — courrier de Bretagne…un franc 215

7 7 _ Jean le Clerc, — introduction à courrier de France, 78 _ grève générale des mineurs, du Bulletin de l’Office HR t — — du même Bulletin, présentation de : Henri Michel, — cahier de courriers, — Notes sur la D : Hollande et sur l’intimité… deux francs 304

sixième cahier de la septième série Pierre Quillard, — Pour l’Arménie, mémoire et dossier È ê Gaston Raphaël, — le Rhin allemand… un franc 239 58

Pour les étudiants russes, — un cahier en voie d’épuisement. :…}…1…442 4.00 Ace JOUER = à René Salomé, — courrier de Belgique… un franc 153 *E { Tolstoi, — une photographie de Tolstoi et Gorki se D j — — une lettre inédite, adressée à Romain DE — — trois lettres, traduction établie pour les TA

cahiers par les soins de Romain Rolland, dans le

._ Et simple extrait de cette première table analytique ’ très sommaire : TS Sixième cahier de la sixième série, un cahier jaune de 5 XXXII + 164 pages, in-18 grand jésus, bon à tirer du mardi RU: le bund et le sionisme ; — un voyage d’études ; 1% EL Bern. — Les partis juifs en Russie ; 6e Introduction; la population juive de la Russie : la bourHe: geoisie, la classe ouvrière, les petits marchands et les pee _ agriculteurs; les causes historiques, psychologiques et __ morales du mouvement révolutionnaire parmi les Juifs n russes; le mouvement ouvrier juif avant la création du nr « Bund »; le « Bund » et son activité, ses rapports avec le Re. parti Social-Démocratique russe ; le Sionisme ; conclusion ; 5 f VzapimIR KoroLENKo.— La maison numéro 13; — traduit Ft: par Elie Éberlin ; Elie Éberlin, Vladimir Korolenko ; 4 Treisième cahier de la sixième série, un cahier jaune de EE. 72 pages, in-18 grand jésus, bon à tirer du mardi 21 mars 1905

Ÿ un franc

En? Torsror. — l’Eglise et l’Etat; les événements actuels F en Russie ; — traduction J.-W. Bienstock; le premier, in- à troduit par P. Birukov ; …._ dans le même cahier : 00 Cahiers de la Quinzaine, — les œuvres de Tolstoi.

De Le cahier que l’on va lire fait une contribution de plus

“4 _ à l’effort incessant que nous devons donner pour tenir

Re. à tête aux barbaries de tous ordres et, autant que nous le à 2 pourrons, pour les refouler, d’abord des pays de culture.

4 Aussi longtemps que nous sommes un peuple libre,

751 c’est-à-dire aussi longtemps que les barbaries orientales,

__ par le moyen de l’invasion militaire allemande, ne nous __ auront pas réduit au silence de la mort et de la servi-

D. tude, nous devons nous élever de toutes nos forces et

. inlassablement contre les envahissements de toutes les

  • Je n’ai pas besoin de présenter à nos abonnés notre Bar nouveau collaborateur M. E. D. Morel, secrétaire de la 224 Congo Reform Association. Il se recommande, il se ra présente, lui-même, par ce cahier, par la préface qu’il a
  • mise en tête, par toute son œuvre. Et il est excellemcal - ment présenté ici par notre nouveau collaborateur

10 Notre nouveau collaborateur M. Pierre Mille n’a plus 44 besoin qu’on le présente à aucun public français. Je 1 demanderai seulement aux personnes qui ouvriront ce

sixième cahier de la septième série 1

cahier d’occulter, au seuil de ce cahier, et pour le temps $ de le lire, la connaissance qu’ils ont de cette grande 4 réputation que M. Pierre Mille s’est acquise comme Ë écrivain humoriste. Il faudra se rappeler seulement | ses origines comme correspondant de guerre, etsagrande compétence, sa spécialisation technique, son expérience en matière coloniale. Par ce nouvel exemple, — d’un humoriste qui a une compétence, une technique, une spécialisation antérieure à l’exercice pour ainsi dire professionnel de son humour, — apparaît une fois de plus que l’humour et le comique, — je ne veux point . parler du pamphlet, — sont, de tous les genres, trois de ceux qui demandent le plus de ce que les peintres D | nomment des dessous. 7

Ce sixième cahier de cette septième série paraît à huitaine et non pas à quinzaine. Les auteurs de ce cahier, les éditeurs des documents qui y voient pour la première fois le jour, me demandaient de n’en point retarder plus longtemps la publication. Ils avaient raiï- son. De telles révélations n’attendent pas. Les régularités administratives doivent céder devant de telles exigences. Songeons qu’il y a ici des voix qui portent témoignage et qu’un système tyrannique avait voulu étouffer dans un définitif silence. |

A cette date du dimanche 26 novembre paraît donc déjà le sixième cahier de cette septième série. Nos abonnés nous pardonneront cette hâte, et ce redoublement. Nous finirons plus tôt. Nos cahiers s’organisent de plus en plus daps leurs séries comme un cours d’enseignement supérieur, dont la préparation immédiate

commence au commencement d’octobre, dont la publi2 cation s’achève au commencement de l’été. Et à mesure | que nos séries deviennent plus fortes, il faut aussi que le temps de les porter soit mieux ménagé. 4 Nous avons mis partout Cong’o léopoldien, et non pas

Congo belge, d’un mot que M. Pierre Mille introduisit

:4 il y a plusieurs années. Il ne faut point confondre un É peuple avec un gouvernement, un régime, un système RS. véreux et criminel. É. Dans les fémoignages mêmes, on distinguera bien 4 par le sens et par le courant du récit ce qui est témoiEs gnages mêmes, dépositions, lettres, citations, textes, D. preuves, de ce qui est introduction, commentaires, 4 Fe annotations. On verra bien. Loin de multiplier les

  • guillemets et les parenthèses, qui sont censés éclairer E. les situations, nous les avons au contraire supprimés È autant que nous avons pu, parce que toutes ces lunettes 4 typographiques empêchent de voir clair. Le mieux, x dans ces cas de chevauchement, est de faire confiance 1 au sens lui-même, qui se défend, qui porte sa ponctuan: tion, plutôt qu’elle ne le distingue.

hi A monsieur Pierre Mille, aux Cahiers de la Quinzaine E. Hawarden, le 20 octobre 1905 D Voici déjà de longues années que je lutte contre

  • le régime institué, dans l’Afrique centrale, par le 4 souverain de l’État du Congo, et appliqué par ses agents 4 _ ouses associés; et il faut enfin que je le dise : à l’amer_ tume que j’éprouve du torrent d’injures déversé contre moi par les bureaux de l’administration centrale de ce 218 F. singulier État, se mêle un étrange sentiment de recon_ naissance. Non seulement ces calomnies, qui outra- | geaient parfois la décence la plus élémentaire, n’ont pas À eu le résultat cherché par leurs auteurs, mais par leur | exagération même elles m’ont attiré de précieuses sym- … pathies, là où je n’en attendais guère. Dans la con- “ fiance de mes amis connus et inconnus, j’ai puisé des . forces nouvelles. Je ne puis que leur exprimer chaleu- reusement ma gratitude. L Vous êtes un de ceux qui n’ont jamais douté de la 4 4 _ sincérité de mes motifs, et, dans les moments d’abatte_ ments vous avez su trouver des paroles généreuses, …._ quoique vous hésitassiez, je pense, dans les premiers k. D temps et malgré votre expérience des choses d’Afrique,

à partager mes convictions. D’ailleurs, si aujourd’hui 1 j’ai à la fois la vive satisfaction et l’honneur de colla- À borer avec vous à une œuvre commune, cela ne résulte { évidemment pas de l’influence prépondérante de mes | seuls écrits sur votre jugement, mais du fait que le ; poids, devenu écrasant, de témoignages multiples, confirme la justesse essentielle de l’acte d’accusation que j j’ai dressé contre le régime léopoldien en Afrique. J’ai toujours insisté, et j’insiste encore aujourd’hui, ; sur ce qu’il ne s’agit qu’indirectement d’abus, en tant que ces abus sont commis (comme, en somme, ils doi- à vent bien l’être) par des individus, blancs ou noirs. Ce qu’il faut démontrer, c’est que ces abus résultent fata-. lement de l’exercice des obligations auxquelles sont assujettis les indigènes. Les pages qui suivent con- | tiennent de nombreux et navrants exemples de crimes, systématiquement commis, et dont le régime en vigueur est cause. Certes, pour fixer en premier lieu l’attention d’hommes sensibles aux sentiments de justice et d’humanité sur les conséquences de tel ou tel régime, il est nécessaire qu’un certain nombre de faits soient enregistrés. Dieu sait qu’il n’en manque pas. Et ici je dois le faire connaître à nos lecteurs, qui l’ignorent sans doute: les témoignages portés devant la Commission d’Enquête par certains de mes correspondants au Congo, dont les précédentes accusations furent publiées par moi, ainsi que les autres documents, qui accompagnent ce cahier, n’ont trait qu’à une toute petite ; partie de l’État du Congo. Les recherches de la Commission ont été strictement limitées à certains endroits g facilement accessibles ; enfin depuis treize ans des témoignages pareils nous parviennent des quatre coins

| de ce vaste domaine, peuplé de millions d’hommes, et ts dont un seul homme, en Europe, s’arroge la propriété personnelle et privée. Cette masse de témoignages _ antérieurs, de rapports, de révélations (1) a été publiée _ en son temps et constitue une accumulation de charges

terribles telles qu’aucun gouvernement, sauf peut-être la Turquie (et encore!) n’en a jamais vu dresser contre lui. . Si l’on s’en est ému d’abord et principalement en »_ Angleterre, cela provient de plusieurs circonstances » bien naturelles. Le public anglais suit les questions _ coloniales avec une attention toute particulière; l’in- …_ fluence philanthropique et l’influence commerciale en . Angleterre ont contribué puissamment en 1884-1885 à

  • vaincre l’opposition que le gouvernement anglais de _ cette époque faisait au roi Léopold. Une place, dès ce moment, était réservée dans la presse d’Angleterre aux ‘4 (1) Révélations des agents belges et français, employés par les
  • . sociétés belges au Congo de 1892 à 1894; celles de l’anglais E.-J. _ Glave, 1894-1895; du suédois Sjoblom, 1895-1895; de l’irlandais . Murphy. 1$93-1898; des missionnaires américains Morrison et . versoise en 1900 suivis des débats dans la Chambre belge; des | jugements des tribunaux de Boma sur ces crimes et leur cause;
  • révélations de certains agents de l’Abir en 1901, dont l’exactitude … fut établie par les témoignages des missionnaires de Bongandanga
  • en1g02devant le substitut Rossi, supprimées par l’Etat, reproduites . lannée dernière devant la Commission d’Enquête; du consul …._ anglais M. Roger Casement, 1903-1904; des missionnaires anglais et _ américains représentant environ 50 hommes dont la plupart au M Congo depuis de longues années, Scivener, Howell, Kempton, . Whitehead, Whiteside, Lower, etc., 1903-1905 ; les observations de . M. Berthier en 1899-1901, Owen Stroud et Dugald Campbell, 1903- … 1904; Lloyd et Grogan, 1902; les révélations à la Chambre belge D. en 1903 et 1904 ; les jugements des tribunaux de Boma dans les #1 . affaires Caudron et Van Caelcken, 1904 ; le rapport Baccari en 1905, | _ et ainsi de suite.

questions congolaises. La Société Anglaise pour la pro- : tection des indigènes possède, heureusement, un secré- 1 taire dévoué et zélé dans la personne de mon ami Ë M. H.-R. Foxe-Bourne; enfin, et c’est à l’honneur de l’Angleterre, il s’est trouvé parmi nous des hommes politiques et des gens de lettres qui ont travaillé et travaillent pour instruire l’opinion publique des causes profondes d’un scandale qui déshonore notre civilisation ‘ commune. La plupart de ces hommes appartiennent au | parti libéral, mais tous les partis en Angleterre sont unanimes à flétrir les atrocités congolaises. Dans ses Mémoires, Bismarck parle avec ur mélange de mépris - et de crainte de cette « philanthropie » anglaise, quimenaçait le triomphe complet de sa politique, alors que l’armée prussienne s’éternisait devant Paris. — Quoique nous ayons à notre débit pas mal de péchés, ce sentiment est enraciné chez nous et constitue une force motrice. Les hommes d’État du continent le savent, même ceux qui affectent de n’y voir qu’une hypocrisie .. inconsciente. Ce fut chez nous que la conscience publique s’émut d’abord contre le maintien du commerce des esclaves. C’est chez nous que la conscience publique s’émeut de plus en plus aujourd’hui contre la réapparition de ce commerce sous d’autres formes, avec des formules différentes et des étiquettes propres au temps où nous vivons, telles que « régénération morale et maté- rielle », « exploitation rationnelle », « fainéantise de l’Africain », etc. D’ailleurs, ce n’est pas seulement chez nous que les événements du Congo ont suscité des protestations. A deux reprises, récemment, le Sénat des États-Unis d’Amérique a été saisi de pétitions signées par un grand

h nombre d’Américains bien connus, pétitions où le gou- ‘4 vernement américain (le premier à reconnaître, jadis, le

K drapeau de l’Association Internationale, qui devint ensuite l’État libre du Congo) est prié de s’intéresser au sort des indigènes congolais. Il vient de se former | en Amérique une Association pareille à celle dont je Ds suis le secrétaire honoraire, sauf qu’elle est exclusive- % Twain) vient d’écrire une satire mordante sur le 4 souverain du Congo, témoignage éloquent de l’opinion je de ses concitoyens, dont il a si souvent, surtout dans É ces dernières années, su traduire les sentiments. Le À gouvernement allemand a également été saisi de plu- à sieurs pétitions, notamment de la part de la Société

hi coloniale allemande, sous la présidence du duc Johann N Albrecht de Mecklembourg. La Belgique a entendu : ji dans le sein même de son Parlement des accusations 4 répétées, et jamais controuvées; en effet, quiconque se 1 donne la peine de lire ces débats passionnés dans les ‘à annales parlementaires et non dans les récits abrégés, LL voire tronqués, de certains journaux plus soucieux 4 de leurs deniers que de Ia vérité, les réponses du goune vernement belge aux exposés détaillés et accablants de h M. Émile Vandervelde et ses amis font un effet vraiment pitoyable. (1) 1 En Italie, le débat récent à la Chambre italienne, les 10 révélations de journaux au-dessus de tout soupçon, le

: 10 (1) Que l’on s’imagine au commencement du vingtième siècle de (A Père chrétienne le premier ministre d’un pays civilisé déclarer que ‘14 les indigènes « n’ont droit à rien; ce qu’on leur donne est une 2 tn véritable gratification » : M. de Smet de Naeyer, dans les débats

rapport du docteur Baccari, le refus du gouvernementita- 4 lien de permettre de nouveaux engagements pour la force 4 ë publique de l’État du Congo, etc., prouvent que, malgré | tous les efforts du souverain de cet État, on commence, 1 en Italie aussi, à se rendre compte de ce qu’est, en vérité, la nature de ce soi-disant État. Autant saute-t-il aux yeux que les atrocités congo- QU | laises, par leur nombre, leur existence à l’état endé- mique, la ressemblance des circonstances dans lesquelles à elles se commettent, ne peuvent être causées que par un vice fondamental de régime ; autant doit-il apparaître à tout homme de bon sens qu’il n’est vraiment pas intelligent de chercher à expliquer un mouvement qui, chézUue nous, dure depuis plus de dix ans, qui s’y est accru à | mesure que s’accroissaient nos informations, et qui s’étend de plus en plus hors de l’Angleterre, par des convoitises politiques ou commerciales anglaises. On a beaucoup parlé de la Chambre de commerce de Liverpool. Cette Chambre a protesté contre l’interprétation léopoldienne de l’Acte de Berlin. Elle a bien fait. D’autres Chambres anglaises et allemandes (r) en ont fait autant. ; Pour ma part j’ai toujours maintenu, — ce qui m’a valu, comme vous le savez, cher ami, desimputations aussi mal- à veillantes que bêtes, — la connexion indissoluble entre le régime économique de l’État du Congo et le traitement des indigènes. Vous aurez trouvé dans le discours de M. Vandervelde à la Chambre belge une constatation | absolument identique. Et je ne cache pas qu’il m’a toujours paru regrettable que les Chambres de commerce | anglaises n’aient pas combattu avec plus d’opinià- (1) Hambourg et Brême.

A treté l’interprétation léopoldienne de l’Acte de Berlin. ; | . Elles se sont contentées en fait d’une simple protesta- ’ | tion, et il est vraiment risible de lire ce que les journaux : … belges, obéissant il faut bien le croire à un mot d’ordre,

” ont publié à ce sujet… surtout quand on songe que le ; _ président de la Chambre de commerce de Liverpool est

  • à la fois le consul de l’État du Congo en cette ville, \ larmateur dont les vaisseaux (sous le nom de Compa-

__ gnie belge maritime du Congo) sont employés par L- . l’État pour le transport de ses passagers et de ses marchandises, et l’unique défenseur en Angleterre, possé- | dant quelque influence, de la politique de l’État, ce qui 4 d’ailleurs se comprend, étant donné les circonstances.

4 En ce qui concerne les soi-disantes visées politiques de 3) l’Angleterre dans ce débat, la plus petite connaissance 4 _ des affaires internationales suffirait pour démontrer hi qu’un grand pays, cherchant véritablement un objet

  • politique quelconque, aurait trouvé dans un mouvement D populaire, de croissance lente, — et par conséquent bien plus sérieux qu’un soudain emballement irréfléchi, mou-

j À vement qui n’a pas provoqué au cours des deux dernières “ années moins de trois discussions à fond dans la hi Chambre des communes, — une arme des plus formist 4 dables pour mener à bonne fin ses intentions. Or, il est “ vulgairement notoire que le gouvernement anglais actuel … a résisté, aussi longtemps que possible, aux demandes N de plus en plus pressantes qui lui venaient de tous les | _ côtés de la Chambre; que ce n’est que sous la pression ‘M d’un vote hostile certain qu’il a accepté sans aucun

ne. enthousiasme, et devant l’unanimité absolue de la te ‘1 Chambre, l’initiative d’adresser une note aux puissances | . signataires de l’Acte de Berlin, et qu’il résiste toujours,

plus ou moins passivement, à la pression qu’on exerce 1 sur lui. Il nous manque un Wilberforce. En vérité nous É avons eu à lutter depuis lés premiers temps contre le cynisme et l’indifférence des gouvernants et contre les péripéties de la politique internationale, qui semblent vouloir traiter comme une pièce de l’échiquier mondial les misères de tout un peuple, impuissant à se défendre, : et assujetti à des souffrances dont il est impossible ; d’exagérer l’étendue ou la nature.

Comment mettre fin à ces horreurs qui rappellent l’exploitation des Indes occidentales et de l’Amérique du Sud au seizième siècle? Il s’agit d’abord de convaincre l’opinion publique, dans tous les pays dont les gouvernements participèrent à la création de l’État du Congo, de la réalité de ces horreurs. J’espère que ce Cahier saura porter la conviction en France partout où il sera lu, et s’il en est ainsi je suis persuadé que l’âme géné- reuse de la France se révoltera contre de pareilles abominations, qu’il surgira des hommes animés de sentiments humains pour développer et étendre cette

! première tentative dont l’honneur vous revient, et à laquelle vous voulez bien me permettre de participer.

Il y a chez vous déjà toute une élite de fonctionnaires coloniaux auxquels leur devoir interdit, bien entendu, toute ingérence politique, mais qui n’en forment pas moins un centre dont les connaissances et l’expérience sont précieuses pour ceux qui, en France, veulent se renseigner sur les problèmes de l’Afrique tropicale. Les opinions entretenues dans ces cercles sur la question qui nous occupe ne sont un secret pour personne au courant des choses d’Afrique. Il y a également chez vous, — j’en juge par les écrits, — ‘un groupe qui s’accroît

sans cesse, composé d’hommes intelligents, qui se sont appliqués à étudier ces problèmes en spécialistes. Enfin 4 je distingue dans les discours de la plupart de ceux de : vos hommes publics, — toujours trop rares, hélas, — qui is” s’occupent de questions coloniales au point de vue

scientifique plutôt que purement politique, un idéal n élevé, un sens pratique, des idées à longue portée. Ce : sont autant d’indices encourageants pour ceux qui, È comme moi, cherchent à établir, dans ses conceptions à: essentielles, une communauté de vues et d’actions entre F les nations intéressées au développement de l’Afrique û tropicale. Car il faut enfin se mettre d’accord sur le ré- 4 gime à donner aux races africaines; et nous arriverons, £ 4 il faut l’espérer, à la réunion d’une conférence interna- | 4 tionale pour la discussion approfondie de ces questions. ‘4 _Ce serait une nouvelle Conférence de Berlin dont les

  • participants, forts de l’expérience acquise pendant les L: vingt dernières années (années de prodigieuse activité, 4 où se sont mêlées beaucoup d’injustices, où s’est versé ; 4 beaucoup de sang) seraient plus compétents pour exa3 miner les véritables devoirs et les véritables respon4 sabilités morales de la civilisation européenne dans | l’Afrique noire. “ Faut-il se borner aujourd’hui à faire comprendre à
  • l’opinion qu’il se passe dans l’État du Congo des choses F monstrueuses ? Ce n’est là seulement qu’une partie de notre tâche; la plus facile, étant donné les preuves É abondantes et accablantes que nous possédons. Il s’agit À aussi de convaincre le public que ces massacres, ces À | outrages sans nom et sans fin, sont les résultats néces- …._ saires, fatals, d’un régime spécifique ; que toutes les 4 enquêtes, toutes les mesures législatives, toutes les

$ règles, lois, ordonnances, voire tout l’appareil juridique À du monde entier, ne sauront mettre un terme à ces abus Ÿ sans un changement profond et radical de la politique 4 de l’Etat. Les lois les plus admirables ne peuvent être Ÿ k qu’un trompe-l’œil (d’autant plus dangereux qu’il sufit : qu’elles existent sur le papier pour que lon escompte j leur efficacité dans la pratique), alors que le système tout entier qui régit les rapports entre la race dirigeante et la race autochtone, rend précisément dans la pratique ces lois inapplicables dans l’intérêt de ceux pour lesquels elles ont été ostensiblement créées; alors que ‘ la nature des devoirs qu’impose le système à ses serviteurs est en contradiction formelle avec l’esprit aussi bien que la lettre de ces lois ; alors que, — conséquence inévitable d’une telle contradiction, — ces lois, impuné- ment violées par ces dirigeants supérieurs, ne sont invoquées que contre les agents subalternes, et ne le sont pour ainsi dire jamais sans une pression externe; alors enfin que les peines prononcées contre certains de ces é agents subalternes ne sont jamais subies. Toute la politique de l’État du Congo est basée sur l’exploitation du sol pour le compte, soit du roi souverain dans la région dite « Domaine de la Couronne », (x) soit de l’Administration elle-même dans la région dite « Domaine Privé », (2) soit des soi-disantes « Sociétés com- ‘ merciales » dans les concessions octroyées par l’État, et (1) Dont les revenus ne sont pas versés au Budget. (2) Dont les revenus ne sont publiés qu’en forme d’évaluation hypothétique. C’est ainsi, par exemple, qu’en 1899, alors que la balance des « impôts en nature » provenant du Domaine Privé était inscrite dans le Budget pour 10.000.000, les courtiers de l’Etat à Anvers réalisaient sur la vente du caoutchouc et de Pivoire pour le compte de l’Etat 19.130.000 francs.

4 sur lesquelles l’État lui-même exerce sa juridiction et È dont il détient la plus grande partie des actions. Que À cette exploitation constitue la préoccupation primor1 _ diale de l’État, qu’elle soit poussée d’une manière aussi ‘# insensée qu’odieuse, les preuves de ces faits capitaux \ ne sont plus à faire; et l’on n’a qu’à se mettre sous les 1 yeux, d’une part les circulaires officielles des dirigeants. L suprêmes de l’État, qui de temps en temps ont été arra- ï chées aux ténèbres congolaises (telles les circulaires ù citées textuellement dans les Livres Bleus anglais, è Africa n° 1, 1904; Africa n° 9, 1904; celles qui furent M Chambre belge, etc.), et d’autre part les lois publiées à dans le Recueil ou le Code congolais, pour se convaincre l à que toute connexion de fait entre eux est impossible. ‘4 C’est ici, il faut absolument qu’on le reconnaisse, que di. se trouve le vrai terrain à déblayer. Tant que l’on 19 n’aura pas saisi la portée essentielle de la politique 4 léopoldienne, il sera toujours possible aux intéressés 11e de désarmer l’opinion par la promulgation de nouveaux décrets, par une prodigalité de promesses d’une surveil- | 11 lance plus étroite, par la publication de nouvelles lois à draconiennes, et ainsi de suite.

du Il ne m’est possible ici que d’indiquer brièvement le 1 vice fondamental du système responsable des atrocités 4 révélées devant la Commission d’enquête, (dont les traVi vaux ont été limités à une partie infime de l’énorme terM. ritoire congolais), et des hécatombes humaines qui s’en- | D … tassent depuis le décret du 21 séptembre 1897, décret qui | à Patne cHproNidne den opposée à celle qui ‘4 avait prévalu jusqu’alors ».

Une nation, si elle tient à faire œuvre utile et perma- 4 nente, n’a qu’une politique à suivre dans l’Afrique tropi- { cale pour s’acquérir les richesses de ce pays, et créer
en même temps un courant d’affaires favorable aux in- £ dustriels de la mère-patrie. C’est une politique écono- 2 mique commerciale. Une politique économique commerciale ne veut pas dire nécessairement une politique de libre échange. Le libre échange et la protection sont ; nés de divergences de vues entre économistes. Dans ‘ l’Afrique tropicale la question se résout à ceci, — savoir si oui ou non il est bon d’imposer des taxes différen- à tielles sur les produits imposés dans une colonie déter-

; minée. Dans le débat qui nous occupe, ni la doctrine de

Cobden ni celle de M. Méline ne sont engagées. A part la politique esclavagiste de l’État du Congo, inaugurée par le décret précité, il n’y a jamais eu en Afrique tropicale, depuis la disparition de la vieille traite outre mer, qu’une politique seulement, la politique économique commerciale. Quelles sont les bases de la politique économique commerciale en Afrique tropicale ?

Les voici; elles représentent le bon sens et l’équité la plus élémentaire. Les terres sont à ceux qui les cultivent, et qui seuls peuvent les cultiver : les indigènes. Les produits économiques bruts appartiennent à ceux qui les récoltent, qui seuls peuvent l’es récolter:les indigènes. L’Européen reconnaît donc à l’indigène, d’abord le droit aux fruits de son labeur ; ensuite et par conséquent, il doit lui acheter aux prix courants les produits de son selon les circonstances dans telle ou telle localité. Comme l’indigène a le sens commercial très développé,

| é il se livre volontairement au travail qui lui est néces4 saire pour obtenir les articles que seul l’Européen peut À lui procurer, en échange des produits que celui-ci désire, 3 et que l’indigène seul peut lui procurer. Si l’inauguration L d’une politique « diamétralement opposée », il y aura É tantôt quatorze ans, par le roi Léopold, n’était venue ! jeter une confusion exiraordinaire dans la mentalité de bon nombre de personnes, on aurait véritablement honte | de s’attarder à l’exposition d’un fait aussi vulgaire.

i | La politique léopoldienne est l’antithèse de l’autre. J Elle a été poursuivie avec ténacité, et elle a apporté aux dirigeants de cette politique des revenus colos- | saux, que le système de développement commercial, EL: où l”indigène se trouve être l’associé de l’Européen, : ne donnera et ne pourra jamais donner. Mais ces revenus colossaux ne sont acquis qu’à force d’outrages et | de violences sans fin, et leur acquisition est la ruine à future du pays. De par le système léopoldien, l’indigène À é n’est plus l’homme libre cultivant librement les produits % de son sol; il n’est plus le propriétaire ni de ses terres, (x) ni de leurs produits économiques, ni du fruit L: de son labeur. Les terres appartiennent à « l’État », les 4 produits de ces terres sont les « fruits domaniaux » que À l’indigène se voit forcé de récolter « à titre d’impôt », soit pour ce mystérieux « État », soit pour les soi4 disantes « Sociétés » placées sous la juridiction de l’État 1 et dont l’État détient les principaux bénéfices. C’est une ! politique économique de contrainte; expression cour- ï (1) Parler de terres « vacantes » n’est qu’un jeu de mots, alors 4 - que c’est précisément sur ces terres dites vacantes que croissent f les lianes de caoutchouc et qu’habitent les indigènes qui en \ récoltent le latex.

toise, car, en vérité, appliquée avec zèle, rendue pos- F1 sible pratiquement par une armée indigène très nom- 1 breuse, elle aboutit à l’assujettissement de toute une 4 race au plus dur esclavage, à un régime sous lequel, comme l’a dit, sans une nuance même d’exagération, un # des orateurs de la Chambre belge, « toute la population est organisée en vastes troupeaux d’esclaves travaillant î sous l’empire de la menace et de la contrainte » : régime (4 sous lequel la population disparaît. Comment en serait- 1 il autrement ? ;

« Le droit d’imposer des contributions est un droit dont disposent les États », chantent en chœur les défenseurs du régime léopoldien. Qui le conteste ? Mais où £ est l’État qui commence par s’approprier toutes les possessions du futur contribuable, et qui, l’ayant ainsi | dépouillé de tous ses biens, le force manu militari à lui | apporter ses biens sous forme d’impôt ? « Le droit de mettre en détention celui qui ne paye pas ses contributions est une pratique universellement suivie par tous ‘ les États », chantent en chœur les défenseurs du régime léopoldien. Affirmation contestable mais que l’on peut accepter à titre d’argument. Mais où est l’État qui impose à ses sujets, non pas une contribution une fois ou même deux fois par an, mais une contribution tous les quinze jours, une contribution incessante et perpétuelle ? Et où ; est l’État qui punit des sujets ainsi imposés s’ils ne peuvent physiquement mener à bonne fin une tâche aussi exorbitante, en saisissant leurs femmes et leurs S enfants comme otages, en apostant dans leurs villages des soldats armés sans contrôle, eux-mêmes rendus responsables et punis si les contributions sont

E- Le roi Léopold a rétabli la traite en lui donnant le . nom d’ « impôt en nature »! On ne veut qu’une chose, ” au Congo : le caoutchouc, — et pour l’obtenir on franf chit des rivières de sang humain. à Si l’on vient m’objecter, — et pour ceux qui commenL cent seulement l’étude de cette terrible affaire, c’est 4 une réflexion naturelle, — « Une nation civilisée ne tolé- 4 rerait jamais un pareil état de choses; il y va de son 1 honneur et de ses intérêts matériels les plus élémenF taires », je réponds ainsi: Vous avez parfaitement 4 raison. Mais qui a parlé de « nation »? L’État du Congo 1 n’est pas une nation, mais un homme; il n’est pas É. exploité au profit d’une nation, mais de quelques 4 hommes. On serait bien malavisé de trouver dans mes a écrits, cependant si abondants sur cette question, une À 1] attaque contre la Belgique ou le peuple belge. J’ai dit dl qu’il y a des Belges qui ont assassiné, et torturé, au ‘4 Congo; les tribunaux de Boma le constatent. J’ai dit ‘à que les hommes d’État belges qui accusent d’antipatriotisme ceux de leurs compatriotes qui ont cherché ‘4 à faire la lumière sur le régime congolais, et dé- ‘4 clarent en même temps que l’État du Congo, auquel k la Belgique a prêté ses millions, est « un état étranger », 4 — font preuve de piètre courage ou de piètre logique. 4 J’ai dit que les paroles telles que « les indigènes n’ont ‘4 droït à rien » (1) et bien d’autres encore sont compa1 rables à celles dont se servaient les défenseurs de l’an- À cienne traite. Tout ceci je l’ai dit, et je le répète au4 jourd’hui. Mais de là à attaquer le peuple belge, il y a $ s (1) M. de Smet de Naeyer. Annales parlementaires de la Belgique

loin, Cette nation a un bandeau posé étroitement sur % les yeux. Il tombera un jour sans doute. Je pense qu’il L. en résultera des conséquences dynastiques et écono- ÿ

| miques d’une portée considérable. Économiquement, | l’État du Congo, dont on vante à un peuple qui ignore À ) les choses d’Afrique presque complètement, « le magni- Û ” fique essor économique », marche droit à la ruine. On y û \ tue la poule aux œufs d’or, et, — comme le dit Mark l Twain, — en la tuant, on tue les œufs qu’elle aurait ‘fi pondus si on ne l’avait pas tuée! Loin de désirer pour l mon pays un pareil héritage, je plains sincèrement les successeurs du régime actuel. Ce sera une damnosa Mais cela ne me regarde pas ; cela ne m’intéresse même pas. Je cherche une chose, et une chose seulement, éclairer l’opinion publique sur la nature du régime léopoldien et ses conséquences inévitables ; faire comprendre à l’opinion ce qui se passe au Congo, ce qui doit s’y passer. Si une Providence, qui ne dédaigne pas de se servir des plus infimes instruments, veut bien m”accorder les forces nécessaires, je ne poserai pas la plume et je ne tairai pas ma voix tant que la civilisation n’aura pas prononcé l’arrêt de mort de ce régime qui constitue la traite moderne. Et si cette suprême consolation m’est refusée, j’aurai au moins travaillé à une œuvre que d’autres plus capables mèneront à bonne fin. Magna est veritas et praevalebit. Cordialement et avec reconnaissance vôtre.

| Hawarden, le 5 novembre 1905

1 Depuis que j’ai écrit les lignes ci-dessus, le rapport

; de la Commission d’enquête envoyée par le roi Léopold

BE an Congo, — par suite de la pression exercée par l’opi-

ë Je constate que la totalité des dépositions faites devant

É la Commission d’enquête a été supprimée pour des

4 raisons qui ne me paraissent nullement convaincantes.

4 Par conséquent il est du plus haut intérêt que les

1 lecteurs de ce Cahier se rendent compte de la nature de

4 ces témoignages en lisant avec attention ceux que nous

4 présentons aujourd’hui au public français. Ces témoi-

4 gnages sont les seuls, je me hâte d’ajouter, que nous

} Le rapport est la justification complète de la lutte que

NL. mes amis et moi nous avons entreprise contre le régime

F Aucun honnête homme ne peut dorénavant le nier.

4 Le rapport admet que l’accaparement des terres des

4 indigènes, institué par ce régime, est un abus.

4 Il admet que les impôts en nature réclamés des indi-

4 gènes sont exagérés.

Il admet que le système de travail forcé adopté 1 jusqu’ici a donné lieu à des abus formidables. À Il admet l’existence d’innombrables atrocités. 4 Il admet que l’indigène, — forcé à la récolte du À caoutchouc, passe ses jours dans une « existence misé- Ÿ rable », dans les conditions où on l’y oblige. F) Il admet que le système des camps d’ôtage, créés 4 pour forcer les populations à produire, est de règle ordi- . 0 naire, et que les indigènes dans ces prisons sont mal ; nourris, souvent mal traités, et meurent. ï Il admet que de graves abus ont été commis dans VAdministration de la Justice. : Il admet que les sociétés dites commerciales font usage de la force. Ÿ Il admet le fréquent usage de la chicotte. 4 Il admet que des agents de l’État ont toléré que leurs | soldats leur apportassent des mains et les membres sexuels coupés comme preuves de leurs prouesses, et ‘ j’affirme, contre les commissaires, que ce n’était pas là ÿ un usage ancien dans les régions dont il s’agit. ’ C’est, — avec les ménagements voulus et inévitables, — la condamnation de la politique de l’État depuis les ; fameux décrets de 1901-1902, inaugurant la politique Î domaniale, — la condamnation du régime léopoldien. l è Mais il y a des lacunes. 1 En condamnant la pratique de faire résider dans les villages des sentinelles armées, pour faire percevoir l’impôt en caoutchouc, le rapport glisse sur le fait que, sans la présence de ces sentinelles, la récolte du caoutchouc par travail forcé est impossible, Le système actuel implique la sentinelle dans le vil20

Le lage ; fatalement, nécessairement ; il implique les expé-

4 En admettant que les impôts en nature soient exagérés, ÿ le rapport omet de déclarer explicitement que la loi des À quarante heures de travail par mois n’est qu’une loi sur | le papier ; une plaisanterie tout simplement. En condamnant le système des ôitages, il omet de : citer les circulaires des gouverneurs généraux, baron ‘4 Dhanis, et Paul Costermans, décrétant, autorisant, encou- À rageant cette pratique, ainsi que les circulaires des ‘ Commissaires Généraux, remettant cette autorisation à leurs subordonnés et aux agents des soi-disantes : À Sociétés commerciales qui ne sont, en réalité, que les fermiers du Domaine Privé. ; En admettant qu’il s’est commis de graves abus dans l’Administration de la justice, le rapport omet d’en 4 citer des exemples flagrants et récents. C’est ainsi qu’il n omet d’expliquer comment le lieutenant Mazy, auteur À des massacres dénoncés à la Commission par le mis4 sionnaire Weeks (dénonciation prouvée exacte par 1 l’enquête Grenade) a pu s’embarquer pour l’Europe par ‘ ordre supérieur. Il omet d’expliquer comment le com- ‘ missaire général Mardulier, dont la responsabilité \ morale était engagée dans cette affaire, a pu en faire +4 autant. Il omet d’expliquer comment la Commission a 1 laissé partir pour l’Europe M. Albert Longtain, direc- | teur de l’A. B. I. R. en Afrique, alors que des atrocités © sans nom ont été commises par ses agents blancs ou 4 noirs contre les indigènes. Il omet de dire comment la td Commission a laissé partir pour l’Europe M. Spéllier, 1 directeur en Afrique de la Société La Loulonga, alors

‘que des atrocités sans nom ont été également commises par ses agents blancs ou noirs contre les indigènes. Il omet d’expliquer comment il se fait que M. Hannotte, M. Longtain, a pu s’embarquer pour l’Europe alors qu’une instruction était ouverte contre ses agissements, et sur les lieux mêmes, par l’officier judiciaire Voght. Je choisis ici quelques cas seulement. Il y en a bien d’autres. Le rapport omet de jeter une lumière aucune : sur les jugements de Boma dans les cas d’atrocités poursuivis. Il y a ici une lacune des plus graves. Il faudrait une liste complète des agents européens arrêtés et poursuivis pendant les sept dernières années; il fau- - drait préciser la nature de leurs crimes, les condamnations imposées, le contenu des jugements. De tous ces jugements, — ils se comptent par douzaines, — un seul a jamais été livré en son entier à la publicité… et ce fut par moi: le jugement Caudron. Ce jugement démontre, j ainsi que les fractions publiées des jugements passés : sur les massacreurs des populations de la Mongalla en 1903, que les agents poursuivis ne faisaient que d’accomplir la tâche que leur imposaient les instructions de leurs supérieurs : ces supérieurs n’ont jamais été Je maintiens que la justice congolaise peut se traduire en ces termes : summum. jus summa injuria ; et au surplus j’affirme hautement que le Gouvernement de l’État du Congo n’ose pas publier intégralement ses archives judiciaires des sept dernières années, durant lesquelles la politique du roi a eu le résultat le plus fatal pour la En concluant, malgré les abus constatés par la Com22

Là mission, à la nécessité du travail forcé au Congo, le | rapport nous présage la continuation inévitable des 1 abus qu’elle signale. Il conserve ainsi l’essentiel de la  politique du roi, et cette politique, — la politique de confs. trainte, — est impossible dans les pays tropicaux de 1h l’Afrique centrale sans des abus incessants. Fermer les VA yeux devant l’évidence est faire œuvre de théoriciens. À Le colonel Thys vient de se déclarer nettement contre b - cette politique à laquelle il a été forcé depuis l’inaugu- ‘4 ration du régime Léopoldien én 1891-1892. Je ne puis’ É î malheureusement, avec les connaissances que j’ai, N’ déclarer droits et justes, les procédés employés par la É Société anonyme belge dans la haute Bousira et ailleurs #4 pendant ces dernières années. Quoiqu”ils n’aient jamais il l’Anversoise ; mais en se déclarant pour la politique L économique commerciale, contre la politique écono- | mique de contrainte, le colonel Thys a cent fois raison. É Finalement, le rapport néglige entièrement le côté ‘4 financier de la question. En parlant des résultats acquis, | — 80 steamers, belles stations aménagées, bureaux | ! publics bien construits, télégraphes, téléphones, etc. 14 — le rapport omet complètement de nous dire qui sont 3 les bénéficiaires de ces travaux publics. Pour qui ces “4 œuvres? Pour les blancs, non pour les noirs. Le noir 4 n’y gagne rien. Elles affermissent le joug qui pèse sur AN lui, voilà tout. Le chemin de fer du bas Congo a sup- : 4 primé le portage dans cette région jusqu’à un certain | | us Il ro est ve moins vrai que le rs forcé qui LA s’en est suivi a fini par écraser ces populations, que le LI portage avait déjà décimées. Des populations des (| régions des Cataractes, que reste-t-il? Il est facile de 1 33

faire bâtir de belles maisons, de mettre des steamers 20 sur le haut-fleuve, etc., quand on a plongé dans un esclavage qui n’est pas même déguisé toute une population J pour les bâtir et les transporter. Mais ce qui est de toute 8 évidence, c’est que les revenus acquis par le gouverne: ment congolais ne servent pas à l’enrichissement de l’indigène, mais au fonctionnement d’un système qui : ; tue l’indigène. Ils ne font qu’enrichir le roi et ses financiers en Europe. L’indigène ne s’enrichit pas au Congo;

  • il devient plus pauvre, plus misérable d’année en année; il n’a pas le moyen de s’enrichir, d’améliorer son bien-être, alors que tous les articles d’une valeur économique quelconque et même les plantations des | noirs sont réclamés par le gouvernement ou par les - sociétés fermières du gouvernement. Toute la politique : | léopoldienne est une politique de parasite. En affirmant que le gouvernement équilibre avec peine son budget, le rapport glisse complètement sur les revenus secrets du Domaine de la Couronne ; revenus qui ne sont pas versés au budget. Même en supposant, comme disent les amis du roi, que ces revenus | secrets sont usités par lui en des travaux publics en Belgique, — de quel droit le souverain absolu du Congo fait-il exécuter en Belgique des travaux publics et construire des monuments avec les revenus arrachés à une population en Afrique écrasée sous un régime féroce de contrainte et d’esclavage? Il n’en a pas plus le droit que si, — comme le disent ses adversaires, — il dépensait ces revenus en faisant construire des maisons de , plaisir, en s’acquérant des propriétés sur la côte d’Azur et en spéculant dans des chemins de fer chinois. Le rapport glisse aussi, complètement, sur ce fait que les

comptes administratifs eux-mêmes ne sont jamais publiés sauf en forme de prévisions, et que le monde ignore aujourd’hui la véritable situation financière du Gouvernement congolais. En cela, le Gouvernement du Congo est unique au monde.

Pour conclure ; nous sommes invités aujourd’hui à mettre notre confiance dans la conduite future d’un Gouvernement, dont la politique, dans les treize dernières années, est mise à nu même par la Commission qu’il a nommée, et dont le dirigeant suprême, en Afrique actuellement, a lui-même violé la loi en autorisant une société, soi-disant commerciale, à faire des otages. Après toutes les dénégations des années écou- | lées, après toutes ces promesses de réformes, qui n’ont

_ jamais été tenues, après toute cette hécatombe de vies, sciemment sacrifiées au Moloch de la cupidité cynique, | — nous sommes invités aujourd’hui à donner carte _ blanche sans contrôle aucun aux coupables eux_ mêmes! à Pour ma part, je refuse d’admettre une telle argumen-

( Il ne faut pas que le Congo fran- ÿ k çais devienne une nouvelle Mon5 galla. ai

(Dernières paroles de Savor- va ” gnan de Brazza, rapportées y 4 par Félicien Challaye, 25 sep- 5 ï’ Avant d’expliquer le sens et la valeur des témoi- Fe _ gnages que nous publions, il est indispensable que je | F2 _ dise, en quelques mots, dans quel esprit est rédigé ce F : Il n’y a guère, en France, que deux façons d’envisager ’ _ ce qu’on est convenu, dans les discours parlementaires, RE _ d’appeler « l’œuvre colonisatrice ». À Elles n’ont toutes les deux aucun rapport ni avec le | _ bon sens, ni avec la justice, ni avec l’intérêt universel : ; | _ j’entends celui de l’univers terrestre, et des différentes fe. _ races, quelles qu’elles soient, peuplant cet univers. _ Elles sont absurdes. _ La première est une façon de sentir, plutôt que de | _ raisonner. On peut dire, sans manquer d’équité, qu’elle _ représente le point de vue nationaliste. On peut l’expri- à _ mer ainsi : | _ Les efforts de nos soldats, de nos administrateurs, de ‘tes

Are nos commerçants, ont porté le drapeau, la civilisation, 4 ; la langue, les produits de la France, sur un très vaste A empire, situé quelque part, on ne sait pas très bien où.
Honneur à cette vaillante avant-garde de la patrie con | tinentale ! Honte à qui dira jamais qu’un soldat, un TU administrateur, un commerçant français, une fois aux | colonies, n’est pas un saint et un héros. Et si par : | hasard il en est qui ne sont ni des saints, ni des héros, 4 eh bien, nous ne voulons pas qu’on le dise ! n | Nous connaissons très bien les pauvres gens qui | ; tiennent ce langage. Ce sont les mêmes qui crurent que 4 c’était compromettre l’honneur de toute l’armée fran- { çaise, que de laisser supposer un instant qu’un conseil de guerre avait pu de fort bonne foi se tromper. Hor- * K ï rible danger des généralisations à la française! Pour M s’être refusés à une enquête rapide et impartiale sur un 4 fait particulier, ils ont en effet compromis non pas % l’honneur, mais la solidité de l’armée tout entière. Vain- À cus, ils l’ont laissée, par leur faute, livrée aux lâches et # d aux bêtes. Et quand un crime, malgré leurs efforts, s’avère aux colonies, il en va de même : ils laissent les colonies livrées aux lâches et aux bêtes. | En face de ces nationalistes coloniaux se dressent les I socialistes. Leur opinion est aussi simpliste, aussi | fausse, aussi insoutenable. Ils ne veulent pas decoloni- M p sation. Leur raison profonde, je crois, en est que « qui M terre a, guerre a » surtout quand ces terres sont loin- # taines, peuplées par des races difficiles à gouverner, de civilisation élevée, mais différente; ou qui, vivant de la 4 f guerre, soit pour faire des esclaves, soit pour manger 4 ; leurs semblables, — c’est le cas au Congo, — se révolk M tent contre une règle qui gêne ces habitudes ; ou quand 4 30 1

Ë on se trouve en compétition avec un autre État qui dé- | { sire également ces terres. Or la guerre extérieure, colo- ù niale ou non, absorbant les forces de la nation, réveil- \ lant son patriotisme, — écrivons, si vous voulez, « une

à vieille forme de patriotisme », — l’empêche de penser

F aux problèmes de politique sociale. Quelques-uns diront k & même : à la guerre civile, considérée comme nécessaire pour abattre la société capitaliste. Ajoutez qu’à exploi-

ter dés terres ou des races neuves, une nation gagne |

i de l’argent, et alors se soucie assez peu de changer d’organisation politique ou sociale; et c’est peut-être É un des motifs qui font que, dans les pays anglo-saxons,

à aujourd’hui en pleine prospérité coloniale, il y a tant de ;

\ syndiqués, mais si peu de collectivistes. Une autre rai- . ; } son de la répugnance des socialistes à accepter la colo- Te à nisation, raison plus extérieure, — je ne dis pas moins

l sérieuse, — ce sont les abus de pouvoir de la race colo-”

1 nisante contre la race colonisée. Horrible danger, de | ÿ nouveau, des généralisations à la française : ils vous k disent que toute œuvre de colonisation porte avec elle

% le massacre, aussi naturellement qu’un arbre porte un

… fruit. Et ils concluent qu’il faut renoncer à toute coloni-

(L Il est humiliant qu’il faille rappeler aux Français, aux

à seuls Français parmi tous les peuples de l’univers

4 4 civilisé, que la colonisation est un phénomène na-

1e On a toujours « colonisé » depuis l’âge de la pierre,

4 on colonisera toujours, et ce n’est pas surtout à une

4 époque où le point du globe le plus éloigné de Marseille

‘5 ne s’en trouve guère, par bateau à vapeur, à plus de

“a trente-cinq jours, qu’on empêchera les hommes de Mar-

seille d’aller visiter les hommes de cet autre point du ‘4 globe, et de s’établir chez eux, si cela leur plaît! Et du 4 moment qu’on ne peut les empêcher de s’y établir, il ; d faut qu’ils y puissent vivre en tranquillité et en prospé- 4 : rité. Il faut qu’ils soient garantis, eux et leurs biens, À contre l’assassinat ou le vol. Nous trouverions mons- | trueux que l’État français refusât ces garanties à l’Alle- 4 | mand qui vient résider sur notre territoire, ou seulement y commercer. Il serait également monstrueux À qu’un noir ou un jaune nous les refusât. Et il est natu- É rel que nous cherchions à nous procurer, chez ce noir ou ce jaune, en payant un juste prix, les objets . qu’exigent nos besoins, différents des leurs, ou plus | nombreux. Et même, parlant aux collectivistes, il est 7 … permis de leur demander s’ils croient que l’évolution collectiviste est possible, tant que l’univers tout entier Ë

  • n’aura pas été transformé et adapté aux besoins de k l’industrialisme moderne. À En tous cas, il n’y a pas moyen d’éviter que ceux qui 3 en ont besoin aillent demander du coton et du caoutchouc à ceux qui en ont, qu’ils exigent la sécurité | pour leurs transactions, et il est nécessaire que l’État à dont ils sont citoyens crée cette sécurité si elle fait 4 défaut. Voilà pourquoi la colonisation, et même la 1

colonisation administrative, est un phénomène naturel! ] Je regrette d’avoir eu à l’expliquer; mais il paraît, à ! lire certains écrits, que cela n’était pas inutile. d: Comme tous les phénomènes naturels, la colonisation produit de bons et de mauvais effets. C’est un phéno- À : mène naturel que certains corps dégagent de l’électricité. À Il faut éviter d’être foudroyé par elle, et en obtenir à qu’elle nous éclaire, ou transporte nos personnes. Et si %

la colonisation produit de funestes effets, il faut y obvier, et par conséquent savoir comment et pourquoi elle produit ces effets. On constate alors, et il fallait s’y attendre, qu’un système colonial est bon quand il res- 6 , pecte les lois naturelles, économiques et sociales.

Supposez qu’en France même on laisse à un préfet ou à un gendarme le droit de tuer ses compatriotes à sa guise, ou de les forcer à traîner des brouettes quand ils préfèrent travailler leurs champs ; ou qu’on donne à quelques personnes seulement la propriété des produits du sol tout entier, en obligeant les autres Français à les récolter sans salaire, ou presque sans salaire, au profit de ces quelques personnes privilégiées: on verrait se produire les mêmes iniquités qu’au Congo.

Il y a donc de bonnes colonies. Ce sont celles où les rapports de l’administrateur et de l’administré sont équitables, et contrôlés par une administration équitable ; où les droits de la propriété indigène, la liberté des échanges sont respectés. Le Sénégal, le Soudan, la

; Guinée Française, le Dahomey en sont des exemples. On n’y signalera que des défaillances individuelles.

Il y a donc aussi de mauvaises colonies: ce sont celles où les lois naturelles, économiques et sociales, ne sont pas respectées. Et quand leurs apologistes y veulent signaler seulement « des défaillances individuelles » en ajoutant « encore faut-il qu’elles soient démontrées », ils se moquent du public. Ces défaillances

‘ sont démontrées, et elles sont ici le résultat du régime,

3 qui est mauvais. Mais à quoi peut-on distinguer que le

régime est mauvais? Justement à la quantité et au

. caractère des défaillances. Elles sont rares ailleurs, ici

é tellement fréquentes et de telle nature qu’il est impos-

1114 _ sible de s’y tromper : le Congo belge est l’exemple FF de d’une mauvaise colonie. (1) | LIRE s ES En quoi cela intéresse-t-il les Français ? C’est qu’on a ‘a se introduit dans notre Congo, un régime analogue qui a 1 LA produit les mêmes résultats. Le mal est moins ancien, 1 donc plus facile à extirper. Et quand on aura vu, par À bi AtiTle Gongo belge, à quel degré d’horreur ce mal peut 4 2 NA atteindre, on comprendra le danger que court le nôtre. È

ENS Un prochain cahier dira la situation de celui-ci. On peut ; _ la résumer en disant qu’il y a au Congo français moins 4 “he de crimes contre l’humanité qu’au Congo belge, autant ÿ Ÿ at d’arbitraire, et plus d’anarchie. ÿ AU .… Îl ne faut pas que le Congo français devienne une ; Fi nouvelle Mongalla. Telles furent les dernières paroles k. DE de Pierre Savorgnan de Brazza. Qu’est-ce donc que les F D « crimes de la Mongalla, qu’est-ce qui s’est passé au 4 ne Congo belge, pour que Brazza ait frémi en s’apercevant 1 REX que notre Congo allait imiter cet affreux exemple? On 4 Et le verra par les témoignages que nous publions. Bien 1 Ÿ qu’on ne nous ait récemment que trop entretenus de !

wi « crimes coloniaux », on ne se doute pas encore en 4 FE France qu’en ce moment même, au Congo belge, de . SALE telles iniquités sont possibles, qu’elles *se commettent h | nel on peut dire quotidiennement, qu’elles sont l’œuvre, à Re non pas, comme on veut le faire croire, de quelques KL individus isolés ou affolés, et qui finissent toujours par . x . ( ») Au point de vue des rapports entre les deux races en pré- ? sence. Au point de vue financier, le travail forcé, c’est-à-dire le

ie à rétablissement de l’esclavage, a donné, momentanément, des résul- E

être châtiés, plus ou moins sévèrement, mais de cen taines d’agents qui ne peuvent pas faire autrement, qui à # | sont automatiquement forcés à l’assassinat par le Hi régime commercial et administratif même dont ils sont nu : les instruments. Je devrais me borner à publier ces . Î Il y à un peu plus d’un an, causant avec l’employé MAX | d’une société belge de l’État indépendant du Congo, je a lui demandai s’il était content de ses affaires. ÿ — Très content, me répondit-il : le mois dernier, nous . avons fait plusieurs tonnes de caoutchouc presque sans effusion de sang ! s ie Cela suffirait pour avertir le lecteur de la nature et +: } du caractère des documents qui vont suivre. Toutefois, “ il n’est pas inutile de lui dire quelle en est l’origine, de Le lui en faire apprécier la valeur, enfin de lui exposer Gt dans son ensemble une situation dont les interrogatoires jh ) des témoins lui livreront les détails, qui sont atroces. : LR 1 Ce fut en 1884 et 1885 que l’Association Internationale V Africaine, créée par Léopold II, roi des Belges, après 1 les grandes explorations de Stanley, fut reconnue par : tous les États civilisés comme formant un État Indé * | pendant. Cet Etat se déclarait « perpétuellement neutre » ] et il adhéraït à l’Acte général de la Conférence de Berlin, réunie sur l’initiative de M. de Bismarck. L’objet de ft cette conférence était d’établir une entente internatioA: nale sur le régime commercial des bassins du Niger et 7 du Congo, et sur les obligations politiques et morales ‘1 des puissances possédant des établissements dans

a l’Afrique équatoriale. Or, le premier chapitre de l”Acte 4 de Berlin consacre le principe de la liberté commerciale es dans le bassin du Congo. Il disait formellement : « Il ÿ ne pourra être concédé ni monopole, ni privilège d’auLA cune espèce en matière commerciale. » 1 fe De plus, l’article 9 stipule expressément : à Les puissances qui exercent des droits souverains ou une | influence dans le territoire formant le bassin conventionnel 15 du Congo déclarent que ce territoire ne doit servir ni de 14 marché, ni de terrain de passage pour le commerce des 4h esclaves de quelque race qu’ils soient. Chacune des puisLà é sances s’engage à employer tous les moyens à sa disposition eu pour mettre fin à ce commerce et pour punir ceux qui s’y à L’article 6 précise que : F $ Les puissances exerçant des droits souverains ou une influence sur les territoires susdits s’engagent à veiller à la 8 conservation des races indigènes. ne Un autre article interdit de vendre des armes à feu : Or, aujourd’hui, les deux tiers au moins du Congo ; léopoldien, grand comme quatre ou cinq fois la France, û sont déclarés « domaine privé » ou « domaine de la coude ronne » de cet État qui s’arroge seul le droit d’en ré- Fe ; colter tous les produits, soit par lui-même, soit par Ë . l’intermédiaire de sociétés dans lesquelles il a de puis- À sants intérêts. Voilà ce qu’est devenue la liberté com- ë merciale. Mais de cela, je ne parlerais même pas, si à () Or, de juillet à décembre 1903, dans une seule factorerie de VAbir, on a compté 10.900 cartouches d’Albini, 18.000 charges de ! fusil à capsule, 128 fusils à capsule, et 8 Albinis.

la liberté commerciale n’était liée, plus étroitement que je ne l’ai cru moi-même quand je visitais le Congo en | 1898, la liberté, la vie même des indigènes. “ Aujourd’hui, la population presque entière du Congo, c’est-à-dire plusieurs millions d’hommes, est réduite exactement au même état que les Indiens d’Amérique à sous la domination espagnole : c’est-à-dire que ces millions d’hommes sont devenus les esclaves de l’État, — ou des sociétés privilégiées, — les esclaves et les martyrs. Une des dépositions qu’on va lire le dit : « Leurs terreurs et leurs supplices n’ont guère été surpassés parles horreurs des Arabes, marchands d’esclaves. » Et c’était pour mettre fin aux horreurs commises par ces marchands d’esclaves que la Conférence de Berlin avait laissé au roi Léopold l’administration de la plus grande partie du bassin du Congo. Il est vrai que réduire au servage et fixer au sol toute une population, est un excellent moyen d’empêcher « le commerce » des esclaves. Mais ce n’est peut-être pas celui qu’avait prévu la Conférence, cetie conférence que M. de Bismarck avait clôturée en prononçant ces paroles solennelles : « Le nouvel État du Congo est appelé à devenir un des | principaux agents de l’œuvre que nous avons en vue; je fais des vœux pour l’accomplissement des nobles | désirs de son fondateur. » Il est vrai aussi que malgré ce servage universel, il se vend encore beaucoup d’esclaves au Congo : mais ce sont les agents de l’État qui les achètent, je dirai tout à l’heure comment. Ce ne sont ; plus des Arabes. Cela ne suflit-il pas à notre souci | Aujourd’hui, enfin, on tue chaque année, en pleine

  • paix, non pas en état de guerre, plusieurs milliers de

VA | noirs, on en met en prison d’autres milliers ; des régions

n entières sont désertées, les habitants de nombreux vil-

F lages fuient dans la forêt, où ils meurent de faim, — ce

ue n’est pas une figure : ils meurent, — etles femmes ne font

plus d’enfants. Voilà ce qui s’appelle (article 6 de l’acte

1 de Berlin) « veiller à la conservation des indigènes ».

à Les faits révélés par les témoignages que publie ce

ke Cahier, le résumé que j’en ferai, prouveront que je suis

; loin d’exagérer. Mais il est nécessaire d’abord d’expli-

3 quer pourquoi ils sont restés si longtemps inconnus en

1 Car nous avons ignoré tout cela en France, et la première réflexion qui va venir à l’esprit du lecteur est- : que, si l’administration politique et commerciale du ) Congo léopoldien donne des fruits si amers, comme on Ë dit, « ça se saurait ». Mais si nul n’en sait rien, c’est

que notre presse n’en a jamais rien dit, ou si elle a

à, parlé ce fut pour suggérer seulement que « les Anglais »

avaient entamé contre le Congo belge et le roi des Belges une formidable campagne de calomnies. Quant : à dire quelles étaient ces calomnies, on s’en gardaïit “ bien. Une seule citation eût donné au public le désir de rs savoir s’il y avait quelque chose de vrai dans ces | déplorables récits. A proprement parler, d’ailleurs, la presse française n’a jamais eu connaissance des affaires ; du Congo que par la presse belge. Et le Congo belge

est pour l’immense majorité des Belges ce que fut fi l’affaire Dreyfus en France pour beaucoup d’entre nous,

qui, dès les premiers jours adoptèrent cette opinion

que je reproduisais tout à l’heure, et s’y attachèrent :

« Supposer que sept officiers avaient pu se tromper,

c’était faire outrage à l’armée française », et ils considé- A rèrent que ceux qui osaient admettre cette supposition ‘ étaient de mauvais patriotes. Les Belges étaient fiers de l’œuvre accomplie par eux au Congo. Ils avaient raison. , L’énergie avec laquelle, malgré tous les obstacles, financiers ou matériels, le colonel Thys lança son chemin de fer de Matadi à Léopoldville, sur les bords du Stanley | Pool, crevant la panse énorme du bassin du Congo, fermée depuis les premiers âges du monde par les | monts de Cristal ; la merveilleuse intuition, l’ingéniosité, — et, pourquoi ne pas dire, le génie financier, — qui firent distinguer à Léopold II les ressources immenses ! que recélait ce Congo, entièrement ignoré de l’Europe il y a vingt ans ; tout cela est digne d’admiration. Et il faut même ajouter une chose : le système d’exploitation inventé par le roi Léopold est meurtrier pour l’indigène et contraire à l’humanité, mais il est admirablement conçu; il donne provisoirement le maximum de rendement, en or et en morts. Le Congo léopoldien est plus | qu’un grand crime, c’est une immense et affreuse tragé- die. Mais la façon dont la France s’est reprise, après 1850, | l’esprit de suite qu’elle a montré dans son œuvre de réparation militaire, sont également dignes d’être admirés, et sans qu’il faille faire les mêmes restrictions : il

  • n’en est pas moins vrai que les patriotes fort sincères, 1 qui voulurent faire du déshonneur de Dreyfus la condi- À tion indispensable de l’honneur de l’armée française, à commirent une lourde faute. Et on l’a bien vu! De ; même quand les Belges ne veulent pas reconnaître, par É un patriotisme mal placé, que le roi des Belges, ses fonc- ; tionnaires, et les agents de certaines compagnies privi- …_ légiées, ont laissé commettre et fait commettre, dans

ch un délire de lucre, des crimes qui révoltent l’humanité,

à ces Belges commettent une lourde erreur, une erreur qui

À peut être dangereuse pour l’avenir du Congo lui-même.

À : .. C’est un consul anglais, M. Casement, fort honnête

l homme, des missionnaires protestants anglais établis

À au Congo, et un Anglais d’origine française établi à

% Liverpool, M. E. D. Morel, qui ont révélé les abus

% affreux de la politique commerciale de l’État Indépen-

2 dant. Les défenseurs de l’État en ont pris raison pour

! ‘3 . prétendre que l’Angleterre versait là des larmes de cro-

ce codile, que les négociants de Liverpool n’avaient |

f d’autre objet que de faire supprimer par une nouvelle

k convention diplomatique, illégale et arbitraire d’ailleurs,

l’État du Congo reconnu par l’acte de Berlin en 1885; de,

; telle sorte que ses territoires fussent partagés entre l’Allemagne, la France et l’Angleterre, celle-ci gardant

) la meilleure part. Et ils n’hésitèrent pas à faire entendre que les missionnaires, M. Casement, et surtout M. Morel, avaient été payés par les négociants de Liverpool. Et

fi ceci encore rappelle beaucoup les bonnes raisons qu’on se jetait à la tête, il y a quelques années, chez nous !

ï Je rougirais fort d’imiter leur exemple! C’est seule-

È ment pour l’honneur de la logique que je ferai remarquer que l’imputation peut se retourner. Car la situation se présente ainsi : d’une part un ou deux négociants de Liverpool ayant des intérêts au Congo belge, et encore ne sont-ils pas tous d’accord, car l’un des plus importants, sir Alfred Jones, étant consul du Congo belge à Liverpool, et armateur des lignes de paquebots qui naviguent, entre Matadi et Anvers, sous le pavillon de l’État Indépendant, défend avec beaucoup d’ardeur l’administration du Congo belge dans le procès qui lui

| est fait actuellement; et nous n’avons pas à le blâmer ; puisque c’est son devoir en même temps que son intérêt; d’autre part, des sociétés commerciales, jouis- ; — les actions de l’Abir, émises à 500 francs, ont valu plus de 25.000 francs, celles de l’Anversoïise, du Kassaï, etc., ont approché de ce chiffre, — et un gouvernement qui fait lui-même le commerce du caoutchouc et de l’ivoiré, avec un très grand succès ! Dans ces conditions, quelle est celle des deux parties qui dispose des capitaux les plus considérables, quelle est celle qui à pourrait le mieux « payer » une campagne ? C’est une ” question que je pose, je l’ai dit, simplement pour l’honneur de la logique. Mais pour mon compte propre, je me contenterai d’affirmer que je connais M. Morel, ladversaire des méthodes administratives du Congo belge, depuis de longues années, que c’est le plus honnête homme du monde, le plus désintéressé, et qu’il a r tout à perdre, rien à gagner dans cette campagne. Je dirai qu’il a entamé la lutte tout seul, sans argent, Û sans soutien, voici des années, et qu’il a fallu, pour ù résister à tant de calomnies, qu’il fût soutenu par une foi indomptable; j’ajouterai que j’ai vu les comptes de | la Congo Reform Association dont M. Morel est secré- y taire : elle est alimentée chichement, par des souscriptions de 10 shillings recueillies dans toute l’Angleterre | et de quelques dons rares et chiches. Voilà l’exacte J’ai essayé de poser, de situer les adversaires. Mainte- ï nant j’arrive aux accusations portées contre l’adminis-

; tration du Congo Belge. Les faits incriminés dépassent tout ce que pouvait imaginer l’esprit le plus fertile en ‘0 imaginations sanglantes, et, quand onexamine les textes, les témoignages, et la défense qu’on oppose, il est À impossible de ne pas croire à leur réalité. N’y en eût-il À encore qu’un dixième de vrai, — mais tout est vrai, — ce | serait encore mille fois trop. { Le mal est ancien. Et, à ce propos, je dois dire ici d qu’un journal belge a invoqué certain jour, pour défendre les méthodes administratives de l’État Indépendant, un ï ouvrage dont je suis l’auteur. (1) J’y rends pleinement 1 | justice, dit, ce journal, à l’œuvre de Léopold II. Voilà ù qui est bien vrai! On y trouve en effet ceci, dans un chapitre intitulé : Les points faibles du Congo léopol- - .… Ces conquérants si vigoureux n’avaient pas assez | songé à se faire aimer. ÿ On montre, dans les magasins qui sont sur les bords du ; Stanley Pool, du caoutchouc qu’on nomme le caoutchouc rouge : c’est qu’un jour, quand certain conquistador, jadis fonctionnaire de l’Etat, et devenu l’agent d’une grande compagnie privilégiée, partit pour une grande expédition de butin industriel et de conquête avec 25.000 cartouches, il | déclara que ces cartouches représentaient 25.000 kilos de | caoutchouc; et l’on dit qu’il tint parole ! | .… En mai 1897, le Times, le Daily Chronicle, révélèrent ‘| des faits aussi graves, et cette fois celui qui parlait était un | missionnaire baptiste, d’origine norvégienne, dont il n’y a | aucune raison de soupçonner la véracité. Il avait, disait-il, | traversé quarante-cinq villages incendiés, vingt-huit aban- \l donnés, il avait vu des cadavres flottant au fil de l’eau, ou | gisant au bord des chemins, la main droite coupée. C’étaient ï

| les victimes de la levée de l’impôt. En février 1895, tandis E

qu’il prêchait à Ebira, on avait tué à coups de fusil, sous a à

ses yeux, un vieillard dont le crime était de s’être livré à a

la pêche, au lieu de récolter du caoutchouc. Un enfant de st :

huit ans reçut l’ordre de trancher la main du malheureux #

fusillé, qui vivait encore, et fit un mouvement pour retirer ts 4

cette main quand le couteau pénétra dans la chair. On la } a

coupa, pourtant, on la fuma, et elle fut placée sur un trone 1

d’arbre, avec quatre autres, pour servir d’avertissement aux se

indigènes. Parfois, dans le village de la mission, des émis- # Û

saires passaient, avec des mains boucanées, qui étaient &

présentées au commissaire, avec le caoutchouc. Le 14 décem- ÿ

bre 1895, une sentinelle amena une femme qui avait été f

capturée, et forcée de porter dans un panier dix-huit mains +0

d’hommes, de femmes et d’enfants. Ë

Voilà ce que j’ai dit, en effet, et l’on voit qu’on n’a pas S

eu tort de dire que j’ai rendu « pleinement justice » à vs

Léopold IL et à son œuvre. J’ajoute cependant avec 14

franchise que je regrette même le peu d’éloges que j’ai |

mêlés à ces critiques, que je ne savais pas tout, que je ne

n’avais point pénétré dans les provinces productrices de He

caoutchouc, que ces provinces étaient moins épuisées de |

caoutchouc qu’elles nele sont à cette heure,etlemalmoïns /

grand. Depuis, ce qui s’est passé a fait presque oublier

la mémoire de ces premiers crimes. Il y a trop d’horreurs ! VAS

  • Vous lirez les dépositions. x

Mais il faut d’abord comprendre l’économie, si :

l’on peut ainsi parler, du régime commercial et admi- \

nistratif du Haut-Congo, se rendre compte que dans

_ cette région, grande comme trois ou quatre fois la

| France, les indigènes, — c’est le premier ministre de L _ Belgique, M. de Smet de Naeyer qui l’a dit en plein

_ parlement belge, n’ont droit à rien, — que tout ce _ qu’on leur donne doit être considéré comme un don

gratuit. Tous ces territoires sont considérés comme 1 ; terres vacantes, — les indigènes ne pouvant réclamer F4 que le sol occupé par leurs villages et leurs cul- à ; tures. (1) Tout le reste, c’est-à-dire en pratique la tota- % lité, est traité en tant que terre vacante, res nullius, | s comme appartenant, à l’État, c’est-à-dire au roi. Cela | à , constitue soit le Domaine privé, soit le Domaine de la | . Couronne. Il en administre une partie directement, et À a concédé le reste à des sociétés dont il est le principal . 1 actionnaire. Il possède la moitié des actions de l’Abir, | $ dont le capital nominal de 1 million de francs était : ; monté, il y a deux ans, sur le marché d’Anvers, à ; 25.000 francs l’action. Il est intéressé très fortement dans presque toutes les autres. Ces sociétés ont pour objet - APE principal, la récolte du caoutchouc. Elles ont un privi | lège qui leur permet d’obliger les indigènes à leur F apporter chaque quinzaine de deux à trois kilogrammes L de caoutchouc par tête d’adulte. Et pour que les indigènes accomplissent cette obligation, chaque société a L $ le droit d’entretenir un très grand nombre de soldats, | ï appelés gardes forestiers, armés de fusils, recrutés 4 HR parmi les races les plus sauvages du Congo, et souvent À anthropophages. Ce régime, qui accorde à une Compa- k gnie privée le droit d’avoir une armée, droit qui ne À devrait appartenir qu’à l’Etat, entraîne les plus mons- ; Quelques-uns sont avoués par des circulaires même ÿ des directeurs de la Société. Le premier soin de ces i (1) Et cela seulement en théorie, trop souvent : les villages de F Barengo et de Loungounda ont été détruits pour y planter des KL: lianes à caoutchouc. Les terres du village d’Irébou ont été confis- Lo quées pour y créer un camp militaire, etc. Hi

soldats est de se procurer des femmes. Voilà ce # 1 qu’avoue une circulaire : ss

Malgré toutes mes recommandations, certains chefs de RS factorerie ont autorisé des sentinelles ou gardes licenciés à . rentrer chez eux avec plusieurs femmes ; on m’en signale “4 même qui en ont emmené cinq et six. Il y a là des abus qui ; doivent cesser de suite. ; En effet, il est hors de doute qu’un garde ne peut gagner Fa en un an de quoi acheter cinq femmes. Donc ils se les pro- He curent par le vol ou la menace, et certains agents ont la x faiblesse de légitimer la possession de ces malheureuses en DRE donnant aux coupables des feuilles de route régulières. Je prie donc messieurs les Agents de s’opposer dorénavant à ce que les noirs à leur service achètent des femmes pen- ue dant la durée de leur engagement. Il sera fait mention au verso de l’engagement du nombre î de femmes que possède l’engagé à son entrée au service du d blanc et l’on tiendra la main à ce qu’il n’y ait plus fraude. % D’une façon absolue, il est interdit aux sentinelles ou 3 gardes de Bassankussu et environs en service dans les | Hautes-Rivières, d’acheter des femmes dans le Haut. Il se fait une véritable exploitation de femmes qui sont vendues et revendues pour des sommes considérables, alors qu’elles ont été achetées dans le Haut pour presque rien, à quand ce n’est pas pour rien. | | Il faut que cela cesse immédiatement. Les agents ne “ « doivent pas être l’instrument permettant aux noirs à leur | service de se livrer impunément au commerce d’esclaves. Je compte que chacun comprendra l’importance qu’il y a à arrêter net ce genre d’opération qui nous cause beaucoup
4 de tort auprès de l’indigène.

1 SE Mais ce n’est pas cette forme d’esclavage qui est la à plus grave. Je le dis franchement : il serait encore pré- . ÿ férable que les blancs, au Congo, possédassent des 3 ; esclaves qu’ils eussent vraiment payés, comme il y a à cinquante ans les planteurs d’Amérique. Ces esclaves fi avaient une valeur marchande, comme un bœuf ou un d) âne, on avait des raisons pour ne pas les molester jus4 qu’à la mort. Ici, il y a plus. à My Le roi Léopold II et les sociétés dont il est le princi- } ÿ pal actionnaire possèdent le sol, les produits de ce sol, 4 < : et par conséquent les indigènes qui vivent sur le sol. | el C’est toute la population qui est esclave! Ils n’ont même À à pas payé pour l’avoir; ils ont purement et simplement 4 à décidé qu’elle était à eux, ils l’ont prise : elle doit tra- M ER vailler pour eux. Dans certains cas, il faut dix ou douze : jours à chaque indigène pour recueillir les deux ou ; é trois kilogrammes exigés de lui chaque quinzaine. Il \ doit de plus approvisionner le poste européen et les x gardes-forestiers en farines de bananes, viande de 4 é chèvre, poissons, etc. S’il manque à ces devoirs, il y a ks trois moyens de le faire obéir. (° Le premier est l’amende en monnaie du pays, qui est
la « barrette » de cuivre. Le second est l’internement des femmes et des enfants, | ù qu’on laisse alors, par négligence, fréquemment mourir | de faim, ou de la petite vérole, qui fait presque inévita- À | blement d’affreux ravages sur ces prisonnières. Ce à procédé de répression a coûté la vie à 45 femmes sur

58 internées dans notre poste de Bangui ! On verra, par 4 les témoignages publiés, qu’au Congo léopoldien, de
4 pareils « accidents » ne sont plus des accidents, mais ;

Le troisième est l’expédition militaire, avec capture À des chefs, massacre des habitants, mutilation des femmes ou des enfants à pieds ou mains coupées. ÿ La rémunération est illusoire. Le consul anglais Casement constata que quelques villages peuplés en à tout de 240 habitants, et requis de fournir tous les jours 1.700 livres de farine de banane ou de manioc, recevaient pour ce travail une somme de 19 francs. Un autre village devait fournir 180 livres, pour lesquelles il recevait 2 francs. Dans d’autres, ne trouvant pas la matière première nécessaire, ces habitants devaient l’acheter sur d’autres marchés, où ils la payaient deux fois ; plus cher. Quant au caoutchouc, pratiquement, on ne le paye pas, dans beaucoup de cas. On donne au chef du village (rapport du consul Casement) ure brassée de cotonnade et une poignée de sel par chaque panier, contenant plusieurs kilogrammes. Les récolteurs ne % Le résultat, c’est le dépeuplement d’immenses régions. Les premiers Européens qui visitèrent les tribus Bolobo estimèrent qu’ils étaient au moins 40.000 : il en reste 7.000 au plus. En 1887, à Loukolela, il y avait 5.000 habitants. Quand Casement y arriva, il n’y en avait plus que 500. Près du lac Mantoumba, la population a baissé de 70 oo. Où sont les manquants ? Les plus « heureux » ont fui dans la brousse, où la plupart sont morts de faim. Les autres ont été tués par l’ordre des blancs. C’est ce qu’expliquèrent les fuyards à M. Casement, dans un cas précis. Ils dirent que le village qu’ils avaient quitté était à six jours de marche forcée de l’endroit où ils se trouvaient. Leurs chefs avaient été _ pendus par les blancs. Quant aux simples villageois,

Ne ils avaient subi un traitement plus affreux. Ici, je dois 4 4 produire l’interrogatoire même que leur fit subir M. Ca- +4 is Demande. — Comment savez-vous que ce sont les blancs 4 (Re qui ont ordonné ces cruautés. Elles ont pu être commises ! ÿ 5 par leurs soldats noirs, sans leurs ordres ? Ÿ ïk Réponse. — Les blancs ont dit à leurs soldats : Vous tuez À PS seulement les femmes. Vous ne tuez pas les hommes. à IL faut prouver que vous tuez les hommes. Alors, J ; les soldats nous ont tués, et (ici le noir hésita, puis mon-
Ë ; trant les parties sexuelles du chien de M. Casement pour- ’ ) suivit :) ils ont coupé ces choses aux morts, et les ont por- J tées aux blancs, qui dirent : « Oui, c’est vrai, vous avez tué { aussi des hommes. » 577 T0 Demande.— Voulez-vous dire que des blancs ont ordonné $ ces mutilations ? D: Réponse. — Oui! Beaucoup d’hommes blancs, D. E., entre à } Demande. — Est-ce vrai ? Combien d’entre vous ont été + ainsi mutilés après leur mort? k’ , i Mais ce n’est pas tout : Je ne saurais trop le répéter, F lisez, lisez les témoignages que nous publions. Vous y 4 verrez comment, après avoir tué sept hommes, dont un q chef, un agent blanc vendit le corps de ce chef à un
$ parent qui venait le réclamer pour lui faire des funé- 1 railles. Vous y verrez comment on tue trente personnes j dans un seul village sans défense parce qu’il n’a fourni Ü que 140 paniers de caoutchouc. Vous y verrez comment k dans une autre expédition, les cannibalès, soldats au 4 service d’un blanc, mangèrent les morts, et « parèrent » M les cases avec des diaphragmes et des intestins hu- F

mains, comme on fait chez les bouchers. Vous y verrez comment on tue des femmes en leur enfonçant un épieu

  • dans le ventre à travers les parties sexuelles. Lisez aussi ce que je vais écrire tout à l’heure, les horreurs # sadiques auxquelles je serai bien obligé de faire allusion.

On demandera dans quels bagnes, ou dans quelle

école de garde-chiourmes, l’État indépendant du Congo : recrute ses agents. Il y a en France un cliché qui sert à tout expliquer, précisément parce que, les trois quarts du temps, il ne signifie rien : c’est un cas de folie spé- ciale africaine, dans l’espèce, de « congolite », dit-on. ë C’est une erreur. Les agents de l’État sont des Belges, des Français, des Allemands, des Norvégiens, des Sué- dois, des Anglais, des Italiens ; et une fois revenus en Europe ce seront de très braves gens, et d’excellents pères de famille. Et si dans quelques années vous leur parlez de ces horreurs, ils vous répondront, étonnés : « C’est le métier qui voulait ça. » Et ils n’auront pas tort. Il ne faut pas plus leur en vouloir qu’aux égorgeurs de cochons de Cincinnati, aux « tueurs » de la Villette. Ils font leur devoir, ayant des appointements dérisoires de 150 à 300 francs par mois, plus tant pour cent sur le caoutchouc et l’ivoire récoltés sur le terri- : toire de leur factorerie : prime qui porte maintenant, Ÿ depuis les réclamations de l’Allemagne et celles de M. Vandervelde en Belgique, le nom fallacieux de prime pour le développement économique de leurs régions. Ils tuent donc pour vivre, et assurer leur aisance future. J’ajoute que ces faits se passent partout dans le Congo J où il y a du caoutchouc, dans le domaine privé du roi-

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souverain comme dans le domaine de la Couronne, où M | se trouvent les grandes compagnies derrière lesquelles À ; se dissimule la personnalité financière de Léopold II. ] | L’opinion anglaise finit par s’émouvoir. Les partisans À de l’État du Congo font remarquer que c’est le même 1 peuple qui a mis fin, avec la froide obstination qu’on | sait, et par les meurtres, commis de sang-froid, des 1 bi camps de concentration, à l’indépendance du Transvaal et de l’Orange, qui proteste aujourd’hui contre la con- : duite du roi-souverain et des sociétés congolaises, au M ÿ nom de la vertu et de l’humanité. Et il est vrai que c’est J bien le cas, avec cette restriction que les villes de Liver- 4 ; pool et de Manchester furent toujours hostiles à la ne guerre du Transvaal. Mais la question n’est pas de sa- à voir si l’Angleterre en a fait autant, la question est de } savoir si oui ou non, il s’est commis, sur le territoire de À l’État indépendant, les actes qu’on dénonce. 1 A l’unanimité la Chambre des Communes d’Angle- M terre vota une motion signalant ces faits à l’attention 4 du ministre du Foreign Office, le marquis de Lansdowne. Une série de notes furent alors échangées entre L | | celui-ci ou ses agents, et le gouvernement de l’État In- À dépendant. Le Foreign Office insista sur ce point : « qu’une enquête absolument impartiale et minutieuse füt faite sur l’état actuel des affaires dans les terri- M toires du Congo ». j Dans une communication postérieure adressée parlui qu’un grand service à rendre à la cause de l’humanité à

et aussi au crédit des fonctionnaires du Congo, serait | d’ouvrir sur les accusations portées sur les agents de se l’État et sur le système de gouvernement, une enquête publique, menée par un tribunal dont la compétence et | l’impartialité seraient prouvées. À Lord Percy, à la séance du 9 juin, à la Chambre des F3 Communes, dit, à ce sujet : « Plus ce tribunal aura un à caractère international, plus il sera détaché de l’administration locale, mieux cela vaudra pour le gouvernement du Congo. Le gouvernement de l’État du Congo parut accéder à ce désir. Le 23 juillet 1904, il décida la nomination d’une commission d’enquête, par un décret publié le 30, et dont voici les termes : Considérant qu’il est allégué que, en certaines parties du territoire, des actes de mauvais traitement seraient commis à l’égard des indigènes, soit par des particuliers, soit par des agents de l’Etat ; | Qu’il importe qu’une enquête complète et impartiale soit faite sur les faits signalés ; Ê Sur la proposition de notre Secrétaire d’Etat, Nous avons décrété et décrétons : pa : Article premier. — Il est institué une commission spé- ; ciale, composée de trois membres, pour procéder à ladite enquête, conformément aux instructions de notre Secrétaire Article 2, — Sont nommés pour faire partie de cette com- | (Suivent les noms.) ë Il sera pourvu par notre Secrétaire d’État à la nomination | du secrétaire de la commission. . Article 3. — Il est conféré par la présente disposition, aux membres de la commission, agissant collectivement ou in- i dividuellement, les pouvoirs attribués par la loi aux offi62:

ciers du Ministère public, à l’effet d’entendre tous les témoi-

gnages utiles à la manifestation de la vérité, dresser …

procès-verbaux des dépositions et saisir, le cas échéant, les tribunaux des faits délictueux qui seraient relevés par l’en- M | quête. La commission prendra, conformément aux lois, les : mesures qu’elle jugera nécessaires pour que les témoignages | se produisent en toute liberté et déférera aux tribunaux tout acte ou tentative de subornation de témoin, ou toute x atteinte à leur personne ou à leurs biens dont les témoins » seraient l’objet de la part de ceux contre lesquels ils auEE raient déposé. Elle pourra requérir la production de tous documents administratifs ou judiciaires se rapportant à l’objet de sa mission et qu’elle jugerait utiles à ses investi- M Article 4. — En cas d’empêchement de l’un des membres, l’enquête se continuera valablement par les deux autrés M : Article 5. — Il sera fait par la Commission à Notre Secré- 1 taire d’Etat rapport sur ses opérations et les résultats deses » travaux, en signalant éventuellement les améliorations utiles, et en formulant, au cas où l’enquête aurait constaté … des abus, les propositions sur les meilleurs modes dy mettre fin, en vue du bon gouvernement des territoires et
du bien-être de leurs habitants. Article 6. — Notre Secrétaire d’État est chargé de l’exécu- Ë tion du présent décret. : Donné à Bruxelles, le 23 juillet 1904. 6 Les membres de la commission portaient des noms les M plus honorables. C’étaient le baron Nisco, haut fonc-w tionnaire du Congo, M. Janssens, haut fonctionnaire M de Belgique, président, et le docteur Schumacher, juriste suisse très distingué. Mais on avait essayé de restreindre de telle sorte les pouvoirs de la commission qu’elle“ fat sans danger. L’enquête « devait être dirigée conformément aux instructions du secrétaire d’État ». Celui-ci

pouvait donc la limiter. De plus « les pouvoirs de la \ commission étaient ceux conférés par la loi au minis- | tère public ». Or, d’après la loi belge du 27 avril 1889, le ministère public exerce sa mission sous la haute sur- fr veillance du directeur de la justice, et il ne connaît que des faits délictueux. L’instruction est secrète et non à Il résultait de ce second paragraphe que l’enquête porterait sur les faits délictueux qu’on ferait (peut-être) connaître aux commissaires, mais non pas sur les mé- thodes administratives dont ces faits délictueux étaient la conséquence. Et l’on ne promettait même pas la publication de l’enquête! Un honnête homme s’émut en Belgique, M. A.-J. Wauters, directeur du Mouvement géographique. Il avait rendu de tels services, non seulement à la science, mais gique, que sa parole avait une autorité incontestable, et que ses motifs ne pouvaient guère être soupçonnés. Il proteste le 7 août dans le Mouvement géographique. L’enquête, écrivait-il, a un but nettement délimité. Il est souvent allégué que les populations indigènes de certains districts du territoire congolais sont victimes des mauvais traitements commis par des particuliers ou même par des fonctionnaires de l’État. La commission est chargée de faire, dans les territoires visés et au sujet des faits allégués, une enquête que le décret voudrait à la fois complète et impartiale. La commission pourra signaler éventuellement, à côté des maux qu’elle aura constatés, les remèdes qu’elle La décision prise par l’État indépendant a reçu le meilleur accueil. Certains journaux l’ont félicité d’avoir compris le

Wu caractère spécieux des arguments qui ont été invoqués b. pour l’engager à s’opposer résolument à toute enquête. Ils l’ont complimenté de s’être rendu compte que si de pareils … sophismes peuvent satisfaire ses amis, dans aucun pays du M 4 monde l’élite intellectuelle, qui guide et dirige l’opinion 348 publique, ne pourrait comprendre et admettre qu’ayant b raison, l’État du Congo parüt redouter l’occasion de le Ces premières appréciations que la nouvelle de la mesure M We prise par l’État a provoquées ont certainement été inspi- ! < rées, non point par les dispositions du décret, mais par k Vénoncé des conditions de l’enquête telles que nous les

avons publiées dans notre numéro du 24 juillet. Or, il saute

HA aux yeux, à la simple lecture de ce décret, qu’il organise 1 lenquête dans des conditions différant sensiblement de celles que nous avons d’abord indiquées, d’après des ren seignements pourtant autorisés. L’explication de cette diver- | | gence est fort simple. Le gouvernement du Congo a, paraît- M ; il, jusqu’au dernier moment, hésité entre deux partis à M Deux projets avaient été préparés. L’un organisait une | x enquête large, publique, contradictoire et définitive, des- | 4 tinée à établir aux yeux du monde la fausseté des accusa- F tions portées contre l’administration congolaise. L’autre ne prévoyait qu’une enquête plus restreinte et tout autre dans h son but. Les préférences ont finalement été à ce dernier M Le projet d’enquête à l’usage externe a été écarté. Le décret | que nous reproduisons plus haut n’ordonne qu’une enquête M | à l’usage interne. à ñ C’est ce qui résulte à toute évidence de l’étude des deux principes généraux dans lesquels sa nature est enve- à | 1° L’enquête se fera conformément aux instructions du # 2 Les pouvoirs conférés à la commission sont ceux 1 qui sont attribués par la loi aux officiers du ministère

4 Le premier principe a été inscrit au décret pour marquer, en termes nets, la dépendance de la commission, sa subor- } dination au pouvoir exécutif. Le gouvernement a visible- ; ment voulu écarter toute équivoque à ce point de vue. La

  • commission n’est point autonome. Sa compétence, le cercle de son activité, l’ordre et la nature de ses opérations, la direction de ses efforts lui seront dictés, non point même par
  • le roi-souverain, mais par le secrétaire d’État. | | Quant au second principe, il ne précise pas moins nettement, quoique en termes un peu abstraits, les pouvoirs de | la commission. Quels sont, en effet, les pouvoirs attribués par la loi au | ministère publie? L’article 18 du décret du 27 avril 1889 les Les officiers du ministère public veillent à l’exécution des » décrets, arrêtés, ordonnances et règlements en matière pénale, recherchent les infractions qui y sont commises sur _ tout le territoire de l’État, reçoivent les dénonciations, font | tous actes d’instruction, entendent les témoins sous la foi du serment et saisissent les tribunaux. ; | Ils exercent leur mission sous la haute surveillance du directeur de la justice. Les pouvoirs du ministère public sont donc limités à la . matière pénale, à la recherche des infractions. Il remplit entre autres fonctions celles qui sont confiées en Belgique au juge d’instruetion. L’instruction est secrète, elle n’est pas . contradictoire, le ministère public convoque seul les témoins . dont il croit la déposition utile à la manifestation de la vérité; il dirige seul l’interrogatoire. n . C’est dans ces conditions que procédera la commission. … Ses membres agiront soit collectivement, soit individuelle- » ment. Ils dresseront procès-verbal des dépositions et saisi- … ront les tribunaux des faits délictueux qui seraient relevés É € par l’enquête. _ Le cadre de l’activité de la commission, tel qu’il vient … d’être précisé, écarte toute investigation sur les méthodes … d’administration. L’enquête ne portera que sur la recherche ! de faits délictueux commis par des individus. k à La commission fera rapport au secrétaire d’Etat sur ses

| opérations. La publication complète des procès-verbaux de | la commission n’est pas ordonnée. La publication du rapport de la commission n’est même pas certaine. Le secré- L taire d’État appréciera librement s’il conviendra de le publier L Les observations que nous venons de faire montrent clairement que l’enquête sur la situation des indigènes, à | décrétée par l’État du Congo, n’est pas destinée à apaiser la soif de vérité et de certitude qui angoisse tant d’es- w Cette protestation causa sans doute quelque émotion, ! car, le 5 septembre, le secrétaire d’État publia des | instructions aux magistrats enquêteurs, instructions qui 3 donnaient des pouvoirs plus étendus à ceux-ci. À Ces pouvoirs furent encore élargis à la suite d’une protestation de la Congo Reform Association d’Angleterre à Lord Lansdowne, le 15 septembre, et des observations qu’ensuile celui-ci transmit à l’État du Congo. À Il fut stipulé, entre autres choses, qu’un consul anglais pourrait assister aux séances de la commission d’enquête, 1 et en prendre un compte rendu sténographique. Mais alors la commission fut envoyée si vite au Congo, que | le fonctionnaire n’eût pas le temps de lajoindre. D’autre M ; part. On attend encore le compte rendu officiel des f séances de la commission. | ( Mais les missionnaires protestants, qui étaient venus témoigner devant la commission, ont assisté à ces au diences, et en ont rendu compte. Les faits qu’ils rapportent dépassent ceux même que j’ai signalés tout à l’heure. C’est pourquoi je supplie qu’on les lise. | Vous y verrez qu’il n’est pas un indigène, dans lester- w ; ritoires à caoutchouc, qui ne doive travailler dix jours sur quinze pour recueillir le latex, sans recevoir de

à salaire, et que les gardes-forestiers ne sont jamais punis, 231 _ quels que soient les vols, rapts, meurtres de femmes A _ auxquels ils se livrent. : mt _ Vous y verrez un témoin apportant une corde à 1 : laquelle il a fait quarante-deux nœuds, représentant A quarante-deux meurtres commis dans un seul village R sur l’ordre des blancs, et cinquante feuilles d’arbres, tt

  • représentant les femmes ravies par les gardes-forestiers ; 4 un autre témoin apportant cent vingt baguettes d’iné-
  • gale grandeur : les grandes, ce sont les hommes mis à …. mort, les moyennes, les femmes, les petites, les enfants. E Et il cite les noms, et il ajoute : « Voulez-vous que je _ fasse venir mon fils :sa mémoire est meilleure. » Vous y F . verrez comment on a tué Isekefasou, le grand chef, sa 4 femme, ses enfants, durant qu’ils prenaient sans . méfiance leur repas du soir; comment on a coupé en : _ deux le corps d’un petit enfant et empalé les deux 4 moitiés ; comment on a tranché le poignet à Lomboko . et Isekansou. j …. Maïisilya des faits qu’on ne trouvera pas dans la . traduction des témoignages, parce que la pudeur 1 anglaise a empêché les journaux et les brochures d’en
  • parler autrement qu’avec mystère. J’ai écrit à M. Morel 6
  • pour lui dire qu’en France nous pourrions être moins “3 réservés. Voici ce qu’il m’a répondu, — et peut-être est- | —_ il bon de citer ce passage de sa lettre. Il est d’un tel à ton, d’un tel élan qu’il est difficile de croire, après LÉ lavoir entendu, qu’on puisse s’abuser sur la sincérité ÿ … d’un tel homme: l Vous avez parfaitement raison, — nous sommes des hypo- k …—_ crites, dans ce pays. Moi il me plairait de lire à une audience …. de mille femmes, rien que des femmes, les pires horreurs

ne Pierre Mille | | k qui se passent là-bas. Je leur dirais : « Mesdames, je vais | vous choquer, je vais vous écœurer; mais ce qui vous chop quera, ce qui vous écœurera, c’est précisément ce que les femmes du Congo, qui quoique noires ont des cœurs et 1 des corps qui sont susceptibles de souffrance, SUBISSENT. » Mais cela m”aliénerait des sympathies, voilà tout. | Ces faits, qu’on n’ose pas citer en anglais, les voici: | La communication en est due à M. Padfield : \ On a inventé, ici, comme dans d’autres villes, pour … aa amuser des gardes-forestiers dont j’ai les noms, ona . ; inventé de donner l’inceste en spectacle. Lokougiavecsa « ; sœur Lokomo; Lokila avec sa fille Egiré. ; Imenenga, une jeune femme, a été liée à un arbre F fourchu, et coupée en deux, à petits coups de hachetté, depuis l’épaule gauche jusqu’à la poitrine et au ventre. « Elle n’avait pas voulu se livrer aux gardes. Une autre femme, Bolumba, se rendit coupable du même « crime ». On lui planta un pieu pointu dans l’utérus, à travers Q les parties sexuelles. Comme elle respirait encore, on la tua d’un coup de fusil. Pour la même raison Ekila, de Bokoungou, eut la joue et le nez traversés d’une balle, la main droite et le pied gauche coupés. Elle ne mourut | pas, et va devenir mère. Ce n’est pas tout encore, et voici d’autres faits cités par M. Padfeld : Quarante femmes travaillaient à Bogenkala. Elles étaient vêtues. Quand le soir vint, M | l’agent européen leur donna ordre de se mettre nues et choisit celle qu’il préférait. Elle est maintenant atteinte d’une maladie qu’il lui a donnée. Des femmes, à Mampoko, foulaient de l’argile pour faire des briques. En présence de l’Européen, les gardes- | forestiers les mirent nues, puis leur emplirent les par- ”

| ties sexuelles avec l’argile qu’elles avaient battue.

_ Elles allèrent se plaindre au blanc. Il n’en fit que rire

F. et leur dit de s’en aller. | Je pourrais allonger indéfiniment ce martyrologe. Je de me contenterai de dire que, entre le 8 et le 12 décembre,

  • la Commission d’enquête, dit-on, a reçu témoignage de | 200 meurtres et cas de mutilation, commis dans le seul voisinage du poste de Baringa; qu’après le départ de la commission, des indigènes arrivèrent pour témoigner de 134 meurtres de plus ; que M. Harris, devant la comk mission, se porta fort d’apporter témoignage pour plus

_ de 1.000 assassinats, toujours commis dans ce seul dis_ trict de Baringa. Que s’est-il passé ailleurs? Ce serait . peut-être dix mille assassinats qu’il faudrait mettre au compte du régime commercial et administratif imposé

… dans la seule région du Haut-Congo. Mais ce qui a été

… Nous avons gagné largement, je pense, le droit de û . quitter cet enfer, que tout à l’heure vous ne retrouverez

  • que trop tôt. Que répondent les partisans du régime? …. D’abord, comme je l’ai déjà dit, qu’après tout ce sont

4 des cas isolés, comme il s’en trouve partout, et que,

À d’ailleurs, les autres peuples, surtout les Anglais, en ont … fait autant. Ce n’est pas vrai, parce que c’est impos-

  • sible! Et quand ce serait vrai, ce ne serait pas une ‘4 excuse. On cite, dans ce sens, les rapports de « voya-
  • geurs impartiaux. » Qu’ont vu ces voyageurs, qui n’ont » fait que passer? Ils n’ont pu voir que ce qu’on leur

3% montrait. Que vaut, après tout, leur témoignage, en

contradiction avec celui d’hommes, même missionnaires, — qu’importe ! — qui ont vécu des années dans le pays, “À et qui citent des cas si nombreux, si précis, avec des % détails impossibles à inventer ? D’ailleurs, même parmi 4 ces voyageurs bienveillants, l’un d’eux, lord Mountke morres, a été obligé de dire, pour décharger l’État ë Indépendant, que les indigènes des provinces soumises à l’administration directe étaient très heureux, et que ce x n’était que dans le territoire de certaines sociétés qu’ils Ë subissaient de mauvais traitements et étaient empri3 : sonnés : ce qui, d’ailleurs, est le contraire de la À Il faut que je résume l’interview d’un autre, le docteur italien Polidori. Il a visité le Katanga, dit-il dans cette interview, publiée par la Dépêche Coloniale, et il n’a vu que ce qui se passe partout, dans toutes les colonies ; quant à la lettre de M. Harris, ajoute-t-il avec mépris, il n’y faut attacher aucune importance, car elle est j Il n’y a qu’un malheur, c’est que le docteur Polidori n’a visité que le Katanga et qu’il n’y a guère de caout- | chouc dans le Katanga, partant pas d’exploitation de ï lindigène pour recueillir du caoutchouc. Quant aux £ « termes vagues » de la lettre Harris, il s’agit de la lettre qui rapporte ce qui s’est passé à l’audience où à plusieurs chefs noirs étalèrent devant la commission À des baguettes et des feuilles, représentant chacune un w homme, une femme, un enfant massacré, dont ils don-

nèrent les noms. Si ce sont là des termes vagues, je

demande ce qu’on appelle précision! Il faut résumer et conclure. Si ces faits sont rares, | insignifiants, excusables, si l’administration commer- | 60

‘ F ciale du Congo,même en dehors des territoires concédés aux sociétés, est sans reproche, alors qu’on réponde | aux questions suivantes : eu plus de trente agents incarcérés dans les prisons de Boma. Mais la plupart n’ont même pas passé devant les tribunaux : on les a laissé fuir. Pourquoi? Le directeur de l’Abir, après avoir été interrogé à trois fois par la commission, a disparu à la quatrième audience, et est parti subitement pour l’Europe. Pour- | Un jour, on a annoncé la mort du commissaire géné- ï ral, M. Costermans, et on a pu déclarer publiquement 1 qu’il s’était suicidé. Pourquoi ? | Le gouvernement italien avait autorisé un assez grand nombre d’officiers de l’armée italienne à se faire mettre en congé et à prendre du service au Congo léopoldien. Lors d’une récente interpellation qui a eu lieu à Rome, | à la Chambre des députés, le ministre interpellé a $ annoncé que cette autorisation ne serait renouvelée ; pour aucun de ces officiers après l’expiration de leur 1 congé, et qu’aucune autre ne serait accordée. Cette à déclaration était accompagnée de phrases dont la courhr. toisie ne voilait pas la sévérité. Pourquoi? à Enfin, il y avait une réponse bien simple à faire aux k accusations des missionnaires. Ils ont écrit pour rappor- à ter ce qui s’était passé à la commission d’enquête. On : affirme qu’ils ont menti, altéré les faits, faussé les di témoignages. Or, après sept mois d’attente, l’État du di Congo vient de se décider à publier le. rapport d’enUa semble de la commission, rapport terrible par ses con- ‘4 Statations, insuffisant et édulcoré quant à ses conclu6x le Gongo. — 4

pi, sions. Mais les dépositions ? On les a supprimées. |

à Ps En attendant que le gouvernement du Congo léopolRech dien avoue, — il n’a pas autre chose à faire, — je vais L répondre à presque toutes ces questions :

0 ’ On a incarcéré ces agents parce qu’ils étaient cou- ‘8% pables, et on a laissé fuir la plupart parce qu’ils ont ii Æ prouvé qu’ils avaient agi par ordre.

ÿ Dès le départ de la commission d’enquête, le gouver- “0 neur général, M. Costermans, avait écrit à beaucoup

ù d’agents du Haut-Congo pour leur donner l’ordre de ‘

5 reprendre les anciens errements pour la récolte du à caoutchouc, de manière que la production ne faiblit D: pas. Et cela s’est su.

ue Le gouvernement du Congo léopoldien n’ose pas ÿ publier les dépositions faites devant la commission | 4 d’enquête parce que ces témoignages sont accablants.

Et qu’ils soient accablants, nous le prouvons. Ce sont

$ eux, — et encore une petite partie seulement, — que

publie ce Cahier !

4 Je n’ai plus que quelques mots à ajouter. Il faut tirer < le bassin conventionnel du Congo, — le Congo belge et À ! le Congo français, — de cette abominable situation. ; Je ne parle même pas d’humanité. Mais on les ruine! \ Quand il n’y aura plus dans ces immenses territoires, ni un homme, ni une liane à caoutchouc, qu’en fera-t-on ?

} Si on les déserte ils retomberont dans une barbarie pire

4 que celle où ils se trouvaient auparavant, une barbarie

3 souillée par le passage des barbares civilisés : la plus

_ Je ne parle pas du droit de préemption que possèdela | France, sila Belgique, après le roi Léopold, renonçait À RP à garder le Congo. Préemption veut dire obligation de 4 payer. La France n’a ni l’argent ni le désir qu’il faudrait.

4 * Je ne parle pas non plus d’un partage entre la France,

8 l’Angleterre, le Portugal et l’Allemagne. Au point de

4 vue politique, si l’État du Congo, neutre et tampon,

n’existait pas, il faudrait l’inventer.

À L’acte de Berlin imposait pour le bassin conventionnel

L. du Congo le respect absolu de la liberté commerciale

1 et la suppression de l’esclavage. Cette clause n’a pas

À été respectée. Le roi-souverain s’est attribué, ou a con-

À cédé à des sociétés, les fruits du sol et la propriété

: même de la personne des indigènes. Cette formule

h monstrueuse à créé des intérêts. J’admets qu’on les

\ respecte, dans la mesure où leurs exigences n’outrage- ;

m ront pas absolument l’humanité,- et le développement

% économique futur du Congo. On voit que je ne suis pas

F Mais pour l’instant, tout ce qui n’a pas été concédé,

4 c’est-à-dire le domaine du roi-souverain, doit être rendu

:8 à la libre concurrence commerciale. Ce qui à été con-

di _ cédé doit être restitué à la liberté commerciale à l’expi-

0 ration des concessions. Les concessionnaires et les à

te . administrateurs, dès maintenant, ne doivent plus réunir

dans leurs mains les pouvoirs administratifs et le

A | « métier » de commerçants, disposant ainsi de tous les pouvoirs, même du pouvoir militaire.

he. On doit, dès maintenant, déclarer que les indigènes

t 0 ont droit à la propriété absolue des produits qu’ils

Fo recueillent, même sur ces terres considérées comme

M. « vacantes ». On n’aura pas le droit de les forcer à les

; recueillir. Ils ne devront qu’un impôt en argent, impôt À minimum, ne dépassant pas deux francs par tête, et par Ti an, comme dans notre Afrique Occidentale française. : ; Les sociétés concessionnaires conserveront, jusqu’à ki l’expiration de leur contrat, le monopole d’acheter ce : que les indigènes auront récolté, non pas celui de leur : vendre seules des marchandises, qu’elles s’arrogent

actuellement. L’étendue des territoires concédés sera

400 fixé avec précision. 4 Les fonctionnaires de l’État auront auprès d’elles le ; rôle de contrôleurs, et non pas d’agents dévoués à leurs ; intérêts par tous les moyens. : La mission d’accomplir ces réformes sera confiée, _ | | non pas au roi Léopold II, mais à la Belgique elle- À même. Et là-dessus, entendons-nous bien. On prête au roi Léopold, harcelé, acculé, l’intention de proposer luimême cette reprise, et de la faire à sa manière, c’est-à- dire en maintenant les abus qui lui sont profitables, à lui et à quelques intéressés. Ce ne serait alors qu’une façade neuve, plaquée sur les abominations de l’ancienne geôle. Il faut davantage, il faut la reprise par la Belgique, mais avec un régime assurant à l’indigène le minimum de libertés que j’ai dites. Et la Belgique a intérêt à donner toutes ces garanties, si elle ne veut pas voir un jour les puissances signataires de l’acte de Berlin instituer au Congo un contrôle international.

MM. BzGToNn, de l’Union missionnaire baptiste américaine LA ! Régions : Domaine Privé et Domaine de la Couronne. sat 9 En remontant le Congo, la Commission d’enquête s’arrêta Ra 4 à Bouembé, poste de l’Union missionnaire baptiste améri- Les

  • caine sur la rivière Tchoumbiri. Elle n’y resta qu’une heure. OX

M. Billington fut prié de faire une déposition et de la Sr » signer, ce qu’il fit; il adressa plus tard, au président, une Re

__ lettre contenant certains détails qu’il avait oubliés en consé- ROUE | quence de la courte durée de cette visite. M. Billington HEAR … parla principalement des travaux forcés, d’hommes et de À À 14 femmes amarrés, etc.; confirmant d’une manière générale ce » les rapports qu’il avait déjà envoyés au quartier général de ve ’ sa mission, aux États-Unis, rapports qui furent incorporés Het … dans un mémoire présenté au Congrès des Etats-Unis 14 La Commission arriva à Bolobo le 5 novembre, et quitta à … cette localité le 12 novembre, pour remonter le fleuve. Elle … tint six séances le matin et une l’après-midi. MM. Scri- …. vener, (1) Grenfell et Clark, de la British Baptist Missio- ie … nary Society, furent invités à faire leurs dépositions. … Celle de M. Clark a eu peu d’importance. 4x _ M.Grenfell, qui a souvent été cité comme étant en faveur 1 _ du régime actuel, supposition basée probablement sur des k

1 le Congo léopoldien BEL assertions qu’il fit il y a plusieurs années, avant de con-

PR naître personnellement l’état de choses dans le Haut-Congo, AS dit aux commissaires qu’il était fort désappointé de ce . que le gouvernement congolais eût manqué aux promesses à : par lesquelles il avait inauguré sa carrière. Il déclara qu’il A ne pouvait plus porter la décoration que le souverain du ” | Congo lui avait remise. Selon son opinion, les malheurs s “Fes accablant la contrée étaient causés par la hâte que certaines a $ È personnes avaient de s’enrichir, et par l’absence de toute AS k tentative de gouverner le pays dans l’intérêt des indi4 ! gènes. Il parla par exemple du petit nombre d’officiers judihe We, ciaires, et de l’impossibilité qu’un indigène obtint justice,

ne puisque les témoins devaient faire le long voyage à Léopold1% ville ou à Boma. (1) M. Grenfell se déclara avec énergie 1 contre le régime administratif du Haut-Fleuve, en tant qu’il 4 l’avait étudié. 4 M. Scrivener traita longuement des conditions épouvantä- at bles qu’il avait découvertes dans le territoire spécial du souen verain, le Domaine de la Couronne, au cours d’un voyage à k pied de 150 milles à travers un coin de ce district, en $ 5 Ce rapport fut publié dans la West African Mail de l’année | ÿ dernière, et fut le sujet d’interpellations dans la Chambre | è des Communes. Il est reproduit dans « King Leopold’s Rule À in Africa », (2) un exemplaire de cet ouvrage ayant été he emporté par la Commission. M. Scrivener présenta nombre es de témoins indigènes pour prouver ses assertions. 5 Quelques-uns de ces témoins avaient déjà comparu devant N (1) Les dépositions ad hoc de M. Harris, à Baringa (concession 4 A, B. I. R.), et de M. Scrivener, ont été publiées. Les témoins pré- he sentés par M. Scrivener au procès du lieutenant Massard furent $ envoyés à Boma en décembre 1904. Le 10 mai 1905, ils métaient pas 44 encore rentrés dans leurs foyers. Des témoins envoyés de Boma à Ë Baringa, — à un millier de milles de distance, — en août 1904, ne

ï revinrent chez eux qu’en avril 1905, plusieurs d’entre eux étant 4 morts dans l’intervalle. Une telle administration de justice semble plutôt devoir contrecarrer que d’aider le fonctionnement de la 4 (2) Par E. D. Morel. W. Heinemann, éditeur, 20, Bedford Street,

un officier judiciaire envoyé à Bolobo par suite des révéla- x tions de la West African Mail. “CARE _ Getofficier prit note des dépositions de M. Scrivener (voir 5

  • pour la première fois. Le lieutenant Massard, un des ii à employés du Domaine de la Couronne, impliqué dans cette de!

affaire, et dont la presse congolaise publia l’année dernière JR

  • une lettre attaquant M. Scrivener et la West African Mail, #4 __ fut arrêté, et est supposé être à Boma, attendant son dus » procès. à 4 Remarquons en passant que les comptes publics, même me 4 sous forme d’évaluation, de la valeur du caoutchouc et de DU: à ivoire obtenus dans le Domaine de la Couronne ne sont pas £
  • publiés, et que les revenus que l’on en tire ne paraissent : | pas dans le budget de l’État du Congo. Fe RS Un des incidents les plus navrants de l’interrogatoire des FA … témoins eut lieu lorsque les commissaires demandèrent à di
  • un jeune témoin : « Comment se fait-il que tu connaisses les 4 _ noms des hommes qui ont été assassinés? » « L’un d’eux 1 …_ était mon père », fut sa réponse inattendue. HA % Extrait du Procès-verbal } BA Mopolengé, le 7 novembre 1904 k Nous donnons lecture au témoin de la déclaration qu’il a “ faite devant M. le substitut Caggiulo, à la date du 14 avril L ._ Le témoin déclare : « Je confirme cette déposition qui est . l’expression de la vérité. J’y vois cependant une petite erreur de détail. IL semble résulter du texte que c’est par ; … l’intermédiaire d’un interprète Bangala que j’ai causé avec ! à M. Dooms. (1) Cela ne s’est cependant pas passé comme 4 … (1) Le commandant Dooms succéda à M. Massard; le premier | déclara à M. Scrivener qu’il dénoncerait Massard aussitôt arrivé en L __ Belgique. il paraît que Dooms a trouvé dernièrement la mort en . chassant l’hippopotame.

\ cela. Nous avons d’abord causé par l’intermédiaire d’unindi- à gène du Bas-Congo; nous nous sommes aperçus qu’il parlait 9 ‘ en réalité la langue Bangala; nous nous sommes entretenus 3 ’ alors dans ce dialecte que M. Dooms et moi nous connais- À sions et nous nous sommes passés d’interprète. » : Nous donnons lecture au témoin de la lettre qu’il a écrite 14 le 27 mai 1904, à M. Morel, et qui est publiée dans le numéro a spécial de la West African Mail du mois de juillet. ë Le témoin déclare : « Cette lettre est l’expression de la ©! | vérité. Les témoins que vous allez entendre confirmeront les faits que j’ai relatés. Je vous remettrai une copie de cette : 4 lettre dans laquelle les noms propres remplaceront les blancs ou les tirets qui se trouvent dans le texte de la West African Mail. » AL « Dans la première lettre publiée dans la West African Mail du 8 janvier 1904, les affirmations qui sont fondées uniquement sur les déclarations que m’a faites M. Dooms, sont . ? comprises dans le passage commençant par les mots : 5 « I heard from the white man ».. et finissant par « but there | Congo) pendant une partie de son voyage. J’étais parti de Bolobo et je suis arrivé le 20 juillet 1903, à Bodzondongo . (Mitamdounga), pas loin de la rive à 10 ou 12 milles de Bolobo. M. Casement y est arrivé sur son steamer; je pris place sur ce steamer et nous allâmes ensemble à un autre village nommé Bongenda, à une distance d’environ 5 ou 6 milles du premier. Le lendemain matin nous partimes et nous allâmes ensemble à un village nommé Mpoko, situé à l’intérieur à environ quatre heures de marche de la rive. Nous arrivàmes vers midi et tout l’après-midi fut employé par M. Casement à visiter des groupes d’indigènes Basengélé et Batito établis là. (1) (1) Ces indigènes s’étaient échappés du Domaine de la Couronne par suite des persécutions. Leur récit navrant est publié dans le Livre Bleu Africa 1, 1904. Ce n’est que quelque temps après avoir . accompagné M. Casement dans ce district que M. Scrivener fit un long voyage dans la partie du Domaine de la Couronne habitée

4 J’étais présent aux entretiens; je n’ai pas pris de notes, ‘4 mais quand j’ai lu le rapport de M. Casement j’ai eu l’impresF sion qu’il relatait d’une manière exacte et fidèle ce qui nous il avait été déclaré par les indigènes. mes Fe Le lendemain matin nous partîimes et nous retournâmes ù, à Bongendé en passant par des villages Basengélé et Batito, { où se trouvaient de nombreux réfugiés que nous avons ; entendus. M. Casement et moi nous nous sommes séparés. 4 M. Casement est allé à Bolobo, et moi j’ai continué mon N voyage à l’intérieur. : Les deux lettres reproduites dans l’annexe n° 1 au rapport à de M. Casement et qui figurent aux pages 63 et 64 du texte d anglais que vous me mettez sous les yeux sont des-extraits 4 de lettres que j’ai écrites à M. Casement. h Les faits qui y sont relatés m’ont été racontés par L M. Dooms et nous avons ici des témoins qui vous en parle- | “# . Après le dernier voyage que j’ai fait dans la région du i Lac Léopold II, je puis dire que la situation est meilleure, Le mais je ne puis cependant déclarer qu’elle est tout à fait À: satisfaisante. On n’a plus parlé d’actes de cruauté ou de 4 sévices, mais, bien que les prestations en caoutchouc ï aient été diminuées, on s’en plaignait encore d’une manière \l A mon avis, ces plaintes sont fondées. La quantité de \ caoutchouc réclamée à titre d’impôt n’est pas exagérée, +. mais la façon dont on perçoit cet impôt est tout à fait vexaN toire. Non seulement les indigènes doivent souvent faire 3 plusieurs jours de marche pour se rendre dans la forêt et 20 récolter le caoutchouc, mais encore on les oblige à se rendre ï 1 tous au poste, situé parfois à une grande distance, pour y : porter chacun 15 lanières de 5 ou 6 pieds de longueur, et qui, 3: 0 toutes réunies, pèsent souvent moins que les bâtons aux- ï quels elles sont fixées pour le transport. IL serait désirable A originairement par ces réfugiés. Quelques-uns d’entre eux lui servirent de guides. Son journal, fidèle récit de ce qu’il vit et : entendit dans cette région, a été publié par M. Morel dans la West

: le Congo léopoldien : 1 S que les indigènes qui récoltent le caoutchouc ne dussent A apporter leurs prestations que tous les trois mois, par +3 exemple, et que le transport ne füt fait que par le nombre qe d’hommes nécessaire, sans qu’on imposàt à tous de longs 3 et inutiles déplacements qui les arrachent à leurs travaux h Ki La région du Lac Léopold II que j’ai visitée est encore Er) actuellement troublée à la suite des faits qui se sont passés di autrefois; les habitants sont inquiets, et je crois pouvoir Ÿ affirmer qu’il en est de même dans les autres régions du dis4 trict que je n’ai pas visitées. Je pense que le seul moyen de ï remédier à cette situation, de faire rentrer le calme et la ji tranquillité dans la région, serait de supprimer momentaWe nément le travail du caoutchouc à titre d’impôt. Fe Il serait désirable que la division politique du distriet du J Stanley Pool et du district du Lac Léopold II fàt en harmoIR nie avec les divisions ethnographiques des diverses tribus. ct On éviterait ainsi certaines particularités qui paraissent H des anomalies. On voit certains villages de Mpama obligés Pi de porter du caoutchouc à Mbongo tandis que les autres F: villages de la même tribu doivent porter les vivres à Louko-

lela ; il en est quelques-uns (ceux qui sont aux environs de

DUT Mbondo et de Bonginda) qui sont obligés de fournir à la ‘ fois et des vivres à Loukolela et du caoutchouc à Mbongo. qu La raison de ce fait est, je crois, que les territoires de a Mbongo et de Bonginda sont des territoires contestés entre ÿ les deux districts. 2e — Vous avez fait mention de cinq indigènes qui Ÿ auraient été placés à la file les uns des autres et tués d’une 2: seule cartouche par Malou-Malou (Massard), ou d’après ses ‘ ordres. Parmi les témoins que vous pouvez produire, y en

a-t-il qui puissent déposer de ce fait ? |

fe — Non, je n’en connais pas. Je me suis d’ailleurs borné à Fa demander aux témoins s’ils avaient connaissance de faits | fi pouvant intéresser la justice. Le fait lui-même je le tiens de | ou (x) Toutes ces conclusions ont été acceptées par la Commission Le denquête, et sont reproduites presque dans les mêmes termes ï | dans le rapport adressé par elle au roi Léopold II.

… M. Dooms, et je ne puis vous dire où vous trouverez des Le . témoins qui soient à même de le certifier. | A Lors de mon premier voyage au Lac Léopold II, j’ar- n « rivai à Bongo un jour vers une heure de l’après-midi.

« M. Dooms me reçut d’une façon très hospitalière, et après | … avoir changé de costume, sans que je lui eusse posé la ÿ 1 moindre question, il me fit une foule de confidences sur …_ la situation de la région quand son prédécesseur y com- Il semblait très ému et très troublé à la suite des récits __ que lui avaient faits les soldats, et il me dit qu’un jour, en “ entrant dans la prison, il avait été sur le point de défaillir

  • à la vue du spectacle qu’il avait sous les yeux et de la _ puanteur qui y régnait. | j Pendant toute la durée du repas que nous prîmes ensemble, ; . il ne parla que des horreurs dont il avait entendu le récit : et ne songea presque pas à m’entretenir des incidents de Une __ mon voyage. | ù A mon retour du lac, je revis M. Dooms, qui me fit le 8) 3 récit des meurtres commis par Massard ou d’après ses ordres, des indigènes qu’il tuait au moment où ils appor- : taient le caoutchouc, ou qu’il faisait placer à la file les uns > des autres pour les tuer d’un coup de fusil. 4 Dooms était aimé, et venant après Massard, il était considéré comme très bon. Il était cependant extrême- } __ mentstrict, on peut même dire méticuleux; il avait beau_ coup d’ordre et de ponctualité et il en exigeait autant des 4 Grâce a sa manière d’agir, il en était arrivé à recueillir . une quantité de caoutchouc supérieure à celle de Massard,
  • et le caoutchouc était de meilleure qualité. Il savait encou-
  • rager les indigènes en leur donnant des primes. é y Bien qu’il fût très exigeant, et qu’il voulût que les indigènes travaillassent autant que possible, sa conduite n’était -

l’objet d’aucune plainte. Cependant j’ai entendu les indigènes se plaindre de ce que le travail qui leur était imposé ;

… était excessif et la rémunération insuflisante.

_ Je n’ai pas à prononcer sur le point de savoir si ces

plaintes étaient fondées, mais je dois constater qu’aujour-

12 le Congo léopoldien hi RU d’hui on leur demande moins de travail et qu’on les paie

Fe! Après lecture, le témoin ajoute : « J’ai manifesté ma surEL À prise à M. Dooms de ce qu’il n’avait pas révélé à la justice CR les faits dont il m’avait entretenu. Il m’a répondu qu’il n’y

Fa avait aucune utilité à le faire maintenant et qu’il dénonce-

iE rait les faits quand il rentrerait en Belgique. Il m’a aussi

Fe j fait part de son désir de quitter le service de l’État pour

if entrer dans une compagnie du Kassaiï, parce qu’il regrettait

si de devoir obliger les indigènes à travailler outre mesure.

ENT, J’attendais toujours les révélations de M. Dooms, et c’est

‘ls quand j’ai vu qu’elles tardaient à paraître que j’ai donné de

sh Je la publicité aux faits qui m’avaient été révélés.

\ * Les témoins ci-dessous furent interrogés par la Commis- É sion à Bolobo. Il est bon de remarquer que plusieurs des Ë endroits énumérés sont à très grande distance les uns des 4 Mpetempoko, a vu Maloumalou (Massard) tuer un homme À liangaekounda, a vu Maloumalou (Massard) tuer trois

: Iya, sous-chef du district de Ngongo, a vu des sentinelles à tuer des gens à Ngongo. 9 À Bilenoualé, son fils, a confirmé la déposition de son père. ne Nkouabalé a vu faire la guerre à cause du caoutchouc, : tuer ses parents et amis, les organes sexuels des hommes

au étant exposés sur des cordes. à Ni Wengé, divers massacres, etc., à Ngongo. \

4 () C’est-à-dire depuis les révélations de M. Scrivener et leur | b publication dans la West African Mail. hA

| Nkoi, divers massacres, etc., à Ngongo. NAT

_ _ Bokélombé, divers massacres, etc., à Ngongo. - L’EES | Nzou, a vu une incursion dans le village de Pili, ses sn

|__ parents et amis ayant été massacrés ou emprisonnés pour L |

4 s’être trouvés à court de vivres (daims, etc.), destinés au % . poste de l’Etat à Ibalé, sur les bords du lac Mantoumba. Fe

1 Ntoloémi, id., id., dit aussi avoir vu le cadavre de son Ke

‘4 * père parmi les morts. #.,

Mpotobouoto, a vu des sentinelles commettre un mas- ; Ë

f Léké, a vu deux meurtres commis par les sentinelles à Re

Bontoma, a vu un meurtre commis par une sentinelle à LR

; Territoire : Domaine privé et concessions dans les régions 13 : Loulanga et Ikélemba. 3 . M. Gilchrist, représentant de la Mission Bolobo du Congo es

à Loulanga, fit ses dépositions devant la Commission. Les x

habitants du district de Loulanga sont mis à contribution, à » en partie par le Gouvernement et en partie par la Société | … de la Loulanga. Depuis les révélations de M. Gilchrist, le . He _ directeur en Afrique de cette compagnie a été prié de se À . mettre à la disposition des autorités judiciaires à Boma. (1) ‘% …_ La région Ikélemba semble avoir été, à certains endroits, nu … exploitée par l’État, ainsi que par diverses Sociétés. M. Ca- “ sement a décrit, dans son rapport, les conditions exis-

L tantes sur le territoire de la Société de la Loulanga. # Gi-dessous une partie de la déposition de M. Gilchrist :

… On me demanda de dire tout ce que je savais au sujet de | _ la Loulanga, mais avant que je pusse commencer, on me } :

  • (1) Il a depuis été remis en liberté. “a

: Le le Congo léopoldien Fire 1 ñ dit: « Vous savez sans doute que cette Société est dans le tern ritoire du commerce libre. » Ceci, en souriant, — moi aussi, ï s je souris! Je leur donnai des exemples de cette liberté! AU Quelques jours auparavant, j’avais rencontré plu7 sieurs indigènes du village de Bokotola, qui, avec leurs ” voisins, vivaient dans la forêt, exposés aux dangers et à k l’humidité de la saison des pluies, plutôt que de rester dans a leurs propres villages pour y être harassés et maltraités h par les agents de la Société. Je leur parlai aussi du régime % des sentinelles et de leur cruauté, et de ce que M. Bond et } moi nous avions vu en revenant de l’Ikélemba, de leurs RUE opérations de traite humaine dans les villes contiguës au ! « quartier-général de Mompoko. Ils me demandèrent si je d savais s’ils avaient le consentement ou le secours de l’État

dans ces pratiques. Je répondis que je ne le savais pas,

n’ayant pas les moyens de l’apprendre. Je les priai de
j s’adresser à nos frères à Bonginda pour plus de détails, ces derniers étant installés au centre de la sphère d’activité de 0 la Société. Je leur dis aussi ce que nous avions vu sur lIkélemba; F ; les signes de désolation dans tous les districts, les récits lamentables que les habitants nous avaient faits, les mas-

É sacres commis par les blanes de l’État et des Sociétés qui y

4 ( avaient été stationnés de temps à autre. Les noms de | quelques-uns étaient notoires, — tels que Esejerike, Bosongo, qu le fait que le bassin de l’Ikélemba était censé être aussi A situé dans le « territoire du commerce libre », mais que x

  • partout les tribus des différents districts étaient forcées de fournir aux Sociétés de ces districts du caoutchouc, de la gomme copal ou des vivres. Dans un certain endroit perdu où nous nous trouvions sur la rive sud, deux hommes arri- à vèrent au moment où nous allions partir, le corps couvert k des marques de la chicotte, qu’ils venaient de recevoir du M Blanc à Bossi parce que l’impôt était insuffisant. Je dis au 1 commissaire, qu’étant données des conditions favorables, À | (1) Noms donnés par les indigènes à des Européens. : 4

1 _ la liberté surtout, il y aurait bientôt une grande population À 4 dans ces villes de l’intérieur, Mgombé et Mongo. mn À à Demande. — Quelles sont d’après vous les causes de la

Réponse. — 1) La maladie du sommeil. Ce n’est pas une

; épidémie dans notre district. Il n’y a que des cas isolés. À 2) La petite vérole. Très peu en sont morts. / ‘ 3) La position peu assurée des indigènes. Les vieillards Ÿ n’ont pas assez de confiance pour bâtir leurs maisons solide-

ment. S’ils soupçonnent l’arrivée d’un canot ou d’un steamer

4 contenant des soldats, ils s’enfuient. 4 4) Les maladies de poitrine, pneumonie, ete, qui en 4 emportent beaucoup. Les indigènes se réfugient dans les hi îles, vivent en plein air, exposés à toutes les intempéries, à prennent froid, et il s’en suit de graves maladies, souvent k fatales. Depuis des années nous n’avons pas vu une seule : | maison neuve, tant la population est devenue nomade. Ils

ont une peur terrible des soldats. Dans beaucoup de cas,

4 leur absence du village n’est que momentanée; dans 4 quelques cas ils s’installent en permanence sur la rivenord | du fleuve. 4 5) Le manque de bonne nourriture. J’ai été témoin de la perception des impôts de l’Etat, après quoi il ne restait aux À indigènes que des feuilles à manger. 1 D. — Est-ce que le manioc n’est pas suffisant pour les ÿ R. — Non, à lui seul, il est insuffisant. k adressée aux autorités à Boma, et demanda si les représen1 tations qui y étaient faites se rapportaient à des cas excep- ‘À tionnels ou à toute la région.) ‘4 R. — A toute la région. ‘4h D. — Est-ce que les impôts sont trop lourds ?

SACS le Congo léopoldien je À? } R. — Oui, par exemple, les quarante heures de travail | n is par mois qui sont censées être données à l’État sont une 1 a À représentation absolument fausse de la vérité. La récolte ! FER du bois à brüler, (1) à elle seule, prend plus de temps que É pa cela. Cette imposition à elle seule est suffisante sans | Ne d’autres impôts. Il y a très peu de canots. 1 ol D. — M. Malfeyt dit qu’on a tort de prendre des canards, RUE des poules, etc., comme impôt. Est-ce que l’État continue | ‘a * à les percevoir ? Di D. — En êtes-vous sûr ? | R. — Oui, par exemple, le capitaine Rimini vint il ya ; ) quelque temps et s’en fit apporter. La taxe est perçue tous k ! les mois. Celle de Ouala est de 18 par mois. Va D. — Avez-vous quelque chose à ajouter? « 4 R. — Le système favorise la polygamie, et par consé— à À quent l’esclavage. Chaque personne dans le village est - | forcée de fournir à l’État. we Ê à D. — Est-ce pour cette raison que la valeur des femmes, F4 libres ou esclaves, est dès maintenant plus élevée que celle A des hommes? ‘

R. — La raison est que la femme est utile au point de vue

ë de l’indigène. Mais la femme a toujours été utile, elle l’est K davantage maintenant, à cause de la valeur de son travail. | f Le chef a besoin d’un plus grand nombre de femmes pour “ \ pouvoir fournir l’impôt. À % D. — C’est le chef, et non le village, qui est taxé. N 118 R.— C’est possible en théorie, mais pas en pratique. Plus Hs il y a de femmes, moins chacune a d’ouvrage. Le chef dis- ÿ é tribue l’ouvrage parmi son peuple. Donc, s’il y a cinq ; où femmes, chacune a moins à faire. À tal D. — Est-ce que la cessation de l’achat des esclaves n’est k k pas une des causes de la dépopulation? Est-ce qu’il ne ÿ ri venait pas plus de monde, de l’autre rive, à l’état d’esclaves, f “+ ce qui par cela même augmentait la population ? 4 4 K (1) Pour les steamers remontant et descendant le fleuve. N

. R. — Il faut vous souvenir que s’ils achetaient des 65 4 esclaves, ils en vendaient aussi, ce qui égalisait les choses. : ce _ Quant à Ouala, la peuplade allait autrefois à la chasse, She _ maintenant il lui fauts’occuper des impôts. A cette époque- 1 là, ils avaient de la chair d’éléphant à manger et à vendre. Y F Une autre chose qui peut causer ou expliquer la dépo__ pulation, cest que l’impôt est perpétuel. Cela aigrit le À peuple. La population se sent privée de tout intérêt per- ÿ ; 4 D. — Y a-t-il des villages ou des villes qui soient exemptés : ; R. — Pas que je sache. Je n’en connais pas. ’ D. — Avez-vous d’autres remarques à faire contre le sy- } R. — Je désire seulement rappeler au souvenir de ces # messieurs les fortes amendes dont j’ai parlé plus haut. | D. — Vous parlez des amendes comme étant la consé-

  • quence du système. La loi ne les admet pas. A k R. — Comment se peut-il que la population et nous sachions
  • cela? Les indigènes ne le savent pas. Les mitakos (1) ne sont pas rendus ! | à D. — Si ces faits étaient connus, la justice ferait des
    …_ R. — Ces amendes ont été imposées depuis mon rapport 1 D. — C’est absolument illégal. (3) f qui a appauvri le peuple. (1) Monnaie qui a cours dans le pays. ñ 4 (2) Juillet 1903. — La lettre de M. Gilchrist au Gouverneur- … Général a été publiée au complet dans Xing Leopold’s Rule in » Africa, op. cil. 16 —_ (3) Conséquemment MM. de Bauw, le capitaine Hagstrom, et le ÿ … capitaine Rimini, tous occupant de hautes positions, ont agi d’une manière « absolument illégale ». Mais que leur a-t-on fait? M. de “4 Bauw est l’officier du gouvernement en contrôle suprême de la

ñ pie R.— Non, je crois que c’était pendant que M. de Bauw ; se ! était responsable. Ce sont de telles choses qui font perdre FR à l’État la confiance des populations. |

ni D. — Depuis l’amende imposée à la ville de Ouala, pouvez-

r EN DE vous donner d’autres exemples ?

ë en { R. — Oui, le capitaine Hagstrom imposa à Loulangaune 21 vous vous référez à Ouala, seulement, 5.000; 15.000 aupara- à Dar vant, et une amende de 5.000 depuis. , Ro D. — Pouvez-vous citer un exemple de villages mis à Pi ne lamende après que vous avez écrit votre lettre? | ee SS R. — Une amende de 40.000 mitakos, dont Ouala dut payer DR D. — Avez-vous lu le rapport de M. Casement ? é # ‘a D.— Vous confirmez ce rapport en tant qu’il traite de ER Ouala et des environs ? 4 ‘4 1 D. — Avez-vous quelque chose à suggérer ? D Hs R. — Le système est encore en force dans les plantations ’. U de café, On laisse les graines tomber à terre, ce qui rend le « 3 A labeur des indigènes inutile. À “O0 D. — Savez-vous pourquoi on ne se sert pas du café? 4

\ D, — Avez-vous connaissance de mauvais traitements M Mr autres que ceux mentionnés par Casement? $ al KE R. — Je ne crois pas pouvoir me souvenir de tous les cas M RUN! _ mentionnés dans le rapport de M. Casement. à 1e k D. — Votre lettre parle de vingt hommes. Or, à Ouala, hier, } VE on nous a dit vingt-cinq? i 2: R. — J’ai donné le nombre que je savais alors. Les habiLD tants de cette ville sont prêts à déposer sur les mauvais 5 traitements, si vous le désirez. LÀ

F D.— Combien de témoins, autres que ceux que nous pe

ÿ avons entendus hier ? eu | R.— Je puis faire venir ceux de Loulanga. Nous avons Le entendu hier ceux de Ouala seulement. Je veux toujours que ton | les indigènes rapportent leur propre cas. La seule chose è

dont j’aie à me plaindre à cet égard, c’est que les autorités Et ajoutent invariablement foi aux témoignages des sentinelles àe plutôt qu’à ceux du peuple. Il n’y avait alors pas de tri- | D. — Vous ne parlez pas du juge ? | R. — Non, je parle des Autorités militaires. Les cas ne | sont probablement pas rapportés à l’officier civil de l’Etat. En plus de la déposition ci-dessus, M. Gülchrist, sur la demande des juges à ce sujet : | | a) Confirme le rapport de M. Weeks quant aux atrocités commises dans le district des Bangala, ayant lui-même visité la scène de ces atrocités. | b} S’avoue incapable de confirmer les lettres de M. Bond 1 | qui parurent dans la West African Mail, se rapportant aux ñ atrocités commises sur le haut-fleuve, n’ayant pas accompagné M. Bond à cette occasion. Il dit avoir fréquemment | entendu les indigènes en parler et cita les noms des vil- 4 ; lages et offrit d’envoyer chercher des témoins pour dé- Territoire : Concession de la Société A.B.LR. (1) ; Comme introduction aux témoignages de MM. Harris et eu À Stannard, le lecteur fera bien de se rappeler les faits sui- ; r vants, ainsi que la circonstance que les révélations des | | (1) L’administration de l”A.B.LR. a été exposée dans une bro_ chure intitulée Red Rubber, par E. D. Morel, prix 1 schelling, chez <

A le Congo léopoldien ? } atrocités commises par cette société ont commencé en 1901, Û | et ont continué par intervalles, depuis lors. sà Pendant toutes ces années le Gouvernement de l’État du Congo a exercé une juridiction sur la Société A.B.ILR. Le % Gouvernement a; pendant tout ce temps, été porteur de la k | moitié des actions de la Société. Le Gouvernement a, au ù ; bescin, mis à la disposition de l’A.B.I.R. ses troupes sta- Â Pendant toutes ces années, le Gouvernement a eu con- { naissance du fait que l’A.B.LR. a fait la traite, autrement + dit, a forcé les indigènes, — l’A.B.LR. est, de nom, une ; | société commerciale, — à apporter des quantités fixes de À caoutchouc, sous peine d’incarcération comme ôtages. Le ; 1 gouverneur-général a autorisé la « prise d’ôtages » par la # À Société A.B.LR., afin d’augmenter le rendement du caout- ’ chouc, coutume qui a été, — et il en est de même aujourd’hui, ’ À Le Gouvernement a été pendant toutes ces années en 1 : possession de renseignements complets sur la vaste quantité | : de cartouches et de munitions importées par la Société, et À & qui ont été transportées par les steamers de l’État. l Le Gouvernement a, pendant toutes ces années, eu pleine : connaissance du nombre de fusils Albini et de fusils à ti capsules, possédés par la Société, pour lesquels le Gouver-
nement du Congo exige un permis. À Le Gouvernement, ayant alloué une concession à la >| Société, lui a permis, de plus, d’exploiter certains terri- 4 toires du Domaine Privé, situés en dehors de la dite con- ; FA Le Comité d’administration de la Société A.B.LR. com- pr A prend les personnages suivants : président, M. A. Van den
| Nest, Sénateur; conseil, M. le comte Jean d’Oultremont, “A : Grand Maréchal de la Cour de Belgique ; M. le baron Dhanis, ! (1) Voir les révélations au cours du procès de M. Van Caelcken, à 6 en décembre 1904; les témoignages devant la Commission den- # | quête; les témoignages de M. Ruskin devant le substitut Rossi en 1902, dont le rapport ne fut pas publié par l’Etat; les circulaires d’

ex-Gouverneur Général de l’État du Congo; M. Edmond Si ‘4 Van Eetevelde, secrétaire d’État du Congo. ee | Témoignage de M. Harris ire | — Nous parlâmes d’abord des atrocités spécifiques commises en 1904, sur les hommes, femmes et enfants ; ensuite | | des meurtres et des outrages, y compris le cannibalisme. : Puis nous passâmes à l’incarcération d’hommes, femmes et enfants, après quoi je fis remarquer à la Commission la
destruction du village de Baringa et la famine partielle qui j | en fut la conséquence. Nous mentionnämes que des hommes, 3 des femmes et des enfants avaient été emprisonnés pour les forcer à créer une plantation de caoutchouc sur l’emplace- * | ment de leur ancien village, et que deux hommes avaient | 4 été tués durant le travail. Puis vinrent les irrégularités de
| 1903, l’expédition menée par un agent de l’A.B.IR. contre : Samb’ékota et l’armement continuel des sentinelles de ; F VA.B.IR. avec des fusils Albini. Je leur fis remarquer | à ensuite les excès de l’administration de M. Forcie : le meurtre d’Isékéfasou, le principal chef de Bolima, dont les soldats ont ï tué, coupé en morceaux et mangé les femmes, le fils et les à É enfants, décorant ensuite sa maison avec les intestins, ne le foie et le cœur de quelques-uns de ces derniers, selon 4 le récit de « Veritas » dans la West African Mail. “a Je confirmai en général la lettre publiée par « Veritas » : 4 dans la West African Mail. “4 Ensuite, j’en arrivai aux temps de M. Tegner et déclarai qu’aucun village du district n’avait échappé aux assassinats, 4 durant l’administration de M. Forcie. iÿ Plus tard, nous parlâmes des irrégularités communes à +778 tous les agents, faisant remarquer et prouvant, par des y i exemples spécifiques, les fustigations publiques que subis- À sait pour ainsi dire tout le monde; déclarant, par X exemple, avoir vu de mes propres yeux six hommes de £ Ngombé recevoir cent coups de chicotte, chaque coup appli- …._ qué simultanément par deux sentinelles.

  • ù De plus, la condition normale a toujours été l’emprison- “__ nement des hommes, femmes et enfants, tous parqués

Dis le Congo léopoldien ï 10 ensemble dans un hangar, sans aucun égard pour les | 1 besoins de la nature. Fi € Ensuite j’ai attiré leur attention sur les amendes impo3 . sées sur la population sans distinction par les agents de fl : VA. B. I. R., aussi sur les impôts irréguliers perçus seule1 ment suivant les besoins des agents, le peuple étant souvent ki. forcé de fournir des vivres comme taxe. Puis on passa en 7 revue la condition normale du peuple sous le régime des ÿ £ j gardes-forestiers, montrant comment tous les villages étaient Î ù absolument sous leur contrôle despotique, et que non seu- . ÿ lement les gardes-forestiers devaient être luxueusement e 5 entretenus, mais aussi que leurs nombreux esclaves enle- k: (6 vaient souvent les femmes.
4 Les conditions normales comprennent aussi le chantage h, et la perception des impôts. Nous leur avons aussi fait P’ remarquer que-les meurtres et le cannibalisme des gardes- | : forestiers n’étaient après tout qu’une exagération de leur ! Il fut ensuite question du transport de prisonniers, de ceux K } qui ne pouvaient ou ne voulaient pas travailler le caout- ÿ chouc, d’une région à l’autre de la concession de l’A. B.I.R. fl \ Puis, de la mutilation de la femme Baoji, parce qu’elle ÿ À voulait rester fidèle à son mari, et refusait de se soumettre 1 aux passions des gardes-forestiers. Le pied coupé et la her- i à nie de cette femme sont un témoignage de la vérité de son ‘à fl récit. Elle comparut par-devant la Commission etle médecin. à : Ensuite, le fait que les indigènes sont mis en prison, pour ÿ avoir rendu visite à leurs parents et amis dans d’autres | villages, (1) et le refus de permettre aux canots indigènes j . de remonter ou descendre le fleuve sans un permis signé ÿ } par l’agent de l’A. B. L R.; remarquant que même les mis- % sionnaires sont sujets à ces règlements et sont insultés À publiquement, d’une manière impossible à exprimer, quand 4 ; ils n’y font pas attention. % J’établis ensuite la responsabilité et soutins que LE sx- (1) Manquant par suite au travail incessant réclamé d’eux pour n la récolte du caouchouc. “&

forestier rejette le blâme sur l’agent, lui à son tour sur le directeur, et ainsi de suite. ] + Après quoi, j’attirai l’attention sur les difficultés qu’ont les indigènes à rapporter les irrégularités. Il y a trop peu de fonctionnaires civils, et il est presque impossible de par- ; venir jusqu’à eux, car l’indigène doit d’abord demander la permission de l’agent. Ici, je citai l’outrage repoussant commis sur le Lomako, auquel j’ai déjà fait allusion. (1) Les relations subsistant actuellement entre l’A. B. I. R. et l’État font qu’il est presque impossible que les indigènes rapportent jamais ces irrégularités. Je dis ensuite que je croyais fermement que, sans notre aide, ces irrégularités | n’auraient jamais vu le jour. Après cela, nous parlâmes des difficultés rencontrées par ’ ; les missionnaires, remarquant que l’A. B. I. R. a le pouvoir (et s’en sert du reste) de nous imposer toutes sortes de difficultés si nous osons souffler un mot de ces irrégularités. : Je citai ensuite quelques exemples, qui atteignirent leur comble lorsque madame Harris et moi courûmes le risque ÿ de perdre la vie pour avoir osé nous opposer aux massacres

  • commis par Van Caelcken. | Il fut aussi déclaré qu’il était impossible de séparer l’atti- | tude de l’État, nous refusant de nouveaux emplacements, de notre action condamnant l’administration. Je dis ensuite 4 que le caoutchouc était épuisé dans les forêts, et que dans fl une tournée de cinq jours dans les forêts, je ne vis pas une d l seule liane de quelque grosseur, les pieds étant exploités \ de telle façon que les racines demanderaient plusieurs { années de repos pour se reproduire, et que pourtant les à ft indigènes en sont réduits à arracher ces racines pour obteK nir le caoutchouc qu’on leur demande. ’ Nous signalâmes ensuite une infraction incontestable à : lActe de Berlin: il nous est défendu d’étendre notre mis- À sion, et de plus, il nous est interdit d’acheter des vivres. ‘| ( Je me passe d’imprimer une description de cet outrage dont ! j’ai reçu les détails. — E. D. Morel.

; le Congo léopoldien AS Puis nous affirmâmes que, d’après notre connaissance, 4 à aucun garde-forestier n’avait été puni par l’État, avant 1904, Da pour les nombreux assassinats commis dans ce district. Ensuite je fis remarquer qu’une des raisons pour lesLAN ; quelles les indigènes refusent de pagayer pour PA. B. I. R., ; c’est que les canots de la Société transportent des gardesY forestiers dont le devoir est simplement de fustiger les | | indigènes pour les faire travailler. ; | A La Commission, après avoir écouté M. Stannard, ques- 4 À tionna l’un après l’autre seize témoins Esanga. Ils donnèrent L A5 clairement des détails sur la mort de leurs pères, mères, } fi frères, sœurs, fils et filles, tous tués de sang-froid pour le L caoutchouc. Ces seize indigènes représentaient plus de 4 k vingt assassinats à Esanga seulement. Ensuite parut le ; à grand chef de Bolima, successeur de Isékéfasou (assassiné $ à par l’A. B. I. R.). Quel spectacle pour ceux qui parlent de ” 3 Re calomnies contre le Congo belge! À | : Il se tint fièrement devant tous, montra du doigt ses } à vingt témoins et plaça sur la table ses cent dix baguettes, Â Là dont chacune représentait une vie sacrifiée pour le caout- ; 6 chouc. « Voici des baguettes de chefs, voilà des baguettes ÿ Ÿ d’hommes : celles-ci, plus courtes, sont des baguettes de x : femmes ; et les toutes petites sont des baguettes d’enfants. » ; : I1 donne les noms par vingtaines, mais demande la permis- À Nr sion d’appeler son fils pour aider sa mémoire. Cependant & : les Commissaires sont satisfaits de lui, de ce qu’il dit la ! 1 à vérité, et disent que ce n’est pas nécessaire. Il raconte que 1 \ sa barbe, qui avait poussé pendant de longues années et ‘: À qui lui touchait presque les pieds, fut coupée par un agent, EU ‘1 simplement parce qu’il avait rendu visite à un ami dans J une autre ville. Comme on lui demandait s’il n’avait pas tué
! des sentinelles de l’A. B. I. R., il le nia, mais avoua que ses LA , gens avaient percé de lances trois esclaves d’une sentinelle. 4 Il raconte comment le Blanc lui a fait la guerre, et après la ‘À bataille, lui avait montré les cadavres de ses hommes en EE disant : « Maintenant tu vas apporter du caoutchouc, n’est- 1 ce pas ? » A quoi il répondit, « Oui. » Les cadavres furent ke À découpés et mangés par les combattants de M. Forcie. IL 10 | dit aussi qu’il avait reçu la chicotte et avait été emprisonné pot

. livrer aux travaux les plus serviles. Il parle aussi du nombre ne? de femmes volées et ravies, et des nombreux bracelets, des < Û lances, des boucliers, etc., qu’il a été forcé de livrer aux | Ici Bonkoko s’approcha et raconta comment il avait accompagné les sentinelles de l’A. B. I. R. quand elles allèrent assassiner Isékéfasou, avec ses femmes et ses enfants ; comment ils les trouvèrent tranquillement assis à leur repas du soir; comment ils en avaient tué autant que possible et coupé et mangé les cadavres du fils d’Isékéfasou et des femmes de son père; et comment ils avaient écrasé la 4

  • tête à un enfant, coupé son corps en deux et transfixé Il dit encore qu’au retour de l’expédition, M. Forcie avait fait donner de la chicotte aux sentinelles parce qu’elles à n’avaient pas tué un assez grand nombre des gens de a | Ensuite Bongoualanga s’approcha et confirma le récit de … Borkoko ; ce jeune homme était allé « regarder ». Après | quoi un chef apporta dans ses bras la femme mutilée de | Lomboto d’Ekérongo, et elle montra sa jambe dont le pied : . était coupé et sa hernie, prix de sa fidélité à son mari. À Celui-ci dit qu’il avait été chicotté pour s’être faché de la mutilation de sa femme. Ensuite, Longoi, de Lotoko, plaça dix-huit baguettes sur Ja table, représentant dix-huit hommes, femmes et enfants, | assassinés pour le caoutchouc. Puis, Inunga plaça 34 ba-
  • guettes sur la table et raconta comment ses 34 hommes,
  • femmes et enfants, avaient été massacrés à Ekérongo. Il à avoua que les gens du village avaient percé d’un coup de
  • lance une sentinelle, Iloko, mais que, comme toujours en À pareil cas, c’était parce qu’Iloko avait d’abord tué leurs ‘à Lomboto montre son poignet mutilé, et sa main rendue 1 inutile, ceci fait par un garde. Isékaosou montre le moignon ’ de son avant-bras, témoin muet d’un acte semblable. Û Tous les témoins parlent de fustigations, de viols, de 1 mutilations, de meurtres et d’emprisonnement d’hommes,

Pl de femmes et d’enfants, d’amendes illégales, d’impôts irré- | pu La Commission essaie de traverser cette mare d’iniquités, | 1: ‘ ; cette rivière de sang, mais trouvant la tâche impossible, | fi demande combien de temps je pense continuer. Je leur dis k que je puis continuer jusqu’à ce qu’ils soient persuadés que À \ des centaines de meurtres ont été commis par l’A. B. I. R. fx dans ce seul district; meurtres de chefs, d’hommes, de 4 hi femmes et d’enfants, et que des multitudes de témoins ia Û attendent que je leur donne le signal de comparaître. î F De plus, je leur fais remarquer que nous n’avons consi4 déré qu’environ deux cents assassinats dans les villages de { Bolima, Esanga, Ekérongo, Lotoko; qu’il en reste encore 4

bien davantage : Bokri, Nson-go, Borou-ga, Ekala, Baringa, |

è Linza, Lifindou, Nsongo-Mboyo, Livokou, Boendo, la rivière x ; Lomako, le pays du Ngombé, et tant d’autres qui ont tous Fe ! le même récit à faire. Tout le monde reconnut qu’il était
impossible de poursuivre plus loin les investigations. Pour À PA le faire il aurait fallu que la Commission restât ici six mois. 1] En conséquence, la Commission consentit à accepter ce 4 k qui suit comme étant l’expression générale de la vérité : Hi « Que des centaines de gens ont été tués dans ce seul dis- a

trict pour le caoutchouc, et que je puis le prouver par des |

multitudes de témoins. » Et quel spectacle pour madame p

PEL French-Sheldon, Sir Alfred Jones, Lord Mountmorres, Ni M. Head, etleurs adhérents qui nous ont traités de « men- NM teurs », et qualifiés de tous les adjectifs qu’ils pouvaient M

Témoignage de M. Stannard À

Les séances de la Commission furent tenues en publie, à M | bord d’un des steamers. Tous les missionnaires de Baringa k y furent présents. Nous eùmes toute facilité de témoigner,

de poser des questions, et de faire comparaître des témoins.

U est vrai qu’on n’examina qu’un petit nombre de ces der-

niers, simplement parce que la Commission trouva que les M

accusations contre l’A. B. I. R. étaient entièrement fondées. Eu

Fe les témoignages, mais tout ce qu’il put faire fut d’essayer de donner de vagues explications, d’invoquer l’ignorance, { ce à quoi il ne réussit guère. | Après que M. Harris eut longuement harangué les Commissaires, madame Harris confirma les témoignages de son : mari, et cita plusieurs faits concernant les outrages de Quand je fus appelé à déposer, je me déclarai prêt à confirmer entièrement la déposition de M. Harris, à l’exception des faits dont il avait été témoin en mon absence. Je fis remarquer que lui et moi nous avions préparé ces dépositions, afin d’éviter des répétitions. | Il y avait en outre plusieurs faits que je désirais citer. Je pouvais certifier que des fusils Albini (1) avaient été 4 employés dans les outrages de Nsongo, car je l’avais vu de | mes propres yeux. Je citai comme exemple le cas d’Isékoloumbo, qui mourut le jour de mon arrivée à Ouala. Il avait | été tué par une balle d’Albini, dont je vis la plaie. La balle | avait traversé le bras droit, le fracturant, et ayant pénétré dans le côté, avait percé la poitrine pour ressortir par le | dos près de l’épaule. Je citai aussi le cas d’Elisi, qui eut la R cuisse percée, heureusement sans fracture de l’os, et qui vit encore. Il n’y avait pas à se tromper sur la blessure de la : ; chair ; la balle était entrée d’un côté et sortie de l’autre. | Quant aux affaires de Nsongo, en général, je confirmai en ._ entier ma lettre publiée dans le supplément du Congo de la | West African Mail, août 1904, dont une copie était aux

  • mains des Commissaires. | Ensuite je confirmai la déclaration du consul Casement, : disant que pendant son séjour à Bongandanga, (2) je vis s moi-même amener quinze femmes prisonnières. Ÿ Je déclarai que pendant mon séjour à Bongandanga, il | y avait toujours des femmes prisonnières : c’est l’habitude … sur le territoire de l’A.B.LR. Ces femmes travaillaient sous y À la surveillance des sentinelles. Ne Ces femmes étaient emprisonnées parce que les hommes f. (1) La loi défend que les sentinelles soient armées d’Albinis. F1 (2) Autre station de A.B.IR.

le Congo léopoldien CURE 4 IR n’avaient pas apporté assez de caoutchouc ou de vivres. D We Lorsque certains villages étaient à court, on s’emparait de M RME beaucoup de femmes de l’endroit, et on les jetait en prison 1 ae jusqu’à ce que les hommes en eussent apporté une quantité À ES suffisante. C’était le procédé ordinaire de l’agent de l’A.B.LR., F Ra qui me déclara souvent que c’était le meilleur moyen de 4 je percevoir les « impôts ». É | Pendant mon séjour à Bongandanga, on se servait régu- Fi 2 lièrement, quoique pas exclusivement de fusils Albini. À | Je parlerai de la manière dont. les gardes-forestiers à RATE recrutent les indigènes chargés d’aller à la cueillette du 4 Yu caoutchouc, surtout dans la tribu de Nsoungamboiza, mais | 4 en notant que ceci s’appliquait aussi aux tribus des autres 14 \ districts. Tous les quinze jours on les amenaït de leurs vil- 4 lages, situés à trente ou quarante milles de la station de 4 nie PA.B.LR. à Bongandanga. En route ils passaient devant la - M : station de la Mission. Ils étaient précédés de cinq ou six 4 . gardes, marchant au pas militaire, le fusil en bandoulière. ‘à { Puis venaient de nombreux prisonniers attachés par le cou, 4 puis les porteurs de caoutchouc, jeunes et vieux, encadrés À, | par des soldats, puis enfin une arrière-garde de soldats pres- | sant les retardataires. Il y avait en moyenne 250 porteurs nul | de caoutchouc venant de ces villages, ressemblant à sy ï: méprendre à une chaîne de prisonniers. Entre la Mission et 1 VA.B.IR. le sentier est large, et c’est là que les hommes K ï faisaient halte et, sous la surveillance des sentinelles, parta- Fe à geaient le caoutchouc, avant de le porter à l’agent. à J’ai vu des travailleurs de caoutchouc portés par leurs h à compagnons, à leur retour de l’A.B.LR., après avoir été ù

cruellement chicottés. Je me souvins de deux cas qui eurent y

lieu vers mars 1903. Je me trouvais une fois avec Bongolé, | notre évangéliste indigène, devant sa maison, après un des h: soi-disant marchés, quand je vis transporter un homme qui L avait été sévèrement fustigé; l’autre fois, j’étais près de M chez moi. Je demandai chaque fois aux indigènes quelle en était la cause, et la réponse fut : le caoutchouc.
C’est l’État qui a donné à l’A.B.LR. le pouvoir qui rend possible cet état de choses. À | . Je parlai des rares visites d’un oflicier judiciaire au ter- :# 92 4

_ ritoire de l’A.B.LR. Les seules dont je puisse me souvenir MT furent celles du juge Rossi, vers le commencement de 1902, Ÿ et les visites récentes du juge Bosco. (1) Lu Quand un officier de police vient à la Concession, c’est. : généralement à la requête de l’A.B.L.R., pour régler quelque ï palabre, et naturellement on ne lui laisse voir que ce que ! lon veut. En général c’est parce que les indigènes n’apportent pas assez de caoutchouc, ou bien parce qu’un garde- J forestier a été tué. On ne lui dit rien des difficultés qu’ont les indigènes pour récolter le caoutchouc ; des mauvais traitements dont ils sont l’objet, et du fait probable que la sentinelle a sans doute tué nombre de gens. Personne ne prend leur parti, à eux. Quand l’officier de police arrive avec ses _ soldats, le peuple croit que c’est pour combattre contre eux, et si leur attitude n’est pas hostile, ils fuient. V J En général, la conduite du Commissaire, représentant | du Gouvernement du Congo dans le territoire, semblait indiquer qu’il approuvait le régime adopté par l’A.B.LR., et 1 | que nos rapports d’outrages, etc., concernant la récolte du ; caoutchouc, ne lui plaisaient guère. £ Les restrictions qui nous sont imposées par l’A.B.ILR. à quant aux vivres, etc., sont le résultat direct de ce que nous 1 avons considéré être notre devoir de faire, c’est-à-dire de s rapporter les atrocités commises par cette Société. Quant aux impôts, je soutins : ù 1) Qu’il est inique de demander aux indigènes, à titre x d’impôt, des choses qu’ils ne possèdent pas, surtout quand onen exige de grandes quantités. à 2) Qu’en principe, c’est un mal absolu que les impôts “ perçus sur un grand territoire aïllent remplir les poches | des actionnaires d’une société commerciale. 4 3) Que bien qu’il soit juste que les indigènes travaillent, + dl il devrait leur être démontré que le travail leur est profiil table. . ke A.B.IR. sous la loi congolaise en 1898, et aucun de ces juges na 4 visité l’intérieur de la Concession. Tous deux furent les hôtes des #4 agents de l’A.B.LR. pendant tout le temps de leur séjour.

: FRA le Congo léopoldien DA Dia i 4) Que les indigènes devraient travailler surtout dans 4 We leur propre intérêt, tout en payant leurs impôts. k pe Quant aux dépositions des indigènes devant la Commis- } rar ï sion il est impossible d’en donner plus de deux ou trois #4 EE exemples ; mais, en tant qu’elles prouvaient les accusa- 4 DEL ÿ tions portées contre l’État, elles étaient absolument acca- | AR blantes, soit par le nombre des témoins, soit pour ce que k Si _ ceux-ci rapportaient. Ces témoins, venant de tous côtés, 4 en étaient si nombreux que les Commissaires trouvèrent la

1 tàche de les écouter trop lourde, et, de plus, inutile, puis- 4 Ft qu’ils considéraient les accusations comme archi-prouvées.
4 : M. Longtain, directeur de l”A.B.L.R., qui était présent, inter- 1 “ rogé sur ce qu’il avait à dire, fut obligé de s’avouer inca- à pable de réfuter les témoignages. (1) en « Les témoins d’Esanga racontèrent qu’une fois, ayant 1 ñ apporté quarante-neuf corbeïlles de caoutchouc, au lieu de d), cinquante, quelques-uns d’entre eux furent emprisonnés, et $

  • des sentinelles furent envoyées punir le village; qu’une à . pauvre femme, en train de pêcher dans un petit ruisseau L’: DER près de son village, fut surprise et tuée par les sentinelles. : Un autre témoin déposa avoir trouvé les cadavres de sa } ke mère, de son oncle et de sa sœur, qui avaient été tués par Re ML les gardes-forestiers. Tous avaient à raconter des histoires d Fe navrantes sur le meurtre brutal de leurs parents. Les uns * 1 les avaient vu tuer sous leurs yeux, les autres s’étaient M 4 ; enfuis dans la brousse, et en revenant avaient trouvé leurs 4 “12 On tuait sans distinction les femmes inoffensives et les M ee \ enfants, les témoins indiquant ces derniers en mettant la À main à peu de hauteur du sol. Tout cela apparemment pour di frapper de terreur ce malheureux peuple et le forcer à M

ÿ apporter du caoutchouc. Voilà ce qu’a été la condition norje - male de la vie de ces gens pendant des années. (2) Les M i témoins racontèrent qu’ils étaient constamment battus avec M (1) M. Longtain retourna en Europe sans être inquiété, et son h ” collègue principal, M. Delvaux, fut promu directeur ! D

: (2) Pendant ce temps les actionnaires de la Société ont réalisé

la chicotte et que leurs femmes et leurs enfants étaient We _ continuellement emprisonnés, beaucoup de gens mourant, ds É

Pendant que les hommes étaient dans la forêt récoltant le M caoutchouc, leurs femmes étaient outragées, maltraitées ou L’15 enlevées par les sentinelles. D’habitude les sentinelles atta- k c quaient un village, soit la nuit, soit de grand matin, et 4 ñ tuaient de sang-froid tous ces malheureux qui ne pouvaient 114 leur résister. Leurs terreurs et leurs supplices n’ont guère (148 _ pu être surpassés par les horreurs des incursions des 4 traitants Arabes. L’histoire de l’A.B.LR. dans ces régions-ci est une histoire d’oppression, de sang versé et d’iniquité. Il ; lui sera bien difficile d’expier ses torts envers la popula- 1%

N Lontoulou, le premier chef de Bolima, vint avec vingt je J

témoins, tout ce que pouvait contenir son canot. Il apportait LRU

cent dix baguettes, chacune représentant une vie sacrifiée Fu

  • au caoutchouc. Ces baguettes étaient de longueur différente : . et représentaient chefs, hommes, femmes et enfants, suivant d _ la grandeur. Ce fut une histoire horrible qu’il avait à nous | _ dire : massacre, mutilation, cannibalisme, et c’était claire- ù _ ment la vérité. Il avait du reste l’appui d’autres témoins ”* … oculaires. Ces crimes furent commis par ceux qui agissaient
  • sous les ordres et par la connaissance de blanes. Une fois
    . on donna de la chicotte aux gardes pour n’avoir pas tué

_ assez de monde. Une autre fois, après qu’ils en eurent tué ‘ un grand nombre, y compris Isékéfasou, le chef suprême,

. ses femmes et ses enfants, les cadavres, sauf celui d’Iséké-

fasou, furent coupés en morceaux et les soldats cannibales au

  • service de l’A.B.LR. reçurent comme rations la chair ainsi - 4 obtenue. On suspendit les intestins à l’extérieur et à l’inté-

  • rieur de la maison, et les tronçons d’un petit enfant qui avait

. été coupé en deux furent plantés sur une pique. Après une :

attaque, on montra à Lontoulou, le chef, les cadavres de ses ;

. gens, l’agent lui demandant alors s’il allait apporter du | … caoutchouc. Il répondit que oui. Bien que ce soit un chef 2

  • occupant une haute position, il a été fustigé, emprisonné, $

attaché par le cou avec des hommes considérés comme s esclaves, forcé de faire les travaux les plus serviles et, pour

Va avoir visité une autre ville, un agent lui fit couper la barbe, ‘Via qui trainait presque jusqu’à terre. x RAS Inounga, d’Ekérongo, arriva avec son paquet de ba3 { guettes, représentant trente-trois personnes tuées par les ‘He : sentinelles, et quand on lui demanda pourquoi elles avaient Euh été tuées, il répondit : « Pour le caoutchouc. » Il cita quatre ÿ 20 n blancs qui avaient envoyé les sentinelles accomplir cette RUE œuvre affreuse. Il avoua que son peuple avait tué une sen4 k 4 tinelle, Eloko, mais seulement parce que ce dernier avait 5% d’abord tué un des leurs, nommé Botsikéré.

: 5 ) Ensuite Boali, une femme d’Ekorongo, comparut devant ê K les commissaires, son corps mutilé étant par lui-même une A protestation contre le régime inique du caoutchouc. Voulant \it rester fidèle à son mari, qui était dans la forêt en train de

v: : $ récolter du caoutchouc, et refusant de subir les outrages 0 d’une brute de sentinelle nommée Ekolonda, ce dernier Jui Er. tira un coup de fusil dans le ventre, ce qui lui fit une bles-

rs ÿ sure horrible; les intestins sortaient en partie et c’est par

ns miracle qu’elle survécut. Les cicatrices sont très visibles et es la blessure a encore l’apparence d’une énorme tumeur. Elle nur: tomba sans connaissance, et les misérables n’étant pas

AS. encore satisfaits lui coupèrent le pied pour s’emparer de

k ‘à l’anneau qu’elle portait: Malgré tout, elle survécut et vient si rendre témoignage à ce jour. Il est regrettable que l’on ne 4 puisse voir en Europe le corps mutilé de cette femme, ‘48e comme nous l’avons vu, et que son récit pitoyable ne puisse ÿ parvenir à tous ceux qui ont de la sympathie pour leurs

Re semblables. C’est la seule femme qui ait comparu devant les

rap commissaires, et je crois que tous ceux qui étaient présents

ao ont été vivement impressionnés par son aspect et par sonrécit.

ë 4 : Son mari, Lonboto, vint ensuite et confirma la déposition

ER de sa femme. Il dit qu’il fut fouetté pour s’être fäché à la vue ni: < du corps mutilé de sa femme.ll dit aussi que les travailleurs de Pb caoutchouc étaient chicottés et leurs femmes emprisonnées. Fh $ Voici certains faits rapportés par Bomolo, chef de

° UE Boloumboloko. (1) Il n’y a pas de caoutchouc dans la forêt. A () Boloumboloko fut de nouveau envahi par les soldats de

LE PA.B.LR., en avril 1905. — Voir ci-après la lettre de M. Harris.

_ On en cherche, mais il est épuisé, maintenant. Lorsqu’on À te apporta ce qu’on pouvait trouver à la station, certains FU furent mis en prison, les femmes comme les hommes. Ils AA furent battus avec la chicotte, étendus sur le sol. Lui-même Mt Je pourrais ajouter bien des faits, mais il me semble que M les cas que j’ai cités sufliront à démontrer la nature des ‘ témoignages des indigènes et les souffrances indescriptibles F qu’ils ont subies, depuis la fondation de l’A.B.LR. ) ; Territoire : Régions contrôlées par la Société A. B. IL. R. La Commission d’enquête arriva à Bongandanga le 17 dé- Al Témoignage de M. Ruskin Il y a dix ans que je suis dans cette station, et pendant cette période j’ai été témoin des faits suivants : à 1 1895-1901 et commencement de 1902. — Surtout en mars ; _ 1899, j’ai vu des hommes traverser la station, le sang leur __ coulant de la tête, après avoir reçu la chicotte pour avoir _ apporté une quantité insuflisante de caoutchouc. ;

1895-1901. — Expédition de gardes-forestiers et sentinelles

| armés de fusils Albini, suivis des habitants de la ville _ armés de lances et de boucliers, ceux-ci suivis, à leur tour, … de femmes portant des corbeilles pour le butin, etc. M. Pe- | terson en particulier (nom indigène, Elonga) mena de pa- »_ reilles expéditions, principalement le dimanche. il Un grand nombre de femmes, mises en prison, ont été for- à cées de travailler au soleil, quelques-unes allaitant leurs fe 18 juin 1899. — Quatre hommes sortis de prison, origi- À paires de Nsoungamboyo. Un vieillard vint à la mission. jh Nous lui donnâmes à manger et à boire, ce qu’il fit avec

BA le Congo léopoldien ù We $ avidité, mais la nourriture arrivait trop tard. IL mourut et % | pe fut enseveli par sa tribu. Un autre mourut à Boyéla ; on n’a É 174 plus entendu parler des deux autres, — ils sont probable- ’ 1 ; ment morts dans la brousse en regagnant leurs foyers. L. Ca lors de la visite du juge Rossi. Nous en avons compté cent j ; AN six qui ont passé près d’ici. Parmi eux se trouvaient des ;. ‘e vieillards aux cheveux gris, de vieilles femmes, des mères Ÿ pi dont les enfants étaient nés en prison. Quelques-uns étaient Ê de véritables squelettes et leurs gens furent obligés de les Na transporter chez eux. Il y en a qui moururent en route. À Prisonniers mis en liberté au son de la sirène, (x) le

À 26 septembre 1904. — J’ai vu neuf femmes détenues à Ba- À

f vaka pour le caoutchouc. Elles furent mises en liberté aus- } d sitôt que l’agent en fut informé. Je ne crois pas que l’agent ÿ ee ait ordonné la détention de ces femmes. ; 1895. — J’ai visité la rivière Bolombo avant que l’A. B.I.R. | 4 ait commencé ses opérations, et y ai trouvé des villes floPs rissantes, un peuple heureux, quantité de vivres, de vo- } é lailles, de chèvres, etc. J’y suis retourné quatre fois depuis ÿ À J 1901. — La dernière fois, — octobre 1901, — le changement $ k était fort remarquable. Les indigènes étaient terrorisés par e: les sentinelles, et dans leur frayeur perpétuelle, étaient con- À | traints de vivre dans la forêt. À Bosinga et Eala, autrefois k villes florissantes, je n’y pus voir une seule hutte; les ha-

  • bitants étaient tous dans la forêt. £ BY auxquels quatre hommes avaient été attachés, nus, la tête h HR rasée, pendant un jour et une nuit sans nourriture et sans M F eau. Le matin, les yeux leur sortaient de la tête, ils avaient É les traits enflés, et suppliaient qu’on apportàt un fusil pour ! les tuer et mettre fin à leur misère. C’étaient des employés ; indigènes de l’A. B. I. R. qui étaient supposés avoir volé du Î ki (1) Annonçant divers « enquêteurs » privés, remontant la rivière. Tels que madame Sheldon, etc.

1 4

_ caoutchouc, quoïque l’accusation fût vague. Une de nos qe . dames-missionnaires vit ces hommes et me le dit. pe M. Ruskin répéta ses dépositions faites au juge Rossi en 4 ( Les Commissaires donnèrent à M. Ruskin le livre de 1% | M. E. D. Morel, « King Leopolds Rule in Africa », et lui } demandèrent si les faits qui y étaient rapportés étaient ceux dont il allait parler. Dans ce cas ce serait une économie de | fatigue et de temps, s’il voulait bien les confirmer en gros. M. Ruskin les lut en entier et, à l’exception d’une ou deux 4 erreurs topographiques, il confirma le tout. | M. Ruskin fit référence aussi à une expédition menée par M. Schott, agent de l’État, et cinquante soldats de la force publique, qui furent accompagnés sur une partie du chemin $ par M. Lejeune (agent de l’A. B. I. R.) et par cinq senti- ; , nelles armées de fusils Albini. Ceci en février et mars 1904. “ | Il fut rapporté que sept personnes avaient été tuées à Bo- es singa et huit à Eala. Comme il souffrait de la fièvre, M. Rus- ; _ kin dut s’abstenir de parler sur beaucoup d’autres sujets, got \ comme il en avait l’intention. Voici la fin de sa déposition : ‘

« Quant au système, je n’hésite pas à le dire, il est inique %:

L au dernier degré, et s’il continue, il finira par dépeupler en- $ tièrement le pays. L’administration du système varie selon ; lagent, suivant qu’il est bon ou mauvais, mais le système lui-même reste. D’après mes observations personnelles, je 4 puis dire que la sentinelle peut être un homme de basse in- f _ telligence et moralement corrompu; mais s’il est fort de À corps, réputé bravache, et propre à malmener ses sem- | blables, il sera probablement choisi pour forcer les indi_ gènes à fournir le caoutchouc. » - Témoignage de M. Gamman * | 4 « Après avoir prêté serment je dis que je regrettais que … les Commissaires ne fussent pas arrivés quelques heures … plus tôt, car le « marché » au caoutchouc avaït eu lieu le ; … jour avant leur arrivée, et le suivant n’aurait lieu que dans 4 J’ajouti que les gens des villes éloignées étaient venus À

ï le Congo léopoldien D: Gi la veille, et quoique d’habitude quelques-uns passassent la 4 à nuit dans un village voisin pour continuer leur chemin A à ! le lendemain, aussitôt qu’on eut connaissance de l’approche À ï de la Commission, les gardes coururent au village et for- ü ; cèrent ces gens à rentrer immédiatement chez eux. Ilen 4 6 résulta que, lorsque j’eus appris que la Commission était | 4 arrivée, j’envoyai chercher ces témoins, mais ils étaient l 1 tous partis. Enfin, je dis qu’à l’arrivée de la Commission, les ñ ! gardes allèrent dans les villes de Bavaka et Boyéla et for- 4 À i cèrent les récolteurs de caoutchouc à se cacher dans la j brousse, bien qu’ils eussent coutume de rester dans ces l: 4 villes au moins deux outrois jours avant de partir chercher À ÿ le caoutchouc. (Ces villes étant à quatre ou cinq milles.) À Les Commissaires me demandèrent alors si je pouvais ê 4 assigner une raison à ces faits. Je répondis, qu’à mon ê 1 avis, certaines personnes semblaient fort pressées de se dé- 4 barrasser des témoins, et que ceux qui restaient dans le Ë 14 voisinage seraient intimidés et empêchés de déposer. J’ex- 1 ” pliquai aussi que quelques-uns de nos principaux témoins ÿ 4 avaient été expédiés de droite et de gauche de façon à ce à M qu’ils ne fussent pas présents ; l’un d’eux ayantété appelé à M 4 Coquilhatville à propos d’un palabre datant d’il y a six 1 mois, concernant une autre villeet ne le concernant en rien. fl sa Voilà, dis-je, des « faits significatifs ». On prit note de | \ toutes ces dépositions. à Ÿ On me demanda alors s’il y avait eu des troubles les six G il derniers mois, et si nous avions à nous plaindre de l’agent F actuel, M. Delvin. Je pus dire avec plaisir qu’autant que le M x système le lui permettait, M. Delvin avait tâché d’être juste { dans toutes ses transactions avec les indigènes. Les senti- \ nelles commettaient encore de graves abus, surtout dans “ les villes situées loin de la factorerie. Il m’avait été impos- M \ . sible de me procurer des témoins des villes éloignées pour # les raisons données ci-dessus, et il faudrait quatre jours $ pour les faire venir. Wa ; Les sentinelles gardaient encore des femmes enchaînées F. | 2 et en prison jusqu’à ce qu’une demande exorbitante eût été M { accordée. M. Ruskin pourrait leur parler de plusieurs « A femmes ainsi liées à Bavaka, et à mon arrivée à Nsoungam- F]

__ milles) quatre femmes étaient attachées pour la même rai- At son. Lorsque je m’approchai, on les relächa, mais je vis HAE l’emplacement où elles avaient été liées, ainsi que la corde t employée à cet effet. La sentinelle se nommaït Mbongedza. 4 consul Casement et ce que j’en pensais. J’expliquai que *ÿ j’étais chez moi en congé lors de la visite de M. Casement, AE mais je décrivis l’état de choses déplorable que nous trou- 4 vàmes à notre retour en novembre 1903. ê J’expliquai pourquoi nous ne pouvions plus recevoir nos : nous avions pris cette décision huit jours après notre arri- D: vée, c’est-à-dire vers le 20 novembre 1903. (1) Je citai la A | ville de Dilangé, comme exemple de l’état de toutes les | villes : l’impôt que les indigènes ne pouvaient payer, les eu | femmes garrottées, les chèvres et les poules confisquées, le Ve ; peuple terrifié, et tout cela par les ordres d’un agent de VA. B. IL R., M. Lejeune. Je fis comparaître comme témoins | de ces faits Ikamba, chef de Basékoiya; Iyoké, chef de Bosi- | léla ; Iséilolé, chef de Bavaka. J’avais d’autres témoins, _ mais les commissaires déposèrent qu’ils en avaient entendu A Ces témoins déposèrent clairement ; ils furent honorablement traités, et les Commissaires nous donnèrent leur as- À surance, qu’en cas de persécutions à cause de ce témoignage les coupables seraient rigoureusement punis. 2 Ces dépositions durèrent de huit heures du matin à midi _ et demi. La Cour se retira et reprit ses travaux à trois x heures et demie. d Je leur fis remarquer que les fusils Albini étaient distri- (1) Autrefois les missionnaires recevaient leurs vivres par l’inter- 1 ; médiaire de PA. B. IL R., car il ne leur était pas permis d’acheter à | aux indigènes. Lorsqu’ils constatèrent la pression exercée sur les À : indigènes pour en obtenir des vivres, ils refusèrent de prendre ÿ part, même innocemment, à ces pratiques. La difficulté de leur fs

  • position forma le sujet d’une protestation écrite de la part de à 3 M. Casement et adressée au Gouverneur-Général. La lettre du 1e 1 consul est publiée dans « King Leopold’s Rule in Africa ». n

le Congo léopoldien À bués aux sentinelles sans que les porteurs fussent accom- # pagnés d’un blanc. co À | Je citai comme exemple le cas de M. Baelde qui envoya
huit fusils au Ngombé, selon le rapport déjà paru. 1 Je leur démontrai ensuite que le système de l’A. B. L R. { ne reconnaissait pas les chefs indigènes. De fait, nombre de ces chefs sont morts, soit tués par les gardes, soit en prison. 1 Je dis : « Les chefs sont privés de tout leur pouvoir, qui est l transmis aux sentinelles armées de fusils, et malgré cela, le 4 chef est responsable, et c’est lui qui est le premier à souf- 1 frir si la quantité de caoutchouc est insuffisante, ou la qua- ÿ lité inférieure. » Je donnai des détails sur la mort de trois { Un enfant fut saisi par M. Lejeune, contre son gré, pour ÿ tigé à diverses reprises, et s’échappa. Il fut repris, attaché à_ mn un poteau, les mains étendues au-dessus de la tête, au so- N leil pendant un jour entier. Quelque temps après, il à | s’échappa de nouveau, et cette fois se cacha si bien qu’on El ne put le trouver. On envoya des sentinelles au village, qui | saisirent trois femmes parentes du jeunehomme, nommées Boyounga, Bokokoua et Botenjou. On s’empara aussi de k | son oncle,nommé Ingolou. Ils furent amenés à la factorerie rl et emprisonnés. Û Î Quelques jours après, le village était en retard pour l’ac- f| quittement de ses « impôts » : — ce village devait fournir 5} et du caoutchouc et des vivres. On saisit alors le chef, | Nkoimpéci, qui fut mis en prison. Il tomba malade, mais M M. Lejeune ne voulut pas le relàcher. Enfin on trouva le ue jeune garçon, et Nkoimpéci et les femmes furent mis en li- ‘à berté, mais Nkoimpéci mourut le même jour. Deux autres # chefs, nommés Iséoleki et Iséotomba, de Boséki, furent re- 4 lâchés en même temps. Iséoleki mourut le jour même,et Iséotomba le lendemain matin. Ils avaient tous deux été à emprisonnés pour cause d’insuffisance de caoutchouc. M. Lejeune fit alors savoir à Iyalika, père de l’enfant, qu’il était responsable de la mort de Nkoïmpéci, et devait payer à la famille de ce dernier une indemnité de dix mille mitakos, somme énorme pour ce district. Pendant ce temps on %

_ arrêta de nouveau les femmes, et on les jeta en prison. Une Fe indemnité de six mille huit cents mitakos fut payée, ainsi Peu que des chiens, des lances, etc. de

  • Le président de la Commission me demanda alors à 4 quelle cause devait être attribuée la mort de ces chefs. Je ; répondis que c’étaient les longs et fréquents emprisonne- AS ments, le dur labeur qui leur était imposé, la mauvaise ÿ nourriture qui leur était donnée, et par dessus tout, la dou- É Iyalika (père du jeune garçon) témoigna à ce sujet, et, quoique d’autres témoins fussent prêts à faire leur déposition, la Commission déclara que ce n’était pas nécessaire. CA Je citai ensuite un meurtre commis par les sentinelles, au temps de l’agent M. Baelde. A Boséki, deux sentinelles nom- | mées Boloungia et Iséoouangala avaient lié à un arbre un + homme nommé Iseokoko et lui avaient commandé de fournir mille mitakos. Il n’en put fournir que trois cents, ainsi qu’un ou deux chiens. Cela fut déclaré insuffisant, et comme X le restant n’arrivait pas, Boloungia le tua d’un coup de fusil. A nos yeux, ceci fut simplement un cas d’extorsion. Je ; : donnai les noms des témoins de ce fait, mais ils ne furent à pas appelés. J’informai aussi la Commission que Boloungia Î (un des meurtriers) était actuellement employé ici comme Le Président me demanda alors si j’avais une déclaration générale- à faire. Je répondis-que je trouvais l’impôt du caoutchouc exorbitant. (1) Le caoutchouc des environs était épuisé; presque tous les gens du village devaient faire i deux jours de marche dans la forêt pour en trouver, y tra- F “vailler cinq jours, et l’apporter à la factorerie. La tâche __ imposée aux villages éloignés de la factorerie était fort ardue. L’impôt était censé représenter quarante heures de
  • travail par mois, mais à Nsoumgamboya il fallait treize . jours sur quinze pour obtenir la quantité de caoutchoue À (1) Remarquons qu’il s’agit ici d’une compagnie « commerciale » À ” qui, sous le doux régime congolais (le Gouvernement lui-même | & est porteur du 50 o/o des actions de ladite compagnie) obtient le Û _ caoutchouc sous forme d’impôt !

le Congo léopoldien FT “ACTES requise. Il ne restait donc aux indigènes que quatre jours à #4 passer chez eux par mois. Je ne connaissais aucun village où . j il fallût moins de dix jours sur quinze pour satisfaire aux 1 4% En second lieu, la plus grande iniquité était le pouvoir L Ê remis aux mains des gardes-forestiers, recrues armées qui k’ : abusaient de leur position fréquemment et atrocement, et L n’étaient jamais punies, même pour les crimes les plus 4

horribles. Tant que je sache, aucun garde n’a été puni ; pour ses viles pratiques et ses abus de pouvoir, ses vols . de femmes et de biens, ou même ses meurtres, même prou- 1 vés sans l’ombre d’un doute. En réponse à une question | du président, je dis qu’à mon avis, il était impossible de À ) récolter la même quantité de caoutchouc sans employer les | gardes-forestiers, parce que cette quantité était excessive, et que les chefs avaient été privés de leur autorité. z À Ceci mit fin à l’audience du jour. Poursuivant mon témoignage le jour suivant, je crus pouvoir prouver que les à gardes continuaient à abuserde leur position et aussiqu’ils M . n’étaient pas suffisamment surveillés par les agents de ‘4 VA. B.I. R. Les femmes dont j’avais parlé la veille furent M liées par Mbongedza simplement pour leur extorquer des 4 vivres, — ce ne pouvait être pour le caoutchoue, puisque M leurs maris étaient en train de le transporter à Bongan- : danga. Ces femmes se nommaient Nsala, Bokali, Ekokoula Ÿ et Botono. La sentinelle ne le nia même pas, et bien que À M. Delvin eût promis de le faire révoquer, cet hommene M fut détenu qu’une nuit, et il est en ce moment garde-forestier M A Nsoungamboyo les gardes réclament la moitié de la : viande préparée par les indigènes. C’est depuis longtemps M la région favorite des gardes qui y ont saisi un nombre énorme de femmes. Celles-ci sont actuellement dans les vil “# lages autour de ce district. Un jeune homme reçoit son :# fusil, devient garde-forestier à Nsoungamboyo et dans M quelques mois possède plusieurs femmes : « Mon témoin, dis-je, pourrait vous expliquer comment ils s’en emparent. Il vous parlera aussi de meurtres et de toutes sortes d’atro- 4 ‘

Lokungu, mon témoin, fut alors appelé. Il avait une . corde avec 42 nœuds, chacun indiquant une personne tuée : à Nsoungamboyo. Il avait aussi un paquet de cinquante ; feuilles représentant une femme enlevée, selon lui, par les f gardes; il en nomma plusieurs; et il y en avait beaucoup È d’autres dont il avait oublié les noms. ! Ce jour-là, il avait vu, en venant de notre station au ; steamer, quatre de ces femmes dans la maison d’un garde : une était sa propre fille. Les noms de ces quatre femmes 1] étaient Iysovu, Bentéké, Bofola, et Boyouka. Si un homme est malade et ne peut absolument pas aller chercher le caoutchouc, ses amis doivent faire un cadeau d’importance à la sentinelle. Si un indigène, dont le nom est sur la liste à des récolteurs de caoutchouc, vient à mourir, ses parents doivent faire de grands frais pour faire rayer son nom de k la liste. Deux autres chefs témoignèrent aussi, venant de villes éloignées, — Iséalelo, de Ngandou ; Lokoua, de Baolongo. ï Voilà le rapport fidèle et complet de l’enquête tenue ici. « M. et madame Lower (Congo Balolo Mission) à Ikaou. Territoire : Régions contrôlées par la Société A. B. I. R. La Commission commença ses travaux à Ikau le 22 dé- cembre, et ses séances prirent fin le 29. Témoignage de M. Lower QIl s’agit d’abord de cas d’intimidation. Il fut prouvé qu’un nombre d’indigènes, désirant témoigner, avaient été menacés, cruellement traités, et dans certains cas empêchés par les gardes d’aller à Ikaou. Plus tard, au cours de l’en-

  • quête, il fut aussi déclaré qu’on avait essayé de corrompre ces gens pour les empêcher de raconter les torts qu’ils _ avaient subis. M. Lower fut le témoin principal, et remit la liste sui- k vante des assassinats commis dans la concession, faisant | comparaître de nombreux témoins indigènes pour prouver … les faits. 30 105

dans les districts de Bassanko 1e district de à maines de pr

Un peu plus tard | Likoti Bosuma Inconnue : ki

Plus tard Bakungu Lonkeke Battu pa sen Bofaka et q Peuavant la visite | Bofungi, Mère du témoin Efufola 4 , Boo fin de 1903 Nsongo ‘@ idem idem Personne de tué, | Lokilo (a mais femme du me née par senti- 10 agent Nina, qui 4 cohabita avec D. $ elle pendant
trois ou quatre 4

  1. Juge d’instruction qui visita le district avant l’arrivée de la CO
  2. Nom indigène d’un agent européen. “R

agé, son avant-poste É o (oncle) Rapporté peu de temps après à M. Bosco. (Qi Battu f Lo avec un fusil dans un canot; en mourut le soir * | même. Iseambo mis en prison, à Dilange et Bassan- Ç a kusu, après son rapport, et pour en avoir parlé 120 ver (Ikau) Envoyé par l’agent Botalatala avec fardeau à Dilange. W (père) Tomba épuisé en revenant; transporté chez lui par EU E | ef ses parents; mourut un ou deux jours plus tard. ÉESAI ils) hd par lagent ci-dessus porter fardeau à Dilange; S: \ s’échappa au village, laissant le fardeau; mourut d la Battu par sentinelles pendant séjour de deux semaines à S 1 en prison; renvoyé au village, où il mourut deux N jours plus tard. Û Emprisonné par agent Njunju. (2) Affaibli par les mau- ») (tous “piges À vais traitements et le manque de nourriture ; libéré 4 risonnés ef et mort trois jours plus tard. à | Alla rapporter le meurtre de sa mère en pos Ù et FPE en général; revint avec M. Bosco à M E Bassankusu; pendant la visite de ce dernier, fut 1 emprisonné à La cruellement traité par les j 3 sentinelles, à cause de son rapport à M. Bosco. e L Alla avec Lokoka (voir ci-dessus) rapporter l’état de : &. choses au juge et souffrit en conséquence comme 5 nous venons de le dire. pports ont été supprimés par le Gouvernement du Congo. ÿ

RU = de Congo léopoldien LEE avant larrivée district de | Bompolenge (sa | Boembi | ‘ATEN Durant le 4 En idem Isokela Nkoi RUE de Njunju à Bas- Bataji (Œune seule a fl Ayant arrivée de | Nkoi,district | Bokamann Inconnue M au ‘ Nina à Dilange de Nsongo j aie à Peu de temps | Bomati, Tsosungola de Li- | Deux sentinél FPE après larrivée district de fumba noms incon ne À lange 1 nt ; Plus tard Nsongo Bonongo Bôngwala ag: 1 Ée district de 1 Le U Pendant le séjour idem Bolombo Efufola ny idem \ idem Mpukulu Bosenga | Joko et \ È he (1) Nom indigène de l’agent européen. ME

to (frère) Indigènes apportèrent du caoutchouc à Bassankusu, +, ETES bu (sœur) et retournèrent au village, où, deux jours ee ils De, | (mère) furent attaqués avant le lever du jour par des sen- à L’NENE

frère) Habitants de deux villages de Nsongo se battaient V2 na (frère) avec des bâtons à propos d’un palabre de femmes SEE 1e] de la localité. Dia envoya deux sentinelles ’ ; 2b è armées dont lune fit feu les tuant tous deux. lNVHSR (frère) Palabres de caoutchouc; sentinelles armées envoyées ée | s j: ) par Njunju. MAUR. ann (frère) Tué dans un arbre bafoli. AN ie

, blessé au | Sentinelles envoyées de Dilange; le peuple s’enfuit; ÉRRE °1 5e spa balle mais la victime et le témoin rencontrèrent les senti- “Fi mba (frère) Sentinelle réclama la femme de Bonkeji. Sur son Va fusillé. Le cadavre fut détaché par Sefoso, témoin. FE (sa femme) I fut arrêté et conduit à Nina (1) par la sentinelle, et ñ à

f battu en route avec un fusil; mis en prison, où il L We | mourut, poor la nuit, de ses blessures. Enterré A Oo (père) La balle, destinée au père, tua le fils. de Hintère) Sentinelles envoyées par Nina. qu

ÿ14 | Pendant le séjour | Bomati Bocindu Inconnue L ‘d trict Ntumba Bocki et deux a

| idem Bokolo, dis- | Inkoma Bôngwalanga | Probablement Ilinga, Mpota Efufola et d’aut vers le commen- district de a} cement de 1904 Nsongo 3 ; Pendant la visite idem Impongi Bofala À 1903-1904 Nsongo Bakungola Likoka L ï (@) ‘Il est bon de se souvenir que ces soldats ou gardes-forestiers soniE 4 vient à manquer. Le système est décrit en détail dans la brochure, (2) Chef des sentinelles. Ke

(neveu) Nina, trouvant Bocindu dans un autre village, laccusa DE de s’être échappé, le fit arrêter et mettre en prison } à Dilange. Pendant quinze jours d’incarcération, il ‘ fut frappé avec un fusil par les sentinelles et mourut deux jours après avoir été libéré. (frère) Mis au secret pendant environ quinze pe Pendant | ce La battu par les sentinelles. Libéré. Mourut le lendemain. La sentinelle Iseowaka réclama 1.000 mitakos aux parents de la victime comme à prix du cadavre. Dilange. Gardes-forestiers (1) creusèrent une fosse et l’y placèrent à plat-ventre. Ils lui sautèrent plusieurs fois dessus, le cs à coups de crosse jusqu’à ce qu’il fût mort. Ils portèrent le cadavre à Nina, qui, sans l’examiner ni demander d’explication sur la cause de la mort, leur dit de l’emporter et de l’enterrer. À Longue captivité à Dilange, pendant La LE il fut battu par les sentinelles. Mourut de ses blessures et de faim et fut enseveli près de la prison. Refusa de donner des bananes aux sentinelles de en réclamaient, fut menacé par Bôngwalanga, et fusillé ngo Sentinelles envoyées par Nina au village, les habila tants s’enfuirent, laissant un garçon, Mpota, malade (sa femme) dans une hutte. Sentinelles le découvrirent, le jetèrent dans le feu et l’y laissérent périr. Caoutchouc Ep id à Bassankusu; sept hommes emRE pendant environ trois semaines.*Le dé- Ë unt fut battu par les sentinelles, et après avoir été libéré, mourut le jour de son arrivée au village. Ju (sœur) Deux hommes emprisonnés par Nina, — le défunt et un autre nommé Lôla. — Ce dernier s’échappa et Vautre fut fusillé par les gardes. Le témoin fit un rapport du meurtre à M. Bosco ; avant l’investigation de l’affaire, Nina lui donna 2.000 mitakos pour se taire. Fut empêchée de comparaître comme témoin par Capita (2) Bompongo. uettés ou Re si le caoutchouc des villages qu’ils contrôlent r (voir plus haut).

NN le Congo: léopoldten | MONNIER He ; Novembre- Nsongo Bofijwa Bompongi et Los Jp vée dé Nina à district de | Mpulu Iseosekwa FER MM. Demol et | Fe 1894-1895 Ilinga, Femme et enfant. | Loposi (actu®] AL @ district de Aussi lenfant ment près de ik Autres faits du Ekila (femme) Lofosi À AE même palaver 1 tu Bomindo (femme) | Londombo (ae ai , Mboyo (enfant) ment à Bassaï TRE Bokeoo (enfant) $ é Wute (enfant) 4 ke M Bofali (femme) Inconnue % po Bolei (femme) Inconnue Ar . Mars 1904 Lifumba Isamboyo Bosio (avec le Bokokata Bompotong AA aussi feu 4 | (2) Nom indigène d’un agent européen. :

nkoi (fille) Eut lieu dans le district de Dilange. Bonkongya de- APS dE L manda au défunt de lui donner sa fille (témoin). Sur à TP 0] son refus, il envoya les deux sentinelles, qui le pen- RAR dirent. Bonkongya s’empara alors de sa veuve. ‘ YLYHBES ie

frère) Mboko, ps de Bôgi, fut empêché de venir témoi- Le (EN EE a gner devant la commission. Sentinelles envoyées FREE par l’agent à Bassankusu. LYS Bt co (frère) Agent de PA. B. I. R. Lowoso (1) envoya les senti- AS di (père) nelles. Impongi eut la main droite, le pied gauche, L’AUS 0 (mère) et une partie de la jambe coupés pour voler les : ORNE parents de ornements qui y étaient. AC

(mari) Femme tuée d’un coup de fusil, en l’absence des Ar ce iga (frère) autres. | (Es ê) 15 mari et père) | Femme fusillée et enfants déchiquetés avec couteau Kr 112 | ou couteaux. \ FAURE pi (fils) Femme fusillée. LUE. zO M. Lower, C. B. M., Ikau, vit le cadavre vingt-quatre F4 Le ze heures après le décès. Corps transporté à l’agent LE AIRE 1da < Ad, (2) ss le renvoya avec les porteurs. Fait rap- RAGE À a porté à M. Bosco peu de temps après. à. $ Fe ». Sentinelles menées à Bomati par l’agent Add. M. Lo- A D (capita cuisse droite, et qui mourut quelques jours après EN AER DnAnelle) son départ. Rapporté à M. Bosco. Ÿ 2

le Congo léopoldien #4 iv 1902-1903 Boswlongi et | Bokôla M | (femme) et deux 10 enfants l: | Agent de lEtat district de | Lomboto n | \ Peu de temps | Lokombo, Boledza 1 | après district de | Bolefo ne |: Bondombi(femme) k: Mboyo (enfant) Q Ekokola (enfant) J

ke Soldats conduits dans le district par M. Hagstrom (1) TON de Bassankusu. Les trois adultes furent fusillés et à 2: CIRE 1 les trois enfants écrasés. |: : 144 ie Lokomba | Agents à Bokokata menèrent combattre les sentinelles. ei 3 | Bongena débarqua à Bokohato et pénétra dans l’inté- M rieur avec ses soldats. Les défunts adultes eurent LT la gorge coupée, _— été placés en travers d’un IE tronc de bananier. deux enfants furent écrasés. L’HTER Vi à

% Les témoignages concernant ces assassinats furent consi- Ne me dérés avec soin par la Commission, et bien des faitscachés, 4} ne les uns depuis douze ans, furent révélés. | | M. Longtain, qui était présent, fit les objections habi- ”} ; tuelles de l’A. B. I. R., essayant de porter diverses accusa- } Re à tions contre les missionnaires, mais cet essai de mettre en | controverse la nature accablante des témoignages fut aussi M} nl futile à Ikau qu’aux autres stations de la Congo Balolo Territoire : Actuellement contrôlé par la Société La Lulonga 1 è Ce qui suit est, en substance, le témoignage rendu devant l la Commission d’enquête à Bonginda, territoire de la So- M fi ciété La Lulonga, par M. Charles Padfield, de la Mission } Témoignage de M. Charles Padfield |! Vers le mois de juin 1904, l’agent européen (nom indigène Ekotolongo) contrôlant la station Boyeka ordonna à sept 1h ; - hommes du village de Bokenyola de mener sa sentinelle, (1) M ? en canot, chercher le caoutchouc d’un autre village.(2) A M ° leur retour ils rencontrèrent le blanc à Wambala, et celui-ci « les envoya à un troisième village (3) avec deux sentinelles. (4) M Quand ils arrivèrent à ce dernier village, il ne s’y trouvait À pas assez de caoutchouc, et l’on y saisit deux otages. L’un 2 de ces derniers possédait 200 mitakos (monnaie courante du M pays) dont les sentinelles s’emparèrent, mais un des ra-

meurs (5) essaya de rendre les mitakos à leur propriétaire. | ;

(4) Bolinda et Loleki. 1 k

Les sentinelles lui ordonnèrent de cesser et le battirent sé- + HEAR vèrement avec la chicotte, lui donnant aussi des coups de AL crosse dans le dos et la poitrine. Lorsqu’ils rentrèrent à Eat Boyeka, les rameurs rapportèrent l’affaire à l’agent, qui les AI ‘ traita de menteurs. *YSTIPONEE Deux jours plus tard, le rameur en mourut. Ses parents au portèrent le cadavre à l’agent qui les congédia, en déclarant paul que l’homme était mort de maladie ordinaire. FE Dans les premiers mois de 1904, peut-être en mars ou “A avril, un autre agent européen de la Société, à Boyeka (nom indigène Lingonju), envoya sa sentinelle dire à tous les gens du village de Bokenysla d’apporter « ékékélé » c’est-à-dire de la corde employée dans la construction des : maisons, etc. Tous les hommes du village obéirent à cet È ordre, à l’exception de trois, deux vieillards et le chef re- (: connu de la communauté. Plus tard, dans la même jour- AE née, la sentinelle Ebolo arriva au village et voyant un des : vieillards, (x) lui demanda pourquoi il n’était pas venu. Il le Mer battit ensuite avec la chicotte, et lamena à l’agent européen ne à Boyeka. Celui-ci le fit mettre en prison, où il mourut AP) deux jours plus tard. à Mdwabenga, chef du village, accompagné du fils du vieil- 1 lard, Bofoké, vint trouver l’agent et essaya de lui par- 4 ler, mais comme il ne voulait pas les écouter, Bofoké, qui savait que le Commissaire du district, M. de Bauw, était l attendu, dit qu’il lui rapporterait l’outrage. Là-dessus, l’agent européen ordonna au chef de garder Bofoké au vil- pa lage, ajoutant, que s’il lui était pernris de faire son rapport au Commissaire du district, lui (l’agent) tuerait le chef. L’agent donna aussi à Bofoké 800 mitakos pour qu’il ne dît rien de la mort de son père. | Le 4 décembre 1904, lorsque la Commission d’enquête était attendue, les agents européens à Boyaka essayèrent de corrompre les villages environnants pour les empêcher | de révéler les atrocités commises. On envoya deux gardes (2) : :(2) Ndongola et Loyeka.

le Congo léopoldien #0 inviter des indigènes (1) du village d’Ingando à la station \

{ s pour y chercher 100 couvertures, mais les gens du village, sachant bien que la Commission d’enquête allait venir, re- M fusèrent d’aller chercher les couvertures. :N Le même jour, les agents européens envoyèrent des senti- 1

j nelles au village de Nkoli, inviter les chefs (2) à la facto- #N rerie pour y chercher des couvertures, mais, eux aussi, re- M

fusèrent. On agit de même dans les villages de Boyeka et de Bokenyola, et comme les chefs ne voulaient rien écouter, M on offrit de faire des largesses au peuple, qui les refusa. M à Les agents européens donnèrent alors des cadeaux aux Ca- M pitas chefs des gardes-forestiers. (

) [Note de M. Padfield : — Les indigènes expliquèrent à la ; Commission que la raison de leur refus de recevoircequ’on leur offrait, était que les agents européens ne leur payaient pas le caoutchouc, ete., mais que les Blancs, à l’approche de “N la Commission, essayèrent ainsi d’acheter leur silence. À. |

Les Blancs, eux, expliquèrent que c’était leur habitude MM de donner des primes aussi bien que des gages, et queces

F marchandises, ainsi offertes, étaient les primes annuelles !]

En août ou septembre 1904, les agents européens de n Boyeka (noms indigènes Etokolongo et Nkoi) envoyèrent M une sentinelle au village de Nkoli chercher le caoutchouc. h.

Comme plusieurs hommes robustes étaient morts, cer- M taines gens du village allèrent trouver l’agent européen pour MM le prier de réduire le nombre de corbeilles de quarante à 1 trente. (3) Il refusa, et envoya la sentinelle Ekolelo punir le il peuple, si la quantité de caoutchouc récolté était insufli- M sante. Les indigènes ne purent apporter la quantité voulue, et là-dessus, la sentinelle tua le chef Bombambo, la balle M pénétrant dans l’abdomen du côté droit et ressortant par le

Le fils du chef assassiné, accompagné d’un autre homme M

(x) Botofe et Lofali. ‘à

(2) Bosolo et Mbolo.

(3) Chaque village est censé apporter, toutes les quinzaines, tel M” nombre de corbeilles remplies de caoutchouc. Cest le système

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nommé Bosolo, amena le corps à l’agent européen « Ekoto- AU longo » et porta plainte. Mais l’agent leur dit que le chef No) avait été tué parce que le caoutchouc n’était pas au com- HER plet et leur ordonna de remporter le corps chez eux. Avant LATE leur départ, il appela son chien et le lança contre eux; le F2 chien mordit le fils à la jambe, pendant qu’il transportait 4 le cadavre de son père. g Vers le commencement de 1904, l’agent blanc à Boyeka Hi, (nom indigène Lokoka) envoya la sentinelle Eyoka au vil- ; lage de Nkoli chercher la quantité voulue de caoutchoue, : c’est-à-dire trente corbeilles. Cependant, un indigène s’étant échappé du village, il ne s’en trouvait que vingt-neuf. Là- E : dessus, la sentinelle abattit un indigène nommé Lokambo ; d’un coup de feu. Il ne mourut pas tout de suite, et les é hommes du village le portèrent à l’agent en protestant. ; Celui-ci répondit que la sentinelle avait fait son devoir, et ; É ordonna aux indigènes de rentrer immédiatement chez eux. La victime de ce crime mourut en route. Le 4 décembre 1904, cinq sentinelles (1) allèrent au village de Nkoli. Elles n’avaient pas de fusils, car l’agent les leur avait Ôtés en vue de l’approche de la Commission. Ces à sentinelles infligèrent au peuple une amende de 500 mitakos ces et d’une quantité de vivres. La ville avait à fournir quarante corbeilles de caoutchouc et un sanglier tous les quinze jours. Les gens de la ville d’Inganda avaient à fournir vingt corbeilles de caoutchouc par quinzaine. Une fois, vers le commencement de 1904, ils n’en avaient récolté que seize. ; On envoya le garde Maboké chercher le caoutchouc et celui-ci, voyant qu’il en manquait, battit si rudement un indigène (2) avec son fusil, qu’il en mourut. Lofali et d’autres hommes portèrent le cadavre à l’agent européen « Ekotolongo », qui dit que l’homme avait été tué parce qu’il manquait du caoutchouc. Un peu plus tard, il manquait cinq corbeiïlles dans le % (:) Ntsombo, Loyeko, Etoko, Yamba et Mpokojimbo.

À à même village, et le garde Mambuso s’empara d’un indiLR gène (1) et l’amena à l’agent blanc à Boyeka. Celui-ci le fit M A chicotter en sa présence. La victime de cette brutalité fut 4 à Lis ensuite conduite à Bassankusu (quartier-général de la Société 1 A. B. L R.) où elle fut détenue cinq jours, après quoi elle M Le fut ramenée à Boyeka, de nouveau chicottée sur l’ordre de À #0 Yagent et renvoyée chez elle. Elle avait le corps si horrible- é ment déchiré qu’elle en mourut deux jours plus tard. Les M à gens du village, précédés de leur chef, Lofali, portèrent le | cadavre à l’agent blanc, qui se contenta d’ordonner à une » sentinelle (1) de fustiger Lofali avec la chicotte; il en porte L encore les cicatrices. b | re Au mois de novembre 1904, un garde alla au village de À NE Nganda chercher le caoutchouc, et s’empara de 500 mitakos ge appartenant aux indigènes, pour son propre compte. Les 4 | 4 indigènes ne le rapportèrént pas à l’agent, car ils avaient | déjà rapporté des faits semblables, et les sentinelles n’avaient pas été punies. Ù À | Vers la fin de novembre, un autre garde (3) alla au même village, et, trouvant que la plupart des habitants étaient @ partis, il demanda à ceux qui restaient de lui donner | 500 mitakos, disant que si on ne les lui donnait pas, ilirait M à Boyeka chercher d’autres gardes pour leur livrer ”#} Vers la même époque, un autre garde fut envoyé dire au peuple d’amener le sanglier qu’ils devaient fournir au Blanc comme partie de « l’impôt », et que les gens du village, ! cette fois-ci, n’avaient pu réussir à attraper. Cela leur valut ; une amende de 4.000 mitakos. Le lendemain, les indigènes M attrapèrent un sanglier, mais ils ne reçurent aucune com- R Afin de démontrer l’énormité de l’amende, (4) il suffit ’ d’ajouter que ce village ne comptait que quarante hommes

et cinquante femmes, d’après le recensement officiel fait en LITE Le Blanc (nom indigène Lokoka) ordonna (date inconnue) : il se : aux hommes de Bokenyola de récolter de la gomme copal, *$ Mae “ d’apporter des arbres et des matériaux pour faire un toit, RS sl et de fournir des ouvriers pour construire une maison. Ils LATE ne reçurent aucun dédommagement. Une autre fois, il les FETE envoya couper des arbres, et comme ils ne revenaient pas 4 s- A aussi vite qu’ils auraient dû le faire suivant son avis, il fit Den: S attacher tous les hommes et les femmes qu’il trouva dans pe 4 la ville, et les garda ainsi jusqu’à ce qu’ils fussent rachetés Poires au prix de 4.000 mitakos. sa Le dimanche, la ville de Bokenyola doit envoyer dix WT femmes et la semaine quarante, pour travailler à la facto- LEE rerie. Un soir, que les quarante femmes avaient travaillé ‘4 toute la journée, l’agent européen « Lokoka » les fit mettre 3. Del en rang et leur ordonna de se mettre nues, puis il choisit à NO la plus belle, coucha avec « elle, et lui communiqua la maladie (TE a dont il était atteint. ‘Hi Au commencement du printemps de 1904, les sentinelles 15 de la Compagnie La Lulanga furent envoyées à Bolongo Nr chercher le caoutchouc que ce village « devait » fournir. Les Vi gens étaient allés à la forêt, mais n’avaient pas pu récolter He la quantité voulue. Comme punition trois indigènes (1) furent is Hi assassinés par les sentinelles (2) et un autre fut blessé. (3) tes Les indigènes apportèrent un des cadavres ainsi que le UNE blessé à M. Spelier, (4) directeur de cette Société. Il les traita WE ô de menteurs, et leur dit de rentrer chez eux. LR _ Les gens de Bolongo furent forcés d’acheter du caoutchoue 1 à une autre tribu, les Ngombe, au prix de 50 mitakos la cor- vi beïlle, et durent porter à la factorerie quarante corbeilles RAT qui ne leur furent pas payées. F nu _ En septembre 1904, les gens de Bojinga allèrent demander È (:) Moniongo, Ngombele et Eloko. Hi (2) Mbangu, Lolo et Mgalla. # &

ÿ à « Ekotolongo », l’agent blanc à Boyeka, pourquoi ilne | leur payait pas le caoutchouc. Pour toute réponse le Blane fit attaquer la ville par ses gardes, la brüla et s’empara de | tout le butin qu’il pouvait emporter. k Vers le milieu de 1903, les gens du village de Bomengi #

  • venaient de se mettre en route pour porter le caoutchouc à la factorerie, lorsqu’un garde (1) arriva en canot. Les gens lui dirent que le caoutchouc avait été envoyé, mais il ne # voulut pas le croire et tua le chef. (2) Ceci fut rapporté à l) l’agent blanc « Lokoka », qui refusa de faire des démarches ; pour punir le coupable. À É Une autre fois, l’agent blanc « Lokoka » fit savoir aux M gens du village de Bosokoli qu’à l’avenir ils devraient fournir le double de caoutchouc, sous peine de punition.Comme les indigènes ne pouvaient ou ne voulaient pas le faire, l’agent blanc envoya ses gardes au village où ils tuèrent i deux hommes. Le chef se plaignit à l’agent, qui répondit: « Pas de palabre », et dit aux sentinelles de jeter le corps dans le fleuve. £| Quelque temps après, ayant appris que le chef s’étaitfäché, M l’agent européen lui ordonna d’apporter le caoutchouc lui- : même. A son arrivée, le chef fut chicotté par les ordres de M l’agent et incarcéré pendant environ quatre mois; pendant M ce temps, il fut forcé de travailler chaque jour et fut fréquemment fustigé. É Au printemps de 1903, lorsque la sentinelle attachée au M village de Lobota, sur la rivière Eloko, était allée à la factorerie de la Société pour y porter l’impôt de caoutchouc, le ; village fut pillé par d’autres gardes. (3) Les indigènes ayant fait des remontrances, les gardes en tuèrent quatre, (4) y 4 j compris le chef; puis, s’étant mis à la poursuite d’un M garcon nommé Mbuké, ils l’attrapèrent, lui tailladèrent le Ë corps et lui coupèrent la main droite. Deux indigènes (5) (3) Bosokudemo, Ekua, Ecikala et Bomboju. 6 G (4) Malongo (chef), Monbo, Buke et Etambanjoko. l. (5) Mambalanga et Efasu. 4 ; 122 4

allèrent porter plainte à l’agent blanc « Bomba » (nom indigène) à Mampoko, emportant avec eux le cadavre d’une des victimes. L’agent leur dit de s’en aller et de jeter le cadavre Vers la même époque, lorsque les gens de ce village

  • étaient en train de porter le caoutchouc à l’agent blanc « Loboka », celui-ci leur dit de lui apporter aussi dix poules, ÿ et envoya un garde (1) avec eux pour faire exécuter ses ordres. Comme le peuple faisait des objections, le garde tua un indigène nommé Maloko. Un des parents (2) de ce dernier porta le corps à l’agent, qui se contenta de le congé-

Au printemps de 1903, pendant que le garde (3) attaché au village de Busanbongo était allé à Mampoko porter l’impôt de caoutchouc, deux autres vinrent piller le village de presque tout ce qui avait de la valeur. Comme les gens du village s’y opposaient, une sentinelle fit feu et blessa le nommé Mokemké au genou gauche, la balle pénétrant plus bas dans la jambe, et lui cassa le genou droit avec une massue (depuis ce jour, l’homme est estropié); pendant ce x temps, l’autre garde blessa le nommé Biacia au bras droit, dont il ne peut plus se servir maintenant.

Vers le mois d’octobre 1904, les agents blancs à Boyeka firent amener le chef de ce village, nommé Jongi, et lui ordonnèrent de travailler le caoutchouc. Il refusa, étant le chef, et aussi parce que sa ville fournissait déjà du poisson, du minsumbu, etc.

Il fut alors saisi par les agents, qui le battirent atrocement. Quand ils eurent fini et qu’il ne se relevait pas, ils lui donnèrent des coups de pied, puis s’aperçurent qu’il était mort. Un blanc s’était chargé de le tenir pendant que l’autre le

A une certaine occasion, en automne 1904, les gens du

(4) Il est bon d’ajouter que la Commission examina dix témoins | oculaires de cet acte. — Remarque de M. CHARLES PADFIELD. | 123

. village de Bokutolo, près de Boyeka, reçurent trois grains “4 RARE de verre plats, comme prix de leurs corbeilles de caoutqu ri chouc. Ils en demandèrent davantage, n’ayant rien reçu les De huit dernières fois qu’ils avaient apporté du caoutchouc. (1) He de Pour toute réponse, l’agent blanc saisit l’homme Mboyo, niv et, tenu par l’un, battu par l’autre, celui-ci mourut sur place. Fi FANS La troisième fois qu’ils apportèrent le caoutchouc après Le: : le meurtre rapporté ci-dessus, les agents blancs donnèrent | ÉNTES aux indigènes un petit miroir. Ceux-ci demandèrent des ” 1 | mitakos. La réponse des agents fut de saisir l’homme Bore kéétu, et de le battre si vigoureusement avec la chicotte, Re | . Afin de pouvoir apprécier pleinement la gravité du témoi- sf ji gnage de M. Weeks, et l’acceptation de ce témoignage par Fu F la Commission d’enquête, il serait désirable de reproduire Au ici les lettres adressées par M. Weeks à M. Morel et aux #} Sat; autorités du Congo en 1903 et 1904, lettres qui ont paru dans RTE la West African Mail; malheureusement, l’espace nous Nh fi manque. Il suflit de dire qu’un des résultats de la longue série des révélations de M. Weeks a été de démontrer l’im54 . ‘ possibilité de s’attendre, au Congo, à une punition suffisante, ; mA voire à une punition quelconque, des crimes dans les- È ( quels les blancs sont impliqués, surtout si ce sont des l

  • employés du Gouvernement. ‘4 j ASE Dans l’affaire des assassinats des indigènes (hommes, “ , TE k femmes et jeunes filles), sans défense, des villes de Bon-m | ñ gondo, commis par les troupes commandées par le lieu- (1) Impôt bi-mensuel ! Imposé par une société commerciate !! Î (2) Les témoins oculaires de ces morts, ainsi que les veuves des. victimes, furent interrogés par la Commission d’enquête. — Re-® !

_ tenant Mazy, dont parle le témoignage, il fut permis à cet MA di officier de rentrer en Belgique, bien qu’à ce moment les HA accusations de M. Weeks fussent entre les mains des auto- ni rités à Boma. La première enquête, qui suivit la publica- MATE tion de la lettre de M. Weeks dans la West African Mail, ae à et qui fut menée par M. Grenade, officier judiciaire, démon- FA 4 tra pleinement l’exactitude des assertions de M. Weeks, la A culpabilité du lieutenant Mazy, et au moins la grave res- MEN Ÿ ponsabilité morale du Commissaire général, M. Mardulier. qu Cependant tous deux sont rentrés en Europe sans être HUE odieux, et que nous pourrions nommer si notre but était BRAY de concentrer nos accusations sur des individus, sont ren- a à trés et rentrent encore par chaque steamer. ? 14 Témoignage de M. Weeks ni La Commission d’enquête arriva ici le soir du 6 janvier, HR fu et le lendemain matin à 8 heures 30, la Cour ouvrit la LEUR séance et je fus sommé de comparaître. Le Palais de Justice fee se trouvait être le pont d’un steamer, — un grand espace REPAS entre deux cabines. Le président portait une robe rouge, RAR garnie de bandes de dentelle, le Baron Nisco une robe Fu noire avec des bandes blanches, et le membre suisse était An _ en habit. Des soldats se tenaient de chaque côté, armés de FN fusils, la baïonnette au canon. La Cour avait une apparence \E de dignité fort impressionnante. ; Après avoir prêté serment comme à l’ordinaire, on me 1e pria de faire ma déposition. J’attirai l’attention de la Cour EU sur le fait que mon attitude envers l’État n’était pas le résultat de l’agitation actuelle en Angleterre, puisque le an 6 novembre 1897, (1) j’avais envoyé au Commissaire du dis- \ WUTS _ trict des Bangalla un appel vigoureux, demandant une ee _ réduction des impôts, qui étaient intolérables ; les indigènes dl 1 i) () Cette lettre, dont je possède la copie et qui parut dans la Me ‘ » West African Mail, de juillet 1905, montre que, huit ans aupara- |
vant, M. Weeks se plaignait amèrement aux autorités des lourds ATEN | fardeaux imposés aux indigènes. | NE

ï le Congo léopoldien UT _ étaient à moitié morts de faim et la population décroissait ; très rapidement. Il fut fait lecture de cette lettre aux Comst missaires, et sur leur demande, je leur en donnai une % copie. Je leur dis que trois officiers de l’État étaient venus et avaient examiné mes plaintes; ils avaient trouvé quemes accusations étaient vraies, mais on n’avait rien fait pour ; soulager les indigènes. LL J Je fis alors référence à ma lettre du 13 juin 1903, que d>. j’avais envoyée au commissaire; et n’ayant pas reçude } réponse, j’en avais expédié une copie au Gouverneur; après lui avoir amplement laissé le temps d’y répondre, je communiquai la lettre à la Presse. (1) La Commission déclara que j’étais pleinement justifié dans mon action, et que j’avais M bien agi. Je fis alors remarquer la date de la publication de M ma lettre décrivant le caractère excessif des impôts, la date de l’arrivée au Congo de la lettre publiée (11 décembre 1905) M et la date de la réduction des impôts (janvier 1904). Je leur M donnai une liste de l’ancienne taxe, donnant comme M exemple le cas de soixante-sept hommes, femmes et enfants dans les villes de la Crique, qui payaient autrefois 4.000 mi- M takos tous les quinze jours et qui n’en paient plus que 200. Ils trouvèrent que mon action était pleinement justifiée par le résultat, et que si mes lettres n’avaient pas été publiées, il n’y aurait pas eu de réduction. Le président fit remarquer 4 que le Gouverneur avait dit que lestaxes étaientexcessives. M Ils acceptèrent, comme étant prouvées, mes accusations “M concernant les impôts exorbitants. Je fis remarquer que l’État ne considérait jamais les conditions matérielles de la M vie du peuple, et donnai les exemples suivants : À Pendant deux inondations successives qui détruisirent É leurs fermes, les gens de Monsembé devaient toujours M ? fournir des impôts de vivres, et, dans ce but, devaient se rendre à Lulanga, situé à quarante milles, pour y acheter de la cassave et la transporter à Nouvelle Anvers. Donc cet impôt exigeait un voyage de quatre-vingts milles. De plus à les gens de Ndobo, qui ne peuvent cultiver la cassave dans (n) Ces lettres ont paru dans la West African Mail. ?

leur contrée marécageuse, étaient cependant forcés de l’acheter à des villes riveraines, à un prix élevé, afin de É pouvoir payer les impôts inexorables de l’État. Ils ne ( peuvent cultiver que la banane dans ce district. Le président dit qu’on n’avait évidemment pas considéré la nature physique et géographique du pays en évaluant les Le sujet suivant fut la dépopulation. Je leur donnai mes chiffres, montrant qu’en 1890 il y avait plus de 7.000 habitants dans une certaine région comprenant les villes de Nkunya IL, Bombala, Monsembe, les villes de la:Crique, Bombelinga supérieur et inférieur ; que la Crique, qui avait autrefois 1.500 habitants, n’en avait plus que 67, et que sur les 7.000 des villes ci-dessus nous en avions dernièrement compté 574, tandis que le recensement de l’État fait récemment n’en avait donné que 551. Il y a le même décroissement à dans les autres parties du district, de Bokongo à Likunungu. Ils acceptèrent ces faits comme étant prouvés. Je parlai ensuite du meurtre de vingt-deux hommes, femmes et enfants, par M. Mazy (Mabata) dans la section de Bokongo. Ils dirent que M. le juge Grenade avait entièrement confirmé mon accusation, et avait fourni encore plus de détails que moi. Accusation prouvée. (1) Ensuite vint la question de la dépopulation par la maladie du sommeil. Je dis qu’à mon arrivée à San Salvador en 1882, j’avais trouvé que le peuple ne souffrait pas de cette maladie, qu’il n’était pas mis à contribution, qu’il vivait dans des conditions normales, que le nombre des naissances était au moins égal à celui des décès, et que la population de la ville augmentait. Je leur dis que le premier cas de maladie du sommeil à Monsembé nous fut rapporté en 1892, — deux ans après notre arrivée dans le district, et que peu de cas furent signalés avant la perception des lourds impôts ; depuis ; lors les décès ont augmenté à cause du manque de nourriture et de la façon dont les indigènes sont pourchassés ; je : () Pourquoi, alors, M. Mazy se trouve-t-il en villégiature en

“SE a le Congo léopoldien ns leur dis aussi que l’éternel impôt bi-mensuel était un véri- | ÿ table cauchemar écrasant le peuple, qui devenait la proie « K de toutes les maladies. nn | : 4 Il y avait eu autrefois des épidémies de maladie du som- ‘14 | meil, dont le peuple s’était guéri, et comme preuve je citai M | : les deux mots voulant dire « maladie du sommeil » en 1892 N? | (luwa, makwata); les indigènes n’auraient pas connu ces M ! M mots si l’épidémie de 1892 avait été la première. Je parlai M il ; aussi du traitement de cette maladie par les médecins indi- M ; ie gènes, — traitement bien connu en 1892. D’après l’opinion de “5? ÿ la Commission, la maladie du sommeil n’était pas, à elle “SF seule, la cause du décroissement inquiétant de la popu- | Nous arrivâmes alors à la question du travail. Je fis ”} | observer qu’il y avait ici des gens comparativement riches M | c qui n’avaient pas plus besoin de travailler que les gens « riches d’Europe; que d’autres allaient à la pêche, fabriquaient des canots, allaient dresser des trappes, faisaient le com- | merce des huiles, etc.; qu’ils allaient dans les îles, ou faire » | le commerce au loin, pendant tout un mois, puis revenaient Y se reposer chez eux, et que les gens qui n’avaient pas con- À | naissance de leur dur labeur du mois précédent, s’imagi- M j naient, à les voir étendus çà et là, qu’ils étaient paresseux. 1? Le président fit observer qu’il avait récemment vu, à une “4 \ station de bois, les femmes porter le bois au steamer “#} ê tandis que les hommes étaient assis de droite et de gauche. « Pr Je répondis que ces femmes n’avaient pas de maisons à M | entretenir, pas de vêtements à faire pour elles et leurs enfants, pas de repas à préparer; qu’étant employées à un poste-bois on leur fournissait la nourriture des villes É environnantes, et qu’elles n’avaient donc pas de fermesà ( cultiver ; et qu’à mon avis, si les Commissaires avaient pris M des renseignements, ils auraient probablement trouvé que ”} c’était une division de travail; que les hommes coupaient le bois dans les forêts et l’apportaient aux îles, et que les 3 ÿ femmes le transportaient de la pile au bateau. | : Les Commissaires demandèrent : « Est-ce que les indigènes w Je répondis : « Qui donc aime à travailler ? » ‘4 1:

Ils demandèrent s’il fallait forcer les indigènes à travailler. Je répondis que non. « Regardez les stations missionnaires, it A les steamers, etc., — tout cela est construit sans le secours | Re du travail forcé. » 1} AA Ces réponses firent une vive impression. Ils n’avaient SR jamais songé que tous nos travaux étaient accomplis par SU des travaux volontaires. Je leur montrai des jeunes gens à ÿ ne cinquante mètres de leurs steamers, en train de fabriquer No des tables et des chaises. Je dis qu’ils travaillaient bien JGANES étant sous notre protection, et ayant la certitude d’être bien RU AN payés. Si l’on garantit aux indigènes un bon salaire et i qu’ils aient la certitude de ne pas être volés, ils travailleront fs sans y être forcés. l ; La Commission fit alors des observations sur le petit nombre des naissances, et me demanda si j’en connaissais ar la cause. Je parlai de nouveau de l’anxiété terrible et conti- A1) nuelle causée par l’impôt bi-mensuel; les femmes ne vou- 1 4 laient pas d’enfants, dans de telles circonstances, le recru- N’ARTES tement forcé de soldats et d’ouvriers ayant privé les villes des JE forces viriles nécessaires à maintenir la population ; ces recru- TT) tements avaient lieu à des époques irrégulières et n’avaient CAE | pas le moindre égard au chiffre de la population d’une SU ville. On envoya, à l’origine, un certain nombre de soldats fine indigènes ou de messagers, apportant des fez, et il s’agit de è trouver un nombre égal de têtes à mettre dedans. On recruta AU NE souvent des jeunes femmes aussi bien que des jeunes gens. Le mot « Enkoti » (chapeau) devint le synonyme de « soldat | ou ouvrier pris de force ». Il y eut des tentatives de chantage NAT et de concussion parmi les soldats indigènes, envoyés dans | ce but, afin de faire diminuer le nombre des recrues fournies par les villes qui voulaient bien les payer. Vers le milieu de 1898, le commandant Sundt recruta 150 hommes et femmes dans ce district, selon les ordres qu’il avait reçus \ k de Boma, me dit-il. t ; M. Weeks est prié de proposer des réformes. « Le commerce de l’État est la damnation du pays jUA et la ruine des habitants. » se Je demandai alors la permission de faire quelques propo- FES

| le Congo léopoldien FA | sitions. Elle me fut accordée sans hésitation; on me pria À même de le faire.

  1. Le nombre de magistrats civils devrait être augmenté, et eux seuls devraient avoir le droit de juger les causes. Ÿ Ces juges devraient faire des visites périodiques dans les M sections ou districts soumis à leur contrôle. Il ne devrait | plus être permis aux officiers militaires, aux commis- ”# saires, etc., de prononcer des jugements arbitraires contre le 4 4 peuple. Je citai, comme exemple de jugement capricieux, le ï cas de Nangumbé, rapporté dans le Congo Supplement de juillet de la West African Mail. J’allais citer beaucoup | d’autres cas, lorsque le président m’arrêta en disant que L c’était un exemple caractéristique. ;
  2. On devrait faire travailler les femmes des soldats dans les plantations de cassave, afin qu’elles pussent gagner leur vie, au lieu de ne rien faire dans les postes de l’État; cela” 4 aiderait à diminuer les fardeaux du peuple. Les indigènes ÿ travaillent actuellement pour fournir de la nourriture aux M soldats et à leurs femmes, qui les volent, les attaquent et M les maltraitent chaque fois qu’ils en ont l’occasion. Je parlai des razzias et des mauvais traitements que j’avais moi- * même observés ; je m’étais adressé à l’État et n’en avais reçu aucun secours pour les indigènes; aussi avais-je agi ; de ma propre initiative et forcé les soldats à restituer le £ produit de leurs vols. La Commission approuva mon action. è
  3. Les chefs à médaille devraient être bien traités et la dignité de leur position devrait être reconnue. Cette position leur est infligée de force; ils ne reçoivent aucun salaire, et si l’impôt n’est pas au complet ils sont mis aux fers et jetés d en prison sans que ce soit leur faute. J
  4. On ne devrait pas envoyer les taxes si souvent à Nouvelle Anvers, car, actuellement, cela impose de longs voyages en canot, variant de un ou deux milles jusqu’à cent soixante milles pour l’aller et le retour, et cela, tous les quinze jours. Les faibles sommes que l’État paie sont en … grande partie dépensées à payer les rameurs pour les dé 130 3

dommager du temps perdu, car eux aussi doivent payer f leur part de la taxe de la quinzaine suivante, quoiqu”ils aient peut-être mis huit jours à transporter la précédente. * Une fois tous les deux ou trois mois devrait suflire, dans la majorité des cas; et quoiqu’il soit peut-être difficile de transporter en un voyage les quatre ou six impôts bi-mensuels, calculés au taux actuel, il y aurait amélioration si les femmes des soldats faisaient des plantations de vivres; tout cela allégerait considérablement le fardeau que les indigènes ont à porter. | Mais à mon avis, il vaudrait mieux percevoir un impôt immobilier de soit 100 mitakos par an (environ 7 francs 50) sur toutes les huttes occupées. (La taxe immobilière à San Salvador est de 2 francs 50.) Le payeur recevrait alors un récépissé pour l’année qui l’exempterait de tout autre impôt. (1) En faisant leurs tournées, les juges pourraient prendre note du nombre de maisons occupées. Je fis observer que l’Etat pourrait acheter les produits indigènes à un juste prix, fai- À sant honnêtement le commerce avec les indigènes et gagnant leur confiance. Ces derniers parcourent souvent de cinquante à soixante milles jusque chez nous pour échanger leurs volailles contre de la quincaillerie émaillée, etc. : (n) C’est le système anglais, français et allemand : un impôt légitime facile à payer, d’autant plus que l’indigène dans les colonies < anglaises, françaises et allemandes (exception faite du Congo français) est le propriétaire des produits de son lot, qu’il vend aux négociants européens, et en ce faisant s’enrichit. Mais au Congo il est frappé d’un impôt bi-mensuel dont la valeur peut varier de cinq francs à vingt francs, et passe donc, toute l’année, son existence entière à cette tâche interminable. D’autre part, il n’est pas, par la législation et la pratique congolaise, propriétaire des produits de son sol, et ne peut par conséquent s’enrichir en faisant le négoce avec l”Européen. à Il n’y a, d’ailleurs, pas de négociants dans le Haut-Congo, car les soi-disantes « Sociétés commerciales » ont le même droit d’imposer un impôt sur les populations que les agents de l’État. Dans ces circonstances se trouve la véritable cause des atrocités congolaises. Voilà des années que je le répète. Tant que ce système ne sera pas bouleversé de fond en comble, les atrocités continueront, et contre ce changement essentiel, tous les intérêts financiers, bénéficiant de la misère des indigènes, se dressent. $

EE Fe 5) La taxe devrait être imposée aux individus ou à leurs 1 LA Ÿ maisons, et non aux villes collectivement. On ne devrait # 4 rs et plus faire payer un impôt à un mourant ou à un ouvrier Ë FA travaillant soit sur un steamer de l’État, soit à un poste, d A5 soit à la mission (nous devons payer un impôtsur tousnos À ouvriers). Je citai des exemples montrant que les impôts Fe avaient augmenté à cause de la mort des uns ou du départ 2 des autres, qui étaient allés travailler loin de là, et que par Er cela même la tâche de ceux qui restaient était devenue inin tolérable. È ë 6) Le commerce de l’État était la cause de la plupart des Le abus en question, et il n’y aurait pas de vraie réforme posRu sible jusqu’à ce que l’État eût abandonné le commerce; la Commission perdrait son temps et ses forces, à moins que ; ! l’État ne cessât de faire le commerce. Le commerce de l’État RS, . était la damnation du pays et la ruine des indigènes. L’avan- 2” Prat cement des officiers dépendait largement de la quantité de n | SRE caoutchouc ou d’autres produits récoltés dans leurs di- à stricts : aussi comment pouvaient-ils administrer le paystout #0 en faisant le commerce ? Sans le commerce, on pourrait ré- te duire le nombre des officiers militaires et des soldats, et im- : poser des droits d’exportation et d’importation pour couvrir

les frais. 4

L 7) Les instituteurs des missions devraient être reconnus M \ par l’État et recevoir un certificat constatant leur position, Ô de manière que les employés de l’État ne pussent pas leur ; porter atteinte. Exemple : Moiïla, notre instituteur à LiRe binza. ne La Commission me demanda si je trouvais la taxe exces- È | sive et s’il y avait eu des razzias. Réponse : comparées aux É taxes d’autrefois, les taxes actuelles sont légères, et autant “4 que je sache elles ne sont pas oppressives; je n’ai pas entendu parler de razzias dernièrement. d | Je donnai alors à la Commission une copie de la lettre au Ë sujet du fameux cas Epondo, écrite le 3 janvier 1905, à M M. Morel, dans laquelle j’affirme que je crois, après investigation sur les lieux mêmes, que ledit Epondo avait été M 4 mordu à la main par un sanglier blessé, et que son récit 2 »

était véridique. Le 30 octobre 1903, M. Faris envoya à M. le capitaine-commandant Stevens une lettre déclarant que Are Epondo lui avait dit que Ikabo, un garçon de son village, Lu et deux garçons d’Ikakata, avaient eu la main coupée par de des soldats de l’État. Je montrai à la Commission une copie { de l’original, et après lecture, les Commissaires désirèrent L la garder, car les employés de l’État ne la leur avaient pas Moins de trente heures après la séance, on dressa un ré- $ sumé de ma déposition devant la Commission. Sans vouloir garantir l’exactitude textuelle de ces paragraphes, je crois pouvoir dire que ce sommaire représente ce qui se passa pendant l’interrogatoire. j EN Opinion de M. Weeks sur le rôle qu’ont joué . les missionnaires ns Je trouve bon de faire suivre la publication du témoi- is gnage de M. Weeks de la déclaration claire et incisive ciaprès, qu’il fit à l’égard de l’attitude des missionnaires, — ! déclaration qui devra convaincre toute personne impar- (5) Monsembé, Haut-Congo, le 14 mars 1905 k Mon cher monsieur Morel, ï Il est dit que seulement quinze ou vingt missionnaires au Congo sur trois cents portent plainte. En ce qui concerne les missionnaires protestants des trois missions américaines et des deux missions anglaises, ceux qui se sont prononcés Vont fait par député, c’est-à-dire que mes trois collègues ont toujours pleinement appuyé ce que j’ai écrit de Monsembé. ; Du moment que j’avais publié ces faits moi-même, il n’était pas nécessaire que mes collègues répétassent la même chose. On peut dire qu’il en est de même dans le cas de ° M. Scrivener et d’autres, dans leurs domaines relatifs. De Na sorte que les quinze ou vingt missionnaires qui se sont plaints en représentent en réalité le triple. k De plus, il est dit que nous accusons le peuple belge lui- M même. Cela est faux, car au service de l’État se trouvent -133

le Congo léopoldien # des Italiens, des Suédois, des Danois, etc., etc., et en général 4 ; nous ne connaissons les blancs que sous leurs sobriquets de: indigènes, sans savoir, par conséquent, à quelle nationalité ils appartiernent. À

Ce que nous savons, c’est qu’on a mal agi, qu’on a com mis un crime, et, sans connaître la nationalité du coupable, E 1 nous attirons l’attention sur le crime. À

3 De plus, il est dit que nous avons tort de nous en prendre à une puissance étrangère, comme nous l’avons fait. A quelle puissance étrangère nous en prenons-nous? La ! Chambre belge répudie toute responsabilité quant aux affaires intérieures de l’État libre du Congo, donc ce n’est M pas une colonie belge. Les administrateurs, officiers et

ë agents de l’État du Congo, appartiennent à presque toutes M les nationalités. Nous en prenons-nous donc à toutes les : puissances que ces messieurs représentent? Je ne le crois pas. L’État du Congo est unique en son genre. Lorsquenous arrivons dans le pays, il faut que nous nous fassions imma- 1 triculer, ce qui, je suppose, nous rend plus ou moins citoyens de l’État libre du Congo, et, comme tels, nous avons
le droit d’en appeler à notre Gouvernement; s’iln’en résulte ni réparation ni investigation, à mon avis, nous avons le 4 droit d’en appeler au seul pouvoir qui reste, c’est-à-dire à la Presse. Pendant son séjour ici, le Président de la Com- i mission d’enquête a dit que j’avais eu raison de faire de | la publicité, et que les résultats, — la réduction des impôts, 4 — avaient pleinement justifié mon action.

Je désire savoir deux choses : Quelle puissance est pour à nous l’État libre du Congo, à nous qui y demeurons ? Pour- ( quoi prenons-nous des matricules chaque fois que nous à venons dans le pays, s’ils ne nous donnent pas, d’une façon ou de l’autre, le rang de citoyens?

J’ai sacrifié près de vingt-quatre années de ma vie à l’amélioration, religieuse ettemporelle, desindigènes,etjene M le cède à personne dans l’intérêt intense que je porte à ce à pays et à son peuple. J’ai vécu plus longtemps au Congo qu’en Angleterre. Le sous-lieutenant, arrivé hier d’Europe, M doit-il être un individu privilégié, ses actions doivent-elles être au-dessus de toute critique, parce qu’il est censé êtreun

citoyen, tandis que celui qui le critique, malgré son long séjour dans le pays, les sacrifices de « home », d’enfants et de patrie qu’il a faits, devrait rester un étranger? Nous venons ici enseigner, prêcher, et instruire, de toutes façons, les indigènes parmi lesquels nous vivons. Nous ne sommes pas des agents politiques, et nous ne nous soucions pas de ceux qui gouvernent le pays, pourvu que nous ayons la liberté de mener à bien notre œuvre religieuse, et que les ; indigènes soient traités avec justice et équité en toutes choses. Mais lorsque nous les voyons écrasés, que devonsnous faire? En appeler à l’administration du Congo ? Nous l’avons fait, et nous avons perdu notre temps, notre papier et nos timbres. Que devons-nous faire? Rester tranquilles, parce que nous sommes censés être en pays étranger ? Mais dans ce cas, les pierres elles-mêmes crieraient à l’infamie si nous gardiors le silence sur les griefs de ces gens.

Si l’État du Congo avait écouté nos plaintes, fait une enquête sur nos accusations, remédié aux méfaits qui ont été commis, ou nous avait prouvé que nos plaintes n’étaient pas fondées, nous ne nous serions jamais adressés à la

Témoignages non communiques à la Commission 4 ; | : pendant les séances E ; Les communications suivantes sont intéressantes, démon- ”# tu trant abondamment les atrocités commises dans le voisi- ! nage de Baringa, seul, et que la Commission aurait pucon- M 1} stater si sont séjour avait eu plus de durée. 54 |

Baringa, mais non pas du Congo, M. Harris communiquait >, » + : + = . * au Président les nouveaux faits suivants. Voici un extrait . | : Pendant que vous étiez à Baringa, un chef de Boendo échappa aux sentinelles gardant son village, traversa le M Î Lomako et se fraya un passage dans la forêt afin de pou- en || x voir faire sa déposition devant vous. (1) nn. | Cependant ses difficultés furent si grandes qu’il arriva |! trop tard pour vous voir, apprenant à son grand chagrin 1 que vous aviez descendu le fleuve. Il avait amené plusieurs D | témoins oculaires d’actes barbares, ainsi que 182 longues h baguettes et 76 petites, que les chefs de son village vous 1 |

  • avaient envoyées pour prouver que l’A. B. I. R. avait mas- \ | 1 sacré 182 hommes et femmes et 76 énfants dans leurs 4 villages, pendant les quelques dernières années. Il dit qu’il ne pouvait pas les nommer tous d’emblée, mais il promit k de fournir leurs noms à n’importe qui visiterait la ville; à (:) Lorsque les missionnaires apprirent qu’une Commission $ : d’enquête allait pénétrer dans le Haut-Congo, ils s’efforcèrent de 3 4 propager la nouvelle parmi les indigènes, et de leur faire partager ;. | leur propre espoir de l’efficacité de cette visite. Ce fait explique .les efforts que fit ce chef d’une région lointaine pour témoigner 14 devant la Commission. Ce qui arriva plus tard prouve combien + cet espoir était vain. La

cependant il cita les noms de beaucoup de victimes, que k4 vous trouverez à la fin de cette lettre. De plus, il ajouta OUVRE qu’après son départ de chez lui, un messager l’avait suivi ï F pour lui dire que la sentinelle de l’A. B. I. R., Lofela, avait pbs assommé sa femme à coups de crosse. Elle se nommait Iyovu; Ke cependant il ne voulut pas porter plainte avant d’avoir lui- Le même vérifié ce rapport. Je l’interrogeai minutieusement Pre pour voir s’il exagérait, mais tous mes efforts ne réussirent { qu’à me convaincre que sous certains rapports son récit A était au-dessous de la vérité. Ses gens furent soit pendus, soit égorgés, soit tués à 1e coups de lance, mais surtout à coups de fusil. Quelquesunes des femmes furent suppliciées en leur perçant l’utérus ; au moyen d’un pieu enfoncé dans le vagin. J’avais connaissance de cas pareils, mais afin de l’éprouver, je lui demandai de citer un exemple: « Ils ont tué ma fille Nsinga de cette manière ; j’ai trouvé le pieu enfoncé dans son corps. » ï Il cita beaucoup d’autres cas de terrible brutalité, de tor- f ture et de meurtre, que je ne veux pas répéter, non par s wi manque de preuves (il n’y en a que trop) mais parce queles 54 Européens refuseraient absolument de croire à des actes si d Les autres détails des tortures infligées aux indigènes sont : trop horribles pour être reproduits. M. Harris continue en faisant de nombreuses observations sur divers sujets, y compris une longue liste de personnes massacrées, — = hommes, femmes et enfants. Il conclut ainsi : « Ce chef dit que la raison pour laquelle il ne pouvait pas donner plus de noms d’enfants était qu’ils étaient trop petits : des bébés qui avaient été tués avec leurs mères. J’espère que la Commission pourra déposer cette lettre dans son dossier. » Le secrétaire de la Commission accusa réception de la lettre ci-dessus par la communication suivante, (1) que les É

le Congo léopoldien PUR TITRE { personnes qui ont attaqué les missionnaires britanniques, se moquant de leurs assertions et les traitant de « marchands » et de menteurs, feront bien de noter : ; \ État Indépendant du Congo . Commission d’enquête, instituée par décret du n 4 Nous avons trouvé hier votre lettre, datée du 5 janvier 1905, au poste situé près de la station missionnaire L Lolanga. La Commission vous remercie des nouvellesinformations que vous lui donnez. Votre lettre adressée au pré M sident est maintenant incorporée dans le dossier, comme incluse à votre déposition. Par suite des nombreuses irré- M gularités découvertes par la Commission au cours de son enquête dans la région de l’A. B. I. R., le Gouvernement du District a immédiatement décidé de créer un nouveau district judiciaire, formé par le bassin des rivières Lopori et Maringa. Le substitut sera domicilié à Bassankusu. Le docteur Vogt, un Norvégien, actuellement à Nouvelle Anvers, a été nommé (par télégraphe) premier 4 informations, etilne partira pas immédiatement pour Bassankusu. En attendant, le nouveau substitut d’ici, M. Tessa- M roli, visitera la région de Baringa; la Commission vous prie de lui rapporter tous les cas de cruauté, d’oppression, etc., dont vous avez connaissance. 4 Quant à la déclaration publiée dans le Times, et se rap M portant aux « missionnaires commercants », je dois avouer ne rien avoir vu de semblable dans un journal anglais. M D’après certains journaux belges, c’est M. Malfeyt, le Haut Commissaire, qui est censé avoir découvert que les mission- M naires « font le commerce ». Naturellement cecin’estqu’une rumeur ridicule; selon les lois de l’État, « le commerce est libre ». De plus, à notre avis, vous avez prouvé que vous ne faites pas le commerce. 4 3 Quant au système des gardes-forestiers et au docteur

Dorman, (1) j’avoue que certaines déclarations faites par ce monsieur étaient quelque peu étonnantes. Veuillez agréer, cher monsieur, l’assurance de mes meil- ? Congo Balolo Mission, Baringa, le 17 janvier 1905 4 A Son Excellence le Vice-Gouverneur-Général J’ai l’honneur de répondre au désir de Votre Excellence, qui n’est parvenu par l’intermédiaire du Consul délégué de Sa Majesté britannique, nous priant d’informer les autorités des irrégularités (2) dont elles devraient avoir connaissance. Nous l’avons fait pendant les quelques derniers mois, | mais il reste encore bien des choses à dire, plus qu’il n’est en mon pouvoir de le faire. J’envoie cette communication par l’intermédiaire du Commissaire Générat B… (?), afin de lui faire savoir à fond les faits. : Je suis de retour d’un voyage dans l’intérieur, au village de Nsongo-Mboyo, et les incidents de ce voyage m’ont tellement impressionné que je trouve bon de vous en faire le récit. Nous avons à la Mission un employé, qui dans sa jeunesse fut fait prisonnier au cours d’une querelle des indigènes de ce village. Dans le désir de savoir si ses parents vivaient encore, il nous avait inslamment priés de faire À (1) Ceci se rapporte aux déclarations de M. Dorman, dans des lettres écrites du Congo au Times, que le régime des sentinelles était fini, etc., etc. () L’ironie de ce passage, jointe à ce qui suit concernant la prise d’ôtages pour le caoutchouc, est suffisamment évidente.

: le Congo léopoldien LPNTER 20! ce voyage. Madame Harris et moi partimes de Baringa le : ? 8 janvier et arrivämes à Nsongo-Mboyo, le 11 janvier. __ J’avais souvent entendu mon employé parler de la richesse : et de la beauté de ce village, mais à notre arrivée nous ne M ÿ trouvâämes que désolation; l’emplacement du village sy M | trouvait bien, mais c’était tout. Cependant, au moyen d’éclaireurs envoyés en avance, je finis par découvrir où M étaient les habitants, et après trois quarts d’heure de ”# marche, précédés de nos hommes criant que nous ne ve- : nions pas combattre, je trouvai le vieux chef entouré de quelques-uns de ses jeunes gens ; un peu plus tard lamère i de notre employé sortit de la forêt. C’est alors, Excellence, 4 qu’eut lieu un spectacle qui nous remplit d’émotion; l’em- É: j ployé, un homme mür, se mit à sangloter ; nous nous atten- M ‘ dions naturellement à le voir heureux de retrouver sa mère. 24 s Je lui demandai pourquoi il pleurait. « Oh, Bondélé, (1) =, comment puis-je être heureux? Mes parents ont tous été massacrés pour le caoutchouc; mes amis n’ont plusnimai- M \ sons ni nourriture; ma sœur a eu le pied gauche etla M main droite coupés. » Ceci était amplement prouvé; ilnese ! trouvait pas une seule maison pour nous donner refuge, et . même en offrant un prix fabuleux, il me fut impossible d’obtenir une poignée de manioc pour mes hommes; les gens 4 (l vivaient dans des trous dans le sol, dans des troncs d’arbres M creux, et dans de petites huttes d’herbe; beaucoup vivaient M en plein air, n’ayant que des feuilles pour toute couverture. Le chimpanzé est mieux nourri et logé que ces gens, eten M plus grande sûreté. Le vieux chef dit : « Homme blane, j’ai honte ; je ne puis te donner une seule poule à manger, ni sJ du manioc pour tes hommes; je suis ruiné. » Ils avaient | cessé de récolter le caoutchouc, parce que, d’après eux, ils n’en pouvaient plus -trouver ; et même quand ils en four- M nissaient un peu, les blancs les fouettaient ; ils attendaient donc de jour en jour que les blancs vinssent les tuer. Leur à misère abjecte et leur abandon complet sont positivement M } : indescriptibles ; bien que je connaisse beaucoup de villages M ; (1) Nom indigène de M. Harris. #

ayant également souffert, aucun d’eux n’a jamais présenté HR un tableau de désespoir si pitoyable. LFAI

Il y a seulement quelques mois, M. Pilaët y mena ses Fe gardes qui tuèrent : )

Isekalokuji Imengi Mongu L |

L’année dernière, ou l’année avant, la jeune femme Imenega fut attachée à un arbre fourchu et coupée en deux ‘ avec un sabre-poignard qui entra par l’épaule gauche, coupa
la poitrine et le ventre et ressortit par le côté; c’est ainsi GTA que les sentinelles punirent le mari de cette femme.

Bolumba, une autre femme, voulant rester fidèle à son
mari, eut l’utérus et le vagin empalés, et comme elle n’en | mourait pas, elle fut achevée par un coup de fusil.

Pour la même raison, Elika, de Bokunga, reçut une balle , qui lui traversa la joue et le nez, après quoi on lui coupa le pied gauche et la main droite; elle n’en mourut pas et se 1 trouve toujours là, enceinte.

Comme dans les autres villes, je trouvai que l’amusement des sentinelles était l’inceste publie forcé, les noms donnés |

Lokugi avec sa sœur Lokomo, : Lokilo avec sa fille Efire.

Après avoir passé quelque temps avec les gens, écouté ÿ leur histoire navrante et de mes propres yeux vu bien des preuves, je me mis en route, mais avant mon départ un | jeune chef s’avança et me dit : « Dis-leur (aux agents de la Société) que nous ne pouvons et par conséquent ne vou- È lons pas trouver le caoutchouc; nous voulons bien utiliser 3 nos forces à n’importe quel travail, maïs le caoutchouc est À épuisé. On a tué nos mères, nos pères, nos sœurs, nos frères, par vingtaines pour le caoutchouc ; on nous a volé tout ce qui avait de la valeur, des lances, des couteaux, des brace- Ÿ lets, des poules, des chiens, ete.; et maintenant nous

le Congo léopoldien Le : sommes ruinés ; s’il nous faut être massacrés ou apporter . Ed le caoutchouc, eh bien! qu’ils nous achèvent de suite, et T alors peut-être qu’ils seront satisfaits. », 58 Il était touchant de voir le vieux chef me serrant et me À resserrant la main. « Oh, Inglesia, ne reste pas longtemps h 1 loin de nous; sans cela, ils viendront, je suis sûr qu’ils ne viendront, et alors, mes faibles jambes ne pourront plus me E ! supporter et je ne pourrai m’échapper. Je n’ai plus long- ne: temps à vivre ; tâche de leur dire de me laisser mourir en n paix; ne t’éloigne pas. » ‘4 J’étais si ému, Excellence, par l’histoire de ces gens, que K je pris la liberté de leur promettre au nom de l’État libre du Congo, qu’à l’avenir vous ne les tueriez plus que pour des D crimes. (1) Je leur dis que j’espérais bien que l’Inspecteur 0 royal était en route et que j’étais sûr qu’il écouterait leur Fe k histoire et leur donnerait le temps de se remettre. De plus, je leur fis voir la nécessité de bâtir des huttes et de planter M des jardins, car autrement, à l’arrivée de la saison des ; pluies, ils mourraient de faim. : Voici le nom de quelques-unes des personnes massacrées M pour le caoutchouc par VA. B. I. R., dans ce village : à Sentinelle l, qui a commis Nom le meurtre { Ilombe (homme) … Nsala F1 Botuli (homme)… Banji fl Bofaka (homme) … Bemambu 4 Lomboto (mère)… Luwangi n ! Ngondo (enfant)… Efonga D | Ekom-boto (homme)… Imenema 4 Bofaka (enfant) … Belio + Bokilo (homme) … Efongi 4 Bofumbo (femme)… Efulama n Boonga (homme)… Sentinelle inconnue à (1) Il est étonnant d’avoir à écrire une pareille phrase au com- À mencement du vingtième siècle. % Î

Ra Nom le meurtre pare 264 Iyambi (homme)… Bofolodza | 28 NEA Neïkela (homme) … Efulama He) 40 | Eluga (mère et deux en- PAL Likongo (homme)… Boyela 1e 39 a Likovata (femme)… Bateko f Ni Linyuka (mère et deux À 4 4 Ifasu, Yakabonga et en- “ALTO Bokangu (femme) … Isemenga > 41e Nkanjambi (femme)… Nkomboloko | por ÿ Mongu (femme)… Inconnue MA) Eunai (femme)… . Inconnue EE Botugi (chef de la section ER de Bokendi)… Ntanda Qi ras Enfant de Beti… Bompengi Ù pa: A Bokeku (femme) … Loma Ge Elanga (femme)… Bompengu RENE! _ Eleka (femme) … Inconnue a

É A ; Ekonga (femme)… Wuti nc.

Es a : Mposo (femme) … Inconnue ( Hdi Bongenga (femme)… Icoli S

TMS Isekayoko (homme)… Inconnue 4

à HN Botaka (mère et enfant).. — *

SN Bonkomo et enfant… — 1

Ne Ilinga (femme)… Inconnue à

ee (2) Lwanga (femme) …’.. Nkangi Ÿ

Me Lomboto (homme)… Bateko L Re Femme d’Isekalokilo… Efongi fe Isekasumbu (enfant) … Inconnue . |

ù £ Efunda (homme, femme s; … || ï AS Trois enfants de Bokongi, À |

: 1 Ces noms me furent donnés sans hésitation et avec toute ;

À apparence de vérité par les indigènes. D’après mon expé- ”|

rience, il me semble que ce village n’a pas eu autant de tués que d’autres dans la région. : }

Je désire faire valoir à Votre Excellence l’importance, k dans l’intérêt de la justice, de recevoir les dépositions des | témoins plus près que Boma. (1)

Depuis que les témoins de Baringa ont été envoyés faire un voyage de six mois, les indigènes refusent de donner les informations nécessaires, de crainte qu’un pareil voyage ne leur soit imposé. Il y a déjà une tendance à considérer cela comme étant une punition pour avoir témoigné contre

Nous profitons de cette occasion pour assurer à Votre Excellence que notre seul désir est le bien-être de ces gens, et que nous sommes à votre service pour aider au gouvernement des indigènes, de toute notre énergie et de toute notre expérience.

Cela s’est manifesté tout dernièrement, quand, comme vous le dira l’officier de police, l’intervention des missionnaires réussit à empêcher une sanglante rixe entre les villes du voisinage, rixe qui menaçait de devenir grave et qui inquiétait beaucoup les autorités. Nous nous efforcerons toujours d’user de notre influence dans le même but.

J’ai l’honneur d’être l’obéissant serviteur de Votre Excellence.

(1) Les témoins des cas datrocités sont obligés de faire 1.000

milles afin de déposer à Boma. Voir note précédente.

ts Règlements établis par la Commission, visite de ; 0) M. Malfeyt, Haut Commissaire Royal, et ce qui en L ch Le 16 mars 1905, M. Malfeyt, Haut Commissaire Royal, M ne arriva à Baringa. Le Gouvernement britannique avait reçu M l’assurance, l’année dernière, que la visite de ce haut fonc- M ï tionnaire serait de nature à effectuer toutes les réformes — M pire nécessaires. Avant l’arrivée de M. Malfeyt, les Commis- | d saires enquêteurs, émus par les terribles témoignages de | À MM. Harris, Stannard et d’autres missionnaires dans la À | Concession, établirent l’interprétation suivante de la « loi » ; Avant de fixer un impôt, il sera fait un recensement du É Je Aucun indigène ne devra travailler plus de 40 heures par » | nue Les indigènes auront le choix de certaines commodités } Re comme paiement de leurs impôts. Le fait qu’une soi-disant } ; « Compagnie commerciale » ait le pouvoir de percevoir des pe impôts est évidemment une anomalie et une coutume con- ; traire aux notions élémentaires de Droit. (1) Mais il est im- | 4 possible de s’occuper ici des irrégularités fondamentales | qui forment la base de l’Administration du Gouvernement 4! } d du Congo. Notre tâche, dans cette brothure, est de mettreen ï évidence les contradictions frappantes existant entre les M lois et les règlements tels qu’ils existent, de même que è (:) Contraire aussi au jugement prononcé par la Cour d’Appel de | L Boma dans l’affaire Caudron. 4 Î

_ la manière dont ces lois et règlements sont exécutés en pa Tels étaient donc les règlements établis par la Commis- # in Il fut entendu que la visite de M. Malfeyt aurait l’effet de ne conformer ces « impôts », en particulier celui de la loi de 1 4o heures, selon les règlements établis par la Commis- re Maïs M. Malfeyt annonça qu’il « n’avaït aucun pouvoir es d’agir, et n’était venu que pour voir et écouter »! dar Le « rajustement des impôts » fut donc laissé aux mains LS Comment cela fut fait, et se fait actuellement, et jusqu’à ) re quel point étaient justifiés les avis envoyés par M. Harris je. au Président de la Commission d’enquête après son départ Re de Baringa, les informations suivantes nous donneront une Dr ee

Extrait d’une lettre de M. Stannard à M. Morel, à la date | du 4 avril, décrivant une entrevue avec M. Delvaux, Direc- Fu « IL parla avec mépris de la Commission d’enquête, et se Mes montra fort contrarié de ce que nous avions dit à la Com- Û mission. Il déclara que l’A. B. I.R. avait l’autorité et le pou- À voir d’envoyer des sentinelles armées, de forcer le peuple à 2 fournir du caoutchouc et de mettre en prison les récalci- - ji trants. Il y a quelque temps, les indigènes d’une ville appor- et tèrent du caoutchouc ici à l’agent, qui Le refusa parce que la . quantité était insuflisante, et les hommes furent fustigés Ée donna raison à l’agent d’avoir refusé le caoutchouc pour ne quantité insuffisante. Les Commissaires avaient déclaré que NU . VA. B. I. R. n’avait pas le pouvoir d’envoyer des hommes SE _ armés dans les villes pour y fouetter les gens et les chasser AS

| le Congo léopoldien fi ; ; dans la forêt à la recherche du caoutchouc; c’étaient sim- É plement des « gardes forestiers » et rien de plus. Quand nous attiràmes l’attention de M. Delvaux sur ce fait, il s’en n | . moqua et dit que le nom ne voulait rien dire; qu’on pouvait ï } appeler les gardes par un nom ou par un autre. Nous fimes remarquer que les indigènes n’étaient pas forcés de payer leurs impôts en caoutchouc seulement, mais pouvaient apporter d’autres produits, voire même de la monnaie du É- pays. Il le nia, disant que l’impôt alternatif voulait simplement dire que l’agent avait le droit de percevoir Fimpôt L qu’il voulait. Les indigènes n’avaient rien à y voir. 4 L’A. B. I. R. préférait percevoir les impôts sous forme de caoutchouc. Voilà ce que dit l’A. B. I. R., malgré l’interpré- ;. tation du baron Nisco, la plus haute autorité judiciaire de 1 l’État, qui dit que les indigènes ont le droit de payer leurs , impôts selon leurs moyens. Tout cela fut dit en présence: è du Haut, Commissaire Royal, qui, soit qu’il approuvât, ou L non, ne le contredit certainement pas, et ne fit aucune protestation. Des avis semblables ont été reçus de la part de mn || M. Harris. Leur compte rendu de la manière dont M. Delvaux répudia la Commission est appuyé par les événements M qui suivirent.
A. — Lettre de M. Harris au Commissaire de district, La situation actuelle dans ce district me force à vous soumettre ce qui suit : Pendant la visite de la Commission d’enquête les affaires de cette localité furent examinées si M minutieusement et condamnées avec si peu d’hésitation que M nous espérâmes, avec une certaine confiance, qu’il en résulterait une amélioration dans l’état des indigènes. Malheu148 4

reusement cet espoir n’a pas été justifié. Depuis lors, jusqu’à la visite de M. Delvaux, accompagné du Haut Commissaire Royal, une tranquillité relative, ou tout au moins expectative, a régné. Nous regrettons fort de dire que Y’A. B. I. R. É est en train d’en revenir à ses anciens procédés. Bien qu’à 4 notre avis l’agent soit en partie responsable, nous considérons que la responsabilité première appartient au Directeur de l’A. B. I. R., à cause des déclarations qu’il a faites Il y a nombre de choses illégales (en jugeant d’après le Code civil et le Bulletin officiel), mais nous n’attirons votre attention que sur les principales. Vous savez, sans doute, qu’il est constamment affirmé que les sentinelles cannibales ne sont pas armées. Le cannibalisme du district de Nsongo est notoire, et il se trouve, dans la section de Wala, huit fusils qui ont été donnés aux hommes de Mpombo, d’après ce qu’on nous dit, afin d’obtenir le caoutchouc par force dans leur propre section et dans les autres parties du district de Nsongo. Le résultat en est que les habitants de la section d’Eleko, sinon aussi ceux de Luiza, ont quitté leurs villes et se cachent dans la forêt; mais on nous dit que leur but est d’émigrer au Juapa. Le lundi 3 courant, on entendit une forte fusillade dans la ville Esanga d’Elangwa; nous apprîimes plus tard les détails suivants de témoins oculaires; un corps de huit ou dix sentinelles A. B.I. R., armées de fusils se chargeant par la bouche et d’Albinis, furent envoyées du quartier-général de l’A. B. I. R. sous les ordres des Capitas Elisi et Bompasu. Le résultat de cette razzia fut que Luali, un chef, et Ilua, un jeune homme, furent tués par des balles d’Albinis et que les prisonniers suivants furent menés, attachés par le ” cou, à l’agent européen à Bamo, le nouveau quartier-général L’homme Lingendi et les femmes et filles suivantes : Lifumbwa et son enfant, Besenda et son enfant, Etongo, Besuka, Bongele, Iwawa, Ekila, Ifasu ; les femmes furent mises en liberté après avoir travaillé six ou sept jours dans

des le Congo léopoldin VV ÿ Le Capita Elisi dit aux indigènes : « Nous vous tuons ve parce que vous vendez de la viande aux missionnaires et ti que vous ne travaillez pas le caoutchouc « lankesa la ; lokolo » (jour et nuit); nous viendrons tuer beaucoup : e d’entre vous et nous yous exterminerons, » 4 k Permettez-moi de faire les observations suivantes : n.

  • 1.— Nous avons cru comprendre que selon la Commission } d’enquête, le devoir des « gardes-forestiers » était de pro- | AS, téger les vignes, et non de forcer les indigènes à aller dans j ! la forêt à la recherche du caoutchoue, 41! M: 2.— Qu’il était illégal d’envoyer des sentinelles arméesde
  1. — Qu’il était illégal d’emprisonner les femmes et les 1 PL 1 va sans dire que nous savions par le « Code Civil » et” f EX les « Bulletins Officiels » que ces choses étaient illégales } 1 avant la visite de la Commission d’enquête, mais elles se | commettaient si souyent que nous eommencions à eroire M que la loi de l’État ne s’appliquait pas à l’A. B. LR. Vous pouvez juger du résultat grave qu’a pour nous cette razzia. Ë On a dit une fois pour toutes aux indigènes qu’on les a tués et [1 ï ; qu’on les tuera pour avoir vendu de la viande aux mission- { paires et aux employés de la mission. Cela veut dire qu’en achetant aux indigènes la nourriture qui nous est néces- M} saire, nous leur faisons courir le risque d’être tués ou emprisonnés. Nous maintenons que cette position est intolérable, autant pour nous que pour les indigènes, aussi E |! nous avons déclaré que dès ce jour, nous ne pouvons pas } acheter de viande avant d’avoir une garantie effective qu’ils mn peuvent nous en vendre avec impunité. . E [I Nous désirons aussi attirer votre attention sur le faitque M j les lois concernant les impôts n’ont jamais été en vigueur # dans ce district. Elles sont : nn |!
  2. — Le recensement du peuple. D |: 2, — La loi de quarante heures. 7 : 3, — La loi de la taxe alternative au choix des indi- M J

M. Delvaux nia avec emphase que la loi de la taxe alter- AAC Ÿ native s’appliquât aux indigènes ; elle signifiait que l’A. B. 6 re I. R. pouvait prendre par force ce qu’elle-même voulait. La int seule interprétation de la loi de quarante heures était 4 kilos SIMS de caoutchouc « sec » ou 8 kilos de caoutchouc « frais » qu par homme. (1) M Quant à la razzia du village d’Esanga, nous désirons faire ï remarquer que pendant le séjour de la Commission d’en- NS quête parmi nous, une des sentinelles le plus souvent ia accusée de graves irrégularités était justement ce Bom- VIE pasu, le Capita de M. Tegner lui-même, un des blanes | les plus barbares du district. Quelque temps avant la visite des Commissaires, Bompasu avait été relevé de ses fonctions à cause de ses excès. Il nous paraît fort étrange 6 qu’après l’enquête de la Commission, de tels hommes soient à réintégrés avec le résultat ci-dessus. Personne ne connais- j n sait mieux que le chef de factorerie le caractère de cet homme, car le chef avait été agent avec M. Tegner à | Baringa. Il paraît que Bompasu fut légèrement blessé à Esanga. Nous faisons appel à vous-même, comme représen- ce tant l’autorité exécutive du district, dans l’espoir que vous ; pourrez faire quelque chose. Nous reconnaissons que c’est : beaucoup demander que de vous prier d’appliquer la loi de En l’État. Nous voyons fort bien qu’on ne peut se procurer le caoutchouc, par le régime actuel, qu’au prix d’un sacrifice | de vies continuel, de bien du sang versé, de la destruction complète des forêts et de l’extermination des races indigènes. Est-ce que ce prix n’est pas trop élevé? Nous sommes certains que vous conviendrez qu’il l’est. Nous avons été obligés de faire part de notre position au Consul de Sa Majesté britannique et mettons sous ce pli une copie de notre lettre pour votre édification. ; - (1) C’est-à-dire 8 kilos au lieu de 6, comme auparavant! 3x (2) M. Harris envoya une copie de cette lettre au Président de LA la Commission d’enquête dans une lettre datée du 11 avril 1905.

à le Congo léopoldier 3 , : L’œuvre diabolique a de nouveau libre carrière. L’A. B. 1 | ; I. R. s’est décidée à récolter son caoutchouc dans ce district | à n’importe quel prix de sang et de souffrances humaines. Puis vient un récit plus détaillé de la razzia d’Elengwa, “y j décrite dans la lettre de M. Harris au Commissaire du district.) On a dit aux indigènes que les sentinelles vont revenir bientôt les massacrer, et que s’ils n’apportent pas y | le caoutchouc ils seront exterminés. Naturellement nous ‘) ferons un rapport à l’État à ce sujet, mais à quoi bon? n |! ; Sa manière d’agir dans le procès Van Caelcken ne nous ”#} à laisse guère espérer que justice sera faite. Si un indigène ; de Lagos doit comparaître à Boma et y est condamné à dix D ‘Il ans pour avoir causé indirectement la mort d’une femme, 4 selon toute justice humaine le directeur et l’agent de D |! VA. B. LR. devraient être mis en jugement pour le meurtre | de ces hommes (voir lettre de M. Harris au Commissaire) M et l’emprisonnement de ces femmes et de ces enfants. C’est | la vieille coutume d’emprisonner les femmes et les enfants Il jusqu’à ce que les hommes du village puissent les racheter. “S}, Les sentinelles qui allèrent à Boma pour avoir commis tant p |! de meurtres sous Van Caelcken sont de retour dans leurs *#} villes et l’A. B. I. R. vient d’essayer de les rengager pour le Li même genre d’emploi. Je dois ajouter que les captives prises M à Elengwa furent attachées ensemble par le cou et emmenées à la prison de l’A. B. I. R. $

C. — Lettres de M. Harris au Commissaire de district : 4 A Monsieur le Commissaire du district 4 i Le 10 avril je vous ai écrit que les femmes et les enfants pris à Esanga et jetés dans la prison de l’A. B. I. R. à Bamo ! par M. Weyn, afin d’obtenir la récolte du caoutchouc, avaient été mis en liberté; il paraît que c’est une erreur et M ; qu’aucune relaxation n’a eu lieu. Les 18 et 19 avril j’ai fait

une visite d’évangélisation à Nsongo, mais avec peu de succès car les villages étaient dénués de femmes et d’enfants et les quelques hommes qui restaient étaient en train de j construire une palissade pour défendre leur village pour la

Dans ma lettre du 10 avril je vous ai dit qu’on avait donné huit fusils se chargeant par la bouche aux fils de Mpombo afin d’extorquer le caoutchouc aux indigènes. Je répète avec insistance que ces hommes sont des cannibales notoires. C’est M. Weyn qui leur donna ces fusils lors de sa visite à Nsongo il y a environ un mois. A la même époque, sans faire de recensement et sans même visiter les villages, il ordonna aux indigènes d’apporter, tous les quinze jours, 80 corbeilles de caoutchouc, c’est-à-dire Ngundo 30 corbeïlles,

Il paraît que quand l’A. B. I. R. établit son quartiergénéral à Bamo, ces hommes rendirent leurs fusils se chargeant par la bouche et reçurent des fusils et des munitions Albini en échange. Ils retournèrent alors au village pour la récolte du caoutchouc. L’un d’eux nommé Elanga tua le chef de Ngundo, nommé Lokoko, et les gens de cette section réussirent à saisir Elanga et son fusil. Mpombo, le doyen des chefs du district, consentit à ce que les gens de Ngundo traitassent son fils comme ils le voudraient, à la condition qu’on lui rendît le fusil, car il craignait un « grand palabre » de la part de l’A. B. I. R. Ceci fut fait et Mpombo rendit le fusil; le sort de son fils Elanga est

Au bout de 14 jours, c’est-à-dire il y a 4 jours, Mpombo envoya tout le caoutchouc qu’il avait pu se procurer de force à l’agent de Bamo, accompagné de six gardes armés d’Albinis. Il y avait en outre une autre bande d’hommes, de femmes et d’enfants, qui allèrent au bord du fleuve échanger des noix de palme, de l’huile, etc., avec les habitants de l’autre rive, et ils consentirent à y attendre le retour de l’autre bande. Après avoir attendu quelque temps, une bande arriva en effet, mais ce n’était pas celle qu’ils attendaient, — toute la troupe des porteurs de caoutchouc avait été mise dans la prison de l’A. B. I. R. C’était le redoutable Bompasu,

ë le Congo léopoldien 10

a DR armé comme un véritable brigand, — fusil Albini et cartou-

hs chière en bandoulière, revolver et couteau à la ceinture, —

à commandant une vingtaine de gardes de PA. B.L R,

armés, eux aussi, d’Albinis, de cartouchières et de cou

teaux; ils étaient accompagnés d’une compagnie de

| « braves », armés de lances, de boucliers, de couteaux, etc. 1

es. Naturellement les gens du marché ne purent résister à une

c troupe si formidable; on croit que quelques-uns se sont M +7 échappés, mais presque tous furent faits prisonniers; lindi-

S gène Lokanonga se meurt dans la brousse, le corps percé. 4 Isekolima est aussi blessé, dans la forêt, mais on espère le E “44 sauver. On envoya cette première bande de prisonniers à Aïp l’agent, et l’expédition continua à marcher sur le village ‘4

Nsongo de Bolumboloko (Wala). Son but semble avoir été | de saisir le chef Mpombo. On ne sait pas pourquoi, à moins que ce ne soit pour quantité insuffisante de caoutchouc : ÿ pourtant Mpombo semble avoir fait tout son possible, et | k même plus, pour forcer ses sujets à la récolte. Enfin Bompasu arriva et saisit beaucoup de monde; on ne sait pas encore combien, parce que le plus grand nombre se cache encore dans la brousse; mais il est certain que les per- F | _ sonnes suivantes sont actuellement en prison à Bamo, | outre les captifs pris au marché indigène : L Hommes : Nsala, Lofiko, Elisi, Esengi, Bompendu, : Femmes et filles : Inungo, Longundo, Bokeni, Bompenju, } J’ai trouvé là un enfant dont la mère Lolula avait été ; | mise en prison. Nous tâchons de lui sauver la vie jusqu’à “1h ce que sa mère puisse venir le nourrir à sa sortie de } : On saisit toutes les volailles, — trente ou quarante, ainsi que quatre chiens, pour nourrir la suite de Bompasu, et on démolit complètement la maison du chef pour en faire du bois à 4 à brûler. Tous les « objets de valeur » furent saisis, y com- € ; pris les filets de chasse valant de 200 à 250 francs que Bom- 4 pasu et ses hommes emportèrent. Cela fut d’autant plus | dur, que juste avant l’arrivée et après le départ de la Com- }

mission d’enquête, on avait un peu modéré le rigoureux sd traitement infligé par MM. Pilaet et Van Caelcken, ce qui dt avait permis aux indigènes de rassembler quelques objets. AE Afin de montrer qu’on surveille peu les munitions, je vous BA ferai remarquer qu’en entrant dans le village les sentinelles f dk firent feu dans toutes les directions, afin d’effrayer les habi- re tants. On ramassa une cartouche neuve dans la maison où je dormis (je lai donnée à un officier de police). J’ai aussi y vu un chien qui avait reçu deux balles d’Albini.

J’ai vu la femme Loko qui, étant boiteuse, refusa de mar- k cher à la prison de Bamo. Boni lui fit des entailles au bras ! et à la cuisse comme punition, puis la relàâcha; ces entailles 1 ont trois ou quatre pouces de long, celle du bras est très 4 LEA

Je vous ai écrit tout ce que l’on sait actuellement. On ; craint qu’il n’y ait d’autres indigènes dans la brousse, morts fi ou mourants, et beaucoup d’autres femmes et enfants en ‘4 prison à Bamo. Il est plus que probable qu’on envoie de ( pareilles expéditions dans d’autres districts, mais il est ne impossible d’avoir des détails véridiques en dehors de notre 4

Avant de quitter Nsongo, le 19 courant, un jeune homme M arriva de Bamo, disant aux gens du village que leurs femmes et leurs enfants mouraïient de faim dans la prison 1 fusils se chargeant par la bouche, accompagnés de lances et \ FR de boucliers, partir pour un certain district, avec ordre de livrer bataille aux indigènes. On dit à Bompasu qu’à son à retour il lui faudrait mener une autre expédition contre Mn Nsongo. Aujourd’hui, on m’a dit que la section Ikelemba d’Esanga avait été attaquée hier par une troupe d’hommes A armés sous les ordres de Bompasu, mais je n’ai pas encore ET de détails. Nous croyons à bon droit que le chef de facto- F rerie actuel a demandé d’être transféré dans un district où ses actes ne seraient connus que des indigènes. D’ordinaire, ÿ

(r) Des massacres semblables ont eu lieu au mois de mai. de

le Congo léopoldien 4 c’est dans de tels endroits qu’on envoie de tels hommes; mais bien que cela soit tout à l’avantage de l’A. B. L R.,ce n’est guère bon pour les indigènes et peu honorable pour l’État. Je saisis cette occasion d’attirer votre attention sur ; le traitement des pagayeurs, dans la certitude que vous M lignorez. L’A. B. I. R. semble croire que, malgré les mau- #? vais traitements qu’elle leur inflige, les pagayeurs devraient M toujours se présenter en grand nombre afin de ramer : dans les canots de la Société. Il y a près de trois semaines, 30 ou 40 rameurs conduisirent un agent d’ici à Bamo, et M comme ils n’arrivèrent pas avant le coucher du soleil, ils furent fouettés et enfermés dans la prison de l’A. B.I.R. Depuis lors, ils ont dû transporter de la terre à des milles de là, par bandes, afin de bâtir une maison au blanc. Est-il donc étonnant que les chefs cherchent en vain à persuader aux hommes de ramer ? 1 Le 26 février, le chef Baringa fut arrêté sommairement et | expédié sur le bas fleuve par l’agent, M. Weyn, parce qu’il ne pouvait persuader à ses hommes de ramer dans ces conditions. Il y a près de deux mois qu’il est détenu. Pendant |
ce temps, ses affaires se font comme elles peuvent. Tous les faits qui précèdent ont été communiqués à M. le lieutenant Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de mes meilleurs P.-S.— Je puis ajouter que la cartouche ramassée à Nsongo 4 contenait une balle molle fendue, probablement pour blesser grièvement. 4 A Monsieur le Commissaire de District à Il paraît que la dernière expédition envoyée par M. Weyn 4 n’était pas dirigée contre Ikelemba même, mais contre les villages de Nsongo avoisinants, Bonsombo, Nganza. Les morts et les blessés sont évalués de cinq à quinze hommes et femmes, mais nous avons tout lieu de croire que le chiffre M correct est dix. Le chef de factorerie d’ici est coupable de 156 1

tant d’illégalités et d’infractions à la loi si flagrantes que sans doute vous serez d’accord avec nous pour demander son arrestation immédiate et effective, dans l’intérêt de la justice et de l’humanité. En tous cas, il est clair qu’il n’est pas capable d’avoir le contrôle suprême de milliers de sujets, qu’il exploite pour son bénéfice, ni d’avoir à sa disposition l’arsenal considérable et les munitions illimitées de l’A.B.I.R. avec les résultats déplorables que nous avons indiqués. Les rameurs dont j’ai parlé dans ma lettre précédente sont : encore en prison, malgré les protestations de M. le lieutenant Otterly, officier de police.

On continue à nier que l’A.B.I.R. a coutume de prendre des otages contre caoutchouc. Les témoignages devant la Commission d”Enquête rendent désormais superflues ces

Ce qui est peut-être plus important, ce sont les faits incontestables que ce système est : 1° Connu et approuvé par les dirigeants de l’A.B.ILR. en Afrique. + Connu et approuvé par l’administration d’Europe de cette Société. 3° Autorisé par l’État lui-même. 4° Qu’il existe dans chaque poste de l’A.B.LR. un cahier de « Contrainte par corps ». 5° Que les dirigeants de l’A.B.I.R. en Afrique demandent aux agents la fourniture mensuelle d’un « état » de contrainte en

Ci-dessous la copie textuelle d’un de ces « états ».

M. Van Caelcken, un des agents de l’A.B.LR., qui passa dernièrement en justice à Boma, a produit dans sa défense des circulaires qu’il tenait de son Directeur, qui les tenait du Commissaire général M. de Bauw, qui les tenait du Gouverneur général autorisant la contrainte par corps pour le

Si l’on se réfère au témoignage des missionnaires devant a la Commission, on verra l’effet de ces pratiques sur les indi- A AR Ces pratiques continuent, même dans le voisinage des sta- ? ; tions missionnaires, — et l’on peut juger jusqu’à quel point Dre. dans les endroits éloignés, à l’abri des regards curieux, — 4 comme le prouve le récit de la razzia du village de Bolum- | boloko en avril 1905, par les soldats de VPA.B.LR., agissant À sous les ordres du représentant de la Société à Boma. De À | plus, il paraît que, quoique des agents inférieurs soient fré- 1 s quemment poursuivis et condamnés à des punitions lé- gères lorsque les circonstances de cas déterminés sont mises entre les mains des autorités judiciaires, les cireulaires du Gouverneur général et du Commissaire général $ . n’ont pas été annulées. Sous ce rapport, M. Harris, dans une lettre à M. Morel | « Un des traits les plus étranges de l’administration du Congo consiste dans les relations qui existent entre les off- d ciers judiciaires et le Pouvoir Exécutif. Par exemple, un officier judiciaire déclare que telle action est absolument { illégale, mais cela ne fait aucune différence en pratique. On continue comme si le jugement n’avait pas été rendu. Dans le procès Caudron, il fut déclaré par le Juge de la Cour Suprême que le Gouverneur général n’avait pas le pouvoir de conférer à des « compagnies commerciales » le droit de + lever de force un impôt de caoutchouc ni de mettre en prison ceux qui n’obéiraient pas à ces demandes illégales. Le 6 mars de cette année-ci, on montra un document à M. Stannard et à moi-même autorisant certains agents de l’A.B.LR., en citant leurs noms, à forcer les indigènes à payer un impôt Ro . de caoutchouc et, en cas de refus, à les mettre en prison. :

le Congo léopoldien ‘4 Cela fut fait sans aucune forme de procès. Le document por- | tait date du 1° décembre 1904 et était signé par le Gouverneur Costermans. » ne | De nombreux documents prouvent l’universalité de ces , L pratiques dans tout le Congo. Ces documents datent de plusieurs années, entre autres les révélations de Mongalla en 1901 et le jugement des Tribunaux de Boma; le jugement Caudron; le rapport du Consul Casement; les révélations M du Lieutenant Tilkens dans les débats parlementaires belges; les rapports des officiers Italiens de la Province M Orientale; des missionnaires de la région du Katango; de M M. Scrivener, du Domaine de la Couronne; M. Weeks, de Monsembe ; M. Ackermann, du Lomani, etc., etc. 4 Dans les conditions actuelles, la prise d’otages, — formule couvrant une forme d’esclavage atroce, — est nécessaire à la M} production forcée de vastes quantités de caoutchouc. C’est une pratique que l’on ne semble en aucune façon désirer de faire disparaître, puisque le Gouverneur général de l’État du Congo actuel, le baron Wahis, qui a été réintégré dans ses fonctions et possède le pouvoir exécutif suprême, a luimême autorisé par écrit (1) des pratiques déclarées « illé- gales » et parfois même punies de court emprisonnement, dans le cas de fonctionnaires subalternes, mais autorisées M et encouragées par le Pouvoir Exécutif lui-même. ee Voici d’ailleurs d’autres documents qui jettent une lumière. M sinistre sur ces pratiques abominables, et dont je possède M pour la plupart les originaux mêmes. Il faut savoir lire M entre les lignes de ces documents. Ce sont des documents M « pour la forme », redigés dans certaines circonstances, — quand, par exemple,on redoutait les enquêtes de quelque Consul ou voyageur étranger, la curiosité embarrassante à de quelque missionnaire. Il est également de toute évidence, pour ceux qui ont étudié dans toutes leurs phases le mélange de tyrannie, de coercition impitoyable, d’hypocrisie pré- voyante qui caractérisent le régime de l’État du hauten ,

bas, que ces circulaires constituent un effort assez habile pour sauvegarder la réputation des dirigeants. Le jour des révélations, on invoquerait ces documents afin de mettre à couvert les véritables responsabilités.

« Vous voyez, dirait-on, nous faisons notre possible pour 1 éviter les abus : S’il s’en produit, cela s’explique par la bruta- 1 lité d’agents individuels. » Or ces malheureux agents sub- F alternes, victimes eux aussi d’un système sans pitié pour les noirs ou pour les blancs de rang inférieur, on les aiguille 5 dans un sens tout contraire. D’une part, tracasseries interminables, gros mots, blâmes, si le caoutchouc ne vient pas en quantités suflisantes; d’autre part, pourcentages proportionnels au rendement, paroles flatteuses, et, glissés à l’oreille, ces mots : « Faites ce que vous voudrez, mais. du caoutchouc, encore du caoutchouc, toujours du caoutchouc. »

Il est possible, il est même probable qu’aujourd’hui, que l’existence du système de prises d’otages a été mis à nu, à lon cherchera à le défendre. Facilis descensus averni. Que le lecteur se penètre donc des résultats de ce système, révélés dans les témoignages devant la Commission d’Enquête, et au surplus, qu’il prenne note des faits que voici, faits qui ne pourraient être contestés.

Chaque station a le droit de posséder 25 otages par mois.

En prenant 35 stations comme base, cela fait un total de 875 otages par mois : en multipliant ce chiffre par douze on arrive au total effrayant de 10.500 indigènes ayant passé par ces prisons dans le cours d’une année. Ce total est probablement beaucoup au-dessous de la vérité. En effet, le chiffre de 25 par station est purement théorique : C’est le chiffre à inscrire sur les pièces officielles visées par le Commissaire de district. Le mot d’ordre est : « En prison tant que vous voulez, mais pas plus de 25 sur les pièces oflicielles. » (1)

106 hommes et femmes sortant de la prison de Bengandanga.

M. Wilkes m’écrit qu’il en a compté plus de 50 dans le même lieu. Le Consul Casement (1903) vit lui-même plus de 25 hommes et femmes

le Congo léopoldien l Quand on se rappelle que VA.B.LR. vendit sur le marché | 4 d’Anvers, en 1903, 812.525 kilos de caoutchouc et que cette production a nécessité le travail perpétuel et toute l’année M} d’au moins 30.000 récolteurs; que l’on peut évaluer à 3.000 | au moins les travailleurs, pagayeurs, porteurs, etc., etc, employés (avec un salaire quasi-fictif) par la Société par an, on arrive au résultat que voici : “4 ‘ soumis à la contrainte 6 Soit 43.500 indigènes hommes et femmes ! — assujettis à > L | un esclavage féroce. | millions environ. Dans les cinq années 1898-1903 les béné- M Î fices nets de la Société se sont élevés à 15.078.505 francs ! nn || Combien de vies humaines ont été immolées dans la pro- » k duction de ces bénéfices colossaux ? 4 Voici les documents dont il a été fait mention plus haut. 4 |: (Copies textuelles des originaux en ma possession) a Contrainte par corps ù nt !! i Je recommande à messieurs les Agents de la Société de ue : n’user du droit de contrainte qu’avec la plus granderéserve; M à dirigés sur la prison de Bengandanga en quelques jours. Jai 24 f ; devant moi un « Etat des indigènes soumis à la contrainte par M corps » pour une autre factorerie de la Société et j’y trouve les w à noms de 44 chefs, etc., etc. ne L | 162 4

| en aucune façon ce droit ne peut être exercé contre les he _ femmes, les enfants et les vieillards. (1) él Je prie tous les chefs de factoreries et de postes de me à faire parvenir mensuellement l’état de contrainte par corps en double expédition. Ces états doivent être proprement ré établis, conformément au modèle ci-contre, et doivent être é conformes au registre de contrainte par corps qui doit à exister dans tous les postes de la Société. a Je les engage à se eonformer serupuleusement à ees pres- Ris, criptions, car j’ai reçu avis de l’autorité que toute contrainte par corps faite et non inscrite sur les états et registre - é sera rigoureusement poursuivie dans la personne des cou- j Je rappelle que les otages doivent être convenablement # Pour le Directeur en Afrique, $ Contrainte par corps * Je constate que, malgré toutes mes recommandations, dans beaucoup de postes on ne tient aucun compte des prescriptions relatives à la contrainte par corps. Je vous confirme les circulaires numéros 93 et 98 et vous prévient que tout agent qui à l’avenir ne tiendra pas çconvenablement ses pièces sera révoqué. A chacune de mes visites, les Agents auront à me pré- | sentier un cahier de la contrainte par corps. NE o Pour les faits, voyez témoignage de la Commission d’ente.

le Congo léopoldien 5 Contrainte par corps à J’ai l’honneur de rappeler aux agents de la Société que la 1 contrainte par corps ne peut s’exercer que pour le recouvre- M ment des impositions en caoutchouc. il Toute contrainte par corps exercée pour un motif autre … que la non remise des impositions dues serait considérée EC comme une atteinte à la liberté individuelle. D. 1 26 Extrait des observations de la Direction d’Europe | À l concernant la comptabilité L La Direction en Afrique prescrit par la circulaire numéro 1 46 en date du 27 octobre 1902: qu’à dater du 1* janvier 1903, À les factoreries et postes supprimeraient à la comptabilité les ” Û 1) Achat de vivres pour blancs. À 2) Entretien et nourriture des otages. * 3) Achat d’huile de palme. É À Nous pensons qu’il vaudrait mieux maintenir ce poste: car les pièces comptables (copies du journal surtout) doivent « nous renseigner complètement sur toutes les opérations M qui s’effectuent dans le courant du mois. k (x) Cette circulaire est sublime. Voyez la copie de l’état où il est dit « Motifs de la contrainte » — donc on fait de la contrainte pour toutes espèces de motifs. Remarquez également le droit que S’arroge (avec la connivence de l’Etat) une « Société commerciale > de faire des « impositions » en caoutchouc! “4

: Extrait de la Circulaire numéro 36 intitulée « Manquants de caoutchouc » 4 Le caoutchouc manquant sera porté au compte personnel à de l’agent responsable, au prix d’achat en Afrique aug- 1 menté du bénéfice net réalisable sur les marchés d’Europe. ; bassankusu, le 26 janvier 1902 Nous sommes très heureux de vous annoncer l’acquitte- 1 ment pur et simple par la Cour d’Appel de Boma, de notre agent M. Lejeune, qui avait été condamné à 6 mois de prison et à 1.000 francs d’amende par jugement du tribunal territorial de Coquilhatville en date du 14 novembre 1901. (1) (1) Extrait d’une lettre personnelle expliquant cette circulaire : Ce M. Lejeune était inculpé d’avoir fait couper des mains et d’avoir fait la guerre aux indigènes sans autorisation, alors qu’il était chef de poste de Bolla. Pour sa défense, il avait tout rejeté sur son capita qui avait été mis en prison à Coquilhatville, mais doù il s’était enfui. Le tribunal de Coquilhatville avait acquitté Lejeune sur la question des mutilations des mains (à cause de la fuite du capita) mais l’avait condamné à six mois de prison pour infraction au règlement sur les armes à feu. On avait envoyé : Lejeune à Boma, mais sur ces entrefaites, était arrivé d’Europe M. Longtain, qui, grâce à ses pouvoirs, avait fait acquitter | Lejeune. M. Longtain est arrivé alors à Bassankusu, d’où il s’est empressé de faire éditer la circulaire numéro 9, puis il a fait la . visite des postes de PA. B. I. R. pour dire aux agents que l’Etat moserait condamner les agents de l’A. B. I. R. par peur de confirmer les accusations formulées par les Anglais, et que par conséquent les agents pouvaient continuer à employer tous les moyens possibles pour faire du caoutchouc.

le Congo léopoldien ATARI | limitée Bassankusu, 29 septembre 1903 | ! Surveillance des gardes-forestiers À Le 1 J’ai constaté, à mon grand regret, que certains agents | exercent beaucoup trop peu de surveillance sur leurs gardes- ; forestiers et ont trop de confiance dans des capitas quin’en sont pas dignes. Prenez note que sous aucun prétexte (sauf M pour transporter un courrier) des capitas ou des gardesforestiers ne peuvent passer d’un secteur dans un autre. Le motif invoqué est toujours d’aller à la recherche des récolk- … teurs fuyards, tandis que le motif réel est le volet la ra- | pine. Je prie MM. les chefs de factorerie et chefs de poste =.“ d’exercer la plus grande surveillance à ce sujet et de mettre | à ma disposition tout garde-forestier d’un secteur étranger pris chez eux. Dès qu’un chef de factorerie ou chef de poste a constaté d’une façon certaine que des indigènes de son L secteur sont passés dans un autre, il doitles réclamer àson M confrère qui a pour devoir de les lui renvoyer immédiate- M Bassankusu, le 25 mai 190% g ; & Le rapport sur la contrainte par corps adressé au chef à de poste de Bassankusu (2) doit me parvenir ouvert. Je ne puis accepter que les agents correspondent avec l’État, sans passer par mon intermédiaire. {Voir vos contrats) 4 | () Cette cireulaire en dit long sur la « liberté » des indigènes. | (2) C’est-à-dire au représentant de l’État, qui était eensé le trans mettre au commissaire-général, qui le transmettaitÿ plus tard à 1!

Vs ° Je prie M M. les agenis de tenir en mains leurs gardes- Nu MU: _ forestiers; presque partout j’ai constaté des abus. Si les 3 HG ; _ agents voyageaient plus souvent et visitaient leurs villages, “à ie _ ces abus ne se produiraient plus. » AR _ 15° Je vous communique en entier un exemplaire d’une une à Ÿ _ lettre de la direction d’Europe. Je termine le présent PR: _ courrier en vous priant de faire connaître à notre person- DR nel qu’il y a lieu pour celui-ci de reprendre le courage que RE certains parmi eux ont perdu; nous avons tous souffert : 150 d’une situation critique, mais nous avons le ferme espoir fs EL À que tous, nous aurons l’occasion de vite l’oublier ; mais il Dé mn faut que chacun y mette du sien. La Société a du reste tou- | ER jours, dans la limite de ses moyens, su reconnaître le mérite ee a ” à chacun, surtout si la bonne volonté n’a pas manqué. ER “ 16° J’espère, messieurs, que vous vous conformerez tous
_ aux instructions que je vous donne et que bientôt, grâce à NU _ votre travail, nous aurons ramené l’A. B.I. R, à la situation HT enviable du passé. 1740

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Ni), de l’abonnement recommandé sont empaquetés à part et

—_ recommandés à la poste ; la recommandation postale,

… comportant une transmission de signature, garantit le

destinataire contre certains abus; pour cette recom-

… mandation, pour tous pays, en sus, cinq francs.

4 Automatiquement et sans augmentation de prix les

… exemplaires sur whatman sont tous recommandés et

…. envoyés aux souscripteurs dans des enveloppes-sacs.

À L’abonnement ordinaire cesse de fonctionner pour -

chaque série au plus tard le 31 décembre qui suit

le l’achèvement de cette série; ainsi du premier octobre

… au 31 décembre 1905, et sauf épuisement de la sixième série, on peut encore avoir pour vingt francs les dix-sept

4 cahiers de cette sixième série complète. 4 A partir du premier janvier qui suit l’achèvement ) “ d’une série, le prix de cette série est porté au moins -_ au total des prix marqués; ainsi à dater du premier

  • janvier 1906 la sixième série complète, s’il en reste

‘4 encore à cette date, se vendra soixante-treize francs.

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