Heureux qui comme Ulysse
Jeureux qui comme Ulysse…
à paraissant vingt fois par an
_ 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée
Nous avons publié dans nos éditions antérieures a. ce
ue dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un si. ï et grand nombre de documents, de textes formant dos- - par . siers, de renseignements et de commentaires ; — un.‘ °% SUec si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles, 4 “5 k romans, drames, dialogues, poèmes et contes; — un 2 1e si grand nombre de cahiers d’histoire et de philo M RAT sophie ; et ces documents, renseignements, textes, dos-\ ts ri) siers et commentaires, ces cahiers de lettres, d’histoire as: | et de philosophie étaient si considérables que nous ne \ pouvons pas songer à en donner ici l’énoncé même le … “ s plus succinct; pour savoir ce qui a paru dans les cinq x | premières séries des cahiers, il suffit d’envoyer un man ee dat de cinq francs à M. André Bourgeois, administraæ= Le teur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, ‘4 x 3 Paris, cinquième arrondissement ; on recevra en retour Fu) Ne le catalogue analytique sommaire, 1900-1904, de nos | Fe 4 e : Ce catalogue a été justement établi pour donner, LE ir autant qu’il se pouvait, une image en bref, un raccourci, Ft ds une idée, abrégée, mais complète, de nos éditions arté- à _ rieures et de nos cinq premières séries ; tout y est classé M
- x dans l’ordre ; il suffit de le lire pour trouver, à leur. F8 4 UE place, les références demandées. < À] MATE Ce catalogue, in-18 grand Jésus, forme un cahier fs très épais de XII+408 pages très denses, marqué cinq : 24
francs; ce cahier comptait comme premier cahier de la ‘4 … sixième série et nos abonnés l’ont reçu à sa date, le #43 … 2 octobre 190%, comme premier cahier de la sixième 10 | série; toute personne qui jusqu’au 31 décembre 1905 sv …_ … s’abonnait rétrospectivement à la sixième série le rece- 4 Rs. _ sait, par le fait même de son abonnement, en tête de la 11 série; nous l’envoyons contre un mandat de cinq francs 5 … àtoute personne qui nous en fait la demande. LAS Pour amorcer tout travail que l’on aurait à commencer # | si . dans notre premier catalogue analytique sommaire, con- ‘ie “… sulier le petit index alphabétique provisoire que nous 108 | avons établi de ce ‘catalogue analytique sommaire. 1 4) …__ Ce petit index alphabétique provisoire, in-18 grand À d pue . jésus, forme un cahier très maniable de XII + 60 pages ls ke très claires, marqué un franc; ce cahier comptait #0 en comme premier cahier de la septième série et nos NES … abonnés l’ont reçu à sa date, le premier octobre 1905, NN
- comme premier cahier de la septième série; toute sa personne qui s’abonne à la septième série, qui est la LE série en cours, le reçoit, par le fait méme de son abonne- : ‘ve ment, en tête de la série; nous l’envoyons contre un % NE mandat de un franc à toute personne qui nous en fait # : la demande. US
- Pour lusixième série, année ouvrière 1904-1905, et 4 Men L pis attendant que paraisse le catalogue analytique som- AU Ë _ maire de nos deuxièmes cinq séries, 1904-1909, on à À | peut consulter, — provisoirement, — la petite table v.. analytique très sommaire que nous avons publiée en fin à né
Heureux qui comme Ulysse…
en vente à la librairie des cahiers Le Mur de Verre, roman; Poèmes des Temples et des Tombeaux. Idylles et Épigrammes romaines.
P OURQUOI t’aurais-je fait des confidences ? dit Cyrille. Parce que, pendant quatre semaines À
de traversée, nous nous sommes regardés fumer nos
pipes. Je me rappelais bien Renaud, un camarade | de lycée. Mais tu n’es pas seul à porter ce nom.
— Toi, reprit l’autre, j’aurais dû te reconnaître rien qu’à ta sauvagerie. Je me disais : Ce hâle est | celui d’un marin. Tu m’intriguais. Hier, par hasard, je cause avec un homme du bord. Il connaît bien les :
ports de Chine, me nomme ton bâtiment, te nomme,
toi. Deux ou trois détails sur ton compte, et moi de remettre bout à bout mes souvenirs… Mais montons | sur la passerelle; on distingue déjà la côte. 4 Installé sur un banc, Renaud poursuivit : — Tu n’es pourtant pas plus âgé que moi, et tu ; prétends avoir un garçon de quinze ans ? j — Dame, je me suis marié jeune! 4
— En tant d’années, tu n’as su faire qu’un seul A Cyrille enleva sa casquette humide de matinale. LUE
| buée ; il l’essuyait sans hâte, ce qui fit dire à Renaud | Puis, tirant un portrait de son, portefeuille : É — Tiens, si tu veux les voir ? À Cyrille tenta de ne point paraître indifférent. | — Montre quel air a ton gamin. ( — Gelui qu’ils ont tous à son âge. ; — Tu veux te faire prier. Tu as bien quelque 4 part une photographie. |
- Le marin parut mal à l’aise. _ Dieu sait où je l’aurai fourrée! é À fs Il ajouta pour se justifier : | _ , — D’ailleurs les portraits, jamais ça n’est ressemblant. : | “ Mais l’excuse ne porta point. 1 — Faut-il que tu sois mauvais père! dit Renaud. É
Les joues de Cyrille s’échauffèrent. pi riposta sur un ton qu’il eût voulu calme: ; — Tu te trompes : j’aime les enfants. Dans les À ports, j’en laisse rôder sur mon brick, même des : : petits. Ils viennent jouer jusque dans ma cabine. |
_ —Je me flatte d’être paternel, mais je n’irais pas 4 4 jusqu’à m’amuser avec les enfants des autres. C’est | Hi. Ki du tien seul que j’entendais parler. 1 fr — Quoi donc ? À — Puisque tu as commencé… 4 Cyrille bourra sa pipe, puis voyant s’obstiner De Renaud, il dit, impatient: ‘à — Si je me soucie d’autres enfants. plus que de : mon fils, que Cimporte ? id ja Renaud murmura avec stupeur : 4 Mais Cyrille coupa court. 4 — Laissons tout ça. 1 Renaud, mortifié, voulut se taire, pourtant sa s É ÿ: curiosité l’emporta : l ù ai pas questionné. C’est toi-même qui parles de ton ne … fils dans des termes… be — Ce n’était qu’une plaisanterie. cl
— Ne retire donc pas, à mesure, tout ce qu’il peut |
t”échapper d’intelligent ? Tu as peur d’avoir touché
juste. A voue que tu as peur ! |
— Mais qu’est-ce qu’a pu te faire ton garçon? - |
— Qu’est-ce que les tiens t’ont fait pour que tu les
aimes ? L’antipathie ou l’amour ont-ils des raisons ?
Mon pauvre ami, ça naît ou ne naît pas, sans qu’on
fe Sentant se trahir son agitation, il s’arma d’inso- :
lence, examina chaque traït de son compagnon, le
nez, les oreilles, la pomme d’Adam :
— Tu tiens donc beaucoup à te perpétuer? ÿ
Il haussa les épaules, puis continua, brutal:
— Encore si tu te connaissais des traits intéressants, des goûts! Mais tu es du type le plus neutre. Ë
Le beau plaisir que de retrouver en tes enfants tes
défauts et tes maladies, ou la forme de quelque S
paxent que tu détestes de tout ton cœur! $
Renaud prit un air doucereux :
— La voix du sang paraît muette en toi. Vante-
$ t-en moins haut. Le feu de ton plaidoyer fait naître Ÿ
; des suppositions…
Il eut peur, une seconde, d’avoir imprudemment ;
frappé; mais Cyrille éclata d’un rire ingénu :
— Hé non, mon vieux, c’est tant pis pour tes
théories, mais Rémy m’appartient, — autant qu’on 4
peut répondre de telles choses. |
— Dans ce cas, tu l’aimes! | | Mais Cyrille passionnément dépouilla toute ré- ; montre intelligent ou affectueux… Mais sitôt qu’il _ est sale, qu’il est faux, qu’il crie. — Tu timpatientes, — comme chacun de nous! — Non point. Jamais je ne l’ai frappé… Mais c’est pis. Il n’est, du coup, plus rien pour moi, plus Ses lèvres et ses mains tremblaient.. Effrayé | d’un pareil épanchement, Renaud tenta de l’ar- | — Je n’exagère pas, cria Cyrille. J’atténue au contraire. Je ne parle pas de dégoût, je ne parle ‘ | Renaud, s’indigna pour de bon: — Ce sont des mots qu’on ne prononce pas! ÿ — Et que gagne-t-on à les taire ? L’autre répliqua vivement : — Il n’y a que malentendu. Tu ne vois pas ton fils 4 assez souvent. Tu dis trois ans d’absence ? i — Et les fois précédentes ?
— Mais de là tout le mal! Vous n’avez pas le “4
temps de vous connaître. 4
— Nous n’avons pas non plus celui… Je t’assure ;
| que c’est mieux ainsi. — Non que j’aime la solitude. . 1 Des six mois, je ne parle à personne et je deviens . maniaque à force de ruminer. , D. \à Il réfléchit, puis dit avec découragement : ; 3 — Je ne vous comprends pas, vous autres. A tout 4
Fa ce que je dis, vous levez les bras. — Au moins là-bas 41 je suis forcé de me taire… J’écris souvent, autant à 4 k Rémy qu’à ma femme. Je puis peser les mots mieux 4 — Si tu te laissais bonnement aller au premier à mouvement de ton cœur… ï % — Mais ces mouvements, je ne les ai pas. C’est là Ë | . tout le malheur… Je ne les ai pas! 4 | Renaud dit : k 4 ï es On se met en tête qu’on n’est point père; mais À à que survienne une maladie ou un danger. 4 rs — Écoute, dit Cyrille à voix basse. Lorsque Rémy. 1
avait cinq ou six mois, le chalet que nous habitions $
“ prit feu. C’était la nuit ; une baraque toute en bois; } ma femme absente. Je dus sauter par la fenêtre. ‘4 L’enfant dormait à l’autre bout de la maison. L’es- À
4 calier menaçait de crouler sous l’effondrement du ! $ toit; mais peut-être on pouvait passer encore. Je ne À
à sui s pas poltron. L’été dernier, par une grosse mer, FT .… j’ai repêché l’un de mes hommes, un garçon qui ne LS | Ro valu qu’ennuis. Dans le même temps j’en SP . soignais deux autres au risque de ma peau. Eh bien, « quand il ne s’est agi que d’un poupon… Heureu- #0 _ sement des échelles sont arrivées. Et note-le bien : sE a je n’avais pas perdu la tête; je ne me roulais pas :2 & à terre; je me souvenais très lucidement qu’avec A deux robustes santés on refait tant qu’on veut des D: à enfants. C’est, pour la femme, neuf mois de travail Du Le à recommencer. Rien de plus. Ça ne vaut pas qu’on :38 Fa risque sa vie. “ER Il s’arrêta, le souffle court, puis, lentement, parut on . revenir à lui, s”apercevoir combien cette scène était e ip .… indécente. Il semblait sur le point d’offrir des excuses. #21 Ê a Renaud, décidément mal à l’aise, ne savait com- ) Te
- — Je te disais bien l’inutilité des explications, 1 _ — Nous aurons, pour les oublier, le reste de notre ira
ANs le désordre de l’arrivée, Cyrille crut
D éviter de se laisser rejoindre. Maïs, comme
‘ on contournait déjà le môle, il s’entendit interpeller. Renaud semblait avoir recouvré sa placide
— L’heureux homme, chez lui ce matin même!
Mon train ne part qu’après midi et j’arrive à la nuit
Le bassin s’élargit. Cyrille, penché, regardait
la ville émerger des mâtures. Mais dès qu’elle
_ fut toute apparue, il se retourna, puis brusquement :
— Déjeune avec moi.
— Jamais, dit l’autre. Les tiens sont là, sur le
quai, qui t”attendent.
— Non, dit Cyrille. Le voilà déjà qui se méfie! |
C’est pourtant simple : on ne compte sur moi que F4 dans huit jours. Je ne croyais pas attraper ce cour- E. rier. — Nous déjeunerons tête-à-tête, puis tu maccompagneras chez moi. É — Grands dieux, tu n’allais avoir personne avec 14 : qui causer ! La Dans le même moment, une cohue les bouscula. + Vars Ils y obéirent. Une heure plus tard, ils s’éloignaient | à pied du port. « 4 — J’étais assis juste devant toi, dit Cyrille. b. Quel cancre tu faisais pour le grec et l’arithmé- 4 tique ! Je me rappelle tout, nos farces, nos puni- . | — Je te revois, en rhétorique, dit Renaud, à côté À d’un certain Germain. ‘À | Le marin sourit. Il semblait que ce fût à ce souve- À | nir. Mais comme il ne répondait point, Renaud D ï — N’était-ce pas Germain ? ; — Si, dit Cyrille. | — Ge sont mes premiers souvenirs de toi. Ou si, À _ plus tôt, je te connaissais ? 1 — J’en douie. Avant cette année-là, j’étais un si L À Il prenait par des ruelles écartées. Ê
4 _ — Je te mène dans un bouge, dit-il. Nous y man- He
- gerons mal, mais en paix. 1 | Et vis-à-vis d’un bâtiment vaste et revêche, il x s’arrêta sur le seuil d’une gargote. Plancher sablé, à k tables sans nappe y offraient une apparence si mo- d _ deste, qu’il crut devoir expliquer : j _— La boutique a changé. L’ancienne était mieux, | _ de beaucoup. — Tant pis ! tu verras que les huîtres sont bonnes. , — Une table, là, sur le trottoir ! É | De l’instant qu’il fut assis, il changea de manières, parut s’absorber. Il ne mangeait pas, pétrissait des ne blocs de mieetsans cesse tiraitsa montre, — Renaud | … crut quelques prévenances opportunes, mais n’ob- ( tint que de maussades réponses. Il fit un dernier et Ë ; craïntif effort, revint une fois de plus aux souvenirs \ — Et qu’est devenue cette dame qu’on voyait | — Tante Lucrèce ? Elle vit avec ma femme. À ; » — Et tu avais ton père, des oncles ? ‘ : 1 Cyrille dit sèchement : HS :
- — Mieux vaut ne pas parler d’eux! F . Renaud comprit qu’il avait dit quelque sottise et ë _ ne s’inquiéta que davantage. Desfgouttes annonçant la pluie, il regarda, peureux, l’obscur intérieur de la à
boutique et le tremblement qu’avait Cyrille aux 1 angles de la bouche. IL prévint l’offre du gar-
— Nous sommes beaucoup mieux dehors. i
Il paraissait ne plus tenir en place. à
— Et qu’as-tu donc à regarder l’heure ? |
— J’en conclus qu’il faut m’en aller. Tu es impatient d’être chez toi, — ou autre part.
Il se leva. Une angoisse imprévue attacha Cyrille à sa manche.
— Tu deviens fou. Commence par te rasseoir. Nous n’avons pas fini. Veux-tu qu’on apporte un poulet ? Non? Du pâté? Quels fruits veux-tu ? Rien ne te presse. Là, rassieds-toi.
Il lui versa du vin, lui remit sa serviette.
— De moitié tu n’as pas assez mangé. Un homme comme toi! Bon, le voilà qui croit que je vais reparler d’enfants à faire !.… Je vois, je vois, le vieux paillard : tu t’ennuies, tu pensais que ce colonial sans préjugés devait en conter de salées…
Un roulement de tambour lui ferma la bouche.
D’un bond il fut debout. Une clameur emplit le
bâtiment d’en face ; la poterne s’ouvrit et une troupe
de lycéens se bouscula sur le trottoir. Tous descen-
daient du côté de Cyrille. Il les pouvait dévisager
l’un après l’autre, les deux mains nouées au dossier
d’une chaise, immobile, sauf l’anxieux va et vient du regard.
Par groupes pressés ou fläneurs, les enfants s’écoulèrent. La ruelle s’était déjà toute vidée, qu’il surgissait encore des retardataires. Puis il y eut une attente. Renaud ne voyait à Cyrille qu’une croissante pâleur. — Enfin la porte se ferma ; on l’entendit assujettir à l’intérieur.
Alors, d’un geste fatigué, Cyrille repoussa la table servie, et sans même regarder Renaud, balbutia :
— Allons-nous-en.
Il prit la première rue, si soucieux et pressé, que Renaud guettait en avant, pensant apercevoir quelque écolier. Bientôt l’absence de passants laissa voir jusqu’au bout des rues, sans qu’apparüt l’objet de la poursuite. Mais celle-ci, sous des quinconces de vieux arbres, se ralentit. Renaud, déçu, regarda la déserte promenade et la campagne ouverte entre les troncs.
— Où donc me conduis-tu ?
| Cyrille s’arrêta, montra un banc :
Comme Renaud attendait autre chose :
— Plus loin, si tu préfères. |
— C’est pour m’amener ici que tu m’as fait mar- ‘À cher de ce pas! : à — Puisque nous y voici, pourquoi te plaindre ? À Ce sont les seuls beaux arbres de la ville. ‘à Ses approches éludées, Renaud brusqua : 4 — Tu n’as donc pas vu ton garçon ? 1 | La réponse tardait. Cyrille avalait sa salive. Enfin 4 d’une voix mate : 4 — Je ne suis pas sûr. 4 Et il s’assit, comme si, des deux poings, quelqu’un | lui eût pesé sur les épaules. * Renaud, du pied, dispersa le sable amassé par É quelques fourmis. Il dit enfin: . 4 — Rien ne serait plus aisé que de sortir de doute. # Cyrille eut un mauvais sourire : k — Renirer chez moi? Des choses de cette force, à je suis encore à même de les trouver tout seul. Et pourquoi donc sortir de doute? Laisse-moi, par : à miséricorde, me leurrer du peu qu’il m’en reste. fi: 1e Mais tu me prends pour imbécile !.. Je ne lai que ‘4 à trop reconnu! Rien qu’à voir ses mains tachées d’encre. Mes propres mains! Un duvet trop pré- coce, un dos voûté!.. Et ce regard, ce port de tête ! | $ Je te dis : tout l’enfantvicieux et menteur que j’étais | alors !… Dommage que tu ne m’aies pas connu! SE
Tu n’aurais pas oublié, certes! Pour un sou je à F faisais tout nu le pitre, — et tout ce qu’on pouvait 08 misère ! Et comme s’il ne suflisait pas d’avoir dû me : Le tirer moi-même hors de ce dégoûtant marmot, voilà ist que j’en refais un tout pareil !.. i L’émotion de Cyrille était trop manifeste pour que — Voyons, mon pauvre ami; c’est beaucoup de ï chagrin pour des doigts tachés d’encre. Cyrille regardait obstinément le sol. — Mon Dieu, dit encore Renaud, si tu fus sale et — Facilement, non. Il a fallu que quelqu’un m’en | — Eh bien, à ton tour, tu aideras ton fils. — Ma parole, tu es naïf pour ton âge! N’as-tu jamais ouvert les yeux ? Chacun le sait : un père fa n’a qu’à diriger en un sens pour que l’enfant se jette de l’autre. — Mon père, n’en parlons pas; j’avais horreur de lui. Mais celle qui prit soin de moi et qui m’aïmait, tante Lucrèce : elle a pu me forcer d’aller à l’école, jamais de travailler. J’ai eu besoin d’une affection jeune, imprévue, que je pouvais croire inventée par moi-même. ne — Ton cas, dit vivement Renaud, peut se répéter. ss
Tel vaurien s’est épris d’une fillette ou d’une s femme. À — Pardon. Tu me racontes tes déboires. Je | ne m’en informais pas. Rends-toi du moins compré- — À quoi bon? Nous allons répéter la scène d’hieæ soir. Une fois sufiit. Ils marchèrent jusqu’au bout du quinconce. Mais on entendit l’heure à quelque église. Renaud dut songer qu’il faudrait bientôt partir et sa démangeaison s’aviva. — Si je me suis fàché, j’ai tort. J’aurai mal com- | pris. C’est excusable, conviens-en. Où done en | voulais-tu venir ? | — Je ne sais plus moi-même. | — Tu parlais d’une certaine affection.
- C’est inutile… je t’assure que c’est inutile. ; Tu n’as pas assez bien connu celui que je veux dire, | et ton imagination ne suflirait pas. | ‘ — Sans avoir soupçonné sa valeur. Renaud s’arrêta, doutant d’avoir compris. Puis il |
Dans cette bouche, un nom si cher exaspéra 2 Cyrille. Pour ne point répondre il doublait le W À Mais Renaud de s’écrier : Æ l’année avant sa mort. Cyrille du coup se retourna : — Nous étions ingénieurs dans la même affaire. \ A vrai dire, ce n’est pas moi dont il était l’intime. Il ‘ m’eût trouvé trop. ordinaire. Nous avions un ami Cyrille avait pris Renaud par le coude :
- — Tu vas tout me conter. Je te conduis à la | Il tourna vers la rue voisine. | — Germain faisait cas de Sylvestre. Je sais qu’ils ; — Souvent, surtout les derniers temps. Sylvestre lui survécut peu. J’ai recueilli ses papiers; les lettres de Germain s’y trouvent. — Tu as ces lettres? — Bien que sans les avoir lues. J’ai cru voir qu’il 74 : y était parlé d’une passion malheureuse. Mais sans les noms, l’histoire ne me touchait guère. J’ai tout dans une caisse. |
— Une passion de Sylvestre ? 4 — Non, de Germain. K — Je l’aurais su ! Vous êtes étonnants : toujours, Ë partout, imaginer des femmes! Dis ce que tu as vu $ toi-même. Comment vivait Germain ? ! Renaud ne pouvait libérer son bras. 114 — Il projetait une machine. Est-ce qu’il y travaillait toujours ? Qui voyait-il? Tout m’intéresse. Et sur le quai, jusqu’à l’ébranlement du train, Renaud fut pressé de questions impatientes et minutieuses. ,
1 YRILLE s’avança jusqu’à la grille : ï fr Une cheminée fumait. Un chapeau traînait ‘ LE sur un banc. Mais aucun bruit dans la maison ni F _ dans le petit jardin. ee fi IL dut pourtant redouter d’être vu, car revenant û K sur ses pas, il prit entre deux murs, se glissa, Le . tourna, pour aboutir derrière la maison. Il n’en était k 3 plus séparé que par quelques buissons et une palis- | ! sade. Du bout de sa canne, il eût touché le mur. Des _ voix pässaient par une fenêtre ouverte. h “ — Toujours Jacques et Joseph! criait l’enfant. Ils ‘S ne veulent ni canoter, ni se baigner. Ils sont à bout | & quand ils ont marché trois quarts d’heure. Je suis qi mieux seul à la maison. à L’émotion fit bourdonner dans les oreilles de Gyrille cette voix nouvelle et savoureuse, non plus ._ telle qu’il s’en souvenait, puérile, mais comme _ échauffée déjà par l’adolescence. ( TRSS
Une femme répondit timidement : 1 — Tu préférerais les enfants Martin. Mais tu sais ; comme on parle d’eux. La fille est effrontée et le À garçon ne veut rien faire. os | — Tu as peur de tout le monde, dit fermement : l’enfant. Tante Lucrèce aussi a peur. On se moque de moi, non à cause des Martin, mais parce que je | ne sors pas de vos robes. Une soudaine et tremblante envie de voir haussa Cyrille aux barreaux de la clôture. N’eût-il | aperçu qu’une épaule ou qu’une boucle de cheVEUX — Mon petit Rémy, dit la mère, il est temps. — J’aime mieux partir plus tard et courir. Quel mal ça fait-il que je coure. | Il y eut un débat. — Je n’aurai pas congé, dès son arrivée ! Il sait : bien, lui, qu’on ne fait rien le dernier mois. Plus qu’une semaine et alors oust! Le plancher retentit sous la chute d’une pile de livres. Puis des portes claquèrent. Un pas de course traversa le gravier. Mais Cyrille avait regagné la rue. Devant lui fuyait une nuque fine où luisait un pelage ras et soyeux. Avant qu’affolé de se sentir. poursuivi l’enfant se retournât, il était pris à bras-le-corps. — Embrasse-moi, là! mieux que ça! Ce n’est
| donc pas toi que j’ai vu ce matin ?.. Et pourtant… he. Ah, mon garçon, comme tu as grandi! , — Tu n’as pas peur de moi, voyons. J’arrive avec LÀ | huit jours d’avance. ; s Il hésita, puis voyant que l’enfant restait intimidé, | il lui dit dans l’oreille : — Qu’est-ce que c’est que ces livres? Je ne suis pas ici pour que tu ailles te cacher en classe. Allons, mène-moi chez nous ! — J’en étais sûr, cria Rémy : tu n’es pas comme ; elles le prétendent ! Et devenant vermeil, il bredouilla : — Tu ne peux pas t’imaginer… comme je l’attendais… _ Cyrille ne le lâchaït point. Ils se dévisageaient. Une soudaine complicité mêlait leurs regards. Ils passèrent la grille. — Cours prévenir ta mère et tante Lucrèce. Si
- j’entre elles vont pousser des cris. Il attendit dans l’antichambre. — Mais si, disait Rémy pouffant de rire, un drôle d’homme te demande. Viens voir. s Claire accourut, inquiète, se glissa par la fente de | la porte, puis, interdite, s’arrêta : — C’est Cyrille! murmura-t-elle. Et elle se mit à trembler toute.
Il courut la prendre en ses bras. Elle portait les # yeux sur sa robe, sur les meubles, sur le plancher, L dans la crainte, on eût dit, que tout n’y fût point en : ordre. Et comme il l’embrassait, joyeux, elle fondit a Au même instant une vieille femme descendit é ‘ — Ah, méchant garçon! criat-elle. Il l’a toute 4 effrayée. Quelle farce tu nous joues! Mon petit, de que te voilà bonne mine! | On l’entraîna. Il dut s’asseoir entre les femmes. : — Nous qui te préparions une fête extraordinaire, 200 dit Rémy. Des feux de bengale et des lanternes ! D. Cyrille écoutait, mais comme attentif à quelque 4 chose par-delà les paroles. Il dit, presque grave: j — Alors mon arrivée dérange tout. Toi, tu n’auras 1 pas eu le temps de mettre une robe neuve, ni tante Lucrèce de me boulanger des galettes… k Claire se ramassant sur elle-même balbutia : ; — C’est vrai, cette robe est sale. Tu me trouves changée. J’espérais que tu ne remarquerais pas. | Cyrille eut son mauvais sourire : | < — Je puis repartir pour une semaine. — Ce n’est pas Claire qui estchangée, c’est Rémy. ), — Chaque jour, dit tanie Eucrèce, nous nous Fk étonnons. Claire veut qu’il te ressemble toujours
ni plus; moi, je prétends qu’il tient surtout de Claire. 4
_ Sauf les yeux : moins les tiens que ceux de ton f
— Ces yeux qui rient, ces yeux de chat? L’oncle
: avait ceux d’un certain poisson…
— Quand je vous le disais ! Comment n’êtes-vous
pas malades d’avoir à regarder ce museau de…
— Cyrille! dit sévèrement la vieille dame. L
\ — Je sais ce que je dis. Quand au Cap on connut
mon nom…
— N’oublie pas que Rémy t’écoute, supplia Claire. |
Et la tante ajouta : ÿ
— Maintenant qu’il est mort, Simon ne fait plus
de mal. Laisse-le en paix.
— D’abord Rémy n’est plus petit garçon, dit le
marin; ensuite l’oncle s’obstine à ne pas s’en aller
de chez nous, puisque, à vous croire, voilà ses yeux.
Et ces cheveux-là, sont-ce les siens ? |
— Ce sont absolument les tiens à cet âge, dit
Claire. J’en. ai la mèche que m’a donnée tante |
_ Lucrèce. — Rémy, va chercher dans ma chambre la |
L’enfant partit à contre-cœur.
— En sa présence, dit tante Lucrèce, comment 4 peux-tu parler aïnsi ? Il ne saït rien. Inutile, n’est-ce 4 pas, qu’il ait honte devant les autres ? Ici, l’on oublie | à peu près nos malheurs. Nous nous sommes 4 : _ presque refait une réputation honnête… 4 — Ça n’a pas dû être commode! } — Nous ne pouvions plus vivre, dit Claire. Pen- ÿ dant combien d’années nous osions à peine sortir?.. 1 Voilà Rémy. — Donne-moi la boîte. Elle tira d’une enveloppe une houppe de cheveux — Tu vois bien qu’ils sont raides comme des 5 ficelles, dit Cyrille. C’est la même couleur, mais ceux de Rémy, bien que plats, font des manières de — Non, dit l’enfant, c’est qu’ils ne sont pas brossés. Il se les lissa d’un revers de manche : — Les voilà comme les tiens. : Et, se détournant, le marin marcha les mains dans les poches. Rémy eut une idée : — Si tout de même j’illuminais ? c — Va, dit Cyrille. Il se rapprocha de sa femme, chercha d’être affectueux, lui tapa sur la joue : — Voilà les yeux qu’il devrait avoir.
- Elle absorba ses paroles, comme une éponge se . gonfle d’eau. Mais aussitôt elle perdit contenance, car il ajoutait : — Et puis, tant pis ! Les enfants, c’est une malpropre cuisine ; il vaut mieux ne pas se demander avec quoi c’est fait. — Il est toujours le même, murmura-t-elle tour_ née vers la vieille dame. Puis elle disparut, sous prétexte d’aider Rémy. — Mauvaise tête ! dit tante Lucrèce. Je suis sûre que tu l’as peinée. — Je n’en sais rien. Mais pourquoi serait-elle — Qu’ai-je dit d’extraordinaire ? Qu’il ne faut pas
- examiner de quoi se compose un enfant ? Qu’il m’est déplaisant d’en avoir fait un où a collaboré ma famille entière? Je sais bien que tout père en est là; mais c’est ce qui me dégoûte de l’être. J’aurais des frères, qu’ils pourraient faire à leurs enfants mes yeux, mes mains, mon caractère. Qu’est-ce qui est à moi ? Qu’est-ce qui est à toi? Tu trouves ça propre ? Qui te ditqu’iln’y a pas, par le monde, quelque petit métis qui me doive la vie ? Mais réfléchis : c’est peut-être une fille. Peut-être elle a ton dos, ta poitrine, tout. Et à quoi sert que tu les caches soigneu33 Rs.
sement sous tes robes, si elle, là-bas, les montre à U tout le monde, toute nue, en plein soleil ? 4 La vieille dame ne se tint pas de rire : 4 — Allons, allons, l’extravagant ! Tout de même, b ._ va retrouver ta femme. È Claire, du perron, regardait Rémy tendre unfil de fer. Sans se retourner elle se laissa rejoindre. À — Tante Lucrèce croit que je t’ai fait de la peine. — Comment l’aurais-tu fait ? dit-elle, — on eût pu 4 croire négligemment, les yeux toujours vers Rémy. | — Apparemment par mes paroles de tout à 1 — Qu’est-ce que tu as donc dit ? ÿ Et imperceptiblement, elle commença de s’aban- ï — J’en étais sûr, fitil: tante Lucrèce a une ë Elle se retourna, prudente, puis brusquement lui enlaça le cou : — Ah, mon Cyrille, Cattendre pendant trois années, sans savoir si tu m’aimeras encore à ton | ù retour ! J’avais pu patienter deux ans, mais trois! Et en t’apercevant, me remettre à trembler comme 144 une petite fille ! — Et songer que toute ma vie tu me feras peur ainsi…
E bon matin, Cyrille fut chez Rémy. | D IL le trouva dans le moite désordre du dernier sommeil, la figure au fond d’un oreiller, le ES Le corps de travers, en faucille. ; _ Il s’assit presque sur l’enfant, dans un creux, . entre les coudes et les genoux. Las de n’apercevoir qu’un tendre tourbillon de cheveux, il souffla dans _ le col de la chemise. Rémy grogna, se retourna et, ‘ sans ouvrir les yeux, frappa Cyrille à la figure. à — Bien touché! Hé, là, le paresseux ! . Son père lui chatouilla les côtes. L’enfant maron- . naït et se défendait gauchement, les mains molles | _de sommeil et de rire. Na — Voilà des bras que je voudrais plus durs, dit Cyrille en les tâtant. « ; PF L’enfant gémit : _ — On crie dès que je bouge.
Puis, éveillé davantage, il releva sa manche.
— J’ai tout de même du biceps.
— Trop blanc, dit Cyrille.
— Pardi, tes mains sont comme du caramel, mais : fais voir sous ta manche.
Le bras délié s’allongea contre le bras robuste. Mais Cyrille n’écoutait plus. De même que la veille à l’arrivée, une secrète volupté surprenaitses oreilles.
11 voulut ramasser son attention. Mais comme Rémy concluait : La belle affaire, c’est le soleil de là-bas! — déjà l’émotion s’était évanouie.
— Que vas-tu faire aujourd’hui ?
— Les camarades sont en classe. Il y auraït bien Martin… un mousse qui doit partir à la fin de l’été. C’est lui qui m’a montré la chasse aux taupes et la pêche à la fourche. ;
! car sans plus de questions : <
— Pêchez si ça vous fait plaisir.
Mais les yeux de Rémy brillèrent d’une si clandestine intelligence, que Cyrille détourna les siens et regarda le mur.
— Il y avait un portrait, là, au lieu de cette
— Un jeune homme qui rame, une pipe à la bouche, dit Rémy. Je me rappelle. Il y a longtemps, …
k quand tu m’as envoyé ces images, maman l’a retiré
Hi pour leur faire de la place.
Ë — Au grenier, je crois, derrière l’armoire.
k — Sais-tu qui ça représentait ?
— Maman n’a jamais pu me le dire.
à — C’est Germain… le seul véritable ami que j’aie
À connu. Jamais elle n’a compris quel être admirable
À c’était. Je crois qu’il lui faisait peur.
… _ —Iln’y a pas d’homme auquel je souhaite davan-
; tage que tu ressembles. Aussi j’avais placé ce por-
À trait dans ta chambre. Jamais je ne m’en étais
— C’est toi qui l’avais dessiné ?
— Moi, non… mais une jeune femme qui s’était éprise de Germain.
Il s’arrêta, n’osant plus. Les yeux de Rémy inter- :
1 — Plus tard, mon petit, tu sauras cette histoire. et bien d’autres. Je ne m’habitue pas encore à te parler. Si je m’attendais à un gars aussi dégourdi!… Allons, mets ta culotte.
Rémy le retint par la manche. x 5 R
— Et tu me raconteras des aventures de Chine. IL 4
ÿ en a qui font de l’embarras parce que leur père La est ceci ou cela. Je pourrai leur fermer le bec. ; vi | — Où donc Rémy pêche—il d’habitude? 4 — Au coude de la rivière; mais assuret’en. A 11 — Non, fit Cyrille, je veux qu’il aille et vienne à sans se douter que je l’observe. Devant un père on. 1
se surveille, même s’il se montre camarade. Tout ce À]
petit est pour moi neuf, m’étonne. ‘4 à — Claire devrait t’entendre, dit-elle. ) 54 si — Mon Dieu, elle se tourmente. C’est dans son 4 caractère. On la trouve relisant dix fois tes lettres. “4 1 « Pourquoi écrit-il cette phrase… et celle-là? » ” À — Et que craint-elle ? | ‘ 4 o fi — Des bêtises. Elle s’inquiète pour Rémy. Tu sais 4 \ combien les femmes sont sottes? Mais, sois tran- 7. Ë k quille, je la sermonne. 4 ï Il prétexta des affaires en ville, maïs ne s’y attarda À k que peu. Remontant la rivière, il eut bientôt décou- 1!
1 vert les pêcheurs, au sommet d’un talus, goûtant de } LÈ pain et de cerises. Ils étaient trois : Rémy, le mousse
et une fille, moins jeune qu’eux d’un ou deux ans. À . Elle riait haut et distribuait les parts. 1 F — Voilà cinq cerises pour chacun. Qui les avalera
Ke le plus vite avec les queues et les noyaux ?
ja Ils luttèrent de grimaces. Le mousse s’étrangla.
\ — Pour sa punition, qu’il roule jusqu’au bas du
Martin refusait; mais Rémy l’entraîna : Là — Je roule avec toi. ‘ Ils se couchèrent l’un contre l’autre, mêlèrent
k leurs bras, leurs jambes, et déboulèrent, en une seule
| masse, jusqu’à la berge. Hi [. — À ton tour, avec moi, hé Brigitte, cria Rémy. Yi ë Elle restait couchée, paresseuse, prête à céder À | pour peu que l’enfant fût hardi. Mais celui-ci revint | | s’asseoir. On poursuivit de goûter, le mousse à À 1} l’écart, protecteur, Rémy contre la fille. ï — Puisque tu as gagné, voilà pour toi. Mais “ È attrape-la sans mordre.
je Et dans ia saignée de son bras, elle fixa une AN . La rondeur lisse du fruit n’offrait point de prise. ps ji Rémy se fatiguait les lèvres et la langue. Alors il | if empoigna Brigitte. Elle se débattait, maintenue par les genoux du garçon. Il y eut lutte, cri, et Rémy se
dressa debout, la bouche noire du jus de la cerise. Une motte de terre vint s’écraser à son épaule.
Mais Cyrille, hors de lui, franchit la haïe qui le |
— La garce! la garce!
Il comptait apparaître en promeneur détaché, mais se trahit rien qu’à rompre la broussaille. IL héla Rémy. Celui-ci, sans hâte, rassembla ses affaires, prit congé, puis, le regard franc, criant le produit de sa pêche, dégringola jusqu’à son père.
— Qu’est-ce que c’est que cette fille?
— C’est Brigitte, la sœur de Martin.
— Je n’ai rien à reprocher au frère, mais quant à elle
Rémy, les joues brülantes, répliqua :
— Je vois bien que maman t’a parlé. Tout le monde est monté contre eux. On crie qu’ils sont enfants trouvés. Ils ont beau dire que ce n’est pas vrai, Brigitte ne peut pas obtenir de place.
L’indignation de l’enfant fit fléchir celle de
— Vois Martin tant que tu voudras. Je me moque de ces potins. Pour la sœur, c’est une autre affaire.
— Tu ne peux rien lui reprocher d’autre… Tu as
| l’air de croire.
ï — Quoi donc? — Il ne manquerait plus que cela. Tu oublies ton — Je ne l’oublie pas, dit avec dignité l’enfant. Et il continua sans regarder Cyrille :. — Au contraire, je sais bien qu’il ne faut pas commencer trop jeune… Alors, tu vois bien… que tu n’as rien à craindre. Son père ne put que rire : | | — Je sais, mon petit, que tu es raisonnable. Mais je connais les dangers, — trop bien! Il me déplaît de te donner des ordres. Je te le demande… en camarade… C’est entendu, n’est-ce pas : tu ne la verras plus ? é — Je l’ai justement invitée. Cette résistance impatientait Cyrille : — Tu trouveras des prétextes. Rémy ne disait rien. — Je puis compter sur toi? — Quand elle se sera moquée de mes raisons, que veux-tu que je réponde? — Tu me donneras les torts. Voilà tout! — Tu n’as pourtant pas peur que j’imite ses
La rudesse du marin s’énervait: 2 — Ta mère le craint certainement. 28 — Mais pas toi. Donc… 4 Se sentant perdre du terrain, Cyrille joua de hardiesse: - — Écoute, mon petit, je serai franc. C’est le À métier des pères que de prêcher vertu. Mais moi, Ë si je te parle, c’est d’expérience. | IL s’arrêta, cherchant ses mots. — Personne 4 ton âge ne m’avertissait.. Tante | Lucrèce ignorait trop de choses, —et cela m’a valu… à de vilaines histoires. | Il hésitait encore, puis: | — Je m’étais fourré dans une bande de vauriens, ; t des garcons et des filles. On faisait les petites Ë brutes, comme vous tout à l’heure. Je n’avais pas | d’argent; une des filies s’en gaussa. Je prétendis À l posséder cent sous et ne pus les montrer, — ce qui me valut des moqueries !.. Je n’en osais plus repa- , raître. IL y avait dans la classe une tirelive où l’on É | serrait de quoi se payer une promenade. Poussé à bout, je me fis mettre en retenue et pus, à l’aide d’un couteau, tirer cinq pièces. — Quoique je ne fusse qu’un petit voyou, c’était la première fois. Forcé- ment tout s’est découvert. La fille craignaiït d’être ; inquiétée; elle me fit mentir et m’empêtrer de plus | en plus. L’affaire est devenue grave. Sans Germain
Re: complice. Et note-le bien : à peine si nous nous ï. connaissions.. C’est un de ces coups de générosité 1 2 | dont il était, lui seul, capable. Cela t’explique qu’on Le ‘4 … n’ait plus pu m’arracher de lui. k 1 Rémy semblait gèné par l’émotion de son père ii 4 et ne savait que répondre. Cyrille au bout d’un temps se fit violence pour ajouter : 4. f — Je te raconte ces misères afin que tu com- 1 à prennes… comment elles arrivent… Je veux que À 3 par toi-même. l à 11 s’embrouillait, déconcerté qu’aucun élan ne 1Ù 5 répondit au sien. Sa poitrine soulevée se vida… À A ‘4 IL regardait la route… Rémy, tout à penser, ar- 4 _ rachait des herbes. 4 5 Alors, soucieux, impatient d’être autre part, ‘à _ le marin se mit à marcher devant. Brusquement % il se retourna. ‘ Ÿ — Que rumines-tu donc ? 4 L La réponse fut nette et le regard droit : 14 — Tu avais mon âge à cette époque-là ? he Le tranchant du ton, blessa Cyrille. Il s’efforça ê 4 de penser : « C’est fausse honte, ou timidité. » LA a ; Mais Rémy continua : k — J’ai bien compris comment ces ennuis te “1 sont arrivés, mais jamais les Martin. ; 4 Il se tenait en face de son père, presque en ‘à
homme qui défend son droit. Par dépit de s’être 4 découvert et vainement humilié, Cyrille riposta : k
— Je m’en moque! Qu’ils te poussent à ceci ou ;
— Alors pourquoi me permettre Martin, si tu 1 trouves que Brigitte. |
Une brusque chaleur piqua Cyrille à la nuque :
— Tu ne rencontreras plus cette gamine. Je te l’interdis, voilà tout! |
Il s’arrêta, sentant qu’il avait cassé quelque | chose. — Déjà, de l’autre côté du chemin, Rémy marchait, petit garçon passif et impénétrable. <
— Eh bien, la pêche? demanda tante Lucrèce.
— Bonne, dit Cyrille.
E — Tout est donc pour le mieux.
Elle reprit son tricot. Cyrille s’assit. Il y eut un tour de mailles, puis un, puis un.
— Tu crois que Rémy vous raconte toutes ses petites aventures ?
— Toutes, non. Il n’est pas cachottier, mais, pour sûr, il a ses secrets. Crois-tu que tu me racontais tout ?
— Je sais bien que non, fit Cyrille. Cependant je t’aimais beaucoup.
— Es-tu sot! Un enfant ne peut pas tout _ dire à une grande personne.
— Pourtant je bavardais des heures avec le jardinier. Je lui racontais presque tout, — bien : plus qu’à toi. Nous étions amis.
— Dame! C’est que pour obtenir tant soit peu
— Il faut renoncer à tout le reste! _— Je ne pouvais pourtant pas te laisser couper des trous dans tes vêtements ou tremper Di ta langue dans le sucre en poudre!
11 changea de place, pétrit une pelote de laine, | la rejeta :
— Est-ce qu’il voit souvent ces Martin ?
— Le moins que nous pouvons; mais comment lempêcher? Claire s’affole. Moi, je suis plus calme. Rémy, de nature, est droit. Et puis, je t’ai vu, toi, mon petit, parmi de bien autres chenapans!
. — Mais n’oublie pas que c’est miracle si je me
— Il n’a pas été comme toi entouré de terribles
Cyrille se leva, culbutant sa chaise :
— Nom de Dieu, il les a dans le sang! Ça suflit bien!
Sur les marches de l’escalier, il croisa Rémy qui ‘s
rangeait ses lignes. ÿ
— On va diner, dépêche-toi! “4 Il n’y eut pas de réponse. Des mains insuppor- À
tablement obéissantes rassemblaient les objets dans k
une corbeille. Cyrille se retint d’y donneruncoup M de pied. À — Fais-moi du moins place, que je passel: Ë Mais Rémy fut tout autre à table. 4 — Il a l’air fatigué, remarqua Claire. Tout de suite, il affecta de l’entrain : NS: — C’est que nous avons fait du chemin, papa et à « Est-ce pour me narguer ? » se demanda Cyrille. 4 Mais à un inquiet regard de l’enfant, il reconnut 1 vs que c’était parade, tremblante hardiesse pour ne pas 1 ï perdre aux yeux des femmes un allié. — Ce manège { audacieux lui plut; il eut soin d’en paraître dupe. Le repas terminé, Claire, par hasard, puis tante
Et Lucrèce quitta la pièce. Aussitôt Rémy s’esquiva.
Mais Cyrille ne se put retenir; il monta, rattrapa ÿ 1 l’enfant dans un couloir sombre. Il le saisit, comme Î on prend un chat, entre les épaules. } — C’est donc un vrai chagrin! Je ne savais pas, à mon petit, je ne pouvais pas imaginer.
à)” voul tl attirer. Son poing sentait un dos rétif, RL _towt d’une pièce. ‘10 _ — J’ai peut-être été brusque ? Je nesuis pas venu qe _ pour te faire des ennuis. Je ne te demanderai 44 1 _ rien d’autre, rien, mon petit, que cela. Mais jy AN tie ns, plus que tu ne peux comprendre. — Tu seras ‘à ai ci brave et nous trouverons, va, d’autres amusements. Le | Si je te donnais une montre, — ou un fusil? Tu 110 veux?Ta promets, dis ? D | 1 | Petit à petit, contre son bras, les épaules raides ! d A il . s’amollirent, les omoplates cédèrent, la tête se ren- 1108
- versa. Et Cyrille sentit à sa joue le chuchotement 14 d’une voix fraîche. ‘ 1100
— Donne-moi la clef de la mansarde, dit Cyrille. J’ai à fouiller dans de vieilles malles. Igagna l’obscur galetas, marcha droit à l’armoire, | À chercha dessus, dessous. Il y allait renoncer, quand, derrière le meuble, il aperçut des tampons d’étoffe. I1 les ôta, trouva du foin, l’arracha, puis sentit un cadre. Il en reconnut la moulure-et sans effort ramena le portrait. : Du revers de sa manche, il ouvritune transparente flaque dans la poussière de la glace. Une figure apparut. C’était bien le menton carré, encore imberbe, dont de plus récentes images lui avaient | brouillé le souvenir. C’étaient bien les belles lèvres | avides. D’un nouveau coup de manche il frotta le verre, puis en un bond fut à la lucarne. Là encore, le jour n’était que douteux. La targette
rouillée résistait. Il secoua si rudement la croisée de
qu’un carreau fêlé sauta dans le vide. S Alors, sous la matinale lumière, le détail du des- L sin sortit. Cyrille absorbaïit des yeux, jusqu’à ny ‘1 plus voir, un fouillis de traits au crayon. Il s’écar- 1 Quand il descendit de ce grenier, un seul souvenir ne. k lui demeurait : l’étrange son qu’avait eu sa propre S. parole, quand pènché sur la rampe, il tentait à
I1 découvrit l’enfant couché sur le perron, la tête À entre les poings. 4 Il s’assit sur une marche, l’haleine courte. 1 — C’est donc bien passionnant. que tu ne puisses À plus… lever la tête 2… î À — Une fois que je suis lancé !.…. À Il ferma le livre et s’assit : 4
— Pourquoi m’examines-tu si drôlement ? — Je n’ai donc pas le droit de te regarder ?.…. 1 Éloigne-toi davantage. Non, la tête plus à gauche. 4 — Enïn, qu’est-ce que j’ai donc ce matin ? “À — Mais tu nas rien; seulement, mon petit. À Mets-toi en plein soleil… 1… : À
| Le mouvement de Cyrille tomba court. Ses mains à restèrent à plat sur la pierre. Il murmura, dans une ‘ | — Répète cette phrase que tu viens de dire? D. | _— Je ne voulais pas te fâcher. f — Tues sot. C’est pour l’accent. Redis seule- | L’enfant répéta. Cyrille l’écoutait, le regardait. Rémy finit par dire : 1 m’as promis ? Je crois que décidément c’est le fusil, mais. ñ L’enfant n’y comprenait plus rien : — Plutôt que la montre. J’ai réfléchi toute la “| nuit… au moins jusqu’à quatre heures. Cyrille lui saisit à deux mains la figure : — Voilà pourquoi tes yeux sont battus. C’est stupide ! — Je n’en mourrai pas. k — C’est stupide quand même. Ça ne valait pas la 4 |) peine. Je n’ai qu’à te les donner… tous les deux !.… Rémy d’ébahissement n’avait pas dit merci, que ( déjà Cyrille était remonté.
1 Il retrouva le cadre sous une caisse où il l’avait
mis en sûreté. Oblitérant, de la paume, une partie du À dessin, il découvrait tantôt la bouche, tantôt le 4 front. Encore et encore, il changeait sa main de À place, puis se donnait tout le recul que permettait la 4 mansarde. Pour l’interrompre il fallut un bruit de 1 sonnette. D’un coup de canif il détacha la feuille, É glissa le cadre vide derrière l’armoire; puis ramas- { sant le foin et balayant les brins épars, il cacha tout 4 sous les vieux chiffons. | Alors, avec mille précautions, il regagna sa R chambre, ferma sur le dessin les pages d’un diction- | naire. De la fenêtre, il siffla Rémy : . — Ta mère n’est pas sur le perron ? 4 | — Regarde dans l’antichambre ? | — Pas non plus. Il se jeta dans l’escalier : À — Qu’on ne m’attende pas; je reviendrai peut-être Il rentra vers deux heures. 4 — Mon Dieu, dit tante Lucrèce, où donc t’es-tu crotté de la sorte ? 1 D’un coup d’œil, il explora le vestibule, puis, bas, L montrant la porte du salon : — Claire est là ? L
— Non. Tantôt pour un malade on est venu la chercher. Tout le monde a recours à elle, sitôt qu’il | faut aider un médecin. — Maintenant viens, j’ai ; mis au chaud ton déjeuner. Comme il s’asseyait, accablé, elle ôta le bout d’une feuille prise au col de sa veste : — Mais voyons, mon garçon, tu as traversé la brousse ! Tu as marché dans des flaques. Où allais-tu ? — Tout droit. Je ne sais pas… Je me suis perdu. — Toi qui connais les moindres sentiers !… — Tout est changé… Je ne m’y retrouve plus… Puis, je ne regardais pas… Je prenais des notes. — Tu faisais tes comptes ? : — Pas mes compies..… non pas! Je cherchais une date..un vieux souvenir. Ilme fallaitremonter d’année en année. rétablir l’emploi de mon temps. | Ga n’allait pas… J’avais des blancs. A la fin j’ai | cru retrouver… Mais je n’étais pas sûr. Et je recommençais, je vérifiais…. — C’était donc important ? +4 — Tu sais comme sont les souvenirs… ça vous obsède… ça vous tracasse.. Puis, quand peu à peu | ça revient, quand les indices se complètent. alors, je ne sais pas. on éclate… — Je me suis mis à courir. je pataugeais. Ah, tante Lucrèce, je ne sais pas ce que j’avais… je ne sais pas…
La vieille dame s’élança vers lui : 4
— Cyrille ! qu’est-ce qui lui est arrivé ?.. Mais ÿ
oui, tu pleures!… Tu as du chagrin! |
| — Pas du chagrin! Ça, non. C’est bête. 4
— Tu as quelque chose… Tu ne pleurerais pas.
k — Je te jure que ce n’est pas du chagrin… Saït-on 4
pourquoi ça vous prend tout à coup ?.. Et d’abord À
c’est fini… Puisque je te dis que c’étaient des vieux À
— De mon mariage, des deux premières W
années… Est-ce que c’est triste ? Là, tu vois bien… L
Ce n’est pas après quinze années qu’on se repent. ‘à
— Pour sûr, je ne vois pas de quoi tu te plain-
— N’est-ce pas? Tu connais Claire presque mieux i
que moi. Tu sais que son rôle n’était pas facile…
Elle l’a vaillamment tenu ?.. N’est-ce pas ?.. 1
— Avec beaucoup de tact. On la croït de peu de ;
ressource, mais dès qu’il est besoin, elle devient |
Cyrille à deux mains lui tenait le bras: À
— N’est-ce pas, je n’ai pas à me plaindre d’elle ? |
Chacune a ses défauts. Dis qu’à tout prendre c’était !
de la chance que de tomber sur celle-là… et sur le 4
petit qu’elle m’a donné ! ÿ
— Mais, mon garçon, tu le sais mieux que moi.
4 54 4
- — Ce n’est pourtant pas là ce qui t’a mis à l’en ; — Mais, sil… d’y repenser, de m’en rendre 04 compte… Tu crois que seules les choses tristes. 4 a
— Tu es sûre ?… Ce n’est pas possible… Tu n’as L _ jamais pleuré pour… autre chose ? !
— Une fois… lors de l’abordage du Goëland, * d quand je tai su parti sur un autre paquebot. ï ‘3
L — Tu as pleuré? Et c’était… dis, c’était ?
_ — De joie, mon petit. * 1
‘, Il répéta, comme incrédule encore : ? :
{ — Alors tu crois. que c’était. de joie! 1
Claire les interrompit. Elle s’assit, un peu égarée. - 4
— Qu’est-ce qui était arrivé? dit tante Lucrèce. À
; — Aux chantiers. un büûcheron qui s’est fendu 4 _ le genou… d’un coup de hache! 1 | Cyrille, inquiet, courut à elle. ji L — Ne t’effraie pas, mon garçon. Elle ne battrait F ” pas d’un cil tant qu’on charcute, maïs elleenreste VA toute secouée. à
Il était à genoux contre elle : ;
— Tes lettres ne parlaient pas d’opérations. ni
s pareilles. Je ne t’aurais jamais cru ce sang-froid. da
Toi, si peureuse !… Chez une autre, c’eût été bien, mais chez toi… Elle se débattait, confuse. — Si, si, c’est admirable! Et timide, sans oser d’autre geste, il la retenait par les poignets. — Tiens, vous êtes rentrés tous les deux, dit Il montrait un éclat de vitre : — C’est de la lucarne. Qui donc l’a cassée ? Cyrille était déjà debout: ‘ — Moi, ce matin. Je voulais ouvrir. Tout d’abord l’enfant ne comprit pas. — Cest vrai, tu cherchais le dessin ! — Quoi donc? Non… dans des malles.… de vieux livres. des choses à moi… Quand il osa tourner les yeux vers Claire, elle avait son visage habituel, si mat qu’aucune nouvelle Il tâta, dans son gousset, la clef de la mansarde : — Je vais au télégraphe… Tu viens, Rémy ?.. Je te dis que je suis pressé.
E matin, tandis qu’à sa table, feignant j JL: d’écrire, il réfléchissait, Claire vint s’accou- % k der au dossier de sa chaise. Il demanda : à — Où done Rémy s’estil fourré? Je le cherche — Je ne lai pas vu non plus. Et doucement, lui passant un bras sous le menton, | elle jui releva la tête. Au même instant, affectant de 1 regarder l’heure, elle lui retira la montre du à __ gousset. Cyrille pensa : & La voilà qui prend la clef FE du grenier. » Il resta maître de ses mouvements et, : immobile, attendit qu’elle fût dehors. ; Son premier geste rencontra la clef, au fond de la poche, comme la veille. « Alors c’est qu’elle vient de l’y remettre. » Comment, tout le matin, n’y avait- |
il pris garde? Il se souvint seulement d’avoir, à M.
son réveil, surpris Claire rôdant déjà par la cham- Fe bre. — IL songea : « Pas mal joué ! » puis se porta, 1
soucieux, vers la fenêtre. à
Ÿ Il vit sa femme circuler dans le jardin, cueillant + { une fleur, arrachant une mauvaise herbe. Puis, sans “
plus motiver sa présence, elle demeura sur place. — F Passé midi, la grille fut poussée. Il remarqua que L Claire allait droit à Rémy et que longuement elle le 1 retenait à lui dénouer et renouer la cravate. 1
— Imagine-toi qu’il vient du lycée! à Distrait, Cyrille se mit à table et dit: : La vertu de Rémy s’indigna: si “A — Et pourquoi, étonnant? Tu sais très bien ce 4 que nous disions hier, devant la poste. Quand on y apprend quelque chose d’utile, je ne me plains Ÿ pas du lycée. { , Cyrille n’écoutait pas. Son regard s’arrêtait sur À Claire, rapide, pour s’écarter sitôt qu’elle levait le ( — J’ai annoncé le fusil et la montre, continua | Rémy. Il y en a qui bisquent! On a voulu me faire asseoir sur un cornet d’encre… Si tu savais comme | 58
tout est changé depuis que tu es là… Même le pro- 4
Chacun levé, la vieille femme prit Cyrille à 14
__ — Tu ne vois donc pas que la tête lui tournel | à
._ — Comment, puisqu’il travaille ? i
| — Pour se vanter de tes cadeaux. Tu crois que je ñ
_ ten aurais donné de pareils ? ja
— Je sais ce que je fais. Rémy et moi, ça n’est À
pas la même chose. a
Il retrouva l’enfant. | “
— Qu’est-ce que ta mère te demandaït, tout à 4
l’heure, au jardin ? 4
| — A qui tu as télégraphié hier. à
— Que c’était à un nommé… quelque chose
_ comme Renaud. ; à
— Et elle t’a demandé… le texte ? “00
— Tu ne m’avais pas dit que ça fût secret ! 0
— Mais en quels termes”… Quels mots as-tu
_ — Je ne sais plus… Qu’il fallait t’envoyer, le . HI
jour même, la correspondance de Germain… avec… |
_ je ne sais plus…
— Et alors qu’a-t-elle dit ?
: Comme les sourcils de son père se serraient :
— Je assure que je n’ai pas lu par-dessus ton épaule. Mais c’était mal écrit. On ta prié
— Et c’est tout ?
— Non, elle m’avait d’abord fait des recommandations.
— Quoi donc ?
— Ce n’est justement pas pour toi.
— Mais si… mais si.
— Je devais prendre garde à ne pas te fâcher.. Souvent tu pourrais m’en vouloir, sans le paraître.
Je te le répète parce que… je ne suis pas inquiet. Mais ne va pas le lui redire.
Ils s’installèrent sur des pliants. Cyrille cachaït _mal son agitation.
— J’étais décidé, dit Rémy, à écouter la géographie. Mais, pas moyen. Mon esprit trotte depuis que nous avons parlé de Tunisie.
— J’aurais dû calquer le dessin et le remplacer par mon gribouillage. Elle n’aurait rien vu.
— Que veux-tu ? continuait Rémy. Maman ni tante Lucrèce ne me laissaient seulement parler de voyages. Elles veulent que je reste ici. Elles croient |
qu’il n’y a pas de coloniaux qui ne soient repris de : justice. On t’excepte, toi, parce que tu es marin. s Mais comme la mer et moi c’est deux… Alors j’aimais ; mieux n’y plus penser du tout. Mais au premier mot | que tu as dit. - î : Cyrille se rapprocha. Son anxiété semblait dis- À j parue. Il contemplaït l’enfant; il se retenait, comme | : dans la crainte qu’une trop brusque tendresse ne l’effarouchàt : — Tu ne sais pas quel bonheur tu m’as donné! | Ab, je ne m’y attendais pas! Moi qui te croyais sans ambition, oui, indolent. Il ne faut pas, mon | _ petit, m’en vouloir. J’avais honte, au point que je | fuyais d’ici. Mais quand je t’ai vu aventureux.… ‘à de bonne race. % — Si seulement, dit Rémy, tu n’étais pas si ‘à Cyrille, penché vers lui, reprit avec une extraordinaire animation : — J’ai beaucoup pensé depuis hier. J’ai des projets. Pas pour tout de suite… Tu peux finir seul tes à études. Mais alors, qui m’empêcherait de liquider f mon affaire ? Bien que je n’entende pas trop la cul- ! ture, j’ai pourtant acquis par le monde quelques notions. Je t’aiderais. Nous nous compléterions. Ce | serait bien, dis ? Dis, mon petit ? : — Ce serait rudement bien.
Jean Schlumberger FA du: L’enfant riait à ses pensées, et l’attirant, Cyrille 1 brusquement l’embrassa. On entendit la voix de tante Lucrèce : 4 — Mais d’où reviens-tu donc ? | À sur le perron, poussiéreuse, en désordre, les cheveux collés. Elle l’aperçut, parut ne pas savoir de quel V4 côté fuir, finit par se jeter dans la maison. Il demanda, repris d’angoisse : É — Qu’avait-elle affaire à La poste? ‘0 Et il ramassa une feuilie de timbres qu’elle avait — La receveuse était gravement souffrante, dit fi la vieille dame. Mais je la croyais guérie. — Vas- } tu cesser de chiffonner ces timbres ! ï ‘as — Encore une malade que Claire a soignée ! ] — Parfaitement. Et qui lui doit la vie, fit tante Lucrèce avec humeur. Qu’est-ce que tu trouves à y l — Je ne veux pas que par reconnaissance cette | femme lui montre à regarder dans les enveloppes… — comme font toutes ses pareilles. — ou à lire les dépèches des particuliers. . 1 La vieille femme se fächa : — Je ne comprends rien à tes radotages… Mais l jamais Claire n’est rentrée dans cet état ! ù À
“à — C’est qu’elle a marché au soleil. ‘#4 fe Claire reparut, mais si défaite, que d’abord il dut ae 4 lui venir en aide : à ) — La chaleur t’a donné la migraine… Mais si, 4. à assieds-toi là! 4
- : — Les timbres pouvaient bien attendre, gronda à x — Je n’en avais plus, riposta-t-il sur un ton qui L55@ la fit partir d’un air digne. #4 ‘4 Alors, derrière le siège où s’abandonnait Claire, il 1 ‘% _ se tint, maladroit, comme un écolier qui ne sait pas 1 FE et se méfie de tout ce qu’il pourra dire. Il s’enhardit ‘54 PE à quelques muettes attentions, puis à bout de res - 4 Ë sources, à la fin risqua : 4 ENUE — Nous avons bavardé Rémy et moi. El AS Et comme sa ferme voix lui rendait de l’audace, “À Je doucement il tenta de rassurer Claire : s. effrayer. Tu n’auras guère à te séparer de lui. Qui 4 4 sait si ses projets ne me ramèneront point? Nous Le le * Vaurions bien mérité, toi et moi ! + 5 11 lui versa du thé, dut même la faire boire, tant ‘4 elle avait peine à tenir la tasse. —Il murmura timide 1 he et pressant : $
— Demain tu seras bien… Si tu voulais… nous ; irions promener avec Rémy… À Elle se troublait davantage. Il essaya de dire avec plus de tendresse encore : J — Tu verras comme nous saurons t”amuser. J’ai “73 beau, là-bas, faire fi du bonheur d’être ensemble; 4 m’y voilà pris, sitôt revenu… Ce sera la première fois depuis que Rémy… Jamais je ne vous ai eus, l tous les deux, seuls, toute une journée… — Souvent j’étais injuste ou dur… Si! je m’explique mal… Je vous devais plus d’attentions… Mais je m’acquitterai… Je me sens rajeuni.. Tu ne peux pas refuser … Alors, égarée, elle le regarda : | — Cyrille! Cyrille !… Jamais tu ne m’as parlé de la sorte. à Il resta court, honteux, feignant de ne pas voir | qu’elle pleurait.… Il ne savait où regarder… La gène lui devint intolérable, concentrée peu à peu en un + unique tourment, désir éperdu d’une voix, d’un regard jeune, de la fraîche présence de l’enfant. — | Sa tardive protestation fut plus pitoyable que son silence même : — Si je ne te parlais pas ainsi… c’est que l’occasion manquait. Je vais voir si ça plairait à
Il le découvrit, dans sa chambre, assis sur sa — Je t’appelle de tous les côtés. Pourquoi ne k réponds-tu rien ? Rémy ne bougeait pas. — Qu’est-ce que tu as donc? Abruptement, l’enfant demanda : — C’est vrai que grand-père a fait faillite ? re — Pourquoi cette question ? — Dis d’abord si c’est vrai. Cyrille restait immobile dans la porte. — C’est vrai qu’il a filé pour l’Amérique? et nn. que nous sommes venus ici parce qu’on ne nous y connaissait pas ? | — Mon pauvre enfant, qui est-ce qui t’a dit 2… — Alors ce n’était pas la peine… de me forcer à Cyrille l’avait rejoint : Ô — Il fallait bien lui dire que j’avais changé de 4 projets. Elle s’est fâchée.…. J’ai dit : Si tu le prends si mal, bonsoir! d’ailleurs à l’avenir, je travaille. — , Alors elle s’est mise en fureur… Elle en a dit! . elle en a dit! Que grand-père prêtait à la petite semaine. et qu’il s’est servi d’un faux testament. Elle le tient d’un de ses cousins qui est de chez
nous. Et sur l’oncle Simon! C’est donc pour ça | que maman te faisait taire l’autre jour… Brigitte |
— Ah, elle est propre ta Brigitte ! Qu’y peux-tu à toutes ces saletés, qu’elle te les jette à la figure !
La colère, l’humiliation ramassaient l’enfant sur lui-même. Cyrille s’assit à côté de lui, gauche
— Là, tu vois bien ce que vaut la gueuse ! Qu’on m’ait fait souffrir de toutés ces misères, ça se comprenait… mais t’en tourmenter, toi! Ne leur laisse pas la joie de t’avoir découragé. J’ai bien fait mon chemin quoiqu’on m’ait roulé dans la crotte! Mais : toi, tu es au-dessus de ces ordures. Nul n’a rien à te dire, à toi… Qu’est-ce que la banqueroute d’un vieil avare a de commun avec ta santé, avec tes
— Vous, vous mentez… Les autres m’en veulent. Je ne peux plus compter sur personne. | Cyrille se planta devant lui :
Et il reprit presque humblement :
— D’autres ont plus de pouvoir, mais pas lamême obstination. Tu ne sais pas ce dont pour toi je suis capable… Tu étais petit, — on ne pouvait pas tout te
Ode. ‘1 y a bien des choses que tu ne sais pas 40 ï _ encore. J’attends demain des lettres… très impor- ; hi tantes. Ta mère s’affole et toi aussi. juste au | ni
_ moment que tout s’arrange. Tu deviens homme… 4 …_ Ton avenir sera comme tu le souhaites… Que veux- +140 _ tu de plus?… Qu’est-ce que c’est que les injures UE net d’une fille? — Avoue, mon petit, que tu étais ab- pe 2 vx surde. Je veux que tu en ries toi-même… Allons ?… mor
_ : Il était enjoué, pressant. Enfin Rémy eut un 0100 F4 ne _ incertain mouvement de tête, d’épaules. Il sourit, {AS ‘È _ mais les cils baissés ne laissaient pas voir ses ÿ N
” U’EST-CE qui ce matin vous prend tous ? dit A tante Lucrèce. Au lieu de déjeuner, tu te | 4 ! promènes autour de la table et voilà Claire sortie #4 et sa tasse encore pleine ! “ — Je n’avais pas remarqué. Son chapeau n’est 4
- Un regard dans l’antichambre, —etilétait dehors
- Jui-même. — « Pardi! les lettres. » Il traversa le . jardin, ouvrit la grille en maintenant la sonnette : es _ Claire se tenait au coin de la rue, guettant plus loin. ; _ Caché derrière un char de foin, il put la dépasser, sh gagner le premier tournant. Déjà le facteur s’avan- ù ; çait de porte en porte. _ Il saisit lui-même, dans la boîte, un paquet ficelé : % à — C’est ceci; gardez le reste.
Le papier creva sous ses ongles et la tranche des È
lettres parut. Immobile sur le trottoir désert, il pal.
’ pait la liasse, puis il l’enfonça dans sa poche. Elle |
dépassait. Il la glissa entre sa veste et sa chemise.
Alors, à l’abri d’un pan de maçonnerie, il s’efforça
de voir.
Claire tenait le journal qu’il venait de refuser.
L’homme semblait donner des explications. Cyrille.
remarqua qu’elle laissait tomber la feuille et que | |
l’autre la lui ramassait. Elle ne devait pas avoir son
air habituel, car l’homme, hésitant, restait sur place.
Enfin elle sembla chavirer et rentra dans le jardin.
Cyrille, prudent, s’avança, ne la vit plus; puis, sa L
chambre sans rencontre gagnée, s’enferma. ï
Jamais il n’avait remarqué comme les grimpantes :
glycines laissaient nager leurs branches dans le s0leil. I1 s’assit à la fenêtre ouverte, relisant quelques 4
pages, puis regardant le ciel ou la verdure. Ilselevait, se parlait à voix haute, souriait. Il remit en
paquet les lettres, puis, de nouveau, n’en pouvant
être rassasié, les délia. 4
D’un coup ferme on frappa la porte. |
— Ouvre, dit tante Lucrèce. ÿ
— Qu’est-ce que tu veux ? 1
à — Je travaille. Laissez-moi tranquille; je des_ cends dans un moment. | | — Je veux tout de suite. à — Et moi, j’ai besoin d’une heure encore. C’est _ done pressé ce que tu veux me dire? __ — Ouvre, ou je fais venir le serrurier.
4 Il enferma les lettres et n’obéit qu’en maugréant.
RLTEe visage tragique, presque beau, elle l’embrassa
| avec véhémence : k — Mon pauvre, pauvre enfant ! î Et ne le lâchant point, elle regarda tout autour
_ de la chambre. — Il comprit :
- … — Sois tranquille, je ne vais pas me tuer! | 16 Et comme elle pâlissait davantage :
he — Quelle fureur a pris Claire de te mêler à cette
i — Plût à Dieu qu’elle m’en eût parlé. alors qu’il
_ était temps!
— Temps de quoi ?
. — De déchirer ce malheureux dessin et d’arrêter ï
| ces lettres. Je jure que tu n’aurais rien su. 4 — Je ne suis pas un enfant, tante Lucrèce. Si je me
A suis tourmenté, c’est avant de savoir avec certitude.
l _ — Les simples soupçons valaient pourtant mieux.
_ Ah, je comprends maintenant tes bizarreries et tes
humeurs contre Rémy ! Vieille sotte que j’étais,
Il dit gêné : |
— Ce n’était pas cela.
— Et qu’était-ce donc ? Sais-je si moi-même je pourrai le regarder encore ?
— Pas tant de zèle, tante Lucrèce, je t’en prie. A moins qu’on ne s’en mêle, toi ou d’autres, Rémy nè souffrira de rien. Pauvre petit ! Vois-tu qu’ilprenne
$ à cœur sa bâtardise !
Elle s’assit, le front courbé :
— Peut-être es-tu plus généreux ou le coup t’a-t-il moins surpris. Moi-qui depuis quinze ans me crois grand mère !.. Et brusquement. il n° y a plus que toi et moi. Il n’y à jamais eu que nous deux… Nous croyions avoir refait une famille… Elle n’est pas | plus réussie que l’autre! La chance est contre nous, mon garçon, décidément!
Elle pleurait sans éclats. Il dit doucement :
— On s’étonne d’abord, puis on s’habitue. C’est toi qui devais ignorer. -
— Et qui veillerait sur la maison ?
Cyrille avec humeur :,
— Claire a cru bon de te raconter quoi ?
— Est-ce que je le sais moi-même ? Elle était folle. Elle ne répétait qu’une chose:« Va-t:il chasser Rémy ? » Moi, sur le coup, je répondais : « Non.
Il ne le chassera pas. » Je le disais, au dépourvu, parce qu’elle déchirait ma robe et que j’étais bouleE | :
| versée autant qu’elle. Je ne voyais pas encore, # 44 . comprends-tu, toute sa faute. Mais, maintenant… 4 de: ._ — Chez une amie qui veut bien la recevoir. J’ai de dû lui préparer sa valise, car elle restait par terre. ne | — Va et ramène-la. û pile le regarda stupéfaite : Re _ — Sans avoir seulement décidé. Ë _ — Grand Dieu, comme tous les jours! Ge “x k — Que par toi ni par moi, aucune allusion ne 4 … soit faite. C’est compris ? Dépéche-toi. Rémy pour- “ … rait revenir. Et ce n’est pas la peine, pauvre femme, A s q w’elle se tourmente plus que de raison. a … I fallut un moment pour que tante Lucrèce com- LT _ mençât de comprendre. se pe M Je me donnerais, moi, des airs de passer sa 5 28 — Tu parles comme une vieille fille. J’imagine * _ qu’en seize ans sa faute a eu le temps de sécher ! cu Il crut qu’elle allait étoufter. 3 une paire de calottes… ; L Se Il la retint : …._ — Tu vas la chercher ? ne. 79 Jean Schlumberger. — 5 |
: — Vas-y toi-même. Ah, tu crois m’enseigner la “24 L vie, l’abnégation !.…. = , Re. — J’agis comme mon cœur m’y pousse! S L: — Tu mens. Tu ne veux faire comme personne, pe. voilà tout! k ; ne Il se planta devant la vieille femme : 4 de — En rien elle ne m’est moins chère aujourd’hui | Il ouvrit un tiroir : 5 ; — Je ne veux pas! Gi: = — Il faudra bien que tu comprennes ! “0 — C’est de Germain. Comme son ami l’ennuyait d’objections, il écrit : « Si je ne t’aimais comme je É 4 fais, rien ne pourrait m’induire à expliquer encore. À Comment ne comprends-tu pas ? J’allais chez eux : tous les jours. Non mes assiduités m’obligeaient aux “4 ns excuses, mais mes absences. Qu’il insistât ne me F4 surprenait point; j’eusse fait de même. Elle parlait Æ peu, mais quittait rarement la chambre. J’appris #. ainsi à n’éviter devant elle aucun sujet. En partant il me dit ces paroles, — elles établissent ce qu’étaient 1 | nos rapports, aussi je me force à les répéter : 4 | « Claire sera seule. Va souvent la voir. Toi, c’est
moi-même, — et davantage! » Et comme je me . fâchais : « Ah vieux, dit-il, les femmes sont sottes, 1 … sans quoi je sais de qui toutes s’éprendraient.. » e. _ _ C’était une vieille taquinerie qu’il accompagnait de ! D: — Tu entendras jusqu’au bout ! 1 Ke” Pour la seconde fois l’autorité du ton la fit . . « Donc je vis souvent Claire. C’est le contraire ’ nt qui nous eût semblé louche. Elle ne fut coquette, ni 4 moi pressant. Nous n’écartions même pas l’image de % Cyrille. Aussi, quand il revint, ne me sentis-je ni | gêne ni honte. Libre d’agir, j’eusse avoué. Mais elle É 50 était trop scrupuleuse pour le mensonge et trop ï faible pour la franchise. Ce fut tout son malheur, — ne —. Gette fois la vieille femme éclata : | — Me voilà édifiée ! Tu lis ça. tranquillement ! Je ne sais où me cacher, tant j’ai honte! |
— Tu mens. Tu crânes. Tu fais l’homme supé-
_ rieur… qui n’a pas de chagrin. É: ; À _— Je n’en ai pas! Finiras-tu par comprendre! Je suis content de ce qui est arrivé. — Non, le k D afond ne va pas te crouler sur la tête. — Tu veux
’ tout ? Tu veux 2. La fierté de ma vie, c’est Ger- 2 main. et ce sera Rémy, peut-être. Et si ce matin # je suis rompu par un excès de bonheur, c’est que je Se. le sais son fils, non le mien, — tu entends!— sorti % 3 _ de son sang, non de ma malpropre race ! De. La vieille lui arracha des mains la poignée de la ” : Il la suivit dans l’escalier : *e — Puisque nous nous valons, Claire et moi, F4 Elle descendait, les mains sur les oreilles. à — Si tu ne veux pas, dis-moi l’adresse. QE 4 La sonnerie de la grille d’entrée le précipita vers la porte. is — C’est Rémy… Vite… Il va remarquer… . Elle dit : ps Il balbutia, blanchissant jusqu’aux lèvres : È — Elle lui a parlé! % Ils comptèrent ses pas aux marches du perron. Une épingle à chapeau glissa des mains de tante
| Lucrèce et le dos de Cyrille écrasait le papier du 3 … mur. Rémy poussa la porte, traversa l’antichambre, 62 4 entre les deux, sans voir. Il montait l’escalier. Au S 4 bruit d’un pas que fit Cyrille, ilse retourna d’un tel À . sursaut que ses livres lui échappèrent : à 5 _ — Quelle peur vous m’avez faite! 3 Se L’émotion agitait sa bouche, ses narines. Ë _ — Eh bien? haleta Cyrille. > “ — Elle a tout raconté aux camarades ! <- — Elle est donc folle! C’est ta faute, tante 4 [Lucrèce. Il ne fallait pas la laisser sortir! % … La vieille femme cria : 2 _— C’est toi qui perds la tête. De quoi oses-tu 4 classe… A la récréation ils m’ont jeté dehors. 4 — Mais ce n’est pas Claire! C’est cette rouleuse : … — Quoi? fit la vieille. 4 . — La fille Martin. Elle sait toutes nos histoires, 2. cell es du souteneur, celles de papa. Et c’est Rémy 3 qu’elle en accable. Tu trouves ça propre, toi ! Je ne ‘3 Sa ds pasce qui m’arrête…. etrien quepourteprouver… & : _ Elle l’étouffait à lui vouloir fermer la bouche. Il +
N — Je tiendrai ma langue, n’aie pas peur… Toi. KT _ fais ce qui est convenu. : LS Rémy, visiblement, attendit qu’elle fût partie. 4 — Laisse-moi voir, dit Cyrille encore chaud de Le sa violence. Ils t’ont tout écorché la figure. + — Alors Maman s’en mêle aussi. Je t’avais pro ii mis d’obéir, mais si tu ne parlais de Brigitte à 52 — Aussi n’ai-je rien dit… Mon petit, c’est um gâchis d’où moi-même je ne sors pas. Nous parlions RE d’autres embarras.. plus graves. 2 % — Mais qu’a-t-elle affaire à ces imbéciles ? “#4 — Elle n’a vu personne. Elle a d’autres soucis. 3 — Que disiez-vous donc tout à l’heure? | 4 À — Encore une fois, nous parlions d’autre chose. | Je ne sais pas ce qui m’a pris de confondre… Elle 54 n. est chez une amie. Tante Lucrèce va la rejoindre. Et 44 même à ce sujet nous nous sommes chamaillés… Est-ce que tu me crois? 4 — Elle est en visite ?.. le matin ?.. É -— .… Oui… Je te dis que oui… Maintenant ra- 4 conte ce que t’ont fait ces brutes. 4 — Ils t’ont rossé?
ds _ L’enfant haussa d’impatientes épaules. | 4 D Ça me plaît que tu ne veuilles pas l’avouer. Me, ‘4 Mais je prétends, moi, porter plainte. “à ne _ Découragée, la voix mal mûre remontait au faus- 5 set d’enfant: Fa L LA — À quoi ça servirait-il?… Un traître que nous ÿ 3 | avions mis en quarantaine. On a eu beau punir ee: toute la classe… il a bien fallu qu’il parte… Je ne É …_ pourrai pas rester non plus… Fe De: — Il n’y a pas de rapport. On leur fera com- 4 D Il dit, repris de colère : ; 4 ‘418 :— Et si je rentre. chacun pourra me tour- ‘4 _ menter… sans que j’ose toucher personne. #4 … Ses mots s’enrouaient. Il cachait d’un de ses 4 | | poings sa figure détournée. e —_: — Mon pauvre petit, comme ils l’ont démonté ? tra % _— Ce n’est pas vrai ! & ee - Mais de sa paume mouillée, une larme glissa le “ long de son poignet. 5 : _te boude ici, il ne manque pas d’écoles. meilleures! i ne. _ Ces paroles ne portaient pas. Rémy s”enfermait rt dans son irritation. Il dit en repoussant du pied ses 2e ; D . — II était encore plus facile. de ne pas s’attirer s 4 | cette affaire. s
Jean Schlumberger va 70 de La réponse de Cyrille fut mal assurée : FC — Ne la regrette pas. elle ta prouvé ton éner- L à | Ce mot tombé dans le silence, l’audace de l’enfant x4 — Qu’on doit laisser en paix ceux qui vous va ï C’en fut trop. 44 : — Te valoir! Cette fille peut-être ? Ab, ïls ontsu Me te démoraliser! Te voir si peu fier me fait mal. Si tu savais pourtant… si tu pouvais comprendre à … quel point ce sont eux qui se trompent… qui men- È #4 tent… ! Ce qu’ils savent de toi… ce que tu sais toi- ‘4 même… c’est l’apparence… inexacte! En un quart 4 d’heure on n’apprend pas les dessous d’une fa- . | Ces généralités frappaient le vide. EN — Aucune insulte ne te touche, aucune! Qu’est ce qu’il faut dire pour que tu me croies ?.. Je ne puis : S pas expliquer… Tu veux me rendre fou! Je n’ai S pas le droit. AE à L’enfant tristement murmura : è — Je ne sais plus qui croire… On complote de ; tous les côtés. Depuis que tu es ici, chaque jour ; il sort une autre histoire. Voilà déjà qu’il me fau- FE
Il ajouta plus bas : TS _ — Et tout cela pour Brigitte. D : 1 Les lèvres de Cyrille se tirèrent, se durcirent, SRE _ comme collées. Mais l’angoisse creva. es . _ — Tu n’as même pas seize ans… et tu ne penses 5 _ qu’à cette fille… Re: _ Il n’acheva point. Ses yeux restaient à ses sou- A _ liers. L’enfant s’usait un ongle au bois de la rampe. ; _ Mais l’instant vint où Rémy se dressa, regarda à
- dans le jardin. Il dit, comme pour lui-même : #4 __ — D’où vient-elle donc avec sa valise? & D Cyrille se retourna, — trop tard. Avec un singu- Ge … lier regard, l’enfant semblait prendre note du men- Ro T . songe. Il allait parler, mais à voir Cyrille, n’osa Fe _ point et disparut au coude de l’escalier. 25e _ Les femmes ouvrirent. Cyrille balbutia quelque _ phrase inintelligible. Ni Claire ni tante Lucrèce Fa _ m’essayèrent de comprendre. he.
nt. À URANT trois ou quatre heures, farouche au 5 “ moindre attendrissement, il empêcha les e . Mais Claire finit par le surprendre seul, en un Ds. ‘2 _ coin de pièce d’où s’échapper fut impossible. Il ne re _ s’aperçut de sa présence qu’au cri qu’elle jeta 20 __ s’abattant autour de ses jambes. Il la brusqua : É ss ….. — Pas avant que tu saches.…. F . C’est une vieille histoire. Je n’en garde rancune à 8 » personne… Je le jure… Làâche-moi. RE » Elle gémit : Le 15 — Une vieille histoire !.… depuis quinze ans. qui pe _ neme laisse pas vivre. quine veut pas disparaître. pe. _ Et je lutte… et maintenant que presque je méritais a
j — Jamais tu n’aurais oublié, comme tu vas le - pouvoir… Ton mal est sorti… écoulé. É É 53 A peine, en l’excès de son abattement, elle tenta Me Be. de plaider : TE à | — Si tu pouvais comprendre! Tout s’est allié ES. contre moi… 46 Elle cria passionnément : bu — Jette-les ! Jette-les!.. Elles mentent…. TR
- — Pourquoi mentiraient-elles ? L
— Il trompait tout le monde. IL osait bien te tromper toi! +4 Cyrille l’interrompit. durement : # à
— Laisse-le en paix! ‘ LE
— Il ne m’y laisse pas… Il me détestait trop. a
Quand à peine devant toi je pouvais me tenir de- à
bout, il avait, lui, l’air content de te retrouver… Il 4% = passait son bras sous le tien. Vous paraissiez d’ac- ‘a
— Et quel mensonge y avait-il ?.. 4
: Elle s’écarta, stupide, et dit : +3 ge Pourquoi fais-tu semblant… ? 4 Nettement il repartit : a
— Est-ce que le souvenir d’un instant de sottise À
devait tant lui peser ? Allons lève-toi. LE
Cette fois elle obéit, mais avec un pénible sourire : 5 à ;
à Cyrille reprit, inquiété d’un croissant malaise :
14 — Ma pauvre femme, si j’avais su plus tôt! Mais
je t’en prie, qu’il n’en soit plus question. C’est fini.
Êr Elle s’appuya contre le mur, pendante et rom- ”
6 — Je n’en parlerai plus… Mais, fini 2.
Il dit, nerveux :
— Tu as donné trop d’importance. :
Ceci la redressa, les mains en avant. Elle cria : — Ab, tais-toi ! Il disait, lui, la même chose! à — Il faisait bien !
Alors elle chuchota :
Ÿ — Un jour qu’il voulait me calmer ainsi… je me
| suis ressaisie… j’ai juré que s’il revenait. 5
- — Je saurais bien me délivrer. de lui. et de mes
à Il fonça sur elle :
ï — Il n’y a rien à raconter. Il est parti. — C’est pour cela qu’il m’évitait, qu’il quittait la 3
France à chacun de mes retours. Et moi qui l’accu- .
. Elle dit, affolée : |
à ; — Mais que pouvais-je faire d’autre ?.….
F Il s’essuya le front :
— Va:-t-en, je ten supplie… Comme tante Lu- #4 crèce, tu veux me pousser à bout. A Elle répéta, agressive : — Alors, dis ce que j’aurais dû faire! — N’importe quoi, mais pas cela. IL était le père : : Cette fois, elle le regarda, terrifiée. 2 — Cyrille! ne me force pas à comprendre. ù Cyrille! quoi que j’aie fait… tu n’as pas le droit : È — Je n’ai rien dit. À — Tu as eu… l’idée. que nous aurions pu vivre !..…. : Elle leva des bras insensés : 4 — Tu savais la vérité !.… Ë — Et si tu l’avais sue 2… — Je n’aurais pas fait d’embarras. É: Elle n’eut qu’un balbutiement : 1 — Cyrille !.. Tout ce que j’ai souffert… toute ma ; | vie détruite. des embarras! — Est-ce que je les demandais, ces souffrances ? Elle hocha la tête, abrutie par le coup, aspira plusieurs fois, puis, d’une voix lointaine, glissante, — Si je l’ai fait du mal… nous voilà quittes…
Moi qui tremblais.. d’être chassée. C’était moins F8 _ La voix faiblit encore : “44 _ _ — Je comprends maintenant l’indignation de nt: _ tante Lucrèce.. et au lieu de revenir… j’aurais dû É: #4 _ Elle reculait, perdue, les prunelles papillotantes. « 20 . Il voulut la conduire, mais elle fit un furieux écart. # . Il:dut se borner à lui ouvrir la porte. 2% A - Il demeura longtemps, accablé, le front sur une me … table. Quand il se redressa, il s’aperçut que c’était #08
le soir et, debout contre la fenêtre, à peine il eut £
| assez de lumière pour noter ses calculs. ÿ
- Illiquidait son entreprise, supputait de nouveaux pe _ appointements, l’installation dans une grande ville, à les études de Rémy, aussi parfaites que possible. — “4 RU calculait encore, lorsque l’enfant se glissa, de la +4
_ porte au tiroir d’un meuble. D
._ — Qu’est-ce que tu cherches ? 102 _ Rémy dit, la voix sombre : F3 …. — Maman a besoin d’une courroie. 1
Il s’esquivait déjà. À
__. — Qu’est-ce qu’elle veut en faire ? <
Il regardait cet homme, d’en dessous, comme pour s. la première fois et dit gauchement : Fa 8 — Je ne sais pas… Elle m’a dit de la lui apporter. î Cyrille se mit du côté de la porte : 4 — Elle fait sa malle ? Re
- Il parvint à demander encore : | Alors il murmura, pris d’une crainte si horrible qu’il n’osait plus questionner droit : — Quelles malles est-ce qu’elle a fait descendre ? — La sienne et la mienne. 4 L’ombre lui cachant le visage de Rémy, il chancelait dans un doute éperdu : — Est-ce que tante Lucrèce le sait ? 1 — Et elle approuve. ce départ ? Le souffle lui manquait. — Je ne vois pas de nécessité. à ce que tu Le silence de l’enfant le souleva d’un furieux — Mon petit… monpetit!.. On nete laissera done pas tranquille! Une fille, des gamins… maintenant
nn ta mère, ta tante !.… Est-ce que nous ne nous enten- |
- dions pas ?.. Je t’ai promis tout ce que tu voudrais… _ Je suis à même de t’être utile… Elles t’ont monté : | la tête… Qu’est-ce qu’elles t’ont raconté ?.. Moi qui Re: _ faisais des projets pour la rentrée… une villeplus | : importante. avec de bonnes études pour toi… moi ; présent pour t’aider… Une vie toute autre qu’aujourd’hui… intéressante! Si seulement tu voulais ?.….. x Rémy n’eut pas un mouvement. À peine un $ frémissement fit cliqueter l’ardillon de la courroie. L La confiance de Cyrille s’effondra sur elle-même, _ puis désespérément rebondit : À | — Mon petit, si tu le veux, plus de lycée ! Une È - vie d’homme. tout de suite… avec moi… là-bas… . | î | Je te donnerai juste les leçons qu’il faudra… Au lieu 7 _ qu’ici tu dépéris… On te reproche soit ma famille, j | soit ta naissance… Nous nous embarquerions
- demain… tout de suite !.. Dans trois ou quatre ans, tes projets à toi… quand tu seras un gars solide… L’enfant dit tristement : ; | — Je n’ai plus envie de rien… Je ne sais plus. Alors Cyrille, pantelant : ? | — Mon petit… qu’est-ce qu’elles ont fait de toi? # 4 Si je temmenais… je jure qu’après huit jours, tu —_ serais gai, ambitieux… Si tu voulais… rien qu’esrsayer?
— Et Maman, murmura Rémy. > 54 ; — Elle t’a eu quinze ans; moi, même pas une = Etce ne fut plus qu’une sanglotante imploration : à 4 _— Ne sommes-nous plus les mêmes… qu’il y à “#5 deux jours ?.. Je n’ai donc pas le droit de t’aimer, ns û Rémy… mon vrai enfant! 6e Le petit, effrayé, reculait. Bloqué contre une table, & 2 j il se débattit, repoussa Cyrille. a — Laisse-moi.. Laissez-moi | HS Il ne put dénouer la main qui lui tenait le bras. | F4 Mais Cyrille, hébété, ne bougeait plus. Ses doigts à ‘ seulement serraient. Puis, peu à peu. ils se défirent, En E timides, lâchement attardés sur l’étoffe. Ils tombè- e rent quand Rémy crut pouvoir s’écarter.— L’enfant % glissait vers la porte, le cou rentré, comme prêt à se ’ garer des mains qui l’y pourraient saisir. Mais à l’instant où il ouvrait, une voix rompue se forçait 3 pour dire : | 5 — Envoie-moi tante Lucrèce. 43 Elle vint, portant une lampe et de quoi manger. Il dit, comme effrayé : #7 | — Qu’est-ce que tu veux ? ‘
| Alors il se rappela : Ë :
< —A quelle heure partent-ils ce soir ? : 3 4 — Autant que ce soit moi qui m’en aille. 14 _ Elle dit : TA #4 .— Non, mon pauvre garçon, il est juste que ce soit à à F z _ Iltint sa manche devant ses yeux, bien que la 5 — Juste? … Ils ne seraient plus chez eux… je 118 ne serais pas chez moi… Fe & ne — Pourquoi at-elle parlé au petit? ; 450 _ — Elle s’est vengée, comme elle a pu. Elle a De ne eau pleurer maintenant. Le mal est fait. DR D — Tu pousses des cris pour des bêtises, mais 2 S: devant ceci qui est la pire lâcheté.. ca Mn pauvre enfant, tu ne pouvais pourtant 3 … plus le garder près de toi… 4 __ Il secoua faiblement la tête : 22 5 PEER Je ne comprends pas… “# _ Puis un instant après : : 508 qu’à rester dans sa chambre. ë 8 __ — Tu veilleras avec moi 2… Re:
Quand sonnèrent onze heures, elle lui toucha à Il ferma les yeux, les rouvrit : SA — Tu crois que je peux embrasser Rémy ? ï + Elle dit : a — Je vais voir. 4 SA. ï Le moment d’après, elle revint : “42 — Il n’est ni dans sa chambre, ni chez Claire. La | bonne croit qu’elle l’a vu sortir. +. Il prit son front entre ses paumes : Me #4 Ë — Je ne peux pas. tante Lucrèce, je ne peux pas. E Rien qu’une fois l’embrasser… “AC — Tu n’as pas trop de temps. 24 — Tant pis! Il passe un train de très bonne heure. SA ; — C’est tout de même singulier… je n’ai fait * 6 — Mon pauvre enfant, tu veux toujours nm marcher qu’à ta tête. &- — Je le sais bien… Je suis mieux à ma place de parmi des brutes de coolies… Au bout d’un long temps, quelque chose remua, dehors, dans le gravier. — Ils écoutèrent, ramassés + 4
55 sous la lampe. — Le clandestin bruissement se rap- & k Chacun remarqua la pâleur de l’autre. ë _ La vieille femme chuchota : | j _ —Il a ôté ses souliers. ï Elle écoutait entre chaque mot : À quand je te savais en mauvaise compagnie. et que _ de mon lit je guettais ton retour. 4 Le pas atteignait le perron.
- — C’est la première fois qu’il sort? K
Elle dit :
4 Avec des précautions de malfaiteur, la porte 4 d’entrée fut ouverte, puis refermée. Un pas cau- ;
teleux glissa dans l’antichambre. Ils se tenaient È
_ tous deux contre la porte. Tante Lucrèce avait la 4 main sur la poignée. Elle regarda Cyrille. Il retint =. du dos le battant et, les yeux fermés, secoua la F | Ils entendirent un dernier craquement aux mar- à ….. ches de l’escalier. — Alors vite, sans un mot, dans à
- le noir, Cyrille prit sa valise et son manteau, à …_ tâtonna jusqu à la porte et se coula dans le jardin. É
…. rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. ds. …_ Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men- ee un suelles régulières et par des souscriptions extraordi- He. = naires; la souscription ne confère aucune autorité sur 13s …… la rédaction ni sur l’administration ; ces fonctions 4 È FÉ: _ Nos Cahiers paraissent par séries; une série paraît É dans le temps d’une année scolaire, d’une année … ouvrière, d’octobre-novembre à juin-juillet ; l’abonne- a ‘4 _ ment se prend pour une série. 4 7 “4 _ On peut souscrire cet abonnement à tout moment de à Fa … l’année, mais l’abonnement ainsi souscrit est, de droit, ; _ valable pour la série en cours, et pour toute cette série. 1513 Prix de l’abonnement, pour chaque série añnuelle 1
- pendant le cours de cette série : LE
44 à HEC. Autres pays de l’Union postale uni- Fe EE. Abonnement sur whatman… cent francs pour tous pays : *
Les exemplaires sur whatman, tirage non réimposé, È
sont numérotés à la presse et imprimés au nom du é … souscripteur; le tirage à part sur whatman a commencé 54 = _ de fonctionner au premier janvier 1906 ; les inscrip- # 5 tions pour cet abonnement particulier sont reçues en. LR . tout temps et reçoivent un numéro d’ordre déterminé LS — automatiquement par le rang méme qu’elles occupent + 2 dans l’ordre de l’arrivée, les numéros les plus bas venant *4 naturellement aux inscriptions les plus anciennes; c’est A …. ce numéro d’inscription qui devient automatiquement le - e numéro du tirage réservé à chacun des souscripteurs; à l’édition sur whatman est strictement limitée au É
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Fe centimes, six timbres de dix centimes.
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: comportant une transmission de signature, garantit le
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4 mandation, pour tous pays, en sus, cinq francs. 4
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—. envoyés aux souscripteurs dans des enveloppes-sacs.
“4 L’abonnement ordinaire cesse de fonctionner pour
…_ chaque série au plus tard le 31 décembre qui suit
lachèvement de cette série; ainsi du premier octobre
% au 31 décembre 1905 on pouvait encore avoir pour vingt
D: francs les dix-sept cahiers de cette sixième série com-
#3 A partir du premier janvier qui suit l’achèvement ;
d’une série, le prix de cette série est porté au moins
—. au total des prix marqués; ainsi à dater du pre- x
mier janvier 1906 la sixième série complète se vend