Swift
| ner le meilleur de lui-même à l’amié qui l’attendaità is
Dublin, tandis qu’il causait, faisait des impromptus 4
| badins ou philosophait dans le salon de Bury-Street. d
Vanessa n’avait pas vingt ans, Swift en avait déjà *
plus de quarante, quand leurs destinées se croisèrent. D
Cette différence d’âge contribua probablement à aveu- NE
gler Swift sur les dangers de leur intimité. Il ouvrit les \ Ÿ
yeux peu de temps avant son retour à Dublin en 1713, <
quand Vanessa lui avoua son amour. Son secret lui is
échappa lorsqu’elle apprit qu’il allait partir. Elle espé- A
rait que Swift l”épouserait. Elle ignorait qu’une autre M
avait sur lui des droits plus anciens et plus sacrés que 4
les siens. Une sorte de pudeur portait toujours Swift à Ni
éviter les sujets très intimes. Peut-être son silence vint- k
il aussi d’un sentiment de prudence. Un certain cynisme À
contraignait son cœur et il devait souffrir toute sa vie
de cette « froideur » dont il parle dans une lettre de ‘#
jeunesse. La vie du cœur, si profonde chez lui sous sa d: ï
‘ réserve, demeurait soumise au joug tyrannique de la ‘E
raison. Il eût nié le mot de Pascal : « Le cœur a des 14
l raisons que la raison ne connaît pas. » Un sens très ‘à
aigu de la réalité l’obligeait à des’ calculs qui tuaient “
net ses élans désintéressés. Même devant l’aveu de { “0
Miss Vanuhomrigh, il ne crut pas nécessaire de lui 4
découvrir le secret de sa vie. Il ne voulut voir dans son ce
amour qu’une fantaisie de jeune fille et se fia au temps Fe
et à sa propre prudence pour ramener cette affection Fi
dans les limites de l’amitié. à
D’ailleurs, il allait partir. Il dut lui parler sans dureté, A
comme il convenait à un galant homme, usant d’un lan- ‘4
gage ferme et mesuré, recourant à d’amicales railleries. DEA
De Saint-Albans, il écrit une courte lettre d’adieu. Une . k
autre, de Dunstable, est adressée à Mrs. Vanhomrigh et ne contient qu’une ou deux plaisanteries pour ses filles.
Mais les lettres de Vanessa le suivent dans son voyage, de plus en plus rapprochées. Le ton est humble et passionné. Elle veut le forcer à répondre, lui dit que le signet est toujours à l’endroit où ils se sont arrêtés, dans le dernier livre qu’ils ont lu ensemble, s’enquiert anxieusement de sa santé, car il est parti malade : — « Si je suis indiscrète, je sais que vous aurez la bonté de me pardonner, quand vous songerez combien j’ai besoin de faire ces questions. Oh! que ne donnerais-je pas pour savoir comment vous allez en ce moment. Mon sort est trop cruel; votre absence suffisait, sans ce surcroît de tourment. » — « Si vous trouvez que j’écris trop souvent, vous n’avez qu’à le dire, ou bien à m’écrire, pour ) que je sache au moins que vous ne m’oubliez pas tout è Un mot de ces lettres montre qu’une allusion discrète à Stella avait peut-être été faite par Swift lui-même avant son départ ou que certains échos étaient venus de à Dublin aux oreilles de Miss Vanhomrigh : « Si vous \ êtes très heureux, écrit-elle, c’est très mal à vous de ne | pas me le dire, — à moins que ce ne soit inconciliable ) avec mon propre bonheur. » Quand il se décide à répondre, c’est d’un ton calme, avec une grande circonspection : « Je vous ai dit, quand j’ai quitté l’Angleterre, que j’essaierais d’oublier tout ce | qui s’y rapporte et que j’écrirais le moins possible. » (1) | A son retour à Londres, comme ils fréquentaient le ; ( ») Lettre déjà citée. C’est celle où il parle de Laracor peu de £ temps après son installation à Dublin, à
même cercle, leur intimité se renoua d’elle-même. 1 k Mrs. Vanhomrigh étant morte, sa fille aînée dut faire face à de sérieuses difficultés pécuniaires et assumer le : rôle de chef de famille vis-à-vis d’un frère dépensier et À d’une jeune sœur très maladive. Elle fit appel aux conseils de Swift d’une façon si pressante qu’il ne put se dérober. Même alors, il n’oublia pas ses résolutions prudentes. Il agit en ami dévoué, sans cesser de l’avertir par son attitude qu’elle ne devait rien espérer de plus. Quand il quitte brusquement l’Angleterre, après la mort de la reine, il la prévient qu’il n’écrira guère et comme elle avait déjà parlé d’aller s’établir en Irlande pour y surveiller de plus près ses intérêts, (1) il ajoute | qu’il ne pourra la voir souvent. Mais elle ne veut pas ; comprendre et elle se refuse à l’oublier. Elle vient vivre s:
Cette démarche plaçait Swift dans une situation très ; délicate. Il crut en sortir à force de prudence. Nul doute qu’il eût mieux aimé trancher dans le vif. Il recula devant la nécessité d’être cruel, et comptant sur sa k fermeté continua de se taire, sans voir que son silence était un crime. A Sa froideur exaspérait l’amour de Miss Vanhomrigh. Elle ne cessait de réclamer la présence de Swift et se | prévalait de son isolement pour l’obliger à jouer auprès d’elle ce rôle de conseiller trop imprudemment accepté au début de leur intimité : « Que peut-il y avoir de mal à voir et à conseiller une malheureuse jeune fille ? » — Et les sévérités de Swift s’accentuant : « Faites semblant (1) Une grande partie de sa fortune consistait en terres situées |
H d’être encore cet ami indulgent que vous étiez autrefois. » Pas une de ses lettres ne laisse entendre que Swift
| ait encouragé son amour. (1) On devine au contraire l’irritation que cette situation entretenait en lui. Il per- ‘: dait patience et la terrifiait au lieu de la calmer. Quant | | à elle, sa passion allait croissant. Dès 1714 elle en est arrivée à ce paroxysme où le respect humain n’existe % plus : « Vous m’avez dit de ne pas me tourmenter et | vous avez ajouté que vous me verriez aussi souvent que f vous le pourriez. Vous auriez mieux fait de dire aussi À souvent que vous pourriez vous y contraindre, ou aussi | ( souvent que vous pourriez vous rappeler mon existence. | Si vous continuez à me traiter comme vous le faites, ; Lt je ne vous gênerai pas longtemps. Les mots ne peuvent | exprimer ce que j’ai souffert depuis votre dernière | visite : je suis sûre que j’aurais beaucoup mieux sup- :
porté la roue que ces cruelles, cruelles paroles; j’ai plusieurs fois résolu de mourir sans vous revoir; mais à ces résolutions, pour votre malheur, ne durent pas longtemps. Il y a quelque chose dans la nature humaine Fa : qui nous contraint si fort à chercher du soulagement en ce monde, que j’y cède malgré moi, et je vous supplie | k de me venir voir et de me parler avec bonté; vous ne | condamneriez personne, j’en suis certaine, à souffrir fl comme moi, si seulement vous pouviez savoir ce que
+ j’ai souffert. Je vous écris ces choses parce que, si je }
À vous voyais, je ne pourrais vous les dire : dès que je Ë ; commence à me plaindre, vous êtes irrité; votre regard ( À devient alors si terrible qu’il me coupe net la parole. à x (1) Il l’engagea même à examiner deux projets de mariage. | ñ
._ Oh! puissiez-vous avoir encore assez d’affection pour L.
$ moi, pour que ma plainte fasse naître quelque pitié +
dans votre âme. J’en dis le moins possible. Si vous au
saviez seulement les pensées qui me sont venues, je sa !
suis sûre que vous me pardonneriez; et vous me croirez ue
si je vous dis que je ne puis m’empêcher de dire ces rs,
choses et de vivre. » (1714) AU
On comprend les alternatives d’attendrissement et a
d’impatience qui se succédaient chez Swift. Il lui deve- He ;
nait de plus en plus difficile de recourir au parti radical LT
que la sagesse eût dû lui conseiller dès le début. Il per- :4
sista dans la même attitude, Vanessa S’étant établie ti
tout à fait à Marley-Abbey (près de Celbridge), il prit l’ha- d. 1
bitude d’aller l’y visiter. — La maison était construite “ha
: dans un site romantique; le jardin descendait jusqu’à a
la rivière, qui coulait très rapide parmi les îlots et les 14
rochers, entre des rives élevées couvertes de vieux 1
arbres magnifiques. Swift et Vanessa aimaïient à s’as- pu
seoir à l’ombre d’un bosquet d’où ils dominaient la Le
rivière, pour y lire et y converser comme au temps de Du
Bury-Street. Elle était la confidente de ses travaux litté- à à
raires. Elle-même lui soumettait les vers qu’elle compo- ne %
. sait dans la solitude de Marley-Abbey. Il en écrivait pour j ne
_elle. Il revisait aussi le poème de Cadenus et Vanessa, ‘1
écrit dès 1713 : ne pouvant répondre à sa passion, il se pi
laissait aller à flatter son orgueil, et parfois même des 8 à
expressions de tendresse lui échappaient malgré lui. 444
Elle s’en emparait avidement et”provoquait ces accès Den
d’irritation qui la plongeaient ensuite dans le désespoir. 1 st
« Il y a des moments, dit-elle, où vous me frappez nor.
d’une prodigieuse terreur, je tremble de crainte; il y hi
en a d’autres où une compassion charmante éclaire { ‘où
: votre visage et rend la vie à mon âme. » En 1720, elle lui écrit : QIlL n’est pas au pouvoir du temps ou des événements d’affaiblir l’inexprimable passion que j’ai pour vous… » — « ..… mon amour n’est pas seulement dans mon âme : il n’y a pas un seul atome de ma personne qui n’en soit pénétré. » Et comme sans doute il lui conseillait de chercher l’appui de la Religion : « Si | j’étais très pieuse, vous seriez le Dieu que j’adorerais. » A ces élans de passion, il répondait en lui parlant \ « d’estime » et « d’amitié » et en la suppliant de ne pas les rendre malheureux tous deux par des « imaginaj tions ». Il l’engageait à voir du monde et à prendre soin de sa santé : « Prenez ce que le moment présent peut donner de bon. » — « La fortune représente les neuf dixièmes du bonheur et la santé le dernier } dixième. » — « Causez avec les sots, et qu’ils vous aident à éviter le spleen. » IL y avait assurément de la pitié derrière ces mots cyniques; les paroles plus douces qui lui échappaient par moments le prouvent bien. Cependant les années passaient. La santé de Stella | déclinait rapidement. Miss Vanhomrigh avait supporté Ê l’attente, dans la persuasion secrète que Swift l’épouserait après la mort de sa rivale. Mais Stella languissait sans que rien fit prévoir un dénouement proche à cette . situation dont elles devaient souffrir autant l’une que l’autre. Le dénouement vint pourtant et fut douloureux autant que brusque. ; pour lui demander la vérité sur les engagements que Swift pouvait avoir contractés envers elle. Stella répondit qu’un mariage secret l’unissait à Swift depuis 1716 et À envoya la lettre de Miss Vanhomrigh à Swift. 1
Vanessa le vit arriver à l’improviste à Marley-Abbey. À ) Il jeta la lettre sur la table et partit sans proférer une 1, parole. Sa physionomie était si terrible en cet instant que û Miss Vanhomrigh en fut frappée à mort. Elle ne le revit il plus, languit quelques semaines et mourut en révoquant pu le testament qu’elle avait fait en sa faveur. (1) Elle se } ; vengea plus cruellement.en ordonnant la publication de WA Cadenus et Vanessa. Swift quitta Dublin après sa mort, et pendant deux mois nul ne sut où il était. Quand il reparut, il avait recouvré le calme extérieur. IL ne À guérit jamais du choc intime. }
L’histoire de son mariage est restée très mystérieuse. ïk Seuls quelques amis furent dans le secret et la nature ( de ses relations avec Stella ne changea en rien. Elle ë vécut près de Mrs. Dingley comme par le passé. Telle & fut la récompense de quinze ans de silencieux dévoue- ti
Quelles raisons firent hésiter Swift si longtemps, et j à pourquoi prit-il soin de réduire le mariage à une simple ei formalité? A Laracor, après l’arrivée de Stella en fr) Irlande, des projets d’avenir avaient dû être agités, et NU: les assurances réitérées de Swift prouvent qu’il ne cessait d’associer son amie à toutes ses espérances de for- à tune. A Londres, malgré l’éloignement, rien pendant : ke deux ans ne l’avait distrait de leur intimité. Puis sans RE doute la politique s’était emparée de lui plus tyranni- ù quement, n’excitant son ambition que pour la mieux ”| décevoir ensuite. Vanessa était apparue dans sa vie, et jt sans jamais y prendre la place de Stella, y avait a
(:) Swift n’est même pas mentionné parmi les personnes amies ‘a auxquelles une somme d’argent est attribuée pour acheter une Re bague en souvenir d’elle. Vs
apporté un intérêt nouveau et des complications de sen- Va
| timent. Au lieu de voir la fin de ses soucis d’argent, il - lui fallait se libérer de lourdes dettes. Enfin, les attaques xt i de son mal se rapprochaient et devenaient de plus en {
plus pénibles. Ses tendances à l’amertume et au cynisme la
à s’accentuaient. Elles n’étouffaient pas la sensibilité pro- 1 ‘à fonde qui se cachait tout au fond de son âme, mais À : \ la rendaient morbide et en paralysaient les élans. Il Il n’en sentait que plus vivement la solitude du génie. | Une sorte de rupture d’équilibre s’était produite en lui
É F et toute l’intensité de sa volonté ne devait plus servir ; j: qu’à le torturer lui-même et à torturer les autres. ii 1e : Quand il était revenu à Dublin, en 1713, il avait ; 4 repris en apparence son intimité de jadis avec Stella. d “4 j Elle dut vite comprendre, cependant, que sa longue K “al attente serait déçue. Une gêne cruelle pour tous deux, Ds 6 encore augmentée par la présente de Vanessa en ; d: Irlande, se glissa dans leurs rapports. La malignité. ñ 1 . publique était en éveil. Stella, dont la santé avait 1 toujours été fragile, tomba dans un état de langueur qui 102 < M inquiéta tous ses amis. Swift lui-même ne put fermer ÿ plus longtemps les yeux à l’évidence. Il chargea leur À ( ami commun, le docteur Saint-George Ashe, évèque de | fé Clogher, de l’interroger. Après cet entretien, il consentit 1 à à un mariage secret qui fut célébré par l’évêque de
4 Clogher dans le jardin du doyenné. (1) (1716) Stella , d n’accepta sans doute cette satisfaction dérisoire que
ui pour sauvegarder son honneur aux yeux de la posté- A de (à) L’histoire du mariage secret est confirmée par le témoignage ÿ 108 d’amis intimes. Le Dr. Sheridan, Mrs. Whiteway, le Dr. Delany, y (
Delany raconte que vers l’époque où le mariage eut é lieu, il remarqua la tristesse et l’extrême agitation de À : Swift; et s’étant un jour rendu chez l’archevêque King, 18 il croisa Swift qui en sortait, l’air désespéré, violem- El ment surexcité. L’archevêque lui dit, les larmes aux “A yeux : « Vous venez de voir l’homme le plus malheureux bi de la terre ; mais vous ne devez pas demander ce qui le net Rien n’a révélé le secret de Swift. Stella demeura ) É; ”_ jusqu’au moment où elle mourut, son amie la plus chère, 4 celle dont il prisait le plus l’entretien et dont il aimait We les soins pendant les accès de son mal. Sans assumer 4 ouvertement le rôle de maîtresse de maison, elle ordon- 318 nait les réceptions du Doyenné, y figurait à une place ñ d’honneur et vivait dans l’intimité des meilleurs amis de 1 () Walter Scott dit à ce propos : « Il y a encore une supposition DE. qui, si elle est juste, expliquerait les bizarreries de la conduite de ! 7 Swift dans ses rapports avec le sexe féminin. A cette époque de A la vie où les passions sont le plus violentes, Swift se vante de sa 4 froideur (cold temper). Depuis, le retour continuel de vertiges | pénibles minait peu à peu sa santé. Peut-être la continence qu’il N observait était-elle due à des causes physiques aussi bien que FR morales. Si tel était le cas, il est possible qu’il ait recherché la 15 société de Vanessa sans craindre d’exciter des passions auxquelles ” à il était lui-même insensible; et le fait qu’il vécut séparé de Stella RAL » après leur mariage peut bien avoir été motivé par une nécessité, (2 autant que par une préférence. Il y a ceci de certain, du moins, À que si, selon le mot que Swift lui-même trouvait très juste, le désir TE produit l’amour chez l’homme, nous ne pouvons trouver une seule D. ligne écrite par Swift laissant supposer qu’il a jamais connu cette wn source de la passion; et pas une seule des anecdotes rapportées Ê Al sur sa vie n’indique non plus qu’il se soit jamais soumis à ce qu’il | té appelle : « cette passion ridicule, qui n’existe nulle part en dehors 1 des pièces de théâtre et des romans ». : A (2) Avec les femmes, elle nentretenait guère que des relations “y de politesse; mais elle assistait tous les mercredis avec Mrs. Din- n. gley au diner d’hommes que donnait le docteur Delany. k
Mrs. Delany parle avec admiration de la beauté de a #4 __ sa physionomie. Elle avait les yeux et les cheveux très (1 d noirs et le teint très blanc. A l’époque où la vit Mrs. De- l #0 lany, son expression habituelle était pensive, mais non
E. elle devait garder jusqu’à la fin sa vaillance et aussi la ( “1 _ vivacité d’esprit qui faisait son plus grand charme. Sa É de. s jalousie même n’eut rien de romantique. Elle était trop tr ï É spirituelle. Après la mort de Vanessa, quelqu’un admi- | ‘4 rant devant elle le poème écrit par Swift en l’honneur 4 de sa rivale (Cadenus and Vanessa), elle gut ce mot ‘à cruel, que l’on pardonne : « Tout le monde sait que s _ le Doyen peut écrire avec talent sur un manche à “il 40 Il ne restait plus qu’elle en ce monde entre Swift et : à le désespoir. “4
Avant de s’abîmer définitivement dans la misanthro- 1
pie, Swift devait encore accomplir une grande œuvre. À
Les années de lutte politique l’avaient laissé complè- à tement désabusé, mais n’avaient pas épuisé l’énorme PAUL réserve d’activité qui fermentait en lui. La chute du 2 Ministère le rendit malgré lui à la vie privée. Il y devait Va gagner de s’élever bien au-dessus de l’esprit de parti et à
de combattre enfin pour une cause plus généreuse. Il 7140 allait devenir le champion de l’Irlande opprimée. ; Swift avait toujours considéré l’Irlande comme une w
terre d’exil. Bien qu’il y eût vécu son enfance et une \à partie de sa jeunesse, il était de pure souche anglaise )
et trop profondément anglais par sa réserve, son tem- Gi pérament pratique, son amour de l’ordre et l’indépen- M dance quasi farouche de sa personnalité, pour sympa- î + thiser avec le caractère irlandais, spontané, prompt à ‘NE ; l’illusion et rempli de déconcertantes faiblesses. ie
Le but de toute sa vie avait été de conquérir une of
place digne de lui en Angleterre pour y vivre dans le à
, commerce familier de ceux qui formaient alors l’élite € 1 _, intellectuelle. Loin de ses amis, il n’était qu’un banni. tu
17 Après Londres, Dublin représentait pour lui ce « calme
$ plat » de l’esprit qu’il redoutait par dessus tout. Il y
4 trouvait aussi le spectacle d’un peuple asservi, oubliant
ses humiliations et ses souffrances dans une résignation
% veule. Sous le joug de l’Angleterre, l’Irlande n’était
(1 plus qu’une « nation d’esclaves ». Swift ne put voir | 4 cet abaissement sans douleur et sans colère. Il joignait
à à un amour passionné de la liberté, cette puissance | Ÿ : d’indignation que peuvent seules connaître les natures
Ë très ardentes et violemment sincères. j
#1 Il était si bien organisé pour la lutte, qu’il n’avait
‘1# éprouvé ni découragement ni stupeur quand, après la
L’ chute du Ministère, il s’était vu lui-même traiter en
5 vaincu. Il avait tout prévu longtemps d’avance, avec
K sa lucidité habituelle. Il ressentit plutôt de l”amertume
À et de la colère. L’esprit de résistance était une forme
À de son besoin de logique et ne devait mourir en lui
1 qu’avec la raison. | l à A ses yeux, le meilleur gouvernement, celui qui pou-
vait le mieux concilier ces deux principes essentiels, Li
F l’ordre et la liberté, ne pouvait venir que d’un ministère à 44 tory. Les événements le forçaient à entrer dans l’op- À 74 position et son tempérament l’y précipitait. Il n’eut iJ ù qu’à regarder autour de lui pour trouver une cause à CA ki défendre. On le sent déjà tout prêt à l’action quand il 2 r écrit en 1716 à Atterbury, avec une si amère ironie : k “4 « Je vous félicite et l’Angleterre aussi, de vous joindre j 1 à nous dans la fraternité de l’esclavage. Ce n’est pas x
aussi terrible que vous l’imaginez : nous en avons une he
be longue expérience et quand vous aurez envie de savoir 1 .. comment vous comporter dans votre nouvelle condition, À h: vous n’avez pas besoin de chercher d’autre conseiller :
que moi. Mais, étant résolus à vous dépasser, nous
avons transmis un bill à l’Angleterre, qui nous le ren- 14
verra, — donnant au géuvernement et à six membres us
du Conseil le droit pendant trois ans d’emprisonner FA
pour trois mois tous ceux qu’ils voudront, sans jugement Re
et sans interrogatoire et j’espère être des premiers à #
voir la loi exécutée contre ma personne. » (18 Avril RL
En 1719, il dit : « Je suis plus vieux de six ans et 0
plus abêti de vingt ans. » (1 am six years’ older and he
twenty years duller.) Mots ironiques, arrachés par n.
À l’impatience d’agir et l’ennui, non par la conscience à
réelle du déclin. Il n’avait que cinquante et un ans. En è à
. réalité, ces années d’apparente inactivité avaient été 4
très pleines. Pour se distraire, il s’était consacré à ses 1
affaires avec acharnement, s’obligeant à une grande x
parcimonie afin de se libérer de ses dettes, (1) et rem- ni FE
plissant avec zèle ses fonctions ecclésiastiques. Il s’était LM
imposé par sa fermeté, son désintéressement et sa “4
droiture, et s’était vite rendu maître des résistances de 4
son chapitre. Sa rigide économie lui permettait d’espérer “1
| bientôt l’aisance. Le gouvernement le laissait tranquille; de ‘
l’atmosphère politique semblait s’éclaircir, et Boling- 5e
broke lui-même commençait à parler de retour. 4 à
Swift ne pouvait plus rentrer dans la vie publique Ki
comme l’homme d’un parti. Mais les rancunes qui | à F
couvaient en lui avivèrent son indignation contre le sy- ‘4
() E vivait alors en commun avec ses amis Worrall, par éco- } ‘1
nomie, donnant seulement deux réceptions par semaine au TC :
Doyenné. On dit que la chère y était fort simple, mais le vin ‘14
par les Anglais. (1) Il demanda un jour à Delany : « Les corruptions et les vilenies des hommes ne rongent donc pas votre chair et n’épuisent donc pas vos énergies ? » ; — Il vivait dans un état pénible de rébellion intérieure. 1 Il allait se jeter une fois de plus dans l’action pour ‘4 y trouver un soulagement. En 1720, parut le pamphlet intitulé Proposition pour l’usage universel des produits irlandais. (2) Il exhortait , le peuple à fermer l’Irlande aux produits anglais. | C’était une protestation contre le décret inique de Guillaume II, qui avait ruiné le commerce des laines | irlandaises en limitant leur exportation à l’Angleterre et au Pays de Galles. C’était la résistance organisée sous 6 une forme pratique, telle que la devait imaginer Swift. : Et pour la première fois, l’Irlande entendait le langage de la liberté. Maïs sur quel ton ironique et hautain! ù . « € L’Écriture nous dit que l’oppression rend fou (mad) us l’homme sage. C’est pourquoi, en bonne logique, si certains hommes ne sont pas fous, c’est qu’ils ne sont pas sages. Il serait désirable, cependant, que l’oppression enseignât un peu de sagesse aux imbéciles (fools). » QU Il avait autant de mépris pour la résignation des Irlandais que de colère contre leurs oppresseurs et Ÿ () Il devait écrire un peu plus tard à Pope: « J’affirme sans j aucune affectation que je ne mérite pas le nom de patriote que ‘; vous avez la bonté de me donner, car j’ai agi poussé par une véri- ï table rage et par le ressentiment, et provoqué par la vue morti-
fiante de l’esclavage, de la folie et de la bassesse qui m’entourent
V4 et parmi lesquels je suis obligé de vivre. » 4 (2) L’imprimeur Waters fut jeté en prison et forcé de payer une 1 énorme caution. Le jury, bien que soigneusement choisi, le déclara À non coupable et fut retenu onze heures de suite, pendant les- : quelles il fut renvoyé neuf fois pour délibérer de nouveau. Le Lord N Chief Justice Whitshed voulait une condamnation. A la fin le jury K rendit un « verdict spécial », s’en remettant au Lord Chief Justice.
devait défendre cette « nation d’esclaves » sans jamais Ë il lui pardonner. We Dès lors, il intervint constamment par des pamphlets # ou des satires en vers dans les affaires publiques. (1) À Sa popularité s’était considérablement accrue et l’on Fi commençait à le regarder comme le champion des 1 | libertés irlandaises, lorsque l’incident Wood lui permit (1 h } de prendre position plus hardiment encore. L’enthou- à siasme du peuple ne connut plus de bornes quand i parurent les premières Lettres du Drapier. de Grâce à l’influence de la duchesse de Kendal, maï- k tresse de Georges Ie”, un nommé Wood obtint le droit I de frapper pour l’Irlande 108.000 livres de « half nor « Privy Council » ne furent consultés. Contre l’extra- à 4 ordinaire audace et l’arbitraire de cette mesure, ni © Swift, indigné, s’éleva. Le billon manquait réellement à et Wood, dit-on, exécutait le contrat loyalement. Mais Ni peu importait à Swift. Il protestait au nom de la À Il le fit avec son sens pratique ordinaire. Pour x, émouvoir le peuple, il lui parle de ses intérêts. Le dt Drapier affirme à l’Irlande qu’on la vole : « Frères, if amis, compatriotes et camarades, ce que je vais vous vi dire à présent est, après votre devoir envers Dieu et le 1 soin de votre salut, du plus grand intérêt pour vous- 1 ( ») Voir ses Libelles contre le Lord Chief Justice Whitshed et 4 son âme damnée, le juge Godfrey Boate, à propos du procès qu Waters. Voir aussi la satire intitulée : À Swearer’s Bank. Il y pro- la “ pose d’établir une banque alimentée par des amendes imposées de aux gens qui jurent. Il y ridiculisait le projet d’une « Banque natio- ji nale Irlandaise » qu’on agitait alors, Swift jugeait les garanties À)
E mêmes et pour vos enfants; votre pain, votre habille-
f. Lie ment, toutes les nécessités de la vie en dépendent… » és Le ton garde jusqu’au bout cette allure grave, simple et
14 ardente. C’est un marchand qui exhorte les gens de sa F classe à la résistance et emploie les arguments les
(1 mieux faits pour les toucher. (1) di Dublin fut bientôt en rumeur et l’agitation gagna la
ou (On doing good) un de ces sermons qui, suivant sa | ÿ) propre expression, & étaient des pamphlets ». Les deux
YA chambres irlandaises demandèrent à la Couronne le
“ retrait de la patente; un même élan réunit tous les 1
|.‘ partis et toutes les sectes, les marchands refusèrent la f.
À monnaie de Wood, la populace fit des processions so- #4 lennelles et brûla Wood en effigie. Swift attisait encore
Me l’indignation populaire par des ballades et des satires
14 * que les colporteurs allaient distribuer jusqu’au fond ï | d des campagnes. F
Walpole éssaya d’abord de réduire l’émission à
il | 40.000 livres. Mais Swift voulait un triomphe plus com-
Se: plet. Le moment était venu de donner son véritable à J dénonce l’indignité de la politique anglaise et dit aux
UT offrira cette monnaie; si on la refuse, il sacrera, fera le diable à tA ti quatre, menacera de battre le boucher ou le cabaretier, ou pren- É , dra les marchandises par force et leur jettera la pièce fausse.
4 Dans ce cas ét dans les Cas analogues, le boutiquier ou le débi- à ne tant de viande, ou toute autre marchandise, n’a pas d’autre chose FA ; à faire que de demander dix fois le prix de sa marchandise, sion
; veut le payer en monnaie de Wood,— par exemple vingt pence de ; 1 “4 cette monnaie pour un quart d’ale, — et ainsi dans toutes les autres k
Irlandais, après avoir montré leur pays régi par un 1 Parlement dans lequel ils n’ont pas un seul représen- “Ha -_ tant : « Le remède est absolument entre vos mains et 4 ne c’est pourquoi je me suis laissé aller à quelques digres- 11 sions. afin de prouver que d’après les lois de Dieu, de es la nature, des nations et de votre propre pays, vous k à êtes et devriez être aussi libres que vos frères d’Angle- KR | Trois cents livres furent offertes pour la dénonciation # 4 de l’auteur. Harding, l’imprimeur, fut mis en prison. DA Les preuves légales manquaient contre Swift, mais il re ne se cachait nullement d’avoir écrit les Lettres. Il se 4 4 présenta au lever du Lord Lieutenant Carteret et Ha . demanda ce que signifiaient ces rigueurs contre un 1 LCR pauvre libraire qui avait publié deux ou trois lettres 10 « pour le bien de son pays ». Carteret répondit spiri- ‘30 tuellement par cette citation de Virgile : Ne « Res dura et regni novitas me talia cogunt J’4ÿ _ L’infatigable plume travaillait toujours. Il lança pam- cl # phlet sur pamphlet avant et après le jugement de 10 Harding. (1) Le jury rendit un verdict d’ « ignoramus » fe malgré les efforts et les menaces du Lord Chief Justice PN 4 , Whitshed, (2) qui n’hésita point à commettre deux illé- A x galités, en demandant d’abord au jury de motiver son ‘4 A4 ( ») Avant le jugement il fit circuler cette citation tirée de l’Ecri- Eu ture : « Et le peuple dit à Saül : Jonathan doit-il mourir, lui qui a AE sauvé Israël? Dieu ne le veut pas : Aussi vrai que le Seigneur pas existe, il ne tombera pas un seul cheveu de sa tête; car il a tra- ny nl 5 Ù vaillé avec Dieu en ce jour. Aussi le peuple vint au secours de : 1200 Jonathan, pour qu’il ne mourût pas. » :230 () Whitshed devait mourir peu après, accablé de honte et de 34
s verdict, puis en le renvoyant avant la fin de la Trois Lettres parurent encore. L’une d’elles, adressée au Lord Chancelier Middleton et signée de Swift, plai- | dait la cause du Drapier. Il avait gagné la victoire : le | Ministère céda, Lord Carteret indemnisa Wood et lui retira sa patente. 4 Swift exerça dès lors en Irlande une véritable ï royauté. (1) Ce peuple bon enfant paya ses généreux | efforts et ses coups d’étrivière d’une immense popula- | rité. Swift accepta cette dictature morale sans joie, car | il ne pouvait oublier qu’il régnait sur des « esclaves ». ÿ £ La lutte avait prouvé qu’il n’avait rien perdu de sa | puissance de combat; mais elle avait occupé son âme inquiète sans l’assouvir. Il en sortait vengé du parti whig, grandi aux yeux de l’Irlande et même de l’Angleterre, et comblé de gloire. S’il avait pu oublier le ü passé, s’il avait été capable de contempler les faiblesses Ro humaines sans indignation, il eût peut-être, après cette | & vie agitée, pu connaître une vieillesse plus sereine. 3 Mais l’oubli et l’indulgence philosophique sont égale2 (1) L’enthousiasme des Irlandais ne devait jamais se démentir. ! Quand il visitait une ville, il y était reçu comme un prince souve- | rain. La tête du Drapier devint une enseigne populaire ; on l’im- : 4 prima sur des mouchoirs et des médailles. Un « club du Drapier » je fut fondé en son honneur, pour publier les Lettres en volume. He Une composition allégorique de Vertue représente Swift foulant a aux pieds William Wood, dont les halfpence sont éparpillés plus | “0 bas. A droite, « Hibernia » reçoit une lettre du Drapier. Sa harpe va est déposée à côté d’elle. A gauche une pauvre femme montre fl d’un geste méprisant une des monnaies de Wood. Deux anges ge descendent avec une guirlande de laurier pour couronner Swift, A} qui siège, vêtu de son costume d’apparat, sur un trône, entre le Le temple de la Gloire et la cathédrale de Saint-Patrick. 1 Plusieurs compositions analogues sont signalées’ par les bio- *e graphes de Swift.
ment impossibles à certaines âmes. La haïne dont 1 s’était nourri son génie était devenue son génie même. \ ; Il en devait être la plus douloureuse victime. F I1 eut encore quelques joies. Il revit cette Angleterre, | f dont il disait : « C’est là que j’ai fait mes amitiés; là Le que j’ai laissé mes désirs. » ; ; Ses amis le pressaient de revenir à Londres. Il leur oh résistait par une sorte d’appréhension morbide. Treize ï ans s’étaient écoulés sans affaiblir les liens qui les unissaient à lui; mais il désirait et redoutait à la fois de se L retrouver parmi eux, de revoir l’ancien théâtre de sa vie } active et d’y constater les effets de l’âge et des événe- pr ments sur eux et sur lui. Leurs instances le troublaient. 1! Il répond à Gay, avec un peu d’impatience : « La mono- (1 tonie de ma vie serait assez supportable, si vous vouliez \ 0 Swift se décida enfin en Mars 1726. Ils se revirent, A dit Arbuthnot, comme des « mariniers après l’orage ». Swift vécut d’abord à Londres auprès de Gay, puis alla a s’installer avec lui chez Pope à Twickenham. Il visitait s souvent Bolingbroke à Dawley, où l’ancien ministre, M jouant à la sérénité philosophique, moralisait élégam- À ment à la facon d’Horace. il Ce fut une halte salutaire dans la vie de Swift. Il pré- ‘il parait avec Pope la publication de leurs Miscellanies. qu Gulliver, sa grande œuvre des dix dernières années, À “ fut soumis aux « Yahoos » de Twickenham. Lord ‘4 Bathurst, Congreve, vieilli, mais toujours spirituel, h ù Lord Peterborough, venaient chez Pope s’entretenir ”. comme autrefois d’art, de politique ou de philosophie. } Swift se sentait plus à sa place parmi ces « honnêtes À gens » que dans le chœur de Saint-Patrick. le à
ne Il était d’ailleurs profondément attaché à quelques- jh ÿ uns d’entre eux. Il aimait le bon Gay, si candide, si , | négligent, qui devait rester enfant toute sa vie; il 1] Ÿ aimait Pope, dont les petits côtés, la vanité littéraire et {; 4 les susceptibilités féminines, étaient rachetés à ses 41 is yeux par de hautes qualités de désintéressement et de +: générosité. Il chérissait et admirait surtout Arbuthnot, 14
- chez qui Fou de soi, la sereine gaîté, la dignité, l’hé- 1 | roïque et simple résignation à de cruelles souffrances in K:; physiques, formaient un si frappant contraste avec ses à ÿ propres révoltes : &« S’il existait une douzaine d’Ar4 buthnot, — disait-il, — je brûlerais mes Voyages. » N is Les préoccupations littéraires ne l’absorbèrent pas 4 d’une façon exclusive pendant son séjour à Londres. Il L: “ad n’avait jamais été « homme de lettres ». Il dédaignait 51 | les profits qui auraient pu lui venir de sa plume et ne à voyait dans son génie qu’une arme, dans ses œuvres Li % que des instruments de combat. La politique demeuraïit ‘4 “ à ses yeux le véritable champ d’action. & F Il eut une entrevue avec Walpole. Il répondit à l’invipu tation du ministre qui désirait sans doute voir si l’on | ne pourrait convertir et utiliser ce dangereux adver- “ #2 saire. Swift exposa les maux de l’Irlande. Mais Wal- | À pole, qui ne pouvait oublier l’affaire Wood, l’écouta froi4 dement. Swift ne lui offrit point ses services, comme ses | 4 Nr. ennemis le prétendirent. (1) Il n’attendait rien de Wal 1 4 pole. Mrs. Howard, confidente de la Princesse de Galles L ” (1) La meilleure preuve en est que Swift vivait ouvertement *, LE dans l’intimité des adversaires du Ministère. Ses visites à Boling- ‘à NS broke ne pouvaient qu’indisposer Walpole. Après leur entrevue, fe ; Swift en écrivit d’ailleurs le récit à Lord Peterborough, avec d an: injonction de montrer la lettre à Walpole, — qui ne rectifia rien. #
| et maîtresse du Prince, l’ayant présenté à la Princesse, h NE il avait été reçu avec une faveur marquée. Cet accueil { à
lui avait donné l’espoir que son exil en Irlande aurait 4
un terme. Ses illusions tombèrent vite et la déception “à
vint encore augmenter toutes ses rancunes anciennes. #iN
Le second portrait de Swift peint par Jervas, (1) date ni
sans doute de cette époque : La belle vigueur de son M
âge mûr a fait place à la majesté de la vieillesse. Le bi $
port de tête est toujours aussi ferme, l’attitude aussi hi hautaine. Le regard domine et pénètre comme jadis.
Mais les chairs du visage se sont tirées en lignes rigides, $
et dans les plis profonds de la bouche, l’ironie, le à mépris, l’amertume se sont douloureusement accentués. Fa
On devine qu’il survivait à tous ses espoirs. Il n’avait is recueilli que déceptions dans la lutte; son mal revenait va
le torturer de plus en plus souvent; il voyait enfin h: s’approcher le moment le plus cruel de sa vie. ‘4
. Stella, minée par la consomption, n’avait cessé de 4
| ‘dres que l’on craignait un dénouement très proche. Il à}
1 était préparé aux pires nouvelles ; le choc fut quand
| même épouvantable : « Pour ma part, comme j’attache 4
Ï très peu de prix à la vie, les pauvres jours qui pourront (
1 me rester à vivre après une telle perte seront un far- 48
( deau pour moi; et je dois supplier Dieu de toutes mes 1)
| L écrit des lettres trompeuses; mais Mr. Worrall a eu la 44
raison et la prudence de me dire la vérité : cette vérité ‘ ;
me torture, mais cela vaut mieux que d’être frappé tout
d’un coup. Cher Jim, pardonnez-moi; je ne sais plus ce ï
(1) Le premier est celui que nous donnons en tête de ce cahier Û À
” Î que je dis : croyez-moi, une violente amitié est beaucoup à plus durable et vous prend beaucoup plus profondément AL qu’un violent amour. » (Lettre à Stopford) : À Il écrit à Sheridan : « Il n’est rien, dans les nouvelles 4 que vous me donnez, à quoi je ne me sois attendu ; depuis quelque temps avec la plus horrible angoisse. Je 2 ‘considère ceci comme le plus grand événement qui ; puisse jamais m’arriver; mais tous mes efforts pour m’y à préparer ne sufliront pas à me le faire supporter comme +? un philosophe, ni même tout à fait comme un chrétien. i à Jugez dans quelle disposition d’esprit j’écris. En ce mopro ment même, je me dis que la plus belle âme qui fut au ’ monde a quitté son corps. Je suis depuis longtemps las 1 du monde, et pour le restant de mes jours je serai las 44 de la vie, car j’aurai perdu pour toujours cette amitié ( j: qui seule pouvait la rendre tolérable à mes yeux. » k À Les sources vives de sa sensibilité, si profondément Le enfouies dans son âme sous le cynisme et l’ironie, se d révèlent tout à coup; son masque tombe et le montre à sans défense contre la souffrance. II ne pouvait sup- ? porter l’idée d’assister à l’agonie de Stella. Quand il + 44 prévient de son retour, il demande si elle pourra vivre ñ jusque-là : « Je dois vous le dire, comme à un ami : si 4 vous aviez des raisons de croire que Mrs. Johnson ne ; peut pas attendre mon retour, je ne voudrais pour rien À 14 au monde rentrer en Irlande; en ce cas, je vous deman3 : derais au commencement de Septembre de renouveler | 4 ’ ma « licence » pour six mois; je passerais ce temps loin ) k. de Londres, dans quelque endroit écarté, jusqu’au mo- Li 10 ment où je pourrais prendre sur moi de réapparaître, À à après un événement qui doit être si fatal pour mon } Fe repos. » Enfin, il est si troublé qu’il dévoile sa véritable 1
Ë pensée dans la même lettre : « Je ne voudrais pour rien À 1 au monde subir l’épreuve de la voir mourir. » À Égoïsme, indifférence? non, car toutes les fibres de th:
son être sont torturées. Il semble plutôt douter de ses 1 propres forces et se voyant si près de la folie, sé le
| demander si la vue de Stella mourante ne l’y précipite- al | rait pas tout à fait. Sa raison ne lui sert plus qu’à me- di surer toute l’étendue de sa perte et sans doute à lui 1 Ÿ rappeler que Stella lui a sacrifié sa vie. De son habituel 4 sang-froid, il garde seulement une lucidité cruelle qui ï l’oblige à prendre des dispositions pour que la calomnie, : 14
tenue si longtemps en respect, ne s’attaque pas à la il mémoire de son amie. Il recommande à Sheridan de veiller à ce que Mrs. Johnson soit logée en ville dans À
Ù « un endroit sain et bien aéré, non au Doyenné. » Et À | cette prudence n’étonne pas si l’on se souvient du soin 1
- avec lequel il’avait toujours évité de donner prise à la | malignité publique. On comprend aussi que dans ce W à moment tragique, il ait voulu écarter à tout prix les : commentaires indiscrets que son orgueil et sa réserve é naturelle lui faisaient en tout temps redouter presque ÿ
Au moment de partir, il dit encore : « Je m’attends à à
être très misérable quand j’arrivérai, mais jy suis pré- “4 paré. » Cependant un mieux se produisit et le dénoue- d |
ment fut retardé. 4
Il devait revoir Londres pour la dernière fois l’année 5
Walpole rester au ministère après la mort du roi, que (à
| tout espoir de quitter l’Irlande était perdu, et recevoir D Ê là comme l’année précédente la nouvelle de la fin pro- !, | chaine de Stella. Il était alors à Twickenham, en proie :
à à un accès aigu de son mal. Il ne voulut pas donner à : ses amis le spectacle de son angoisse, et s’en alla | d’abord à Londres s’enfermer dans un petit logement ) | meublé. Il se mit brusquement en route pour l’Irlande à au début d’Octobre (1727) sans avoir revu personne. | & Pope avoue qu’il pleura comme une femme en recevant |
sa lettre d’adieu : « S’il plaît à Dieu de me rendre la |
h santé, — disait Swift, — je ferai volontiers un troisième s voyage; sinon, il faut nous quitter, comme c’est le desk tin de toutes les créatures humaines. » ! Stella mourut le 28 Janvier 1728. Swift ne parutnià ÿ * son lit de mort, ni à son enterrement, bien qu’il l’eût paie à Le soir même du 28, il se mit à écrire le récit bioj graphique bien connu sous le titre de Caractère de T4 ñ Mrs. Johnson. Le 29, la force lui manque pour continuer : « La tête me fait mal et je ne puis plus écrire. » Le 30, il reprend son récit, tandis qu’on enterre Stella 1 à dans le cloître de la cathédrale. Pas un mot de douleur | 7 ne lui échappe, mais il ne peut pas supporter la vue | no des lumières dans l’église : « L’enterrement est ce soir æ et mon état ne me permet pas d’y assister. Il est main- | 4 tenant neuf heures du soir; j’ai changé de pièce pour F F ne pas voir la lumière dans l’église, qui est juste en face ( | Elle reposa dans le cloître jusqu’au jour où l’on réunit | Ë ses restes à ceux de Swift. (1) mi: Il avait toujours gardé la plus grande réserve sur ‘À __ Stella, même à l’égard de ses meilleurs amis. Quand : (1) Craik dit que des fouilles récentes ont mis au jour, dans la }
- cathédrale, un cercueil renfermant les restes de Stella et de
elle fat morte, il aurait encore bien moins voulu rompre Al
le silence sur celle qui, seule à ses yeux, rendait la vie la
« digne d’être vécue ». Après sa mort, on trouva dans à
une cassette une boucle des cheveux noirs de Stella, et ‘à
ces mots, qui en disent long, écrits par lui : « Rien que \
des cheveux de femme. » (1) À ‘
Les déceptions, les progrès de l’âge et de la maladie, (l
les chagrins et les remords le vouaient à cette sombre x misanthropie dont les progrès sont visibles dans la Fù grande œuvre de sa vie, qui fut ébauchée à Londres, \h commencée en Irlande au lendemain de la défaite du h
parti tory, continuée pendant les tristes années qui sui- î
virent et terminée après la mort de Vanessa, au temps k
_ où les Lettres du Drapier révolutionnaient l’Irlande. ÿ ï Gulliver parut en Novembre 1726, entre ses deux der- À
(1) Sheridan raconte que Stella aurait prié Swift, peu de jours 1
avant sa mort, de rendre leur mariage public, et que Swift serait d
sorti de la chambre sans lui répondre et ne laurait pas revue. Û
Stella, désespérée, aurait, dans son indignation, révoqué le tes- îne tament qu’elle avait fait en faveur de Swift. Mais lhistoire est {
À racontée différemment par Mr. Deane Swift, qui la tenait directe- tt ñ ment de Mrs. Whiteway, sa mère, tandis que Sheridan la tenait de É son père, — lequel, la tenant de Mrs. Whiteway, la lui avait 1e racontée quand il était encore enfant. Les souvenirs de Sheridan 7. peuvent donc être suspects. Le récit de Mr. Deane Swift semble }
| au contraire bien plus vraisemblable : ji)
- Stella vint pour la dernière fois au doyenné dans les derniers à | jours de sa maladie. Comme elle était très faible on la conduisit pe dans une chambre où elle se reposa et prit un cordial préparé par Û
; Swift. Mrs. Whiteway était dans la pièce à côté, dont la porte était 1 restée entrouverte. Swift et Stella causaient à voix basse. Elle à entendit malgré elle des lambeaux de leur conversation et retint é surtout ces mots de Swift: « Eh bien, mon amie, si vous le désirez, F
ce sera rendu public. » Stella répondit tristement : « IL est trop \AÏ
tard. » Mrs. Whiteway ne douta jamais qu’il ne fût question de NL
leur mariage. Quant à l’histoire de la prétendue révocation du “ testament, elle tombe d’elle-même, quand on se rappelle que dans &
une des lettres datées de Londres, Swift parle du testament de A
Stella et de l’emploi charitable qu’elle voulait faire de sa fortune, ph
{ d’après ses propres conseils, très probablement. (
À ‘ nières visites en Angleterre, peu de temps avant la 4 mort de Stella. (1) 4 Il n’avait d’abord voulu faire qu’une satire politique : ; on reconnaît l’Angleterre du dix-huitième siècle dans PA le Royaume de Lilliput. (2) L’amusante peinture de la ; À] Cour témoigne de l’expérience que Swift avait acquise 4 4 à Londres, mais l’on n’est pas étonné, dès ce premier 11e livre, de voir l’auteur du Conte du Tonneau élargir la ns, satire politique jusqu’à la satire humaine.
- k Déjà dans Brobdingnag, les allusions particulières
AN ( ») Swift et ses amis avaient fondé en 1911 ou 1712 une Société È littéraire (the Brothers), pour discuter et même composer en 43 ‘4 commun des œuvres humoristiques. Martin Scribblerus fut le ÿ 0 produit de ces discussions. Swift conçut aussi dès lors l’idée d’une % ‘4 satire politique de son temps. L’œuvre mûrit, s’amplifia et devint
Gulliver. Mais il en avait déjà parlé à ses amis avant de quitter :
ne Le succès du livre fut prodigieux, dans toutes les classes de la ii i 3 société. La princesse Caroline exprima si chaudement son admi- & 4 ration que les amis de Swift conçurent pour lui les plus hautes nr Ke espérances : — « Le capitaine n’a vraiment plus qu’à enduire de He craie ses escarpins et à apprendre à danser sur la corde — et il se . d F4 peut fort bien que je vive pour le voir devenir évêque… En vérité, 4 #4 en vérité, je crois qu’il n’a jamais couru danger aussi imminent U qu On trouve aussi dans une lettre d’Arbuthnot : — « Gulliver est - ‘2 dans toutes les mains. Lord Scarborough, qui n’est point un faiseur À 5 de contes, m’a dit avoir rencontré un capitaine de vaisseau qui 1e lui a dit avoir très bien connu Gulliver; mais que limprimeur à s’était trompé, et qu’il « vivait à Wapping et non à Rotherluthe ». f x J’ai prêté le livre à un vieux monsieur qui s’est mis tout de suite Etes 54 (2) Tories et Whigs revivent dans les « Talons hauts » et « Talons . 4 bas » ; Papistes et Protestants, dans des Big-endians (ceux qui nr mangent l’œuf à la coque par le gros bout), et les Small-endians # 48 (ceux qui le mangent par le petit bout). Le prince de Galles est 1 : représenté par l’héritier du trône qui porte un talon bas et un Æ 7 talon haut, Walpole par Flimnap, la France par Blefuscu, la fuite ; Wu de Bolingbroke et d”Ormond en France par la fuite de Gulliver à pi PA: Blefuscu, la disgrâce encourue par Swift pour avoir écrit le Conte FAUA fe du Tonneau, par la disgrâce encourue par Gulliver quand il éteint er 4 Vincendie du palais sans songer au décorum… etc. ! 1
sont plus rares et le caractère humain et général de la à satire apparaît plus clairement. Son roi géant, dont la à calme intelligence considère le bien public avant toute ti chose, n’éprouve que mépris souriant pour la « plus Ge pernicieuse race de petites vermines auxquelles la Nature ait jamais permis de ramper sur la face de la ‘1
_ terre ». Ce coup de talon sur la « vermine » humaine 151 fait présager la misanthropie désolée de la fin. sa
ë Dans Laputa, Swift revenait à son aversion pour les | divagations philosophiques et les chimères des inven- ï teurs. IL y prenait aussi un plaisir amer à décrire l’hor- : ë reur de la décrépitude humaine, dont il redoutait les 4
__ progrès en lui-même avec une terreur morbide. Quand ‘2 il décrivit Les « Struldbrugs » (les immortels de Laputa), ds. il était déjà bien près de la misanthropie totale. f ) Quand il imagina ses « Yahoos », il avait atteint au x ‘à mépris absolu, désespéré de l’humanité. Il ravalait 4 l’homme au-dessous de la brute, car le seul usage de #e cette raison dont nous sommes si fiers, c’est « d’aug- 1 menter et de multiplier les vices que la nature nous a 1 donnés ». Et le triomphe de son art consistait à obliger F È
| l’homme à se reconnaître dans la peinture de la brute We | livrée à ses plus répugnants instincts. | à On ne songe pas sans effroi à la solitude morale où ne devait vivre l’homme qui écrivait Gulliver. Pour arriver ‘1
à cette haine, qu’avait-il donc souffert, et faut-il voir à é seulement les rantunes d’un désillusionné dans un mé- . à pris qui devient beau à force de violence et de sincé- : b 5 rité ? — Sans doute, ni ses déceptions, ni ses douleurs, à ‘0
ni même ses erreurs ne furent étrangères à cette fasci- 1e nation qu’exerçaient sur lui nos aspects les plus vils. 4 Pour s’en distraire, il n’eut même pas le refuge de la F
‘ beauté : son siècle l’ignorait, son génie pratique ne devait jamais goûter des joies si désintéressées et son horizon moral ne pouvait dépasser l’homme. Sa raison qui lui montrait les imperfections de notre nature, ne cessait de protester contre les faiblesses de la chétive Raison humaine. Il n’aurait pu se résigner au mal sans renier sa nature. Il voulut avoir le courage désespéré
À de‘crier son mépris de tout ce qui était humain. Il n’en exceptait que ses amis : « J’ai toujours détesté toutes
É les nations, professions ou communautés ; et je ne puis
| aimer que des individus. » Il dit ailleurs : « J’abhorre et .
_ - je hais surtout’ l’animal qui porte le nom d’homme;
AN bien que j’aime de tout mon cœur Jean, Pierre,
7400 Le sens de la justice, si passionné chez lui, s’exaspéra
- jusqu’à la fureur. Cette souffrance, née de la raison, se
| répercutait douloureusement au plus profond de la sen-
DU. sibilité. Par une sorte de perversion de sa probité intel-
lectuelle, il se condamnait à ne contempler que les vices
Fà de l’humanité. On sait avec quelle lucidité morbide il
ÿ se scrutait lui-même. Il faut imaginer cette puissance
1 d’examen reportée sur le monde extérieur, exagérée par
à la colère, faussée par le désespoir. Il n’y avait plus de
À soulagement possible à sa souffrance. ;
ï S’il eût été d’un tempérament moins généreux et
1 moins actif, sa misanthropie n’eût sans doute abouti
E _ qu’à l’inertie de l’igoïsme; mais fout en déclarant
sê l’humanité irrémédiablement mauvaise, il continua de
4 ’ la servir et ne cessa de lutter pour plus de justice que
4 le jour où ses forces l’abandonnèrent enfin. Il s’était
‘4 fait le champion de l’Irlande : il ne désarma point. A
] | partir des Lettres du Drapier, il fut à chaque instant
sur la brèche pour rappeler à l’Irlande qu’elle aurait dû : Le Lord Lieutenant Carteret admirait Swift, mais évitait de le laisser intervenir dans les détails de l’administration. Il ne voulut pas le nommer « trustee » i de la manufacture de toile, ou même Juge de Paix : — « Je suis sûr, monsieur le Doyen, lui dit Carteret, que vous méprisez ces plumes (feathers) et ne voudriez pas les accepter. — Non, monseigneur, répondit Swift, je ne ÿ les méprise pas; car je pourrais rendre service au public dans ces deux emplois; mais comme je ne voudrais pas me laisser gouverner par Votre Excellence, ni faire la besogne administrative, ni souffrir les abus, je sais que l vous ne me permettrez pas d’agir pour le bien de cette malheureuse nation. Mais si j’étais un membre indigne À du Parlement, ou un évêque, ou si je voulais voter pour 4 la Cour et trahir mon pays, alors vous m’accorderiez à facilement ma requête. — Ce que vous dites là est litté- | ralement vrai; c’est pourquoi il faut m’excuser », dit à Carteret, qui ne manquait pas d’humour. fi | Plus l’indignation de Swift devenait douloureuse, plus À il affectait l’impassibilité du cynisme. La rigueur logique dans l’absurde avait déjà fait du Conte du Tonneau | une œuvre d’art extraordinaire et unique. Dans Gul- | À liver, le sarcasme est plus cruel, surtout vers la fin, ÿ parce que l’humour a perdu toute spontanéité. Le sou- % f rire a disparu. Il reste une imperceptible contraction de 1e la lèvre, qui indique l’ironie. Ce sang-froid devient À d’autant plus troublant que l’on sait toute la colère ii qui bouillonne en dessous. Il l’est encore ‘bien plus 4 quand cette colère est mélangée de pitié. & F4 Pour savoir combien Swift put souffrir des misères de { 1
M l’Irlande, il faut lire sa Modeste proposition. Afin d… \ venir en aide aux parents malheureux et d’enrayer les 14 ravages de la famine, il suggère l’idée d’utiliser tous les 1 enfants au-dessous d’un an comme produit alimentaire. ne La proposition est développée minutieusement, point à, nie par point, avec le plus grand sérieux, sans exagération. h ; Pas d’exclamations ironiques interrompant tout à coup : ÈS l’explication pour soulager l’auteur et le lecteur. Il ‘2 1e expose, commente et conclut. (1) Jamais déclamations it. généreuses et larmes de sympathie n’ont exprimé ni 4 soulevé tant de pitié pour l’Irlande. (2) 4 f (1) « Un Américain très expert de ma connaissance à Londres, ma M assuré qu’un petit enfant d’un an, bien portant et bien nourri, est Me un mets délicieux, nourrissant et sain, qu’il soit cuit à l’étuvée ou N: au four, rôti ou bouilli; et je ne doute pas qu’il soit égalèment bon TM en fricassée ou en ragoût. C’est pourquoi je propose humblement ‘0 au public, que sur les 120.000 enfants en question… 100.000 soient 1 mis en vente à l’âge de un an, pour les gens riches et les gens de WA qualité du Royaume. Un enfant pourra fournir deux plats à un C1 dîner d’amis ; et quand il n’y a pas d’invités le train de devant et Ai le train de derrière feront un plat raisonnable, et relevés d’un peu : 1) de poivre et de sel, seront très bons bouillis le quatrième jour, te (2) Une fois encore, il devait révolutionner Dublin pour résister ; (7 à une mesure arbitraire. Sur la proposition du primat Boulter, ÿ ‘ ‘la valeur de la monnaie d’or allait être abaissée, pour augmenter A la quantité d’argent en cours. Swift alla faire une harangue à la HU Bourse, déploya le drapeau noir en haut du clocher de Saint4 Patrick, fit sonner le tocsin et distribuer parmi le peuple des jar chansons et des satires. il apparut plus jamais ensuite dans ce k À res. PP plus jan s LAS rôle de tribun, mais il ne cessa de s’intéresser aux affaires ‘A publiques jusqu’aux derniers temps de sa vie. pa Voir les nombreuses publications de la fin de sa vie : Tableau : F0) de Pétat de l’Irlande, — Histoire d’une dame infortunée, — Lettre à ‘F2 l’Archeoëéque de Dublin à propos des Tisserands, etc. Il avait aussi HA trouvé un moyen pratique d’aider les pauvres : dès qu’il put écono- | At) 4 que d’a P 1 qu’il put écc Mr: miser 500 livres, il en constitua un premier fonds destiné à de. L15 petits prêts; l’argent devait être restitué peu à peu, chaque LE ae semaine, par sommes insignifiantes. On laccusa naturellement de 2 108 faire de l’usure. On raconte qu’un jour, un homme très pauvre .. 18 vint lui demander à emprunter un peu d’argent. Interrogé sur les 1
Le ton pessimiste de ses lettres aux amis d’Angle- l’AS terre laisse entrevoir son amertume croissante sous le poids de l’âge et des infirmités. Depuis la mort de 1 Stella, il est entré lui-même dans la « Vallée de l’Ombre hi U
et de la Mort ». Il semble n’avoir plus le courage \e
; d’aimer. La lettre suivante montre quel prix ses amis 1 attachaient à son affection et fait voir aussi l’envers de “à
son masque cynique. Venant d’Arbuthnot, elle honore Ne
« Cher ami, la dernière phrase de votre lettre metue. Ne répétez jamais cette triste et tendre parole, « que ne « vous vous efforcerez de m’oublier ». Pour moi, je suis 1 .. sûr de ne jamais pouvoir vous oublier, jusqu’au jour où je rencontrerai (ce qui est impossible) un autre homme n:
‘ dont la conversation me donne les mêmes joies que celle 1100 du docteur Swift : et cependant, ceci est la plus insigni- LL fiante des raisons pour lesquelles je devrais tenir à hi. fé : vous. Cette cordiale et sincère amitié, la candeur D simple et ouverte de votre commerce, voilà ce que je f {1
suis sûr de ne pouvoir jamais trouver chez un autre. “1 J’aurai souvent besoin d’un conseiller fidèle qui me défende par derrière et me dise mes torts en face. Je 0 garanties qu’il pouvait offrir, il répondit : « Je n’en ai pas, sauf ma ss foi däns le Rédempteur. » Swift inscrivit la garantie offerte en [Le
bonne et due forme et dit souvent que l’homme avait été le plus OS
exact de ses débiteurs. Il était si populaire dans la ville, que les : ANT
habitants auraient dû, disait-il, souscrire 40 shillings par an pour ane
Pentretenir de chapeaux, tant il avait de saluts à rendre quand il à ST
On croyait en lui avec une sorte de gravité religieuse ; une ‘100
éclipse ayant été annoncée, mais le temps n’ayant pas permis de û 1
la voir, il s’amusa à faire dire que « l’éclipse avait été remise par Ï de nt
ordre du Doyen de Saint-Patrick », et nul parmi les bonnes gens ; ui
ne douta que ce ne fût vrai. Ë D 6
ï prends Dieu à témoin que j’écris ceci les larmes aux 1”
! Il était maintenant en désaccord total avec son temps à
_ et surveillait de loin les progrès de la corruption dans
ÿ la société politique, sans pouvoir partager le mépris 1
n calme de ses amis. Il n’était pas de ces modérés qui se :
‘4 résignent à ce qu’ils ne peuvent empêcher. Des mots 14
fi amers lui échappent à l’égard des hommes qu’il estime
( le plus au monde et l’on ne sait s’il aurait osé risquer | » une nouvelle visite à Londres, même si le misérable
14 état de sa santé le lui avait permis, tant il craignait
1] évidemment de ne plus se trouver en parfaite harmonie {
2 avec eux. À Pulteney, qu’il appelait le « dernier des x F Bretons », il dit en parlant de Pope et de Bolingbroke : U
Fe « Quant à nos amis de Twickenham et de Dawley, je 1 leur ai dit franchement qu’ils étaient trop spéculatifs et
A trop tempérés pour que j’accepte leur invitation, et À
à infiniment trop philosophiques. » Dans la même lettre il 6
1 dit également : « Je suis aussi las de ce monde que je
18 jamais tout à fait tranquille. Je vis parmi une nation
4 d’esclaves, qui se vendent pour rien. Mes revenus, bien
1 que diminués de moitié, suffisent à m’entretenir assez
‘1 (:) Voir aussi cette lettre de Pope au comte dO. 1756. Elle a
4 moins de charme que celle d’Arbuthnot ; mais sous une forme
He. plus apprêtée, elle exprime évidemment avec sincérité les senti- 1 444 ments de Pope :
F4 « Ma sincère amitié pour cet homme estimable je es
à incomparable, l’accompagnera toute sa vie et sera fidèle à sa j +74 mémoire, quand je devrais vivre cent vies, c’est-à-dire aussi long-
<1h temps que vivront ses œuvres si complètement originales et sans
FL: rivales. Son humanité, sa charité, sa condescendance, sa sincérité, al, sont égales à son esprit; et pour les estimer il faut un goût aussi f __ sûr et aussi délicat… » p,
4 honorablement, et j’ai ‘quelques amis de grande valeur, sn k
qui lorsque nous nous visitons mutuellement, sont d’ac- ï
cord avec moi pour exprimer notre haine absolue de ‘ L
‘ tout ce qui se fait ici et là-bas. »
| La mort d’Arbuthnot et celle de Gay furent pour lui 1
deux coups très cruels. Jamais les amitiés qu’il forma 4
en Irlande ne remplacèrent ces amis de la première pl
| heure. Lady Masham, Lord Peterborough, disparurent À
aussi. Bolingbroke, écœuré, finit par se retirer en
France. Pope, affaibli par la maladie, cessa presque ñ
d’écrire. Swift gardait cependant autour de lui un petit à cercle de familiers, parmi lesquels Delany et Sheridan Û î étäient les plus privilégiés. Mais après avoir vécu à Londres avec les hommes les plus brillants de son temps, l’A il dominait ceux-ci de toute la hauteur de son génie, et N£ les progrès de l’âge et de la misanthropie aidant, il We les forçait trop souvent à jouer auprès de lui le rôle de 4 He complaisants. (1) Sa dignité n’y gagnaït pas plus que la ‘À | Comme au temps où Stella vivait, les divertissements pe littéraires (impromptus, vers badins…, etc.) occupaient À À les loisirs du petit cercle de Swift. Son humour intaris- | d sable résistait encore à la misanthropie et se jouait de À | tout, des gens et des choses, dans ces pièces légères. ‘4% Quelques-unes portent les traces de la: morbidité qui L s’accentuait chez lui sous l’influence de la maladie. Il à %
(1) Voir par exemple les récits qui représentent Swift se diver- d (l tissant à poursuivre les Grattans, un fouet à la main, du haut en Fa bas du Doyenné, — sous prétexte de prendre de l’exercice. Ses 1 0
amis se prêtaient aux caprices les plus fantasques de son humeur,
et s’ils voulaient parfois s’y soustraire, provoquaient chez lui de #
vrais accès de fureur. En
83 4
| s’attarde avec une insistance pénible sur les détails ue _ répugnants et l’on reconnaît trop bien le créateur du mn « Yahoo » dans l’auteur du Cabinet de toilette d’une dame, de Cassina et Peter ou de Chloé. RL: ‘#4 D’autres pièces sont au contraire de petits chefs- El 4 d’œuvre de fine ironie, de badinage facile et élégant. A “40 Gosford, où il passa près d’un an chez ses amis 44 “0 Acheson, il rimait tous les menus faits de la vie quoti- ‘ta __ dienne. Il se plaisait dans ce milieu cultivé, très fami- (A _ lial. Mais là encore, de brusques accès de désespoir le 118 NOR LA séparaient tout à coup de ses amis et le confinaient . 1 dans sa chambre pendant des jours. Le mauvais esprit RENE. pan conjuré, il reprenait sa place parmi les vivants. * pi ‘
Il combattait avec une angoisse toujours plus aiguë les progrès de son mal et prévoyait l’issue avec une 4 clairvoyance atroce. Sa mémoire vacillait par instants, je mais ses facultés restaient absolument intactes. Les T’Y vers sur « sa propre mort », écrits vers 1735, sont pour ei ainsi dire son testament moral et prouvent qu’il n’avait M rien perdu de sa vigueur intellectuelle et de sa puis- à Il était plus seul que jamais. Delany avait rompu “à | avec lui. Sheridan lui-même était mort peu de temps di } après s’être éloigné de lui, rebuté par son humeur ss tyrannique et par trop inégale. Il était devenu tellement A irritable qu’un mot imprudent le jetait parfois dans des 1 accès de colère terribles. dé | Durant les années 1738-1739, il s’efforce encore déses- 168 pérément de tenir le mal en respect. Le régime violent ps qu’il s’obstinait à suivre, l’épuisait sans éalmer sa 1 souffrance. Il était devenu d’une maigreur de squelette. Le? A la fin, n’osant plus sortir, il parcourait sa maison de À xp (1) Vers la même époque, peut-être, il établissait la liste trouvée il plus tard dans ses papiers, où il divisait ses amis en « reconEn naissants, ingrats, indifférents et douteux ». J 4
, haut en bas, ou marchait dans sa chambre pendant 2 1 des heures. IL souhaïtait mourir et sans doute ne | se reconnaissait pas le droit de se tuer. Mais il dit s un jour, quand une glace tomba juste à l’endroit qu’il
venait de quitter : « Je voudrais qu’elle fût tombée | d sur moi. » | La conversation avait toujours été sa distraction | à favorite et restait, même au cours de cette agonie, son ù plaisir unique. Une lettre de Mr. Deane Swift à Lord ; Orrery, dit qu’en Août et Septembre 1739, il pouvait à encore causer avec un étranger, pourvu qu’un ami fût ; 4 là pour l’aider quand sa mémoire défaillait : il deman- 2 à dait alors d’un air détaché : « Qu’allais-je donc dire? » f et « rassemblait ses idées au moindre mot ». Mais il ! avait clairement conscience de son état, car il écrivait: 1 f « Je ne suis depuis bien des mois que l’ombre, de D x: J’ombre.. du docteur Swift. » | ù Son état le rendait très défiant, mais le livrait sans d ; défense aux entreprises des intrigants. Un nommé Wil- ; son qui manœuvrait pour se faire nommer « Sub Dean », $ réussit à s’établir au doyenné; il employa même, dit-on, Er l’intimidation et la violence personnelle contre Swift. 4 On put enfin chasser l’intrus. Mrs. Whiteway, sa cou4 sine, la fille de son oncle Adam Swift, et Mr. Deane ÿ Swift, fils de Mrs. Whiteway, furent ses derniers amis | 4 et les spectateurs attristés de son déclin. Grâce à eux, É une certaine décence accompagna sa fin. Mrs. Whiteway jt lempêchait de tomber sous la tutelle de ses domes1 tiques et surveillait sa maison. à La surdité qui avait augmenté l’isolait d’une façon [T À | cruelle et les accès de vertige revenaient maintenant à ;
Il sombre, en 1740, après une agonie dont sa dernière | ; lettre porte les traces. Il écrit à Mrs. Whiteway : FA
M « J’ai été très misérable toute la nuit, et aujourd’hui il je suis très sourd et je souffre horriblement. Je suis Hs dans un tel état de stupeur et d’hébétude que je ne puis à
| rendre ma misère physique et morale. Tout ce que je 4
puis dire, c’est que ce n’est pas encore la torture, mais ‘
| que je l’attends chaque jour et à chaque instant. Dites- ND
moi, je vous prie, comment vous allez et comment vont
_ tous les vôtres. — C’est à peine si je comprends un mot Lg de ce que j’écris en ce moment. Mes jours sont comptés, HA
j’en suis sûr…ils sont comptés et ils seront misérables. f:
« Je suis, pour ces quelques jours, tout à vous, ,
« Si je ne me trompe, c’est aujourd’hui samedi, à
« Si je vis jusqu’à Lundi, j’espère vous voir, peut- ù
. être pour la dernière fois. » h | Il perdit bientôt tout à fait la mémoire et ses meilleurs pu amis durent renoncer à l’approcher. Mrs. Whiteway, ( \ n’osant plus se montrer à lui, l”observait en secret lors- 14 ï qu’il marchaït sans trêve de long en large dans sa À à chambre. Cette agitation de fauve durait parfois dix à heures. Il fallait le laisser seul pour qu’il consentit à i | mänger. Il ne parlait plus. En Mars 1742, on confia sa ‘3 fortune à des « trustees » et sa personne aux soins ; | dévoués du docteur Lyons. En Septembre, il lui vint une : h tumeur sur l’œil. La torture fut telle que pendant plu- 4 sieurs semaines on dut veiller sur lui jour et nuit et qu’il ; fallut par moments cinq hommes pour l’empêcher de à
j s’arracher l’œil. * à
pu Puis ce fut l’apathie. Il ne souffrait plus et quittaità 4 peine son fauteuil. Il végéta paisiblement ainsi pendant il trois ans; son embonpoint revint, ses rides s’effacèrent, à F5 et sous ses cheveux d’un blanc de neige, son visage, dit À pr Mrs.Whiteway, prit une expression douce et enfantine. il À Quelques mots lui échappaient de temps en temps, « une 1 1148 ou deux fois par semaine ». Ayant un jour vainement HA essayé de dire quelque chose, il ajouta : « Je suis un +4 Du imbécile. » On le vit aussi se contempler dans la glace ‘4 _ avec pitié, puis dire : « Pauvre vieux! » — Et comme A “à on enlevait un couteau qui se trouvait à sa portée, il if murmura en secouant la tête : « Je suis ce que je suis! » 4 un? Peut-être la raison vivait-elle encore en lui; peut-être ‘4 À ce farouche esprit de résistance qui l’avait animé toute 1 At. sa vie, enfin, s’avouait-il vaincu. ” De Il ne connut le grand repos définitif que trois ans plus “ el tard. Après trente-six heures de convulsions, il s’éteignit 244 sans souffrances le 19 Octobre 1745. Il consacrait toute 21 sa fortune à bâtir un hôpital de fous. #
Épitaphe rédigée par Swift. Dans son | : des instructions pour que les mots LR M ci-dessous soïent inscrits sur sa tombe, Aute ; sur une table de marbre noir « en “Abe 65 : , ment et bien dorés ». FR
F rected with notes by Thomas Sheridan. : NE
| The works of Jonathan Swift, with notes and life of-the ‘4
l The prose works and letters, edited by T. Scott. — 1897. ‘ri
English Humourists, by Thackeray. de
La vie et les œuvres du Dr. Swift, par Prévost-Paradol. ne
Œuvres de Swift f’ 4
| 210
| Consequences they had upon both those States. qe : 14 | A short Character of his Excellency Thomas, Earl of DL à 4
nt The Conduct of the Allies; and of the late Ministry, in be- TA PA 16 ginning and carrying on the present War. — 19124 “0 Some Remarks on the Barrier Treaty between Her Majesty
Et: seven Lords of the Committee appointed to examine
| 4 K Lord Bishop of Saint-Asaph, in the Name of the Kitcat |
#1 - A Preface to the Bishop of Sarum”s Introduction to the third
4 Ke L The public Spirit of the Whigs, set forth in their generous |
4 de Observations on the Seasonableness, Candour, Erudition
ne A Letter from the facetious Dr. Andrew Tripe, at Bath, tothe.
Le The History of the four last Years of the Queen (first prin210 ted in 1758). À } à à
#0 Some free Thoughts upon the present State of Affairs. — 1714. à
‘à A Proposal for the universal Use of Irish Manufactures. Vie h É
à An Essay on English Bubbles. Me
#, The Story of the injured Lady, written by herself, inaLet.
: A on that all the Ladies and Women of Ireland l 1
On giving Badges to the Poor… etc. j 15
On the Causes of the wretched Condition of Ireland. : Un è
Thoughts on Religion. ké
| Further Thoughts on Religion. | ‘ à
Î Tracts on the Test Act. ii
‘5 An Essay on modern Education. $ # D: Hints toward an Essay on Conversation. 1 A Letter to a very young Lady on her Marriage. #4 On the Death of Mrs. Johnson. (Stella.) _ Bons mots de Stella. : ni * Three Prayers used by the Dean for Mrs. J. in her last ‘10 several Ships. In four parts : L A Voyage to Lilliputs : 81 IL. A Voyage to Brobdingnag; II. A Voyage to Laputa, ue Remarks on Lord Clarendon’s History of the Rebellion. W si A Short Remarks on Bishop Burnet’s History, etc. PAPE ‘ai
Poems and Ballads on Wood… ete. \ ‘03
| Mrs. Frances Harris’s Petition. “AN \ * A Ballad on the Game of Traffic. “ l The Discovery. à ‘ L On the Death of Dr. Swift (written Nov. 1731) 10 Ni Verses written during Lord Carteret’s administration of HA j Verses on Stella’s Birth-days.. etc. Pi. “à Nous avons donné le bon à tirer après corrections 100 pour deux mille exemplaires de ce treizième cahier 4
À et pour treize exemplaires sur whatman le mardi ‘0
‘14 Ce cahier a été composé et tiré par des ouvriers syndiqués 1 ni ïl À Suresnes. — Imprimerie ERNEST PAYEN, 13, rue Pierre-Dupont. — 1605 ke Fat
41248 1 548
Il a été tiré de ce cahier treize exemplaires sur 0 whatman ainsi distribués : Le premier exemplaire de souche, exemplaire du gérant; nil 1 É deuxième exemplaire de souche, exemplaire de l’ad- es troisième exemplaire de souche, exemplaire de Pimprimeur ; (13510 ‘ dix exemplaires d’abonnement, numérotés de 1 à 10 à n
Tous nos exemplaires sur whatman sont numérotés 14 à la presse et imprimés au nom du souscripteur; nos tirages d’exemplaires sur whatman sont rigoureuse- ÿ Fi _ stant souscrits; nous ne vendons point d’exemplaires hi sur whatman en dehors de l’abonnement; l’abonnement « 11 sur whatman à cette huitième série est de cent francs ‘3 pour tous pays. de à RL Les Cahiers de la Quinzaine sont composés à la main, en caractères fin dix-huitième siècle (Didot) de la fon- {4 derie Mayeur (Allainguillaume et compagnie succes- d. is _seurs) 21, rue du Montparnasse, à Paris, sixième 1
| rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. ‘a
Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men- 4
suelles régulières et par des souscriptions extraordi- k
| naires ; la souscription ne confère aucune autorité sur |
la rédaction ni sur l’administration ; ces fonctions N
| Nos Cahiers paraissent par séries; une série paraît dans le temps d’une année scolaire, d’une année
| ouvrière, d’octobre-novembre à juin-juillet ; l’abonne- 6
ment se prend pour une série. À
| On peut souscrire cet abonnement à tout moment de 0
l’année, mais l’abonnement ainsi souscrit est, de droit, <ie
valable pour la série en cours. ï
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pendant le cours de cette série : A
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Abonnement sur whatman… cent francs pour tous pays
D. Les exemplaires sur whatman, tirage non réimposé, q
î sont numérotés à la presse et imprimés au nom du ‘jà
souscripteur ; le tirage à part sur whatman a commencé #1
de fonctionner au premier janvier 1906 ; les inscrip- #3
| tions pour cet abonnement particulier sont reçues en / %
tout temps et reçoivent un numéro d’ordre déterminé is
automatiquement par le rang même qu’elles occupent 14
dans l’ordre de l’arrivée, les numéros les plus bas venant ï
0 naturellement aux premières inscriptions; c’est ce nu- \ « méro d’inscription qui devient automatiquement le k
numéro du tirage réservé à chacun des souscripteurs ; “
Es l’édition sur whatman est strictement limitée au us
© Pour tout changement d’adresse envoyer soixante
| centimes, six timbres de dix centimes. ÿ !
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_ de l’abonnement recommandé sont empaquetés à part et Ë
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mandation, pour tous pays, en sus, cinq francs. &
Automatiquement et sans augmentation de prix les Ÿ
\ exemplaires sur whatman sont tous recommandés et . ê
envoyés aux souscripteurs dans des enveloppes-sacs. 4
L’abonnement ordinaire cesse de fonctionner pour “410
chaque série au plus tard le 31 décembre qui suit k
l’achèvement de cette série ; ainsi jusqu’au 31 décembre F0
À 1906 on pouvait encore avoir pour vingt francs les dix- ‘a
neuf cahiers de la septième série complète. d
A partir du premier janvier qui suit l’achèvement 19
d’une série, le prix de cette série est porté au moins A:
au total des prix marqués; ainsi depuis le premier 4 À
janvier 1907 la septième série complète se vend quarante- (A