Polonais et Prussiens
= Pour savoir ce que sont les Cahiers de la Quinzaine, il suffit d’envoyer un mandat de trois francs cinquante Li à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, LA : 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième js T4 x | arrondissement. On recevra en spécimens six cahiers r | _ cinquième ou de la sixième série. ‘1 Pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières séries des cahiers, 1900-1904, envoyer un mandat de | _ cinq francs à M. André Bourgeois, même adresse; on s À recevra en retour le catalogue analytique sommaire, “4 1900-1904, de nos cinq premières séries, premier cahier “4 de la sixième série, un très fort cahier de XII+408 Fe | pages très denses, in-18 grand jésus, marqué cinq francs. qe _ Pour s’abonner à la huitième série des cahiers, qui . ns. * _ est la série en cours, envoyer en un mandat à M. André 113) | Bourgeois, même adresse, le prix de l’abonnement; on | recevra les cahiers parus, et de quinzaine en quinzaine, S pe _ à leur date, les cahiers à paraître de cette huitième 264 Voir à l’intérieur en fin de ce cahier les conditions 34 Ve 7 Nous mettons le présent cahier dans le commerce; 8 | treizième cahier de la huitième série; un cahier vert _ de 108 pages; in-18 grand jésus; nous le vendons 1:74
Polonais et Prussien: 4e paraissant seize fois par an
:-.8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée
hi Nous avons publié dans nos éditions antérieures ei 1 F fl * dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un Si ‘rs de grand nombre de documents, de textes formant dos- à 4 si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles, } à romans, drames, dialogues, poèmes et contes; — un Le ny si grand nombre de cahiers d’histoire et de philo- 1 : LE sophie; et ces documents, renseignements, textes, We ie dossiers et commentaires, ces cahiers de lettres, ji ‘1 d’histoire et de philosophie étaient si considérables à 4 4 que nous ne pouvons pas songer à en donner ii sf l’énoncé méme le plus succinct; pour savoir ce qui a 4 38 is paru dans les cinq premières séries des cahiers, il *) 1 suffit d’envoyer un mandat de cinq francs à M. André ; 4 “æ Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sor- il D. bonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondisse- 4 ss “ ment; on recevra en retour le catalogue analytique “7 1 ; sommaire, 1900-1904, de nos cinq premières séries. 4 Fi pen Ce catalogue a été justement établi pour donner, 5 f: L k : _ autant qu’il se pouvait, une image en bref, un raccourci, d T4 une idée, abrégée, mais complète, de nos éditions anté- AP i ni rieures et de nos cinq premières séries ; tout y est classé ‘20 4 _ dans l’ordre ; il suffit de le lire pour trouver, à leur Ce D: place, les références demandées. 3 HR: Ce catalogue, in-18 grand jésus, forme un cahier K We 10 très épais de XII+408 pages très denses, marqué cinq
francs; ce cahier comptait comme premier cahier de la Rate. 3 sixième série et nos abonnés l’ont reçu à sa date, le Fc 2 octobre 1904, comme premier cahier de la sixième r NIAIE } série; toute personne qui jusqu’au 31 décembre 1905 28 3 s’abonnait rétrospectivement à la sixième série le rece- À Ke } vait, par le fait même de son abonnement, en tête de la ‘4 ÿ série; nous l’envoyons contre un mandat de cinq francs Eu: 4 à toute personne qui nous en fait la demande. NE à Pour la septième série, année ouvrière 1905-1906, et 2 À en attendant que paraisse le catalogue analytique som- RE À maire de nos deuxièmes cinq séries, 1904-1909, on 1208 peut consulter, — provisoirement, — la petite table ; 1 L # analytique très sommaire que nous en avons établie et ‘y \ que nous avons publiée en fin du premier cahier de la : 3488
Pour amorcer tout travail que l’on aurait à commencer DU: ù dans notre premier catalogue analytique sommaire, con- Ye “ sulter le petit index alphabétique provisoire que nous Que avons établi automatiquement de ce catalogue analy- 1108 tique sommaire dans l’index total de nos éditions anté- “5h
( rieures et de nos sept premières séries, même premier AN: cahier de la huitième série. 1e
À Polonais et Prussi 4 4 OlOnaIS et Prussiens ‘es
00 aux Cahiers de la Quinzaine VE he L * Le présent petit index donne automati- - AMIE <0 quement pour tout volume et pour tout ji ” . a) le numéro d’ordre de ce cahier dans st FU le classement général de nos collections :1H4 NUE. complètes, le numéro d’ordre de la série He DA: É capitales de romain et le numéro d’ordre VA en du cahier lui-même, dans la série ainsi Lo pt déterminée, en chiffres arabes, de sorte 40 He / que V-r7 par exemple doit évidemment se Ja : SER lire dix-septième cahier de la cinquième : : YO 118 faut, la date du fini d’imprimer, ou, à son 4 +1 ; 00 défaut, la date du cahier même; DU, % d) quand il ÿ a lieu, c’est-à-dire pour nos eu 5 LU éditions antérieures et pour nos cinq pre- à pi 42 mières séries, la page du catalogue ana- 1 ec à ar Edmond Bernus, — La Russie oue de la Vistule, — histoire de | — — Polonais et Prussiens, — de la résistance du , : 4 peuple polonais aux exactions de la germanisation prus- dE à _ peuple polonais aux exactions de la germanisation prus- AU
‘ou _ Il a été tiré du présent cahier treize exemplaires ‘ 7 sur whatman ainsi distribués : 1 “Ti premier exemplaire de souche, exemplaire du gérant; #4 Die deuxième exemplaire de souche, exemplaire de lad- … Hit. troisième exemplaire de souche, exemplaire de l’im- (à 1 dix exemplaires d’abonnement, numérotés de 1 à 10 1 #10 Tous nos exemplaires sur whatman sont numérotés ji 0 à la presse et imprimés au nom du souscripteur ; nos 4 4 tirages d’exemplaires sur whatman sont rigoureuse- 4 ‘A stant souscrits; nous ne vendons point d’exemplaires He ‘$i { sur whatman en dehors de l’abonnement; l’abonnement _ VUE) sur whatman à cette huitième série est de cent francs ‘+330 pour tous pays. À Do. Les Cahiers de la Quinzaine sont composés à la main, Le 58 en caractères fin dix-huitième sièclé (Didot) de la for- #4 derie Mayeur (Allainguillaume et compagnie succes _ seurs) 21, rue du Montparnasse, à Paris, sixième 141
er hommage d’amitié à la mémoire de Gustave Canton WWW 3 Bernus et Péguy LV
14 . Note du gérant. — De ce petit index ül résulte que ’ ‘11e le présent travail de Bernus paraît en trois cahiers. Fe. 11508 peut le voir ici dans le troisième de ces cahiers, ces trois 10 ni. cahiers sont paginés en une seule suite. Un des princi- ï jy 1 paux avantages de cette méthode est de simplifier les 1h À 358 citations. Un auteur dès lors qui veut citer du Bernus “ à point.à indiquer le cahier, qui résulte automatiquement 1148 Le présent travail ne peut évidemment se conclure +4 4 que sur la situation présente. Le moment n’est pas venu, va m’écrit l’auteur, de faire l’historique de la grève sco02 laire, vu qu’elle n’est pas finie. D’autres cahiers, dans ke u d’autres séries, mettront cet historique au point, à qui mesure que se développerdnt les événements qui en JA 110 forment la matière. — Charles Péguy LE COM
. Venons-en maintenant au centre du combat, c’est-à- ni dire à l’attaque et à la défense de la langue polonaise. 4 W Cest là, les deux partis en sont parfaitement conscients, 0 IN qu’est le point vital. Les Allemands veulent germaniser li M la population slave. Mais qu’est-ce qu’on entend par Fa « germanisation »? S’agit-il seulement d’inculquer aux NT habitants de l’Est des sentiments de loyalisme envers IE l’État prussien, de gratitude et d’admiration pour la :10
- culture allemande? A en croire les déclarations ofli- 15 cielles, on pourrait le penser, et quelques Allemands Ti | naïfs le pensent en effet. Pourtant il n’en est rien. Ce ‘ia | loyalisme, certes, on l’exige. Mais quelles seront les | garanties de cette soumission ou de cet abandon de 40 tout rêve d’avenir national? Les Allemands savent fort bien que tant que les Polonais parleront leur idiome, : ‘à à ils conserveront une âme polonaise. Aussi ce que l’on D: veut, c’est extirper l’usage du polonais, pour y substituer | 41800 l’allemand. Et comme il s’agit en définitive d’arracher ‘0 4 tue sa personnalité, comme une pareille opération est : 10
4 ‘Adi de la résistance du peuple polonais ! laide, odieusement brutale, vraiment révoltante, on : 1 n’ose l’avouer. Voilà pourquoi le gouvernement déclare 14 ‘4 sans cesse qu’il n’a aucunement l’intention d’empêcher po les Polonais de parler leur idiome chez eux, comme
De langue privée. Mais en même temps il prend des me-
4 sures destinées à extirper cette langue étrangère. Le
A 4 programme est simple : d’abord forcer les Polonais à
; apprendre et à savoir l’allemand, reléguer la langue
;. slave dans la vie privée, puis en restreindre peu à peu
4 l’emploi, jusqu’à ce qu’elle disparaisse du sol germa-
‘4 ; nique. Et alors, en vérité, il n’y aura plus de question
et polonaise. Car il ne faut pas s’y tromper, ici les condi-
4 2 tions sont très différentes de ce qu’elles sont en Irlande.
154 Les Irlandais n’ont pas perdu leur nationalité en per-
4 dant l’usage de leur langue celtique et en adoptant
8 celle de leurs conquérants. L’Irlande est une île; elle nt forme un tout à part. La question agraire comme la $ °} 4 question religieuse suffisent à préserver l’Irlande d’une FA Le assimilation complète avec l’Angleterre. En Allemagne, 4 il y a trop de catholiques pour que ia question reli-
| gieuse, malgré son importance, soit une sauvegarde
‘4 suffisante pour le caractère national. C’est la langue ’. qui unit les Polonais, elle seule maintient l’unité du F °%4 grand corps déchiqueté. Elle reste une protestation 0 vivante ; elle est l’espoir et l’avenir, comme elle est le
0 passé. Quelle que soit l’importance de la lutte politique,
‘4 de la question économique, des coutumes et traditions
ne ethniques, ce ne sont que des détails en comparaison | : 108 de la question linguistique. Le boulevard du polonisme, ‘ D. c’est la langue polonaise. ; F Actuellement Delbrück est seul à défendre un point k ii # : de vue qui nous paraît quelque peu illogique. A son :
l avis, il y a un avantage énorme à posséder les deux ‘4 langues, et comme ce sont surtout les classes cultivées 0 ï polonaises qui sont bilingues, il serait utile de leur 4 enlever ce privilège. Loin de forcer les allogènes à ‘108 apprendre l’allemand, il faudrait au contraire apprendre is le polonais aux Allemands, qui seraient alors beau- ù it à coup mieux armés pour la lutte économique. Cette ar- 4 10 gumentation porte à faux. La réalité est brutale : où 10 bien les Polonais conserveront leur langue, et alors ils 11 ne seront pas germanisés; ou bien ils parleront alle- “50 mand, et alors ils perdront leur nationalité. C’est en “48 effet sur ce terrain que le combat se livre. ï ne Les vrais hakatistes sont logiques, lorsqu’ils refusent 10 de se servir du polonais en quoi que ce soit; pour eux, “2 pi apprendre la langue des ennemis, c’est déjà une sorte 5:14
- de trahison. Les commerçants polonais qui ne veulent pont pas parler allemand doivent être inexorablement boy- ji : 4 cotiés. Pour cette croisade, il faut embrigader jusqu’aux 8 enfants : « Le marchand, à qui vous achetez quelque ‘À ‘à chose, doit vous répondre en allemand; sans quoi vous ‘0 è devez simplement sortir du magasin. Et alors, il faut 0 prier vos parents de ne plus jamais vous envoyer là-bas, 56 ” mais de ne vous faire faire des emplettes que là où l’on ‘40 vous parlera allemand. » (1) Ni (à Dans la même brochure, destinée à entraîner les 1108 petits Allemands dans l’âäpreté de la lutte nationale, on à Fi | les avertit de ne jamais se permettre un seul mot polo pais en jouant avec leurs camarades slaves : « Tout 10 enfant allemand qui prononce quelques mots polonais 10 à PME L qu don Deutsche. Ein Mahnwort an die 1
de la résistance du peuple polonais
devrait toujours penser : Maintenant une petite partie ‘A
se de moi-même, c’est-à-dire une petite partie de l’Alle- f. à magne, est conquise par les Polonais. » (1) { k | C’est d’une logique à la Bismarck, mais d’une morale ù k singulièrement anti-kantienne, lorsqu’on explique à la | JA jeunesse scolaire qu’elle n’a pas à se demander si sa n hi patrie a raison ou tort, mais à appliquer le principe
à « right or wring, my country ». (2) Ces conseils prennent 1 ; parfois un ton doucereux et patelin, qui écœure quelque fi peu le lecteur non prévenu. Il s’agit d’apprendre l’alle- 1 ta mand aux enfants polonais, et cela gratuitement. J hi « Cela n’est pas cruel, cela est gentil de notre part. » (3) | les petits Polonais jouer avec vous, mais qu’il n’y ait à | ñ jamais plus de Polonais que d’Allemands participant au | de jeu; soyez gentils avec eux…, mais ne leur dites jamais y À. un mot en polonais. » (4) : | 4h On trouve des commerçants allemands qui refusent É de livrer des marchandises à des clients dont les com- J à mandes sont écrites en polonais, (5) Mais cet héroïsme : | 3 ; est rare, il est inutile de le dire. Lorsqu’il s’agit de % { gagner de l’argent, les Allemands ne poussent pas le A sacrifice très loin. Non seulement ils emploient des | “I commis sachant le polonais, mais beaucoup d’entre eux ; È D: font bel et bien insérer des réclames en polonais dans
‘4 les journaux de la région. Il est vrai qu’ils s’exposent
#1 ï a alors à faire publier leurs noms par l’Ostmarkenverein
10 et à perdre la clientèle des germanisateurs de stricte ï ÿ observance. Comme les Polonais de leur côté sont très 2 À sévères pour ceux d’entre eux qui font des concessions j | sur le terrain linguistique, on peut facilement s’imaginer s ÿ
quelles sont les difficultés du commerce dans les pro- à
vinces orientales. sa
Le gouvernement prussien compte sur l’armée et sur ja
l’école pour apprendre l’allemand aux Polonais. Les ji soldats posnaniens font leur service loin de chez eux, 1
en pays absolument germain. Ils apprennent évidem- ni ment l’allemand; mais une fois rentrés chez eux, ils Al l’oublient. (1) On a bien songé à imposer une troisième ; 18
année de service à tous les soldats polonais, danois ou 4 lorrains, qui n’auraient pas appris convenablement 1 l’allemand après les deux ans passés au régiment. (2) 1
Cette mesure ne sera pas appliquée parce qu’elle soulè- 10
verait trop de protestations et parce qu’en outre elle 11
serait inutile, Il ne s’agit pas seulement d’apprendre ‘ h l’allemand, il s’agit de faire désapprendre le polonais. je
Pour cela, il faut de bonne heure inculquer l’allemand 18
à la jeunesse, C’est dans l’école surtout que le gouver- ! 23 é
| némenñt a mis son espoir. 4 La première mesure à prendre, c’était naturellement Le d’empêcher toute concurrence avec les établissements 4
de l’État. À cet égard, la législation est si draconienne, 0
qu’il n’est guère possible aux Polonais de lutter sur ce 1) terrain. La loi scolaire du 11 mars 1872 met les écoles 4
(1) Le même fait se produit chez nous, en Bretagne. N’est-il pas NO
fréquent de trouver des Bretons qui; malgré trois ans de caserne, (2 no:
ne parlent qu’un mauvais français ? (y
(2) Voyez Temps, 22 juin 1904, rubrique « Alsace-Lorraine ». At
c privées sous la surveillance de l’État; (1) or celui-ci “As k s’arrange pour ne pas les tolérer dans les provinces de nn
Les professeurs libres ont du reste besoin d’une auto-
ï risation gouvernementale, qui doit être renouvelée F
ù chaque année. (2) Les leçons particulières sont pour
4 ainsi dire rendues impossibles. Le décret du 10 juin 1834 1
He ne soumet l’enseignement privé à l’autorisation préalable
j, * que lorsqu’il constitue un métier, c’est-à-dire lorsque 4
#7 Li les maîtres en vivent. Mais nous avons déjà vu que le À
__ gouvernement prussien ne se gêne guère pour inter- A
( 14 préter les textes à sa façon. Il a interdit aux dames de
‘e Posen de donner des leçons gratuites de polonais. Inter- ï
ne i pellé à ce sujet à la chambre des députés (7 mars 1900), ‘|
#4 le ministre de l’instruction publique, M. Studt, déclara 1 |
: nl crânement qu’il était nécessaire d’assimiler les leçons |
Ft particulières gratuites à un métier, parce que sans cela h)
a * « elles pousseraient comme des champignons ».
ne La concurrence étant ainsi écartée, il n’y a qu’à faire à
‘2 de chaque école publique un petit centre de germani- |
‘a sation. Depuis le. Kulturkampf, le gouvernement se É
- trouve bien armé. La loi du 11 mars 1872, une des fa- ; d iF1R meuses loi de Falk, annulant le règlement scolaire du ch 11 décembre 1845, enleva l’inspection au clergé. (3)
1:10 Celui-ci n’a plus que le droit de s’occuper de l’instruc- ‘tion religieuse, et même dans ce domaine restreint, il
‘4 est sous la surveillance étroite de l’État. (4) IL va sans |
Eu. (1) Pour la législation sur cette matière, voyez E. von Bremen :
l’AS Die preussische Volksschule : Gesetze und Verordnungen. Stuttgart
% (2) Id., pages 730 et suivantes. ÿ
ON 6) Id., pages 188 et suivantes. 4
hr | dire qu’aucun membre d’une congrégation religieusene 0 Fi | peut enseigner dans une école publique. (1) ‘0 . Par la loi du 15 juillet 1886, le gouvernement tient les VAR instituteurs dans sa main. Il a seul le droit de nomina- “0 tion en Posnanie et en Prusse Occidentale; (2) de plus, 4 les maîtres et maîtresses primaires sont assimilés aux Ù di | fonctionnaires politiques, c’est-à-dire qu’on peut les dé- he placer « pour raisons de service ». Cette loi, véritable 4 loi d’exception, vise les Polonais, car non seulement ‘1 elle n’est applicable qu’à la Posnanie et à la Prusse | ‘5 Occidentale, mais les cercles allemands de Deutsch- Fi Krone, Marienburg, Rosenberg et Elbing restent en 4 1% | dehors ‘de son ressort. Déjà plusieurs professeurs de Re l’enseignement secondaire ont été envoyés dans l’Ouest, % Ê parce qu’ils étaient d’origine polonaise. Il en a été de. : | 118 même pour quelques centaines d’instituteurs. Plus que F ni } tous les autres fonctionnaires, les maîtres primaires 11 sont étroitement surveillés. En 1902, un jeune maître 10 catholique, mais allemand, enseignant dans une école 115 du district de Danzig, fut suspendu, parce qu’il s’était D entretenu en polonais avec quelques paysans, qui ne f M | parlaient pas bien l’allemand. (3) 1 14 ; Tout instituteur doit, lors de sa nomination, prêter 1 serment de fidélité au roi. (4) : ‘4 | Et cependant, malgré tout cet arsenal de lois et de pu. décrets, les résultats ne sont pas brillants. Il faut bien « 10 se contenter de maîtres polonais, parce qu’on ne trouve Fe Au (&) Décret du 6 octobre 1873. Voyez E. von Bremen : Ouvrage LATE : cité, pages 369 et suivantes. ie 4 à
Na pas assez d’instituteurs allemands pour les remplacer; … ‘4 car il ne faut pas oublier que la plupart des écoles sont ht ÿ confessionnelles et que pour les écoles catholiques il 1 il faut des maîtres catholiques. Il y a pénurie d’instituteurs, }. À et cela à tel point que l’examen pour l’enseignement à Vi primaire est extrêmement facile. D’après l”Ostmark, (1) k KG 75 oJo des instituteurs polonais ne savent pas parler À 11Ë correctement l’allemand. Pour remédier à cette situation, \ M le gouvernement a créé en 1904 de nouvelles écoles ; “A normales dans la province de Posen, et cherché à y À ï, ï attirer des jeunes gens de Westphalie et du pays rhénan À ‘} par un traitement de faveur. On leur promet une allo- 4
cation spéciale de 150 marks et le remboursement de ‘4
SN leurs frais de voyage pendant les vacances. Seulement À ‘à les Allemands de l’Ouest montrent beaucoup de répu- 4 4 tuteurs, nommés en Posnanie, se font délivrer des cer- Ne & ÿ tificats médicaux constatant qu’ils ne peuvent supporter 4 # le rude climat de l’Est. (2) 4 14 Avant les réformes scolaires du ministre Falk, le po- | 54 lonais était pratiquement la langue d’enseignement | dans la plupart des écoles villageoises des provinces 1 A + polonaises. (3) Mais depuis lors l’enseignement se fait | +4 (2) Le gouvernement a été obligé de donner à la plupart des | k ne fonctionnaires des provinces orientales une augmentation de trai-
114 tement (Ostmarkenzulage) correspondant à 10 o/o des émoluments
D. ordinaires. Les professeurs de l’enseignement secondaire de Pos-
d A nanie et de la Prusse Occidentale adressent une pétition à la ! *ÿ Chambre des députés pour obtenir ce dixième « colonial ». (Voyez
2404 Schlesische Schulzeitung, 18 février 1904.) Dans sa séance du 29 oc- fi Du tobre 1905, le comité de l’Ostmarkenverein demande que ce trai- { 11e tement de faveur soit accordé aussi aux instituteurs de la Haute- ; 1100 Silésie et de la Warmie. Voyez Ostmark, X, 11, page 86. | (as é j (3) Voyez le récit d’un ancien instituteur : Ostmark, II, 8. QE
| en allemand dans toutes les écoles. Il n’y a d’exception 1
que pour l’enseignement religieux, qui peut être donné re
en polonais dans les basses classes. (1) Le décret du 1e
16 mars 1894 autorise cependant, dans les écoles de \ le
Posnanie, des leçons facultatives de lecture et d’écriture AT
polonaises, mais seulement dans le but de seconder te
è l’enseignement religieux. (2) Il ne s’agit du reste que Vu
d’une à deux heures par semaine, et cet enseignement st
sera certainement supprimé, puisque le gouvernement AL)
tend de plus en plus à faire donner l’enseignement reli- Le
gieux en allemand. (3) Dans l’enseignement secondaire, 1
ces cours facultatifs, donnés le plus souvent par des “4 k
Allemands, (4) ont à peu près disparu. (5) ‘ES
C’est au sujet de l’enseignement religieux que la lutte YA
a été la plus chaude. Les Allemands ne se lassent pas 0
de réclamer l’abolition de ce qui reste d’enseignement :1
polonais. (6) Quant aux Polonais, ils n’ont cessé de pro- 1 1
tester contre cette atteinte portée à la fois à leurs senti- “à 1
ments religieux et à leur langue nationale. (7) : ia
Aucune mesure du gouvernement n’a été aussi mala- ‘3
droite, car sans gain réel pour la germanisation, elle a pt
exaspéré les populations de l’Est. Les tristes événe- 1
(à) Décrets du 20 septembre 1872 pour la Haute-Silésie, du 94 juil- x
| let 1873 pour la Prusse Orientale et Occidentale, du 27 octobre 1873 106
pour la Posnanie. 4
(3) Sur la législation scolaire, voyez Franke : Verordnungen || 14
6) En 1898, il y avait encore au gymnase de Lissa six heures { Fe
(6) Voyez entre autres Particle dela Posener Zeitung du 2 mai 1900. Po:
(7) Voyez une pétition des Polonais de Pleschen à l’archevêque 4 FRS
de Posen, dans lOrendownik du 2 mars 1901. 1
de la résistance du peuple polonais ‘4 ments de Wreschen, dont nous aurons à parler plus “1 nn: loin, n’ont pas eu d’autre cause que cette brutale sub- ‘11 N “1 stitution de l’allemand au polonais pour l’enseignement n” Il est aisé de comprendre combien il est difficile d’obNe tenir de bons résultats en donnant à des enfants tout ‘1 £ l’enseignement dans une langue étrangère, qu’ils ne 4 EU comprennent pas au début, qu’ils détestent, parce 104 qu’elle leur est imposée. A cette difficulté spéciale s’en L 15 ajoutent d’autres, qui font de la tâche d’un instituteur 4 14 une des plus pénibles qu’on puisse imaginer. Les pro- b nt: vinces orientales de la Prusse souffrent d’une « crise de LE l’enseignement primaire » autrement grave que cell. :2 dont on parle parfois chez nous. Examinons par ; ; 0 exemple l’état des écoles de la Haute-Silésie. Nous choi- }. “M sissons ce pays, parce qu’une série d’articles d’un insti- ; CO tuteur de cette région ont attiré l’attention sur cette à :à question, en jetant une lumière vive sur l’état lamen- 4 Fe table des écoles silésiennes. (1) C’est le réquisitoire élo- É #0 quent d’un homme qui souffre et qui crie sa misère. 1 4 Voici en résumé ce que nous apprenons sur les écoles ; le: de la Haute-Silésie. À 4 D’abord les bâtiments scolaires sont insuffisants; ils } Dé ne contiennent pas assez de salles pour les nombreuses ‘à 28 classes qu’ils devraient abriter. C’est au point qu’on a ; Ve ji dû inventer un système de roulement entre les diffé- d JS rentes classes; parfois l’une doit attendre dans le corri- à 4) dor, jusqu’à ce qu’une salle soit libre. ILsarrive que des f : lehrer im oberschlesischen Industriebezirk, dans la Schlesische Schul- fi k rs zeitung des 18 février, 25 février et 3 mars 1904. : À
enfants sont refusés et ajournés à un an, faute de place. 4 D? Et pourtant les classes sont bourrées, si bien que l’insti- ja ; tuteur ne sait plus où donner de la tête. Dans le cercle 1 d’inspection de Kônigshütte, qui est un des plus favo- ‘1 risés, il y a une moyenne de 70 élèves par maître; à LPRE Bogutschütz, il y en a 84, à Brzezinka 94. Pour avoir des d [40 classes avec une moyenne de 65 élèves, il faudrait nom- ï ü ù mer 258 instituteurs de plus. Dans ces classes surpleines, Et ; Vair est vicié; maître et enfants en souffrent. Tout insti- Î pt tuteur devrait prendre comme devise : « Apprends à 44 souffrir sans te plaindre. » Comment, avec une pareille na masse d’élèves, un maître peut-il leur apprendre quelque ; ‘4 chose? Il y a impossibilité complète de suivre le pro- À Ke. gramme. D’éducation du caractère, il n’en est même ‘10 pas question. Heureux l’instituteur qui réussit seulement n Le à maintenir la discipline dans sa classe! Et encore n’y ‘110 arrive-t-il qu’à force de coups. Aucune sympathie ne j 1 peut s’établir entre les élèves et lui; il est trop fatigué, L: 1 trop nerveux, il a trop à faire pour avoir égard à la is différence des caractères. Les enfants, menés à la ba-. 10) guette, sont malheureux. Mais lui non plus n’est pas ‘14 heureux; il se sent haï, méprisé. Dans la rue, les élèves F 1 se vengent en l’injuriant, en lui lançant des pierres. On ! ‘à
ne le salue pas. Et encore si les classes étaient stables, 11
on pourrait, à force de peines, arriver à quelque résul- ni tat. Mais la population ouvrière est flottante. En pleine he ni année scolaire, ce sont sans cesse des départs et des \ W arrivées de nouveaux élèves. Notez qu’il faut donner ( 51 l’enseignement à des enfants de langue étrangère. Sur \ 20 cent élèves, il y en a vingt-cinq à trente qui ne parlent 0 que polonais et pour le moins autant qui ne parlent l’al- Ni lemand que très mal. Des familles, le maître n’a à Lo
14 attendre aucune aide. Elles excitent au contraire les ÿ enfants contre lui, car il est le germanisateur, l’étran- 4 ‘4 ger dont on se méfie. Il est surchargé : il a trente-deux 4 ne, heures de classe par semaine. $ EN + À Pour peu qu’il tombe malade, toute l’école se trouve 1 4 désorganisée, et son absence ajoute un poids effrayant 1 4 au travail de ses collègues déjà écrasés. 10 Avec cela, il n’est nullement préparé pour la vie pra6: 1e tique; l’école normale ne lui a donné que des notions ia théoriques. Il est pauvre, car il est mal payé et la vie À (2 est cher. Si le maître, comme c’est le cas ordinaire, nn est chargé d’une nombreuse famille, c’est la misère. 4 Harcelé par ses créanciers, il est livré aux banques… l 4 Pee On l’abreuve d’humiliations, car il est méprisé par la 1 Li: population. N’est-il pas l’homme « qui répand l’odeur É « âcre des pauvres »? Ses chefs ne le soutiennent aucune- 3 4 ment. Qu’est-ce qu’ils savent de sa vie pénible ? 18 Ils lui imposent des programmes irréalisables, ils J 4 Vaccablent de circulaires et de décrets. Son inspecteur if at: est un homme plein de morgue, qui ne lui parle jamais | te À que comme à un être très inférieur, et pour lui donner 4 ‘11 des ordres. Il y a une distance plus grande entre un 34 pauvre maître primaire et l’inspecteur qu’entre celui-ci 4 1 et le ministre de l’instruction publique. “ii Telles sont, en résumé, les doléances de notre institu- « 1 ‘ teur. Pour qu’il ait eu le courage de les publier, en les j4 4 signant, dans un important journal pédagogique, il faut 108 vraiment que l’état des écoles soit lamentable. Et tel est h le cas, car les instituteurs silésiens se sont solidarisés M 1 avec leur collègue et ont déclaré que sa description 4 n’est en rien exagérée. 1
Dans les autres provinces polonaises, la situation est ‘ ‘1 la même. Partout on se plaint du trop grand nombre k ‘à LA d’élèves et du trop petit nombre des maitres. ! ‘6 En Posnanie, il y a en moyenne 90 enfants pour un 48 seul instituteur, et parfois celui-ci en a 150 et même 200 Ta L’assemblée des instituteurs du cercle scolaire de 5
Gusty a, en 1904, appelé l’attention sur des chiffres | 114 vraiment effrayants. (2) A Possadowo, un maître a plus 4 wi de 130 élèves, à Zalesik 160, à Csolkowo 150, à Grapo- : 10 nop 144. A Plonkowo, un senl instituteur à à donner ‘1 l’enseignement, dans deux classes, à 236 enfants! En Der 1904, dans l’école catholique de Bukowiec, pendant 14108 plusieurs mois, 235 élèves n’ont eu qu’un seul maître. À A Rien qu’en Posnanie, on a dû refuser, faute de place, 0 Le fait est que l’État lésine sur les écoles primaires. 11100 Elles n’ont pas été augmentées proportionnellement à Fe Ni Aussi la germanisation a fait peu de progrès, si nous ‘1
(à) Voyez Herr : Ouvrage cité, page 77. Conférez les discours du è ? ui député Kindler à la Chambre des députés de Prusse, en 1902 Mi
| (Berichte, 1, page 182), et du député Ernst (id., III, page 2799). 4100 (2) Voyez Schlesische Schulzeitung du 18 février 1904. ei (3) Cette pénurie de maîtres est un mal déjà ancien. Il est stupé- 1238 fiant que le gouvernement prussien mait pas pris de mesures 140 pour y remédier. En 1881, on dut refuser 812 enfants en Prusse :0 Occidentale, 1.019 en Prusse Orientale et 4.893 en Posnanie. Voyez 1 x
(4) De 1871 à 1891, le nombre des écoles primaires a passé : : ji nt
€ de la résistance du peuple polonais : 4 en croyons les statistiques scolaires. Voici les chiffres ’ fournis par la statistique officielle pour 1886 et 1891. (x)
Parmi les élèves des écoles primaires parlaient :
U Orientale… { polonais et allemand… 16.133 18.038 k FAANER | polonais et allemand… 14.2 12: ñ, HA Fommene.. à polonais et allemand… 13.149 12.502 à Fa Biéaie à polonais et allemand… 27.420 31.087 h Dans le district de Posen, en 1891, les élèves des 2 écoles primaires se décomposaient de la manière sui- À vante : (2) 29 0/0 ne savaient que l’allemand, 67 0/0 ne 4 parlaient que le polonais, 4 0/0 étaient bilingues. à é Rien d’étonnant aussi, si les provinces orientales sont ‘2 celles qui comptent le plus d”illettrés. Pour l’année 1889- (2e 1890, il y avait parmi les recrues : en Prusse Occidenfl tale 3,26 oJo d’analphabètes, en Posnanie 3 oo, en À . Prusse Orientale 2,49 0/0, en Silésie 0,74 0/0; alors que ñ la province la plus arriérée ensuite, la Poméranie, n’en AC volume II, 1893. — Les chiffres cités par Fink (Der Kampf um die 16 Ostmark, Berlin, 1897) sont encore moins favorables aux Allemands. 5 É (2) Voyez Schlesische Schulzeitung du 3 mars 1904 : Ueber preuski sische Schulzustände. Conférez les chiffres donnés pour 1864 et 1886 re x par Vallentin : Ouvrage cité, pages 6-7. te (3) Voyez Vallentin : Ouvrage cité, page 76, d’après l’Annuaire mt statistique de l’empire allemand, année 1890.
É Mais la germanisation par l’école a un côté plus ne sombre encore et plus triste. Pour mater les enfants 1
polonais, les instituteurs usent et abusent des châti- 108 ments corporels, cette honte de la pédagogie alle- #0 À mande. (1) Ainsi, c’est par des coups que l’on inculque A Ve 4
à de malheureux écoliers l’amour de la langue alle- AN. mande. Et l’on trouve des inspecteurs, hommes graves, ss imbus des théories de Kant et de Herbart, pour présider # si
à ces exécutions! Ce ne sont pas tant les enfants que 1 nous avons à plaindre ici; ils souffrent pour leur langue, 4 c’est-à-dire pour leur cause nationale. Ce sont les fouet- (40
teurs que nous plaignons sincèrement, car après des set faits comme ceux de Wreschen, ils peuvent obtenir de : % K l’avancement, être loués par des journaux et défendus : 0
à la tribune par des ministres, leur vraie carrière ‘ER pédagogique est finie. Les bourreaux sont des ger- 1
manisateurs sans doute; ils ne seront jamais des édu- 5:40
Les incidents de Wreschen ont soulevé à juste titre er:
lindignation de l’Europe. (2) Dans l’école primaire de ‘1 2108
cette ville, absolument polonaise, on introduisit, en 1901, LiQUS l’enseignement religieux en allemand. Cette innovation : Ka avait consterné la population. Le 16 mai, une assemblée 1 ï populaire avait protesté contre la germanisation de la 1 Au religion. Les esprits étaient très excités. Les enfants 0
(1) Les instituteurs prussiens se donnent un bien mauvais certi- < vi
ficat pédagogique en proclamant la nécessité des peines corpo- Par relles. Voyez Hic, haec, hoc, der Lehrer mit dem Stock, dans le sup- je \ plément de la Schlesische Schulzeitung du 18 février 1904. 10
- (2) Sur les incidents de Wreschen, voyez, outre les journaux +06 ; locaux, le discours du ministre Studt à la Chambre des députés, . 4 ” __ le 13 janvier 1902 Voyez aussi le point de vue allemand dans 1 en \ assow : Ouvrage cité, pages 184 et suivantes. ht
4 refusèrent d’emporter chez eux leurs catéchismes alle- ÿ
de mands, en donnant comme motif que leurs parents et
À le vicaire Laskowski le leur avaient défendu. Puis, les
ï ÿ allemand, l’inspecteur scolaire autorisa les corrections
4 1e ru corporelles. Il vint lui-même assister à l’exécution, qui
1 $ eut lieu le 20 mai. La population, hors d’elle, s’assembla
1 « et protesta avec bruit. On sait comment le gouverne-
ù ment répondit à cette explosion naturelle d’indignation.
fe Plusieurs protestataires, parmi lesquels des femmes,
; furent condamnés par le tribunal de Gnesen à des mois,
; et même à des années de prison. Cette infamie attira
; du moins l’attention de l’Europe sur la manière dont les
: Prussiens comprennent la germanisation. Les journaux. français eux-mêmes daignèrent s’occuper de la question
\ polonaise. En Galicie, il y eut une véritable levée de
boucliers contre la Prusse. Sienkiewicz adressa au . Czas numéro du 22 novembre 1901) une lettre de pro-
À testation, qui fit le tour de la presse. Le comte Stanislas
Badeni envoya 1.000 couronnes pour les familles frap-
210 pées. (1) En Pologne russe, on commença à boycotter le
| commerce allemand. Sans oser l’avouer, les autorités
prussiennes durent sentir que cette manière d’inculquer
j4s la religion à coups de bâton était pour le moins une
- bévue. Il y a des traces d’embarras dans la réponse du
) chancelier de Bülow à l’interpellation du député
(1) Voyez Xuryer Poznanski du 27 novembre 1901.
1 (2) Il y a d’autres faits analogues. En 1899, le maître Koch, à
Posen, châtie un élève polonais de telle sorte, que celui-ci est
- forcé de garder la chambre pendant huit jours. Voyez Ostmark,
| Le résultat de cette méthode barbare, c’est l’hostilité ‘0
déclarée entre le maître allemand et ses élèves. L’insti- ñ
tuteur de Granowo, qui à blessé un enfant en le 1 We
châtiant, est acquitté; mais la population casse les l’NU
vitres de son logement. (1) Les conflits deviennent fré- Ra
A Brenno (cercle de Fraustadit), l’instituteur Schulz À 1
défend à ses élèves de participer à la fête organiséepar. 47 de la Société polonaise de Saint-Joseph. Plusieurs élèves y ques vont néanmoins avec leurs parents. Le lendemain, ils i 11208
sont punis, mais un d’entre eux lance une pierre contre au. L son maître. (2) (1 l Que dire de la manière dont on enseigne le patrio- ‘1 tisme prussien aux enfants polonais ? Est-ce moral de ‘(0
les forcer à participer à des fêtes qui sont pour eux des je D deuils? N’est-ce pas leur donner le choix entre la pie révolte et l’hypocrisie que de les contraindre, par des ” récitations, à dire ce qu’ils ne pensent pas ? Parfois il RE
se trouve des enfants pour protester. (3) Mais dans la ‘1 plupart des cas, et c’est naturel, les élèves courbent la A
tête et disent à contre-cœur ce qu’on les force à dire. LU à
Mais que doivent-ils penser, lorsqu’ils réfléchissent? De (à
pareils procédés sont une école de lâcheté. Les mêmes ”
pédagogues, qui s’extasient devant les pages de Schil- ii JA
(3) Dans une commune de la Prusse Occidentale, une fillette te ie polonaise devant réciter une poésie finissant par ces mots : « Je j 1RE
me réjouis d’être Allemande ! » s’écria : « Je me réjouis de ne pas : (NES
être une Allemande ! » Voyez Ostmark, IV, 7, page 57. A Bukowiec FER (Posnanie), la fille d’un maître d’école répondit à un autre institu- je ni
È teur, qui faisait chanter « Ich bin ein Preusse » : « Je ne suis pas 11.110 Prussienne, je suis Polonaise. » Son père fut déplacé. D
En ler et de Herder, n’hésitent pas à violer l’âme des 1 enfants. D’aussi monstrueuses inconséquences sont la à rançon ordinaire de l’injustice. h | Peut-être qu’un jour les Allemands se réveilleront ; ils k verront alors avec quelque stupeur l’œuvre qu’on leur a k À fait faire et qui se retourne contre eux. Pour le moment, n “ ils dorment dans l’inconscience, bercés par des chants 1 À * séducteurs. Qui les réveillera ? à 1 Il est certain que la germanisation par l’école n’a pas ré encore donné les résultats auxquels le gouvernement 4 44 s’attendait. Le parti hakatiste réclame d’autres mesures. L à D’abord et avant tout la création de nouvelles écoles # et un nombre beaucoup plus grand d’instituteurs. En « h somme, ce n’est qu’une question budgétaire. Quant à l’opinion qui voudrait qu’on abandonnât les Polonais à 1 eux-mêmes, en les excluant même de l’obligation | s . scolaire, elle n’a pas trouvé de partisans. (1) Par contre 4 | les Allemands, si nous en exceptons le Centre et | quelques rares libéraux, sont désireux d’abolir les der- ( niers vestiges du polonais dans l’enseignement. Nous | avons vu qu’à l’heure actuelle c’est à peu près chose | faite. Les hakatistes, d’accord en cela (bien que pour . des raisons différentes) avec les conservateurs piétistes . RL et les cléricaux catholiques, demandent qu’on maintienne } Ë l’école confessionnelle. (2) ù Les écoles mixtes, où les enfants allemands sont assis } sur les mêmes bancs que les polonais, paraissent dangeF reuses aux germanisateurs. Il faut séparer les brebis | ÿ des boucs. l (2) Voyez E. von Bremen : Ouvrage cité, pages 31-32 et page 640. !
‘à RE On propose aussi de prolonger pour les enfants polo- A ni \ a pi nais d’une année ou deux le temps à passer à l’école 5 ÿ On recommande en outre de généraliser les écoles \ complémentaires (Fortbildungsschulen), dont le nombre M
est restreint, et d’obliger les jeunes Polonais à en suivre En a | 1000 fl les cours. (2) On conçoit quelle gêne économique l’appli- oUe fe cation de cette mesure serait pour les familles polonaises à ‘ peu aisées, dont les enfants doivent pouvoir gagner de ta M () L’obligation pour les jeunes ouvriers industriels de fréquenter | 1 _ les écoles complémentaires jusqu’à l’âge de dix-sept ou dix-huit \ Ve | A] ans existe en Wurtemberg, en Saxe et dans le grand-duché de VA | Bade, mais non en Prusse. F et
14 4
tt Si l’école doit être le moyen principal pour favoriser h
1 l’expansion de l’allemand, il va sans dire que bien 4
R d’autres mesures sont destinées à entraver l’emploi de À
ï la langue polonaise. Le mouvement hakatiste a gagné ;
: , le bassin rhéno-westphalien. S’inspirant des disposi- 4
‘4 tions prises par les autorités russes dans les districts 24
à industriels de Lodz et de Sosnowicze, (1) le gouverne-
‘\ ment prussien a cherché à imposer l’allemand aux 4
| ki mineurs polonais. Le règlement (Bergpolizei-Verordnung)
ñ du 25 janvier 1899 ne permet d’employer des ouvriers i
< étrangers dans les mines que s’ils savent assez !
à d’allemand pour comprendre, les ordres oraux de leurs À
F chefs. S’ils ne veulent pas rester toujours dans les em- ;
hr plois les plus infimes et les moins rétribués, ils doivent À
De en outre être capables de lire l’allemand imprimé et ma- |
‘4 Ces dispositions lèsent gravement la population Î
de minière. à
1 La presse polonaise s’empressa de protester. (2) La
à (à) Voyez Rosa Luxemburg: Die industrielle Entwicklung Polens, L
a: (2) Voyez Orendownik du 10 février 189g. Gazeta Gradziadzka du Î
246 14
fédération polonaise organisa à Bochum, le 5 mars 1899, É une réunion publique à laquelle assistèrent environ ‘ : ii
° 800 mineurs. Les résolutions prises par cette assemblée | sont très modérées de ton et fort raisonnables. Les ù ( mineurs polonais protestent contre le règlement qui nus condamne la majorité d’entre eux à pousser toute leur 1 vie un chariot. Ils déclarent que l’ignorance de l’alle- ni mand n’a jamais occasionné le moindre accident. Enfin d ils expriment le vœu que leurs compatriotes fortunés d envoient leurs fils dans les écoles des mines afin de il former des ingénieurs sachant le polonais. |
Pour l’ « Alldeutscher Verband », dont nous avons vu
les accointances avec l”Ostmarkenverein, le décret de fi
1899 n’est pas encore assez sévère. La société demande « 2
qu’il soit appliqué à toutes les industries; elle exige en ‘
outre des mesures supplémentaires, telles que la défense
d’introduire des journaux polonais étrangers, l’interdic- 4
tion d’employer le polonais dans les réunions publiques, 1
l’expulsion des ouvriers originaires de la Pologne russe à
et de la Galicie, etc. Il ne serait nullement surprenant 1
que le gouvernement ne complète son fameux décret en ‘à
s’inspirant de ces conseils. 4
Mieux encore que les textes législatifs, les menus faits 11 et les conflits d’ordre secondaire montrent l’âpreté qu’a . pris le combat linguistique. La « question postale » est 4 un exemple typique de l’esprit qui anime l’administra- 14 tion prussienne, (1) Le conflit se dessina en 1900 et ne :. tarda pas à devenir aigu. Jusque-là, la poste avait ui accepté sans embarras les lettres dont l’adresse était À
(1) Sur la question postale, voyez surtout Paalzow : Zur Polen- DEAN Jfrage. Berlin 1902, pages 47-84 et Herr : Ouvrage cité, pages 78-81. 1
AT de la résistance du peuple polonais à écrite en polonais. Mais devant la persécution de leur 4 f; . ” langue, les Polonais se mirent à écrire systématique- 1 ment toutes les adresses dans leur idiome. Ce fut un L. ! journal de la Haute-Silésie qui lança l’idée, (1) laquelle 1 à fit rapidement son chemin. (2) Ê | Le nombre des adresses en polonais augmenta consi- } dérablement. L’administration postale répondit à ce À à qu’il lui plut de considérer comme une provocation en Fi: mettant au rebut beaucoup de ces lettres ou en les L ï retournant à l’expéditeur. C’est à propos de ces faits À ; que le député Glebocki interpella le gouvernement au À À Reichstag (séance du 24 janvier 1901). Il allégua que le 4 ÿ polonais n’était pas une langue étrangère, vu qu’il avait 4 à toujours été parlé par la population des provinces orien- &.
tales, que du reste aucun texte de loi n’obligeait le D
: public à employer exclusivement l’allemand pour les !
‘4 adresses. M. de Podbielski, secrétaire d’État pour les
| postes, ne trouva pas d’autre excuse que l’ignorance
à des employés postaux, dont la majorité ne savait k
1 À pas le polonais. A quoi les députés polonais répondirent à
F qu’il serait utile de nommer dans les provinces orien- À
E tales des employés connaissant la langue du pays.
LÉ: Le gouvernement se trouvait évidemment gêné par 4
Hi) l’absence complète de lois interdisant le polonais. IL É
À trouva un moyen ingénieux de sortir d’embarras, c’est-
À à-dire de vexer les Polonais en ayant l’air de leur faire É
, une concession. Un rescrit, daté du premier février 1901, 1
ÿ. (1) Dziennik Slaski du 13 octobre 1900. Conférez comptes rendus l
de sténographiques du Reichstag. 1900-1901. Volume I, page 853. .
“4 (2) Voyez Kuryer Poznanski du 20 décembre 1900, qui donne la f
Fe liste des noms polonais des principales localités én Prusse Occi- 0
À 53 dentale et Orientale. $
4, 0
i établissait des bureaux de traduction à Posen et à
Bromberg, auxquels toutes les lettres avec adresse en NA
| polonais devaient être envoyées. (1) Quant aux paquets, 1
mandats, lettres‘recommandées ou avec valeur déclarée, x À
les suscriptions devaient être en allemand, faute de fe
quoi les envois seraient refusés. — Bien entendu, l’admi- #i nistration postale s’arrangea, sous prétexte de traduc- Û 4!
tion, à faire subir aux lettres polonaises de longs A retards. D’où protestations indignées des députés \ 1 slaves. (2) Le 13 mars 1902, M. de Glebocki se plaignait a
que les lettres dont l’adresse portait le nom polonais 4
d’une localité fussent jetées au rebut. Le secrétaire 1 d’État Kraetke ne nia pas le fait. « Nous vivons, dit-il, Ni
dans lempire allemand. Et dans l’empire allemand, À
nous avons nos dénominations officielles allemandes fi
pour les localités. Nous ne connaissons pas les noms i
qu’il vous plaît d’inscrire. Il n’y a pas de géographie à Lorsqu’on sait avec quelle désinvolture le gouverne- f ï
ment débaptise les localités polonaises pour les affubler 4 de noms allemands, on comprend la cruelle ironie de A
| l’allusion à la géographie polonaise. # Du reste, l’administration ne s’en tint pas même à son | ni
rescrit du premier février 1901. On peut citer beaucoup de k ï
cas où des lettres furent refusées, alors qu’elles portaient je
des adresses facilement intelligibles même pour des qu employés ne connaissant pas le polonais, comme Poznan |
| (1) Voyez le texte complet du rescrit dans Paalzow : Ouvrage is
| (2) Lors de la discussion du budget, le Reichstag revint sur la 1 4 question, dans les séances des 15 et 16 février 1901. (A
| helmsplatz), ulica Bismarcka (Bismarckstrasse). (1) ; L Du côté allemand, le professeur Delbrück fut le seul À
| à protester contre cette stupide politique de coups à
Cette petite lutte postale eut ses côtés comiques. Par- fois les Polonais écrivirent leurs adresses en fran- L çais, (3) et les lettres arrivèrent à destination; ou bien
| ils mirent sur le verso de l’enveloppe un petit lexique à Û ! l’usage des employés postaux. D’autres fois, ils s’amu- à 1 sèrent aux dépens des bureaux de traduction, en tra- ; | duisant littéralement et d’une façon grotesque les noms b
de villes allemandes. (4) ‘ |
Les hakatistes ne sont pas satisfaits non plus de la ,
création des centres de traduction. (5) Ils voudraient 1 l’interdiction absolue du polonais dans le service inté-
rieur de la poste. Les uns cherchent à prouver que ,
l’allemand est ipso facto la langue postale. (6) D’autres 1
ergotent, avec une pédanterie tudesque, sur le para- !
graphe 4 du règlement des postes qui dit : « Dans k | l’adresse, le destinataire et le lieu de destination doivent ‘} 4 être désignés clairement et assez exactement pour qu’il 4 d n’y ait aucune incertitude. » C’est ce mot « clairement » 4 (deutlich) que les Allemands cherchent à interpréter 4 (1) Voyez de nombreux exemples d’adresses refusées dans Polen- ù
l (2) Voyez Preussische Jahrbücher, janvier 1902, page 180. 1 (3) Voyez Lech du 19 janvier 1901. À (4) Ainsi « Giessen » (— verser) devient « Lac » ; Baden-Baden À
(« baden » comme infinitif — baigner) devient « Kapac-Kapac » À | (baigner-baigner). Voir Massow, page or. 1 | (6) Voyez Zorn, dans Verwaltungsarchiv, volume X, pages 1 et d
| conformément à leur théorie. Ils ont consulté le diction- l,
ÿ naire de Grimm et se basent sur sa définition du mot
« clairement » pour l’étendre à la langue elle-même. Ce re
qui est clair, disent-ils, c’est ce qui est compris, donc À
c’est l’allemand. (1) : ji
Par conséquent, il y a lieu d’interdire tout simplement dé
l’usage du polonais pour les adresses. ii
Pour le moment, les bureaux de traduction existent 4 encore; mais sans doute ils seront bientôt supprimés. ‘4
Le 20 février 1904, le secrétaire d’État pour les postes le tn
. laissait entendre au Reiïichstag. Si cela arrive, une à population de plus de deux millions d’habitants se fs verra privée du droit d’écrire dans sa langue les 1 adresses des cartes et lettres. 1
Le conflit postal se rattache à la question des noms {
des localités. C’est à partir de 1863 que le gouvernement D
se mit à débaptiser les communes, pour leur donner a
une dénomination allemande. (2) Presque tous les } | centres créés par la commission de colonisation ont été à affublés d’un nom germanique, (3) au détriment des ‘M Tantôt l’administration recherche les noms qui ont pu e
| exister lors de la domination de l’Ordre Teutonique; (4) tantôt elle se borne à une traduction; (5) tantôt enfin A
elle invente des noms nouveaux, tels que « Wilhelmsau », n À
(2) Voyez Plehn : Ouvrage cité, page 328 ; voyez aussi Petzet : sl
(3) Voyez de nombreux exemples dans Gehre : Ouvrage cité, ne
@ Spécialement dans la région de Chelmno (Kulm). « Dembin » \ à
devient « Eichwalde », « Czarnowo » fait place à « Scharnau », etc, (À
- Ainsi « Sokolniki » devient « Falkenau ». ii à
< « Friedrichshuld », « Bismarcksfeld ». Il y a là une
h vexation désagréable pour les Polonais, qui tiennent à i leurs souvenirs historiques… Abolir un nom ancien, ë n’est-ce pas en quelque sorte une tentative pour effacer À tout un passé et déclarer symboliquement qu’il n’en
| reste plus rien ? Quand il s’agit d’une ville d’une certaine 9 importance, qui a joué un rôle historique, il est naturel : que la population ressente le changement brusque et | 4 À brutal du nom comme un affront. C’est ce qui est arrivé | : dernièrement, lorsque, à partir du 16 décembre 1904, la | | ville d”Inowrazlaw s’est vue subitement transformée en
à Il reste encore beaucoup à faire pour débaptiser |
toutes les communes polonaises, et les germanisateurs |
ia ont une belle besogne devant eux. Peut-être verrons-
Ÿ nous aussi l’état-civil refuser d’inscrire lès prénoms polo-
{, nais comme il l’a fait pour les noms français en Alsace-
1 Il va sans dire que la langue administrative est
4 ‘Vallemand. (2) Déjà en 1867, lorsque le Reichstag discu-
4 tait la constitution de la Confédération de l’Allemagne
f: du Nord, une motion du député Schrader, tendant à
À { sauvegarder les droits de la langue polonaise, fut
DA. rejetée. (3) L’article premier de la loi du 28 août 1876
dE consacre les droits exclusifs de l’allemand : « La langue
4 allemande est la seule langue administrative des auto-
1 rités, des fonctionnaires et des corps politiques de l’État.
F (1) Voyez Temps du 4 mars 1905: La question des prénoms français
4 (2) Sur la langue administrative, voyez Herr : Ouvrage cité, |
“ | G) Voyez Stenographische Berichte des Reichstages, 1863. 1, page 265. \
Dans les relations écrites avec eux, on se servira de la 1 Comme on le voit, la loi ne parle que des rapports & ‘1 écrits, mais l’administration l’a peu à peu étendue aux ‘à rapports’oraux. Le Tribunal supérieur administratif ‘1 | rappellent celles de notre Conseil d’État, a même inter- ne è prété la loi de 1876 en assimilant les poteaux indicateurs | h aux inscriptions officielles, qui ne peuvent être qu’en ke Le Code civil autorise, il est vrai, les testaments en pat polonais. (2) Mais un règlement d’administration pu- FN blique (3) prescrit que les frais des actesnotariés seront É élevés d’un quart pour toute personne qui se servira % d’une langue étrangère. 4 Pour les tribunaux, on n’a encore osé réduire les K
droits de la défense au point d’interdire l’usage du à polonais. On peut, en déclarant ne pas savoir l’allemand, Fa
se faire assister d’un interprète. (4) 4 Toutefois, en pratique, les tribunaux admettent diffi- De cilement l’ignorance de l’allemand. Il suffit de savoir ki écorcher cette langue pour se voir refuser l’assistance ‘F4
L’étau destiné à écraser le polonais se resserre de 4
plus en plus. Un danger d’une gravité exceptionnelle N menace les populations de l’Est. Il ne s’agit de rien ï à
- (2) Bürgerliches Gesetzbuch. Articles 2244 et 2945. 4
où de la résistance du peuple polonais moins que de leur enlever le droit de réunion, en leur je interdisant l’usage de leur langue dans les assemblées \ politiques et les réunions publiques. (r) Aucune loi ne à peut être invoquée en faveur de cette défense. Mais le | gouvernement a toujours cherché des biais pour rendre Le le droit des Polonais illusoire. Le 21 mars 1876, le ] député Lyskowski se plaignait à la Chambre prussienne | que des réunions publiques eussent été dissoutes, parce . qu’on y discutait en polonais. Le ministre de l’intérieur, | | comte d’Eulenburg, avoua qu’aucun texte législatif É | -_ m’existait sur la matière. Mais il se retrancha derrière ; un prétexte spécieux. La police, dit le ministre, a le { ke devoir de surveiller les réunions publiques. Or ce droit 4 | de surveillance est rendu vain, lorsque les agents ne À comprennent pas la langue des orateurs. Et rien n’oblige 1 . l’État prussien à faire apprendre le polonais à ses Mais ici la théorie gouvernementale se heurta à l’inflexibilité du Tribunal administratif supérieur, à laquelle, en ceite occasion, il faut rendre hommage. Par décision | du 26 septembre 1876, ce tribunal déclara qu’une 4 réunion ne pouvait être dissoute par le seul fait qu’on y { parlait une autre langue que l’allemand. C’est affaire de 4 la police de faire surveiller les réunions par des agents l connaissant la langue des discussions. (2) ; Fa Cependant en mai 1896, au fort de la lutte, le ministre von der Recke reprit la thèse d’Eulenburg et fit dis- : ; (1) A consulter l’exposé de Herr : Ouvrage cité, pages 38-44,et \
soudre plusieurs réunions polonaises dans les districts | industriels rhéno-westphaliens ainsi qu’en Silésie. La ù F question fut de nouveau portée devant | « Oberver- ) waltungsgericht », qui, par décision du 5 octobre 1897, se prononça contre le ministre et confirma l’arrêt de l 1876. (1) D’après ce jugement, l’usage d’une langue A étrangère ne pouvait être interdit que si les organisa- i teurs d’une réunion publique s’en servaient dans l’inten- |
tion évidente d’empêcher la surveillance de la police. ;
L’administration crut pouvoir se baser sur ce juge- ; ment même pour réaliser ses vues. Elle prétexta doréna- ï
| vant l’intention des organisateurs de rendre illusoire le
droit de surveillance. Maïs cette fois encore, le tribunal
fit son devoir. Par un arrêt du 21 novembre 1899, il :
déclara l’interdiction des réunions polonaises illégale, ti
rien ne prouvant l’intention prêtée aux organisateurs. (2)
Le point de vue légal, défendu par le Tribunal admi- { nistratif, mécontenta fort les Allemands. Il fut vivement + HR critiqué, et les articles contre le droit de parler polonais dans les réunions publiques se firent assez nombreux ; pour agiter l’opinion et exercer une pression sur le gou- 1 vernement. (3) Celui-ci ne demandait qu’à être soutenu. N De nouveau, la police reçut l’ordre d’interdire les ) réunions polonaises, en particulier dans le cercle de 3 11
| Bochum, (4) mais aussi dans les provinces orien- (1 () Arrêts : Volume XXXII, pages 396 et suivantes. x ;
| (G) Voyez l’article de Blümke dans la Deutsche Zeitung des 24 et Qu À 25 décembre 1897, et Zorn : Verwaltungsarchie. Volume X, Heft 1, | 0 Voyez Külnische Zeitung du 13 février 1902. :
44 de la résistance du peuple polonais 4 tales : d’où nouvelles protestations des députés polonais 4 M et nouvel arrêt du Tribunal administratif supérieur. (1) : “ui Deux auteurs allemands (2) ont facilement prouvé que d ; tous les arguments invoqués en faveur de la thèse haka- : h tiste n’ont aucune valeur. Mais leurs conclusions sont L “ une terrible menace pour les Polonais : puisque la légis- ÿ lation actuelle ne permet pas d’interdire l’usage de la a langue slave dans les réunions publiques, il faut faire ; mi: une loi spéciale. 11 suffira, dit Paalzow, d’une adjonc- 4 it: tion à la loi du 11 mars 1850 sur le droit de réunion. — À 1% Dans la séance du 16 janvier 1905, à la Chambre des députés, le ministre de l’intérieur annonçait en effet 4 l À 4 cette loi, que le parti hakatiste n’a cessé de réclamer . K: pas en si beau chemin. L’un voudrait que le droit 4 3e d’élection au Landtag et au Reïchstag fût enlevé à tout Ne 4 Polonais qui ne saurait pas l’allemand. (4) Un autre ‘ S: désirerait que l’on pût dissoudre les sociétés dont les 4
Il paraît en tout cas probable que le droit de réunion h.
Le. recevra sous peu une grave atteinte et qu’une des plus Ne ‘à (1) Voyez l’article de L. Trampe : Das Urteil des Oberverwal- : tungsgerichts vom 20 März 1903, dans Ostmark, IX, 9. Conférez la °
conférence de Wagner sur le droit de réunion : supplément de +
#4 (2) Paalzow : Ouvrage cité, et Hubrich : Die Sprachenfreiheit in il d (3) Voyez le vœu exprimé par le comité général de lPOstmarken- ° < | verein dans sa séance plénière du 29 octobre 1905. (Ostmark, X, ‘4
précieuses conquêtes de 1848 sera escamotée, de telle a
__ ‘ sorte que la Prusse ressemblera de plus en plus à sa : È
‘ | voisine, la Russie. j.
3 Déjà certains vont plus loin encoré. Ils songent à 4
! museler la presse polonaise, si vive dans ses attaques,
| si forte dans sa résistance. Les procès ne suffisent plus. de
10 Chaque jour naissent des feuilles nouvelles. On demande
À des mesures efficaces pour faire taire ces voix intolé- FA
1 Malheureusement la liberté de la presse est garantie à
4 par la Constitution impériale. Faute de mieux, on pour-.
i] rait exiger, comme pour les journaux alsaciens, un
texte allemand à côté des colonnes en langue étran- d
À gère. Peut-être même pourrait-on ajouter à la loi sur la li
j presse un article additionnel soumettant tout périodique ‘ },
6 en langue étrangère à l’autorisation préalable de l’admi- 14
08 Une pareille mesure est difficilement exécutable. Le
À Reïichstag ne se mène pas aussi facilement que le de
; 4 Landtag prussien. Mais le fait qu’un semblable projet ù |
i soit sérieusement proposé est à tel point caractéris- “a
: tique, qu’il n’était pas possible de le passer sous FA
: Le suprême refuge de la langue polonaise, c’est l
Le l’église. C’est une des raisons pour lesquelles la cause 1
nationale est encore si intimement liée au catholicisme. Ÿ te
à Nous reviendrons là-dessus, lorsque nous nous occupe- sé
N rons des partis politiques. Pour l’instant, il importe VA
| seulement de souligner l’importance considérable du se
1 facteur religieux en tant que soutien du polonais. Sur ii
) de la résistance du peuple polonais Mu | le terrain ecclésiastique, le gouvernement se montre 4 hésitant et prudent. Il n’ose trop s’engager dans une 4 ÿ lutte ouverte, qui rappellerait le Kulturkampf. io Pour les églises protestantes, qui sont presque toujours l allemandes, cela va tout seul. Des sociétés religieuses 1 favorisent la besogne de germanisation, en faisant Ÿ construire des églises évangéliques et en subvenant au À culte des paroisses protestantes. La Société « Gustave- 4 Adolphe », fondée en 1832, se défend de poursuivre un À but politique. (1) Mais en soutenant les églises protes- 1 tantes disséminées en pays catholique, elle rend indirectement service à la propagation de l’allemand. Cette
association, dont l’action s’étend même à l’étranger ‘|
(Autriche-Hongrie, France, Espagne, etc.), dispose d’un 1
:à capital considérable. (2) Déjà en 1882, elle venait en |
Û aide à bien des églises des provinces polonaises. A cette }
| date, Adelnau avait reçu 31.682 marks et Grabow 25.153. 1
Rien qu’en Posnanie, 195 églises avaient reçu des À
Une autre société religieuse, la « Ligue évangélique 3
: pour la défense des intérêts du protestantisme alle- À
is mand », créée en 1887, a un caractère beaucoup plus ‘1
i agressif et chauvin. C’est une organisation de combat, 4
8 Dans son organe la Wartburg, le surintendant Meyer
| préconise un nouveau Kulturkampf et parle de « donner 1
4 in Haupt und Gliedern. Leipzig 1882. Et Dr. Herm. Ferd. von L
| Criegern : Der Gustao-Adolf- Verein in den ersten 50 Jahren seines L
| Bestehens. Leipzig 1882. Voyez aussi: Atlas des Gustav-Adolf- 1
(2) En une seule année, elle distribua des secours pour plus d’un ’
million de francs. Voyez Criegern : Ouvrage cité, page 87. |
| G) Voyez la liste dans Zenker : Ouvrage cité, pages 30-57. ‘1
258 3
’ sur les doigts au clergé d’Alsace et de Posnanie, qui est | hostile à la germanisation ». (1) k | Ces attaques grossières et maladroiïtes ne sont guère faites pour pousser les catholiques allemands dans le { | camp hakatiste. Ce n’est que dans ces dernières années | que ceux-ci se sont mis à réclamer des services reli- , gieux en allemand pour les minorités non-polonaises. Le ! | clergé polonais fait ce qu’il peut pour s’opposer à ces revendications, même quand elles sont légitimes. (2) Les luttes ethniques sont faites de ces intolérances. Mais pour être juste, il ne faut pas oublier qu’une fois l’alle4 mand établi dans une église, il sort bientôt de la place k modeste où il est relégué et cherche à son tour à | chasser le polonais. En Westphalie, l’évêque de Paderborn se refuse, malgré toutes les pétitions de la population, (3) à oc- « 18 e troyer des curés polonais aux colonies slaves, pourtant | si importantes par leur nombre. Dans l’Est, la position du polonais comme langue e ecclésiastique est encore très solide. L’école n’enseignant 4 pas la langue nationale, c’est à l’initiative privée, c’est | aux familles à combler cette lacune, en apprenant aux ; enfants à lire et à écrire. Le clergé, et les Allemands Jai 5 ne cessent de le lui reprocher, fait tout ce qu’il peut : pour cela. (4) Des sociétés aussi bien que des particu- fi liers distribuent des abécédaires et des livres de lecture,
(2) Voyez Ostmark, I, 10, page 79. Voyez aussi les faits cités par le 1 ministre des cultes à la Chambre des députés, 8 mars 1900. Ut (&) Voyez Kuryer Poznanski du 5 juillet 1901, et Ostmark, I, 6, Ai 4 4
de la résistance du peuple polonais M. ne qui ont un grand succès. (1) Une association active, (2) TR | ‘dont le Siège central est à Posen, organise des biblio- 4 1 thèques populaires. Il y a peu de bourgs ou de gros
- villages où, grâce à cette organisation patriotique, on 4
d ne trouve un dépôt de livres polonais.
k Depuis sa fondation, en 1880, jusqu’en 1900, la société
à Ainsi dans ce combat, dont la langue d’un peuple est 4 _ l’enjeu, les Polonais ont pu tenir bon jusqu’ici, et cela à H malgré la pression gouvernementale, malgré la caserne 2 R et malgré l’école. | ‘à 11008 Nous allons voir que sur le terrain politique, ils n’ont ik pas non plus reculé. Ù 11 4 HA () Voyez Gazeta Opolska du 22 mars 1901. Conférez Polenstimmen, Fe va (6) En 1903, la société a 23.329 marks de recettes. Avec cette nr. “+ somme, elle fonde 49 bibliothèques nouvelles et met en circulation ti
} Quelques Allemands peu clairvoyants se sont réjouis F: à de voir le bloc polonais se scinder en partis politiques Ek Ë distincts, comme si la manifestation naturelle de ten- 4 dances différentes devait briser sa force de résistance. fe, Dans le hasard d’une lutte électorale, il se peut en effet 1 que la multiplicité des candidatures donne momentané- ‘1
ÿ ment la représentation d’une circonscription à un Alle- j: Î mand. Cela n’a qu’une faible importance. Il faut au À __, contraire voir une preuve de vitalité et de force dans AL. j ce fait, que les Polonais, solidement unis par l’idée Ait 14 | nationale, sont représentés par des partis différents, ki 1 _ évoluant comme tout ce qui est vivant. Ce n’est que } ‘ il lorsqu’ils furent devenus plus forts et qu’ils se furent 1 ë montrés redoutables comme parti national, que les f ï Tchèques ont pu affirmer sur le terrain électoral la : Fi diversité de leurs opinions politiques. Es. L’avènement des Jeunes Tchèques n’a nullement af- 1 4 faibli la cause slave. Il en est de même des Polonais be f prussiens, dont la lente évolution à gauche est un signe À 4 de robustesse et de santé, de même que la quasi-unani- h N mité et l’immobilité rigide de la députation galicienne W
_ sont un symptôme de maladie. ‘à
de la résistance du peuple polonais ti “1 4 Le mouvement social qui a créé la bourgeoisie polo- ‘4 naise et réveillé les couches populaires de leur long sommeil s’est naturellement répercuté dans le domaine 4 À L’idéal polonais a changé, et avec lui les partis se { sont transformés. 4 | | La noblesse a singulièrement perdu de son impor- ! tance. L’hégémonie politique lui échappe. Non pas que 1 son rôle soit absolument fini; la députation polonaise À au Reichstag comprend encore parmi ses membres un 4 prince Radziwill, un comte Mielzinski et cinq posses- | : seurs de biens équestres. Mais depuis l’échec piteux À À du parti de la Cour, le « parti national », qui l’a rem- k ÿ placé, a dû jeter du lest. De peur d’être submergé par | le parti populaire, il s’est quelque peu teinté de radica- ÿ lisme. Il est destiné à s’affaiblir de plus en plus, même 4 en Posnanie et en Prusse Occidentale. À | Le parti catholique, celui qui tient à l’alliance avec 4 le Centre, est encore très fort. Les intérêts religieux et L les intérêts nationaux se sont trouvés enchevêtrés de 1 telle sorte, qu’il est difficile de les séparer. Il est impos- À sible d’oublier tout ce que la nation persécutée doit à À ses prêtres. C’est grâce au clergé surtout que le paysan à } polonais a été complètement gagné à la cause nationale. À Longtemps, les représentants les plus distingués des ] 4% populations de l’Est au Parlement furent des curés. } | Ce sont des prêtres en grande partie qui ont su orga- 1 niser la lutte économique, en créant des sociétés agri- L | coles et de crédit. Ce sont eux encore qui ont entrepris ; la tâche difficile de moraliser les masses, en engageant 1 un combat nécessaire contre l’alcoolisme, et qui ontpu, par leur persévérance, arriver à des résultats que leurs 11
ennemis même sont forcés d’admirer. (1) Aussi leur É
influence est-elle immense. Ils sont les conseillers, les fe
guides des populations rurales aussi bien que des
ouvriers slaves de l’Ouest. Ils sont les gardiens jaloux :
de la langue polonaise; partout l’instituteur prussien A
les trouve en face de lui. (2) 180
Dès l’origine du Kulturkampf, la question polonaise
fut étroitement liée à la question religieuse. L’alliance
des Polonais et du Centre fut cimentée parla persécution.
L’archevêque Ledochowski devint aux yeux des i
; . catholiques allemands un héros et un martyr au même :
titre que son collègue de Cologne. Ce sont des souve-
À nirs qui ne s’effacent pas de sitôt. Au Reichstag comme
à la Chambre des députés, le Centre a été le seul parti
qui défendit sérieusement les Polonais. C’était, il est À
vrai, son intérêt; mais les alliances ne sont-elles pas il
presque toujours intéressées ? La presse catholique soutint loyalement les principales revendications slaves. |
La Kôlnische Volkszeitung’ et la Germania protestèrent
: avec indignation contre les fustigations et les condamnations de Wreschen. hi
Le Centre constitue en outre une force si grande, qu’il |
semble à première vue bien dangereux de dédaigner sa
protection. Briser avec lui, c’est entrer en lutte avec le
parti le plus solidement organisé d’Allemagne, maître
d’associations innombrables à la fois disciplinées et
souples. (3) Et puis, résilier l’alliance du Centre, c’est.
(3) Pour se faire une idée de l’admirablé organisation politique
et sociale du parti catholique, voyez Kannengieser : D’étapes en à
étapes. Le Centre catholique en Allemagne.
_ rejeter dans le camp hakatisteles catholiques allemands ‘à
de Posnanie, qui ont été souvent d’utiles auxiliaires. É
Beaucoup d’entre eux, en se polonisant, sont venus ; grossir les rangs slaves. Et même ceux qui ne vont pas à ; aussi loin préfèrent souvent voter pour le candidat “ ‘ polonais que pour le conservateur allemand. (1) ? Il est donc facilement compréhensible que la sépara- d : tion complète d’avec le Centre, qui paraît aux partis f avancés une émancipation nécessaire, semble aux poli- Ë 4 ticiens prudents un saut dans l’inconnu. (2) 1 à Pourtant cette scission est non seulement nécessaire; 4 ; elle est inévitable. Elle ne se fera pas d’un coup, mais 1] ; elle a déjà commencé. Des deux côtés, les signes d’une 4 5 prochaine séparation sont nombreux. Dans le camp E polonais, c’est le « parti démocrate » qui a commencé la ; | Ce parti est de date récente. Les idées avancées qu’il 4 4a représente ne se sont que lentement introduites en 4 4 Pologne russe. Il possède deux organes importants, le 3 Goniec Wielkopolski (à Posen) et les Dziennik Berlinski 4 à à Berlin). Par ses tendances nettement démocratiques, 4 È il forme en quelque sorte le trait d’union entre les partis “+ bourgeois et le socialisme. (3) 4 Ce qui caractérise son action, c’est d’abord sonintran- À (1) Deux fois, en 1881 et en 1893, la circonscription de Fraustadt- , 4 2 Lissa, dont la population est majorité allemande, nomma un pi (2) Voyez Dziennik Poznanski du 15 février 1901. | E (3) Voyez son programme dans les Dziennik Berlinski du 22 mars 5 264 4
sigeance nationale. Ennemi de toute compromission, il hi a mené une lutte victorieuse contre les débris du parti 1 de la Cour. C’est lui qui a préconisé la politique de à franchise, abattant la façade loyaliste, derrière laquelle ol se cachaïent les politiciens prudents qui croyaient être 4 très fins, alors qu’ils ne faisaient qu’énerver une cause ta juste. (1) Ensuite, le parti démocrate est franchement 4 anticlérical. Son action énergique a déjà remporté des À C’est sur ce combat entre le parti de l’avenir et les 7 forces du passé qu’il est nécessaire d’insister. La ques- Nue tion est d’importance capitale. Les Polonais se laisse- a ront-ils traîner à la remorque par le Centre ou bien au sauront-ils s”émanciper, pour marcher, indépendants et ‘a forts, à la conquête des droits modernes? Dans le té premier cas, ils pourront remporter quelques victoires 1 électorales, maïs leur action se limitera à des conflits 0 locaux; ils ne seront qu’un des partis prussiens, et. ù à nécessairement un des moindres. Dans le second cas, ‘1e ; au contraire, leur action pénétrera les couches popu- 1 ; laires; elle dépassera les frontières, et se répercutant % en Russie et en Galicie, elle deviendra un facteur impor- | Fe tant dans le-grand combat entre la liberté et la réaction. ‘240 En réclamant toutes les libertés, cette politique ï échappera aux petites intrigues des politiciens; elle 0 sera vraiment nationale, et même plus que cela; elle 0 tendra à refaire de la Pologne le champion du droit à ! dans l’Europe orientale… Ce n’est encore qu’un rêve De d’avenir. Pour le réaliser, il est nécessaire que les Polo- ‘ nais d’Allemagne cessent de ne jouer un rôle que dans 1
() Voyez en particulier le Goniec Wielkopolski du 8 août 1gor. U
ne de la résistance du peuple polonais
la vie politique prussienne; il faut qu’ils marchent d’ac- 2
cord avec leurs frères de Russie et qu’ils entraînent la 1 pauvre Galicie, qui s’attarde dans un passé dange- k
à La politique pontificale, qui ne se soucie nullement N du droit des peuples, ne peut qu’aider les Polonais à À
secouer le joug clérical. Vis-à-vis des nationalités catho-
liques, l’attitude du Vatican a toujours été étrange. Fe S’inspirant de la parole de l’Écriture : « Rendez à César 4
ce qui est à César », la curie romaine s’attache trop X souvent aux puissants de la terre; pour les causes Ÿ
; vaincues, elle n’a que des conseils de résignation. 1 Lorsque l’Irlande, frémissante, se leva naguère dans un 4
| suprême effort, le pape, sollicité par le gouvernement 4 anglais, condamna le « plan de campagne ». Tant qu’il ‘1
. ne s’agit pas des droits de l’Église, Rome ne combat à pas. Dans son encyclique du 11 mars 1894 « Caritatis *
| Providentiaeque », adressée aux archevêques et évêques À
polonais, Léon XIII recommandait la plus complète 1
| chiennes et allemandes. %
En août 1905, Guillaume II profita de son séjour à
d Gnesen pour rappeler aux catholiques polonais, que
‘54 lors de sa dernière visite au Vatican, le vieux pape 4
% l’avait béni de ses deux mains, en lui promettant au 4
4 nom de tous les catholiques de l’Allemagne qu’ils À
5 seraient de fidèles sujets de l’empereur. Et Guillaume
ï (1) En Pologne russe, c’est le « Parti Socialiste Polonais » qui
f semble l’espoir de l’avenir. En Galicie, un mouvement démocra- 4 : tique commence à s’esquisser. Une étude sur l’état politique de la } F. Pologne russe et de la Galicie serait absolument nécessaire. Ne ” ; se trouvera-t-il pas un Polonais pour nous la donner ? Ê
signifia au clergé polonais que son devoir était de réaliser la promesse de Léon XIII. À Pie X suit là même voie. On se souvient de son | encyclique aux Polonais russes, de cette condamnation ù | de leurs aspirations les plus légitimes : 1 | Nombreux sont les maux qui afiligent la Pologne, et 1 nombreux les devoirs qui incombent à l’épiscopat et aux fidèles. Parmi ces maux, il faut ranger les partis subversifs ‘ qui exercent sur le peuple polonais une réelle terreur, au | grand dommage de la société. Il y a le parti des radicaux j nationalistes, qui excite les passions politiques et pousse le peuple à des excès qui ne peuvent que rendre plus grave la Ÿ bonté de l’empereur, à propos de son oukase du 30 avril. La sagesse de Nicolas IT! la bonté du tsar! De Fe pareilles paroles dans un tel moment ont quelque peu no scandalisé les Polonais. A { L’épiscopat allemand, dans les diocèses où il y a une Ki population slave, n’a pas non plus témoigné beaucoup sa de sollicitude pour les Polonais. Le cardinal Kopp, b prince-évêque de Breslau, s’est distingué particulière- 4 ment par son animosité envers les Polonais silésiens. (2) À En octobre 1890, il adresse un mandement aux ecclé- à siastiques de son diocèse, dans lequel il recommande 4 (1) Voyez Osservatore romano du 12 décembre 1905. Conférez bi: Temps du 14 décembre 1905. AIS ne (2) L’évêque de Breslau, le plus puissant prince ecclésiastique de Ke VPAllemagne, a aussi la Silésie autrichienne dans son diocèse et 1 Ê siège à la Chambre des Seigneurs autrichiens. En pays autrichien, “te il se montre beaucoup plus favorable aux Polonais qu’en Prusse. 10 Voyez sa réponse à la délégation du gymnase polonais de Teschen. 114 Kietz : Ouvrage cité, page 91. je
1 de la résistance du peuple polonais de donner l’enseignement religieux en allemand partout Le ù où cela sera possible. Lors des élections de juin 1903, il 4 lance, quelques jours avant le scrutin, une lettre pasto- à rale, dans laquelle il attaque violemment la presse hos- \ 4 tile au Centre, et en particulier les socialistes et les L : + . En Westphalie, l’évêque de Paderborn s’obstine à 1 L ! refuser des curés polonais aux nombreux Slaves établis 4 É dans les districts industriels. D’où un conflit aigu entre D: s l’évêché et le curé Liss, fondateur du Wiarus Polski et À défenseur des Polonais de l’Ouest. (1) Une entrevue ‘4 ; entre l’évêque allemand et le curé fut plutôt orageuse. V4 Ÿ Liss accusa monseigneur Simar d’avoir parlé des Polo- À 13 nais en termes méprisants, et maintint l’exactitude de 4 g sa relation malgré le démenti épiscopal. (2) À )4A Les Polonais s’indignèrent, et le mot d’ordre fut donné 4 4 de secouer la tutelle du Centre allemand : « Le Centre Le: h traite les Polonais comme des Ilotes. Entre les Polo- 4 al nais et le Centre, la paix ne peut régner qu’aux condi- 4 À tions suivantes : dans les affaires religieuses, unité; à 1 dans la politique, liberté; dans tout le reste, amour $ Le chrétien. » (3) Le Goniec Wielkopolski était déjà parti È _ en guerre : &« Nous combattrons toutes les manifesta- % 3 tions du cléricalisme international. Nous refuserons 4 1À l’obéissance passive aux autorités ecclésiastiques dans ; 1 le domaine des affaires laïques, si leurs ordres sont 1R contraires à la prospérité de notre peuple. » (4) Dans f À (2) Voyez Gazeta Torunska du 30 juillet et du 7 août 1901. : ES (4) Goniec Wielkopolski du 8 août 1go1. PER 4
: l’Ouest, le conflit était du reste déjà latent depuis oi 4 Dans l’Est, les catholiques allemands commencent à ‘À écouter les appels du parti hakatiste. En 1905, ceux de 0
la Posnanie organisent une fédération des sociétés catholiques allemandes, et le 7 janvier 1906, cette fédé- LPe
ration s’étend à toutes les provinces orientales. Son vi organe, la Revue catholique, prend une attitude de plus Fe
en plus anti-polonaise. (2) : 15
| Mais c’est en Silésie surtout que s’opère la scission 54 entre le Centre et les Polonais. La population y est À industrielle; elle se trouve d’autant plus facilement à
portée à l’anticléricalisme, qu’il n’y a pas d’aristocratie 4 polonaise dans la contrée. ‘5
avait déclaré ne rien devoir aux députés du Centre. (3) ; 1
De son côté, le Centre est habitué à considérer les “il circonscriptions électorales silésiennes comme des fiefs 18
. qui lui reviennent de droit. Il voit de fort mauvais œil 4 les progrès du polonisme. La Germania veut bien nu concéder la Posnanie aux Slaves, mais elle ne veut pas “tl ‘que ceux-ci touchent à la Silésie..(4) Les Polonais se Ë ‘1h plaignent d’être traités par les chefs catholiques de è a chrétiens de qualité inférieure. Le comte Ballestrem, ‘à
un des principaux députés du Centre, déclare dans un j discours public à Ratibor, qu’il faut frapper sur la 4
(à) Voyez le règlement électoral adopté par le comité polonais : 4
(2) Voyez Katholische Rundschau du 15 novembre 1905 : Weck-und À
| Mahnruf. Conférez Ostmark, XI, 2, pages 16-17. ‘à ni 56 () Voyez Gazeta Robotnicza du 3 mars 1go7. \ es | ù x Voyez la réponse polonaise dans l’Orendownik du 5 décembre 4
“Æ de la résistance du peuple polonais bouche les agitateurs polonais. En 1897, il refuse de L recevoir la demande d’ane société polonaise, parce
i qu’elle n’était pas écrite en allemand. (1) 4 La presse polonaise cesse d’appuyer ceux qu’elle 4 | appelle les « germanisateurs catholiques ». « Le peuple a hs pu se convaincre, dit un journal de Posen, que la domi- 4
nation du Centre dans la Haute-Silésie absolument J
polonaise est une prétention ridicule. » (2) Les Dziennik l:
Berlinski éditent un pamphlet anonyme contre le parti
catholique. (3) En octobre 1901, un appel électoral est à
répandu à profusion en Silésie; on y invite les électeurs 4
à ne donner leurs voix qu’à des candidats polonais. (4) D
se Le Xatolik lui-même, jusque-là organe clérical, conseille à
_ de nommer, quand c’est possible, un catholique qui soit hi
( de nationalité polonaise. (5) Devant ces attaques, le %
174 Centre se décide à créer à Ratibor des journaux polo- à
nais qui lui soient soumis : le Xuryer Gornoslaski, ‘1
| subventionné par l’évêché, (6) et l’Opiekun katolicki. 4
‘4 Mais il était trop tard, et ces deux feuilles restèrent 4
| sans influence. 4
Les élections pour le Landtag ne tardèrent pas à 18
À montrer tout ce que perdait le Centre en dédaignant 1
“ les voix polonaises. |
On vit, fait inouï, le Xatolik faire alliance avec les 7:10
!: radicaux et recommander l’abstention à tous les élec- |
(1 Voyez Ostmark, II, 7, page 51. Devant l’attitude des Polonais, |
: il change un peu de langage. Voyez Kietz : Ouvrage cité, page 91. ‘JA | 6) Katolik du 5 novembre 1got. 414 ï (6) Ce journal paraît actuellement à Kônigshütte, sous le titre de f
teurs polonais. Dans la circonscription de Pless-Rybnik,
le Centre parvint à garder deux sièges sur trois, grâce
aux scrupules de quelques Polonais, qui n’osèrent
s’abstenir. Mais il perdit, au profit des candidats natio- [
naux-libéraux, les deux sièges de Beuthen-Tarnowitz. |
La leçon était d’autant plus sensible, que cette dernière ik
circonscription était l’ancien fief électoral du comte |
Ballestrem, l’ex-président du Reichstag, nommé depuis ;
à la Chambre des seigneurs.
Le 6 octobre 1904, nouvelle élection au Landtag dans
la circonscription de Pless-Rybnik, par suite de la mort À
du député Dr. Moritz, qui appartenait au Centre. Grâce V2
aux Polonais, le candidat catholique échoua. Ce fut un à
conservateur qui fut élu. (1) k
En 1903, aux élections pour le Reichstag, les Polonais fé
avaient remporté une victoire signalée dans la circon- “à
scription silésienne de Kattowitz-Zahrze, qui de 1874 à
1903 avait été représentée par un membre du Centre. L
à Grâce à l’appui des socialistes, M. Korfanty, un des à
chefs du mouvement polonais anticatholique, lem- d
porta. (2) Son élection fut cassée, mais le 12 octobre ï
190b, sa victoire fut éclatante. Alors qu’en 1903, il
n’avait été élu qu’au scrutin de ballottage et seulement if
| par quelques centaines de voix de majorité, il fut nommé !
cette fois au premier tour par 23.208 voix, tandis que ik
son concurrent du Centre n’en réunissait que 9.102. (3) À
(1) La leçon semble avoir profité au Centre. Le 24 août 1905, lors il $ |
de lélection au Landtag pour le cercle d’Oppeln, il s’entendit avec Fu
| les Polonais. Le candidat, M. Abramski, était curé, mais de natio- a
nalité polonaise. Il fut élu. F5
(2) Conférez Wierny : Les partis politiques en Pologne, dans le :
Courrier Européen du 6 janvier 1905. se
(3) Le candidat socialiste, Morawski, un Polonais, obtenait F4
4.778 voix; le candidat allemand, Dr. Voltz, 7.610. os à
Î de la résistance du peuple polonais 1) x Le parti clérical jouait de malheur. Peu de temps ‘ après, M. Krolik, député au Reichstag pour la circon- N
scription Beuthen-Tarnowitz, sortait de la fraction du ) Centre pour entrer dans le groupe polonais. (1) « . La défection des Polonais est un grave danger pour } le Centre, spécialement dans la Prusse Rhénane où sk | l’élément slave dispose de quelques milliers de voix. Il M (*: est probable que le parti catholique cherchera une k À entente, mais il sera forcé d’abandonner la Haute-Silésie ‘4 1 aux Polonais. Et encore l’entente ne peut durer long- sh Ce qui devrait en outre pousser les Polonais à rompre 4 à } tout lien avec le cléricalisme, c’est l’intérêt évident qu’ils n
- ont à gagner à leur cause les Masoures luthériens de la M S Prusse Orientale. (2) Ils n’ont pas encore tenté un Bi E mouvement sérieux de ce côté. Et pourtant, comme le 1 à disait un petit journal masoure : « Il serait temps de 4 6 reconnaître que le Masoure évangélique est bien plus 3 ‘1 près du Polonais que l’Allemand catholique. » (3) Il y a ÿ eu des Polonais catholiques à l’esprit assez large pour E ‘à fraterniser avec leurs frères protestants. Au commence- À ! ment du dix-neuvième siècle, le prince Antoine Sul- n il kowski fut le protecteur et le bienfaiteur de la célèbre h Un école protestante de Lissa (Leszno). (4) Actuellement 4 & * les relations entre les deux religions sont devenues à (2) Les Polonais protestants des cercles d’Ostrowo, Schildberg et ‘1 Ki Adelnau, au nombre d’environ 16.000, restent fidèles à la cause M É nationale, ainsi que les élections le prouvent. Ceux des cercles ti silésiens de Wartenberg et de Kreuzberg sont plus exposés à a w l’influence allemande. M & (4) Voyez Krasinski : Histoire religieuse des peuples slaves, pages ‘2
À beaucoup plus difficiles, et ce sont les Allemands qui AL Le parti socialiste commence à se développer parmi 5e
les Polonais, surtout en Silésie. Il a encore fait peu i d’adhérents en Westphalie et dans le pays rhénan, De.
ï mais il est certainement destiné à y jouer un jour un 1 rôle important. (1) Pour l’instant, le mouvement socia- De
liste y est encore très timide et cherche à ne pas ï
j heurter les croyances religieuses des ouvriers polo- pit W nais. (2) Les grèves de 1905, où les syndicats socialistes | et les associations catholiques ont lutté côte à côte, 1e ont certainement dû exercer une influence profonde sur *à :
les. mineurs polonais. Malheureusement nous manquons ii
de documents pour pouvoir l’étudier. FA
Ce qu’il importe de noter, c’est que le parti socialiste 13 polonais reste un parti national, et qu’il est beaucoup À ‘à moins influencé par la social-démocratie allemande que so
par le Parti Socialiste Polonais de la Pologne russe, ‘
} qui place l’indépendance nationale parmi ses premières “.
| revendications. (3) En brisant avec le clergé et la bour- j geoisie, ce parti ne se désintéresse aucunement de la dl question purement politique. Il était représenté à la con- je férence de Paris, où les organisations révolutionnaires ù
de la Russie jetèrent les bases d’un programme commun. ! 1
Or, dans la déclaration de principes, les délégués de- à
. (à) Jusqu’ici, il n’y a qu’une seule société polonaise socialiste : ) |
S () Une brochure de propagande du parti est intitulée : Le socia- FR
liste peut-il aussi être catholique ? La réponse est naturellement 4
k affirmative. Voyez la traduction de cette plaquette dans Die Polen cut | im rheinisch-westfälischen Steinkohlenbezirke, pages 155-162. El À 6) Le parti « Social-Démocrate » polonais, bien que favorable à fi IA | lautonomie nationale, donne une importance plus grande aux ‘È
revendications d’ordre économique et social. 1
de la résistance du peuple polonais
- mandent entre autres : « Droit pour chaque nationalité 4 de décider d’elle-même; liberté, garantie par les lois, E.
| du développement national. » (1) La proclamation du À 28 janvier 1905, lancée par le Parti Socialiste Polonais, 4
finit par ces mots : « C’est avec ce mot d’ordre d’un À
; Parlement polonais à Varsovie, élu par le peuple, que ; nous entrons dans la grève générale. » (2) De même, K
; l’Association des socialistes polonais à l’étranger de- 4 4 mande la constitution de la Pologne en « république 4 C’est ce point de vue si naturel que les socialistes ‘| 4 allemands, Kautsky, Rosa Luxemburg en particulier, À L ne veulent pas comprendre. Pourtant il s’agit non seu- 18
4 lement d’une question dont il est impossible de se 4 | désintéresser sans porter atteinte aux principes fonda- 14 k mentaux de justice, il s’agit de la vie même du socia- 1 lisme en Pologne. Car il ne faut pas se le dissimuler, si (4
le parti socialiste polonais abandonne les revendications Û
nationales, il mourra tout simplement.
‘ Les théories allemande et polonaise se heurtèrent à 1
nombre de congrès internationaux, déjà à Zurich (1893) À
1 eut à ce sujet un vif conflit entre le citoyen Dascynski ù
| (1) Voyez l’article de Séménoff dans l’£uropéen du 3 décembre « 1
à 1904. Conférez Courrier Européen du 2 décembre 1904.
} (3) Voyez article de Wierny dans le Courrier Européen du l R Les socialistes polonais de Londres (meeting du 9 avril 1904) dr } prennent une résolution où se trouve cette phrase très nette : 21 ; « Attendu que le parti socialiste polonais ayant pour but politique N
l’indépendance de la Pologne et la débâcle du régime tsariste… » 30
et Rosa Luxemburg. (1) Cette dernière prononça les “I
paroles suivantes, qu’il faut citer à cause de leur gra- ‘4
vité et du danger qu’elles nous semblent renfermer :
Vous savez qu’il y a dans le mouvement socialiste polo- F
nais deux courants. D’une part, les socialisies purement
internationalistes, qui acceptent l’annexion, et qui veulent
} marcher la main dans la main avec leurs frères de tous les (4
pays, sans s’occuper du malheureux partage qui s’est opéré
entre la Russie, l’Allemagne et l’Autriche. Ce sont mes
amis et moi qui avons l’honneur de représenter cette fraction. D’autre part, les socialistes plus ou moins nationa- x
listes, qui suivent avant tout le plan utopique et fantaisiste
de la reconstitution de la Pologne. C’est précisément contre î)
cette utopie nuisible, contre cette tendance nationaliste que +
nous luttons énergiquement, convaincus que le prolétariat
n’est pas en état de changer la géographie politique et ca- |
Pitaliste, ni de reconstruire des États bourgeois, mais qu’il
est contraint de s’organiser sur les bases politiques exis- Ù
tantes, créées historiquement, pour réaliser la conquête du ,
pouvoir socialiste et la République sociale. (2) Ve
; La citoyenne Luxemburg a le mérite de poser la
question clairement. Voilà la théorie allemande dans
toute sa simplicité et toute son étroitesse. Une injustice
les conséquences fatales faussent encore actuellement à
la vie politique de l’Europe. Et il faudrait accepter :
cette iniquité ! et il faudrait se courber devant la force! ;
Pourquoi? Y a-t-il un argument solide, un seul, dans la 4
thèse défendue par le groupe allemand? Faut-il laisser en
s’accomplir l’écrasement d’une nation, parce que les
@) Voyez Compte rendu sténographique de la version française du cinquième congrès socialiste international. Cahiers de la Quinzaine. | Seizième cahier de la deuxième série. h
‘4 de la résistance du peuple polonais
ï bases politiques actuelles ont été « créées historique- 1
ment »? Quel est l’état, quelle est l’habitude, quelle est
‘la tendance, quelle est l’injustice qui n’ait été créée ! historiquement? Cela ne veut rien dire du tout. L’au-
l tocratie russe, la barbarie hamidienne, le capitalisme bourgeois aussi ont été créés historiquement. Si le pro-
Ë létariat n’est pas en état de « changer la géographie
ÿ politique et capitaliste », il est difficile de comprendre
j comment il pourrait transformer la vie sociale tout |
entière. Le mot « utopie » est vite lancé; ce n’est pas
Ë à un argument. Est-ce faire du réel internationalisme
que de dire à des millions de Polonais, qui ne veulent
#1 être ni Russes ni Prussiens : « Vous resterez Russes
4 et vous resterez Prussiens ? » — La vraie raison de
our l”aveuglement des socialistes allemands, nous craignons
% qu’il ne faille la chercher autre part, tout simplement
Eu dans l’égoïsme humain. Ne souffrant pas eux-mêmes
- de l’oppression nationale, parlant librement une langue
, respectée, les Allemands peuvent concentrer leurs .
efforts sur la question sociale. La question polonaise
4, les embarrasse et les gêne; elle vient compliquer la
lutte, c’est certain. Et alors, par un procédé simpliste,
on lui dénie le droit d’exister.
4” Mais la négation ne mène pas loin. Il y a des ques- fl
14e tions qu’on ne peut écarter d’un simple geste d’impa-
‘4 tience ou de dédain. Chaque fois qu’on a cru naïvement
À en avoir fini avec la question du droit des nationalités,
À elle a surgi de nouveau, ici et là, aiguë, vivante, nese
1 laissant pas oublier. Le droit des nationalités, c’est le
droit à la personnalité. Comment le nier ? Que ce soit
4 souvent une question épineuse, difficile à résoudre, soit.
Mais il faut tout de même la résoudre, selon la justice.
| Car c’est une question de justice tout comme la question & sociale; l’une n’exclut pas l’autre. Et voilà pourquoi ; 1
nous déplorons l’étroitesse des socialistes qui ne le com- Ne prennent pas. 4 L’avenir du Socialisme dépend de la manière dont il 4
abordera les questions de justice, toutes. Nous voyons ÿ
en ce moment le côté polonais ou allemand du pro- 1
blème, mais nous n’oublions pas qu’il est universel. ï
Lors de l’Affaire (il faut toujours y revenir), le socia- N lisme français n’a pu éluder le problème ; il a bien fallu ‘ prendre parti, car s’abstenir, c’eût été aussi prendre sh
parti. Le jour où le Socialisme, de propos délibéré, ù écartera une question de justice, en déclarant qu’il s’en Ÿ désintéresse, il se portera à lui-même un coup terrible. ‘#
Ce sont les forces obscures du sentiment de justice qui ke
lui donnent sa puissance. Des milliers d’êtres, qui n’ont 2 1%
jamais lu Marx et qui n’ont aucune notion exacte ll d’économie politique, sont socialistes avant tout par ‘4
idéal, c’est-à-dire par besoïn de justice. Repoussez-les, à
et le socialisme actif, pratique, aura vécu; car lui aussi ‘à
| est un Bloc. Il ne restera qu’une théorie et des chiffres, à:
JE c’est-à-dire du vent. 2
Les Allemands semblent être les seuls à ne pas com- | a
É prendre l’importance du facteur national. Pourtant les à
| organisations socialistes qui l’ont négligé s’en sont tou-
jours mal trouvées, et leur attitude a provoqué des scis- v 4
sions. (1) Il était impossible que les socialistes polonais . & () C’est ainsi que le « Bund » est sorti du parti socialiste russe. {
0 Voyez Eberlin : Les partis juifs en Russie. Cahiers de la Quinzaine. ie Sixième cahier de la sixième série, pages 51-53. { ji
En Autriche, le congrès de Brunn (1897) a sagement fait de ne (4
| pas dédaigner les questions de nationalité. “10 Jaurès lui-même a dit à la Chambre (15 décembre 1905) ces paroles, He. de
x 4 de la résistance du peuple polonais ne fussent pas forcés de quitter leurs camarades allemands : leur route est différente. Le congrès de Dresde (1903), en adoptant la résolution de Rosa Luxemburg, a abouti à la constatation officielle de la ( Ainsi, tous les partis polonais de l’Allemagne, quelle que soit la différence de leurs opinions, depuis les nobles du parti conservateur jusqu’aux socialistes silésiens, | sont unis dans un but commun, la restauration de la | liberté nationale. La fusion avec les partis allemands, | Fi qui se produit en Alsace-Lorraine, n’est pas possible 1 ñ dans les provinces orientales. Politiquement, et malgré 4 ë toutes les divergences, les Polonais forment une masse ; à Il a fallu bien des années pour arriver à ce résultat. ; Il y a cinquante ans, la Silésie dormait encore, et le { 4 paysan posnanien lui-même ne connaissait guère, à côté À de ses intérêts matériels, que des aspirations reli- L i gieuses. S’il en est autrement aujourd’hui, le peuple À : polonais le doit en grande partie à la presse. On ne | saurait exagérer le rôle qu’elle joue. Les journaux polo- 4 nais ont été, avec les associations, le grand moyen 4 d’éducation pour la nation. Comme le dit un journal À | galicien, « ils ont fait office à la fois d’Université, É ; d’école, d’organisation politique, de parlement national et de régulateur de toutes les aspirations communes ». (2) fà qui sont la contradiction absolue de la théorie allemande : « La ” révolution est le suprême essor vers la liberté des individus. Pour | à obtenir cette liberté, il faut done que les nations ne soient pas À dans l’esclavage. » à à (1) Voyez Le Congrès de Dresde, Cahiers de la Quinzaine. SeiD. zième cahier de la cinquième série, pages 72-79 et page 171.
& Ces journaux trouvent de plus en plus de lecteurs; il k
0 naît chaque année de nouveaux périodiques. (1) Souvent, te
l le journal est l’unique lecture du paysan ou de l’ouvrier
| polonais; on se réunit à plusieurs pour le lire en !
|; commun. L’esprit qui anime la grande agglomération
industrielle de la région de Bochum serait certainement
tout autre, si le Wiarus Polski n’avait pas existé. Les nt
ñ suppléments littéraires que publient beaucoup de jour-
à naux sont admirablement adaptés au caractère du ;
(À peuple. On y trouve ce mysticisme qui nous déconcerte ï
| parfois, mais qui est si cher, à l’âme polonaise. Fré- :
( quentes sont les poésies comme celle-ci, que nous don-
ù nons à titre d’exemple, et qui rappelle un peu les
À fameuses Litanies du Pèlerin polonais de Mickiewiez : }
(d’après le Pater) NV
ï Notre père, qui êtes aux cieux, ‘4 |
f Regardez vos fils qui succombent dans le combat. f
1 Que votre nom soit sanctifié, C’est notre cri, 1
ne Bien que notre cœur blessé soit près de mourir dans nos poitrines. j}
1 Notre père, lorsque l’ennemi offense votre nom, x
6 Et que des douleurs terribles nous oppressent, 4
k Nous crions, irréductibles, sous le poids de nos chaînes : +
j) Seigneur, que votre Règne vienne. » 11
ni (1) Le premier juin 1900, paraît à Krotoschin une nouvelle feuille, 4)
” le Chorongiew (drapeau) ; un mois après naît à Wongrowitz le :
a Palucsanin. En 1902, paraît en Silésie le Gornoslonzak. A Danzig, il
1 il »y a pas moins de trois journaux polonais : Gazeta Gdanska, |
i 1 En 1906, se fonde à Brème la Bremia, qui s’adresse spécialement ï
1% Ne pas oublier que certains journaux galiciens, spécialement le
AN Lech, sont très lus en Prusse.
| | _ de la résistance du peuple polonais 1 Pour l’océan de nos malheurs donnez-nous une goutte deconsolation. ; À : Permettez-nous de résister, nous, vos chevaliers. $ Ü à Pardonnez-nous nos fautes, nos anciens péchés, ‘À ns De même que nous pardonnons sincèrement à nos ennemis. 1 4 Aujourd’hui, où la voûte de votre ciel s’obscurcit, ‘4 Hi Où depuis un siècle nous pleurons sur les tombeaux de nos pères, À x, ; Ne nous induisez pas en tentation, 4 L Mais délivrez, par une parole sacrée, notre chère patrie. (1) < 1 { { De pareilles paroles, incessamment répétées, unissant ne l’idée religieuse à l’aspiration nationale, se gravent pro- 14 V fondément dans l’âme mystique du peuple polonais. Ces ÿ 58 poésies, avec la vie de Kosciusko, quelques chants r.
- patriotiques et tout au plus quelques vers de Mickiewiez, d: h forment toute sa littérature. K d Et c’est ainsi que l’idée nationale fait son chemin % f malgré toutes les armes dont dispose le gouvernement ke: (x) Voyez la traduction allemande complète de cette poésie, dans #1
Celui-ci poursuit depuis quelques années une politique É administrative très ferme, visant nettement à l’écrase- \ ment des Slaves. Cependant son action, comme nous le nue | verrons, ne suffit pas aux pangermanistes, qui récla- ; $ ment toute une législation nouvelle, de manière à } | étouffer l’influence polonaise jusque dans ses manifes- 14 | tations les plus légales. ; La politique ecclésiastique prussienne a été longtemps ME | hésitante. Elle est rendue plus difficile par le nombre is Hu relativement grand des circonscriptions diocésaines des Ÿ h provinces orientales et par leur bizarre enchevêtrement. ê à L’évêque de Warmie, dont le siège est à Frauenburg, nt Nr. exerce aussi sa juridiction sur Elbing, Marienburg et FA à Stuhm, qui sont en Prusse Occidentale. Celui de Kulm i FN (Chelmno), qui réside à Pelplin, est suffragant de É L l’archevêque de Posen. Son autorité s’étend sur la plus 4 “ grande partie de la Prusse Occidentale, maïs aussi sur de À le cercle rural de Bromberg (Posnanie), sur trois cercles à hi poméraniens (Lauenburg, Bütow et Rummelsburg), ne | _ enfin sur le diaconat de Pomésanie (cercles de Neïden- à | burg et d’Osterode), en Prusse Orientale. LR. ’ L’archevêque de Posen-Gnesen est le chef ecclésias-
de la résistance du peuple polonais “4 tique de la Posnanie (moins le cercle rural de Bromberg), À:
; du cercle de Deutsch-Krone et d’une partie de celui de (4 Thorn, en Prusse Occidentale, enfin de deux cercles h poméraniens (Neustettin et Dramburg). Quant au 4 prince-évêque de Breslau, son autorité s’étend sur ÿ presque toute la Silésie prussienne (1) ainsi que sur la à
Les sièges de Warmie, de Kulm et de Breslau sont 1
; occupés par des évêques allemands, qui sont des auxi- à liaires précieux pour le gouvernement. (2) L’archevêché 1
de Posen seul était, hier encore, administré par un 6,
Polonais. En admettant un Slave sur le siège de saint 1 Adalbert, le gouvernement avait espéré grâce à lui tenir l
| le clergé posnanien dans sa main. (3) L’influence de l’ar- 4
| _ chevèque de Posen est immense. Bien qu’il n’ait plus | droit au titre de « primat de Pologne », (4) les paysans {
| polonais le considèrent en quelque sorte comme le ‘4
représentant officiel de la nation. (5) Stablewski, le der- À
nier archevêque, avait évidemment une position déli- ;
: cate, souvent difficile. Il cherchait à tenir la balance L (:) Moins l’archi-presbytériat de Katscher, qui dépend de lar- 4 chevêque d’Olmütz, et le décanat de Neurode, qui fait partie de L
| l”archevêché de Prague. 4
| (2) L’évêque de Kulm interdit dans son diocèse un cantique dont à |
4 la mélodie était celle d’un chant national polonais. (Voyez Gazeta 1
“Ta 6) L’archevêque précédent, Dinder, étant Allemand, manquait 4
f absolument d’autorité sur son clergé. À
\ (4) En 1805, ce titre passa à l’archevêché de Varsovie. L’archevêque É de Posen-Gnesen reçut en échange le titre honorifique de Legatus
: 6) Lors de son passage à Grätz, en 1896, l’archevêque put lire ’
À une inscription de bienvenue portant ces mots : « Salut au primat ». ‘0
| (Voyez Ostmark, I, 12, page 102) Son passage à Opalenitza donna A
4 lieu à une petite émeute contre le commissaire de district. (Voyez !
k assez égale entre ses administrés des deux nationalités. Il recommandait à ses prêtres d’avoir le même Il amour pour leurs paroissiens, qu’ils fussent Polonais ; : où Allemands. (1) Grand seigneur, aristocrate de naisN sance et de cœur, aimant le faste, il était en assez, : | bonnes relations avec l’Empereur. (2) Mais il ne pouvait Û | oublier qu’il était Polonais, ni que son influence réelle | dépendait de son adhésion, même tacite, aux aspirations | nationales. Il lui est arrivé, lors des élections, de prendre | parti et de désavouer un candidat germanophile. (3) | Il est peu probable que, d’une manière générale, le | gouvernement consente à laisser occuper de nouveau le siège archiépiscopal par un Polonais. La nomina- / | tion de l’archevêque est réglée par le Breve quod de Jfidelium. Les chapitres de Posen et de Gnesen proposent une liste de candidats au gouvernement, mais | | le consentement du roi est réservé. (4) Les deux cha- : pitres ont eu jusqu’ici une majorité polonaise. Mais l rien ne dit qu’il en sera toujours ainsi. Les 14 chanoines À (8 pour Posen et 6 pour Gnesen) sont nommés d’une façon singulière et archaïque. Le roi a droit de nomination aux canonicats devenus vacants pendant les | mois impairs, l’archevêque à ceux devenus vacants ) Ù pendant les autres mois. (5) Il n’y,a donc pas impossi- À bilité, si les circonstances sont favorables, à ce que le ; gouvernement s’assure d’une majorité allemande. (6) (2) Voyez la lettre que lui adressa l’empereur en janvier 1906. | ‘h (Temps du 8 janvier 1906) ! (4) Voyez Zorn : Xirchenrecht, page 311. il 1 283 14
1 Même pour la nomination des simples prêtres, l’État L ? n’est pas complètement désarmé. Les lois du 11 mai
k 1876 et du 29 avril 1887 confèrent à l’Oberpräsident le 4 #18 droit de s’opposer à toute nomination définitive à une 4 cure, et contre les exclusions possibles il n’y a droit de À
recours qu’auprès du ministre des cultes. Seulement + il reste toujours à l’archevêque la ressource de faire 1
ep des nominations provisoires. « 4
| En réalité, ce ne sont pas les textes de lois qui man- 1
$ quent au gouvernement. Il est paralysé dans sa poli- J
} tique religieuse par le spectre du Kulturkampf. ‘à
Il en est autrement de l’administration proprement 4
à dite. Là, l’influence gouvernementale peut se donner |
re libre carrière. (1) Il va sans dire que les fonctionnaires L’
k ‘ de toute catégorie sont considérés comme devant être 4
, À des agents directs de germanisation. La neutralité,
F0 qu’on leur demandait jadis, n’est plus de mise. Ce :
k qu’on attend de leur obéissance, une circulaire minis- F.
: térielle l’indique clairement : -
ie Il incombe aux fonctionnaires de fortifier par leur exemple f
à l’esprit patriotique et de seconder les efforts de la popula-
| tion allemande dans ce sens. (2) L
: Ce qui veut dire : ne pas parler polonais; entrer, si ‘
ke possible, dans l”Ostmarkenverein, et surtout ne pas 4
VA épouser une Polonaise. L’administration n’hésite pas à 1
3 frapper ceux de ses agents qui ne lui semblent pas À
3 assez conscients de leur mission politique. Nous voyons |
A (1) Sur la politique administrative, voyez surtout Herr : Ouvrage 4
L cité, et Massow : Ouvrage cité, chapitre xn.
(2) Voyez la circulaire dans Deutscher Reichsanzeiger du 12 avril “à
l un employé de chemin de fer congédié, parce qu’il a |
| ji demandé que son fils reçoive l’instruction religieuse en
| polonais. (1) L’Ostmarkenverein pétitionne afin que
} ceux des employés subalternes des postes qui sont
d’origine polonaise soient envoyés dans des régions
purement allemandes. (2) Et M. de Podbielski entre
pleinement dans cette voie. Interpellé au Reichstag
(31 janvier 1900), par le député Jazdzewski, il répond : jl
« J’attends de ces fonctionnaires qu’ils amélioreront ’
leurs sentiments, lorsqu’ils verront hors de chez eux
À ce qui est nécessaire pour faire un bon employé postal Û
budget prévoit encore une allocation spéciale pour les
fonctionnaires allemands qui apprennent le polonais. à
: Les hakatistes, qui trouvent dangereux qu’un fonc-
. tionnaire comprenne une autre langue que l’allemand, :
sont du moins plus logiques. (3) ÿ
On a proposé parfois de changer complètement l’or- à
ganisation provinciale, soit en formant de toutes les 1
parties polonaises du pays un gouvernement particu- ih
lier, fortement centralisé et plus facile à surveiller; ÿ
| soit au contraire en supprimant la Posnanie, pour la é
| partager entre les provinces limitrophes. Ces projets à
ont été repoussés comme étant des remèdes dange- al
reux. Dans le premier cas, en effet, ce serait donner J
aux Polonais l’unité administrative qui leur manque ; j:
‘4 de la résistance du peuple polonais
dans le second, ce serait renforcer l’élément polonais
- en Silésie et en Prusse Occidentale. 1 Par contre, il peut être avantageux pour la germani- 4
sation de diviser les cercles à majorité polonaise, de |
manière à en faciliter la surveillance et l’administra- À
tion. Des changements importants ont été faits. Les à
cercles de Beuthen (1873), Konitz (1874) et Inowrazlaw 1 È (1886) ont été divisés. La loi du 6 juin 1887 n’a pas créé 1 A moins de dix-sept cercles nouveaux en Posnanie et en à ; Prusse Occidentale. Du côté hakatiste (Herr), on vou- À ’ drait que l’on fit de nouveaux partages. Il s’agirait de ] 4 diviser, en Prusse Occidentale, les cercles de Preussisch- 4 | Konitz, Flatow et Schlochau; (x) en Posnanie, ceux de 4 Hohensalza) et Wongrowitz. De plus, il faudrait créer ù de nouveaux districts de police, ce qui a déjà été fait ? | en 1901 dans les cercles de Neutomischel et Schmie- d: k Dans la vie communale, les Polonais ne peuvent L … 1
exercer qu’une minime influence, car l’administration | F4 locale est soumise à des restrictions telles, qu’en réalité # | les libertés communales sont un leurre. (3) Le droit ji. } à (1) Dans ces deux derniers cercles, les Polonais sont en minorité l k (26 ojo et 13 o/o), mais ces circonscriptions sont excessivement { ji grandes (152.629 et 213.660 hectares), ce qui complique la tâche du À ‘i €) Voyez Amisblatt der Regierung in Posen, 1901, pages 324 et 1 e (3) A consulter sur l’administration locale : Flandin : Znstitutions 4
- politiques de l’Europe contemporaine. Allemagne, pages 196-209 (très A ‘f insuffisant). — Oscar Pyfferven : L’électorat politique et adminis- 2
administratif prussien est extrêmement compliqué : ilne “14 varie pas seulement de province à province, mais encore ; ; souvent de commune à commune. (1) D’une manière { générale, les citoyens fortunés sont favorisés au détriment des pauvres, ce qui restreint considérablement les : droits de la population agricole polonaise. Le vote plural existe, et l’électorat local est resté censitaire. Pour | ‘avoir droit de vote, il faut, dans la plupart des com- à munes rurales des provinces orientales, posséder au
moins un revenu annuel de 900 marks ou, avecunrevenu-
de 660 à 900 marks, payer du moins des impôts com-
\ munaux. Les électeurs sont divisés en trois classes
ayant une force électorale équivalente, chaque classe
représentant le tiers de la totalité des impôts. En outre, !
le vote est public, ce qui permet à l’administration !
d’exercer une pression sur les électeurs. L’organisation
des « Gutsbezirke » est aussi très favorable à l’action
Un « Gutsbezirk » est une grande propriété domaniale ; constituant une commune à elle seule, et administrée politiquement et civilement par son propriétaire, Or, ce À
droit d’autonomie, le roi peut le conférer à un domaine ”
y Le choïx du bourgmestre et de son adjoint doit être 4
$ approuvé par le gouvernement, qui peut refuser son !
wi Monarchie. — Von Stengel: Wôrterbuch des deutschen Verwaltungs- nl
Ë rechts. — Otto Mayer : Le droit administratif allemand, édition
be française par l’auteur, 4 volumes. Paris. (Giard et Brière)
4 () La loi du 30 janvier 1900 wa pas imposé l’uniformité. Elle
a permet, dans de certaines limites, aux conseils communaux, de
DE modifier les conditions du droit de suffrage,
de la résistance du peuple polonais l approbation quand il lui plaît et pour des motifs purement politiques. (1) Avec cette législation, il est étonnant de trouver: j encore quelques maires polonais. (2) Du reste, le à gouvernement peut toujours retirer l’administration locale à l’assemblée élective, pour la remettre entre les mains de commissaires spéciaux. (3) Dans les communes rurales, le bourgmestre peut ajourner toute décision de | l’assemblée communale, lorsqu’il est d’avis que cette 11 décision est contraire au bien général; et si l’assemblée maintient son vote, il peut en appeler au Comité du î cercle. (4) Herr, le juriste hakatiste, qui a le mieux j étudié les questions de politique administrative, trouve ÿs ‘que cette législation n’est pas encore assez restrictive. | 1 Il ne lui suffit pas que le gouvernement ait le droit de ù dissoudre les assemblées électives et de différer les | nouvelles élections jusqu’à six mois après la dissolution \ pour les communes urbaïnes, (5) jusqu’à six semaines pour les communes rurales; (6) il voudrait voir conférer “ le droit de dissolution au gouverneur de la province et faire ajourner les élections à deux ans. ; Il voudrait soumettre la plupart des communes ur- | baïnes, comme les communes rurales le sont déjà, à la (1) Dans les grandes villes, le bourgmestre est du reste en général . f un fonctionnaire de carrière. À noter encore, que l’« Amtmann » ou bourgmestre qui est à la tête d’un bailliage (groupe cantonal) à est nommé à vie par le gouverneur de la province. (2) Sur le bourgmestre d’Uscz, voyez Ostmark, I, 6, page 42 ; sur | celui de Malin, voyez Kietz : Ouvrage cité, page 66. Â à ï (3) Article 33 de la « Städteordnung » du 30 mai 1853. (4) Article 88 de la « Landgemeindeordnung » du 3 juillet 1891. 65) Article 79 de la « Städteordnung » du 30 mai 1853. ) (6) Article 142 de la « Landgemeindeordnung » du 3 juillet }
surveillance du « Landrat » et donner à l’action de ce fonctionnaire une latitude plus grande, en ajoutant à la û loi l’article suivant : fi Dans la province de Posen et en Prusse Occidentale, cette surveillance s’étendra à la protection et au progrès du ger- ; manisme (« Deutschtum ») contre les tentatives de polonisation. A notre avis, cet article n’ajouterait pas grand chose à une législation hypocrite, qui donne déjà à l’État tous les droits. b Le gouvernement a pris soin d’avoir dans sa main | les assemblées de cercle (« Kreïstage ») et les Comités permanents (« Kreisausschuss ») qui en émanent. La Posnanie a été exclue de la plupart des dispositions de : la QKreisordnung » de 1872 et de la « Provinzialordnung » de 1875. (1) La loi du 19 mai 1889 a encore renforcé l’autorité de l’État, en permettant au gouverneur provincial d’élire les membres des comités de cercle, que les assemblées n’ont que le droit de proposer. Herr demande que ces dispositions, particulières à la Posnanie, soient étendues aux cercles polonais de la Prusse 1 Les assemblées de cercle de la Posnanie sont composées des possesseurs de terres équestres (« Rittergutsbesitzer ») ainsi que des représentants des villes et des communes rurales. Les « Rittergutsbesitzer » ont chacun une voix, alors que les villes et les campagnes nomment U des délégués. Cette représentation donne naturellement (tr) La Posnanie est encore régie par la « Kreisordnung » du 20 mai 1828 et la « Provinzialordnung du 27 mars 184.
#4 de la résistance du peuple polonais si une prépondérance écrasante à la noblesse. Ainsi dans | A le cercle de Wongrowitz, les grands propriétaires ont } 55 voix, tandis que les villes ne nomment que 4 délégués à et les communes rurales 3. (1) C’est en vain que villes _ et campagnes ont réclamé une représentation plus “4 équitable. De peur de voir se former des majorités L polonaises, le gouvernement préfère laisser les choses “ Malgré tout, quelques cercles, où la grande propriété À polonaise est spécialement forte, envoient plus de Slaves À que d’Allemands au Kreistag. Aussi Herr propose que M le gouvernement ait le droit de dissoudre les assemblées 4 de cercle et de leur enlever la gestion des affaires pen4 dant six ans. (2) , . L’organisation du Landtag provincial repose sur les . à « “ mêmes bases étroites et archaïques que les assemblées J de cercle. Là aussi, nous trouvons les trois ordres : cn ordre équestre, villes et campagnes. x Le fisc, c’est-à-dire le gouvernement, jouit de plusieurs Le voix à ces États provinciaux, grâce aux achats de cer-
- tains grands domaines faits par la Commission de é, colonisation. Ce cumul enlève la représentation aux s Polonais, là même où ils sont en grande majorité. (3) j De plus, dès 1889, le gouvernement s’est fait octroyer le droit de dissoudre le Landtag. à En résumé, la situation est telle, que dans la vie poli-
() Voyez Berichte des Abgeordneten-Hauses, 1889. Volume I,
À page 660, cité par Herr : page 23. . V3 (2) Dans les anciennes provinces, le gouvernement s’est réservé { le droit de dissolution par Particle 179 de la « Kreisordnung » du
14 tique provinciale et locale, les Polonais n’ont rien à b espérer d’un self-government de façade. À Au Landtag prussien, leur rôle est un peu plus consiD |! Malgré le système détestable du suffrage, (2)le nombre ru î des députés polonais oscille entre 14 (en 1898) et 19 . k (1879). Maïs il est évident que contre la majorité gou- à vernementale, leur, influence est à peu près nulle. Ils : 14 peuvent tout au plus protester publiquement contre de ! l’oppression de leur nationalité. Dans les questions n ù religieuses, ils suivent naturellement le Centre, qui lui- f ! même n’est qu’une minorité. ÿ Au Reichstag seul, la fraction polonaise, malgré le M nombre relativement restreint de ses membres, peut “4 à parfois exercer une action qui n’est pas négligeable. Il À est déjà arrivé que l’appoint des voix polonaises ait été ii ï recherché par le gouvernement. On sait que le « parti ! dages. Toutefois ces cas sont rares. Le petit nombre L) des députés polonais les empêchera toujours d’être fi indispensables à une minorité ou à un parti, soit même | ls d’essayer une obstruction efficace selon l’exemple des ; Irlandais et des Tchèques. D’un autre côté, le groupe li polonais est gêné par le règlement intérieur du Reïchs- 1 à tag. Pour qu’il y ait débat sur une interpellation, il faut a qu’au moins cinquante membres le réclament. Or, les | ‘4 () ! y a quelques Polonais à la Chambre des Seigneurs : un s ( Radziwill, un Sulkowski, les comtes Kwilecki et de Koscielski. : 11 Mais il va sans dire qu’ils ne peuvent y jouer aucun rôle marKe: quant. ! à (Li 4 291 150
ÿ de la résistance du peuple polonais | Polonais n’ont jamais été plus de vingt. C’est ce qui ÿ L explique pourquoi ils sont forcés, dans mainte circon- | stance, d’avoir recours aux forces compactes du Centre. É Les Polonais soutiennent de leur vote, lorsque l’occasion | s’en présente, l’unique député danois dans ses revendi- À cations en faveur des populations du Sleswig septen- | trional. Ils sont naturellement hostiles à toutes les lois | | d’exception, et leurs voix se rencontrent souvent avec | 1 celles des socialistes. Ils ne votent pas systématique- À ment contre les crédits pour l’armée et la marine, mais, ) ces dernières années, leur opposition est devenue plus L régulière. En février 1905, ils ont été seuls avec les | socialistes à refuser les crédits supplémentaires pour | l’expédition du Sud-Ouest africain. À 1e Leur rôle consiste essentiellement à protester contre À . les mesures arbitraires destinées à écraser leur natio- L nalité. Et cette action, quelque platonique qu’elle | paraisse, n’est pas absolument stérile. Le Reichstag est ( | une tribune assez retentissante. C’est pour l’Europe, À c’est pour l’opinion publique que les députés polonais y h parlent. Par leur intervention, ils rappellent au monde | civilisé qu’il existe une question polonaise en Allemagne. | C’est déjà un résultat appréciable que d’empèêcher l’af- 1 freuse prescription de l’oubli. | En outre, les luttes électorales contribuent à maintenir | éveillé le sentiment national. Le tableau suivant (1) (1) Pour le détail complet des élections au Reichstag dans toutes | k les circonscriptions, il faut consulter : Dr. Fritz Specht : Die l | Reichstags- Wahlen von 1867 bis 1897. Berlin 1898 ; et le volume es 1903. Pour les avant-dernières élections, voyez aussi Hermann #l
1 montrera que les voix obtenues par les Polonais aux a % élections pour le Reichstag ont été sans cesse en aug- pi ; Nombre de voix Nombre 5 |. obtenues par de députés :Ve les candidats polonais WU H Dans plusieurs cercles, la position des Polonais est ù |. inattaquable. Il y a dix circonscriptions en Posnanie, k :‘” trois en Prusse Occidentale, (1) qui depuis 1874 n’ont le ‘4 * (1) En voici la liste, avec le nombre de voix obtenues en 1903 qi fi par le candidat polonais et par son concurrent le plus favorisé : i
1 jamais été représentées que par des députés polo- | ! 2 nais. Dans cinq circonscriptions de la Prusse Occi- 1 1 dentale, (1) une de Posnanie (2) et trois de la Haute- û ; Silésie, (3) la lutte est particulièrement chaude, mais l { les Polonais ont des chances de remporter la victoire. ) Ke Ils obtiennent en outre de fortes minorités dans quatre | ÿ circonscriptions de Posnanie (4) et une de la Prusse 1 Fe Occidentale. (5) Dans les deux circonscriptions de i ch Danzig, (6) les Polonais peuvent influer sur le résultat 2 RE des élections, à cause du grand nombre de candidats.
Neue Dans plusieurs cercles silésiens, le Centre est obligé 1 g de compter sur eux. (7) dE 1
- Dans le reste de l’Allemagne, les colonies slaves ‘à
‘ ont manifesté en votant pour des candidats anti- 4)
4 allemands. (8) En Westphalie et dans le bassin rhénan, ie
., la manifestation électorale fut grandiose et ne laissa ci
£ pas d’inquiéter les Prussiens. Les candidats polonais 4
s ( ») Ce sont les circonscriptions de Stuhm-Marienwerder, Rosen- ï
è (2) Wirsitz-Schubin ; actuellement représentée par un Polo- x
À ment représentée par un Polonais). 4
de (5) Schlochau-Flatow (5.617 voix polonaises en 1903).
( (5) En particulier dans les circonscriptions de Strehlitz-Kosel, 4 \ (8) Lors des dernières élections, il y a eu 832 voix polonaises 4 dans la quatrième circonscription de Berlin, 589 dans la sixième, pr 1 815 à Teltow-Charlottenburg. Même à Breslau, même à Rostock 1 e (Mecklembourg) des candidats polonais ont obtenu quelques i
_, Essen, 2.881 à Duisburg-Mühlheim. C’est-à-dire qu’en … | VAR 4 pleine Prusse allemande, les Slaves firent bloc avec en 4 Une augmentation énorme des électeurs polonais, tel ‘1
De: rien à changer aujourd’hui à une étude arrêtée pour le | mois d’avril de l’année dernière. Cette année, — année À! | d’élections, — la crise polonaise est devenue plus ù | aiguë encore et plus violente. is Sans entrer dans les détails, nous voudrions ajouter À
l ici quelques mots, pour résumer les événements récents. ‘ à Il est inutile de dire que les efforts polonais ne se ÿ | sont pas ralentis. La « Straz » a prouvé qu’elle était il 4 une excellente organisation de combat. F. | En juillet 1906, c’est-à-dire un an seulement après sa U fondation, elle comptait déjà environ vingt mille : membres et avait encaissé 18.430 marks. Le vaste mou- ji 1 vement que cette société a continué à provoquér s’est È. manifesté entre autres par plus de cent réunions 4
$ publiques. Sa dernière création est une sorte d’école
d’orateurs, destinée à fournir à la cause nationale des FA
à, (1) Une société s’est aussi fondée dernièrement dans le but spé- MAL
Vi cial d’organiser des réunions publiques. Elle s’intitule « Towar- |
F. Il est vrai que, d’un autre côté, le parti socialiste D
À polonais s’est rapproché des socialistes allemands. 4
\ Dans le congrès qu’il a tenu à Kattowitz (avril 1906), il À
| a décidé de se réconcilier avec le grand parti allemand, : ÿ
ë, dont il adopte le programme. Mais il garde son organi- 3
3744 Les Allemands n’ont pas plus désarmé que les Polo- J
ë nais, cela va sans dire. L’Ostmarkenverein continue à ‘
4 mobiliser les partisans de la germanisation brutale. (1) 4
11 En août 1906, les hakatistes ont célébré une grande 1
e fête à Marienburg. Ils furent récompensés de leur loya- ;
% lisme bruyant par un télégramme de l’empereur ainsi jh.
: re que par les encouragements du chancelier. La commis- 1
f sion de colonisation poursuit son plan savant. Toutefois 4
_ ‘elle se heurte aux mêmes difficultés : refus des Polonais D
4 de vendre leurs terres et augmentation incessante du ne
< prix des terrains. (2) Aussi les hakatistes ne cessent-ils 1
” de demander qu’une loi accorde à la commission le
droit d’expropriation. Le gouvernement est résolu, de
5 son côté, à proposer au Landtag un projet de loi, qui à
F sera sans nul doute une nouvelle atteinte à la liberté. 4
; Le discours du trône, prononcé en janvier dernier par 4
|. le prince de Bülow, est gros de menaces pour les Polo.
Ê nais. Il contient en effet ces paroles : 4
W La situation dans les provinces orientales montre plus 1
: que jamais que la mission historique de la Prusse de ren- 4
à forcer les tendances germaniques dans ces provinces
| (1) A la date du premier juillet 1906, cette société comptait 11
: 406 sections et 40.520 membres. Ne:
(2) D’après le rapport officiel de la Commission de colonisation 10
au Landtag, l’hectare, qui coûtait en moyenne déjà 1.025 marks en 4
M demande les efforts les plus sérieux. Le gouvernement royal à | est d’avis que l’exécution énergique et tenace des mesures . destinées à la solution de cette question s’impose. Il sou- + à mettra à la Diète un projet de loi en concordance avec cette À En attendant, le gouvernement montre par des actes ï la crainte que lui inspirent les sociétés de gymnastique . polonaises. Dernièrement encore (janvier 1907), il inten- ge tait un procès contre vingt-deux Polonais, parmi les- ch quels M. de Koscielsky, accusé d’avoir mis le parc de ÿ sa propriété de Miloslaw à la disposition d’une réunion ô fl sokoliste secrète. Il est vrai que, faute de preuves sufli- 4 santes, le tribunal de Gnesen a été forcé d’acquitter les 3 À Le 24 novembre 1906, la cause slave faisait une x. grande perte par la mort de l’archevèêque de Posen, M. de Stablewski. Le chapitre de Posen a élu comme À ; administrateur provisoire un Polonais, M. Likowski, 7 | coadjuteur du prélat défunt. Qui sera le successeur de É | Stablewski? Nous avons déjà expliqué l’importance de à cette question pour la cause polonaise. IL est certain À $ que le gouvernement prussien désirerait voir un Alle- 1 ) mand occuper le siège archiépiscopal. Il aurait songé, NE | dit-on, à l’évêque de Kulm, dont les tendances germa- tr: , nisatrices sont connues. Mais les chanoines de Posen- ; | Gnesen ne se le laisseront certainement pas imposer ) facilement. Peut-être, grâce à la politique du Saint-Siège, NE ti si favorable à la Prusse, trouvera-t-on un de ces com- f | promis dont Rome a le secret. Moyennant l’abandon de 4 la grève scolaire, peut-être l’empereur accepterait-il un # 4 Polonais modéré. La solution, quelle qu’elle soit, méri- k l tera d’attirer l’attention. à
ï Le fait le plus saiïllant de cette dernière année est 1 F incontestablement la grève scolaire. Non que les petits |: Polonais se refusent à aller à l’école; ils se bornent à ! demander l’instruction religieuse dans leur langue et à 1
ne pas répondre aux questions qui leur sont adressées 1 k en allemand. Mais cette simple attitude met les auto- À
- rités scolaires et le gouvernement lui-même dans une
| position singulièrement désagréable. IL y a quelque ri- 1 | dicule à mettre les inspecteurs et les « landräte » sur L j les dents, à charger le rôle des tribunaux, à compulser À
| des circulaires, tout cela pour briser la résistance Hr passive de jeunes enfants. Et l’odieux de cette lutte 4 b bizarre donne au gouvernement un rôle peu élégant. | Les fouetteurs de Wreschen n’osent plus recourir aux 4
coups. Mais les moyens de répression n’en sont pas ;
ta plus beaux. Les élèves récalcitrants sont mis régulière- 1 ment aux arrêts; on les place d’office dans des classes 1 inférieures, de manière à prolonger inutilement d’un an L
| ou deux le temps qu’ils ont à passer à l’école; on leur ; / supprime les congés. Les communes polonaises ont à 1 | supporter les frais supplémentaires qu’occasionne la À grève des enfants. Les procès de presse, les confisca- 4 À tions d’affiches et d’appels, les condamnations de À parents se multiplient. Tous ceux qui poussent à la 1
grève sont déférés aux tribunaux. Le curé doyen de D L Gnesen est condamné à trois semaines de forteresse É { pour avoir, dans ses sermons, excité à la résistance. À ; Le tribunal de Lôbau (Prusse Occidentale) inflige un 4 à mois de prison à sept prêtres qui avaient signé une À 168 déclaration engageant les enfants à persévérer dans } ‘leur résistance passive. En Haute-Silésie, un négociant 1 hé est arrêté sous l’inculpation d’avoir encouragé la grève. 14
| Tout cela n’est rien en comparaison du terrible moyen | de répression trouvé par le tribunal de Zabrze. Des parents, dont les enfants ont, sur leur ordre, refusé de recevoir l’instruction religieuse en allemand, ont été privés de leurs droits paternels. (1) Les enfants leur ont été enlevés et placés dans des institutions spé- ciales. On voudrait espérer que ces juges n’ont pas d’enfants. En tout cas, des mesures aussi cruellement iniques révèlent un état d’âme effrayant. ï L’ « Ostmarkenverein » a trouvé son homme dans le ministre de l’instruction publique. (2) Une réunion de pères de famille polonais, à Gnesen, envoya au ministre, par l’entremise de deux députés au Reichstag, une protestation contre les arrêts infligés quotidiennement aux enfants. M. de Studt répondit que c’était la conduite des parents qui était barbare, et que, quant à lui, il continuerait à faire exécuter les règlements par tous les moyens autorisés par la loi. Naturellement les manifestations deviennent de plus en plus violentes. À Inowrazlaw, la maison de l’instituteur est bombardée de pierres. A Samter, une réunion publique, présidée par le comte Mielzynski, député au Reichstag, est dissoute par la police. De nouveau, l’attention de l’Europe est attirée sur la question polonaise. De Galicie, Sienkiewicz adresse une lettre ouverte à l’empereur (novembre 1906). Le Q) Le Temps (20 novembre 1906) a donné la traduction d’un de | ces jugements. à | (2) Voyez les félicitations du comité central de cette société dans Ostmark, XI, 11. Voyez aussi Die Wahrheit über den polnischen Schülerstreich, publié dernièrement par les soins de l”Ostmarken- s verein, et distribué à plus d’un million d’exemplaires. ÿ
| de la résistance du peuple polonais grand romancier représente bien l’opinion de tous les va ; Polonais, lorsqu’il dit : 5 | Les territoires incorporés à l’État prussien sont devenus 3 un enfer de souffrances, et ces souffrances, hélas ! n’ont fait ÿ 4 que grandir, s’aggraver sous votre règne. Les plaintes des 4 & opprimés non seulement retentissent sans écho, mais encore ;
L le gouvernement de Votre Majesté y répond par des lois É qui, même aux étrangers, paraissent des mesures de haine, l Ke de violence, on dirait de vengeance. (1) 4 fr La fraction polonaise du Reïchstag, mollement sou- à fe tenue par le Centre, a interpellé le gouvernement sur 1 _ l’internement des enfants prononcé par arrêt de tribunal. 4 5 Cette protestation n’eut, bien entendu, aucun résultat s pratique. Maïs elle fut hautement typique, parce qu’elle l L ” unit les représentants des partis qui ont eu ou qui ont 4 { encore à souffrir de la persécution gouvernementale. Le 4 vieux Bebel, se souvenant de l’ère bismarckienne et de 1 l’état de siège, exprima éloquemment, au nom des à à socialistes, son admiration pour la ténacité polonaise. À ‘à On vit un Alsacien et l’unique député danois du Sleswig 1 ÿ joindre leurs protestations à celles des Polonais. D ÿ Le gouvernement prussien semble attendre quelque À aide de la curie romaine. Jusqu’ici le Pape a évité de se “4 | (1) Traduction du Temps, numéro du 24 novembre 1906. M 2 (2) On sait que le cardinal Kopp est absolument opposé aux à 34 Polonais. Par contre, l’archevêque de Léopol a défendu la cause 1
- polonaise dans un rapport au cardinal Merry del Val. En janvier, | f la Correspondance politique de Vienne, ordinairement bien infor- . 5h És mée, annonça que le Pape ne désavouerait pas le clergé posnanien. À di Mais, d’après le Temps (premier février 1907), monseigneur Li- “3 4 kowski, administrateur provisoire du diocèse de Posen, aurait NE.
informé les’curés que le Pape désirait la fin de la grève scolaire. F
è ; Il se trouve évidemment fort gêné, car le clergé polo- | nais tout entier a pris parti pour la grève. , | L’archevèque Stablewski, se basant sur une décision ; du concile de Trente, avait demandé lui-même à plu- 3 | sieurs reprises le rétablissement de l’instruction reli- ; | gieuse en polonais, en particulier dans sa lettre pasto- x | rale du 8 octobre. (1) Ce qu’il y a de certain, c’est que | les Polonais feront bien de se rappeler l’attitude du Saint-Siège vis-à-vis des Irlandais et de ne pas attendre un encouragement de ce côté. ni Comme nous l’avons déjà fait remarquer, la persécution n’a fait, pour l’instant, que donner plus de force à qu la résistance polonaise. Les dernières ‘élections pour le ÿ Reichstag en ont donné une preuve éclatante. f | En 1903, les Polonais n’avaient vaincu que dans ci seize circonscriptions; cette année, ils ont vingt députés, Ë chiffre qu’ils n’avaient jamais pu atteindre jusqu’ici. } Tout en se maintenant facilement à Beuthen et à Katto- à witz, ils ont conquis trois nouvelles circonscriptions en Mr Silésie (Oppeln, Pless et Lublinitz) et une en Prusse (: Occidentale (Schwetz). A Thorn-Kulm, le candidat 4 % national-libéral n’a été élu contre le Polonais que par ÿ onze voix de majorité. à Dans la circonscription silésienne de Gross-Strehlitz- Ÿ nommé que grâce à l’appoint des voix conservatrices. (2) Si k .(1) Rappelons qu’en 1873, Stablewski, alors chargé de l’instruc- 2 tion religieuse au gymnase de Schrimm, préféra abandonner ses fonctions plutôt que de donner son enseignement en allemand. È (Voyez Achter Jahresbericht des Küniglischen Gymnasiums zu é __ (2) Il y a eu ballottage, en outre, dans les circonscriptions de À l Graudenz, Schlochau et Gleiwitz. 1
1 de la résistance du peuple polonais Les électeurs polonais de la Haute-Silésie ont aban- ‘donné le Centre, qui se trouve ainsi justement puni de 4 n’avoir pas mieux soutenu la cause de ses coreligion- b: . naires opprimés. Partout les Polonais ont vu augmenter - (4 le nombre de leurs voix dans de larges proportions. ni. | Dans la seule quatrième circonscription de Berlin, le J | candidat polonais a obtenu 1.295 voix. Dans les districts à industriels rhéno-westphaliens, les Polonais ont réuni 3 au premier tour plus de vingt-six mille voix. (1) ÿ , C’est ainsi que la population slave de l’Empire alle- À ; mand a manifesté une fois de plus sa volonté de ne pas k (r) D’après la Xôlnische Zeitung, elles se décomposent ainsi : À (2) Pour compléter la bibliographie du sujet, nous attirons l’at- ‘1 É tention sur les publications suivantes, parues dans le courant de 4 | Untergange des polnischen Reiches. 1906, Berlin. Vossische Buch- 4 | Schiele : Briefe über Landflucht und Polenfrage. Berlin, 1906. ‘4
i Si le mot de Renan est juste : « L’existence d’une Nu
: nation est un plébiscite de tous les jours », la Pologne ñ n’a cessé de prouver son existence. Elle est bien vi- 4 h vante, certes, cette nation que tant d’années d’oppres- 18 | sion n’ont pas tuée. Pourra-t-on jamais la tuer? Nous ‘ L n’avons pas l’optimisme aussi fort que Caro, qui disait L après l’année terrible : | 4
Le lien véritable de la patrie eomme de la famille, c’est d
l’amour, la sympathie, la communion des âmes. Voilà pour- } ;:
f quoi la patrie est, en définitive, inattaquable et indestruc- per | tible. On en peut briser, par la violence, l’unité extérieure N 4 et matérielle, mais l’unité morale, qui est le meilleur de la F à patrie, qui en est le fond même, échappe à tous les coups 4
| et défie la conquête. (1) ;: Hélas ! nous ne pouvons partager complètement cette “à
- opinion. En brisant l’unité matérielle, en travaillant ol habilement ou brutalement ce qui constitue l’armature L ; extérieure d’une patrie, on peut arriver à en anéantir À ï l’unité morale. ; ho L (1) Revue politique et littéraire. 1871, page 106. ‘
Si son travail est méthodique et fort, si les circon- | stances la favorisent, si elle dispose d’une durée suffi- 1 sante, l’assimilation forcée est possible. ÿ Il n’en reste pas moins que le succès d’un pareil 3 crime est très difficile, beaucoup plus difficile que les . Allemands ne se l’imaginent. La volonté consciente à d’un peuple est tout de même un terrible obstacle. Jus- h qu’ici, les Polonais n’ont aucune raison de désespérer, f, | et rien ne dit que le jour de la justice ne viendra pas A ; pour eux. À Puisse ce jour venir pour tous les peuples! à
| Nous avons donné le bon à tirer après corrections “À d pour seize cents exemplaires de ce quatorzième cahier 4 à et pour treize exemplaires sur whatman le mardi ni é Ce cahier a été composé et tiré par des ouvriers syndiqués j 4 à ‘DE Suresnes. — Imprimerie ERNEST PAYEN, 13, rue Pierre-Dupont. — 1632 | f j
n° rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. (ge
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| suelles régulières et par des souscriptions extraordi- À
naires ; la souscription ne confère aucune autorité sur |
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