IX-2 · Deuxième cahier de la neuvième série · 1907-10-20

Quarante-Huit

Robert Dreyfus

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ci que la religion, nécessaire au peuple, — et nécessaire ni #1 exclusivement, — ne l’est point pour la bourgeoisie. :10 Cette distinction de M. Thiers n’était pas admise, on le ne. pressent, par l’abbé Dupanloup. Mais elle vaut bien É 1 qu’on s’y arrête; car, à elle seule, elle trace la ligne des L RL travaux de la Commission. 0 Les commissaires sont unanimes, tant qu’il s’agit de 16 l’ennemi commun. Cet ennemi, c’est le communisme; sa 4 el force principale vient de l’irréligion. Point de milieu, — 41 si vous repoussez la religion, laquelle vous dit: « Prie! », ‘4 vous glissez au communisme, lequel vous dit : | 44 « Prends ! » L’irréligion supprime la foi dans les com- , , pensations du ciel; elle aiguise la souffrance des humbles; 4 HS elle détruit la résignation : et par suite elle produit la à 40 haine, l’utopie, les révolutions. Done, il faut rétablirla 4 foi, notamment dans le peuple, pour prévenir les révo- 1 à fl ER Mais ici, brusquement, l’accord cesse. , Re | En effet, les catholiques pensent : le mal social regarde j “a l’Église, et l’Église seule, et toute l’Église. Et M. Thiers 4 116 k leur objecte : — L’Église! j’y consens, distinguons À F L : toutefois : j’aime le clergé de mon pays, ce clergé péné- ; à tré de l’idée nationale, ce clergé respectueux de l’État; No. mais j’ai moins confiance dans telle et telle congréga- ‘% tions, qui sont reconnues par l’Église, et nelesont point 14 par l’État. Elles importent des doctrines étrangères. Ré- [ 1 servons contre elles, je vous prie, les droits de l’État!.… ‘4 Et les catholiques de reprendre : — L’Église possède la | 10 vérité! La vérité est invincible; mais pour vaincre, il mu: faut qu’elle soit libre. Laissez l’Église libre, et la vérité ‘1 tiomphera !.… Et M. Thiers de répliquer : — Les com pu munistes raisonnent ainsi! Eux aussi se réclament du

| vrai, eux aussi veulent toute liberté. Si j’ouvre la porte 1 R ‘aux jésuites, comment la fermerai-je aux clubs ? Si les is 4 congrégations sont libres, comment obtiendrai-je que nt nt _ les communistes ne le soïent pas ? Cette séquelle est 0 i _ bien séduisante. Je redoute Raspail et Blanqui. Réser- 4 ‘1e vons contre eux, je vous prie, les droits de l’Etat ! D | L’abbé Dupanloup et M. de Montalembert parlent en | di hommes d’Église. M. Thiers parle en homme d’État. W 3

Une pareille divergence de vues ne va pas sans diffi- ; He cultés. Son résultat, c’est que M. Thiers offre à l’Église 1 l

__ plus qu’elle n’accepte, en ce qui touche à l’école pri- 0 | maire, et moins qu’elle ne veut, en ce qui touche à sa ‘1 ne _ liberté. Ce dissentiment est bien grave. On finit tout de ‘1 ; même par s’entendre, si on renonce à se persuader. ‘4 \l 1 16

M. Thiers mène la bataille dans la discussion générale à Ni

| sur l’enseignement primaire; et là il étonne, par sa capa- \ Li cité de haïne, même l’historien à qui sa tâche donne pour 4 4 méthode et pour sagesse de ne jamais s’étonner de rien. É ‘XÙe Selon M. Thiers, les quarante mille instituteurs pri- Ne 1 maires de France, en 1849, sont autant d’hommes (à À

. besogneux, dévoyés, perdus, pervertis par les doctrines 104

_ fausses, antireligieux par basse rancune, communistes : |

par avidité. Contre eux, son langage ést blessant, sour- je LL

À _ nois et féroce, sans atténuation, sans mesure, la fureur Le débile et sauvage de ses propos s’augmentant de la 10 quiétude que lui donne, en un tel sujet, l’unanimité de she la Commission. - #4 Crûment, sa pensée se dévoile, La science est mau- : pa. »__ vaïse, il ne faut pas la propager: « Lire, écrire, compter, RE

LA voilà ce qu’il faut apprendre; quant au reste, cela est fi Me superflu. » Très souvent, ce peu même est trop; car a nr enfin, « qui sait lire et écrire s’éloigne du travail des (54 Cette pensée, il la développe : = 21 M. Tiers. — Oui, je dis et je soutiens que l’enseignement ‘4 Do primaire ne doit pas être forcément et nécessairement à la d 11 % portée de tous. J’irai même jusqu’à dire que l’instruction F gr: est, suivant moi, un commencement d’aisance et que l’ai- ‘a { . sance n’est pas réservée à tous. Je suis hardi, très hardi, F 1118 j’en conviens. Mais que voulez-vous ? Je considère les | Ya choses telles qu’elles existent. Je ne puis consentir à laisser | L D mettre du feu sous une marmite sans eau ! “A L’instruction ne doit pas être gratuite, car ce serait ‘4 une ruine; elle doit moins encore être obligatoire, car F k ce serait une folie et une tyrannie. Pourtant, il est bon | HR que l’État encourage « la publication des petits livres ‘à ê moraux et utiles, de petits traités de morale, d’écono- ‘3 mie publique. Pas d’économie politique, ne confondons 4 ‘à pas, car la manie de l’économie politique a fait tous ! *1 nos malheurs. »
le M. Cousin interrompt ici son ami Thiers, glisse cette | 4 — Il en existe, de ces livres; nous les couronnons à ” NN l’Institut. mais on ne les lit pas! 4 Ml « j Puis la commission ordonne une enquête, convoque e. plusieurs universitaires et religieux notables. (2) “ 4 (1) H. de Lacombe, Les Débats de la Commission de 1849, pages RU 36 et suivantes. D: (2) H. de Lacombe, pages 58 et suivantes.

Ê L’abbé Daniel, ancien recteur de l’Académie de : 0 _ Caen, et le frère Philippe, supérieur général des écoles ‘SU chrétiennes, entendus par elle, s’élèvent l’un et l’autre 3 contre l’exigence du brevet de capacité, imposé en droit FA (sauf la tolérance) à quiconque enseigne ; ils sollicitent ‘4 l”équivalence de la prêtrise et du brevet : #4

Il est tel frère, si à

dit le frère Philippe, ‘1

, qui depuis vingt ans +0

enseigne la petite classe, dont les qualités sont incontes- 11 tables, et qui jamais ne pourrait subir aucun examen. Il ne Ne

faut pas oublier, en effet, que ce qui fait le bon frère, ce 5 n’est pas l’école normale, c’est l’esprit de dévouement ; or ‘He

esprit de dévouement ne s’acquiert pas avec un brevet. ni

L’enquête close, c’est M. Thiers qui s’occupe d’en 4 :

tirer les leçons. Son ambition serait de donner l’école j # primaire au clergé seul, et de dissoudre le corps subver- à

sif des instituteurs. Seulement, « cela est-il prati- :

cable? — Je crains bien que non », dit M. Thiers. (1) fl

On pourrait du moins plier les instituteurs à la disci- É

_ pline militaire, qu’ils ignorent : « J’aime mieux pour M F maître d’école un ancien sous-officier qu’un élève sor- ‘à tant de l’école normale. » (2) Cela dégorgerait la car- Le à rière. Et au lieu des écoles normales, « véritables petits ji

… clubssilencieux, foyers des plus mauvaises passions », (3) ; 4

| on investirait les congrégations du soin de former les RUE

. instituteurs. Leur nomination, leur révocation s’exerce- + 0

À raient par le recteur, sur désignation du préfet ou du à

Wl (3) H. de Lacombe, pages 83 et suivantes. :

DL sous-préfet. Si bien que l’instituteur, « sentant pesersur : 11 lui le bras de fer de l’administration qui pourrait le IR briser, serait humble et soumis à cette autorité qu’il 208 aurait lieu de craindre, s’il déviait ostensiblement de AN ses devoirs ». TV Mais il est possible que les congrégations religieuses 1 n’aient pas les ressources suffisantes pour étendre ainsi - 4 leur rôle ? M. Thiers indique ce remède : 1 1% M. Tuiers. — Hésiterait-on à leur assurer des subventions 54 prises dans ce budget énorme’de vingt millions que coûte #1 si À aujourd’hui le service de l’instruction primaire ? ] 1 L’orateur conclut en ces termes :

MN Ma répulsion est sans bornes à l’égard des anti-sociaux.…. FAO Devant une Assemblée publique, mes expressions pourront 4 1e être plus ménagées ; mais au fond je n’ai rien à retrancher. 1 UK Même ici, dans cette commission pourtant si hostile 10 à l’esprit révolutionnaire, M. Thiers est allé trop loin. a 4 L’abbé Dupanloup le remercie poliment de son cadeau. 154 Et Montalembert le rappelle aux principes de la Li- (es berté de l’Enseignement : « La Constitution l’a solen1 nellement proclamée, dit Montalembert ; et ce serait ‘10 mal servir les intérêts de l’ordre social que de lares Nr! treindre. Réactionnaire en politique, je ne veux pas î 04 l’être sur cette question. » (1) HAE Jusqu’ici, c’est échange d’idées; il faut prendre des à L’enseignement primaire sera libre. Le stage de trois

ans dans une école publique ou libre, ou encore le 1 __ diplôme de bachelier, ou la qualité de ministre d’un des k. 4 | seront tenus pour équivalents au brevet de capacité. Les . :| ministres des différents cultes auront droit d’inspection #0 | respective à l’école primaire. L’instituteur sera choisi 4 par la commune, sur une liste dressée par le Conseil 10 _ académique, ou en s’adressant aux congrégations . 1e dûment établies; il sera toujours révocable. Mais son 100 traitement minimum sera relevé jusqu’à cinq et même Ee F six cents francs par an! Tout cela se décide presque sans fe ‘jet Û Mais il reste deux questions d’importance extrême : ‘1 ; _ la surveillance des écoles primaires, et le régime 4 ‘4 j _ des écoles normales. La lutte se ramasse sur ces deux 24 Pour la surveillance, la sous-commission chargée de , 5 dégrossir la besogne propose une innovation décentra- F2 _ lisatrice : la création de 86 comités régionaux ou _ 378 _ Conseils académiques, unissant en eux, — dit le rap- ENT port de M. Michel, — toutes les « forces sociales » du Re . département. Ces Conseils seront présidés par les rec- 13 …_ teurs, dont le nombre sera porté à quatre-vingt-six au 10 _ lieu de vingt. (L’Université « sera enchantée d’avoir des à Fe places à donner », observe à ce propos M. Thiers.) (1) 18 … Pour membres, ils auront le préfet, l’évêque, un ecclé- Re: siastique choisi par l’évêque, un pasteur protestant, un Fe 4 délégué du consistoire israélite, des inspecteurs, des 4 … magistrats, et des conseillers généraux. Le Conseil aura ‘14 … les pouvoirs les plus étendus dans le département. L 104 j

2 Un opposant imprévu surgit. C’est Cousin, dont Pau ji Yi vigueur de résistance, timide jusqu’alors, s’exaspère 48 enfin à ce dépouillement de l’État, et de sa chère Uniné à versité.. La douleur lui arrache ce cri : À 1 — Et je le tiens, moi, ce projet, pour la plus grande ; rai tentative contre-révolutionnaire qui se soit encore pro108 duite ! 14 L’abbé Dupanloup contredit gravement (Cousin. 6 44 — Quant à moi, dit M. Thiers, j’adopte cette proposin.. ‘ tion des quatre-vingt-six recteurs, parce qu’elle me pa- | 28 raît sagement inspirée dans l’intérêt de la société, intérêt É Ne qui, je l’avoue, me paraît beaucoup plus majeur (sic) | 0 que celui de l’Université, intérêt qui vaut bien la peine Fe 4 qu’on se sépare quelquefois de ses amis, s’ils sont assez | 152 aveuglés pour ne pas le comprendre ! Ë ee. + Cousin finit par comprendre ; il s’excuse, il cède de Ë 514 — Cest là, monsieur Thiers, le résultat qu’a produit | 14 sur mon esprit votre improvisation si pleine de ce bon ; à sens qui vous est si ordinaire, @ j #4 On adopte la proposition. ‘à Mais que faire des écoles normales? nn La charrue rend humble, dit M. Thiers, et l’école Re normale enlève des jeunes gens à la charrue. A l’école 4 normale, les passions s’élèvent, et rendent ces jeunes Ne. gens détestables. Et puis, que peut-on leur assurer, à | me. ces futurs maîtres d’école?

_ M.Tmærs.— La gloire, comme aux militaires? Non! L’ar- Dee, F 1 gent? pas davantage: le village et quatre cents franes, voilà 4 _ tout l’avenir. Etonnez-vous à présent de la perversion de +19 x Fesprit et de l’invasion de l’esprit démagogique dans les A: d écoles primaires, même les mieux tenues! (1) ‘5 1 M. Thiers est énergique, radical; il aspire à la sup- à 2 4 pression absolue des écoles normales. Te % M. de Melun, M. de Riancey plaident pour elles : 54 4 M. DE Rrancey. — Il en existe assurément de satisfai- ” J santes, ainsi je citerai celle d’Angers. ! LA : M. Cousin. — Ah!il y en a donc une bonne enfin? c’est ne À bien heureux! y nu: PF M. Twins. — Que m’importe? Je suis ici plus réaction- 5x ñ naire que M. de Riancey. C’est un grave danger. J’aime 0 ” mieux l’instituteur sonneur de cloches que l’instituteur “ei __ mathématicien. La suppression des écoles normales pri- & à maires, c’est le seul remède eflicace : il faut résolument la “ à prononcer. C’est hardi, j’en conviens, bien hardi… C’est une ‘14 1 mesure d’une audace inouïe. Cependant je ne reculerai pas. 4 k Je ne suis pas de ces honnêtes gens qui laissent se dévelop- : F __ per le mal en le voyant, et je m’engage à me faire casser, 7e __ sil le faut, bras et jambes à la tribune de l’Assemblée Me _ Cette promesse sensationnelle ne séduit pas la comLA NE . a = . fé à PE _ mission. Elle ne va pas jusqu’à octroyer à M. Thiers mi | 4 lanéantissement des écoles normales. L’abbé Dupanloup “à … et M. de Melun proposent seulement que le Conseil 7 % académique ait toute liberté de les maintenir ou de les L 2

  • supprimer dans le ressort du département. me: Leur motion divise également les suffrages. Elle “

4 réussit par la voix prépondérante du président, — À

| (G)H. de Lacombe, pages 1% et suivantes. tA

AN On passe à l’enseignement secondaire. PRIE A: Subitement, les positions changent. L’assaut vientici 110 des catholiques. Ils assiègent, harcèlent M. Thiers. a 11 A présent, M. Thiers se cramponne à la suprématie | du pouvoir civil sur le pouvoir religieux : il défend VA VUniversité contre l’Église; et il se révèle patriote, vol- és 40 tairien, bourgeois! Il entreprend de sauver même le À D! certificat d’études, exécré des congrégations. Il juge nécessaire que l’État sache où les étüdes ont été faites, L 00 et notamment si elles ont été faites en France : k ñ Mu M. Tiers. — Ça été et ce sera toujours une grande dou- 4 M leur pour moi de savoir, par exemple, qu’à Fribourg on À à pu: peut enseigner à de jeunes Français la haine contre le gou- { V3 vernement de leur pays. (1) à V1 Mais Montalembert n’y tient plus! Cette doctrine exor- < … bitante lui rend l’ardeur des luttes anciennes : À De: — Pour le coup, dit-il, je ne veux point de vos con- É 0 M. Thiers se lamente, et passe… Puis il a cet aveu u ‘12 — J’aurais dû alors soutenir contre vous les institu- 4 qe teurs primaires ! J’aurais dû, au lieu de faire l’enquête 1 ‘14 contre M. Cousin, la faire contre vous! k LP (1) H. de Lacombe, page 199. — Allusion à l’éducation donnée à 40 Fribourg par les Jésuites, qui furent expulsés de Suisse en 1847. , mu Déjà, dans l’enquête sur l’enseignement primaire, était apparue . A au passage cette préoccupation patriotique de M. Thiers. Comme 4 le frère Philippe déclarait que, même à l’étranger, tous les grands 4 VARI établissements des Frères des écoles chrétiennes étaient dirigés Er: en fait par des Français, M. Thiers lui avait dit : « Alors c’est À ‘Æ partout l’influence française que vous établissez. » A quoi le frère D a 4 Philippe avait répondu : « Non, nous n’avons pour but dans le n. ‘11 choix des Supérieurs que l’influence religieuse. » (H. de Lacombe, D

4 Gémissements tardifs, imprécations vaines; sa cause NÉ 4 est tnsevelie d’avance sous ses défaillances et ses DE hà abandons antérieurs. Même à présent, €e « philosophe » % 4 F est incapable de garder le respect de la science. A la 108 K pensée des écoles professionnelles, il se dépouille entiè- fi ; rement de son sang-froid : ‘0 P M. Tuers. — C’est Le genre d’établissements que je déteste ‘| Né ï et que je méprise le plus au monde. Les écoles profession- Le nelles ne sont bonnes qu’à faire de petits Américains de à leurs élèves. Les belles lettres, suivant moi, seront toujours il les bonnes lettres. J’aime mieux qu’on ait parlé pendant th trois ans à un enfant de Scipion et de Caton, que de triangles 4 à * A ces poltronneries sautillantes, l’abbé Dupanloup ri- 4 J . poste par un discours en quatre points, étudié, solide. (2) ÿ La liberté de l’enseignement secondaire est bonne, elle D | ne fait courir nul péril à la société. M. Dupanloup refuse #1} | à l’État le droit de « frapper la jeunesse à son effigie ». 84 fendre contre un État où l’autorité peut être parfois aux ‘à À mains d’hommes corrompus ou corrupteurs ». L’abbé A 54 ë Dupanloup a raison, c’est la vraie doctrine de la liberté. 214 4 Par malheur, tout à l’heure, il l”atténuera : « En deman- x _ dant la liberté de l’Eglise, je ne demande pas pour ss 4 cela [celle] des clubs. » (3) Voilà qui est moins satisfai- #3 nt: (3) H. de Lacombe, page 295. — Au contraire, M. Thiers avait Et ; LS dit : « Oui, l’Eglise veille; oui, je crois comme vous à son auto- { D rité, et je l’aime; mais enfin, avec la liberté absolue, de quel droit me Su pourriez-vous empêcher Raspail ou Proudhon d’enseigner? Non, M mille fois non, je wabandonnerai pas le principe essentiel de l’au- À : torité de Etat sur l’enseignement. » (Page 190) — Et l’abbé Du- 1 { panloup riposte : « L’Etat pourrait s’appeler Proudhon. » (Page 214) à

4 sant pour l’esprit. Au surplus, M. Dupanloup ne livre F4 és ”

4 rien à M. Thiers. Rien : pas même les Jésuites..n Ë

Hi: Et de quel särcasme il fustige les combinaisons pro

Fa digieuses de son adversaire sur la religion qui sied au ‘ 4 …

Es peuple, la philosophie aux bourgeois : É: +. M. L’ABBé Dupancour. — C’est pour avoir cru pendant 54 É 5 cinquante années que la religion n’était bonne que pour le 4

F peuple, que les classes élevées ont vu en 1793 périr la

à société française. Et voici qu’un demi-siècle après, la bour-

‘1 geoisie a éprouvé, en 1848, le même sort, pour avoir pendant & _ trente ans cru à ce même mensonge. 51 D La foi! La foi pour tous! 1 x# Sera-ce donc la guerre? — M. Thiers se sent perdu. 1 ik Sur cette irritante question des Jésuites, il supplie que ‘

74 la loi s’en tienne à la solution du silence. }

4 C’est la sienne, et c’est la meilleure : ÿ

; ‘4 d M. Tuiers. — Moi qui vous parle, j’ai eu comme ministre, 4 ne. il y a une dizaine d’années, quelques rapports avec le pro-

13 vincial des Jésuites : « Surtout, lui disais-je, ayez soin de

  • 2 ne pas dire que vous êtes Jésuites. » Et en effet, tout s’est

4 passé pour le mieux; et quand on me disait : « Il y a des 1

14 Jésuites à Paris », je pouvais répondre : « Je n’en connais 4

F5 termes exprès qu’il était Jésuite, et que les Jésuites exis- À

f taient à Paris, qu’alors il a bien fallu agir, sous peine, ce

F qui n’était pas possible, d’abdiquer la loi, loi générale, k

2548 notez-le bien, et qui concerne toutes les associations en Ë

Ë re principe, quelles qu’elles soient. (1) 1

0 Encadré par Cousin, — mais que pouvait Cousin? — À

WA inquiété vivement par Montalembert, qui le méprise et

44 RE cache point, M. Thiers capitule enfin sous #4 ‘4 le’ fier discours où précisément l’abbé Dupanloup, ice \ prenant hardiment la cause des Jésuites, a dit sans ni | à des Jésuites n’est pas affaire d’amour-propre. L’Eglise peut A. , assurément ne pas tenir les Jésuites pour la perfection ab- Ras: solue. Mais elle les considère comme parfaitement innocents ris j

de toutes les accusations portées contre eux. C’est sa con- 710 viction profonde. Elle n’a, ni ne peut en avoir d’autre. Et pue

| comme l’Église est la Justice, elle ne peut, comme Pilate, 04 î condamner ce qui est juste et se croire quitte ensuite en se 08 lavant les mains, parce qu’elle aura, non pas fait, mais Dan

9 laissé faire. (1) 4 | . Après ce discours, en présence de MM. de Falloux et . de Montalembert, M. Thiers saisit le bras de M. Cou- 0 | — Cousin! Cousin! disait-il, avez-vous bien compris LS quelle leçon nous avons reçue là? Il a raison, l’abbé! ; “à Oui, nous avons combattu contre la justice, contre la à ; vertu, et nous leur devons réparation… 30 4 Ce jour-là, M. Thiers retourna à la place Saint-Georges À à chemin, il s’interrompait de marcher, pour se répéter à Ja | lui-même : K 4 — Oui, décidément, l’abbé Dupanloup a raison! $ À k « Une vive lumière avait lui dans l’esprit de M. Thiers “ ; -_ et une grande réconciliation allait se faire dans la # … vérité par la liberté », observent les Mémoires de M. de 4

a V. — Les « catholiques avant tout » “0 0 Le secret fut assez bien gardé sur les débats de la 4 SR Commission. C’est à peine si des bruits de Salons, — 0 dont la trace se trouve par exemple dans le Journal du … D | 1 Le maréchal de Castellane, — en purent faire connaître au 4 ‘4 4 dehors les incidents, les résultats. Le menu de la poli- 4 _ tique, son agrément, son incertitude quotidienne occu- D. de 7! paient l’opinion davantage que ce labeur de haute por- 4 À ME projet devant l’Assemblée Législative; il fat possible F A d’en lire le texte au Moniteur du 22 juin. 4 10 Chez les républicains, ce fut un scandale, une tris- L À à _ tesse, mais qui venait s’ajouter à tant d’autres! Cene nil pouvait être une déception. On était au lendemain du ; 14 13 juin, de l’affaire des Arts-et-Métiers, — dernière résis- Ê 1 tance préventive et pitoyable aux intentions présiden540) tielles. Les républicains étaient en prison, en fuite, À: 10 dans la déroute, sous l’état de siège : ils n’avaient nul ( 110 moyen d’agir et ne manquèrent point, — c’était prévu, À nr. — de protester. 14 Mais du côté des catholiques, la pensée de M. de Fal-
‘ol Joux, téconnue par ut certain groupe, fat dénoncée ù A. Au gré du ministre, la loi se présente comme üñe Î 44 entreprise de fusion universitaire et religieuse, opérée i 44 au mieux des possibilités présentes; elle substitue à | 0 82 4

“a l’état de guerre toujours incertain et risqué un traité de ‘54 _ paix fructueux et sûr, apte à produire de soi-même FN _ l’absorption ou la conversion de l’Université par l’Église. -# 14 — L’Église ne reçoit pas sur-le-champ tout ce qu’elle est !4 n en droit de souhaiter, d’attendre, mais tout ce qu’il lui 44 ù est momentanément permis de solliciter, d’obtenir. Et F5 cet avantage est établi d’autant mieux pour lavenir ‘+ Er qu’au lieu de le prendre par force, l’Église le gagne par ne | persuasion de ses apparents adversaires. SES | M. de Falloux, qui voit les ensembles, refuse une valeur Ke, | d’exclusive efficacité à l’éducation de la jeunesse : « Lu- +4 È ther et Marat, ‘écrira-t-il un jour, (1) ne sont point nés ss ii { d’une simple erreur de pédagogie ». Le devoir présent :4es ; des catholiques est de pénétrer leur siècle, de lui faire ,

  • provisoirement sa part, puis de le reconquérir, non de be ;. | le combattre à outrance et, par là, de labandonner : “ Ë : « Quelques milliers de jeunes gens d’élite, élevés, à à à . force de soins et de sacrifices, à l’abri d’une corruption si) À | générale, ne parviendraient pas, sans miracle, à réfor- 4 mer leur patrie. » (3) Pour toutes ces raisons ét d’aütres 4 …. | encore, bien mieux vaüt rapprocher lentement l’Uriver- Fe se hi | sité de l’Église, attacher à soi la puissancé universi- E +4 . taire, plutôt que se dresser contre elle et la diriger & & Cette politique réaliste, — toute d’intelligence calcu- M: |_ latrice et d’ambition ferme, mais patiente, — n’est pas ni faite pour plaire aux exaltés, aux insatiables, aux vio- %. TR (1) Le Parti catholique. Ce qu’il a été. Ce quil est devenu. Paris, | fe pan (2) 1bid., page 45. — Et ces « jeunes reclus », M. de Falloux doute ke ? } même si, leur éducation achevée, on aurait chance de les retenir. 4

dn ; Le 2 août 1849. Louis Veuillot écrit dans une lettre ne 4 l Le grand mal de la loi Falloux, c’est qu’elle est un manque À 0 ÿ 44 de foi. Elle proclame que nous ne croyons plus nous-mêmes 34 YU à ce que nous avons tant demandé. Or, comme j’y crois ne % #4 encore pour ma part, comme je crois que le salut est dans
| 4 . la liberté de l’Église et n’est que là, je m’en tiens à nos KM FE vieilles doctrines, et je n’entre point dans un accommode- ; 11 ment qui les outrage. (1) 4 10 Et il dit encore : ‘à ! Falloux m’a moins surpris : je n’ai jamais compté sur lui. F h ï Quoique chrétien avec ferveur, il n’a jamais été précisément a De un des nôtres, ce que nous appelons un catholique avant ; de : Ainsi se décèle le conflit des tempéraments, ainsi se ; 19 déclare cette guerre redoutable que les tenants du 10 « catholicisme libéral » eurent à soutenir, sous le 7 L’Univers du 29 juin 1849 précise ses griefs en don- { Qi nant cette peinture de la loi : | à “90 Dans la vaste enceinte du monopole, on:trace un petit De mn enclos dominé de toutes parts. On y place des sentinelles 4 40 universitaires, une douane à l’entrée pour les livres, une ÿ RAT. douane à la sortie pour les examens; on y envoie des in-
x specteurs, et on nous dit : — Plantez-là votre drapeau, c’est 1 “4 le terrain libre! (2) 4

: dE. (:) Lettre à Mgr Rendu, évêque d’Annecy. — Correspondance de #7 Louis Veuillot, tome V, pages 19 et suivantes. 4

où L’Univers du 1” juillet conclut : De. # À L’enseignement de l’Université est diamétralement l’op- 1 $ posé du nôtre. Elle nie ce que nous croyons, elle renverse Êt 3 ce que nous adorons; elle attaque notre histoire, notre ‘4 È morale, nos dogmes; elle ne partage nos sentiments sur { rien de ce que nous considérons comme vrai, comme utile, 4 F s comme juste, comme nécessaire. Nous ne pouvons faire avec 1 | elle d’autre pacte que de nous séparer d’elle absolument. (1) F 3 | Le cabinet Odilon Barrot s’est modifié le 2 juin, et 1 4 | penche désormais vers le centre gauche. Les embarras 4 k 4 les plus sérieux environnent M. de Falloux. « ; ne | Même, au cours des négociations qui ont décidé son à 41 * maintien aux affaires, il a montré une hésitation (qu’il À \ n’y à nulle raison de croire feinte) à rester ministre, à : à 1 devenir le collègue de MM. Dufaure, de Tocqueville, 24 S Lanjuinais, à son gré trop démocrates… Mais il a subor- : donné toute velléité de retraite aux grands intérêts qu’il 110 neût pas été prudent de laisser à des mains indiffé- fs | Entre temps, on a bien tenté de changer son porte- 4 ‘e mettre aux Affaires étrangères; mais il a tenu bon, 4 gardé son emploi. Ensuite est venue l’heure de présenter V4 ‘ à ses collègues du ministère le texte de loi où lui-même “1 a codifié, de concert avec son secrétaire, les avis de la 1” d. commission. Certes, alors, M. de Falloux a employé “ toutes ses ressources d’adresse, d’autorité, de science, 1e f de courage et de clarté fine, pour les ranger à ses des- Sul ; seins : « Qui ne l’a pas vu, disait Tocqueville, à une |

As table de conseil des ministres, ne sait pas ce que peut être la puissance d’un homme! » (1) FER Rire Et lorsque cet homme opiniâtre n’escompte plus É ” À comme adversaires que les libres-penseurs de gauche 14 _ etles « sectaires » de la Montagne, brusquement il se 4 114 voit cerné par la plus surprenante manœuvre, forcé de à 44 faire tête à un clan transfuge de ses partisans natu ‘14 rels… De cette aventure, M. de Falloux emporte peu de # 118 trouble, mais du ressentiment, du chagrin, beaucoup à n° Discorde implacable, sans merci, sans trêve. Nul | 7 3 n’est épargné, quel que soit son rang, s’il pactise! Le 4 _ père de Ravignan, jésuite, est dénoncé au général de ; lordre par un réquisitoire amer. (3) Chaque jour, ; W: #3 (1) Parlant de l’influence exercée par M. de Falloux sur le 1 Nc prince-président, Tocqueville écrit : « Celui des ministres qui #0 avait le plus sa confiance était Falloux: j’ai toujours cru que K “A celui-ci l’avait gagné par quelque chose de plus substantiel que ce LÀ qu’aucun de nous ne pouvait ou rie voulait offrif. » (Souvenirs 110 d”Alexis de Tocqueville, pages 353-354) : (2) « C’est à cette date que commence l’action séparatiste de 4 M. Louis Veuillot parmi les catholiques. Il y débuta par des polé- | : 1 miques qui permettaient de prévoir les excès de conduite et de L. L: langage auxquels il se laissa aller plus tard… Les imprécations de D. M: Veuillot eurent dabord peu de succès auprès de Pépiscopat. A: 2140 Bientôt, cependant, à force de persévérance, l’Univers devint plus , ne. dangereux, et ses protestations, brillamment formulées, incessarh- 4 4 Mémoires d’un Royaliste, tome premier, pages 482-483). — Comparer | ‘# l’exposé adverse par M. Eugène Veuillot, Louis Veuillot, tome II, 4 ‘4 (3) « La prétendue dénonciation portée contre le P. de Ravi40 gnan fut tout simplement une lettre virulente du très bon abbé 4 Combalot. Cet excellent prêtre, le meilleur homme du monde, et 10 aussi l’un des plus entreprenants, comme des plus naïfs, avait la te: passion d’adresser à tel ou tel personnage de longues lettres, tou- , \ ; jours échauffées, sur les questions religieuses du jour. Blämant le

en. VUnivers des Veuillot flétrit les lâches, accuse les LTAR if traîtres, brandit le registre des désertions.…. Fe. Fe L’embarras est grand chez MM. de Falloux, Dupan- MS loup, de Montalembert. Comment la déjouer, cette Mes. ‘à campagne aveugle, sans livrer les pensées précieuses Le 4 dont la réussite avait le secret pour condition ? : 8 ù Il le faut pourtant, à tout prix, même au prix d’une EL à: Or, l’occasion vient de commettre cette faute. Dans Fe É: À . une réunion catholique, un certain marquis de Régnon y 4 8 prend à partie M. de Falloux sur la question des Con- fe ei _ seils départementaux. Le ministre perd volontairement 14 \ patience, lance cette réplique décisive : 134) \ M. de Régnon s’est absolument trompé sur l’institution ‘4 1 des nouveaux recteurs. Ce n’est pas, comme il le prétend, l 34 F lUniversité multipliée par 86; c’est — grande différence % t d’opération — l’Université divisée par 86… ReuL , projet et trouvant mauvais que le P. de Ravignan le soutint, il [ Fi ; en avertit son supérieur. Ce né fut pas tout seul qu’il lança cet : 244 N avertissement ou, si l’on veut, cette dénonciation. » (Eugène +? ne Veuillot, Louis Veuillot, tome II, page 383). — « L’abbé Dupan- A: LA loup remue ciel et terre pour tromper le Pape, le nonce, les jt F54 évêques, le clergé, les fidèles. Cest une raison pour ne plus le ant Le ménager. Il ne faut point lui dire d’injures, mais il faut le démas- En OR: : quer- Cet homme fait un mal infini à la cause catholique. L’intrigue fo. ‘ est l’âme de toutes ses actions. J’ai écrit une lettre concertée avec +208 VA lé P. Deschamps au R. P. général des Jésuites, pour lui dire ‘Let _” que le P. de Ravignan se laisse tromper par l’abbé Dupanloup Ne Pa 108 et compromet ainsi la Compagnie. Le P. Roothan m’a répondu 1184 ‘1 qu’il avait transmis ma lettre au P. de Ravignan sans me nom- f 4 mer. Celui-ci s’est défendu en disant qu’il n’approuvait pas le 4 544 projet, qu’il avait tout fait pour éclairer M. de Falloux, Monta- A “| M 1 lembert, Dupanloup dont il était l’ami dévoué. Il a dit qu’il vénérait Ra.

  • ci M. Dupanloup. On voit toutefois par sa lettre qu’il cherche à se u ’ justifier. La masse des Jésuites en France, tous les Jésuites de De” #6 Belgique partagent notre manière de voir. » (Lettre de l’abbé VA 4e Combalot à Louis Veuillot, du 16 octobre 1849, citée par M. Eu- #4

De: Confession bien osée de la part du grand-maître de BA ‘1e l’Université! Mais M. de Falloux ne risque rien à la h. 4 légère; il était temps, probablement, de s’y résigner. h. #74 Au début du mois d’octobre 1849, M. de Falloux A ) 1? partit pour se reposer au château de Stors, près l’Isle- | 2 Adam, chez le duc de Valmy, en compagnie d’un à ke jeune médecin. Il était malade, mais il n’était pas 4 ‘4 Les affaires romaines avaient pris la meilleure tour- 1 n: nure. La loi d’enseignement se trouvait soumise à une À Un commission de l’Assemblée qui offrait de sérieuses 1 :504 garanties. M. Thiers présidait cette commission. Elle ü ‘à avait élu pour rapporteur le comte Beugnot. *# à 4 M. de Falloux décida de se retirer; et cette fois, les 4 ‘1 péripéties de la politique n’entravèrent nullement ses l D: projets. Au contraire, dans le moment même où il

Rs adressait sa démission à l’Élysée, le prince-président 4 lui écrivait, à la date du 24 octobre, pour lui conseiller ï À de « quitter momentanément les affaires ». Les deux À 11 lettres se croisèrent en route. Puis, le 31 de ce même D ; Mi mois, le prince renvoya ses ministres conservateurs ; 4 et prit des ministres bonapartistes, ou disposés à k « 2 le devenir, tels que MM. Achille Fould, Roubher, Ferdi- 0 ï pe A l’Instruction publique et aux Cultes, M. de Parieu , -# M. de Parieu était par nature un homme de gouverne- 4 4 ment, comme on voit par sa carrière. Rallié de la pre-

4 4 mière heure à la République, bien qu’il fût issu d’une 1500 famille monarchiste d’Aurillac, où il dirigea un club We À socialiste, et représentant du Cantal à la Constituante, ; ‘4 1 _ M. de Parieu s’était prononcé, le 5 octobre 1848, dans #4 | un discours fort remarqué, contre l’élection du prési- ‘4

dent par le peuple; mais il adhéra par la suite à l’acte 514

du Deux-Décembre et servit fidèlement l’Empire, jus- ; de

qu’à sa chute, en présidant le Conseil d’État. à

| Au sujet de la liberté de l’enseignement, les intentions 14 G , des nouveaux ministres étaient assez peu rassurantes. 3 * | M. Thiers jugea nécessaire de faire un éclat : il signifia : h: | à M. de Parieu « que si le gouvernement abandonnait 4

le projet de loi, la Commission le reprendrait, même 14 contre le gouvernement, et le ferait passer ». (1) 11

Au nom de la gauche de l’Assemblée, dans la séance \ 4 ‘

du 7 novembre 1849, Pascal Duprat demanda le renvoi 14

du projet au Conseil d’État. Ce renvoi, disait-il, était 1141

. conforme aux règles constitutionnelles. Déjà, en juillet, à À les républicains avaient tenté ce moyen d’ajournement ; pr.

mais M. de Falloux avait su déjouer leur manœuvre. ÿ 4 Cette fois, M. de Parieu annonce seulement qu’il priera 1 fl 4 Y Assemblée de régler d’urgence deux ou trois questions 51 \ ÿ capitales, ainsi celle des instituteurs; il la laisse libre sur ‘1 à5 4 le renvoi. MM. Baze et Fresneau contestent la doctrine F (a, | de Pascal Duprat, qui est appuyée par le général 1 ; Cavaignac. Au vote, le renvoi au Conseil d’État est ‘4

L (18 prononcé par une majorité infime : le ministre et une 0 partie de la droite s’abstiennent ; les bonapartistes et ji ‘124 certains catholiques inspirés par Veuillot votent avee

ai L’Univers du 8 novembre chanta victoire du résultat. à

“4 En fait, le Conseil d’État fut sans malveillance. …

st ÿ Tenant ses promesses, M. de Parieu présenta, le Ne. ‘4 13 décembre, une loi indépendante et très courte, qui 4 _ sabrait les instituteurs. A l’avenir, ceux-ci seraient à Ai mommés, réprimandés, suspendus et déplacés par le 4

_ préfet, — selon le vœu de M. Thiers, — et révocables ; De sauf pourvoi. Le projet Parieu portait même défense à F4 « 0 l’instituteur révoqué d’ouvrir une école privée dans la 11 commune où il avait exercé ses fonctions; et la com- “5

‘14 mission ajouta : « ni dans les communes limitrophes ». À De L’urgence fut votée péniblement. (1) Puis M. de ’

: 418 Parieu, ayant lu à la tribune des correspondances J “0 socialistes d’instituteurs, emporta enfin l’adoption de ‘ ie cette loi. l PL Elle fut appliquée sans retard.

‘oi Le 4 février 1850, une statistique, insérée au Moni-

40 teur, énumère cent dix cas de mesures disciplinaires

‘8 ordonnées pour l Académie de Caen. Les motifs indiqués ;

F ÿ sont ceux qui suivent : réclusion pour faux (un cas),

: 50 giques, socialistes, anarchiques, sévices envers les 4 14 () Un membre de la gauche cria, parmi lé bruit et les rires :

Yen « Je demande le renvoi du projet de loi au club d’Aurillac! » ; +2 (Moniteur, 1849, page 4.006, colonne 1) En 48, M. de Parieu avait ue: dirigé à Aurillac « un club dont le nom était caractéristique : le à : AA club Copa-courniore, c’est-à-dire çoupe-cou, littéralement coupe- 4 <a siflet ». (Vermorel, les Hommes de 1851; page 9, en note) N

(oi élèves, incapacité, ivrognerie, fréquentation de caba- ‘10 | rets, mauvais traitements conjugaux.… (1) F4 é Uné habile campagne de brochures avait travaillé ’ l’opinion. Par exemple, un petit placard de 27 pages, publié au Havre (Du Socialisme dans les Campagnes ‘Ti et de la Liberté d’enseignement), après avoir stigmatisé tt A x Proudhon et Voltaire, constate que le pouvoir exécutif, LM « impuissant à arrêter les funestes effets de la loi de 4 1833, s’est adressé au pouvoir législatif pour en obtenir 48 une loi répressive des instituteurs ». Et c’est là, sans En doute, une atteinte à la liberté d’enseignement : « Mais 4 1e _ + Ja société est en danger. Il faut agir avec rigueur contre a | ceux de ses membres qui mettent leur intelligence au hi”. service de l’anarchie. » Det Au surplus, la grande loi sur l’enseignement fera VS Ê bientôt cesser cette atteinte. 448 (1) Les instituteurs, à cette date, sont très suspects. Voir le « qua- “y nie o trième numéro de La Foire aux idées, revue de l’année 1849 : * + 3 Et à moi, Chipansberg, que ne m’ont-ils pas fait ? J’étais instituteur primaire… 7 è LE Et qu’est-ce que vous leumappreniez donc à vos élèves? AP

Je leur apprenais à se moquer des lois, à rire au nez de leurs parents, et à 44 }

É signer, d’heure en heure, des pétitions pour demander la mise en accusation ec F7 du pouvoir. KES de } Osez-vous bien vous vanter hautement Si L ke De mépriser les lois et la morale ? PR y À Pi Osez-vous bien prêcher au pauvre enfant 714 dd Vous qui voulez briser tous les liens, 114

  • A Par vos leçons si l’enfance est flétrié, ‘1 t Malheureux! de nobles soutiens ve » F Vous déshéritez la patrie! RU

M nt Les délibérations sur le projet de loi « relatif à jee 1 À e Re struction publique » s’ouyrirent à l’Assemblée Législa4 tive la veille du jour où la loi Parieu fut publiée au D nn. Moniteur, le 14 janvier 1850. ‘4 Re, Elles furent acharnées et brillantes. Dans la discus- 4 ‘8 . Wallon et Lagarde prirent la parole contre la loi; 4 _ Mgr Parisis, évêque de Langres, MM. Poujoulat, 4 no : Béchard, Fresneau, de Montalembert, Thiers, de Parieu, . % 40 parlèrent pour elle. M. de Montalembert prononça un +1 5 discours de haute et hautaine éloquence; et Victor »« ‘
D. Hugo, un discours emphatique et brave. M. Thiers 3 . Me: tourna en ridicule son ami M. Barthélemy Saint-Hilaire. ee 74 k L’adhésion de l’évèque de Langres, malgré ses ré- Ÿ « 10 serves, au texte de la loi, parut un échec pour l’Uni- . vers. Enfin, le ministre fut tel que désirait M. de 4 00 Le passage à la discussion des articles fut voté, le 244 19 janvier, à la majorité énorme de 455 voix contre 187. fn — Bien des membres, ennemis de la loi, étaient amis ” - Outre les orateurs cités, MM. Audren de Kerdrel, de ‘4 Riancey, Beugnot, et MM. Athanase Coquerel, pasteur, ; . Arnaud (de l’Ariège), démocrate chrétien, Jules Favre, Ë #3 intervinrent encore dans la discussion, les uns favo- ÿ ic rables, les autres contraires. Le débat, très fouillé, très 4 ‘518 étendu, fut toujours âpre, presque toujours grand. j 4 Une motion remarquable vint de l’abbé Edmond de | ; 4 Cazalès; elle exprimait les dissidences de l’Univers. | Mi L’abbé demanda que les dignitaires du clergé, — A à archevêques, évêques, — fussent exclus du Conseil su-

_ périeur de l’Instruction publique, où leur admission se- 1,5 à * rait compromettante pour l’Église : « A-t-on consulté, #18 _ disaitil, son chef suprême? » Mais l’amendement Ca- 12 , zalès fut rejeté par 396 voix contre 230. C7 à La loi fut adoptée dans son ensemble, à la séance du Fe K 15 mars 1850, très sensiblement avec les mêmes chiffres : 18 La majorité était composée des divers éléments con- k ; servateurs. La minorité comprenait des noms socia- 418 : listes, républicains, bonapartistes. L’abbé de Cazalès, De 4 lui aussi, avait voté contre. Mgr Parisis s’abstint; nas <i et cette attitude de l’évêque de Langres, qui avait ’ è } parlé en faveur de la Loi, fut la revanche, prouva la br 4 force de l’Univers. (1) : UT La promulgation de la loi ne désarma point Louis 5 £ dit M. de Falloux, 4 4 à d’obtenir de Rome une dé- É 13 4 sapprobation explicite de notre loi, et l’interdiction aux 4 6 D: évêques de France d’entrer dans les Conseils départemen- | 11 à taux. Le nonce, Mgr Fornari, qui m’avait toujours fortifié +18 1154 () « Le jour du vote définitif, bien qu’il eût conseillé à ses amis x: 4 de dire Oui, il s’abstint, et lorsqu’on lui demanda le motif de son A: 7 abstention, il donna dans une lettre adressée à l’Univers cette ‘4h Er. explication : « Je me suis abstenu parce que, d’une part, je demeure ue: 2 « favorable à la loi dans les limites tracées par mon discours, et, re nue « d’autre part, en présence de quelques divergences que je con- 1% ‘4 « « naissais dans l’épiscopat, j’ai craint que mon vote ne parût un DA 0 « blâme indirect envers mes vénérables collègues. » Plus tard, 4 ( dans une note intime sur sa vie, il compléta cette explication : o l 14 « Je voyais distinctement que le rejet de la loi eût été un très 23

se de son adhésion, refusa d’entrer dans ce complot dont « 1 Ÿ va s’alarma, autant qu’elle $‘en indigna, la grande majorité de ? 4 l’Épiscopat français. (1) te ra A la vérité, nombre de prélats ne ménagèrent point ë leur assentiment ni leur zèle à Louis Veuillot. Mais _ Rome ordonna la soumission. in : Auprès des universitaires, le sens de la loi fut défini #4 rapidement par plusieurs mesures parallèles, sur les- ; _ prit desquelles il était malaisé de se méprendre. | ‘1 C’est ainsi qu’Amédée Jacques, directeur de la Li . va berté de penser, fut exclu de l’Université. M. Jules < ÿ Simon quitta cette Revue. Et M. Emile Deschanel, prone fesseur au lycée Louis-le-Grand, fut suspendu de ses … fonctions pour un article intitulé le Catholicisme et le : ++ 14 Socialisme, « renfermant diverses attaques contre la 210 religion et le clergé catholiques, et contenant profesee sion de socialisme, — écrit de nature à porter scandale ‘04 dans le lycée auquel appartient M. Deschanel et dans À l’Université tout entière », disait l’arrêté ministériel du AL ‘a Environ un an plus tard, M. Vacherot, directeur des k études à l’École normale supérieure, fut mis en dispoa f « grand malheur, puisque nous y avions fait abolir la proscription CR « des congrégations religieuses enseignantes; mais comme, au 24 « fond, les principes étaient et sont demeurés mauvais, j’ai trouvé “} « nécessaire de n’y pas attacher le nom du seul évêque, c’est-à- : 184 « dire du seul membre de l’Eglise enseignante qui fit partie à « de l’Assemblée. J’y étais porté par les letires d’un grand nombre 3,6 « d’évêques qui exprimaient en général au sujet de la loi, ou des Re « restrictions multipliées ou des répugnances profondes. » Louis
Veuillot a publié ces lignes en 1864, du vivant de Mgr Parisis pe: qui en avait autorisé la publication. » (Eugène Veuillot, Louis nr: (1) Mémoires d’un Royaliste, tome premier, page 569. À

in _ nibilité, sur censure exercée par l’abbé Gratry, aumê _ nier de l’École, contre les doctrines émises dans le troi- (40 | sième volume de son Histoire critique de l’École : EUR Telle est la genèse de la loi du 15 mars 1850. LE VE MM. de Montalembert et l’abbé Dupanloup l’ont pré- 1. \ voter. Mais l’histoire n’est ingrate envers personne en ‘AN F Bien des gens crient : « Abrogeons-la ! » Leur désir n’a F je : | guère de portée, car le temps a ruiné une à une ses VA L dispositions essentielles. Il ne reste d’elle, aujourd’hui, | Ê que l’image imprécise du principe qu’elle avait déna- 1 _ turé. Quel que soit l’avenir, ce principe-là court de A | grands risques. Pourtant tout le monde y devrait tenir : D c’est le principe de la liberté. ‘0

44 La République française n’emploie ñ :r :

NS: | - jamais ses forces contre la liberté HAT.

hi: I. — L’assassinat du comte Rossi Ya 4 Le 15 novembre 1848, à une heure de l’après-midi, la 1100 _ voiture du comte Pellegrino Rossi, premier ministre de et _ Sa Sainteté Pie IX, s’arrêta devant le palais de la Chan- 4 __ cellerie, où siégeait la Chambre des Etats Pontificaux. D: | Les députés ne s’étaient pas réunis depuis le 26 août. Ex: _ A cette date, le pape les avait brusquement envoyés en « 2 à vacances, et, pendant deux mois et demi, en dépit du 4 à _ « Statut fondamental » qu’il avait naguère consenti au à; 0e peuple de Rome, Pie IX avait gouverné sans eux. ; _ Le comte Rossi descendit de voiture : il regarda, et Eu à vit la cour du palais remplie d’une populace assez mal } F contenue par des gendarmes en très petit nombre. Des À _ insultes saluèrent le ministre. Rossi eut un froid sou- K’ F: tr: TexrEs ConsuLTÉs. — Nouvelles d’Italie et comptes rendus des # | séances de l’Assemblée nationale publiés au Moniteur. — Mémoires à _ duprince de Metternich. — Comte de Falloux, Mémoires d’un Roya- Ÿ … liste. — Louis Venillot, par Eugène Veuillot. — Bolton King, Histoire ;

j de l’Unité italienne. — Perrens, Deux ans de révolution en Italie. — * 15 __ Vermorel, Les Hommes de 1851. — Bittard des Portes, L’Expédi- -

_ tion française de Rome sous la Deuxième République, d’après des Ÿ _ documents inédits. — Raffaello Barbiera, La principessa Belgio- A

joso. — Mémoires divers et journaux du temps. ta

1 11

a rire. Il était brave, taciturne par volonté, avec TE 104 Li pérament de méridional et des élégances d’homme du 11 FR nord. Il mettait son point d’honneur à ne rien appréhenHu , der de cette canaïlle exubérante. ‘1e ne On Favait averti, pourtant, de l’échauffement des ‘4 ee bi esprits. Mais il s’était refusé aux mesures extraordi21 naires : « La police de l’Assemblée appartient, disait-l, 4 au président. Si on en veut à ma vie, on pourrait aussi _ bien me frapper un autre jour… » 4 : 44 Rossi avait la conscience hautaine de sa valeur et de 7 ‘11 { son honnêteté ; il était persuadé d’être utile à la liberté, ‘4 1e « + comme au pape. Et il allait droit son chemin, s’en tenant ‘1 nt à une politique de réformes tranquilles, bousculant les ‘0 4 réactionnaires, et fort hostile aux exaltés. Nul n’était 4 it plus que lui fermé à ce vibrant sentiment national et À 5 démocratique qui déjà faisait frémir, à l’appel d’un #4 no. Garibaldi, la vivacité jaillissante et, chaude du sang # vi italien. Pour cette journée d’ouverture, il avait composé 18 un discours d’un pairiotisme imité, sans flamme, et h ‘1 s’apprêétait à le dire, comme s’il se fût agi d’inaugurer fl 4 Î un de ces cours que M. Guizot, son maître, lui confiait à ‘ei jadis à la Faculté de Droit de Paris. 1 : Rossi monta l’escalier. À 14 coup de poignard. On transporte le ministre dans les 4 Le : appartements du cardinal Gozzoli, où il meurt cinq L Ne Par bravade, les députés restèrent en séance. La mort 4 trs de cet étranger, — ÿl forestiere ! disait le peuple, — h:

_ était un incident bien maigre! Ils signifièrent leur indif- ji a pt: Comme malgré tout l’Assemblée était émue et bourdon- 6 1 nanie, une voix s’éleva : 98 É — Pourquoi tout ce mouvement ? Etait-il donc roi de h ne Au dehors, c’était l”embrassade fraternelle de la foule :118 4 soir, un rassemblement vint hurler sa joie devant la An: L- maison du mort. MA ne. Le lendemain, les ministres donnèrent leur démission Ne | Pie IX n’avait pas tenté de quitter ses appartements ‘où Î du Quirinal; il y conversait avec les ambassadeurs. A 1 ; * onze heures du matin, la foule romaine, les carabiniers, % Fs la garde civique et les troupes de ligne révoltées cou- Ke ré vraient la piazza del Popolo. A midi, trente mille D: h. Romains vont à la Chambre et invitent les députés à 4

: demander au pape un ministère démocrate, la guerre à Uh L _ PAutriche et une Constituante, qui proclamera la fédé- dr te - ration italienne. Pie IX fait répondre par le cardinal ke k Saglio qu’il y va songer. Peu satisfait, le peuple renvoie 3%

% ses délégués au palais. Cette fois, Pie IX déclare qu’il 1% Fi (1) Sur l’identité de l’assassin de Rossi, voir Bolton King, PA ; tome II, appendice D. Voir aussi plus loin, page 133, note 1. — ‘1 Républicains et papistes se sont rejeté le meurtre. Fut-ilMle fait 1

dune police provocatrice et mystérieuse? Ou plutôt, son auteur a

S wavait-il pas suivi cette trop fameuse « théorie du poignard », — A \ la plus grande ennemie de l’Italie, selon Daniel Manin, — et qui }°a Le glorifiait l’assassinat des « tyrans »… * :

‘1 entend délibérer en liberté et ne traitera pas « avec les” FT 10 De colère, le peuple houspille les Suisses, mercenaires | fidèles, qui gardent le Quirinal, et commence à mettre El Au le feu à la grande porte. Les Suisses envoient des coups $ _. Canino, député romain, fils aîné de Lucien Bonaparte, ‘4 1 ù s’installe au café des Arts, d’où il mène lémeute… La E: foule improvise des échelles de cordes et des barricades. er, ne. La garde civique amène du canon. Une balle tue : Fa Da Mgr Palma, secrétaire du pape, et plusieurs Suisses Het FE tombent. À cinq heures, on envoie un ultimatum au #3 0) pape : il a une heure pour céder. Passé ce délai, on 110 0 | donnera l’assaut, et seul il aura la vie sauve. Pie IX se |: 14 el résigne, et, dans la soirée, charge les démocrates Gal- 4 er letti et Sterbini de former un ministère.
GC Rome illumine. Le peuple et les carabiniers acclament À Ha le pape, promènent le drapeau tricolore à la lueur des “3 à 4 torches, et vont déclamant ce vers du poète italien : *F 10 Bénie soit la main qui a frappé le tyran du poignard! 4 A Le tyran, dans la circonstance, c’était ce pauvre 4 ‘48 comte Rossi, économiste et jurisconsulte libéral. Le pe Apparemment, la « tyrannie » de Pellegrino Rossi F L .était descendue avec lui dans son tombeau. De gais | ne carillons tintèrent à Livourne, dès qu’on ÿ connut sa # 0 mort; et les gens de Livourne, avec tambours et ban- À { nières, s’assemblèrent devant la maison du signor La 4 « Cecilia, consul romain, afin de le féliciter de la résurrec- ‘à

Lo tion de Rome, puis devant le palais du gouverneur ‘4 “160 Pigli, qui se fit voir à la terrasse. Partout, le drapeau ‘10 romain flottait parmi les drapeaux tricolores. Partout, “3 É — Vive la Constitution italienne! Vive Rome! 71 1 reprendre. Les ambassadeurs de France, d’Espagne et ss À 4 le ministre de Bavière s’étaient mis à son service etlé Ÿ #4 pressaient de fuir, comme n’étant plus en sûreté dans ? 14 : à Le 17 novembre, c’est-à-dire au lendemain du jour où le “é À Saint-Père avait accepté un ministère démocrate, le duc 10 d’Harcourt, ambassadeur de la République française, 1 ; dépêchait au général Cavaignac, chef du pouvoir exé- ‘il 8 cutif : « Aujourd’hui, l’autorité du pape est absolument 4 É É nulle. Elle n’existe que de nom, et aucun de ses actes À ÿ ee x Pie IX, à son avènement, fut un pape aimé de toute he ‘4 Au conclave de 1846, le cardinal Micara avait dit au 14 _ cardinal Lambruschini, chef du parti autrichien et rétro- ‘4 4 grade : « Si Dieu fait l’élection, Mastaï sera élu; si le ‘à __ diable s’en mêle, ce sera vous on moi. » En haine de 3 % je _ JAutriche, le cardinal Mastai-Ferretti, évêque d’Imola, di % | fut élu par le conclave, et il prit le nom de Pie IX. ‘3 ! On le disait franc-maçon et d’origine juive. Ce pape \ “à i était jeune, instruit, bon, très spirituel, mais aussi fort ss

14 irrésolu; il passait pour épileptique. Peu grave, Ii 0 \5’ER même badinait sur son manque d’énergie : NUL Va © — Mon Dieu! disait-il, ils veulent faire de moi un n 0) Napoléon, et je ne suis qu’un curé de campagne. “4 74 ï L’Italie s’y trompa d’abord, et la popularité de Pie.IX 1 1 14 fut infinie et merveilleuse. Un touchant loyalisme ani- h: | 12 foule romaine. On le savait ému par la doctrine de cet M ‘1014 abbé Gioberti, prêtre de Turin, dont le Primato, livre A. ne. heureux, confiant dans la « primauté » du génie italien, D: jé à avait annoncé la renaissance de l’Italie sous la Papauté ni 1 Vincenzo Gioberti, Giuseppe Mazzini, Cesare Balbo, L Ÿ #e c’étaient les grands noms littéraires de ce Risorg’imento, ‘4 CES magnanime désir d’unité et de « résurrection », d’où est Î pu: née la libérale Italie contemporaine. Gioberti avait À 708 entraîné le peuple, les prêtres et les princes, car son 41 DA: livre était patriote, catholique et conservateur. Et si 4 à Milan et Florence, démocrates et libre-penseuses, espé- F 148 _ raient peu du pouvoir temporel et ne se fiaient guère au | Va socialisme clérical, la plèbe romaine, moins renseignée, l V8 _ plus candide, rendait grâces au Souverain Pontife des À 4 ÿ intentions réformatrices qui lui étaient prêtées par elle, 4 #, 1 — et elle associait, dans sa gratitude, l’avenir de Ftalie 4 ne. nistie à son peuple. C’est un bon début. Rossi, alors 4 ‘1 ambassadeur de France, écrit à M. Guizot : « L’amnistie D: 4 À n’est pas tout; mais c’est un grand pas de fait. J’espère f M que le sillon est ouvert… » F’ en Pie IX enfiévrait la foule par le prestige de sa beauté 4 physique, par le magnétisme de son éloquence et de sa R

:6 charité. Dans la chaleur des nuits SAN des pro- Ke: ‘à cessions s’agenouillaient devant les murailles du Qui- ‘108 | rinal et le pape, de son balcon, bénissait le peuple… 14 ÿ e Mais, de Vienne, Metternich surveillait Rome. Le prince ‘#2 1

Metternich rencontrait un pape libéral : « C’est le plus ï pi

de grand malheur de l’époque, disait-il. Je n’attendais à 108 tout, excepté à cela. » De RE Le mécontentement de Metternich plana sur Rome. # | Les troupes autrichiennes occupèrent Ferrare, qui était 5 __ aupape. Pie IX annonça qu’il excommunierait le prince “A s Metternich,’ et n’en fit rien, bien entendu. Les Jésuites A1 4 se tenaient à l’écart et le bruit courut, selon l’usage, _ $ qu’ils complotaient la mort du pape. Pie IX alla brave- : ÿ ss 4 ment visiter leur collège. La foule lui criait : Ré:

l — Saint-Père, ne goûtez pas à leur chocolat! 4 i Pie IX prit peur de tout le monde, — de ses adver- qi: | saires et de ses défenseurs. ë À 710 On lui demandait trop! Le pape venait d’accorder à (ei . son peuple un ministère. Nouveauté considérable! A 7 À la vérité, ce ministère n’était composé que de prélats et à

4 de cardinaux. Mais le Conseil d’État se recrutait parmi ee

; les laïques. Une loi sur la presse, si elle maïintenait la 4 À

? censure, permettait du moins de publier les opinions 1 à qui ne tendaient point, directement ou indirectement, à 1 ‘%

À rendre odieux le gouvernement. Enfin, le pape avait 14 És autorisé un cabinet de lecture… Et on lui demandait (i “à encore une garde civique! 34 1 — Je ne veux pas me damner, disait Pie IX, pour 114 ; plaire à messieurs les libéraux. Fe 4

1e Pourtant, il céda sur la garde civique, comme avaient cédé les autres princes italiens. Cela dépassait 11 la faiblesse permise. Le cardinal Gizzi, secrétaire 3 }

‘à d’Etat, démissionna, un homme d’ordre et de bon sens , #4

#4 ne pouvant gouverner sous un pareil pape. % DEN Les Romains furent dans le ravissement. À

5 Un forgeron athlétique était alors leur idole. Son 1 __ nom était Angelo Brunetti; on le surnommait Cice- te - _ + ruacchio. Sa force musculaire et sa générosité oratoire 4 à faisaient de lui un tribun bon vivant, avec qui il fallait À V4 compter. Ce forgeron protégeait le pape. nn. 4 Le 1° janvier 1848, en l’honneur de l’année nouvelle, Li _ les gens du peuple vinrent au Quirinal pour s’age- 4

_ » nouiller et se faire bénir. Des soldats les ayant repous- E ‘24 sés, ils s’indignèrent, accusèrent les jésuites, la police, A: +4 les cardinaux, criant : « Vive Pie IX seul! » Le lende- ’{ De main, pour dissiper le souvenir de cette maladresse, le

“1 pape se promena en’ voiture par la ville. Sur son pas-

12 sage, Ciceruacchio brandit une bannière avec ces mots : 1 n 4 « Saint-Père, fiez-vous au peuple! » La foule hurla | | contre les jésuites; et Pie IX, terrifié de tant d’amour, ee | s’évanouit dans son carrosse. ‘24 À Trois mois après, les révolutions de Paris et de ki 8 Vienne avaient leur retentissement dans toute Italie 4 “1 et soulevaient Milan et Venise contre l’Autriche, au cri 4

Le 15 mars 1848, le pape accorde une chambre des % L’:: pairs, une chambre des députés, un ministère respon-

L. sable, et promulgue le « Statut fondamental pour le ra

Ne” | gouvernement temporel des États de l’Église ». A la fin Ji F: de ce même mois, Charles-Albert, roi de Piémont, dé- 4 4 clare la guerre à l’Autriche et fait cause commune avec ‘4 4 Milan et la république de Venise. A Rome, Ciceruac- Ps j chio exige la guerre. Pie IX est sombre! Il ne lui plaît Li ‘ point de combattre une puissance catholique. L’espoir A d’être habile, s’il paraît céder, le décide : après tout, 4 \ lancer une expédition, ce serait purger Rome de ces G” : Le pape confie 17.000 hommes au général Durando, ta

| « + mais avec défense formelle de franchir la frontière : le Ve _ * général devra garder l’entrée des États de l’Église, tout 4 simplement. Arrivés au P6, les soldats du pape veulent N:. ÿ passer le fleuve, et se battre. Mais Durando n’osait pas A ; obéir à ses soldats. Pour leur faire prendre patience, 13 | il se risqua à leur dire : « Le pape bénit vos épées! » d Le pape désavoua son général avec colère. Mais dans

. Rome, Ciceruacchio le faisait trembler. Fort généreuse- # ment, Pie IX venait d’ordonner que les murs du Ghetto : é seraient détruits. Aussitôt, ce prodigieux forgeron avait À È g entrepris de les démolir lui-même et s’y employait avec #l 1 tant de zèle que la reconnaissance des Juifs, oublieuse À 4 1 À du Saint-Père, s’en allait tout droit à Ciceruacchio et à L Hu ses amis… Or, Ciceruacchio voulait une vraie guerre; 1%

L il menaçait d’émeutes et d’un impôt forcé sur les riches. ke

Et Pie IX se lamentait, non sans naïveté : ‘

ï — On m’avait assuré, disait-il, que tous les révolu- % | tionnaires étaient au camp! 3 Détrompé sur ce point par Ciceruacchio, le pape se a à résigne à laisser avancer le général Durando. Sur quoi, À ; des évêques allemands, indignés, adressent à Rome des ù | menaces de schisme.… ‘0 107 3

40 nerveuse âpreté des faibles, il déclare en Consistoire he.) 4 | que jamais le vicaire de Jésus-Christ ne fera la guerre % F. à ses enfants : il a envoyé des soldats pour défendre sa À à. , frontière, mais la guerre contre l’Autriche est profondé- # 4 ment contraire aux sentiments d’un pape « qui aime = : À d’une égale affection tous les peuples, toutes les races et dE _ toutes les nations »! 4 4 — Enfin, il a parlé en pape! s’écria le cardinal |

où En pape, mais non pas en lialien. je Cetie allocution au consistoire faisait brusquement

2 apparaître l’antinomie entre les intérêts du pouvoir ( temporel et la cause de l’Italie. Dès qu’elle fut connue

D: au dehors, les bases de la république romaine se trou-

h. 3 Pie IX avait déchiré les voiles. Sa popularité | ÿ s’écroula en quelques jours; il en fut stupéfait et épou- x

1h Une apparition céleste lui avait, paraît-il, dicté son

+2 allocution, qui fut prononcée et d’abord publiée en t À langue latine; mais la version italienne circula, par les

F soins de Ciceruacchio. Des clubs s’assemblèrent. On y

E | proposait l’installation d’un gouvernement provisoire,

ie, à la mode de Paris. Pie IX parla de quitter Rome.

DE Puis se ravisant, il annonça que s’il était personnel- | ! lement hostile à la guerre, il n’empêchait point ses | ‘1 sujets de prendre les armes. Et il chargea Mamiani, 24 chef du parti avancé et belliqueux, de former un mi- 4

“7 La confiance était détruite… Le 95 juillet, l’armée DE: À piémontaise fut écrasée par les Autrichiens à Custozza. L 4 F Mamiani ne pouvait accepter plus longtemps de servir “STE . le pape contre l’indignation de Rome. Pie IX prit alors FE à É pour ministre Fabbri, vieillard usé, et le garda six 24 1 semaines ; il les employa en démarches à l’étranger. Fin “0er $ août, il congédia la Chambre et, quinze jours après, ‘4 | Fabbri lui-même. Ne. | Puis il fut si suppliant envers l’infortuné comte Rossi “4 que celui-ci accepta, malgré ses scrupules et sa clair- 2 voyance, le poste où son sort était de périr. é :# À Entre temps, le pape avait négocié avec le général ï | ; Cavaignac, chef du pouvoir exécutif de la République D 4 Pie IX demandait des troupes à la France. Cavaignac ; ï refusa d’intervenir sur l’heure; mais il prescrivit au ke j’ général de Lamoricière, ministre de la guerre, de réunir fe rs à Marseille une brigade active, sous le commandement A | * du général Mollière. Cette brigade comprit deux régi- ; Fi ments de ligne, une compagnie du génie, des ouvriers #3 et infirmiers militaires, et même des gendarmes. Sa nn: 4 destination n’était point précisée; mais les journaux cl ‘ officieux firent entendre qu’elle aurait sans doute à 4 U= accomplir une opération de police chez les Romains. # _ Cavaiïgnac avertissait ainsi l’Autriche d’avoir à res- ‘#4 ; pecter les États de l’Église, et garantissait aux catho- É À liques de France son intention.de protéger la personne ‘a du pape contre toute violence. FR Cavaignac avait bien joué, apaisant les catholiques, È

5 sans déplaire aux républicains. (1) Mais le pape comprit d 10 son habileté, et il en sentit beaucoup d’amertume. La Ré- Re. 154 publique attendait l’irréparable, pour entourer sa @perce sonne » d’une protection illusoire et tardive, et n’accep- À _« tait point de servir sa politique et ses desseins. ; %) L’irréparable survient au milieu de novembre. Rossi ) meurt, victime du peuple et du pape. Voici venu, pour n. Pie IX, le moment de mettre aux enchères, entre les nr. puissances catholiques, l’honneur et les avantages de 7& Justement, l’évêque de Valence venait de faire tenir | 4% seur et son homonyme spirituel, portait l’Eucharistie en ‘ d voyage. Rome vit une aurore boréale. Fort superstitieux, 4 Pie IX crut ces circonstances de bon augure. Elles Hi. encouragèrent ses projets intimes de départ. Mais où 4 partir? Le duc d’Harcourt. conseillait Civita-Vecchia, $ 4 port de Rome, d’où le pape aisément gagnerait les côtes | De - de France. M. Martinez de la Rosa, ambassadeur | ‘4 | d’Espagne, offrait un refuge aux îles Baléares. Enfin, le À D comte de Spaur, ministre de Bavière et chargé d’affaires b Fe N! @) Même à droite, les esprits pondérés ne désiraient pas davan- 4 A tage. Le duc Pasquier écrit le 4 août 1848 au baron de Barante : al « Si, comme cela peut se craindre, nous donnons le secours qui à Ni paraît nous être demandé, et si nous nous jetons dans l’interven- , i tion, qu’en arriverait-il pour nous dans l’état de nos finances et : T4 avec le besoin de nous garder, à Paris surtout, avec un si grand {el La nombre de troupes ? » (Souvenirs du baron de Barante, tome VII,

? de l’Autriche, depuis que cette puissance avait rappelé mi! _ son propre ambassadeur, proposait Gaëte, dans les Etats M : F du roi Ferdinand de Naples, monarque entièrement nt Re | soumis aux volontés autrichiennes. Pie IX était intéressé ee: | à se concilier l’Autriche, puisqu’il prenait son parti 10 à d’une rupture avec lès Romains. Son choix intérieur fut À À | L pour Gaëte. Ce choix vengeait aussi sa rancune, piquait b ‘4 __ la France, allait la contraindre à rivaliser d’empresse- er Le ment avec l’Autriche à le rétablir dans ses États. Mais 4 i il n’eût pas été prudent d’en informer le duc d”Harcourt. VER 1 x Une comédie fut arrangée. Le comte et la comtesse 1 4 _ de Spaur persuadèrent à l’ambassadeur de France que 4 (4 F _ la route de Civita-Vecchia était trop fréquentée et peu t 08 sûre pour le voyage de Sa Sainteté. Ils offraient de 11 4 mener provisoirement le pape à Gaëte, tandis que le M | duc d’Harcourt conduirait les bagages à Civita-Vecchia. ro Puis l’ambassadeur de la République rejoindrait Gaëte : 10 ; Le duc fut entièrement joué. Le vendredi 24 novembre QE _ 1848, au déclin du jour, le pape sortit du Quirinal; il 100 portait un chapeau rond, une grosse redingote à longs . 100 _ poils, un pantalon noir, et des bottes. Le comte de Spaur É # et le duc d’Harcourt étaient avec lui. Mais le duc rentra : 5 _ au palais, et, seul, occupa toute la soirée à parler haut re | età agiter des lumières dans le cabinet du fugitif, afin x $ L _ de simuler sa présence, cependant que Pie IX s’éloignait : CH _ Sur la route de Gaëte dans la voiture de madame de ‘4 _ Spaur.Alafrontière, un gendarme trouva que ce voyageur ke. _ ressemblait étrangement aux portraits du pape. Mais ce ne fut qu’une alerte. Pie IX atteignit Gaëte.. Et il y .

Br Sitôt qu’il y fut, il lança un bref contre les ministres | es 24 qu’il avait acceptés de l”émeute, et leur substitua une : (8 commission choisie dans le parti rétrograde. La Chambre Î ‘3 romaine déclara ce bref inconstitutionnei. Mais elle “4 adressa une députation au Saint-Père pour le prier de A: rentrer dans Rome. Cette députation fut arrêtée à la 1 4 frontière, et le cardinal Antonelli écrivit de Gaëte que :# le pape ne recevrait personne. j sa 510 « Pie IX, observent les Mémoires de M. de Falloux, ‘+40 était un Louis XVI dont le voyage de Varennes avait * 1 Le duc d’Harcourt avait mandé par télégraphe l’as- É c sassinat du comte Rossi au gouvernement français ; mais 1 le détail des journées de Rome ne fut connu à Paris ‘4 qu’au bout d’une semaine. Le 1* décembre 1848, le ne k gouvernement recevait encore ce télégramme de Civitad } Vecchia : « Le pape se rend en France sur le Ténare, +4 qui a été le prendre à Gaëte. » +108 On aménageait déjà le palais des Tuileries pour y 4h recevoir Pie IX. Cette dépêche ne tarda pas à faire sou a rire sur notre ambassadeur. . ‘ | Fo Lorsque tous les faits furent connus, l’émoi fut consi- ‘ dérable. Rossi était peu aimé, (1) mais fort connu à nil j (1) La duchesse de Sagan lui fait cette oraison funèbre : « Je ne” l’avais connu dans le salon de madame de Broglie; plus tard, je k: l’avais revu ambassadeur de France à Rome. Il m’avait paru astuDR : cieux et prétentieux ; moins noble de caractère, mais plus spirituel “4 que Capo dIstria.. ils ont voulu, tous deux, faire fout d’un coup du Ce Richelieu. » (Lettre du 6 décembre 1848. — Souvenirs du baron de

_ Paris. Puis la France se préparait à un grave événement RU: _ intérieur. L’élection à la Présidence de la République , 0 était fixée au 10 décembre. Le général Cavaignac et le‘ ‘4098 F prince Louis manœuvraient pour s’assurer l’appui du RE: _ parti catholique, par des assurances relatives à la liberté 54108 j de l’enseignement. (1) Eve i Les affaires romaines compliquent brusquement les A conditions de l’entente ; elles rendent plus âpre la con- à a L currence entre ces deux candidats de premier plan. FN } Le dimanche soir 26 novembre, le gouvernement télé- Gi: graphie au général Moïlière, à Marseille, de se tenir 54 prêt à embarquer sa brigade sur des frégates à vapeur hr. | qui lui seront envoyées de Toulon. # Le lundi, à l Assemblée, le représentant Bixio demande be i à interpeller sur les affaires d’Italie. Les ministres sont 4 . absents; l’interpellation est remise au lendemain. ES | Hors séance, les ministres désignent M. de Corcelie, . 130 _ député de la droite catholique, comme envoyé extra- 24 À ordinaire auprès du pape. Le soir même, M. de Cor- SR k celle prend le train pour Marseille. (2) Ses instructions : @) Voir plus haut notre Précis historique de la loi Falloux, Fe ; pages 59 et suivantes. :$ (2) LE GÉNÉRAL CAvAIGNAC : « M. de Corcelle s’est rendu directe- L’ £ ment au chemin de fer, attendu qu’il était trop tard pour aller à la Ê+ 4e malle-poste. » (Séance du 30 novembre 1848; Moniteur de 1848, je 114 page 3.417, colonne 2) Le général Cavaignac cite Bourges et Saint- ve À Etienne comme deux points auxquels il eût été possible de télé- 4 ) graphier à M. de Corcelle l’ordre de s’arrêter, dès le mardi, si la t 4 Constituante en eût manifesté le désir. Ce fut donc la route dite du 4 Bourbonnais qui fut suivie en partie par M. de Corcelle. Si on ( È inspecte la « Carte générale des Chemins de fer » annexée à l’« An- : nuaire officiel des Chemins de fer » (ou Annuaire-Chaïx), pour 1847- j

pe: lui commandent d’appareiller avec la brigade Molli ère, 1 2 çaise », d’assurer « la liberté et le respect » de sa pér- É sonne, mais avec défense de jamais intervenir « dans Y ; 24 les dissentiments qui séparent le Saint-Père du peuple À Le lendemain, Cavaignac fait part de ces décisionsà la Constituante. Puis le débat est ajourné au jeudi Ni: En soi, le programme était sans reproche. Mais il ô FA, restait à connaïtre s’il ne serait point dépassé, et pour- Ë #4 quoi le gouvernement avait engagé l’affaire sans prendre à 4 l’avis de l’Assemblée. ds Sur le fond du problème, Montalembert s’écriait déjà, | avec sa franchise et son imprudence habituelles : 5 , nous est infiniment chère et sacrée. Mais il y a quelque r: Pé chose de plus cher et de plus sacré encore pour nous : c’est 4 He. Edgar Quinet lui répondit : à 1 ‘4 périence, l’Italie arrive enfin à la conscience de cette vérité aperçue par tous ses grands hommes, que l’obstacle à sa 4 nationalité est la présence du pouvoir temporel des papes. ; ra ‘ Il arrive à Pie IX ce qui est arrivé à tous les papes qui l’ont 4 j 1848, on voit que le voyageur parisien, désireux de se rendre à | Marseille en 1848, pouvait aller de Paris à Nevers par chemin de De - fer; puis de Nevers à Roanne en voiture, car ce tronçon était _4 « concédé et en cours de construction », mais non livré à la cireu- ‘4 lation; puis de Roanne à Lyon par chemin de fer; de Lyon à Avi- ( à gnon en bateau à vapeur; et enfin d’Avignon à Marseille par chene. min de fer. Tels furent donc l’itinéraire et les moyens de transport

ièà précédé. Comme homme il est italien. Comme pape il est 2 | cosmopolite. Qui veut-on protéger : le peuple, ou le prince? 102

_ La nationälité, ou l’obstacle éternel à la nationalité? Dans Ne

‘5 le cas où un gouvernement républicain finirait par s’établir Cl : dans Rome sans le pape, en dehors du pape, la République à l ;

_ française se croira-t-elle obligée d’étouffer la république 10

ù romaine ?.… Comprimer par la menace la révolution romaine, Rs.

‘ c’est attenter, dans son principe, à la nationalité italienne, et 4 7 frapper du même coup la Révolution du 24 février! /Mouve- ;

. Mais le souci de l’Assemblée étaitrailleurs. Nul ne ‘4e

… 134 reprit les questions d’Edgar Quinet. 7; | A la veille de l’élection présidentielle, les républi- 24 | cains, si le gouvernement les eût consultés avant d’agir, NRi | auraient presque tous voté cette expédition qui préten- ‘3 __ daitse limiter à la protection de la personne du pape; “3 : ils étaient surtout fächés que le général Cavaignac les 7 L eût privés devant le pays du mérite et du bénéfice de 04 | l’initiative. ‘# Jules Favre traduisit clairement leur ressentiment le F4 3 plus réel, en faisant grief au gouvernement de n’avoir 14 1 pas « associé » l’Assemblée à une manifestation hono- ‘ME È rable, puisqu’elle montrait les « sentiments d’estime et Et d’affection » qui attachaient la République française au e dr 6 gés, c’est une réclame électorale. (1) . : 108 4 ( ») Ce reproche fut très sensible au général Cavaignac. Un an 4e 53 ‘à plus tard, à la séance du 19 octobre 1849, il y revenait encore : ‘au Vi « Je ne veux point mentionner ici, quoiqu’elle figure aux colonnes At: 5: du Moniteur, une imputation qui me fut adressée alors de avoir ‘ll $ poussé à cette démonstration qu’à titre de réclame électorale… » gs F — « Et vous avez parfaitement raison », interrompit M. Odilon & Barrot, devenu président du conseil. (Moniteur, 1849, page 3.297, +1

Ë 4 Cavaignac, comme pour les narguer, avait répondu par L “ai un oui bref à la question par laquelle on lui demandait | 110 si la brigade de Marseille avait dû partir sans attendre | 100 la délibération de l’Assemblée. A Un ordre du jour d’approbation n’en fut pas moins É W voté à l’énorme majorité de 480 voix contre 63. 158 Jules Favre ne s’y « associa » point; il vota contre. : 160 Le prince Louis-Napoléon Bonaparte s’était abstenu, ” ‘1e et son abstention fut très commentée. On n’avait pas F £ ‘4 perdu le souvenir de ses extravagances de jeunesse ci dans les Romagnes, ni de la folle lettre par laquelle il De 4 ‘avait alors sommé le pape Grégoire XVI de renoncer 4 | i au pouvoir temporel. En somme, la tradition napoléo4 nienne est fort anticléricale! Huit jours avant l’élection ‘4 à la présidence de la République, elle était surtout fort 4 \ie . Le prince s’expliqua par une lettre, du 2 décembre 1848, 03 adressée à l’Univers : « Tout en étant décidé, disait-il, 4 à appuyer toutes les mesures propres à garantir effica- :

  • cement la liberté et l’autorité du Souverain Pontife », “he il n’avait pu appuyer par son vote « une démonstration 1 D. militaire qui lui semblait dangereuse pour les intérêts Ù “ 4 sacrés que l’on voulait protéger et de nature à compro- € mettre la paix de l’Europe ». YA M. Eugène Veuillot écrit à ce sujet : « L’explication 14 était habile et même bonne. Elle plut beaucoup aux é
    he (1) Eugène Veuillot, Louis Veuillot, tome Il, page 288. \

Pourtant, elle pouvait encore sembler un peu bien ‘A va obscure. Mais le prince mit plus de clarté dans cette Die à seconde lettre, qu’il communiqua à l’Univers, en même NX ; temps qu’il ladressait au Nonce : TOR

Je ne veux pas laisser accréditer auprès de vous les bruits F4 qui tendent à me rendre complice de la conduite que tient à A0

Rome le prince de Canino. ï 14

Depuis longtemps, je n’ai aucune espèce de relations avee A

le fils aîné de Lucien Bonaparte et je déplore de toute mon Fa

4 âme qu’il n’ait point senti que le maintien de la souverai- Dit

| neté temporelle du chef vénérable de l’Eglise était intime- a ment lié avec l’éclat du catholicisme comme à la liberté et à 0 l’indépendance de l’Italie. a

; Recevez, monseigneur, l’assurance de mes sentiments de 18 ï

| Ainsi, sur les affaires romaines, comme sur la liberté d je 1 de l’enseignement, les catholiques recevaient de Louis- 4 j Napoléon des assurances bien supérieures aux gages D F \ médiocres du général Cavaignac. M. Eugène Veuillot 118 écrit à ce propos : « Ces déclarations méritaient au LA

k candidat les voix des catholiques. Il les eut presque ei | toutes. Celle de Louis Veuillot et la mienne ne lui man- M

Cette chimère, — d’encourager et d’aider l’Italie à 4 conquérir sa nationalité, mais en lui refusant Rome Re.

pour capitale, — c’est déjà, envers l’Italie, toute la poli- ‘4

tique de l’empereur Napoléon III. À

san ie Le général Cavaignac ne fut pas élu président de la À 40 République, et, par suite, la brigade Mollière resta à b nt ‘a ! Le mauvais état de la mer avait d’abord retenu plu- f ne | sieurs jours l’escadre au mouillage. Le gouvernement 5 SR hésita ensuite à la faire partir. Enfin, le 12 décembre, 7 $ a. .surlendemain de l’élection à la présidence, les troupes À pr ; reçurent l’ordre de reprendre leurs casernements. Fr NE: Seul, M. de Corcelle s’était rendu à Gaëte. : 1e En janvier, le pape reçut une lettre de M. de Falloux, 1% devenu ministre du prince-président. Si M. de Falloux D avait accepté ce lourd fardeau, c’était avec l’espoir de 0) |. rendre « quelques services passagers » à l’Église : la p: 4 France, disait-il, tressaillerait d’allégresse, lorsque le ai: É pied du Saint-Père tucherait son sol. — Pie IX répondit | 0 à M. de Falloux : « Grande a été notre consolation en a 4 apprenant qu’on vous a donné une charge si importante, 14 Vous la remplirez ! » Et il ajoutaït : « Nous prions Dieu ne : qu’il nous donne une occasion favorable pour que nous | ah puissions hâter notre arrivée en France. » 1 “4 Mais l’occasion ne venait pas… Et le pape restait à | 14 Le cardinal Antonelli négociait, de Gaëte, avec les M : puissances catholiques. En février, Antonelli eut un #4 coup de maître : il proposa l’occupation collective des l 14 États de l’Église par l’Autriche, l’Espagne, Naples et la

é _ France. C’était obliger la France à un acte, ou à une D. F. La Constituante romaine, élue malgré l’excommunica- ai d tion du pape et les refus de sacrements par les prêtres, ‘23 | venait de proclamer la République. Un triumvirat gou- Que, we | vernait Rome. Le père Ventura, théatin, et le père +. 0e | * barnabite Ugo Bassi, moines patriotes, s’étaient déclarés D. ;

pour les Romains contre le pape. Les riches abandon- E:

| naient la ville, qui fut vite soumise à la dictature de Eee

  • Mazzini triumvir. Les monopoles du tabac et du sel Le. furent supprimés; les palais de la Sainte-Inquisition £ 3

| convertis en maisons de rapport; les domaines ecclé- À 4

. siastiques, confisqués, allaient servir à des partages :3

_ agraires. Mazzini songeait à s’unir à Florence et au : 10

; Piémont contre l’Autriche; il dirigeait la défense, prépa- ES rait la guerre. 12 | A l’appel du cardinal Antonelli, les troupes napoli- 1% taines rôdèrent près de la frontière. L’Espagne armait ‘4

des navires. Un maréchal autrichien marcha sur Bo- 4

Que devait faire la France ? 1 ; Mgr Fornari, nonce du pape, avait conservé à Paris + son rôle officiel. Le prince-président refusait de recon- #0 É naître la République romaine et d’entendre ses ambas- NU F sadeurs ; il eût aimé s’en tenir là. Mais lé moyen de * k laisser le champ libre à l’Autriche? Le prince était 14 1 ë pris entre l’insistance des catholiques, leur Mise en ‘+2 demeure de secourir le pape, et les fureurs encore . redoutables de la gauche… 4

  1. Et pourtant, cette même gauche, — Louis-Napoléon 4 le savait bien, — ne laisserait pas d’ameuter contre lui 4 si, faute d’agir, il permettait à l’Autriche de rétablir à #4 2 : Rome l’absolutisme pontifical et d’anéantir les efforts ù Ë AU A du patriotisme italien! Le prince imagina de biaiser, 4
  • ‘ d’aider en sous-main le Piémont contre l’Autriche, et de 2 faire du Piémont ami l’instrument secret de la politique ÿ nb En vain, Falloux objectait : « C’est vouloir cacher un À W Ni géant derrière un brin d’herbe! » Louis-Napoléon, à
  1. silencieux et têtu, persévérait dans sa finesse. Charlesx ÿ Albert, peut-être conseillé par lui, dénonça son armistice F d:1408 avec l’Autriche, et, battu par Radetzky à Novare, ar ‘à n’ayant pu se faire tuer, se déguisa pour passer les A sentinelles autrichiennes, abdiqua en faveur de son fils Det: Victor-Emmanuel, duc de Savoie, et s’en fut mourir en Ke. M. de Falloux triomphait. A “à L’Autriche était maîtresse d’aller à Rome, si la France … ‘a D’accord avec les ministres, M.‘Bixio proposa à l’As- i 14 semblée, le 30 mars 1849, d’assurer son concours au ie Sd pouvoir exécutif, s’il croyait devoir « prêter à ses négo- ] 14 ciations l’appui d’une occupation partielle en Italie ». 4 Le débat dura deux jours, (n) et fut clos par un disUn: cours considérable de M. Thiers.
  • L’occasion paraît bonne à M. Thiers pour infliger ses

‘us | sarcasmes rétrospectifs à la politique extérieure du Eur. je Gouvernement provisoire. Les traités de 1815 sont tou- EA é

jours debout! Personne (par bonheur) ma pris au” \S sérieux le Manifeste adressé par M. de Lamartine aux ‘44 puissances ! M: Thiers défie la gauche de demander la 108 guerre pour le Piémont, contre l’Autriche. La France 0 doit s’entendre avec l’Autriche, et non la combattre : LE SE Le ciToyEN Tiers. — La guerre avec l’Autriche, mes- Ki 4 Vous croyez que vous auriez les sympathies des peuples. 4 le Permettez-moi de vous dire la vérité à cet égard. La masse UE des hommes sensés, en Europe, aujourd’hui, est épouvantée, 10 profondément épouvantée des troubles auxquels le monde a à ‘à assisté. Savez-vous ce que vous auriez pour vous? Vous 10 auriez quelque minorité agitée, vous n’auriez pas l’opinion 4% des peuples, j’en suis convaincu ! /Sensation) de: °— Allez le dire à Vienne! 14 Mais M. Thiers continue ; il insulte l’Italie dans sa Be Le cITOYEN Tiers. — Quand tous les Etats d’Italie sont 1 dans les mains, de ridicules perturbateurs qui n’ont pas su ‘2 | la défendre. /Vive interruption à gauche. — Applaudisse- 1e ; Malgré Ledru-Rollin, Jules Favre et Cavaignac, mal- An gré les souvenirs d’une séance récente où Lamartine É: ÿ avait éloquemment soutenu la politique de son Mani- 4 | feste, (1) l’Assemblée adopta la motion Bixio. Elle ne MR | (1) Pourtant Lamartine, à cette séance du 9 mars, avait défendu Le et interprété le Manifeste avec une entière liberté d’esprit, et PR même parlé sévèrement « de ce qu’on appelle la république ro- À maine », cette « démagogie qui a mal débuté dans la voie de la li- % H berté », au point de soulevèr plusieurs fois les rumeurs de la +4 121 4

À | pouvait s’y méprendre, €‘était un blane-seing au pouvoir exécutif. Mais M. Odilon Barrot, président du conseil, de à ss *jurait que la France ne mettrait ses forces au service ‘74 4 d’aueune forme de gouvernement, se borneraïit à sauve-

40 garder sa « légitime influence ». T Mr L’Assemblée le crut, ou feignit de le croire. ” ÿ Re. Un décret nomma le général Oudinot, duc de Reggio, è ._ Méditerranée », fort de trois brigades; le général à “54 Regnaud de Saint-Jean-d’Angély lui fut adjoint; l’amiral à 4 Tréhouart reçut le commandement de l’escadre. Ces É _ nominations ne furent pas insérées au Moniteur : « Le ; nn: gouvernement, observe à ce propos M. René Bittard des

: #8 Portes, cherchait à dissimuler l’importance et le véri-

ee: table caractère de l’expédition. » (1) Mais M. Odilon no. Barrot obtint, le 16 avril, un crédit de douze cent mille * . . 4 : 5h francs pour l’entretien, sur pied de guerre, pendant ; 15e trois mois, du corps expéditionnaire. } _ , Emmanuel Arago l’ayant invité à dire sile drapeau - … f- de la France flotterait avec le drapeau de l’Autriche È FR. pour accomplir la même œuvre, le ministre répondit : ;

4 gauche : « De ce que nous devons reconnaître le gouvernement Pa: national qu’il convient au plus petit peuple de la terre de se ; 1/3 donner, s’ensuit-il, avait dit Lamartine, que le Gouvernement k

ÉTTER français soit impérativement condamné, par son nom de Répu- À ‘ #4 biique française, à faire immédiatement alliance solidaire avec { o tous les gouvernements auxquels il conviendrait de s’appliquer 1

W’: cette dénomination de république ? Non, mille fois non! » (Moni- } ds: teur, 1849, page 780) Et Lamartine avait conclu à Pintervention di- ÿ

à plomatique. Le 31 mars, il s’abstint dans le vote sur la motion L dy { (1) L’Expédition française de Rome sous la Deuxième République, ÿ “4 d’après des documents inédits, page 20. — On suit avec intérêt les ; 1 opérations du corps expéditionnaire dans cet ouvrage très catho- & no lique, et qui est remarquablement documenté au point de vue mi- À

qu’il convenait d’interdire, au contraire, qu’une « res- “TS tauration » se fit dans les États Romains en dehors de ‘4 ss l’influence et des principes de la France, et reconnut Fous: | ainsi qu’il convenait de restaurer le pape. 1748 VW. — Les Français devant Rome- À | Les troupes françaises débarquèrent à Civita-Vecchia, ‘2 le 25 avril 1849. On raconta qu’elles s’étaient embar- + k quées en criant : « Vive la République romaine! » Mais 3 . cette rumeur tendancieuse fut démentie par le préfet des 71 | Bouches-du-Rhône. 34 ; Le général Oudinot avait reçu l’ordrede ne marcher 1 sur Rome que s’il avait la certitude d’y être bien ac- ss cueilli; toutefois, il était autorisé à encourager « l’expres- n sion des vœux de la partie honnête de la population ». +. 14 Ke A Civita-Vecchia, le peuple du port fit fête aux soldats Re x français. Le général conjectura que l’accueil serait le LS | même, s’il allait occuper Rome. Il y envoya trois ofli- a” _ Ces officiers annoncèrent à Mazzini que la France Li F venait pour réconcilier le peuple romain avec le Saint- 14 _ Père. Mazzini, Saffi et Armellini, triumvirs, rendirent _ compte de cette entrevue à l’Assemblée romaine. Elle ÿ pe | leur donna aussitôt, par un vote unanime, mission de 4 | « sauver la République et de repousser la force par la L’$ force ». Les triumvirs écrivirent alors au chargé A _ d’affaires de l’ambassade de France, M. de Forbin- a. À __ Janson : « C’est avec une vraie douleur que nous nous D + 1 _ trouvons forcés à une collision avec la France, que 44 È nous aimons et dont nous apprécions l’amitié. » 4

F1 °0an A Gaëte, Pie IX s’écriait : « Je l’avais bien dit. La Ex. “ France, malgré ses utopies, était prête à défendre le Fa Saint-Siège, à dépenser pour lui son sang et ses mil- LS Te Les triumvirs lancèrent un appel aux armes. Gari- # 40 baldi était dans Rome avec sa légion. Henri Cernuschi, à 11 qui plus tard fut un ami vrai de la France vaincue, s’em- 4 44 : ployait à fortifier les faubourgs. La belle et passionnée ! 2701 princesse Cristina Belgiojoso organisait les ambulances. ‘en 1 Le général Oudinot marcha sur Rome, il disait : « Les 49 Italiens ne se battent pas. » ! 0 1 ÿ Le ministère de la guerre avait omis d’envoyer des 4 2 cartes topographiques, et plus d’une fois dans la journée PA: on se trompa de route. L’assaut fut enfin donné aux 3 portes Pertussa et San-Pancrazio. Mais les Italiens se ‘1 battaient, contrairement aux prévisions du général. Et - \ 4 dans les intervalles du combat, ils criaient : « Siamo ne amici! Siamo fratelli! La pace, la pace! » Is firent ; 4 trois cent soixante-cinq prisonniers, tuèrent ou bles- : fi : Mélancoliquement, Oudinot fit sonner la retraite, s’en è 4 fut bivouaquer à Palo, et écrivit à Paris : « Ce n’était. À à point un siège que nous voulions faire, mais une forte ! . (1) Communication de M. le général Espivent de la Villeboisnet, 64 publiée par M. René Bittard des Portes, ouvrage cité, page 59, en * Ut: note. — Le général Oudinot eut à Rome, pour aide de camp, le 1 commandant, puis lieutenant-colonel Espivent de la Villeboisnet. F

put reconnaissance. Elle a été exécutée on ne peut plus Ë À < Les prisonniers français {furent enfermés au château 1 ra

Saint-Ange. Une semaine après, on les promena dans la 4 Ra

À ville, et les femmes romaines les embrassaient et leur M

jetaient des fleurs. % ‘é

à Un petit Breton était mort aux ambulances de la 4 belle princesse Belgiojoso, en murmurant : « Mon père 10

sé consolera en pensant que je suis mort pour la cause :

Le coup sembla rude à Paris, malgré leuphémisme du M

M. de Falloux apprit la fâcheuse nouvelle en entrant 40

au conseil des ministres, un matin, à l’Élysée. Le prince te

lui montra M. Odilon Barrot, affalé dans un fauteuil. 74

: Les ministres s’occupaient à rendre des forces au prési- 40 dént du Conseil : — Soyez ferme devant l’Assemblée, 1

À lui dirent-ils, il faut réparer cet échec. Sans quoi, ne L

_ l’Autriche s’emparera de l’affaire, et ce sera la double 4

3 défaite « de l’influence française et de l’esprit libéral en F À ”

( M. Odilon Barrot respira : on venait de lui faire son #4

| ; Les journaux de gauche demandaient déjà la mise en “4 À

) accusation de M. Bonaparte et de ses ministres, qui Le : avaient violé la Constitution en employant les forces de à È la République contre un peuple usant de sa liberté. ‘1

Mais l’Assemblée invita simplement le gouvernement à Hi:

0 faire en sorte que l’expédition d’Italie ne fût pas « plus __* longtemps détournée » de son but. Ce vote proclamé,

à on cria : &« Vive la République! » “à

a - C’était le 7imai; la Constituante n’avait plus que deux à semaines à vivre. Le lendemain, le prince-président Fe. M: communique au journal la Patrie une lettre qu’il vient #4 d’écrire au général Oudinot sans. même consulter ses n _ ministres : « Mon cher général, notre honneur militaire E | est engagé. Je ne souffrirai pas qu’il reçoive aucune À

4 1 atteinte. Dites à vos soldats que je partage leurs peines,

: ni et qu’ils peuvent compter sur mon appui et sur ma 3 1 ‘Aussitôt, Jules Grévy et Ledru-Rollin interpellent au | ‘sujet de cette lettre. Et M. Odilon Barrot, pour les apaipe _ Ser, annonce que le gouvernement vient d’envoyer à $ rs Rome, avec une mission pacificatrice, un homme « qui A

Ee Mais la lettre du prince-président parut magnifique ) “4 au général Changarnier, qui commandait l’arniée de 4

Ci Paris; il prescrivit à ses généraux de brigade de la faire J

Ÿ ù connaître à tous les degrés de la hiérarchie militaire :

2 + « Elle doit fortifier, disait-il, l’attachement de l’armée ; 4 au chef de l’État, et elle contraste heureusement avec ;

“re le langage de ces hommes qui, à des soldats français

u. placés sous le feu de l’ennemi, voudraient envoyer,

114 pour tout encouragement, un désaveu. » (1)

ni. Les gens du monde étaient enchantés. Le comte Alexis ;

ne: de Saint-Priest écrit à M. de Barante : « Manque-t-il ;

24 * (1) Le général Changarnier fut conduit à Mazas, puis exilé au ;

quelque chose à la république, et n’est-ce pas le comble

  1. de la gloire que d’avoir été repoussée par la république a à romaine? En attendant, la lettre du président au géné- RE ral Oudinot est fort bien. » (1) (30 Le vendredi 11 mai, la Constituante refusa de mettre % le prince en accusation, et même de blämer le ministère. rire Les élections générales étaient fixées au surlendemain, Re dimanche 13 mai. Le samedi, M. Léon Faucher, ministre 240 S de Intérieur, télégraphia aux préfets les noms des ss députés de leurs départements qui avaient ‘mal voté, 4. c’est-à-dire avec la minorité. Partout, la dépêche Fau- #4 . cher fut communiquée à la presse de province et aflichée pr. La dans les sections de vote. Elle donnait ce commentaire : M. « Les agitateurs n’attendaient plus qu’un vote de # __ l’Assemblée pour courir aux barricades et renouveler k Br: | les, journées de juin. » (2) ‘0 | M. Odilon Barrot n’avait pas dit à l’Assemblée, et 18 4 peut-être ignorait-il que M. de Lesseps emportait la Ph: lettre du prince-président, afin de la rémettre en mains is F (1) Souvenirs du baron de Barante, tome VII, page 441. « (2) De leur côté, les républicains ne s’interdisent point les nou- F j velles inexactes et impressionnantes. On lit, par exemple, aux ‘10 « dernières nouvelles » du 12 mai, dans La Révolution démocratique ‘50 et sociale, organe de Ch. Delescluze : « On nous assure ce soir que 1e _ le gouvernement a reçu une dépêche télégraphique donnant des « Fo nouvelles de Rome du 5 mai. Il en résulterait que le général Ou- A dinot aurait éprouvé un nouvel échec et que l’avant-garde des +4 Ë Napolitains, composée d’Espagnols commandés par Zucchi, a été De battue par les Romains. » A

44 Ferdinand de Lesseps avait alors quarante-trois PA ut x H ; Il avait été consul de France en Égypte, en Hollandeet Ë : ‘14e en Espagne. En 1842, il s’était distingué par son énergie a. 1354 avisée, lors du bombardement de Barcelone par Espar- B D. tero. — Le 15 mai 1849, il se présenta au quartier- | va Le général Oudinot n’attendait point sa visite et la ê À ÿ reçut avec une froideur polie. M. de Lesseps lui remit LA la lettre du prince, et partit pour Rome. | 4 ÿ Sa mission ne fut pas heureuse; il croyait la tâche 4 ‘è plus aisée qu’elle n’était réellement. M. de Lesseps vit De: Mazzini, et lui remit un projet de convention qui recon- 4 4 % naissait aux États Romains le droit de choisir « libre- | É: ñ « + ment » leur gouvernement, sous la protection de l’armée | de française… Mazzini et l’Assemblée romaine déclinèrent : # Ê toute discussion sur ce projet. Rome était fort agitée. ” | : 0 Chaque soir, on chantait dans les rues l’hymne de : 2! Plus de pape, plus de rois! ‘4 Garibaldi profitait du répit français pour menacer les ÿ ne. troupes napolitaines. Mais les Autrichiens assiégeaient Û ‘12 Bologne, et pouvaient venir sur Rome d’un jour à l’autre. 4 “4 La populace pillait les églises, et on fusillait des ô À prêtres. La princesse Cristina Belgiojoso ne cachait 1 % plus sa haine des officiers français. 4 14 M Et M. de Lesseps négociait toujours, gardait sa noble F ne confiance de terminer dans la paix ! Il comptait ramener A Pie IX, avec une Constitution libérale.

L A son nouveau quartier-général de la villa Santucci, ne ; le général Oudinot méditait sur la lettre du prince-* 13 Ses méditations le portèrent à écrire à l « envoyé de 0 Paris » des lettres tournées à l’aigre-doux : « Vous au êtes, Monsieur, très séduisant… Mais le statu quo 1 porte la plus grave atteinte à la dignité et aux intérêts Fi de la France, non moins qu’à l’honneur militaire. » (1) 20 M. de Lesseps, lorsqu’il sortait ‘en voiture, était pi: insulté et menacé par la plèbe romaine. A la fin, lassé, # sl | il revient à la villa Santucci. Le général Oudinot con- nu tresigne son projet de convention, rejeté par Mazzini, KI et tous deux l’expédient aux triumvirs, comme ultima- :1 tum à régler dans les vingt-quatre heures. 114 Les triumvirs les font traîner. A l’insu de M. de Les- « Ni | seps, Oudinot occupe les hauteurs du Monte Mario. g Courageusement, M. de Lesseps rentre dans Rome et 3.54 rédige une nouvelle convention d’amitié avec les Etats \l Romains : ceux-ci acceptent la protection de l’armée ‘2 française contre l’Autriche, mais il est convenu que les ne Français devront cantonner hors de Rome. Triomphant ni d’avoir si bien réussi, M. de Lesseps retourne à la villa 00 Santucci. Oudinot furieux l’expulse.… ‘à à Le diplomate avertit alors le général qu’il s’en va à # Rome, puis à Paris, et lui défend de bouger avant de Me connaître la décision du gouvernement français. Tandis ‘sa ; (1) M. René Bittard des Portes (ouvrage cilé, pages 151 et sui- ‘4 vantes) a publié toute la correspondance entre le général Oudinot QE et M. de Lesseps, d’après le dossier du Conseil d’Etat et les papiers (4 du général de Tinan. — Le récent volume de MM. Emile Bour- que geois et E. Clermont sur Zome et Napoléon IIT apporte à son tour PU d’intéressantes précisions sur l’entourage du général Oudinot. ‘24

qu’il s’apprête au départ, Oudinot reçoit cette dépêche A

de Paris : « La mission de M. de Lesseps est terminée. E.

__ Concentrez vos troupes. Entrez dans Rome… » “NS 4 De retour à Paris, Ferdinand de Lesseps fut déféré au .

: à Conseil d’État, blâmé, (1) et dut renoncer à la diploma- É é 4 tie : on n’ignore point quelle fut depuis lors sa carrière.
-12 VII. — La prise de Rome | Ÿ Des renforts étaient venus de France. Le général |

__ Oudinot disposait désormais de trois divisions, sur pied 1 ÿ de guerre, fortes d’environ trente-cinq mille hommes. Il

__ battit Garibaldi dans la campagne romaine, et com - . <: mença le siège de Rome. É

A: : Les cardinaux (cela est rapporté par M. de Tocque- Y

“118 ville) recommandaient le bombardement, qui eût été L fort expéditif. Mais le général français, plus respectueux 1 ner des beautés de Rome, se contenta de canonner Je misé-

4 rable quartier du Transtévère, où demeuraient les < D pauvres gens, et de renouveler ses assauts. .

à 4 La défense, héroïque, fut digne des héritiers de l’an- e tique République romaine. Mais les Romains, mal _ armés, avaient deux ou trois fois moins de monde que K 1 l’armée d’investissement. Le 3 juillet 1849, au matin, la |

_ colonne française fit son entrée solennelle dans Rome ;

  • _ vaincue. De nombreux papistes l’acclamaient au pasFe sage : « Viva la Francia! Evviva l’Oudinot! » L 10 (:) Voir la lettre du comte Alexis de Saint-Priest à M. de Ba- ÿ : 0 rante, 6 juin 1849. (Souvenirs du baron de Barante, tome VI, pages

sd) A l’entrée du Corso, un petit groupe osa siffler : ? 4 __ &A bas le pape! A bas les prêtres! Dehors les Fran- ‘100

_ çais! Vive la République romaine! » Un peu plus loin, 4108 sur la piazza Colonna, devant la colonne de Marc- ‘à | Aurèle, Henri Cernuschi et ses amis agitaient le drapeau 1 italien. Le général Oudinot et ses officiers, outrés, 2e foncèrent sur eux. Les républicains se réfugièrent au Ÿ #4 café Nuovo. Trois officiers d’état-major, dont le général $ Levaillant, envahirent le café à cheval, cognant à coups ‘hi de plat de sabre. ET: Le colonel Niel fut dépêché à Gaëte et présenta au Rec Saint-Père les clefs de Rome. Pie IX remercia par Le lettre, envoya sa bénédiction apostolique. F. j En France, les élections à l’Assemblée Législative 11 k avaient ratifié la politique gouvernementale. Une forte ee: majorité conservatrice soutenait l’Élysée contre la +YÉ Montagne, avant de se brouiller elle-même avec le :<] ! A la nouvelle des premiers combats livrés devant Nr. É Rome, Ledru-Rollin renouvelle la demande de mise en * al i accusation. Cent cinquante voix de majorité lui donnent 4 tort. La Constitution, violée, n’est plus défendue par le 7 L ) pouvoir compétent. En ce cas, la Montagne affirme Fe: le droit du peuple à linsurrection. Ledru-Rollin pro- pe voque donc, pour le 13 juin, à ce qu’il nomme une ‘5e « manifestation pacifique » dans la rue. — Ainsi averti, Dee l’Élysée prit ses précautions. Le colonel de Goyon 24 | balaya les boulevards avec ses dragons, et les chas- KE. seurs de Vincennes firent une belle charge. Ledru- :4

‘AN Rollin, qui s’était enfermé au AE des Artset. #i je Métiers, se sauva, put gagner Londres, et fut condamné ù à 5 par contumace à la déportation. + 1 Le lieutenant Petit, déposant devant la Haute-Cour de fl 41 Versailles, parla plus tard en ces termes des insurgés du | 0 13 juin : « On ne les assassinait pas, car, s’ils ont reçu ‘1 des blessures, c’est par derrière et avec nos bottes que | je ne nous les avons faites. » (1) Comme les avocats protesji ! taient, cet officier se tourna vers eux et leur dit : « Vous D êtes tous des jf… ! » (2) L’état de siège fut mis à 11 Paris et dans seize départements. Les journaux républi- ‘ cains furent suspendus, et leurs bureaux occupés miliM / tairement. Le prince-président adressa une proclamation 10 au peuple français : « Il est temps, disait-il, que les 5h bons se rassurent et que les méchants tremblent. » < a # Le 9 juillet, l’Assemblée Législative vota des remer- | ni ciements à l’armée expéditionnaire et à ses chefs, pour 14 avoir su « concilier dignement les devoirs de la guerre 101 avec le respect dû à la capitale du monde chrétien ». ’ Si b: Le drapeau pontifical, jaune et blanc, fut hissé au 4h à château Saint-Ange et au Capitole, le 15 juillet 1849, DD. tandis que les batteries françaises tiraient des salves de 14 joie et de victoire. ‘4 i Mais on se plaignait à Gaëte de l « inexplicable

; indulgence » des Français. La mansuétude des autorités 5 militaires avait permis à la plupart des patriotes st 1 italiens d’échapper avec des passeports anglais ou amé- EE: ricains. (1) Le pape se refusait toujours à rentrer dans : 1H “Rome. Le jeune cardinal Antonelli lui avait montré les 5110 inconvénients du retour. A Rome, que serait-il? Le NRA prisonnier de la France. Mais s’il demeurait à Gaëte, les \S Français ménageraient ses volontés, par crainte de 30 . Pie IX avait-bien cessé d’être Le « pape libéral » qui qu scandalisait le prince Metternich. Les événements avaient É * agi : un complet retournement s’était fait dans son âme. + Le cardinal Antonelli lui avait prouyé ses vrais intérêts, Et l’avait amené à son système, et faisait de lui sa 27108 Paris s’inquiétait déjà des entreprises dominatrices ÿ; de ce sagace cardinal. (2) Fort ingénument, la France U avait accepté de restaurer le pape, mais à condition qu’il #4 modérât lui-même l’exercice du pouvoir temporel. (3) La S à (1) Garibaldi s’expatria aux États-Unis. Dans sa retraite pénible 1 | à travers les Romagnes, il perdit sa femme très aimée, Anita Gari- D | baldi, qui mourut de fièvre et de fatigue dans la Pineta de Ravenne, ah É & | où on voit encore la cabane qui abrita son agonie. Le moine Ugo F VER Bassi fut capturé, torturé, mis à mort par les Autrichiens ; VItalie AU le révère comme un martyr. Ciceruacchio et ses enfants furent 14R fusillés. S. Exc. M. Martini, ancien ministre du royaume d’Italie peu” et gouverneur de l’Erythrée, après avoir lu cette étude, a bien LOS voulu m’informer qu’un des fils de Ciceruacchio échappa pour- (18 tant : « celui qui, comme on l’a su depuis, avait tué Pellegrino M (2) « Le pape. plus enlacé qu’il ne l’imaginait lui-même dans net la politique, indécise en apparence, rétrograde en réalité, du car- 110 dinai Antonelli.. » (Falloux, Mémoires d’un Royaliste, tome pre- SAS G) M. DE TOCQUEVILLE, ministre des Affaires étrangères : « Je ice suis fondé à dire que, selon les vues et les désirs primitifs de la R France, notre expédition de Rome devait aboutir à une restaura- c’e

_ politique annoncée et suivie par la France était toute LAS 4) d’interposition et de transaction entre le révolutionna 0 risme romain et l’absolutisme pontifical. Car aucun gou- à ‘ii vernement français, même catholique et conservateur, è À ne pouvait souhaiter qu’en Italie la haïne de la France” F 24 se substituât à la haine de l’Autrichien. ; D: Or, les indices de mécontentement populaire et de - à è résistance surgissaient partout. Le pape, restauré par be À la France, ne retournait pas dans Rome, tenait des à propos rétrogrades, et coquetait avec l’Autriche. La 3 France était jouée. DA M. de Corcelle vint conjurer le pape de rentrer dans

  • Rome enfin pacifiég. Pie IX se contenta de répondre : j Ne. « Vous savez mes intentions. Elles sont rassurantes. iv Mais ne faut-il pas que mes actes soient spontanés, et É 110 aient l’apparence de l’être? A Rome, je parlerais vis-à- 14 vis d’une armée de trente mille hommes et d’une puis- Èig sance dont les insistances ne sont un mystège pour per4 sonne… » (1) 6 Br Le général Oudinot, rappelé en France (2) et remE placé par le général Rostolan, remit ses pouvoirs civils « % à trois cardinaux, que lon nomma le « triumvirat

4 tion de Pie IX, mais à une restauration libérale et clémente. » 4 (Séance du 18 octobre 1849; Moniteur, 1849, page 3.209, colonne 1} — Voir aussi sa dépêche du 6 juin aux agents diplomatiques de la VE (1) Voir la dépêche de M. de Corcelle au ministre des Affaires ‘eu étrangères. (Rome, 20 juillet) lue par M. de Falloux à la séance du Î 18 (2) Le général Oudinot, d’abord à demi disgracié, fut arrêté au à le dira 1 Hé

rouge ». L’un d’eux, le cardinal della Genga-Sermatei, k 1 neveu de Léon XII, était tout acquis à l’Autriche. 1 A l’Assemblée Législative, le catholique démocrate 111 Arnaud (de lAriège) interpelle, le 6 août, sur les Ÿ affaires d’Italie. L’avant-veille, M. de Tocqueville, mi- * 1:50 nistre des affaires étrangères, venait d’écrire à Rome : SEA « Nous sommes des conseillers qui avons l’épée au à he. côté, qu’on ne l’oublie pas! » (1) Devant l’Assemblée, 4 Tocqueville avoue son désir que l’Église « ne s’écarte | pas sans nécessité de l’esprit du siècle… » Mais M. de , Falloux, son collègue, lui demande la permission de 4 prendre la parole à son tour, et il corrige de son mieux ‘Je _ la timidité imprudente de ce langage. Pourtant, M. de Bi: Falloux lui-même déplorait les progrès de lintransi- un geance cléricale à Rome et à Gaëte. (2) we d Un matin, le prince-président fit voir négligemment à ji ses ministres une lettre que la veille il avait écrite au De. colonel Edgar Ney, son aide de camp, qui était à NT Rome. Roïde de ton, cette lettre disait : « La Répu- ‘A (1) Falloux, Mémoires d’un Royaliste, tome premier, page 525. — * 38 1 Le 19 août, MM. de Corcelle et de Rayneval déclarent, dans une Re. __« note au cardinal Antonelli, qu « ils ont vu avec la plus profonde Qu douleur et le plus vif regret, par la déclaration du cardinal prose- #f vs crétaire d’Etat à la dernière conférence, que les intentions du +412 » gouvernement pontifical ne répondaient pas exactement à l’attente 3180 , du cabinet français ». (Moniteur, 1849, page 3.210, colonne 2) NE (2) M. de Falloux disait au nonce, Mgr Fornari : « Je n’ignore LE! pas que vous devez négocier avec cinq ou six grandes puissances te. dont les vues sont fort divergentes ; mais il y a une grande puis- NS sance que vous négligez trop, c’est l’opinion publique. Pour gou- Su | verner le monde, il faut d’abord le convertir; pour diminuer la 40 h foule et l’obstination des exigences, il faut au moins en renvoyer 12 quelques-unes satisfaites. Depuis trois siècles et plus, la vieille ñ! Europe assiste à un monotone et triste spectacle; en matière de 234 réforme, tout se prend, hélas! et rien ne se donne. Comme il sié- 2% rait à l’Eglise, et comme il serait digne d’elle, d’inaugurer une autre WE méthode! » (Mémoires d’un Royaliste, tome premier, pages 526-527) ” ” PA huit ne

15508 que française n’a pas envoyé une armée à Rome PA pour y étouffer la liberté italienne… Dites de ma part ï fe au général Rostolan qu’il ne doit pas permettre qu’à VE lombre du drapeau tricolore on commette aucun acte 4 __ ” qui puisse dénaturer le caractère de notre intervention. À 288 Je résume ainsi le rétablissement du pouvoir temporel 4 #4 du pape : amnistie générale, sécularisation de l’admi- ’ ‘4 # Comme la lettre était déjà partie, M. de Falloux se L ne fit du moins promettre qu’elle ne serait pas publiée. à ‘à Elle le fut quand même, et fit sensation. | 0 Pie IX, suffoqué, quitta Gaëte, à son gré trop voisine À h: , encore des Français, et fut se mettre en sûreté à Portici, ° dans le palais du roi de Naples. Antonelli parlait de le #12 Tenir bon, c’était exposer la France aux conséquences Er formidables, à l’intérieur et au dehors, d’une rupture _ « avec le pape, — peut-être à la guerre avec l’Autriche. | 408 Le cabinet français négocia, recula, sollicita des proN \ messes. De Portici, le 13 septembre, Pie IX lance un L. a motu proprio, par où il consent de bénignes réformes A dr et une manière d’amnistie. — Les réformes, juge Toc- ( ‘sf queville, sont dérisoires, l’amnistie est cruelle. (1) Cette ÿ 10 amnistie exilait et châtiait quelques milliers de per- | He. (1) « Les institutions que promet le manifeste nous ont paru , ne incomplètes. » — « Le gouvernement n’a pas vu, sans une pénible dl y. surprise, la notification relative à l’amnistie que la commission ‘4 des cardinaux a cru devoir publier le 18 courant. » (Instructions Me: du 30 septembre aux agents diplomatiques de France à Rome;

_ sonnes. On oublia les réformes. Be gouvernement fran- 1 | Sais protesta encore, et puis se résigna. “40 Au mois d’octobre, M. Thiers, rapporteur d’une de- HU : mande de crédits pour le corps d’occupation, fit à l’As- 4h _ semblée l’apologie du motu proprio et de la politique “4 accomplie à Rome. Le parti catholique éprouvait sa 14 _ fidélité sur les affaires romaines, comme sur la liberté Re de l’enseignement. Une belle réplique de Victor Hugo Re valut au poète d’éloquentes insolences de Montalem- jR bert. Enfin l’Assemblée, par 469 voix contre 180, te _ approuva l’occupation de Rome et la restauration de : 2 _ l’absolutisme pontifical. De. | Pie IX, apaisé, rentra le 12 avril 1850 dans Rome si- NON _ lencieuse et régna jusqu’au 20 septembre 1870 comme Re. A la faveur des désastres de la France, l’armée de 1 | Victor-Emmanuel pénétra à cette dernière date dans la 40 | capitale tant souhaitée, par la brèche de la Porta Pia. LR
L’anniversaire du Vingt-Septembre est devenu-la fête ‘4 4 nationale de l’Italie. À.

14 13 24 2070

“3 . « De toutes les publications queje “SA viens d’énumérer à Votre Excellence, Aria celles qui, sans ur 4 méritent FEU . une attention particulière et la plus SAT active répression judiciaire sont les Ne écrits des socialistes… Il est facilede D ! comprendre tout le crédit que peu- A ; vent obtenir de semblables écrits sur “14 \ l’esprit faible et inculte d’ouvriers PS. î dont on flatte d’ailleurs tous les inté- ‘4 Fi rêts matériels. Là est la véritable “1088 plaie de l’époque, et on doit recon naître que chaque année elle fait de

’” I. — De Napoléon à M. Garnier-Pagès LA ô En 1848, les décrets du Gouvernement provisoire L 4 2 établirent la liberté illimitée de la presse. io 1e Muselés par Napoléon, les journalistes avaient cru È “M Ë ensuite à la tolérance du régime fondé sur la Charte. ‘4 ee C’était une attente bien ingénue : la haine de la presse a ‘ est un sentiment naturel aux « pouvoirs forts », et con- 4 à. : # forme aux vues des philosophes qui se font leurs théo- + 1 É riciens. M. de Balzac a écrit, sous un pouvoir faible : 7 14 « Si la presse n’existait pas, il ne faudrait pas l’inven- LE Les Bourbons méprisaient et redoutaient la presse ; ne leur entourage, plus encore. L’abbé de Montesquiou, 11 _ ministre de Louis XVIII, dota done la monarchie de ei F la censure préalable, applicable à tous les écrits infé- F’ 4 } rieurs à vingt feuilles d’impression. Un peu plus tard, le É<. ÿ _ système du cautionnement remplaça, sans guère l’atté- 1 _ - nuer, le système de la censure. Dés inventions très sub- s We: tiles s’employèrent à ligoter la presse : on imagina contre #4 { elle les procès de tendances ; journaux et brochures 4 ne. furent traqués, poursuivis, condamnés impartialement. LS, ! Pourtant la presse eut le dernier mot : la monarchie T0 4 légitime disparu? dans les troubles déchaînés par les ‘21e

É. ordonnances Polignac, destructrices de son indépen- + | 4 . dance si restreinte, et qui l’ameutèrent. 9 j’ De 1830 à 1835, les journaux parlèrent librement, ou 1 4 , presque. Mais en 1835 le péril social, démontré par les 5 si a attentats et soulèvements républicains, rend ses avan- $ /40 tages au gouvernement. Des lois de résistance sont 4 É: adoptées par les Chambres. Le public les nomme : lois J s # de septembre. Une de ces lois concerne la presse : elle é Ml soumet à la censure les caricatures et pièces de théâtre, 4

  • double le cautionnement exigé des journaux, punit sé- | :n vèrement de très élastiques délits de presse. | 14 Aussitôt, les journaux sont contraints de devenir . ‘4 leurs propres censeurs. Armand Carrel (1) observe à ce À # On n’écrit pas tout ce qu’on pense, et l’on ne publie pas NA même tout ce qu’on écrit. Pour avoir l’idée de la violence “4 _ « quese fait la presse à elle-même, en se présentant avec ces 4 A: ‘à apparences de modération que le Journal des Débats célèbre Ê A comme le résultat des lois de septembre, il faudrait se faire J AL, apporter les épreuves et les manuscrits qui passent chaque i Je soir sous les yeux des directeurs des feuilles opposantes. Fa Imaginez les lois de septembre suspendues pendant deux | “à fois vingt-quatre heures! Combien de choses, qu’on croit { . oubliées, recommenceraient à se dire! ; ‘ Mais les lois de septembre n’ont s retirer au jury ; 3 sa compétence : il la tient de la Charte. Des acquitte- : 7 ments frondeurs font scandale, insultent la personne du His roi. Puis, jusqu’aux flernières années du règne, la pro- ‘2 pâgande socialiste (athée ou chrétienne) se multiplie et ne: s’infiltre par le journal, la brochure, le livre. ; k® Un rapport de M. Gabriel Delessert, préfet de police ‘4 (1) Cité par Henri Avenel, Histoire de la Presse française, page 362. É

| et pair de France, en date du 19 janvier 1847, signale oi: _ au ministre les écrits hostiles au régime ou dängereux K: _ pour la société. (1) M. Delessert conclut en ces termes : ‘4 ; De toutes les publications que je viens d’énumérer à Votre 5 4 KR Excellence, celles qui, sans contredit, méritent une attention Ch | particulière et la plus active répression judiciaire sont les til __ écrits des socialistes. S’ils ne s’accordent pas dans le but Dei , qu’ils veulent atteindre, du moins en apparence, ils attaquent BA. et ébranlent la société par les mêmes moyens. Tous la repré- , KL | sentent comme livrée en proie à l’anarchie et à l’exploitation, Fe ; et cherchent à égarer la classe ouvrière tout à la fois par le ia tableau exagéré de ses misères et par la peinture du bonheur k

  • dont elle serait appelée à jouir par une rénovation sociale. 1e *} Il est facile de comprendre tout le crédit que peuvent obte- : #44 k nir de semblables écrits sur l’esprit faible (2) et inculte d’ou- A 4 ‘ vriers dont on flatte d’ailleurs tous les intérêts matériels. 5

Là est la véritable plaie de l’époque, et on doit reconnaître à E

É que chaque année elle fait de nouveaux progrès. Un pareil st | état de choses me paraït de nature à éveiller la haute solli- ‘Ne È citude du Gouvernement. E:. M. Delessert n’avait pas tort : le rêve d’une palingé- 14 nésie de justice et de bonheur était vraiment dans les 1

  • âmes. Un an plus tard, M. Delessert dut prendre la route T1 RE _ de Londres et abandonner ses appartements de la pré- { 1 _ fecture de police à son successeur imprévu, ce bon vivant 1:18) de Caussidière. di 5 Le 2 mars 1848, une délégation de journalistes se pe _ présente à l’Hôtel de Ville. Ces journalistes viennent ‘Le demander l’abolition de l’impôt du timbre. he. 4 (1) Reoue rétrospective, ou Archives secrètes du dernier Gouverne- 51 4 (2) Au lieu de faible, on lit facile dans le texte de la Reoue rétro- K
  • spective (page 95); mais cela semble une coquille. is M

a M. Garnier-Pagès les reçoit et leur parle avec HER #0 leur dit-il, 4 “14 nous sommes entièreSr. ment d’accord avec vous. La pensée doit être affranchie 14 radicalement : il ne peut plus y avoir de lois répressives; < % a il ne peut plus y avoir d’impôt du timbre, de cautionne- | Y 28 * ment, parce que rien ne doit entraver la libre circulation | Eur: de la pensée. Quels sont les appuis de notre Révolution? x 3 à vérité ne craignent pas la lumière. C’est au contraire par la ‘3 lumière qu’elles se vivifient. Vous pouvez compter sur le | 7% Gouvernement provisoire pour proclamer hautement ces Al principes et les défendre à la tribune nationale, lorsque Ki: l’Assemblée nationale sera rassemblée. Mais il y a une | 00 difficulté, c’est la situation du moment… S’il n’y avait que 4 ‘1488 limpôt du timbre qui füt lourd, pénible, dur, il n’y aurait “ 1” é pas d’hésitation. Mais il y a d’autres impôts; il y a les 4 3 octrois; il y a l’impôt sur le sel qui touche à la vie du + è à pauvre. Et cette Révolution a été faite par le pauvre et
Ê pour le peuple! La première chose qu’il faut sauver, c’est la , He. République! Si nous touchons aux recettes, sans pouvoir a combiner cette suppression de recettes avec les autres im- $ pôts, nous porterons une atteinte profonde au crédit. Or, F Nr il faut que le crédit et la confiance se rétablissent le plus { Ho tôt possible et il faut que, D les moyens les plus rapides, nL “4 nous venions en aide aux misères du peuple. Notre em- j 28 barras est grand, parce que nous sommes entre les néces- { SE: sités de la pensée et les nécessités de la crise financière. (1) ÿ AL Le secrétaire général Pagnerre lut ensuite aux visi- 1 38% teurs un décret rédigé en prévision de leur démarche et | 11 qui maintenait l’impôt du timbre, sauf à le suspendre 3

Ce décret fut inséré le lendemain au Moniteur. Mais st il désobligeait la presse, (1) sans grand profit pour le 1 Trésor: car déjà l’impôt du timbre ne rentrait plus, ou 4 rentrait mal. Trop de feuilles exaltées avaient surgi 434

dans la semaine, incertaines de leurs propres destins, à)

et parfaitement insoucieuses des impôts et lois en Le

Le Gouvernement provisoire a besoin de plaire à la Y.

presse; il se ravise donc dans les deux jours. Au Moni- ne.

teur du 4 mars, un second décret contredit le décret du ‘0e

2 mars. Les sages paroles de M. Garnier-Pagès sont ni

: justifient la mesure : la presse est un instrument de À civilisation et de liberté; sa voix doit rallier tous les # .

(1) Un des journaux nés avec la République, que j’ai sous les qe yeux, coûte 24 francs à l’abonnement et 10 centimes au numéro, à du 27 février au 2 mars. Le maintien de l’impôt du timbre (dont W, on avait escompté la disparition) provoque cet avis de première À À page : « Les mesures prises par le Gouvernement provisoire pour À 1 maintenir l’impôt du timbre nous obligent à augmenter le prix de qe à notre abonnement. Aussitôt que cette mesure, qui soulève les justes y x réclamations de la presse, cessera d’être en vigueur, nous le rédui- f, ; rons de 18 francs par an. » Dans le corps du journal, on lit : kb 1 « Nous réclamons comme de nécessité publique la suppression de 1 Pimpôt du timbre. » Cest un « impôt de spoliation, qui ravit aux ‘y 4 travailleurs de la presse la moitié du fruit légitime de leur tra- d 1 vail ». C’est un impôt « usuraire sur le pain quotidien de l’intelli- RU ; gence » : la monarchie l’avait institué, non pour le Trésor, qu’il 4 enrichit guère, mais pour faire de la presse « un monopole ne l accessible seulement aux gros capitaux », pour enlever aux ‘re È masses « un puissant véhicule d’éducation ». — Pendant deux jours, 23 le prix du numéro monte à 20 centimes et le prix de l’abonne- 4e ment (pour Paris) à 48 francs. Ensuite, le Gouvernement provi- mn soire ayant cédé, le prix de l’exemplaire tombe et se maintient à & 4 15 centimes ; le prix de l’abonnement à 30 francs. ï | Ce journal, — la République française, — avait pour rédacteurs et 3 fondateurs MM. Frédéric Bastiat, de Molinari, Hippolyte Castille À titre et la filiation des noms, cest un peu l’ancêtre du célèbre k journal de Gambetta. à 7 4

cf citoyens à la République; le Gouvernement provisoire . FR 214 ne peut tenir pour un simple revenu fiscal un impôt ‘14 134 politique, comme l’impôt du timbre. L’impôt du timbre ; 10 est supprimé. Ÿ ‘3 0 La rançon de cet allégement consenti aux journalistes ù

(HER fut offerte au public par le même décret. L’administra-

1 tion des finances reçut l’ordre de payer par anticipation | |

HAT a de quinze jours le coupon de la rente… Générosité par

te. laquelle le Gouvernement provisoire pensait étonner et À ‘1e 4 séduire les capitalistes, et qui les emplit d’épouvante. (1) : 1 , Les journaux inscrivent leur première victoire. Dès le ra | 7 mars, le Siècle, — qui est alors un des quotidiens au

k (1 plus fort tirage, — abaisse de seize francs le prix de

1 ; labonnement annuel : vingt-quatre francs au lieu de s Fo La Révolution avait effacé virtuellement les lois de 3 19 (1) « Le ministre des finances, — Considérant qu’il import au

ca bien-être de la République que tous les travaux reprennent leur i De cours et que le commerce rentre le plus promptement possible 1 ni: dans ses voies normales d’activité; — Considérant que le meilleur À

ee moyen d’atteindre ce double but est de rétablir la prompte cireu- F4 00 lation du numéraire; — Considérant que les nouvelles paryenues *

T’Ne de tous les points de la République établissent que la perception à

  1. des impôts s’opère régulièrement, et que de toutes parts la mani- x Le festation d’un véritable patriotisme fait espérer des rentrées conti-

mer nues et fructueuses ; — Considérant que le Trésor a dès à présent à “A sa disposition le numéraire nécessaire à l’acquittement du semestre

TN des rentes 5 0/0, 4 1/2 0/0, et 4 o/o; — Considérant que lanticipa-

TER tion du semestre, favorable à tant d’intérêts, n’occasionne aucune Î (7 perte au Trésor; — Considérant que les dépenses de tous les ser- ns :t vices sont couvertes par les recettes dont la réalisation est assurée À

| RE par le retour à l’ordre et par la sécurité de tous; — Arrête ce qui ÿ 1e suit : — Le payement du semestre des rentes 5 0/0, 4 1/2 o/o, et h EL). 4 oJo, échéant le 29 mars courant, s’effectuera à Paris et dans les | TR départements, aux caisses ordinaires, savoir : — A Paris, à dater 4 l » ANT

septembre. Le Gouvernement provisoire eut à enregis- 4 _ trer leur mort. Elles furent supprimées et flétries par 4 %

_ décret du 6 mars. Ce décret livrait à la presse les pré- 212 mices de la loi maternelle qu’elle se promettait de la 10

Voici la presse libre, on se flatte qu’elle sera sincère PA et généreuse! Une sensibilité optimiste amollit, à ce 15 moment, les cœurs. On voit des cérémonies officielles +3 É

| où une joie tendre, l’oubli du passé, le pardon, et toutes ai les chimères sur l’avenir ont leur part. 4 d

Au cimetière de Saint-Mandé, dans cette première 7

_ semaine de mars, la foule attentive permet à Émile de 1

| Girardin d’accomplir un acte de contrition envers les 4 f

_ mânes d’Armand Carrel. Sur la tombe de l’homme tué B A

| par lui douze ans plus tôt, dans un triste duel, le jour- RUE

\ naliste vainqueur se repent, il adjure le Gouvernement “a

_ provisoire de proscrire le duel, comme on vient d’abolir : ss

_ la peine de mort. pes:

| Girardin, à cette date, est roi de la presse. ‘#8

4 Repentant ou non, il ne serait plus en son pouvoir de J à

_ la retenir sur cette pente d’industrialisme où lui-même is _ l’a engagée douze ans plus tôt, juste avant de tuer a Carrel, chevaleresque et retardataire. Instrument d’un À du 6 mars courant. — Dans les départements, à dater du 15 mars. » L

  • ‘ (Arrêté du 4 mars 1848) — M. Pierre de la Gorce (Histoire de la ch Seconde République française, tome premier, page 152) écrit avec È l,
  • beaucoup de sens : « Cette ostentation de richesse rappela ces sù

; prodigalités assez ordinaires à la veille de la faillite. » - #% Le. À M. Michel Goudchaux, ministre des Finances, hostile aux char- #8 lataneries quon lui imposait, démissionna le lendemain 5 mars % _ et fut remplacé comme ministre par Garnier-Pagès. l

4 siècle ambitieux d’agréments immédiats et de commo- | ‘3 We dités matérielles, Girardin a pourvu ses contemporains

| du journalisme de leurs besoins : journalisme d’intérêts

3 ne _ d’affaires. Nous avons, nous aurons longtemps encore la

Mois Relisez cette note de l’an XI où Rœderer, sur un rana 4 contar de Fouché, (1) dénonce au Premier Consul le Jour-

14 nal des Débats, — parfaitement, les Débats des frères Ber- | 151 ‘ tin! — comme $‘étant fondés avec trois mille abonnements

164 soldés par la perfide Angleterre : « Dix mille abonnés, RES ajoute Rœderer, ne peuvent s’obtenir que d’un scandale NX, permanent qui attire tous les regards, et du trafic jour-

nu nalier de l’intérêt public, soit avec l’étranger, soit avec Re les passions aveugles qu’une révolution récente laisse

48 encore allumées dans toutes les âmes. » (2) | Lis ‘ C’est encore l’enfance du métier… En ces temps loin140 tains, le journaliste recherche et vise exclusivement

; 1% l”abonné à quatre-vingts francs par an, le riche bourgeois \ } é qui peut offrir à ses préférences politiques un journal Fe cher. Mais un Girardin devinera, d’un regard : la décafi j (1) « Le Journal des Débats a commencé avec trois mille abonnés À 1 payés par l’Angleterre. (Le ministre Fouché m’a dit cela dix fois.) » | l: (Œuores du comte P.-L. Ræœderer, tome VII, page 253) — Mettons ; Fe au point cette insinuation de Rœderer, en observant qu’il collabo- : rait au Journal de Paris, concurrent du Journal des Débats.

  • (2) Œuvres du comte P.-L. Ræderer, tome VII, page 255. Ces lignes j ù terminaient un projet d’article destiné au Journal de Paris, pour sa ;

polémique contre le Journal des Débats. L’article fut composé, /|

  • mais ne parut point. Rœderer établissait ainsi le décompte des 4 Xe! ï 10.000 abonnés : 2.000 abonnements de fondation ; 3,000 abonnements ! Ve payés par l’Angleterre ; 1.500 abonnés attirés par l’industrie et les nl là « gueulées » d’un rédacteur « baladin »; 1.500 abonnés-dupes, qui À PS croient le journal dans les secrets du gouvernement; 2.000 mécon- ÿ tents et contre-révolutionnaires. À

| dence probable du journal d’opinion, dans un temps ei donné; la vulgarisation possible, à l’infini, du quoti- PAS | dien:; le rôle de la publicité, comme ressource mécon- 74

nue et fondamentale de la presse; et, dans le budget 4 4 d’un journal, l’importance relativement médiocre du aie prix de vente, l’importance au contraire immense et 4 seule essentielle du contingent de ses lecteurs. En effet, 410 plus le tirage du journal augmente, plus respectable et ‘110 plus précieuse apparaît sa publicité; et par là mieux ss doit payer l’annonce, ostensible ou secrète, ou même le © il

. silence. De la sorte, sans paradoxe, ce qu’on peut me

perdre sur l’exemplaire, on le gagnera sur la quantité. : “1 |

Au temps de Girardin, une masse latente existe en- à n.

core, masse énorme et très malléable, bien plus pro- A ‘2 ductive qu’elle ne sait elle-même. Petits bourgeois, pe- ‘4

tits commerçants, petits rentiers, ouvriers même et + 74 paysans, qui ne lisent point chaque jour une gazette et +4

qui la liraient chaque jour, si leur bourse pouvait con- 4 sentir à cette dépense. Hier, le journal était un luxe; il « Le

| faut qu’il devienne une nécessité. Argent, domination, 4 | honneurs, faveur du public, des financiers et du pou- À | voir, tous les bénéfices et progrès de l’homme de plume % $ décupleront au cours du siècle, par le génie de Girardin, ‘0 à créateur de la presse à bon marché. 34

L’immoralité du système ne lui est sans doute jamais ‘4 apparue. Vraisemblablement il n’en vit que les avan- fe | tages, presque les beautés : la connaissance et la cri- 4 tique de la vie publique accessibles au pauvre, ne se È à dérobant plus aux déshérités; la force accrue de 1

TR l’opinion mieux éclairée et plus diffuse imposant à à Ë 1 ceux qui gouvernent; une telle réforme dans les mœurs E 2408 bien plus efficace et plus salutaire que n’importe quelle 4 réforme légale; enfin et surtout, la naissance d’une 4 sa nouvelle richesse, l’essor merveilleux, la qualité neuve À “110 qu’allait prendre la presse. Elle est peut-être un sacer BE doce; elle est certainement une industrie. Et elle est -2 L même une industrie incomparable, capable d’absorber

f en elle tous les intérêts matériels et tous les intérêts de

4 esprit. A des perspectives si prodigieuses, si atti- : ; L’ardent Girardin n’hésita guère. D’avance, toutes les 41 besognes l’enchantent ; d’avance, dans toutes, il se sent ‘4 un maître. Et c’est bien à force de croire au bonheur pos- à sible de sa propre destinée, qu’en effet il la transforme : 4 à cet art, Émile de Girardin fut vraiment un maître…

  • Représentons-nous, aux environs de 1830, la situation È Aie bizarre de ce lutteur dans la société. Fils du général ] S E. Alexandre de Girardin, qui ne l’a pas reconnu devant N le Code, étouffé dès sa naissance sous sa condition, s’il L a laccepte, mais s’étant à soi-même juré de reconquérir | RL: dans la hiérarchie sociale la place dont le dépouillent 4 “à l’injustice des lois et le reniement d’une mère, c’estune ‘4 manière de Rubempré, mâtiné de Rastignac, mais un Fa. Rubempré sans Vautrin, qui ne se pendra pas en prison. ‘#0 Et de même que Lucien de Rubempré débutera dans Re - la vie par être Lucien Chardon, Girardin, jusqu’à vingt4! cinq ans, se nomme Delamothe (ou de Lamothe). 4 Humble commis, touchant à la Bourse, et déjà s’appro- À chant du monde et de la profession des Lettres… Sou-
    1. daïin, en 1827, Émile, autobiographie anonyme, où il “8 ; conte uniment, crûment, ses déboires et ses impatiences F

“a d’enfant naturel, fait fortune, rend l’auteur célèbre. La « 14 gloire permet bien des audaces.. L’inconnu de la veille, rs 4 qui mourait de faim dans cette petite chambre des De Ü

_ Champs-Élysées où il écrivait son Émile, dépose le 10 Fa masque, troque son banal personnage contre un nom si retentissant, presque illustre, et s’approprie d’autorité la 14 particule authentique de son père devant la nature, le ‘4 général comte Alexandre de Girardin, quine proteste pas. he Quatre ans plus tard, ‘Emile Delamothe, ainsi trans- ‘4 formé en Émile de Girardin, épouse Delphine Gay, fille “HUE _ % de Sophie Gay, belle compagne et intelligente conseil- 4 A lère. Entre temps, les journaux qu’il fonde affermissent j. k: sa notoriété, continuent son apprentissage, mais sans “ES lui donner la richesse. Or, il ambitionne la richesse : il ” a du talent, comme publiciste; de l’invention, comme 1 homme d’affaires. Que faut-il de plus pour lancer et faire 4 | réûssir un grand quotidien? C’est pour lui, vers cette : M0 époque, une chasse sans relâche, souvent périlleuse, à & Ec l’argent. Le jeune homme est à l’affût : il cherche, ïl wi trouve, il se décide. 24 Un jour, Girardin va trouver Dutacq, financier de Ati . l’époque, et ne lui apporte pas moins que le moyen de Ke

| renouveler le journalisme, en réalisant toutes les res- 14 . sources, encore cachées ou mal explorées, de la presse. nL Son plan est très simple. (1) à fe | Le prix normal de l’abonnement aux grands quoti- ‘40 diens est de 80 francs par an. C’est trop cher, beaucoup | À ;

@ Voir le prospectus initial de la Presse, et la théorie de la 44 nu publicité développée par Emile de Girardin dans son Journal des AT 1 connaissances uliles, dès 1831. Du:

ED: trop cher! Les journaux n’ont pas tous les abonnés k

148 qu’ils devraient avoir, parce que les journaux deman- ‘4

D — Oui; mais au-dessous de ce prix, on perdrait sur 4

À la marchandise ? 14 (32 — Qu’importe, s’il devenait lucratif de perdre? Le r public a besoin du quotidien à 40 francs par an. Donc,

f pa! il faut réduire le prix de l’abonnement tout de suite, et à “0 de moitié. Mais ce nest pas tout. Les journaux à

0 80 francs sont ennuyeux, crasseux, ils endorment. Ce : .

7 sont des journaux de doctrine, solennels, menteurs,

EX à comme les coteries dont ils dépendent. Dans le journal

D: à 4o francs, qui doit bien se garder de paraître un

journal au rabais, il faut introduire des attraits origi-
1 \ naux, un soin ignoré, des allures vives, réunir en

\a somme les deux éléments certains du succès commer- L

13 cial : donner plus, et demander moins. Quarante francs

‘4 par an, c’est-à-dire une dépense de deux sous par jour,

12 au lieu de quatre. Un journal bien fait, animé, indépen- |

Ne 5 dant. Tout le monde s’abonnera !.… 1

ci de — On ne s’abonnera que trop! Le déficit va croître

1 en raison directe du nombre des abonnés. Avec qua-

58 rante mille abonnés, votre quotidien mangera chaque

48 année cent cinquante mille francs. Où les trouvera-t-il ?

‘a — Dans l’annonce, indique Girardin. Les journaux

à ï. anglais vivent de l’annonce, et sont d’excellentes À

  1. affaires. C’est qu’ils ont beaucoup d’abonnés. Ayez-moi
  • beaucoup d’abonnés, je vous aurai beaucoup d’an- |

4 et nonces ; elles rapporteront beaucoup d’argent. Et songez |

Ne bien qu’il est plus aisé de trouver quarante mille

‘Xi abonnés à 46 francs qu’un millier seulement à 80 francs. |

+4 La clef du problème est donc de « réduire le prix de

4 152

ï Vabonnement à sa plus extrême limite, pour élever , : 1 le chiffre des abonnés à sa plus haute puissance ». : 11

Ces pensées nous sont rebattues. Nous avons le 3 journal à un sou, ngus avons le journal à huit pages. {3 Nous n’ignorons pas tout à fait comment ces solides A maisons s’établissent, sur quelles difficiles combinai- 1524 sons. Elles sont les filles d’Émile de Girardin. En son “4 temps, l’audace était neuve et plut à Dutacq, qui n’était Vi

pas un nigaud. Même, pour démontrer à son jeune ami 10

le mérite de sa découverte, Dutacq la vola… Le 1° juil- ni

let 1836, sans s’être associé Girardin, Dutacq lance le ‘1 Trahison de nature à encourager, plutôt qu’à abattre “1

un Girardin… Le même jour où parut le Siècle de « ne Dutacq, parut la Presse de Girardin. — Dutacq avait th fondé le Siècle au capital de 600.000 francs, en trois 4 cents actions de 200 francs. Le capital primitif de la 44 Presse fut de 800.000 francs, en parts de 250 francs. À

A l’honneur des journaux de 1836, constatons vite, — 4 À elle s’éteindra de même, — leurflamme d’instinctive rési- es. stance à la déviation fomentée par Émile de Girardin. #

| Haineuse et rapide, la bataille s’engage. Les affiches ï de la Presse à 4o francs sont lacérées sur les murailles. “4 Ses prospectus, où le système s’avoue et s’étale, sont 1h

| arrachés aux mains des porteurs. Les insultes pleuvent. d + | Girardin doit se battre, et poursuivre en diffamation.(1) + | (1) Toutes les attaques allèrent à Girardin, épargnant Dutacq; mat 4 elles ne se trompaient pas d’adresse. Au reste, Dutacq avait su se 4 concilier le grand parti du centre gauche. sd

ie Faisons même la plus large part à la calomnieetàla 58 routine, armes offensive et défensive d’une assez sor- 4 _ . dide concurrence. Écartons aussi les capucinades d’un À Re Capo de Feuillide, écrivain ca sa vertu aux fonds 4 EN secrets du ministère. (1) Mais il reste la tristesse d’un k Es Chez Armand Carrel, la méfiance se commande par ‘4 ‘ 4 cette opinion très fondée que, dans un état social où 4 4 tout finit par se payer le plus cher possible, il peut être , De également improbe d’offrir une denrée au-dessus ou auHe: dessous de sa valeur; par le sentiment de la moralité 4 propre au journalisme ; et par l’amour d’une profession ni. si malaisée à maintenir pure. CA Les journaux furent un commerce avant Emile de | 1 Girardin ; mais un commerce indécis, puéril, et qui 1 14 voguait à l’aventure. De cet embryon, Girardin sait | 1 faire surgir une industrie. Avec lui, la presse s’organise K 44 -en instrument économique, prend conscience des forces 4 qu’elle recèle, s’équilibre aux forces ambiantes. 4 ‘1 Les journaux de toutes les provenances avaient com- 4 va battu et refusé la réforme de Girardin. Tous, peu à peu, 34 cèdent et suivent. Sauf les prudents et paisibles 4 Débats, sûrs d’une clientèle fière de payer cher et qui \ afferment déjà à un bon prix leur dernière page; sauf ù A encore l’ancien National d’Armand Carrel, (2) tous les | s 1 () Voir La Revue rétrospective, 1848, pages 62 ntm | (2) Le prix de l’abonnement au Vational est de soixante francs #| k par an jusqu’au 6 mars 1848. Le 9 mars, il s’abaisse à quarante ‘M i francs, comme conséquence de labolition de l’impôt du timbre. {

N” grands quotidiens de France acceptent la loi des qua- É k : rante francs, s’engagent tour à tour dans l’engrenage ; à du tirage à vil prix et de la publicité quand même, ‘74 . achètent l’indulgence du public en le rendant complice Ne : de leur propre ingéniosité. % 1 De 1836 à 1848, il y a douze années. En dowze ans, 5 une industrie marche et, si elle est bien adaptée à ses ‘“ conditions d’existence, indique ses tendances futures. De Mais les tares de la presse transformée s’étaient fait 08 sentir dès la première heure. Ke D’aspect, c’est une presse plus séduisante, plus ornée, 4 plus littéraire. La typographie en est plus aimable. A Désormais, l’article de tête ou Premier-Paris porte un ; 14 _ - titre, une signature, w’exige du lecteur nul travail, sait 1 fouetter sa curiosité, sa paresse ou sa fantaisie. A la ‘4 | Presse en particulier, Girardin sent vivement limpor- er. | tance d’alléger le journal. Son effort quotidien est de ” 3 découvrir pour ses articles des titres stridents et pro- 74 metteurs, d’émietter sa prose dans le clinquant des on Ce journal paiera « noblement » ses rédacteurs, c’est En. 3 l’expression du prospectus… Entendez par là que la 113 _ Presse rétribue comme il convient les grands noms C4 jetés en appât au public; car les subalternes du journa- À Ge: ; lisme ne seront rétribués ni mieux, ni plus mal qu’ail- Et leurs. Au feuilleton de la Presse, Théophile Gantier ‘vi doit traiter les questions d’art, et Victor Hugo en 14 ; personne les questions sociales. M. Scribe donnera :4 ; des « Proverbes », et M. de Balzac ses « Scènes de la Le: fs Vie privée ». Dumas père aura le « feuilleton histo- ns: À rique » et les théâtres de drame. Enfin le vicomte de ‘# L Launay (pseudonyme de madame Delphine de Girardin) 6

ï. î | publie ses Lettres parisiennes et crée ainsi la chronique, à Hi ii, De tels perfectionnements coûtent cher. Certes, au 4 10 strict point de vue du métier, le journalisme est en 4 Der progrès. Au moral, c’est une autre affaire. à ï M: D’une part, les abonnements affluent : cest une 4 a: recette brute, honorable, et qui influe sur la recette à us nette par l’effet de sa répercussion marchande sur la À ie valeur de la publicité. Dès l’année 1838, la publicité de 4 a: la Presse s’afferme à 150.000 francs. Ce journal devrait 3 À être prospère. Pourtant, en 1839, sa liquidation est ‘ 108 demandée, obtenue par ses actionnaires. La Presse, À i mise en vente, est rachetée à bas prix par Girardin et L: d Certes, s’il y a de l’obscurité dans les comptes ou les ‘4 dividendes d’un journal, c’est affaire aux seuls action- S Pt, naires de s’en plaindre… Le bon public s’en lave les : | mains. On lui livre un journal supérieurement ma- 1 19 chiné, truqué, et rédigé par des maîtres. On le lui } h livre, ouvertement, fort au-dessous de la dépense 4 Ù de revient. C’est parfait, c’est très agréable. Seule- / ÿ ment, c’est trop beau… Dans ce marché séducteur, | f une équivoque est bien capable de se glisser, et de ”| A , vicier tout. À à La Pugzicrré, qui définira, qui délimitera un si ; | : prestigieux vocable ? La publicité, est-ce l’annonce ? 4 <] Est-ce la réclame ? Sera-ce encore l’article commandé 4 à au journal, rédigé au journal ou hors du journal, mais
f inséré dans le journal, et rémunéré comme tel au profit k sont vite franchies. À 4 Sainte-Beuve enregistre, en 1839, les changements U

survenus par le fait de Girardin dans l’exercice et les 70 4 mœurs de la critique, sa profession personnelle : Ë La situation des journaux, 1e “1

j dit Sainte-Beuve, ‘122 ment empiré depuis l’introduction de la presse dite à qua- F a rante francs: je ne m’attache à juger que du contre-coup moral. à # Le personnage trop célèbre et d’une capacité aussi incontes- À ù table que malheureusement dirigée, qui a eu cette idée hardie, pi: prétendait tuer ce qu’on appelait le monopole de quelques Rt grands journaux; mais iln’a fait que mettre tout le monde et Le: lui-même dans des conditions plus ou moins illusoires, et où 11e il devient de plus en plus dificile, à ne parler même que de (88 la littérature, de se tirer d’affaire avec vérité, avec franchise. ; # Les journaux, par cette baisse de prix, par cet élargissement Hi. de format, sont devenus de plus en plus tributaires de l’an- ‘1e nonce; elle a perdu son reste de pudeur, si elle en avait. RS Maintenant, quand on lit dans un grand journal l’éloge d’un si FA livre, et quand le nom du critique n’offre pas une garantie « LS | absolue, on n’est jamais très sûr que le libraire ou même É l’auteur (si par grand hasard l’auteur est riche) ny trempe a pas un peu. (1) ë D S’il en est ainsi de la littérature, que sera-ce des ‘44 affaires ? Les financiers ont un intérêt autrement intense à 1 que les gens de lettres à manier la voix des journaux. 1 Si la presse vend la gloire, elle saura bien vendre lar- M 2 gent; elle vendra aussi les honneurs; elle vendra les ‘#10 places et les privilèges. +8 En fait, les dernières années du règne de Louis- US Philippe sont peuplées d’histoires de pots-de-vin, ayant mn: pour contre-partie naturelle des chantages de presse. 1 (1) Sainte-Beuve, De La littérature industrielle. — Revue des Deux- té 2 Mondes, du 1 septembre 1839. — Portraits contemporains, tome I, Jan

P à _ Les pouvoirs publics et la presse se divisent le travail, “4 bn: ils alternent les rôles. Cette charge qu’un fonctionnaire 4 1.28 veut vendre, un journal l’y aide; un autre journal sen x scandalisera.. L’honnête citoyen rit ou s’indigne, selon Ë

ÿ: k son humeur ou son journal, et du reste toujours à faux. 4 | Va zot, c’est pourtant un homme averti; il sait parfaitement 4 4 de quoi il retourne; on lui a montré les règles du jeu.
‘54 Mais prévenu ou non, notre homme s’y trompera encore, pl ÿ « À puisqu’il prend son plaisir à être trompé. il | 4 à Fidèlement, le public continue à s’abonner aux feuilles | Re. qu’il méprise, parce qu’il y trouve des avantages. Et il 4 | ‘44 se venge en universalisant sa méfiance inutile et Ë ne paresseuse, sans la moindre perspicacité.

Une presse pauvre existe, mais elle se cache. +

Dur + Ce n’est pas une presse littéraire, ni d’intérêts, ni V0 même de parti. C’est une presse sentimentale, une . ? K. presse d’idées. Le grand public ne la lit guère. La 4

bourgeoisie, haute ou petite, ne pouvant l’ignorer, la ;

b:. redoute, dans la mesure médiocre où elle la connaît. }

  • Presse de philosophes, de rêveurs. Presse d’inventeurs \

DA C’est la presse des idéologues et c’est la presse des : | mi, prolétaires. Nul doute quelle fût répandue dans ces | 1e ateliers du faubourg Saint-Marceau où Henri Heine ! À hs s’aventura au printemps de 1840, où il entendit « chanter |

” « des chansons qui semblaient avoir été composées dans

41 l’enfer, et dont les refrains témoignaient d’une fureur, |

_ d’une exaspération qui faisaient frémir », et où il trouva +0

des écrits « qui avaient comme une odeur de sang. » (1) 11

< Si jamais la République se montre, cette presse un \VR É instant sera maîtresse et suivra les destins de la Révo- de,
_ lution. Mais d’ici au renouveau social, elle végète, parce 54 FA qu’eile est très pauvre. Sa pauvreté même est sa raison : ! d’être, un peu de sa vie. “18 La presse pauvre n’est pas quotidienne. Elle ne peut Ve | l’être, et voici pourquoi. . (6 à D’abord, quel que soit le régime politique, la publica- 40 tion d’un quotidien implique un gros capital. Entendez 4 plutôt ces déclarations de Léon Faucher à la Consti- 4 : tuante de 1848 : « Il n’y a pas un journal respectable h qui puisse se fonder à moins que les entrepreneurs de ke ce journal n’aient devant eux un capital de deux cent 2510 quelque expérience de la presse. Je n’ai jamais vu un ‘8 journal sérieux se fonder avec un capital de moins de 14 cinq cent mille francs : je parle d’un journal quotidien, 9 | cela va sans dire. » (2) — Et puis, tant que dure la mo- 4% notre sphère délicate, on ne peut se faire aucune idée du ton dé- pe. moniaque qui domine dans ces couplets horribles ; il faut les avoir Es: entendus de ses propres oreilles, surtout dans ces immenses FE usines où l’on travaille les métaux, et où, pendant leurs chants, FA ces figures d’hommes demi-nus et sombres battent la mesure avec He leurs grands marteaux de fer sur l’enclume cyclopéenne. Un tel ar: accompagnement est du plus grand effet; de même que l’illumina- Ex. tion de ces étranges salles de concert, quand les étincelles en f r furie jaillissent de la fournaise. Rien que passion et flamme, 7 flamme et passion! Comme un fruit de cette semence, la répu- à: blique menace de sortir tôt ou tard du sol français. » 4

4 parchie, la loi protège la presse riche. Comment cela? 1

4 Par le mécanisme du cautionnement.

É Sous la légalité de septembre 1835, le taux du cau- ‘4 à tionnement varie du simple au quadruple, et même au 4 | à delà, selon le lieu de ‘publication du journal et la fré- ê Ft quence de sa périodicité : à Paris, en Seine-et-Oise et L D { Seine-et-Marne, il est de 100.000 francs pour les quoti- 1 | à diens; de 75.000 francs pour un bi-hebdomadaire; de | $ 50.000 francs pour un hebdomadaire ; et de 25.000 seule- 4 1 ment pour la revue bi-mensuelle ou mensuelle. En pro- | At vince, ces chiffres s’abaiïissent à 25.000 ou 15.000 francs

‘a pour les journaux quotidiens, selon la population des \ villes où ils se publient; à moitié de ces sommes pour ÿ ‘M les périodiques plus espacés. La conséquence est bien ÿ Pa claire. Le publiciste pauvre, s’il ambitionne que sa

F gazette paraisse à Paris deux fois par mois, devra 1 12 réunir, déposer vingt-cinq billets de mille franes au

; Trésor. Sinon, qu’il s’exile en province. Sinon, qu’il se L nr taise.. C’est bien le vœu de la loi. Ne: Ce vœu est très manifeste dans les arguments que j &, développent, à l’origine, les partisans du système. En L D effet, le cautionnement fut introduit dans le code de la ; ë presse par les lois de 1819. Ces lois, relativement libé- ;

rales, substituent la répression judiciaire à l’arbitraire

de la censure préventive. Par suite, les journaux vont

: encourir des amendes, des condamnations pécuniaires,

& porter le risque naturel de l’indépendance que le légis-

lateur leur mesure. Apparemment, le cautionnement | È doit couvrir le fisc contre l’insolvabilité éventuelle des

4 En nulle manière. Son but véritable est d’empêcher

de que la presse ne tombe aux mains de pauvres diables, 4

| ennemis nés de l’ordre institué, Il importe beaucoup il
que les entrepreneurs de journaux soient très riches. que Selon M. Guizot, la loi s’oppose à ce que la puissance ‘4 de la presse soit livrée sans conditions à « quiconque ‘3 “4 voudrait s’en servir ». Et M. Royer-Collard est encore CP plus explicite : « Un journal est-il une influence ? Oui; NE.

et peut-être la plus puissante des influences. Or, l’in- ‘10 fluence politique appelle une garantie. La garantie poli- #1 tique ne se rencontre, selon les principes de la Charte, ÿ 44

que dans une certaine situation sociale. Cette situation 3 ;

est déterminée par la propriété, ou par ses équiva- QUE lents. » (1) Notez qu’en 1819 le taux du cautionnement ne était fixé à 10.000 francs de rente française pour les 52 journaux de Paris. Tandis qu’en 1835, par le relâche- “44 ment des esprits et malgré les terreurs de septembre, ‘

le gouvernement n’obtient plus des Chambres que le De chiffre de cent mille francs. #2 Sainte-Beuve, toujours lucide, observe en 1839 qu’en ‘7

  • obligeant les journaux à s’alourdir de ces charges pécu- ‘2 | niaires énormes, le pouvoir les a pour sa part induits à 4 accroître immodérément leurs profits de publicité. (2) 11

En vertu de la loi de 1835, le gérant responsable de ‘3

(1) Guizot et Royer-Collard cités par Henri Avenel, Histoire de « 4

la presse française, page 262. — Les paroles de Royer-Collard sont \2 également reproduites par Félix Pyat, dans son discours du 7 f

“1 tout périodique doit posséder en son nom propre un ne. tiers de la somme consignée au Trésor. En fait, après LR comme avant cette loi, c’est presque toujours quelque _ subalterne famélique, heureux d’une place dont les 4 périls se balancent de certains appointements. È |__ d’assises. Le président l’interroge : F + ne. — Êtes-vous l’auteur de cet article ? | s : L’accusé ne comprend pas et fait répéter la question. g LR: — Écrivez-vous? Vous occupez-vous de politique ? d #4 — Mon Dieu! je sais signer mon nom… À 4 1 — Que faites-vous encore ? : 72 — Je m’occupe des bureaux, j’allume les lampes !.. (x) 9 Félix Pyat conte l’historiette d’un autre gérant de ÿ journal, qui démissionne de ses fonctions parce que le FT journal ne se fait pas assez poursuivre. C’est qu’on _ ‘ devait lui payer cent francs ses mois de liberté, cinq à 14 cents francs ses mois de prison. Cet homme entendait | 4 La prison guette les gérants et rédacteurs de la presse | : TE pauvre. Tous y passent, s’y retrouvent, y complètent : 2: leur éducation : « La prison, disait le républicain En Antony Thouret, est l’école normale du révolution- de: Asservie par de telles entraves économiques et juridi- il 4 (1) Cette anecdote et la suivante sont rapportées par Félix Pyat ; dans son discours du 7 août 1848; Moniteur, 1848, page 1.920. | EL (2) Discours du 7 août 1848; Moniteur, 1848, page 1.918, colonne 3. k — Rires et agitation, constate ici le Moniteur. ;

6 ques, autant dire par tout un système social, où se 1 } _ réfugie en effet la pensée des pauvres? Précisément ne: _ dans cette presse si véhémente, ordinairement non quo- ‘1 v’ _ tidienne, que signale M. Gabriel Delessert dans son ù 0 _ rapport du 19 janvier 1847 : à l’Atelier de Buchez, à la 148 Fraternité de 1845 ,au Populaire de Cabet, à la Revue ; Lo du Progrès de Louis Blanc, à la Revue républicaine de 1 Dupont, à la Revue sociale de Pierre Leroux, à la Revue “ 4 indépendante de George Sand et Pierre Leroux… ni i En 1846, on compte à Paris vingt-six journaux quoti- Ce diens. Trois d’éntre eux, — le National, la Réforme, la 14 Démocratie pacifique, — représentent seuls l’opinion : positivement républicaine. A eux trois, ces quotidiens x ” républicains n’ont pas quinze mille abonnés. Vi La vente au numéro ne se pratique pas encore; le 4 « salon de lecture » est dans les mœurs; on y va lire 18) | dix, quinze, vingt journaux, selon son appétit, son Fe | désœuvrement. Or, s’il est exact que les abonnements 100 annuels valent un gaïn plus solide et plus rémunérateur ER _ # aux journaux que la vente à l’exemplaire, — qui sup- AL | * pose tant de pertes sèches et de concessions aux inter- ‘08 médiaires, — il est vrai aussi que numériquement, pour ‘4 4 le tirage et la diffusion de la presse populaire, l’autre M système serait apte à des résultats supérieurs. Sous L; Louis-Philippe, un quotidien conservateur, organe des pa classes riches, parvient encore à réunir une cohorte 2 . suffisante d’abonnés. (1) Au contraire, la « presse he 4 avancée » est aussi la presse des pauvres ; M. Guizot 1 (1) Aujourd’hui déjà, on observe qu’il n’en va plus de même. Si S Fr le public de chaque opinion voulait sérieusement soutenir les NU : journaux de son choix, il s’y abonnerait, au lieu de les acheter LES

‘A ne s’y trompait point. L’intérêt de cette presse serait 64 donc assurément de se détailler, de s’offrir pour un ou É AS deux sous. Et ce furent en effet des journaux commu-
ir. _ nistes, — notamment le journal de Cabet, — qui réin- 1 ‘1 1 troduisirent cette coutume de la vente au numéro, 4 ‘0 ‘ oubliée depuis l’époque révolutionnaire. 1 PAU La presse riche imita ici la presse pauvre; ce fut l’ef- 4 M 2 fet de la concurrence. (1) Au reste, cette vente par les À AL. petits libraires, les crieurs, ne se vit guère avant les ‘1 journées de Février. 1 F. ÿ Ce que fut au juste, avant Février 1848, la vitalité dela

à à presse républicaine, les souvenirs d’Henri de Lacretelle | P à nous en laissent l’image, là où l’auteur montre (antomne E 10 1847) le joyeux jacobin Marc Caussidière, futur person- k hi nage de la République, débarquant à Cormatin en 4 nu commis-voyageur de la Réforme, et si heureux de tou Kia cher ses quarante sous par souscripteur ! (2) À $ e Organe principal des groupes d’extrême gauche, cette 4 dr: Réforme de Ledru-Rollin, de Flocon, d’Étienne Arago, 4 Re s’était créée en 1843 sur les deniers de Ledru-Rollin, ba qui commençait alors à dévorer sa fortune pour sa poli- à 10 tique; elle remplaçait le Journal du peuple, de Godefroy 4] Cavaignac, qui venait de disparaître, faute d’abonnés 4 0 (1) Pour les grands journaux, le résultat semble avoir été d’abord À Ve infime. Adolphe Granier de Cassagnac, au sujet de son célèbre i ns article du 24 novembre 1851 sur les Deux Dictatures, écrit : « L’effet 14 de cette provocation fut immense ; à Paris, où la vente au numéro L : ‘40R n’était pas d’usage pour les grands journaux, mille personnes 7

( avaient fait acheter le Constitutionnel avant midi. » (Souvenirs du (

} st : (2) Henri de Lacretelle, Lamartine et ses amis, page 15. ;

1 164 4

| etde capitaux. — La Démocratie pacifique, de Victor | ‘3 ie Considérant, quémandait pour vivre, dans sa « petite 1404 correspondance », les offrandes de ses abonnés. — | ‘4

Enfin, au dire du comte de Carné, (1) la royauté avait De. moins à craindre du National d’Armand Marrast, ‘18 demeuré d’instinct si parlementaire et conservateur qui: après la mort d’Armand Carrel, que de l’esprit républi- Le %

_ cain d’une feuille dynastique, mais subversive, aussi D: lue dans la bourgeoisie que le Siècle. ;13

Et de même, dans le peuple, les rêveries d’une George (2

Sand, la sociologie fomanesque d’un Eugène Sue pré- À nu paraient davantage la venue des journées révolution- à naires que la propagande concertée des polémistes 0

| Quand la République, sortie des pavés du boulevard ‘f | des Capucines, eut trouvé pour un moment son point % < d’appui dans le rapprochement artificiel du National et Be:

de la Réforme, elle fut accueillie par toute la France en :) 50 libératrice attendue de cette monarchie méprisée comme 4

un pouvoir faible, et pourtant haïe comme un pouvoir 1 fort. Des espérances hétérogènes convergeaient de 2 toutes parts et saluaient du même geste la République. Ù Ne Toutes les volontés en réserve sous la monarchie et 2008 patientes seulement jusqu’en Février ont dès lors quatre ee

ans à elles pour se mesurer, s’amalgamer, s’entre- 44

A la République, il appartient, selon les uns, d’éta- “ jh

(1) Cité par Tchernoff, Le Parti républicain sous la monarchie de 14

T4 blir le règne de la « justice sociale », et selon les autres à -34 de restaurer le respect de l « ordre social », compro- (| | mis par dix-huit années de monarchie veule. 4

4 A l’occasion du 24 février, la Revue indépendante de . “4 George Sand, Louis Viardot, Pierre Leroux, publie un ‘# numéro exceptionnel, formé d’un seul article consacré

@e:, aux événements… Victoire du peuple sur la Royauté, ne * inauguration de la République, tel est le titre et le sujet 4 ‘4 de cet article, rédigé par Pascal Duprat.

” - Une note collective de la rédaction fournitce commen- +:

F Les compositeurs de notre imprimerie ayant abandonné F ‘1 les ateliers pour défendre la grande cause de la Révolution, :

_ la Revue indépendante n’est pas en mesure de paraître. 2 2 aujourd’hui dans sa forme ordinaire. Nous croirions man- 4 258 quer d’ailleurs à la majesté de l’histoire nationale en mêlant l 1e des pensées étrangères au récit des trois journées qui ont 4 “4% si glorieusement rétabli l’empire du droit. 4 R: En réalité, la Revue indépendante cesse tout simple- 4 ns ment de paraître. Ce numéro est sans lendemain. B :. A la grève civique des typographes correspond la dis-

. persion des collaborateurs. Les écrivains républicains “ & À: ont désormais leur part d’influence et de responsabilité pe dans les événements que la France et le monde atten- À 4 dent jour par jour. Pour eux, les joies et soucis de lac- É tion positive commencent. La mêlée les réclame, la tac- ; M tique les oblige, et leur arme change. De la Revue dense, L W. intermittente, où posément ils discutaient et philoso- F

_ phaient sur l’avenir, voici qu’ils essaiment vers la 4 | fièvre des quotidiens. ‘1 pe. Plus de cautionnement, plus d’impôt du timbre, plus # à

de lois de septembre, plus de lois du tout… Cest la ÿ ji liberté! Riche ou pauvre, il suffit d’une plume et d’un à ï À imprimeur pour tenir boutique de presse, dire son mot \ Fe sur les faits du jour, montrer son talent, prouver son bi 3 système, et faire don à l’humanité des paroles de paix ne. ou de colère qui la sauveront, si elle veut bien… 3 Forte tentation! Le public en est vite débordé. Des AL. : nuées de crieurs couvrent les rues et les faubourgs, et 54 vantent à longs hurlements une marchandise dont nul 3 encore ne peut dire ce qu’elle vaut, car elle est toute 10 | neuve, mais qui abonde et s’offre au rabais. Les jour- 4 è naux paraissent, disparaissent, promettent des mer- 1 118 | veilles, tiennent ce qu’ils peuvent… Ce n’est souvent rien. à ‘à Comment choisir ? Pourquoi choisir ? Sait-on d’avance FA si mon papier, qui coûte un sou, recèle plus de folie ou “1

de sagesse que le vôtre, qui en coûte deux? Prenons À x tout, que rien ne nous échappe, et que tout nous donne ne 4 placard que me recommande, presque au même degré, 2 _ tantôt la célébrité et tantôt l’obscurité de son auteur. x En Révolution, l’anonyme d’hier est l’égal de l’écrivain Lo qui a fait ses preuves. N’est-il pas une parcelle du sou- 2 | verain? Peut-être il détient la clef des énigmes sociales? La Il est en droit de se prétendre dispensateur et héraut de pe Alors, tout ce qu’une nation policée et nombreuse , “0 cache en temps normal d’idéologues passionnés, de cer- Re veaux fumeux et de réformateurs en chambre, se con- EX

centre dans la capitale et dans les chefs-lieux de pro- Fa

167 44

  • vince. Les échauffés parlent haut. Les traîtres méditent #4 leur attitude et calculent l’instant d’intervenir. Les amis
  1. sincères et hardis des hommes, émergeant trop rares ue: dans la masse effervescente des brouillons et des fréné- À : 4 tiques, sont discrédités et découragés par eux. F0 | Du 24 février au 4 mai 1848, Daniel Stern (1) dénombre LR l’éclosion de cent quarante-deux périodiques. 1346 Tous les noms leur servent. Les plus beaux, les plus “5 inquiétants, les plus bizarres : La République. L’Amour É ne ; de la patrie. Les Droits de l’homme. Franches paroles. è dé L’Ordre. Le Travail. La Vérité. La Liberté. L’Harmo- ; co nie universelle. L’Ère nouvelle. Le Bonheur public et 54 général. Le Peuple. L’Esprit du peuple. La Voix du | 0 peuple. L’Écho du peuple. La Cause du peuple. La Sou- Æ veraineté du peuple. L’Ami du peuple. Le Réveil du ; 7 peuple. La Sentinelle du peuple. Le Représentant du 3 peuple. Le Tribun du peuple. Le Triomphe du peuple. | ne L’Enfer et le Paradis du peuple. Le Salut public. Le 4 Nouveau Cordelier. La Guillotine. Le Père Duchéne. Le 4 Petit Homme rouge. La Voix des femmes. Le Fläneur. #72 L’Épilogueur. Le Garde national. L’Omnibus. L’Éventail ne. républicain. , 4 î Bien entendu, l’ancienne presse subsiste. Au premier 5 jour, elle a fait acte d’adhésion éclatante, unanime à la à République. Adhésion toute de surface : chaque parti : “À se réserve, au fond, d’exiger du régime nouveau une . docilité irréprochable à ses ordres, à ses vues d’avenir. k; (:) Histoire de la Révolution de 1848, tome II, pages 559-561.

En face de ce débordement de l’opinion imprimée, Ê: à la triple faiblesse du Gouvernement provisoire est de ñ ne se pouvoir passer de l’approbation d’aucune feuille, Fa car toutes se disent républicaines: d’être tenu de res- F pecter l’entière liberté des journaux; de n’avoir enfin

pour ses plus proches interprètes que des organes %

sans lien entre eux, sans discipline, si accoutumés à À combattre et à desservir le pouvoir que toute défail- ie

  • lance de leur intransigeance passée et toute complai- é Ne: sance de leur part envers un pouvoir ami risquent de FA ruiner leur crédit, d’être dénoncées par les gens habiles x |

et les âmes violentes comme un trafic scandaleux des Fé | Jusqu’au mois d’avril, les choses vont à souhait. 11 C’est la lune de miel, très brève, du Gouvernement pro- . 4 visoire et de la nation. Point de cautionnement, ni de procès de presse. Le Gouvernement provisoire écarte 4

les armes que lui ont’laissées ses propres décrets. Le h public fait lui-même sa police de presse. 4

Mais souvent le public est inintelligent ou brutal. Au #14 | quartier latin, des étudiants ou soi-disant tels brûlent À à le journal de F.-V. Raspail, suspect d’exciter au mépris ; à | de la République. Voilà pour le Gouvernement provi- 5 soire des défenseurs un peu trop zélés. Très scrupu- V2 leusement, ce gouvernement s’interdit de favoriser ses 1 | partisans aux dépens de ses détracteurs; il témoigne 4 d’une mansuétude égale envers la presse de tous les “4

Dès le 5 mars, Émile de Girardin entame contre lui is

ses attaques, après lui avoir fait « confiance » juste 4 pendant huit jours… Cette campagne exaspère la « foule, À la fin du mois, un rassemblement menaçant ;

  • 14 se forme devant l’imprimerie de la Presse. Des cris ri — Mort à Girardin ! Brisons les presses. : 744 . Émile de Girardin se montre, tient tête à ces brail- ; 1 lards, les prêche et les dompte, Eux s’en vont deman- | :(50 der justice au ministère des Affaires étrangères. Lamar-
  • tine les reçoit et, d’un ton magnifique, les harangue à 14 son tour : Le à — La Répüblique, s’écrie-t-il, admet même la liberté ki k _ d’être injuste envers son Gouvernement !.… (a A minuit, Ledru-Rollin, ministre de l’Intérieur, se _ rend aux bureaux de la Presse, pour protéger le journal contre le retour possible des bandes. Le lendemain, & 4 Girardin omet ce détail dans son récit des’ incidents. : 74 Le Gouvernement provisoire ne dispose pas utilement ; _ d’un seul journal. Le National et la Réforme, tantôt 0 timorés et tantôt serviles, pratiquent fort gauchement $ *à le rôle d’officieux ; l’expérience, le cynisme aussi du mé- ‘À tier leur manquent. Pour remédier à cette lacune, 1108 Ledru-Rollin fonde en mars les Bulletins de la Répuk 4 blique, qui, paraissant tous les deux jours, auront pour | Ar tâche de propager l’évangile démocratique dans les L 44 C’est Jules Favre qui les triture. George Sand est | 1 leur rédacteur principal. Sa vigueur de langage serait É- admise chez un écrivain indépendant, signant ses 54 articles en son nom propre, mais excède la note attenne. due de l’organe quasi-officiel du gouvernement. Ses me imprécations et ses menaces apparaissent fanfaronnes l 1 et sectaires. Elles sont relevées sur le champ, comLt mentées, exploitées aussi, par les feuilles fidèles à la ; NX 1 résistance politique, à la conservation sociale. La dé-

|. monstration républicaine, voire socialiste, du 16 avril, ! ‘ii $ arrangée par les amis de Ledru-Rollin, sombre donc “130 | aux cris imprévus de « À bas les communistes! » 4308 4 En vain, une proclamation du Gouvernement provi- “ L soire invite tristement les citoyens à s’abstenir de tout Hé: « cri provocateur », les adjure tous de s’unir en ce A » « cri sauveur : Vive la République ! » C’en est fait, M Paris et la France ont pris peur et s’écartent des | Re rouges. Aussi est-ce d’abord contre les « rouges » que LE s’opère le ralliement des forces contre-révolutionnaires. + % ‘al . Mouvement tournant qui, l’heure venue, doit s’élargir, Et | jusqu’à enlever la République. L Re: ï Contre les gens en place s’élève l’effréné tourbillon ‘4 % des chansons qui ridiculisent et des mesquineries salis- 14 < santes. La bonne presse enregistre avec joie toutes ces Y WL perfidies troublantes, leur donne corps. Le Constitu- Le: ‘tionnel peint les orgies, les chasses princières de Ledru- X à Rollin; sa lourde ironie insère les « nouvelles de la 14 Cour ». Le Canard de M. Xavier de Montépin accuse ni 1 les deux frères Garnier-Pagès, jadis pauvres employés, kit ‘ de concurrence déloyale envers un ancien patron, leur 17 bienfaiteur : or, des deux frères, ni le vivant, ni le 2 | mort, n’ont jamais tenu maison de commerce. — Même : 34 j réfutées devant les tribunaux, même anéanties, ces és anecdotes reparaîtront. Ces mensonges seront travestis ne | en vérités. Pour toute riposte, les hommes de la Répu- È blique envoient de stériles rectifications aux journaux : à | qui les diffament et les communiquent, faute de mieux, vd au Moniteur, que nul ne lit. #4 L’Assemblée nationale et la Liberté, fondées contre la 1 | République, tirent bientôt à 40.000 exemplaires. La ; Presse, qui les aide, à 75.000. Parmi les feuilles répu- ‘1e

5e blicaines, les très violentes seules se vendent, la Vraie 114 4 4 République, le Père Duchéne.…. Évidemment, on les il ÿ D achète par inquiète curiosité plutôt que par sympathie. | 8 Une phrase de Proudhon, dans sa correspondance | 104 intime, est à cet égard significative. Rédigeant alors le à “A Représentant du peuple, il dit aspirer au moment où il 10 pourra enfin conduire et soutenir son entreprise « sans | 1108 avoir besoin de frapper l’attention par un de ces coups ‘2 “4 imprévus qui amènent une saisie ». (1) ! a L: L’orage qui s’amasse frappera plus durement que par 10 les procès, les saisies, si jamais il se déchaîne… Après « hi * journée du 15 mai et la dissolution mystificatrice de 5 l’Assemblée par l’émeute, on commence à fermer les 1 clubs. Raspail et Blanqui sont mis en prison. Leurs | V5 clubs sont dissous. Mais de cet avertissement la À 14) « presse plébéienne » n’a cure; elle redouble au con0 traire de hardiesse, d’amertume, d’exigences. Ses ‘4 écarts sont autant de fautes que retiennent ses adver- à À 4 saires, et grossissent le terrible compte dont le règle- | k nn. Le 9 juin 1848, un journal parisien, l’Organisation du 4 travail, publie la liste des grandes fortunes de la capiEn: tale et annonce une suite : la statistique nominale des ; | ‘0 grands propriétaires fonciers. Ce journal s’était fondé | 11 le 20 avril, apparemment contre Louis Blanc, avec ce j ÿ : sous-titre : La vérité aux ouvriers. L’article-programme di de son premier numéro (2) concluait par ces mots : € La Ne. seule association possible, la seule qui doive être pro- { hi (1) Lettre à M. Maguet, mai 1848. — Correspondance de P.-J. 1 2 18 (a) Le seul que nous ayons pu retrouver à la Bibliothèque na- |

Ne ductive et avantageuse à tous, c’est l’association du ; capital, de l’intelligence et du travail; de l’argent, de la 128 tête et des mains. Ouvriers, songez-y bien : c’est dans ‘

cette association seule qu’est le salut. » Certes, ce n’était |

, point le ton d’une feuille incendiaire; et par là, d’avril

. à juin, on mesure d’autant mieux le chemin parcouru, :

Le 10 juin, La Réforme reproduit, telle quelle, la liste

de noms publiée la veille par l’Organisation du travail. |

Ce même jour, à l’Assemblée, le représentant Jobez ñ

réclame des poursuites pour excitation au pillage. Le ES

ministre Duclerc promet que le gouvernement « fera d

son devoir ». Enfin le citoyen Flocon, membre déchu :

de l’ancien Gouvernement provisoire, jure que si ses je

collègues de droite dénoncent les journalistes de gauche, 5j

£ lui-même signalera les journaux de droite qui chaque à |

jour provoquent à l’assassinat des républicains.

Le lendemain, la Réforme imprime : R f Savez-vous ce qui nous a tous indignés ? C’est que les

E philanthropes à millions aient oublié de porter aux blessés # M

; À la charpie que donnait le pauvre; c’est qu’ils aient fermé

L leurs coffres, écrasant le crédit public et ruinant les salaires : L j voilà nos griefs. Mais quant à vos trésors, d’où qu’ils vien-

4 nent, tranquillisez-vous, on n’y touchera point; car on y {

] perdrait l’honneur, et l’honneur est le trésor du peuple ! |

6 Du reste, nous connaissons le but de ces attaques empoi- %

sonnées; on veut provoquer le gouvernement à frapper la É

k presse; on veut se venger des coups terribles qu’elle a por- ° 1

tés aux pillards du régime tombé, On a déjà fermé les clubs, Ù

réglementé l’affichage, fait un Code contre les attroupe- à

ments ; il faut bien que la grande empoisonneuse tombe à

son tour ! et voilà pourquoi on dénonee comme infâme la |

presse des travailleurs, tandis qu’on laisse les journaux de « 4

la réaction insulter, calomnier librement la République, d

1 ses hommes et ses idées. f ;

Le Qu’on nous poursuive et qu’à trois mois des barricades » À se on jette la Réforme aux prétoires ! Sous la République, elle 4 É :4 se défendra sans peur, comme sous la Monarchie. ; 4 0 4 4 Quinze jours plus tard, c’est la « saignée » de Juin. 4 ‘ La répercussion des événements de juin 1848 est directe 4 3 sur les destinées des journaux. Le 26 du mois, les abon- E. & nés de la Presse ne reçoivent point leur journal, et le 2 bruit se répañd dans Paris que M. de Girardin est À | incarcéré. Ce bruit est exact : le général Cavaignac a ; AR fermé l’imprimerie de la Presse, jeté en prison son 4 7:20 adversaire incommode, coupable de s’être montré trop ; _ bon prophète sur ses projets. Émile de Girardin écrit de à “ - sa cellule au général, s’informe auprès de lui des motifs ki _ officiels de son arrestation. Cavaignac répond: « Ci- À 1748 toyen, vos imprudentes publications perdraient la a M. République, la nation, la société européenne tout A “d Le 9, on le relâche, sans explications, après lavoir fait ; 414 interroger pour la forme par un capitaine. (r) ! 4 * En même temps que la Presse, dix autres journaux sont ‘4 1 frappés, sans acception d’opinion, d’après le Moniteur, 410 mais « parce que leur rédaction était de nature à pro-

2 longer la lutte qui a ensanglanté la capitale »; savoir : la

et (1) M. Maurice Talmeyr a raconté que l’élargissement d’Émile Ÿ de Girardin fut provoqué par l’intervention d’une femme, Esther 4 “4 X** (Esther Guimont). Elle « tutoyait tout le Vapereau ». Elle , il arrive chez Cavaignac : — Ah ça! tu arrêtes Girardin ? — Parfaitejs ment! — Et pourquoi? — Parce qu’il conspire. — Comment, il ” conspire!. il ne peut pas conspirer : il est toujours seul de son b De avis! « L’effet du mot, paraît-il, avait été souverain. Le général É < Cavaignac avait ri, et Girardin, une heure plus tard, était remis l ee en liberté. » (Talmeyr, Matin du 7 janvier 1901) à

4 _ Révolution, la Vraie République, l’Organisation du de Er travail, l’Assemblée nationale, le Napoléon républicain, 4 ss L Père Duchéne, et le Pilori. (1) Le général Cavaignac ne À L sera point taxé sans injustice d’être partial. Socialistes, % bonapartistes, conservateurs, il étouffe toute voix dis- à cordante, garrotte quiconque compromettrait le salut E public en gênant ses convenances personnelles. # Dans le premier élan d’émotion collective qui suit les É À fureurs de la guerre civile, l’Assemblée décrète à l’una-. ; i nimité que le général Cavaignac « a bien mérité de la — : patrie ». (2) Eugène Cavaignac dépose aussitôt les pou- ét voirs qui lui furent confiés pour une crise extraordinaire; le l’Assemblée les lui rend par un nouveau pacte. Pas un 5 in$tant il ne songe à les confisquer spontanément. Ne Capable d’ambition et d’orgueil, c’est quand même un és fort honnête homme. Surtout il met son point d’honneur LA L à être un général républicain. La prépondérance dans é 4 l’Etat, qu’il croit s’être acquise pour l’avenir par ses

À services, lui suffit et le flatte. C’est en quoi justement il _ se trompe : ceux qu’on sauve sont toujours ingrats. Î Toute sa force lui venait de sa situation militaire. S’il Ë. abdique, s’il accepte de devenir un parlementaire dis- | À cutable, il est naturel que les partis lui retirent leur y . respect, négocient au lieu d’obéir, et poursuivent leurs $ f avantages plutôt que de servir le sien. ja ; Supprimer une dizaine de journaux, enfermer un jour- 4 d naliste, le relâcher sans lui dire pourquoi, ce sont là ÿ ” (1) Ces journaux « ont également cessé de paraître », et leurs presses « ont aussi été mises temporairement sous scellés ». — 4

Moniteur du -27 juin, page 1.501.

, 175 4

ee peccadilles d’état de siège. La faute politique du général, 1 VA 11e c’est son équité trop simpliste; elle déconcerte. En Den autoritaire ingénu, Eugène Cavaignac ne sait pas ou ne À D. veut pas choisir : il commande le silence, indistincte- 4 D: ment, aux « ennemis de la société » et aux « ennemis de Ë

ÿ ; la République ». Les uns et les autres se ligueront d’abord 4 D: contre lui, pour pouvoir ensuite se mesurer entre eux.

110 Le 1° août, à l’Assemblée, le citoyen Crespel de la : 250 Touche, avoué, interpelle sur l’arrestation arbitraire a du directeur de la Presse et la suppression non moins L ne. arbitraire des onze journaux. Ces mesures étaient- 1 he elles autorisées par l’état de siège? 246 Le ministre de la Justice, M. Marie, esquive la 1 ÿ question de droit, se réfugie dans l’éloquence, plaide 4 4 les mérites de Cavaignac. Le général at-il, oui ou non, Ke. bien mérité de la patrie ?… Un jeune professeur de 1 È À droit, M. Valette, homme sincèrement attaché aux 4 He libertés républicaines, déclare posément, avec le calme È ‘Je et le sens fin d’un juriste, que l’éloge donné au général :ÿ Cavaignac pour l’ensemble de sa conduite ne saurait 4 54 couvrir ses erreurs particulières ; maïs il parle avec une 4 à voix faible, et on l’écoute peu. Enfin, sur l’intervention 1 il agressive de Victor Hugo, le général s’énerve, n’y tient
Ex plus, monte à la tribune, refuse de se défendre, insinue 1 ‘. : « seulement, — non sans vérité, à ce qu’il semble, — que ; À ses censeurs de l’heure présente l’incitaient, cinq se- 4 “À maines plus tôt, à usurper la dictature… ; l L’Assemblée vote à mains levées l’ordre du jour pur Ë 4 et simple; c’est une manière d’avertissement. Le gou- |

à vernement s’y soumet. Un arrêté du 6 août, contresigné à

4 par le général Cavaignac, chef du pouvoir exécutif, lève ; E. la « suspension » prononcée en juin. 4 3 176 4

| 4 # Voici restituée la liberté de concurrence et de combat .

D” à ces journaux qui ambitionnaient de s’égorger récipro- Ÿ

l Mais pour combien de temps ? $

i : L’épouvante de Jujn survit, elle est présente à toutes M

les âmes. A lire les journaux du parti de l’ordre, il y ÿ

avait « vingt-deux mille forçats » dans l’insurrection. 1h

ricanent les premiers des contes sanguinaires qu’ils En

forgent à l’usage du public et dont ils chargent effronté- | ñ

ment les vaincus de Juin; c’est eux qu’on croit. Les î

républicains n’osent protester, dire ce qu’ils sentent 1$

et ce qu’ils savent, rétablir l’entière vérité des faits, î

devancer ainsi la justice complexe de l’histoire. Tous |

ceux d’entre eux qui ne sont pas compromis et menacés Ê

directement dans leur liberté et leur vie sont au moins ÿ

À suspects de favoriser en secret les anti-sociaux. Au F’ ( fond, les principes républicains ne seraient-ils pas les

à générateurs vrais de la guerre sociale? Cette idée ) ÿ _plane, et s’insinue dans les palais, les boutiques et les

4 chaumières. Et la presse démocratique étant tenue “

‘4 pour responsable des récentes convulsions économi-

4 ques, les temps apparaissent échus d’arrêter son l

a œuvre de destruction. La crainte de l’amende et de 7)

la prison, c’est le commencement de la sagesse pour 4

le démagogue; le cautionnement, lui aussi, avait du ii

bon. Avec cette maxime : empêchons le retour des HL

fureurs de Juin, — on obtiendra désormais de lAs- 5

semblée et du pays leur adhésion à tout reniement :

des promesses de Février, le reniement de Février ;

3 L’action est rapide. Dr TU ne: En juillet, les ministres s’avisent que les décrets \ 14 _ abrogateurs des lois de septembre ont expressément M ne réservé le maintien de la législation antérieure à l’année F5 1835. En conséquence, une circulaire du ministre de la 4 à Justice, — à cette date, M. Bethmont, — invite les pro- ; ‘4 cureurs généraux à appliquer de près les lois de 1819, È 4 à dormir tout un trimestre les lois de la Restauration et 4 1e de la monarchie de Juillet; elle promet son code de la 4 fe +) presse. La promesse ne tarde pas à s’accomplir. A la 4 TAGS séance du 11 juillet 1848, M. Senard, ministre de l’Inté- É de rieur, présente deux projets de décrets sur le caution-
à “4 nement des journaux, et sur la répression des crimes et Ê an délits de presse. Le représentant Berville dépose son L Nr k rapport le 1 août. La discussion commence le 7 août, { 110 dure quatre jours, et s’achève le 11. :31 La Constituante vote en bloc les deux décrets. Le ; 42 cautionnement est rétabli; son taux sera désormais 4 ‘à de 24.000 francs (chifire modeste) pour les journaux | 51 quotidiens à Paris. Et il est bien entendu que ce À ‘1 décret sur le cautionnement ne vaut qu’à titre provi- 4 fl n soire, jusqu’au 1° mai 1849. À cette date, ses dispoD _ sitions tomberont de plein droit. On escompte ainsi He x l’heureux apaisement qui ne manquera pas de se pro- ‘4 M: Qui s’y méprendrait? Ce décret transitoire est une : 14 entrée de jeu. Le décret du 11 août bâillonne l’écrivain, ÿ: “dl même de grand cœur, s’il n’a pas 24.000 francs. Lamen- À a nais ne les a point; le Peuple constituant se taira. Mais | U > (1) Moniteur du 9 juillet 1848, page 1.600, colonne 1. F

Mi avant de mourir, il jette encore son célèbre anathème !. “ sur les vainqueurs : 40 F Soldats de la presse, dévoués à la défense des libertés de À la patrie, on nous traite comme le peuple, on nous dé- É ra sarme. Depuis quelque temps, notre feuille, enlevée des 5 . mains des porteurs, était déchirée, brülée sur la voie pu- ; L/ blique. Un de nos vendeurs a même été emprisonné à ù Rouen, et le journal saisi sans autre formalité. L’intention était claire : on voulait à tout prix nous réduire au silence. À On y a réussi par le cautionnement. Il faut aujourd’hui de : Vor, beaucoup d’or, pour jouir du droit de parler. Nous ne 14 sommes pas assez riches. Silence au pauvre! * Aux adversaires des décrets, niant qu’un journal x honnête et pauvre pût découvrir, immobiliser pour son 4 cautionnement 24.000 francs de capital, M. Marie, mi- ii nistre de la Justice, répondit devant l’Assemblée : ne — Allons! allons! Soyez sincères, et dites qu’en S } effet le capitaliste n’ira pas là où sont les idées d’anar- NA 4 grand, d’important pour la société! (1) 1

Rapprochée de l’apostrophe de Lamennais, cette
0à réplique de M. Marie définit le problème; elle dé- 4 f montre que l’incidence des décrets est strictement cal- 7 E: culée. Forcés de subir l’inquiétude grandissante qui émane de la presse pauvre, — individualiste, indiscipli- - née, audacieuse parce qu’elle est sans attaches et sans | (1) Moniteur, 9 août 1848, page 1.931, colonne a. — Dans le « quatrième numéro » de la Foire aux idées, journal-vaudeville repré- senté avec un très vif succès en octobre 1849, l’odieux libelliste Frigousmann se lamente : « Depuis dix ans, je veux fonder un journal politique intitulé : le Chien enragé… Je veux mordre, déchirer, mettre la société en lambeaux… Eh bien! rien, rien! Il faut un cautionnement… et je suis obligé de renfermer là tous mes élans

1 risques, — ou de rentrer sous le joug exclusif de Yan k 2 cienne presse à gros capital, — lourde machine qui #0 pressure, mais que sa puissance même attache à l’ordre 1 social où elle s’épanouit, — les intérêts eflrayés crient K ‘11 enfin leurs préférences, et ces préférences sont des ‘4 re ‘4 ordres. Le cautionnement décapitera la presse de ré 4 en patience les quelques organes où se sera réfugié |

ht l’effort des publicistes réfractaires. | “10 Dans les dernières semaines du règne de Louisfi Fe Philippe, P.-J. Proudhon laisse un entrepreneur recher- $ TL cher pour lui les fonds nécessaires à la création d’un 1 journal hebdomadaire. La difBculté principaie vient ÿ VA du cautionnement : « L’entrepreneur, écrit Proudhon, } :)10 éprouve un grand embarras, à cause du cautionne-
D ment, qui est de 50.000 francs; je ne sais comment cela ÿ. Ki La France s’étant mise par hasard en République, le | Je journal paraît, et non pas hebdomadaire, mais quoti- 1 4 dien : c’est le Représentant du peuple. L’affaire est heu- À “1 reuse : le journal se vend, comme de juste, étant rédigé ÿ ‘0 par Proudhon. Mais surviennent les journées de Juin et … | 208 leur prompt contre-coup, les décrets Senard. Le Repré- Ê 4 Ni sentant du peuple est suspendu, — lisez supprimé, — ui par arrêté du 21 août 1848. YA Notre Proudhon ne s’en émeut guère; il écrit le 2 sep- 4 es , (1) Lettre du 22 janvier 1848 à M. Maurice. — Correspondance de .

| tembre : « Nous allons reparaître sous le titre du | “& Peuple. Nous constituons une société au capital de | L 100.000 francs. » (1) C’est parler bravement. Seulement, Ë on se demande si ce capital existe autre part qu’en pa- à pier timbré. Le Trésor ne fait pas crédit. Or, Proudhon ? ajoute : « Nous avons de forts souscripteurs et de i bonnes signatures; malheureusement, avec les meilleures hypothèques, on ne trouve en ce moment pas à d’argent. Nous ne pouvons venir à bout de former nos 24.000 francs. » Prenez ses lettres de l’époque : elles fourmillent de soucis d’argent, comme si elles étaient ; Enfin, le Peuple s’organise avec vingt. mille francs du È bailleur de fonds et des sacrifices d’amis, voire d’in- | connus. Un jeune noble de Bretagne apporte six mille | 4 francs. (3) Proudhon retrouve ses succès de vente. 3 (1) Lettre à M. Abram. — Correspondance de P.-].. Proudhon, 3 (2) Et le métier de représentant coûte cher : « Je suis tellement | assailli d’aventuriers et d’indigents, que je fais plus de dettes que 1 je ne reçois d’argent de la République. » (Lettre du 7 août 1848 à s ; M. Pauthier; Correspondance de P.-J. Proudhon, tome II, page 343) d Proudhon souhaite — déjà! — l’augmentation de l’indemnité parle- ’ mentaire : « Je ne réponds plus à personne, je lis à peine mon È courrier. Si, au lieu de 25 francs par jour, l’indemnité de repré- ÿ sentant était de 50, j’aurais deux secrétaires particuliers pour lire les lettres, brochures et journaux qui me pleuvent, les classer, ? accuser réception et répondre. Surchargé comme je suis, je ne lis Ë ni ne fais rien. » (Lettre du 15 février 1849 à M. Maurice; Corres- ’ pondance, tome Il, page 359) (3) « Il m’a été fait don d’une somme de 6.000 francs par un jeune homme riche; la-destination de cette somme étant le journal, je ne la regarde point comme ma propriété. » (Lettre du 25 avril 1849 à à M. Maguet: Correspondance, tome II, page 350) Une lettre de mai [?] 1848 (Correspondance, tome II, page 328) nous renseigne sur ce jeune homme : « J’ai 3.000 francs dans le cautionnement, plus 6.000 francs qui m’ont été remis par un jeune noble, de Bretagne,

Louis Veuillot, l’autre grand journaliste d’alors, es PRO 55 satisfait, au mois d’août 1848, des neuf mille abonnés 44 ae de l’Univers. (1) Or, en février 1849, Proudhon tire à ea vingt-cinq mille. En avril, à quarante-deux mille; il

“Ve parle de ses deux cent mille lecteurs et, grâce aux jour-

Be naux de province qui le reproduisent et le soutiennent, | ”+ affirme qu’il s’attache « par la communauté des idées,

Ta plus d’un million de citoyens ». (2)

52 Précisément, il est dangereux. La cour d’assises, la 8 prison et la ruine le guettent. Maïs que lui importe les 1 condamnations, les persécutions du parquet ? À chaque SA reprise, l’amende est payée par les souscriptions du 4 public. Et de la Conciergerie ou de Sainte-Pélagie, 1 Proudhon sait encore diriger son journal, apprêter la Ra. besogne du jeune élève Darimon. 42 font taire. Ce ne sera pas trop d’un coup d’Etat pour : 08 dominer cet écrivain. £ n ’ à qui sa famille interdit toute relation avec moi. » Proudhon Re. n’accueillait pas toujours les fils de famille désireux de venir à + 13 lui malgré leurs parents. Voir sa très belle lettre du 18 mars 1850 10 à M. B*‘* fils, de La Ferté-Bernard (Correspondance, tome II, A (2) « Par bonheur, l’Univers a gagné beaucoup d’abonnés depuis 1416 paye ses rédacteurs et que nous vivons. Que peut-on désirer de “0 mieux en ce temps de mortalité? » (Lettre du 21 août 1848 à M. le « 24 vicomte Albert de Calvimont; Correspondance de Louis Veuillot, Race, 2) Lettres des 15 février et 25 avril 1849. — « Le Peuple gardant A. son tirage à {0.000 en moyenne, le journal doit faire plus de 35 80.000 francs de bénéfice par an. En ce moment, nous sommes Re écrasés d’amendes ; nous en avons pour longtemps. Toutefois, 4 j’espère. J’ai tant à dire encore; j’ai à intéresser le public si longEL temps que de longtemps il ne paraîtra de journal qui puisse dy prendre la place du mien. » (Correspondance de P.-J. Proudhon,

es Même devenue prudente, régressive, multipliant les 8 | procès de presse, fortifiant l’arsenal vengeur, (1) et sup- = : 5 _ pliant qu’on pardonne en faveur de son énergie tardive 734 à à ses origines émeutières, la Deuxième République est me _ incapable d’éteindre les foyers que couve la presse TIC $ # pauvre. Mais les libéraux ou se croyant tels, qui gou- ‘€ |. yernent encore, abdiqueront sans trop se faire prier. >. C __ Le malheur des temps veut que leurs intérêts moraux =. _ soient en désaccord avec leurs intérêts matériels. Or, ‘2 _ chacun en France sent que les classes moyennes pré- 200 ne fèrent la défaite politique à l’insécurité sociale. à __ Un Falloux, catholique et légitimiste, a probablement LE D _ approuvé en secret le coup d’État du 2 décembre 1851, a 4 quand ce fut chose faite, mais ne paraît pas y avoir . :20 _ aidé. Tandis qu’à la date du 15 novembre 1850, le doc- nn. __ teur Véron, directeur du Constitutionnel, rend les 1% cent mille francs qui assuraient à M. Thiers un droit de 7

  • contrôle sur la politique du journal. (2) Véron, les mains 4 _ libres,-installe dans la maison M. Granier de Cassa- :- a _ gnac (le père), dont la dextérité et la virulence marient L _ le pays à l’Empire. ; ne. __ Cette petite révolution de journal symbolise le # £ Re triomphe de la presse attachée à ce désir de repos, 14 : même illusoire et éphémère, qui fut le pôle de la société 74 Sa française au centre du dix-neuvième siècle. “ él * (i) Lois sur la presse des 27 juillet 1849 et 20 juillet 1850. nee Et. (2) Docteur Véron, Mémoires d’un Bourgeois de Paris, tome VI, > —…_.… page 99. — A. Granier de Cassagnac, Souvenirs du Second Empire, Le mon premier, pages 46-43. ‘#

. Ila été tiré de ce cahier dix-sept exemplaires sur 1 _ whatman ainsi distribués : # E premier exemplaire de souche, exemplaire du gérant; É _ deuxième exemplaire de souche, exemplaire de l’ad- F s° troisième exemplaire de souche, exemplaire de l’im- | neuf exemplaires d’abonnement, numérotés ‘de r à 9 + dr et cinq exemplaires d’auteur numérotés a, b, €, d,e 6 . Tous nos exemplaires sur whaiman sont numérotés : à la presse et imprimés au nom du souscripteur ; nos 1 tirages d’exemplaires sur whatman sont rigoureuse4 ment limités au nombre d’abonnements à chaque in3 stant souscrits; nous ne vendons point d’exemplaires . sur whatman en dehors de l’abonnement: l’abonnement $ sur whatman à cette neuvième série est de cent francs ; pour tous pays. | Les Cahiers de la Quinzaine sont composés à la main, en caractères fin dix-huitième siècle (Didot) de la fonderie Mayeur (Allainguillaume et compagnie successeurs) 21, rue du Montparnasse, à Paris, sixième

_ Pour savoir ce que sont les Cahiers de la Quinzaine, + Fr il suffit d’envoyer un mandat de trois francs cinquante “ __ à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, ii ‘ 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième Si NT arrondissement. On recevra en spécimens six cahiers à ‘# cinquième, de la sixième ou de la septième série. 2 4 Pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières Û ë ‘6 séries des cahiers, 1900-1904, envoyer un mandat de ‘4 _ cinq francs à M. André Bourgeois, même adresse: on Ne recevra en retour le catalogue analytique sommaire, ra Re. 1900-1904, de nos cinq premières séries, premier cahier ; KE À de la sixième série, un très fort cahier de XII+408 à

: Pour s’abonner à la huitième série des cahiers, qui _ à est la dernière série, envoyer en un mandat à M. André ie 1 _ Bourgeois, méme adresse, le prix de l’abonnement; on F _ recevra en retour les seize cahiers parus de cette hui- } e. Pour s’abonner à la neuvième série des cahiers, qui 3 4 ë. est la série en cours, envoyer en un mandat à M. André D: Lam Bourgeois, même adresse, le prix de l’abonnement; on 4 L. recevra les cahiers parus, et de quinzaine en quinzaine, | à à leur date, les cahiers à paraître de cette neuvième ÿ

2 3 3 4

4 rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. Nos Cahiers sont édités par des souscriptions mensuelles régulières et par des souscriptions extraordinaires ; la souscription ne confère aucune autorité sur la rédaction ni sur l’administration ; ces fonctions - Nos Cahiers paraissent par séries; une série paraît D dans le temps d’une année scolaire, d’une année ouvrière, d’octobre-novembre à Jjuin-juillet ; l’abonne- : -ment se prend pour une série. On peut souscrire cet abonnement à tout moment de l’année, mais l’abonnement ainsi souscrit est, de droit, | valable pour la série en cours. Prix de l’abonnement, pour chaque série annuelle ; pendant le cours de cette série : l Abonnement ordi- | Algérie, Tunisie… vingt francs naire… | Autres pays de l’Union postale uni- Abonnement sur whatman… cent francs pour tous pays Les exemplaires sur whatman, tirage non réimposé, 2 sont numérotés à la presse et imprimés au nom du souscripteur ; le tirage à part sur whatman a commencé de fonctionner au premier janvier 1906 ; les inscriptions pour cet abonnement particulier sont reçues en tout temps et reçoivent un numéro d’ordre déterminé automatiquement par le rang même qu’elles occupent dans l’ordre de l’arrivée, les numéros les plus bas venant 1 naturellement aux premières inscriptions; c’est ce numéro d’inscription qui devient automatiquement le numéro du tirage réservé à chacun des souscripteurs ; l’édition sur whatman est strictement limitée au 4

_ Pour tout changement d’adresse envoyer soixante _ 7 centimes, six timbres de dix centimes. : _* Nous engageons nos abonnés de certains pays à nous i En demander un abonnement recommandé ; tous les cahiers ù de l’abonnement recommandé sont empaquetés à part et : É recommandés à la poste; la recommandation postale,

comportant une transmission de signature, garantit le

E destinataire contre certains abus; pour cette recommandation, pour tous pays, en sus, cinq francs. É Automatiquement et sans augmentation de prix les Fe exemplaires sur whatman sont tous recommandés et £ à envoyés aux souscripteurs dans des enveloppes-sacs. 1 L’abonnement ordinaire cesse de fonctionner pour fi chaque série au plus tard le 31 décembre qui suit | l’achèvement de cette série ; ainsi jusqu’au 31 décembre 3% 1907 on peut encore avoir pour vingt francs les seize

  • cahiers de la huitième série complète. | 4 À partir du premier janvier qui suit l’achèvement 4 d’une série, le prix de cette série est porté au moins M au total des prix marqués; ainsi à dater du premier É janvier 1908 la huitième série complète, s’il en reste ne. encore à cette date, se vendra trente-six francs.