IX-7 · Septième cahier de la neuvième série · 1908-01-05

Par le chemin des souvenances

René Salomé

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Qu’il avait mis là pour-le ménager, sans doute, ; ” 4 Etpour avoir le front plus léger sur la route. ere à : À notre table, il abondaïit en fins propos; en € Du moins je l’en soupçonnais fort, car, sur sa peau 4 Corroyée par les ans, les froids, les vents acides, La ; Le soleil, se creusaient et se croisaient des rides, d } À È Des rides qui ressemblaient à des lèvres fendues us Par les éclats de la gaîté bien entendue; ; î Et tout alors, sur son épiderme, était rire. SEA de

On causait. On lui rappelait des souvenirs, 3e # Le temps jadis où, n’étant pas encore un Faune, re 456 Il marchait vaillamment de Paris à Épône j 1 . Pour fleurir de jasmins l’enfant chère à son cœur; Fe 1e : Du temps jadis où il était restaurateur A NOR 4 Sur la place Saint-Georges ourlée de vieux hôtels NUE x Le Et préparait les escargots sacramentels Se eu | Avec l’art minutieux et lent des cuisinières, Dao + ù Et connaissait la vie privée de Monsieur Thiers; HA # “ Du temps jadis où l’on circulait dans des rues SARA $ D’ombre et d’eau croupissante, aujourd’hui disparues, sn à Mais où l’on n’était ni malotru ni maussade; Past SA :. Du temps jadis où l’on dressait des barricades à ; Pour y mourir avec des gestes de Talma 2 ARE

Vieil oncle d’autrefois que mon enfance aima

Pour sa gaîté foncière et ses propos rustiques, |

Vous n’étiez pas chez vous un maître despotique, C’est bien certain; pourtant vous aviez hérité Des siècles révolus, cet air d’autorité ; Qui décelait votre bourgeoisie militante; p Si bien que l’effacée, l’humble et modeste tante, Ne tenait pas beaucoup de place en sa maison, Et sa parole avait des rumeurs d’oraison; Mais, nonobslant son doux maintien, sa voix contrite, car elle était spirite

é Monique, Agnès et vous, Sylvie

RL 7 de Agnès et vous, Sylvie, sœurs d’autrefois, è Poudrées, busquées, vous évasant toutes les trois à De la taille aux talons grâce aux paniers qui grincent, | Dans ce cloître discret et désert de province, | Vos ombres m’ont accompagné au promenoir,

Et dans le vieux jardin où vous veniez le soir pee À Entendre le jet d’eau qui gloussait en sourdine. 2e Monique, Agnès et vous, Sylvie, sœurs libertines ; à ; Que n’effarouchaient pas les chansons de Vadé, PL. Et qui cachiez dans vos tiroirs de quoi farder k : Vos jolis dessous d’yeux et vos lèvres hautaines, ” Avec des almanachs grivois et des mitaines Fe En fils de soie que prohibaïent les règlements, ù Vous vous glissez encore sous les arceaux romans k Le Du dortoir à piliers que vous disiez gothique. Fe

Vos voix d’argent sont fort expertes aux cantiques. ÿÈ

Et Madame l’abbesse avec son clavecin Les

Vous accompagne en levant aux nues ses yeux saints R Que n’empourpra jamais le feu des convoitises, 54 ï

Bien qu’en son art d’accommoder les friandises, - AA

Nulle autre ne la vainque et peu lui soient rivales. î 4 Aussi la flattez-vous d’un caquet virginal NES Qui ravit l’innocente et pieuse créature, : ‘1

Et parfois vous pouvez goûter les confitures He 4

Et les pâtes de fruits et les fins caramels Re:

Et les bonbons fondants de jujube et de miel j de ‘# Qui sont fort estimés de Messieurs les chanoïnes. Do

TMC Monique, Agnès et vous, Sylvie, plus rien ne voile | “5 _ À mon cœur le passé qui fut vôtre au couvent. .

1 Sœur Marthe, qu’on voyait larmoyer si souvent : (Car elle avait quitté le vain siècle et ses pompes È En son chagrin d’avoir perdu certain vicomte) A A haussé vos maintiens, vos gestes, votre organe É Au débit chaleureux de Phèdre ou de Roxane; ; Et quand Monsieur l’évêque avec son nonchaloir « ; De marquis est venu vous sourire au parloir,

Vous l’avez honoré des soupirs de Racine,

Er A Et lui, fixant vos yeux de mauve ou de glycine we Qui se baissaient modestement sous son grand nez, LT Il vous a fait des compliments fort bien tournés ; ‘ __ Puisila dit qu’à la grand gloire de son diocèse, 4 Il était membre de l’Académie française, ë Pour avoir fait de petits vers, étant abbé.

RS. _ Monique, Agnès et vous, Sylvie, les scarabées | _ Aïlés, les sphinx, les bourdons passent el repassent : ÉS Le long des avenues où vous jouiez aux grâces Fe. Et qu’envahit le flot des plantains et des ronces are Entre les treillis verts qui ferment les quinconces. 4 É Et la cloche a cessé de mêler ses complaintes, |

  • Qui marquaient les moments de folie ou de crainte, ; - Au doux grésillement du feuillage et des eaux. êË _ Plus de joie; la volière a perdu les oiseaux . “à * Qu’un oncle voyageur vous rapporta des Iles,

par le chemin L’oncle qui avait vu nager des crocodiles Et qui portait des anneaux d’or sous les oreilles, Et dont la peau tannée par l’air et le soleil Semblait un parchemin de la bibliothèque, Dans le donjon fumeux où du soir au matin L’aumônier du couvent tournait des vers latins Suivant l’art délicat de Properce et d’Ovide.

Monique, Agnès et vous, Sylvie, le temps dévide | Sans cesse, el jamais plus, dans les jours, dans les mois, Les fils qu’il a tirés ne rencontrent ses doigts. k Voici votre vieux banc de pierre où, le Dimanche, Ce Élancées, le front haut et montrant vos dents blanches, F Vous receviez parfois de nobles visiteurs : Qui vous disaient : ma belle, ou mon âme, ou mon cœur, LE. Et vous trouvaient l’air sage et la taille assez fine; Et déclaraient qu’un certain soir, chez la Dauphine On s’était avec sollicitude et bonté | | Fort enquis de votre âge et de votre santé; Vous étiez en faveur, selon les apparences î Et toutes trois alors faisiez la révérence, ê Et vous jugiez décent de rougir quelque peu. j Sylvie, Monique, Agnès, le moment des adieux pi Vint par un noir matin de boue et de bruine. F On chargea vos coffrets légers sur la berline, ; %

Et vos cartons bourrés de chapeaux et d’écharpes, Et vos cahiers de style et votre grande harpe Et les dessins tracés aux crayons de couleur Et qui représentaient des bergers et des fleurs. La tendre abbesse était bien triste, et vous, rusées, Preniez des airs de petits agneaux défrisés, Alin de bien prouver que vous éliez sensibles. Et l’aumônier passa votre innocence au crible Et vous bénit avec des propos élégants. On vous donna des fruiis en pâte et des onguents Pour les douleurs de Madame la chanoinesse, : Votre tante. Il y eut des soupirs, des promesses ‘ Puis vous voilà roulant sur le pavé du roi, Monique, Agnès et vous, Sylvie, sœurs d’autrefois

tte ra Vous n’avez fait songer aux dandys Pur En

x JOUS m’avez fait songer aux dandys romantiques 3 MER __ V Beaux ténébreux comme on en voit dans les boutiques RE D’estampes, sur les dessins de Tony Johannot, MAN _ Ils s’appelaient Gaspard, lidefonse où Renaud; roue n’a

it “ Ils savaient imiter les gestes de Werther, ie

2% Leur père avait guillotiné, volé des terres, FE St

par le chemin ‘Ko Détroussé lestement ses maîtres abattus En prononçant de grands discours sur la Vertu. rs Mais eux, les fils, gènés de leur force nouvelle, | Ne trouvant rien, et moins que rien, dans leur cervelle, Qui servit de passé, de croyance et de foi, $ Donc, incurablement bourgeois, fils de bourgeois, Affectaient d’éprouver l’effroi des destinées j Qui les poussaient vers les tâches insoupçonnées Ô D’un Hamlet qui n’a point rencontré de fantôme. We: Ils cachaïent leurs mentons sous de hauts foulards jaunes, Ils portaient des gilets en forme de pourpoints, : Autour d’un jonc à pommeau d’or crispaient leur poing Ganté, se corsetaient pour être plus étiques —— : Vous m’avez fait songer aux dandys romantiques.

5 F = Lei, le ciel est transparent 22

on, le ciel est transparent. Tout s’y profile, CAPES RES polecilesttr Tout fil F Dr Ï Tout s’y étale et tout s’y meut d’un air facile. de E. bon coteaux sont tracés d’un crayon ferme et sûr ; ; Qui sait bien où il va et qui craint les fissures CE A _ Ou les crochets dont d’autres lieux sont coutumiers ; DES Dr Leurs beaux flanes sont piqués de bouquets de pommiers 2. _ Dont les ombres bleuies s’arrondissent en dômes MT se Sur les labours cuivrés, les prairies et les chaumes. A #4 Et la plaine, à leurs pieds s’étend, puis se redresse Pr à

par le chemin | Avec des ondoîments de Nymphe ou de Faunesse Qui se réveille après un long sommeil égal. Ici, le ciel est transparent. Tout s’y régale ÿ È De la lumière qui tombe en finesse et candeur, 4 Sans trop roussir les châtaigniers de ses ardeurs, 1 Et sans troubler au bois joli, dessous les hêtres, ÉsEOs Les fleurs qui cherchent l’ombre et la palpent des lèvres.
Et c’est au bois joli que s’appuient les maisons . Dont les longs toits aux correctes inclinaisons Se découpent en rouille et velours dans les feuilles 3 Des vieux noyers, gardiens de la fraîcheur des seuils. 2 Or, c’est dans ce pays si pur qu’est mon église Je ne sais pas du tout si je vous scandalise, Charmante amie, qui dès l’enfance avez goûté L’eau, le sel et le pain de la laïcité. Mais le passé qui règne en mon pauvre village Ne m’a pas enseigné les leçons de vos sages, 4 4 Et ma petite église, entourée de tilleuls, <i Est demeurée pour moi la nourrice et l’aïeule, à Même après que ma foi d’enfant se fut dissoute. SN

C’est que dans ses arceaux, ses piliers et ses voûtes; Dans la montée de ses fenêtres ogivales; È Dans son toit mince et long qui lestement dévale, Mais sans rien accuser d’abrupt ou de soudain ; Dans son clocher carré où chante un chant d’airain; Dans ses vitraux fleuris de lys et de jacinthes; Dans son abside ovale et ses masques de saintes Qu’on voit fondre et sourire au linteau du portail; Dans ce corps ferme, au dessin clair, où le travail Des artisans s’applique encore et se propage, ; Mes yeux revoient la simple et linéaire image Des tertres, des coteaux, des arbres, des maisons, Les profils adoucis qui forment l’horizon, La régulière allure et les fortes épaules Et les yeux malicieux et la lèvre finaude Des gens d’ici ——— du moins de ceux des temps jadis, Car aujourd’hui leurs fils et les fils de leurs fils, Sont des messieurs en noir qui font des écritures. Pour moi enfant, c’est là que se tient la nature, . Et non pas dans les prés ni aux bois ni aux champs; C’est là, sur le vieux banc fendu et trébuchant, Que je vois s’épanouir aux parfums de la messe, Dans la pénombre bleue, le monde et ses promesses Les fleurs des chapiteaux, leurs pampres et leurs grappes,

_ Les œillets délicats brodés sur l’or des chapes Et les rinceaux qui sont des lauriers et des lierres

ù Et les rosiers miraculeux sur les verrières < RER Me montrent le secret des courbes végétales. he Partout, des animaux de pierre ou de métal i g 1 Sont occupés à quelque tàche utile et pieuse : mur 1 La colombe en volant supporte la veilleuse; ! L’aigle doré soutient le livre en parchemin 14e Où le vieux chantre myope et sourd trouve un chemin ce Pour sa voix menacée de durables erreurs; #: VE Le cheval du soldat Martin s’arrête et pleure : de En voyant grelotter un pauvre dénudé; à BE. Ft Un mouton de la crèche a l’air intimidé Er Devant les grands manteaux emperlés des trois rois. à Voici un bœuf __ Notre Seigneur taillé en bois il Qu’on a verni et peint de couleurs qui s’effritent, É Va sur l’ânesse, et cette ànesse est bien contrite, “4 Bien douce et bien modeste et bien sage et bien probe; ee:

On lui a peint des raies de zèbre sur sa robe, 5 4 De sorte qu’on fit d’elle un animal étrange. ;:4 La nef a les parfums des forêts et des granges, | RTE 0 ;

] Et les gens qu’on y voit semblent prendre racine ARE Et s’immobiliser dans la torpeur divine ‘10 Des ceps de vigne aux beaux et longs alignements. LEE Le vieux curé qui tend ses bras au firmament, FEES Le vieux curé noueux, ridé, solide et torse ue ; Semble un tronc revêtu de rameaux et d’écorce 50 Et tout ainsi végète et fleurit et verdoie - LEO

  • Et s’enracine au sol vénérable où il doit
  • Rejoindre les aïeux qui ont fait cette église. - _ L’enfant sort. Le pays s’éclaire et se précise; 3 Les arbres, les bosquets, les maisons, les jardins, . Le profil des coteaux qui, sans écart soudain,

_ Sans pointer, sans céder, sans creux et sans bavures, F Doucement infléchis, vont de la noble allure

. D’un grand voilier qui fend la mer, le vent en poupe, . Etles petites haies et le lacet des routes ._ Et le ruisseau qui chante au sein de la pâture, à Tout est dessiné là d’un crayon ferme et sùr, Et l’âme illuminée y trouve, sans analyse, : . Les contours effilés de la petite église.

= Nous montions les rues

° ANT montions les rues dans le crépuscule

| Parmi la pluie fine et les vents bourrus, x

p Parmi les brouillards de laine ou de tulle.

Nos coudes frôlaient dans les rues étroites : Les murs des logis posés de guingois,

Les murs écaillés, fendillés et moites. x

ro Révél es bâillaient sur notre passage, | Au on 4 SE : réunis des époux bien sa ERA) CAE NAT Q avez montré un vieux cimetière be ut CAEN les murs géants des maisons nouvelles RTE DA ÿ BR On l’utilisai gens y viennent. MR

FER 1 ; matin; j’étais très petite; ne LEE ee. peur de me piquer aux orties FAR ps RUE ; rre et des clé $ SN 4 Re

C’était une sœur du couvent d’en haut Qui guidait mes pas le long des tombeaux : Dont la mousse avait recouvert les mots. Le couvent d’en haut lui-même est désert; Mais on y mettra, la saison prochaine,

  • Sans doute un concierge et des locataires. » Vous parliez ainsi de vos lèvres minces Avant de longer les taudis anciens

Ce sont les plus vieux taudis de la butte. Nous y entendions tinter des pendules

Et par accident pleurnicher des flûtes.

Et vous me disiez : « Peut-on vivre là ? » Un frisson passait dans quelque vieil arbre; Votre bras s’était blotti sous mon bras.

an Vous disiez : « Voilà, il faut qu’on se quitte. Ra k: re : Regardez là-bas ces feux dans la nuit. 2 ARE LR Pi Ne m’embrassez plus, je rentre bien vite. » AY: PR: me Nous faisions durer longtemps nos adieux. 2: RES F Sous le réverbère un chien doux et vieux à pe LE Nous examinait de ses tristes yeux. N’ES 3

Le vieux Monsieur revient per . & vieux Monsieur revient du fin fond des années e L Quand nos contemporains falots, ratatinés, Tout en prenant des airs brutaux de gens d’affaires, Me font fuir au passé toujours viril et vert __ Qui retourne vers nous ses petits yeux narquois. _ Le vieux Monsieur vivait aux champs pour être coi 1

& Et grignoter en paix sa pension deretraite. ROC I revient ___ Ce sont bien sa canne et ses lunettes, 2, 4 Sa petite barbiche argentée, son manteau gris, SN Son haut chapeau de soie, ses guêtres de coutil RS TAEES : DR Et, bien qu’il soit rhumatisant, son pas égal “LL ER De vieux soldat pour qui c’est un point capital Per g Ceci est très ancien, de sorte que je doute MR L SE Si vraiment je l’ai vu passer, causer et vivre, “7 s k Ou si c’est quelque image échappée d’un vieux livre : Illustré avec des personnages d’autrefois. 2 Fe UE Il revient —— C’est à la maison. Je Le revois. } Il s’assied au salon d’acajou, dans les choses Rs 530 ; de Qui tout comme lui ont l’air d’un autre âge, et il cause HS Avec des mots choisis et bien articulés, Es #52 2e EE Et chacun prend plaisir à son charmant parler. FUsESS SRE Sur la pendule on voit parader Annibal, ti Un Annibal ressemblant à lord Palmerston < 5e

É Ÿ nan an coffret que des lauriers festonnent, ie ke AR: ar lui-même est mondain, courtois, complimenteur, | eiel Ce qui lui a valu d’être vainqueur à Cannes. ; ÉÉSE a _ Le visiteur est fort galant. Il offre aux dames $ PRET à Ke _ Des bonbons et des fruits confits qu’il fut chercher À rs xs Tout exprès à Paris, au Fidèle Berger; ST SEX EE a pour les offrir des paroles exquises, ; KA HER “Des baïse-mains, des saluts qu’on faisait aux marquises Hi _ Dont les falbalas blanes neigeaient à Trianon. Re +R ve ape il fut à la cour et porte un noble nom. ” *< cé 4 RS revient, Je le trouve amusant et brave homme. = F % ‘it quittant le logis, il emporte l’album LES £ Sn Du salon pour y déposer un madrigal. RSA EE Car il rime au printemps et n’a point son égal ; ÿ A _ L’institutrice a lu parfois à ses élèves Peer : ag Au grand ennui de deux conseillers radicaux) uw =? be … Des vers qu’il fit pour feu son perroquet Jacquot. RE: LE Et quand on a donné les prix dans la grand salle &ra Peu > Rise (Aux sons cuivrés de la Fanfare municipale) M =

par le chemin k $ Sur l’estrade où siégeaient le maire et le curé Est apparue avec ses souliers mordorés, a Sa robe en mousseline, ses gants blancs du Dimanche Qui se hissaient péniblement par dessus manches, Ses cheveux pommadés et son col.de dentelles, Une enfant qu’on nommait Mademoiselle Estelle Et dont le père était régisseur au château. Ses regards étaient doux, profonds, sentimentaux. Elle avait appris l’art vieillot des révérences Et faisait concevoir aux siens des espérances, Car elle avait beaucoup d’orthographe et de style.

Et ce jour-là, de façon modeste et civile, D Elle sourit aux regards que sur elle on braquait 3 Et récita sans peur la mort du perroquet Avec sa voix câline et ses gestes carrés : Qui paraissaient décents à Monsieur le curé (Prêtre ridé, noueux, branchu comme un vieux hêtre). 3 Et chacun fut ému sans vouloir le paraître hi 1 Mais on se moucha fort dans les grands mouchoirs bleus. … F Il n’est plus. Le chat blanc, le chien couleur de feu er Dont il ne manquait guère à prendre des nouvelles, Bien qu’il n’ait point tenté de les rendre immortels

Dans quelque fin poème imité de Parny, Ont aussi glissé hors de mon rêve infini; É __ Etmes pieds les cherchaient vainement sous la table, Le soir Cétaient lous deux des gens bien respectables, ARTE Et je comprends la sympathie du vieux Monsieur. à NE O village habillé de noyers, sous des cieux Qui me font évoquer les cieux purs de l’Attique, & | _ Tu étais un musée charmant d’êtres antiques.

SR Notre pendule n’est pas frivole. Eat D pr à 14 N°” pendule n’est pas frivole ou lunatique. REZ (Se # LN Je parle ici de celle qu’on voit dans la grand salle Et qui connaît la théorie et la pratique FR Fi Var De son mélier qu’elle exerce en être moral, pu #. Sachant bien qu’elle a des responsabilités. ù de EU RE lei le temps se laisse avec docilité Fans res

par le chemin Mettre en petits carrés d’émail par les aiguilles ; C’est un temps de jardin clos de murs et de grilles, Et ces temps là sont rarement des révoltés. Le balancier jamais pressé, disque de cuivre, Semble trancher dans le présent et l’avenir, D’un mouvement facile à comprendre et à suivre Comme le souffle du chat quand on l’entend dormir. La pendule est en marbre noir veiné de gris. _ Son socle est bien d’aplomb sur le poële en faïence Qui s’obstine à ronfler sans souflle ni cadence f Quand l’automne est maussade et qu’il vente à la nuit. Ce poële est bien borné. Il n’a jamais compris ” Les égaux va-et-vient du balancier fidèle. Mettons qu’il n’est pas sage et qu’il a pris modèle Sur les révolutions que l’on fait à Paris. Tricoter, ravauder, causer, lire un journal, Tous les actes des gens qui se tiennent dans la saiïle, Observent les avis constants de la pendule. On a toujours de la mesure et des scrupules. Quand on s’échauffe un peu en parlant du présent, 4

: On fait scandale. On se rattrape en devisant | _ Avec lenteur de ce qui s’est passé naguère, © ?* Et des uhlans qui sont venus pendant la guerre 3 - - Demander des chevaux, de l’avoine et du foin. À La pendule a senti que cela était loin, ;. Et ses commandements toujours bien en cadence Se sont faits plus discrets. Près du poële en faïence Qui ronflait en Cyclope et mangeait en glouton | J’étais assis et j’écoutais. Monsieur Mouton, | Chat blanc, fermait les yeux dans quelque vague attente. Et je pensais que la pendule était contente. .

y s donateur et sa famille, agenouillés LORS E Dévotement des deux côtés de Notre Dame, À En Les hommes du côté droit et de l’autre les femmes, ) À _ Joignant les mains paume à paume afin de prier ue … Pour leur salut au ciel ou leur négoce aux Halles, »: _ Sont des seigneurs de vie opulente et béate. Re Le père, un peu ventru dans sa robe écarlate,

4 74

2,40

par le chemin Le teint fleuri, l’œil satisfait, le menton double, Vieux marchand patricien dont les gros vaisseaux roulent Aux flots lointains et qui, autour de son comptoir, Voit affluer les Byzantins, les Turcs, les Noirs Venus d’Ophir et les Kalmouks de Tartarie, _ Et les Anglais dont les cheveux semblent du chanvre, Ei le blond Vénitien qui jamais ne sourit, Mais parle avec douceur et se parfume à l’ambre, à Le père, est un vieux magistrat de la cité Dont il maintient la charte ancienne avec fierté, D’un lent vouloir paisible et têtu qui rumine. ae Des tas d’or sent cachés dans son logis pointu, Et des joyaux, des peaux de renards et d’hermines, Des Passions taillées dans l’ivoire et des statues De saints flamands dont le bon conseil illumine. Sa guilde le consulte et confie à ses mains E La bannière où l’on voit, tout en or, la patronne 214 Des marchands qui sourit dans le ciel et pardonne (La débonnaire !) au possesseur d’un mauvais gain. Il la porte bien haut quand luit Noël ou Pâques.

Le soir il lit quelque légende au coin de l’âtre ca Où siffle et crie le tronc résineux d’un sapin ; #

-_ Et Monseigneur le due lui envierait le vin Qu’il boit dans un gobelet d’or, travail châtié : D’orfèvre inimitable et maître en son métier, Car on y voit trois Séraphins jouer de la viole. Avant de s’endormir, il redit les paroles , D’une oraison qu’on se transmit dans sa lignée Contre le vent contraire et les écus rognés, | Contre les écorcheurs qui dépeuplent les routes, _ Contre les artisans des métiers qu’il redoute Et qui lui font crisper ses poings déjà goutteux. Il a cinq fils, roux tous les cinq, et craignant Dieu, Qui prient dévotement la Vierge très benoîte. Is sont en velours noirs, leur mine est grave et coite, ; Leur figure en ivoire et leurs yeux sans émoi. is Sans doute ils sont d’assez bons clercs, sachant les lois : Du négoce, et parler roman, flamand, saxon. Ils sont heureux de vivre et d’être ce qu’ils sont, D’avoir des chiens, de pouvoir exceller aux danses, Et qu’on les ait coiffés comme on l’est à Florence : Que l’aîné, pour apprendre à compter, visita. ; Leur mère, comme il lui sied de tenir grand état, Porte un manteau bordé de martre zibeline, Et sa coiffe ajourée est en points de Malines. ki, Elle a de fortes joues et des lèvres charnues,

par le chemin > PA er Des yeux bovins, couleur d’élang, jamais émus, Et le teint reposé que l’on trouve aux béguines. On dirait qu’elle est là pour couver des gélines Ou des pintades. Sa tâche en sa calme maison à | Fut de pondre et couver tout le long des saisons ; Mais le travail d’enfantement lui fut facile, ) Car elle a fait des dons aux couvents de la ville, À l’hospice, aux lépreux, aux nonnaïns d’alentour, : Et elle a façonné en châteaux et en tours ; Maint pâté dûment épicé pour le chapitre, Et fait incruster de joyaux bombés la mître | De l’évêque, et planter des croix sur les chemins. : A terre est son missel vêtu de parchemin Le” Qui porte en écusson sa devise et ses armes. à Derrière elle, ses sept filles, dont les aînées sont femmes Et coiffées d’un bonnet de dentelle ou de soie; : & Puis les petites qui sourient, et dont on ne voit ; : Que la tête, émergeant par dessus les doyennes. Et l’on dirait un troupeau de poussins qui viennent | De s’arrêter devant des bœufs à l’abreuvoir, S’étouffant presque et levant au ciel, pour mieux voir, F: Leur bec inquisiteur et leurs yeux qui clignotent. 3 Or la plus jeune, au lieu de joindre ses menottes, ‘ Tend vers le haut du cadre un rose œillet gantois, 1 É Pour attirer les yeux du petit Enfant-Roi, 4

Tout nu, blondin, frisé, joufflu, le nez en l’air, é NP _ Montrant d’un doigt le ciel à ces humains fragiles AS NDS _ Et désignant, de l’autre doigt, son Évangile TASER es _ Qui gît ouvert, livre blanc, sur l’autre genou. MCE SE Rise Le donateur et sa famille, ainsi que nous, RES Ye CA Sont gens de chair et d’os qui boivent et qui mangent. DE due Mais ils ont rencontré des saintes et des anges FRE

  • Etles voici Lout près de Marie et Jésus x A Fa Sans être intimidés ni surpris ni émus, ER TEDNEE ke Carils ne voient pas là de redoutables juges, EU

Mais deux bons habitants de la cité de Bruges A:

LE Dont, par la porte ouverte à droite, on aperçoit PE, EE Deux tours, un petit pont de pierre et quelques toits = a Dont les pignons font des escaliers qui s’affrontent. OR __ Et, parmi ces logis pointus, la Vierge blonde , __ Aux humbles yeux presque à fleur de tête, aux traitsfins ke Ge l’artisan brugeois avec amour a peints Er | Malgré que le nez soit un peu charnu des ailes, AVES a _ À sa maison de brique où chantent avec elle ju on JE Aux soirs de Mai les enfants et les demoiselles DOME RER TL sont venus la voir en longeant les canaux. Fey AS re Crest là, dans des coffrets plaqués d’or et d’émaux, ER MUC DS Qu’elle a ses voiles, ses robes bleues et de grands peignes rs à …_ © Pour onduler ses cheveux couleur de châtaigne. “ETES

par le chemin Chacun est son ami, lui parle et lui demande Sa grâce, en murmurant des oraisons flamandes. Et elle sourit et ne veut contrarier personne, Et paraît s’amuser des carillons qui sonnent Et des petits cadeaux qu’on dépose à ses pieds. Le donateur est son ami particulier. 1906-1907

| Ila été tiré de ce cahier douse exemplaires sur ù _ whatman ainsi distribués : : premier exemplaire de souche, exemplaire du gérant; deuxième exemplaire de souche, exemplaire de l’ad_ ministrateur; troisième exemplaire de souche, exemplaire de l’im- neuf exemplaires d’abonnement, numérotés de I à 9 Tous nos exemplaires sur whatman sont numérotés à la presse et imprimés au nom du souscripteur ; nos _ tirages d’exemplaires sur whatman sont rigoureusement limités au. nombre d’abonnements à chaque instant souscrits: nous ne vendons point d’exemplaires _ sur whatman en dehors de l’abonnement; l’abonnement sur whatman à cette neuvième série est de cent francs | pour tous pays. » . Les Cahiers de la Quinzaine sont composés à la main, en caractères fin dix-huitième siècle (Didot) de la fonderie Mayeur (Allainguillaume et compagnie succes-

  • seurs) 21, rue du Montparnasse, à Paris, sixième

; 7 5 Pour savoir ce que sont les Cahiers de la Quinzaine, qu il suffit d’envoyer un mandat de trois francs cinquante PAU à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 1 _ 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième Per arrondissement. On recevra en spécimens six Cahiers Le _ cinquième, de la sixième ou de la septième série. Æ _ Pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières

? séries des cuhiers, 1900-1904, envoyer un mandat de Bree cinq francs à M. André Bourgeois, même adresse; on | recevra en retour le catalogue analytique sommaire, Net 1900-1904, de nos cinq premières séries, premier cahier Fe , de la sixième série, un très fort cahier de XII+408 HS Pour s’abonner à la huitième série des cahiers, qui ES est la dernière série, envoyer en un mandat à M. André _ Bourgeois, même adresse, le prix de l’abonnement; on recevra en retour les seize cahiers parus de cette hui- de Pour s’abonner à la neuvième série des cahiers, qui re Bourgeois, même adresse, le prix de l’abonnement; on ‘1 _ recevra les cahiers parus, et de quinsaine en quinsaine, _ à leur date, les cahiers à paraître de cette neuvième 1

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