X-4 · Quatrième cahier de la dixième série · 1908-11-20

Vin de Champagne

Pierre Hamp

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— vin de Champag! Fo se _ paraissant seize fois par an rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

Nous avons publié dans nos éditions antérieures et ie dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un si grand nombre de documents, de textes formant dos si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles, | romans, drames, dialogues, poèmes et contes; — un 1 14 si grand nombre de cahiers d’histoire et de philo sophie; et ces documents, renseignements, textes, De ; dossiers et commentaires, ces cahiers de lettres, d’histoire et de philosophie étaient si considérables que nous ne pouvons pas songer à en donner ici l’énoncé même le plus succinct; pour savoir ce qui & un paru dans les cinq premières séries des cuhiers, il M 110 suffit d’envoyer un mandat de cinq francs à M. André \ Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sor- n 4 bonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondisse- 5A ment: on recevra en retour le catalogue analytique sommaire, 1900-1904, de nos cinq premières séries.
Ce catalogue a été justement établi pour ce \ autant qu’il se pouvait, une image en bref, un raccourcis) Ki

une idée , ab rég’ée, mais complète, de nos éditions anté- rieures € de nos cinq premières séries ; tout y’est classé

  • dans ordre ; il suffit de le lire pour trouver, à leur à place, les références demandées. CNE “ Ce catalogue, in-18 grand jésus, forme un cahier trè épais de XI1+408 pages très denses, marqué cinq AE francs ; ce cahier comptait comme premier cahier de la FA * sixième série et nos abonnés l’ont recu à sa date, le [HÉSES 20 tobre 1904, comme premier cahier de la sixième UHR série ; toute personne qui jusqu’au 31 décembre 1905 si s’abonnait rétrospectivement à la sixième série le rece- D ” kit, par le fait même de son abonnement, en tête de la TR série; nous l’envoyons contre un mandat de cinq francs Re à tout e personne qui nous en fait la demande. ES

; PME ’ aux Cahiers de la Quinzaine } À | ) ‘is LEE Le présent pelit index donne automati- FA 2 y 48e d quement pour tout volume et pour tout he 1 s RATIO \ le classement général de nos collections N! Ÿ | NUE étant naturellement composé en grandes SUR M: « du cahier lui-même, dans la série ainsi Y H/F IR y déterminée, en chiffres arabes, de sorte Pr AL re À que V-17 par exemple doit évidemment se % W 4% hé (y lire dix-septième cahier de la cinquième RAS

  • Lea PAU faut, la date du fini d’imprimer, ou, à son Gé : care d) quand il y a lieu, c’est-à-dire pour nos pes 3 LEE à éditions antérieures et pour nos cinq pre- k Vars CAN | mières séries, la page du catalogue ana- ii uit LCI Ua lytique sommaire où ce cahier se trouve re Ve DACE ierre Hamp; — dix contes écrits dans le Nord; un brave à À _ homme; Follette; eoqueleux; un bon ouvrier; l’estaminet TA _d a Coq à Trois Pattes; une bonne âme; Buvons la bière du 8 … Nord; une ville riche; Sac d’Os; la plus grande canaille de 1 la terre (X-2, mardi 27 octobre 1908… deux francs NS NE 4 2 la peine des hommes; — marée fraiche (X-3, di

| ATEN « Buvez-en tous; car ceci est

À sept heures du soir, en juillet, les commerçants dela CE 1 ZA ruede Charleville sortaient s’asseoir sur le pas des CPR “ portes, car le jour baissait dans leurs boutiques et, sauf NEO f a es estaminets, personne, dans Hornis en Thiérache, ne de 4 vendait à la lumière. Accroupis sur leur marche de (a … pierre ou assis devant leur vitrine, les boutiquiers dirent MePeoe bonsoir aux gens qui passaient. Hi La rue de Charleville, route nationale n° 39 de HA Montreuil-sur-Mer à Mézières, descendait vers l’Oise. NL Le maire d’Hornis, marchand de vins et liqueurs, la ( d _remontait, gagnant son entrepôt signalé par une grappe & Cul de raisin dorée sous verre. Les vestiges des élections “ ; 2 lent aux murs des maisons, en titres d’affiches n : Ce M: Crissot, vins et spiritueux en gros, jouissait dela + … faveur des fonctionnaires et des gens établis. La Saiïnte- Le | Église le jugeait détestable et les ouvriers se méfiaient PR de ce bourgeois anticlérical. Il se tenait très droit, la Ft TA t ête haute; la maturité de son ventre indiquait quarante- we gen q ans et convenait à ses fonctions. Vêtu de flanelle … (u b anche à raies bleues, le panama en bataille, il allait { àp etits pas marqués du talon, le pied fier de ses sou- He …liers aussi jaunes que des pattes d’oie. A WA

la peine des hommes % es Fa | En haut de la rue fermée par les croisillons de fer du passage à niveau, roulait le train de Charleville. Les M coups de sifflet de la série de sept heures se ruèrent sur à NE ; le silence de la campagne comme des chiens furieux sur #: “à une lourde bête endormie. Les voyageurs, au pas hâtif k de gens heureux de regagner le gîte, animèrent la rue. A par leur défilé. On regardait avec curiosité les paquets ; qu’ils rapportaient. M. Abellé-Dusart, propriétaire du. 14 | comptoir commercial Hornisien, venait le premier. Son M élégance châtiait ses origines paysannes. Elles se retrou- De. vaient entières dans sa vigilance à garder son bien. On ti ne lui reconnaissait d’autre faculié qu’une prodigieuse 8 : mémoire des encaissements. De petite taille et mince de corps, il passait pour très influençable et un peu fou. : M. Crissot et lui s’abordèrent sans cérémonie, puis … à ; souhaitèrent le bonsoir à M. Lemouffre, boucher, car { mr. ils se trouvaient devant sa boutique. à SR Le travail au grand air, mais à l’abri des intempéries, M dans l’échoppe ouverte, donnait à M. Lemouffre le tent M superbe de la profession, rouge, sans hâle. Cet homme 4 qui tuait lui-même par autorisation préfectorale, souriait # à tout le monde et débitait de la bonne marchandise, | On en voyait la montre derrière la grille vermillonnée : = des aloyaux à la graisse jaune, du porc à la graisse 3 à blanche. Une tête de veau, mordant sa langue, une cra : vate rouge sur les poils bruns du cou tranché, égouttait du sang sur le dos rose d’un mouton entier. Les poids de cuivre et les plateaux de balance luisaient | sur le marbre blanc. 1: 5454 Une automobile montant la côte donnait de la trompe. EN M. Brizet, directeur de la verrerie d”Hornis, la condui- ‘7 sait. Il salua le maire et M. Abellé-Dusart qui parlèrent

de ses affai es. Ils changèrent de conversation au pas ss sage de M. Flapont, notaire, principal actionnaire de Fe jf; cette fabrique de bouteilles champenoises. Il recevait A A Ad e nombreuses marques de l’estime publique. M. Tri 4 card, le coiffeur, chauve, le salua avec des manières Nu, DEA. Le charcutier Lafont y mit plus de simplicité. Sans 12 0 uitter de l’épaule droite le coin de sa porte, il souleva AR | sa casquette de la main gauche. Il ne faisait pas les REG frais de la tenue traditionnelle et servait ses clients tête à | couverte, en bras de chemise. Li

  • M: Flapont gagnait sa demeure parmi cette déférence Lines gens établis que la fraîcheur gardait au pas des #0 ‘ Ÿ … Les forêts profondes autour de la ville chassaient une brise humide. L’haleine divine des nymphes craïntives ne | — venait, du lointain mystérieux, caresser les boutiquiers “ Trois couleurs enluminaient le paysage : le rougedes murs en briques, le bleu des toits d’ardoises et le vert _ perdu des arbres lointains. ANAL Se Le pays disparaissaïit sous la tempête de verdure \ 4 qui lassaillait de sa beauté, de sa fraîcheur, de ses Ê A l’horizon, les bois semblaient, au bord du ciel de satin, une frange de dentelle noire. Dans le ciel bordé dés à de deuil commençaient les illustrations en couleur du CRIE … crépuscule, mais un voile gris tiré par la brise cacha les N AE … belles images que le vent qui dessine et le soleil qui à Les peint recopient chaque soir depuis le commencement 14 ÿ A1} ne resta plus que, là-bas, derrière la masse d’arbres Fly

noire sur la terre noire, une clarté de lac limpide. La pe E lente nuit d’été planaïit, tel un oiseau immense dont le M bout des ailes éployées dépassait chaque horizon. Elle ‘a : s’abattait lentement sur la terre embaumée. Les lys des VA jardins se voyaient encore, blancs comme des lampes 1 parmi les plantes aux couleurs disparues. 1

Les clairons des pompiers, s’entraînant pour le N 14 juillet, émiettèrent brusquement le silence; puis on à entendit, comme tous les soirs, le piano de made- # moiselle Crissot. La musique, folle aux passages faciles, 1 s’arrêtait court devant les notes gênantes. Elle tâtonnait à un doigt et repartait. N

A dix heures plus un bruit. La petite ville dormait Fa S son bon gros sommeil de paysanne. Les fraîches odeurs ° de la nuit d’été occupaient la longue rue noire où deux # devantures d’estaminets semblaient des lanternes posées à au pied des maisons. Au-dessus des fermes souillées d à par le fumier des bêtes et des hommes jouait le souffle à profond des bois antiques. Encensoir de l’infini, la terre L: répandait ses parfums d’une étoile à l’autre. Il passait 4 dans le vent des baumes inconnus, suaves, venus peut- “à être des autres mondes. 4

Un conducteur de train rentrait du service, lanterne. W allumée ; le balancement de son bras éclipsait tantôt le d’A feu vert, tantôt le feu rouge. Évitant l’ombre noire au Ê pied des maisons, il tenait le milieu de la route dont la N blancheur le guidait. ’ mn

‘ Le silence se referma sur ses pas ainsi qu’une eau er. profonde sur le plongeon d’un caillou. L

Perds ta fortune; perds ton travail; perds ton espoir; 71

  • il te reste encore la joie de dormir. Perds ton sommeil, à tu es maudit, 4

“7 Je la nuit massive, une allumette flamba à un Ë pi Yi mètre du sol, éclairant deux faces d’enfants séparées va D per la longueur de leurs cigarettes bout à bout. Ils re- S Fr 43% Partirent, silencieux comme des chats, étant nu-pieds. EU La braise de leur tabac dansait en luciole près de terre. K 1 Apprentis de treize ans, ils réveillaient les verriers de } N

l’équipe de minuit. LT

_ . Au coin de la rue de la République ils crièrent : 1 40 Tournant par la rue Henri-Martin, ils appelèrent 2 | Leboin, puis Charlet dans la rue de Vervins. D’autres UN 0 appels d’enfants : « En route! » bien distincts dans le | a | calme absolu venaient des corons lointains. . # Cr En attendant minuit, les apprentis jouaient au bou- é 2 … chon sous la lampe électrique à l’entrée de la verrerie. k “Les monticules de charbon et les wagons en garage Fe n. dessinaient leur silhouette sur l’éclat du four éblouissant. i ñ — « Fainéants ! » dit Bourru qui arrivait, portant ses À litres de boisson dans un panier. Les enfants filèrent vers le feu. Devant douze ouver-

Pe - .tures crachant des flammes blanches aux fines pointes ; bleues, trente-six hommes maniaient des morceaux de d’étoile. Il faisait clair et ardent comme trop près d’un

Li astre. Les bouches ouvraient sur une estrade circulaire { en maçonnerie qu’ils occupaient formés en équipe de et | trois hommes par feu; leur place — chacun sa place 1e …. — marquée par un dallage en éventail, la poignée au au “ Les trente-six hommes et les vingt-quatre porteurs de MoUx sg. _ la coupe de quatre heures passaient le travail aux ! A trente-six hommes et aux vingt-quatre porteurs de la P£ Die de minuit. TAN

| la peine des hommes TS L’échange se faisait vite. Le soleil emprisonné dans Me le four ne sentait aucun arrêt parmi les bourreaux M | agiles qui le tourmentaient de leur canne de fer; la 4 tenant à deux mains, les cueiïlleurs en trempaient le ‘0 bout dans le verre liquide à la bouche du four. Ce sont 1 les plus bas ouvriers, dans la période de quinze à vingt 1 ans, entre l’apprentissage et le régiment. La canne mesure un mètre soixante de long ; il leur faut cin- À quante centimètres de prise. Avec l’allongement des : 3 bras pour gagner en distance et le recul instinctif de la ñ ‘12 MS tête, cela met la peau de l’ouvrier à un mètre cinquante 1 du feu qui chauffe à douze cents degrés aux ouvertures. M Ces hommes de quinze ans rôtissent vivants. On les £ 21 munit d’un écran de verre bleu pour abriter les yeux, | ‘4 mais ils doivent en tenir le support entre les dents. M Serrer les mâchoires leur est une fatigue. Ils simplifient ‘1 et donnent leur figure nue à la caresse des flammes. “4 Les pommettes brûlent, une croûte rouge les cicatrise. 11 De la viande au même point — « à point » — serait M A six mètres du four, au bord de la « place » tra vaillent les deux autres hommes de l’équipe : le souf uw fleur et son aide, le « grand garçon ». L’espace réduit “4 rend dangereux l’un pour l’autre ces trois ouvriers por- ‘10 tant du feu. Le cueïlleur tient haute sa canne pour ôter ES. la charge de flamme de la proximité des gestes voisins. ‘4 Il la guide afin d’éviter aux autres et à lui, tous presque 4 nus, le danger des bolides précipités de l’étoile qu’il M porte. Cependant des brûlures terribles couchent parfois “M à les hommes. C’est le risque normal du métier. La canne 1 rafraîchie au-dessus d’un bassin de fer, passe au grand 4) garçon qui « marbre » le verre sur une pierre polie, on

scellé en plan incliné au niveau de ses pieds. Vêtu 1e

d’un pantalon de toile et d’un tricot sans manches D collé à sa peau par la sueur, le jeu de son corps maïgre Al e mp oïe tous ses muscles. Les pieds tenant bien le sol, sl le corps un peu en avant, son buste suit le rythme des FHUARN bras aux coudes soulevés tour à tour selon une oscil- É J \

. lation de balançoire. Ke Au bas bout de la canne qu’il vire par son extrémité f oïde, le verre rouge parcourt le marbre poli. Il faut 1 du soin à ce travail de serrer la pâte. Si des souflures SEAT _ y demeurent, la bouteille moins résistante à la pression ss du vin mousseux est disqualifiée et le salaire de l’ouvrier | Ur “baisse. Pour les sept cents à sept cent cinquante bou- de teilles que léquipe de trois hommes fabrique dans sa ÿ “coupe de huit heures, la solde calculée sur la quantité Ne s’élève avec le nombre de premier choix. 4

| _ Refroidi sur le marbre, le verre blanc devient rouge, 1 pu puis se voile d’une pellicule brune qui arrête l’éclat de ! ju Ja masse intérieure encore liquide. L’homme embouche À fe “la canne : les épaules soulevées par la mise en garde 1 ie | des poumons, la tête arrondie par le gonflement sans \ de merci des joues, il envoie un soupir forcené dans la Se 14 pâte brûlante dont la forme allongée gonfle en ventre ê … d’amphore. 11 ne donne qu’une haleine, « fait un trou » 4 dans le verre. Le souflleur met aussitôt ses lèvres au À bout sucé par son aide. C’est le maître ouvrier; pen- ; 13 Le ant huit heures il soufile, il souffle. La force d’une 1 _iempête sort de sa poitrine. Sa tête branle pour suivre RES la canne que ses mains soulèvent afin d’appuyer par ÿ 4 secousses successives — en même temps qu’il la gonfle Et: “la bouteille dans le moule posé à ses pieds. Tout me homme travaille, durement. RU

la peine des hommes A es

Le porteur prend la bouteille finie dans une douille en fer à long manche, y trace à la craie le numéro du H. souflleur et la porte aux fours à braise, alignés dans un, long couloir. On en chauffe un par huit heures. Les. -S bouteilles d’une même coupe recuisent ensemble. Si elle | prend le plus proche, les porteurs font moins de pas : ‘4 et moins vite. Quand l’alternance donne le dernier, ces M enfants de treize ans courent trente kilomètres. S’ils ne | K trottent pas, le soufileur attend. Cela vaut des gifles. 4 Le travail étant payé aux pièces, le ralentissement d’un M des ouvriers dans l’équipe soudée à quatre hommes: cueilleur, grand garçon, soufileur et porteur, diminue le 3 + gain de tous. 5 Ils touchent par cent bouteilles de bonne qualité : les M souflleurs, deux francs quarante-cinq; les grands M garçons, un franc vingt; les cueilleurs soixante-quinze 3 centimes. Leurs salaires tiennent entre treize et quinze francs ; sept et huit francs ; quatre et cinq francs, après 74 le tri des bouteilles disqualifiées. Trente sous par jour 4 pour les porteurs. É La Direction donne une prime d’assiduité de vingt À francs pour vingt-neuf jours de présence, de dix francs ÿ pour vingt-huit jours. ‘4

Devant l’incandescence du four durait toujours lapo- D: théose des trente-six hommes en lutte contre le feu effrayant, ouvrant sur eux ses douze gueules de M flamme. Les claires-voies levées autour du chantier invitaient la caresse de l’air sur les verriers brûlés. 4 Sur l’horizon en face du four des astres clignaient. # F

Les cueïlleurs tenant hautes les flammes de verre, sem2 +0

blaïent venir, du bout de leur canne, de décrocher des pe mon des. à je 200 Bourru soufflait à la place numéro quatre. Un tricot Re 1 a b eu, sans manche, déteint par l’usure des lavages au : ù savon vert, le décolletait aussi bas qu’une dame du ; . monde bien faite. 4 “La peau des joues, gonflée à craquer depuis les pau- £ pi ères jusqu’au menton, doublait la grosseur de la tête 2 _ aux cheveux ras. Dans la face pourpre les yeux noirs ÿ.

  • luisaient, enflammés par l’effort. Du corps de l’homme À _naissait un ruisseau de sueur qui mouillait le sol. R Après dix bouteilles, il buvait un coup de tisane. Il

…absorbaïit un litre par heure, huit litres dans sa tâche; il les rendait en transpiration. La boisson leur est une 4 _ grande dépense : les cueïlleurs à quatre francs par jour Ca _ usent quinze sous de rafraîchissement. Fo Cholet, à la place numéro cinq, buvait seize litres, di deux par heure, de bière claire, un lavage de houblon ta qu’il fabriquait lui-même. Cela ne l’aidait pas à grossir. 2 a uinzaine, chez les mal ordonnés à court d’argent, con- HE EVENE Pisi tait à l’offrir aux ménagères pour faire la soupe. Bon |

ouvrier, la poitrine creusée par quinze ans de métier, on comprenait chez cet homme desséché par le vent ÿ … éternel de ses poumons, le besoin de la pluie de. | …. Elle passait en lui comme en un filtre; avalée fraîche, GE elle ressortait tiède par tous les pores. ê _ Onhi reprochait de porter plusieurs jours son tricot | _ lessivé de sueur et, par cela, de sentir mauvais. Les

Ki jours de paye, le caissier, peu accoutumé aux relents de j

« toute cette chair humaine cuite, recuite et brûlée — :

la peine des hommes

peau de sueur, peau de senteur — reniflait son approche

dans la file des ouvriers. Il préparait son argent sur ses M fumées et l’appelait « l’Os qui pue ». 5e A Cuvillers, son grand garçon, changeait de linge 714 chaque jour. Cette belle tenue indiquait les qualités ménagères de madamé Cuvillers qui lessivait deux fois He par semaine trois cottes et trois maillots. 4 À Tenir un homme propre crée du travail, surtout 5 aus quand il use tant. Dur métier pour le mari, dur métier M J pour la femme. Lorsqu’il part à minuit, elle se lève À 4 pour cuire, préparer la boisson. Le matin, au retour, il. à | trouve encore la nourriture chaude. Les enfants, de treize ans partent avec le père. Les Verreries trouvent F3 difficilement des porteurs en dehors des fils de verriers: f 4 Pour gagner trente sous, ils obligent la mère à quitter uw le lit. Leur nourriture de nuit compte en plus dans le 4 ménage. On préfère les envoyer aux filatures avec une” ‘1 \ gamelle de café et un sac de tartines. Ils reviennent le à soir et ne dérangent pas le train de la maison. C5 Les verreries embarrassées prennent tous ceux des A familles autour de l’usine, à dix ans, onze ans; ils mont pas treize ans, mais ils les auront. Les maîtres verriers a d: disent : « C’est provisoire ». M. Briset aflirmait que la fréquentation de l’école ruinaït l’avenir de l’enfant. Il y ‘4 perdait pour son métier un temps qu’il ne rattraperait 5 : plus. On ne devenait pas verrier si on commençait | | après neuf ans. : 10 Processionnant comme des fourmis depuis la place #4 des souflleurs jusqu’aux fours à recuire, ils battaient la … ; terre de leurs pieds nus, rapides. #4 Sur leur front plissé pat la résistance contre le som- M meil siégeait une gravité d’ancêtres. °°

_ Enfants bien bordés, enfants bercés, enfants qui avez di : le « Notre-Père », dormez, beaux enfants, dor- ‘se vu : mes; il est deux heures du matin. NAT ‘71 Le bruit des cannes raclant le bord des cuves ani . maït la nuit. Quelquefois, l’appel rude d’un grandgar- { 114 à Re retardé par le cueïlleur ou la colère d’un souflleur : : ‘40 _ contre un enfant ralenti. 1: AE … De sa maison enclose dans l’usine, à cent mètres du voa ds! _ four, le directeur s’assurait de l’activité du travail au “20 1 xN 1 î M uit des coups de voix et de barres de fer de l’équipe ë io en bataille avec le feu prisonnier. FA Ne = Sur les têtes des trente-six hommes mouillés à grande À ju hi sueur gravitait l’univers des planètes élevé par les por- FU A travers les claires-voies, la campagne humide Ti We oufflait sur les hommes épuisés la fraîcheur d’un beau Ni matin. Les enfants aux pieds usés accéléraient encore A _ leur marche vive. La vie revenait, et le jour. L’aube RU _ déchirait sur l’horizon le bord de la nuit et de ses “ui

  • mains lentes voilait une à une les étoiles soudain pâlies, comme peureuses à son approche. 1 NE ÿ Quatre heures du matin. Le travail cessa; vingt me DA | nutes de repos coupaient les huit heures. Amoureux du Fa 4 froid, mais prudents, les ouvriers fermaient leur paletot : “ARE sur leur poitrine inondée avant de s’asseoir sous les ou- ia ) Les souflleurs ne mangeaient pas : souffler après 44 avoir mangé fait vomir. Ils buvaient. Charlet renversait “RE _ dans sa bouche un litre où la boisson soulevée battait Root … le verre comme un torrent ses roches. Les enfants mor- OR . daient dans leurs tartines à trottoir : sans beurre sur LA x _ les bords. NU

FPT la peine des hommes “ere 4

A l’entrée du couloir des fours à recuire, un tout petit “ s’endormait en mâchant; sa tête raclait la terre chaude, ‘4 comme s’il cherchait un creux d’oreiller. Des poignes É dures le mirent debout : « En route! » É

‘ Les trente-six hommes retournèrent à la flamme. Les joues rouges de force. Et les petits va-nu-pieds reprirent 3 le pas de charge vers le fournier qui montait sur la braise rouge ses piles de bouteilles chaudes. Le char- | bon de bois, planchéiant le four à recuire, clignaït brun sur rouge. La bouche, voisine du sol, obligeait les enfants à se baisser pour entrer leurs bouteilles. Le fournier accroupi les alignait, mettant un genou à terre quand il allongeaïit le bras pour atteindre le fond du four sans cheminée dont il aspiraït, huit heures, le refoulement d’acide carbonique. Beau gars, les muscles pleins, on ne l’aurait pas cru ouvrier de grand feu sans son teint livide.

Le jour grandissaïit vite. On voyait bien maintenant, dans une pâture en face des claires-voies, six vaches blanches couchées dans l’herbe mouillée. Immobiles à cette heure sans mouches, elles tenaient leurs vastes yeux calmes vers le tumulte des hommes privés à jamais de leur paix parfaite. 3

La limpidité du matin faisait paraître noirs les peupliers en pèlerinage sur la route de Charleville où grin- çait la ferraille rouillée des instruments aratoires. Des femmes dépeignées par le sommeil venaient sur les portes montrer les horribles figures de l’humanité qui saute du lit.

Les ouvriers de cour, entrant à six heures, déposaient : dans des coins familiers des gourdes en terre et des

| bidons émaillés de bleu. Payés quatre francs par jour, ‘#4 48 _ ils accomplissaient les travaux accessoires de la verre- fe : 50 rie : cribler le sable, décharger le charbon, emballer - fn #1 les bouteilles et entretenir le poulailler du directeur. ë 114 Les ouvriers d’état : Le forgeron, le menuisier, le maçon. à AM allaient droit chacun à sa forge, son établi ou son chan- ; ‘5 tier, leur besogne étant indiquée dès la veille et assurée ; R: pour plusieurs jours. -

Re. M. Berteaux, le chef de cour, distribuait du travail Î

ê p. La porte du directeur claqua. M. Brizet, maître ver- ù Ps … rier, frais levé, bouclait la ceinture de son veston de NS: … chasse en haut du perron de quatre marches. Les embalDe leurs le saluèrent. Il toucha sa casquette de drap ornée 30 - directeur : M. Tavaux, ingénieur civil, vêtu sans linge ‘4 . apparent, un foulard au cou et des pinces de bicycliste ve Si, au bas du pantalon. Il était d’une activité bien récom- à pensée par M. Brizet qui, se réservant la partie commer- —___ ciale, quittait souvent la verrerie, au grand bénéfice 4 -_ augmenter la clientèle. M. Tavaux parla d’embaucher des relais. La forte chaleur abatiait les équipes de jour: à va la veille, la coupe de plein soleil, décimée, avaït laissé 1 Huit heures. Les mêmes ouvriers arrivaient, sans joie : “À . devant la tâche redoutable de travailler à un feu de |: . douze cents degrés sous le midi de juillet. y +18 Deux hommes les suivaient sans assurance, le pas We. craintif dans la maison dont l’inconnu les repoussait.
… M. Tavaux leur fit signe. Ils approchèrent : « On em- ;

NE la. peine des’hommes “PP NN ne | — « Qu’est-ce que vous savez’faire? » à EURE a plus d’ouvrage. Li, c’est mon grand garcon. V’Ià les. Pau ‘4 Pal M. TavaËx tenait sur les deux hommes son regard las 3 k méfiant de fils de paysan. L’orgueil de l’instruction 4 ke reçue chez Les frères de la doctrine chrétienne ennoblis- 7 f sait son visage au menton épais. | 3: PAC | Les deux nomades, dominés par son silence, détour- + x nèrent leur figure blémie au grand feu et regardèrent À longtemps la chaîne de montre de M. Brizet ornée d’une. a — €On vous prend, dit M. Tavaux, comme relais; ? Se

: . c’est quarante sous par jour et le logement. » ; f #1 UN M. Berteaux, chef de cour, conduisit Lecat souffleur de He 4 Quiquengrogne aux corons où la verrerie logeait ses 4 ‘40 ouvriers. Par une brèche maconnée dans le mur d’en- A (à ceinte, les verriers passaient de l’usine à leur quartier: … Ho, une grande place clôturée par les corons de briques, … À ti F semblables à des haillons de maisons. De pauvres Pl Va arbres poussaient mal dans la rude camaraderie Ve de durs enfants lanceurs de cailloux qui cassaient | ‘4 à M. Berteaux mena Lecat aux habitations longeant le * (4 . talus du chemin de fer, les moins recherchées. ‘5 La trépidation des trains secouait les murs minces ét cassait les assiettes à deux sous dans les buffets de bois n. È blanc. Sur les dents de scie de la clôture en traverses A du chemin de fer égouttaient des pots blancs, des mar- ‘4

mites bleues. Des maillots de verriers séchaient surdes “M

fils de fer. ; | à

; La marmaille, passant par les brèches de l’emprise, ” ‘3

à se poursuivait le long du caniveau d’assèchement dont 9 lherbe folle cachait le filet d’eau noire.

10 Le partage des jardins utilisait le terrain libre entre : les maisons et la clôture. Exactement, chacun en avait ‘à aussi grand que la paire de draps de son lit. De la terre noire et dure comme une route des mines sortaient À les choux malingres : quatre feuilles sur un bâton. ; Un parc de jeunes carottes en retard étendait son tapis

k, La trace du pied des marmaiïlles, égalant le cheval . d’Aitila, se voyait aux places où plus rien ne poussait. à Lecat regardait un lopin dont le précédent locataire ù avait arraché tout. La mauvaise herbe ne voulait pas y 1 — « C’est votre jardin », dit M. Berteaux.

à — « Oh! Verat ! dit Lecat, un jardin! »

ÿ — « Et voilà votre maison. »

4 Au rez-de-chaussée la cuisine et une chambre, deux { autres pièces au premier. On cria sous la fenêtre :

h — CEh ! Lecat ! C’est-y ta place! »

ñ — « Oh! Verat ! dit Lecat, c’est Beaube ! »

1 Il amenait les meubles sur une brouette : deux ballots ’ dans des draps noués à grandes oreilles, un sac de jute ! bossué de casseroles et trois chaises en bois blanc.

< “ Madame Lecat poussait une autre brouette. Son À mobilier paraissait plus luxueux : le zinc doré d’une à suspension crevait un journal. Elle peinaït, les bras “.. tirés par les brancards qui glissaient de ses doigts ÿ engourdis. Madame Beaube portait un petit Lecat. Bien ( D tranquille, il regardait tout, la bouche ouverte et les 1 … sourcils tellement hissés qu’on craignait de les voir se boucler en O majuscule. Madame Lecat lächa

la peine des hommes lt URSS les brancards et respira, grandie par la pose du fardeau. (à Les femmes des verriers se parlaient à voix basse ou i souhaitaient le bonjour aux arrivants. — Et d’à que vous venez? » 1 — « C’est ça vos meubles? » dit M. Berteaux, mar- 5 quant sa supériorité d’homme muni d’armoires dont 4 une à glace. La coutume des verreries crée l’incurie du ménage. | Elles garnissent le logement de l’ouvrier. Il vient les Il fallait tout renouveler, l’ancien locataire laissait la maison dévastée comme le jardin.

  • — « Verat! dit Lecat, en ouvrant le buffet de la cuisine ; il se chauffait au bois. » La cendre des étagères emplissait le foyer. | La toile des draps de lits neufs, découpés en « chaus- | settes russes », pourrissait dans les coins. Il avait tout da vidé, sauf la fosse. Elle débordait. On devait lui retenir deux francs de vidange, mais il ne les possédait pas. 1 IL vivait d’acomptes, donnant chaque quinzaine un | prétexte pour obtenir plus que sa paye, et se trouvait F. toujours en dette de travail. Il devait aussi de l’argent à aux estaminets. La débauche soulage ces hommes mis : à bout par un labeur forcené. La frénésie du bon ; moment compense la vie trop dure. à Géants de fatigue, géants de bombance. Une demi- ; pièce de vin leur dure huit jours. La semaine suivante, ils se privent, souffrent et s’abîment. A côté du désordre des nomades, les ouvriers séden- : taires capitalisent. Paillier, le concierge, qui souffle à depuis vingt ans à Hornis, possède deux maisons à un é

D étage. Ii les loue chacune dix-sept francs par mois. Il $ 4 …._ travaille encore pour que ses deux garçons ne soient a +0 pas verriers. LE —« lis ne feront pas de bouteilles, ditil, j’y ai eu a 11 Certaines verreries renoncent à loger les ouvriers ; nm ïls abiment les maisons; on est à leur merci. Les Ë fr 14 congédiés refusent de quitter les lieux; ils ne savent ) “où aller. L’inertie est la puissance des faibles. Que ta ‘4 « faire contre l’homme qui se couche par terre et ne < ré _ bouge plus? à ÿ cé — « Maintenant, dit M. Berteaux, vous avez droit à ? 5 . deux brouettées de charbon par mois, trois en hiver, à L vingt sous l’hectolitre. Si vous en prenez plus, c’est au 1534 —.… prix de revient: trente-cinq francs la tonne. Vous en # … Des femmes guettaient son passage; la plus hardie vint droit lui parler; les autres jalouses accoururent et ; È - toutes en même temps réclamèrent des réparations. : . — « On verra, » dit-il en marchant plus vite. Dans l’arrière-cour, les chauffeurs jetaient de haut de “4 … leurs escarbilles. Des femmes grimpaient à genoux le _ monticule noir, en pic sous le point de renversement Ë des brouettes. Elles triaient les bribes de charbon

  • échappées au feu. La verrerie leur paie dix sous le ; “ sac. Un chiffon noué sous le menton garantissait leurs
  • cheveux de la poussière noire qui masquait de ténèbres leur visage farouche. Des marmots les aidaient, un peu Ë trop petits encore pour s’embaucher comme porteurs. 4 … Accroupis sur le calvaire de cendres, ils cherchaïent F leur vie du bout de leurs doigts écorchés. : Ke Le chef de cour passa par la chaufferie où il salua F8

Yo la peine des hommes Re A 4 M. Brizet en conversation avec le receveur de lenregis- É | trement. Ce fonctionnaire, venu pour une réclamation 4 du directeur, était curieux de voir la maison. 2 — « Nous fabriquons le gaz pour notre four à réver- 4 bère, disait M. Brizet, avec de ia houille de Chocques, 4 ; de Nœux, d’Hénin mélangée à du charbon belge de ë A Flénu ou de Mons. Nous brüûlons cinq cents tonnes par ne mois. Voilà nos six foyers. » ? A Des ouvriers à quatre francs par jour, fardés de « < poussier, piquaient le mâchefer des grilles avec de Es, longs ringards qu’ils retiraient rouges. La flamme re foulée venait à eux avec une fureur d’amoureuse. te) ce M. Brizet mena son visiteur voir fondre le sable. La “4 chaleur promise aux damnés régnait devant la paroi blanche où la porte de l’arrière-four ouvrait son grand œil. Deux maçons, les mains couvertes de moufles en à foin, replaçaient les briques descellées tombées du bat- L tant de fer. Le premier, pliant le bras gauche devant sa figure, posait sa truellée de ciment et se sauvaït les cils … i) grillés; l’autre grillait les siens en posant la brique. Au souffle qui lançait la flamme par les joints de la porte on prévoyait la puissance du volcan fermé. Le fournier l’ouvrit. Des bonds de feu la franchirent, les 4 uns par-dessus les autres, chiens aux yeux rouges de è la meute du diable.

Le receveur de l’enregistrement aveuglé, recula. L’air ; torride séchait les poumons des hommes à la peau brûlée. Le fournier remplit d’alliage à 8o 0/0 de sables ; une bassine de fer. Tournant l’appareil sur un pivot, il X le chavira au milieu du four. à

— & Voyez, disait M. Brizet, la réverbération du gaz au-dessus de la masse en fusion est établie pour obte-

nir quatorz e cents degrés au milieu du four et douze 1 50 j cents aux bouches de travail. Le four mesure seize à _ mètres de long, neuf de large et deux mètres cinquante oi À _ de profondeur. Il contient deux cents tonnes de verre. » LR On ne distinguait qu’une masse de feu sans relief:le 110 soleil à midi. Les yeux s’accoutumant, on remarquait #0 peu à peu l’apparition d’une blanche colline de sable au milieu de la fournaise blanche. Tout autour, le lac 10 it ke de feu coulait vers les bassins des ouvertures où lon À 8 | voyait, en se baïssant, plonger les cannes des cueil- Le 15 Les deux maçons, coupant leur ingrate besogne, 210 … s’assirent au coin le plus aéré, auprès de la femme du LINE fournier, venue lui apporter son diner et de la boisson je RE a raîche. Vieille et souillée de charbon, elle quittait le tas Ë +5 0 _ d’escarbilles et allaït y retourner. j 1 118) f 4 _ Matton, dit « Le Muet », enfournait le sable depuis pa 1j #

  • onze ans. Il en avait quarante sur ses papiers, beau- 41 qe oup plus sur sa mine d’homme au métier terrible. Ces ” fi | messieurs le gênant pour pelleter du côté du mur, il se jui De . mi de dos au feu; ses guenilles roussies fumaient. Il 5% a. gagnait six francs par jour. PAS . Is arrivèrent au soufllage pour voir bouler, tête pre- RS ; _ mière, Mondrot, un porteur sorti hier de l’école du KV 4 v age où on lui avait appris que le travail rend heu- f 6 Û … reux, Trois petits camarades le portèrent sous le han- KR #4 »gar où l’on criblaït le sable. Le sang d’une écorchure 1480e _ coulait sur sa figure noircie dans la chute. Il dit : \ \ à _ Ji le firent boire, puis coururent vite rattraper leur NE De Le soleil brüûlait le toit au-dessus des ouvriers. Pris L

la peine des hommes LT entre le feu du ciel et le feu du four, ils étouffaient. Dans les rues, les gens cherchaïent l’ombre. 3

« Relais! » dit Ronsin, le numéro huit. Il quitta la place et rejoignit dans la fraîcheur du sable le petit Mondrot qui buvait de l’eau froide. : i

— € Ça va mieux? dit Ronsin. C’est dur, hein, petit gars? Si tu avais pu entrer au Télégraphe, comme mon neveu que son père est cantonnier, tu aurais eu moins de mal… Tu peux marcher maintenant? Va t’en me quèrre dix sous de genièvre, l’en auras une goutte. »

Pourquoi Mondrot était verrier? Parce que son père était soufleur. Quel enfant choisit son métier? On leur

Un relais prenait la place de Ronsin. La nécessité de ces ouvriers de réserve prouve la grande dureté du métier. Malgré l’entraînement, les hommes tombent.

Les relais doivent pour deux francs par jour la pré- sence au logis pendant la durée de travail de leur équipe. Ceux de la coupe minuit huit heures, dorment,

À peu souvent requis et passent leur journée à la pêche. Ceux de l’équipe de jour, en été, ne suffisent pas; le feu les abat après les souffleurs ; il faut des relais de

Appelés, ils ajoutent à leurs deux francs le prix des

Un porteur s’agenouilla devant le receveur de l’enregistrement et de sa casquette lui brossa les souliers. C’est la manière traditionnelle de demander le pourboire.

M. Brizet reconduisait son visiteur. Ils traversèrent la cour chauffée à quarante degrés. Elle semblait si fraîche au sortir du four qu’ils ne cherchèrent pas

l’ombre du bord des hangars. Ils évitèrent les wagons ‘ de charbon d’où les déchargeurs faisaient sortir des É —. — « Vous recevez tout par chemin de fer, dit le rece- : veur. Le voisinage d’un canal vous libérerait du rail. » s ë M — « À la création de la maison, en 1662, par Henri < “dé Lorraine, on fondait au bois. Les premières verreries ; , appartinrent à la noblesse propriétaire des forêts où MOD el e chassaït la grosse bête. C’est pourquoi nous sommes $ | “nombreux dans cette région boisée. Maintenant que x “nous employons du charbon au lieu de bûches, nous : : pr éférerions nous trouver sur un canal. » dE …— « À en juger par aujourd’hui, que devait être le % métier, du temps de Henri de Lorraine! » * DE « Très dangereux, puisqu’il en était anobli. Mais tk es gentilshommes verriers qui l’exerçaient sans déroger #7 ne se brûlaient pas à leur braise. Les ducs de Guise D ont jamais soufilé de bouteilles… et je n’aurais pas ia vo alu travailler chez eux. On fondait dans des fours à oufles que nos très vieux ouvriers ont connus. On appe- î Ja les hommes dès la fusion prête et ils souflaient tant | “qu’il restait du verre dans les pots. Cela pouvait durer D à ouze heures. quinze heures. Il fallait marcher. On ne …_sait pas trop ce qui se passait. Quand les soufileurs finissaient, les fourniers revenaient et recommençaient Fu 1 « Encore, il y a trente ans, on réveillait aussi bien les ; :

  • ouvriers à dix heures du soir qu’à trois heures du matin. É L’homme venait prendre la canne pour un temps dont \ ER . il ignoraïit la durée précise ; elle dépendait de la quan- VU L té de verre, du nombre des soufileurs, de leur activité. à — « Le four à réverbère, permettant une liquéfaction Me

_ la peine des hommes DEN 1108 continue, a régularisé le travail. Nos coupes de huit heures avec relais sont la meilleure organisation pos M

sible. Et l’ouvrier gagne. » le — « Mais la fabrication n’a pas beaucoup changé. | C’est toujours l’homme qui souffle. » de

— « Le soufflage mécanique est trouvé. Il faut en dire à du mal. La machine mettrait la fabrication à la portée de tous les capitalistes. Les ouvriers n’en veulent pas 4 non plus; leur habileté manuelle serait annulée, leurs | salaires réduits et la rapidité de production entraînerait $ | des chômages. KT Des machines fonctionnent cependant; même à Albi. si à la verrerie ouvrière, mais pas encore dans notre Le branche. Le métier est bon. Ne le gâtons pas. » À M. le Receveur prit congé. Il était onze heures. Le 4 1 relais de Ronsin, mal entraîné, quitta le feu. Ronsin Sy AR remit, fier des forces neuves de ses dix sous de genièvre, # mais l’alcool flambait dans sa tête léchée par la flamme « \ du four. Il tomba, la langue tirée comme les chiens qui $ cherchent l’eau. Deux grands garçons l’enlevèrent. Et, le bout de ses doigts raclant le sol, le portèrent au ‘à | plein air dans un coin d’ombre. 1 Sitôt posé à plat dos, il vira sur le ventre et, travaillé 3 par un tournis de délirium, se mit à faire des culbutes. } On plaça Mondrot de garde pour lui garantir la tête: à l L’enfant effrayé se garait des coups de pied et tendait, M à bout de bras, des sacs vides sous le crâne de Bi La fatigue, menant sa lourde charrue sur le visage du

petit, traçait dans la plaine de ses joues maigres un M

| Au fo il ,les équipes brisées sans cesse par la demande À 4 de relais n’avançaient pas le travail. L’air manquait \ 1 aux poumons des hommes. On ne pouvait plus respirer, AE il fe lait souffler. Des ouvriers faisaient trois bouteilles, “1 se sauvaient dans la cour, gonflaient leur poitrine et F4 1 ven aient la vider dans trois autres bouteilles. C’était 4 fe ï … Les pieds souffraient sur les dalles chaudes où chaque “ol homme marquait sa place par la sueur tombée de son A cor ps: Les cannes changeaient de bouche, sucées par \ à « 0 le souffleur, par le grand garçon, par le relais.Laconta- ie gion des maladies est assurée. Aucun examen médical ne des ouvriers. ae Les anciens demandent simplement au nouveau : : Be. CUT’as pas la vérole au moins ? » NA 3 À onze heures et demie, six places restèrent blanches. pu ti Les hommes se groupaient autour des bassins d’eau | 14 tiède où ils rincent leur sueur en fin de travail et, les AL deux mains tenant le bord, y enfoncaient la tête. “318 i b ll restait à quelques-uns la force de rire et de claquer : 100 le derrière du camarade en plongée. Le coup portait LR bien sur la chair suante. L’homme touché ruait au ; 1 hasard, envoyant haut son pied nu. 4 d … Les six équipes demeurées entières se déboîtaient : X à l’une après l’autre. Les ouvriers vaincus quittaient le Li L’effort de soufiler tendait sa ceinture. On sentait en di. lui la puissance d’animer un feu de forge. Sobre, il AC A tre mpait ses lèvres dans le coco fourni par la maison et 1 avalait très peu de boisson, qu’il filtrait lentement entre à ” ses dents serrées. 1 Ke midi, il prit ses vingt minutes de repos. Des ouvriers ju :

la peine des hommes er entraient à l’estaminet du Bout du Monde tenu en | face l’entrée de la Verrerie par Charlier qui vendait de M la bière d’Armentières amère et de la bière de Charle- M ville plus douce, au goût des gens du Nord ou de l’Est. Les verriers blémis tenaient dans leurs mains rudes les grosses chopes de verre blanc pleines de bière sans À mousse. Las, ils s”appuyaient des deux coudes sur les
tables vernies; la fatigue écrasait leurs épaules de son pied de plomb. La chaleur de leur corps attirait les M mouches. Ils se taisaient et léchaient sur leurs lèvres, à coups lents de leur langue épaisse, le sel de leur transpiration. Charlier rangeait ses litres multicolores derrière son A quatre heures, les hommes de la coupe fraîche prirent la besogne. IL ne restait devant le four que quatorze ouvriers sur trente-six pour la leur céder. M Étourdis de souffler, la tête vide, leurs yeux luisant de : “fièvre voyaient trouble. Ils descendirent et, se mettant nus, lavèrent leurs corps brûlants dans l’eau tiède | qu’ils battaient de leurs mains dures. Sous leur peau fumante, les os apparents indiquaient bien le dessin du squelette. Le mur noir forçait la lividité de leur chair nue, blême des pieds aux cheveux, couleur # cadavre, sauf les deux cicatrices rouges de leurs pommettes brülées. Une horreur venait de l’ombre remuée par la blancheur de leurs gestes. Le bourreau rouge À manquait dans ce groupe de suppliciés. j M. Rambaud, le chef de fabrication, surveillait la M mise en train de la coupe fraîche. Il alluma sa cigarette M à une bouteille chaude et fit le tour du chantier, souf- ; flant sa fumée à grosses joues par habitude de verrier. 36 24

4 | Vieux routier habile, plein d’expérience directe, il 5 con naissait l’augmentation de force des hommes qui ES —. sympathisent et composait les équipes de caractères à | assortis. Il n’assemblaït jamais à un souffleur le fils de %

  • son voisin, car de porte en porte les femmes aiment il
  • nourrir des querelles que parfois les hommes sou- ù IL entretint M. Brizet et M. Tavaux de la répa- *: ration annuelle du four, arrêtant huit jours la fabri_ cation. : —« Le moment est bon. Le travail ne rend pas. Il FER _fa it trop chaud et il ne fera pas plus chaud; nous avons eu quarante-deux au soleil, la température maxima de . l’année dernière. » < ne Un ouvrier le cherchaït pour ouvrir un four à recuire. “ Ho n les fermait au cadenas, une aération maladroite ou tr a malveillante avant les sept jours de recuisson perdant la 2 “ES Chauffés à neuf cents degrés, leur température éga- ‘ lait celle de la bouteille apportée du soufllage et cueillie _ à douze cents degrés. Il reste trois cents degrés dans > . les manipulations. ete nm. Une équipe vidait un four refroidi. Les bouteilles en SE …. sortaient, présentées de fond par un homme dont on ne L Ë | voyait que les mains. Il arrivait à celles des derniers € “rangs encore tièdes. Incommodé par le carbone couvé _ dans la chambre sans ventilation, sa tête blême venait : _ parfois respirer au bord de la trappe noire. 5 ‘2 Le plafond bas lobligeait à perdre un tiers de sa CE “taille, les genoux et la tête appelés vers son ventre. Il 1. LE e contractait pendant des heures dans le malaise de PET _ l’air empoisonné. :

FA à la peine des hommes Mes + Fi Hors du four, un homme prenant les boutitiée | dues les mettait en brouettes roulées au magasin où DS | a M. Rambaud vérifiait le poids et la contenance : trente- 2 | | deux onces pour quatre-vingt-deux centilitres. | Des ouvriers les miraient, mettant au premier choix : é 4 | trente-six francs le cent, celles sans bulles ni plis; les francs, selon l’importance des défauts. a D 4 | Le prix de revient étant le même, ie maître verrier ER cherche d’abord à vendre le stock de bouteilles riches 2 se aux grandes marques de champagne, très sévères sur ÉS: Rs l’achat de leur verrerie. es . M. Brizet y excellait. De janvier à mars, mois précé- 1e

  • dant la mise en bouteilles de printemps, il expédiait quarante mille champenoises par jour à Reims et Éper- 2 nay où il se rendait deux fois par semaine placer lui- 226 % même la marchandise. =*à 2 Après preuve sur échantillons de sa résistance à Ia presse hydraulique, la fournée alla au stock empilé tout autour de la verrerie sous des hangars de briques dont le mur d’enceinte formait le fond. Les hommes de FREE les bouteilles quatre par quatre avec la grande habi pes leté des gens accoutumés à tenir toujours un objet de.” même forme. Puis l’équipe de huit emballeurs à quatre. © | francs par jour plaçaient sur du foin de marais douze. S: cent cinquante bouteilles dans chacune des harasses de : 3 | __ bois peint en vert dont les barres portaient en jaune: + | M. Berteaux jura en découvrant une champenoise | se premier choix mouillée de bière. Les maisons de cham- De | pagne, très vigilantes à n’utiliser que des bouteilles |

vierges, re nvoyaient celles empruntées par les ouvriers Me pour leur boisson. ARE 1 : De À qui? » demanda M. Berteaux, furieux de ce CR délit très surveillé. Et … Us s’affairaient à leur besogne, secouant des poignées Re de foin, en gens qui n’avaient rien à voir à cette affaire : rs et pas de temps à perdre. M. Berteaux brisa la bouteille É sur le monceau de déchets à refondre. F 5 e On chargeait, sur lembranchement particulier de la Et _ verrerie, deux harasses par wagon au moyen d’une grue ADR dont la réeue à rochets cliquetait sur le silence des # ie | M . Berteaux partit faire l’expédition de dix wagons à RE “différentes marques de champagne, dont quatre à la e maison Hartmann à qui M. Brizet fournissait chaque | a année cinq cent mille bouteilles. A | De enfants de l’équipe de nuit arrivaient de La ve “ Capelle et de Neuve-Maison par le train de sept heures. # de IS couchaient, en attendant d’éveiller les soufileurs, RSR dans un logis de briques meublé d’une planche inclinée. AN és On y étalait des païllasses garnies de foin et de puces. À “4 D eu et leur litre de boisson, puis jouèrent au bouchon 4 ss —. Derrière les claires-voies, l’éclat du four augmentait- Ka É | à la nuit tombante. SUR | porte du dortoir. Défense de l’entrer, par crainte du feu ce. aux paillasses. Un tout petit perdit quatre sous et alla HS dormir. Celui qui les gagnait les noua dans son mou- & à choir. La lampe, épuisée, s’éteignit. Ne pouvant plus (re jouer, ils se couchèrent. AU

Pa ES Trois autres vinrent de Sougland par le train de neuf | heures. Génés pour poser leurs affaires, ils deman- | ces — « Qui c’est le vérat qu’a éteint l’électricité? » | es A onze heures, le concierge Paillier mettait tout ce | CAES monde debout, en le tirant par les pieds. Les enfants |

Æ 2 dorment bien. ‘RES Fa | LEE Il les poussait dans Hornis chercher leurs hommes : > | _ Le bruit du travail de l’équipe de quatre beures, 1 _ ardente devant le four ardent, ne troublait pas leur sommeil. Aussi tranquilles que les blonds enfants sous _ les rideaux de dentelle, ils dormaient durement, ss | “A _ la fatigue profonde qui ne quitterait plus qu’à la mort | ne _ leur corps martyrisé. * PECEONTE

CNE même jour, Minouflet, vigneron de Berny en Re | V4 Champagne, sulfatait ses deux arpents de vigne attaqués par le mildiou. De. M Les manches de sa chemise retroussées sur ses bras … RE bruns, il vaporisait sur les plantes souffrantes la liqueur LAS

de cuivre qui le patinaït en statue de bronze. RU Te Sous le bord baissé de son grand chapeau de paille, Re.

ses y eux bleus visaient plus haut sur la côte Posier, qui S re Sulfatait aussi ses quatre arpents avec sa femme et deux LISE ouvriers : quatre points blancs dans la touffe verte. Li # L’ouvrage fait se voyait derrière eux à la couleur du

  • feuillage vert-de-gris sur l’espace sulfaté. Ils marchaient “dans le vert frais des plants sans cuivre, devant eux.

| Des taches de rouille plumetaient les endroïts où le- LD Mn mildiou ne lächait plus. Minouflet claquaïit sa langue en Ho | clignant de l’œïl, car moins de feuilles grillées marquaient SAT M son bien et il n’aimait pas Posier, un républicain. 5502 Minouflet, son réservoir vide, gagnait le chemin où, | sur sa charrette à deux roues, chauffait au soleil le ton- neau de bouillie fabriquée avec trois livres de sulfate, | une livre ‘et demie de chaux grasse et cent litres d’éau. FLE

Maïs il mit bas le vaporisateur harnaché à ses épaules

  • et s’assit. Sa femme apportailt la croûte de quatre heures. 2 |

ne Elle posa du pain, du salé, un barillet de vin rose etten-

= dit son tablier de jute à Minouflet qui torcha ses mains fes verdies de cuivre, puis trancha de son couteau pointu le pain de deux livres cuit en croissant. 2

; Assis au bord du vignoble, ils mangeaient lentement, 50 | le dos contre l’herbe du talus. Les jambes repliées sous z la jupe tendue par le haussement des genoux, elle pen- DE: chaïit sa petite tête ronde aux joues hâlées; lui allongeait

les siennes dans le chemin de craie creusé de deux or- L Eu.

nières blanches. Il élargissait le bâillement de sa che- 3 mise ouverte comme une vallée sur une forêt de poils. 3 ‘ Un chemineau venait, ceinturé de rouge. Par une bre-

| telle de cuir tenait à son épaule un carnier de chasse, LE 2 dont la frange de ficelle essuyait ses houseaux terreux. Il portait sous le bras gauche un parapluie de coton bleu À | et, à la main droite, une trique. Un canotier de paille : abritait mal sa figure obstinée, forgée au soleil. Il dit Ë ee. me — « Bonjour, les gens; c’est par là les vignes de Hart- 2 rs manon et celles de Moët? » F0 9 Il pointa sa trique vers le haut de la côte où travaillait < un moulin à six ailes. Te LE — « Si on veut, dit Minouflet:; Moët a des vignes par Jà haut, il en a sur Villers, il en a sur Rilly. 5 Celles de Hartmann sont plus près, sur Berny. Ça 4 _ dépend où vous allez, » a

— « Je vais où on embauche. » ; 4 |

: — « D’où venez-vous? » demanda la femme. .. |

; — « De la Marne. Il n’y a pas d’ouvrage là-bas, cette

. année. Le miidiou mange tout. A Villiers, on dépique & æ

| les vignes. Le bois est perdu. On tirera pas dix litres de vin de quatre arpents. Il y en a qui travaillent encore pour garder la feuille et mûrir le bois. Ça fera une année —_devingt-quatre mois. Ici, vous êtes chanceux. C’estheau, tt s I indiqua d’un coup de son menton osseux la vigne “dans le plant de Minouflet. a …. « Ça paraît, dit le vigneron. Le vignoble est beau sur le bord du chemin, parce qu’il a deFair. Dans l’inté- ; K. É rieur tout m’est pas comme ça. On n’a pas eu grand chose 2: année dernière, mais si on pouvait en avoir autant cette année, on se dirait heureux. Il a fait chaud avant M: … le temps, la pousse est montée plus vite qu’on ne pouM vait travailler. On ne savait plus se reconnaître là- : dedans. C’est à ce moment-là qu’il fallait venir. » …. — « Tout comme là-bas, dit l’homme. Après, on a eu he. des nuits fraîches et de l’eau. La plante jeune a grillé. —Lrop chaud à midi; trop froid à minuit. La feuille fait : cornet et tombe comme en octobre… _« Cestil vrai que Hartmann prend du monde? » NS — « Vous pouvez toujours aller voir. Il a déjà sulfaté “quatre fois. Passez par les chemins des vignes; on a le

  • pied moins leste que sur la route, mais c’est plus 0 1 Le trimardeur repartit à longues enjambées. Sur les collines piquées d’échalas, les bras de che4 mises des hommes épars, blancs au plein soleil, tachaient l’immensité de verdure. … Depuis le mois de juin, les vignerons luttaient contre le mildiou brusquement favorisé par le temps froid et les pluies d’orage. Maintenant, la chaleur humide cou- —vée sous les plants bas distants de soixante centimètres

la peine des hommes LES

— quarante mille à l’hectare — forçait le développe- % |

| ment du champignon ravageur qui attaquaït la grappe, | la tachant de gris, puis de brun, et les grains tombaient. :| Grande perte pour le pays, planté de fin cépage dé | pineau noir dont la culture soignée coûtait de deux ; |

mille à trois mille francs l’hectare pour quarante hecto- al

litres de vin dans les bonnes années. A]

  • On entendait de bien loin dans l’air calme le cri d’un | vigneron guidant entre les ceps son cheval de labour. |

Un tumulus d’amendement fait de couches alternées a

de fumier et de fine terre de Mutigny, projetait son al

ombre carrée où le chemineau s’assit. à

Au bout de ses longues jambes étendues, les clous de LA

ses semelles luisaient au milieu du chemin. Il prit du À

pain dans son carnier. |

Face à lui, une femme désherbaït un plant. Quand la :

marche de son travail l’eut rapprochée, il lui demanda: i

« Cest-y ‘cor loin, les vignes de Hartmann? » æ

— « Montez toujours. Vous verrez bien, elles sont n | clôturées. Il y a du monde… Vous pensez travailler au | % vignoble? On n’a pas de cœur à l’ouvrage, cette &. année; regardez Ça. » 4

Elle fit pleuvoir, en les touchant, les grains d’une i

« C’est venu en une nuit. Au matin, tout était blanc, à

et depuis Cest la misère. On n’ose pas réclamer sa à

paie au maître. Et quoi lui dire quand il vous demande : + es « Y at-il du regain dans ma vigne? » On est maiheu- 2

À — « L’année prochaine, ce sera meilleur. » 4

— « Faut bien se dire ça. L’espoir fait vivre. Ça n’empêchera pas que beaucoup cet hiver vendront leurs à

£ | vignes. La culture vaut mieux que le vignoble, aujour- mi

… Elle dit: ARTS

—_ Des hommes sortant d’un domaine grillagé emplis- :

_ saient leurs pulvérisateurs à la fontaine d’un tonneau Fe £ de sulfate porté par une charrette barrant la route. FRS

| 2 Le cheval, agacé par les mouches, dressait en cornes Sir | de colimaçon ses oreilles aux pointes mouchetées par DE | … les pompons rouges d’un capuchon. | à | Le chef de culture de M. Hartmann, manquant de Ne —. mains, embauchait à cinq francs. Les petits vignerons PO | 2: uittant leur terre, se présentaient, reculant d’autant | - de jours qu’on les payait le soin de leurs propres F Se | vignes où le mildiou libre s’étendait. a #.. Ainsi les petites propriétés, toujours soignées trop LE | “ tard, souffrent plus que le grand domaine. FT | 70 . Le chemineau enrôlé rejoignit les hommes de bronze Se | qui criblaient de cuivre le mildiou tenace. RS

| 4e Après la journée trop chaude, une barre de nuages + | _ noirs tachait l’horizon proche, fermé par les collines ee _ hoisées de la forêt de Reims. / NN É 54 — « C’est dur, une journée entière à pomper, dit De — Minoufet; et pour rien, si l’eau tombe. » ; ë FE —_ À la nuit elle tomba, lavant les feuilles. re M Sulfater coûtait à Minouflet cinq francs l’arpent; il Re 1 perdait dix francs et sa peine. 5 50 ‘4 de Pour se consoler, il alla comme tous les soirs, jouer + …. son apéritif à la manille chez Maréchal avec Neveux et se ;

ë %à uvigneaut qui prenaient de l”absinthe gommée, lui un de S

e la peine des hommes | Le chemineau tenait sous ses coudes les gravures du | supplément illustré du Petit Journal. Posier les regardait par dessus son épaule. Ces vives images les pas- 4 sionnaient. Maréchal, l”aubergiste, en affichait aux | — « Vous n’êtes pas de par ici? » dit Posier. à — « De Maucourt, en Lorraine. Je m’appelle Picart. ; On m’a embauché ce soir pour suifater dans les vignes : k. : de ia maison Hartmann. A refaire demain. Il pleut. » j ‘ — « Une récolte qui venait si bien, dit Posier. On n’a 4] : rien épargné pour la soigner, tant elle était belle. En- | grais, sulfate, travail, tout perdu; ia faute à ce cochon “4 de bon Dieu. » : S ) — « Cochon de bon Dieu! » répéta le Lorrain. Heu reux de leur opinion commune, les deux « rouges » se 4 fêtèrent par une absinthe au sucre. D A la table des « blancs », Neveux gagnaït la partie. M | Ses deux arpents vendus à Hartmann, il travaillait en ? $ journée chez son acheteur et narguaït le mildiou. D | Se Minouflet buvait sans rien dire. Il songeait à un char- - 3 roi de pierres pour l’église qui le sauverait de sa mau 3 vaise année. ; “à | Tain et Moreau entrèrent ensemble, lavés et changés, = EE sauf de leurs gros souliers, verdegrisés encore malgré | — « Chien de temps, dit Tain. Voilà le grain pourri Ceux qui ont du vin en cellier gagneront de l’argent. » — « Pas tant, dit Posier. Les commissionnaires 4 achètent déjà les réserves, par peur de la hausse après 5 la vendange. Faut bien que je leur cède, sinon ils ne 4 m’achèteraient plus rien. On ne gagne pas à garder si 5 son vin. Ça fraye trop. On soutire, on remplit. De vingt

| pièces de quatre ans, il m’en reste dix-huit; du vin ‘! —. blondi, qui perd son bouquet. »

« Pas cher. J’aurais plus gagné à le vendre aux

\ ‘® Lain et Moreau s’assirent à sa table et burent de

. — « Eh, Minouflet, dit Tain, demande au curé qu’il nous fasse un miracle. » ‘2 — « T’es trop mécréant », dit Minouflet. : Le vieux Moreau battit des mains :

—« Ah! Ah! fl enverra à Lourdes avec eune médaille

| E sur l’estomac. Les miracles, ça se passe là-bas, loin,

jamais cheux nous. Nous ons bien du mal à croire tout

É. ça. L’autre an, y a bien une douzaine un peu passée de Der à …pellerineurs partis d’ici autour, i sont revenus tertous

4 avec leurs infirmités. Mè, j’aurons point confiance dans : + les vobiscum pour leur y donner ma femme à mener là- bas. En revenant, a serait aussi bête qu’avant de partir

et si al avait eune bosse sur le dos, a serait point | passée, mais al en aurait peut-êt’ ben eune autre sur le

—« T’as une langue de garce », dit Minouflet.

È 3 Les rouges riaient haut et renouvelaient leurs apé-

— « Le vignoble est-il beau, là d’où vous venez? »

E. demandait Maréchal qui penchait la bouteille verte sur Pile verre du trimardeur.

— —« Pire qu’ici. On n’aura pas deux pièces à l’hectare _ dans les basses vignes. Sur les hauteurs, plus rien. La feuille demeure belle maïs la grappe est marquée. Fait

| pas bon pour louvrier cette année. »

la peine des hommes AS 4

— « On sauvera peut-être ce qui reste, dit Maréchal, |

On en sauva peu. L’humidité chaude des orages con- à] tinua l’œuvre des midis torrides et des minuits glacés. | Le cochylis aidait le mildiou. “0

J A la fin août, on ne va plus dans les vignes, jusqu’aux : vendanges, par crainte d’ébranler les grappes mûrissantes. ;

Le vigneron désœuvyré avivait les vieilles disputes, car crier soulage la souffrance ou le dépit des hommes.

Il maudissait les commissionnaires en vins et les : négociants dont l’énorme fortune l’exaspérait. Puis la 0 course des esprits rendus agiles par la haïne, tourna sur l’État qui ne délimitait pas la Champagne. 5:

Le député traita la question dans le préau de l’école, : un dimanche après-midi. |

Il vint des vignerons de toute la montagne de Reims. | Le maire présidant la réunion proposa comme assesseurs i Minouflet et Neveux, mais les gens de Berny crièrent :

La foule des hommes tranquilles et curieux regar- 4 daient l’estrade où le député remuait des papiers. Il 4 parla : « la délimitation avait été retardée par les récla-

. mations des vignerons de l’Aube demandant à y être i compris. Malgré les démarches des délégués de la Fédé- 2 ration des Syndicats de la Marne, le Conseil d’État se

« La Commission enfin réunie à Châlons le 12 mai à repoussait les vignerons de l’Aube et bornaït la délimi- 4 tation au département de la Marne, plus le canton de | Condé-en-Brie et quelques communes du canton de À |

. « Après transmission du rapport au Conseil d’État, 4 | aucune décision ne fut prise, à cause des vacances, L ; mais on espérait bien qu’à la rentrée. » | if _ Un homme répliqua : | de A _ « C’est trop tard. Les vins étrangers entrent. On envoie MR. trente mille füts vides en Touraine. Ils reviendront pleins UE 3 pour remplacer notre récolte perdue. » 11 ES | « Nous les f… à la Marne. A bas les fraudeurs ! » ie M Les hommes entraînés répétaient leurs vociférations. FD … Le vieux Moreau dit : 1e É: AE € C’est biau de jacasser si longtemps. è a , « On peut s’égayer à parler quand on a quinze mille ps francs tout venus. je D: - « Je ferons t’-ypasmieux de les donner au pauv’ vigne- A. —. ron qui peut point payer ses contributions. » COR Le ï Un secrétaire de syndicat prit la parole : none …_ « Citoyens, ne soyez pas dupes. La délimitation est * de une lutte de marques qui profitera à ceux qui vendent AE —. l’étiquette, pas à vous qui cultivez le raisin. Pl ET « Le gros négociant veut tuer le petit. Il prétend seul 16 “ mettre « Champagne » sur son étiquette. Le publie …
“saura ce qu’il boit. Qu’est-ce que ça peut vous faire? : ; … Vous ne vendez pas au public mais au grand négociant —. qui vous achète votre raisin le prix qu’il veut. Il vous 4 # l’achètera toujours; il le lui faut pour son grand vin. Le : petit fabricant qui livre des mousseux à trente sous conti- : — nuera detravailler les vins du Midi à vingt francs l’hecto. , $ 3 re « Il changera son étiquette et la grande marque 5 . vendra plus cher la sienne. « La délimitation ne servira qu’à l’augmentation de ete “ l’énorme richesse des négociants. “ee

; la peine desthommes WU « Quand on aura tracé un rond par terre autour de vous, petits, et des gros qui vous mangent, en serezj vous moins exploités ? : rs ; « 1 y a sur le vigneron autant de parasites que sur 510 è sa vigne: Négociant, représentant, commissionnaire. … à 4 ; « C’est contre ces phylloxeras qu’il vous faut lutter.” 4 . Et pour cela syndiquez-vous ! » RES 1h : Posier, sur l’estrade, applaudissait, à côté de Minou- ae | flet, tranquille, les doigts noués sur le ventre. ke 4 va Les gens de Berny les apostrophaient: &« Hé! Minou-. 2 flet! © vas donc point aux vêpres ? » ras Fa We Ils traitaient Posier de : cul-terreux. Il se leva : RAR « Nous, vignerons de terre, on ne peut pas lutier $ contre les négociants de fer. er _€ Voyez leurs palais à Reims et la rue du Milliard à +0 Épernay. Ils sont riches et ils tiennent ensemble. : k Nous, on est pauvres et on se bat. On ne s’entend “0 : pas pour boire un verre; comment voulez-vous qu’on - 54 « Si les dévoués essayent, voilà ce qui se passera, 5 c’est moi qui vous le dis: notre syndicat fera le prix du “2% | vin; les négociants diront : non. Ils achèteront leur 5 | | vin aux non syndiqués et nous, nous boirons le nôtre. M ; « Tous ou personne ! : ne j « Je men mets le premier, moi, du syndicat, si ne: Minouflet s’en met avec moi. Tope. » ne: a Il lui tendit la main. Minouflet ne bougea pas et à répliqua quelque chose que les sifileis et les bravos M Le maire réclama le silence. Un vigneron, candidat “M contre lui aux élections municipales, le nargua: ; E « Vous n’êtes pas digne de porter l’écharpe. Vous :1*0

ayez fait mettre des journaux barbouillés d’excréments PE dans ma boîte aux lettres. » LATEX

/Un autre lui reprocha : prie. “

  • « Vous ruinez la commune. On goudronne les routes pour les automobiles, et le chemin de Saint-Timothée, ; 7e fe k pou nos charrettes, n’est pas fait. » F4 … Le grand nombre se taisait. On craignait le maire. 24 pe « Nous n’avancerons à rien si vous troublez la réunion VAE “par des discussions locales. Il s’agit de la dé-li-mi- | Enfin, le député put lire l’ordre du jour « exprimant à + le regret du retard inexplicable apporté par le Conseil d’État à fixer la délimitation de la Champagne et 3 rons ruinés par le mildiou l’exonération de l’impôt re foncier et les plus larges indemnités. » Le PES t _ Les discussions reprirent dehors. Posier, gris d’avoir
  • trop parlé, parlait encore : L’LAESeE e. « La jalousie nous tue. On se mange. On ferait bien ee

| mie ux de s’entendre contre le négociant, qui nous met ES

Mu dans la misère. Tous les ans, on fait des dettes. On

| __ arrive à peine à tirer sa petite épingle. Bientôt, on . manquera de pain. Pourtant, c’est nous qui le faisons le Re

| vin qu’il vend, et c’est lui qui a le profit! » LÉ …

| Ÿ Les « blancs » ne se compromettaient pas à écouter. < pas a

.. — « Tiens ta langue, dit le vieux Moreau, tu vendras 2

point ton vin. Te faudra le boire, mon gars! » : = ee « Je le boiraï, dit Posier, j’aurai point le gosier sec re

| de trop dire ce que je pense. Etsitoutle monde pensait “Se com me moi, on serait tous plus riches. » ; …

; la peine des hommes MGR | Échauffé, il passa son grand mouchoir sur la coiffe. | humide de son chapeau des dimanches. + | « Faut pas avoir de cœur de voter contre la Répu- | blique, parce que le gros négociant vient vous voir en ; automobile et qu’on a peur qu’aux vendanges son | commissionnaire vous tienne en quarantaine. » | Cette évocation des puissances redoutées de tous | mettait les prudents en fuite. Les gens reprenaïent la | route de leurs terroirs. | De loin, des hommes à l’âme basse injuriaient le | « Eh ! le fou… Anarchiste! » k | L’heure de l’apéritif réjouissait l’âme simple des aubergistes, heureux de l’entrée de tout ce monde. 3 Chez Maréchal, Tain mouillait lentement son absinthe et en offrait une au trimardeur, car ils s’étaient recon- 1 nus anciens soldats du même régiment, et cela les liait.. — & Faut tout dire, expliquait Tain; dans les temps, | ë nous, vignerons, nous avions belle vie. En 89, le comte À d’Épernay tira de son vignoble douze mille hectolitres £. | et joua la hausse pour tomber le marquis de Reims qui { ne possédait pas un arpent. La pièce de cuvée monta ù à dix-huit cents francs. Le marquis de Reims résista et acheta des vignes. On les vendait au taux de production des dernières vendanges. Nous n’avions jamais tant vu d’argent. On a vendu les pressoirs, on a vendu ” tout. Quand ils ont eu assez de vignes pour ne plus se \ battre, les négociants se sont entendus. Maintenant, < c’est leur revanche : ils font le bas prix. C’est à prendre ‘ ou à laisser. Ils sont riches ; nous, nous empruntons. Si + on ne peut pas rendre, ün vend sa vigne. Le négociant l’achète. Quand nous serons tous devenus ouvriers chez À

  • | eux, ce sera encore une fois notre tour de mettre les Æ

2 poids dans la balance. Gare la grève. Mais maintenant AE : $ e- il n’y a pas de solidarité entre nous, à cause des satis- gs

x faits qui flattent le négociant pour se faire acheter leur 4

_— « Les ouvriers, dit le Lorrain, sont partout les SF mêmes; ils se mangent la laine sur le dos. »

ù : Cependant, par suite de la propagande de la Fédéra- - _ tion des Syndicats de la Marne, des essais de libération $ Es F furent tentés dans plusieurs communes jusque-là sou- pe

Le Is répondirent dans un grand journal par une 7

| ES …. « Qu’arrivera-t-il; si en face du syndicat des vigne- À | | rons, plus exigeant et plus acerbe que jamais, se dresse ‘ le syndicat des négociants, toutes réserves constituées Ps.

Pret assurées, décidé à ne pas acheter pendant deux à c Ge | campagnes. La misère des vignerons du Midi, causée DER À par la mévente, serait encore de l’opulence à côté de la + &- misère qui guette les vignerons de Champagne. » LS È __ Un peu d’apaisement vini de l’annonce d’une FN — demande d’un secours de deux millions au Parlement En 4 et du dégrèvement de l’impôt foncier sur les vignobles k atteints par le mildiou. AS Puis les négociants, craignant de voir la misère tuer Te “Je petit possédant, l’aidaient, car ils tenaient à la per- CE “_ pétuité de ce laborieux, capable de se passer de He ke manger pour acheter de quoi fumer ses arpents et d’y 1

  • travailler quatorze heures par jour. Son raisin pris à à l’a la baisse leur revenait moins cher que celui de leurs ee & vignes. Elles leur permettaient de régir le marché, mais Me “ils ne tenaient pas à les posséder toutes. é

| SE la peine des hommes À pe La préparation des vendanges coupait le loisir des 5 | ee discussions. Les gens de Berny affûtaient les serpettes | nié et lavaient les paniers. à FM : Les ouvriers de la maison Hartmann venaient de 4 Reims préparer les pressoirs. Les fûts de deux cents +40 ï litres, fraîchement liés, arrivaient par camions : les re) è vignerons, simples horticulteurs en raisins, ne pos- LE ie sèdent ni pressoirs ni tonneaux; ils font de la grap- FE] | perie, point de vin. .. Le négociant pressure lui-même, craignant que le pro-. À . priétaire n’y mette assez de soin et fraude sur les con ae ditions exigées pour les cuvées : pressurage de quatre … 4 ÿ cents kilogrammes de raisin trié par pièce de deux M À cents litres; les tailles issues de la seconde foulée 4 Les pressoirs employés tiennent quatre mille kilo- Re grammes de raisin. Les quinze mille petits vignerons “1 ; de Champagne possédant entre un et trois arpents peu (trois arpents champenois font un hectare), ne peuvent ne 6 entretenir ces grandes machines pour leur petite : ! récolte. Acheter des tonneaux, construire pour les Be | __ loger, travailler les moûts, coûte cher. | à Le pressoir et le cellier en commun libéreraient les # ie Ils préfèrent se débarrasser du raisin même en n’y 11 PES trouvant que le prix de leur vie. Trop individualistes 4 LE pour s’associer, ces hommes de « chacun son bien ». 12 1 se tiennent dans leurs arpents et s’y font écraser un FA par un. Tenant le pressoir, le grand négociant tient le M vigneron qui doit céder au marché ou laisser pourrir Le 25 septembre la vendange commença dans la mon- N. Ÿ

-tagne d’Épernay. Elle précédait de quinze jours celle de L la montagne de Reims. Le prix de la première cueillette. . établissait une échelle de valeur pour les récoltes sui- LORS _vantes. Le kilogramme de raisins noirs d”Ay, fixé à a 1 franc 25 par le syndicat des négociants, on achèterait es “au même taux dans les grands terroirs : Cramant, _ | -Avize, Verzenay pour descendre à un franc à Avenay, NÉE | ; ‘cinquante centimes MERS petits RÉOÇUNE Rae ‘es Les gens de Verzy, outrés de ne recevoir que soixante dix francs pour la caque de soixante kilogrammes li “vrables à Verzenay, alors que ceux de Verzenay A si li aient sur place pour soixante-quinze francs, écri- Mn …vaient leur indignation au journal socialiste. FEANES Ki” Le cochylis ambiguella, le « ver coquin », mangeaïit ra les raisins mûrs. Des orages, activant sur la grappe la QE pourriture du rot brun, gäièrent le commencement dela RS me On manquait de bras, car le triage des grains perdus LT niriplait la besogne. Les herbagers, les vanniers, les 2 laboureurs qui venaient chaque automne après la mois- : si

  • son, restaient celte année chez eux, craignant de ne ini de. vien gagner en pays de misère, Les rôdeurs, accou- 1e Sa “_tumés à suivre leur cure de raisins, ne manquaient Se . Lis grappillaïent ou cherchaïent lembauchage pour se “HO
  • régaler plus tranquillement. LS “ -_ On réclamait des mains à son de caisse: deux francs LA cinquante les cueilleurs, trois francs sans le repas du ie … soir; les porteurs trois francs, nourris. a | TEA vigne « montrait » beau; le mildiou laissant la ne feuille, vivait sur la grappe; sous les pampres touffus Re or.

la peine des hommes SUR des ceps bas, les grains pauvres cachaïent leur laideur La Au lieu des beaux fruits en pommes de pin du pineau | noir, on trouvait des chapelets rongés, pourris par le | mildiou et le cochylis repu remuant sa tête rouge. i Il restait six cents à huit cents kilogrammes à lhectare. | Plus hauts qu’en juillet, sur les feuilles tassées par l’automne, les échalas teintaient la colline de bachures grises sur le vert éteint des plantes vieillies. Une angoisse de désastre venait de cet océan de vignes presque désert de vignerons. ë Quelques groupes blancs de femmes en coifle et À d’hommes en bras de chemise, remplaçaient la foule de F l’année d’avant. ; — « C’est malheureux, disait Posier, de ne pas avoir à eu ce beau temps pour comméncer. Il y a quatre grains “4 et ils sont pourris. On a pourtant fait tout ce qu’il fal- ‘à lait. On n’a pas de récompense. » 154 Minouflet, sa femme et son fils, retardant la ven- 4 | dange de leurs trois arpents, cueillaient chez Hartmann avec le Lorrain revenu de lier des tonneaux à Reims, k Neveu, Moreau, leurs femmes et leurs enfants. 3 | \ Un garçon de dix-huit ans les aidaïit. La plaque d’un ‘4 ceinturon d’infanterie luisait sur son ventre creux. Des 4 ficelles nouaient autour de ses chevilles nues le bas de à : son pantalon de velours. Ses orteils jouaient par les | trous de ses espadrilles. Une déchirure de son maillot À noir découvrait la pointe rose de son téton droit. % Il portait son mouchoir autour du cou, prétendait s’ap- à | péler Rostchild et disait : 3 « Ga se voit donc pas, à ma cravate? » ë, E

D Sa « petite sœur » baissait vers les ceps sa tête aux % . cheveux coupés ras dans quelque hôpital. Elle rôdait Ro à | avec délices dans les vignes du seigneur, du seigneur LA ci Son front piqué de taches rousses se plissait par la S volonté de chercher les plus belles grappes pour ses ; *S vilaines denis. le: Ke Elle les choisissait à ras de terre, salies de boue, 6 mais glaciales. Le soleil tiédissait les grappes hautes. Ta _ — « Si on ne ferait pas mieux de leur donner vingt RIRES 8 sous et qu’ils passent leur chemin, disait Minouflet. Ils KÈS # “mangent plus qu’ils ne mettent dans le panier. Ilsne à _ délient même point le chais; ils arrachent au lieu de # — couper; et à la bêcherie ou à la taillerie, l’année pro- -. chaine, le bois sera perdu. » SIEES

Madame Minouflet épinglait ses jupons en culotte de ‘ £ … zouave pour leur éviter le contact du sol trempé de MA “ pluie. Un numéro de {a Croix, plié en chapeau de rs « papier, couvrait sa tête. ce 5 - Les vendangeurs avançaient en « hordon », tous en c2 “ ligne, pour ne manquer aucun cep. me …_ Des pièces de culture ajoutaient du vert-frais au 4 3 paysage sombre du vignoble fané. Des groupes de : à E sapins noirs repéraient les propriétés. : se È M. Maiberg, représentant de M. Hartmann, montait | … en charrette anglaise par les chemins des vignes. Ses SAS ë roues distancées par un essieu plus long que celui des È chariots de vendange, une seule tombait dans l’ornière 3 et la voiture roulait de guingois. ë …__ M. Maiberg goûta le grain dans une caque d’osier où ë … Rostchild vidait son panier puis examina le bois jaune Me

_ la peine des hommes D. | à Les gouttes vertes du dernier sulfatage grélaient la feuille saine. Dans l’étendue des plants, les pampres | mildiousés posaient des tons noirs, les pampres mûrs des tons rouges. Sur le grand tapis vert taché tendu sur El | les collines, les routes tissaient des ornements blancs. - | 5 Au bord du chemin, les femmes assises autour des + ; clayeties d’osier, y triaient la récolte, détournant lé M vert et le pourri. Le beau grain rivé, bijou bruni, sur : la tige verte tombait sexl dans le panier de choix. Le vin de Champagne est soigné de la grappe à la Des parapluies liés par un mouchoir au plus proche 4 Deux vendangeurs soutenant une caque de soixante kilos par une perche glissée dans les deux anses, afin & 4 de passer le lourd panier haut sur les ceps, sortirent de 4 | la vigne et atterrirent leur charge auprès des femmes n — « Reposez vos langues, donc, dit le plus vieux. - “3% À Vous aviez bien besoin de dire à c’t homme ce que | vous lui avez dit hier. Il en a pleuré. » D — « Ce n’est point moi », dit une femme. “a 3 A — « Ce n’est point moi », dit une autre. He. : Elles parlèrent beaucoup pour se disculper chacune ; Es d’avoir trop parlé la veille. de & On menait les paniers de tri au pressoir aussitôt pleins. Le vin blanc de raisins noirs exige le pressurage du fruit très frais, car l’échauffement des grappes : entassées communique à la pulpe le colorant de la | En fortes vendanges, les pressoirs fonctionnent la nuit, pour venir à bout de la cueillette du jour.

caques de la matinée roulaient dans les chemins de La UE fe craie dont les ornières profondes mordaient les roucset re Y bavaient leur fange. Des fumées lentes de feux de, 5 100 soupe ornaient le village adossé à la forêt en colline. é nie Le femmes apportaient, balancé entre elles par leur et

  • marche difficile sur la terre glissante, le faittout de AE De fonte noire où tenait le repas des vignerons. LAS ls s’asseyaient à l’abri de leur veste étendue sur NUE oh deux échalas, ou cherchaient l’ombre des dalles soute- : (0 äe ant la terre des vignes en palier; ils mangeaient des Ris h aricots blancs et de la saucisse rouge dans des assieltes = 4 | éd e fer. Les torchons de pain arrachés des miches molles, # #0 | plo yaient sous les mâchoires pesantes. NEA se … Le chef de vendange versait dans des verres àun sou, du vin de rebèche, rose et âcre, sentant la RPoAcEe grappe verte — issu sous la pressée qui laisse le marc ME _ Les mains pendantes et le dos rond, les femmes, La
  • lasses de piéter depuis six heures du matin sur le sol pi 54 … fondu, se laissaient engourdir par la chaleur et regar- A CENAONE | daient les corbeaux tomber en taches d’encre sur un rs ; _ chaume blond. ta . L _ Elles se levèrent lourdement. Le hordon reprenait ses LR FU Nr. & J’ai le mildiou aux pieds », dit une vieille, identi- | et … fiant sa fatigue aux souffrances de la vigne. SE …. L’ardeur du repas montait aux joues des filles jeunes ES dont les yeux noirs luisaient sous l’auvent de la coiffe Le | “blanche. Les groupes de vignerons se remettaient à EAN cheminer dans les ceps feuillus qui les cachaient Fi LE

la peine des hommes FT Les vers grouillaient sur les grappes de Posier. Il cueillait tous les paquets de vermine : | : « Si j’en enlève cent mille, disait-il, ils w’en feront point un million d’autres pour l’année prochaine. » | Après l’épluchage à la clayette, il lui restait six cents | kilogrammes. Les sulfatages mettaient l’entretien de ses | é trois arpents à deux mille francs. Il perdait quinze | cents francs pour une année de peine. | Un trimerdeur de vingt-cinq ans, brûlé du soleil, passait à pas lents. Deux goulots de litres sortaïent des coins de sa besace. | — « Vous m’embauchez pas? » — & Et avec quoi vous payer ? » dit Posier. Deux autres nomades battaient le trimard : une femme à figure de prostituée, avec de grosses lèvres rouges et des yeux canailles. : : ï Son Corsage mince indiquait trop les seins. Dix pas. ! derrière elle, un homme saoul dormait en marchant, î achevé par la chaleur. - À Une sirène sonnaït l’approche d’une automobile. La | machine puissante frôla son sommeil, emportant à cent | kilomètres à l’heure, la vision d’un homme à barbe blanche qui clignaït les yeux contre le vent de la Les voitures de vendange roulaient vers les pressoirs À de M. Hartmann pour qui M.Dumesnil commissionnaire achetait la récolte du terroir de Berny à quatre-vingts centimes le kilogramme, sans débat. Il fallait accepter À et ne point tarder. La cueillette échauffée diminuait de valeur, donnait du vin taché, teinté de rose. % Il arrivait que les négociants réservaient leur décision -$ sur le taux d’achat. Le vigneron cédait sa récolte à

_ chif re inconnu plutôt que la laisser pourrir. Le prix de 4 . vente devenait un pourboire. 84 RS M. Hartmann ne possédait que les vignes nécessaires COL …. pour illustrer ses tableaux-réclames. Au lieu d’étendre x ‘4 ses terres, commé ses concurrents, il installait des ‘3 … pressoirs. Et il pressurait. Il pressurait Posier, Minou- RS ‘et, gens de Berny et de deux lieues à la ronde, car le Ë à _ négociant achetait livrable au cru’le plus coté. Les en à _raisins à cinquante centimes des terroirs obscurs don- À M naient, sous le pressoir de Berny, du bon vin de 5 | Les rouliers de vendange au fouet de jonc tors , FA 8 ‘garaient devant l’église les charrettes parfumées par la c … blessure des grappes entassées. M. Maiberg recevait la marchandise dans une grande : salle cimentée où vingt hommes des celliers de Hart- £ à Mann menaient la besogne. La culbute de chaque … panier dans la baratte découvrait si le fond cachait He des pourris et des non-müûrs. Le raisin pesé tombait é Ne dans le pressoir large. Les pelles de bois égalisaient le tas noir où les tiges de grappes fourmillaient vert. À ‘4 Les quaire mille kilos donnaient dix pièces de deux : cents litres de cuvée. Le marc retourné et repressé ÿ FR deux fois fournissait encore six cents à huit cents litres 5 de vin de première et de seconde taille. Le dernier coup ‘ & à de pressoir, à outrance, rendait la rebèche, le vin rose, ILES — Acre, bu sur les comptoirs de Reims. Des vignerons G ne propriétaires de petits pressoirs reprenaient le marc — des tailles et le rebèchaient avec le « détour » des à . M. Dumesnil venait contrôler, avec M. Maïberg, les Fe — poids reçus. Ces messieurs gagnaient bien leur vie con- ee

3 la peine des hommes a | fortable à écluser les opérations entre le négociant et ” & le vigneron. | “FAN

ME figure de M. Dumesnil ne portait pas la révélation. 21 | d’une haute intelligence. LS | La lèvre inférieure, de chair très serrée, avançait à ; sous la moustache noire. Sa réputation d’homme fort 4

  • en affaires rendait justice à sa science de boule-dogue: il savait étrangler les gens. Il ne se fatiguait pas en 4 finesses et redisait chaque automne aux vignerons, que les caves des négociants étant pleines, on achetait la. ‘à vendange par miséricorde. Dans ces conditions on ne “ pouvait pas la payer bien cher. à Sa commission variait entre cing et dix francs par 4 Les vignerons le redoutaient, mais lui devaient bonne mine cer, à ne pas lui plaire, on risquait de mourir de del F Grâce à lui, le vin des républicains, répudié par les négociants, partait par trains complets pour l’Alle- 4 magne. Il plaçait, dans les années heureuses, deux mille pièces aux maisons du Rhin. 4 Fe de On lui demandait tellement de vin de Berny qu’il ; était obligé, pour satisfaire ses clients, de recevoir à 4 Berny du vin de n’importe où à quatre-vingt-dix francs 4 la pièce et de le réexpédier à trois cent vingt francs 1 avec Berny comme lieu d’origine. Mais cette opération Cette année il manquait à gagner viogt-cinq mille + % | ee francs, ayant à grand peine trouvé mille pièces dans le u | terroir. L’hiver le dédommagerait. Des vignerons ruinés |
  • lui vendraient pour peu leurs vignes dépréciées par le M

Les pièces de cuvée gagnaient les celliers de M. Hart- RATE De _ mann, par charroi; le transport sur route exigeait sr … moins de temps que la double manutention pour mettre . Lo prendre en wagons. L’attente des fûts sur les quais, de chargement, exposés au grand soleil, pressait trop FEU _ la fermentation. MR rs & Une galopade d’hommes vint se briser sur l’obstacle nes Se

  • des charrettes préparées devant le pressoir. RE ETS … Les gens qui retournaient le marc mirent dans le RES | | cadre de la porte le tableau de leur groupe en deux er : É:c ouleurs : les blouses bleues et les tabliers blancs. É RS | À _ Rostchild passait, léger sur ses espadrilles, la tête en FRE | ar ière, ployé par le vent de sa course en bonds de Ke _ Abandonnant sa poursuite, deux gendarmes mettaient Fe la chaîne de sûreté à un garçon pâle, aux yeux furieux, 8 _ qui disait : LS ne Je me f… pas mal de cinq ans de prison. » SAS _… Par un accroc au fond de son pantalon, on voyait
  • qu’il ne portait pas de chemise. es : _ Chaque vendange, les gendarmes s’occupaient ainsi F4 des nomades. ils menèrent leur prisonnier à la gare. ÊTR Une fille de quatorze ans le suivait, chaussée au picd 1 4 _ droit d’un escarpin de cycliste et au pied gauche d’une … _b ottine dégarnie de boutons. - UE. A: M. Dumesnil prenait le même train. Pinçant du bout … : de ses doigts blancs sa chaîne d’or, il regardait Je mal- a se È iteur avec un mépris significatif de sa propre éléva- ; Re si ion dans l’estime publique, car une énorme distance SÉO “sociale séparait M. Dumesnil, qui prélevait trente mille RE “francs par an sur le raisin du vigneron, et ce malheu . _rew venu voler dix sous de pineau. Fa EE

: la peine des hommes ee ES : Les gens, sur le quai, marquaient par des apprécia- | A è tions à voix haute, leur mépris de cet homme enchaîné. | La saleté de ses nippes s’aggravait entre les uniformes … % | astiqués des deux gendarmes. 1e Un colporteur posait sa balle : : “al < « Journée perdue, dit-il. L’année dernière, dans la à même tournée, aux vendanges, j’ai vendu pour cent 1 L’arrivée du train coupa les répliques. Les femmes, sollicitées vers le quai par le poids de leur arrière-train, se hissaient vilainement sur le marchepied des wagons construits en pigeonniers : la porte étroite et haut à 3 — « C’est une perte pour tout le monde », dit une k. vieille dame qui gênait ses voisins par un grand panier : « Le commerce de Reims va perdre. Après la ven- 3 ; dange, les vignerons allaient se rhabiller, chercher ce à qui manque et s’amuser un peu… » % A la lumière alanguie du soleil penché, on voyait les hordons de femmes, panier au bras, descendre dans 4 les chemins de craie, derrière les enfants agiles. ä Les grandes vagues vertes des collines de vignes rejetaient sur les routes les hommes éreintés de peiner sur leur bout de terroir qu’ils aimaient tant. È Une paysanne, debout dans un champ lointain, posait È l’Angelus de Millet. 5 A l’horizon, l’apparition blanche de la cathédrale surgissait sur les fumées de Reims.

C4 M. les dragons qui entrèrent le 4 septembre par la 4 porte de Cérès, devant l’armée allemande du général | _ La vendange de l’année de l’invasion fut fameuse. si … Obligés de partir du riche pays qu’ils avaient espéré CR … garder, les Prussiens volèrent tout le vin qu’ils purent, < . mais ainsi en prirent le goût et le répandirent en Alle- ; | à Des ‘employés ailemands devinrent nécessaires aux | maisons de Reims pour la correspondance avec cette ; Ë 5 nouvelle clientèle. Hartmann entra chez Couvreur. Don- É nant beaucoup de son temps pour un salaire modique Le ë - il acquit une haute confiance. Couvreur mort en 1879, he Hartmann lui succéda, commandité par Herr von Pin- ; …— ker, ancien officier du corps d’occupation. ; He Parmi les palais des marchands de vin de Cham- Se “ pagne, le sien montrait fière mine, bâti en pierre blanche 2 “ vers la porte Dieu-lumière par où entra Jeanne d’Arc ne: ES Les bâtisses majestueuses conviennent à ce négoce. Ë _ Il faut des constructions vastes et solides pour contenir les milliers de lourds tonneaux reçus à la vendange. s i Cette année, on logeait en celliers quatre mille pièces : ï —…. huit cent mille litres, petite provision pour une firme i

  • vendant trois millions de bouteilles par an. 4 où Les fûts de Berny, gerbés sur trois de hauteur, tenaient :

ne : la peine des hommes FA “TS entre ceux d’Ay et de Bouzy dans le bas cellier, à Fe Le niveau du sol. Le vin paraissait fin, malgré le mildiou. À à Il bouillait quinze jours dans les pièces débondées et. 5 vidangées de dix litres. D | « Un moût est toujours bon, disaient les chefs de … 3 cave. Attendons la cuvée. » h Au premier soutirage de décembre, il fut certain que | le vin valait celui de l’année d’avant. Les désœuvrés | par l’hiver: charpentiers, couvreurs, maçons, venaient À] abreuver et rouler les fûts. de] On recherchait, pour renforcer le personnel fixe, ces | hommes durs à l’ouvrage, disciplinés par l’habitude du Après le dernier soutirage, « sur colle », M. Neumann, - chimiste œnologue appointé huit mille francs par an, | 4 vérifia combien le vin gardait de sucre, calcul capital: Ha une trop grande quantité créant un excès d’acide car- 4 bonique supérieur à la résistance des bouteilles. : ‘4 Ces recherches précédaient l’assemblage des crus : s} _ Ay donne la force, Cramant la mousse, Verzenay le à M. P.K. Hartmann recoupait pour sa clientèle anglaise 4 | des vins parfaits. La dégustation décidaiït du mélange. … 4 En cela, M. Pérignon, chef de cave, passait M. Neumann dont il méprisait les méthodes. de: Le chimiste allemand tripotait des liquides en pen- 54 chant sur des instruments compliqués sa tête semblable 4 à une forcerie de poils. Il devait écarter du crin pour ‘4 placer ses lunettes à verres de télescope. à — « Pour faire une bonne bouteille, disait M. Péri- 4

  • gnon, il faut mettre du bon vin dedans. » e 11 aimait boire. Des veinules bleues striaient sa figure #4

ue yeux clairs se troublaient vite, car il était 4 » facile à la colère. M. P. K. Hartmann l’appréciait haute- ne ‘+ m ent. Le vieux praticien ignorait l’analyse mais possé- +5 dait la mémoire du goût. Il disait : 3 à do —…_ langé avec du Cramant de 1900. Ça a donné une cuvée fran - _ bien fruitée. » : ; Il connaissait le vin comme un vieil ami. ir. ES. Fournir un produit homogène établit le renom d’une br: maison. Chaque marque soigne sa saveur particulière SAN

_ quelle fait suivre d’une année à l’autre. Elle y parvient de par les réserves. M. Hartmann possédait en cave du se … vin pour quatre ans de vente, dont la moitié en fût. RARE É 44 Il composait les cuvées lui-même par méthode arith- è d ve « _ métique. Recopiant chaque année son addition, il Ke …._ mélangeait les mêmes quantités des mêmes terroirs que 4 “l’année précédente. Si un cru évoluait, il passait la D nain à Pérignon. C’était le cas. Le vieux praticien dit à voix rude et lente qu’en ajoutant au Berny de l’année, ; 56 … titrant douze degrés, un tiers de vin d’Ay et de Verze- co may vieux de trois ans, on obtiendrait un excellent 2 2 Ke M. Neumann l’expérimenta dans une éprouvette gra- te 14 Le mélange se faisait dans un foudre de quatre-vingts cs Se … héctolitres, placé au fond de la Rincerie, un grand hall < _ cimenté. Uné percée du plafond au-dessus du foudre 1 …. permettait d’y vider les pièces du haut cellier. dE 1e La descente des huit mille litres durait deux heures, SE É<E uis on additionnait au mélange la quantité de sucre : poor par M. Neumann. + se “#0 ingt-six grammes par litre produisent six atmo- A 3

la peine des hommes RE sphères de pression. Le vin du terroir de Champagne, É doué d’une survie opiniâtre remue, chaque printemps, et travaille sous verre. A l’état naturel il mousse, maïs peu, devient « crémant » comme celui que Claude Moët vendait en 1743 pour cinquante-cinq sols la bouteille. r Le candi multiplie en fermentant la force d’expansion [ du vin. Le bas négoce fait mousser des vins blancs communs en les chargeant de sucre ou d’acide carbo4 nique pur. Les bouchons des limonades sautent plus haut que ceux des bons champagnes. 2 à L’assemblage et la mise en bouteilles ont lieu au à printemps de l’année qui suit la vendange, lorsque le vin assoupi par l’hiver refait sa sève. A ce moment la 1 maison triplait son personnel. On acceptait tout venant $ capable de porter un panier pour trois francs par jour, les de femmes deux francs cinquante. En tabliers blanes, elles # pettoyaient les champenoises de la verrerie d’Hornis. : Les grandes machines à rincer rendent vingt mille ( pièces avec six femmes par dix heures. Les bouteilles, frottées, dans un jet d’eau acidulée, par des perles de à verre et des goupillons métalliques, puis rincées, passaient pures aux mains des remplisseurs. M. Hartmann commençait à recevoir de la verrerie allemande meil: leur marché, mais, peu sûr de sa qualité, il ne lutilisait * encore que pour les petits vins à trois ou quatre atmosphères vendus en France. À

  • Il tirait, cette année, un million de bouteilles. Il en possédait trois millions en réserve dans deux grands 3 hangars d’où venaient en file, du fond de la cour, ÿ les rouleurs de brouettes qui approvisionnaient les

La pauvreté de la vendange arrétait les commandes ; * aux verreries et M. Brizet, maître verrier d’Hornis, - “ licenciait les relais. Lecat, de Quiquengrogne, remettait son mobilier sur sa brouette. fe Le vieux système de tirer le recoupage du foudre en | ie pièces puis de pièce en bouteilles était depuis longtemps remplacé, chez M. Hartmann, par un agencement de « siphons alimentés par une conduite mère branchée à la fontaine du grand foudre. à Aucun temps perdu à ouvrir et fermer des robinets. À È . En trois heures les quatre-vingts hectolitres de la cuvée

  • passaient sous verre. Les remplisseurs présentaient les ae $ goulots aux tubes argentés d’où coulait, mesurée par un … flotteur automatique, la quantité nécessaire pour rem- plir la champenoise jusqu’à quatre centimètres de la 2 bague. Cette chambre, cachée au consommateur par la feuille d’étain, sert à loger entre le liquide et le bouchon le dégagement explosif d’acide carbonique. _ Rostchild, embauché, éprouvait des convoitises ter-
  • ribles à l’odeur capiteuse du vin fin. Sa face maigre « s’ornait maintenant d’une cicatrice sur la pommette On l’employait à porter les paniers pour lui éviter la ; k. peine de se sucer les doigts. Il lui restait la consolation pa des deux litres de rebèche distribués par la maison à ne Auprès de chaque remplisseur, un boucheur manœu- = vraît la machine à mouton dont la broche appuyée pa : ia descente d’un poids de neuf kilogrammes enfonçait dans le goulot de seize millimètres de diamètre, un bouchon de irente-deux millimètres valant cinquante 6 francs le mille. La tête mordue serrée par la bague F3

& - la peine des hommes ” _ épanouissait sa révolte que l’agrafeur, manœuvyrant sa __. machine à deux leviers, écrasait sous un fil d’acier. 2

Ces deux hommes travaillaient quatre mille bouteilles 4

F par jour. +5

Sous les palettes du remueur maintenant le mélange parfait, les vagues de vin battaient le foudre sonore. 4

: Le jeu des mécanismes en œuvre aux mains des ouvriers ; ; piquait des notes sèches sur le bruit mou des pas de la

: multitude active dans la salle immense. 7 4

: Les chefs de cave voyaient de près le rendement du

personnel de presse enclin à fléchir. Un monôme de porteurs prenaient deux par deux les paniers à six cases où les agrafeurs déposaient les bouteilles finies, et les menaient au ras-cellier. On y plagait, pour le départ de leur fermentation sous verre les vins de petite carte. La. 4 ; température de seize degrés accélérait la prise de be: ; mousse, ce qui permettait de finir et de vendre le vin : ; plus tôt. Les champenoises empilées sur lattes traçaient d’un bout à l’autre du cellier l’alignement parfait des cubes de goulots ei de tessons montés impeecablement Les grandes cuvées prenaient leur mousse en cave, la 3 température basse créait le grain plus fin et l’échappe- … ment plus long; les vins activés détonnent, éclaboussent, puis meureni. 3 Au milieu du cellier, dans un trou de puits gardé par ; une barrière de fer, une chaîne sans fin descendait aux à Crayères les paniers pleins et remontait les paniers M vides que les porteurs ramenaient aux agrafeurs. M. Constant, chef de cave, voulant surveiller Ini-

  • même l’entreillage de cette cuvée, gagna l’escalier de descente dont la large porte de fer perçait le mur blane #

Ë ou fond du cellier. En louvrant, on sentait la froidure JR

… des souterrains creusés au pied des quatre-vingts e “ marches de pierre blanche, dont la dernière mourait À a: *_ sur le sol cimenté d’un couloir menant à un puits de Sc “ crayère aux parois de quarante mètres tapissées de Fe

  • champignons noirs. Le brouillard sué par la carrière PTE humide matait la lumière de l’orifice étroit. Cinq gale- 2 « ries rayonnaient vers d’autres puits striés par l’outil des Se ._ ancêtres qui taïllèrent là les pierres de leurs maisons 2e É disparues. Dans les berceaux creusés aux parois vieil- è 7 … lissaïent les masses de bouteilles dont on ne voyait que des pe 4 les premiers rangs vêtus d’une moisissure épaisse. Les et 11 galeries de réserve, sans éclairage, cachaient leur LE Mu profondeur mystérieuse. Les lampes électriques sui- ” LS … vaïent les galeries de passage. La craie vernie d’humi- LATE | aité et le verre propre des bouteilles récentes répliquaient fs pa à la lumière par des reflets froids. es Fe Le parcours des caves mesurait dix kilomètres. On N se k creusait chaque année des galeries nouvelles. LEE hs . M. Constant arrivait au puits placé sous le ras-cellier ns Æ LA d’où descendaient par la chaîne sans fin les bouteilles 1 | de la cuvée nouvelle. Des hommes masqués par l’ombre ee Pie menaient — dans des poussettes au roulement silen- or … cieux sur la terre humide — à une galerie d’entreillage ee dont la voûte basse maintenait une température de US É 12 degrés propice au départ de la fermentation en vase Dar “ clos. Les cavistes conduisaient avec maîtrise leur re È architecture de verre montée sur des lattes de hêtre e créosoté. Ils arrivaient le matin etpartaient le soir à six : Ê

2 heures et demie. Absents pour diner, de midi à deux RS … heures, ils prélevaient en outre deux goûters d’un quart ee boure, à huit heures et à quatre heures : neuf heures L

s la peine des hommes a Dre et demie de travail pour dix heures de présence. È M. Hartmann ayant muni ses caves de nombreux perfectionnements, ses ouvriers y trouvaient toutes leurs 4 commodités. Dans les maisons moins accomplies, les sorties au grand air permettent aux hommes de réagir ; . un peu contre le brouillard des crayères. Es On calculait la capacité d’endurance du corps humain en songeant à Bourru, d’Hornis, soufflant devant un four à douze cents degrés les bouteilles que les = cavistes maniaient dans la nuit froide des catacombes. Ÿ A vingt-cinq ans, les rhumatismes travaillent leurs art Trois mille hommes à Reims mènent leur vie de taupe dans les trous du sol crayeux dont la fraîcheur précieuse aide l’achèvement des grands vins. Ils touchent cinq à six francs par jour et deux litres d’un mélange de piquette et de vin du Midi, baissé à huit degrés par un mouillage. , | La casse des bouteïlles pendant la prise de mousse augmentait auparavant beaucoup le prix de revient. Aujourd’hui, les calculs de conversion du sucre en acide carbonique sont à ce point précis et les verreries ont modifié si heureusement leur composition, que la casse compte un pour cent, au lieu de cinquante pour cent w autrefois. Le prix de la bouteille de champagne n’a pas baissé pour cela ; le bénéfite du négociant mieux outillé . augmente chaque année, le salaire de l’ouvrier ne progresse pas, celui du vigneron diminue. C’est pourquoi P. K. Hartmann possédait un palais de pierre blanche « orné de dorures. ; : Sa richesse était grande; ses caves contenaient sept millions de bouteïlles. Une réserve de soixante mille : 72 4

“hectolitres en cercles garnissait les galeries extrêmes NAN de sa baronnie souterraine. : 1 _ Deux cavistes poussaient un nettoyeur de treize ans” dans un foudre de dix hectolitres vidé pour la dernière an cuvée. Le crâne de l’enfant entrait juste par la trappe. pa À treize ans, quand la tête passe, tout passe. Sa main AR sale ressortie prit la bougie dont la flamme attaquée e par Vacide carbonique se raccourcit à l’entrée. à L’alignement des füts s’éloignait dans la nuit des à ‘galeries de cinq cents mètres. : _ | A côté d’Ay et de Cramant tenaient quatre récoltes Lg de Berny. Les commerçants dépourvus d’avance livrent À le vin de l’année, trop jeune, qui mousse jusqu’au pla- 4 fond et manque de velours. M. Hartmann relevait les DER cuvées pauvres par son trésor, de crus des grandes Le grattement de l’enfant dans le foudre vide cessa; À le petit, incommodé par l’acide carbonique, se reposait. Le bruit du travail d’entreillage des cuvées nouvelles dans les premières caves n’arrivait pas ici. Le silence, | ÿ différent de celui de la terre, effrayait, ce silence terrible des souterrains qui semble être d’avant le premier bruit du monde. Des gouttes d’eau distillées par la craie A tüntaient. Un rat furieux cria et la course d’une lutte acharnée passa sous les tonneaux. | À L’été, des explosions de bouteilles animent les galeries; les piles opposées s’envoient des tessons. Il ne fait pas bon passer là. La fermentation finie, on déplace le tas pour l’épurer des brisées ou des « recouleuses » dont le bouchon vi- ; cieux a laissé fuir le vin forcené On le reconstruit dans une galerie plus froide en portant les bouteilles cou- |

la peine des hommes $ “ chées sur le même côté, afin de ne pas remêler au vm le résidu de fermentation descendu sur la paroi basse. Les ouvriers les manient par la bague pour éviter des blessures si elles éclatent — presque toujours au bas du col. — Il arrive cependant que le goulot fend en longueur : le biseau entre dans la main de l’homme.

Puis, vieillies d’un an, elles sont mises sur pointe, engagées par le goulot dans des pupitres percés de trous à soixante degrés, presque horizontales, le dépôt toujours en bas. Il faut le rassembler sur le bouchon. Cela dure de six semaines à deux mois, quelquefois beaucoup plus, selon les difficultés du vin. Le « remueur » chargé de cette clarification saisit la champenoise par le fond, la soulève un peu dans l’encoche de bois, la - secoue rapidement, d’un mouvement très court — ses poignets seuls travaillent — et la laisse retomber,

Certains vins se remuent tous les jours, d’autres tous : les deux ou trois jours. Aucune règle n’est possible; l’ouvrier s’instruit sans cesse; des cuvées lui apprennent des difficultés qu’il ne connaissait pas après dix ans de pratique. Le remueur ne mène pas le vin, le vin le Sur dix hommes cinq renoncent au métier, leurs poignets surmenés enflent; des contractions nerveuses dé- truisent la régularité nécessaire. On les emploie à d’autres besognes. Le remueur touche la plus haute paie : six francs, et travaille sans surveillance constante. Il vit comme un rat dans les galeries désertes où rien ne s’entend que le bruit des bouteilles secouées par le l

. mouvement d’horlogerie de ses poignets. La chan74 |

“ delle éclaire sa figure grave d’homme qui vit dans le M;

“ Toujours sur pied, il se fatigue plus que les bou- | |

… cheurs assis; ses mains parcourent le pupitre, depüis le due

p dernier rang, à dix centimètres de terre, jusqu’aux

à bouteilles du sommet, à niveau d’épaule. PA à

Il en remue seize à dix-huit mille par jour, les redres- |

Ë sant chaque fois un peu jusqu’à les placer verticale-

_ ment, quand tout le dépôt touche le bouchon. VE

“il rencontre des besognes difficiles; les vins riches, |

FA | tendres, rassemblent facilement leur lie; celle des vins R

ra durs adhère au flanc de la bouteille : fait des masques. |

Fi Des vins capricieux incrustent leur dépôt on ne sait +

_ pourquoi : une affinité mystérieuse entre le verre et le

“ résidu de la fermentation. On le détache en martelant ù

“ électriquement les bouteilles. ie

k - … Après le remuage, les grands vins vieillissent, mis en, [ #

“ masses, sur pointe, dans les berceaux. Le temps tisse” ik

| des gazes noires et des velours épais sur les ve ;

où s’agite, chaque printemps, le vin réveillé. Les ca-

5 - vistes leur épargnent quelquefois la douleur de vieillir.

M Boire dans les vins sur lattes est facile : on repousse “a

è la bouteille vide à sa place, goulot cassé, vue de fond;

… cela compte plus tard dans le bris de la prise de |

k mousse. Pour les vins vieux qui ne cassent plus, c’est

difficile : il faut boucher le trou par une bouteille prise ailleurs, ce qui crée des inégalités. L’année précédente,

“ une cuvée réservée se trouva émaillée de vins plats,

… jeunes. Le client se fâcha. On obtint, par de l’argent, la À

délation des coupables. Dix hommes furent congédiés. je

À L’esprit des cavistes n’est point trop tourmenté de

… solidarité. Ce sont de « bons serviteurs ».

É la peine des hommes HR Mau AN ‘Le précédent des ouvriers vieillis dans la maison” #13 donne une garantie d’avenir aux camarades jeunes, cé mais ces vieux, satisfaits, rebutent tout groupement à: L’ « Association des tonneliers et ouvriérs de caves » 1 n’est qu’une société d’agrément docile aux négociants. ; Moins pénétrés de servilité, les travailleurs calculeraïent | MS qu’une maison qui réalise plusieurs millions de bénéfice par an, peut augmenter ses salaires. La baisse venue, « | il serait trop tard pour l’exiger. L’homme à cent sous ‘ par jour perdait sa chance de rectifier la répartition J des richesses. ù Les grands négociants ne voient jamais leurs sala- | À riés. Ils croisent dans la rue, sans les reconnaître, ceux qui moisissent depuis vingt ans dans les trous de leurs M \ crayères. Mais ils font surveiller leurs opinions par les chefs de cave. Bien avant la loi sur le repos hebdomadaire, les grandes maisons accordaient la liberté du dimanche et des fêtes religieuses. . ’ L’obligation votée, elles ne donnèrent plus à leurs ouvriers, lésés par le gouvernement, qu’un jour par « Ma maison, affirma un grand patron, ne sera pas Ce négoce n’aime pas la République. Cela s’explique
par les sentiments naturels aux ducs, comtes et mar- | quis, possesseurs des marques françaises ; par l’habi- | tude de P. K. Hartmann sujet d’empereur, et aussi par La Cour, lieu de gala et de magnificence, entretient le goût des produits de luxe. Le champagne est boisson M

MX, e princes. Ses étiquettes portent : Impérial, Royal. Pl “ Républicain Mousseux ferait rire. Royal Mousseux, on ‘4e M: Hartmann fournissait la cour d’Angleterre et PA . l’aristocratie anglaise. Mr. W. N. Balcombe représentait Ne sa marque à Londres. Il achetait ferme chaque année ire 1 “ trois cent mille bouteilles et les revendait par l’inter- ai F: médiaire de sous-agents dans toutes les parties du F4

  • Il vint, en décembre, déguster les cuvées « goût 119

Le cabinet de M. Hartmann contenait trop de in

Re bronzes : des chevaux cabrés, des guerriers brandis- “ sant leur glaive, des femmes sérieuses, nues. Devant ie … une tenture de gros velours rouge luisait le buste du EE _ On appréciait la discrétion de ce culte du Fétiche à à après avoir vu, dans Reims, un monstrueux aigle impé- si … rial sur la porte — « goût allemand » — en bronze et à … culots de bouteilies, du plus grand négociant de Cham- FA … pagne, officier de réserve dans l’armée prussienne. 1 à M. Hartmann et Mr. W.N. Balcombe se saluèrent avec & un plaisir apparent. Ils conversèrent en anglais. F “ … — « Cest dur maintenant, dit Mr. W. N. Balcombe, LES

  • de vendre le vin cher. » L NE “ Il cita des maisons de Reims et d’Épernay qui livraient D k. Panco, Londres du champagne à quinze shillings la LE à . « Il va falloir baisser vos prix. » d _ —« J’allais vous parler de les hausser, dit M. Hart- s 6 LS -mann. La délimitation de la Champagne donne à ma ! li marque une consécration qui vaut cher. » *#

.. la peine des hommes S 11

Affirmant son idée par un balancement continu de sa : grosse tête à cheveux ras, il fixait sur W. N. Bal- 4 combe ses yeux bleus largement cernés de bistre par M un trouble fonctionnel, car il atteignait soixante ans et sentait la fatigue de sa vie laborieuse. 4

« Qui boira ce vin à quinze shillings la douzaine ?… 4 Les Français de Londres? L’Angleterre est le pre- î mier pays du monde pour apprécier le bon champagne: À On ne vous fera pas avaler de la limonade comme | aux Français, qui aiment nos rinçures de füts, bien 4 sucrées. Je revends les miennes aux maisons qui 1 livrent franco gare Paris à un franc vingt-cinq la bou- 4

La figure de W. N. Balcombe marquait cinquante É

ans. L’habitude de garder les dents serrées faisait pa- M raître plus maigres ses joues tendues par la saillie des maxillaires. Il secoua la tête à contre-sens de M. Hart- ;

à mann et le pria de lui faire goûter les cuvées.

Un valet approcha une table de marbre ornée ‘en M incrustation de la marque Hartmann: une banderole à la devise de Champagne « Passe avant li meillor ».

Il posa des verres en cristal à pied court, plus étroits 4 de bord que de fond, et déboucha les échantillons frap- M pés dans deux seaux d’argent. Un parchemin agrafé 5 au goulot portait le détail des cuvées. La mousse du M Berny, assagie par quatre ans de cave, sortait sans M violence, abondante et fine. W. N. Baicombe mira le M vin, but et dit : « Je prends. » |

Le débat des prix cota la bouteille à sept francs en M gare de Reims. (4

Leurs affaires conclues, les deux commerçants se 4 promenèrent avant de dîner ensemble. 4

; — « Placez-vous maintenant beaucoup en France? » — « Non. Le Français n’apprécie que le champagne vendu par un duc, un comte ou une.veuve. Il ne sait N pas boire. Le mousseux l’amuse; il veut que le bouchon : marque le plafond et que les femmes se bouchent les “ oreilles. Ii le débouche, pour le bruit, à la fin du diner. … Alors, le goût fatigué de mangeaille, il avale nimporte quoi. » f — « Le Français est frivole, dit W. N. Balcombe. … L’Anglais ne prend pas le champagne pour rire, avec “ Jes douceurs, mais au commencement du repas. Son palais, reposé, ne se trompe pas. Il lui faut un bon vin. » | M. Hartmann, trop âgé pour marcher longtemps, ils prirent l’ascenseur pour jouir de la vue sur la terrasse. | Un parc isolait le palais blanc, puis commençait l’ali- | gnement des bâtiments de travail; les celliers aux longs toits clôturaient les cours vastes où les cavistes en ta- . bliers blancs roulaient des tonneaux. Des capots vitrés ; “ couvraient l’orifice ancien des crayères humides occu- » pées par trois cents hommes au travail sur le vin du maître. Les toits jumelés des hangars à bouteilles sui- | vaient ceux des écuries pour quarante chevaux. Le | bruit des maïllets assénés montait de l’atelier des tra- L’été, les amoureux gravaient leurs prénoms au canif sur le long mur en moellons de craie qui fermait le domaine sur la route de Châlons, puis tournait pour dé- … fendre sur le coteau la terre dont Hartmann disait, le « Ceci est à moi. » Une cavalcade du 16° dragons longeait la clôture, au

ù la peine des hommes ds De. trot vers les casernes proches d’où venait la musique ni 1 félée des trompettes. Des casques de soldats rentrant : 4 | | au quartier pailletaient le boulevard Pommery; les pan- M ds talons écarlates se voyaient de loin. « tie 4 Les routes blanches de la Marne crayeuse divisaïent ue

la campagne grise égayée par le disque rouge de lan M ligne de Mourmelon. Vers Reims, le vaisseau de la ca- à

thédrale dominaït la mer des maisons. s..

Mr. W. N. Balcombe repartit pour Londres le lende- M

main et écrivit, de quinzaine en quinzaine, pour l’envoi. À

de fractions de ses cuvées réservées. 4

| On finissait de les travailler en cave. k | Deux choisisseurs miraient les bouteilles de Berny. M Une ampoule électrique pendaït entre eux, éclairant leurs gestes en relief sur l’épaisse obscurité du bercéau

aux voûtes basses, noircies des végétations de Phumi- … È La transparence du vin limpide dans les bouteilles

vertes les faisait paraître vides. Le dépôt, formé en ‘4

F pièce de dix centimes, touchait le bouchon. Celles où un atome nageait dans le corps du vin, reiournaient au

A pupitre. Les bouteilles pures, placées sur pointe dans les cases des mannes venaient au chantier de dégorge- ; ment installé dans une cave cimentée. Le fonctionne- B

3 ment des machines y produisait un cliquetis de métal M dominé par la détonation des champenoises débou-

Depuis les berceaux lointains, les porteurs amenaient M

, sur des poussettes les vins à travailler, parcourant de ‘% grandes distances à travers les puits blafards et les M

galeries noires où ils se guidaient aussi sûrement qu’un

passant dans une rue familière. 4

| Un homme plaçait le col des bouteilles renversées 1

  • dans les cases d’un appareil frigorifique. En trois minu- sa _ tes, le dépôt se formait en glaçon. Ki 1 Le « dégorgeur », poussant avec une pince en patte 1 » de homard le bouchon dégrafé, vise dans le flanc ouvert qi …. d’un tonneau en guérite, droit sur fond. \
  • L’explosion expulse, derrière le bouchon, le dépôt k … glacé. L’habileté de l’homme consiste à couper la sortie FA du vin. Au dégorgement frigorifique, la perte en liquide ss “atteint deux pour cent. Le débouchage à température %f « ambiante projette trois à cinq pour cent selon l’ouvrier. ny UE

“ A côté d’un vieux dégorgeur maître de son tour de AN tù _maïn, un débutant clignait des yeux à l’explosion et À tn: “éloignait la bouteille, accélérant par la secousse la Nr . vidange, et la perte du gaz. Le vieux, poussant le bou- 7 chon à fleur de goulot, le retenait du pouce pour le 1 lâcher d’un seul coup, de manière que l’explosion vive de

rejette entier Le dépôt. Si le vin fuse et gicle, la bouteille ! | est manquée. et À . Le dégorgement congelé augmente le rendement et la À Ra peine de l’ouvrier qui manie les bouteilles froides; le j k départ sec du bouchon meurtrit son pouce engourdi; il (Es 5 travaille avec l’onglée, l’entaille des blessures plus LEA “fréquentes torture davantage la chair glacée, mais la Re maison ne perd que vingt bouteilles sur mille qu’il PAR fre dégorge par jour. HALLE F Il est armé contre les éclatements, d’une grille de fer € Ée dont il couvre le corps de la champenoise; rien ne Ha garantit ses mains nues contre la fente en long du é ss Un peu de mousse suit le glaçon; il l’égoutte sur un “_ ionneau où se recueille tout le déchet. Les grandes

la peine des hommes he: | maisons se défendent de l’utiliser dans les cuvées nou- 1 velles. Elles disent le céder aux marchands de tisane. 7? L’ouvrier flaire le vin. La prime est de cinquante centimes par bouteille sentie mauvaise : rinçage manqué M ou bouchon vicieux. 4 La champenoise passe fermée au « doseur » qui la rouvre pour y verser la liqueur d’expédition faite devin fin, de cognac et de soixante pour cent de candi. La j fermentation a converti ie sucre du vin en alcool; ilest M « brut ». Les Anglais le boivent ainsi; le goût français 4 Ai demande huit pour cent de liqueur; l’allemand, dix. Les À Russes, aimant la sucrerie comme des ours, vont % jusqu’à vingt pour cent. Il faut aux Anglais un vin sans défaut, qui se suflise avec ses qualités propres, déve- 1 loppées par les années de cave, le sucre n’intervenant 1 pas pour en masquer les vices. “J

Des machines en métal argenté permettent le dosage de automatique de la liqueur par les apprentis. On addi- 4 tionne à la main les très petites mesures, comme dans 1 la cuvée W. N. Balcombe titrée à un demi pour cent. a Des garçonnets versaient le sirop blond avec une
louche d’argent de quatre dixièmes de centilitre. À Les boucheurs — chefs de chantiers — manœuvraient M e les machines à mouton sur des lièges d’Espagne valant M trente centimes pièce, enfoncés d’un tiers pour le conti nent, plus profondément pour l’exportation. La solidité À de la fermeture prévoit les tribulations de la bou- 1 Les bouchons marqués au feu Hartmann et Compagnie à entraient en trois coups de broche, de leur demi-lon- 4 gueur dans les goulots de la cuvée W. N. Balcombe. Un ficeleur les ployait sous la croix de deux brins de corde 82 3

(il blanche qu’il nouaïit de ses mains rapides. Sa machine: … un simple levier de force, les tendait jusqu’à écrasement 1

  • du liège. Le muselage au fil de fer ne contente pas les … “Anglais. Leur esprit conservateur n’accueille le cham- | … pagne que sous l’ancien bouchage à la ficelle. Les vieux
    k ouvriers sont de leur avis : il serre mieux. On le complète à la machine par trois brins de fil de fer. Un chantier rend mille bouteilles par jour. Cent bouteilles passent en une heure par cinq paires de mains. “ Gette activité fatigue peu les hommes; ils travaillent assis devant la machine, répétant mille fois par jour le même geste. L’usure vient de l’atmosphère. La saturation aqueuse de l’air des souterrains détruit leur | Les maisons sans installation frigorifique distribuent
  • les chantiers volants à pied d’œuvre, dans toute l’étendue des caves. Les cinq hommes : dégorgeur, doseur, portatives devant la masse à finir. L’appareil à froid ne pouvant être déplacé groupe tous les chantiers, +5 | Trente hommes vivaient assis dans la fraîcheur du caveau. Les lampes électriques projetaient le reflet de leurs gestes sur le miroir humide du sol cimenté. Le signal de midi arrêta le craquement des machines. Les ouvriers déposant leur tablier blanc, montaient les quatre-vingts marches de l’escalier de sortie aux arêtes usées à chaque extrémité par le piétinement des hommes qui se tenaient aux rampes. Il ne passait au milieu que les apprentis encore amoureux de Les remueurs, arrivant des galeries lointaines, sortaïent les derniers. Le personnel monté des caves ren-

a peine des hommes EUR contrait dans la cour celui des celliers et les femmes. . 1 de l’atelier d’habillage. Tous passaient, mélés, sous

Jarcade en pierre de taille de la grande entrée ornée ‘À de l’inscription dorée : « Hartmann et Ci° ». Leur M foule en habits pauvres déparaïit le décor magnifique des bâtiments luxueux. Aucun vêtement corporatif ‘4

| ne signalaït les cavistes. La casquette seule leur était 4

| Les femmes gagnaient deux francs cinquante à trois

francs vingt-cinq par jour aux divers travaux de parure 4

ù de la bouteille menés dass le cellier d’habillage. 1

Mr. W. N. Baicombe demanda au mois de juin dix à

“à mille Berny. Droites dans les paniers à six cases, elles + arrivaient au jour, salies par cinq ans de ténèbres. M Deux femmes les appropriaient à l’éponge. Les « babil- ï vis, la colle et les feuilles d’étain à trente-deux francs (}

le mille posées entre elles. ÿ

Elles paraient la champenoise, lissant des deux mains

À l’étain sur le goulot, en appuyant le fond sur leur ventre M NT protégé par un coussinet de jute. :1 Elles rendent quinze cents bouteilles par jour, pres- \

sant autant de fois sur leur sexe. Il leur est dangereux M

de devenir enceinte. Aussi, les jeunes filles seules tra- M

; vaillent ainsi posées; plus âgées, elles passent s’asseoir M | à la fabrication des muselets ou au marquage au feu 4 des bouchons. 4 La première plaçant le capuchon, une autre l’éti-

quette, la dernière la collerette, elles alignaient les “A

bouteilles coiffées d’or, d’argent, d’ébène, ou encore de M

laque par des capsules de métal à quatre-vingt dix francs M

le mille. ne.

Pr La collerette tenait la devise : « Passe avant li meil- a ù ca A |

. M: Hartmann avait dû défendre sa marque contreles ni | imitateurs. ve de Ko Di Un négociant avisé s’associa un commis nommé Hart man pour user de son nom sur des bouteilles achetées ou franc cinquante à des chimistes d’Épernay qui ha- ÿ Ar … billaient leurs produits à la marque de leurs clients. N? A ‘4 ; | Quelques centaines de petits négociants exploitent A x 148

_ ainsi en chambre une raison sociale déposée qui n’existe ae 5 î _ Hartman ne connaissait ni vignes, ni caves: il ven- Po À | dait deux syllabes sur du papier doré. À ie

à Hartmann, avec deux n, plaida, perdit. Hartman,un NE

in, plaçait à Paris où le vin cher se vend peu. FAT | Des établissements de nuit subventionnent les cour- *

k tisanes racoleuses du client amateur de grand cru. re %

_ Mais on gagne plus à majorer la tisane. Une bouteille ds | de Hartmann achetée neuf francs et revendue vingt,

& _ rapporte moins qu’une bouteille de Hartman payée trois e _ francs et comptée dix-huit à des hommes saouls. Mn ii Un n imagina de cacher une pièce de cinquante cen- VAE _ times sous la capsule et de confier le secret aux gar- |. . Ë | çons. Sa vente monta en un an à cinq cent mille bou- à M,

. teilles. Il n’en voyait pas une. La maison d’Épernay Fo AVE

pre M. P.-K. Hartmann conduisait plus sérieusement sa ie Fi

la peine des hommes SCI publicité. IL approvisionnaït ses vendeurs à la commis- | sion en France et ses agents en gros à l’étranger, de n M couteaux de poche, de seaux à glace en simili-argent, À | de tableaux-réclame sur carton glacé. À Leur exposition rétrospective ornait le mur au pied u duquel des ouvriers rapides habillaient de paillons les \ | bouteilles chemisées de papier rouge. j | Ils les couchaient par deux rangs de six dans des fl caisses sur lesquelles ils appuyaïent à pieds joints || avant de clouer le couvercle inscrit au feu W. N. Bal D’autres portaient des noms de pays lointains : | Des vanniers, maniant une alène d’acier, épaisse | comme une corne de bœuf, liaient d’osier rouge les 1! paniers blancs pour l’expédition continentale. 1! L’odeur du bois roussi venait du fourneau où un 1! — homme guidait sous la presse les planches à marquer à M. Erwing, employé à deux mille francs par an, | contrôlait le départ de l’envoi Balcombe. Des ouvriers 4 aux manches retroussées posaient les caisses, adresse en dessus, par cinq de hauteur, sur les camions à deux © Les lourdes voitures, sortant par la porte monumen- { tale, gagnaïent au trot de leur fort attelage, la gare ‘h petite vitesse où la marchandise prenait le rail, par À Calais, pour Mr. W. N. Balcombe, 10, Saint Edwards ”#

| à Fr Es wagons étiquetés via Laon Tergnier, Amiens
| matin, à Calais Triage par train 5.799. Débranchés en & ra mpe, ils repartirent, attelés à la rame du quai ouest, ‘426 pi otée sur les voies du port par le surveillant Martin, ts homme de grande expérience. s pi plaçait des wagons pour l’embarquement depuis A ing trois ans. Auprès de son entêtement, celui d’une mu e semblait du miel. Il suivait droit son idée, sachant 4e ien, depuis si longtemps qu’il l’expérimentait, que dans ù | la réalisation une idée vaut mieux que plusieurs parce qu’elle est une et que pour satisfaire tout le monde il ne faut plaire à personne. 1 Sollicité, menacé, dès son arrivée sur le port, par les v ent epreneurs de déchargement, transitaires, contrema îtres, tous avides de tenir leurs wagons avant le concurrent, il ne les écoutait pas. 1 d — « J’attends, dit M. Merlin, un chargement de foin et deux arrivages de carottes. Si mon cargo manque la “marée, j’écris à votre service central. » | | LA Cet armateur se flattait de diriger la plus grosse + ï af aire du port. Tous les autres transitaires ayant d’eux | la même opinion, le surveillant Martin fut abordé avec ;

la peine des hommes on une semblable importance par M. Darraidou qui lui - : demanda s’il se moquait du monde et pourquoi ses À \ wagons de vins et de fruits confits, arrivés la veille, | 4 n’étaient pas encore placés : , 1 \ « Une maison comme la maison Darraïdou n’attend Le vieux Martin, sifflani sa manœuvre, ainsi qu’un « Chacun son tour. » FL 4 et continuait méthodiquement ses aiguillages. 30 (| L’approche de la retraite lui donnait une grande M] Ni force. Les gens pressés usaient leur fougue sur sa séré- M | A hauteur du magasin où M. Darraïdou logeait son M | stock de vins en attente, deux grues travaillaient sur le M | ù vapeur « Cairnstrath » chargé de charbon pour le Gaz M 11 Derrière lui, un petit voilier de Norvège amenait de M} la pâte de bois aux papeteries de Blendecques. Le M) Ù dos, des marchandises pour Londres : des légumes en E | sac, des grains; des balles de foin dans le panneau

  • d’arrière et de la paille pressée sur le pont. Deux }l vapeurs amarrés poupe à proue, signalés suédois par Î la croix jaune sur leurs cheminées éteintes, déposaient 11 leurs chargements de bois blanc. Les passerelles tou- | | chaïent terre entre les raïls de la voie de l’eau où le. | surveillant Martin engageait les wagons à rouler en face du bateau de M. Merlin. no) Les déchargeurs, payés à forfait, ne se dérangeaient uw) pas à cœur content. Courant, une planche à l’épaule,” |

sur le urs Dit flexibles, ils narguaient le surveillant En 1 … heurté à un entêtement frère du sien. Il refoula sa rame “: F jusqu’à toucher la première passerelle. Les hommes lui pi

promirent de le jeter au bassin : ‘He _ « Vous nous rembourserez le temps perdu? On pt el 4 touche pas à l’année comme vous; trop payé! » F 21 Mais ils libérèrent la voie, car les choses qui doivent à wi … se faire ont une grande force. ‘ra nr ke Martin ravitailla de wagons vides les bateaux pleins ul | et de wagons pleins les bateaux vides. | “Puis il accueillit sans amertume M. Leroux, entrepre- LICE neur du « Caiïirnstrath », homme aimable, arrangeant, HER Eh 4 Il offrit un rafraîchissement à Martin qui le pria de le & _ faire verser à l’estaminet ordinaire, en face le bassin if Le … du Petit Paradis. Il l’y prendrait plus tard, après avoir HAE . mangé son pain. Montant sur sa machine qui sifilait, Li au pas derrière le pilote, il retourna à Calais Triage, P

  • chercher les wagons attendus. MS. / Les champagnes embarquaient dans l’avant-port, en NES | face le hangar Paul Devot où s’effectuaient toutes les = ua opérations et écritures de cette marchandise voyageant MA) 12 Le bureau de la douane touchait celui du chemin de VS N fer. M. Desvides entra prendre livraison de trois ‘4 _ wagons de vin. nn … Compagnie du Nord, s’accouda de l’autre côté et ils é he S | commencèrent à se dire des choses déplaisantes, car. nr D. M. Desvides ne retirait pas un colis de soixante cen- eh times sans rugir contre la Compagnie dont il fut 5j

| la peine des hommes ANS | Il confondait les gens du chemin de fer par sa grande Î connaissance des tarifs. M. Bélard subissait ses apo- | strophes avec la résignation d’un homme qui les saït | Son caractère, affaibli par dix-sept ans de discipline | administrative, ne lui permettait pas la réplique vigou- -reuse. Maïs, aussitôt M. Desvides parti, il se soulageait ll en répétant plusieurs fois ce qu’il n’osait pas lui dire. | | Autour de lui, cinq employés trop assis, vivaient | dans la puanteur du bureau sans fenêtre. Privés comme | | des anguilles au fond des baquets sans eau, ces pauvres gens se disputaient leur haleine, grâce aux dispositions »| prises par un inspecteur vivement félicité pour avoir, | en emmurant six personnes, épargné à la Compagnie une construction neuve. ï M. Desvides dit, à sa manière habituelle, lentement Ni et la tête en arrière, offrant la vue sombre de ses n’ « Mes wagons encore en retard… mes avis non hi! remis… ma marchandise avariée… Comment expliquer “@ L’homme du guichet est tenu de donner du sourire ï | . aux gens les plus déterminés à le pousser à bout, sous | peine de se voir noter : « manque de souplesse ». 7 | Ayant reçu des mains molles du seribe déprimé ses à | récépissés et émargé largement le livre d’arrivages, | M. Desvides passa au bureau de douane. Là, il mon- À trait moins la noirceur de ses fosses nasales, car mes- À |

  • sieurs les receveurs et commis, gens redoutables, 11 possédaient réglementairement, le moyen de lui faire : | baisser le nez. 14 | Le receveur justement de service : M. Labarre, se k

: aisait craindre même de ses collègues pour sa férocité } au métier. Ancien préposé, il en connaissait tous les Fe M. Vidal, son jeune commis, doué d’un plus heureux

| caractère, tenait la douane pour un petit jeu innocent ; “où Von gagnait, à travailler le moins possible, cent À

| vingt francs par mois.

n Le transitaire souhaita le bonjour à ces messieurs et

à eur présenta, pour en avoir décharge, l’acquit de régie Ê pipnéro 293, levé à Reims, pour le transport de quatre

wagons de vin, expéditeur Hartmann et Compagnie.

M. Vidal lui délivra un permis d’embarquement :

…. soixante centimes. La douane prélevait encore dix cen- « times par colis pour frais de statistique d’exportation

et deux francs quarante de connaissement par envoi.

”’, -Ces chiffres officiels ne supportant pas la majoration,

1 Desvides gagnaïit sa vie sur les « soins d’embarque-

ment » : trente-cinq centimes les cent kilogrammes.

La Société des Rouleurs de Calais le déchargeait de

| cette manutention pour cinquante centimes par tonne. à

M. Desvides retirait un bénéfice net de trois francs par

“Sur les trois wagons Hartmann chargés à dix tonnes,

“ce vigilant intermédiaire encaissait quatre-vingt-dix “francs pour retirer le récépissé.

4 … Les rouleurs de Calais, formés en coopérative, comp-

4 \taient soixante-quinze associés dirigés par un syndic.

ls embauchaient un nombre égal d’hommes « à la

semaine » et se répartissaient en équipes de jour et de

Eh . On reconnaissait leurs maisons dans le Minck, au fil é … d’appel tiré de la rue par le réveilleur. Astreints, par le

ia peine des hommes LR service régulier des paquebots, de marcher 0 , les temps, ils menaient une vie dure mais assurée par M} un gain journalier de 6 à 7 francs. Une forte discipline fl ; régnait sur eux. Aucun port de la côte ne possédait | des hommes aussi parfaitement organisés pour 1 décharger et charger les navires. : 4 fl Pour le moment, les bras croisés, ils se morfondaient, 4} : dans l’attente du bateau de Douvres en retard. : ni « Est-ce qu’il vient ? » demanda un brigadier rouleur M au manœuvrier de la grue, haut perché dans son logis | | La mer, très calme, coulait lisse depuis le bas du .} quai jusqu’à l’horizon vu du fond du port comme un fil ü. | tendu entre les bras des jetées. 4 4h Le brigadier Lambert, agacé par l’attente, demanda ° 1 . au surveillant Martin si oui ou non on travaillerait M} — « Voilà tous mes hommes à rien faire. Si vous M nous donniez des wagons, nous pourrions toujours | charger les paniers. » ‘4 Il montrait sur le quai, l’entassement des emballages M retour d’Angleterre, à renvoyer aux expéditeurs de M} fruits sur les réseaux du P.-L.-M. ou de l’Orléans. M | — « Et les laines, dit encore Lambert. Quand char- M gerons-nous les laines ? On n’a ni wagons ni bâches. » “1h Petit et gros, il rougissait en parlant, car tout effort % le congestionnait. 4 — « Chacun son tour », dit Martin. à — « Ce n’est pas souvent le nôtre. » 118 à Le surveillant ôta sa casquette et obéit au üc. #

| d’essuye: son crâne nu entre deux bourrelets de che- y à Lambert hocha sa tête rouge et partit en balançant #0

| vite ses bras courts, signe d’une détermination farouche, ; 4 mai s rien qu’en apparence, car il était brave homme, Mit À toujours de bonne volonté au coup de main. a f I entra dans les bureaux du « South Eastern and Fe “ par M. Jim Batter, capitaine, qui recevait par câble l’an- Ù 14 nonce du départ de Douvres du cargo de sa compagnie. Ne .— « Voilà la dépêche, dit-il, le « Maidstone » va être AT
à. « Elle » est partie depuis deux heures. » “PATES

. Méthodique, tranquille et têtu, mais serviable aussi de Eu et très estimé, Jim Batter ne trouvait pas extraordinaire AU Ke d’attendre le bateau. Il n’avait jamais rien vu d’extra- de au ord naire. Tous les événements se présentaient à lui K4 su le même plan et à considérer sans hâte les uns a) après les autres. ART Cet homme immobile accomplissait de rares gestes a dont le principal était d’allumer sa pipe. , Fi Une moustache grise fermait hermétiquement sa au ‘bouche. Il ne connaissait pas assez de français pour Ne prononcer des mois inutiles. Sa grande taille et l’habi- Ca tude de passer à côté des gens sans rien leur dire 4 ‘augmentait à son égard le respect et un peu l’inquiétude l Vi CL s esprits simples. Homme de la plus haute « respec- je à HE 1 souleva son long bras pour prendre la main de É de } j Ce diplomate représentait magnifiquement son pays, Ÿ ï moins par sa laide figure et son corps vieilli que par ni

. la s belles manières. x

: la peine des hommes Fe

Habitué à recevoir au débarqué les hauts personnages, | |

il ne quittait jamais les nobles attitudes, même en ce : moment, qu’il était chargé d’un chapeau haute-forme, À un peu pelé, et d’attirails de pêche dont un vaste panier j percé, mais dans le haut, pour y glisser les prises. À Son secrétaire, Herbert Stieven, capitaine, équipé de |: même, tenta d’arracher après lui la main du captain { Jim Batter, mais il faillit y laisser la sienne, preuve de y grande sympathie entre ces deux gentlemen. À Harry Pimple poussa le : « How do you do? », puis | coula un regard luisant vers les colis de champagne | que les rouleurs sortaient des wagons. Il lisait les M noms allemands, pyrogravés sur les caisses de bon vin 4 Il en tenait peu en cave, son budget alourdi par l’en- À tretien de trop de filles, toutes vêtues de bleu marin. On ignorait leur nombre exact. Il en cachait. 1 Herbert Stieven paraissait mal nourri. Il souriaït trop M facilement, signe de débilité précoce. La hauteur du 4 faux-col affinait son maintien. Sa pâle figure sortait M

F comme une vapeur de ce tuyau blanc. À |

Il appréciait le Hartmann Impérial, dégusté dans les M Les trois captains goûtèrent encore un moment la À forte joie de se regarder sans rien dire, puis Mr. Harry M Pimple et son secrétaire continuèrent leur route vers le : bout de la jetée d’où ils pêchaïent leur repas dans le. s A Un chien aurait sauté sous leur bras arrondi en cer- M ceau, car ils marchaient à la manière « smart » de M

Londres, semblant porter sous chaque aisselle un très … Le jeune Stieven s’écartant de l’axe du captain Pimple, démasqua le fond du pantalon noir de ce diplo- … mate, ravaudé d’un bout de jupe bleu marin. { ! Il avait, comme on dit, la pièce au cul. “ Le surveillant Martin refoulait sur la voie de l’eau, k d’autres wagons de vins. , FA … Le « Maidstone » apparaissait au bout du couloir des | jetées. Le petit navire, sûr de sa manœuvre, vira devant & l’écluse et accosta juste, bordant le quai. | De l’avant et de l’arrière, les matelots au jersey bleu, k brodé en rouge : S. E. & C. R. lancèrent les filins noués Es aux amarres lourdes que les lamaneurs hissèrent à — Le bateau ramenait des paniers vides sur le pont. è Une grue commença de le décharger; l’autre descendit … dans le panneau d’arrière son plateau de caisses. à Les transitaires s’assuraient, à l’ouverture des wa- … gons, du bon état des plombs et du nombre des colis. & M. Darraïdou arrivé en automobile traversa les Rrquipes de ropleurs qui brassaient la besogne en vi- “esse sous le harcèlement du brigadier Lambert et fit “ ouvrir un wagon d’Épernay. À ._ Suivant la manie des Calaisiens notables, M. Darraïdou —_accentuait la morgue anglaise. Se tenir en fil d’épée ne “ jui suffisait pas. Il se ployait en arrière. Cette raideur facilitait les craquements contre les fonctionnaires secs “qui prenaient, par réciprocité, une attitude équivalente, … de sorte que ces messieurs s’abordaient par le nombril.

  • La grue descendait dans le panneau d’avant les K caisses Darraïdou. Le préposé de douane traînait,

la peine des hommes | J’SSERERE

morne, ses talons à clous sur les pavés du quai et “4 | comptait, pour la statistique, les colis embarqués. 4

— « Et le permis? » demanda M. Labarre. d |

— « Je vais le prendre », dit M. Darraïdou. LS

Le réceveur de douane tenait ce manquement aux. À

formalités pour une sorte de sacrilège laïque. Le transi- M} taire lui tendit soixante centimes. M. Labarre ait : |

: « Non. Je ne régularise pas… Procès-verbal! » |

M. Darraïdou dut débarquer les caisses, acquitter le » Îl

permis pour leur embarquement et on les remit à bord. 4 |

| La figure de M. Labarre prit un éclat magnifique. ‘| Ces prouesses le grandissaient. Il pouvait tout : appré- M

hender les gens, les interroger, les déshabiller, après la. É |

« Vous n’avez rien à déclarer? » nn

Le travail allait bien, facile; les caisses de cham 4

pagpe, toutes pareilles, se posent sans recherche. 4

Les rouleurs les maniaient prestement; leurs équipes M”

À stylées s’activaient sans bruit. | On prenait d’eux grande estime en comparant le soin à

4 de leur travail à celui des déchargeurs du port. 4 | _ Leur discipline se fortifiait à de hauts exemples. Tout 1

homme pris à distraire un pourboire de la masse com- À |

mune était révoqué par l’assemblée de ses camarades. M}

{ls formaient une aristocratie du coltinage très fermée. M}

On n’y entrait qu’en déposant mille francs. On leur con- |

fiait la manutention précieuse des caisses d’or envoyées |

. par les banques de Londres à celles de Paris et dessacs Mb postaux de la malle des indes. ‘4 L’honneur de cette organisation revenait à leur syndic, « |

dur de bras et fort de tête. Peu sont capables de gâcher |

le mortier d’intérêt qui unit aussi fortement les hommes. h

| La prob é de leur main-d’œuvre profitait aux transi- fi 1 | ‘3 taires qui gagnaient leur vie à ne même pas regarder Hu 1 #6 _ mettre à bord la marchandise. Ce travail consciencieux PA . n’appelait pas leur surveillance. Won Onze heures, la marée montait, sans vagues, comme. nl 1% | sile vase du monde contenant la mer penchait lente- ‘ ment du côté du port. ! .E … Les mouettes flottaient en bouchons sur l’eau unie du EM | 1 bassin Carnot dont les grues tendaient leurs longs bras al 8 sur les vapeurs norvégiens chargés de poteaux de sapins * 1]

. pour les mines. J KE _ Elles élevaient des collines de rondin clôturant l’hori- ou 1 zon du port. j ui ; me Des éboulements mouvementaient ces hauteurs. Le ji ji … roulèment des bois en avalanche venait, sur la sonorité MD | _ de l’eau calme, battre les échos des hangars. Le vapeur f de de M. Merlin sifflait sa sortie et entrait dans le bief. ti
Re Les éclusiers, prêts à tourner le pont, le barraïent aux in … Trois hommes le franchirent à une allure révélatrice je | de leur caractère : À FA DM: Blanc, directeur des paquebots, se pressait avec io) Me \ { importance. M. Alphonse Sirop, chef des voies ferrées Hi du port, daignait hâter, ie pas. M. Lévêque, inspecteur $ de Le du chemin de fer, énervé par l’abus des mathématiques, wi marchait selon les méthodes de Saint-Guy, paraissant 10 toujours pousser du pied une balle invisible. Fe Rice messieurs discutèrent les moyens de canaliser 1 ; ‘1 QUE Calais le transit des champagnes attiré par Boulogne. à …
M: Lévêque tira de sa serviette des fiches de statisti- WA di que honnêtement établies. Ingénieur des Arts et Manu- aa { Diftiures, il ne plaisantait pas avec la science en papier. 4

a la peine des hommes RER ÈS | … « Nous avons transité en mars 9.567 caisses prove- “si fait donc 15.326 caisses, soit 494 virgule 39 par jour, 4 chiffre minime auprès de ceux de Boulogne. Or… » {| Il prit une attitude démonstrative, les sourcils écar- M quillés et l’index droit levé à hauteur de Ia tempe:; il 4 n’aidait ses raisonnements que de la gesticulation d’un | seul bras; l’autre tenait toujours, outre la serviette, un parapluie de silésienne ; infraction étonnante chez cet | esprit discipliné, car les règlements de la Compagnie | en interdisaient l’usage. L 0 Il en achetait six par mois, aux boutiques de la rue À Royale et les perdait à mesure. | | Trop cérébral pour prêter attention à ses mains, il 1 | oubliait tout ce qu’elles tenaient. 4 On rencontrait sa serviette dans les bureaux où il \h s’était assis. Les employés la lui rendaient après examen 11 attentif des dossiers confidentiels. Ses parapluies ne se 1 retrouvaient jamais. KQl On ne lui connaissait pas d’auire distraction que de ï | les perdre; ses appointements de deux cent cinquante n. | francs n’auraient pu ajouter à tant de silésienne un peu de soie pour jupon. ni! M. Blanc lui demanda : 4h « Vous possédez la statistique de Boulogne ? » “4 Jamais M. Lévêque ne partait en démonstration sans se charger de chiffres comme une locomotive de houille. -”} . Mais M. Blanc trahissait son origine méridionale par | le besoin de signaler sa présence à l’aide de paroles 3 inutiles. Nouveau venu dans le métier, il n’y connaissait rien et brûlait de se distinguer sans fatigue. 4 |

bits M. Lévêque raidit son index droit sur sa tempe éclair- | | cie ‘et continua l’enchaînement des raisons devant k L

  • aboutir au soulagement du port de Boulogne. 4 Ge visionnaire bavard, détaché de l’existence immé- AE … diate par vingt irréparables années d’école, ne voyait Fe Lula vie que comme un tableau noir où inscrire des for- A 10 « Le transport par wagons complets de la tonne de vai a champagne ‘d’Épernay à Calais est de 19 francs 50, Ve Re et de 21,85 plus 2,50 de droit fixe de Calais à Londres. # % La caisse étant de 30 kilogrammes, soit environ 33 D caisses, virgule 34 par tonne, les droits de statistique : 4 ‘transitaire 3,50, nous disons donc que cela met la tonne | ” Il accentua la pose rituelle du démonstrateur, les yeux RÉ perdus, l’index pointé : 1 « Or, je sais que certains industriels transportent les rl | caisses de vin à forfait jusque Londres pour un franc “ “… vingt-cinq la pièce: manutention au départ, transport ‘ _ français, embarquement à Boulogne, transport par ba- À Ë “. teau et par fer anglais, tout compris. Cela, sans leur À _ bénéfice, met la tonne à 41 francs 67, soit 11 franes 52 ; … meilleur marché qu’au tarif régulier. Messieurs, je n’y —…. Cette roublardise confondait son jugement. Elle n’était SN 3 . point mathématique, homologuée, mais maligne et bien HE … rivante. Cela se passait dans la vie, de Fautre côté du je PA M. Alphonse Sirop zézaya des lieux communs : * … « Les gros transitaires se tiennent à Boulogne et y Fe a _ attirent le trafic. Le port de Calais n’a pas d’avenir.

la peine des honures SES | \ Il s’ensable. Quand Boulogne aura achevé son bass. 0 | en eau profonde, elle fera concurrence à Anvers en ‘il chargeant pour l’Amérique. Les paquebots de Hambourg “4 | y prennent déjà les passagers par transbordement. {

« Nous ne pouvons soulager Boulogne qu’en enjam- :

bant les transitaires pour le transport des champagnes “4

è et des fruits en trafic direct. 14 « Mais les expéditeurs n’en veulent pas. Ils craignent É |

les vols et les avaries si les opérations d’embarque- | D

è ment sont dirigées par le chemin de fer. » 1] Une modification des courants de trafic pouvant, par | l’afflux sur Calais, emporter sa tranquillité, M. Alphonse 4

Sirop tenait à ce que rien ne change, et il disait la vanité al

de prétendre dévier les transports de Boulogne encom- … 4 brée, au lieu d’y augmenter la superficie des voies. ne

M. Blanc souriait, non par gaieté, mais maladi- ki vement. Sa mâchoire inférieure pendaït, lui ouvrant la pl

| bouche, comme à un mort. L’affaissement perpétuel de hi] sa triste figure allait bien avec sa petite taille et son M | allure débile. Il inspiraït grand pitié, mais il ne fallait .# |

pas s’y fier. Le personnel redoutait les taquineries de M

” ce mal-venu. M. Alphonse Sirop le surnommait le Péril 4

Jaune à cause de son beau teint citron et de la sournoï- M serie de ses approches. M. Lévèque, moins venimeux, 4 | exaspérait ses subalternes sans méchante intention. M} Encombrant leur travail, il les talounaïit pour des choses M | mesquines. Son bourdonnement donnait envie de l’écra-, 4 | ser comme une mouche. à | La belle tenue de M. Sirop lui valait, après dix-huit M |

Ÿ ans de carrière, le poste de chef des voies du port. On 4

y plaçait un homme aimable pour faire les honneurs de N 4 la terre de France aux majestés en voyage. Il savait, D

F4 devant la marche indécise des souveraines encore trac … vaïllées par le mal de mer, épousseter de sa casquette ‘ dorée le tapis rouge des réceptions oflicielles. è Ce magnifique ouvreur de portières tendait habile- ; ment la main pour aider au marchepied les grands € personnages, car il n’était pas d’une fierté insupportable r et la moindre bank-note vaut cent vingt-cinq francs, sans l’escompte. f Les populations accouraient pour voir fonctionner ; k cette manivelle à courbettes. y Hors cette parade, M. Alphonse Sirop n’abusait pas Lu de ses brillantes facultés de domestique de grande L maison. Il laissait à ses sous-chefs la direction du gros trafic, non pas qu’il fût propre à rien, mais il savait se £ désintéresser du banal. ê La collaboration de cet homme de peu de foi et de DM. Lévêque, esprit rigoureux, ardent, créait des situa4 tions gaies. M. Sirop ricanaiïit de tout, M. Lévêque ne riait de rien. Ils se tenaient mutuellement pour complè- …_ M. Alphonse parcourait par sautillements de saltimbanque les divers chantiers du port où des hommes durs et graves regardaient, sans comprendre, parader _ ce figurant d’opéra-comique. ù L M. Lévêque le poursuivait à petits pas rapides, “ tortillant son arrière-train. Il affûtait son index pointu sur ses durs raisonne-

| Ces messieurs ne portaient pas grand soulagement

au port de Boulogne, mais ils passaient le temps, si long

la peine des hommes 17 1 TNA M. Blanc les quitta pour diriger le service des vieux | bateaux à roues de la Compagnie du Nord. La surveil- {| lance de ces deux épaves convenait à ce déchet 4 . d’homme, amiral verdâtre d’une flotte pourrie. Il prenait ; | mollement sa fonction à midi et la quittait vivement à | quatre heures. On disait que le ramollissement de cet | extasié venait de ce qu’il fumait l’opium. | Des vagues mignonnes léchaïient le brise-lames du | Risban patiné de mousse marine. Légère sur l’eau || calme, la malle anglaise entrait, silencieuse, ses ma- 4 chines stoppées, poussée par son élan sur le flux propice. | | Le captain Jim Batter avisa le captain Palmer du « Maïdstone », de la fin du chargement. Le bateau empor- | tait mille caisses de champagne, du vin en fûts, des bouchons, du beurre, des œufs, de la viande de lapin et | des châssis d’automobile. \ “1 Le pavillon du poste des pilotes interdisait la sortie. Î M. Tabouret, commandant de port, passait et avertit | de l’entrée des torpilleurs de Dunkerque, puis ül L apostropha les rouleurs qui encombraient le quai avec “h les bâches ôtées des wagons de paille. i 1 Volontiers brutal envers le petit monde, M. Tabouret ajoutait un article au règlement du port : « Troubler la | tranquillité du commandant est interdit », el en survell- à | lait avec vigilance l’application. Il montrait peu de 1 complaisance aux divers services approchés par ses nl fonctions. Ils le lui rendaient bien. Ces messieurs se N régalaient de chicaner le public mais plus encore de se! taquiner entre eux. La douane mettait une barrière i | devant n’importe quoi sans importance pour obliger les À officiers de port et les agents du chemin de fer à faire î |

  • le tour. Le fonctionnaire qui parvenait à marquer au È

| fonctionnaire : « Je suis plus que vous » comptait un \

  • beau jour dans son existence. RAS . Les _ Les torpilleurs entraient, en file, coupant l’eau bleue Lie de leur étrave noire. Ils glissaient avec la sûreté des à | bêtes de la mer. Ils s’amarrèrent bord à bord, embus- Eur “ qués, comme pour un mauvais coup, dans l’angle de A ” l’avant-port. dau A cinq heures trente, le « Maidstone » larguait. Dans 0) fl les jetées, un matelot déploya la croix de l « Union a Jack » à la pointe du mât d’arrière. MENT ee …_ On passa devant Harry Pimple et Herbert Stieven, ji toujours occupés à chercher dans l’eau leur nourriture. N < | Le captain Batter commanda : é MAN 114 « Full speed », par le porte-voix des machines, puis PRES

| _alluma sa pipe et croisa les bras sur la barre de fer de ; la passerelle. | Fe

…. Beau temps, beau métier. Le petit navire fila sur la

Foi pleine mer aussi calme que le port. Le travail de l’hélice fa “… bordait de dentelle mousseuse l’éventail du sillage. We “4 La fumée du bateau, jouant entre la lumière blonde ÿ et l’eau bleue, variait les dessins de son ombre sur la in mer ensoleillée, où l’écume laissait une grande route :

| 2 Quittant le relent âcre du port vaseux, on aspirait, 0 ne: hors de l’étreinte des jetées, l’haleine pure de la mer Ke fraîche. L’homme de quart retiraità l’avant le bastingage er de toile qui abrite, par gros temps, des paquets de mer. Aer

« Le vapeur dépassa des barques de pêche : « Cal. 4 “reportant à la mer le sable que la mer apportait au port, 2. Fa nr Le « mate » descendu par l’échelle de fer dans le F | carré de l’équipage, ramena deux matelots qui jouaient j

la peine des hommes Re aux cartes une bouteille de « Bass’ stout ». Le plus | ni vieux, indigné, dit que ce n’était pas d’un gentleman de “à couper la partie au moment où il abattaït le roi : Dieu sauve le roi! dd ; Il fila par dessus bord un jet de salive noir comme sa 4 rancune et passa la chique à gauche. le L’éloignement du bateau élargissait la vue sur la côte | | française. Sur la ville plate, le phare de Calais moniaït | en cierge, blanc derrière la barre d’ombre des maisons (| noires du Minck. On l’enduisait, chaque année, au beau ; temps, de couleur fraîche. La jeunesse de sa teinte Fe accusait la noirceur des autres ‘édifices dominant à | la ville : l’ancien phare et le beffroi bâti en pelote | Le cou des canons, tendu sur le talus vert des batte- J | ries de la côte, visait la mer. À | Entre l’eau et les cabines de la plage, l’éparpillement 1 | des baigneurs dégradait la blancheur du sable. Is des- | cendaient de la morne rangée des boîtes à guignol. À jusqu’à la vague insultée par leurs ébats sans grâce. 1 Le Casino achevaïit la laideur du tableau. fe ; Dans le sillage du « Maidstone » passa un quatre-mâts À QUAI voilier, tendant ses ailes blanches au baiser du vent, M entouré de vols d’oiseaux dont les sifilements l’appe- à | laient. Sur la couleur grise du bordage de fer éclataient M | . les cicatrices rouges des retouches au minium. l. Deux poules d’eau semblaient des perles noïres sur M le satin bleu de Feau calme qu’elles trouèrent en plon- Mk Les navires, nombreux à ce carrefour d’océans, des- M sinaient sur l’horizon la géométrie de leurs voilures ou u | leur paraphe de fumée. he |

| le front des hommes tranquillisés de voir loin. Rang el

| avant du « Maïdstone » en pleine marche, apparutla ligne ONE

F4 blan he des falaises anglaises. Une heure après, la tré LE SUN

pid ation de Fhélice cessa sur le bateau qui glissa vers dé { LEA Ne

| Ja | je tée proche. Le cliff vert portant le château crénelé, AVAIS

| … posait derrière Douvres son décor de verdure. Ho fu 52

j: Les odeurs de l’entrée des ports, venues de l”accumu 10

lation des vases et de la pourriture des grappes de 704

m oules découvertes à marée basse, souillaient encore TA

ici l’air vierge venu du large. 1 nn

“a Le bateau s’amarra sous trois grues aux tourelles N oh pi

rouges, prêtes à le libérer de sa marchandise. Don

cinq shillings par semaine, le déchargeaient. 4 qe

| Le soir tombait sur la ville calme, serrée entre la mer ‘. x NES

ce Le colline. Des soldats en uniforme kaki, remontaient j an

vers le fort dont les chemins de descente laçaient de sal

blan c les pentes vertes. SUP

| Bombant la poitrine et l’arrière-train, ils battaient de 170088

an 1 eur badine de parade, la mesure de leur marche À AA

Ge grand peuple redoutait la soif. Presque toutes les ne

petites maisons bâties en briques jaunes autour du A

por 1) offraient à boire des choses semblables : Coffee. ñ ar

“ Lea: Beer. Gin, sous des enseignes différentes. HT

  • Un missionnaire au faux-col boutonné dans le dos sa

annonçait la Bonne Nouvelle dans une « Reading He

p « Salon de lecture pour marins de l’État et du Com 4 |

la peine des hommes PA à h: | Dans le « Cinque Port Bar », mieux achalandé, mais plus triste, on buvait en silence. | Chez le clergyman, on prenait soif en chantant des | La mélancolie des bars « Wines and Spirits » gran- » dissait à l’heure grise du jour mourant. | Un matelot du « H. M. $S. Valiant », souple dans le | jersey de la marine de guerre, laissant nu son cou frais | promenait une miss un peu sèche doni les lèvres minces cachaient les vilaines dents. Une plume d’autruche | parait le trop grand chapeau épinglé sur ses beaux | cheveux. Les mains aux poches, elle de son manteau, | lui de sa culotte, ils entrèrent sans rien se dire dans le ; | Un grand policeman vêtu de bleu sombre, rôdait | silencieux sur ses semelles de caoutchouc. Il passait W par-dessus le rideau des devantures sa bonne tête cas- | { quée de noir et enviait l’intérieur des bars où les matelots des malles belges, anglaises et françaises utilisaient 4] les pourboires de la traversée. Ses boutons de métal 4 Par le bâillement de la porte sortit un pot bien plein. Très vite l’homme le rendit vide et, grandi de bien- à être, continua, imposant, sa ronde silencieuse. 4 On entendait les grues rouges dérouler leurs chaînes j au fond des panneaux du « Mzidstone ». Le chargement | des wagons pour Londres s’achevait. | |

BL Vins et Spiritueux en gros, 10, Saint-Edward’s — Jane London (E. C.), prirent le lendemain samedi, aux ;

  • bureaux du S. E. C. R., livraison des wagons de cham- | — pagne. Trois voitures menèrent, en deux voyages, la g “… marchandise aux caves de Dumpling Street. Tom She-

…_ pérd, ayant chargé quarante caisses pour SaintEdwards lane, roula dans le Strand (W.) à huit heures

… dumatin. Sans uniforme de métier, il portait un chapeau

à melon et un faux-col, fumait la pipe et ressemblait, en

  • quittant son fouet, à tout le monde. Son beau cheval 1% aux sabots cirés suivait un omnibus bariolé de réclames ; — rouges, jaunes et vertes, pour des savons, des pâtes à « polir et des farines lactées.

… Le conducteur, intéressé à la recette, glapissait l’iti-

néraire et racolait le passant. 2 Les porteurs de journaux criaient « Papers! » Le tra-

fic ordonné roulait sourdement sur le pavé de bois. Au

“ long des trottoirs, la foule des gens attendus à l’heure F —… allait vite, devant les rangées de boutiques déjà parées : <e dans les vitrines des « tobacconists » montaient des $ & architectures de cigares et de tabac blond; aux devan-

| tures pleines de « cakes » des « Tea-Rooms », les rai-

Y sins de Corinthe noirs piquaient de mouches la blan- |

  • cheur des pâtes lourdes.

FA Les bars vernis, nickels et glaces, donnaient froid.

la peine des hommes ‘a Ma | Sur les bancs d’impériale des omnibus placés face ala ô marche, les employés en route vers la cité marquaient, | ! par le faux-col et la pipe, la régularité de leur position be À | Ÿ Porter du linge et ne pas manquer de tabac distinguait “4 | . du besogneux en redingote et chapeau melon, mais un. (à | foulard au cou et rien aux lèvres. L # À Tom Sheperd guida son cheval luisant vers un abreu- 4 voir de pierre au bord du trottoir. Le respect des bêtes M | témoignait de la haute moralité du peuple. LU Une femme saoule s’accrocha aux roues de l’échelle n: î de sauvetage rouge, en station au milieu de Fleet 4 ‘ Street. Un policeman vint lui tenir le bras. Le peu qu’il ‘4 | en resta dans l’étau de son poing fermé trahit la maï- ”} greur de la pauvre fille. Le teint terni par sa nuit de À k rôdeuse, elle bavait des explications: « Sick. Very! M Oh! Sir! Very sick… » Sa jupe frangée battait ses M souliers sans talons. Le « constable » la guidait avec M un respect d’époux. On croyait voir passer un couple « ; de mariés pour la cathédrale de Saint-Paul, toute M proche. Mais le chapeau à plumes de la « lady »ne laissait aucune illusion ; il ne tenait plus à elle que par À un cheveu et lui tombait sur la figure, puis dans 1 Tom Sheperd prit la file dans la cité. Une discipline plus sévère régularisait le trafic énorme. Les voitures ne se dépassaient pas. F Les petits ramasseurs de crottin, en veste blanche M marquée au col des initiales L. C. (London City), … raflaient de leur pelle de bois ies ordures fumantes D: _ sur le pavé sec. Parmi les cabs vernis et les camions w de transport passait une voiture postale aux armoi- M

| ries du « Royal Mail E. R. » peintes en jaune sur fond } Une musique de fifres siffla dans East Cheap et un b policeman déblayeur parut, précédant la garde mon- Ë tante de la tour de Londres. Hi Le tambour-major rouge écaillé d’or balançait sa “ ettrois rangs de fifres jouant la marche des « Coldstream — Guards » en tuniques écarlates. Le bonnet à poil, noir, K ensanglanté d’un plumet pourpre, aggravait la figure - k. jeune des hommes coupée par la jugulaire massive en

  • cuivre fourbi. Les soldats rouges marchaïent raides, ÿ Fée grandis par la masse sombre de leur coiffure en poil de fi Un enfant de troupe, le bugle au flanc, portait, sur le PA bras gauche, le manteau de l’officier, qui tenait aussi _ droit qu’un cierge égouttant la cire chaude, la lame … blanche de son sabre. \é Accompagnant la mélodie flûtée des fifres, les tamki bours battaient un coup au pas, levant, en parade, la { baguette jusqu’au menton. Tous ensemble, ils roulèrent un tonnerre pendant que les flûtes montaient leur note 1}, Ë « en sifflement de bête furieuse. 1 Des conducteurs descendaiïent tenir leurs chevaux ? À effrayés. Dans « Great Tower Street », où les attelages “ chargés aux docks de « Lower Thames » ont un mal d’enfer à remonter la pente pavée de grès, l’encombrement eflila la colonne. L É La voix jeune de l’officier donna un ordre ; le vieux « … sergent le répéta à voix rauque. L’effort de crier fit vaciller son bonnet à poil. ÿ Derrière la garde, Tom Sheperd arrivait dans Saint Ï

l la peine des hommes du Hat ‘4

__ Edward’s lane (E. C.), la rue des boissons: « Wines | W. N. Balcombe and Co. Ld. y occupait une maison À | à la façade ornée de colonnes de marbre noir veiné 34 |

  • de rose, soutenant les chapiteaux des fenêtres ogivales. 4 | Le tuyau de descente des gouttières était de fonte | ouvragée, torse, noir et or. Aux deux angles du toit, = | des gargouilles ouvraient leurs gueules acharnées. n. Derrière les glaces à inscription d’émail blanc : 1 |

ê les ampoules électriques éteintes, au bout de leurs | longs fils, pendaient en araignées sur la tête penchée “…h des gens de bureau. ni | Cinq directeurs soignaient les intérêts de la firme | fondée au capital de cent cinquante mille livres sterling: | Le nombre des dirigeants permettait à la maison un ; | Cinq patrons voyageaient pour les affaires et y À | réussissaient mieux, par la force du gros intérêt person M nel, que des employés délégués par un directeur unique. 4 | La firme importait et exportait, en bouteilles et en ”#} S cercles, les Portos, Sherries, Clarets, Hocks, Brandies, À | Whiskies, Champagnes et toutes les choses bonnes à boire dans le monde entier. 5% L’office de Saint-Edward’s lane voyait les grosses car- “MY gaisons venues par Anvers, les affrétements pour les M colonies britanniques et l’entreposage aux docks. Les

| 4 caves ouvrant au ras du trottoir leur grille ouvragée ne Ne

ai: contena ent que des échantillons dédouanés servant de # … cote pour les opérations de bureau. DNS » 4 | Les luxueuses réclames des boissons célèbres ornaient rip à | les murs dans le bureau du « clerk » réceptionnant le ‘0

  • chargement de Tom Sheperd : les Maraschino de Zara, D “les Schiedam, les. Portos, les cognacs aux étiquettes io … étoilées, les vieux whiskys patriotiques : « Dieu sauve Fe …_ Les vins d’Australie signalaient leur infériorité pa 140 | pi des appels au sentiment national : « Support the Colo- R ’ ne _ La banderole de Hartmann : RE 9 | Bille Passe avant li meïllor » enrubannaït une bouteille Ds en émail d’or sur laque blanche. APE … Tous ces produits attestaient : « by special appoint- : 5 1 ment » leur consommation par la famille royale, ce qui À 14 ne la recommandait pas aux récompenses des sociétés ji : | de tempérance subventionnées par la couronne. nt ; Galles frisaient, sur les étiquettes de grande marque, la “ “ia jarretière héraldique : « Honny soit qui mal y pense. » il: (à , Au témoignage de cette hallucinante publicité, les j DES … Majestés et les Princes du sang apparaissaient comme LUS “une rangée d’outres en manteaux d’hermine. a _ Tom Sheperd reçut l’ordre de ramener au « London 10 #1 Club » vingt caisses de Hartmann facturé 99 shillingsla © ne « douzaine, plus. vingt caisses de G. H. Mumm 1900 à Na _p endre aux caves de 24, Dumpling Street (W.). à À MW. N. Balcombe storait là les marchandises dédoua- Fes # nées pour la livraison dans Londres et les réexpéditions D à dans l’intérieur de l’Angleterre. à “à

la peine des hommes à OS | Tom Sheperd reprit la direction de Saint-Pacl, mais | il s’arrêta au « Tower bar », car il n’avait rien bu depuis | Un racoleur de grill-room invitait les passants à !| manger de la viande : | Des concombres vert poli et des tomates luisantes séparaient dans la vitrine les tranches suifeuses de selle 7 #] de mouton et les coupes de bœuf rouges sur une den- L | telle de persil. ne | Derrière le comptoir de bois verni où l’on s’accoudait 4 | sans se baisser, évoluaient deux garçons pâles, la che- M | velure huilée fendue par une raie parfaite, à gauche. s Dans l’échancrure de leur smoking blanc luisait la M glace du plastron de chemise. Ils maniaient de leur ; poigne brusque la batterie des quatre leviers de pompe M < — « Mild and bitter », demanda Tom Sheperd. Le 4 barman mêla un jet de bière douce à un jet de bière. 4 | . amère et posa devant le livreur la chope de nickel où M s la mousse bombaiït, puis il asséna la monnaie à rendre « ’ d’un coup de plat de main comme s’il tuait une Des tonnelets en verre tendaient leurs robinets d’étain M} où il tira du « scotch whisky » pour deux femmes his- ” sées sur le perchoir des tabourets. . 4 | Un portier de banque, raide encore de ses années de M loyal service, entra, dit : « Bitter », paya, but d’une 0 ‘ seule haleine et partit, le torse bombé, en torchant du ‘4 | revers de la main sa moustache grise. 4 |

ie Les deux femmes, à voix très douce, redemandaient UE

  • du « scotch whisky ». À à _ Désaltéré sans excès, Tom Sheperd, claquant de la hé: “ Jangue, secoua les rênes sur le dos de son cheval. re X .- … Jusqu’à Charing X, deux fois les policemen l’arré- 4 — iérent d’un geste de leur bras au manchon blanc et .…. bleu, coupant le flot du trafic pour escorter une voiture À …. d’enfant et laisser des paquets de foule changer de trot- ‘ 4$ Parmi les habits sombres des civils aux attitudes sans ñ 4 —…. recherche passait la taille cambrée d’un soldat rouge. x 4 Sa toque de ville tenait en bonnet de singe savant, par __ une élastique. F. - Le bureau de « Dumpling Street » occupait le coin de à « Crow Passage » en voûte sous le viaduc dus. E. C. R. Nr La porte des caves de W. N. Balcombe and Company “— ouvrait dans ce tunnel de soixante mètres où six vaga- L à … bonds habillés d’aumônes mangeaient des ordures men- 5 …— diées aux cuisines proches du restaurant Gatti. …. Ils se portaient de préférence au bout du souterrain 3 “vers « Crow Street » à cause des onze marches où l’on ‘

Un homme à longue barbe grise vêtu d’une redingote

| recousue à la ficelle, paraissait craindre le froid aux ÿ | cheveux : son chapeau melon lui venait aux oreilles. Il Ç F serrait une rognure de jambon entre deux croûtes de « pain de mie. Son voisin, la figure rouge et ronde en fro- | Fe mage de Hollande, portait des oreilles fendues d’ancien k boxeur. Il commençait le repas sur une tête de poisson . dont l’homme à barbe grise regardait les yeux blancs. AS Le Un chien affamé flaira les nourritures. Les six misé- — reux le chassèrent à coups de leurs souliers troués. Le ‘

rs la peine des hommes M ST | boxeur en perdit un. Le chien le happa. Le déchaussé | | le poursuivit. DOTE | L’homme à barbe grise picora de ses longs ongles M noirs dans la tête de cabillaud. Le rougeaud ramena 1 la bête tenue par le lacet de sa chaussure retrouvée: 1 | Un chien vaut toujours six pence. ‘à | Une théorie d’hommes-sandwich descendit les onze 1 | marches du tunnel. Leur corps, maigre en viande, gar- k ’ nissait peu les deux tartines leur serrant le ventre et le : | dos. La charge posée découvrit leur pantalon usé aux 1 | genoux par le frottement de la marche sur la pancarte #1 de face. a haut de l’escalier. Ils reprenaient quartier dans cet en- 4 (f droit connu, pendant la morte-saison de leur vilain mé- 11 tier. La nuit, ils revenaient se mettre à l’abri de la ‘à D | pluie, ce qui est le commencement du bien-être, et tenir ï | chaud aux vagabonds gardiens du lieu familier. il Tapis contre les caves pleines de bonnes choses bien L | gardées pour les gens heureux, ils ne réclamaient rien | | que la suppression des rondes de policemen dont les | lanternes démasquées troublaient leur sommeil. 4 1 4 Les « sandwichmen » endossaient les planches obli- E ques, en pente de toit, où leur tête posait une cheminée. M | Leur procession de misère remonta vers le Strand. M} Tom Sheperd chargea vingt caisses de G. H. Mumm A 1900 et fut en dix minutes au London Club dont les ""} caves donnaient sur une ruelle, commune aux deux 4 | grands hôtels voisins (Gordon’s Limited), où ne circulait A que le trafic d’alimentation. À Le déchargement du charbon marquait le trottoir re. d’une lèpre noire. h.

AR ar les soupiraux des sous-sols, on voyait les vestes 1 _ bla açhes des cuisiniers intercepter le flamboiïement des # ni À fourneaux. Un volant de machine électrique décrivait 1 pue | son geste formidable derrière les vitres sales du pre- aa k mi er. Un mécanicien aux mains huileuses pencha sur Le 200 1 la rue sa tête aux cheveux ras. f 210 La puanteur des cuissons rencontrait le relent des nur. M H Ce « côté service » des grands hôtels-usines nourris- ‘4 JL f sait le « côté client » sur Parliament Avenue (W.). VAT 4 Entre les deux grands Gordon’s Limited la façade “de pierre grise du London Club s’égayait de rangées F de fleurs, sous les glaces des bow-windows. Des bords Ne À de la marquise avancée jusqu’à la réception des voi- À AÿI _ tures pendaient des plantes vertes. cl ‘4 La « season » entre le retour de Nice et le départ , 1 “_ aux eaux, animait ce quartier de high life. ji ….… La file des cabs en station au milieu de la chaussée ï | … coulait sans arrêt, avançant à la place toujours libre Ji du premier, appelé aussitôt placé par le sifflet des por:|! 1 2 ‘a 1 tiers d’hôtels décorant le perron de leur torse de vieux We _ soldat barré des rubans de leurs campagnes. La JU Ns ouvraient noblement la portière de la voiture ; . ( __ acèourue agile sur ses deux hautes roues, acceptaient ! pate re le pourboire en secret et appréciaient d’un coup d’œil A 4 1 la pièce au creux de leur main adroite. ’ NE de h Le piqueur en redingote rouge d’un drag soufflait Ë The b dans sa longue trompette de cuivre éclatant. L’attelage 1 ME. à quatre chevaux claquait ses sabots sur le pavé de À ‘4 “Le cocher à monocle salua les membres du dub _ debout en haut des six marches du perron fleuri. ho

la peine des hommes DR, Moins monotone que les cercles de caste : « Officiers 1% | | ù des armées de terre et de mer », « Membres du Parle- : | | ment », le London Club réunissait des sportsmen comme … 4 | le célèbre Lord Pimkins, gagnant du Derby d’Epsom,à _ - des hommes d’affaires et des propagandistes chrétiens. À à Ces esprits religieux s’entendaient bien avec les il | N « business men » pour l’évangélisation des races de à | couleur dans les contrées de bon rapport. TA 14 Ils équipaient des missions pour le Congo belge, car « | selon l’esprit de Christ et les calculs du Stock-Exchange, | l’Angleterre devait intervenir contre l’oppression de ce K. pays si fertile en caoutchouc. À | La barbare Belgique fusillait encore des nègres, alors | que la Grande-Bretagne avait depuis longtemps renoncé à ces répressions mesquines pour apaiser les popula ‘ tions par la prédication de l’Évangile, les exécutions à al la bouche du canon et l’usage exclusif des balles dum

È huit heures et demie du soir, Lord Pimkins sortit “a À après-diner de son hôtel d’Albermarle Street (W.).

…_ L’électricité du vestibule luisait sur les cheveux pom-

  • madés et les souliers vernis du valet tenant derrière à “ lui, la porte ouverte. ( À Lord Pimkins ajusta son monocle : guidant le rond

_ deverre sous le sourcil, il l”emboîta par écarquillements ù successifs entre la pommette et l’arcade; la bouche sui- i É … vant le même mouvement, s’ouvrait et se fermait. IL semblait essayer de happer au vol les mouches attirées | L par la lumière. d rl . Assuré de la solide position de son morceau de verre,

“. il partit, à pied, dans la nuit de juin très belle et mar-

cha dans Piccadilly, le bras droit arrondi en anse de ,

“. cruche. Du bras gauche également fléchi, il tenait par

le mauvais bout, une mince canne d’ébène dont la

“ crosse d’argent lui battait la cuisse. WE “_ Sa jaquette noire croisait sur un gilet à fond blanc LS coupé par le lacet flottant du monocle. A le voir aller si À

… lentement, on le croyait vieux déjà, car sa figure rasée à “ ne donnait pas son âge, mais cette apparence de fa-

À tigue m’était encore qu’une distinction.

LU Il aimait parcourir lentement le marché aux femmes

re de Piccadilly, une des plus grandes foires de la prosti- û

la peine des hommes fr D | Aucune formalité ne filtrant l’admission des étrangers dans la libre Angleterre, les filles inquiétées par la po- o lice de leur pays passaient la mer. Elles venaient de 4 Belgique, du Luxembourg, de France, d’Allemagne, car #| l’Anglais, disent-elles, paie bien. À ‘4 | Leur concurrence animait cet endroit de Londres. À | Lord Pimkins en connaissait plusieurs et elles le sa luaïent à leur manière : cligner un œil en souriant vite | sans tourner la tête, car elles savent le prix de la discrétion. Aborder un passant leur vaut, malgré l’éclat , ne | de la toilette, de suivre le policeman inflexible, le seul | | homme qui les emmène sans payer. 4 | Lord Pimkins regardait avec un très grand plaisir, . mais sans aucune intention marquée, le manège des M | dames à louer tourner de Piccadilly dans Air Street, ”# | puis Regent Street et encore Piccadilly; car maintenant ‘4 son cœur, si l’on peut dire, s’agitait pour une barmaid + Une énorme dame, très bien vêtue de noir, promenait “M | avec assurance le teint passé de ses quaranie ans, de h sp vant les sourires cruels de ses jeunes rivales. Les Fran- M | çaises balançaïient leur petit sac et prenaient l’air dé- 4 | __ daigneux de fuir ce qu’elles cherchent. n | La lourdeur des parures, les ceintures métalliques, Il indiquaient les grasses Allemandes. Re || À Une Jrlandaise à peau rose montrait ses bas verts, : 4 | K suivis par un grand nègre vêtu d’un drap un peu clair “I ‘pour son teint. Ses manchettes glacées débordaiïent É | . trop les manches. Il darda sur la femme ses yeux de 4 | bête où, autour de l’énorme pupille noire, des veinules ! | rouges cloisonnaient l’émail du blanc. nn || Elle comprenait cela très bien; à son geste, un cab, à 1 |

| en quatre coups de sabots de son cheval docile appro : cha sur ses roues silencieuses. rs ? WA

‘4 Les Anglaises offraient leurs grands yeux candides, je el leur peau fine et leur corps maigre, vêtu à dessein RE a

. Les Luxembourgeoïises, plus exactement moulées, LR

É … tendaient de toute la force de leur chair opulente les ‘se … courbes pures des costumes tailleur. nur | Une fille de quinze ans, encore inhabile quoique réso YAAATES lue, signalait ses intentions par sa rougeur et montrait À qi _ aux convoitises des hommes l’infinie habileté de sa . Le confusion de vierge. tue ie M Un vieux gentleman, vêtu, sur l’habit, d’une sorte de en … couverture de cheval verte, flottant jusqu’à ses souliers ARTE . vernis, suivit l’adroite enfant. ta 1 … Les conducteurs d’omnibus criaient : MAL …_ Le yacarme des autobus empestant le pétrole cho- NE …quait dans la douceur de roulement des cabs. | Re Entre la foule du trottoir et le trafic de la chaussée, ) rose | un salutiste en casquette rouge brodée de l’inscriptiono à EE élevait une pancarte tenue à ses épaules par deux pe Ne …_ I donnait des prospectus et criait des phrases AREAMES

| la peine des hommes à Fe | « On tombe sur les morts. | 4 | « C’est à cause… des nombreuses prostitutions… de 4 Une très jolie anglaise, couverte d’un long manteau E | blanc galonné de soie bleue, fixa sur l’homme lugubre « 1 le regard aîtirant de ses grands yeux verts. Un cha | peau de bleuets augmentait la lumière de ses cheveux | A voix basse, par crainte des policemen, elle lui dit: À « F… le camp ! Sanglant cochon ! » à Une brune française, finement vêtue de noir, son Et beau visage éclairé par une encolure de dentelle È | blanche, dit des choses plus fortes, avec un accent 3 | étranger étonnant pour une connaissance de la langue + menée aussi loin des premiers éléments. k | « Passe… habitante de Schaphir.. dans la nudité et | Chaque fille lui envoyait son coup de gueule. Elles savaient combien sa présence nuisait à leur commerce et la puissance de cet épouvantail sacré sur l’esprit et M la chair de la belle clientèle. L: Impassible et ardent, il continuait d’annoncer la colère de Dieu : ; « J’en veux à toi. dit l’Éternel des armées… Je F. relèverai tes pans sur ton visage… Je montrerai ta nudité aux nations. et ta honte aux royaumes ! » 4 Mabel causait à deux jeunes gens qui biberonnaient les païlles d’un « lemon squash ». Un col garçon pré- j sentait le visage frais de cette fine anglaise souriante, vêtue de noir. F à

Ni pas un cheveu fou ne rompait la discipline de sa ÿ | coiffure châtain clair, variée par deux mèches blondes do

  • nouées en catogan avec un ruban bleu. at “ Elle tendit à Lord Pimkins, par dessus ke comptoir, fa ses mains blanches, sans bagues, mais une grosse JA | gourmette d’or au poignet gauche, et s’enquit, à

—_ « Vous êtes bien ? » LUE h L — « Tout à fait bien. Merci ! » dit Lord Pimkins, qui

— pendit par sa crosse d’argent sa canne d’ébène au bord

du comptoir d’acajou, puis entreprit l’ascension d’un

2 — « Que voulez-vous avoir ? » x . — « Champagne, doux ange. Voulez-vous avoir un F

  • verre avec moi ? » F1 Elle décoiffa une bouteille de « dry », poussa, au . … départ du bouchon, un léger cri de fille embrassée, et,

_ les doigts mouillés, emplit deux flûtes gravées d’une me couronne de prince. Elle penchaïit, à petits coups, la

_ lourde bouteille vers les fusées de cristal où la mousse

— blanche nageaït sur le vin un peu doré, d’une limpidité Wide pierre précieuse. Elle ramassa le bouchon repris 6

  • pour six pence.

…_ — « Bonne santé à vous ! » dit Lord Pimkins. ” è __ — « De même à vous, Monsieur. »

be Elle but et demanda : pe —. — « Où avez-vous été, hier au soir ? » Î . — « Club, douce fille. »

._ — « Et où irez-vous, ce soir ? »

HE la peine des hommes nl De | Les deux jeunes gens réclamaient des pailles à sucer. | | Elle leur tendit les mains : tés LA : « Oh ! je demande votre pardon de vous laisser seuls. Û | L’un d’eux lui ayant baisé le poignet, elle l”appela: 4] Lord Pimkins offrait de nouveau : D | — « Voulez-vous avoir un verre avec moi ? » | Un gentleman de taille superbe, mais un peu déparé. 4 1 . par son ventre, entra droit s’accouder au comptoir. fl 4 | ” portait, sur les cheveux ras de sa grosse tête rouge, un #4} trop petit chapeau melon. Son habit à carreaux jaunes N | | sentait vaguement le crottin. qu | 1! Miss Mabel lui tendit les deux mains : « Vous êtes “4 bien ce soir ? » | — « Très bien chérie. Chammpègne ! » u | | Dans ce bar de luxe où ne venaient que des palefre M niers et des lords, on estimait peu les boissons 4 nationales : gin et bière. ‘2 — « Voulez-vous avoir un verre avec moi ? » D | Elle prit une bouteille de « Hartmann brut » et 4 |! retrouva le même joli cri de frayeur au départ du | bouchon, puis le ramassa : six pence. : Î Le gentleman crottin buvait le champagne comme F. | eau minérale avec du brandy, dans une chope à | Elle lui versa le quart de la bouteille en demandant : “M$ « Avez-vous le gagnant, cher ? » no! Il s’abreuva puis lui parla à l’oreille pendant qu’elle. 4 | le servait à nouveau. 1% |

fi — COh ! merci, dit-elle; sept contre un ?.. Je mettrai “ mon argent dessus, certainement. » …. Obligée par son service de tourner le dos à ces à messieurs, sa complaisance envers eux ne se reposait . point, car elle leur souriait dans le revêtement de | glace où ils se voyaient boire. : È Des étagères de cristal montées sur nickel portaient des tonnelets à robinet d’argent, des liqueurs, des “jeux de verre, des citrons, des plantes vertes, et tous “les grands mousseux dont les marques illusionnaient les Anglais sur la nationalité de la Champagne. Ils la croyaient annexée en 1870 à l’empire allemand : G.-H. Un Moët et Chandon surprenait. La cloison de glace multipliait la lumière des appli-

ques. Lord Pimkins approcha du visage frais de Miss … Mabel sa figure un peu tirée. AU — « Quand viendrez-vous, douce fille ? » Il la tenait “d’un doigt croché dans la gourmette de son bras Les yeux agrandis, aussi clairs que la glace derrière À elle, elle le regarda avec une douceur d’enfant : « Oh ! Monsieur ! Je suis une respectable fille. Que dirait ma mère ? Elle aurait son cœur brisé ! »

  • — « Chamm.…. pègne ! » réclamait le gentleman

— « Bonne nuit ! », dit Lord Pimkins.

Il traversa Piccadilly Circus. “ Assises sur les sept marches entourant la fontaine du . milieu de la place, les marchandes de fleurs offraient

  • des boutonnières.

; la peine des hommes à Fr | Leur aspect navre. Elles font un peu le dernier des | métiers. La consommation du scotch whisky ne les | embellit pas. “4 | Sur le trottoir du refuge, les boys cireurs de bottines É | posaient leurs petites boîtes ornées de réclames émail- À | lées noir sur jaune : « Berry’s Blacking ». É: | Les marchands de journaux : « Papers ! » étalaient M s sur la chaussée des affiches de grandes majuscules a | faciles à lire en marchant : ne || Des hommes trop vieux pour s’agenouiller devant les ni || souliers à cirer vendaient des allumettes. Tous ces pauvres gens semblaient, au centre de la place animée, 4 | | des naufragés perdus sur un îlot de misère. 4 | Le reflet des plastrons glacés éclairait la niche “h sombre des cabs capitonnés de cuir luisant. 4 | Lord Pimkins leva sa canne. Un cocher répondit du. 4 | fouet et approcha, rapide. | ‘à | — « Où mylord ? » demanda-t-il, par la tabatière du M Le cheval au poil luisant, martelant du sabot le 4 | pavage uni, enleva la voiture légère qui fila douce sur # ses roues larges et ses longs ressorts. 4 Dans une rue tranquille, des chanteurs de cantiques entouraient un missionnaire battant la mesure. Sa | femme touchait l’harmonium. Deux fortes lanternes « || éclairaient le cercle des figures aux bouches grandes Lord Pimkins craignait Dieu. Il ôta son chapeau 4 |!

…haute-forme, prit sa figure dans sa main droite et se 14 Le cab borda le London Club. La fraîcheur de la ; … Tamise et le parfum des jardins du quai Victoria K n: régnaient dans Parliament Avenue. | … La tour de Westminster sonnait dix heures à coups 7 forts et lents dont le bruit allait loin par l’espace ouvert … au-dessus du fleuve large. fé _ A l’heure des journaux du Continent, beaucoup de fe gentlemen occupaient les fauteuils de cuir rouge du salon de lecture. F4 “ On ne s’entendait pas marcher sur l’épaisseur du tapis ’

  • pourpre, sans dessin. … Les tambours des portes à frein pneumatique retom- à 1 baient sans bruit. Saufles froissements de papier, silence ÿ
    ; —_… Au-dessus des tables, deux lustres en bronze doré Fa tenaient, parmi leurs ornements compliqués, des grappes à — d’ampoules électriques dans des tulipes de cristal. à A un bout de la salle, sur la boiserie brune, le por4 trait encadré d’or du roi en uniforme militaire, grandeur naturelle. En vis-à-vis, la reine dans la robe du couron- sh) Li “ Sur la haute cheminée en marbre veiné, le buste en “ bronze de Napoléon, seul. . Lord Pimkins cherchait quelqu’un. Les gens assis de “ face vers lui montraient une semelle et les bagues des « doigts derrière leur journal déployé. _ Ilvoyait, de ceux posés de dos, les deux mains et les à … marges du journal dépassant de chaque côté du dossier. n Il dut demander à l’huissier : ,

la peine des hommes D. WE 14] L’homme indiqua un New-York Herald, édition euro = | péenne, cachant l’hermine du manteau aux pieds de £ a 1 Î Lord Pimkins reconnut le révérend à ses souliers bas; ”#} à boucles d’acier, très épais de semelle. ‘#0 (1 AT T1 alla lui toucher l’épaule. Le liseur posa son journal | | l grand ouvert par terre et suivit Lord Pimkins dans le MI} : Le révérend John Humdrum, Membre de la Société de E. . était creux de poitrine et long de figure. | S. | ! Les sermons aux multitudes et les cantiques à la ‘1 louange du Seigneur avaient agrandi sa bouche aux (0 lèvres blanches, entr’ouvertes dans la figure rasée, creu- Ke sée, par deux traces profondes tirées des ailes du nez. f: au coin des lèvres. ; 0 11 fixa les pieds de Lord Pimkins puis remonta lente. ”} ment vers lui ses yeux tristes et le regarda de travers” S 4, — « Je suis joyeux, dit-il, de vous voir. » “EU un sourire de ballerine : \ Ne « Sir John Elsbooth attend ces messieurs. » “7 | Derrière un grand paravent à six panneaux de soie M blanche brodés chacun d’un chrysanthème jaune, ce. gentleman buvaït du porto rouge. Il tenait son verre à sous sa moustache rousse quand Lord Pimkins lui ten- /{( dit la main. Brusquement levé, il raidit sa haute taille 210 q À « Je suis très joyeux de vous voir. » A ‘a À Le révérend Humdrum avançant doucement le bras | > comme pour voler quelque chose, laissa fondre ses 14 doigts mous ‘dans la rude étreinte de Sir. John. | Grands amis. Sir John Elsbooth, marchand de thé,

n conduisait ses affaires en Chine dans l’esprit de la. foi AU

A leur habitude des samedis, ces messieurs s’assirent 4

à une table d’acajou, ronde, au bord haussé d’un cercle Done Angelo peur | pos le dernier tirage de I

la carte des vins, imprimée noir et rouge, sur quinze SNES pages de parchemin, sous couverture verte, aux armes du London Club frappées en or. AN dr rente marques de champagne y énonçaient en six : AU

| pages leurs cuvées réservées, dry, brut, nature, extra Co “— « Nous ne changerons pas, » dit le révérend se Humdrum. Ces messieurs exécraient la fantaisie qui |! : 144

M vicie les fortes habitudes. Leur marque favorite étaitle 1 FER Hartmann and Co Private Cuvee. Extra sec 19. vendue CE « y 1e

8 shellings 3 par W. N. Balcombe et cotée ii à Pau

“8 shellings la bouteille, augmentation raisonnable de HU

ui2 francs 20 par bouteille, les grands hôtels allant 1,34 jusqu’à doubler ce profit. NU

geant leurs têtes blondes de la blancheur de la glace NT pilée dans le seau de nickel. CT

… Hanz Becker, garçon de salle, posait des coupes de. L ou cristal ornées en taille de croix et d’olives. Le maître AA d l’hôtel tira de son gousset un couteau gravé en rouge AEY nu “sur nacre « Hartmann et Compagnie » et fabriqué à QU (1

des grands hôtels et des clubs cet objet de poche alleLe brin de ficelle claqua sous la lame forte qui péné- “ % | tra un peu dans le liège coiffé d’or. Aidant du pouce le if ”

la peine des hommes nr 0 (1 bouchon libéré, le maître d’hôtel en pointa le tir vers la porte de service. L’expansion du gaz retenu par la | température basse de la bouteille frappée réduisit ne |

La mousse fine vivait dans la liberté des coupes, M | montait blanche, bruissait, fondait en un vin aussi pur 4) que le cristal taillé. “4 Angelo Bozzoni remit dans la glace la bouteille dont SA | le goulot bavait doucement, en escargot, et laissant | Hanz Becker en attente, alla surveiller le service d’au- n | ; Lord Pimkins fit reculer la table et mit sa jambe droite sur sa jambe gauche. Ils burent.…. 4 | — « Connaissez-vous, dit Sir John Elsbooth, l’histoire 1 | du lord qui voulait se mettre dans la chemise d’un “® homme heureux pour se guérir du spleen?.. Il alla M | dans le palais d’un roi parce qu’on dit : Heureux M comme un roi. Mais ce roi tremblait que son fils ne ‘4 | le fit tuer pour prendre sa place. Il n’était pas heu- À 1! reux. Le fils du roi craignait que son père ne le fit M cr « L’homme au spleen quitta le palais. Il rencontra 4 l’évêque qui se désolait de vieillir sans passer cardinal, “4 le lieutenant disait qu’à son âge il devait être au moins MM} capitaine. Le commerçant ne gagnait pas assez. M L’homme au spleen rencontra un voleur qui lui prit sa D. | montre et lui dit qu’il serait heureux s’il n’y avait pas E la police, mais l’homme au spleen ne pouvait pas sup- ni primer la police. RL a: « Il rencontra un mendiant et lui demanda, parce qu’il avait pris l’habitude de le demander à tout le monde : D: | — « Êtes-vous heureux? » ne |

4 _ « Et le méndiant répondit :

À . — « Je suis très heureux. Je n’ai pas de femme pour

; É’ me manger mon argent, pas d’enfant pour me manquer ‘4 _de respect, pas de toilette à faire pour plaire aux gens;

… plus je suis sale, plus on me donne, et plus on me | N° donne, plus je suis heureux. » …._ « Alors l’homme au spleen lui dit : à …—. — « Je vous achète votre chemise. » x « Mais le mendiant répondit : 1 — « Je n’en porte pas. »

Le Révérend Humdrum tordit sa grande bouche et

fe -joignit les mains en regardant le plafond quadrillé de L ; “…. poutres brunes biseautées d’or. Il jubilait. Le rire de is … Lord Pimkins plissa son visage pâle. Ils écoutaient ce

  • conte pour la cinquantième fois. - “_ Hanz Becker versait. Ils burent. 3 ._ —« Cela me rappelle, raconta pour la cinquantième | —_ fois Lord Pimkins, l’histoire de l’homme qui voulait | “. rendre sa femme heureuse. « Il lui demanda :

4 — « Chérie, que manque-t-il à votre bonheur? »

  • « Elle dit: … — « de voudrais une bague comme celle de mon |

…_ « Quand elle eut la bague, il demanda :

3 . — « Êtes-vous heureuse, maintenant, chérie? » M” @ Elle dit : Es — « Cela me ferait bien plaisir d’avoir un collier 4

  • comme mon amie May. » « Il lui acheta un collier comme celui de son amie

May, puis un bracelet comme celui de son amie Ethel,

à puis un diadème comme celui de la princesse de

AD Sea la peine des hommes 41 AS Galles, puis une couronne comme celle de la reine d’An: M | ER « Et alors, il lui demanda : D | noue — « J’espère que vous êtes tout à fait heureuse, | il fu « Elle pleura et dit : ec || — « Non. Je voudrais vendre mes bijoux et sauver | | des âmes comme la maréchale Booth. » : 1 | « Quand elle eut bien sauvé des âmes, il lui de- 4 — « Maintenant, chérie, votre bonheur est complet? » | :) — « Hélas! Je regrette la bague comme avait mon M De Sir John Elsbooth riait très fort. Ils burent. ‘3 1 — « Temptation! Temptetcheunne! » prêcha le Révé- it « Cela me rappelle l’histoire de la Temptation dans “4 | le Jardin d’Eden… planté du côté de l’Orient… où la WI femme perdit l’homme… car elle lui fit manger le fruit à de l’arbre qui est au milieu du jardin. » 1 k Leur pied balancé semblait faire aux deux autres | semelles des civilités. 710 a : Redressés sur leurs sièges, ils se saluèrent de 140 | coupe, burent, et se remirent à s’encenser du soulier. Fa Tirant aussi un couteau de Solingen offert par Hart | mann, Karl Becker démuselait la seconde bouteilles M kr — « Aimeriez-vous avoir des toasts ? » demanda sir — « Toasts aux champignons feraient bien », dit Lord | Ve —« Vous mettez de très fortes bottines », remarqua

| l Joh n, au révérend qui éleva, pour mieux la montrer, 1 sa semell e d’une épaisseur de planche : À à MBA

| — « Très confortable. Les chemins de la vie sont À RE PANITS | durs. Quand je portais en Chine la parole du Christ, je ch qussais des bottes en veau. Elles serrent la cheville, K in

| mais cèdent à la marche, quand le pied gonfle. » Put | L y « Tout à fait vrai, dit Lord Pimkins, j’en usais not M aussi dans les Indes. » oi | … IL indiqua sa bottine vernie : PDU | « Très bon, pour aller dans Londres. Aussi doux (ia M qu’une pantoufle. » (A ART “Angelo Bozzoni renouvelait les bouteilles. La légère Ro torsion de sa bouche inquiétante, aux lèvres épaisses, ND AE | ap paraissait bien dans sa figure rasée. Rien ne le dis- h pk | tingu ait d’un clubman que la flexibilité de son échine D “Il gagnait deux livres par semaine. Ses pourboires 1 2

dépassaient, en saison, cinquante francs par jour. NA M arié à une Anglaise, il possédait une maison à Ham- ï dr mersmith. Vingt-cinq garçons de salle, dont dix-neuf SUR : allemands, cinq anglais marchaient sous ses ordres. Un LE

Ital en faisait sa police et convoitait sa place. Angelo ‘1 Bozzoni ne favorisait pas ses nationaux. ESA M Au lieu de pratiquer le pas de parade dans un régi- je A8 | n eni du kaiser, Hanz Becker préféra se priver de cette EN 1 distraction en venant gagner sa vie à Londres et s’y . # 1 faire, avec le temps, naturaliser anglais. VA Ripréentai les toasts : un champignon pre posé ne e prune croûte au beurre doublée d’une mince feuille de PRE) | ard L assaisonnés au cayenne. pan “Ces messieurs mangeaient ces délicatesses sur des AR St | assiettes à dessert de porcelaine blanche, au chiffre :‘2

-la peine des hommes FE L. C. en or. Cela leur fit boire la troisième bouteille. A4 la dernière coupe, dont ils se saluèrent comme de. 1 épée, en la plaçant droit devant leur visage, ils s remontèrent vers le dossier des fauteuils et se tinrent | | mieux, balançant un peu moins fort le pied droit. | Sir John Elsbooth désigna le sien, chaussé d’in M escarpin verni, lacé par un large cordon de soie noire h | | dont la ganse double flottait sur le cuir luisant. . 4 | — « Ceci vient de chez Balmisson, le meiïlleur bottier ‘3 de Londres, pour le pied de luxe. Essayez-le. Mais jene voyage qu’avec les chaussures de Howk. Ça dure le tour du monde. » Dei | Le révérend Humdrum joignit ses mains sur son genou et ouvrit grande sa bouche noire habituée à pré- 4 cher les foules. | Î « Tant vaut la chaussure, tant vaut l’homme. » 3 — « Que penseriez-vous de toasts aux anchoïs ? » 4 | Présenter parmi les bouteilles pleines, une bouteille ww payée et inachevée à une autre table, n’intimidait pas « | Angelo Bozzoni. Ici, il jouait franc jeu, ces messieurs À : connaissant bien leur capacité d’estomac. û F Avec deux nouvelles « Hartmann », il servit des filets A d’anchois rouges d’épices, sur des croûtes grillées. “4 Les trois gentlemen prirent une attitude extrêmement correcte, assis raides, OA deux pieds à terre et mangèrent, silencieux. À Hanz Becker alignaïit au bord du tapis les bouteilles … : vides soufilées par les verriers d’Hornis. W. N. Balcombe les reprenait pour trois pence la douzaine. Lord Pimkins allongeant le bras pour prendre sam coupe, tomba court. Il croyait la table plus près. Hanz : Becker la rapprocha. 4

M M. Elsbooth, Humdrum et Pimkins ne s’amusaient in nl. | pas. Ils se soignaient. Ils éprouvaient l’horreur du ja pal see ndale de l’ivresse. Sir Elsbooth, grand marchand de HA St hé, subventionnait les ligues d’abstinence où le révé- Ne Fa | < re ad Humdrum portait la bonne parole et stigmatisait à ie

  • linfamie des hommes désordonnés qui ne tiennent plus UE droit quand ils ont bu. Fe. kà … À la sixième bouteille, près de minuit, le monocle de ty Lord Pimkins tomba. Il ne put le replacer, malgré les RU allongements prodigieux de sa figure et le jeu de ses NAS . mâchoires mordant le vide. USE … —« Oh! vous avez perdu votre monocle, dit Sir John MOT

Woo « Alors, nous devons aller, dit le révérend Hum- cn

“Il a été tiré de ce cahier treize exemplaires sur whatman ainsi distribués : premier exemplaire de souche, exemplaire du gérant; { +2 deuxième exemplaire de souche, exemplaire de l’ad_ ministrateur; 4 troisième exemplaire de souche, exemplaire de l’im34 primeur ; dix exemplaires d’abonnement, numérotés de I à 10 Tous nos exemplaires sur whatman sont numérotés “à la presse et imprimés au nom du souscripteur ; nos … tirages d’exemplaires sur œhatman sont rigoureusement limités au nombre d’abonnements à chaque in- ‘Stant souscrits; nous ne vendons point d’exemplaires sur whatman en dehors de l’abonnement; l’abonnement sur whatman à cette dixième série est de deux cents …_ francs pour tous pays.

1 ÿ … Les Cahiers de la Quinzaine sont composés à la main. en caractères fin dix-huitième siècle (Didot) de la fonRE ” ” “ . derie Mayeur (Allainguillaume et compagnie succes- | seurs), 21, rue du Montparnasse, à Paris, sixième

| Pou * savoir ce que sont les Cahiers de la Quinzaine, fa | il suffit d’envoyer un mandat de trois francs cinquante Ha [Re d M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, A4, M6, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième js: { arrondissement. On recevra en spécimens six cahiers ï

Pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières 53

sér ies des cahiers, 1900-190/, envoyer un mandat de” MINE Mu cinq francs à M. André Bourgeois, même adresse; on : 2 recevra en retour le catalogue analytique sommaire, #4

1900-1904, de nos cinq premières séries, premier cahier ù |

de la sixième série, un très fort cahier de XI1+-/08 4 pag es très denses,in-1S grand jésus,marqué cinq francs. 4 … Pour s’abonner à la neuvième série des cahiers, qui ge nest la dernière série, envoyer en un mandai à de MuuM. André Bourgeois, même adresse, le prix de l’abon- | nement; on recevra en retour les onze cahiers non | épuisés de cette neuvième série.

| _ Pour s’abonner à la dixième série des cahiers, qui Sn est la série en cours, envoyer en un mandat à M. André fe

Bourgeois, même adresse, le prix de l’abonnement; on, fon M recevra les cahiers parus, et de quinzaine en quinzaine, 12 Muuà leur date, les cahiers à paraître de cette dixième és

| rez de-cl aussée, Paris, cinquième arrondissement. IRON 4 | “Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men- 4 Ki suelles régulières et par des souscriptions extraordi- La th | “naires; la souscription re confère aucune autorité sur | Fit la rédaction ni sur l’administration; ces fonctions #4 LCA | Nos Cahiers paraissent par séries; une série paraît Lx 4 dans le temps d’une année scolaire, d’une année An | _ ouvrière, d’octobre-novembre à juin-juillet: l’abonne- Qu E men se prend pour une série. VE 1 si On peut souscrire cet abonnement à tout moment de Der l’année, mais l’abonnement ainsi souscrit est, de droit, tal LA valable pour la série en cours. À | Prix de l’abonnement, pour chaque série annuelle LR pendant le cours de cette série : fr 12 | 0 Paris, départements, Alsace-Lorraine, É ee | _ dinaire nesses | Autres pays de l’Union postale uni- - À | “JR verselle… vingt-cinq francs d | Abonnement sur whatman… deux cents francs AR { en pour tous pays ARS Les exemplaires sur whatman, tirage non réimposé, 6 sont numérotés à la presse et imprimés au nom du d | sou cripteur ; le tirage à part sur whatman a commencé Ê de fonctionner au premier janvier 1906: les inscrip- j se “tions pour cet abonnement particulier sont reçues en A | Dore temps et reçoivent un numéro d’ordre déterminé Ne à | automatiquement par le rang même qu’elles occupent | k M dans l’ordre de l’arrivée, les numéros les plus bas venant d’ M naturellement aux premières inscriptions; c’est ce nu- pen | méro d’inscription qui devient automatiquement le u | nu n \éro du tirage réservé à chacun des souscripteurs; li # | l’édi ion sur whatman est strictement limitée au N Ta l ombre d’exemplaires à chaque instant souscrit. UN

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M Notre catalogue analytique sommaire… 2 ra

|: 10 I. — A sept heures du soir, en juillet… 13 UE

| ‘108 A huït heures et demie du soir… 117 tà