X-6 · Sixième cahier de la dixième série · 1908-12-20

Plus près des choses

René Salomé

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plus près des choses

paraissant seize fois par an \ i|

Er: B, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

Nous avons publié dans nos éditions antérieures et n dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un Sù grand nombre de documents, de textes formant dos- ; si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles, | romans, drames, dialogues, poèmes et contes; — un si grand nombre de cahiers d’histoire et de philo- À sophie; et ces documents, renseignements, textes, dossiers et commentaires, ces cahiers de lettres, : | d’histoire et de philosophie étaient si considérables que nous ne pouvons pas songer à en donner ici ; l’énoncé même le plus succinct; pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières séries des cahiers, ü n suffit d’envoyer un mandat de cinq francs à M. André w Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Soronne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissemt; on recevra en retour le catalogue analytique somNaire, 1900-1904, de nos cinq premières séries. Ge citalogue a été justement établi pour donner, autant qu\l se pouvait, une imag’e en bref, un raccourci,

ne idée, abrégée, mais complète, de nos éditions anté- « A ie ares. et de nos cinq premières séries ; tout y est classé { lans l’ordre ; il suffit de le lire pour trouver, à leur 3 ace , les références demandées. FU Ce catalogue, in-18 grand jésus, forme un cahier : rès épais de XI14+Z08 pages très denses, marqué cinq ( fran es ; ce cahier comptait comme premier cahier de la sixième série et nos abonnés l’ont reçu à sa date, le 2 octobre 1904, comme premier cahier de la sixième série; toute personne qui jusqu’au 31 décembre 1905 s’abonnait rétrospectivement à la sixième série le recevai , par le fait même de son abonnement, en tête de la : série; nous l’envoyons contre un mandat de cin ancs à toute personne qui nous en fait la demande. à

à aux Cahiers de la Quinzaine er Le présent petit index donne automati-

quement pour tout volume et pour tout

7 a) le numéro d’ordre de ce cahier dans 3 le classement général de nos collections É complètes, le numéro d’ordre de la série Bi capitales de romain et le numéro d’ordre LL du cahier lui-même, dans la série ainsi

  • déterminée, en chiffres arabes, de sorte n] que V-17 par exemple doit évidemment se 1 lire dix-septième cahier de la cinquième t- faut, la date du fini d’imprimer, ou, à son « défaut, la date du cahier même; L _ c) le prix actuel; d) quand il y a lieu, c’est-à-dire pour nos éditions antérieures el pour nos cinq pre- ; mières séries, la page du catalogue analytique sommaire où ce cahier se trouve ve René Salomé, — Vers l’action (I-2, 17 décembre 1900… — — courrier de Belgique (I-18, mardi 10 juin 1902. E — — Monsieur Matou et les circonstances de sa vie, …—. avec le portrait authentique de M. Matou (IV-8, samedi È — — par le chemin des souvenances (IX-7, mardi 24 dé- 007 on cute mpe 19 à JON ,

plus près des choses

à la mémoire de notre ami Eddy Marix plus près, — 1,

HER Île feuillue, ceinturée de porphyre A ARE | ba feuillue, ceinturée de porphyre et d’algues, - “ Faisant traîner sur le flot qui rit et divague ; : : 54 - Tes longs cheveux d’Océanide et le touchant ’ 74 _ De tes longs doigts harpeurs qui évoquent le chant 7 #12 Des filles bleues cachées sous les plantes marines; ; Ile feuillue où se vivifient les narines s F1 __ Aux baumes résine:‘x des cèdres et G2s pins, 4

Et dans la même bouffée d’air, au soufile sain Des eaux salées qui de toutes parts s’entrebâillent, : Tu nous as dit, du haut de tes rouges murailles, ; Ton premier rêve, et iu renais dans un passé Divin, sur les émaux liquides balancée, Patrie des Faunes végétaux et des Dryades. Or, joufflus, roux, demi-chevreaux par les gambades Qu’ils font de rocher en rocher le long des bois, Demi-garçons par la figure et par la voix : Et l’art de moduler au creux sonnant des flûtes, : Nés des plantes dont les mains versent à leur nuque L’ombre qui les chatouille et rôde au jeu des muscles, : Les Faunes vont dansant, folàtrant ou s’embusquent Pour guetter un reflet sous le treillis des branches, Ou poursuivent l’agreste nymphe qui s’épanche Soudain parmi les buissons floconneux en source Fugitive et défie leur appel et leur course Et la prise de leurs mains griffues et velues. Et vers le soir g »rçons el filles se äiluent

; _ En poudre mauve ou ambrée que l’on voit s’étendre : ; Au ras du sol, ou disparaissent dans les antres À rer, Que dérobent le lierre et les vignes sauvages. 4 AU _ Ile feuillue, sans cesse autour de tes flancs nagent ; Pour écouter la musique des chalumeaux, . SR _ La mélopée des voix liquides et les mots AE _ Soutenus longuement au gosier des arondes, _ Les dieux glauques vaguant à la cime des ondes,
_ Pasteurs des bœufs d’écume aux lourdes voix d’airain. s Pi Ts soufllent l’eau verdâtre et le sable marin sh 4 De leurs narines avec des rumeurs de conque, al Émergeant hors du flot qui les roule et les tronque, EYE À Et ils implorent des rieuses et des rieurs £ Pr 2 fe Juchés ou déchaînés là-haut parmi les fleurs, eu Ils implorent des airs de flûte ou des chansons : os 2 _ Ou des récits, car les voix de cette île sont Tes

Un miel qui doucement coule dans leur poitrine —— ; 1]

Fu _ lle feuillue, à l’heure où le soleil incline L+e Fe _Sa course à l’eau vineuse, entre les plis fleuris es _ De la tunique d’un soir passant qui charrie s __ Paisiblement sur les flois ses tamis de cendre, Cl k _ Tu vis poindre, avec des ailes en lilas tendre, 1 # _ Une nef aux formes d’oiseau, travail humain, ire _ La première des nefs qui suivit ce chemin, ‘4 #4 Le long du continent lointain dont tu es née, DE

Elle glissait, quêteuse et fine, ayant glané

Des coquilles et des herbes dent sa carène

$‘avivait, et, portant en proue, déesse ou reine

Du voyage, une chèvre de bois qui fixait

Des deux globes saillants de ses yeux en losange

Les hasards des chemins liquides, les succès ? Heureux ou décevants, le profitable échange, $ Les gouffres noirs et les mouillages abrités.

Et les hommes tendant la curiosité

De leurs yeux de milan vers tes formes de nymphe,

T’ont vue enveloppée d’un voile mauve et ceinte

D’un péplos lydien aux ombres de jacinthe ; 1

Et leur âme nourrie aux merveilles des cycles

De Melkarth et des autres dieux dont les périples

Se voient gravés sur les temples voisins des flots,

Leur âme, pénétrée du fin mystère enclos

Sous ton feuillage, île feuillue, et sous tes pierres,

À fait gauchir son vol de bête carnassière.

Us ont passé, craignant les visions qui trompent :

Les sirènes ; les géants mangeurs d’hommes ; l’onde

Soulevée en troupeau de fumantes génisses ;

La brume sans lumière et sans voix où l’on glisse

| Parmi les ombres des défunts; les eaux changées me # _ En sang visqueux; la nef lente à se dégager Fe > EDS l# plaine liquide étoupée d’herbes grasses; re _ Les torches remuées dans la nuit; les espaces th : … De cuivre où les cheveux brülent, où les gosiers : ; _ Durcissent, où la poix comme au feu d’un brasier é LA _ Coule en nappe sur le bois qui roussit et craque; _ Et, lorsqu’on va le long des fleuves et des lacs, NE” … Les arbres parfumés qui endorment ou grisent; j _ Etles piliers des Iles de l”Étain, balises eu » EX * = ” $ LA Dh De l’extrême Océan, et les dunes de chanvre; _ Et les golfes profonds taillés dans la roche, antres ! à Des hommes blonds, vendeurs de peaux et de duvets —— e Le | Ainsi les souvenirs nautiques se suivaient sl Et se mêlaient au fond des âmes mercantiles ù A l’aspect du tissu mauve qui vêtait l’ile, | _ Et la crainte divine enchaïna leur élan. _ Ile feuillne, beau corps de Nymphe aux souffles lents, wo _ Tu vis la chèvre asiatique se tourner | 20 Vers le rougeûtre continent dont tu es née, 1008 15

Et tu vis disparaître la maison qui rôde, D’un glissement furtif de lionne en maraude —— Et des rires légers fusèrent dans tes vagues, Ile feuillue, ceinturée de porphyre et d’algues.

Sur I COLLUNE, entre les pins RS S* la colline, entre les pins et les cyprès, Le long des haïes formées de cactus et d’agaves, x Dans la nuit que la mer emplissait d’un chant grave, Dans la nuit où les dieux répandus murmuraient Parmi les branches et les fins ruisseaux qui gravent Leurs dessins onduleux au porphyre et au grès ; Sur les nocturnes flancs de la colline agreste,

Issue des monts, et qui d’un lent et noble geste - Va plonger dans les flots sa tunique de pourpre ; à Sur la colline inébranlable au choc des houles, ee Qui semble naviguer toujours, le vent en poupe, Glissant du glissement des heures qui s’écoulent ; ; Sur la colline où par instants luisent des nymphes, Voilà surgir et me bercer dans une étreinte, D’autres nuits, des nuits de jeunesse belle et simple, Évoquées de mon âme où elles se sont peintes Au temps où j’expliquais le livre des erreurs D’Odysseus naviguant dix ans vers sa demeure Et les chants que chantaient les pâtres de Sicile. Et ces antiques nuits me reviennent, dociles, Et baignent les cyprès, les pins, les oliviers, Et font sur le feuillage osciller et briller Les lampes des héros qui vers l’ombre cheminent. Or là, sous les rosiers grimpants et les glycines, Ce petit clos où la lune frôleuse étire Son léger voile ourdi par des femmes de Tyr,

Est la maison d’un artisan qui vint des îles à 1 _ Qu’on dit flotter sur des flots d”hydromel ou d’huile Au pays qui sait l’art de façonner l’argile “SA ee Et d’y fixer les cortèges dansants des vierges AR M -

Ou des enfants qui jouent de la flûte ou des chefs

EE _Immolant un taureau ou des frises de lierre ; x _ Etce colon jadis débarqué de la nef | d _ Où voyageaient ses dieux par les eaux d’où émerge

Here défilé constant des porteurs de lumière,

20 Jeune encore a bâti sa maison et son four Fe S Sur la colline, en cet abri calme, où les jours

We _ Semblent se modeler au rythme de son tour.

__ Etles gens d’en bas lui charrient de leur sol rouge ; Et lui rêévant de fruits, citron, orange, ou courge,

_ Et de fleurs allongeant leur col, ouvrant leur bouche,

_ El de füts de palmiers et de vierges farouches ,

#2 _ Dont les bras relevés et partagés en fourche

_ Tendent la toile humide aux angles d’un rocher É _ Plein de ces rêves, passants d’un rêve, nochers

_ Du fleuve qui circule en son âme tranquille, + _ Ce potier fait tourbillonner la molle argile,

_ Et l’eflile, et l’évase en calice, et retrousse :

; 14 Les bords déchus et effondrés et — la nuit douce y # Écoutant sa chanson lointaine et régulière — ;

Il impose l’idée des fermes familières . ; Au sol gras et teinté du sang des premiers dieux. ; Sur la noble colline issue des monts neigeux Dont la nuque soutient des cieux nouveaux et barre - Les chemins qui tendraient à lOurse des barbares, J’ai aperçu debout au bord de l’ombre mauve, | Debout au seuil, dieu rocheux qui garde et qui sauve Des hasards de la route et des rigueurs de l’air, J’ai aperçu, nocturne et mince filandière Venue là respirer les souflles de la mer É Et frissonner un peu d’une crainte divine, J’ai aperçu entre les grappes des glycines La fille du potier interrogeant la nuit. Et les lampes d’en haut qui cheminent sans bruit Vers le fleuve Océan dont notre terre est ceinte Lui versaient des clartés de lys et de jacinthe

: Sur les plis verticaux de sa molle tunique. Vierge adroiïte à combler les heures domestiques, O diligente, il est l’heure de reposer, Car le dieu seul parmi la lune et la rosée Peut sans péril se répandre en clartés fuyantes. Toi, tu es lasse, et l’huile a tari dans la lampe

Re Daiotre que ton père a façonnée jadis ; _ Tes yeux ne suivraient plus tes doigts en leur office, . Car une âcre buée les accable et les dompte ; pe , ie Ta journée fut mieux que remplie, tu peux sans honte, te ; no ménagère, après ta besogne d’abeille, cr _ Aux toisons des brebis demander le sommeil NT RoR Et accueillir les visiteurs légers, les songes Fo : 5 De bonheur qui cherchent un asile et qui plongent “+ À A3 Leur frais visage dans l’eau fraîche des cœurs purs. x 4 _ Mais des dieux ignorés la fixent au seuil dur. Sur la colline qui de noble et fière allure : ‘fi _ Se détache des monts et chevauche l’azur, _ La fille du potier déploie son äme fine, ! 2n _ Voile au tissu d’argent que le désir incline d. Le l’inconnu des rochers mauves et des cimes “ | Neigeuses, loin du port bâti au creux d’une anse ; _ Sous le bois de cyprès, loin des flots qui balancent fe, _ Des nefs que fait sonner la chanson des rameurs, Epa Loin du temple aux füts brillants, où avec des fleurs . Nouvelles ot des fruits on offre des colombes, _ Loin de la foule du marché roulant ses ondes _ ET _Frôleuses comme un champ de maïs au Zéphyr Fe

Et censervant parmi sa rumeur et ses rires : La modulation du parler d’Ionie, Loin de la blanche et bourdonnante colonie Parsemée sous les mimosas d’or et les palmes, : Loin du tour et du four paternels, loin des calmes Tâches qui font reluire et rire le foyer. | Elle n’entrevoit pas davantage ondoyer | Dans sa mémoire un bois de laurier près des bords : De l’île qu’autrefois, toute petite encore, Elle quitta pour traverser les flots qui chantent. Elle ne rêve pas à la vieille servante Qui porte à son collier d’étranges bestioles Vêtues d’émail et dont les traînantes paroles Sont des contes recueillis sur les boues molles Du fleuve nourricier qui la berça enfant. Mais la vierge, parmi la nuit guetteuse, étend Son âme vers les monts d’où bondit la colline Et en esprit, en volonté, elle chemine : Par delà ces géants rigides et glacés Qui murent des pays dont la seule pensée à Est hivernale et ténébreuse, et fait pencher L’âme vers les marais du souterrain nocher. Elle y songe pourtant ; car un jour, au marché, Des vendeurs de peaux d’ours, de cailloux verts et d’ambre, à Massifs, vêtus de poils conquis parmi les antres, |

L’œil aigu et les bras cerclés d’or et de cuivre, y JS RER _ L’ont frôlée et lui ont fait signe de les suivre, Eee k _ En souriant et décelant des dents pointues, se : Là-bas, par où les monts s’écartent et se livrent —— A _ Elle a passé; mais le souvenir s’évertue i Se ; A demeurer, et la vaste nuit des barbares 14 M pet _ Plane en son cœur autrefois sagace et l’égare EE Loin des voies qu’ont suivies ses aïeules lointaines d ; | Dans leur cité de marbre égayée de fontaines Co x _ Qui semblaient un essaim de joueuses de flûtes. K’« ile _ O Vigilante, va, n’écoute plus la chute we Non rythmée des ruisseaux qui tombent du mystère. Pas . Va dormir, ton devoir est certain et la terre CRT __ Qui Va reçue veut tes offrandes et tes soins gr Et ton labeur discret et ta grâce qui joint : _ Des vertus que l’on trouve aux herbes et aux nymphes; ni _ N’écoute plus, au fond de ton âme, ces plaintes, a Ges soupirs d’un hiver qui gèle en son étreinte $ x : #. _ Les forêts étendues sous le Signe de l’Ourse. | Mais laisse aux Lumineux dont la nocturne course Li » Déjà s’incline à l’Occident, laisse à ces dieux é ‘ _ La vision des êtres fauves et des lieux that

_ Hérissés dont les monts te dérobent la brume. Ils voient, ces dieux, tout ce qu’a tissé la fortune, RS Et ne frémissent pas et suivent leur chemin D’un pas égal. Mais toi, à fille des humains, Crains le rêve et la nuit et les désirs qui volent Au delà du circuit tracé par les paroles Du sage ei par les circonstances familières. Dors ce soir et demain suis la voie coutumière. Ainsi tu orneras, enfant, comme un beau lierre Orne le chêne où ses doigts se sont incrustés, Ta maison et le temple et la noble cité Inclinée vers le gouffre bleu qui la reflète Et la fontaine et la colline aux larges hanches, Et, fileuse, tu fileras des heures blanches. Et tu seras la joie de l’artisan, la fête Éternelle en son âme éprise de beauté, : Car plein de ton image glissante, hanté Des mouvements divins que ton labeur accuse, Plus fier, il pétrira le sol au gré des Muses.

_ La bibliothèque a deux fenêtres File

  • A bibliothèque a deux fenêtres qui s’ouvrent, LÉ 4 L’une au gazon bordé de tilleuls chuchotants, Ces L’autre sur le rond-point de lilas aux voix douces ) NE: A! 2: TVA . ” « Qu les étés bourdonne en ruche, et qui s’étend # Jusqu’au mur où le poulailler caquette et glousse. tr Dar s la bibliothèque il fait moile et tranquille, sa Le. 25 plus près. — a f

a _ Il y règne une odeur de cuir, d’encre de Chine, pee è De vieux bois que jadis on nommait bois des Îles SCENE __ … Et aussi le parfum des livres qui somnolent Le Et dont la plupart sont de très doctes personnes Ra co Fa si Ru ui ont instruit beaucoup d’enfants qui sont des hommes

TUE Ou des vieillards ou des ombres des jours passés. Ne Se ;

Pa qi Le petit être obscur et f’ou dont les pensées ne Ressemblent aux buées qu’on voit sous les ramures Fa Est là souvent juché sur un haut tabouret 1 La é . ., D’architecte et s’occupe à d’àpres écritures KE RS

ere ui se mêlent et se hérissent en forêts. -

es d - Les iivres n’ont pour lui pitié ni indulgence Re. “ee Et semblent un conseil de vieux maîtres grognons, re Férus d’orthodoxies, de disciplines rances. a So . “ROSE Ils s’indignent des doigts saccadés et brouillons, SSH se Des petits doigts sans méthode et sans assurance, Pr _ Car ce sont livres d’assurance et de méthode, Se ras Ds “A 3 Leurs raisonnements sont de bons raisonnementst He 4 É. Leurs jugements sont des lois et des vérités : RÉ ER RS Et ils n’ont de penchant que pour l’autorité, (‘IALeS #0 LS Surtout ceux-là qui recherchent et qui expliquent SR

Le (Car tout dans leur esprit s’enchaîne avec rigueur).

Mais l’enfant persévère en sa damnable erreur a … Et n’entend point leurs critiques et leurs murmures. on Ses lettres et ses mots ne font ni rues, ni murs, La Ni angles droits, ni cercles aux nobles coulés, À … Ni chemins ondulés, mesurés, calculés ; Où l’on cheminerait en pensant aux atomes 2 à RDe Démocrite, aux ifs qui figurent des cônes 1174 En des jardins purgés de rêve et de mystère, is _ Etaux façons de se représenter l’éther LE … Par des schémas qui nous sont venus d’Angleterre Sr … Et qui sont des engins de sport ou des machines. En _ L’enfant, loin du courroux qui mijote en sourdine, . _ S’extasie au fouillis noir de son écriture s TA _ Etil y voit tout ce qu’il sait de la nature, : _ Tout ce qui tous les jours le hante et le caresse |

  • Etfait monter en lui des joies et des détresses ; _ y voit les fourrés au sein du bois dormant . _ Avec des troncs moussus qui sortent des arbustes
  • Et des licornes ou des guivres qui s”embusquent ; LE “+ : Derrière un chêne aux longs bras de moine en prière, * Et des charbonniers à l’ouvrage, et des clairières à _ Où des marais h: ‘leux sont frèlés par les branches [ 4 Des châtaigniers qui vers l’eau en velours se penchent | 4 Pour surprendre et toucher ce qu’on y fait d’étrange; d

Il y voit les brouillards d’automne sur les chaumes : É Avec les feux de la Saint-Jean fumant au ras à Des coteaux; il y voit des rangées de fantômes ; Qui sont les cyprès qu’on entend parler tout bas di A la nuit quand on craint de s’éloigner des lampes, à Et aussi des osiers, des genêts, d’autres plantes ; Qu’il imagine en les pays où sont les nègres $ Et qui ressemblent à des gens qu’il croit connaître, Et les avoines dont les jeux parmi la brise | Font des rumeurs de taffetas et scandalisent De vieux pommiers caitarrheux et rhumatisants, Et des cigognes sous des cheminées qui fument, Et des défilés de géants ou d’éléphants Et les grognards de Napoléon dans la brume Et tout cela surgit en frise ou en fumées, En ébats de fillette espiègle ou amusée 4 k Par un reflet qui danse, en figures de rêves | Qui vinrent, on ne sait comment, car la fenêtre Est close et elles n’ont pas entr’ouvert la porte; 3 Ou bien en tourbillons gémissants de feuilles mortes Qui nous surprennent au carrefour des allées ; Et tout cela surgit et disparaît sans cause Dans les yeux papillotants et ensorcelés De l’écolier qui est chose parmi les choses. Et c’est pourquoi les vieux livres sont irrités, Eux pour qui rien n’est bon que la rigidité

Des jugements bien établis et les idées CPR Géométriquement unies et accordées CE

  • A la façon des ornements de la pendule. j 4 + rE ; chacun d’eux pronostiquant dans sa cellule, ; # 1e . AR _Émet l’avis que cet enfant tournera mal 2 * ù Et qu’il ne verra rien sous un angle normal is 1 A l’opposé de son grand père et de son oncle A : #3 Ou de son petit cousin qui montre des ongles ST “23 Si bien tenus, ne salit point ses tabliers SUN “ Et dont l’écriture est toute en menus piliers L er, ? Bien verticaux qui çà et là portent des voûtes ae 0 Et des cônes aigus que les vieux livres goùtent, vw _ Car ils y voient des entrelacs de théorèmes 5 .
  • C’est pourquoi leur indignation se démène Le “Al Entre tant de feuillets où les méthodes sûres ; ‘ Se couvrent lentement de fines moisissures. à x : kr Mais ce courroux lointain ne trouble pas l’enfant 1 OCR … Des êtres dont il a peuplé son écriture. 4 Et du dehors voici qu’avec un long murmure eat _ Et des parfums, les arbres el les arbrisseaux « _ S’allongent et font un grand voyage et pénètrent ra _ Discrètement, comme un zéphyr, par la fenêtre # Ds. Et là, feuillus, chargés de fleurs, grouillants d’oiseaux, = 4 ne penchent au cahier où l’enfant fait éclore Ù Ce noirâtre univérs dont la faune et la flore :

À Semblent les échappés de quelque préhistoire. À Et tous regardent au cahier comme au miroir | Magique où ils verront leurs troubles origines. Le jardin tout entier les suit; la vie chemine Vers l’écriture aux secrets profonds : les glycines, | Les marronniers, les cactus du gazon, le lierre : î Grimpeur de peupliers, les vives ouvrières ; De la ruche, au petit corps tout déchiqueté, Et les bourdons, carillonneurs du ciel d’été, Puis les grands papillons au vol mou et liquide, 5 Et beaucoup d’autres animaux, d’âme timide, ; Mais que les pèlerins fleuris et chantants guident Vers la bibliothèque où jamais rien de tel N’arriva de mémoire humaine, et où les livres Croient qu’à force de poésie le monde est ivre Et ne suit plus les lois que la raison révèle Et qui dans maints doctes recueils sont imprimées —— 6 Voici des chats des murs voisins qui de leur nez Pointu viennent flairer la vaste forêt d’encre Où des proies font des bruissements parmi les antres Feuillus ou souterrains; voici des sauterelles, Un merle, un écureuil et le fouillis des ailes Des pies et des corbeaux, balancées en cadence, Et des pigeons dont l’un fait songer à Constance, La femme de Pierrot, notre garde-champèêtre ; Et sous le bercement des trembles et des hêtres, Voici venir un cerf escorté de trois biches;

_ Et voici tout le long des chaumes et des friches 6 E tout le long des haies noires des chemins creux, . | S’approcher de vieux paysans qui sont noueux, Je F Ridés, parcheminés, vêtus de-rude écorce, l é 4 A demi confondus avec les noyers torses L $ 4 Qui marchent avec eux vers l’étrange écriture. D. Et tout ce que l’enfant connaît de la nature _ Vient consulter l’histoire et s’examiner là, L Tout ——— jusqu’au figuier du coin du mur qui parla 3 Souvent dans un langage obscur et que les livres, F | Maigré leur savoir singulier ont peine à suivre; j 4

  • Tout, jusqu’aux pampres noirs des tertres ondulés

4 Qu’on voit à l’horizon et qui se sont mêlés e

1 _ Pour ce pèlerinage au lierre, à l’orme, au chêne; “ 4 Dr Et leurs bras, en souplesse et en vigueur, enchaînent | Et couvrent d’un feuillage obscur et frémissant ; . £: Pt grimaçant et pleins de rumeurs et d’accents Le _ Les livres obligés à garder le silence Ki Sous l”envahissement des choses en démence ; +: à Et les livres s’en vont —— et ils n’existent plus —— F ÿ 1À Ils se sont dans le noir confondus et perdus = 4 Car la bibliothèque est un monde où le flux | _ Etle reflux des multitudes végétales R a Et des bêtes se répandent en Bacchanales ni 2 Et en forme de houle et en courses sous bois 4 _ Eten lumière ou en frissons de chairs dorées

Et en beaux déploiements de cheveux décorés De fruits vermeils, de baïes noirâtres, de châtaignes. Et iout cela ondoie sans que l’écolier craigne De se voir submergé parmi ces flots vivants De nature imprégnée de parfums et d’aromes, Et où dans la feuillée que hante un léger vent 2 Pointent ici et là les oreilles d’un Faune.

2 Ce parchemin bruni et ridé

$ ‘h parchemin bruni et ridé qu’une main

1 De moine germanique aviva de carmin

! Pàle à présent, et recouvrit de caractères

E Arrondis qui ont pris une teinte de fer Comme un feuillage d’Octobre —___— ce parchemin : Où cauchotent les voix des fambes romains

| Dont le pieux copiste ignora les mesures,

| Tandis que j’en scrutais la pesante écriture

| Un soir, il m’a parlé doucement de la nonne

cr _ Lointaine qui, au fond d’une abbaye saxonne, LL’RESSS _ Le déroulait et annotait dans sa cellule, CAE De” ae Se _ Eï la voici, devant ma pensée incrédule : > e _ Et déshabituée de suivre les fantômes; + HEIN sa ee: Rene _ La voici lisant, non l’Écriture ou les Psaumes, FREE Mais des fables qui font converser en cadence - SR , 2) _ Les animaux ou des comédies de Térence LEE LFRESR RER de _ LAfricain, poète au langage caressant. re Elle murmure et met le poids de son accent < SISENES LE Farouche au tintement des syllabes latines. FR 4 2e its Toute blanche en sa tunique fourrée d’hermine, SE FN Une coiffe de lin attachée sur le seigle 1 6 PES ES De ses cheveux, massive, avec un œil espiègle, 2 FRS & De fortes joues et un gros nez d’évêque en pierre, OO

  • a Elle écoute bruire ainsi qu’une prière 5 SES D Bourdonrante sous des cintres et des voussures, “ÉRE ES EME Les voix des temps païens sortant de l’Écriture UE & dr, Fleurie où son regard amoureusement trempe —— : Et la jaseuse et molle clarté de sa lampe FH De cuivre, ciselée en manière d’oiseau ee 52 +an Par un ciseleur byzantin dont le ciseau N! FER SET Pour les coulées d’émail creusa mainte nervure, ENT à La clarté s’épanche et ondoie en chevelure LATE ere D’ambre doré qui fait se dissoudre les murs; Ce Er La clarté monte en jets diffus de houblonnière. TRS] “4 ” Et sur le chapiteau d’un pilier nain le lierre AE és Et la vigne parmi les fuseaux de lumière ii LS

_ Tendent leurs bras chargés de feuilles et de grappes AS % Qui chuchotent bizarrement et d’où s’échappent £ | Les souflles végétaux des champs — Et la cellule | S’emplit d’air libre, et des murmures y circulent É 48 Qui sont les litanies des bêtes et des plantes. | L © docte nonne, crains le parchemin qui tente di | L’effort de ta pensée quêteuse et inquiète. : LP our ton salut, mieux vaut répéter aux fillettes À : FD es vassaux, troupeau roux que gouverne ta voix, = L à vie des hommes saints d’hier et d’autrefois bn + Avec les oraisons que chacun d’eux préfère ; s Mieux vaut au bois cueillir les simples de la terre F s . Dont tu sais composer des breuvages calmants ; Mieux vaut dans la chapelle égrener lentement ‘ D Vers le soir ou quand l’aube enlumine les voûtes . _ Les mélopées qui sont des chansons pour la route Ke _ Que font les âmes, pèlerins allant au ciel; l © Mieux vaut baigner ton cœur dedans l’huile et le miel …_ Des méditations que t’envoie Notre Dame 2 Et qui, fins ruisselets, humectent les arcanes : _ De ta pensée fleurie comme les parchemins. _ Fuïs les charmes nouveaux du poète romain, a) fille de barbare au nom rude et qui sonne Du son des flots heurtés sur les dunes frisonnes . Les saints moines ont baptisé, absout, bénit … Les mers crayeuses, les étangs, les forêts, nids

Se _ De dieux glauques et verts qui rampent et qui grimpent, Le Les cavernes hantées de naïns riches en feintes GRIS se Et en métiers, les idoles taillées dans l’orme, CA. Fed Les ruisseaux, gais harpeurs que suivent les licornes, …— Les géants vêtus d’ours et de loups, les clairières d ee: ie D’en haut que chevauchaient de fumantes guerrières, Et les oiseaux qui savaient parler, et le seuil * THEN Des huttes. Et voici que la pierre et les feuilles - -_ Et les eaux et le sol nourri d’ossements rudes, DE Voici que tout s’est revêtu de quiétude LORS Et s’est uni dans le murmure des prières. AR Mais la vierge saxonne écarte ses paupières à Lourdes sur ses gros yeux d’enfant rieuse et forte; M. #7 Et elle accueille les rumeurs que lui apportent 1 -Les signes fermement ouvrés sur la peau d’âne. 55 Et son âme se sent frôlée par d’autres âmes >” Qui Jui semblent délicates et balsamiques ; Yi

Les pierres du caveau s’allongent et s’expliquent ; F . En jardins où la vigne embrasse les ormeaux ne Et où des pâtres nus jouant du chalumeau À 14 Font danser des garçons velus aux chevelures à ‘à Méêlées de ceps tordus, de lauriers et de müres : Dont le sang noir s’égoutte au duvet de leurs joues; De ‘1 . Et non loin, des mers bleues roucoulent, que des proues De cèdre et des dauphins et des juments piaffantes < D Et des filles vêtues de coquillages fendent L’1RUteS 36 44

Agilement parmi les rires et les rides : Entrebäillés sur l’eau = Et sur le plan liquide ’ | Se mire une cité blanche qui est sans doute ; Rome la Grande avec ses foires et ses joutes MCE b ses donjons carrés où les païens écoutent Des joueuses de harpe et des gnômes subtils; Et les pelites rues entrecroisent leurs fils g D araignées à travers la masse des repaires ’ : Où des dames, volées du château de leur père £ Et vendues par des pirates, sont les esclaves \ , . Du rufien griffu et morose qui brave EE _ La loi du Christ étant fidèle de Mahom. | _La petite cellule est pleine de voix d’hommes, _ De bôtes, d’arbrisseaux, d’ondes frôlées de rames, _ De temples, de marchés que parcourent des femmes, De vergers où tressant des couronnes de roses _S’amusent des enfants charnus. Le flux des choses Et des êtres païens se déverse et arrose ; De clair matin la pensée fleurie de la nonne — Et le manuscrit d’où ces apparus rayonnent, : Le manuscrit gonflé, palpitant, divisé, … S’éparpille en essaim de colombes, rosées

D aurore, qui vont indolemment se poser Sur les rameaux jaillis de la terre du rêve —_— Et la liseuse sent des bras qui la souièvent!

ExILLE entrevue sur des feuillets de parchemin

Remplis de votre apport et de vos hoirs futurs, Et noircis d’un grimoire touffu, par la main De certain clerc pressé d’aller joindre sa mie, Vous n’éliez pas si bien dissoute et endormie L ans ces dossiers fleurant la vieille encre et la poudre, Jar vous ne cessez plus, à lointaine, d’en sourdre En eau fraîche ou en bourgeonnement d’émeraude

à Et votre image autour de moi s’installe, et rôde et A pas discrets de souris et de Carmélite. :

Vous vous rendez très familière, et si vous dites FT

Peu de chose, et ce peu équivalant à rien, 4

Néanmoins je vous vois et je vous connais bien, DS. Aux yeux baissés, qui ne rêviez malice ou noise à Et que sa mère avait nourrie aux bons propos. 4 Car vous saviez bien coudre et surveiller le pot 2 % Dans la cuisine aux parfums d’herbes et d’épices, 4 Composer doctement des pâtes de réglisse Se Et des onguents, de la vulnéraire ou des baumes, »

Et vous aviez jadis épelé vos Sept Psaumes * 7

Ou la Civilité pour y apprendre à vivre

Et à prier; vous ignoriez tout autre livre, d

Même la Belle Maguelonne ou Mélusine —— à

Vous entendiez parfois, dans les maisons voisines,

Quelques voix fredonner un vieil air de Paris Ou un Noël, parfois moduler un théorbe
Ou les commères se gausser de leurs maris Dans un caquet menu de poules en discorde —— j Mais le caquet, les airs de luth ou les chansons k Ne vous causaient humeurs ni vapeurs ni frissons.

Je © ois aller chez vous, Javotte, sans façons, ’ En voisin, sans laquais pour m’annoncer, un soir ; De Mai. Votre logis frèle d’un pignon noir ’ Le ciel tissé de fils d’argent et de soies mauves. | Votre vieux chat me voit m’approcher et s’ensauve D ans l’escalier qui tourne en manière de vis. . ! A vant d’entrer, je jette un coup d’œil au narcisse, u \ Au basilic fleurant la tisane, aux jacinthes Qu on aperçoit à votre fenêtre et qui pointent Hors de l’étain gravé d’armes et de devises. : Et vous êtes là-haut taillant une chemise

  • Avec vos grands ciseaux que jadis quelque fée Porta, pour éclaircir, avant de les coiffer, bre cheveux des forêts, des jardins et des parcs
    Et qui en gémissant se ferment et s’écartent. Et vous êtes là-haut dans la salle en pénombre ; oO _musent des rayons attardés à l’encontre D es faïences, du chène et des ferronneries. $ Indifférente et close aux rumeurs de Paris Qui tinte et carillonne et siffle et ronfle et grince, | Votre àme est comme un mail dans un bourg de province, Un mail planté d’ormeaux où s’élouffe la brise. d Et vous êtes là-haut taillant une chemise

Dans la toile de Flandre au coin du feu tissée + Et qu’à la foire on vous a vendue l’an passé, 5 A Saint-Denis, devant que d’aller, à Javotte, L Fe Vous adjoindre au troupeau marmonnant des dévotes E Qui venaient de complimenter Monsieur le Saint. : Ne Et ce clair souvenir dedans votre âme est peint RE De la couleur des vitraux de votre paroisse. À J’entre. Il n’y a ni gaîté folle, ni angoisse, * Ni surprise parmi le gîte où vous ouvrez : À Les bons ouvrages de la reine Berthe, au gré ‘2 De voire mère, énorme dame en coiffe et guimpe, Ge: Dont tout le long du jour vous entendez les plaintes ï Et les sermons contre le luxe d’à présent : Mais n’avez-vous pas d’autres soins? En artisans 182 Pressés, vos doigts par le tissu vont et furettent, F Pendant que la maman grommelante feuillette J Sa Fleurs des Saints ou bien son livre de recettes Commencé par sa mère au temps du Roi Henri. ; J’entre, à Javotte, et votre bouche me sourit, ; Mais gravement vous m’avez fait la révérence, Et votre père a décoché quelque sentence Tirée d’Horace où de loisir il se complaît; Car votre père est avocat au Châtelet Et cite les auteurs d’Italie ou des Gaules Fort proprement, quand il a griffonné ses rôles

On bavarde. On m’apprend que vous serez quêteuse L’ARE A Ja Saint-Jean, et vêtue d’un damas genêt, es En l’église Saint Nicolas du Chardonnet, Eur Et que je suis requis de n’être point un ladre. | AL

On rit. Je vous contemple, à ma mie, dans le cadre en Qu e vous font les étains, les émaux de Limoges, 3 re Les pampres sculptés et les cuivres de lhorloge 4 Dont le lourd balancier cadence votre vie. FAN Telle est votre beauté qu’il me vient une envie ne: De vous dire tout bas les Stances à Sylvie ; Ke Ou le deïnier sonnet goûté chez Arthénice —— ji Mais vous pourriez, élant innocente et novice - mi En bel esprit me regarder comme un benèt. Tut J’irai donc à Saint Nicolas du Chardonnet, AU A la Saint-Jean, vous ayant prêté mon laquais % P our vous servir de page, et tous vos afliquets FN Seront choisis par moi chez les bonnes faiseuses. A Œ Pour la première fois vous semblerez heureuse \4

De me voir, et je vous conduirai par la main, Fille entrevue sur des feuillets de parchemin |

À VF Le vieux porte-carte en crocodile {4 Bien des années parmi l’ombre du secrétaire; I somnolait dans l’inertie et le mystère EL: Comme au sein d’une Administration d’État.

Son cas est vraiment si moderne et si banal! F _ N’envions point sa vie dormante de canal,

N’envions point le crocodile bureaucrate, c 1 Car son histoire sans événements ni dates, b: Son histoire sans dieux, ni héros, ni martyrs, 5 Sans larmes ni sanglots, sans rire ni sourire, Û Sans révolutions, sans hasards, sans idées, : Va d’un pas traînant de Rossinante guidée : s Par la main d’un Sancho goutteux et maniaque. î k

Le porte-carte en crocodile s’enfle et craque 4 De documents qui lui tiennent lieu de pensées. ji Fy vois que j’ai toujours dans un brumeux passé Payé mes contributions aux gens du fisc; Et j’y vois, ornées de Libertés dans un disque, È Les quittances momifiées des premiers termes; à J’y vois que de tout temps je fus rigide et ferme 4 En mon propos de régler à point mes factures; à Et voici pour ceux qui dans un vague futur 1 Éplucheront cette Troisième République (Et ce sera suivant des Méthodes critiques à 5 Qui videront tout le contenu du réel) L’adresse d’un député ministériel, | Les prénoms d’un évêque aujourd’hui cardinal, Un trio de prescriptions médicinales, | Puis la carte (sur bristol fin) d’un pédicure Et l’avenir qui germe chez nous aura cure Des confidences de ce précieux paquet.

O porte-carte en peau rugueuse, tu craquais : “à Autrefois de métaphysique et d’aveux FOR D’amour et de grands vers tirés par les cheveux ci _ Et de billets sertis de feuillus ornements +4 … Où roucoulaient des colombes sentimentales +70 Tu étais un boudoir qui rit, un hôpital < _ De sentences tirées (plus ou moins) de l’Éthique, PL Re Un cloître que hantait le péché romantique, | re _ Une officine, une académie, un musée, Li _ Presque une âme, et fouiller tes flancs, c’était causer ; _ Avec des gens, des faits, des choses, des fantômes, sw. 3 | Avec toute la vie, c’était flairer l’arome “. Des hasards trouvés et cueillis Le long des jours, 4 , | C’était se ressaisir parfois dans l’instant court X 4 Et fugace où l’invention joyeuse éclate F 14 Et te voici fonctionnaire et bureaucrate, 1e 4 Parmi la nuit et la poussière qui te cernent ! # _ Ton cas est vraiment si banal — et si moderne L

nu piquais dans la soie des épingles ténues ; à “L L’Automne aux alentours et sur les avenues : ÿ De notre âme estompait des formes surannées. È Tu nr’as dit : « Au fin fond de mes primes années, Lorsqu’enfant j’habitais un vieux logis bien sage Et que par les casiers des boîtes à ouvrages

Mes doigts faiseurs de désarroi se promenaient ie .% Palpant les souples écheveaux, le cordonnet, ee Le ruban, les boutons d’os et de porcelaine, : ss “#1 és, les grands ciseaux criards, les ba { Les dés, 1 d a ards, les bas de laine à { _ Qu’on tricotait au coin du feu en devisant, n ï ‘4 J’ai trouvé ce qu’on ne trouve plus à présent, | _ Des épingles à double tête, au corps trapu, “010 Dialoguer avec elles dans leur langage. L _ Car muettes aux vieux, ces épingles ménagent : __ Aux petits des leçons charmantes et des contes +1 _ Et s’abstiennent de toucher au bel acier mat | nu Elles avaient ces épingles de vieille date i Es. Uni sur de tendres cœurs nourris de fadaises È _ Les coins des légers fichus de toile irlandaise } % _ Et dans les falbalas qui déferlent en mousse _ Elles s’étaient au gré de l’index ou du pouce ‘Æ Glissé pour maintenir le rêve des écharpes, k 10 Aux assemblées pourvues de joueuses de harpes _ Et de sensibles fredonneuses de romances.… FRE _ Ah! ces épingles, je revois leur front qui pense _ Et connaît; je revois leur taille ronde et forte! Pour moi chacune était faite et marquée de sorte Pa. Qu’elle était une vraie personne, différente

ec En traits, mœurs et goûts de Mesdames ses parentes SEE Ou compagnes logées dans le même réduit. FES Chacune à sa façon trompait les jours d’ennui Ro : Au songe du passé plein de mythes berceurs, TR 2 Alors qu’il n’est en vous, épingles d’aujourd’hui, 31 : Anonymes et falotes petites sœurs, ; SR Nulle âme pour garder quelque trace des heures ETS es Dont le cheminement d’aveugles vous traverse —— ES . ; Ta voix chantait ainsi, pendant que les averses 55 Jetaient de petits grains pointus contre nos vitres - 24 Et que tes doigts, clercs ingénieux qui déchiffrent | Le grimoire des soies plissées où ils cheminent, “e

Fixaient les petites épingles anonymes. FES

4 -

. 4 | is menu de la vie que l’on mène ; Chaque jour au foyer hanté d’ombres humaines, È De traditions el de vagues souvenances, L’outillage quotidien dont Lu ne penses ê Ni bien ni mal, dont on ne pense rien ou guère, [ Parce que ce seraient des pensées terre-à-terre, | L’outillage dont tu ne saurais Le passer | Pour tes ouvrages ondoyants de gynécée, | Rien n’en reste dans les choses ni les mémoires ,

Quand il a disparu des coffrets, des tiroirs, 2 ; Des étuis, du vieux linge en charpie et des loques Ne

Les aiguilles n’ont pas aux replis des époques 2 À Fait leur trouée continuelle et perspicace; TÈE Les épingles bombées n’ont point laissé de traces 4 Au tissu chiffonné des années et des jours; b Tant de bouts de rubans, flore d’anciens atours, a. De cordons, de galons, de fils, d’anneaux, d’agrafes, $ N’ont plus leur fonction précise et délicate £ Au costume de nos souvenances pàlotes. ik Or ces disparus ne se plaignent ni ne sanglotent Ni n’exhalent des fantômes et des soupirs ; Dans les coins d’âme ou dans l’ombre d’un meuble empire ‘ Ou dans un musée noir de ville de province. s L’outillage menu tout flambant neuf évince L’outillage vieillot d’hier et d’autrefois . Et le relègue dans un mystère où les doigts Fureteurs des petits ne jouent ni ne se posent = Et ces choses, dans l’inconnu brumeux encloses, | Ne sont plus là pour te raconter les vieux ans, | Les fileuses, les brodeuses, les artisans Minutieux qui des ciseaux et de la lime

_Taïllaient les membres fins de l’outillage infime Pa Re Dont le maniement s’accompagne de légendes, 4 Fe FR De chansons, de récits d’un autre âge, et se scande , CE, Au murmure lointain des âmes étouffées. 1 De _ L’outillage menu des elfes et des fées ù si Fe) S’est dissout dans l’éther où tant de passé vogue, LL. # Pour n’être point classé par les archéologues. Aie

1h {e ris de ma bibliothèque tournante L’hiver, lorsque nous devisons près de la lampe Et que tes doigts manient des chiffons écroulés. - Et tu me dis, laissant ta douce voix couler . 1 En eau fraîche qui tasse et peigne son lit d’herbes « Tes livres sérieux et recueillis s’énervent |

_ A la longue de leur sagesse d’écoliers ; He _ Is rêvent de feuillets minces éparpillés A - 5 ; _ Dans la brise et de majuscules qui tournoient + FRS Fe Et de signes menus présentant leur minois ; piece _ Enfantin au cristal imagier des fontaines es _ « Ils se donnent un peu les âmes incertaines : 1 -_ Des tout petits qui se plaisent à imiter Me 10

La danse des objets dansant à leurs côtés es

_ Et pour eux seuls, des danses pour nous invisibles. Poe 5 _ Savent que le délire est aux sources de l’Etre es ©.‘ 4 14 Et qu’il faut délirer quelquefois pour connaître : de _ Ce que n’atteint jamais la bovine raison ph « Or les bons livres, sans sortir de la maison, “ir D Grâce aux rayons de chêne au pivot suspendus, TE _ Se figurent lancés dans la course éperdue F __ Des atomes qui se cherchent et se poursuivent ee” _ _« Ou plutôt, car votre âme est modeste et naïve, “a Livres, vous vous croyez ou feignez de vous croire $ D, Sur les chevaux de bois qui tournent à la foire = » u

Autour de mon vieux chapeau verdâtre UTOUR de mon vieux chapeau verdâtre, la frise 1 \ De fleurs cueillies tout en grimpant de roche en roche, Se dessèche et se pulvérise et s’efliloche > Avec le souvenir des marches dans la brise Vers les sommets de calcaire imbibé de sang. Ne ris pas ; ces fantômes de fleurs grimaçant Aujourd’hui de leurs délicats minois en loques, Ce furent, au désert des sapins et des rocs, Les héroïnes guerrières et décidées

ne Qui luttaient et peinaient sous le vent, les ondées, 2) ‘ 1 Les frimas, l’éboulis des pierrailles coupantes, fl 1 Le ciel clair mais pauvre et avare, les tourmentes D: à me _ Floconneuses, les eaux qui ravinent les pentes “0 fi _ Et bondissent avec des cris et des rumeurs. “3 08 Autour du vieux chapeau les vaillantes se meurent. 7 4 Elles n’ont pas choisi les coins de terre grasse “2 Æ __ Et tiède où le zéphir est sage, mais l’espace a: Béant, que les piliers et clochers empourprés : Be: Déchiquètent, le diaphane et vaste pré ï: né Du ciel où les tempêtes sans merei chevauchent. ; 5 Elles ont pris jadis un élan roide et gauche, +4 Jadis au fond des temps où croissaient leurs aïeules { -s Laissant les frêles et les blessées à mi-pente, EE Ex Atteint la roche austère et glacée dont les fentes Les Lie Abritent leur pelit corps nerveux et tassé. à 2x0 Autour du vieux chapeau tu vois se balancer # Leur front vite oublieux de la gloire passée. ’ a à

En voici trois, emmitouflées de blanche hermine, : 4 Trois princesses d’en haut, que leur génie inciine : 4 A bourrer et fourrer des capuchons, des houppes, r +0 Des loups mystérieux de poils blancs qui étoupent È Et calfeutrent leur figure de fée mutine ; à +

  • Aux toisons des nuées lentes qui encourtinent LEEN Les rinceaux et les dentelures de la roche, Ë Elles ont enlevé des duvets et des floches, E s Le long des siècles accoudés sur les sommets. ; O princesses d’en haut, artisanes, jamais : Nous n’imaginerons vos labeurs, ni vos ruses, : Ni vos inventions soudaines, ces intruses De la nue, ni votre endurance, ni l’effroi De vos rares amours qu’épouvante le froid, _ Les bourrasques et les névés qui s’alourdissent. Ë Autour du vieux chapeau verdâtre les pelisses e Et les houppes des fleurs se dépouillent et glissent : Le long de leurs membres fluets d’enfants malades. É Ê Les princesses d’en haut esquivent l’embrassade ; Mortelle de la cinglante bise et des neiges à £ Et des brumes, géants fumeux qui les assiègent; - Elles semblent trotter gaîment sur les lichens | Vers les étoiles défilant, rieuses naines, Entre les pignons et les flèches écarlates. Mais, vois ces autres fleurs, pinceaux noirs à stigmates

PiGr sâtres, qui tragiquement dressent la tête 1 ÉFOIRE . Comme pour écouter la venue des tempêtes PES _ Ou l’approche de la destinée aux pas lourds. . = _ Vois et surprends le souvenir aigu des jours nn é ln De deuil et de tourments appesantis sur elles ; - fe 38 Surprends leur volonté griffue qui n’a plus d’ailes, us AN Mais qui s’accroche en désespérée au présent ; RE È out qui pince les grains des blocs tordus gisant | ER Pêle-mêle en un champ de bataille sanglante. #4 Fe _ Autour du vieux chapeau, agonisent les plantes ! A Ces pinceaux noirs ocellés de points gris, férus 1 _ D’ascensions au chef des montagnes bourrues, =: _ Sont des âmes aventurières qui ne souffrent TR _ La vie que promenée sur la lèvre des goufres. CE _ De fatigue en fatigue et d’échec en échec, PT Elles rôdent au bord de l’espace et des siècles F _ Qui meurtrissent aveuglément leurs menues tâches. ae _ Mais vaincues et flétries, les obstinées remächent LR

Ÿ Profondément leur appétit de libre espace, 1 ë Et sûres du prochain désastre, elles s’enchässent Ë Mieux que jamais entre les dalles congelées,. LE

O frileuse qui vas glissant dans les allées De nos tièdes jardins et dans les chambres closes, à Et goûtes lentement la vie par menues doses, “4 Les princesses et les aventurières des nues Demeureront pour toi d’étranges inconnues Dont ta sagesse qui raisonne et qui sourit | Dédaignera moqueusement la barbarie
Et les efforts constants et les travaux obscurs « Et la montée persistante le long des murs Écarlates et nus que la tempête hante ———— Autour du vieux chapeau se meurent les vaillantes.

4 | Fa du ciel, je l’ai vu souvent dans l’humble vie Fe Doucement cadencée aux rêves du logis, . _ Les soirs d’hiver quand rôde en moi la nostalgie … Des chemins d’ombre que les aïeux ont suivis. _ C’est dans la salle ornée d’assiettes et de cruches … De grès où vient danser le sourire des bûches, _ Cependant que les doigts ravaudent et tricotent … Et que discrètement bourdonne la parlote : Où lon gémit de ce que les mœurs dégénèrent ;

Et le chat blane, familial et sanguinaire, ox : Ronronne près de moi devant le bois qui chante a

Et la fée des labeurs domestiques, la lampe :

Fait son crachotement sous sa guimpe en papier —— À

Et aussi m’élevant sur la pointe des pieds, 3

Je tai vu dans le grand fourneau de la cuisine, à

Au temps des fruits pendus sous les branches voisines, k

Quand le ciel emplit tout de calme et de murmures $

Et que les chaudrons mats sont décrochés du mur

Pour cuire le monceau juteux des confitures 250

Selon les liturgies qu’ont léguées nos aïeules ;

Et le tiède parfum s’épandait jusqu’au seuil,

Jusqu’à la rue silencieuse entre les granges,

Et ta voix, feu d’en haut, sous les gestes étranges |

Des femmes qui officiaient au bord du cuivre, ë

Ta voix close dans la fonte semblait poursuivre ;

Un discours violent de nuée qui s’approche.

Ondoyantes rôder sur l’or d’une omelette, ,

Gondole naviguant dans la nuit violette

De la chambre où les frais visages s’allumaient; e

Et le rhum et les œufs sucrés, de leur fumet 3

Onctueux caressaient la gorge et les narines;

Tu te jouais en phosphorescence marine

EL tu grimpais vers les épaules, vers les yeux,

Vers les nez étonnés des enfants curieux, LR Vers les cheveux cendrés et bouclés d’une aïeule. | Et les cloisons vêtues de rameaux et de feuilles, “si Le linge qui fleurait le camphre, les Limoges ; k Et les Rouen du mur, les boiseries, l’horloge « à En marbre noir qui porte un appareil en cuivre, 17 Tout, bleuätre et mouvant, simulait les flots ivres 4 De mers illuminées que frôlent des musiques. « . ù ra _ O feu d’en haut, follet rieur et pacifique, _ Souffle rauque et courroucé des nuées d’orage, Ame des cheminées prodigues de mirages. i = Où éclosent pour les petits enfants sauvages, Pour les vieux, ballottés parmi les souvenances, ER, Pour les pensées qui dans le rêve se balancent, à _ Tant de figures, tant de rêves, tant de jardins, Ù Tant de plantes, de fleurs, de ruisselets soudains R _ Dont les ondes sont des chevelures frisées ; #7 1 Feu de chez nous qui sais comment il faut causer _ Avec le chat frileux grillant son museau rose ; … Et qui évoques dans les âmes et dans les choses _ Pendant la course des aiguilles sous la lampe, - … Bien des choses et bien des âmes murmurantes, | _Agni le bienfaisant, l’éternel, feu d’ici,

Fe “2 _ Confident des jours clos jadis entre nos murs, da a a Se ne. Ame des actes et des ouvrages qui durent Us $ ne Et dureront tant qu’il y aura la maison, DEL 1208 ._ Gaïîté, lumière et chaud de l’ouvrable saison, | CEE Elan de ce qui fut vers ce qui pourrait être, LA Æ +: 2 © feu, notre fiévreux captif et notre maitre, s VAE 0 AD Demeure, et sois longtemps répandu parmi nous, HN Pr Et fais que les petits se tenant à genoux SUN ss RE Devant toi quand un soir d’hiver cause ettricote, _ _ Entendent dans tes voix la rumeur des Cyclopes ——

4 n” LE thé chante, la soie filtre l’or, la soie craque; 5

Tes doigts précis me jouent des fugues du vieux Bach

_ Et ton âme joyeuse et féconde s’épand. ni _ Près de la cheminée, ma lecture en suspens : _ Recommence dans la cadence qui persiste. ÿ J’ai refermé le petit livre janséniste ,

Vêtu de truie olivâtre et parcheminée, 4 Où quelques noms du grand siècle sont griffonnés : 4 . D’une encre pâle avec deux devises latines 4 Et les dates de mystérieux faits intimes É 2 Dont ces pages sont les discrètes confidentes. se Le feu craque, la soie filtre l’or, le thé chante, - 0e La fugue dit son héroïsme calme et fort ; 4 Le petit livre janséniste est là qui dort, À È Mais les âmes dont il est imbu se réveillent 3 Et tiennent, près de nous, un suprême conseil Er Dans ton salon d’accorte et fine ménagère. 3 La grand ville en clinquant fait silence et digère À Très loin de nous ses turpitudes modernistes. 2.30% | J’ai refermé le petit livre janséniste . Et je poursuis ma lecture parmi la fugue. % J’entrevois dans une automnale solitude 2 Monsieur Hamon qui marche avec l’enfant Racine, ; Lui dit les simples dont on fait les médecines, * 4 La joie d’aller sur un àänon paisible et sage 4 Dès l’aube visiter les pauvres des villages, 8 Sourit à la beauté des petiles mésanges 3 Et prend dans son bissac un pain de chien, qu’il mange À

D’un cœur humble et joyeux, en admirant la grâce ie Qu’il a reçue de réparer ses forces lasses. He . Et tous deux dans cette solitude automnale, ae _ Le vieux maître et l’enfant marchant près du canal + £ | S’exercent à rester humbles dans leurs propos. À de . Mais deux cygnes passant en blancheur les troupeaux ; “ii _ Des nuées qu’Apollon dans ses étables range F LA 5 D’après les auteurs lus à l’École des Granges, É<4 ” Deux cygnes sont venus tout près sillonnant l’eau, A E Et l’enfant pense au grec de Monsieur Lancelot, & _ Et Monsieur Hamon pense aux âmes innocentes… 7 : 1 e feu craque, la soie filtre l’or, le thé chante, À ; . La fugue est une vie austère, simple et tendre NUL: _ Qui chemine d’un pas certain loin des méandres de: où vague la cohue de nos âmes fanées. : _ J’y vois dans la pâleur de lointaines années F _ Le bon vieux médecin que raconte mon livre Due, + Et l’enfant inquiet des choses qui l’enivrent : : 4 Bien qu’il soit prémuni contre les goûts du siècle, : = Car sa tante, Madame Agnès de Sainte-Thècle sr :

  • Et les doctes Messieurs qu’il entendit ou lut : … Lui ont décrit la voie chanceuse du salut ‘ pi est troublé par les idoles de ses yeux, 1 . … Par les cygnes ployant leur long cou sinueux, f Par la buée qui voile, en rôdant, les prairies.

LE a 7% Mais le vieux maître est plein d’onction, et sow IR En signalant des oies sauvages dans l’espace. “ Ayant fini son pain de chien, il ditses grâces, NÉE © Un peu honteux d’avoir véeu dans l’abondance. A Pl re Le thé chante, la soie filtre l’or, le feu danse F3 Fe Det jette des reflets qui marchent dans la fugue. LICE : “ … _ L’héroïsme lointain pénètre et nous subjugue; = STE La ville de clinquant ne tient plus nos pensées. Dee ne Je sens tout près de moi ton âme balancée, MU. st Et les ombres des solitaires se dessinent RL ta TES Dans ton salon de ménagère accorteet fine. ne Re

4 Levlong du Jour d’été

  • long du jour d’été qui bourdonne en suspens à Aux tuiles du village et au front des charmilles, L. Le marronnier dans la paisible cour épand 4 Son tissu d’ombre vers la besogne des filles. « 4 Les choses de la cour sont groupées en famille : Ë D’un côté le jardin, en face la cuisine | 69

Où sifflote la voix constante des bouillottes ; 34 Puis un mur où le lierre obseurément chemine, 5 ? Au plâtre lézardé agrippant ses menottes ; 6 724 Puis un petit bûcher qui porte un réservoir. RDS Le marronnier remplit simplement son devoir, &

  • Simplement, d’un air doux et quasi paternel, 7:58 Un peu bureaucratique, et du matin au soir, <4 Il rafraîchit les laveuses qui entremêlent F: Des complaintes et des sentences du terroir. LE - Le marronnier déploie son ombre bienfaisante 3 Sur la cuve de bois où les bras nus se trempent ; “5e : L’eau est cendrée ; le linge écume et s’arrondit 4 Et se gonfle; mais les bras fumants et hardis 5 L’attaquent; le voici tordu, voici couler a Sa mousse pénétrante el sa forme exilée —— Sn: Et l’arbre met des tons mauves à ce tableau, è 54 Et l’ouvrage ruisselle et jaillit, et des flots % De gaîté par accès montent du sein des femmes. 14 Le grave marronnier semble étaler des palmes

Ri tuellement sur des têtes de sultanes, ER Le Car son bois est hanté d’une âme orientale, “AS Ne E etqre dieu hindou y continue son rève ë o = L _ Lent qui se ramifie et monte avec la sève. + TRS | Mais les filles d’en bas n’en poursuivent pas moins COR

Les rustiques propos, les chansons et les soins RU a . Qu’il sied de prendre en des logis qui se respectent ns AT

j Pa rfois, dans la pénombre où quêtent les insectes, Ne

_ Les bustes relevés se cambrent et les bras 5 A

_ Bleuis se dressent vers l’immobile entrelacs de

. _ Des mains vertes aux doigts palmés qui versent l’ombre; 6

Et un instant le joyeux effort plie et tombe, ex ë, es yeux soudain voilés s’imprègnent de langueur *

_ Puis, la fatigue exclue, un long rire moqueur ! LE _ Éclate, l’eau jaillit et mousse, les chants fusent j ; ce Et le linge clapote avec des voix confuses ri _ Etse gonfle et retombe et se gonfle à nouveau. 14,

Le marronnier est un artiste et les travaux ‘1.

_ Qu’il adoucit ne gisent pas dans l’ombre vaine ; VE

…_ Mais son épais feuillage est parcouru de veines F5 _ Par où, sang irisé, circulent des raies d’or : _ Qu’il fait choir goutte à goutte aux cheveux des laveuses, 4

A leur nuque brunie et lourde, à l’eau mousseuse he Qui bouillonne, au beau linge assoupli qui en sort “ En flancs bombés, aux gestes mesurés et forts Lex fi Dont les filles ont le secret et la cadence. à Et tout cela frémit de sourires et danse Une danse étouffée de Naïade entrevue. : ; À Au loin, ce sont les vêpres des champs qui remuent | Ici près, le jardin aux arbustes bien sages | Qui méditent les actions du jardinier, Et la cuisine où le murmure coutumier : Des bouillottes s’épand. Tout médite ou somnole; Mais la petite cour travaille, et les paroles Et les rires et les gestes vaillants y volent, Et la toile blanchie est une voix qui chante. Le marronnier déploie son ombre bienfaisante.

ke A. La chambre bleue dormait —— RAM <

  • A chambre bleue dormait sur la petite cour A - « 11 Où le bon marronnier avec ses rameaux lourds cf * ‘ Versait de l’ombre et de la fraicheur aux laveuses. 4e es feuilles, éventails de reines paresseuses, A: #4 Venaient toucher les persiennes et les croisées A. De la chambre et voulaient peut-être s’y poser ; , bu Sur le marbre rafraichissant du secrétaire, Sn: Meuble empire, tenancier des graves mystères LP Familiaux qui font que la maison chuchote. Je

O chambre bleue, douce et somnolente dévote, “ Amoureuse de vieux parfums ei de pénombre, : Te revoici, volets clos, et des mèches blondes 8 Ou mauves de soleil roulent sur les tentures. ; Languissamment tu t”éveilles dans Faube pure ; Où passent les appels répétés des arondes. £ee O chambre bleue, où, long voilés, tournent en ronde Les souvenirs de l’âme enfantine et hardie À Qui gîtait là dans un tissu de rêve, ourdi Par d’invisibles fées venues avec les branches. s Tous les matins semblent des matins de Dimanche Dans cet azur et la mélopée des bois proches, Ë Quand l’enfant se réveille au murmure des cloches Û Et que ses yeux pleins de songes amis rencontrent Tout d’abord, suspendues sous un portrait, deux montres Bombées, historiées, archaïques de forme, L’une en argent bruni et la deuxième en corne Et chacune portant au cadran sa devise. Et les yeux, imprégnés d’apparitions, lisent Péniblement les gros et ronds chiffres arabes ; Où les aiguilles, doigts en ferraille, par saccades, L Comme accablées de paralysie et de goutte, Poursuivent néanmoins d’un pas constant la route Qu’elles firent pour nos aïeux et nos aïeules.

_O chambre bleue qui sens la sauge et le tilleul Et le camphre et la désuète bergamote . Grâce aux deux montres dont les aiguilles tremblotent Et dont les voix s’enrouent, tu restes balancée = Sur les bras maternels des heures du passé _ Que l’enfant curieux interroge et eflleure. Et soit que la gaîté mouille son âme en fleurs, ne CAS

  • Soit qu’un vague désir le gène et le tourmente, Les heures du passé, graves ou fredonnantes, > 1 . Lui accordent leur sympathie et leurs conseils. F-0 chambre bleue, musée de mèches de soleil, ñ _ Tu sais combien la montre d’argent parle vite! Elle entretient l’enfant de choses déjà dites _ Et ressassées, mais qui plaisamment se déclenchent ; …_ Sa voix a des trottinements de souris blanche ï . Et des empressements de petite bourgeoise Qui reçoit des cousins de province et, grivoise, l Leur narre en caquetant les scandales du jour.

Elle sait pénétrer les meubles d’alentour

_ De son humeur dansante et parfois querelleuse ; à Elle fronde et s’irrite et raille la veilleuse 5 Éteinte et rit gaiement d’un petit rire fou. … Et les heures qu’elle a stylées glissent et jouent [e Par la chambre avec de longs bruissements de soie Et vont pinçant du luth et doucement s’assoient . Sur la bergère ou bien se font des révérences. 4 75

O chambre bleue, faiseuse d’ombre et d’indolence, { Tu sais combien la montre de corne est bourrue; à Elle marque le pas des soldats dans la rue Ou ceux de l’artisan voyageur sur les routes; Sa voix mordante et dûment cadencée, boute Au cœur de l’incertain le goût des äâpres luttes, Des étapes forcées et chantées vers un but Fuyant toujours, l’amour des ouvrages finis, Bien ajustés, fouillés, révélant un génie | Qui s’observe, les soins d’un maître en son métier < | Et le respect des vieux âges dont l’héritier | Doit conserver les tours de mains et les recettes —— Les aiguilles ont l’air d’avoir mis.des lunettes | Pour mieux voir si le geste ou le pas sont bien nets, Si les doigts à propos et dans la bonne voie Poussenti l’outil, si par les champs et par les bois Les compagnons cambrent le buste et sont dispos. Et la durée, insoucieuse du repos Des âmes où la vie s’écoule monotone, L’héroïque durée de guerre ei de besogne, Emplit la chambre bleue de sa noble rumeur D”atelier et fait sourdre au fond de la demeure Des musiques de marche et des bruits de métal. O chambre bleue révant d’un rêve végétal Et te parant de perles de feu qui s’étalent

En écli 8 sur ton tapis et sur tes murs, PE pri pe mes plus que tout somnoler au murmure . ee De luth ou de satin froissé que font les heures 1%. 5 Issues de la montre d’argent — et tu as peur DATE De l’héroïsme àgé de la montre de corne. Se Mais l’enfant l’aime bien, la tient pour sage et forme RAS Des rêves de conquête et de Travaux ardus À DHETE En l’entendant qui marque le pas et gradue : RER QT es efforts patients des mains et des pensées VAS 4 2 , de sa persistante et robuste poussée, ar Fait craquer les cloisons de ton rêve fermé, NE . O chambre bleue, dormeuse obscure et parfumée. <e

J’ai révé que le marronnier

  • ?A1 rêvé que le marronnier de notre cour, J Celui qui verse l’ombre violette, au cours Des heures de l’été, sur l’ébat des lessives, En des temps plus lointains que les temps où revivent Les personnages des contes de nos grands mères, En des brouillards confus de temps qui s’agglomèrent Avec des ombres de géants et de vieux mythes, J’ai rêvé que le marronnier, paisible ermite Qui poursuit dans nos murs ses premières exlases,

é _Commençait un voyage très lent et dont les phases 4 Duraient chacune beaucoup plus de cent années. _ O voyageur feuillu de mon rêve étonné, Tu Vapproches tout doucement de la demeure ; » ‘Tu vas suivant les jeux des petits doigts que leurrent

  • Tes boules peintes et vernies comme des vases. | En tous lieux tu poursuis tes premières extases ’ | Et tu charmes le seuil des maisons et des huttes. ; »_ Que sais-tu de ta direction, de ton but, Du pourquoi de ta course inégale et chanceuse ? -_ Ju Le meus dans le temps d’une âme paresseuse » Vers le temple des dieux qui peignent les couchants. ; Tu ne l’avises pas de comprendre le chant — Varié suivant les climats où tu circules, … Des oiseaux confiés à ton doux crépuscule. / $ Tu souffres, dans le voile étendu par tes mains, Les différents travaux des différents humains. Et sur tout el sur Lous, ton ombre se déverse
  • Avec la mème paix et la même bonté. Je Le vois somnolent auprès d’une cité Qui mire le tissu fin de ses pierres blanches

En des flôts ciselés et bombés d’où s’épanche Le chœur léger des voix de déesses qui jasent. C’est là que tu poursuis tes premières extases Devant un seuil orné de bœufs taillés en marbre. Une source a creusé sa vasque près de l’arbre Étranger qui gouverne et tamise le jour Ë ; Sur les rochers moussus d’où l’eau timide sourd Goutte à goutte avant de s’enfuir en nobles ondes. O marronnier, l’aile anguleuse des arondes Vous effleure, la source et toi, d’un vol pointu ; Et les femmes d’en haui, long voilées, long vêtues, Quand vous entremêlez de nocturnes soupirs 3 Descendent du logis les outres à remplir En chuchotant pour ne pas attirer les Mànes —— O marronnier, l’aube paraît, les petits ânes Viennent des champs avec des courges et du lait; Tu vois, non loin, voler le disque ou le palet Figurant le circuit des Héros de la nue. Puis les adolescents agitent leurs pieds nus Dans l’eau pure où tu fais ruisseler des oboles. Que ton voyage est lent parmi la durée folle ! Tu muses, pèlerin songeur et délicat Sur les chemins que l’humaine cohue marqua De pas fuyants tournés vers le déclin des jours.

*, ae gros remparts, de tours et de fossés. Ne g 4 _ Les cloches, dans la cage obscure balancées F0 ‘a Disent un chapelet de proses monastiques. , ER Tu couvres de tes mains étendues la boutique : se à n _ En toile d’un vaillant chaudronnier qui martèle es & Ê Des cuivres de Dinant, vaisseaux sacramentels KT 3 | 4 Où fumera le grand œuvre des ménagères. + ne Devant ta forme et tes manières étrangères, ; Ke Te WA Des gens venus de loin trafiquer à la foire À 4 je _ Et présenter leurs vœux à quelque saint notoire A 718 | Les petites maisons pointues et discourtoises Fit 4 cÿ _ Rient de tes airs béats de chanoine et se serrent = à su ‘#2 À s’étouffer en un mystérieux concert #- à E De pignons gradués, de clochetons et d’angles. : _ Les enfants haillonneux se gourment et s’étranglent ere __ Pourtes marrons peints et vernis comme des vases. ER 4 ns En ce lieu tu poursuis tes premières extases, 3 ; =1.:0 marronnier ; les saints de leurs niches te guettent, x : s #4 _ Soupçonneux; les corbeaux du haut des échauguettes js __ Te connaissent d’après ce qu’ont dit leurs ancêtres ; EEE “1 Et quelquefois les chapelains ou l’archiprêtre € j T’exorcise pour voir si tu n’es point hanté Là S Ettu erres, tu séjournes dans les cités ; |

René Salomé l’a TSH AIRES Tu charmes les entours des maisons et des huttes ; Dans les clos, dans les cours où les gerbes d’eau flûtent, - : Doucement et sans y penser tu t’insinues. è On s’accouitume à ta bienveillance ingénue Qui protège les longs travaux, les confidences ; Et les entretiens où coulent d’abondance ; Les eaux de la sagesse et du savoir antiques. Te voici dans un cloître où les nonnes se piquent De bien parler, d’avoir le bel air et des charmes. Elles excluent la robe crasseuse des Carmes Ÿ Et goûtent les pourpoints crevassés, les grands cols Florentins, les gants parfumés d’essences molles, Les paroles musquées de leurs jeunes voisins. L’Abbesse, une enfant docte et gaie, dont les cousins Et les oncles sont rois, princes ou connétables, Fait dresser et charger de sucreries sa table Sous tes rameaux, à voyageur, et l’examine En badinant de ses deux prunelles gamines Qui trottinent ainsi que souris en liesse; Et chacun fait sa cour à Madame lAbbesse, Lui offrant caramels, dragées et cotignacs Et des regards luisants de ferveur qui se braquent Sur le tissu bombé de sa guimpe flamande Les doigts, frôleurs de soie et de velours, quémandent. On la dénomme Calypso, Vénus, Armide ;

. On choit dans la mythologie galante et vide ; D_On jargonne en latin, on italianise ; …._ On boit; on fait tinter les verres de Venise. . Ettrois nonnains pinçant du luth et du théorbe …._ Soupirent un motet de leurs voix qui s’accordent …. Languissamment avec les voix de La feuillée. É … L’abbesse enfant essuie ses paupières mouillées, : “ Car dans les vers sonnants que la musique avive, Fe ._ Elle se reconnait sous le feint nom d’Olive ; Enveloppé de vœux, de regrets, de prières C’est là que tu poursuis tes extases premières Dans le cloître égayé d’arceaux et de gargouilles. Ô L O voyageur, tu muses longtemps, tu te rouilles à Dans les cloitres, le long des avenues sournoises, x ; Près du puits de la cour des demeures bourgeoises, À Sur les places des bourgs frémissants de caquets 2 Où les cleres attablés combinent un piquet, d Au soir, quand l’Angélus rôde parmi les tuiles, Sous la fenêtre du philosophe tranquille, 4 Dans les jardins où vont des ombres de marquise

( Et Le voici à mon réveil qui te ravises ï Et fais semblant d’être immuable sur ta base :

Tu poursuis près de moi tes premières extases.

E La bague des aïeux — : BON A bague des aïeux me confie sa pensée; 2 1F La bague des aïeux, lourde et cadenassée 314 De jaspe où s’éternise une mouche de sang Ë ÿ | ; A _Ne connaît point les faits et les êtres récents. 1 _ Elle sait qui je suis, ma souche, ma lignée, s

Mais n’est point sur le temps moderne renseignée, 3

  • z Ignore même si le temps moderne existe, 4 .__ Sa pensée a des horizons de vieux droguiste _ Enclos dans une oflicine provinciale

Où les mêmes instants, d’un glissement égal, be ) Où les mêmes instants qu’aux époqués rouillées Se promènent parmi des bêtes empaillées Le Qui ne ferment jamais des yeux de porcelaine, L Mais la bague, dans ce passé captive, est pleine à $ Des sentiments drus, vigoureux et juvéniles s ; Qu’on retrouve aux chansons des aïeules qui filent | Sur le vitrail imaginaire des légendes. Ses lointains ne sont pas embruinés de cendre, Mais souriants des feux d’une aube d’Évangile; Son âme ne s’ankylose point, mais agile, S’ébat dans la feuillée musicale des rêves. : Elle a des sentiments vigoureux dont la sève ls Montait jadis au cœur des hommes et des races ; ; Elle serre, elle tient, elle unit, elle embrasse, | Elle attache les doigts, les pensées et les pierres. Ë Elle est la fée du cercle où rôdent des prières, | Des rires, des regards sans malice et des mots _ Plus suaves qu’un vent léger dans les ormeaux; ; Elle est la fée de l’assemblée silencieuse À Comme un bois composé de hêtres et d’yeuses + Sous l’été qui somnole et ne souflle qu’à peine : | On est ensemble, lèvres closes, les haleines Diserètement chantent un chant vague de brise; | On est ensemble; il fait un silence d’église, À

Vu que les âmes se recherchent et s’écoutent. On recueille sa vie, on la boit goutte à goutte, n Et l’on sent bien que c’est une vie très humaine. 4 La bague des aïeux en rêve se promène ; Dans les maisons où l’on fut heureux d’être ensemble, 44 On recueille sa vie, on la savoure, on tremble De la voir tout-à-coup rompue et dispersée : Ë, Les ombres du logis planent sur ces pensées; ; Les travaux en commun des cœurs, des bras, des sens l Renaissent finement sous l’intime silence À Des heures d’autrefois, un peu sèches et prudes, | S’installent, se dérident volontiers, racontent De jours patiémment taillés et ciselés ] Pour faire la maison durable et bien calée, ; Et comment tel vieux bisaïeul ou trisaïeul Cisela cette lampe ou planta les tilleuls, Et comment le grand oncle Antoine dont voici La timbale fit la campagne de Russie ; F Et comment telle dame en robe feuille-morte { Astiquait les verrous et les boutons des portes, L Et comment le passé dans le présent s’obstine à La bague des aïeux rêve sous sa patine, Ë A l’humanité juste et sage que ce fut. 1 87

La bague des aïeux n’a point l’esprit confus 5 Des bagues d’aujourd’hui qui sont des fleurs malades. Elle a le sentiment des dignités, des grades, Du rang qu’il faut que dans la maison chacun tienne, à Elle adhère au statut des familles païennes Dans les temps des cités dures et primitives. | 3 Quand, au passé, dont elle est volontiers captive, | à Elle erre sous sa figure humaine de fée, Je l’entrevois en toge de pourpre étoffée, Plissée, drapée sur la tunique des Romaines. Elle dit aux enfants les mythes qui ramènent Le vouloir-aux traditions longtemps suivies Depuis les héros nés du sol, de qui la vie £ Fut un enchaînement de travaux méritoires. Elle impose les actes propitiatoires Qui peuvent féconder les faits et les discours. Aux filles, aux garçons elle apprend le retour Dans les mêmes instants des mêmes disciplines. Son geste, selon qu’il se relève ou s’incline, Soit qu’il faille pousser au pâtis les troupeaux, Soit qu’il faille rogner les pousses des arbustes, Soit qu’il faille arracher les herbes qui s’incrustent Au pied des ceps rangés en ordre de cohorte, : Soit qu’un voisin jaloux et famélique apporte La violence aux biens qu’ont fondés les ancêtres, Soit que le père, dispensateur, juge et prêtre Divise les quartiers de brebis et de porc,

_ Soit qu’aux pointes des peupliers qui s’évaporent RAS Ur as | Vesper luise, annonçant le cortège des ombres, 1 ES Fa Fe La bague des aïeux empêche de se fondre, » } = Serre, maintient, unit, noue de liens têtus, ; 26 Groupe autour de la pierre où le feu perpétue TAN _ L’inquiète pensée des morts toujours présents, ; TE Ceux et celles qui vont du même effort creusant LR ap Un unique sillon dans l’histoire diverse. Re te Elo bague des aïeux, juriste qui converse + ”: Des choses établies par la force, l’usage, ee É Les mois divins, les destins lus dans les présages 1 Le _ Et le génie caché dans les fibres des hommes, p Dita sais également les rêves qui bourdonnent CPE Et rôdent dans l’or fin des âmes juvéniles. LC “1 Les bagues d’aujourd’hui parlent de vœux débiles, , Fe / _ Toi tu parles des vœux continus des lignées, F U Des vœux profonds qui semblent éelore et baigner ne ? Par la racine dans une aurore de mythes, ca, #1 | De vœux lointains qui ne connaissent de limite É NP: Ni dans le temps vécu, ni dans le temps à vivre. È ka4 Ton rêve se balance un peu flou, un peu ivre pe ; Sur les torches, les cris, les danses, les étreintes D +

  • 89

La noce va dessous la nuit d’étoiles ceinte; Elle conduit au seuil de l’époux l’épousée; Mais dans ton rêve fou de déesse grisée, Le cortège toujours s’avance et se déploie ; Le long du temps jaloux il marche dans la voie Qui chante, retentit et flambe à sa venue; 11 marche dans sa voie devers les inconnus Où la race depuis les vieux héros chemine. Il est l’essaim des nobles élans que fulmine La jeunesse dans la maison hautaine et forte ; Il est l’invincible poussée contre les portes Des destinées couvant leurs embüches de bêtes; I! est le tourbillon d’amour et de conquête Allant dans l’avenir ambigu s’enfoncer La bague des aïeux me confie ses pensées.

; Les grands soleils du petit jardin

, 4 Es grands soleils du petit jardin où tu lis

L Se saluent de tout près en courtisans polis

; Qui s’alignent d’après les lois de l’étiquette 3 Devant les murs blasonnés de rhubarbe, et guettent

4 La venue de celui d’où partent les faveurs.

« Les grands soleils du petit jardinet rêveur

Où les bruits de la ville arrivent étouffés | Suivant le jeu des vents qui passent par bouffées, Se dressent orgueilleux, ou, très humbles, s’inclinent. D’autres soleils, moins flamboyants, mais d’origine Qui ne le cède en rien aux lignées végétales, Sur les vases de fonte et les ferronneries : De la maison qui de ses fins carreaux sourit Et grignote tout bas ses briques fendillées. Les grands soleils se balancent sous la feuillée Et les soleils de cuivre ont de minces visages Dont les yeux d’ironie et de rêve présagent L’Automne des grandeurs et des pompes solaires. Dans le petit jardin si clos, tu humes l’air Du soir qui sent les fleurs, les feuilles — et qui tinte. Tu regardes les toits d’ardoise dont l’étreinte Se resserre autour du jardin et des soleils. Tu ne lis plus, il te semble que tu l’éveilles Dedans un crépuscule archaïque de livre. à Les grands soleils du mur et les soleils de cuivre

Te salnent en princesse et te font les yeux doux; Fr 4 Les rameaux d’un laurier s’approchent de ton cou FA +4 ” Et huchotent des compliments en madrigal; FIM à “La petite maison basse et fourbue s’égale re ns Au jardin clos sont un Amour et des rocailles, : SP Elles et lui moussus, mutilés et noircis, 1. IN _ Mais tout se régénère au miracle précis ; ! dei _ De la soirée qui feint d’être une renaissance. TA É _ Les grands soleils du mur et les autres l’encensent; SUR Les rameaux du laurier lissent tes cheveux d’or; Dre _ Et tu entends la voix d’un jet d’eau qui s’endort + pe _ Aux vasques fin veinées d’un pare imaginaire. — 7

… Dans un passé qui près de toi se régénère, ; crêl : x Que feras-tu pour te divertir et berner s # L’ennui si naturel aux personnes bien nées? |

ss Les grands soleils ondoient, à majesté récente; _ Ceux de cuivre sourient de leur bouche décente; } s 2 les cloches te carillonnent du Lulli. PS

Giras-tu, fardée et parée, sur ton grand lit Dans la ruelle où grésillent des cassolettes Pour écouter le bruit des paroles doucettes Qui s’agencent d’après les lois de Vaugelas ? | A l’église iras-tu reporter ton cœur las Des sonnets, des rondeaux et des billevesées En oyant un sermon docte et bien divisé ? ; Dans la cuisine où le ragoût fume et mijote Endoctrineras-tu ta servante Flipote Qui fracasse les pots et jargonne en parlant ? Les grands soleils te font des saluts longs et lents, Les soleils ciselés te sourient et miroitent Tu choisis d’aller te promener dans l’air moite Pendant qu’il rôde encore des clartés de chandelles Et que les gens de qualité vont aux nouvelles Sur le mail ou le long des berges du canal. Là tu disserteras sur les causes finales Avec M. Marphurius le philosophe; Le poète Tircis modulera des strophes ; Et l’on conversera des tragédies que lut Madame la baillive ou Madame l’Élue ——

_ Les grands soleils dorés l’approchent et tournoient ; ‘ ce Ceux dé cuivre avec leurs ironiques minois Ne _ Pronostiquent, pendant que l’ombre s’accélère, . __ L’automne des grandeurs et des pompes solaires.

| ET noir, le chat blanc et le Terre-Neuve, Avec l’enfant, voilà les seules gens qui peuvent Être admis aux secrets paisibles de l’album. ; Ce gros livre est hostile aux femmes et aux hommes De: notre temps narquois et dur aux vieilleries. | Sur le guéridon, près de la coupe qui série È Les cartes des bourgeois et des fonctionnaires, H1 git béatement, car il n’a point de nerfs, A l’inverse de nos petits bouts d’arrivistes. Le chien, le chat, l’enfant flairent du nez la piste Des âmes qui vaguaient dans la forêt des temps

Parmi l’album ouvert pour eux seuls et content RER _ D’être questionné par quatre créatures. re . Il sent bien, cet album vieillot, que la nature se Ps vivants n’est point si moqueuse et desséchée, à ee _ Puisqu’il peut retenir attentifs et toucher. et $ a vec des visions l’enfant et les trois bêtes, L EN Le plus sage, le plus calme, le plus honnète Cr LT _ En sa façon d’écouter et d’être courtois, - ANT LE Celui qui rend le plus simplement ce qu’il doit Per _ Le plus homme du monde et le plus galant homme, une ic _ Le plus grave sans aucun air impertinent, “FUN me | est classique, il est correct, on a soigné Ne Na ! _ Son éducation, outre que sa lignée 1 ral a _ Est fameuse par l’élégance des manières. Ha _ Je présume qu’il eut des tantes douairières ‘ so _ Et des oncles dont on conserve les portraits 5 Ph _ En quelque galerie d’aïeux où les secrets 1 De famille se voient aux physionomies. FL Ce 4 L’album obseurément le tient pour son ami NL . Le plus intime et le mieux apte à concevoir + 4Æ Que grouper les images aux teintes d’ivoire ‘LEE

Des ancêtres, parents, cousins et familiers $ Est au logis un ministère singulier dla ; Requérant soin, discrétion et diligence. : L’épagneul et l’album ont des intelligences j

Communes dans le fond reculé de leur moi; Tous deux gens de foyer, de passé, d’esprit coi, De conservation et de tradition, Ils méditent en sympathie les actions . Des hommes et des chiens qui furent éponymes. ; L’album admet parfois que l’entretien s’anime, Mais pas trop, car ses habitants goûtent le calme Et il sait que bien des Messieurs et bien des Dames Logés dans ses cartons de bristol revêtus, Pour avoir exercé leur zèle et leurs vertus Jadis au temps de la Monarchie de Juillet, Sont lasses maintenant, n’aiment point qu’on feuillette

} Le livre qui leur sert de cloître et d’hôpital Ni qu’on rompe en glosant le silence fatal Où sont blottis leurs sentiments clos et fripés. Donc l’album n’aime point l’allure dissipée

© Du Terre-Neuve qui semble un matelot clochant, Un peu ivre, près des boutiques des marchands Inquiets pour leur étalage et leur vitrine. Le chien, de son enfance et de ses origines Garde un balancement houleux, pesant et rude.

4 Les meubles du salon sont pris d’inquiétude

  • Quand il va les toucher de sa tête de phoque, Surtout le guéridon, fantôme sans époque, 4 Sans style, sans confort et sans stabilité. 4 Mais l’album n’ose point gémir ou s’irriter à Contre le Terre-Neuve aux bourrades lourdaudes, 4 Il souffre doucement son museau qui maraude À Tout près du fin bristol et des portraits jaunis, 4 Bonté du chien nageur à la tête de phoque. s Et les meubles tassés dans le salon baroque 2 N’osent pas critiquer les avis de l’album. % Le chat couché en rond sur le lapis vert-pomme Du guéridon, tout près de la grand coupe où musent y Les cartes des bourgeois et de ceux que les Muses 4 Pourvurent d’un bon naturel et destinèrent À figurer dans les corps de fonctionnaires, Le chat ronronne, et c’est la façon dont il cause Avec la gent défunte au vieil album enclose. Il sait bien que ceux-là qui gisent dans l’album % Errent aussi dans le jardin quand vient l’Automne Et que jase le voile amenuisé des feuilles ; \ Il les a vus l’été quand il est sur le seuil, Pelotonné, laissant à peine la lumière Se glisser par l’incision de ses paupières,

‘ Il les a vus rôder au bosquet des lilas; : Il a, quand il chassait en mesurant ses pas, Dans les chambres abandonnées et les soupentes, Connu tout le passé furtif et doux qui hante

  • La maison, s’insinue dans les recoins, sourit Dans les reflets et fait craquer les boiseries. S Avant de regarder leurs falotes images, Il a, ce chat (nous dirons qu’il est un chat mage, & O vieil ami, comme autrefois, en Rhétorique), : . Ji a senti leur présence mélancolique : Diffuse parmi les gazons clairs, les feuillages, L’ombre moite et fleurie des chambres à ramages, Les greniers, les placards, les armoires normandes. L’album auprès de lui parfois se documente Ou voudrait se documenter, mais le chat blane, Agile aux bonds elliptiques parmi les plantes, ‘ Ne sait que ronronner d’une voix indolente, : Somnoler, cacher son nez rose en sa fourrure, Û Dès qu’ayant pris congé de la fauve nature Il redevient l’hôte du logis qu’il connaît. L’album inquisiteur le trouve un peu benêt Au lieu de préciser les rêves qui s’écoulent Dans son âme affinée de chat visionnaire. Dans le salon peuplé de choses qu’on vénère,

= _L’Épagneul noir, le Chat blanc et le Terre-Neuve _ Avec l’enfanf, voilà les seules gens qui peuvent v pes _ Etre admis aux secrets paisibles de l’album. t “ITS | . L’enfant, qui ne saurait traduire amo Deum, / ‘s ji Ne - Est du passé reclus l’interprète zélé. er | Les sages animaux l”écoutent moduler Pret | Dansce langage humain qui les trouble et les charme, _ La légende de ces Messieurs et de ces Dames 4 or ee Qui s’érigent silencieux dans les cartons, ; # 4 _ Si grêles, si fanés, si päles avortons, nd L Si loin du monde où chiens et chats vivent leur vie. » à < 4 L’enfant qui ne sait rien des chemins qu’ont suivis . Pa Les explique, les commente, les étiquette, ei Dit leur âme d’un geste ou d’un mot qui s’envole. x {2 Et l’album goûte sa mimique et ses paroles | Qui sont bien ce qu’il faut pour expliquer des âmes. 1% _ L’épagneul noir, chien de société, se condamne ps » A l’immobilité grave sur un fauteuil; a “ Le Terre-Neuve, surveillé du coin de l’œil Ho Par l’enfant qui ne permet pas qu’on soit distrait, “ | Caresse du museau l’ivoire des portraits ;

Le chat blanc qui s’est mis en boule et qui ronronne Se dit qu’il connaît mieux ici-bas que personne À Tout le passé berceur diffus dans la maison. Les gens sensés, pleins d’ironie et de raison, Sont très loin, à leurs occupations diverses, L’album, l’enfant, le chat et les deux chiens conversent En plein rêve, parmi le monde chuchotant Des âmes qui vaguaient dans la forêt du temps.

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Les gens qui dans l’album Es gens qui dans l’album élurent domicile 1F Ont les traits fins, le teint mat et l’œil attentif. Ils semblent regarder les vivants qui héritent | De leur maison, de leurs fauteuils, de leur sourire. 3 Mais les vivants distraits ne rendent plus visite À ceux qui dans l’album ont élu domicile.

  • Les images ne causent plus qu’avec les simples, , 103

Les meubles d’autrefois, le chat qui voit les minces ’ Clartés des revenants et qui entend leurs plaintes : Chantonnées dans la soie des tentures éteintes, Les deux chiens et l’enfant qui s’aflirme le prince De sujets nés pour l’écouter et pour le craindre — Les images ne causent plus qu’avec les simples, L’enfant explique aux animaux tout ce passé : Les oreilles, les fronts, les bouches et les nez, Les costumes de militaire et de curé, Les dames qui portent des jupes ballonnées Et des cheveux noués ou tirebouchonnés, La demoiselle qui ne put se marier Puisqu’on la trouva morte sous ses oreillers, Ce cousin qui fit la campagne de Crimée, Puis acquit un négoce à Beaumont-le-Roger, Ce magistrat soigneux de ses lèvres pincées L’enfant explique aux animaux tout ce passé. L’enfant module aussi de subtiles remarques Qui font rêver ses auditeurs à quatre pattes. I1 dit : j’aurais voulu connaître ces deux dames : Et jouer avec leurs bracelets et leurs bagues; Voyez, elles ont l’air de rentrer dans les cartes. Pour l’oncle Antoine, il est vraiment comme un cheval | Nous n’aurions pas voulu nous piquer à sa barbe. On m’a conté qu’il aimait beaucoup la salade

On aime ce qui est très-fort quand on est brave. 21” Que viennent faire ici Monsieur Thiers et le pape à ges Qui ne sont rien à ces Messieurs et à ces Dames? FAIRE L’enfant module ainsi de subtiles remarques. He Les défunts sont charmés des légères paroles Q ai frémissent comme un insecte sur l’album. à ; Ils trouvent à l’enfant plus de savoir qu’aux hommes, LUE » 20 a : * Car les hommes sourient, se moquent et raisonnent Es Et ne respectent pas les portraits de l’album. mo Mais pour ces quatre si délicates personnes OÉE monts rient, sourient, se meuvent et s’approchent, EAU Les Messieurs font la roue et les dames fredonnent — Le Les défunts sont charmés des légères paroles. ‘ 1 5 Cet album est sorti de la mémoire humaine. - Les hommes font ce qu’ils ont coutume de faire, #” Chacun à son plaisir ou dans son ministère, PAU Et croient leurs actions bien neuves et bien fraiches. . Maïs les gens de l’album à l’enfant et aux bêtes ve | Enseignent les idées et les faits des ancêtres ï Et que ces actions sont vieilles et dointaines — Cet album est sorti de la mémoire humaine, RL

Servantes, lavez bien —— ERVANTES, lavez bien le perron et Le seuil. & ) Les deux lauriers qui nous sourient el nous accueillent Dès que nous revenons des champs ou du village Se montrent soucieux du coutumier lavage Car ils aiment le lustre et la beauté du seuil. Eux-mêmes sont jaloux de l’éclat de leurs feuilles

. Dont le vernis miroite aux touches de la brise. . Servantes, imitez les deux lauriers-cerises ” Quand vous brossez le seuil et les degrés en pierre … À l’aube qui vous teint de sa fraiche lumière Et lisse vos cheveux aux souflles de sa brise. —. Les deux lauriers saluent de leurs feuilles précises

  • Le jour qui naît si pâle au toit de la maison Et divague parmi les voiles du gazon — … Ce nouveau jour se vêl de toile fine et blanche …— Dont les plis, à lauriers, s’écartent sur vos branches —_ Et viennent essuyer le seuil de la maison. … Servantes, que l’eau mousse en légère Loison —… Sur la pierre divine où les hôtes s’arrêtent. …— Lauriers étincelants, balancez vos deux tètes —. Pour dire votre joie aux accortes servantes, Car vous savez qu’aux seuils dont la pierre est luisante … Les heures de lumière et de gaité s’arrêtent, 7 : # . « . Les heures habillées de linge blane sont prêtes . À visiter le seuil au cours de la journée. 4, 4 107

Les lauriers leur diront des phrases bien tournées Vu qu’ils furent nourris aux préceptes des grâces Et parent les instants de la journée qui passe Avec le souvenir des antiques journées.

_ Sa pensée vers des bois, des collines, des sources, _ Des nymphes couronnées d’hyacinthe, des courses L _ De Faunes et de daims le long d’un fleuve émule, _ Des temples émergeant d’un fauve crépuscule _ Entre des pointes de cyprès et de vieux rouvres —— ; #0 figuier, si l’enfant l’approche, tu découvres

  • À son âme des bois sacrés et des prairies, » Des dieux adolescents qui jasent et qui rient % . En buvant du miel roux dans des coupes de hêtre; — Des bergers copiant l’exemple des ancêtres : 4 _ Et, avec le limon, la résine ou la cire,
  • Assemblant des roseaux qui déjà réussirent
  • Sur l’onde et sous la brise à moduler des plaintes.

_ O figuier, quel passé gémit sous ton étreinte _ À la venue du soir et quand souflle l’Automne ? _ Tes voisins caquetants et murmurants s’étonnent _ D’être là côte à côte, avec toi réunis, _ Sans que règne dans leur cité plus d’harmonie, _ Sans être visités des Faunes et des Muses. _ Les femmes lessivant, les colombes qui musent _ Dans notre vieil ami le marronnier pensif, Et Le lierre, qui s’enfonce et tenaille des griffes,

Les poules qui du bec et des ergots ponctuent Quelques vieux choux et quelques feuilles de laitues, La cuisine, la cour et l’honnête maison Dont la nuque soutient les mois et les saisons, Tous ceux-là te voyant, V’écoutant chanter, rêvent De jours plus transparents, d’une plus jeune sève Dans les rameaux, de voix et gestes cadencés, De dieux épars, venus des lointains du passé, ÿ Qui par les cieux, les eaux et les plantes cheminent; Les choses entassées dans la pénombre fine Espèrent tes leçons de force et de beauté —— Je suis donc revenu vers le figuier hanté : Que vénéraient la cour, les colombes, les poules Et tous ceux dont la vie régulière s’écoule En ce coin de constante et chantante habitude =—— La cuisine dormait, close; la solitude, La vétusté rongeaient les pierres et les planches: Ni colombes, ni eau qui mousse et qui s”épanche, Ni poules picorant ou gloussant, ni ramage De feuilles, ni enfant rêvant à des images De Faunes emmiellés qui sautent et qui rient Le figuier n’était plus qu’une tige pourrie.

20 _Le vignoble qui ceint 1h vignoble qui ceint les ormeaux de nos rêves, à A Amie, aura toujours sa douce et jeune sève, À Même s’il ne suit pas l’exemple de l’yeuse … Dont les bras souterrains vont plongeant et se creusent 4 Des chemins tortueux vers les antres du sol. DA Le vignoble qui nous enchante et nous console,

Dans les songes où vont nos deux âmes agiles, N’enfonce point ses pieds noueux jusqu’à l’argile, Mais il trouve l’eau succulente et nourricière Presque au sein de l’espace où se joue la lumière, Où les baumes légers s’envolent des calices. Les feux de notre joie l’inondent et se glissent Facilement jusqu’à sa quêteuse racine; L’air mouillé de nectar et teinté de glycine Qui baigne l’horizon du pays de nos cœurs, Dilué dans la glèbe caillouteuse, effleure Les pieds noueux des ceps qui grimpent sur nos joies —— Viens; mords la grappe où le soleil bouillonne et vois Ta face au ruisselet où se mirent les chèvres : C’est notre sang mêlé qui roule sur tes lèvres.

4 ; Bergers, quand vous cuisez 1

74 : ERGERS, quand vous cuisez les courges ou les fèves À! B. B Près du bois d’oliviers où se plaisent les rêves AE ‘

_ * Que mon amie et moi nous suivons pas à pas, ù #2 Domptez le feu que le Zéphyr ineline au ras
#4 Du sol herbu que vont pâturant vos génisses; ÿ

ne ’ L’étincelle cachée n’attend qu’un dieu propice; . e 4 Elle s’insinuerait, perfide, sous l’écorce

& D’un des arbres aimés qui déploie ses bras torses 7 Au-dessus des pensées où nos âmes s’enlacent.

Et bientôt vous entendriez la tige grasse Pétiller et craquer dans le bois assoupi. La flamme jaillirait en sonores épis Vers les rameaux d’en haut qui nous servent de voûte, Vers le feuillage aigu et pâle qui écoute Le parler simple et cadencé de mon amie O bergers, quelque dieu déjà sur nous gémit, La poix revêt la nue de fumée âcre et dense. Bergers, veillez au feu qui ondoie et qui danse Près du boïs d’oliviers où nos rêves défilent Quand nous lisons tous deux dans le même Virgile,

; Quand nous passons au bois —

A Et te, Bacche, cocant per carmina laeta, tibique

40 UAND nous passons au bois des soucis et des craintes

4 Q Entre les pins tendus sur la pente d’où suintent 4 Les ruisselets peignant la mousse des rochers, 1 Quand l’air épais résiste aux flèches de l’Archer, EU Quand nous sentons nos pieds glisser vers la nuit elose, a Alors, amie, aux doigts des pins qui s’ankylosent

t Va suspendre les figurines délicates

100 Du dieu par qui la joie universelle éclate.

É Nous les avons taillées dans l’os et dans l”aubier

Ou façonnées avec l’argile du potier Le long des jours qui rient et des heures chantantes. Va les suspendre aux pins taciturnes que hantent Les craintes et les soins de nos cœurs sans vertu. Attache-les parmi les aiguilles pointues Au bout de cheveux d’or cueillis sur tes épaules. ; Et nous verrons, pareils aux bras souples des saules, Les bras glacés des pins se fondre et s’amollir; ge Nous entendrons la voix des animaux, le rire Des nymphes réveillées sous les pierres en mousse; Nous sentirons les souffles chauds, l’haleine douce Des cieux longtemps bannis du pays de nos rêves; Le dieu, se balançant, fera monter la sève Du vignoble où nos joies mordent et s’alimentent Puis nous embrocherons les entrailles fumantes È Du bouc mangeur de notre dieu —— pour les griller Suspendues aux scions du Ksse coudrier.

17 vignoble a tendu ses grappes de lumière : 4 Nous avons bu la joie et la flamme guerrières . Du raisin fait de notre joie, de notre flamme: . L’hiver n’a point glacé la flore de notre âme; … La tiédeur des maisons n’a point rompu nos forces. 4 Voici que notre sève, amie, bout dans l’écorce

Du plant divin qui multiplie de jeunes plants; je

Et c’est le temps d’aller émondant ou sarclant | Disputer notre vigne à la saison fleurie, 4 Tous deux bons vignerons, dès que l’aube sourit, <3

| Faisons luire et crier la serpe dans les pousses; 5 Et ne crains pas, amie, que le fil s’en émousse: ES Saturne au temps jadis la forgea de ses mains. £ Qu’elle aille cliquetante et suive son chemin F A travers les sarments dont bougent les bras minces. * 3 Sans funeste pitié, sans indulgence, évince 4 Les petits fous qui s’allongent en courses vaines. Ê Va, ne gaspillons pas le beau sang de nos veines, £ Ne compromettons pas l’espérance des grappes; 4

  • Sinon, le dieu longtemps cultivé nous échappe :

Et, divers, se répand en brindilles sauvages — _—

Mais déjà tu revois son corps et son visage, Déjà le sang reflue et lui gonfle le torse. < Viens —— quêtons les sarments, les dépouilles sans force Qui ne menacent plus nos œuvres ou nos joies = Et qu’un feu de bois sec à l’horizon rougeoie. Re

et Ma D nets _ Il a été tiré de ce cahier seize exemplaires sur PU éarnan ainsi distribués : Fa _ premier exemplaire de souche, exemplaire dugérant; _ deuxième exemplaire de souche, exemplaire de l’ad- # “% troisième exemplaire de souche, exemplaire de lim *# _ dix exemplaires d’abonnement, numérotés de 1 à 10 _ et trois exemplaires d’auteur numérotés a, b, € ca Tous nos exemplaires sur whatman sont numérotés _ à la presse et imprimés au nom du souscripteur; nos _ tirages d’exemplaires sur whatman sont rigoureuse- | _ stant souscrits; nous ne vendons point d’exemplaires G _ sur whatman en dehors de l’abonnement; l’abonnement “4 sur whalman à cette dixième série est de deux cents , rancs pour tous pays. _s Les Cahiers de la Quinzaine sont composés à la main, en caractères fin dix-huitième siècle (Didot) de la fon- E _ derie Mayeur (Allainguillaume et compagnie succes- ë ‘El seurs), 21, rue du Montparnasse, à Paris, sixième “

_ rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. _ Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men- 3 suelles régulières et par des souscriptions extraordi3 naires; la souscription ne confère aucune autorité sur _ La rédaction ni sur l’administration; ces fonctions 4 Nos Cahiers paraissent par séries; une série paraît 4 dans le temps d’une année scolaire, d’une année … ouvrière, d’octobre-novembre à juin-juillet; l’abonne_ ment se prend pour une série. ; _ On peut souscrire cet abonnement à tout moment de . l’année, mais l’abonnement ainsi souscrit est, de droit, _ valable pour la série en cours. ‘4 Prix de l’abonnement, pour chaque série annuelle 4 pendant le cours de cette série : _ Abonnement or- \ Algérie, lunisie… vingt francs » dinaire… } Autres pays de l’Union postale uni- . Abonnement sur whatman… deux cents franos 4 ù pour tous pays ; ä Les exemplaires sur whatman, tirage non réimposé,

sont numérotés à la presse et imprimés au nom du __ souscripteur; le tirage à part sur whatman a commencé 4 de fonctionner au premier janvier 1906; les inscrip-

  • tions pour cet abonnement particulier sont reçues en tout temps et reçoivent un numéro d’ordre déterminé _ automatiquement par le rang même qu’elles occupent 6 dans l’ordre de l’arrivée, les numéros les plus bas venant … naturellement aux premières inscriptions; c’est ce nu_ méro d’inscription qui devient automatiquement le —._ numéro du tirage réservé à chacun des souscripteurs; b. l’édilion sur whatman est strictement limitée au

| Pour tout changement d’adresse envoyer soixante | centimes, six timbres. de dix centimes. , 9 _ Nous engageons nos abonnés de certains pays à nous demander un abonnement recommandé ; tous les cahiers de l’abonnement recommandé sont empaquetés à part et recommandés à la poste; la recommandation postale,

. comportant une transmission de signature, garantit le … destinataire contre certains abus; pour cette recom-

._ mandation, pour tous pays, en sus, cinq francs. 2 Automatiquement et sans augmentation de prix les … exemplaires sur whatman sont tous recommandés et

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“ L’abonnement ordinaire cesse de fonctionner pour

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  • l’achèvement de cette série ; ainsi jusqu’au 31 décembre _ 1908 on peut encore avoir pour vingt francs les onze ÿ cahiers non épuisés de la neuvième série.

._ A partir du premier janvier qui suit l’achèvement

  • d’une série, le prix de cette série est porté au moins E au total des prix marqués; ainsi à dater du premier L _ janvier 1909 la neuvième Série incomplète se vendra