XI-2 · Deuxième cahier de la onzième série · 1909-10-20

Le portique

Gabriel Trarieux

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: su périodique paraissant tous les deux dimanches ndons 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

Dans les treize cahiers de leur dixième série, année e! scolaire 1908-1909, nos cahiers ont publié : ; X-1. — Pierre Mizee.— l’enfant et la reine morte. 3 50 ; X-0.— PrRrRE Hamp. — dix contes écrits dans le X-3. — Pierre HAMP. — la peine des hommes. — | L — marée fraiohs 5”… 21 SR Rs cdd ÉPUISÉ X-4. — Pierre Hamp. — la peine des hommes. — X-5. — Suarès. — le portrait d”Ibsen … ÉPUISÉ X-6. — RENÉ SALOMÉ. — plus près des choses… ÉPUISÉ X-7. — MAxIME VUILLAUME. — mes cahiers rouges. ? — IV. — quelques-uns de la Commune… ÉPUISÉ X-8. — MaAxIME VUILLAUME. — mes cahiers rouges. X-9. — Roman RoLLAND. — Jean-Christophe à X-10. — Romain RoLzLanp. — Jean-Christophe à X-11. — MAXIME VUILLAUME. — mes cahiers rouges. Prix de l’abonnement, pour chaque série annuelle pendant le cours de cette série : dinaire … | Autres pays de l’Union postale universelle… vingt-cinq francs Abonnement sur whatman… deux cents francs | pour tous pays SERA Nous mettons le présent cahier dans le commerce; : À premier cahier de la onzième série; un cahier vert | de 72 pages; in-18 grand jésus; nous le vendons à

; périodique paraissant tous les deux dimanches : 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

Nous avons publié dans nos éditions antérieures et à dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un Si 4 ; grand nombre de documents, de textes formant dos- r si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles, “æ romans, drames, dialogues, poèmes et contes; — un ï si grand nombre de cahiers d’histoire et de philo- . sophie; et ces documents, renseignements, textes, dossiers et commentaires, ces cahiers de lettres, d’histoire et de philosophie étaient si considérables | que nous ne pouvons pas songer à en donner ici 1 l’énoncé même le plus succinct; pour savoir ce qui a 2 paru dans les cinq premières séries des cahiers, il suffit d’envoyer un mandat de cinq francs à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement; on recevra en retour le catalogue analytique l sommaire, 1900-1904, de nos cinq premières séries. x Ce catalogue a été justement établi pour donner, . ÿ autant qu’il se pouvait, une image en bref, un raccourci, 3 2

  • uneid se, ab 7 égée, mais complète, de nos éditions anté- % . rieures et de nos cinq premières séries ; tout y estclassé Le _ dans l’ordre: il suffit de le lire pour trouver, à leur go place, les références demandées. ; eu ER HE Ce catalogue, in-18 grand jésus, forme un cahier Fe ne __ très épais de XII+408 pages très denses, marqué cinq me _ francs; ce cahier comptait comme premier cahier dela ous _ sixième série et nos abonnés l’ont reçu à sa date, le BE 2 octobre 190%, comme premier cahier de la sixième __ | série; toute personne qui jusqu’au 31 décembre 1905 MS _ s’abonnaït rétrospectivement à la sixième série le rece- is __ vait, par le fait même de son abonnement,en tête dela “ série; nous l’envoyons contre un mandat de cinq francs PS LA à toute personne qui nous en fait la demande. F0 RÈSRREN

. aux Cahiers de la Quinzaine d

Le présent petit index donne automatiquement pour tout volume et pour tout

| £ a) le numéro d’ordre de ce cahier dans le classement général de nos collections complètes, le numéro d’ordre de la série

4 capitales de romain et le numéro d’ordre

y du cahier lui-même, dans la série ainsi déterminée, en chiffres arabes, de sorte que V-17 par exemple doit évidemment se lire dix-septième cahier de la cinquième

faut, la date du fini d’imprimer, ou, à son défaut, la date du cahier même;

c) le prix actuel;

d) quand il y a lieu, c’est-à-dire pour nos £ éditions antérieures et pour nos cinq premières séries, la page du catalogue analrtique sommaire où ce cahier se trouve

é Gabriel Trarieux, — Émile Zola, homme d’action ({V-5, — — les Vaincus, — Joseph d’Arimathée, — trois actes

— — les Vaincus, — Hypatie, — quatre actes (V-13,

. — — les Vaincus, — Savonarole, — cinq actes (VII-14,

en vente à la librairie des cahiers Sur la foi des Étoiles … un volume | La Guerre au Village…:… un volume Elie Greuze (Histoire d’un jeune homme) un volume La Lanterne de Diogène (Notes sur le Les Petites Provinciales (Sites et portraits) un volume La Chanson du Prodigue… un volume Art et Croyance (Notes d’Esthétique). L’Agonie Française (Roman).

: le portique

qui a’écrit la Vie Secrète, ce livre où j’ai mis un peu de la mienne, en toute amitié.

; L suflit d’un seul cœur brûlant d’un feu mystique, Î Abrité, dit Platon, derrière un petit mur,

. Pour sauver de l’opprobre un peuple déjà mür Pour l’ombre, où les Vendeurs criards tiennent boutique. Loin de la bacchanale où sombrait l’astre impur De Rome, dans l’effondrement du monde antique, Tel fut le haut destin des Sages du Portique, Groupe ami, dont les voix alternaient sous l’azur. Nous traversons comme eux une ère d’agonie. Or, j’ai fait le serment, à défaut de génie, D’être le cœur viril, sans crainte et sans remords, Où survit invaincu tout l’orgueil d’une race. Ce livre est le jardin à la blanche terrasse Où je devise avec les Vivants et les Morts.

ILLAGE blanc, que baise l’aube printanière, \ Sur qui les soirs pieux jettent un clair manteau D”étoiles, doux village assis sur le coteau Que parent la pivoine et la rose trémière; | Village féodal, couronné d’un château Aveugle, dévoré par la ronce et le lierre, Agonisant poudreux que blesse la lumière, | Comme un hibou crucifié sur un poteau; } Village dont le mail abrita mon enfance, £ Entre tous les hameaux bénis du sol de France Je l’aime : ton air pur, mes aïeux l’ont goûté. ÿ C’étaient de simples hobereaux, sans renommée, É Gens braves; sous les Rois, ils servaient aux armées, | Et plantèrent aussi l’arbre de Liberté.

le portique A un Ancétre Contre l’invasion, la rapine et le dol, Contre la race brune, étrangère et retorse, Refusant d’incliner et le cœur et le torse Sous la haine du moine et le joug espagnol, Tu défendis tes mœurs, ta croyance et ton sol, Tu défias le sort d’une invincible écorce, Et tu tombas, fauché dans la fleur de ta force, à Sans baisser ta paupière et sans fléchir ton col. Héros calme, debout parmi le crépuscule, Dont le sang par ma mère en mes veines cireule, Toi de qui la devise était : « Je maintiendrai! » Apprends-moi la fierté, dans un siècle d’affaires, De souffrir sans espoir et d’agir sans salaire Pour l’amour seul du Juste et la splendeur du Vrai! E

A mon Père Nul cœur ne fut plus simple et plus pur que le tien. Tu marchais, ignorant du mal, vers la lumière, Et tu fis, quarante ans, ta tâche coutumière, Sobre, tranquille et brave, heureux comme un Ancien. ” Lorsque vint l’ouragan hideux, je me souviens, Où la France eùt sombré sans quelques âmes fières, Tu fis ingénûment, avec elles, litière 20 De tout ton clair bonheur, pour tenir tête aux chiens! Donnant ton être sans compter, plus pâle à peine, Moins meurtri que surpris de connaître la haine, } De juste tu devins héros, sans le savoir, La Mort vint te surprendre au milieu de ta route, _ Sans te faire souffrir, sans L’aflliger d’un doute. Et ton front s’inclina lumineux, dans le soir.

le portique \ + Logis de granit brut, et d’ardoise, et de lierre, ’ Dont le seuil par le pas des aïeux fut creusé, Logis que le soleil et la pluie ont baisé, Et que dore une joie auguste et familière, Salut! Le Souvenir blasonne chaque pierre Des chambres où des cœurs purs ont agonisé; Là, sous un corps défunt, tel fauteuil s’est usé ; Ici, l’enfant joyeux entr’ouvrit sa paupière. Berceau, lit nuptial et tombeau d’une race, Tu gardes, dans tes murs mémorables, sa trace Qui se fût dissipée on ne sait où sans eux, | Logis dont la charpente est de chêne noueux, Propice tour à tour à nos deuils, à nos fêtes, Humble comme un vieillard, sacré comme un prophète!

Je n’ai pas négligé vos humbles dieux agrestes,

  • Horizons nus, sol gris par le chaume attristé,

Pays pauvre qui n’as de vivantes beautés

Que les jeux d’ombre et d’or des clairières célestes.

Dans tes sentiers herbus, de buissons abrités,

Que le rouge écureuil traverse d’un bond preste,

Dans tes champs, où l’if noir dénonce encor les restes +

D’un martyr qu’isola sa farouche piété,

Sur tes coteaux pierreux que fouille l’antiquaire, | Où l’immortelle d’or jaillit du tuf calcaire, l Où pend l’aile des moulins à vent vermoulus, . J’ai longuement rêvé, cher pays de Saintonge!

Je te dois mes plus purs trésors : le goût du songe, f Le silence, et l’amour de ceux qui nefsont plus.

le portique ; Avant Rome et la Gaule historique, des races Douteuses et sans nom, qui connaissaient le feu, Domptaient l’auroch, taillaient le silex, et, par jeu, D’un trait gauche y gravaient des dessins non sans grâce, Vinrent de l’Orient pastoral en ce lieu. Ces peuples nus vivaient au grand air, de leurs chasses. Le soleil, qui éclaire et chauffe, était leur dieu, Et ces blocs de granit farouches sont leurs traces. Menhirs, dolmens, cromlechs, ces vastes minéraux Que ne traîneraient pas, accouplés, vingt taureaux, Et que dressèrent leurs bras forts, c’étaient des tombes. Là, dormit notre ancêtre obscur, le chasseur blond, Et son ombre, vers les forêts, par ce trou rond, Sans doute, s’évadait parfois, quand le soir tombe,

Des bagues, des colliers d’étain, des poteries, Et la double framée, arme du chef Gaulois, Voilà ce que la bêche a heurté, près du bois De frênes dont l’ombrage atteint la métairie. Ce peuple enfant, premier vaincu de la Patrie, Traqué par Rome ainsi qu’une horde aux abois, Avait ses dieux, ses mœurs, ses coutumes chéries, Avant que le Latin l’eùt plié sous ses lois. Près du guerrier défunt, on plaçail sous la terre à Tous ses trésors, afin que le Mort solitaire » Püt les étreindre encore, après qu’on l’inhuma. | Pour nous, l’amour de l’homme est plus loin de sa bouche. | Nul aujourd’hui ne pourrait plus, quand il se couche, 4 Emporter avec lui ce qu’au monde il aima.

le portique 2 Û Près de l’humble cité qu’entourent des jardins, Après des mois obscurs de fouilles souterraines, On a presque exhumé la gigantesque arène : Voici le mur poudreux, le cirque, les gradins. La mémoire s’enflamme, et l’on revoit soudain Frémir devant les deuils des héros et des reines, Sous le dôme d’azur de la voûte sereine, Les toges blanches des antiques citadins. Là, sous le masque hilare ou le masque farouche, Plaute, Eschyle ou Sophocle ont parlé, par la bouche D’une amoureuse illustre ou d’un mime défunt ; Œdipe en sang hurla près du mur octogone, Ft l’on pleura de voir disparaître Antigone F Sur la pente où ces lys exhalent leur parfum. |

Le petit port de pêche abrite des colères De la houle marine et du fleuve profond Les bateaux blancs et noirs des pilotes qui vont Guider les bricks parmi les récifs séculaires. Dans l’ombre, entre Les caps lourds de brumes qu’éclairent, : Sentinelles de flamme au splendide cordon, Les phares : Cordouan, la Eoubre et le Verdon, Ils passent comme un chien sur la piste qu’il flaire. Héros obscurs, marins épars sur nos voiliers, Salut, vous dont la mort a fait ses familiers, Frères !.. Et nous aussi, nous sommes des pilotes, Nous, poètes, dont l’œuvre est de guider la flotte Des âmes, à travers les écueils du passé, Vers le plein ciel du large où souflle un vent glacé! y

: le portique | Les Grottes de Méchez : Le fleuve jaune coule au ras des grottes blanches Où naguère, proscrits du Roi, les parpaillots Tinrent leur culte, paysans ou matelots £ Dont le soleil levant dorait les faces franches. Des villages côtiers, sur leurs esquifs de planches, Avec leur Bible, ils arrivaient, traversant l’eau; Sous ces voûtes, leurs hymnes graves, leurs sanglots Retentirent, en la ferveur des vieux Dimanches.… Ils semblent bien fanés pour nous, ces jours de foi! Citoyens désormais égaux devant la loi, Sans fanatisme, il nous chaut peu que chaque Église Prie en latin ou bien en français, à sa guise. L’ouvrier seul, dans notre monde finissant, Sait aujourd’hui, pour une idée, offrir son sang.

L’Abbaye de Landévennec L’abbaye est croulante au bord du golfe bleu. Mais une main pieuse, avec des feuilles vives, Simula les arceaux, les voûtes, les ogives; è Et c’est un cloître vert qui s’offre intact à Dieu, Non pas au Dieu vengeur, dont la guerre est le jeu, Tyranneau du farouche essaim des hordes juives, Mais à l’Être infini comme la mer sans rives £ Qu’invoque le Brahmane, adorateur du feu, Dans cette anse bretonne, où les flots qui sourient ‘ Ont la douceur des lacs de Toscane et d’Ombrie, f La Mort même, la Mort perd son masque d’effroi; Ë Car le gai cimetière inclinant ses verdures, Ses emblèmes, ses buis, jusque dans la mer pure,

: le portique ï J’ai vu sortir du cloître gris les Nonnes blanches Quatre par quatre; elles chantaieut; l’antique chant Montait suave dans la pourpre du couchant; Elles croisaient leurs mains légères sous leurs manches. Au loin resplendissaient les neiges, avalanches De lumière et d’azur au bord des monts penchant… Mais les Nonnes passaient comme aveugles, cachant Sous leurs voiles de lin leurs yeux purs de pervenches. Troupeau mystique, elles prièrent humblement Dans le vieux cimetière où le sable dormant Puis, en procession pâle, les Bernardines S’en allèrent, psalmodiant leur chant divin… Le chant se tut. Les monts pâlirent. La nuit vint…

Vers quoi vins-tu ? Pourquoi délaissas-tu le monde”? Ces mots sont inscrits là, sur le couloir de ronde De la Chartreuse vide où rien ne retentit. La devise latine, à Passant, V’avertit Que vécurent hier, en cette paix profonde, Des âmes où Dieu seul pouvait jeter la sonde, Fronts éblouis d’extase ou pécheurs repentis. Vers quoi vins-tu? Pourquoi délaissas-tu le monde”? Mon cœur n’est plus chrétien, et pourtant il sentit La grandeur de ces mots, sur quoi l’Ordre se fonde. È Je ne maudis pas ceux, Cloître, qui l’ont bâti, É Nous leur devons beaucoup: le fleuve aux eaux profondes j Est loin du glacier vierge et morne: il en sortit!

le portique + : Port-Royal, pur vallon, où l’enfant Jean Racine Et l’infirme Pascal rêvèrent tour à tour, Paysage suave et mystique séjour Où fleurit la plus noble et stricte discipline, Louis Quatorze en vain, d’une main assassine, Rasa tes murs, dont l’ombre importunait sa cour, Un tenace parfum d’incorruptible amour S’exhale de la tombe où l’on mit Jacqueline. Tant qu’aux lèvres rira le clair parler de France, . Tu vivras, Port-Royal, et la désespérance Saura qu’il est sur terre un asile où guérir. Chacun de nous, Les fils, qu’enserrent mille entraves, Reprend force en ces lieux solitaires et graves Où des cœurs de sa race ont su vivre et mourir.

La Cité des Ombres O Versailles, cité des rois, cité des ombres, Le temps en deuil pleure sans bruit sur tes décombres, Ton parc désert, ton château vide et ta forêt, O Versailles, cité des siècles! On dirait, Lorsque le soir éteint sa pourpre en tes lacs sombres, Et baise, sur leurs socles purs, tes dieux sans nombre, En tes bosquets où Pan module un air discret, Qu’un clair cortège de fantômes apparaît, } Qu’il se répand sur tes perrons, sous tes ramures, £ Qu’il égrène, aux charmilles brunes, ses murmures, t Et, sous le dôme vaporeux du ciel pli, d Que tes seigneurs, que tes abbés, que tes marquises, Ï Dansent en chœur quelque pavane de Lulli!

le portique d Au Luxembourg, qu’une princesse dessina, Passent des museaux clairs et des masques macabres : Mimi Pinson minaude à tel porteur de sabre, Et ce jurisconsulte rogue entre au Sénat. Le groupe s’y rassemble, en belliqueux palabres, Des jeunes fous qu’une chimère illumina, Étudiants barbus et tragédiens glabres Que gonflent d’héroïsme Athalie ou Cinna. Tout ce monde, en jasant de la Cité meilleure, Va mêlant l’utopie aux refrains, jusqu’à l’heure Où l’eau se décolore aux vasques de granit, Et nargue, fête heureuse ondulant sous les arbres, Le Passé, Faune triste en sa gaine de marbre, Des grelots de son rêve, où tinte l’infini!

Le Régiment, avec ses clairons, ses fanfares, Ses appels brefs par trente bouches de métal, Communique à la foule un délire brutal Plein du ressouvenir des époques barbares. ’ L’antique instinct nomade inassouvi s’effare En l’œil blasé de tel oisif occidental, Et, pour venger l’injure faite au sol natal, Ce fläneur partirait demain, malgré ses tares! Et nous, allègrement, nous partirions aussi — Nous qui rèvons la paix — pour une haute guerre; Ce n’est pas sans remords que nos cœurs sont transis, ; Et que nous regardons, race où l’on ne naît guère, è L’Astre de notre Forcé, éblouissant naguère, F Décliner lentement, dans la brume obseurci!

N° n’irons plus au Bois, les roses sont coupées Sur la pelouse rase à l’ombre du couvent Dont naguère nous fleurissions dans les cepées 4 Nos fronts suaves, où soufllait le léger vent ! Nous n”irons plus au Bois, les roses sont coupées! Dans la ronde les morts se mêlent aux vivants; Les enfants blondes qui jouaient à la poupée Nous quittèrent, hélas ! pour d’autres, en révant…. Nous n’irons plus au Bois cueillir les aubépines, Ni la müre vineuse aux broussailles d’épines Qui faisaient le sang rire en perles sur nos doigts. Seuls, nos chers souvenirs vont, sous la lune blonde, Renouer, elfes blancs, nos frémissantes rondes… Nous n’irons plus au Bois ! nous n”irons plus au Bois!

le portique Nous avons trop aimé les roses maladives, Les roses sans parfum qu’on achète en hiver; Nous avons trop aimé les Passantes lascives, Dieu ait pitié de nous ! et la chanson des vers! Nos cœurs tremblent dans l’ombre, et nos mains sont oisives; Nous avons trop erré sous les grands arbres verts, Quand l’Aube triomphale illuminait les rives Du monde, noces d’or de l’antique Univers ! Éperdus de désir comme le phalène ivre, Nous avons trop rêvé, nous n’avons pas su vivre, Butinant toutes fleurs, sans songer au miel roux. Le soir vient, le four meurt aux vitres taciturnes, Nous sommes sans couronne en la chambre nocturne… Dieu ait pitié de nous ! Dieu ait pitié de nous! |

Jeunes Filles, à vous toutes les Marguerites, O vous les Cendrillons, à vous les Béatrix, Qui, dans vos frais réduits fleuris de clématites, Rêvez de beaux tournois dont vos cœurs sont le prix, Jeunes filles dont le pur corsage palpite, Malgré votre front calme et vos gestes contrits, Mais dont l’âme, enfantine encore, est trop petite Pour héberger l’amour, sa colère et ses cris, & Ah! vous ne pouvez pas deviner, jeunes filles, É De quel enfer impur les yeux des hommes brillent, à Ë Eux en qui le désir a sonné plus d’un glas, F Lorsque, parmi les grelots d’or des soirs de fête, Ils vous prennent la taille et vous grisent la tête D’un geste un peu plus tendre ou d’un mot dil trop bas.

__ Calmes, d’un peu d’orgueil à peine compassées,- LT ENT _ Parmi la fête des regards, à pas très lents, RASE Re ES _ Sous le frisson de soie et d’or des voiles blancs, ja © 40R N Be - S’en vont ces déités d’un jour, les Fiancées. SRI M Vers l’Église où, suave, en houles cadencées, eee 7 Fa _ Se déroule un triomphe d’orgues et d’encens, ESA É Es _ Elles vont, l’œil mi-clos sous les cils frémissants, fre _ Fronts sonores aussi de chantantes pensées. Rue ke. PAS: 3 Elles s’en vont, les Vierges blondes, cœurs ravis; D % Leur pied indolemment foule sur le parvis RARE à Pix . Les myrtes nupliaux en neigeuses jonchées, FT HS _ Etces Enfants d’hier encor ne savent pas De À a Que ces débris de fleurs qui craquent sous leurs pas #- “y Sont leurs illusions à tout jamais fauchées ! +

Dante, le noir troupeau des amantes illustres Qu’emporte l’éternel tourbillon des damnés, Sans descendre aux enfers, je l’ai vu promener Dans la salle aux relents fétides et lacustres ; Là, des snobs en frac noir se mélaient à des rustres ; Un orchestre égrenait des flons-flons surannés ; Des filles au regard cynique, au teint fané, Passaient, louves à jeun, aux lumières des lustres Je songeais : il y a, quelque part, des verdures,

£ L’eau courante, le vent sur les bois, l’herbe pure…

k Elles ont bu le lait d’une femme… Aujourd’hui, La luxure les tient, mouches d’or, dans ses toiles… L’une d’elles soudain m”accosta. Je m’enfuis. Dehors, au ciel d’hiver, scintillaient les étoiles.

le portique J’avais quinze ans, elle, seize ans. Elle était grande,

Svelte, et pareille au tronc argenté du bouleau.

Son sourire était pur. Nous errions dans la lande

Et le vieux parc où le soleil s’endort dans l’eau,

Et c’était mon Premier Amour… Ah! qu’il descende

D’un pas lent ou rapide au seuil gris du tombeau,

Quel homme avant la mort t’oubliera, claire offrande

Des sombres jours, aumône éclatante, à Flambeau ?…

J’ai croisé par hasard, au fond d’une voiture

Publique, parcourant un vague prospectus,

Assise, avec un air de fatigue et d’usure,

Un beau soir de Dimanche, en des quartiers perdus,

L’ombre en robe fanée et la morne figure

De mon Premier Amour, qui ne souriait plus…

D’après la Vita Nuova Lorsque j’ai rencontré pour la première fois La Dame dont les yeux sont toute ma lumière, Sa robe était couleur de lys dans l’aube fière. | Je tremblai comme oyant Dieu même par sa voix ! Lorsque je la croisai pour la seconde fois, Sa robe était couleur de sang, et sa paupière Baissée ; elle évita ma route coutumière.. Un archange en pleurant m’a suivi dans les bois ! a Depuis, j’ai dû quitter tes collines, Florence, La croix sainte, le Dôme et mon San Giovanni Pour les rives d’exil, et, aux routes de France, 4 J’ai connu l’amertume et le pain du banni… | O Florence, j’ai fui ton beau fleuve et tes portes, : Et mon corps est errant comme les ombres mortes.

le portique ; Jadis, j’appareillai sur la mer en délire Vers l’île d’émeraude et l’azur argenté Où, triste, noble et nue en sa captivité, La Princesse attachée au roc sombre soupire, Quand les sirènes d’or de l’abîme ont chanté, Elles par qui le vœu des plus fermes chavire, Je me suis fait lier au grand mât du navire, Et mes cris de fureur ne l’ont pas arrêté. Voici le port : je puis y détendre mes voiles, Et songer, sous l’œil clair des premières étoiles Où s’attarde un reflet de l’astre disparu: : La Princesse captive et son île, des fables! Mais ce resplendissant mensonge, auquel jai cru, Jette encore en mon cœur des lueurs ineffables.

L’Amour et la Mort L’Amour est ceint de myrte, et la Mort de cyprès. L’Amour folâtre rit à l”Aurore indulgente, 4 La Mort penche son front dans le soir qui l’argente. L’un porte l’urne d’or, l’autre l’urne de grès. . « L’Amour chante, et s’en va vers la Mort par degrés. C’est, sous les bois profonds, une invisible sente; Les pas du dieu ne marquent point sur la descente, Et, peu à peu, l’ombre enténèbre la forêt. 1 cs Nul n’a pu de ses yeux voir le baiser farouche : Que l’Amour et la Mort se donnent sur la bouche, Ou nul n’est revenu pour le dire aux Vivants; C’est le secret des eaux, de la terre et du vent, : C’est le secret de l’arbre et de l’ombre inconnue. ; Car la terrible Mort devant l’Amour est nue.

le portique La Mort de l’Amour : Qui que tu sois, Passant, ou prospère ou puni Par le sort, vierge, éphèbe, ou femme libertine, Entre, jette une fleur sur la bière enfantine ‘ Que recouvre un drap blanc, d’eau lustrale béni. Ici, dans cette tombe étroite comme un nid, Dort à jamais l’Enfant dont la grâce mutine Rayonnaïit sur la terre où l’abeille butine, L’Amour, par qui deux cœurs ont connu l’Infini! Quand il est mort? Hier au soir, dans cette auberge. On a clos les volets pour que brülent les cierges, Mais je sais que dehors, hélas! le soleil luit. Les dieux mêlent toujours la joie à l”épouvante. Qui j’aimais? Laisse-moi le taire. Elle est vivante, Passant, mais notre amour est mort… Pleure sur lui!

Passant, je fus heureuse et n’aimai qu’un seul homme. Artiste, il était faible, il a trahi sa foi. Mais il me revenait plus frémissant; et comme ÿ J’adorais sa musique, il en a fait pour moi. Célèbre, adulé, fier, s’il est de ceux qu’on nomme, Il m’a dû sa grandeur, sa gloire et son émoi; Si j’ai pleuré par lui, si j’ai souffert, en somme Souffrir pour ce qu’on aime est doux : ce fut ma loi. 2 ’ Lorsque je vis mon charme et ma fraîcheur de femme k S’éteindre, je mourus, suprême effort de l’âme. | Devant mon lit de mort lui vint son plus beau chant. » Vers d’autres est allé son léger cœur d’artiste, À Non sans remords, peut-être — il n’était point méchant. — Va lui dire, Passant, que je ne suis pas triste. | 49

le portique : Encore un jour, un pauvre jour, et c’est fini! | Le temps, pour l’astre bref, de terminer sa course, | Nos lèvres, qui buvaient à la divine source, k Se heurteront à la muraille de granit. 4 Je vous regarde fuir comme un pauvre bénit | Celle de qui l’aumône a délié la bourse; Lointaine, aussi lointaine, hélas! que la Grande Ourse, Vous allez disparaître à l’horizon terni! / Je ne reverrai plus, Fée aux robes légères, Ni votre jupe rose au milieu des fougères, Ni vos yeux d’or dont l’aube éclaira mon chemin… Ah! faut-il que l’instinct le plus puissant nous leurre, Et qu’on quitte en pleurant la Volupté qui pleure, 3 Sans lui baiser la bouche et lui prendre la main?

re Je me rappellerai toujours, femme au cœur tendre, D jé = 4 * Ce banc dans le chemin solitaire, à Neuilly. (S’ÉSnSe TEE È Le bois désert était par l’automne endeuilli, + 72 0e On voyait par instant une feuille descendre RE. 0 4 D’un arbre vers le sol, et nous pouvions entendre EC a: RS ._ L’aboi des chiens hurlant au loin dans les taillis. ‘ÉL US “EA _ D’incertitude, et comme il fut près de se rendre! 151 Ge AC __ Mais la vie entre nous creusait ses noirs abimes, à DE: __ Plus profonds que la mer, et des ombres sublimes Ex ie ee #3 Nous appelaient dans l’air nocturne, avec des cris. 1 SEE . 2 ee Je ne sais plus les mots qu’alors vous entendites. Cu NAT É: 5 Je sais que, nous étant levés, vous vous perdites, A. je à _ Chère Épaye, en l’océan triste de Paris! DR:

le portique

Chanteur sacré, resplendissant de ton délire, Qui descendis, par le funèbre corridor, Vers la rive infernale où l’eau même s’endort, En tendant vers les dieux d’en bas ta grande lyre, En vain, à tes sanglots, ces dieux mornes pâlirent, En vain, vers le printemps terrestre et l’aube d’or Te suivit l’ombre en deuil, enamourée encor : Tu ne revis jamais Eurydice sourire! O Prince des Amants, ta blessure et ton deuil Sont les nôtres… J’aimais. J’ai perdu ma maîtresse Au corps délicieux, sans qu’elle entre au cercueil. La mort n’est pas toujours la suprême détresse; J’adore une Vivante, et n’ai plus sa caresse… L’Erèbe n’est pas mieux défendu que son seuil! :

Vous avez traversé le ciel clair de ma vie Comme une étoile d’or les soirs calmes d’été, En laissant dans l’air tiède un sanglot de clarté, Un vif frémissement de lumière ravie. Mais, dès qu’il a fini son parcours enchanté, Le bolide brûlant que sa course incendie Vient s’abattre, fumeux, sur la terre engourdie Tel un Titan déchu, noir de foudre et dompté.. À L’étoile d’or n’est plus qu’un bloc sans étincelle! à Ainsi, mon pauvre Amour, ayant rayé de l’aile k La ténèbre mélodieuse et l’éther bleu, Vous tombâtes dans un lieu perdu, faible Archange… s Là, depuis lors, s’élève un monolithe étrange, Un fragment d’astre mort, la carcasse d’un dieu!

J’ai dit mon grand amour, comme on chante un cantique, 7 re _ Sur le désert des eaux, sous le désert des cieux, PS | Voyageur prisonnier d’un songe, insoucieux Fe 5: _ Du sourire éternel qui ridait l’Atlantique. Et PS 4 _ Dans les soirs fulgurants et les aubes mystiques, FRA 4 iQ _ Sous des astres plus purs, dont s’étonnent les yeux, +) “C5 J’ai dit mon grand amour aux abimes antiques x SA AE - Où l’Atlantide endort son front mystérieux. Rs __ L’océan séchera comme un peu de rosée; - 4 NS END, Les étoiles, ainsi que des lampes au vent, D 34 _ Une à une mourront dans la nuit apaisée; ce _ Mais ce soupir léger vers ton ombre de femme, RRULE |: ai M O mon sublime Amour, demeurera vivant RE | Tant que Dieu gardera le souci de deux âmes… F +

Puisque tu m’as aimé, je suis sûr de la gloire. Le monde est à celui qui s’empare d’un cœur. Parmi les malheureux c’est peu d’être un vainqueur; Avoir eu ton sourire est une autre victoire! Cerzx-là peuvent descendre seuls dans la nuit noire, Sans cortèges sacrés, sans palmes et sans chœurs, Le Ceux-là peuvent périr tout entiers, sans mémoire. : :

. Tu m’as aimé, je vis, plein d’espoir et d’orgueil, Tu m’as élu moi seul, à ma seule maîtresse, Je ne crains rien des jours, leur insulte ou leur deuil; Car je saurai sculpter le Songe qui m’oppresse, Puisque l’Amour fécond m’a béni sur le seuil…

; Et même dans la Mort je rirai d’allégresse!

le portique

Tu es, à mon Amour, pareil aux dieux sauvages À qui plaisaient l’odeur du sang et du carnage, | La colombe égorgée et le meurtre sans fin, : Et dont seule la chair rassasiait la faim. Tes victimes, ce sont d’innombrables visages. Toute la vie offerte et ses folles images De qui la grâce enivre, hélas! comme le vin, Je les sacrifiai sur ton autel divin. Prêtre et bourreau, pour plaire à ta farouche idole, Je ne regarde pas celles que je timmole, Et me couche, leur sang à mes doigts, sans remords; Mais parfois, dans la Nuit expiatrice, en rêve, Je suis environné d’ombres qui se soulèvent… O mon Amour, tu as exigé bien des morts!

Le léger cheveu blanc que sur ta chère tête Tu surpris ce matin, penchée à ton miroir, Va, ne l’arrache point ! Je taime assez pour voir La neige auréoler ton front d’une autre fête. Le pacte qui me lie à toi vaut, ma conquête, Pour l’hiver et l’été, pour l’aurore et le soir, Et que ton deuil de veuve un jour vienne s’asseoir Le premier sur ma tombe est ma seule requête. Que d’autres, égarés par une ombre, promènent De plaisir en plaisir leur triste chair humaine, A leur guise ! Ils n’auront rien connu de l’amour! | Qui voit une âme vivre, il la trouve infinie. Je n’aurais pas goûté sans loi, ma sœur bénie, La douceur de vieillir sans crainte, au fil des jours.

_ Les peintres primitifs encadraient les visages LAS

Des sites où s’était déroulé leur destin, Des SA

à ne Fa Hameaux, clochers bleuis, rivières, paysages RE He

(oi. 1rau Argentés par le soir, dorés par le matin. TA i is ne _ Ils eussent modelé ton front chaste et hautain, ANS 4 Mo — _ Ta bouche ferme, tes mains longues, tes yeux sages, ‘21 Sur un océan lisse, immobile et lointain, à ENS LR Avec, peut-être, un vol de plumes en voyage… ÉTAT _ Car ton âme un peu triste a la sérénité >: c] “ _ De la mer, qu’à jamais enchante une clarté, DE à LE “En Azur tendre, ou mélancolique elair de lune, Est. Ne 4 _ Elta vie est pareille aux purs sables dormants PARU : Oùse déplie, emblème exact des cœurs aimants FES F 1e UE Qui ne fleurissent qu’une fois, le lis des dunes, ne. LEE

Tes aïeux ont quitté l’énergique Angleterre, Puritains dédaigneux du siècle, pour fonder Sur un continent vierge et libre, un peuple austère; Ils sont partis, avec leur Dieu pour les guider. Je les vois, au lointain des vagues, regarder De leurs yeux gris faits pour l’étude et le mystère L’azur vide, anxieux qu’y surgisse la terre Où leur songe édénique enfin doit aborder. ; Ces conquérants naïfs, ces fuyards chimériques, Leur œuvre, hélas! nous la voyons : C’est l’Amérique, Parfois pourtant, dans cette race, aux yeux des femmes, Quelque chose subsiste encore de leurs âmes. ; Je crois qu’en toi d’abord c’est elles que j’aimai.

s 7e heureuse, soupir des artistes, Athènes, Où, sous un casque d’or, fulgurait la Raison, Où les dieux, qui protégeaient l’homme en sa maison, Chœur suave, peuplaient les montagnes lointaines, Ah! nous n’aurons pas vu danser, près des fontaines, Les Grâces et l’Amour sur le tendre gazon, Ni, sur l’Océan glauque au sphérique horizon, Les trirèmes d’Hellas, balancer leurs antennes ! En nos villes du Nord où pleure la clarté, | Si d’aventure, un soir, nous croisons la Beauté, Sous le gaz dont l’hiver embrume les bougies, Nous passons, l’œil baissé, sans avoir reconnu La déesse de gloire au front noble, au sein nu, Dans cette courtisane aux paupières rougies !

le portique ; Enfant qui veux servir l’Art sublime, sois chaste! Que ton lit soit de sangle, et ta porte d’airain, Garde sobre ta vie et ton rêve serein, Redoute la tendresse et méprise le faste. | La coupe du plaisir est pour l’âäme néfaste, Et c’est l’âme, plus tard, qui dans l’œuvre s’empreint; Pour vaincre, s’il le faut, prends un masque chagrin : À ce signe on connaît les plus purs de ta caste. Tu souffriras : l’Amour est une force horrible. Les Désirs, durs archers, prennent nos cœurs pour cible La folie entre en nous par la porte des yeux… Qu’importe ? Ris tout haut, si ta chair est blessée! Car la brève beauté des Vivantes, les dieux £ La rendront immortelle, Enfant, dans tes pensées.

. Nos drames sont pareils aux fantômes d”Homère A qui manquent la force et la chaleur du sang, : Peuple obscur et mystérieux et frémissant Que fascine la flamme éclose en l’ombre amère. Pour qu’ils puissent goûter une vie éphémère, Il leur faut affronter le cercle éblouissant. | Le Théâtre est ce lieu magique où, se dressant, | Ressuscite, tressaille et parle la Chimère!

Quand incarnerez-vous la Vierge d’autrefois,

; La sereine Prêtresse éprise des symboles Dont le Galiléen vint briser les idoles, La douant, pour un soir, du geste et de la voix 2… Je vous offre, endormie en ces pages de livre, Madame, l’ombre en deuil qui sans vous ne peut vivre.

le portique L ‘ Ton âme est sans vigueur, terne, désabusée, Dans la cité de pierre où manquent l’air et l’eau? Promène-la parmi le peuple des tableaux Dont le sourire luit aux vitres des musées. | On dirait vos parterres purs, Champs Élysées, Où se rassemblent, au sortir du noir tombeau, Les Ombres de ceux-là qui aimèrent le beau, Sous un ciel tendre de lumière tamisée.. Marche sans bruit, de peur que l’écho de tes pas Ne dérange ces morts qui ne regardent pas, Et conversent avec une noble indolence, Et quand tu rentreras, sous la pluie et le vent, Dans la ville de boue où rampent les vivants, Ton cœur sera tout parfumé de leur silence.

L’Une est tombée au seuil de la route funèbre A genoux, mais le buste en révolte, et dressant Sous les sombres cheveux dans la nuit frémissants Son front pâle vers l’immensité des ténèbres. Et l’Autre, aérienne, en ses ailes célestes, Pure lampe immobile où rayonne l’esprit, Vers l’azur inconnu qu’habita la Péri $ E Lève un bras de lumière et l’entraîne du geste ! ] Faces de songe en qui palpite le destin ! 1 La nuit impénétrable autour d’elles éteint ; Le monde obscur, mais l’ombre est grosse d’une aurore. Et dans mon cœur aussi, plus d’un soir, je vous vois, Toi qui souris et Loi qui pleures et l’ignores, } Faces de deuil et de clarté, Douleur et Foi!

le portique ” Jour après jour, pendant l’hiver, pendant l’été, Laissant fuir les saisons en ronde monotone, D’un geste d’amoureux qui délire et tâätonne S’acharnant sur la glaise inerte, il a sculpté. | Et la voici debout, vivante, en vérité, La chasseresse nue aux seins droits, dont s’étonne Le silence sacré des clairières d’automne, Déesse, et femme aussi par l’impudicité! Elle vole parmi les halliers, l’Immortelle, Levant haut son épieu, que souille un sang vermeil, Et, sur le socle brut qu’effleure son orteil, I n’a plus qu’à graver un nom, mais, auprès d’elle, Lui, morne, et le cœur lourd d’un obstiné sanglot, Pleure sur l’œuvre faite et sur son rêve éclos..

La Musique « La Musique et la Mer sont deux infinis tristes Où retentit l’obscure voix des éléments; Le sanglot minéral qui vibre aux instruments S’appareille au frisson des ondes d’améthyste; Sur le chaos premier des Forces égoïstes Se lamente le désespoir d’un dieu dément; Des cœurs trop grands pour l’Univers, des cœurs d’artistes. Musique, des joyaux scintillent sous tes vagues! | Ma Fantaisie, enfant aux doigts chargés de bagues, Qui, le soir, vient danser sur les sables, pieds nus, Se pare des trésors que tes houles apportent, Arrachés par le rythme au cœur de l’Inconnu…

bn le portique Au fond mystérieux des espaces, à vois! Les plaintes des grands cors héroïques sont mortes.

  • Les nuages s’en vont en sévères cohortes; Le jour humide semble un regard d’autrefois. | Pas une aile d’oiseau sur les lignes des bois, Pas une ombre de cerf sur les rocs; aux éteules, Pas un cri; pas un souflle aux guérets fauves… seule! Te voici seule enfin, et grave, — devant Toi! O mon Ame farouche et toujours incertaine, Tremblante, quand un rêve, au passage, l’effleure, Viens, mon Ame, pencher ta détresse aux fontaines, Regarde s’agrandir ton ombre, aux sables vagues, Et marche au bord des mers, en épiant aux vagues Les lumières des jours mouvants, — et prie, et pleure.

L’heure des Lampes C’est l’heure étrange et bleue où les lampes s’allument. Aux fenêtres, où agonise le jour gris, Une étincelle éclôt, puis une autre. et Paris, Prométhée accroupi qui songeait dans la brume, Éclabousse le fer, le granit, le bitume, Des arabesques d’or farouches que décrit | Sa torche, et l’on entend dans l’ombre, avec des cris, Le Titan colérique attiser son enclume. Que forge-t-il, de ses poings noueux, dans le soir? Le crime ou la vertu? l’erreur ou la justice? Nul ne sait… de grands coups de marteaux retentissent, Et les hommes, ainsi que des insectes noirs, Dans la sombre cité se bousculent et rampent.… : Et des fronts, çà et là, s’inclinent sous les lampes…

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L’azur tendre d’opale et de nacre s’irise; L’horizon dépouillé s’élargit; dans le soir | Le vent, sur le sol gris des clairières, fait choir De fines branches de bois mort que le pied brise. | La nuit est plus hâtive et sa cendre est plus grise; C’est alors, sur le globe endeuilli, qu’on peut voir, Illuminant de clartés brusques les champs noirs, Des feux d’or resplendir et bondir sous la brise… Feux d’automne, sanglot éloquent des ténèbres! Ah! dans mon cœur farouche, avant l’heure funèbre, Avant la porte basse où l’on entre voûté, Je veux que votre ronde insolente flamboie, Et redise, à tous ceux dont le temps fait sa proie, La Vie, et son étrange et forte volupté!

Ma vie est un désert étincelant et plat 4 Que charme le sanglot de la houle marine | Où, chaque soir, ouvrant ses veines purpurines, Un dieu vermeil se couche et meurt dans leur éclat. Mes travaux? Je m’assieds sur les sables, et là h Je vois passer au loin les vaisseaux. J’imagine | Leurs voyages charmants vers l’Inde ou vers la Chine, | En songeant qu’il faudra mourir, comme ceux-là. Les jeux de mon esprit sont les seuls où j’excelle; - | J’aurais été martyr si j’avais eu la foi, Si le tragique flux de l’ombre universelle M’inspirait moins d’angoisse exquise, et plus d’effroi…. — Mais j’ai cueilli pour vous, les Amants de la terre, Le Chardon bleu, la fleur suave et solitaire,

le portique

Si parfois, au déclin des saisons monotones,

Tu voyais, cheminant au bois, quand il a plu,

T’apparaître, au détour d’une sente d’automne,

Quelque fantôme en pleurs que tu ne connais plus, |

Ne te détourne pas! Cette ombre, c’est, peut-être,

C’est peut-être ton âme heureuse d’autrefois,

Triste comme une Amante, hélas! parmi les hêtres,

Qui pleure ton enfance et qui pleure sur toi.

Va vers Elle, prends-lui la main, parlez ensemble,

Regarde, en ses yeux clairs, l’azur des vieux pays,

Écoute le reproche amer dont sa voix tremble,

Jusqu’à l’heure où le soir embrume les taillis.…

Alors, sans la baiser au front, car elle est morte,

Rentre seul, à pas lents, et verrouille ta porte…

‘EMPEREUR est assis sous sa tente, et médite. 15 La charge de l’empire est lourde, et dans sa main Vacille, chancelant fardeau, l’orbe romain Où plus d’un germe impur se décèle et s’agite. Flavie est débauchée, et ne sert qu’Aphrodite; Le barbare pullule; un sombre lendemain L Semble guetter, vautour obscur, le genre humain; | | La secte chrétienne, herbe infecte, croît vite. Mais le Sage ne craint ni le sort, ni les dieux. L’iflexible univers prend un sens radieux Pour celui dont le seul trésor est sa pensée; | Et, prenant dans le coin de sa tente un rouleau À Frustement relié d’écorce de bouleau, Marc Aurèle poursuit la page commencée.

_ Tu fus chasseur, tu fis l’amour, tu fis la guerre. CAES _ Tu fus maître des champs, des villes et des bois; ñ 1e _ Tusus forcer le cerf et la femme aux abois; {348 _ Que l’on souffrit, alors, tu ne t’en troublais guère! 5 100 Un jour, tu prends ta plume, et, comme ont fait naguère x. _ Les chanteurs des vieux temps, tu dis ce que tu vois; FES à. è Un grand peuple muet sort de tombe à ta voix, 9 Et :

  • 30 _ Etla gloire te vient. Tu la trouves vulgaire. ÿ ie Alors, ayant vidé le vin jusqu’à la lie, DRE +. » ; De. Tu fis appel à la merveilleuse folie : ME à: _ Des saints; et tu devins un prêtre, presque un dieu… Fes | NE « Ton soir, à grand Moujick, est splendide d’étoiles. 1 100 K | ra Mais, détail suggestif, la comtesse a, par jeu, FT RES _ Mis des sachets d’iris dans tes blouses de toile… Fa Ds

Tu vécus tes jours brefs en face des monts chastes Que le soir violent vêt de pourpre et de faste, Et ta pensée immense et tragique, à Passant, à Imita leur contour, et leur ombre, et leur sang. Dans l’univers sans Dieu, sans étoile, implacable, Tu perçus, frémissant, cet invisible câble : . Le Retour Éternel, et, Surhomme indompté,
F Tu voulus bien souffrir pendant l’éternité! Front ceint de fleurs parmi les fronts couverts de cendre, Ta devise, Antechrist farouche d’un dieu tendre, Fut : « Soyez durs! Ceux qui sont durs sont les seuls forts! » Puis, ayant fait ton œuvre, et vengé Prométhée, O Titan, comme lui vaincu, d’un siècle athée, Tu es entré vivant dans l’horreur de la mort…

le portique

Avec sa redingote, avec son haut de forme, Ses pieds feutrés, par crainte d’être refroidi, — Il avait habité longtemps dans le Midi, — On l’aurait pris pour un pasteur de la Réforme. Il menait une vie exemplaire, uniforme. Chaque jour, il passait dans la rue à midi. Il était décoré, respectable, engourdi. Rien, chez ce vieux bourgeois, qui sortît de la norme. Entrant à la taverne, il chaussait ses lunettes, Buvait sa bière, se plongeait dans les gazettes, Causant peu, sauf avec le bailli Petersen. Timide, il n’était pas de ceux-là qu’on accoste. Tous les ans, en Octobre, il mettait à la poste Un manuscrit volumineux. C’était Ibsen!

Voici le manoir bas, aux fenêtres cintrées, Où, debout devant l’âtre, en l’arrière-saison, Le Comte de Vigny, pour finir la soirée, Lisait la Bible aux serviteurs de sa maison. Sous les feuilles des bois par l’automne cuivrées, Il aimait cheminer dans cet humble horizon, j e Dont l’énigme du Sort irritait la raison. - Le jour, tenant un livre, ou Pascal ou Montaigne, Il surveillait la cuve où la vendange saigne, S”occupait de sa ferme, allait voir son cheval; Mais la nuit, dans sa tour, les choses éternelles Absorbaient sa pensée, archange aux vastes ailes, — Quand il ne pleurait pas sur ton ombre, à Dorval!

En Ge fut l’ancêtre olympien, le père Hugo! ITS Dès l’aube, il se versait un broec froid sur la tête, LE ;

__ Et, dans sa chambre claire où soufllait la tempête, $ 4

_ Chevauchant sa chimère en bon preux hidalgo, “#4 = Pendant cinq heures, d’un élan que rien n’arrète, MS : LT _ Il écrivait debout, lançant son Quos Ego “4 _ A l’Empire, exaltant la Bible ou Cérigo, - :: SON _ Le corps toujours d’aplomb, l’esprit toujours en fête… ere Œr. _ À table, même entrain. Il disait : « La tortue, Nes ‘288 _L’aigle et moi, nous digérons tout; rien ne nous tue! » “ 8. À EE Bel orgueil, qu’il justifiait par son repas. œ € Ÿ Ensuite, il menuisait, charpentait avec rage, EM LA Ou s’allait promener dans l’île, sous l’orage, 4 |

Pauvre géant, frappé des dieux par félonie, Qui peinas enchaîné trente ans dans un caveau, Sans trêve l’un sur l’autre entassant tes travaux, Cyclope dont la lampe éclairait l’insomnie, Tu vécus seulement des fètes du génie, Indifférent à l’aube ainsi qu’au renouveau, Et tu disais : « Je sens que je deviens cerveau! » A l’heure où commença ta superbe agonie.., è Comme en sa pyramide un Pharaon d’Égypte, ; Tu dors le grand sommeil dans une auguste crypte Qui des siècles futurs peut dédaigner l’affront, à Et celle qui t’aima de loin, ton Étrangère, Hante seule à jamais, telle une ombre légère, La nuit enfin sans rêve où repose ton front.

l le portique Ernest Renan, petit abbé du séminaire Que révéraient les jeunes filles de Tréguier, Lorsque, le soir, assis à l’ombre du figuier, Tu lisais de l’hébreu, pensif et débonnaire, | Tu refermas un jour le livre centenaire, Gas Breton que tentait la mer, pour naviguer, Et, suivi de ta sœur chérie, allas voguer Vers l’Orient, berceau des Mythes qu’on vénère. La mort, en ces pays lointains, prit Henriette. De Ghazir, où l’ombre des soirs est violette, Tu revins seul, un peu plus triste que jadis. Sage ironique, orgueil du Collège de France, Tu conduisis ton siècle à la désespérance En souriant, au son voilé des cloches d’Ys…

Près des mers où le pin, le troëne et l’érable Jettent leur ombre, à Jeune Sage Occidental En qui, lente, rôdait la Mort inexorable, Et dont l’âme eut le son limpide du cristal, En regardant les flots déferler sur le sable Tu songeais au ressac du gouffre sidéral, < . Et cherchais à saisir le rythme insaisissable . 1 Tel tu vécus, bercé par ta sublime fièvre; Un peu de miel attique avait doré ta lèvre, Ton doute fut le jumeau triste de la foi. Un jour, un beau matin de Pâques, où les cloches Tintaient, dans ton asile clair parmi les roches, Tu fermas tes yeux purs, sans plainte et sans effroi.

le portique F ù | ; Héros pensif, debout avec ta claire épée, Tes yeux fixes, ton menton net, ton front puissant, Solitaire dans la foule obscure, trempée De pleurs de deuil, de pleurs de colère et de sang, Par ses chefs, affamée et sublime, unissant La tendresse et la haine en geste d’épopée Et souillant de forfaits son grand rêve innocent, Tu dominais tous ces pauvres gens de la tête, Comme Cassandre, hélas! inutile prophète, Dans la tourmente, dans l’émeute, dans les cris, Hanté d’un songe intérieur : sauver la France. Mais les politiciens n’avaient plus d’espérance… Is t’ont fusillé, soit! Ils ne l’ont pas compris!

Nous n’aimons pas ton œuvre, et nous l’avons porté Sur la haute colline et dans la basilique Où dorment, fondateurs de notre République, Les grands héros du Verbe et de la Volonté, Afin qu’au triple mot qui rayonne, sculpté Au front des monuments, sur nos places publiques, S’ajoute, nécessaire et farouche réplique, . Le titre de ton dernier livre : Vérilé! | Ton univers, Zola, fut un cauchemar triste; Nous ne te nommons pas prophète, à peine artiste, Mais d’un geste tu t’es auréolé d’azur, Lorsque, à demi vaincu par un gaz délétère, Moribond, tu tentas, au seuil du grand mystère, D’ébranler ta fenêtre et d’aspirer l’air pur…

le portique | Toi qui fis émerger des ténèbres la Vie; Face pâle et fugace apparue à demi, Ouvrant sa bouche triste et ses yeux clairs parmi L’ouragan de l’ombre cosmique inassouvie, Toi qui sus discerner le fantôme du Beau Dans les cendres de l’aube et les limbes de l’être D’une prunelle aiguë et patiente, d Maître, Tu connais à présent cette ombre : le tombeau. | Les bras croisés, les yeux scellés par un doigt tendre, C’est ton heure, ouvrier robuste, de descendre Au chaos, à la nuit informe où tout s’en va… Mais, ainsi que l’espoir antique le rêva, Inlassable, peut-être ébauches-tu, Carrière, Au fond de l’ombre encore un geste de lumière?

E Soir tombe sur ton jardin clair, à Jeunesse! É; J’embrasse d’un regard mon étroit Univers, Et l’Automne me tend sa robe de faunesse Où brillent des fruits d’or qui furent des fruits verts. O fruits éblouissants dont pleura mon attente, Amour, gloire, amitié, trésors du rêve humain, Ils sont là, lumineux… En allongeant la main Je me rassasierai de leur pulpe éclatante! J’hésite. Une terreur vague suspend mon geste, Je ne sais quel ennui subtil m’émeut… Je reste | Immobile en ce jardin clair comme l’espoir… Ah! sous les fruits vermeils, j’ai vu poindre un fruit noir, La Mort!.. faudra-t-il mordre aussi ce fruit funeste? ; Je ne peux pas croire à la mort, par ce beau soir… | 95

le portique | Je suis couché, les muscles las, maussade et frêle, Sous mes draps pâles, sans vigueur et sans désir. Ma tête est comme une nef d’ombre, où ce soupir D’un chœur dolent monte vers la coupole grêle : Pourquoi souffrir ? — C’est notre lot, dit Mare Aurèle, L’Univers est aveugle, et l’homme doit pâtir. — Pour allumer les cierges purs du repentir, Répond Pascal. Vois, Jésus saigne! H nous appelle… Dans la cellule où je repose, les deux Voix 1 Tour à tour flottent, liturgiques. Et je vois Par le vitrage un peu d’azur et quelques feuilles. Dehors, c’est le printemps, sans doute, où chaque front Rayonne.. Ah! cueille vite, à peuple qui les cueilles, Toutes les roses de l’Éden : l’automne est prompt!

Bon Médecin, qui vas palpant les chairs gâtées, Les cœurs usés, les fronts pâles, les corps aigris, Toi qui te meus parmi les râles et les cris Des chambres où la Vie et la Mort sont heurtées, Rien n’altère ton bel équilibre, et tu ris, Lorsque, ayant clos le seuil des demeures hantées, Tu croises en chemin des formes convoitées, Et qu’un peu de soleil dore ton vieux Paris, Tu ris, à Promeneur du jardin des supplices! Et moi qui, dans la vie, ai choisi ses délices, Le miel et les parfums suaves, l’art sacré,

  • Sous mes pas qu’un insecte meure, je m’attriste! Je ne sais trop quelle est la folie, à mon gré, De ton flegme, à Savant, ou de mes pleurs d’artiste…

_ La Douleur, c’est comme une bête haletante F2 ; ua Dont un rude aïguillon pique les naseaux fous, De E TRES Et qui trébuche et qui se blesse dans les trous RT 708 Que l’eau creusa dans une terre dégoûtante. Ke 74 La douleur, c’est une humble femme grelottante : ee ot Ses enfants morts, son mari hurle sous l’écrou; ASE PC: Le haut des toits s’éclaire un peu d’un soleil roux… + 7 Elle pleure de faim, d’insomnie et d’attente. AUS LT La douleur, c’est la vierge russe au clair œil bleu ”. re %. ee Dont un Cosaque à coups de fouet fend la peau nue, ETS Pour avoir cru, Liberté sainte, à ta venue. LR ie Et la douleur, c’est un Prophète élu de Dieu, r M) RACE Qui fut aimé par les deux Sœurs de Béthanie, cit _ Et dont un doute décolore l’agonie. PE FE

SR Re Tristesses, sous l’azur, du marin solitaire, SES ER F4 Sourire de l’infirme au printemps clair et vain, (SES Per ue Chanson, dans les vieux cœurs, de leur passé divin, 5 ete UE Franches gaîtés, sur les gazons, du prolétaire, TES ne 6 Je vous connais, à pauvres bonheurs de la terre, ne ibn Où la douleur entre toujours comme un levain, +4 ts s __ Bonheurs saignants et lumineux comme le vin Ù Mr LE 20 “4h De vendanges qui sort du pressoir salutaire! Eur mA ne: F A subir, sans en être dupe, l’amer jeu LE LUTTER DU: Du Destin, Janus au front double sous ses voiles, ki LE # ! a Par qui la pàle Automne est du Printemps suivie, ‘+ Lie. A) Par qui l’ombre des nuits fait l’éclat des étoiles, ns ET

le portique ; Deviendrai-je cette ombre horrible de moi-même | Qu’est un vieillard ? fantôme ankylosé, ventru, Roi sans trône, qui pleure en vain son diadème ? | Accepterai-je de voir fuir tous ceux que j’aime, Les yeux tendres, les cœurs profonds auxquels j’ai cru, Et seul, dans le rayon blafard du jour décru, M’assoirai-je, tendant les mains vers l’âtre blème? Ah! je sais qu’on s’accroche, hélas! à toute épave, Que le meilleur, que le plus fort, que le plus brave | Devient humble, à sentir qu’il penche vers le sol… s Vienne la Mort me prendre en plein ciel, en plein vol, Comme l’aigle blessé dont se ferment les ailes | Tombe, enivrant d’azur infini ses prunelles! |

Comme le Hollandais habite un sol dompté | Dont sur l’océan même il conquit la frontière, | Pays triste, deux fois chéri d’une âme altière,

  • Chef-d”œuvre de sa force et de sa volonté, | Ta vie est un miracle, et tu L’es enfanté Toi-même, par l’esprit ordonnant la matière, Refoulant pas à pas la horde tout entière Des bacilles, et leur imposant la santé. C’est qu’une Rédemptrice, un beau soir, t’est venue: J’étais là; nous marchions au bord de la mer nue, , Une femme passa, foulant le sable d’or, : Ceinte d’un nimbe obscur, ainsi qu’une Madone; Tu connus le sanglot de l’être qui se donne, Et l’amour, dans ta chair, a fait céder la mort. £

le portique

Lorsque le globe vierge encore était sans maître, | Dans l’Inde, au pied des monts Siwalick, par hasard, Naquit un singe étrange au front large, au regard Empli d’un songe triste: et ce fut notre Ancêtre. | Ce n’était plus un animal, c’était un être Hybride, moins heureux et moins vil, plus hagard, Chancelant sur ses pieds, sans loi, sans but, sans art, Ébauche du vainqueur futur qui devait naître. Roi morose, sentant le poids de ses entraves, 11 mélait une fureur sombre à ses yeux graves, La colère à sa faim, la tristesse à son rut; | Aveugle, il tätonnait, comme au sortir d’un somme; | Ce n’était plus le singe, et ce n’était pas l’homme: | Car la douleur avant la pensée apparut.

On a greffé sur une guenon l’avarie,

Poison de la débauche, invincible fléau.

Un professeur de l’Institut, dans le préau,

L”index levé, démontre aux gens sa théorie. < La bête, qu’une lèpre innommable carie,

Regarde, de ses yeux embrumés d’un halo, 4 Songeant peut-être aux bois profonds de Bornéo 5 Où naguère rôda son enfance fleurie.

À Mère infirme du genre humain, l’homme et la femme

Torturent aujourd’hui ta chair, espèce infâme

Qui conçut le tourment pour goûter le plaisir,

Afin qu’aux lits moelleux où se plaît son loisir

Ta sœur, la libertine et blonde pécheresse,

Épuise sans péril le trésor des caresses.

LL Dans la Nature, où les vieux Poètes, naguère, + LA F0 _ Chantaient la Cérès blonde au lait rajeunissant, = Le Savant voit la nécropole où l’innocent ’ L S _ Succombe, la douleur partout, partout la guerre. s < # _ La vie, en nous et hors de nous, ne dure guère! — ee La mort la guette en notre chair, en notre sang; ‘à A L Notre esprit même, cet éclair éblouissant, ® & “4 Dépend de quoi ? du choc de microbes vulgaires. PES are Armé du microscope, au fond du crépuscule, ME se FO Vous avez poursuivi ces luttes minuscules, ai ait Metchnikoff, où frémit l’antique jeu du sort; SRE £ Re Et vous dites à l’Homme : « Éduque ces cohortes! 2 : | « Si tu sais vaincre l’une, et fais l’autre assez forte, f 4 4

Lorsque l’Homme aura fait, selon sa fantaisie, De la vie une fête et du travail un jeu, Qu’il rira sur le globe antique tel qu’un dieu, Tu seras sa dernière idole, Euthanasie! La Mort sera pour lui la coupe d’ambroisie Que l’on épuise en souriant à l’éther bleu; . Pour la rive suprême, en un geste d’adieu, Il saura lever l’ancre à la date choisie. La Terre, alors, verra de nobles animaux . Dignes de se chauffer à la gloire solaire. Vous n’insulterez plus le jour qui nous éclaire, N Corps infirmes, tordus par les ans et les maux; | Vous ne rongerez plus nos frémissants squelettes, Douleurs, chiennes de l’ombre aux lèvres violettes! | 105

’ le portique Si tu dois naître un jour, si tu n’es pas chimère, À Surhomme vers qui tend notre espèce, enfanté Par les pleurs et le sang de l’humble humanité Qui ne sait pas encor de quel songe elle est mère, Pourras-tu, sans frémir, toiser la route amère Captif entre la double et morne éternité D’aïeux vils et de fils déchus, Maître éphémère ? Si, jeune, beau, riant, insulte à la Nature, Tu peux vivre ta vie éblouissante et dure, Tu n’es qu’un monstre auquel se refuse mon vœu; Mais si la pitié tendre habite encor ton âme, O Fils le plus divin de l’homme et de la femme, Tu ne seras jamais que l’ébauche d’un dieu…

1% gravi l’âpre Olympe où le soleil flamboie

Pour connaître et ravir le secret de ses dieux : Je les ai vus sourire en groupes radieux,

% Mais ils ne m’ont pas dit le secret de leur joie.

; Aux carrefours obscurs des cités, où la Haine Veille couchée aux pieds de l’antique Douleur, J’ai passé coudoyant des fantômes en pleurs,

{ Mais ils ne m’ont pas dit le secret de leur peine.

Done, la terre et le ciel sont muets, et l’on va

| De l’aurore sereine à l’ombre ensanglantée Sans comprendre ce qu’on vécut, ce qu’on rêva…

à Et j’écoute, chanson dans la brise jetée Sur les houles du soir qu’un sanglot souleva, Les Nymphes qui naguère ont bercé Prométhée.

le portique : Le soir antique marche aux confins gris du monde, Et, nymphe à l’horizon que suit l’œil attristé, La lumière aux beaux yeux d’innocente a quitté La forêt endeuillie, et les plaines, et l’onde. Songe et prie, à mon Ame, en cette paix profonde! Songe à l’aube, sourire où tremblait la beauté, Prie et songe… le soir parle d’éternité.. Qu’as-tu fait de ta vie en ce jour, Vagabonde ? . Un peu de rêve, un peu d’espoir, un peu d’amour, Pas un acte! et voici qu’est mort un nouveau jour, Et, dans l’immensité glaciale et pâlie, Voici qu’ayant vaineu l’univers frémissant La Nuit farouche prend son essor, et délie Sa chevelure sombre où reluit le croissant…

4 Le Crucifix de bois érige son symbole PT jun À Sur la colline heureuse où le pampre fleurit; ,

  • Près du front mutilé que l’épine meurtrit, à 4 pe Un couple murmurant de colombes s’envole. 2e Lt Je ne reconnais pas dans cette maigre idole, Lù sr? Dieu farouche tordu sous le ciel attendri, de “ Le Jeune Homme charmant, habité par l’esprit, RS Fr « Dont une pécheresse adora la Parole. de È Ce gibet, dans ce printemps clair, semble vétuste! #74 AE Le supplice barbare où succombe ce Juste 4 N’excite plus la crainte, à peine le courroux; ù ve #4 La Nature, qu’il veut opprimer, l’ensoleille ; SA È Au creux de son épaule, une danse d’abeilles ve 2% Voltige dans l’air tiède, en quête du miel roux… ne

le portique La Mort du Paysan : Le Paysan qui vient de mourir fut un sage. Dès longtemps, son vieux corps était bien décrépit; Quand il sentit la Mort l’inviter, sans dépit Il se coucha, tournant vers le mur son visage. | Il n’a pas accueilli le prêtre et son message; À sa prière, on fut lui quérir un épi Du beau blé de l’an neuf; alors il s’assoupit, 0 . Le serrant dans sa main, sans parler davantage. Il a serré si fort l’épi vert dans ses doigts Qu’il a dû l’emporter dans son cercueil de bois. O prodige ! la plante a germé dans la bière ! L’épi jaillit du sol, il est mûr, le voilà. Le poing d’un Mort tendant du blé vers la lumière, | Qui sait si le secret du Monde n’est point là ?

Ce soir naquit un dieu, parmi les fils de Sem. Et mon âme t’appelle, à toi qui l’eus guidée Vers l’étable où dormit l’enfant de Myriem.. Mais la nuit est sans astre et de brume inondée !

} Étoile qui, par les nuits claires de Judée, Terre des puits, des synagogues, des harems, Menas les Rois et les Bergers vers Bethléem,

Où donc es-tu, divine Étoile, décédée ?

Sans doute — on ignorait alors l’astronomie —

; Tu n’étais qu’un bolide errant, lueur amie,

d Pareil à ceux qui, en Juin, zèbrent l’éther.

| Archange qui semblais aux caravanes Jentes

1 Porter la lampe d’or des étoiles filantes,

1 Tu gis peut-être, caillou noir, dans un désert…

le portique D : J’ai vu l’Aviateur sur les Champs-Elysées. | Dans le ciel vif de Mars, où flambaient à l’ouest | Sous l’Arc Impérial des lueurs embrasées, : Sur la ville surprise il naviguait sans lest. | Engin mystérieux, de la couleur du zest, Avec le sûr effort d’une victoire aisée, Il fendait lentement les brises alisées; Vers la Sainte-Chapelle il disparut à l’est. Miracle du génie humain, ce monstre clair, { Imprévu scarabée, envahisseur de l’air, Flattait l’obscur orgueil de la foule, Homme ou femme, Tous les fronts rayonnaient d’un insolite émoi. « L’homme a conquis le ciel, me disais-je à part moi, ; « Quel gouffre encor lui reste à connaître? Son âme ! »

Pensée, es-tu la loi du monde, qui balance Les pôlés sur leur axe, et, dans l’éther du ciel, ” Les astres ? As-tu créé l’Ordre universel, Et sais-tu quel secret dort sous l’amer silence ? | Ou n’es-tu que la flore étrange de cerveaux Ë Mortels ? L’illusion qui pouvait ne pas naître? 3 L’écume qui sourit sur l’océan de l’Être, à Dissoute, à peine éclose, en ses aveugles eaux ? | Je l’interroge, en proie au doute, à l’épouvante…. 3 Sais-tu qui suis-je, un monstre, un dieu, lueur vivante, Ë Ce que je vaux, ce que je puis, ce que je dois ?

Je t’interroge et tu te tais, miroir factice ! e Et je pleure, comme autrefois l’enfant Narcisse, | De voir couler ta splendeur vaine entre mes doigts… L

le portique ‘ Es-tu l’hymne ou l’adieu d’une croyance, Espoir ; Tenace des vieux jours naïfs qui veux renaître ? 4 Phalènes lumineux qui heurtent nos fenêtres, Les morts sont-ils vivants sous la vitre des soirs ? Certains hommes ont-ils le scandaleux pouvoir De parler aux esprits défunts, de les soumettre ? Comme Thomas palpant les paumes de son Maitre, | Le sceptique se cabre, et dit : « Je voudrais voir ! » | Celui qui réveilla Lazare à Béthanie | Fut, dans cette hypothèse, un médium de génie, Et c’est un corps astral qui frémit à sa voix… Bien fou qui pense avoir scruté tous les arcanes ! L’homme, à ce carrefour où l’Énigme ricane, Tend les mains, sans savoir au juste ce qu’il voit.

SE Ai-je donc tant de fois vécu, Métempsychoses ? * ge ; Comme un gueux émigrant de taudis en taudis, 2 ESC Le 4 Ai-je donc habité tant d’écorces, jadis ? L rai en :. 4 - Et mon cœur est-il presque aussi vieux que les choses ? 1240 + Verrai-je refleurir des iilas et des roses SP Plus beaux, en des jardins fraîchement reverdis ? Le Fe 4

+8 M’en irai-je, phalène aux ailes jamais closes ? | à , Évoque des aspects évanouis du monde : 14? FE Mon œil d’enfant n’est pas le seul qui la peupla, AR te, se . Et, quand mon front est lourd d’extase inassouvie, RE. dre 4 Je sens bien que la voûte étroite de la vie PER Offusque le splendide Archange qui dort là… LÉ LEUR

le portique | J’ai vu naître et j’ai vu mourir : c’est aussi beau ! C’est la même blessure affreuse et qui délivre. Le même chant sacré, la même terreur ivre S’exhalent de la crèche et montent du tombeau. Que l’Être nu soulève ou jette le flambeau, | C’est la même clarté d’un dieu blanc comme givre, | Le même geste de Quelqu’un qu’on ne peut suivre, | Le même astre voilé dont rayonne un lambeau. | Avant la vie, après la vie, il y a l’ombre. ÿ La lumière qui luit en nous, tressaille et sombre, Vient d’ailleurs, rentre ailleurs, gouffre où s’en vont nos pas. La Naissance et la Mort sont un masque identique. Nous sommes les héros obscurs d’un drame antique; Nos visages réels, nous ne les voyons pas…

4 Il a été tiré de ce cahier douze exemplaires sur : whatman ainsi distribués : premier exemplaire de souche, exemplaire du gérant; deuxième exemplaire de souche, exemplaire de l’ad- troisième exemplaire de souche, exemplaire de limprimeur ; et neuf exemplaires d’abonnement, numérotés de 1 à Tous nos exemplaires sur whatman sont numérotés

à la presse et imprimés au nom du souscripteur ; nos

: tirages d’exemplaires sur whatman sont rigoureusement limités au nombre d’abonnements à chaque instant souscrits; nous ne vendons point d’exemplaires ‘ sur whatman en dehors de l’abonnement; l’abonnement ; sur whatman à cette onzième série est de deux cents | francs pour tous pays. | Les Cahiers de la Quinzaine sont composés à la main, $ en caractères fin dix-huitième siècle (Didot) de la fon- ! derie Mayeur (Allainguillaume, J. Saling et compagnie à successeurs), 21,rue du Montparnasse, à Paris, sixième

Fa rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. À Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men- 4 Le suelles régulières et par des souscriptions extraordi- ; LE : naires; la souscription ne confère aucune autorité sur no 1 la rédaction ni sur l’administration; ces fonctions ns Nos Cahiers paraissent par séries; une série paraît pe “a dans le temps d’une année scolaire, d’une année QE 3 ouvrière, du premier septembre de chaque année au A F. 31 août de l’année suivante ; l’abonnement se prend 2 pour une série. Ar % On peut souscrire cet abonnement à tout moment de ; É l’année, mais l’abonnement ainsi souscrit est, de droit, (a _ valable pour la série en cours. LAS Et Prix de l’abonnement, pour chaque série annuelle . 34 pendant le cours de cette série: EF; É

Paris, départements, Alsace-Lorraine, LACS

dinaire… | Autres pays de l’Union postale unis DE Abonnement sur whatman… deux cents francs De, 4: pour tous pays | 2 Les exemplaires sur whatman, tirage non réimposé, ni À sont numérotés à la presse et imprimés au nom du ‘+ souscripteur ; le tirage à part sur whatman a commencé 75 ? de fonctionner au premier janvier 1906; les inscrip- A tions pour cet abonnement particulier sont reçues en Ke 4 tout temps et reçoivent un numéro d’ordre déterminé La À automatiquement par le rang même qu’elles occupent £ 1 . dans l’ordre de l’arrivée, les numéros les plus bas venant LA ra naturellement aux premières inscriptions; c’est ce nu- a _ mméro d’inscription qui devient automatiquement le 42 Ë numéro du tirage réservé à chacun des souscripteurs ; f a l’édition sur whatman est strictement limitée au :

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