I-12 · Douzième cahier de la premier série · 1900-06-20

Nouvelles communications

Charles Péguy

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Nous publions ces communications comme elles nous sont parvenues avant les vacances.

Figurez-vous qu’après leur victoire de Paris les nationalistes veulent prêcher la croisade dans toute la province : deux d’entre eux, Gaston Méry et Barillier, Û

ma-t-on dit, ont projeté de venir ici le dimanche r2août pour donner une conférence publique au théâtre. Le premier mouvement des camarades a été de s’écrier « Nous les conspuerons et ils ne parleront pas. » Mou- vement qui partait évidemment d’un bon naturel, mais

  • qui donne une fâcheuse idée de leur éducation politique. Il me semble qu’il vaut mieux leur opposer un contradicteur. Malheureusement nous n’avons personne ici qui soit de taille. Ceux de nos camarades qui ont ” quelque instruction et quelque facilité de parole sont muselés par leur fonction. Il faut que nous dénichions à Paris un solide contradicteur. Pourriez-vous demander à quelqu’un du comité général. Nous recevons des communications de plus en plus nombreuses. ÿ Nous insérons toutes celles que nous pouvons. Nous n’attendons pas que nous puissions donner réponse. Il y aurait encombrement. Nous donnerons toutes les réponses que nous pourrons. Nous répondons dès aujourd’hui autant que nous le pouvons à M. Cyprien Lantier. Nous prions nos correspondants de vouloir bien avoir quelque patience. Nous aimons mieux leur envoyer des réponses délibérées que des bavardages hâtifs.

douzième et dernier cahier de la première série ‘| à ‘ Citoyen Péguy, puisque vos cahiers sont une insti- tution, je me permettrai, comme socialiste, d’attirer a votre attention sur une campagne qui pourrait être menée dans vos cahiers et qui, ce me semble, serait beaucoup plus profitable que celle que vous menez à F3 présent contre le P. O. F. et contre Lafargue. Vous savez bien, en effet, que ce ne sont pas les a membres du P. O.F. que vous convertissez, car ils ne { 4 vous lisent pas; et que ceux qui vous lisent ou bien sont déjà convertis s’ils sont des Parisiens ou d’anciens k Parisiens, ou bien ne connaissent rien aux discussions socialistes, ignorent même sans doute Lafargue et le Socialiste, si ce sont des instituteurs. Dès lors ne serait-il pas beaucoup plus urgent de h relever toutes les fautes, toutes les faiblesses d’un journal comme la Petite République, où le grand nom et la grande honnêteté de Jaurès fait passer inaperçus ba de lecteurs souvent négligents de véritables procédés nationalistes dans la composition du journal. Vous avez déjà signalé, et c’est pour cela que je vous “1 écris, l’annonce ridicule que la Petite République et l’Aurore avaient insérée en faveur du panorama Mar- chand ; mais il y a des faits beaucoup plus graves et fi qui vous révolteront sans doute autant que je l’aiété. | ni. En voici un : a Petite République a l’habitude d’annoncer tout au long les peines encourues par les grévistes … arrêtés ; or elle s’est dispensée de le faire pour ceux de j Chalon, bien que le total des peines distribuées ait dé- PA passé vingt-sept mois de prison. Je lis dans les Temps Pozicr. — À Chalon-sur-Saône, les gendarmes chargeant e brutalement la foule, un d’eux reçut une pierre. Immédias

tement ils sortirent leurs revolvers et tirèrent vingt-trois UE: . balles (c’est le chiffre qu’ils donnent eux-mêmes) dans le tas SUR _ des fuyards : trois morts et de nombreux blessés.

Ont comparu, la semaine dernière, dix des manifestants arrêtés au cours des désordres. Le premier des inculpés est Bonvois-Marinier, âgé de dix- ÿ PES _ huit ans, né à Lille, sans domicile fixe, évadé de la colonie pénitentiaire de Boulogne en juillet 1898; il y était enfermé depuis 1896 pour vagabondage. és Le procureur requiert une peine sévère. Le _ Marinier est condamné à un mois de prison, maximum É . de la peine, pour outrages, et à seize francs d’amende pour -_ Lassacq, inculpé de violences et d’outrages, deux mois et avec bénéfice de la loi de sursis. s 2 . Bonnardot, coups de pierres aux agents et outrages, trois mois et seize francs d’amende. x Genty, mêmes inculpations, quatre mois de prison et Denis Gros, mêmes inculpations, et port d’armes prohi-

  • bées, six mois de prison, seize francs d’amende, cinq francs
  • pour contravention à un arrêté municipal. de RU Marius Gros, mêmes inculpations, mêmes condamnätions. ÿ En à Caiïllet, violences et contravention, trois mois de prison, k seize francs d’amende et cinq francs pour contravention. …_. d’amende, et cinq francs pour contravention. Fu _ Matron, inculpé d’injures à la gendarmerie, dix jours de Na prison et cinq francs d’amende. EDR L’exagération de ces peines produit ici un effet déplo- “as 537 Ayant oublié ainsi les condamnations, elle s’est abstenue de faire campagne en faveur de la grâce. es (1) La Petite République a oublié d’enregistrer ces condamnations. DR se RES Note des Temps Nouveaux. ‘Re

douzième et dernier cahier de la première série ! Et combien de faits semblables trouverait-on. Ne sont-ce pas là de véritables procédés nationalistes, avec em cette circonstance aggravante que c’était au préjudice Fe de leurs adversaires que l’Éclair et l’Écho de Paris Re. travestissaient les faits, tandis que c’est au préjudice SRb de ceux qu’ils prétendent défendre que les journaux socialistes se livrent au même manège. ; Me 7 QE. Duper ceux qui ont mis leur confiance en vous, abandonner à eux-mêmes ceux dont vous vous êtes. re Fi fé constitués les défenseurs, c’est, ce me semble, payerun peu cher l’entrée d’un socialiste au ministère. 2 2) APRES RER Salutations socialistes et de plus en plus révolution Un jour que votre ami Pierre Baudouin sera moins assommant que la dernière fois, récompensez-le en Lui …. ménageant un facile triomphe : demandez-lui qui ns différence il peut y avoir entre une affiche électorale et se cette affiche éditoriale : pure Her OR À Roman des temps néroniens, par HENRYK HE NEA } ÿ (Un volume grand in-18 de 650 pages, à 3 francs 50) Pen f Quo Vadis ((Où vas-tu? »), qui, sous une forme oma- IAA nesque, met en conflit le christianisme en Les période aus pe 1, héroique et le paganisme à son apogée, apparaît comme le chef-d’œuvre de Sienkiewicz et de la littérature polonaise Kt _ et comme une des œuvres capitales de la littérature univer- > selle. Le voilà enfin, dans les Éditions de la Revue Blanche, 5 présenté au public français; mais, depuis 1895, date de son De nparuion, il avait déjà été traduit en une vingtaine de langues ou dialectes; et sa vente, dès la première année, \ F … s’est chiffrée par un million d’exemplaires aux États-Unis, en lialie, 150.000 en Allemagne. Un tel engouement dans des pays si divers doit avoir des causes profondes. Et, de fait, il se justifie par l’importance des questions en È » jeu, par une application singulièrement neuve des procédés ae N . réalistes à une conception idéaliste, par une extraordinaire fertilité d’invention dramatique, par le don qu’a l’auteur de mouvoir des foules et de douer d’une vie authentique les personnages. Parmi ceux-ci, quelques-uns assument “ plus spécialement un rôle représentatif d’idées : l’Arbitre se _ des élégances Pétrone, qui figure les prestiges de la civilisa- û Er” tion finissante ; la chrétienne Lygie, avec qui naît au monde Ÿ une beauté nouvelle; le tribun militaire Vinicius qui, sous Fe . son influence, évolue vers la religion du Christ. Néron et l’Apôtre Pierre dominent les événements et les déterminent. Le géant Ursus, l’athlète Croton, le Chilon Chilonidès, cent ie ” | autres comparses mouvementent l’action. Sans que l’origi- gs nalité foncière de l’œuvre en soit un instant compromise, ù —_ telles parties feront songer à l’éclat descriptif d’un Flau- DE 5008 Bert (festin au Palatin, incendie de Rome, scènes du Cirque), SET à la rudesse d’un Kipling (mort de Néron), à la simplicité persuasive d’un Tolstoi (supplice de Pierre), au scepticisme- és ai apérieur d’un France (conversations de Pétrone) : infinie fai _ var été de tons dont les contrastes s’unifient dans l’harmo- LCR euse coulée du style de Sienkiewicz; variété infinie ÿ se d’épisodes, qui fait de ce livre de 650 pages un livre trop FNHES Au courant de la plume j’ai corrigé une faute d’ortho- #4 FR

  • graphe et plusieurs fautes de typographie. Je n’ai pas ie corrigé les fautes de français, parce que dans les classes Que douzième et dernier cahier de la première série De de lettres je n’enseigne rien que les mathématiques. Je me suis demandé longtemps ce qui avait pu se passer 4] dans l’esprit du pauvre prolétaire intellectuel chargé de rédiger cette affiche. Ou bien il ne sait pas le fran- -4 çais, car j’ai reçu au lycée une solide instruction litté- à

raire, et je ne puis accepter ni le ton général, ni cer- S taines expressions particulières de cette réclame:un tel engouement ; — mouvoir des foules ; — mouvementent Û l’action; — j’en passe, et de non moins raides. Ou bien encore le prolétaire intellectuel s’est amusé, par manière de sabotage, à rédiger en un vague polonais. Ou bien enfin, connaissant le français quand il s’intéresse à ce 4. qu’il fait, il s’est laissé aller par ennui et décourage- ‘4 ment, par dégoût de la servitude et maladresse fade laisser passer toutes ces incorrections commerciales. rt Que s’il a voulu de lui-même corser son style, je le- te. » Remarquez bien que je n’en veux pas pour cela au livre ou à l’auteur du livre. Il se peut que ce Quo Vadis, “24 annoncé aussi commercialement, men soit pas moins,

_. comme on disait, un des chefs-d’œuvre de l’esprit humain. Il suffit pour cela qu’il ne ressemble pas à Es l’image que le négociant a voulu nous donner de lui. Je n’ignore pas non plus que nous devons à la revue blanche un très grand nombre d’éditions intéressantes, belles, utiles, indispensables, convenables. Je dis seulé ment que si l’on suivait chacun son premier mouvement, une affiche comme celle que je vous envoie me donne- Se, rait plutôt envie de ne pas aller voir ce qu’ily a dans 2”

le livre. AE é

Mon cher Péguy je continue et je continuerai aussi longtemps que je le pourrai. cs Je lis dans /a Petite République du samedi 2 juin Fo De l’Atlantique à la mer Rouge a) nest pas de spectacle plus intéressant et plus curieux que les superbes toiles du peintre Castellani qui constituent . Je « Panorama Marchand » au Trocadéro. Ce n’est pas seu_ lement, en effet, l’histoire fidèle d’un voyage à travers les

  • mystérieuses régions de l’Afrique dans toute sa saisissante réalité, c’est également une œuvre d’un haut intérêt artis_ tique et le public ne se lasse pas de l’admirer. a Jè lis dans {a Petite République du vendredi 8 juin Le … La société de cette attraction nous communique la note x Le très retentissant et très légitime succès du Panorama
  • … dehors de l’enceinte de l’Exposition, des imitations de la R » | Saisissante reproduction des étapes de la mission Congo-Nil. Le « Panorama Marchand » est le seul qui ait été officiellement admis par le commissariat général à l’Exposition te et dont les curieuses toiles sont dues à M. Castellani, le peintre de la mission Marchand. ee xt ee) Tous les jours, de new heures à onze heures du matin,
  • sauf dimanches et jours fériés, les sous-officiers, caporaux et
  • … soldats des armées de terre et de mer, en uniforme, seront 3 - admis au Panorama de Madagascar, place du Trocadéro. NN Sous-officiers et soldats à l’Exposition Le ministre de la guerre vient d’aviser les gouverneurs militaires de Paris et de Lyon, les commandants de corps “Ue d’armée et le commandant de la division d’occupation de 154 Tunisie que les sous-officiers rengagés ou commissionnés
  • qui en feront la demande sont autorisés à se rendre à s Paris pour visiter l’Exposition.

douzième et dernier cahier de la première série Ces sous-officiers voyageront à leurs frais, mais recevront une feuille de route qui leur permettra d’être placés en “À subsistance dans un corps de la garnison de Paris, la durée de leur séjour sera de six jours pleins; ils auront droit l’entrée gratuite à l’Exposition. Les sous-officiers non rengagés, les caporaux, brigadiers n et soldats, qui demanderont à se rendre à Paris isolément et entièrement à leurs frais, pour visiter l’Exposition, pour- ront également obtenir les permissions nécessaires dans les Ex. Je lis dans la Petite République du dimanche 10 juin : É Tous les jours, de neuf heures à onze heures du soir, sauf dimanche et jours fériés, les sous-officiers, caporaux et soldats des armées de terre et de mer, en uniforme, seront nn admis au Panorama de Madagascar, place du Trocadéro. F0 Je lis dans l’Aurore du dimanche 10 juin : > #4 Gondola ! Gondola ! tel est le joyeux cri de ralliement de toutes nos élégantes et du monde qui s’amuse, depuis qu’il est de bon ton de se donner rendez-vous à Venise à Paris. Nulle part ailleurs, on ne passe plus gaiement le temps. Je ne pensais pas que nous eussions nos élégantes. Je m’étais imaginé que c’étaient les bourgeois qui avaient de ces élégantes. Je m’étais imaginé aussi que nous n’étions pas du monde qui s’amuse,mais du monde qui s’ennuie et qui s’impatiente en attendant la révolu Je lis dans l’Aurore du dimanche r7 juin : Re C’est un spectacle vraiment impressionnant et d’un réel er. caractère artistique que celui du Panorama Marchand, où ; E. le peintre Castellani a représenté de si saisissante façon les principaux épisodes de la mission Congo-Nil. < LAS

Je lis dans la Petite République du lundi 18 juin C’est un spectacle vraiment impressionnant et d’un réel caractère que celui du « Panorama Marchand », où le peintre Castellani a représenté de si saisissante façon les principaux épisodes de la mission Congo-Nil. Chaque jour, une foule admiratrice défile au Trocadéro devant ces curieuses toiles, consacrant de plus en plus le succès du panorama. Je lis dans Aurore du jeudi 21 juin Le nombre des entrées journalières à l’Exposition subit d’inévitables variations ; znais au Panorama Marchand le nombre des visiteurs augmente régulièrement.

Demain vendredi, jour select, le prix d’entrée est porté Serions-nous devenus select ? Je lis dans la Petite République du vendredi 22 juin Le nombre des entrées journalières à l’Exposition subit d’inévitables variations, mais au Panorama Marchand, la grande attraction du Trocadéro, le nombre des visiteurs suit toujours une marche croissante. Il ne saurait en être autrement d’ailleurs étant donné le puissant intérêt du Devant le succès toujours grandissant et à la demande d’un grand nombre de visiteurs, le Panorama Marchand adopte également à partir de demain un jour select, le ven- dredi, avec le prix d’entrée de 2 francs.

Æ Je lis dans la Petite République du lundi 25 juin ‘FE Panorama de Madagascar

cs . Voulez-vous passer une heure charmante et éprouver une

sen sensation d’art fort agréable ? Visitez le Panorama de Ma-

douzième ‘et dernier cahier de la première série dagascar, place du Trocadéro, où sont reproduites avee une

vérité frappante des scènes de vie africaine réellement sa

Je lis dans La Petite République du mercredi 4 juillet: Dicrama de la mission Marchand dit Bien qu’un public considérable ne cesse de défiler, Di Al avenue de Suffren (gare du Champ-de-Mars), devant les dix. ee toiles très intéressantes, l’administration désireuse de per mettre à tous de visiter le Diorama a fixé les prix d’entrée pour dimanche et jours fériés à o fr. 50. Les enfants et soldats ne paient que o fr. 25. rh Je lis dans la Petite République du jeudi 5 juillet: Pavillon du Champagne Mercier. Le nombre des personnes qui ont assisté aux séances Fe en gratuites du cinématographe au pavillon du Champagne Mercier, pendant la journée de dimanche, a été de 6,793

Quatorze mille guides ont été offerts aux visiteurs du} SR panorama représentant les célèbres caves de la maison 5 Se

Je croyais que nous ne combattions pas moins Pal. coolisme des riches que l’alcoolisme des pauvres. dedis dans la Petite République du même jeudi 5 juillet: ASE Toutes les personnes qui descendent à la gare du Champ et x de Mars, avant d’entrer à l’Exposilion, vont voir Fachoda, 24 à

diorama de la mission Marchand, qui se trouve tout à côté, A.

e au numéro 16 de l’avenue de Suffren. : LS ont a -_ C’est un spectacle fort instructif que tous les amate s de PA A

Je lis dans la Petite République du lendemain vende dredi Comme il fallait s’y attendre, le très retentissant et très à légitime succès du Panorama Marchand a amené des imita- tions du captivant spectacle de la mission Congo-Nil. Mais le public ne s’y peut tromper, car le Panorama Marchand — au Trocadéro — est le seul qui se trouve dans l’enceinte de l’Exposition et le seul qui ait été officiellement admis par le commissariat général. Chaque jour d’ailleurs, un public de plus en plus nombreux se presse devant les toiles de M. Castellani, le peintre de la mission Marchand. Je relis dans La Petite République du dimanche La Compagnie des grands vins de Champagne est la plus importante de toute la région champenoise; située au centre même des vignobles, elle possède les caves les plus considérables de la contrée, taillées dans la craie, sans aucune maçonnerie, elles s’enfoncent sous la montagne sur plus de 17 kilomètres de longueur. Mer. Point n’est besoin de faire un long voyage pour visiter cette curiosité naturelle ; au Champ de Mars, au Pavillon . Mercier, on peut, tout en dégustant un excellent verre de 4 - champagne admirer le magnifique « Panorama des caves x de la maison Mercier, à Epernay ». je Je lis dans la Petite République du lendemain lundi Le diorama de la Mission Marchand dit Fachoda ne se pt trouve pas dans l’intérieur de l’Exposition, mais au 16 de l’avenue de Suffren, tout à côté de la gare du Champ de. ‘ Res Ce qui explique l’immense succès qu’il remporte, c’est l’exac2 27 ë

douzième et dernier cahier de la première série titude absolue avec laquelle sont reproduites les scènes sauvages et les paysages des rives de l’Oubanghi et du “à ‘Je lis dans la Petite République du lendemain mardi - “4

Le succès de l’Exposition est toujours pour le Panorama - T5 à de Madagascar, si artistique et si fidèle pour le tapis roulant — le seul gratuit — qui y conduit et pour l’excellente et or ginale musique malgache qu’on y applaudit. J’attends quatre jours et je lis dans la Petite République du samedi 14 juillet : b SITES Les visiteurs à l’Exposition, qui n’ont que quelques jours à passer à Paris, ne doivent pas y être venus sans alle admirer le Diorama de la Mission Marchand dont le superbe +: 00 pavillon s’élève au numéro 16 de l’avenue de Suffren, tout à côté de la gare du Champ de Mars. J’attends une semaine et je lis dans l’Aurore du samedi Octave Mirbeau vient de triompher de la difficulté de rendre attrayante la lecture d’un roman social en laissant se dégager, de l’action même, les idées et les théories. Dans le Journal d’une femme de chambre, qui paraît aujours cs d’hui chez Fasquelle, en un volume de la Bibliothèque Si Charpentier, l’auteur a certainement choisi le meilleur poste d’observation, celui d’où l’on peut le mieux voir se 1.208 dérouler les tableaux de corruption, de misère, parfois aussi + pe de grandeur, dans les milieux les plus divers de la société Celle-ci est un peu violente, comme on dit familière ment. Je sais bien, ou je pense que cette note est payée

w Se 7 D qu’elle est rédigée par un commis de l’édi- #! Ru _ teur, et que ce pauvre Scaramouche en est tout à faitin- SPOR _ nocent. Mais enfin cette note apposée en première page FHTATR l’Aurore est un peu violente. Quand on a fait un livre de cochonneries, on a au moins le courage de dire See _ du moins on ne fait pas ou on ne laisse pas imprimer et: que c’est un roman social. Pourquoi pas de la sociolo- FD gie? Toutes les tartufferies me dégoûtent. Au moins

  • . Vacher ne disait pas qu’il avait fait de la gynécologie. Je finis. Je lis dans la Petite République du jeudi FAN Au flot toujours montant des visiteurs au Diorama de NEER _Fachoda, 16, avenue de Suffren, on peut mesurer l’intérêt de Ÿ cette attraction. Les dix immenses toiles qui racontent les Qt “EE rincipaux épisodes de la mission sont harmonisées avec ea QE: des premiers plans nature qui imposent la parfaite illusion + S de la chose vécue. Re ne” Den ai oublié. Je ne suis pas infatigable. d; Mon cher ami, tu sais ma profonde et déjà vieille ad- he 1 _miration pour Jaurès, dont les beaux articles m’ont ou- ni “RES vert autrefois à la vie socialiste, à la vie. Plus que perPA | sonne j’ai applaudi à sa belle campagne dans l’affaire. .… Depuis six mois environ ses articles non seulement ne sa me causent plus la même satisfaction, mais parfois me es font mal au cœur. As-tu encore présent à l’esprit son plaidoyer en faveur de la loi d’amnistie, au temps même Dr douzième et dernier cahier de la première série ÉRIANES de la discussion au Sénat? plaidoyer indigne d’un ferme : RPM républicain, palinodie étrange de l’auteur des Preuves. L’amitié de Jaurès pour Millerand le rend trop minis » tériel, trop optimiste. As-tu remarqué qu’il évite à pré sent de s’expliquer sur les questions brülantes, quil s’appesantit peu sur les massacres du François ou de #3 Chalon, qu’il ne réclame plus la suppression des conseils de guerre, la suppression de la propriété du grade des ie F2 officiers, — pierre angulaire de la société bourgeoise, = ENS à etc., etc. Ce n’est pas en édulcorant les revendications He socialistes que nous pouvons attirer à nous le plus *s d’adhérents, — surtout dans la société bourgeoise et parmi la bourgeoisie. Ce qui importe, c’est moins d’avoir des partisans inconscients, une tourbe sur laquelle on. ne peut compter, — que de convertir à fond des recrues Le solides, — peu nombreuses il est vrai, — mais capables AE 27 d’en convertir d’autres. C’est-à-dire que je crois qu’il ‘HUE faut commencer à bâtir la cité socialiste par la base. Pour cela il est bon de ne compter pas trop sur l’action gouvernementale ou plutôt il faut toujours s’en défier. nn Marchons parallèlement, et non à la remorque du minis tère. Soyons une force organisée, avec laquelle tous les Je déteste l’étroitesse d’esprit des guesdistes, Mais je suis bien forcé de reconnaître que leur sectarisme AT È du bon ; il préserve jusqu’à un certain point le parti des ÂGE. fée compromissions bourgeoises, il maintient l’esprit LÉVO SE Ë Mais nous causerons de tout cela jeudi prochain, rue 7 Cyt des Fossés-Saint-Jacques. ‘ * VER me

D Un républicain bourgeois d’Orléans, intelligent et à très conscient, ancien notaire, M. André Thouvet, nous écrit une longue lettre. Nous la reproduisons parce que sans doute elle nous servira de base quand nous répon- Monsieur et cher concitoyen, J’ai lu vos cahiers avec intérêt, sans croire en aucune façon à leur action sur le public. Le milieu où nous vivons est ainsi bâti que je ne vois pas du tout le ou les moyens de relever — selon les vues arrêtées et raisonnées d’un programme satisfaisant — les destinées +t le sort des prolétaires, à bref Certes il est équitable qu’on y arrive, mais j’estime er que les obstacles viennent bien plus des intéressés que ne de la classe dite bourgeoise, — classe qui n’existe pas en réalité, vous ne l’ignorez pas. ne Il n’y a pas de lutte de classes, mais d’appétits. Et je trouve cette lutte d’appétits, si prosaïque qu’en soit l’image, absolument naturelle, légitime et nécesPa saire, en principe. De telle façon que je ne comprends pas pourquoi on parle plutôt de lutte de classes que de a les uns satisfaits, les autres non. : Il n’y a point de classes, car je défie bien que l’on montre une ligne de démarcation. 1588 Je vais plus loin : le prolétariat fournit chaque jour au Ex capitalisme ses meilleures recrues, s’affaiblissant et _. s’épuisant sans cesse au profit des satisfaits, dont il augmente sans relâche le nombre et la force.

dousième et dernier cahier de la première série Réfléchissez sur les faits et vous le reconnaîtrez. ER â Le succès individuel, l’épargne personnelle fortifient tous les jours le capitalisme, aux dépens du prolétariat, écrasé par le machinisme. On pourrait penser que de ce développement même 3j

du capitalisme il pourra résulter un excès qui jettera le prolétariat hors de son ornière et lui donnera l’accord es et la force nécessaires pour conquérir la place à laquelle Be

il a droit. Sincèrement je ne le crois pas, mais pas du tout, “150

loin de là. L’affaiblissement du prolétariat sera, selon moi, irré- “

médiable si ses membres ne savent pas modifier. leurs 3 ‘à

_idées, leurs aspirations, s’ils continuent à vivre d’idées fausses et d’illusions dangereuses pour la plus grande 3 4

gloire de ceux qui ne veulent que les exploiter. ; LC Le mal est grand. La cause est juste. Mais les moyens “74 de la faire triompher sont si lents, si vagues, ils exigent tant de vertu, tant de courage obscur, tant d’abnégation à jet continu, que la plupart des hommes * 2}

se dégoûtent de la tâche. Telle est la vérité. F3 L’inégalité naturelle est une loi épouvantable contraire à toutes nos idées de justice. :<0 Elle existe pourtant et il ne nous est pas possible de ; N

la nier, il faut bien la subir, quitte à l’atténuer. } “4 Elle suffit à frapper d’impuissance toutes les théories so les mieux raisonnées, les plus élevées, les plus pures. La bigarrure de l’esprit humain, l’étonnante diversité des caractères, des facultés physiques, intellectuellés … k et morales, ne permettront jamais à l’humanité d’entre

dans un cadre parfait que la logique peut tracer, déter- 3 #4

— et préciser rigoureusement, mais que les faits Pi feront éclater du premier coup. etla liberté — et je maintiens que la liberté est néces- are saire à l’humanité. AE _ Je ne veux pas dire qu’il n’y ait rien à faire, loin RE Fe _ En 1869 nous fondions à Orléans une société coopé- NY rative n’a péri que devant l’indifférence absolue des FAN » qui periq A | ouvriers, plutôt hostiles même qu’indifférents. SR _ Il semble que depuis lors les idées — mettons socié- NE Fo | taires — ont progressé, quoique certaines écoles socia- , SANT _ listes les proscrivent comme n’étant propres qu’à éner- HE ver l’action socialiste. Ft Elles ont progressé surtout hors de France, mais soutre à vent aussi elles ont dévié. s Quoi qu’il en soit ces idées sont à mon sens les seules ui puissent améliorer le sort des Prolétaires, les con- du ‘e non pas à la destruction, mais à la conquête du capital, chose indispensable pour eux. Je dis du capital, c’est-à-dire de tout ce qui produit de 2 — soit naturellement, soit industriellement, soit par l’union des forces naturelles et industrielles. “LTCRE rs ile prolétariat doit donc travailler à cette conquête ; Fe _ilpeut la faire, il lui suflira pour cela de s’unir dansun : Se le ng et vaillant effort. Tout moyen révolutionnaire échouera et se termi- à nera en réaction, cela est certain. cæ Le vrai progrès, c’est le progrès scientifique, c’est le seul qui reste, mais il ne s’acquiert que par de lentes études sanctionnées par l’expérimentation. Par leur organisation en sociétés de production, 18

douzième et dernier cahier de la première série ] de consommation, de secours et de retraites, les prolétaires accompliront le progrès en montant len- HA tement mais sûrement à la possession du capital réel, #2 le seul qui compte, et en se formant à leur nouveau É] Hors de là, il n’y a que trouble, division, confusion. Il vous est loisible de croire que le fonctionnement des aa institutions collectives dont je parle mènera l’humanité En vérité je n’y trouverais pas à redire, je n’y crois ‘à pas, voilà tout; et c’est pourquoi j’ai la conviction que tous les moyens violents et rapides aboutiront à un échec en réaction, de façon à reculer les améliorations ne. que l’on peut déjà opérer — si l’ouvrier le veut. Une préparation est nécessaire, quelle que soit la fin Le mécanisme des sociétés de toute sorte sera aux 5 ï

  • mains du prolétariat la meilleure des préparations. “Æ

C’est pourquoi je voudrais que les hommes de votre âge qui ont l’ardeur du bien, qui veulent se consacrer … - au sauvetage du prolétariat, limitassent leur action en ce sens, de façon à produire des progrès immédiats, 24 relativement faciles, au lieu de s’engager dans des : Es polémiques dogmatiques qui ne peuvent amener que des divisions sans aucun résultat utile. a

Ce ne sont pas des discussions byzantines qu’il nous faut, elles nous font perdre un temps précieux, ce sont des actes. .

Si l’argent mal dépensé était consacré à des conquêtes » solides et durables, nous serions déjà loin depuis trente FA À Et qu’avons-nous fait? moins que rien. Nous nous Fc:

somme affaiblis et divisés, nous avons groupé nos “ Le socialisme est un grand mal présent. souhaite, mais un parti socialiste, non. ee En 1848 le socialisme jeta les libéraux dans la réacA tion. Nous en sommes là encore aujourd’hui et ce qui nous attend c’est une république réactionnaire et cléri__ cale avec César. à en * [Len serait tout autrement si le parti ouvrier, légiti- mement et légalement uni, fort de sa vraie force qui est le nombre, se contentait-de s’organiser pacifiquement pour la coñquête du capital qui sera son instrument de , travail et d’émancipation. ES Que de choses à dire ! — que je renonce à vous exprimer et qui me sont suggérées par l’expérience de la vie, . … — déjà longue pour moi. Permettez-moi seulement d’insister, d’appeler vos — réflexions soutenues sur cette loi fatale de l’inégalité ne: À ne lurelle, loi inconciliable avec les calculs géométriques de systèmes de la vie sociale. Pourquoi venons-nous au monde non pas seulement msi différents, mais frappés de tant d’inégalités ? —_ Le problème est redoutable, il est effrayant et nous Le ôte tout moyen d’envisager clairement l’avenir de l’hu- Nous devons nous borner à travailler pour le progrès réel, scientifique et certain, nos descendants verront peut-être mieux que nous. — Je suis et veux rester un soldat obscur de la démo- cratie. Je hais le bruit. Je voudrais seulement, dans “4 ‘intérèt même de vos idées et pour votre satisfaction,

dousième et dernier cahier de la première série vous voir entrer dans une voie plus pratique et plus fructueuse, plus sûre et plus féconde.

Je vois en vos jeunes amis des hommes droits, épris de justice, mais égarés par des théories, logiquement calculées sur une base fausse, — et qui perdent leur temps et leur force. L’humanité sera toujours perfectible, elle ne sera jamais parfaite.

Votre tout dévoué concitoyen,

Bourgues-les-Eaux, dimanche 19 août 1900 k

Voici longtemps que je voulais n’entretenir avec toi, mais ma paresse retardait de jour en jour. Et puis quoi bon puisque nous sommes à peu près d’accord. Si. l’esprit politique commande une insincérité quelconque, c’est qu’il n’en faut plus. Il y a dix-huit mois, au plus chaud de l’affaire, j’ai bien cru que cette vérité élémen- à taire finirait par s’implanter, je ne dis pas dans les masses — c’est une idée trop simple pour que les mas- Ù ses y prennent goût— mais dans la conscience de quel- À ques intellectuels devenus militants. Je croyais que le

z dreyfusisme avait appris cela aux meilleurs des socia listes. Et je vois qu’il n’en est rien. Je vois par exemple 5 Ô que les dreyfusistes de Bourgues-les-Eaux font des efforts Si désespérés pour couvrir un inspecteur des enfants assis- a tés libre-penseur qui a mangé la grenouille — et qu’on a. Ve Fe envoyé dans un autre département pour y renouveler Mur ses exploits. Et j’en conclus que l’idée a fait peu de

chemin, car elle s’est heurtée dès ses premiers pas à un terrible obstacle : c’est l’horrible amoncellement de ran- EE Fe ‘cunes, de haines, d’amours-propres, d’intérêts person_ nels, de petitesses et de bêtises qu’on nomme la politi- Î ch ‘Tn trouveras ci-inclus un mandat de cinq francs, qui, ai peur, ne pourra l’être payé qu’à la Poste centrale. Fu te demanderas pourguoi je n’envoie pas huit francs.

C’est que je préfère envoyer deux fois cinq francs au lieu de huit francs à la fois. Au reste ce n’est pas de ma faute si j’envoie si peu, mais bien celle des infâmes capitalistes, comme vous les nommez, auxquels je paie six pour cent et des mains de qui j’essaie de sauver Ju mon frère. Si je n’avais qu’à penser à moi, j’aurais vite fait d’arranger ma vie. Ma nouvelle situation n’est pas 3 t très gaie : huit heures de travail de nuit, huit heures de ÿ se Sommeil, huit heures de — n’importe quoi — oh! pas !

e repos. Enfin, c’est tout de même les trois nuit. ” Jénésais si je me déciderai à rester ici définitivement. de

Le milieu anglais me paraît triste dans tous les sens du

om ot. Vous vous plaignez des nationalistes : en Angle- Li terre je crois bien qu’il y en à vingt millions. Ils mon- ce ten t sur les chaises des jardins publics pour expliquer qu’ils ont seuls des droits en Chine et qu’il importe de Er se débarrasser au plus vite de l’ignoble bande de Krü- de ger — j’ai entendu cette expression un peu forte. Les Anglais ont le triomphe féroce. Et puis j’assiste à la fab ot ation des journaux : faussetés, faussetés, et à 12 À

dousième et dernier cahier de la première série ‘Paris le public avale les dépêches anglaises — toutes à V4 la gloire de l’Angleterre; naturellement on supprime les “ autres. Si tu vivais un peu comme j’ai fait en Allemagne et surtout en Angleterre, je crois que tu finirais par devenir nationaliste. Plus je connais l’étranger, plus je trouve que les Français ne s’estiment pas ce qu’ils valent. Je t’expliquerai ça quand je te verrai; j’ai peur de ne pas pouvoir obtenir cette année le moindre congé, ! ‘4 à cause des affaires de Chine qui nous donnent beau- coup de travail. Je tiens à te dire que les cahiers mem pêchent de m’endormir dans l’abrutissement d’une vie n. mécanique. Je ne suis pas internationaliste, comme +4 { vous. Mais j’aime tes cahiers, parce que je suis encore plus provincial que les provinciaux. Très cordialement à toi, ‘% Perrusquier, par Vesoul (Haute-Saône) ÿ ! Nous nous demandons ici à quoi peuvent bien servir - tes cahiers. Ils sont déjà passablement rasants. Toutes les petites histoires que tu te complais à nous conter me sont personnellement fort égales. Nous avions espéré au commencement qu’au moins ils serviraient à dire la vérité. Il n’en est rien. Tu fais comme les autres. Tune » dis que les vérités que tu veux bien dire. Voilà plus de six mois que Mirbeau a commencé dans La reoue — à blanche à publier son immonde Journal d’une Femme <e de chambre, et tu was pas encore publié que C’était immonde. Jamais tu ne me feras croire que c’est parce ‘ÉURR que tu n’as pas eu le temps. Seulement tu fais comme tout le monde. Les bons camarades avant tout. Tu tes

“” aittardé à Lafargue. C’était moins comprometitant. Lafargue n’a pourtant pas eu tort de s’élever violemk ment contre les intellectuels qui se font des rentes en vendant des cochonneries aux bourgeois. Si j’avais été Lafargue à ce passage. Quand je suis devenu dreyfusard, après de longs entretiens avec toi et de très longues hésitations intérieures, je croyais vraiment que tu étais sérieux. Je m’imaginais que nous renoncions une fois pour toute la vie aux insincérités des camaraderies de parti et d’école. Si Rochefort avait écrit un Jardin des Supplices et Lemaître un Journal d’une Femme de chambre, vous gueuleriez tous comme des gardes champêtres. Mais c’est Octave Mirbeau, un cher camarade, un ancien bon dreyfusard, un ancien soldat } comme nous. Je ne croyais pas que le dreyfusisme aboutiraït à instituer ainsi une sale camaraderie dreyfusiste. Je suis allé à Paris la quinzaine dernière. Je ne suis pas allé te voir, parce que tout le monde n’est pas assez riche pour y passer la semaine entière et l’y attendre jusqu’au jeudi. Et puis je manque un peu de patience et il ne me plaît pas qu’on me fasse poser. On parlait du bouquin de Mirbeau : quelle saleté! disaient les hommes — quelle œuvre, inscrivaient les journalistes ; quelles immondices! disaient les hommes h — quelles admirables observations, inscrivaient les jour- nalistes; quel ignoble bouquin, disaient les hommes, œ tous les hommes ; — études sociales prodigieuses, inscri- “ à vaient les journalistes, tous les journalistes. Le même is individu qui vous disait couramment : ein ! est-ce eh cochon? commençait le soir dans son journal : C’est un spectacle merveilleux que celui d’un talent qui se renou-

douzième et dernier cahier de la première série velle aussi remarquablement que celui de M. Octave Mir- l beau. C’est à lever le cœur. Comme Octave Mirbeau doit ? mépriser tous ces journaleux qui ont réussi à être encore un peu plus dégoûtants que lui, par camaraderie et ‘4 platitude professionnelle. On ne sait pas si vous êtes plus lâches que tartuffes ou plus tartuffes que lâches. Thermes les Bourgues, samedi 5 mai 1900 Je te dirai pour mémoire que je suis fort occupé. Je fais deux cours populaires, le soir, à un auditoire ‘4 ouvrier, d’ailleurs restreint : un d’économie politique élémentaire, et l’autre d’histoire. Nous voudrions bien transformer tout cela, et faire ici une sorte d’Université Populaire. Il n’est pas facile d’ébranler cette lourde ‘% masse d’indifférence générale. Je m’y emploie de mon . n. mieux. Je te tiendrai au courant des résultats. Sois on. assuré de mon plus cordial dévouement. di “ Thermes les Bourgues, vendredi 25 mai 1900 “| Je retrouve cette lettre, que je croyais partie. L’ordre n’a jamais été mon fort. — J’aurais beaucoup à y . kC: ajouter, mais le temps presse. Depuis un mois notre U. P. a pris forme. Elle va se fonder sous le titre de : “4 Cercle laïque. Je crois que d’ici quinze jours ou trois semaines ce sera chose faite. J’ai vu une centaine de. bourgeois pour obtenir leur appui et leur argent. Par-. Aa » tout on n’a fait bon accueil. — Nous cherchons en ce à ‘à moment un local. Nos statuts sont ceux de la circulaire # générale des U. P., que tu connais sans aucun doute. F Quant aux travailleurs nous les aurons en masse. L’idée socialiste gagne ici tous les jours. Avant-hier une conférence organisée par les cléricaux — et où Marpaux a pris la parole — a été pour eux un effondrement. Cinq cents auditeurs sur cinq cent cinquante ont fait une ovation à Marpaux. Ce fut extraordinaire. Au revoir — bien à toi Thermes les Bourgues, jeudi 28 juin 1900 (r) J’ai le plaisir de t”annoncer la fondation d’une U. P. Bourgues sous le nom de Cercle Edgar Quinet — Quinet était Bourguessan. Tu enverras les cahiers au Cercle Edgar Quinet, 14, rue de la République, Bourgues. Très cordialement à toi Saint Pierre la Tourbe Lundi de Pâques 16 avril 1900 x Je ne puis m’empêcher de te conter une histoire bien pénible qui vient de nvarriver. Nous avons fondé ici une espèce d”Université populaire, la Tourbière. Nous recevons quelquefois le soir et toujours le di- manche les hommes, les femmes et les enfants qui veulent bien venir. Nous faisons des lectures en com- (1) Ce billet portait en haut à gauche un admirable cachet bleu ovale : Cercle Edgar Quinet. — Université populaire de Bourgues. —

douzième et dernier cahier de la première série mun. J’ai même appris à lire tout haut pour un public. x C’est un art très difficile, comme le dit le vieux Legouvé. Je n’y entendais rien. J’ai aussi appris à faire des con- K;: férences. Nous faisons des conférences intéressantes. J’ai même appris la matière de mes conférences. Pour enseigner, je m’enseigne. Nous enseignons tout. Je me ‘4 suis chargé de l’histoire et des sciences naturelles. Mon x! collègue d’allemand fait la géographie et la morale. Mon collègue M. Thomas, le dévoué professeur de gymnastique, enseigne avec moi les excursions botaniques. IL Î enseigne l’excursion, moi la botanique, le reste à Pave- ë Nous nous sommes abonnés à toutes les revues avan- a cées. Hier jour de Pâques il y avait bibliothèque le y matin et grande excursion l’après-midi. Quand il y a » bibliothèque il y a permanence. Mon collègue d’anglais ià était de service. Mais par habitude j’allai voir. M. Tho- “44 mas était là aussi. Nous avions quinze lecteurs, ce qui est considérable. Il devait y avoir douze excursionnistes le tantôt, douze baladeurs, comme dit familièrement 4 Û Trois de nos lecteurs, deux gamins et une gamine, TU î âgés de quinze, dix-huit et seize ans, lisaient en un. me coin de la table un peu longue. Ils continuaient leur lee ture, à la fois posés comme des jeunes gens qui veulent et se tenir bien. Et passionnément, ce qui n’est pas beau coup leur habitude. Nos pépulations sont indolentes. Je La. me doutai du coup. Ils avaient en mains deux numéros de La revue blanche. Il faut te dire que depuis trois mois que la revue blanche publie les saletés de Mirbeau, je suis de quin- s zaine en quinzaine envahi d’une rage intérieure qui AS )

Fu » croissait et me mangeait. Je suis né rageur. Je suis MC _ devenu rageur. Je suis rageur. Si j’avais un mètre 1h ét D D sta et les muscles que j’ai toujours ! vainement souhaïtés, je ragerais moins. Mais je n’ai, fi re ti ajoutés au mètre habituel, que soixante centimètres. LES . Avec cela coléreux et, disent mes amis, violemment [xs autoritaire. Donc je rage perpétuellement. Et depuis trois mois je rage perpétuellement contre Mirbeau. ds À Ve Je me méfiais du coup. Nos trois élèves étaient atta- Ù …. blés au Journal d’une Femme de chambre. Tu ne peux pas savoir quel effet ça m’a fait, quand j’ai vu que les saletés de ce marchanc de littérature compromettaient des années entières de travail, de soins, de patience, “4 me. . d’enseignement. C’est comme si au bateau-lavoir un co

cochon s’amusait à venir jeter des ordures sur le beau Ÿ linge blanc péniblement rincé. J’avais des nausées de colère. Je leur enlevai brutalement le livre des mains. a | lsme regardèrent vagues, parce qu’ils ne savaient pas ja

Mr) que j’étais rageur. Pourquoi lisez-vous ça ? — Parce que ebnnnissez pas M. Mirbeau. — Si monsieur. Même qu’il Ë Fe ne est avec nous, puisqu’il est venu l’année dernière à la 1e _ Tourbe-la-Grande avec le citoyen Pressensé faire une 1 VAN

Qui conférence pour Dreyfus. — Vous mentez. M. Mirbeau

n’est pas avec nous. Nous ne sommes pas avec lui. C’est Er

un bourgeois. C’est un cochon. Je ne veux plus voir ça. Le

pe A 2 je jetai les deux revues au fond de la cheminée. M à

À 14 Mes pauvres bonshommes, qui ne sont pas mauvais f qi

au fond, étaient tout interdits. Et ils me regardaient ne ue s’étant pas imaginé qu’un professeur se mît en colère. Il y eut un froid. Les ouvriers ne comprenaient pas très EX ci

Ne _ bien. Mon collèguc d’anglais et M. Thomas vinrent,

douzième et dernier cahier de la première série s’approchèrent. M. Thomas voulut d’abord sauver la situation. — Mes amis, dit-il aux ouvriers, ‘nous ferions bien d’aller déjeuner tout de suite. Nous partirons plus tôt. Nous ferons une excursion plus longue. J’ai fabriqué un parcours sérieux : quatorze kilomètres sans boire. — Ce mot de M. Thomas, car c’est un mot de M. Thomas, k eut son succès habituel. Ancien vieux sous-oflicier comme il y en avait avant l’avènement des blancs-becs, M. Thomas prétendait que rien ne vaut d’étouffer un perroquet pour donner du cœur au fantassin. Depuis que nous l’avons anti-alcoolisé, il a trouvé ingénieux d’adapter à ses nouvelles convictiôns la vieille chanson de marche : dix-huit cents kilomètres sans boire, où le nombre des kilomètres varie à volonté. . Cetie adaptation a réussi beaucoup auprès du grand public, c’est-à-dire auprès des trente et quelques per- Æ sonnes qui travaillent avec nous. ï Quand nous fûmes seuls, mon collègue d’anglais me dit tout navré : Vous avez oublié, monsieur Souvestre, É que c’était moi qui étais de service. Vous n’aviez pasà intervenir dans cette malheureuse affaire. — Il avait raison. Je ne répondais rien. M. Thomas était fort em- barrassé. Il avait rapporté du régiment cette conviction profoæde que l’on ne doit jamais se mêler du service quand on n’est pas de semaine. Il finit pourtant par dire : Moi je pense que c’est M. Souvestre qui a raison, parce que je suis anti-alcoolique. Bien sûr, dit-il à mon G “ collègue d’anglais qui cherchait le rapprochement. Bien l sûr: si ces gamins-là nous avaient apporté une bouteille d’absinthe qu’ils auraient bue en lisant, vous-même, me monsieur Boisdenier, qui êtes un homme patient, vousmême vous auriez foutu la bouteille dans la cheminée. ” M. Boisdenier ne répondait pas. — Tout de même, continua M. Thomas, vous n’allez pas vous faire malheureux pour toutes ces saletés. Allez déjeuner et venez tous les deux avec nous. Vous traiterez la question en CH Le tantôt M. Thomas ne nous laissa pas un instant de à . répit. Marche et contre-marche. Botanique et marche.

  • En rentrant le soir il nous dit d’un air innocent : Eh bien ! et cette question ? — Nous n’avons pas seulement Ne eu le temps de souffler. — C’est là, répondit-il, ce que Pas je nomme traiter les questions en marchant, c’est-à-dire par la marche. Nos anis n’y ont pas pensé plus que vous. Vous verrez que c’est la seule manière de traiter “ véritablement les questions. é Ce M. Thomas avait tort. J’aimerais mieux avoir è f traité véritablement cette question. Je me suis réveillé ce matin très embarrassé, un peu vexé. Je suis bien dé- cidé à n’accepter pas que nos élèves lisent les ignomi3 + nies de ce roman. Mais aussitôt quelles complications. AT - Et quelles contradictions. Non pas que j’aie un seul re_ mords pour la brutalité un peu vive avec laquelle j’ai 4 _ traité l’auteur et sa marchandise. Mais je suis ému de …_. la contradiction. Quels discours et quelles conférences n’avons-nous pas énoncés sur la liberté de la presse, de ‘10 _ l’écriture et de l’impression. Avons-nous assez tapé sur l’ancien régime et sur la Bastille, sur la censure et sur lInquisition, sur le pilon et sur les bûchers de livres, et sur le Saint-Office et la congrégation de l’Index. Avons-
  • *ù nous assez spirituellement raillé les Russes, qui étendent f ne È sur les passages interdits une épaisse et noire tar- “4 . tine. Avons-nous assez raillé Monsieur le Censeur exav} Po minant les livres de messieurs les potaches. Et voilà

douzième et dernier cahier de la première série qu’à la première occasion sérieuse mon premier ge mouvement, un mouvement profond, irrésistible, est. Fe d’envoyer barboter le livre au fond de là cheminée accompagné de mes invectives. Comment sommes-nous faits? Je suis profondément, invinciblement décidé n’accepter pas que nos élèves lisent les ignominies de ce roman. Il faut donc brûler ! il faut brûler ce roman - j C’est encore plus franc que la tartine russe. Il faut brûü- À ler. Je brülerai. Je ne sais pas bien pourquoi jy suis 1 4

” décidé. Mais j’y suis décidé. Ma décision est irrévo- me cable. Pour n’avoir pas à brûler la suite, nous nous \ À désabonnerons de la revue blanche, au moins momen- $ ‘%

tanément. Que de violences ! Que d’embarras de con- science. Que d’exercices d’autorités. Je suis encombré nee comme dans un embarras de voitures. Pourquoi faut-il qu’il y ait des cochons. Tout serait si simple si tout le ‘24 monde était propre. : : Î

C’est de votre faute aussi à vous autres journalistes Vie si nous sommes aussi embarrassés. Par lâcheté où Na paresse, vous ne dites jamais rien de ce qu’il faut dire. Alors le bon peuple rumine sa colère et finit par éclater. # à Assurément je ne serais pas si en rage contre Mirbéau si tu avais posément dit dans un cahier ce que tout le monde répète partout. Je n’ai aucun goût pour les scènes et c’est en définitive une opération désagréable que de libérer sa conscience, comme on disait naguère. Enfin me je ne t’en veux pas trop. C’est le métier qui déteint. L’abondance de ces communications nous force à en pres et. remettre la suite à un prochain cahier, Lau 4 41e : (1

ù Nous publions cette réponse comme elle était préte partir au commencement des vacances.

Il est facile à toi de me raïller agréablement sur ce que je n’ai pas encore donné mon histoire projetée de la dé- composition du dreyfusisme en France. Mais nous avons le temps. Le dreyfusisme continue à se décomposer. Tu admets sans doute avec moi que tous les citoyens qui sont devenus ou deviennent partisans d’une certaine amnistie ont renoncé ou renoncent par le fait même aux principes et aux méthodes qui pour nous— et pour tout le monde alors — constituaient la force et la règle de l’action dreyfusiste. À ce compte les renonciations et les abdications se sont multipliées et se multiplient

parmi nos protagonistes, parmi nos chefs et parmi n6s sous-chefs. Au moment où l’amnistie antidreyfusiste comparaissait devant le Sénat, le citoyen Jaurès renon- çait avec un certain éclat. M. Waldeck-Rousseau renon- çait avec une véritable éloquence. Tout le gouvernement renonçait. Le Sénat renonçait. La Chambre

n’avait pas même à renoncer. Les électeurs non plus. Le Congrès national des Organisations socidlistes françaises avait renoncé au milieu d’un enthousiasme indescriptible. Autour de nous, parmi nos

amis et connaissances, on à renoncé, on renonce, on

va renoncer. Notre camarade François Daveillans, — douzième et dernier cahier de la première série un collègue et même un successeur à moi, puisqu’il est devenu quinzenier à la revue blanche, — qui avaït si fortement contribué à établir l’Histoire des variæ tions de l’État-Major, a fort bien expliqué pourquoi, il renonçait. Notre ami le germaniste est venu me voir tout exprès pour me faire des remontrances et pour m’enseigner que l’on doit d’abord avoir la puissance. Nous pensions naguère que l’on doit d’abord tenir la vérité. Enfin j’ai pu causer quelques minutes avec un de nos meilleurs professeurs de philosophie et il ne m’a pas caché que nous devons de plus en plus abandonner k aux nécessités de l’action, à la véritable solidarité les Ë F droits de la critique et méme les droits de la pensée.

  • Alors moi j’attends que la décomposition soit finie. Mon cher Lantier, c’est une grosse erreur que vous commettez en province que de vous imaginer que je suis bien avec le Comité général. Assurément si j’avais présenté moi-même ta requête à ce vénérable Comité, sans aucuns débats il serait passé à l’ordre du jour, comme un simple Conseil d’arrondissement passe outre à la pétition d’un obscur cantonnier ou d’un télégra- phiste importun. Heureux encore s’il ne n’eût pas fléti par et dans un ordre du jour fortement motivé. Mais le hi grand désir que j’avais de te donner une réponse authen- tique me rendit astucieux. J’allai trouver un indépen- LA dant, non pas un de ces indépendants qui dépendent, : Le mais un indépendant qui ne dépendait pas. Il yena a Û plusieurs. Je ne te dirai pas son nom, car il seraït perdu d’honneur socialiste si l’on savait qu’il a des communi- \ ci cations avec ces cahiers. Il voulut bien présenter au Comité vénérable, dont il fait partie, cette requête : \ 4 3

Que devons-nous faire des Juifs quand les antisémites

feront la deuxième Saint-Barthélemy? A cette requête »_. il demandait une réponse formelle. -

AY Ajournée de semaine en semaine, la requête vint enfin

-_ le samedi 35 juillet dernier. (1) La séance du vénérable

Ar Comité s’annonçait comme une séance orageuse. ee 11 yavait là beaucoup de ministériels et beaucoup d’an-

tiministériels. Mais il y avait peu de véritables socia-

“ Listes et de véritables révolutionnaires. Il yavait là des j délégués titulaires et des délégués suppléants. Les gues-

pi distes étaient tous venus, suppléants ou titulaires,

à comme toujours, et manœuvraient avec une admirable y

ne _ discipline, assez souvent inintelligente et grosse dans le

détail, mais toujours attentive etsoigneusementenvieuse. -_ Vaillant était là. Guesde, malade, s’était fait suppléer. AS On ne sait par qui. Les guesdistes avaient une préoccu- À

pation soucieuse, qui était d’embêter le ministère et de

au diminuer Jaurès. D’heureux antécédents leur faisaient

2 _ penser qu’ils y réussissaient tout doucement. M. Lafargue à continuait de ressembler à M. le marquis de Rochefort.

De _ Les blanquistes faisaient la même chose que les gues-

N. _ distes. Les allemanistes se demandaient par quelle exac-

titude ils réussiraient à sauver les vieux principes sans

43 … faire le jeu de la démagogie astucieusement attentive.

Les broussistes non plus n’étaient pas des broussistes.

34 - Les indépendants ministériels ne se souciaient pas de Lt

laisser voir qu’ils étaient ministériels. Mais les simples

indépendanis avaient beaucoup de tristesse et n’avaient

aucune arrière-pensée. Le seul Jaurès pensait ardem- ke _ (i) Ii suffit que le lecteur se reporte à cette date : il reconnaîtra qu’il s’agit ici de l’ancien Comité général,

douzième et dernier cahier de la première série ment aux moyens de consolider encore cette unité socia- ; F liste qui lui apparaissait fortement instituée. La prudence la plus élémentairé m’interdisait de lais- ser voir dans les parages de l’auguste Assemblée les traits importuns d’un visage défavorable et défavorisé. description que tu attendais à bon droit. Je ne sais rien 433 3 de cette rue Portefoin, sinon ce que ta sagacité a pu en Re deviner : qu’elle a un de ces vieux noms français qui … M nous réjouissent au plus profond. Je vois sur mon plan rt de Paris que joignant la rue des Archives à la rue du T4 Temple — encore un vieux nom bien français — elle est k { située presque en plein cœur du vieux Paris que nous aimons. Là est venue résider l’encéphale du Parti. Là : nu s’exerce le commandement intercongressionnel. On se i réunissait d’abord au 17, siège que le Comité général da avait hérité de son antécédent le Comité d’entente. sn ns C’était au fond d’une cour l’habituelle salle de petite Le ( réunion. Beaucoup de ceux qui vinrent là, fraîchement investis par le Congrès de l’autorité souveraine, s’ima- ‘4 ginaient sincèrement qu’ils tenaient en leurs faibles \ n mains les destinées de la grande Révolution. Ils délibé-, ER F2 raient sérieusement aux lueurs des lumières mal éclai- que rantes. Ils négligeaient de savoir, mon ami, quela réac tion sociale est sensiblement égale à l’action, etqu’iln’est … ; à pas d’agitation formelle ou de combinaison qui puisse remplacer le sincère labourage des consciences (t).. (1) Je laisse dans cette réponse l’expression que j’y avais mise au rx ., ë commencement des vacances. Il se trouve à présent qu’elle est ré pétée ailleurs dans le même cahier. Je prie le lecteur de vouloir bien s’habituer tout de suite à ce que nous disions souvent Ja même chose, parce qué c’est toujours la même chose, (Re 0: *e

Ft On me dit que depuis ces commencements ceux des 4 PS Fa | souverains qui étaient de bonne foi sont devenus Pour, cause de difficultés le Comité général a été is transféré en face, au 18, une boutique sur la rue. La

  • séance du 35 juillet commença comme d’habitude. Le a citoyen Grados présidait. A neuf heures on lutle procès- LEURS 1h … verbal de la précédente séance. Il ÿ eut quelques récla- Rte mations, suivies de quelques rectifications, parce que Re la rédaction du citoyen Dubreuilh était un peu trop in- Ke ji … telligente. La requête figurait au seuil de l’ordre du a “jour: Bien qu’on l’y eût placée d’un commun accord à Ve è ‘4 - Ja fin de la séance précédente, il fallut encore procéder :”HPONE 4 4 _à deux scrutins : le premier pour savoir si vraiment la taie . … discussion de cette requête viendrait aujourd’hui, et le en) second pour savoir si vraiment la discussion de -cette rite De dénrd’hoi. Le secrétaire proclama que le premier et que le second vote avaient donné les résultats suivants : Rs es _. qu l’unanimité des délégués présents avait décidé que y la requête viendrait aujourd’hui, — et que l’unanimité Ah Ë _ des délégués présents avait décidé que la’ requête vien- ft ex : drait au commencement de la séance d’aujourd’hui. En efet les guesdistes voyaient dans la querelle sémitique 4 Ke une bonne occasion d’embêter Jaurès. Les blanquistes RS ARTE faisaient la même chose que les guesdistes. Les allema- ete nistés étaient heureux d’affirmer tout ce que leur dreypis _ fusisme avait eu de profondément révolutionnaire. Les me ‘5 7h _broussistes n’étaient pas fâchés de prononcer ce que re leur dreyfusisme avait eu de fructueusement républicain. H’Le tiers des indépendants, radicaux assez peu socialis DRE K tes, avant tout ne voulaient pas déplaire aux guesdistes, FE G

douzième et dernier cahier de la première série puisqu’ils étaient leurs ennemis. Les indépendants révo- iE lutionnaires sympathisaient aux allemanistes. Sur tout on avait un commun désir d’en venir aux mains une Jaurès parla longtemps. Jamais il ne fut plus beau. I ÿ se donnait tout entier, comme s’il eût parlé devant les quinze mille hommes d’une immense assemblée révolutionnaire. Évidemment il ignorait l’assistance. Il parla \u70 deux heures, de cette voix qui sort de tout son être et qui prend tout l’être en commençant par le ventre. Ke Nourri de tout le vin de la générosité humaine, il parla Save deux heures, et de loin en loin et peu à peu de plus en f plus pressé le rythme de son oraison reconduisait la ; Le gravité de ce refrain : les Juifs sont des hommes comme . nous. L’orateur haletant touchait au seuil de sa pérorai- k w. son quand le citoyen Ebers, animé d’une négligence : à mauvaise, laissa tomber, de cette voix grinçante et graisseuse de Montmartre que vous ne connaissez pas, 4 vous qui n’avez pas eu le bonheur d’assister au pre mier Congrès général des Organisations socialistes f françaises, le citoyen Ebers laissa tomber au seuil de ladmirable péroraison ces paroles non ailées : Allons, ‘4 pas d’effet de tribune. Ces paroles incroyablement envieuses tombèrent sur En. lorateur comme un seau d’eau froide. Il eut cette suffo- : 1° cation de la douche froide ; son masque fut empreint d’une “4 incroyable tristesse; — et dans son âme il pensait que . Si ce jour encore il aurait donc à faire plaisir à ce citoyen Ebers. Nivet souriait de ce sourire doux que nous lui ù avons connu. Le citoyen Lucien Roland était heureux. à “si Le citoyen Jaurès était déjà moins malheureux de penser que le citoyen Ebers avait rendu heureux plu- ; à

4 - sieurs citoyens. D’une voix plus grave encore, et, en un

se sens, plus redoutable, il recommença la parole et la res-

fe piration : Comment, citoyens, disait-il, comment, au

“à moment même où dans ce Comité nous donnons tous nos soins à bien traiter les questions capitales qui nous

Le sont proposées, comment peut-il y avoir parmi nous des

“ citoyens qui se soient imaginé témérairement que nous

‘ étions préoccupés de la forme que revêtaient nos idées.

Nr — Il continua ainsi, mais négligea de donner sa pre-

Er mière péroraison. Il sentait, et on sentait que cela était

pe Après le citoyen Jaurès le citoyen François Desmarais ,

à demanda la parole. Ce jeune citoyen, né en Beauce et e

nommé dans le civil James Hendaye, est un précieux

5 _ échantillon du guesdiste universitaire, beaucoup plus

nombreux qu’on ne le croit communément. Répétiteur

au lycée François premier, James Hendaye résolut de

si _ bonne heure de se donner un pseudonyme, ainsi que

“ce _ l’avaient déjà fait la plupart de ses camarades gues-

Le ._ | distes. Et ce faux-nom de François Desmarais lui sembla De … suffisamment caractéristique. L’ambition de ce François ,

Desmarais est de pouvoir parler en réunion publique

Fe. aussi bien que le citoyen Ebers. En un mot il voudrait bien réussir à faire des effets de tribune. Le malheur est Hu

qu’il est barré par une sauvage timidité naturelle. Alors

“4 il a eu l’idée ingénieuse de s’exercer dans les séances

du Comité général. Si favorable que soit le public des ‘1 . réunions, il vient toujours un moment où le bafouillage

lui devient physiquement irsupportable. Au Comité Ba: général on peut bafouiller. Ou plutôt un guesdiste y

peut bafouiller. Car jamais un antiguesdiste n’aurait Me

KES _ l’audace de lui dire ce qu’il en pense.

douzième et dernier cahier de la première série De. Le citoyen François Desmarais demanda la parole après le citoyen Jaurès. Pendant trois bons quarts d’heure il prononça sur la lutte de classe un discours ÿ qu’il ne savait pas mal, non pas que ce discours touchât àla requête que l’on avait présentée, mais parce que tel était le discours électoral qu’il avait conçu l’espé- d rance de prononcer la semaine suivante à Nogent-le- ë Rotrou, circonscription où il parlerait en public pour la première fois de sa vie, et où, comme il disait dans les Un moments d’abandon, il chauffait le siège du député radical. On escomptait vaguement dans le pays que certains éléments cléricaux donneraient le coup d’épaule AA N indispensable. Desmarais savait même un passage de discours où l’on déclarait que l’anticléricalisme est une “V1 invention purement bourgeoise, imaginée à seule fin de détourner les travailleurs de la considération de leurs véritables ennemis. Toutefois il ne jugea pas opportun de servir ce passage au Comité général. Tout le reste y fut. A la fin le jeune orateur éprouva le besoin de rattacher à la requête le discours électoral ; $ »! qu’il avait récité. Il y réussit en invectivant familiè- e rement Jaurès, qui laissait complaisamment faire. C’est -4 un genre et un ton que se sont donnés récemment les x jeunes gens de l’Agglomération parisienne, adhérente au Parti Ouvrier Français, que de traiter Jaurès comme ÿ Er un petit garçon qui revient de l’école. RARE #3) À Allemane écœuré ne disait rien. Albert Richard son geait romantiquement aux moyens de réaliser l’union Après le citoyen François Desmarais, plusieurs délés 4: si gués parlèrent sur /a lutte de classe. Minuit était passé, _ M la fatigue allait commencer quand le citoyer Édouard si 5”

Mes Vaillant demanda la parole. On se tut, car il était, lui, VE r le maître d’école, et tout le monderespectait sa sérieuse a austérité d’instituteur patient impatienté. IL commença Ÿ “64 en plein, traita presque le sujet, et pendant plus d’une Atye heure comme un robinet d’eau tiède inépuisable il parka balbutiant un peu et hâtif. Il affirma rapidement ‘40 que nous devons donner tous nos efforts à la lutte de la ‘en classe ouvrière contre la classe capitaliste et répéta soixante-sept fois cette expression au cours de son ie Vers une heure et demie du matin, heure où les hon- Je, nêtes gens de nos provinces dorment déjà depuis cinq ‘ La ne à longues heures, on sentit comme un assoupissement ; fe général compliqué d’énervement, d’impatience et de ‘28 En capitulation. C’était l’heure où tous les soirs de Comité ie Jaurès, un peu fatigué d’avoir tant donné son âmeet son me 4 | corps à l’action révolutionnaire depuis plus de dix ans, #3 —_ particulièrement épuisé des deux formidables efforts de +4 _ des grèves de Carmaux et de l’affaire Dreyfus, enfin ; dans cette séance — enfin c’est l’heure où Jaurès, i 2) envahi de fatigue et inondé d’un renforcement de la *OSERS endresse habituelle qu’il a pour ses ennemis, — c’est donc l’heure où Jaurès commence à renoncer aux pro- De Fe ÿ pi nonitene qu’il a formulées lui-même au commencement dé la séance. Au commencement de cette mémorable séance, qui seule nous intéresse, le citoyen Jaurès : SU avait pensé à présenter à l’approbation du Comité ES “e général cette motion: Considérant que déjà dans la barbarie bourgeoise le socialisme a charge de l’humanité ; UNS: douzième et dernier cahier de la première série Considérant que tous les Juifs sont des hommes en attendant que tous les Juifs soient des citoyens ; L le Comité général décide que nous devons nous oppo- \X ser de toutes nos forces à la barbarie antisémitique et en tout cas sauver autant que nous les pourrons sauver tous les Juifs menacés dans leur personne civile, poli- \ 04 tique ou morale et dans leur famille. fs Telle était la motion que le citoyen Jaurès devait si

d’abord présenter à l’approbation du Comité général. Mais pendant que Vaillant parlait, Jaurès eut limpression que l’interruption de Ebers avait lézardé samotion. Beaucoup de raisons d’ailleurs militaient, comme on dit, pour que Jaurès ne présentât pas la motion qu’il avait eu inconsidérément l’intention de présenter. La pe f première de ces raisons était que Jaurès n’ignorait pas que sa motion serait mise en minorité, parce qu’elle ‘4

venait de lui et que tout le bloc des guesdistes voterait contre avec le bloc des blanquistes et plusieurs mor ceaux des indépendants. Mieux valait donc éviter au Parti : ax Socialiste naissant la honte et le déshonneur de repous= 7

ser une simple motion d’humanité ; Jaurès fut heureux S 2%

de penser qu’il était si facile de lui éviter ce déshon- & 12 de neur en ne lui présentant pas cette motion. Outre que

lhumanité du Parti serait plus tard diminuée par cela ue. è seul que le Comité général aurait ainsi repoussé une. ë +4 simple motion d’humanité. Mieux valait donc ne pas ; RE

lui donner l’occasion de la repousser. Sans compter que lui Jaurès n’ignorait pas non plus qu’il était diminué û ‘4 de jour en jour parce qu’il était successivement mis en minorité sur toutes les questions. Et il éprouvait le besoin de rester moins diminué, pensant qu’il y aurait + A5

encore des jours où la Révolution Sociale aurait encore paie besoin de lui. La deuxième raison principale pour laquelle décidément il ne présenterait pas sa motion était que si l’on allait aux voix sur cette motion, le scrutin allait encore opposer les deux inévitables moitiés du parti. Dans combien de scrutins déjà, venus la même heure des séances, les deux inévitables moitiés ‘4 du Parti Socialiste, la moitié démagogique et la moitié ‘4 démocratique, ne s’étaient-elles pas affroniées comme deux blocs. Pénibles précédents. Évidemment la meilleure manière de fomenter l’unité attendue était d’éviter la régularité de ces votes fâcheux. Mieux valait donc capable de rallier l’unanimité des suffrages. On verrait plus tard à mieux guider le parti unifié. Mais il fallait ne réaliser d’abord l’unité du Parti.

P Ces deux raisons, les divisions et les subdivisions de ‘à ces raisons encombraient l’esprit de Jaurès, confusé- “ ment claires, mais d’autant plus redoutables dans la croissance de la fatigue. Justement le citoyen Vaillant manifestait l’intention de n’accabler pas ses adversaires, pourvu qu’ils se rendissent à discrétion. Tant F . de bonté fondit toute résistance. Vraiment Jaurès ne pouvait se montrer moins bon que le citoyen Vaillant. pe Le citoyen Vaillant inépuisable expliquait rapidement que le Parti n’avait à s’occuper que des gens qui étaient du Parti, et que tout le reste est contraire à la lutte de la classe ouvrière contre la classe capiDe taliste.

Or il faut que je te dise qu’il y a deux Juifs qui font partie du Comité général et que tous les deux assisfe. taient à la séance. L’un est un brave garçon, nullement

douzième et dernier cahier de la première série antisémite, qui ne veut rien savoir. Il se nomme Jacob “4

Isaac. Il a un certain talent littéraire. Un peu avant le 1420

commencement de l’affaire Dreyfus il avait donné aux imprimeurs la copie d’un volume, le bien connu premier * à volume de vers. Il avait préféré signer d’un pseudonyme, Fs ne et les imprimeurs avaient déjà composé le nom quil A ‘4

avait choisi: Jacques Delespinière,— sans doute en sou- X 180)

venir de Spinosa qu’il aimait beaucoup — pour le titre et pour la première page de la couverture. Survint l’affaire Dreyfus, à peu près dans le même temps ‘qu’il recevait

les épreuves de la mise en pages. On commençait à re.

crier dans les rues Mort aux Juifs. Le jeune Isaac n’hé Ne

sita pas. Sans demander conseil à personne il rétablit Fi

._ sur son livre, au lieu du pseudonyme, son nom d’homme + ‘

et de citoyen: Jacob Isaac, en assez grosses lettres. IL nn y ajouta même son prénom de Simon, qu’il négligeait dans l’usage habituel. Fort différent du jeune Isaac, le second Juif du Comité se général était antisémite, comme le sont devenus les trois quarts de la haute bourgeoisie juive, la moitiéde la bourgeoisie moyenne, et le tiers de la petite bour- ASUS

geoisie. Au commencement de l’affaire Dreyfus il s’était Fi

précipité dans les rangs du Parti Ouvrier Français. Un IT Xe ) instinct profond lui avait enseigné de bonne heure que ds les persécutés doivent se concilier leurs ennemis, puis- RS “7 qu’ils n’ont rien à redouter de leurs amis. Sanstardeæ 2e. ï . pseudonyme, alléguant que tel était l’usage au Parti 13 A ne: pis Ouvrier Français. Il choisit innocemment le nom de Roger Dumanoir. Il vaut toujours mieux avoir un nom Fe x Sr - bien français. Et même il est toujours bon d’avoirum ms. nom qui commence par un dx ou par un des. Sachons Fan

‘à prévoir les malheurs de si loin. Par le malheur des ü temps il peut toujours advenir que l’on soit forcé de couper sa signature en deux et de s’intituler Roger du Manoir. Le citoyen Dumanoir avait fini par oublier totalement son nom véritable et ses camarades l’avaient . oublié avec lui. Le citoyen Vaillant s’arrêta comme il avait comx mencé, en plein, et sans aucune raison. Il eut seule- ment soin que la dernière phrase finit sur a lutte de la classe ouvrière contre la classe capitaliste. s Aussitôt qu’il eut fini le citoyen Jacob Isaac dit froiDe dement à ; — Je m’en tiens à la conclusion indiquée par le discours du citoyen Jaurès. Le citoyen Jaurès fut désolé que quelqu’un s’en fût tenu au discours qu’il avait prononcé lui-même au comus mencement de la séance. Heureusement que le citoyen frs Roger Dumanoir vint à son aide. Le citoyen Roger Dumanoir s’éleva vivement et un peu vulgairement contre la manie:que l’on avait à présent de vouloir tou5e jours sauver tout le monde et son père. Ici Nivet sourit doucement, parce qu’il paraît que c’était une méchan- “É ceté très spirituelle et d’un usage fréquent contre le f citoyen Jacob Isaac, dont le père est connu pour n’avoir pas précisément des opinions socialistes. x Même qu’il vient de déshériter son fils avec un certain ta éclat. Jaurès respirait, quand survint l’accident inattendu. ‘#4 Le citoyen Charles Longuet, qui depuis deux heures on bougonnait et ronchonnait dans son coin, le vieux i à Longuet demanda la parole. Heureux les citoyens que X 4 leurs concitoyens nomment amicalement le vieux

douzième et dernier cahier de la première série — Longuet, le vieux Fabérot (1). Heureux les vieux queles jeunes appellent familièrement le père Fabérot et le père Longuet. On avait commencé à dire aussi le père : LE Vaillant, quand il s’est brusquement arrangé pour qu’on ne le dît plus. Pe

Depuis au moins deux heures le vieux Longuet ne ‘à tenait plus en place. Il grommelait tout haut et se dis- VA putait avec ses voisins. C’est un homme qui n’aime pas beaucoup les escamotages. Et il se débattait contre un escamotage qu’il sentait venir. Il avait une indignation % comparable à celle que nous lui avons connue à la fin (4 du Congrès national, avant-dernière séance, quand il vit bien que l’on s’arrangerait d’un commun accord pour ne pas revenir sur l’affaire Dreyfus. Comme quel- RE E

qu’un qui veut en finir, le vieux Longuet demanda la pu

— Je dépose la motion suivante, vous savez bien

avait oublié de rédiger sa motion sur un morceau À cu

de papier. Il fut forcé de l’improviser en parlant. Aussi

fut-elle plus violente et plus incohérente qu’ilnevoulait:

Considérant que tous les citoyens qui ne marchent pas délibérément contre l’antisémitisme font le jeu de la r le Comité Général décide que nous devons marcher résolument contre l’antisémitisme. RÉUMEST ie À () Je laisse dans cette réponse la phrase comme elle était faite RS É au commencement des vacances. Nous aurons l’occasion de dire combien la concurrence électorale d’Allemane et de Fabérot nous pee semble révéler une inquiétante mentalité. MLD SA # x “,

ie Ce fut une stupeur. Cette motion n’était pas de celles qui sont prévues et faites exprès pour les scrutins. 150 Comment pourrait-on voter là-dessus? Cette motion innocente avait des substructions redoutables. On ne ne pouvait pas voter contre : on aurait ainsi donné d: supposer qu’il y avait dans le Comité général des gens qui n’étaient pas décidés à marcher résolument contre .. … l’antisémitisme et la réaction. Mais on ne pouvait pas Le voter pour, parce qu’on aurait eu l’air d’emboîter le pas au citoyen Longuet et parce que cette formule : tous les citoyens qui ne marchent pas délibérément contre l’antisémitisme s’appliquait visiblement aux signataires de l’ancien fameux manifeste. On ne pouvait pas voter blanc. Tout le monde était fort embarrassé de soi, de quand le citoyen Viviani, fort au courant des mœurs parlementaires, demanda la parole. Avant qu’il eût 1 » commencé, tout le monde fut soulagé. “h Le citoyen Viviani parla posément sans mécontenter Fa personne : Avant de nous prononcer, disait-il, sur la k. motion de honorable citoyen Longuet, l’usage demande que nous attendions pour voir s’il ne se produira pas “quelque proposition extrême. Le règlement des assem- $. blées délibérantes porte que l’on met d’abord aux voix les propositions les plus éloignées, les amendements les plus éloignés du texte proposé par la commission. Nous pouvons envoyer à la commission de contrôle, — car il D. … s’agit au fond d’un contrôle à exercer sur les antisé- mites, — ou à telle commission qu’il vous plaira la à 4 motion de l’honorable citoyen Longuet. Ou plutôt il FA , …. nous est permis de présumer que nous pouvons consi74 dérer la motion de l’honorable citoyen Longuet comme se D étant moins distinctive, moins éloignée du texte qui

douzième et dernier cahier de la première série - nous serait apporté par la commission, si elle était con- AS

sultée, que telle motion qui nous serait présentée. “à

La motion Dumanoir ne se fit pas attendre, car on : K

l’avait rédigée à plusieurs pendant que Viviani com-

— Je demande la parole, dit ce jeune citoyen au milieu

d’un brouhaha favorable. “g — J’ai l’honneur de soumettre au Comité général 4 à

cette motion pour laquelle je demande la priorité. : ie — Vous l’avez de droit, dit un peu inconsidérément È Yi

Dès lors l’exécution fut rapide. \ 1

— Je l’ai de droit, comme le fait si bien remarquer le citoyen Viviani, dit en souriant le citoyen Dumanoir,

puisque cette motion est pour ainsi dire extérieure à la proposition de l’honorable citoyen Longuet. — IL était

intelligent, avait une faculté prodigieuse d’assimilation, À D

aimait à parler bien, s’écoutait parler bien, et les gues- #4

distes l’écoutaient complaisamment, heureux d’avoir ‘à

un intellectuel pour embêter les intellectuels. ’ ‘14

Considérant que le premier devoir du Parti Socialiste unitairement constitué est d’assurer la victoire du

Prolétariat dans la lutte que la classe ouvrière soutient contre la classe capitaliste ; Fe 131” Regrettant que l’on ose proposer au Prolétariat des devoirs de luxe quand le peuple suffit à peine au come

mencement d’exécution de ses devoirs nécessaires; + 1

Constatant que les devoirs modestes et nécessaires doivent passer avant les devoirs de luxe, — et d’orgueil; ÿ ”.

  • Ce dernier mot fut placé avec un art scénique irréprochable. Pots

‘TE Fri Considérant enfin que le Comité g’énéral est institué non pour séduire le Prolétariat mais pour l’éclairer sur pat _ ses véritables intérêts ris _ Le Comité général décide qu’il sera donné aide et protection à tout Juif qui sera du Parti; —. c’est-à-dire qui, — c’est-à-dire qui — Maiïsil s’arrêta, pensant, non sans raison, qu’il en 57 _ avait assez lu pour commencer. En vain le citoyen Longuet, par un dernier effort, 5e demanda-t-il qu’on votât par division sur chacun des considérants et sur le dispositif. On lui refusa bruyam- “TER ment la division. Il oublia qu’elle était le droit. L’ensemble fut voté à mains levées. Le seul citoyen Lon- guet leva la main à la contre-épreuve. “NES … — N’oublions pas, dit le citoyen Desmarais, que nous devons donner à la décision un sens restrictif, c’est_ à-direlimitatif. E 4 ï $ Le citoyen Dumanoir avait déjà rédigé la phrase. Il “Va 4 reprit pour s’appuyer à à _ Décide qw’il sera donné aide et protection à tout Juif _. quisera du Parti; 2:80 Une rumeur favorable courut. A. Mais que le Parti sera forcé de négliger les Juifs qui vf . ne sont pas du Parti. ‘ Tee Une seconde rumeur favorable courut. La phrase fut douzième et dernier cahier de la première série — N’oublions pas, dit le citoyen Desmarais, que nous devons bien expliquer qui est du Parti, pour qu’il n’y en ait pas qui s’y glissent. — Nous n’avons, répondit le citoyen Dumanoir, qu’à nous en tenir à la formule qui nous a si bien réussi aux ‘ récentes élections municipales, après avoir servi de base à la convocation du congrès de Paris. A cette fin nous n’avons qu’à insérer, après la phrase : ‘4 décide qu’il sera donné aide et protection à tout Juif à qui sera du Parti ; sl cette explication : ne c’est-à-dire qui fera une adhésion explicite au programme commun à toutes les fractions du Parti Socia- 7 Na liste : ni Entente et action internationales des travailleurs: organisation politique et économique du prolétariat pour ‘4 la conquête du pouvoir et la socialisation des moyens de production et d’échange, c’est-à-dire la transformation de la société capitaliste en une société collectiviste où — Je propose, dit le citoyen Nivet, que le Comité gé- néral remplace les mots fera une adhésion explicite par les mots aura fait une adhésion explicite. Il ne s’agit pas que les Juifs ne donnent leur adhésion qu’au moment même où ils seront en danger. w — I1me semble que cette observation est fort judi- ‘4 cieuse, dit le citoyen Dumanoir.

SO _ — Mais comment saurons-nous, dit le citoyen IsamEn … bert, comment saurons-nous que tel ou tel Juif aura fait ou n’aura pas fait l’adhésion explicite ? Et comput . ment distinguerons-nous l’explicite et l’implicite ? —Ilme paraît indispensable que chaque Juif signe une attestation ainsi conçue Se Je, soussigné,.… Jules Simon Weill,….. né à Paris le à . du Temple, déclare que je fais une adhésion explicite e +. au programme commun à toutes les fractions du Parti 480 _ Entente et action internationales des travailleurs; “el - ici le citoyen Dumanoir eut l’élégance, la suprême élégance de réciter à haute et intelligible voix sans Œe Re consulter son texte, comme l’écolier qui sait admirable- ment sa leçon: n_ etéconomique du prolétariat pour la conquéte du “…_ pouvoiret la socialisation des moyens de production et d’échange, c’est-à-dire la transformation de la société ne É _ capitaliste en une société collectiviste ou communiste. si Re . En foi de quoi j’ai signé le présent procès-verbal. D — Je demande, répéta le citoyen Nivet, je demande -_ quel’on mette la date sur ces attestations et qu’il soit bien entendu qu’elles ne seront valables que six mois , ie après que le bénéficiaire les aura signées. Il y aurait

dousième et dernier cahier . de la première série “ — Parfaitement, répondit le citoyen Dumanoir. Fait à Paris, le 35 juillet 1900, valable à partir du 35 janvier 1901. C’est facile et nous éviterons les surprises. La délibération commune était devenue un dialogue accommodant de plusieurs citoyens. ÿ. — Ilne me semble pas, recommencça le citoyen Desma- Ÿ rais, que ceite attestation puisse avoir quelque valeur si elle d’esi pas contresignée par quelqu’un qui nous — Parfaitement, répondit le citoyen Dumanoir. Nous aurons ou plutôt nous exigerons que deux signatures, que les signatures de deux socialistes notoires et notables nous garantissent la signature du bénéfi- j — Il ne me semble pas, recommença le citoyen Desmarais, que cette attestation puisse avoir la valeur que nous lui accordons si elle n’est pas officielle, 4 — Parfaitement, répondit le citoyen Dumanoir, par- nt Le faitement. Nous exigerons que cette attestation porte “4 la signature d’un membre du Comité général. s’ — Si cette attestation nous est garantie par la signa- ture d’un membre du Comité général, nous avons le ie droit et le devoir d’exiger qu’elle soit plus explicite et =. que l’autorité de ce Comité général y soit formellement — Parfaitement. Après les mots : collectiviste ou (4 communiste, nous ajoutons cette phrase : Autorité sou- veraine incontestée du Comité général institué par les Congrès, avec pouvoir d’appel au prochain Congrès tous les ans pendant plusieurs jours. Ki — ll me semble, dit Desmarais, que nous pouvons supprimer cet appel. Jamais les congrès nationaux n’au- é Ne LACS A JA ñ . o GR ; , « vont le temps d’examiner les cas individuels. C’est a &e peine s’ils peuvent effleurer les questions générales. . —Nous sommes l”émanation du Congrès. Nousn’avons pas à diminuer son autorité souveraine. S’il n’a pas le 1H) e temps de juger les cas individuels, ce sera de sa faute. Ru: Nous devons accepter qu’on les lui soumette en deuxième instance. Et puis, s’il n’a pasle temps, il nous commandera de prononcer en cassation sur les demandes que nous aurons examinées en premier. RU — Le Congrès règne trois jours et nous régnons …._ douze mois, dit étourdiment le citoyen Lafargue. _. — Alors, dit Desmarais, je demande que l’appel soit “ suspensif, c’est-à-dire que pendant tout le temps de Ru ÿ Vinstance le Juif bénéficiaire n’ait pas le bout de k 5 A — Il serait préférable que cette attestation fût scellée si dun sceau officiel. Mais nous n’avons aucun sceau off- … — C’est vrai, dirent les assistants, effarés à la pensée soudaine qu’ils n’avaient aucun sceau officiel. En _— Parfaitement, dit Dumanoir. Nous mettons à l’ordre

  • du jour de la prochaine séance la fabrication et le choix d’un sceau officiel. — Mais comment pourrons-nous éviter les attesta74 L | tions fausses, dit le citoyen Bracqueur. Ce dernier avait net une peur épouvantable des faux depuis qu’il avait i éprouvé que tous les faux de l’État Major n’avait servi « ! qu’à étayer les Preuves de Jaurès.
  • — Un des meilleurs moyens d’éviter les faux, dit Du-

Lu manoir, est encore d’imaginer un sceau d’une imita- | APE ‘74 tion difficile, un cachet d’une empreinte compliquée, . : un symbole inextricable, un papier d’une pâte inconnue, Lu Res d’un grain nouveau, d’un aspect mystérieux, etnous 4708 ferons filigraner dans ce papier le sceau du Comité BÉRE 150 néral du Parti socialiste francais. Nous exigerons que ï TE 18 les attestations soient données sur ce papier. —Pas d’opposition ? C’est entendu. AO EE — Attendez, dit le citoyen Dumanoir. Il ne suffit pas et ui d’avoir décidé. Il faut nommer. Comment nommerons- ti nous dans nos procès-verbaux les citoyens qui auront HA Ja obtenu l’attestation ? ina a 45 — Nous les avons nommés les citoyens bénéficiaires, Pr dit froidement le citoyen Jacob Isaac. LS ER per k j — Bien. Les deux citoyens qui nous garantiront Ne signature du citoyen bénéficiaire ? M ÿ Hs — Les citoyens témoins, bien. Le citoyen membre du pe sh # Comité général… n’ATR “a du. — Nous pouvons encore les nommer les citoyens par- Aa rains, dit froidement le citoyen Jacob Isaac. Ho Han Qt f Il faut que je te dise que le citoyen Jacob Isaac avait ji Qu conçu l’ingénieux dessein d’emmener, comme on dit, lei: ï 6 :M citoyen Dumanoir. Et le citoyen Dumanoir, ner ; Du réussite, écoutant sa propre parole, hâté de la hâte en- BA 4 Ki Pol — Les citoyens parrains, bien. Le citoyen membre du Fe te — Quand il y aura une citoyenne, recommençafroi- 4 FAX dement le citoyen Jacob Isaac, nous aurons le citoyen

à — La citoyenne marraine. Entendu. Le citoyen mem- bre du Comité général… — Il vaut mieux que ce soit toujours le même membre du Comité général qui soit préposé à la signature des , — Bien entendu. Comment nommerons-nous le ci- toyen membre du Comité général qui sera préposé là signature des attestations. à — Nous le nommons évidemment le citoyen garde des sceaux, dit Jacob Isaac. , — Le citoyen garde des sceaux, bien. Comment nomFe mons-nous l’acte lui-même, la pièce elle-même ? Enfin le bout de papier, le billet ? t Isaac laissa dire. Fi — Altestations de profession de foi, proposa Bracqueur, dont la langue s’embarrassait un peu. ÿ — Non, dit rapidement Dumanoir. Il y a trop de mots à en {ion là-dedans. Et le mot de foi est un mot catholi- ÿ que, un mot clérical. Nous ne pouvons pas. Il faut aussi remplacer attestation, qui est lourd. à — Attestation de profession de foi socialiste, hasarda Te — Cela ne fait que souligner la relation cléricale. Nous avons besoin d’un seul mot qui remplace profession de foi. St — Confession, dit posément le citoyen Jacob Isaac. Nous nommons l’acte un billet de confession. « 1 Dumanoir soudain pâlit de colère. Il venait de s’aperA cevoir que tous les mots adoptés à l’instigation de Ne g’arde des sceaux étaient des mots éminement bour-

douzième et dernier cahier de la première série fé geois et cléricaux. Profondément humilié d’avoir mar- re ché, il dit vivement, balbutiant un peu : ke — Nous renvoyons à une séance ultérieure le choix +05 définitif de tous ces vocables. On partait. Le citoyen Grados, qui ne suivait plus la k discussion, entendit qu’un de nos camarades du Parti Ouvrier Français avait parlé de renvoyer à une séance ‘à ultérieure. Machinalement il déclarait que la séance était levée, quand le citoyen Loyal, ancien huissier, qui: 4, se reposait au Comité d’avoir expulsé beaucoup de Fi locataires, sans compter plusieurs propriétaires, dont un certain M. Orgon, demanda la permission de dire Re quelques mots. Le citoyen président y consentit. < à

ÿ Au moment que le citoyen Loyal commençait à parler, 3 ‘à plusieurs assistants, moins fatigués que leurs voisins, à fs s’aperçurent que le citoyen Isaac leur avait jouéunmau … 53 vais tour. Ils en furent très profondément vexés. Ilsfurent aussi très profondément vexés, et sincèrement surpris, ‘4 de ce que, pour désigner une action bourgeoise et clé- de: ricale, on avait été naturellement conduit à des expres- LV sions cléricales et bourgeoises. Le citoyen Loyal aimait les affaires bien faites. Puisque nous passons un contrat avec les Juifs, dit-il, nm “à

nous devons envisager certaines éventualités. Les dis positions que vous avez arrêtées me semblent sages, F0

mais incomplètes. Vous avez négligé de fixer la durée Fe de la validité de ce billet. Vous penserez avec moi qu’un an suffira, c’est-à-dire que les bénéficiaires auront … : 68)

à le renouveler tous les ans. Vous avez négligé de régler la question des duplicata. Vous penserez avec. t) moi que nous ne pouvons accorder la double expédi- à j tion. Ce serait encourager les fraudes. Surtout que Ron ; h

ne . les Juifs ont le même nom. Tant pis pour ceux qui auront perdu le billet : vous demeurez, par exemple, à nu. Castelréactionnaire. Un Juif se présente à vous et vous À demande aide et protection. — Avez-vous le billet? — ‘4 “ Oui. — Montrez-le moi. — Je l’ai perdu au buffet de Se Mauléon dans mon dernier voyage à Bayonne. Ou bien: Jelai perdu à l’hôtel de Notre-Dame du Bon-Secours ‘4 . dans mon dernier voyage à Perpignan. — C’est fort bien. Je ne vous connais pas. Mais faites une br. | demande en règle et dans six mois vous repasserez. % 3 Enfin vous avez négligé de prévoir le cas de force a majeure : Un Juif est poursuivi à Versailles par une nue foule furieuse. Il est inadmissible qu’un brave citoyen, qu’un honorable militant, précieux au Parti, et dont la (Se 7h perte serait irréparable, risque de se faire casser les reins pour subvenir à ce Juif. Ainsi vous penserez avec à , - moi que dans la motion que nous avons votée, après la Yi Autorité souveraine incontesiée du Comité général institué par les Congrès, avec pouvoir d’appel au proFA chain Congrès tous les ans pendant plusieurs jours; ré nous devons ajouter 14 |) sous réserve que l’intervention exercée en faveur du bénéficiaire sera conforme aux intérêts du Parti DE — Je vous laisse, messieurs, je vous laisse. Mais vous Di | avez négligé de considérer que la fabrication de ces ñ … billets nous reviendrait un bon prix et que nous avons ._ des finances très obérées. Le citoyen trésorier ne me douzième et dernier cahier de la première série démentira pas. La souscription que nous avons ouverte en faveur de l’organisation du Congrès international ne marche pas. Le peuple est capricieux. Les ouvriers, qui ont donné plus de deux cent mille francs de leur pain aux mineurs et aux verriers de Carmaux, ne nous donnent rien pour nos cérémonies indispensables. Nous n’aurons pas un billet de cinq cents francs. Nous avons besoin d’argent. Nous ne pouvons pas donner à ces Juifs ce qui nous aura coûté à fabriquer. Il faut que je te dise ici que ce M. Loyal, connu comme antisémite, avait reçu et recevait quelque } argent des grands Juifs, ce qui l’encourageait à leuren . — Nous ne pouvons pas donner à ces Juifs ce qui nous aura coûté à fabriquer. Nous sommes des commer- çants comme eux. Ils doivent nous payer au moins le prix de revient, où je compte les frais généraux. Ils doivent enfin nous payer l’efficacité de la protection que nous leur accordons. Messieurs, continua-t-il, entraîné par une vieille habitude, messieurs, il faut une s feuille de soixante centimes. fe j Ainsi fut institué le papier timbré socialiste. nee Ÿ . Ce cahier a été composé par des ouvriers syndiqués en non s donnant les noms et adresses des personnes ‘qui nous-servirions utilement des abonnements éventuels où « es abonnements gratuits en nous envoyant des documents et renseignements. Nous prions ceux de nos abonnés qui nous envoient des noms et adresses de vouloir bien prévenir L_ eux-mêmes les personnes à qui, sur leur indication, nous envoyons les cahiers. Rien ne vaut la propagande Nous prions ceux de nos abonnés qui nous en- k voient des documents et des renseignements de vouloir bien écrire très lisiblement et d’un seul côté de la page. Quand leurs études sont d’ensemble et un peu longues, les rédiger. Mais toutes les fois qu’ils nous en voi ent des renseignements pour ainsi dire instantanés, Î _ mieux : vaut nous écrire privément et laisser au citoyen RO 4 eur le soin d’exercer son métier. . La rédaction et l’administration des cahiers sont trans_ Jérés 1 6, rue de la Sorbonne, au second. M: André Bourgeois. administrateur des cahiers, e | recevra pour l’administration tous les jours de la mar le dimanche excepté, — le matin de dix Fa M. Charles Péguy, gérant des cahiers, recevra pour ÿ la rédaction ( Eine le jeudi soir de deux heures à sept heures et de Le vendredi matin de huit heures à onze heures. Adres: er à M. André Bourgeois, administrateur des Lee ë cal iers, 16, rue de la Sorbonne, Paris, la corr’espon- da fée d’administration : abonnements et réabonnements, rectifications et changements d’adresse, cahiers manquants, mandats, indication de nouveaux abonnés. Adresser à M. Charles Péguy, gérant des cahiers, rédaction et d’institution. Toute correspondance d’administration adressée à M. Péguy pourrait entrainer pour la réponse un retard considérable. s

Nous prions instamment ceux de nos abonnés qui demeurent à Paris de vouloir bien venir nous voir, quand ils ont affaire à nous. La correspondance écrite. est beaus coup plus onéreuse, moins commode et moins exatle que l’entretien le plus bref.

Nos collections de la première série sont à peu près épuisées. Il ne nous en reste guère que dix ou douze exemplaires complets. Nous les vendons au prix d’un abonnement. Nous prions ceux de nos anciens &bonnés qui n’ont pas tous les cahiers de la première série de vouloir bien nous demander sans aucun. retard. les cahiers qui leur manquent.

Nos anciens abonnés n’ont pas oublié que la WE” mière » de Jérôme et Jean Tharaud fut publiée dans les sephième, huitième et neuvième cahiers de la première série. Nous en avons fait pendant les vacances un très beau tirage à part en un volume. Ce tirage à part n’est pas mis dans le commerce. Nous le tenons à la disposition de nos abonnés pour un franc. Nous tenons gratuitement à la disposition de nos abon nés la « Jeanne d’Arc » de Marcel et Pierre Baudouin. Ajouter un franc pour les frais d’envoi. Nous devons faire cet envoi à plusieurs de nos anciens abonnés. Nous le ferons aussitôt que notre nouvelle administration aura installé nos nouveaux envois. Nous prions nos souscripteurs et nos abonnés de pouss loir bien nous envoyer des mandats de poste plutôt que j des bons : le mandat est une pièce d’administration plus”

Nous avons donné le bon à tirer après correctionderce douzième cahier le vendredi 16 novembre. 4 à

AP Cahiers de la quinzaine