Congrès socialiste international Paris 1900
Congrès socialiste international Paris 1900
- M. l’abbé Olivier, l’impression que l’éminent curé- archiprêtre pouvait bien ne pas être l’aigle qu’on avait Pour comble d’impertinence, deux mois durant, la polémique une fois finie, le Sans-Patrie dédia tous ses Se articles à M. l’abbé Olivier et il les faisait précéder BR” d’épigraphes empruntées au sermon authentique du curé de Sens. Voici un spécimen de ces plaisanteries A M. l’abbé Olivier, curé-archiprêtre de la Métropole vit et combat au service de sa patrie est un être sacré : il ne fait s i pas seulement métier de soldat, il Cr fait métier de christ, de sauveur et, PHASE s’il vient à mourir, ce n’est pas une re victime simplement, c’est un mar- RCE. ‘ tyr, car il a combattu pour les à foyers et les autels. Enfin, depuis, il ne se passe guère de semaine sans de que dans le corps du journal on voit à tout propos ve apparaître et comparaître celui que la feuille socialiste appelle avec une politesse obséquieuse notre ancien collaborateur, l’éminent et distingué curé-archiprétre de Sens, M. l’abbé Olivier. . Chacun sait que les prêtres et les cléricaux catho liques ont d’ordinaire des trésors d’humilité, de résignation et de charité chrétienne qui leur permettent d’en- al
durer les avanies avec une parfaite sérénité : M. l’abbé À Olivier et ses ouailles, par une anomalie diflicile expliquer, sont au contraire irascibles et vindicatifs
quinzième cahier ‘de la deuxième sé ‘à leur cœur déborde, non de mansuétude pour leurs k. à ennemis, mais de fiel. Au cours de sa polémique avec le Sans-Patrie, le “4 Dar curé-archiprêtre avait déjà trouvé moyen de dénoncer M. Hervé comme étant le Sans-Patrie. La polémique finie, il lâcha toute sa meute sur celui qu’il soupçonnait - Par d’être son adversaire. à L’aumônier du Lycée s’en mêla : questionné un jourà son cours d’instruction religieuse par un jeune élève # qui avait entendu son professeur d’histoire exposer les idées de Renan sur Jésus, l’aumônier appela dans sa chambre le jeune questionneur et lui déclara à brûle-. à pourpoint que Renan et M. Hervé étaient deux canailles et deux imbéciles. Puis ce fut le tour de l’abbé Talva, directeur du “à pensionnat Saint-Edme, qui envoie ses élèves comme externes au lycée : M. l’abbé vint se plaindre au proviseur que le professeur d’histoire avait tenu dans son cours du Moyen-Age, au sujet de la messe, des propos hérétiques: vérification faite, le professeur d’histoire avait présenté la messe dela façon la plus orthodoxe, telle que l’Église la présente elle-même dans ses cathé= chismes. L’abbé Talva connaissait les sacrés canons peu près comme l’abbé Olivier le sermon sur la
- Les feuilles de sacristie donnèrent à leur tour : Pu ne ù d’elles alla mênie jusqu’à conseiller aux élèves de chahuter leur professeur. Ils ne bougèrent pas. Re . Enfin deux pères de famille, chefs du parti clérical et” antisémitique de Sens, vinrent et remirent au proyis eur du lycée une lettre qu’ils le prièrent de transmettre k M. Hervé; ces messieurs sommaient M. Hervé de
répondre s’il était le Sans-Patrie. M. Hervé répondit au proviseur, puis à ces messieurs, que l’enseignement du professeur n’étant nullement critiqué, le professeur … n’avait aucune réponse à leur faire; mais que le citoyen se ferait un plaisir de les recevoir à son domicile parti- . Culier, où il leur donnerait les explications qu’il jugerait Quant à l’autorité universitaire, elle n’avait pas attendu si longtemps pour se mettre en branle : Le proviseur de Sens et le recteur de Dijon passent pour des cléricaux et des conservateurs; en outre, en bons - fonctionnaires qu’ils sont, ils détestent les histoires, “ d’où qu’elles viennent, et M. Hervé leur en attirait de - Ils n’ignoraient point que le professeur d’histoire ne faisait pas de politique en classe; qu’il avait conservé sur tous ses élèves, au milieu de tous ces incidents, une “de grande autorité morale; mais les cléricaux criaient au scandale. Les fonctionnaires de l’Université sont de F£ bons marchands de soupe qui ont à ménager surtout la clientèle riche et cléricale. Des républicains, ils se soucient fort peu, sachant bien qu’ils ne retireront pas leurs enfants des lycées pour les mettre dans les jésuitières. Il n’y a pas de concurrence à gauche; iln’y en a qu’à droite; c’est donc à la clientèle cléricale qu’un bon marchand de soupe doit avant tout s’efforcer de plaire. Donc, le proviseur, au nom du recteur, invita M. Hervé à répondre s’il était oui ou non le Sans-Patrie qui polé- miquait d’une façon si intempestive avec le curé- ù archiprêtre. M. Hervé répondit, en termes polis, mais catégoriques, qu’il dépendait incontestablement de
quinzième cahier de la deuxième série
l’autorité universitaire pour tout ce qu’il pouvait dire et faire pendant son service ; mais qu’en dehors de ses fonctions, il avait la prétention de ne relever que de sa
conscience et des tribunaux ordinaires: en consé- - À
quence, il ne reconnaissait pas à ses chefs le droit de
s’occuper de sa vie politique hors du lycée. L’autorité universitaire, pour cette fois, se contenta de cette réponse. Elle songea sans doute que le département de l’Yonne est le plus anticlérical de France; que ce. serait un scandale de frapper un professeur au moment même où il avait contre lui tous les cléricaux
et uniquement les cléricaux de la région; il ne fallait pas, par peur d’une histoire avec les cléricaux, s’en attirer une autre plus grave avec les anticléricaux. L’affaire en resta là, on attendit une meilleure occa- b:.
L’affaire du Pioupiou de l’Yonne L’occasion s’offrit bientôt et on ne la laissa pas échapper cette fois. Les groupes de jeunesse socialiste de l’Yonne avaient décidé de publier, avec le concours des socialistes du ne
département, une feuille annuelle, le Pioupiou, qu’on enverrait gratuitement à tous les conscrits du départe- 1° à d ment à l’époque du tirage au sort. On recueillit trois quatre cents francs, au moyen d’une souscription ou- ‘23 verte dans le Travailleur, et au bon moment, le Piou-
piou fut prêt; 4.000 exemplaires en furent distribués, je. Jamais feuille antimilitariste ne fut mieux adaptée. 4 7
aubut: le Pioupiou s’adressait surtout à de jeunes paysans, souvent peu instruits; aussi pas de grandes Si phrases, rien d’abstrait, des récits clairs et vivants, des dialogues familiers, un vrai chef-d’œuvre de pédagogie, Le comme s’il était rédigé, horreur ! exclusivement par des membres de l’enseignement, habitués à parler aux Se à enfants et aux jeunes gens. Il y avait-même quelques gravures parlant aux yeux; à rien n’y manquait, pas même des vers : SE be: Je poussais gaiment la charrue ; ER “tes Sous le soleil cuisant : ee Ou les bises bourrues, #S E Et j’étais bien heureux, là-bas ! ne À Mais à présent, je suis soldat, MS) #4 J’ai le beau pantalon garance, FES É Le képi de drap rouge aussi pue Et mon fusil. Fusil que je caresse, - Sr E Que je fourbis avec tendresse, EE Re Jamais, bons et compatissants, : Nous ne ferons couler le sang : Si tu lances des balles pe Elles seront, mon bon ami, , LEE Je sais pour qui !
Nous ne ferons couler le sang Si tu lances des balles Elles seront, mon bon ami, Je sais pour qui! ‘ Aimez-vous mieux ces dix commandements du soldat? Le grand dieu Sabre adoreras, plat ventre très humblement. Tous les grands chefs vénéreras, Et s’ras, pour eux, plein d’dévouement. L’dimanche à la messe assist’ras, Si tu désir’s de l’avanc’ment. Tes père et mère assassin’ras, S’ils sont en grève, joyeusement. Leurs goss’s, leurs femm’s, tout l’tremblement. D’saint Flamidien les mœurs prendras, Et les pratiqu’ras galamment.. L’fourbi des autr’s respecteras, Quand tu n’pourras fair’ autrement. L’œuvre de chair accompliras, . Au claqu’dent, très régulièr’ ment. fair’ des faux t’exerceras, Si tu vis’s aux hauts command’ments. k Tes trois ans faits, le camp fout’ras Chez toi regretter l’régiment. Le Sans-Patrie du Travailleur y était allé naturelle- ment de son article, ou plutôt le gérant du Pioupiou
quinzième cahier de la deuxième série avait reproduit un de ses articles parus récemment dans le. le Travailleur et qu’il trouva sans doute assez édifiant - pour être mis sous les yeux des conscrits. L’article était écrit d’ailleurs en leur intention, comme l’indique son: — Petit conscrit, enfant du peuple, pourquoi vas-tu la caserne ? — Par peur des gendarmes qui m’enverraient à Biribi en cas de refus de service. ; RE — Petit conscrit, enfant du peuple, pourquoi fuis-tu — Parce qu’il me répugne de me laisser affubler d’un costume de bouffon ; parce que je n’ai aucun goût pour faire le pantin dans les rues et sur les places ; parce que je crains de ne pouvoir supporter sans broncher et sans riposter les rebuffades d’un gradé mal embouché; « parce que j’ai autre chose à faire de plus utile que de servir de larbin, de groom, de cocher, de palefrenier, de cuisinier, de déménageur ou de bonne d’enfant à mes officiers et à leurs femmes ; parce qu’il me déplaît d’èts e #1 4 le dindon qui fait trois ans, tandis que les fils des riches, E. qui ont eu les moyens d’user leurs fonds de culotte jusqu’à vingt-six ans sur les bancs des écoles, ne fo nt. qu’un an; parce que.je sais qu’à nos portes, en Suisse, par une organisation intelligente, économique et démocra- tique, on a réussi à organiser une solide armée de sO dats citoyens, en ne demandant à tous que six à huit. semaines au plus de service militaire; parce que j’ai conscience qu’avec une pareille organisation nous se. rions impropres à toute guerre offensive — et de guer Ne”
x offensive, je n’en veux point — tout en restant redoutables encore s’il fallait, contre une agression injustifiée d’un despote voisin, défendre la République et nos Ës Re minces libertés, les seules choses que je sois décidé défendre jusqu’à la mort. Je haïs la caserne enfin, parce que si un jour je suis dans la douloureuse nécessité de me servir d’un fusil, je veux que ce soit contre mes ennemis véritables ; car, par dessus tout, ce que je haïs, c’est de devenir une machine à tuer par ordre.
— Petit conscrit, enfant du peuple, que penseras-tu la caserne, quand tes officiers te diront que tu leur dois l’obéissance passive, qu’il te faut exécuter leurs ordres, tous leurs ordres, sans examen et sans discussion.
— Je laisserai dire, mais je penserai en moi-même ou bien tout haut devant les camarades qu’il y a des circonstances où je ne reconnais qu’un seul chef, un seul maître : ma conscience. FRE — Petit conscrit, enfant du peuple, que penserais-tu si un empanaché, mené par un Déroulède quelconque, voulait t’entrainer, toi et tes camarades, contre la. Chambre des députés, les ministères ou une préfecture pour renverser la République ?
— Je penserais que deux fois déjà l’armée a détruit la République; qu’elle a imposé une première fois au pays un soudard nommé Napoléon qui a mené la France Waterloo ; qu’une deuxième fois, au Deux Décembre,
elle a fusillé le peuple pour installer au pouvoir un second Napoléon qui lui aussi, a conduit le pays à la
ruine et à l’invasion ; je penserais que ces deux expé-
riences suflisent ; que le général qui voudrait débaucher
ses troupes pour tenter une troisième expérience se
à mettrait par là même hors la loi ; je penserais que mon
quinzième cahier _ de la deuxième série Ra: Fe devoir est de le coucher respectueusement en joue et E— de l’abattre comme un chien enragé. ne. — Petit conscrit, enfant du peuple, que feras-tu sites à chefs un jour te mènent, fusil chargé, contre les travail- Se: — Je supporterai avec patience les injures et les quelques pierres que les grévistes affamés pourront £- nous lancer à la tête et je dirai à mes camarades qu’en cas de commandement de faire feu le devoir des polirons est de tirer en l’air, celui des hommes de cœurde refuser de tirer sur leurs frères, les travailleurs en — Petit conscrit, enfant du peuple, que feras-tu sites chefs demandent des volontaires pour aller à Mada- É: gascar, au Tonkin, en Chine ou ailleurs défendre « nos. — Je tâcherai d’abord de ne pas leur éclater de rire au He. x nez quand ils viendront nous débiter leurs tirades pa triotiques, puis je dirai aux têtes brülées ou aux pauvres d’esprit qui seraient tentés de s’enrôler : il faut être stupide, quand soi-même on est un miséreux et un exploité, pour aller crever là-bas de fièvre ou de dysenterie afin de permettre à quelques galonnés de pêcher dans le sang galons et décorations, à quelque grosse maison de commerce de gagner des millions par l’exploitation des … 4 indigènes, à une poignée de missionnaires d’introduireà l’autre bout du monde des dogmes abêtissants et dan- Ë Re geréux. Je leur dirai que c’est le dernier des métiers que celui qui consiste à s’introduire, armés de fusils œ répétition et de canons à la mélinite, chez des peuples ai s mal armés et incapables de se défendre pour leur voler leur pays, que toutes ces expéditions, de quelque pré-
texte hypocrite qu’on essaye de les justifier, ne sont que des actes de brigandage indignes de peuples civilisés. — Petit conscrit, enfant du peuple, que feras-tu, si dans quelques mois, les affaires de Chine amenant un conflit entre les nations européennes, il est question de s te conduire à la boucherie, pour défendre notre glorieux allié, le Tsar de toutes les Russies? Que feras-tu si alors, dans la ville où tu tiendras garnison, tu vois des milliers de travailleurs, républicains et socialistes, parcourir les rues en criant: « A bas la guerre! » Que feras-tu si on veut te mener contre ces gens, qu’on te représente comme des traîtres, vendus aux Prussiens et — Je dirai à mes camarades que ces hommes ont raison de ne pas vouloir être menés à la boucherie pour les beaux yeux du Tsar ou pour lui conserver une grosse part du gâteau chinois; qu’ils ont raison, de refuser de tirer, pour des intérêts pareils, contre les tra- -_ vailleurs anglais ou allemands, nos frères de travaii et de misère; et comme les manifestants, je crierai moi aussi : « Vive la paix, vive la paix universelle! A bas Nous sommes forcés d’interrompre ici l’histoire en plein chapitre. Les chapitres suivants étaient kid III. — Une mauvaise affaire pour les socialistes mi- IV. — Où l’administration universitaire, ayant cru lever un lièvre, leva un sanglier. La suite à la troisième série.
ES Nous avons reçu la lettre suivante : Ta FA ’ Paris, le 4 juillet rgo1 . Dans votre « Treizième cahier », vous usez de votre droit ns de journaliste comme il me plaît d’user du mien : cest LES Je vous ferai cependant observer que, sous prétextede déplorer une querelle déjà lointaine, vous la tirez de l’oubli: ce qui est une ingénieuse façon de mettre de l’huile sur le feu. Je vous signalerai ensuite que, malgré votre affectation de haute impartialité, vous avez omis quelques pièces du - « dossier ».. notamment les accusations les plus odieuses dirigées contre l’Aurore. Enfin je vous prie de dissiper une équivoque possible, : 158 d’après la citation que vous faites de la théorie pontificale Fe sur les « bätards ». Vous semblez m’en faire application. De La régularité de mon état-civil ne m’inspire aucun orgueil et ne me procure aucun avantage. Mais j’ai une mère qui ne se soucie pas d’un malentendu de cette espèce, et c’est assez pour que je vous envoie la présente rectification. Recevez, Monsieur, mes salutations. : ME: Cette rectification intéresse entre autres le gérant de ces cahiers; ES De Se et Jean Grave lui-même. 3 - 102 LL Le Depuis qu’elle nous est parvenue, nous avons reçu de Re Jean Grave une lettre à Ludovic Marchand, où iléclaire are plusieurs points du débat. ST Ce cahier a été composé et tiré au tarif syndical Be.
SHECR Nous tenons gratuitement à la disposition de nos Has es © Marcel et Pierre Baudouin : Jeanne d’Arc, drame en Fa _ Jérôme et Jean Tharaud : la lumière : TA ERA” Pierre Baudouin : Marcel, premier dialogue de la Ds Envoyer un franc pour les frais d’envoi. Ge Adresser à M. André Bourgeois, administrateur des F + cahiers, 16, rue de la Sorbonne, Paris, la correspon- ÉsR” d, dance d’administration et de librairie : abonnements et réabonnements, rectifications et changements d’adresse, nE cahiers manquants, mandats. indication de nouveaux
- abonnés. N’oublier pas d’indiquer dans la correspon- À - dance le numéro de l’abonnement, comme il est inscrit sur l’étiquette, avant le nom. LL PSS dE » … Adresser à M. Charles Péguy, gérant des cahiers, +. 16, rue de la Sorbonne, Paris, la correspondance de” FES rédaction et d’institution. Toute correspondance d’admi- SE nistration adressée à M. Péguy peut entraîner pour pre 3 M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, © On reçoit pour l’administration et pour la librairie tous RE” h les jours de la semaine, le dimanche excepté, — de huit heures à onze heures et de une heure à sept heures. Re É: - M. Charles Péguy, gérant des cahiers, reçoit pour. la rédaction le jeudi soir de deux heures à cinq heures. es
k. Ainsi que nous l’avons annoncé, le seizième et dernier cabier de la deuxième série sera le compte rendu sténo- FE graphique non officiel du cinquième congrès socialiste international, tenu à Paris en septembre 1900. Non seu- L lement ce compte rendu est un monument unique, mais
- Nous avons donné le bon à tirer après corrections à pour deux mille exemplaires de ce quinzième cahier Ra
Nous lisons dans /e Réveil du Nord, journal socialiste, numéro daté du mardi 9 juillet: - Bien que le temps soit quelque peu l’épée sort de la blessure. Un quatrième couvert, douze à quinze mille personnes coup, tenté par Valentin, est très mal- se pressent dans les vastes arènes du heureux; mais le toro, touché déjà, ss torodrome de Roubaix. couche et le puntillero l’achève aussi- A
La présidence de la lidia est dévolue tôt. É Po à M. Bouzanquet de Balestrier, président 3° toro. — Voïci Ballerio, une bête su de lU. T.=V: perbe, qui, au lieu de mettre toute la
Le toro Quincaillero, ayant péri assas- fougue des autres, se promène en cu- ‘=
k siné par ses congénères, la lidia ne com- rieux, l’air très calme. Il fuit les picaportera que cinq bichos. dores, et prend néanmoins deux su-
toro. — Le premier toro Rumbon, perbes piques qui le rendent quelque sl rouge foncé, évite les picadores; le pre- peu lâche; il fuit désormais et c’est mier picadore le manque de sa vara, grand peine qu’on réussit à lui faire puis le toro prend quelques piques qui prendre encore deux piques amenant? sont applaudies de la foule. Les passes deux blessures de corne aux chevaux. Ps de cape, la pose des banderilles, tout ” Valentin, en faisant une passe decape, cela excite l’enthousiasme général. fait une chute devant le toro qu’on dé Le toro, qui a été blessé à la patte tourne immédiatement. #4 Sp droite, est plutôt calmé: Reverte a fait A noter de belles poses de banderilles son « brindis » à la présidence et, d’un par Curite, Currinche et des passes de coup d’épée très heureux, tue le toro au cape très hardies par Bonifa. + 12e milieu d’une ovation enthousiaste. Le Revertito, qui doit estoquer, fait de. té ” Toro-Club lui offre une palme en or. belles passes de muleta, mais il manque
2° toro. — Le deuxième toro, Alegrito, le premier coup; le deuxième coup est rouge clair, très fougueux, blesse griè- contrarié par un mouvement de te au vement un cheval de picadore qui reste bicho et l’épée quitte la Blessure. … ” dans l’arène. Enfin, au troisième coup, le oi y
Le deuxième picadore est aussi dé- gravement touché, se couche après cinq.
monté; furieux, il remonte en selle, minutes de résistance; il est “hs x pendant que le toro retourne au pre- “le puntillero. 4 5 mier cheval qu’il frappe encore. 4° toro. — Campanero, un bicho,
Le premier picadore revient dans rouge, tête foncée, entre avec impét uOl’arène avec un cheval que le toro at- sité dans le redontel et se précipite sur. taque vigoureusement, pour fuir en- la cloison, — talanquera, Et à ra Se suite devant une ruade que la rosse lui de ses cornes effilées. Puis il attaque le applique. premier picadore, dont la vala se brise. diverses reprises, le toro attaque sous l’effort ; le cheval échappe au coup « les chevaux et prend de nombreuses de corne. + 530 NT. piques. < Le bicho prend six belles piques etes
La pose des banderilles est faite dans picadores réussissent à arrêter sOn effort.
? la perfection. Valentin « brinde » à l’afi- sans que les chevaux soïent atteints sé cion de France. rieusement. ; | SÉRSS Les deux premiers coups de Spada A ce moment, le soleil, qui bon dait, Dé sont mal donnés, l’épée saute hors de la fait une rapide apparition qui on: ere blessure. Le troisième coup est bien ap- aux arènes une apparence méridion e.. pliqué; mais le toro, courant encore, C’est un véritable coup de féerie : le pu +? Note pour les lâches : Flatter les vices du peuple’ est encore e plus lâche et plus sale que de flatter les vices des grands.
LLET _ Nous mettons ce cahier dans le commerce; nous le Le vendons trois francs cinquante. : Re Ds. ÊCr SRE Dans leur première série les Cahiers de la Quinza ne 4 - ont publié les réponses des militants socialistes à la ù consultation internationale ouverte à la Petite Répu- à blique sur l’affaire Dreyfus et le cas Millerand: dans le cinquième cahier les réponses de Van Kol — « “CS _Bebel — Vandervelde — Plekhanov — Iglesias — Andre: 54 dans le sixième cahier les réponses de Tom Mann =
dans le huitième cahier les réponses de Liebkne ‘ht - dans le onzième cahier la réponse de. Rosa Luxe
- À F2 - Dans leur deuxième série les Cahiers ont pu blié k Antonin Lavergne. — Jean Coste ou l’Ins! jituter ÿ
1418 On a ici le texte même du cinquième congrès socia- Le De MM. Corcos frères, sténographes habituels du Parti socialiste français, en avaient établi par nos soins la D, Nous publions cette sténographie comme les sténo- graphes nous l’ont fournie. Hubert Lagardelle a revu le texte. M. Sorel a bien voulu revoir les épreuves et annoter. Mais ils ne se sont proposé que de rester fidèles à la sténographie, que\nous avons voulu éditer ee en véritables historiens. Pour la méme raison nous 4 + avons évité de communiquer aux orateurs la sténograæ ne phie de leurs discours. “4 Hubert Lagardelle préparait une introduction au compte rendu dont il avait relu le texte. Mais cette introduction fera un cahier de la troisième série. Hi ‘#4 M. Sorel a aussi réservé pour la troisième série les Er . quelques réflexions que son travail lui a suggérées. ta
Le Congrès de Londres, en 1896, dans sa dernière séance avait voté la résolution suivante ‘ Le bureau du Congrès est chargé de rédiger l’invitation e 1° Aux représentants des groupements qui poursuivent la substitution de la propriété et de la production socialistes ? à la propriété et à la production capitalistes et qui considèrent l’action législative et parlementaire comme un des moyens nécessaires pour arriver à ce but; 5 2° Aux organisations purement corporatives qui, bien que ne faisant pas de politique militante, déclarent reconnaitre la nécessité de l’action législative et parlementaire. En conséquence les anarchistes sont exclus. La vérification du mandat des délégués sera faite par leurs nationalités respectives, sauf recours devant une Com- mission spéciale, élue par toutes les nationalités représentées au Congrès. Les mandats de toutes les nationalités représentées par moins de cinq délégués seront soumis au comité de vérification des mandats ainsi que les mandats É. Le Congrès décide que le prochain Congrès aura lieu en k. Allemagne pendant le courant de l’année 1899. En cas d’em- ‘4 pêchement à la tenue du Congrès en Allemagne, il est résolu que le Congrès se réunira à Paris en 1900. (1) À À Pour bien faire comprendre cette résolution, il n’est pas inutile de reproduire deux autres textes qui ne À (1) Le compte rendu analytique officiel porte que cette résolution avait été déposée par Liebknecht; c’est une erreur. Eugène Guérard,
- qui faisait partie du bureau, nous apprend qu’elle avait été rédigée ù par Vandervelde et amendée par Millerand. — Eugène Guérard. — Le Congrès de Londres, page 29.
- furent pas mis aux voix. Le premier avait été proposé par la Social-democratic Federation d’Angleterre; il était ainsi énoncé : RENE LS Le mandat pour le prochain Congrès international sera limité aux organisations social-démocratiques (ainsi qu’aux chambres syndicales) dont l’objet est la socialisation des moyens et instruments de production, de transport, de dis- ÿ tribution et d’échange ; qui tâchent d’atteindre cet objet par
- des moyens parlementaires et autres moyens politiques; - qui désirent établir dans chaque pays un parti parlementaire et politique, indépendant et isolé de tout autre parti s politique bourgeois; qui se soumettent enfin à l’autorité de « A la majorité. L’autre texte, signé par Liebknecht, Singer et beau- coup de délégués allemands, autrichiens, danois, polonais, hollandais, etc., était énoncé ainsi : à Le prochain Congrès international socialiste aura lieuen è Y auront accès les représentants des parlis socialistes et des organisations ouvrières, qui se tiennent sur le ter- rain de la lutte de classe, reconnaissent la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière comme nécessaire à leur libération. Pour arriver à ce but, ils considèrent comme un des moyens essentiels l’action législative et par- lementaire. Ceux qui ne possèdent pas le suffrage universel doivent faire tous leurs efforts pour le conquérir. Les anarchistes et leurs alliés — même s’ils s’appellent communistes anti-parlementaires (1) — ne peuvent prendre part à ce Congrès, à quelque organisation qu’ils appartiennent. D’après Eugène Guérard, les textes allemands et an- - ss glais étaient encore plus rigoureux et le dernier para- i Fe graphe portait : « Les anarchistes et leurs alliés, même s’ils s’appellent communistes anti-parlementaires où toute autre dénomination… » (1) Cette formule était dirigée contre les amis de Domela Nieuwen- n huis et de Cornelissen en Hollande. E 5 Le Comité général du Parti socialiste français adressa 4 _ en mai 1900 l’appel suivant aux organisations ouvrières : DE et socialistes des deux mondes, en vue du Congrès Se Citoyens et camarades, pe Le Comité d’entente socialiste qui a relié, au cours de Pare
- l’année 1899, les cinq organisations nationales constituant He ._ l’ensemble du Parti socialiste français, vous a déjà adressé une circulaire expliquant les raisons pour lesquelles il pre- FN nait l’initiative de la convocation d’une conférence prépa- à ratoire au Congrès socialiste international de 1900. +R B: ! Cette conférence, qui s’est tenue à Bruxelles le 27 et le Se mai 1899, a pris les décisions que nous publions ci-après. Ces décisions furent acceptées par les cinq organisations ‘2 alors adhérentes au Comité d’entente. Depuis, le Comité Er .__ d’entente a remis ses pouvoirs au Comité général issu du a r Congrès des organisations socialistes de décembre 1899. J C’est donc au Comité général qu’incombe le devoir de vous faire connaître que le prochain Congrès socialiste interna_ tional aura lieu du 23 au 28 septembre inclus. ; Ce Congrès, le cinquième en date depuis que le prolé- tariat des deux mondes a décidé de tenir à nouveau ses 4 _ de Paris (1889), de Bruxelles (1891), de Zurich (1893), de Lon_ dres (1896), où chaque fois s’est aflirmée plus unie, plus cohérente et plus redoutable la puissance des travailleurs organisés sur le térrain de la lutte des classes. Mn Avant de se séparer, le Congrès de Londres avait remis
à = ses pouvoirs à un bureau permanent chargé de convoquer le prochain Congrès sous certaines conditions nettement déterminées. Ce Congrès devait se tenir, soit en Allemagne, à en 1899, soit en France, en 1900, si des obstacles majeurs — comme la chose s’est du reste produite — empêchaient nos » camarades allemands d’exécuter leur mandat. Vers la fin de l’année 1898, nous étions avertis par nos amis d’Allemagne d’avoir à nous substituer à eux pour procéder à l’organisation du Congrès. Le Comité d’entente socialiste venait alors de se constituer. Il prit à charge cette œuvre; et de suite ilse préoccupa d’éviter au futur Congrès les difficultés qui s’étaient manifestées au sein des précédentes assemblées internationales. S’inspirant donc avant tout de la situation spéciale de l’organisation socia+ — liste et ouvrière en France, le Comité d’entente, tout en demeurant fidèle au sens intime des résolutions du Congrès de Londres, se rallia, avec une complète unanimité, à l’idée d’un Congrès politique socialiste, c’est-à-dire d’une assemblée où l’adhésion des groupements corporatifs Ë entraînerait la reconnaissance par ceux-ci de la nécessité d’une action politique socialiste. C’est dans cet esprit que fut rédigée la première circulaire que nous adressämes à nos camarades des deux mondes. C’est dans cet esprit aussi que se présentèrent à la confé- rence de Bruxelles, que nous avions convoquée, les délé- gués des cinq organisations adhérentes au Comité d’entente socialiste français. Mais ici une difficulté surgit. Le bureau permanent de Londres, convoqué également à Bruxelles, ne voulait se dessaisir de ses pouvoirs, entre les mains du Comité d’entente socialiste, que si ce dernier acceptait à la lettre les conditions d’invitation formulées par le précédent Congrès. finalement tranché dans un sens qui permet aux organisations françaisés de préparer, au mieux des intérêts du prolétariat, les grandes assises ouvrières et socialistes Voici en quels termes le bureau permanent a transmis ses pouvoirs au Comité d’entente, en rappelant tout d’abord les décisions du Congrès de Londres et en aboutissant ensuite aux résolutions résultant de la transaction inter207 venue à la conférence de Bruxelles entre les organisations socialistes françaises et les organisations socialistes des autres pays : Le Congrès de Londres a donné mandat à son bureau de convoquer le prochain Congrès à Paris, en 1900, en faisant appel exclu- x 1° Aux représentants des organisations qui se proposent pour but de substituer à la propriété et à la production capi- talistes la propriété et la production socialistes et qui considèrent l’action législative et parlementaire comme un des moyens nécessaires pour atteindre ce but;
- qui, sans prendre part à l’action politique militante, déclarent reconnaître la nécessité de l’action législative et parle-
mentaire ; par conséquent, les anarchistes sont exclus. En exécution de ce mandat, nous soussignés, membres du bureau l de Londres, nous avons transmis nos pouvoirs aux membres du - À Comité d’entente socialiste français, avec mission d’inviter au Con- 4 1° Toutes les associations qui adhérent aux principes ‘s essentiels du socialisme : socialisation des moyens de production et d’échange ; union et action internationales des E - travailleurs ; conquête socialiste des pouvoirs publics par le prolétariat organisé en parti de classe; 3 2° Toutes les organisations corporatives qui, se plaçant sur le terrain de la lutte de classe et déclarant reconnaitre la nécessité de l’action politique, donc législative et parle- …. menlaire, ne participent cependant pas d’une manière
é Cette solution transactionnelle a été adoptée unanimement par les onze nations représentées à Bruxelles, à
—_ l’exception de la France, qui a réservé sa réponse après
consultation des cinq organisations adhérentes au Comité
. Avec la même unanimité, la conférence préparatoire a
décidé qu’après avoir entendu les déclarations du bureau de Londres et pris connaissance de la circulaire du Comité d’entente socialiste français, elle donnait pouvoir à ce dernier, sous réserve d’acceptation par lui de la solution tram sactionnelle intervenue, de convoquer dans les termes reproduits plus haut le prochain Congrès internationalà
Ë Les cinq organisations adhérentes au Comité d’entente ayant unanimement souscrit aux résolutions de la confé- rence de Bruxelles et accepté le mandat de convocation du Congrès de 1900 sous les conditions proposées, le Comité
général, héritant des droits et obligations du Comité d’en-
tente, est devenu Comité d’organisation du Congrès international, et porte à votre connaissance la série de questions qui constituent l’ordre du jour provisoire du Congrès, et que voici 1° Exécution des décisions du Congrès. Recherche et application des moyens pratiques pour l’entente, Porganisation et l’action internationales des travailleurs et des socialistes 2° Législation internationale du travail par la limitation de la
journée de travail. Discussion sur la possibilité d’un minimum de
salaire dans les divers pays; 3° Des conditions nécessaires de l’affranchissement du travail a) Constitution et action du prolétariat organisé en parti de classe b) Expropriation politique et économique de la bourgeoisie ; c/Socialisation des moyens de production 4° Paix internationale, militarisme, suppression des armées per- dk 6° Organisation des travailleurs maritimes 7: La lutte pour le suffrage universel et la législation directe par le peuple; is 9° La conquête des pouvoirs publics et les alliances avec les partis
Depuis, le Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire a proposé aux diverses nations l’amendement suivant dont Vinseription à l’ordre du jour est dès aujourd’hui acceptée par %.
six nations sur onze : -
Le mouvement croissant de la concentration des capitaux, le désor-. ÿ dre économique, irréductible par des moyens politiques, résultant ne
de leur concurrence, et, par suite, l’aggravation incessante dela sifuation des travailleurs, ne rendent-ils pas inévitable un confit direct entre le travail et le capital, qui prendra la forme d’une EE _ Nous vous invitons donc à vous rendreau Congrès socia- liste international de Paris. Une circulaire subséquente vous fera connaître les dispo- Hs sitions prises par le socialisme français, unitoutentier dans - 5e une même pensée d’entente et d’action commune, pour. réserver aux délégués de tous les pays la plus fraternele
- hospitalité et pour assurer à la face du monde l’éclat etla grandeur de la cinquième manifestation internationale de La classe ouvrière et du Parti socialiste. RE ue Prière d’adresser votre réponse au secrétaire du Comité (TL général du Parti socialiste, le citoyen Louis Dubreuilh,
Le Congrès fut convoqué par la circulaire suivante: Le Congrès s’ouvrira le dimanche 23 septembre 1900, salle Wagram, avenue Wagram, à dix heures précises du La première séance sera consacrée à la vérification des mandats des nationalités étrangères; la séance de l’aprèsmidi, à partir de deux heures précises, à la vérification des mandats de la nationalité française. Il est bien entendu que la validation des mandats au Congrès international ne préjuge pas de celle qui aura lieu pour le deuxième Congrès général des organisations socialistes, les conditions d’admission n’étant pas les mêmes pour l’un et pour l’autre Congrès. Séance du dimanche 23 septembre 1900 Avant l’ouverture du Congrès, les délégués français se réunissent dès dix heures un quart pour élire leur
bureau. Le citoyen Dubreuilh (P.S. R.), secrétaire du x Comité général, monte à la tribune. Il déclare que c’est par erreur que certains camarades croient que la sec- tion française doit se réunir ce matin. Il dit que la section française n’était convoquée que pour deux heures de l’après-midi. ” Le citoyen Briand (F.S. R.) monte à la tribune. Les séances de la première journée n’ayant pas été sténographiées, le texte a été établi par Hubert Lagardelle en se servant du compte rendu de la Petite République, du compte rendu allemand, du j compte rendu analytique officiel et de ses propres notes. Nous rappelons les formules abrégées employées pour désigner les différents partis français : P. O. F., Parti Ouvrier Français ou parti guesdiste; — P. S.R., Parti Socialiste Révolutionnaire ou à Révolutionnaire ou parti allemaniste; — F.T.S.F., Fédération des Travailleurs Socialistes de France ou parti broussiste, qui ‘2 ajoute d’ordinaire à son titre celui de Parti Ouvrier Socialiste Révox. lutionnaire; — F.S. R., Fédération Socialiste Révolutionnaire, in- à. stituée pour donner aux Indépendants une organisation centrale. L’Alliance communiste étant considérée comme une annexe du es P.S.R., on parle toujours des cinq organisations.
à Le citoyen Brian. — Le Comité général a résolu que la première réunion du Congrès international se tiendrait à dix heures, le 23 septembre, et que la section française se tiendrait à dix heures du matin. Conformément à sa décision, nous sommes tous ici. Ilest incompréhensible qu’on nous propose un ajournement. Applaudissements de l’autre côté) de la proposition adoptée à l’unanimité par le Comité général. Je puis donc en rappeler les dispositions sans crainte de me tromper. C’est bien à l’heure que vient d’indiquer le citoyen Briand qu’a été fixée la réunion de la section française. Il ne peut donc subsister aucun malentendu. Aussi j’invite le citoyen Dubreuilh à procéder à la formation du bureau. (Tumulte) Le citoyen DUBREUILH ne répond pas. Le citoyen ALLEMANE. — Puisqu’il en est ainsi, je vais mettre aux voix la constitution de la section française. Ceux qui sont d’avis de former la section française voudront bien le manifester en levant les mains. (La droite seule lève les mains. — Tumulte du côté du P. O. F. et du P. S. R. — Deux noms sont prononcés pour la présidence : ceux des citoyens Jaurès — Les deux parties de la section s’invectivent.— Jaurès est élu et prend place au bureau.— La droite l’acclame. Le citoyen JauRÈs invite les délégués français à nom- mer deux assesseurs. On désigne les citoyens Allemane et Vaillant. Le citoyen Vaillant refuse de prendre place au bureau, la validité de cette réunion étant contestée et les mandats n’étant pas vérifiés. Le tumulte reprend
Pete de nouveau. Le citoyen Heppenheimer (F. T. S. F.) est élu assesseur et le citoyen Briand secrétaire. le bureau que nous venons d”élire, demeure en fonctions toute la journée. (Tumulte) Le citoyen Jourxoup (Fédération de Saône-et-Loire). — Je propose à la section française de décider, en règle générale, que le bureau qui aura présidé une séance ne pourra plus être élu. (Mouvements divers. Tumulte) citoyens, constituer notre bureau avant que les mandats
- des délégués aient été vérifiés. Vérifions-les d’abord nous élirons le bureau ensuite. (Applaudissements mets en doute la bonne foi de personne. Maïs nous e autres, dans le Nord, où notre Fédération est si forte,
- avons des habitudes d’organisation. Je veux bien croire que tous les mandats sont réguliers ; c’est possible. pr Mais il n’en est pas moins vrai qu’ils doivent être exa- Sie: minés avant que nous puissions prendre une décision valable. (Approbations sur les bancs du P. O. F. et Le citoyen Briaxp. — Citoyens, la question qui se pose a été réglée au sein du Comité général. Je fais appel à la loyauté de tous, ici, et je défie un seul denos camarades du Comité général, appartenant au P. O. ou au P. S. R., d’apporter ici la moindre dénégation mes paroles. Si le Comité général s’est laissé plus absorber par la préparation du Congrès national que k | du Congrès international, à qui, citoyens, en*incombe la faute ? Dans l’impossibilité où il s’est trouvé de véri- fier en temps utile les mandats des délégués au Congrès À _ international, le Comité général a décidé de donner chaque organisation le soin du contrôle de ses mandats. C’est ce qui a été fait. Chaque organisation garde ainsi sa pleine responsabilité morale. Nous respectons donc, scrupuleusement, la volonté du Comité général : ce sont ses décisions qui sont notre loi. Je répète que nulle contradiction à ce que j’affirme, ne saurait se produire
et je demande que la section française se déclare con-
Le citoyen ALLEMANE. — Citoyens, il ne faudrait pas oublier que depuis longtemps déjà les camarades étrangers attendent avec impatience que les délégués francais aient bien voulu constituer leur section. Ils insistent auprès de vous pour que vous ne retardiez plus l’ouverture du Congrès international.
Ë Je vous propose donc d’aller immédiatement souhaiter la bienvenue aux délégués étrangers et je demande que la section française se déclare constituée. (Tumulte.
Le citoyen JAURÈS. - Citoyens, je lève la séance, en exprimant le plus profond espoir que la section fran- çaise n’ira pas donner aux socialistes de tous les pays
le spectacle aflligeant de ses divisions. (Vifs applaudissements à droite. Tumulte)
La section française se rend dans la salle du Congrès.
Il est onze heures un quart. Le bureau de la section française, composé des citoyens JAURÈS, ALLEMANE, HEPPENHEIMER et BRIAND, prend place sur l’éstrade. Les Le citoyen JAURÈs. — Au nom des socialistes de France, je salue les délégués du prolétariat socialiste de
- l’univers, réunis ici pour leur cinquième Congrès international. Et j’invite immédiatement chaque nationalité déléguer ses représentants au bureau du Congrès. Le bureau du Congrès international est ainsi constitué pour la première séance Section de Bohême. — NEeMEC, président. Section bulgare. — Lepexskt et MARIO GUESDE.
Section suédoise. — MENANDER et ANDERSSON.
La citoyenne CLARA ZETKIN est traductrice pour
l’allemand et le citoyen Smirx traducteur pour langlais. (1) Le citoyen Furnémoxr, membre de la Chambre des représentants de Belgique, remplit les fonctions de secrétaire.
Les membres du bureau prennent place, et, dès que le calme est rétabli, le citoyen Jaurès, président de la première séance, prononce l’allocution suivante Le citoyen Jaurès. — Citoyens et camarades de tous les pays, c’est avec une joie et une émotion profondes qu’au nom de tout le Parti socialiste — les travailleurs organisés de France — je souhaite la bienvenue aux socialistes organisés, aux prolétaires de tous les pays.
Certes, jamais cette réunion des représentants socia-
Ë ? listes et prolétariens de tous les pays, de tous les continents, de toutes les races, ne fut plus nécessaire et plus décisive qu’à l’heure où, partout, chez tous les peuples, le capitalisme essaye d’ameuter la bestialité chauvine et le délire nationaliste; qu’au moment où, partout, pour servir les intérêts du capitalisme envahisseur, la bour-
geoisie essaye de ranimer les antagonismes de race et
de jeter les peuples les uns sur les autres. C’est une
grande et nécessaire manifestation que le prolétariat
aflirme aujourd’hui sa volonté de maintenir l’universelle ne à paix. 5e Citoyennes et citoyens, notre ordre du jour, l’ordre du à jour du Congrès socialiste international, comprend, en même temps que cette grande question de la paix, L (1) Les Italiens, les Hollandais et les Russes ont parlé en français. ÿ
toutes les autres questions sur lesquelles, à cetteheure, s’élèvent des controverses dans les partis socialistes de tous les pays. Nous discuterons ici, mais nous saurons aisément trouver les formules d’accord; nous sommes le parti socialiste, c’est-à-dire le parti qui, sans dédai__ gner l’amélioration immédiate et constante de ceux qui travaillent, n’oublie pas le but final, l’abolition complète « du capitalisme et l’établissement de la propriété collective. Et c’est parce que nous avons tous ce même esprit que nous donnerons au monde l’exemple de la paix Ah! citoyens, laissez-moi, au nom de nos camarades de France qui n’ont pas réalisé encore chez eux l’unité complète, l’unité organique dont tous les autres pays nous ont donné l’exemple, laissez-moi exprimer le vœu que l’exemple de la force que donne aux partis socia- É listes des autres pays l’unité organique saura, par une ie amicale propagande, nous conseiller l’unité complète, K l’unité entre socialistes, pour préparer l’unité entre les hommes par la révolution sociale. (Vifs applaudisse- è ments et acclamations unanimes) . Le citoyen Scer, président de la section allemande. — J’ai été chargé par le Congrès national de la démo- cratie socialiste allemande, qui vient de se tenir Mayence, de venir ici vous souhaiter la bienvenue et vous apporter le salut cordial de vos frères militants de toutes les races, de toutes les nations. La démocratie allemande est unanimement convain- cue de la nécessité de marcher la main dans la main avec les socialistes prolétaires de tous les pays, pour briser le joug du capitalisme et arriver à l’expropria- s tion économique de la bourgeoisie. Justement le Con- grès de Mayence a rappelé ce souvenir qu’il y a vingtcinq ans il y avait au sein de la démocratie socialiste
-
allemande les mêmes dissensions, les mêmes diffé à rences d’opinions qu’actuellement dans le parti socia-
-
liste français. La démocratie socialiste allemande a triomphé de ces dissensions en s’inspirant de cette idée que, malgré les différences apparentes, tous nous sommes d’accord quant au but final. Voilà ce qui a amené: l’unité socialiste allemande et voilà ce qui a fait que la démocratie allemande a pu atteindre une forcé et une vitalité telles qu’aucun parti socialiste d’Europe ne peut en montrer de semblables.
Toute l’histoire de la démocratie socialiste allemande prouve que plus les socialistes de toutes nuances sont unis, plus la volonté du prolétariat s’impose.
Nous nous sommes aussi, au Congrès de Mayence, préoccupés d’une question que notre Congrès international aura à traiter : la politique coloniale organisée partout avec tant d’acharnement par le militarisme et le capitalisme pour augmenter encore l’exploitation du prolétariat. Eh bien, le Congrès de Mayence a déclaré que le prolétariat opposerait à la politique de guerre du militarisme et du capitalisme la politique de la paix universelle et de la solidarité internationale.
Je termine en émettant l’assurance que les mêmes convictions fraternelles qui ont amené l’unité parmi les socialistes allemands amèneront l’unité parmi les socialistes français; et c’est pourquoi je vous invite à crier plus fort et plus haut que jamais en face du monde capitaliste : Vive l’Internationale socialiste! (Vifs Le citoyen Pere Currax, président de la section anglaise. (1) — La section anglaise est unanime à ap-
prouver les paroles de Jaurès et de Singer sur la soli- ù (1) De Independent Labour Party (parti de Keir Hardie).
darité et la paix internationales. La députation anglaise est absolument opposée à la politique impérialiste du gouvernement. (Applaudissements) Trade-unionistes et d socialistes sont d’accord pour condamner la politique de pillage armé dans l’Afrique du Sud. (Applaudisse_ ments) Ils sont opposés aussi à cet état de vol à l’inté- rieur du capitalisme. Si vous n’avez pas de roi visible, vous avez des rois non couronnés invisibles contre lesquels vous, socialistes français, vous devez lutter. Et pour mener à bien ce combat, il faut que toutes vos forces soient coneentrées et unies. (Applaudissements) Le citoyen HyNxpmaAx, de lasection anglaise. (1)—Qu’il me soit permis, avant d’écouter le salut fraternel de nos camarades de l’étranger, d’adresser aux délégués allemands un mot de sympathie et de condoléance pour la perte qu’ils ont éprouvée et que le prolétariat international a éprouvée en la personne de notre regretté Liebkrecht. (Tous les congressistes se lèvent et approuvent par d’unanimes applaudissements les paroles de notre camarade) … Liebknecht vit en ce moment dans cette assemblée. (Applaudissements) Socialistes fran- çais, anglais, belges, italiens, etc., envoyons tous notre salut à la veuve de ZLiebknecht et aux camarades allemands. (Longue émotion. Tous les délégués sont debout acclamant la mémoire de Liebknecht) Le citoyen Jaurès. — Tout le Congrès international socialiste s’associe aux sentiments exprimés par Hyndman. (Applaudissements) Liebknecht avait une sorte de sympathie particulière pour la France, il l’a affirmée devant le tribunal de Leipzig, aussi les socialistes fran- çais se joignent-ils de grand cœur aux paroles de notre
SE Le Congrès témoigne également toute sa sympathie aux camarades russes pour cet autre grand militant de la Révolution qui s’appelait Pierre Lavroff, (l’assemblée debout applaudit) et s’associe enfin au deuil qui a frappé nos camarades par la perte de la citoyenne Éléo- Ë à nore Mar>—, fille de Marx. (Applaudissements) Tout ce “4 qui atteint la famille d’un des grands fondateurs de l’Internationale socialiste, frappe toute la famille socia- liste. (Applaudissements enthousiastes sur tous les Le citoyen ANDREA Cosra, président de la section italienne. — C’est avec joie que les -socialistes italiens sont venus au cinquième Congrès international. Nous avons vaincu la réaction sanglante de 1898, nous avons bien mérité de la liberté. La monarchie italienne s’est heurtée à notre obstruction inlassable : elle en a appelé au pays, etle pays lui a répondu en accroissant nos voix, en augmentant nos mandats. (Applaudissements) 4 Maintenant, la monarchie essaie d’exploiter contre nous l’attentat de Monza, et malgré cela deux nouveaux députés socialistes ont été élus quelques jours seule- ment après la mort du roi Umberto. C’est que nous “4 autres, socialistes italiens, comme l’a montré notre récent Congrès, nous sommes unis. Chez nous il peut y « 2 avoir des discussions entre nous, mais grâce à l’unité du parti, il ne peut y avoir de divisions. (Applaudisse- C’est donc avec la conscience d’avoir fait leur devoir que les socialistes italiens vous tendent la main et s’apprêtent à lutter avec vous. (Applaudissements una Le citoyen Aprer, président de la section autr= chienne. — J’apporte à tous les socialistes étrangers le. Le salut fraternel des socialistes autrichiens. Nous autres, 4
qui avons dû constituer, en Autriche, une petite Internationale, nous connaissons mieux que personne les difficultés à surmonter. Nous venons ici, comme nous y vinmes en 1889 et que nous dîmes au prolétariat inter_ national que tous les prolétaires d’Autriche, de toutes les langues, seraient unis dans le socialisme, dans la marche en avant. Nous avons tenu parole, et nous pouvons nous en glorifier ! Dans notre malheureux pays, où la classe ouvrière est le seul élément qui puisse lutter contre la bestialité qui y règne, c’est la social-démocratie qui est l’unique représentant des intérêts communs de tous les prolétaires d’Autriche. Ce n’est pas sans difficultés que cette unité s’est constituée. Mais elle doit être atteinte, partout où il y a des socialistes dévoués, (Vifs applaudissements) partout où les repré- sentants du socialisme mettent les intérêts essentiels et . durables du prolétariat au-dessus de petites différences d’opinion, de doctrine et de théorie (Applaudissements - SE prolong’és) … partout où il y a des socialistes résolus donner leur sang, déterminés à sacrifier à la cause du so- Es (Vifs applaudissements) Je parle par expérience. Ces eZ enseignements, nous les avons payés de notre sang. Le meilleur de notre œuvre est dans cette unification du prolétariat. J’espère que ce Congrès, qui exprimera l’unité de la social-démocratie de tous les pays, sera aussi le point de départ d’un grand et irrésistible mouvement pour l’unité intérieure du socialisme français, qui assurera le triomphe du socialisme. (Longue ovation) Le citoyen VANDERVELDE, président de la section belge. — Au nom du Parti Ouvrier Belge, je vous remercie, citoyens et camarades, de votre bon accueil. Depuis le dernier Congrès international, faisant dans notre petit pays notre devoir intégral de socialistes,
” nous avons pratiqué fraternellement l’union socialiste.
Aux premiers temps du christianisme, les païens, voyant le spectacle de l’union des premiers chrétiens, E disaient : « Comme ils s’ainfent! » Cet amour des pre- miers chrétiens a constitué la force de leur doctrine. En Belgique, actuellement, les bourgeois disent des socialistes : « Gomme ils s’aiment ! » C’est la constatation de notre union et de notre force. Notre exemple doit vous
En 1880, il y avait dans la même ville deux Congrès qui semblaient être ennemis. (1) Pourtant l’unité fut réalisée l’année suivante. (Applaudissements) Cama- à rades, nous sommes unis et cette union est notre seule force. Qu’il me soit permis d’espérer que l’unité du parti
Socialistes français, unissez-vous. (Applaudissements) En dépit des apparences, l’union socialiste est en marche chez vous. Les militants obscurs qui ne se mêlent pas aux polémiques entre les écoles la veulent. (Applaudissements) Ceux qui portèrent en 1793 le drapeau de ‘4 la Révolution ont été adversaires, mais quand le canon gronda, ils firent bloc contre l’ennemi. Socialistes de ferez-vous moins que les bourgeois de 1793? (Applaudissements enthousiastes) L’ennemi est autour ‘4 de vous. Il vous guette. Concentrez toute votre énergie contre l’ennemi commun. Socialistes français, unissez- à vous. (Longs applaudissements. Ovation. — Cris de:
Vive l’Unité) * 2
@) Il y avait d’un côté le Parti Ouvrier fondé en 1885 par De Paepe et Volders et de l’autre côté le Parti socialiste républicain, ‘4 qui se rattachait surtout à De Fuisseaux. — Jules Destrée et Émile Vandervelde, le Socialisme en Belgique, page 21, et pages 91-100. À Ace moment, le citoyen Jaurès donne lecture à l’as_ semblée d’une lettre du camarade Katayoma, éditeur au Japon du Monde socialiste. « Dites bien au Congrès, écrit notre camarade, qu’il y a en Extrême-Orient un pauvre compagnon qui travaille à la même cause que vous, socialistes européens. Il aurait bien voulu venir au Congrès international de Paris, mais la pauvreté l’en Le citoyen Jaurès, après avoir terminé la lecture de cette lettre dont tous les passages ont été applaudis avec enthousiasme, ajoute : A l’heure même où l’Extrème-Orient est le théâtre de la guerre, il est consolant de voir que même là, l’esprit internationaliste s’éveille. Le citoyen TROELSTRA, secrétaire de la section hollandaise. — Je suis heureux de saluer, au nom des socialistes hollandais, les compagnons de lutte de tout le Au Congrès de Londres, une scission s’est produite parmi les socialistes hollandais. (1) Mais à l’heure ac- Ë tuelle, ils se sont guéris de la maladie des individus et de l’influence nuisible de l’esprit sectaire. (Vifs applaudissements) Ils sont unis. (Applaudissements) Il faut que vous soyez unis, camarades français; l’ennemi est
- là et vous vous querellez ! C’est un crime de lèse-prolé- tariat! (Applaudissements enthousiastes) Si nous n’étions pas les hôtes des socialistes français, nous serions allés tout à l’heure dans la salle où ils étaient réunis avec le- drapeau rouge et nous leur aurions (1) À la séance du 30 juillet, Domela Nieuwenhuis quitta le Con- à grès, en déclarant qu’il ne voulait pas participer à des discussions oiseuses. (Cf. Mouvement Socialiste : 1” et 15 septembre et 15 décembre 1900, les articles de Vliegen et de Cornelissen sur le socialisme
montré l’inscription qu’il porte : « Prolétaires, unissez vous ! » (Applaudissements répétés sur tous. les Fa Le citoyen PLEKHANOrr, secrétaire de la sectionrusse. — C’est dans foute la mesure où ils sont conscients de leurs intérêts de classe et où ils sont unis, que les prolé- Ë taires russes marchent la main dans la main avec le prolétariat mondial. Vous vous souvenez du mot de Jacoby: 4 La formation du plus petit syndicat a, pour l’évolution historique, plus d’importance que la bataille de Sadowa. “4 Pour la Russie c’est plus vrai que pour tout autre pays. Ce furent d’abord les étudiants, les gens cultivés qui furent les porteurs du mouvementrévolutionnaire russe à en révolte contre le tsarisme. Ce sont aujourd’hui à les ouvriers qui mènent, de toute leur énergie, la lutte contre le despotisme. Ils combattent non seu lement pour l’émancipation économique de leur classe, a mais encore pour la libération de tous les peuples du knout de la Russie. (Vifs applaudissements) FF Le citoyen Krircaevskx, président de la section russe. — Je vous demande de flétrir les monstruosités e odieuses du tsarisme et d’adopter les deux ordres du jour que je vais vous lire « Les révolutionnaires polonais, juifs et russes, dé- portés comme militants socialistes par le gouvernement du isar russe, dans un des endroits les plus recu lés de la Sibérie, ainsi que des habitants de cette localité qui sympathisent avec eux, réunis le premier ‘4 mai 1900, en réunion amicale, au jour du Premier Mai, de la fête de la solidarité internationale du prolétariat, +. ont décidé, à l’unanimité et avec enthousiasme, d’en- voyer leur salut cordial au Congrès international ouvrier socialiste de Paris et de lui souhaiter du fond du cœur le meilleur succès dans ses travaux. Vive le socialisme + 4
démocratique! Vive le Congrès international ouvrier É « L’organisation ouvrière englobant des ouvriers de toutes Les professions, dans tous les quartiers de Saint- Pétersbourg, salue le Congrès international socialiste. » Fee Le citoyen KnuDsEN, président de la section danoise. — Les socialistes du Danemark vous apportent ici leurs plus fraternels saluts. Lorsque la révolution de 1848 fit passer sa tempête sur l’Europe, les houles s’en trans- - mirent en dedans des frontières de notre pays et déjà cette époque une grande partie de la classe ouvrière saisit le véritable caractère de ce mouvement. Toutefois cette compréhension n’était pas assez vive pour s’im- Fa poser d’une manière générale. Chez nous ce mouvement se termina, comme dans plusieurs autres pays de. l’Europe, par l’écroulement de la monarchie absolue et létablissement d’une constitution bourgeoise et libérale. e Ce fut le retentissement des héroïques combats de la Commune de Paris en 1871 qui éveilla l’esprit des ouvriers danois et fit arborer dans leur pays le drapeau <
- rouge del’internationalisme. Le prochain flot civilisateur des grandes nations trouvera en Danemark une armée de travailleurs bien organisés et prèts à concourir laccomplissement de la grande œuvre révolutionnaire, 2 c’est-à-dire à l’écrasement définitif et irrévocable du Moloch capitaliste et à la fondation de ia nouvelle société de liberté, d’égalité et de fraternité. (Applaudissements j
- Le citoyen Daszynski, secrétaire de la section polo- L naise. — J’apporte le salut de la Pologne écrasée et meurtrie, où commence enfin de s’aflirmer la conscience de classe du prolétariat. Nous voulons la paix inter__ nationale. Et nous la voulons au moment même où ! les capitalistes illustrent leurs phrases en faveur des
peuples en élevant un rempart de baïonnettes! Nous voulons de toutes nos forces l’unité des prolétaires polo- “4 nais, mais nous la voulons seulement sous le drapeau du socialisme révolutionnaire. (Vifs applaudissements) 3
Bohème. — Le dernier Congrès socialiste tchèque m’a donné mission de venir saluer les membres du Congrès socialiste international. C’est avec une joie profonde que je m’acquitte de cette tâche. Si nous ne sommes qu’un petit parti, nous sommes cependant de bons socialistes, comme vous tous, camarades. Et à la démo- È cratie socialiste mondiale, nous adressons nos meilleurs
Le citoyen Furxozz, président de la section suisse. — 4 Nous n’avons pas précisément, en Suisse, une très forte organisation. Peut-être en serait-il autrement, si nous avions été quelque peu persécutés, au lieu d’être en possession de toutes les libertés politiques. Quoi qu’il en soit, le Parti Ouvrier Suisse donne l’exemple d’une unité parfaite, malgré la différence des langues, 4 des usages, des différents cantons qui composent notre pays. Vous pouvez avoir confiance en nous! Nous marcherons, toujours et d’un commun accord, avec les
nom de mes camarades de Suède, je m’associe aux paroles et aux souhaits qui ont été adressés du haut de cette tribune au prolétariat socialiste international.
. Nous espérons aboutir, en Suède, à des résultats impor® tants par le groupement compact de toutes les forces ouvrières et socialistes de notre pays. À mesure que progresse l’industrie suédoise, le socialisme croît aussi, parallèlement, et prend place dans le grand mouvement
Le citoyen Icresras, président de la section espa-
gnole. — Je salue l’Internationale des ouvriers. Nous devons opposer notre unité à l’unité du Capital. Le à prolétaires et à les jeter dans des conflits aussi criminels qu’odieux. Vous n’avez pas oublié, camarades, les actes du capitalisme espagnol aux Philippines et vous voyez ceux du capitalisme anglais en Afrique. Que la ces monstruosités ! (Vifs applaudissements) e
Le citoyen CAMBIER, de la République argentine. — Je me contenterai de m”associer, en deux mots, aux paroles de tous les orateurs qui m’ont précédé à cette tribune. Au nom de mes camarades de la République argentine, je crie avec eux : Vive l’Union socialiste ! Vive la Révolution sociale ! (Applaudissements) Le citoyen SAntrar, président de la section _américaine. — Les socialistes américains ont pris un rôle modeste dans le mouvement socialiste international; mais ils sont appelés aujourd’hui à jouer un des rôles les
- plus importants. A l’occident commence à luire le grand soleil capitaliste qui modifiera les conditions économiques et précipitera l’avènement du socialisme. La con- centration capitaliste américaine, qui va chercher lutter contre le capitalisme européen et va‘mettre aux prises les prolétaires d’un pays Contre les prolétaires
d’un autre pays, nécessite l’organisation internationale socialiste qui rappellera aux ouvriers quels sont leurs devoirs et évitera des luttes meurtrières dont les capi-
L’idée socialiste a déjà fait des progrès dans notre pays. Aux élections de 1876 nous n’avions obtenu que de 1878, nous en obtenions 85.000. Ces chiffres vous montrent qu’avant longtemps plusieurs cen laines de mille ouvriers seront rangés sous les drapeaux du Le citoyen SANIAL traduit son discours aux délégués - anglais et américains, lorsque le citoyen LAFARGUE Se (P. O. F.) s’élance à la tribune, qui est aussitôt envahie. Un colloque violent s’établit avec le président. Le citoyen LAFARGUE réclame la parole. Elle lui est accordée. Tumulte indescriptible sur la tribune. Le calme se rétablit peu à peu. Le citoyen LAFARGUE peut parler. Le citoyen LAFARGUE. — Citoyens, j’ai une protesta- tion à vous lire. La voici : D F S Attendu que la vérification des pouvoirs pour la section française avait été, par décision du Comité généraletpar voie de la presse, fixée à deux heures de l’après-midi; attendu que sans attendre l’heure fixée, dès ce matin et sans vérification aucune des pouvoirs, profitant de l’absence . d’un grand nombre de délégués, il a été procédé à la constitution d’un bureau n’ayant aucune qualité pour parler au nom de la délégation française Le Parti Ouvrier Français, le Parti Socialiste Révolutionnaire, l’Alliance communiste, la Fédération des syndicats de Saône-et-Loire, la Fédération autonome de Saône-etLoire, les Fédérations autonomes de la Haute-Saône, du Doubs et du Haut-Rhin protestent auprès de tous les partis le secrétaire, Guesde. Pour l’Alliance communiste : le secré- taire, Marchand. Pour la Fédération des syndicats ouvriers ds Saône-et-Loire : le secrétaire général, Chalot. Pour la Fédération autonome de Saône-et-Loire : le secrétaire général, Journoud. Pour les Fédérations du Doubs, Haute- Saône et Haut-Rhin : le secrétaire général, Perrin. 4 - La séance est levée. IL est deux heures et demie. Lés ‘44 — délégués quittent la salle au chant de l’Internationale.
Séance du lundi 24 septembre 1900
La séance est ouverte à dix heures quinze, sous la présidence du citoyen SINGER (Allemagne). Fa déclare que nous sommes tous d’accord pour estimer que le bureau qui a présidé la séance d’hier était ; essentiellement provisoire, qu’il importe donc que toutes les nationalités constituent immédiatement le bureau définitif; et, m’adressant spécialement à tous les camarades français des cinq organisations pré- .
_. sentes, je les invite à rester dans cette salle et à dési-
gner immédiatement leurs délégués au bureau du Congrès. Je les invite après cette séance de pure Ee. forme, qui ne durera que quelques minutes à peine, à se réunir dans cette salle, pendant que les autres nationa-
lités se réuniront également dans leurs locaux respec-
tifs, pour désigner également leurs délégués aux
l’issue de cette séance plénière, chaque nationalité
est invitée à désigner deux délégués par commission.
Les commissions se réuniront immédiatement, depuis
dix heures jusqu’à midi, et de deux heures à six. Tous
les membres du Congrès ont le droit d’assister, avec
à _ voix consultative, aux séances des commissions.
Je rappelle qu’au Congrès précédent, l’assemblée plénière ne s’était réunie que lorsqu’un des rapports avait été déjà présenté. Le citoyen FurNÉMoxr (Belgique). — Étant donné que nous avons douze questions à l’ordre du jour, et que nous n’avons déjà plus que trois jours devant nous, je propose de siéger le matin de dix heures à midiet le soir de deux à six heures. Malgré les protestations des délégués anglais qui . voudraient que les séances ne durassent que jusqu’à - à cinq heures, la proposition Furnémont est adoptée. Le citoyen PRÉSIDENT. — Voici deux dépêches que le k bureau du Congrès a reçues : : La première est de Nîmes Citoyens réunis nombre cinq cents pour fêter Maison du Peuple socialiste de Nimes adressent salut fraternel témoignage sympathie aux représentants du monde socialiste Le second télégramme de Carmaux du prolétariat international leurs salutations fraternelles. Font des vœux pour unité socialiste internationale, pour affranchissement humanité et chute société capitaliste, Æ pour qu’enfin justice et égalité règnent par société commu- E: Je propose que le Congrès admette en bloc l’ordre du jour provisoire et que les questions soient discutées et mises aux voix au fur et à mesure que les différentes Fi contre la méthode de travail proposée par le bureau: il est inadmissible qu’une commission nous apporte ici une opinion de quelques hommes, que nous aurons discuter ensuite, alors que le Congrès doit, lors de la
discussion générale, indiquer aux commissions dans quel sens les résolutions devront être présentées. IL TE n’est pas acceptable que le Congrès nous dise qu’il n’a pas le temps de procéder ainsi; la méthode que je propose n’est pas plus longue : lorsqu’une question . sera discutée, on nommera la commission qui aura à vous présenter son rapport sous forme de résolution, et on pourra ensuite discuter les autres questions. Alors, nous aurons bien l’opinion du Congrès, et pas seulement l’opinion d’une commission. (Applaudissements) -
proposition Fribourg, bien qu’en principe elle soit excellente; mais il faudrait, pour qu’elle soit applicable, s que le Congrès siégeât pendant trois mois. (Rires) Je mets aux voix la proposition du bureau. — Adoptée l’unanimité. Le citoyen PRÉSIDENT. — Je propose que la séance
plénière soit ajournée à deux heures, pour que les à différentes nationalités constituent les commissions et désignent des délégués au bureau définitif. A deux heures nôus commencerons les travaux réguliers du Congrès; j’espère qu’à cette heure-à, les camarades français seront arrivés à s’entendre. (Rires et applau- ne Le citoyen SECRÉTAIRE. — Dans la séance qu’elle a tenue à Bruxelles, la commission chargée de préparer l’ordre du jour du Congrès international l’a arrêté aux onze premiers points. Le Comité général français, après avoir pris l’avis des diverses nationalités, y a ajouté un douzième point, la grève générale. Afin d’éviter toute k discussion au sujet de l’irrégularité de cette décision, - je demanderai que le Congrès décide que le douzième ÿ point sera inscrit à l’ordre du jour. (Approbations)
Le citoyen PRÉSIDENT. — Il est entendu que lon . inscrit cette question à l’ordre du jour, sous réserve de
- la discuter. — Adopté. TÉÉRERE à Le citoyen Présipenr. — Il n’y a plus rien à l’ordre du jour de cette séance et nous pouvons la lever. Le citoyen FURNÉMONT. — Je dois indiquer ce quise passe au point de vue de la salle : les délégués ont à se réunir dans un local dont le patron de l’établissement m’a refusé la clef, sur l’ordre paraît-il du citoyen j Dubreuilh. (Exclamations sur certains bancs. — Voix nombreuses : Dubreuilh à la tribune) 3 4 m’occuper, pour mon compte, de la partie matérielle de l’organisation du Congrès; c’est le citoyen Boutié, 3 trésorier du Comité général, qui a loué la salle, et il va vous fournir des explications à cet égard. Le citoyen Bourié. (P. O. F.) — Quand nous sommes venus traiter, au nom de la commission d’organisation, 3 pour la location de la salle, le propriétaire a consenti de nous louer celle-ci et la petite salle annexe. Hier matin, j’avais demandé par faveur au propriétaire de la salle qu’il veuille bien consentir à nous louer la grande salle, afin que, quand nous sommes réunis avec les camarades étrangers, nous soyons tous plus à l’aise. Mais quand nous avons vu que la section française, qui avait pour devoir de se réunir ici, allait dans la grande salle voisine et en somme usurpait un droit qu’elle n’avait pas. (Violentes protestations sur un ee grand nombre de bancs. Tumulte) nous avons cru devoir nous en tenir au contrat et ne pas demander au propriétaire autre chose que ce qui était convenu. 7% La séance plénière. est levée à onze heures. Eee
Le La séance est ouverte par le citoyen Allemane. autres nationalités nous ont invités à accomplir deux actes; pour prendre part d’une façon régulière au Congrès international, nous avons à désigner un bureau définitif et à élire des membres pour les différentes Quelques camarades et moi, — qui pensons que si nous avions des explications à échanger, elles ne x devraient l’être que quand nous aurons terminé l’œuvre que nous avons à accomplir avec les camarades étrangers, — nous faisons à nos camarades français la pro-
- position suivante : Puisque nous avons le droit d’avoir mettre un nom pour chaque commission et les deux camarades qui auraient le plus de voix seraient ceux qui seraient nos délégués dans les commissions et au bureau. Je fais cette proposition parce que nous pen- s sons, mes amis et moi, que nous devons trouver un système qui nous permette d’aboutir — sans préjuger j en rien des idées de personne — pour le moment où nous devrons nous présenter devant nos camarades étrangers, afin de ne pas leur donner le spectacle de nos petites divisions. (Vive approbation) Si nous continuions à discuter au delà de la limite fixée, nos cama- rades étrangers pourraient nous dire que c’est à leur détriment que nous l’avons fait, parce que nous les avons empêchés d’accomplir une besvgne utile.
Le citoyen Présipexr. — Nous allons procéder au vote dans cès conditions. Êtes-vous d’avis que l’on mette treize chapeaux, douze pour les commissions et un pour le bureau et que chacune des fractions mette un nom? (Hésitation d’un grand nombre de délégués) 1
proposition Delory est acceptable; et les objections que paraissent y faire un certain nombre de camarades tiennent à ce qu’elle n’a pas été bien comprise. Le citoyen Delory propose, étant donné que nous avons droit de désigner deux membres pour chacune des - commissions, que chacun de nous ne vote que pour un nom. Cela donne, par conséquent, la certitude, à chacune des deux tendances qui divisent le Congrès, d’avoir un représentant. (Applaudissements) Dans ces conditions et pour éviter toute prolongation de lutte, je me rallie très volontiers, pour ma part, à la pro— Le citoyen GuEspe. — Voici la motion que je suis et d’un certain nombre de fédérations départementales
Décidés à remplir jusqu’au bout notre devoir international, nous proposons à la délégation française de suspendre tout conflit pendant la durée du Congrès international, et, FR: puisqu’il existe deux manières de concevoir l’action et la politique socialistes, d’attribuer à chacune de ces fractions, 254 sans rechercher où se trouve la majorité ou la minorité, “4 un président au bureau général et un délégué à chacune des douze commissions. /Bruit} FR
Si vous voulez que la lutte reprenne, vous n’avez qu’à repousser” cette proposition, que nous faisons pour “2 3 remplir notre devoir vis-à-vis des socialistes étrangers. ge (Applaudissements) C’est, en somme, la proposition És Delory, mais expliquée par un exposé de motifs. $ 4
Le citoyen Géraurr-Ricuanp. (F. S. R.) — Nous sommes aussi pénétrés que nos camarades de l’autre côté de la salle de notre devoir d’hospitalité à l’égard de la social-démocratie internationale; nous l’avons même seuls prouvé hier. (Vives interruptions du côté du P. O.F.) Je propose que, si la proposition Delory est acceptée, chacune des deux fractions en présence désigne de son côté ses délégués au bureau et aux commissions ; et nous éviterons ainsi toute sorte de conflit et toute sorte de confusion. (Nombreuses approbations)
Le citoyen DELoRY. — Pour ma part, je ne vois pas d’inconvénient à procéder comme le demande GéraultRichard; si j’avais proposé une autre procédure, c’était pour qu’il ne parût rien au dehors de nos divisions; nous admettons les deux manières de procéder, pourvu que nous ne fassions pas perdre de temps à nos camarades étrangers. (Applaudissements) Une fois qu’on
- aura accepté le principe, que les camarades qui consti- tuaient le bureau provisoire d’hier organisent le scrutin, afin de montrer que nous n’élevons à leur égard aucune
Le citoyen JAURËS. — Il n’est pas étonnant qu’une proposition relative à un mécanisme de vote, qui se produit sans avoir pu être examinée par les diverses et quelque hésitation. Pour moi, je tiens à répéter que j’adhère à la proposition Delory, parce qu’elle permet
à chacune des deux tendances ici représentées d’avoir la garantie certaine d’être, en effet, représentée dans les commissions et au bureau. Mais il me semble qu’il serait très dangereux de donner à ce vote la forme d’un
._ classement, d’une déchirure du Congrès. (Applaudissements sur certains bancs) Je trouve, en ce sens, qu’il est
n . très dangereux, comme paraît le proposer Gérault- PAS Re Richard, comme paraissent le proposer les considé- pertes rants de Guesde, d’attribuer à ce qu’on appelle chacune à des deux fractions le choix direct et explicite de ses représentants. Je préfère le système Delory, qui permet à chacune des tendances d’avoir des garanties, sans ‘à qu’il y ait une cassure officielle. (Applaudissements) È C’est pour cela que je me rallie à cette dernière proposition. Le citoyen GérAurr-RicHarp. — Je suis d’avis que nous acceptions tous la motion Delory ; mais c’est sur le mode de votation que je diffère avec Jaurès et qu’on ne semble pas avoir compris ma proposition : je demande que chacune des deux fractions nomme son délégué pour la présidence, et ses délégués pour les commissions. Je demanderai aussi, afin d’effacer toute trace de dissension, que la liste générale soit soumise la ratification de toute l’assemblée. Une voix. — Il ne doit pas être dit avant le vote qu’il existe des fractions du socialisme : il n’existe pas de fractions du socialisme français. Le citoyen PRÉSIDENT. — Je mets aux voix la proposition Delory, sans modification. _Le citoyen Decoryx. — Nous nous rallions très volon- ‘4 tiers, pour en finir, à la proposition Gérault-Richard. —
- Le citoyen Camérivar. (F. S. R.) — Nous voulons tous aller rapidement. Je suis partisan de la proposition Delory, mais j’estime que, pour aller rapidement, il faut, non pas voter comme l’indiquait le citoyen Delory, mais voter à mains levées. Nous n’avons qu’à désigner des deux côtés nos candidats. — Adopté l’unanimité. Une partie de l’assemblée acclame le nom du citoyen e
Renou(P.O.S.R.) comme président ; l’autre celui du Fe citoyen Vaillant. (P. S. R.) Ces deux noms, mis aux voix, sont acceptés à l’unanimité. Le vote est salué par les cris de : Vive la Commune! s La séance est suspendue et reprise à midi. ne successivement les noms des délégués choisis pour faire partie des commissions. Voici ces noms Première commission. — Exécution des décisions du Congrès. Recherche et application des moyens pratiques pour l’entente, l’organisation et l’action internationale des tra- vailleurs et des socialistes. — Marcel SemBAr et Hubert : e Deuxième commission. — Législation internationale du Res travail pour la limitation de la journée de travail. Discus- x sion sur la possibilité d’un minimum de salaire dans les divers pays. — GroussIER et MoREAU (des Omnibus). ze Troisième’ commission. — Des conditions nécessaires de laffranchissement du travail : a) constitution et action du He prolétariat organisé en parti de classe; b) expropriation ra politique et économique de la bourgeoisie; c} socialisation des moyens de production. — LAFARGUE et PoxARD, ! risme, suppression des armées permanentes. — VAILLANT PRES Cinquième commission. — La politique coloniale, — . Rozpes et LAGROSILLIÈRE. 3 ù Sixième commission. — Organisation des travailleurs . Septième commission. — La lutte pour le suffrage universel et la législation directe par le peuple. — LePAGEe et k . Huitième commission. — Socialisme communal, — DeLORY et FLAISSIÈRES. ee Neuvième commission. — La conquête des pouvoirs pu- blics et les alliances avec les partis bourgeois. — GUESDE » … et Jaurès. 2} Dixième commission. — Le Premier Mai. — Jourxoup et (1) Dans cette liste, le premier nom est celui d’un représentant de la gauche du Congrès (guesdistes, blanquistes et groupes alliés),
Onzième commission. — Les Trusts. — ARGYRIADÈS et ‘ Douzième commission. — La grève générale. — ZévAës et pe. Les résultats sont adoptés à l’unanimité, à mains ” levées, et salués par des acclamations. \ 4 La séance est levée à midi un quart. On se sépare au Bi chant de l’Internationale. Me. La séance est ouverte à deux heures quarante, sous Fe la présidence du citoyen Singer (Allemagne). “4 Le citoyen Présipenr. — Nous avons appris avec une grande satisfaction que les camarades français se sont mis d’accord pour le choix des présidents et des délé- gués aux commissions ; et nous sommes particulière- M ment heureux que lés citoyens Vaillant et Renou aient été élus présidents. (Vifs applaudissements) Voici la liste des membres du bureau élus par les sections (Cette liste est la même que pour la première séance.) ‘4 Le bureau a été unanime pour décider que chaque jour il y aurait deux présidents de nationalités diffé- rentes ; pour aujourd’hui, il a décidé que le citoyen Vaillant présiderait avec moi; pour demain ce seront les citoyens Andrea Costa et Hyndman. . Nous avons le plaisir d’annoncer que le Congrès sié-, 74 gera à partir de demain dans la grande salle, où nous serons bien mieux à notre aise. A nn (Le citoyen Vaillant prend place à la présidence, : salué par de longs applaudissements et des cris répétés Le citoyen Vaizzanr. (P. S. R.) — A mon tour, jé viens, au nom des socialistes français qui nous ont élus, - “# le citoyen Renou et moi, comme présidents français de cette assemblée, dire la solidarité profonde qui nous unit au socialisme international et à tous les amis venus de l’étranger, pour faire avec nous ce pacte nouveau plus fort encore, qui doit développer les progrès et amener le triomphe du socialisme. Citoyens, nous sommes heureux de retrouver ici beaucoup de ceux qui en 1889 étaient venus reconstituer, après la longue interruption que la réaction avait provoquée, ces congrès de l’Internationale reconstituée, congrès qui ont une si grande importance pour la fraternité entre socialistes des différentes nations.
Si nous sommes heureux de voir ici beaucoup de citoyens qui sont les vétérans du socialisme international, permettez-moi de faire, comme récemment les socialistes allemands au Congrès de Mayence, un retour en arrière sur ceux qui ne sont plus, et de dire avec quelle profonde tristesse les socialistes français ne voient plus dans les rangs du socialisme international celui qui a tant travaillé pour lui, notre doyen, celui qui a toujours été pour nous tous un modèle etunexemple notre ami Liebknecht. (Vive approbation) Citoyens, en reportant nos souvenirs vers l’homme qui a tant lutté pour la cause commune, ce n’est pas seulement un homme que nous honorons, mais tous ceux qui ont lutté pour le socialisme international, pour l’affranchissement du prolétariat, personnifié par celui qui a tant fait pour cette grande cause.
Quelles que soient les divisions, quelles que soient les nuances particulières qui peuvent nous séparer, quand nous voyons le grand but qui.est devant nous, l’œuvre d’affranchissement qu’il y a à opérer, toutes les discordes cessent pour y parvenir, car nous voulons que les bataillons français luttent à côté des autres, dans
à _ l’armée socialiste internationale. (Applauà issements fe PU Nous nous réunissons aujourd’hui dans des circon he c stances tout à fait caractéristiques : jamais, depuis qu’il y a des Congrès internationaux, nous n’avons vu la ne L bourgeoisie si bas et jamais les circonstances n’ont Dre mieux caractérisé son impuissance politique et écono4 F mique, sa déchéance, tandis qu’au contraire jamais le parti socialiste international n’a été aussi puissant,
_ aussi plein de courage qu’à l’heure actuelle. Nous a à devons donc être certains, en acclamant le socialisme à s international, que dans les luttes qui s’engagent, le #à socialisme triomphera ! (Applaudissemenis unanimes. à — Cris répétés de : Vive la Commune !à gauche,et Vive . j l’unité ! à droite) 1 #4 Le citoyen PRÉSIDENT. — Nous allons procéder, tout d’abord, à la vérification des mandais : les règles pour Eu cette vérification ont été fixées par le Congrès de Lon- à dres ; les vérifications sont faites par les nationalités respectives ; il n’y a de discussions en séance plénière . ee”. que pour les mandats contestés. “4 Le citoyen Delory, rapporteur de la commission de vérification des mandats pour la France, a la parole. Le citoyen DELory. (P. O. F.) — Je prie les camarades français de ne pas trouver, dans les quelques exEx plications que je serai obligé de fournir, une idée de (on Nous nous sommes réunis hier, dans l’après-midi (1), 4 et les organisations présentes ont accepté la proposition 40e suivante : puisqu’il était diflicile dans l’état actuel de Ja délégation française d’avoir exactement les mandats fi Ne (1) En réunion particulière de la gauche française. Le discours de ‘4 é è * Delory ne s’entend que d’après cette réunion particulière. ‘à
déposés par tous, nous avons décidé de nous en rapporter à la commission de vérification pour le Congrès national et de prendre les mandats déposés, défalcation faite de ceux réservés ; les mandats acceptés par cette première commission étaient considérés par nous comme valables. Voici les résultats pour les organisations présentes hier Fédération autonome de Saône-et-Loire. Fédération des syndicats ouvriers de mandats représentés par 473 délégués.
Nous consentons même à ne pas discuter sur les
Nous avons fait le même travail pour les organisations non représentées hier, avec les chiffres du Comité général; mais nous pourrions nommer une commission composée de deux délégués par association pour examiner les mandats réservés ; ou alors, afin d’aller plus vite, comme nous n’avons pas, devant nos cama- ) rades étrangers, intérêt à nous présenter avec une quantité énorme de mandats, nous accepterions denous présenter au Congrès international seulement avec les mandats acceptés par la première commission, et tout le reste serait réservé pour notre Congrès général. Si cette manière de procéder était admise, d’après tous les renseignements que nous avons obtenus, il y aurait actuellement pour la France 2.268 mandats acceptés.
Le citoyen Brianp. (F.S.R.)—Je ne suis pas comme notre camarade Delory : je ne me présente pas aunom
de la section française toutentière ; nous ne nous atten dions pas à ce que notre camarade Delory fitunrap ne port d’ensemble, dans lequel il semblerait, après avoir à formulé une déclaration de conciliation, à laquelle nous adhérons pleinement, faire devant le Congrès certaines de la Fédération des travailleurs socialistes, d’un cer- tain nombre de Fédérations autonomes, de syndicats } et de coopératives ont compris que dans la section fran- à ù çaise l’accord s’était fait ce matin, complet et sans réserve, conformément à une décision du Comité géné- Ë ni: ral sur laquelle il est impossible d’épiloguer. Etant donA nées les conditions dans lesquelles le Congrès inter- à national a été organisé, le Comité général a jugé qu’il Ÿ à était impossible de procéder à une validation, à un ‘à examen détaillé des mandats; les conditions d’admis- F sion pour le Congrès international n’étant pas les mêmes que pour le Congrès national, il a été décidé dans le sein du Comité général que chaque organisation validerait ‘4
‘+ ses mandats d’une manière globale; et ce matin, dans la section française, nous avons été unanimes à choisir nos délégués en commun, sans réserve. Nous nous étonnons simplement que notre camarade Delory vienne en he formuler à cette tribune : nous nous rangeons à la décision du Comité général, et nous disons : Tous nos man dats sans exception sont portés au Congrès internatio- nal ; ils ont été acceptés par anticipation, par une déciju sion du Comité général. (Vifs applaudissements Le citoyen PRÉSIDENT. — Après délibération avec mes “ ‘ camarades du bureau, je déclare que tous les mandats Hé français ont été reconnus valables par le Congrès. (ApNe plaudissements) k
Le citoyen PRÉSIDENT. — Les organisations politiques d’Allemagne sont représentées ici par quarante-cinq délégués, comprenant entre autres deux femmes. Les femmes socialistes allemandes sont représentées par deux autres femmes déléguées. La fraction parlementaire du parti socialiste est représentée par deux délégués; les syndicats ouvriers par huit. En somme, la délégation allemande comprend cinquante-sept délégués, dont les mandats ont été reconnus valables,
Le délégué de l’Angleterre Lee. (1) — Je constate que les fédérations” socialistes d’Angleterre, ainsi que les Trade-Unions ont délégué quatre-vingt-quinze camarades au Congrès international. Je déclare que leurs mandats sont valables et acceptés par tous. (Applaudissements)
vérification des mandats de la délégation anglaise et je suis désireux de faire remarquer au Congrès que la délégation anglaise aurait été beaucoup plus nombreuse si le gouvernement n’avait pas dernièrement dissous la Chambre des Communes, et si nous n’étions, en ce moment, en période d’élections générales. Ceux qui auraient pu être délégués à ce Congrès sont des candidats qui font la guerre contre la guerre. (Vifs
Le délégué de l’Autriche KarPeLEs. — J’indique que pour l’Autriche, c’est la même chose que pour l’Angleterre : on vient de dissoudre le Parlement; le Parti socialiste doit se préparer à la campagne électorale qui va bientôt s’ouvrir, et il a été dans la nécessité de retenir
() De la Social-democratic Federation (parti de Hyndman).
(2) De l’Independent Labour Party (parti de Keir Hardie).
une certaine partie de ses forces dans le pays. La délé gation autrichienne est composée de dix délégués les organisations politiques en comptent cinq, les syndic: ts ET ë. k ouvriers deux, les groupes ouvriers des différentes \ 4 An industries en comptent trois. Il n’y a pas eu de con testations en ce qui concerne leurs mandats, qui ont Ér tous été acceptés. (Applaudissements) TR ee Le délégué de l’Italie Enrico FERRI. — En ce qui à concerne l’Italie, le Parti socialiste se trouve dans la nécessité de se réorganiser dans tout le pays, après à deux ans de réaction sanglante, réactionnaire et jésui- É tique ensuite. (Applaudissements) C’est pour cette 4 À ‘À raison que le Parti socialiste italien n’a pu envoyer que a dix Deus des Bronpes poRtiques des rome au ve nomiques, les syndicats, en Italie, n’ont pas la liberté “À x d’adhérer au parti socialiste, quoi qu’ils y adhèrent à d’âme et de foi. (Nouveaux applaudissements) Nous avons dans la délégation : cinq députés au Parlement, cinq autres délégués pour les groupes politiques; un “ pour l’Union socialiste des Italiens en Suisse, ettrois ‘a autres pour les autres groupes socialistes italiens de 7} Paris, de Nogent et d’Ivry; en tout, quatorze délégués pour le Parti socialiste italien, qui, lui, est unifié. ä x Le délégué de la Belgique Furwémonr. — Le Parti Ouvrier Belge est représenté au Congrès partrente-sept délégués représentant l’ensemble des organisations poli- À ‘# tiques, économiques, coopératives et cercles d’études hi sociales. Parmi ces délégués, on trouve plusieurs “ citoyennes et cinq membres du Parlement. he Le délégué de la Russie DanEvircH. — Vous conNe naissez tous les difficultés énormes qui barrent la route au mouvement socialiste russe; vous comprenez par +3 conséquent que la Russie ne pouvait pas envoyer une - co délégation nombreuse. Néanmoins, nous sommes arrivés
à envoyer vingt-neuf mandats, et vingt-trois délégués, (Applaudissements) neuf pour le Parti démocratesocialiste révolutionnaire, douze pour l’Union des ouvriers israélites, cinq pour les Révolutionnaires et trois pour les Socialistes-révolutionnaires. Tous les mandats ont été validés.
Le délégué de la Pologne Daszyxski. — Vous savez aussi les grandes difficultés que rencontre le socialisme en Pologne, pour s’organiser, pour donner des mandats valables et pour remplir toutes les formalités.
Conformément aux décisions du Congrès de Londres, je ferai connaître les mandats contestés, qui seuls devront venir en discussion. Il y a en tout vingt délé- gués avec vingt-quatre mandats. La section a validé les confiés à trois délégués ont été contestés. II n’y a aucun doute à émettre sur l’honnêteté et la sincérité des sentiments socialistes de ces délégués, mais leurs mandats ne sont pas faits selon les formes prescrites.
Une voix dans les tribunes. — Vous en avez menti !
Le citoyen Daszynski. — Une citoyenne ayant deux mandats, ayant en même temps des mandats pour Allemagne, s’est contentée de les faire vérifier par la section allemande; afin d’éviter une perte de temps au Congrès, je propose de renvoyer ces deux mandats, ainsi que les trois autres contestés, à l’examen du Congrès, qui décidera.
Les mandats acceptés sont ratifiés.
La citoyenne Rosa LuxEMBuRG. (1) — C’est avec la plus profonde douleur que je me vois obligée de vous soumettre encore les plaintes de mes camarades contre
(1) La citoyenne Rosa Luxemburg a parlé en français.
mar la majorité des délégués polonais. Ce n’est . d ailleurs Go. NE ! pas la première fois qu’on va scandaliser un Congrès pre international socialiste, par le spectacle des discordes et des animosités qui existent au sein de la délégation polonaise. Vous avez certainement tous, citoyens, gardé “ le souvenir des querelles qui s’élevèrent sur les man- dats polonais au Congrès international de Zurich en
aujourd’hui encore, la majorité des délégués polonais veut abuser de ses droits monopolisés et essaie de
i dégrader la Pologne socialiste devant le monde entier. s k Il ne s’agit point ici de formalités, ni d’irrégularités, ni même de doute sur la validité des mandats contes- tés ; il s’agit au fond de controverses de programme, de tactique, de politique socialistes. Vous savez tous qu’il y a dans le mouvement socialiste polonais deux courants. (1) D’une part, les socialistes purement internationalistes, qui acceptent l’annexion, et qui veulent marcher la main dans la main avec leurs frères de tous les pays, sans s’occuper du malheureux partage qui s’est opéré entre la Russie, l’Allemagne et
‘ l’Autriche ; ce sont mes amis et moi quiavons l’honneur
dereprésenter cette fraction. D’autrepart, lessocialistes plus ou moins nationalistes, qui suivent avant tout le plan utopique et fantaisiste de la reconstitution de la Pologne. C’est précisément contre cette utopie nuisible, M k (1) Dans les Congrès internationaux on vote par nations; maison r24 admet l’existence de nations que ne connaît pas la géographie poliPA tique; c’est ainsi que la Bohême constitue une nation. Mais comment faut-il interpréter l’existence de ces unités ? Faut-il y voir la reconFF naissance de droits historiques latents d’États qui pourraientrenaître ? M. Ou bien faut-il y voir seulement la reconnaissance de langues diffé- M k: rentes? Pour la Pologne les deux solutions sont fort éloignées l’une i de l’autre. — Au Congrès de Londres, en 1896, Adler avait affirmé la Fe deuxième solution et dit qu’il y a en Autriche quatrelangues, formant 3 1 quatre unités ayant droit à Ja représentation. (Hamon, le Socialisme et le Congrès de Londres, page 134.) 2
contre cette tendance nationaliste que nous luttons énergiquement, convaincus que le prolétariat n’est pas en état de changer la géographie politique et capitaliste, ni de reconstruire des Étais bourgeois, mais qu’il est contraint de s’organiser sur les bases politiques existantes, créées historiquement, pour réaliser la conquête du pouvoir socialiste et la République sociale, (Applaudissements) qui seule pourra délivrer le prolé- tariat du monde entier. Dans toutes nos rencontres sur le champ des principes et des théories, ce sont toujours eux, les socialistes nationalistes, qui sont obligés de capituler; ce sont eux-mêmes qui se mettent en fuite; battus, ils n’osent plus nous rencontrer en plein jour et il ne leur reste comme moyen de lutte contre nous que l’intrigue et la calomnie. Fidèles au principe de la politique jésuitique, quele but consacre et légitime les moyens, ils cherchent à nous frapper dans le dos; ils cherchent à nous calomnier, disant que nous sommes au service de la police, les porte-parole de la politique germanisatrice du gouvernement,; ils cherchent à venir aux Congrès socialistes en nombre assez grand pour former la majorité et mettre à la porte, de la façon la plus simple et la plus commode,
D’ailleurs, citoyens, il ne s’agit point ici de donner la possibilité à mes deux amis et moi, dont les mandats étaient contestés, d’assister aux délibérations du Congrès. Moi, fidèle à mes principes de socialisme international, j’appartiens aussi à la délégation allemande j’y suis et j’y reste! (Applaudissements) Mais il s’agit
- des prolétaires polonais dépossédés de délégués de la Haute-Silésie et de Varsovie, qui veulent participer aux délibérations de leurs frères du monde entier et qui y ont droit; il s’agit ensuite des principes de la justice
et de l’honneur socialistes. Croyez-moi, itoyens, j’ai la gorge pleine de larmes d’être obligée de vous dé aoncer /11a3 ici les procédés honteux de mes camarades polonais. \ x Ex Ê Comment ! nous nous sommes réunis ici pour délibérer à ‘ des voies et moyens de lutte; comment! nous nous Fe sommes réunis peur délivrer l’humanité de la morale à bourgeoise et des mensonges dogmatiques, et nous avons recours entre nous aux mêmes procédés ! Qu’ils ‘4 aient honte, qu’ils rougissent, ceux qui viennent aux délibérations sur les questions les plus pures, les plus Û nobles de l’humanité, avec la morale de la bourgeoisie et avec la mauvaise foi des jésuites ! (Vifs applaudisse- ! à ments). Je leur donne l’assurance de mon mépris le plus profond, et je les dénonce au monde socialiste tout je entier comme indignes du nom honorable de polonais et de socialiste! Quant à vous, citoyens, je vous prie de valider à l’unanimité tous les cinq mandats contestés, l qui se trouvent entre les mains de socialistes sincères. (Nouveaux applaudissements) Vous montrerez ainsi à ces h 3$ socialistes que l’idéalde notre cause n’estpas seulement +4 légalité économique et la liberté politique, mais qu’il est fait encore des principes essentiels de la bonne foi, de la j justice et de la fraternité! (Applaudissements prolongés) Le citoyen PrÉsIDENT. — Je donne la parole au citoyen Adler; puis je la donnerai au camarade Daszynski. Le citoyen ApLer (Autriche). (1) — Il n’y a pas lieu d’examiner en séance publique du Congrès la questionx de mandats qui divise les deux fractions polonaises; 4 <‘est au bureau à trancher la question, en vertu d’une ‘ décision antérieure ; etille fera dans leplus large esprit ea de conciliation. (@) Exceptionnellement ce’ discours a été traduit par le citoyen.
Si j’ai demandé la parole, c’est parce qu’au sujet d’une vérification de mandats, la citoyenne Rosa Luxemburg a prononcé des paroles que je considère comme absolument calomnieuses à l’égard de Daszynski et des autres camarades polonais. Au nom de la délégation autrichienne, je déclare que c’est toujours de cœur et d’âme que j’ai combattu sur le terrain de l’internationalisme avec les prétendus nationalistes dont on a parlé, qui sont de fidèles compagnons. Les différends qui existent entre nos camarades polonais sont des différends de nature essentiellement métaphysique, auxquels, en tant que théoricien, j’attache une réelle importance, mais auxquels, en tant qu’hommes d’action, nous ne devons attacher qu’une importance très secondaire. Sans me livrer à aucune attaque contre la citoyenne Rosa Luxemburg, je prends de toute mon énergie la défense des camarades polonais, auxquels on vient d’adresser l’épithète de nationalistes, ce qui, dans une assemblée de socialistes français, est l’accusation la plus flétris- ! sante que l’on puisse imaginer. (Vifs applaudissements)
Je vous demande donc de laisser au bureau le soin de trancher cette question d’ordre réglementaire et de constater que, malgré les différends qui existent entre nos frères de Pologne, ce sont tous des socialistes internationalistes, profondément dévoués à la cause
(Daszynski voulant prendre la parole, le délégué anglais Hyndman proteste contre cette discussion de mandats; d’autres délégués anglais se joignent à lui.)
Le citoyen Daszynski. — Je fais observer que lorsque j’ai traité cette question des mandats, je me suis dispensé d’attaquer ou d’injurier la fraction adverse du parti socialiste polonais. J’ai fait mon devoir en agissant ainsi et en déclarant objectivement que ces
mandats pour des raisons sérieuses n’avaient p: as été el { validés. Je n’ai pas de phrases à faire pour prouver » qu Et nous sommes de bons internationalistes qu’on a calomAR niés ; notre travail de quinze années, incessant et paci fique, avec les socialistes de tous les pays, le prouve. Je suis membre du groupe parlementaire socialiste autrix , chien et j’ai eu l’honneur d’être élu président de cette ‘4 fraction par des socialistes de plusieurs nationalités. à (Les délégués anglais se lèvent et protestent à nouveau j énergiquement contre cette discussion.) Le citoyen Hyxpman (Angleterre). — Nous deman- ‘4 dons que toutes les contestations du genre de celle-ci soient tranchées par le bureau. - à ex Le citoyen VANDERVELDE (Belgique). — Le Congrès de Londres, constatant que ces questions de vérifica- tions de mandats lui faisaient perdre un temps précieux, j — et vous le constatez vous-mêmes — a décidé formel à lement qu’à l’avenir elles seraient tranchées en dernier *S ressort par le bureau. Dès lors, ilme semble qu’ilnya pas lieu de mettre aux voix la proposition du camarade x è Hyndman. Nous devons mettre à exécution les déci- À sions du Congrès de Londres. La citoyenne Rosa LuxEMBuRG fait savoir qu’elle accepte le renvoi au bureau. “14 Le citoyen PRÉSIDENT. — La question sera donc réglée k par le bureau. la Bohème sont représentés ici par deux délégués, au pe, nom des organisations politiques et syndicales. Lesst ‘ mandats ont été vérifiés et trouvés en règle. S’il n’y a a ; pas plus de délégués pour la Bohême, c’est parce que me le Parti socialiste a besoin là-bas de toutes ses forces pour organiser la lutte.en vue des nouvelles élections. Le délégué de la Suisse. — Le Parti socialiste suisse
et d’autres organisations cantonales et locales sont représentés par onze mandats et dix délégués; tous les mandats sont en règle, et il n’y a eu aucune contestation.
Le délégué du Danemark Knupsex. — Le Parti socialiste danois est représenté à ce Congrès par dix-neuf délégués : trois représentent les sections de l’organisation politique socialiste; trois représentent les organisations syndicales; trois représentent deux autres organisations ; il y a un délégué des coopératives des boulangers et bouchers, deux délégués pour les ouvriers auxiliaires; les autres mandats sont pour les mouleurs et chauffeurs, la marine, les ouvriers du port. Alors que nous n’avions envoyé que neuf délégués au Congrès de Londres, nous avons pu en envoyer cette fois-ci dixneuf; vous voyez que malgré le récent lock-out nous avons fait des progrès en fait de socialisme international.
Le délégué de la Hollande Vax Koz. — Le Parti démocrate-socialiste de la Hollande est représenté par neuf
délégués, représentant neuf mandats, qui ont tous été validés, et nous sommes heureux de pouvoir dire que les mandats hollandais n’ont pas d’histoire. (Applaudissements)
Le délégué de l’Espagne Paco IGLest4s.— La délégation espagnole est composée de quatre délégués : trois du Parti Ouvrier Socialiste et un de l’Union générale des travailleurs, qui comprend cent vingt-six syndicats.
Le délégué de la Suède MExANDER. — Le parti socialiste a trois délégués : deux pour le Parti socialiste et un pour la Fédération des travailleurs du transport; ces trois mandats ont été validés.
Le délégué des États-Unis SanraL. — Le Parti Ouvrier
ÿ Socialiste des États-Unis est représenté par six délé-
gués : un délégué général élu par le Parti tout entier, quatre délégués des différents États, un délégué po la K Trade and Labour Alliance. Le Parti Ouvrier Socialiste me. De: Américain et la Trade and Labour Alliance viennent de reconstituer, de fond en comble, le mouvement écono- de à mique et syndical sur de véritables bases socialistes, s, afin d’être à même de lutter contre la puissance capitaliste qui s’élève en Amérique. Le Parti Socialiste F Américain envoie donc six délégués. Mais il paraît qu’il y a une autre organisation qui a pris le nom honoré de la Social-démocratie et qui veut se faire représenter ici par des hommes qui ont été expulsés du Parti ÿ Ouvrier Socialiste. L’importance de l’unité, en Amé- rique, est aujourd’hui très grande… (Les Anglais é donnent des marques d’impatience) Le Parti Socialiste. à Américain est un fort parti discipliné, mais où la discipline part d’en bas et s’impose d’elle-même. Ne Avant d’admettre quelqu’un dans le Parti Socialiste, nous nous assurons qu’il a des intentions honnêtes et à qu’il est vraiment socialiste. Puis, s’il commet un délit quelconque contre le socialisme, par un vote général
du Parti, et non par l’action de certains hommes, par le DEA” référendum, par un vote qui s’opère de l’Atlantique au Pacifique et des grands lacs du Nord au golfe du i Mexique, il peut être définitivement exclu. (Nouveaux
socialistes sincères qui ait le moindre prétexte pour Fe tâcher de former un parti en dehors de ce grand parti.
: & (Marques de vive impatience des délégués anglais) Mais,
| ainsi que je l’indiquais, nous avons été dans l’obligation
‘% < de répudier certaines personnes qui avaient des prin-\
LR Le citoyen Hynpmax. — Cette discussion regarde le
bureau. Nous ne pouvons admettre qu’elle dure plus
Le citoyen PRÉSIDENT. — Je déclare close cette
Parti argentin est représenté pour la première fois dans un Congrès international; ses ressources sont trop minimes pour avoir plusieurs délégués; mais quoique jeune et pauvre, le parti socialiste argentin peut être donné en exemple à nos camarades les socialistes français, car les syndicats et groupes socialistes argentins, composés de citoyens appartenant à toutes les nationalités du monde, marchent étroitement unis la main dans la main vers l’idéal commun : la transformation de la propriété individuelle en propriété collective.
Une voix du P. O. F.— Cela ne suñlit pas! Le Dérécué. — Et nous poursuivons cette transformation par tous les moyens, même les plus révolutionnaires.
Bulgare a tenu cette année son premier Congrès socialiste national. Il compte soixante et un comités; le Parti a organisé pendant l’année qui vient de s’écouler deux cent quatre-vingt-une conférences socialistes et
Le citoyen JAURÈS fait savoir que trois mandats lui ont été confiés pour le Portugal.
Le délégué de l”IRLANDE. (1) — L’Irlande a envoyé
(1) A Londres, l’Irlande ne formait pas encore une nation distincte de l’Angleterre. L’humoriste B. Shaw représentait un groupe de Dublin (il a été un des fondateurs de la Société fabienne); quand la France fut divisée en deux sections, il demanda en riant « à former la section nationale d’Irlande ». (Hamon. Op. cit., page 142.) La séparation de l’Irlande n’est pas fondée sur les mêmes raisons que celles
ne. trois délégués, et c’est là l’indication d’un grandpr ogrès, de voir que dans un pays aussi malheureux, aussi “160 retardataire, un pays d’agriculture, dépourvu de resLe sources comme l’Irlande, aient pu se développer et mn se former des associations socialistes. À Nord de l’Europe, je viens vous exprimer nos senF timents de solidarité. Aux élections générales, il ya quelques jours, nous avons pu obtenir un nombre élevé j de voix, et l’idée socialiste se propage partout. Nous à espérons acquérir quelque chose de l’esprit pratique et d’organisation que l’on trouve en Angleterre et quelque s chose de l’esprit vif et brillant qu’on trouve en France! « Le citoyen PRÉSIDENT. — Nous avons reçu le télé- . Les socialistes roumains regrettant de ne pouvoir participer au Congrès international des socialistes, envoient aux É Nous avons également reçu des télégrammes de féli- “citations et d’adhésion du Conseil de la Social-démo-” cratie d’Écosse et de l’Union générale des travailleurs espagnols. Le Conseil général des Jeunes Gardes socia-” listes belges me prie d’annoncer aux délégués des Jeunesses qui sont ici que le Congrès international des Jeunesses socialistes s’ouvrira, ce soir, à la Maison du Î Peuple, rue Ramey. (Applaudissements) Les commis= de” sions vont se réunir pour arrêter leur méthode de 8 1 La séance est levée. A la sortie, une quête est fe ite Li. pour les grévistes de Giromagny. de () A Londres, la Roumanie était représentée; mais depuis cette ‘ époque il y a eu beaucoup de divisions dans le parti roumain. Séance du mardi 25 septembre 1900
La séance est ouverte à dix heures un quart sous la présidence du citoyen Andrea Costa (Italie), assisté du citoyen Hyndman (Angleterre). (1)
Le citoyen SecrÉrAIRE. — Nous avons reçu une dé- pêche des socialistes hollandais et espagnols saluant le prolétariat universel et criant : Vive l’Internationale!
Le citoyen PRÉSIDENT. — Le bureau s’est réuni ce matin et, après avoir entendu un délégué de chacune des deux opinions, il a résolu d’admettre tous les mandats de la section américaine. (Approbation) Il a également admis tous les mandats de Pologne. (Vifs applaudissements) La séance de demain sera présidée par les citoyens Vandervelde (Belgique) et Adler (Autriche).
La première question à l’ordre du jour est la mise exécution des décisions des Congrès antérieurs. Au premier rang de ces décisions figure la recherche et l’application des moyens pratiques pour l’entente, l’organisation et l’action internationale des travailleurs et des socialistés. Je donne la parole au rapporteur, le
Le citoyen Van Ko (Hollande). (2) — Dans notre
@) De la Social-democratic Federation.
pseudonyme de Rienzi; il avait été obligé d’employer un pseudonyme en un temps où il était fonctionnaire du gouvernement hollandaïs aux Indes. (Voir de lui Socialisme et Liberté, publié en 1898 chez Giard et Brière.)
Je commission, où étaient présents les délégués de tous fé les pays représentés à ce Congrès, il y a eu una n mité ai, sur le principe de l’utilité inévitable d’avoir un organe permanent international, afin de traduire en actes les résolutions qui ont été prises dans les différents Congrès. Comme la lutte devient de plus en plus 3 33 acharnée de la part de l’Internationale des capitalistes, à il est urgent d’organiser l’Internationale du prolétariat. é Si l’on veut agiter les masses profondes qui restent encore loin du socialisme, si on veut faire une propa- ÿ gande gigantesque dans tous les pays, pour arriver à » faire dominer la volonté du prolétariat, il faut créer cet È Nous avons, comme première obligation, à créer un comité qui fera son possible pour arriver à une meilHe leure organisation des Congrès afin de faire un bon travail et de donner plus de facilité aux nombreux membres qui viennent de toutes les parties du monde pour travailler à la cause du socialisme. Pour exécuter Res les résolutions prises dans les Congrès, il faudra un taie comité permanent international, qui sera un lien cen- “ tral unissant toutes les tendances vers le même but, voulant passer par des chemins divers, composé de délégués de tous les pays; ce comité formulera l’ordre du jour des Congrès et demandera des rapports, pour Eu chaque question à l’ordre du jour, à chaque nationali! Avec la création du comité (r) s’imposera la charge d’un secrétaire général salarié, ayant pour mission de 1% procurer à chacun les renseignements nécessaires, de rédiger un code explicatif des résolutions prises aux +5 () Le principe d’un comité permanent avait été voté à Londres” à (Hamon. Op. cit., page 164 et page 267.) è
Congrès, de distribuer des rapports ayant trait au
mouvement socialiste de tous les pays, de publier un , aperçu général des questions à l’ordre du jour. De cette façon, nous pouvons être certains que nous ne parle-
rons plus dans le vide, mais que nous ferons véritable- .
ment œuvre utile. Le même secrétaire général aura publier un manifeste sur les questions politiques im- portantes pour le mouvement international et devra
prendre toutes les mesures d’action et d’organisation internationale du prolétariat.
Sur la question théorique, il n’y a pas eu diversité d’opinions; mais sur la manière de choisir les délégués, sur l’endroit où se réunira le comité international, sur la question financière, nous avons beaucoup discuté. En ce qui concerne les frais, il a été décidé qu’ils seraient acquittés par les différentes nations d’une manière dont le détail sera donné plus loin.
Quelques arguments sufliront pour vous convaincre de l’urgence absolue de créer cet organe central. Nous n’avons pas à craindre que le comité permanent ait le sort du Comité général de l’ancienne Internationale; é nous vivons dans des temps très différents. Le Comité is général de l’Internationale exprimait le rêve de quelques penseurs et non point une réalité vivante. Ils avaient donné une forme trop ample à une idée trop jeune; mais actuellement le socialisme grandit tous les jours, et ce n’est plus l’enfant chétif qu’il était alors, s’affaissant sous des vêtements trop lourds; c’est la femme robuste, aux puissantes mamelles, qui a besoin d’un double corset élastique pour contenir les formes toujours grandissantes du mouvement international. (Applaudissements)
Cette création ne sera que l’embryon d’une organisation plus puissante que nous tàcherons de créer, si vous
voulez bien accepter de prendre la résolution suivante, Par qui a été formulée à l’unanimité des membres de la LR Le Congrès international socialiste de Paris, considérant qu’il importe aux Congrès internationaux, destinés à deveEt nir le Parlement du prolétariat, de prendre les résolutions - qui guideront le prolétariat du monde entier dans sa lutte pour la délivrance; que ces résolutions, résultats de l’en- de prendre les mesures suivantes : *4 1° Un comité d’organisation sera nommé, aussi vite que possible, par les organisations socialistes du pays où se tiendra le prochain Congrès ; à 2° Un comité permanent international, ayant un délégué pour chaque pays, sera formé et disposera des fonds néces- M saires. Il arrêtera l’ordre du jour du Congrès suivant et demandera des rapports sur les questions à l’ordre du jour 3° Ce comité choisira un secrétaire général] salarié, chargé: a) de procurer les informations nécessaires ; b) de rédiger un compte rendu explicatif des résolutions prises aux Con-… grès antérieurs; c) de distribuer les rapports sur le mouve-M ment socialiste de chaque pays, deux mois avant le Congrè nouveau ; d) d’établir un aperçu général des rapports sur les questions à discuter au Congrès ; e) de publier de temps en temps des brochures, des manifestes sur les questions d’actualité et d’intérêt général ainsi que sur les réformes impor tantes, et des études sur les graves questions politiquestet. économiques ; f) de prendre les mesures nécessaires pou » favoriser l’action et l’organisation internationale du pro Lé- ù tariat dans tous les pays. Voilà, citoyens, la résolution que la première commis= sion vous propose ; j’espère, de tout mon cœur, que l’accepterez ; vous créerez là le germe d’une forte orgæ nisation qui est appelée à un grand avenir; vous plans terez ainsi l’arbrisseau qui grandira et deviendra ui chêne grand et robuste, à l’ombre duquel se rencontre ront les militants de tous les pays et où ils viendron
puiser un élan nouveau, une force nouvelle pour les combats nouveaux, destinés à aboutir à la conquête du monde capitaliste. Au haut de cet arbre, vous verrez flotter le drapeau rouge de l’Internationale, l’oriflamme du prolétariat mondial, pour lequel tant des nôtres ont déjà combattu et sont tombés! (Vifs applaudissements)
En bon socialiste et en mauvais financier, j’allais oublier la chose principale ; j’ai parlé de la question théorique, mais je n’ai pas traité la question pratique la question d’argent. A cet égard, nous avons eu de longues discussions. Finalement, nous avons pensé que pour créer ce comité permanent, il nous suflirait, pour s commencer, d’une somme de dix mille francs pour avoir un secrétaire salarié et faire face aux autres frais : frais ‘ de local, de correspondance, de traduction, etc. Nous avons estimé que cette somme pouvait être réunie ; nous avons fait une liste des dix pays qui interviendraient pour la plus grande part, parce qu’en raison de leur nombre d’adhérents, leur effort financier peut être plus important ; ce sont : la France, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Autriche, la Belgique, l’Italie, la Hollande, le Danemark, la Suisse, les États-Unis, qui pourraient donner chacun huit cents francs, ce qui fait huit mille francs. Il a été décidé, en outre, que les autres pays, dont les organisations ne sont pas encore développées, seraient chargés de fournir chacun deux cents francs, soit les deux mille francs restant à couvrir.
Le citoyen Surru (Angleterre). (1) — J’estime que les dix mille francs ne serviront qu’à démontrer qu’ils sont absolument insuflisants ; car les frais de publications, de
(1) De la Social-democratic Federation. Rappelons qu’il était
2 | voyage et autres nécessiteraient beaucoup plus que cela. Ce n’est pas dix mille francs qu’il nous aud ait, mais cent mille ou même cinq cent mille francs. Eh. bien, on peut facilement arriver à réunir cette somme Fa toutes les personnes qui sont socialistes se disent inter- nationalistes ; eh bien, il suffirait de demander à chaque personne voulant adhérer à une organisation socialiste quelconque de verser avant toute cotisation celle dédix « ; centimes pour le comité international. Comme les orga-… nisations comprennent déjà en France plusieurs centaines de mille adhérents et comme il y a des millions 4f de socialistes en Europe, avec dix centimes par année et par personne, on arriverait à réunir des sommes con- À Le citoyen ANSEELE (Belgique). — Je crois qu’il serait bon de ne pas perdre trop de temps à discuter cette ques=« ô tion et, pour y arriver, je fais la proposition suivante qu’on vote d’abord immédiatement sans discussion Sur la question de principe. Le Congrès veut-il le secréta= ê riat international, oui ou non ? Deuxième vote : Le Congrès accepte-il la somme de dix mille francs à réunir par les différents pays ? Troisième vote : Quel sera e pays où devra siéger le secrétariat ? s j Nous pourrons ainsi passer plus rapidement à une a Le citoyen WAGxEr (France).— J’appuie le camarade ‘ qui vient de vous proposer de scinder le travail pour Fa aller plus vite ; j’estime qu’il faut d’abord arriver à une solution rapide sur le principe. D’un autre côté, ilu ra 5 4N semble que lasomme de dix mille francs, dont on a parlé; est trop minime, mais qu’aussi la somme de cent milk d: ou de cinq cent mille francs est exagérée ; je proposerai na: comme transaction cinquante mille francs. Pour trouve cette somme, je propose que chaque organisation admis
- au Congrès international (syndicats, coopératives et groupes politiques) s’engage à verser une somme de tant, qui serait indiquée pour chacune des nationalités, suivant la force de ses organisations. Le citoyen VAN Kor. — Le citoyen Smith a proposé une somme plus large que la mienne; mais je crois qu’il faut tenir compte que les organisations de chaque k pays ont des charges de propagande et d’action, pour lesquelles elles font appel à leurs membres et qu’on ne peut guère demander un supplément de cotisation à ÿ tous les membres adhérents aux organisations écono- Ë miques et politiques. Je crois qu’en demandant trop on n’obtiendra rien. Nous avons amplement discuté la question financière; nous avons admis une somme raison- + À nable qui peut suffire pour la rémunération du secré- à taire, pour les frais de locaux qui seront très petits, de traduction et de correspondance, ainsi que pour les k imprimés, qui pourront être payés aussi par les organi- sations. Je crois donc pouvoir soutenir que dix ou douze mille francs seront suflisants pour le début de cette Le citoyen QueLcx (Angleterre). (1) — Il faut nous mettre d’accord sur le principe de la création du comité ‘ international, et puis, nous discuterons la somme. Le citoyen PRÉSIDENT. — Le citoyen Anseele demande qu’on décide d’abord sur la question de principe; je ne crois pas qu’il y ait des objections à cet égard. (Voix nombreuses : Aux voix!) Je mets aux voix l’adoption du principe de la création du Comité international. — Adopté à l’unanimité. (Longs applaudissements) Le citoyen PRÉSIDENT. — J’ai reçu la proposition suivante, signée du citoyen Smith : « Je propose qu’on
(1) De la Social-democratic Federation.
adopte la somme de dix mille francs, pour arriver le plus tôt possible à cent mille francs, en organisant des cotisations régulières dans les organisations syndicales FA 4 et politiques socialistes de chaque pays. » te Le citoyen HyNDMAN. — Je propose d’adopter le chiffre de la commission ; il sera toujours loisible d’aug- menter les dépenses si les ressources dépassent les pré-
mer La citoyenne BonxevraL. (F. T.S.F.)—Jesuisd’avis F < que l’on arriverait à réunir les sommes proposées par
le citoyen Smith. On objecte que nous avons déjà beau-
Fi coup de peine à trouver trois francs par an; je le sais,
même dans mon syndicat; mais j’estime que la même personne donnera très volontiers dix centimes toutes ÿ < les semaines, quand même cinquante-deux fois deux sous font plus de trois francs ; c’est donc une affaire Il faut que le Congrès décide que dans une période déterminée une somme doit être fournie par toutes les he É organisations socialistes; ce sera au secrétaire de de recueillir à chaque réunion du groupe les dix cen- h times par tête de chaque membre. On donne à la porte
j de toutes les réunions; il n’est personne qui ne mettela
main à la poche pour sortir au moins dix centimes; eh
bien, onles sortira dans ce but, et ce serait une honte . de constater que dans le monde entier, socialiste, on ne … bi pr. peut pas trouver cent mille francs; ce serait un aveu pénible à faire. La création de ce comité sera le lien qui affirmera précisément cette solidarité internationale b À que nous avons tous acclamée. J’appuie très chaleureusement la proposition du citoyen Smith; et je crois que
le moyen pratique de la réaliser, je viens de vous l’indi- de
Ux DéLéGuÉ. — Je trouve la proposition de dix mille francs insuflisante ; et je suis partisan de fixer dès aujourd’hui la cotisation annuelle de dix centimes.
J’estime qu’il y a un moyen bien simple de recueillir cette somme de dix centimes : lorsqu’un camarade adhère à un groupement quelconque, il paie dix cen-
times pour la carte; eh bien, il est certain qu’il ne ferait pas d’objection à payer dix centimes pour sa cotisation
au Congrès. (Cris de : La clôture!)
La clôture, mise aux voix, est décidée. Le citoyen Enrico Ferri (Italie). — Comme président de la première commission, je désirerais dire quelques mots : Van Kol vous a indiqué le chiffre qu’après longue discussion nous avons décidé de proposer au 4: Congrès. Nous avons vu qu’il faut distinguer entre les envolées platoniques et les réalisations pratiques. D’un autre côté, comme nous sommes dans un Congrès international, comme nous avons le bonheur de constater qu’il y a au moins dix pays dans lesquels le Parti socialiste est solidement organisé, avec une caisse centrale, et puisqu’il y a d’autres nationalités qui sont en voie d’organisation, nous avons pensé que le meilleur moyen d’arriver à la réalisation financière de ce secrétariat international était de demander à la caisse centrale de chaque nation sa contribution ; chaque caisse nationale aura pour mission d’appliquer la proposition Smith : elle demandera aux syndicats et aux organisations politiques dix ou quinze centimes, et les dix mille francs demandés deviendront ainsi cinq cent mille francs. (Rires et applaudissements)
Le citoyen Wurm (Allemagne). — Ce sont les délé- gués allemands qui ont mis en avant cette question des moyens pécuniaires nécessaires au fonctionnement du secrétariat international, et ils ont déclaré que de la solution qu’on allait prendre allait dépendre 9 ur déci-
2% dns sion à l’égard de la résolution tout entière. TE Ÿ Ne Il est entendu que pour le début, pour la premi ère Li sh année, les dix mille francs demandés par la première 10e commission seront suffisants; mais plus tard on pourra 5e laisser aux nationalités représentées le soin d’augmenee =: ter au fur et à mesure qu’elles le pourront la contribuF tion à fournir. Mais on ne peut pas obliger les diffé- 4 : rentes nationalités à s’engager à fournir une cotisation prévue d’une certaine manière. On ne peut pas s’engager notamment pour le compte des syndicats, surtout pour à l’Allemagne où les syndicatsne peuvent pas faire action Fe commune avec le parti politique. Il faut voter le prinRe cipe d’une certaine somme à fournir par les diverses w à nationalités; et qu’ensuite celles-ci soient libres de ‘2 réclamer de leurs adhérents la cotisation nécessaire he S comme elles l’entendront, et de la façon qui conviendra ‘À Le citoyen Vax Kor. — Toutes les objections indiquées ici, nous les avons traitées, notamment celle ‘à “ayant trait aux syndicats. Il est certain que chaque k nation sera libre de trouver les moyens les pluspropres “ à procurer l’obole à laquelle elle se sera engagée ; etla f, somme de dix mille francs que nous avons proposée n’engage que les organisations politiques. É Le citoyen PRÉSIDENT. — Je mets aux voix la propo- 1e sition de la commission, qui a fixé à l’unanimité la é, somme de dix mille francs. — Adopté à l’unanimité.
Le citoyen Présiexr. — Nous passons à la troisième
Le. question : Où siégera le Comité international ? s Ce . Le citoyen Hyxpmax. — J’ai l’honneur de proposer la
Fr Maison du Peuple de Bruxelles ; la Belgique estun pays
ne neutre et facilement accessible à tous; et la Maison “4 Ê du Peuple, avec son excellente organisation, son impri-…
merie notamment, qui permettra d’éviter certains frais,
présente de grands avantages. Je serais heureux que
l’on donnât ce témoignage de sympathie aux vaillants
Le citoyen PRÉSIDENT. — Bien que quelques orateurs soient inscrits sur cette question, je demande à l’assemblée de voter cette proposition par acclamation. — Adopté par acclamation.
socialiste, au nom du Parti Ouvrier Belge, je remercie nos camarades de toutes les nationalités du grand témoignage d’estime et de confiance qu’ils viennent d’accorder à leurs compagnons de lutte de Belgique.
L’Internationale existait depuis longtemps déjà dans nos cœurs; pour la première fois, depuis le Congrès de Paris de 1889, nous entrons résolument dans la voie des réalisations pratiques. Nous sortirons de ce Congrès avec la conviction profonde que les liens de sympathie qui existaient déjà entre nous sont devenus maintenant des liens d’organisation; et, puisque le secrétariat de ia nouvelle Internationale est fondé, j’aflirme, au nom du Parti Ouvrier Belge tout entier, qu’heureux et fier d’avoir à constituer cette organisation, il apportera devant le Congrès prochain des résultats considérables et qui seront dignes de la grandeur de votre résolution. (Applaudissements prolongés) On l’a dit tout à l’heure la décision qui a été prise ce matin est une décision d’une haute portée; je vous propose de la souligner en criant tous ensemble : Vive l’Internationale des travailleurs ! (Acclamations unanimes et prolongées)
amis du P. O.S. R., je fais la proposition suivante Considérant que le comité permanent international, nommé par le Congrès international de 1900, doit non seule-
Do, ment s’occuper de l’organisation des futurs Congrès in! ere nationaux, mais avoir des pouvoirs étendus concernant la propagande socialiste révolutionnaire internationale; un #5 Propose, en cas de conflit militariste international produit È par la classe dirigeante de quelque pays que ce soit, que le comité aura pour mission de faire une propagande antis. militaire active, afin de provoquer une grève internationale ÿ 3 des baïonnettes(1), afin d’éviter l’effusion dusang prolétarien, Ë au profit du capitalisme international. /Applaudissements) Le citoyen FurxéMoxT (Belgique). — Au point de vue k s pratique, la résolution que nous avons prise est excel- ‘4 lente; si nous pouvions sortir d’ici avec ce comité constitué, nous aurions rendu un grand service à l’orga- nisation internationale; mais j’ai un scrupule de F 3 les délégués ont le mandat ferme de nommer, au nom pe de leur pays, celui qui les représentera dans l’orga- nisation internationale. Les délégations dans les Con- grès sont composées parfois au hasard des circon stances, et les délégués ne représentent pas toujours la pensée exacte et précise des différentes nationalités qui “ les envoient. Je crois qu’il vaudrait peut-être mieux nommer provisoirement ce bureau et le faire ratifier Re par les différents partis organisés dans chacun des 10% pays. (Applaudissements) Le citoyen Présipenr. — Cet amendement à la pro- ï position de la commission est accepté par celle-ci. Je ge mets aux voix la proposition ainsi modifiée, c’est-à-dire ns tendant à la nomination de deux délégués par nationa-
lité au comité international, avec ratification ulté- rieure. — Adopté à l’unanimité. Die (1) L’idée d’une grève militaire avait été soumise au Congrès 248 Op. cit., page 164.) La proposition Barrat ne donna lieu à aucune
Le citoyen Van Kor. — Nous voyons que nos cœurs battent à l’unisson les uns des autres. Camarades, il faut achever votre œuvre : après avoir créé une commission d’entente internationale, nous devons créer une commission interparlementaire pour faciliter l’action commune sur les grandes questions économiques et
Nous devons, en effet, lutter sur le terrain parlementaire contre l’impérialisme qui bat en ce moment son plein, alors que nous voyons en Chine toutes les nations civilisées dissimuler les appétits les plus effré- nés sous le masque de l’humanité. (Vive approbation)
Il faudrait qu’en même temps tous les Parlements
fassent entendre une protestation contre le militarisme.
Âu Reichstag, lorsqu’on demande des millions pour
créer une flotte nouvelle et que les députés socialistes
refusent ces crédits, on leur dit : « Vous êtes des sans-
patrie; vous refusez les millions nécessaires à la gran-
deur de l’Allemagne; les députés socialistes français les voteraient!.… » Eh bien! il faut que, dans touslespays,
il y ait une entente interparlementaire, afin que, tou- jours et partout, la conduite des députés socialistes
soit la même et qu’ils répondent : Pas un sou, pas un ‘ soldat! (Applaudissements prolongés et unanimes)
En ce qui concerne la durée du travail, alors que la surproduction augmente le nombre des sans-travail dans des proportions qu’on n’avait pas encore vues dans l’histoire, alors qu’il faudra exiger des réformes énergiques pouvant améliorer la condition du prolétariat, il faudra qu’au même moment tous les Parlements fassent entendre les mêmes plaintes et les mêmes exigences au sujet de la législation ouvrière.
La mission de cette commission sera donc aussi bien économique que politique. A l’aide de cette commission,
aucun grief du prolétariat ne sera ét affé, car on fe:
ne ao Ÿ appel à l’opinion publique de tous les pays: et la voi : 2e
è du prolétariat se fera entendreet sera répétée dans tous % à les pays de l’univers où le socialisme a pénétré. hi pi ; S Voilà la résolution qui doit compléter la première que si vous avez votée ; celle-ci ne présente pas de grandes De. difficultés ; elle a l’avantage de ne rien coûter, et ses résultats seront des plus précieux. Voici la proposition que je dépose : ÿ ‘2 d Le comité socialiste international devra exiger des grou- ï À À pes socialistes parlementaires nationaux l’organisation d’une commission spéciale interparlementaire pour faciliter te une action commune sur les grandes questions politiques et économiques internationales. , ‘fs PA (à Cette commission sera adjointe au comité socialiste ! - international. ne is ! Le citoyen VANDERVELDE. — Avec quelques membres des différentes délégations, j’ai l’honneur de proposer d au Congrès une résolution dont notre ami Vinck avait déjà pris l’initiative au Congrès international des étudiants socialistes et qui me paraît être le complé- ment nécessaire des résolutions qui viennent d’être ù Nous proposons, en effet, de donner mandat au secré- k tariat ouvrier siégeant à Bruxelles d’établir une biblio-. he thèque du socialisme, des archives internationales qui » centraliseraient les livres, les brochures, les rapports et 3 . autres documents qui se rapportent au mouvement fl prolétarien dans les deux mondes. re É D’accord avec les citoyens Ferri et Costa, pour °ù l’Italie, Hyndman, pour l’Angleterre, Singer, pour l’Allemagne, et, j’en suis convaincu, de nombreux am s
parmi les camarades français, je propose la résolution Le secrétariat international siégeant à Bruxelles sera chargé de constituer les archives internationales du socialisme en centralisant les livres, documents, rapports qui concernent le mouvement ouvrier des différentes nations La séance est levée à midi vingt. La séance est ouverte à deux heures un quart sous la présidence du citoyen Andrea Costa (Italie), assisté du citoyen Hyndman (Angleterre). (1) Le président annonce que les troisième, quatrième, cinquième et dixième commissions se réunissent; la n’est représentée que par un seul délégué; ce n’est cer- tainement pas par manque d’esprit de solidarité, mais parce que les ouvriers socialistes sont aussi pauvres et persécutés que dans aucun pays. J’ai déposé un rap- port imprimé sur le mouvement socialiste hongrois. Vous pourrez y voir que des centaines de militants ont été fusillés ou sont encore en prison; et notre parti a dû payer de fortes amendes; en sorte qu’il se trouve dans une situation très difficile. Malgré cela, il a fait tous ses efforts pour envoyer ici un délégué, qui vient travailler en commun avec ses frères socialistes des autres pays. Camarades, je vous indique avec peine que la pauvreté n’est nulle part plus écrasante que dans (1) De la Social-democratic Federation.
notre pays et nulle part le socialisme ne ren contre plus Fe Dev de difficultés dans son développement. J’approuve la résolution que le Congrès a votée ce matin, celle de la constitution d’un comité internatio- . ‘ve nal; mais nous ne pouvons nous engager pour le moment
à contribuer aux frais; pour l’avenir, nous espérons
Ne ve que cela sera possible ; mais pour le présent, nous ne le pouvons pas. Ainsi que nous l’avons indiqué dans . notre rapport, le parti socialiste hongrois n’a pas seule- ment à combattre un gouvernement des plus réaction-
k naires, mais il a à déplorer des conflits au sein duproF létariat lui-même. Le gouvernement a réussi à trouver
des agents de division parmi nous, qui discréditent même le mouvement à l’étranger. À Nous espérons cependant vaincre toutes ces difi- cultés; mais nous faisons appel aux socialistes des dif- férents pays pour soutenir leurs frères de Hongrie; je m’adresse plus particulièrement aux socialistes autri- chiens, qui connaissent notre malheureuse situation;
qu’ils nous aident à marcher la main dansla main avec
le prolétariat universel! (Applaudissements) 1
Le citoyen PRÉSIDENT. — En conformité des décisions
ÿ prises ce matin, les Américains ont nommé leurs délé- M
gués au bureau permanent : ce sont les cifoyens -
ñ Sanial, pour le Parti Ouvrier Socialiste, et Jacob Rombro, pour la Social-démocratie. de Le citoyen SEcRÉTAIRE. — Nous avons reçu la lettre Le club internationaliste de Sydney (1), dans la colonie »
? de la Nouvelle-Galles du Sud, envoie ses vœux au Congrès. ee (1) Cette traduction, à force d’être littérale, est peu intelligible sur
à quelques points. Pour comprendre l’exposé trop bref de la situation,
lire : P. Leroy-Beaulieu, les nouvelles sociétés anglo-saxonnes. e.
international réuni à Paris. Nous espérons que ce Congrès s servira à l’unité et aux intérêts du prolétariat de tous les pays. x Nous sommes trop peu nombreux pour être représentés à ce Congrès, mais nous espérons pouvoir l’être au prochain quand bien même il n’y aurait qu’un seul délégué pour toute l’Australie. Il n’est pas possible de décrire les méthodes pratiquées par l’exploitation capitaliste dans notre pays, pour l’agriculture et l’exploitation minière. Nous devons cependant mentionner comme trait particulier de l’oppression proprié- taire le contrôle exercé par les banques et les compagnies d’hypothèques sur les industries et spécialement sur l’élevage, sauf sur les syndicats capitalistes. La plus grande partie du territoire de pâtures, les bêtes à cornes et les moutons de la colonie sont actuellement dans la possesion des banques, des compagnies d’hypothèques qui rétribuent avec des salaires dérisoires les fermiers et les laboureurs. Tous les pouvoirs appartiennent aux capitalistes anglais; jes directeurs et les actionnaires résident en Angleterre. Les vexations et les lock-out sont fréquents dans toutes les industries, et ce n’est pas sans violence de la part des fonctionnaires qui, comme ailleurs, sont les créatures des clas_ ses propriétaires. ‘4 La question des sans-travail est relativement aussi aiguë dans notre société que dans celles des autres pays et a forcé le gouvernement à établir des usines d’assistance dans lesquelles trois à quatre mille travailleurs de toutes les catégories sont temporairement employés par lui. Les trade-unionistes, bien qu’ils aient une bonne repré- sentation parlementaire dans la colonie — en effet, à l’heure actuelle, ils sont vingt-deux sur cent vingt-cinq membres de la Chambre et tiennent ainsi la balance du pouvoir entre les deux partis bourgeois, les libre-échangistes et les protectionnistes — les trade-unionistes ne professent pas des doctrines socialistes et ne travaillent pas consciencieusement à établir une société social-démocratique en s’atta- l quant aux causes économiques des vexations auxquelles le prolétariat est soumis. Ils se contentent de chercher de simples palliatifs aux iniquités du système capitaliste. Les trade-unionistes sont cependant ici, comme dans tous
:15S TS M Jes autres pays anglais, légèrement pén êtrés de l’idée so ia Aa Yes Nous confirmons notre adhésion aux principes de Us Marx et au socialisme international, et nous envoyoi ns Congrès nos fraternelles salutations. {Applaudissements) ca Le PRÉSIDENT. — Un nouveau délégué italien est arrivé de Reggio; son mandat a été validé par la section italienne, qui est composée actuellement de quinze Le citoyen Furxémowr (Belgique). — Le Congrès a … à pris une résolution pratique de la plus haute impor- « De tance, en instituant une commission internationale ee chargée de diriger la propagande du Parti socialiste et be hi d’être son organe dans toutes les grandes circonstances. 4 & Cela démontre que le socialisme international entend se 5% préoccuper des questions qui sont posées chaque jour devant l’opinion du monde entier. Mais il ne faut pas, ‘148 en entrant sur ce terrain pratique, qui doit nous con ne duire à de nouvelles réalisations, que nous oubliions he notre idéal révolutionnaire et que nous oublions les D: .commémorations qui nous sont sacrées. C’est dans cet ordre d’idées que je vous propose de. 4 < décider que vendredi prochain, après la clôture du k ‘4 Congrès, nous nous rendrons au Père-Lachaise, devant ee. le mur des Fédérés.. (Applaudissements enthousiastes) Le: et que nous déposerons une couronne d’immortelles s. rouges, dont une souscription internationale couvri n Commune, qui ont combattu pour l’affranchissement humain et l’avenir du socialisme. (Nouveaux et longs applaudissements. Cris répétés de : Vive la Com -54 nt Le citoyen Présmenr. — L’enthousiasme avec lequé vous avez accepté cette proposition de notre ami Fu
némont m’évite d’avoir à la mettre aux voix. Je pense sa que vous l’acceptez par acclamations. (Cris nombreux de : Oui! Longues acclamations) Au sujet de l’heure de cette cérémonie, nous prendrons une décision ulté- LA rieure. Comme la délégation anglaise rentre en Angle- re terre vendredi, cette réunion pourrait peut-être avoir lieu jeudi; le Congrès aura à prendre une décision à cet Comme nous n’avons pas actuellement de rapport achevé, nous proposons une suspension de séance de La séance est suspendue jusqu’à trois heures et la reprise de la séance, le citoyen WurM (Alle- magne) a la parole pour lire un rapport sur la première question de l’ordre du jour examinée par la deuxième k commission : Législation internationale du travail par Le citoyen Wurm. — La commission s’associe à la ps résolution prise par les Congrès précédents ; mais il faut déclarer que si le Congrès se prononce aujourd’hui en He faveur de la journée légale de huit heures, cela ne veut ;, pas dire que les représentants du prolétariat dans les k Parlements ne peuvent légiférer que sur cette base de huit heures; s’ils ne peuvent arriver à une législation sur cette base de huit heures, ils peuvent légiférer sur une journée plus longue. D’un autre côté, la commission déclare que le triomphe de cette journée légale de huit heures n’est et ne peut être l’œuvre ni de l’action politique seule, ni de l’action économique isolée, mais que c’est par les luttes politiques et syndicales réunies qu’on peut arriver au triomphe de cette journée légale de huit heures. Voici le texte de la résolution à laquelle s’est a wrêtée la com d ne Le Congrès, conformément aux décisions des Congrès pie ss internationaux antérieurs, considère que la limitation de je la journée de travail doit continuer à faire l’objet des <à ; efforts incessants de tous les travailleurs, et déclare que la ge journée de travail journalier doit être fixée par la loi au maximum provisoire de huit heures, pour les travailleurs
de tous pays et de toutes catégories ; à cl Engage les organisations ouvrières à poursuivre l’obten- {à tion de cette réforme en agissant d’une manière progres- . , sive et en unissant l’action syndicale et l’action politique. f. La citoyenne Sirz (Allemagne). — Au nom des
citoyennes allemandes, je me déclare en faveur du prin- ‘a cipe de la limitation légale de la journée de travail. On parle maintenant de travail libre; il n’y en a pas s’il n’y a pas de liberté économique du prolétariat. Les femmes socialistes allemandes sont partisans de la ? réglementation légale du travail, parce qu’à leurpoint de vue, c’est la base de toute intellectualité, de tout Fe à progrès de la classe ouvrière et qu’elles sont certaines à ; que le jour où, dans le monde entier, le travail serait k légalement fixé à huit heures, toutes les libertés poline tiques et économiques ne tarderaient pas à suivre ce premier triomphe du prolétariat sur le capitalisme :à Malgré le principe de l’égalité des sexes, ou plutôtà à cause du principe de cette égalité sociale, il faut demander une protection plus large, plus efficace pour ÿ la femme que pour l’homme; parce que la femme se trouve vis-à-vis de l’homme dans une situation infé- rieure, quant à sa position légale, elle est plus que
l’homme sujette à l’exploitation capitaliste. Par le travail industriel, en conquérant sa liberté économique, elle a seulement changé de maître : au lieu de la férule Fi
du mari, elle est tombée sous le joug honteux du capi-
talisme, qui l’exploite plus durement encore, dans sa
modestie et son amour maternel. (Applaudissements)
Par une protection législative efficace, on rendrait la
femme consciente de soi-même, deses devoirs et de ses
droits humains. Plus la protection sera grande, plus la
conscience de la femme et la force de remplir tous ses
devoirs seront grandes.
En demandant la protection de la femme, on n’agit pas seulement dans l’intérêt de la femme, mais dans l’intérêt de la classe ouvrière tout entière, parce qu’on empêche la femme d’entrer en concurrence déloyale avec l’homme. Il y a encore une autre question plus importante; il faut craindre que nous ayons besoin d’une autre géné- ration pour que le prolétariat recueille les fruits du mouvement qu’il a commencé contre l’exploitation capi- taliste. Pour qu’il puisse remplir le grand rôle historique de l’émancipation de la classe ouvrière et de toute lhumanité, il faut un prolétariat sain de corps et d’esprit et beau de caractère. Or, la femme courbée sous le joug économique et capitaliste ne peut donner naissance à des enfants qui soient forts et prêts pour cette noble lutte. (Vifs applaudissements) C’est pour cela que nous ne demandons pas seulement la protec- tion législative au point de vue des heures de travail, mais une protection efficace au point de vue de la liberté syndicale ; nous demandons que la loi ne reste pas lettre morte à cet égard. Ces desiderata ont été déjà énoncés et votés par plusieurs Congrès nationaux et internationaux ; nous demandons leur mise en vigueur, car ils contribueront à la victoire définitive du prolé- tariat tout entier, en assurant la protection de la femme
Le citoyen Campv. (P. O. S. R.) — Je vois avec plaisir que la question de la journée de huit heures, préconisée depuis le Congrès de Paris de 1889 (x), a fait le tour du monde; elle a été discutée et appréciée partout. Je désirerais en dire quelques mots. Il.me semble, étant donnés le développement du machinisme appliqué à l’industrie et le concours de la science, qu’on dix heures. On pourrait aujourd’hui faire la même réforme qui a été faite autrefois : on a porté la journée de douze heures à dix heures, ce qui est assez géné- ralisé en France. Eh bien, étant donnés les nouveaux progrès, la nécessité de défendre sa dignité personnelle, de s’instruire, de s’élever par l’éducation, afin que i nous puissions profiter des progrès qui ont été réalisés par le progrès moderne et démocratique, il est utile et il serait possible d’abaïsser cette journée de travail à k huit heures. De grands exemples ont été donnés déjà et dans d’autres pays; des entrepreneurs, des capita- F listes même ont avoué qu’avec un peu de bonne volonté, en améliorant leur outillage, ou en faisant usage de leurs capitaux pour soulager la main-d’œuvre, on Et puis, alors même que l’on produirait moins, il ne faudrait que s’en féliciter, puisqu’il y a trop de travail leurs et surproduction; en diminuant le nombre d’heures de travail, on réaliserait donc un progrès, puisqu’On éviterait du chômage pour un grand nombre d’entre (1) Il y aïici une petite erreur; la question est plus ancienne: k (Cf. Gabriel Deville, Historique du Premier Mai, Devenir Social
Il faut réaliser dans ce sens des réformes urgentes. y a des industries, en province, où les hommes et les femmes travaillent treize, quatorze et même quinze heures. Il y a moyen de remédier à cet état de choses par le syndicat : ily a des syndicats qui, réunissant presque tous les membres de leur corporation, fixent eux-mêmes la durée du travail. En Autriche, en Belgique, en Hollande et ailleurs, il y a des syndicats qui ont décidé que les ouvriers ne feraient que neuf. heures, d’autres huit heures. Ce n’est donc qu’une question d’entente. On a malheureusement en France un peu trop oublié l’esprit de solidarité. Nous devons faire de la propagande, comme jadis, en nous en faisions pour renverser l’Empire et établir la République ; il faut relever un peu l’esprit et le caractère français, et développer le sentiment de la Un récent congrès bourgeois (1), pour la réglementation internationale du travail, a déclaré que les tra-
vailleurs de certaines industries avaient pu s’affranchir à eux-mêmes en ne travaillant que huit ou neuf heures. C’est un aveu précieux à retenir… (Ces dernières observations se produisent au milieu du bruit, un grand nombre de délégués ne prétant plus leur attention l’orateur) Je sais bien que vous connaissez ces questions aussi () L’orateur fait ici allusion à un Congrès tenu à Paris du 35 au juillet 1900 /Circulaire du Musée Social, août 1900). Les congressistes étaient presque tous des catholiques sociaux; les socialistes belges, anglais, allemands qui avaient participé à une réunion du même genre à Zurich en 1897 /Circulaire du Musée Social, 15 octobre notamment le citoyen Champy;, qui s’éleva avec violence contre la résolution, qui fut adoptée, de demander au pape d’envoyer un délégué au comité permanent fondé à la suite du Congrès.
bien que moi, mais il faut bien que nous puissions dire quelques mots sur ce qui nous tient à cœur… Je dis donc, citoyens, qu’il faut demander la réglementation légale du travail, mais cela ne doït pas nous empêcher de tâcher d’y arriver au moyen des syndicats.
Le citoyen CHamPpy. — Nous insistons pour la limitation de la durée du travail à huit heures. (Plusieurs délégués demandent la limitation de la durée des
Le citoyen PRÉSIDENT. — Nous avons envisagé cette question, dans le bureau, et nous avons pensé que cela était inutile, et que les orateurs eux-mêmes sauraient se présider et se résumer. (Rires et applaudissements) Néanmoins, je reçois une motion demandant qu’on limite la durée des discours à dix minutes. Je la mets aux voix. — Adopté à l’unanimité.
Le citoyen PRÉSIDENT. — Personne ne demandant plus la parole sur cette première question de l’ordre du jour, je mets aux voix la résolution de la commission.
— Adopté à l’unanimité.
Le citoyen PRÉSIDENT. — Je donne la parole au camarade Gheude, rapporteur de la deuxième commission, qui a étudié la question de la possibilité d’un minimum de salaire.
Le citoyen Gxeupe (Belgique). (1) — La seconde commission a examiné la question du minimum de salaire. L’ordre du jour était ainsi fixé : Examen de la possibilité d’un minimum de salaire dans les divers
La discussion qui est intervenue entre les membres (1) Le compte rendu analytique officiel porte à tort le citoyem Gheude comme étant allemand, de la commission a été assez animée et — je dois le déclarer — un peu embrouillée. Elle a été surtout caractérisée par ce fait essentiel que nous avons vu se déterminer deux courants bien distincts en ce qui concerne la possibilité d’arriver à ce minimum de salaire : d’une partles Allemands et d’autre part les Anglais. Alors que nos camarades anglais voudraient voir la loi fixerleminimum de salaire nos camarades allemands ont soutenu cette idée que d’un côté, l’on ne pouvait admettre, au point de vue socialiste, que la loi elle-même ordonne le minimum de salaire ; et que d’un autre côté, il y a, suivant eux, une impossibilité pratique qu’ils considèrent comme étant insurmontable. (1)
Nous nous sommes mis d’accord, camarades, sur une formule spéciale en ce qui concerne les conditions indispensables à l’obtention du minimun de salaire. Nous nous sommes tous trouvés d’accord pour penser que ce qui était le plus essentiel, c’était l’existence dans tous les pays de syndicats fortement organisés. Nous avons considéré qu’il était matériellement et pratiquement impossible d’arriver à ce qu’un minimum de salaire sérieux fût fixé d’une façon durable, sans qu’il y eût dans les différents pays des syndicats ou des associations ouvrières puissamment organisées et pouvant maintenir ce qui aurait été une fois acquis grâce
Nous avons en outre déterminé ce que nous entendions
(1) Cette opposition mérite de fixer l’attention ; elle se rattache surtout à des différences économiques des deux peuples : l’Angle-
terre, après avoir gouverné l’industrie, est sur la pente de la décadence économique ; l’Allemagne ne se préoccupe que de conquérir
les marchés extérieurs.
[ Il faut ajouter que d’après Malon, Marx en 1880 était opposé l’inscription du minimum de salaire dans le programme socialiste
par minimum de salaire etnous nous sommes à peu près trouvés d’accord — bien qu’il y eût divergence entre la majorité des membres de la commission et les délégués allemands—pour dire que le minimum de salaire devait être fixé suivant les conditions indispensables de la vie, les nécessités de l’existence envisagées de la façon la plus large. (1) Quant aux moyensspéciaux pour arriver à l’obtention du minimum de salaire, nous avons ajouté que ces moyens doivent logiquement différer suivant les nations et que c’est à celles-ci, aux régions diverses même d’un pays, à déterminer quelle est la voie la plus sûre et la plus rapide à suivre pour arriver à ce résultat. Enfin, nous avons ajouté — et vous retrouverez tous ces points dans l’ordre du jour dont je vous donnerai lecture et dont nous proposons le vote à l’assemblée — que nous considérions comme le moyen le plus pratique d’arriver à l’obtention du minimum de salaire, la pression sur les pouvoirs publics, aussi bien ceux de l’État, que de la province, du département, de la Commune, et qu’il fallait tâcher que ces pouvoirs publics établissent le minimum de salaire, soit en le payant directement aux ouvriers employés aux travaux publics, soit en l’im- posant dans les cahiers des charges des travaux adjugés nous avons l’honneur de vous proposer le vote de la Le Congrès déclare que le minimum de salaire n’est pos- sible que là où il peut être fixé par des syndicats fortement () H s’agirait plutôt du living wage des Anglais (de Rousiers, M@ Ÿ 4 question ouvrière en Angleterre, pages 280-281) que d’un vrai minimum: Mie La différence est grande ; car il semble que parfois en fixant Un Mi= nimum de salaires dans les cahiers des charges des entreprises} CD ait surtout voulu faire une vague démonstration philanthropique: J
organisés, que ce minimum, dont le taux ne peut être fixé d’une façon générale et unique pour tous les pays, doit être en tous cas en rapport avec les nécessités de l’existence de la façon la plus large Engage les travailleurs à poursuivre l’exécution de cette réforme en cherchant les moyens les plus pratiques d’y arriver, lesquels seront appropriés tant à la situation économique et industrielle qu’à la situation politique et administrative de chaque région Recommande en première ligne, pour obtenir ce résultat, la pression sur les pouvoirs et administrations publiques qui peuvent établir le minimum de salaire, soit en le payant directement pour les travaux publics, soit en limposant aux entrepreneurs, adjudicataires des travaux,
élevé dans la commission contre la fixation du salaire minimum, ce n’est pas parce que je ne souhaite pas un salaire élevé aux ouvriers; c’est parce que j’ai la conviction que l’État ne peut pas régler cette question et
- que nous ne pouvons pas non plus avoir la réalisation de cette question par la voie internationale. Je vous rappelle qu’il y a eu un essai fait dans ce sens à Paris il y a un siècle : on a voulu fixer un prix maximum pour ce qui servait de nourriture : on voulait arriver à la suppression de la misère ; mais on n’a pas réussi; et en ce moment, nous sommes encore moins en situation de réussir, parce que nous n’aurions même pas de puissance pour fixer des prix quelconques. Nous ne pouvons pas arriver à fixer partout à la fois un salaire minimum, puisque nous ne pouvons pas exercer de pression sur le prix des choses nécessaires. La seule chose que nous pouvons faire, c’est d’arriver à ce que les organisations syndicales se fassent partout de plus en plus fortes et que les syndicats cherchent à conquérir des conditions de vie et de travail meilleures, et aussi le salaire le plus
Nos camarades anglais ont résisté et ont proposé de fixer quand même un minimum de salaire. Nous avons répondu que telle somme qui pourrait être considérée comme énorme par certains pays, comme la Russie, ou
par un autre, pourrait être trouvée modeste par d’autres pays où les salaires sont déjà élevés.
J’en conclus qu’on ne peut fixer un salaire minimum uniforme. Nous devons simplement créer des organisations syndicales puissantes ; nous pourrons ainsiexercer une pression sur toutes les administrations, soit de l’État, soit des villes, soit d’ailleurs, et nous pourrons alors demander qu’un salaire minimum soit fixé.
J’ai dit aussi que cette exigence du salaire minimum n’avait pas un Caractère socialiste, et la chose peut paraître paradoxale, mais je m’explique. Il a été demandé que l’État assure partout un minimum de salaire à ceux qui travaillent. Mais nous, nous disons Il ne faut pas seulement assurer un minimum de salaire à ceux qui travaillent, mais aussi un minimum de res- sources à ceux qui sont sans travail, à cause du chô- mage, de la maladie ou des accidents, c’est-à-dire tous les hommes sans distinction.
Je dis donc, comme conclusion, que nous ne pouvons pas régler cette question d’une manière internationale ; elle peut être réglée tout au plus nationalement, ou par région ; je dis en outre que nous pouvons, dans certains cas, par l’action syndicale, imposer des conditions de travail aux États et aux particuliers. e ÿ
J’indique que les délégués allemands ont voté contre la résolution de la commission, mais c’est parce qu’il k, nous en avait été fait une traduction inexacte. Maïnte- nant que nous en connaissons le texte vrai, nous nous ge y rallions tous; c’est donc à l’unanimité que ce texte + ‘à est proposé au Congrès. h
Le citoyen PRÉSIDENT. — Je mets cette résolution aux voix. — Adopté à l’unanimité.
Le citoyen PRÉSIDENT. — La délégation russe a reçu un nouveau mandat, qu’elle a validé. Ce mandat est confié au camarade Rubanovitch. Nous avons reçu deux télégrammes. Le premier est envoyé par les socialistes de Hongrie, ainsi conçu La Social-démocratie de Hongrie souhaite aux différentes nations de tâcher d’obtenir l’émancipation aussi bien dans les rapports économiques que politiques et le plus grand
Le second, des associations ouvrières de Saôûne-etLoire, Gueugnon, le Creusot Le Comité d’action appelle l’attention du Congrès international socialiste de Paris sur les camarades de Gueugnon et du Creusot qui luttent depuis quatorze mois pour secouer le joug capitaliste. Pour conquérir leur indépendance, ils ont besoin de l’appui et du concours des socialistes du monde entier. Le Comité espère que les membres du Con- Ç grès viendront par leur obole en aide à leurs revendications il demande qu’une collecte soit faite à chaque séance et adresse son salut socialiste à tous les camarades !
Conformément au désir exprimé par nos camarades, des citoyens placés à la porte du Congrès recueilleront l’obole des congressistes. (Applaudissements)
Je donne la parole au rapporteur de la dixième commission, sur la question du Premier Mai.
Le citoyen BoEMELBURG (Allemagne). — La question du Premier Mai a occupé tous les Congrès internationaux depuis celui de 1889. La commission a été unanime à penser qu’il fallait maintenir les décisions qui
ont été prises par ces différents Congrès internationaux de Zurich, de Bruxelles, de Londres. Nous proposons la résolution suivante : (1)
Le Congrès international de Paris adhère, quant à Ja manifestation du Premier Mai, aux décisions des Congrès internationaux antérieurs; il estime que la manifestation du Premier Mai estune démonstration efficace pour la journée de huit heures; il est d’avis que le chômage est la forme la plus efficace de cette démonstration.
Il y avait unanimité pour recommander cette résolution au sein de la commission; mais il y avait cependant deux avis différents. Les représentants de deux nationalités ont demandé d’aller plus loin et de rendre obligatoire pour les ouvriers de tous les pays de fêter le Premier Mai. Mais la majorité a été d’avis que c’était impossible, parce que pour que le Premier Mai fût une démonstration générale par le chômage, il fallait deux conditions préalables qui manquent dans la plupart des
pays : 1° des organisations syndicales ouvrières fortes et bien constituées ; 2° une bonne conception de cette manifestation. Il faudrait cependant que les nationalités s’efforçassent de faire une démonstration plus éner- à gique, plus efficace et plus générale dans tous les pays. C’est pour cela que nous devons faire une propagande très active pour persuader d’abord aux ouvriers que la réduction des heures de travail est une nécessité abso- ‘à lue. Pour que les ouvriers ne fassent plus d’heures sup= plémentaires, il faut qu’eux-mêmes reconnaissent toute (1) Sur les origines de cette manifestation lire l’article déjà mens tionné du citoyen Gabriel Deville {Devenir social, avril 1896). = ÿ A Londres on avait décidé que cette journée serait aussi CONSACTÉE A. manifester contre le militarisme. (Hamon. Op. cit., page 167.) se
- la valeur et toute la portée d’une réduction des heures de travail.
Le citoyen Journoup (Fédération de Saône-etLoire). — La section française était une des deux nations qui ont demandé que sur la dixième question, celle du Premier Mai, on demandât à toutes les nationalités de s’engager d’une façon plus ferme et surtout plus obligatoire pour faire la manifestation. Il était entendu que nous devions donner à cette manifestation le caractère de la réclamation des cahiers de revendications d’un peuple à son gouvernement ; il était entendw que ce devait être la fête du travail, la fête des travailleurs, et qu’en ce sens chaque nationalité pourrait demander, dans chaque nation, les revendications qui lui semblaient les plus légitimes et les plus urgentes, telles que par exemple la journée de huit heures, lé suffrage universel dans les nations qui ne l’ont pas encore.
Il y a sur ce point unanimité. Mais, lorsque nous avons demandé à nos camarades de s’engager à faire une propagande active et à rendre la manifestation du Premier Mai à peu près obligatoire, ils se sont récusés, car dans certaines nations le chômage général, le premier mai, est interdit et comporte certaines pénalités: La section française s’est donc ralliée à la proposition générale ; mais nous faisons quand même, au nom de tous les membres de la commission, un appel vibrant à tous les délégués des nations représentées ici pour faire la propagande la plus active en faveur de la manifestation du Premier Mai, journée des revendications f du prolétariat. (Applaudissements)
Le citoyen PRÉSIDENT. — Je mets aux voix la proposition de la commission. — Adopté à l’unanimité.
Le citoyen ELLENBOGEN (Autriche). — La troisième
commission (1) a été étonnée d’avoir à traiter encore une question qui a été résolue à tous les autres Congrès internationaux. Autrefois, du temps des anarchistes et des anciens trade-unionistes, il a été nécessaire de se prononcer sur certains points qui au- à jourd’hui ne sont plus en discussion. La commission a donc été unanime à penser que la théorie sur ces points ne pouvait être sujette à discussion, que dans un Congrès international on devait se restreindre à poser quelques principes fondamentaux. Comme premier principe fondamental nous convenons que la tâche principale consiste à rendre le prolétariat conscient de ses revendications de classe par un travail lent, patient et pénible. Ce grand résultat ne peut être obtenu er faisant appel au sentimentalisme; c’est, je le répète, un travail lent et patient. Ce travail, d’après la commission, aurait même un autre effet : il ferait cesser les querelles personnelles et il montrerait la nécessité de l’unité de pensée chez les prolétaires. Si la commission a été unanime pour le principe, elle ne l’a pas été pour la forme. Il est évident que le procédé doit être différent suivant les pays; nous ne pouvions e proposer de règle s’adaptant à toutes les nationalités notre résolution doit donc laisser toute liberté. La commission pense que ce sont les organisations politiques et économiques qui doivent remplir cette tâche qui accentuera encore davantage le rôle déjà important des coopératives. Mais ce qu’il faut surtout, c’est que les ‘4
(1) La troisième question étaitainsi posée : « Des conditions néces- saires de l’affranchissement du travail ; a) constitution et action du prolétariat organisé en parti de classe; b) expropriation politique et ) économique de la bourgeoisie ; c) socialisation des moyens de pro=
différents groupements du prolétariat marchent la main dans la main.
La commission appelle encore l’attention du Congrès sur un point important : il ne faut pas attendre l’émancipation du prolétariat d’un événement quelconque imprévu ; cette émancipation sera seulement le résultat d’un processus de développement ; et, d’autre part, la société capitaliste, qui profite de l’état de choses existant, est appelée à ralentir la tâche du socialisme et égarer le prolétariat. Mais nous, nous devons éclairer le prolétariat afin de l’amener à réaliser son rôle historique, qui est d’écraser la société capitaliste.
Voici la résolution de la commission Le prolétariat moderne est le produit nécessaire du régime capitaliste de production, qui exige l’exploitation politique et économique du Travail par le Capital.
Son relèvement et son émancipation ne peuvent se réaliser qu’en entrant en antagonisme avec les défenseurs intéressés du capitalisme, lequel par sa constitution même doit aboutir inévitablement à la socialisation des moyens de production. Devant la classe capitaliste le prolétariat doit, par conséquent, se dresser en classe de combat.
Le socialisme, qui s’est donné la tâche de constituer le prolétariat en armée de cette lutte de classe, a pour devoir, avant tout, de l’initier par un travail méthodique réfléchi et incessant à la conscience de ses intérêts et de sa force et d’user cet effet de toutes les armes que la situation politique et sociale actuelle met entre ses mains et que sa conception supérieure de la justice lui suggère.
Au nombre de ces moyensle Congrès indique l’action politique, le suffrage universel et l’organisation de la classe caisses de secours, cercles d’art et d’éducation, etc. IL engage les militants socialistes à propager le plus possible ces moyens de culture et d’éducation qui augmentent la force de la classe ouvrière et la rendent capable d’exproprier politiquement et économiquement la bourgeoisie et de socialiser les moyens de production.
j Cette première proposition a été votée à l’unanimité je de la commission ; et celle que je vais vous lire a été ( votée à la majorité Les socialistes de tous les pays s’engagent à intervenir d afin que les étrangers, dans leur pays respectif, jouissent du même droit de coalition que les nationaux, et à se servir à cet effet de tous les moyens à leur disposition. /Ap- Le citoyen HarrImaN (États-Unis). — Cette question touche de près l’Amérique et c’est justement à cet égard que les socialistes américains se sont divisés. Il y a en Amérique des socialistes (1) qui croient qu’il ne faut, pas s’associer avec le mouvemement syndical américain parce que ce mouvement syndical est le théâtre d’intrigues politiques de la part d’individus fourvoyés dans les syndicats. D’autres socialistes (2) reconnais- J sent que les syndicats sont corrompus, que les chefs sont vendus ; mais ils pensent qu’il faut aller vers ces chefs de syndicats corrompus pour les amener à bien. Ils pensent que ces syndicats n’agissent pas dans le sens socialiste ou agissent avec le capitalisme, et que ‘4 le prolétariat n’agit pas tout entier dans le sens socialiste et agit parfois contre le mouvement ouvrier parce b qu’il n’est pas syndiqué. Mais, malgré tout, ils pensent ÿ qu’il faut que les ouvriers socialistes américains semetS tent dans ces syndicats, quelle qu’en soit la corruption: 1 Ces syndicats sont autonomes, il y a donc moyen de les réformer; tant qu’on ne les aura pas réformés on ne ji pourra pas compter sur un soulèvement possible de la “ masse. Il faut que les syndicats marchent d’accord avec ns le mouvement socialiste. J’approuve donc la résolution 1: @) Parti ouvrier socialiste qui comprend notamment Sanial et Daniel de Léon. (2) Parti social-démocrate auquel appartient l’orateur.
proposée; mais je fais remarquer exactement ce qui en est. Nous sommes d’avis d’agir, en Amérique, avec les
- syndicats, même avec toute la corruption qu’ils contiennent. (Approbation) (1)
la parole pour une motion d’ordre. J’ai une proposition à faire au Congrès au sujet de cette question. Je suis étonné de voir que la troisième commission nôus apporte des résolutions aussi anodines. Je m’étonne qu’on préconise la création d’études sociales, d’universités populaires… Mais il y a longtemps… ({nterruptions diverses)
Le citoyen PRÉSIDENT. — Vous avez demandé la parole pour une motion d’ordre. Le citoyen JEAN BERTRAND. — Je propose done que les résolutions de la troisième commission soient imprimées et distribuées, car je trouve qu’il est inadmissible que le Congrès vote actuellement sur ces résolutions.
Une voix.— Je demande qu’on fasse voter. (Cris de Aux voix la proposition Bertrand!)
Le citoyen SECRÉTAIRE. — On nous demande d’imprimer les résolutions ; nous demandons que le Comité gé- néral des socialistes français veuille bien nous remettre tous les documents et la caisse du Congrès afin que nous puissions voir ce qu’il est possible de faire.
Une voix. — C’est scandaleux de présenter une résolution aussi faible.
Le citoyen PRÉSIDENT. — L’impression de la motion serait raisonnable, et justement depuis ce matin le bureau a demandé qu’on lui fournisse les moyens de
(1) Sur les querelles violentes qui existent entre les partis socialistes et la Fédération américaine du travail (où Samuel Gompers joue un si grand rôle) voir : Vigouroux, la concentration des forces ouvrières dans l’Amérique du Nord, pages 318-320.
faire imprimer les résolutions, mais on n’a pas le sou.
Une voix. — Je demande une quête à la porte… (Wives protestations. Le citoyen Delory essaie de prendre la parole dans la bruit, mais sa voix est couverte par des
Le citoyen PRÉSIDENT. — Le citoyen Jean Bertrand a proposé que les propositions soient imprimées, afin que tous les délégués puissent en prendre connaissance.
Le bureau a répondu qu’il ne demanderait pas mieux, mais que le Comité général des socialistes français n’a pas fait acte de présence et que nous ne savons pas avec quelles ressources nous pourrions satisfaire à la demande du citoyen Bertrand. Nous nous sommes adressés au Comité général; s’il y a ici quelqu’un qui puisse répondre pour le Comité général, nous lui trans_ mettons bien volontiers la proposition du citoyen Bertrand; le bureau serait bien heureux d’avoir toutes ses propositions imprimées ; non seulement celles dont il s’agit, mais les autres. appel à la presse. ({nterruptions) Le citoyen PRÉSIDENT. — Le citoyen Delory a dit ceci: Qu”au lieu de faire imprimer, nous officiellement, ces propositions, nous fassions appel à la presse, afin qu’elle les publie. Eh bien, quant à moi, je n’accepte ! pas cette proposition. Si un Congrès socialiste inter- à national n’a pas les moyens de faire publier ses réso- à
lutions, je vous demande qui est-ce qui le fera ? (Vive Le citoyen VANDERvVELDE (Belgique). — La seule objection pour l’impression des rapports est la question Le. d’argent. Un de nos camarades français, dont le dévoue- ment infatigable est connu de tous, me déclare qu’en l’état de cause il se met à la disposition du Congrès pour imprimer les résolutions d’ici à demain. Mais je crois - interpréter les sentiments du bureau tout entier en exprimant le regret, qu’alors que dans tous les autres pays les frais d’organisation avaient été prévus par le . Parti national, nous nous soyons trouvés, en France, en présence d’un Comité général que des préoccupations étrangères ont empêché d’agir. (Vifs applaudissements et exclamations diverses)
Une voix. — Je proteste contre les paroles du citoyen
Le citoyen PRÉSIDENT. — Je vais faire une proposition qui conciliera tout.
Le citoyen Decory. — Dans la région du Nord nous yavons pensé. Dans ces conditions, je suis prêt remettre entre les mains du bureau, au nom de la Fédération du Nord, la somme nécessaire pour imprimer les résolutions. (Vives protestations)
Le citoyen PrÉsIdENT.— Le citoyen Æbers a la parole.
Le citoyen Esers. (P. S. R.) — Citoyens, je n’ai pas de mandat du Comité général du Parti socialiste fran- çais, mais j’en suis membre. Il est évident que mon droit et mon devoir. (Cris de : Non, non… Oui, oui) sont de venir dire ici à notre camarade Vandervelde que ses critiques sont un peu trop sévères. (Approbation et protestations) … que ses critiques sont un peu trop sévères vis-à-vis des camarades membres du Comité général appartenant à toutes les organisations,
à toutes les fractions du socialisme français. Il est
évident, citoyens, que le Comité général a agi suivant
la mesure de ses moyens. (Rires et protestations)
Nous n’avons pas ici à porter des accusations ni des
critiques contre le Comité général qui est l’émanation
de tout le socialisme français. (Longues protestations)
La question de la publication des résolutions est sans importance, vous le savez bien. (Nouvelles _pro lesta- ÿ se Le citoyen Présinexr. — Le bureau se mettra ‘accord Ke avec le camarade français dont on a parlé, afin quelle: É. nous devons discuter les résolutions relatives à la à tactique, au socialisme communal, etc. Si nous ne. de sommes pas prêts au commencement de la séance pour ne la résolution dont il a été parlé, nous serons prêts plus à. tard. Mais les propositions seront publiées, le bureau se mettra d’accord sur ce point. La question est donc Le citoyen Egers. — Le Comité général se réunit ce Re F soir et parlera de cette question. ne La séance est levée à six heures trois quarts. Re
Séance du mercredi 26 septembre 1900 N La séance est ouyerte à dix heures, sous la prési- f dence du citoyen Vandervelde (Beïgique), assisté du Le citoyen PRÉSIDENT. — Camarades, l’ordre du jour a été ainsi fixé : Nous terminerons la discussion commencée hier, c’est-à-dire la discussion sur le rapport de la troisième commission; puis, nous entamerons, immédiatement après, la discussion du rapport de la neuvième commission sur les alliances politiques et la participation éventuelle d’un socialiste à un ministère bourgeois. (Mouvement) Au sujet du mode de votation sur les différents rapports, le bureau s’est trouvé una- nime à proposer les mesures suivantes : Accorder chacune des nationalités deux suffrages, et lorsque, malheureusement, une des nationalités se trouve irré- cune de ces fractions un suflrage. La sanction de ces divisions sera donc de neutraliser dans le vote l’opinion de pareils pays. (1) (1) Ce mode de votation constitue une généralisation de ce qui avait été fait en 189% : la France avait été alors partagée en deux groupes; les guesdistes étaient alors les alliés de Jaurès contre les blanquistes, les allemanistes et les délégués des syndicats, qui formaient la majorité de la délégation; les deux courants furent regardés comme équivalents et la France fut neutralisée, comme elle va l’être encore au Congrès de 1900. J’ai le plaisir d’annoncer au Congrès que le Comité général du Parti socialiste français s’est réuni hier soir et a pris les mesures d’organisation nécessaires pour la bonne marche du Congrès. Dans ces conditions, le malentendu qui s’était élevé entre le Comité d’organisation et le bureau, malentendu auquel on aurait grand é tort d’attribuer une importance exagérée, se trouve ÿ complètement aplani, et je tiens à dire, au nom de nous tous, que nous n’avons jamais songé à reprocher à nos camarades français un manque de fraternité, mais bien un manque d’organisation, qui trouve son excuse dans la difliculté d’organiser presque simultanément deux ‘ Enfin, il a été arrêté hier que la manifestation qui a été décidée pour aflirmer la communion de nos sentiments révolutionnaires, devant le mur des Fédérés, “4 aurait lieu vendredi prochain, à huit heures et demie; Fe ce rendez-vous groupera certainement les militants de toutes les fractions et de toutes les nationalités. (Vifs ration des travailleurs socialistes belges se tient à la disposition des délégués des autres nationalités pour qe: leur fournir des renseignements sur l’industrie textile, 4 les cuirs et peaux, pour l’industrie verrière, etc., afin d’établir des relations internationales à cet égard. Il “à s’excuse d’avertir que les renseignements qu’il pourra fournir seront moins intéressants et moins complets que ceux qu’il pourra obtenir en échange. Les ouvriers ke verriers belges soutiennent en ce moment une grève nn formidable en faveur du droit de se syndiquer libre: 4 ment. Ils ont épuisé une grande partie de leurs res- 144 sources et ils demandent que le prolétariat universel ‘4 leur vienne en aide dans cette lutte. Nous avons reçu le télégramme suivant Les socialistes arméniens résidant à Genève, envoient leur salut cordial au Congrès de la classe ouvrière des deux mondes, laquelle seule, en détruisant le système capi- i taliste et abolissant la propriété privée, pourra établir dans le monde l’égalité, la liberté et la fraternité.
Un autre, des groupements socialistes et des syndicats de Saint-Quentin, qui envoient aux congressistes leur salut fraternel. (Applaudissements)
Le citoyen PRÉSIDENT. — Je donne la parole au rapporteur de la troisième commission. Le citoyen ELLENBOGEN (Autriche). — Je crois que les objections faites par les délégués français contre la résolution proposée ont été provoquées par un malentendu qui a été causé par une mauvaise traduction du texte allemand de la résolution. Dans la résolution il n’a pas été dit, comme le texte de la résolution publié semblait l’indiquer, qu’il faut faire de la propagande par tel ou tel moyen, mais plutôt qu’il faut combiner les différents moyens : « L’action politique, le suffrage universel et l’organisation de la classe ouvrière en groupes politiques, syndicats, coopératives, caisses de secours, cercles d’art et d’éducation, etc. » Nous engageons les militants socialistes à propager le plus pos- sible ces moyens de lutte et d’éducation, qui augmentent la force de la classe ouvrière. Je fais remarquer que la résolution a été votée par la commission à l’unanimité, les citoyens français y compris, et que c’est le citoyen Lafargue qui a fait ressortir qu’il fallait prendre une résolution où il n’y eût pas de différence d’opinion quant
Je crois qu’on ne devrait pas discuter pour le moment sur les différents moyens d’éducation politique, étant donné que la discussion de la neuvième question don-
nera largement occasion aux différents pays représentés k d’indiquer leur manière de voir sur les moyens efficaces. _ Nous engageons donc les Français à voter également la résolution proposée par la commission tout entière. pas vous en rapporter à ce qui a été imprimé dans le ( journal, sur la résolution qui a été prise hier par la commission; c’est seulement sur le texte qui vous est présenté ici au nom de la commission que vous avez vous décider. Mais avant d’entrer dans le détail, je vous dirai que l’esprit qui a animé cette commission a été unanime- ment partagé. Nous avons été tous d’accord pour reconnaître qu’un congrès international n’était pas un congrès où l’on discutait des principes, comme avait fait la première Internationale. Aujourd’hui, il y a des Re partis organisés dans toute l’Europe et dans le monde entier; ces partis se réunissent ici pour mettre en commun les principes qu’ils ont résolus chez eux, les points acquis pour faire une doctrine générale internationale. ‘4 Par conséquent, nous avons pensé qu’on devait écarter toutes les questions qui pouvaient nous diviser, qui n’étaient pas résolues encore dans les diverses natio- nalités, et n’apporter ici que les questions qui étaient # résolues par toutes, pour qu’il y eût un vote unanime dans nos Congrès. Et c’est un vote unanime, sur cette question, qui vous est présenté par la troisième com- 33 mission, parce que tous les points ont été examinés et c’est après une longue discussion que nous avons écarté beaucoup de points qui n’étaient pas encore résolus. Je suis obligé de rentrer dans ce qui s’est passé dans Ie sein de la commission : on a voulu rappeler le diffé rend qui s’était élevé en Allemagne sur une question
de doctrine du Parti socialiste, avec Bernstein. Nous avons écarté cela, nous n’avons pas à le discuter. dit qu’elle était un moyen d’expropriation capitaliste. Eh bien, le délégué belge lui a répondu : Nous, qui pra- d tiquons la coopération depuis si longtemps avec tant de succès, nous repoussons cette théorie ; ce n’est pas un moyen d’expropriation de la classe capitaliste; c’est simplément un moyen de recrutement socialiste; c’est le moyen d’avoir un budget socialiste au service de la
Quand est venue cette question de la coopération, 1 nous avons dit : Il y a deux formes de coopératives: les coopératives de consommation et celles de production. Les coopératives de consommation sont celles que nous devrions adopter, si nous avions à nous prononcer; il faut laisser libres toutes les nationalités au sujet des coopératives de production, parce que celles-ci présen- tent des dangers énormes. (1) J’ai cité dans la commission ce qui s’était passé au Creusot, où l’on avait cru que l’on pouvait élever un atelier coopératif vis-à-vis des grands ateliers dé Schneider, qui valent des millions. ft On a dressé à cet effet un plan magnifique, et avec six cent et quelques mille francs, on pensait tenir en échec les centaines de millions du Creusot… (Protestations du citoyen Jaurès et de plusieurs autres) Le citoyen Jaurès proteste, et c’est lui qui en a été un des promoteurs. (Nouvelles protestations et bruit)
Nous sommes opposés aux coopératives de produc-
() Cf. ce que Bernstein a rapporté des opinions de Marx relatives à la coopération /Socialisme théorique et Social-démocratie t pratique, traduction française, pages 163-167). IL semble d’après les faits cités par Bernstein que Marx attachait une grande importance à la coopérative de production comme « antithèse la plus directe de l’entreprise capitaliste ».
à û tion; et j’étais obligé de dire pourquoi le mot coopéra- Ë
tion figurait dans notre motion. Cela peut soulever cer- taines irrilations d’un côté de l’assemblée, mais je déclare que je ne veux apporter rien d’irritant dans ce débat… (Bruit et exclamations) Je vous rapporte ce qui s’est passé dans la commission pour que nos amis ne craignent pas de voter la résolution proposée, malgré le mot de « coopération », qu’ils rejettent comme une duperie, comme un piège et sur les bancs de la délégation anglaise)
Le citoyen HynpmaAN (Angleterre). — J’ai cédé mon tour de parole au citoyen Lafargue, mais ce n’était pas pour dire cela. Nous protestons contre ce discours qui n’a rien à faire ici. Le citoyen PrésipENT. — Nous ne pouvons compter © M que sur votre bon vouloir et votre tolérance, pour que la présidence fasse respecter son autorité morale sur les orateurs; je vous demande de bien vouloir ne pas les interrompre. J’adjure, d’un autre côté, le citoyen Lafargue, pour donner une sanction aux paroles d’union qu’il prononçait tout à l’heure, de ne pas faire inter- venir dans le débat des questions qui ne peuvent que l’irriter. (Applaudissements) “4
Le citoyen LarARGuE. — Je tenais simplement à dire ”« À qu’il ne fallait pas donner au mot « coopératives », qui se trouvait dans la motion, une importance qu’il n’avait pas, parce que nous avons dit que les Coopératives étaient simplement un instrument entre les mains Au Parti socialiste, que ce n’était pas un moyen d’ÉMANCIE pation de la classe prolétarienne; nous avons ajouté même que les coopératives ouvrières, pour réussir, ‘à étaient obligées de suivre les principes de la société Capis taliste, et non pas d’appliquer les principes de la SOCIété
socialiste de l’avenir. Je vous demande d adopte la RE TR à voter la résolution; j’engage les orateurs à ne pré- Éne. senter que de très brèves observations. (Voixnom— La clôture, mise aux voix, est prononcée. Je donne la parole à Xrüchevsky, qui était inscrit “4 avant la clôture. ea. Le citoyen Kerrcmevsky. — Le citoyen Lafargue à SE “3” dit que la commission devait écarter les coopératives” + C7 de production comme un danger. La commission ne # à s’est pas arrêtée à cette proposition. Il n’a pas été dit 2408 d’ailleurs un mot qui puisse nous faire penser que les - coopératives de production sont un danger. (Applandis- 215 sements) Nous avons des exemples de coopératives de production vivantes et fortes qui augmentent la force : = =3 du prolétariat et du parti socialiste. La deuxième objection est une question de rédaction: 350 Jai insisté à la commission pour que nous ne nous bor- nions pas à constater simplement la tendance objective x, ï du mouvement capitaliste, mais que nous précisions aussi que la socialisation des moyens de productionest le but final du parti socialiste conscient. C’est pourquoi “70 je propose qu’on introduise dans cette proposition, sous une forme ou sous une autre, l’indication du but final, et s. je proposerai d’ajouter après la phrase : « Il engage les militants socialistes à propager ces moyens de lutte et d’éducation qui augmentent la force de la classe ou- vrière » les mots suivants : « et la rendent capable de réaliser son but final qui est » ; le reste comme au texte “1h Le citoyen Frwsourc. (P. O. S. R.) — Il n’est pas per- pee mis, citoyens, pour appuyer une argumentation de jeter dans le débat des choses qui n’y sont pas rigoureuse k k ment vraies. Ce que le citoyen Lafargue est venu dire ici pour le Creusot est inexact, absolument inexact que nous ayons voulu dresser en face de Schneider une Fa autre usine pour fabriquer des canons. Il est d’autant plus défendu au citoyen Lafargue d’affirmer cela, que dans le comité d’action qui était chargé d’ériger cette usine, il y avait des représentants du Parti Ouvrier Français; en sorte que s’il y a eu duperie comme la dit Lafargue, le Parti Ouvrier Français doit en prendre sa Le citoyen PRÉSIDENT. — Je vais mettre aux voix la proposition faite, en y joignant l’amendement Xrit- chevsky qui ne peut donner lieu à aucune discussion. amendement serait ajouté par un membre de la com mission à une proposition qui a été déjà discutée et acceptée ; il n’est pas admissible d’agir ainsi. l L’amendement est rejeté. Le citoyen PRÉSIDENT. — Nous votons maintenant sur j le texte de la résolution. — Adopté à l’unanimité moins commission (2) a désigné le citoyen Vandervelde pour faire le rapport de la majorité et le citoyen Enrico Ferri pour le rapport de la minorité. Certains membres dela commission avaient demandé une séance supplémen-w taire. Le président de la commission a estimé qu’il nÿ, avait pas lieu de suspendre la séance plénière de 8} matin; mais dès quele rapport de la majorité et le ra p- ‘ port de la minorité auront été faits, la séance de ce . © A partir de ce moment c’est lui qui préside la séance. 4 (2) La neuvième question était ainsi concue : « La conquête des pouvoirs publics et les alliances avec les partis bourgeois. » 1 4
matin sera levée et la commission se réunira avant toute discussion. Le citoyen V ANDERVELDE. — Je désire d’abord donner au Congrès le plus objectivement possible un résumé du débat et des résolutions qui ont été prises au sein de la commission. Dès le début, un certain nombre de projets et de résolutions furent déposés, notamment par nos camarades Jules Guesde, Enrico Ferri, Karl Kautsky. Ce dernier fut chargé de déposer un projet de résolution qui a servi de base au débat. La commission décida qu’elle avait à trancher deux questions distinctes : d’abord, la question des alliances et des coalitions, ensuite la question de la participation éventuelle d’un socialiste à un gouvernement bourgeois. Sur la première question, question des alliances, le débat a été extrêmement bref et il devait l’être, car il n’était que la continuation et la confirmation des discussions qui avaient déjà eu lieu dans les Congrès internationaux précédents. Sur ce point, je me plais le souligner (car c’était une question fondamentale}, 4 tous les membres de la commission, à quelque fraction, à quelque nationalité qu’ils appartinssent, se trouvèrent unanimes et la résolution qui fut finalement admise reproduit textuellement celle qui fut adoptée il y a quelques jours par nos camarades du Parti Ouvrier Français dans le Congrès qu’ils tinrent à Ivry. (Applau- dissements) Étant donné que malheureusement le texte imprimé des résolutions n’a pas encore été remis aux membres du Congrès, je rends l’assemblée attentive au , texte dont je vais lui donner lecture : Le Congrès rappelle que la lutte de classe interdit toute espèce d’alliance avec une fraction quelconque de la classe Étant admis même que des circons ances excep tionnelles +50 à rendent nécessaires par endroits des coalitions (bien { 15 entendu, sans confusion de programme et de tactique),ces +. coalitions, que le Parti doit s’attacher à réduire à leur ee te minimum, jusqu’à complète élimination, ne sauraient être EY Fi tolérées qu”autant que leur nécessité aura été reconnue par x l’organisation régionale ou nationale dont relèvent les AA Tel est donc, compagnons, le résumé de la décision F. Fa prise : de coopération, d’alliance avec les partis bour- É ‘3 FA geois, il ne peut pas être question d’en faire d’une Da manière durable et permanente, car ce serait aller *] A l’encontre du principe fondamental de notre Parti, qui é % est de nous placer sur le terrain de la lutte de classe. “4 È Tout au plus, peutil être question, dans des cires constances exceptionnelles, dans des cas d’urgente nécessité, de coalitions temporaires, accidentelles dans “ un but déterminé; et notre camarade Ferri indiquait d’une manière saisissante la portée d’une pareille réso11 © lution en disant ceci : Supposez que dans un pays où ‘0 : les routes sont dangereuses, trois voyageurs de na. )fè tionalité, de race, de convictions philosophiques et er. religieuses différentes, soient attaqués au tournant d’un chemin par des voleurs ou des assassins; ils oublient alors tout ce qui les divise et ils se défendent contre “ta l’agression. De même les partis ouvriers ne doivent. 9 “té recourir à des contacts avec d’autres partis que lorsqu’il ne. ÿ s’agit du cas de légitime défense : pour la défense de la 3 : liberté, comme en Italie; pour la défense des droits d e Ne la personnalité humaine, comme jadis en Fran Ce… 1023 \ (Vifs applaudissements à droite) pour arracher “34 à suffrage universel comme en Belgique (Nouve au applaudissements sur les mêmes bancs) ou comme en, (HS Autriche. En un mot, il ne peut être question de conta ne accidentel avec des fractions de la classe capitalik
que dans des circonstances nécessairement exception- . nelles et temporaires.
Telle est la première résolution qui, je le répète, a été
Sur la seconde question — que, quant à moi, je considère comme étant d’intérêt local et.secondaire — la question de savoir si un socialiste isolé peut, dans certaines circonstances, entrer dans un gouvernement bourgeois, la même unanimité ne s’est pas reproduite : deux résolutions se sont trouvées en présence, l’une de Karl Kautsky, l’autre des citoyens Ferri et Jules “4 Guesde. La résolution proposée par Ferri et Jules Guesde concluait à l’interdiction formelle et absolue de” toute participation à un gouvernement bourgeois. Quant à la résolution Æautsky, dont j’ai le texte sous les yeux, — je ne puis malheureusement pas vous faire connaître la résolution de la minorité que je n’ai pas présente à la mémoire et qui n’a pas encore été imprimée, — quant à la résolution Kautsky, elle est ainsi conçue, et je vous demande d’écouter avec la plus grande attention ce que je me permettrai d’appeler la savante consultation théorique d’un des hommes que la social-démocratie s’honore le plus de compter dans ses rangs. (Applaudissements sur un grand nombre de
Dans un État démocratique moderne, la conquête du pouvoir politique par le prolétariat ne peut être le résultat d’un coup de main, mais bien d’un long et pénible travail d’organisation prolétarienne sur le terrain économique et politique, de la régénération physique et morale de la classe ouvrière et de la conquête graduelle des municipalités et des assemblées législatives.
Mais dans les pays où le pouvoir gouvernemental est centralisé, il ne peut être conquis fragmentairement.
L’entrée d’un socialiste isolé dans un gouvernement
bourgeois ne peut être considérée comme le commencement normal de la conquête du pouvoir politique, mais seule- à ment comme un expédient forcé, transitoire et exceptionnel. Si dans un cas particulier, la situation politique nécessite cette expérience dangereuse, c’est là une question de tactique et non de principe : le Congrès international n’a point à se prononcer sur ce point. ; (Vifs applaudissements sur un grand nombre de Je ne comprends pas que, lorsque le rapporteur se borne à lire une résolution sans même donner son sentiment personnel, vous fassiez preuve de cette excitation, qui n’est vraiment pas à sa place! La résolution continue en ces termes Mais en tous cas, l’entrée d’un socialiste dans un gouvernement bourgeois ne permet d’espérer de bons résultats pour le prolétariat militant que si le Parti socialiste, dans sa grande majorité, approuve pareil acte et si le ministre . socialiste reste le mandataire de son Parti. Dans le cas, au contraire, où le ministre devient indépendant de ce Parti, ou n’en représente qu’une portion, son intervention dans un ministère bourgeois menace d’amener la désorganisation et la confusion pour le prolétariat militant. /Applaudisse- à ments à gauche et sur quelques bancs à droite) Ellemenace de l’affaiblir, au lieu de le fortifier, et d’entraver la conquête prolétarienne des pouvoirs publics, au lieu de la favoriser. Enfin, citoyens, pour compléter cet exposé jusqu’à présent objectif et impersonnel, j’ajoute que le citoyen « Plekhanoff, d’accord avec le citoyen Jaurès, a fait voter l’amendement suivant : Ne En tout cas, le Congrès est d’avis que, même dans ces cas extrêmes, un socialiste doit quitter le ministère lorsque le Parti organisé reconnaît que ce dernier donne des preuves évidentes de partialité dans la lutte entre le“ Capital et le Travail. La résolution Kautsky, ainsi amendée, a été votée à la majorité de vingt-quatre voix contre quatre. ’ f
Et maintenant, citoyens, sans avoir la prétention et la témérité de vouloir refléter le sentiment unanime d’une commission dans laquelle il y avait de grandes nuances d’opinion, je voudrais vous donner mon senti- ‘40 ment personnel, avec la conviction que c’est le sentiment du plus grand nombre des membres de la majorité, sur les deux résolutions qui sont présentées au Congrès. En ce qui concerne les alliances et les coalitions, je Fe puis être extrêmement bref, puisque nous sommes j. unanimes ; et je déclare que notre sentiment à tous est celui-ci : Dans n’importe quelle circonstance, si les coalitions ont même un caractère exceptionnel et tem- à poraire, elles sont un mal; car elles peuvent, dans une : certaine mesure, affaiblir la conscience de classe du prolétariat. (Applaudissements à gauche) C’est donc un moyen dont il faut user avec une extrême prudence; mais les circonstances peuvent exiger pareille coalition : pour défendre les libertés comme en Italie; pour conquérir le droit au suffrage universel, comme en Autriche . ou en Belgique; pour sauvegarder les intérêts généraux de la civilisation, comme récemment en France; et alors entre deux maux, il faut choisir le moindre. Les coalitions peuvent être un mal; elles sont toujours un mal; mais elles sont parfois un mal nécessaire.
J’en arrive maintenant à la résolution qui passionne surtout une des nationalités représentées à ce Congrès. Et je tiens tout d’abord à le dire, camarades, la résolution que nous avons votée ne peut être considérée ni comme une condamnation ni comme une approbation tacites de la tactique qui a été suivie en France par certains de nos camarades français. Et pour dire toute ma pensée, pour montrer à quel point la majorité de la
commission a voulu faire preuve de tolérance etde
Pt conciliation, j’ajoute qu’un grand nom bre | d’entr e nous, nt que le plus grand nombre d’entrenous peut-être, sinous avions dans un Congrès national à nous prononcer sur F 4 la question de savoir si, dans un pays comme la France, Be il est bon qu’un socialiste entre dans un gouvernement ° 4 ni. bourgeois, nous dirions : Quelle que soit la valeur intellectuelle et morale de ce ministre, à laquelle nous rendons le plus complet hommage, quels que soient les Be arguments puissants qu’on peut faire valoir en faveur de d son entrée dans le gouvernement, nous considérons que les inconvénients d’une pareille situation sont infiL nr niment plus grands que ses avantages. Et si nous avions ‘ { à nous prononcer, nous dirions que Müllerand et ses amis ont commis une faute… (Applaudissements en- É: 4 thousiastes à gauche) en acceptant sous leur responsa3 ‘ bilité personnelle l’entrée dans le gouvernement de Se Défense républicaine et qu’ils commettent une faute, À que nous déplorons plus encore, en y restant contre le ne. vœu d’une fraction importante du socialisme. (Nouveaux pas m’applaudir, car il s’en trouvera peut-être parmi vous pour le regretter tout à l’heure — (Rires) vous. ne vous êtes ralliés à une résolution trop vague et trop générale. Pourquoi l”avons-nous fait? Parce que nous. x avons la conviction profonde que le Congrès interna-
tional n’est pas une Cour de justice et d’arbitra ge, ‘No destinée à prononcer des condamnations, des flétrissures Le et à lancer des ‘décrets d’excommunication! (Wifs RS Notre rôle est, au contraire, un rôle de pacification ‘hi $ de conciliation et de tolérance; nous avons à nous pr . 154 Te noncer, avec une fermeté inébranlable, sur les questio
de principe; nous avons, au contraire, à laisser une liberté complète d’action à chacune des nationalités, lorsqu’il s’agit de questions tactiques. Mais ce qui différencie la plupart d’entre nous de nos amis du P. O.F. et des fractions qui pensent comme lui, c’est que nous considérons que cette question — d’après nous, accessoire et secondaire — (Protestations gauche) de la participation au pouvoir ministériel est , une question de tactique et non pas une question de Vous le voyez bien (s’adressant à la partie gauche de l’assemblée) vous regrettez déjà vos applaudissements de tout à l’heure ! (Bruit à gauche. — Rires à droite)
Sans passion, sans inutile colère et avec le sentiment d’un homme qui pense — comme la plupart de ses amis de la démocratie socialiste internationale — que cette question ministérielle, sauf en France, est une question d’intérêt académique et platonique, je voudrais indiquer à nos amis du P. O.F. sur quel point nous sommes en désaccord. Leur théorie est la suivante : Lorsqu’il s’agit de fonctions électives, que le prolétariat peut conquérir par ses seules forces, la participation aux pouvoirs locaux est une chose légitime; c’est même un devoir. Lorsqu’il s’agit de fonctions nominatives, de désigna- tions par le pouvoir central, c’est l’abstention, au contraire, qui est un devoir. En d’autres termes, s’agit-il d’un maire à Lille, les socialistes ont l’obligation de le mettre à la tête du conseil municipal; s’agit-il, au contraire, d’un ministre à Paris, les socialistes ont mission et devoir de lui fermer la porte du gouvernement. (Applaudissements à droite. — Exclamations à gauche)
Or, sans prétendre assimiler deux situations dont la différence saute aux yeux, nous soutenons que ces deux
situations ne sont pas fondamentalement et essentiellement distinctes; car dans un pays de régime démocratique et parlementaire, les ministres au gouvernement sont aussi bien les délégués du Parti qu’ils représentent, que les maires à la tête des municipalités. (Applaudissements à droite) Seulement, pour que cette thèse soit vraie, pour que son application pratique ne présente pas les inconvénients les plus graves, il faut que le mi- nistre ne soit pas un parlementaire sans mandat, mais bien le mandataire, le représentant d’un Parti organisé, qui le soumet à son contrôle et qui lui impose sa juridiction. (Vifs applaudissements sur un grand nombre de bancs)
Hier, notre compagnon Auer avait un mot que je veux répéter au Congrès, car il nous a été à tous au cœur, il disait : Dans un pays comme le nôtre, en Allemagne, . celui qui serait assez stupide pour entrer dans un ministère sans l’approbation de son Parti, serait immédia- i tement exclu de ce parti. (Applaudissements à gauche) Par conséquent, nous ne pouvons admettre l’entrée d’un ministre socialiste dans un gouvernement bourgeois que comme un expédient dont notre résolution montre tout le danger, qu’à la condition formelle qu’il y soit autorisé par la grande majorité de son Parti,qu’à la condition non moins formelle que sa présence au gouvernement ne soit pas une pomme de discorde, au lieu d’être un gage d’apaisement. Et nous ajoutons que le mandat donné à pareil ministre est un mandat toujours révocable : il y entre aujourd’hui avec la permission de son Parti; — mais doit-il y subir une promiscuité compromettante, doit-il accepter des solidarités inac- NE ceptables, doit-il engager ses partisans dans des imbroglios parlementaires qui jettent la confusion dans les cerveaux du prolétariat, alors, la place de ce ministre +8
v’est plus au gouvernement et le Parti doit avoir le droit de lui dire : Vous êtes sorti de nos rangs, rentrez-y ! (Applaudissements prolongés sur la plupart des bancs) 3
C’est dans ces conditions qu’à côté d’un certain € nombre d’entre nous, qui peut-être adopteraient la tactique qui a été inaugurée en France par certains de nos camarades, le plus grand nombre s’est trouvé d’accord pour voter par espit de conciliation l’ordre du jour Et maintenant, pour finir, chers camarades, laissezmoi vous dire qu’autant nous considérons la question des coalitions comme fondamentale — parce qu’elle intéresse tous les pays ici représentés, parce qu’elle se e pose dans toutes les circonstances auxquelles se mêle la vie de notre parti, — autant nous sommes obligés de considérer que la question d’une brûlante actualité, qui passionne en ce moment nos camarades de France, n’est, en réalité, comme le disait hier Jaurès lui-même, qu’un accident, un épisode dans l’évolution socialiste de la France, dans l’évolution socialiste du prolétariat… (Applaudissements à droite) Car quelles que soient les nuances et même les divergences d’opinion qui peuvent exister entre nous, il n’est pas un socialiste conscient . qui puisse croire, un seul instant, que malgré l’intérêt que présentent certaines réformes immédiates qui peuvent être réalisées par un ministre socialiste, son portefeuille pèse jamais bien lourd dans la balance entre la classe ouvrière et la classe capitaliste. Et dès lors, notre pensée à tous, c’est que le jour où pareille k question disparaîtra de l’ordre du jour des Congrès socialistes français, ce sera un soulagement pour le prolétariat universel! (Applaudissements sur un grand ‘ nombre de bancs)
La lutte de classe, c’est bien autre chose que des
te c’est une lutte de tous les instants, par tous 1 es moyens
pacifiques ou révolutionnaires, pour le D at fina 1 que nous poursuivons tous, et que par l’union intégra le nous saurons un jour réaliser! Français, dans ce rude combat pour la justice, sur ce pénible chemin qui pour tant des nôtres a été un . 1% calvaire, il en est qui tomberont peynt-être, succombant Me” à l’épuisement de la fatigue ou sous les balles de nos à ; ennemis ; mais le prolétariat vainqueur, qui aura su , Re. _ conquérir un jour intégralement les pouvoirs publics, 4 devra être composé d’hommes forts physiquement et moralement, conscients de leur intérêt de classe, ayant reçu une éducation complète dans tous les domaines ÈS 4 de l’activité intellectuelle, réunis par une organisation 0e éeonomique qui les attachera l’un à l’autre, comme ces mn grands Barbares de jadis étaient rattachés dans le “CR combat par des chaînes de fer qu’ils avaient nouées he. é eux-mêmes autour de leur ceinture. Quand leprolétariat “4 &} sera arrivé physiquement, moralement, politiquement, « 5 économiquement, à la pleine conscience de lui-même, il sera mûr pour la conquête définitive du monde et il fade pourra se dresser devant la bourgeoisie en disant: NS - La maison est à moi : c’est à vous d’en sortir! (1) ‘4 Éa, ; (Applaudissements prolongés et unanimes. Acclama- tions) ne tr La séance est levée à midi et demie. ‘4 Ninrt (1) Le compte rendu analytique officiel a remplacé ce vers par ne: la phrase suivante : « Sortez de la maison. Elle est à nous! Nous sommes dignes d’y entrer. » Il y a dans Molière, Tartuffe ou lIm=… Du posteur, acte IV, scène 7, Tartuffe : De. C’est à vous d’en sortir, vous qu parlez en maître; nn. L: , La maison m’appartient, je le ferai connaître. La séance est ouverte à deux heures, sous la prési- t dence du citoyen Vandervelde (Belgique), assisté du Le citoyen PRÉSIDENT. — La parole est au camarade Le citoyen Exrico FErri (Italie). — Officiellement, je suis le rapporteur de la minorité; mais je dois commencer par un aveu, c’est que si, hier soir, après la votation qu’on a faite dans notre neuvième commission, je suis rentré chez moi avec la conviction d’être le rapporteur de la minorité, ce matin, en me réveillant, comme le condamné à mort — car nous serons tués sous la motion Xautsky — (Rires), je me suis demandé ce que j’étais vraiment, et je me suis persuadé qu’au contraire j’étais le rapporteur de la majorité. (Nouveaux rires et applaudissements sur certains bancs) Le discours de mon ami Vandervelde a redoublé ma conviction que nous avons balancé cette motion Kautsky, k parce qu’en effet la question de la neuvième commission est double : question de participation au pouvoir par un socialiste, alliance du parti socialiste avec des fractions de la bourgeoisie. Or, voici ce qui est arrivé, au point de vue historique, dans notre commission : hier, on a commencé par discuter et ensuite voter la question de la participation au pouvoir, par un ministre dans un gouvernement, ou par un maire dans un conseil communal. Après que vingt-deux voix contre quatre ont accepté cette motion Kautsky pour la participation au pouvoir, qui est tort à fait défendue en principe, mais qui est tout à fait permise en tactique; (Nouveaux applaudissements sur
48 __ concernaït les alliances et les coalitions; et alors la commission, qui avait voté en majorité la participation ‘ 304 __ aupouvoir, a voté à l’unanimité la défense pres. be a. absolue des alliances. ie <0n Pour mon compte j’ai soutenu, dans la neuvième commission, la résolution que j’ai toujours soutenue en Italie, que j’ai proposée à notre Congrès national de Rome, sur laquelle j’ai été battu, comme je le serai Ÿ s à) aujourd’hui dans ce Congrès. (Rires) LR Une voix à gauche. — Nous le verrons! (Bruit) Re ÿ Le citoyen FErRI. — En tout cas, que je sois battu ou non, que la majorité commence par déclarer d’avance qu’ici nous sommes tous des socialistes et des frères. 1e (Vifs applaudissements sur un grand nombre de bancs) 1 :ôh et qu’à l’issue de notre vote, s’il y a des majorités et des PA : minorités, il n’y ait pas du moins des vainqueurs et des ÿ vaincus! (Nouveaux applaudissements sur la plupart des bancs) 4 2e Puisque la deuxième résolution’a été votée à l’unani4 Fe |. mité, je suis véritablement le rapporteur de l’unaniJi mité. (Rires) à Cependant, ce balancement qui s’est effectué est le produit, non pas d’ambitions, de fourberies ou d’habi- à. ‘ letés personnelles; il est le symptôme et la manifestaDE € tion d’un état d’âme socialiste, non pas seulement en Le France, mais dans tous les pays. 410 Nous socialistes, nous traversons une phase décisive cialiste international. Chaque pays a dans ses entrailles lé même état d’âme, qui se révèle au milieu d’une ‘44 af crise. En France, on appelle cela le cas Millerand: en ‘14 Italie, la tactique autonome; en Allemagne, la résolu
tion Bebel, la question de participation aux élections du Landtag. Eh bien, j’estime qu’il serait inutile d’avoir fait des milliers de kilomètres pour venir à Paris aux assises internationales du socialisme et pour y prendre une résolution à l’instar de Ponce-Pilate qui va se laver les mains. (Applaudissements à gauche) 4 Lorsqu’on dit que le cas Willerand n’intéresse pas le socialisme international, on dit du vrai et on dit de l’inexact; on dit du vrai, lorsqu’on parle du cas indivi- À duel, personnel; et on dit de l’inexact, lorsqu’on envi- É sage le cas général, dont le cas Millerand n’est que le symptôme et l’effet. Nous socialistes, nous n’avons pas le droit de flétrir tel ou tel socialiste français; mais nous avons le droit de juger, de fixer la conduite du parti socialiste; car, disons-le, nous sommes les branches et le feuillage du grand arbre international, mais les racines profondes de cet arbre sont constituées par la masse prolétarienne des travailleurs des usines et des campagnes. (Vifs applaudissements) Nous, les branches et les feuilles de l’arbre socialiste, réunis souverainement dans cette ! assemblée internationale, nous avons le droit et le devoir de décider ; mais dans nos décisions nous ne devons pas oublier que la sève, qui donne la vigueur et la vie aux branches, se trouve dans les racines; il faut que nous n’oubliions pas les intérêts, les sentiments, les besoins du prolétariat présent et à venir! (Nouveaux applaudissements) Comment donc, dans ces conditions, le Congrès international pourrait-il prendre une résolution Ponce-Pilate vis-à-vis du prolétariat, qui nous demande une règle, une boussole pour orienter sa conscience de classe? Écartons les cas personnels et constatons que la même situation existe partout. En Italie cela est moins retentissant qu’en France; mais, Tu ati et moi, nous sommes comme Jaurès et Jules Guesde, avec ceti e ae À différence cependant qu’en Italie nous avons déjà _dé- passé ce que j’appellerai la phase personnaliste du socialisme. (Vifs applaudissements sur un grand nombre de bancs) “4 Une assemblée du socialisme international ne pourra jamais oublier ce que le Parti Ouvrier Français a de accompli de besogne difficile et féconde dans ce noble
‘à pays de la Révolution qui est la France; le Parti
NT: Ouvrier Français n’a fait pendant une vingtaine d’an-
À 54 nées que l’application des idées précises, cristallines de A ; Karl Marx… (Protestations sur certains bancs) Mais, iv dans ces derniers temps, les représentants les plus ‘4 autorisés du Parti Ouvrier sont restés un peu immobiles dans une certaine formule schématique qui était,non 1 ; pas le marxisme théorique, mais surtout une interpré- ‘à “ tation dogmatique des disciples de Xarl Marx.
D’autre part, en France, il ÿ a un autre courant, tout aussi socialiste que le Parti Ouvrier Français, qui veut s’occuper de l’organisation économique du prolétariat à l’aide de son organisation politique et électorale. Ce ‘4 courant peut être qualifié de droit, par une raison topo- à graphique… (Rumeurs sur certains bancs) Je peux me ‘4 k. tromper, mais je suis sincère; personne n’a le monopole w ‘14 de la vérité; mais pour faire quelque chose d’utile, il faut que tout le monde ici dise ouvertement $a pensée!
ne 5 : (Vive approbation sur un grand nombre de bancs) 4
at Eh bien, ce courant socialiste s’est trouvé alimenté en,
France par une occasion extraordinaire — tous ceux
qui m’écoutent comprennent que je veux parler de l’affaire Dreyfus. Eh bien, l’attitude de cette partie du
h socialisme français, nous l’avons jugée à l’ét anger
se objectivement, étant ce qu’on a appelé la postérité
contemporaine. Nous avons envisagé sans aigreur, sans envie, sans jalousie personnelle, la portée des actes socialistes qui se sont produits.
Nous avons donc vu d’un côté le Parti Ouvrier Français lutter contre cet esprit de malonisme, accomplissant parfois une besogne utile en précisant la conscience de classe, en guidant le prolétariat parmi le confusionisme révolutionnaire; et de l’autre côté le courant socialiste indépendant agissant dans l’affaire Dreyfus, y voyant un symptôme et une manifestation de la lutte de la France républicaine moderne contre le militarisme et le cléricalisme, qui existaient avant la société bourgeoise capitaliste, qui sont des forces qui maintenant s’allient au capitalisme bourgeois, mais qui ont un développement autonome, qui puisent leurs racines dans les siècles de la préhistoire capitaliste. Militarisme, cléricalisme et capitalisme étaient donc alliés, avec beaucoup d’argent — ce que n’a pas le socialisme, malgré la résolution qu’il a prise hier matin au sujet des dix mille francs — (Rires). Qui dit beaucoup d’argent, dit beaucoup de journaux et par consé- quent grande influence sur l’opinion publique. Pour renverser ou pour balancer’tout au moins cette influence, Jaurès est venu et s’est jeté dans la mêlée. La Petite République a fait une consultation internationale cet égard… (1)
Une voix. — Certains veulent maintenant s’en laver les mains.
Le citoyen FERRI — . et dans cette consultation internationale, la majorité des hommes les plus autorisés du socialisme international ont approuvé, loué et
() Cette consultation a été publiée dans les cinquième, sixième, huitième et onzième cahiers de la première série.
à admiré l’attitude de Jaurès dans laffaire Dreyfus. à droite. Protestations sur certains bancs à gauche)
Mais, camarades, c’est pour l’union que je plaide, et je dis que dans aucune question, dans aucun fait de la vie, la raison n’est toute d’un côté, et les torts tous de l’autre; mais il y a des mérites et des fautes des deux. côtés et dans les deux partis, car, tout en étant des socialistes, nous ne sommes pas infaillibles : nous sommes des hommes. (Approbation sur certains bancs)
Je dis, en faveur de cette unité socialiste, qui est le désir, l’idéal et la nécessité morale de ces grandes assises internationales, que cette attitude d’une partie du socialisme français ne peut pas être méconnue dans son mérite, car elle n’a été que le résultat d’une défense extrême des conditions élémentaires de la civilisation contemporaine contre l’esprit du Moyen-Age militariste et clérical, qui essayait d’étouffer la France, qui est ou qui était à la tête des nations! (Bravos et applaudissements) Et dans ces conditions, est-ce que l’entente n’estpas possible? Est-ce qu’elle n’est pas naturelle? Est-ce qu’elle n’est pas inévitable? Évidemment oui, elle se fera en France, comme dans les autres pays. Il y à une quinzaine de jours, j’étais à Rome, dans notre Congrès national: je présentais la même résolution que je ‘4 présente ici, et j’ai été battu par le courant représenté par mon ami T’urati; mais nous avons été des frères @b des amis le lendemain comme la veille. w
Actuellement, on pourrait dire, n’est-ce pas, € voyant le côté gauche et le côté droit : Voyez comme ils sont unis! Oui, pendant le Congrès international ee (Rires) comme les cléricaux et les nationalistes pendant l’Exposition! Eh bien, nous socialistes, nous vous
disons : Oubliez les questions de personnalités pour vous rappeler des racines prolétariennes de la masse universelle des travailleurs; et que cette attitude de paix et de conciliation ne soit pas comme l’huiie qu’on répand sur la mer pour avoir un instant de calme fugitif, pour voir ensuite l’orage se déchaïîner avec plus de violence — au Congrès national. Vous devez, cama- rades français, oublier, je le répète, les questions de personnalités et prendre un bain de santé et de régéné- ration dans la masse profonde et collective du prolétariat
Voilà pourquoi la neuvième commission a voulu faire l’inverse du jugement de Salomon, et au lieu de couper en deux le Parti socialiste français, elle a voulu le rassembler et l’unir. ‘4
Mon amour pour la France est si profond que je connais peut-être davantage le mouvement socialiste français que le mouvement socialiste italien. (1) Maïs, ainsi que je l’ai indiqué, cet état d’âme que traverse le socialisme international se manifeste sous des formes différentes dans tous les pays. C’est, en effet, que le parti socialiste en France comme ailleurs est arrivé à , une phase de son développement en raison de laquelle la bourgeoisie a changé les formes superficielles de sa tactique de défense. Lorsque le Parti socialiste n’est encore que nouveau- « né, la bourgeoisie s’en défend avec la raillerie, avec la calomnie. Mais lorsque le socialisme, de nouveau-né qu’il était, devient un enfant assez vigoureux, la bourgeoisie change de tactique de défense : ellele persécute;
() Sur cette idée assez répandue parmi les Italiens qu’ils sont bons juges des événements de France, lire la lettre d’A. Labriola ! dans le cinquième cahier de la première série (page 72).
elle a l’espoiret l’utopie réactionnaires d’étouffer la vie éyé de cet enfant qui promet; et elle espère y arriver ave Es ne. des persécutions, des états de siège, des fusillades et des jugements de conseils de guerre ou de tribunaux ne: ordinaires, qui ne sont qu’une forme différente de la même justice pénale bourgeoise, laquelle n’est qu’une machine à broyer la personnalité humaine. Lorsque cet enfant traverse vivant la série de ces re persécutions et arrive à être un jeune homme vaillant , et robuste, la bourgeoisie change de tactique et dit Voyons, plus de raillerie, plus de, calomnies, plus de persécutions : il faut l’hypnotiser! Il faut agir comme les mères de famille qui, dans cette société bourgeoise, “3 ont des filles à marier; lorsqu’il s’agit de faire la chasse à au mari, la fille se promène, très élégante, elle a des sourires, des yeux doux pour le jeune homme qui passe; À et celui-ci, très ardent et en même temps très idéaliste, À à : croit que tous les sourires de la fille et de la probable wi: belle-mère traduisent une affection sincère; c’est ainsi ? ‘ que, tombant dans ce piège, le jeune homme vaillant et hardi deviendra un mari apprivoisé et prédestiné. (Rires et applaudissements) à la Millerand! Le citoyen Enrico FErRRI. — Camarade Guesde, je AS Le citoyen PRÉSIDENT. — Je prie les camarades de ne va pas souligner les paroles de l’orateur; elles me paraissent suffisamment énergiques. Re. Le citoyen Juces Guespe. — Je retire ce que j’ai dit. à + ; Le citoyen Enrico FErri. — Eh bien, voilà l’état » 54 ; d’âme général : en France, un ministre socialiste est L ‘4 appelé au gouvernement; en Allemagne, ce berceau du marxisme rigide, absolu, d’acier, le pays de Liebknecht,
l’année dernière, on a discuté à propos de Bernstein. J’estime qu’on a tort d’appeler cela le cas Bernstein, car, je le répète, c’est une crise de croissance du parti socialiste international… L’année dernière, Bernstein a dit : Tout est dans le mouvement, rien n’est dans le but ne. final. Une autre camarade allemande, Rosa Luxemburg,
a dit : Rien n’est dans le mouvement, tout est dans le but final; Liebknecht a dit enfin : L’essentiel, c’est le but final ; mais il faut le mouvement pour s’approcher. propos du Landtag — notre camarade Volmar en sait quelque chose — on ne voulait pas participer aux élections du Landtag:il y a deux ou trois ans c’était défendu; et il y a une quinzaine de jours, à Mayence, Bebel, le frère d’armes de Liebknecht, a proposé une résolution qui a été approuvée par la majorité, qui non seulement permet, mais rend obligatoire la participation au Landtag. (Nouveaux applaudissements à droite) Et alors, ce n’est pas la faute de Jaurès s’il personnifie ce courant du mouvement pour atteindre le but final; ce n’est pas la faute de Turati, en Italie, ou de Bebel, en Allemagne : ce sont les conditions du développement politique et économique de l’Europe contemporaine vis-à-vis du socialisme, devenu un jeune homme et l’égard duquel on change de tactique et on emploie ce que j’appellerai la tactique du phagocytisme politique. Nous savons ce qui se passe en physiologie : lorsque un corps étranger s’introduit dans l’organisme, il risque de l’infecter, de provoquer la fièvre. IL y a alors les phagocytes, qui englobent ce petit corps étranger, qui l’empêchent d’avoir des communications avec le reste du sang et de l’organisme, qui l’enserrent et l’atrophient, et défendent ainsi l’organisme de l’infection possible. Eh bien, lorsque la bourgeoisie voit ce corps étranger
du socialisme grandir et menacer le tissu de son orga nisme, et lorsque, d’un autre côté, elle voit, dans Faf- à: faire Dreyfus, qu’elle — bourgeoisie libérale qui pendant une vingtaine d’années avait laissé croître les forces militaristes et cléricales sans s’en défendre —ellerisque de laisser disparaître la République qu’elle avaitgagnée en 1870, cette bourgeoisie libérale sent la nécessité de ] l’appui du socialisme, de cette jeune sève, qui est venue donner la victoire à la civilisation contre le MoyenAge ! (Applaudissements)
La classe bourgeoise a alors vu le parti socialiste d’un œil moins sévère qu’autrefois;, elle a vu un nouveau moyen d’éviter le danger de l’infection socialiste, en pratiquant le phagocytisme : elle a pris le symbole de cette force étrangère ; elle la mis dans l’organisme bourgeois; mais elle l’a englobé; elle l’a empêché d’accomplir sa fonction de régénération organique; il s’atrophie de jour en jour; il ne peut pas donner ceque le sentiment populaire pouvait espérer de l’entrée d’un socialiste dans le gouvernement bourgeois d’un pays comme la France. Certains répondent : Cela ne nous regarde pas ; C’est une question de tactique ; ce n’est pas une question de principe : les principes sont saufs ; nous allons, dans la ‘4 motion Xautsky, faire les affirmations les plus abs0lues des principes socialistes : oui, lutte de classe, con- ue quête intégrale des pouvoirs publics, prolétariat contre bourgeoisie ; mais il faut distinguer les principes de la 4 . tactique : le Congrès international peut dicter une rÉSO= lation de principe ; il ne peut pas s’occuper des détails de la tactique. . Moi, je dis au contraire qu’on ne peut pas faire de distinction entre les principes et la tactique… (Applau= dissements à gauche). C’est une vieille distinction scos ï lastique que de séparer la théorie de la pratique; mais, à pour nous, esprits positivistes et d’expérience, nous k disons que la théorie n’est que la pratique généralisée k et la pratique n’est que la théorie en action! (Nouveaux Est-ce que, lorsque vous allez permettre lentrée d’un ministre socialiste dans un gouvernement bourgeois, à vous allez afficher au dos du ministre les principes géné- S raux de son parti, sauf à lui laisser pratiquer par devant une tactique contraire ?.. (Rires) J’estime qu’il doit personnifier à la fois la tactique qui se meut et le prin- cipe qui s’applique. Et c’est pour cela que nous avons soutenu qu’il ne faut pas ouvrir la fenêtre après avoir fermé la porte. Il faut agir avec beaucoup de prudence, dit la motion Kautsky ; il faut faire de la tactique prudentielle ; il faut la pratiquer dans des cas très exceptionnels. Oui, c’est bien, mais ce sont là des lisières en caoutchouc; car qui jugera les cas où la prudence exige telle ou telle tactique, alors que la pancarte des principes doit planer l au-dessus du monde réel et de la pratique quoti- à
Je voyage beaucoup en Italie pour la propagande; eh bien, il arrive que dans tous les villages, dans toutes les petites villes, où le Parti socialiste est à ses débuts, la besogne est plus difficile ; il y a là des compagnons qui disent toujours qu’il y a une occasion très ex- ceptionnelle pour laquelle il faut avoir une tactique d’alliance et d’union avec les partis bourgeois, parce que, disent-ils, on se trouve dans un cas exceptionnel. Cela revient, en somme, à dire qu’il est prudent de réserver les principes pour le ciel et d’appliquer la tactique sur la terre. (Rires) C’est là ce que nous ne pouvons approuver dans la motion Xautsky. Fe La neuvième commission a pris une dout le résolu tion ge. is _ qu’elle vous propose ; et la deuxième, comme et san on très bien remarquer Vandervelde, estlapremièreaupoint de vue logique, quoiqu’elle soit la deuxième aupoint de vue du vote pratique ; cette dernière estla résolution s votée par le Congrès d’Ivry, c’est-à-dire la défense, l’in- FES ‘à terdiction de toute alliance du Parti socialiste avec une “4 É ‘ fraction bourgeoise. En même temps qu’elle a pris cette à résolution à l’unanimité, la neuvième commission a à approuvé, dans sa majorité, la résolution Kautsky, qui 1e dit que dans un cas particulier, lorsque la situation poli4 à tique l’exigera, on pourra faire cette expérience « dan- nu: gereuse ».. L”adjectif s’y trouve, mais l’adjectif n’em- é pêche pas le substantif… Tout le monde s’accordera dire que c’est dangereux, mais que l’on a pour se pro- à x téger le courage et la foi socialistes ! (Rires et applau- dissements à gauche) C’est là une question de tactique ÿ ne et non de principe, dit la motion Xautsky, alors que je ne dis que, pour nous, la tactique et les principes ne sont que le droit et le revers de la même médaille, et que bé l’on ne peut pas avoir une tactique bourgeoise avec des ‘5 principes socialistes. (Longs applaudissements à gauche) La minorité de la commission admet donc la règle de la motion Xautsky; mais n’admet pas ses exceptions en caoutchouc, qui ne seront jamais un obstacle pour ‘4 que la tactique soit en contradiction avec les principes. RES La majorité de la commission, se trouvant dans cet état d’âme qui se reflète dans le monde international, a FE voté la motion Xautsky ; mais, comme si elle avait voté ni: . l’usage d’un poison pour l’organisme socialiste, elle à s
4e tout de suite voté le contrepoison avec la résolution Guesde, qui interdit les alliances. Pourtant, est-ce que la participation d’un ministre à un gouvernement bour-
Hes geois est possible sans qu’il y ait une coalition avecun e.
fraction bourgeoise ? Évidemment non. Un socialiste peut devenir maire d’une commune, lorsqu’il y a une majorité socialiste dans le conseil communal; il peut arriver qu’il soit maire d’une commune et porte-drapeau du parti socialiste sans qu’il y ait aucune alliance; mais pour le ministre, est-ce que cela peut arriver ?.… Je crois qu’une fois qu’on admet la possibilité, soitelle transitoire et exceptionnelle, de l’entrée d’un ministre socialiste dans un gouvernement ou d’un maire socialiste dans une municipalité où la majorité ne soit pas socialiste, on vient à contredire le principe de l’interdiction des alliances avec une fraction de la bourgeoisie. C’est pour cela que j’avais proposé, moi, une motion devant le Congrès national de Rome, interdisant d’une façon absolue la participation au pouvoir politique ou au pouvoir municipal sans qu’il y ait majorité des socialistes. Comme le disait notre ami Vandervelde, ce serait le prolétariat qui s’emparerait de la maison et qui dirait à la bourgeoisie : Allez-vous-en! Je crois que la parole a trahi la pensée de notre ami, qui connaît si bien l’esprit de notre parti socialiste : lorsque le prolétariat se sera emparé de la société humaine, il ne chassera pas la bourgeoisie et il ne met- E. tra personne à la porte ; le socialisme poursuit la lutte ] de classe au nom des travailleurs mais pour la rédemption de l’humanité entière ! (Vifs applaudissements) Le citoyen VANDERVELDE. — Je n’ai pas parlé d’exclusion de la société, mais du gouvernement. Le citoyen Enrico FErrI. — Nous croyons que la motion Xautsky renferme, en elle-même, un danger d’application de tactique contre les socialistes plus grave que ne le pense son auteur ; car, lorsqu’on se place sur un terrain dont le plan est incliné, on sait d’où
s lon part, mais on ne sait pas où on s’arrêtera. J’ai déjà parlé du phénomène de la participation au Landtag; j c’est le même plan incliné. En Italie, l’autonomie a eu ce résultat qu’il y a eu quelques socialistes qui sont be allés aux funérailles officielles du roi Umberto. (Excla= mations) Quant à nous, nous avons flétri le régicide; À car c’est un acte antihumanitaire:; mais nous avons dit au Parlement, dans le groupe socialiste, que nous ne pouvions pas nous associer aux obsèques officielles et orthodoxes que le parti monarchiste faisait à son roi assassiné. En France, nous avons encore un autre exemple du danger de cette tactique; c’est qu’au mo- ment de l’expédition de Chine, pas un socialiste, dans le Parlement français, n’a protesté contre les crédits… (Applaudissements sur certains bancs. Protestations sur Le citoyen SemBar. (P. S. R.) — C’est une erreur. “ rectifierez ; mais si c’est exact, je maintiens ce que j’ai dit contre cette entreprise de pillage international. Le J’arrive à la deuxième résolution. Je trouve que la résolution Guesde n’est pas aussi précise que je l’aurais voulu; le principe est le même que ma résolution; 4 mais la formule de la résolution d”Ivry est assez. élastique, car on ne dit pas : pas de coalition, pas d’alliance, mais coalitions exceptionnelles ; on demande qu’elles soient réduites à leur minimum possible… Le citoyen Jures GuEspe. — Jusqu’à élimination k Le citoyen Enrico FerrI. — Il y a une digue à cela c’est vrai; c’estl’approbation, le consentement préalable du Parti organisé et sa direction; et je crois justemer Fe que tous les malheurs qui arrivent à nos amis dela J France c’est de ne pas avoir un parti organisé, 0 me aurait dû autoriser ou non l’entrée de Müllerand au ministère. C’est pour cela que nous adjurons nos amis ‘4 français de faire l’unité socialiste. (Applaudissements à ne
Ma résolution à l’égard des coalitions était conçue dans les termes suivants Le Congrès international constatant que — malgré les changements de tactique parlementaire, gouvernementale et législative, dans les pays où le Parti socialiste grandit - d’une manière inquiétante pour les gouvernements bourgeois — les principes de la société contemporaine ne sont cd pas changés en ce qui concerne la division fondamentale entre la classe capitaliste et la classe des prolétaires industriels et agricoles; ‘à
Et rappelant que la composition et les progrès du Parti socialiste ne se sont réalisés que par la conscience de classe, k clairement et complètement éveillée chez les travailleurs;
Déclare qu’on ne doit changer ni le programme, ni les méthodes de propagande et de lutte politique et écono- mique adoptés par le Parti socialiste pour la conquête des pouvoirs publics et pour imposer à la classe dominante des réformes partielles, qui sont d’utiles conquêtes graduelles dans la marche et pour l’élévation physique et morale du ! Seulement dans les pays où l’organisation du prolétariat en parti conscient de classe est assez développée et sûre et se trouve sous le contrôle de la direction du Parti socialiste dans chaque pays, on pourra faire des alliances transi- toires et exceptionnelles avec des fractions de la bour- geoisie pour l’extrême défense des libertés publiques ou des principes élémentaires de la civilisation contempo-
Quant à la participation des socialistes au pouvoir poli- tique ou administratif, elle ne sera admise que lorsqu’elle est l’effet de la majorité acquise par le Parti socialiste dans les assemblées politiques et communales. Il n’y a que deux cas dans lesquels on peut faire cette j coalition : le cas qui s’est produit pour la France et celui qui s’est produit pour l’Italie : extrême défense des libertés publiques, lorsqu’on avait projeté un C oup 0 Ÿ d’État pour supprimer les libertés constitutionnelles, de BE É
Du presse, de réunion, d’association, des syndicats. Alors, è 4 Ù le Parti socialiste a pris l’initiative de faire une coali1108 tion avec les radicaux et les républicains. Car, ci- toyens français, n’oubliez pas que beaucoup de vos camarades qui sont ici n’ont pas la République chez à eux; et la République, c’est l’atmosphère libre, qui permet à nos poumons socialistes de respirer. (Vifs “0 C’est ainsi qu’en Italie la motion Kautsky n’a pas lieu n: d’être appliquée, ni comme principe, ni comme tac tique ; et tant qu’il y aura la monarchie, ma conscience de militant socialiste est parfaitement tranquille:leroi ‘4 is ; d’Italie ne songera jamais à faire appel à un ministre ne socialiste, même pour la défense de la civilisation contre les forces réactionnaires. (1) 5e longueur de mes observations au bureau du Congrès et ‘45 au Congrès lui-même. Nous sommes donc, nous, les re6 présentants de la minorité, d’accord avec la majorité, 1 pour l’interdiction des alliances, avec permission ex- ceptionnelle et transitoire d’une coalition pour une « Re extrême défense. Nous restons à l’état de minorité, au contraire, en ce qui concerne la motion Xautsky, qui va
avoir certainement la majorité dans notre Congrès, car
Hé: elle traduit un état d’âme qui s’est imposé même à un,
homme dont la conscience socialiste est, on peut le dire, . RSR () La Critica Sociale, dans un article du 1‘ octobre 1900, signé. nur : des initiales du citoyen Turati et de la citoyenne Koulichoff, rap=
porte cependant que certains journaux conservateurs italiens ont
‘4 examiné cette éventualité comme possible après le Congrès de
d’acier, à Xautsky lui-même, que tous nous aimons et
Au prochain Congrès international, nous ferons la ‘4 balance des avantages et des inconvénients qu’aura produits l’expérience dans tous les pays, de l’usage de cette tactique qui laisse les principes au grenier et qui , applique tout autre chose au premier étage. Je crois que nous arriverons au prochain Congrès international avec une majorité spontanée qui reviendra aux sources de vie de la doctrine socialiste, qui ne doit pas se momifier dans certaines formules schématiques, mais qui doit rester ferme sur le terrain des principes de la lutte pour le prolétariat et pour l’humanité.
Mais quel que soit le vote de cette grandiose assemblée, j’espère que le résultat pratique pour le socialisme international sera que les Français socialistes des deux côtés s’entendront, à cause du besoin d’unité dont ils sont pénétrés, pour marcher ensemble à la conquête de l’avenir, avec cette fierté joyeuse qui est le propre de
C’est dans cet espoir que le prolétariat italien, sanglant et douloureux, sous le joug de la tyrannie monarchique, cléricale et capitaliste, crie : Vive l’unité socialiste nationale et internationale! (Applaudisse- ments prolongés sur la plupart des bancs. Acclama- a
Le citoyen Hyxpmax (Angleterrre). — Nous avons entendu de magnifiques discours, mais cela nous a coûté de longues heures pour les discours eux-mêmes k et pour les traductions. Nous pensons que nous ne som- mes point ici dans une réunion publique, c’est-à-dire venus pour entendre de belle rhétorique, mais pour ré- soudre, au nom du prolétariat, un certain nombre de questions déterminées. Or, si nous donnons un tel déve-
loppement à chacune d’elles, nous n’y arriverons pas. : ‘4 #4 Je propose donc que les orateurs n’auront que dix minutes et les rapporteurs vingt minutes. La proposition mise aux voix est adoptée. Le citoyen Jaurès. (F. S. R.) —Camarades, quelques minutes me suflisent pour caractériser ma position l’égard des diverses motions qui vous sont soumises. Les observations que je vais produire n’engagent que moi, c’est-à-dire les groupes que je représente directement au Congrès. Sur la question des alliances électorales avec les partis bourgeois, il est inutile d’insister : au fond, ét s quelles que soient les formules plus oumoins ingénieuses proposées de part et d’autre, tout le monde est d’accord. Et il y a un fait qui domine toutes les déclarations, c’est qu’à l’heure actuelle, soit pour défendre lès libertés, soit pour conquérir le suffrage universel, soit même pour conquérir quelque réforme ouvrière urgente, tous les partis socialistes du monde pratiquent des alliances ; presque tout le socialisme international a proclamé que, dans l’affaire Dreyfus, le prolétariat aurait suivi des conseils funestes si, sous prétexte dene pas confondre son action avec celle de la bourgeoisie, il avait laissé précisément à une fraction bourgeoise le monopole et l’honneur exclusif de la bataille contre le“ De même pour la loi Heinze, en Allemagne, les socia listes n’ont pas refusé de défendre la liberté de l’art, de la science, de la pensée, d’accord avec les savants etles intellectuels de l’Allemagne; et c’est un honneur pou le prolétariat allemand que, grâce à lui, la patrie alles mande ne devienne pas la patrie d’Attila, mais que le reste la patrie de Goethe! (Vifs applaudissements droite) Pour les élections au Landtag, après bien de
hésitations et des contradictions, la démocratie so- * 4 cialiste allemande a adopté enfin une participation directe et obligatoire. Ferri nous rappelait la coalition Hi électorale des socialistes italiens avec les républicains et les radicaux. En Belgique, contre le projet de loi qui k menaçait, non pas même le suffrage universel, mais le suffrage plural, il y a eu coalition de résistance entre le prolétariat et la bourgeoisie libérale belge. Par conséquent, nous nous épuisons en discussions vaines lorsque nous cherchons des formules ingénieuses e. pour dissimuler à demi une pratique universelle du pro- létariat. (Nouveaux applaudissements à droite) Et pour moi, je dis qu’une des causes qui contribuent à l’heure présente dans le monde entier au trouble apparent des esprits, c’est que le socialisme, au lieu d’avouer hautement — puisqu’il n’a que les motifs les plus désinté- É: ressés et les plus nobles — la tactique qu’il a adoptée, “4 semble embarrassé de son action. Nous vous demandons de dire hautement ce que vous faites. Et mainte- E. nant, qu’on l’appelle alliance ou qu’on l’appelle coalition — ces subtilités de vocabulaire où se réfugie l’esprit d’intransigeance ne me choquent pas outre mesure. Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, 4 ils changent les mots. (Rires et applaudissements) Eten M4 vérité, l’humanité a si peu de joies innocentes que je me ferais scrupule de lui retirer celle-là ! Sur l’autre question, plus controversée, de la partici- À pation d’un socialiste au gouvernement bourgeois, 4 j’adhère pour ma part à la motion Kautsky, parce qu’elle réalise ou qu’elle exprime un équilibre d’opinion, un peu instable peut-être, mais qui est le seul Re possible à l’heure présente. Au camarade Vandervelde, je veux simplement opposer une remarque; il a dit que la question Müillerand - était purement locale, purement française; et il a eu
En raison en ce sens qu’en effet aujourd’hui la question z à bi
se pose et même ne peut se poser qu’en France. Mais, de quelque façon que vous la résolviez, laissez-moi, camarades de tous les pays, regretter qu’elle ne se À be pose pas chez les socialistes de tous les pays. (ApplauNe: dissements à droite) De Re. Oui, elle est locale ; oui elle est française, en cesens ne: que le surcroît de liberté et de démocratie que l’institu. tion républicaine apporte au peuple a mäûri la question chez nous avant qu’elle ne soit mûrie chez les autres. Je ‘VA prie nos camarades du dehors, lorsqu’ils porteront un £ jugement sur les choses françaises, — lorsqu’on leur ne dira, par exemple, que les socialistes ne doivent pas en 1 ‘ ne. France accepter des postes ministériels qui leur sont offeris, non pas directement par le prolétariat, mais par le chef de l’État bourgeois, — je les prie de ne pas oublier que, chez nous, le chef de l’État bourgeois est Der : électif, et que, par conséquent, les socialistes au Parle- ment participent à la nomination du chef de l’État… ne (Bruyantes et vives protestations à gauche) :.
‘ Le citoyen JAURÈS. — J’entends des huées, comme si - ne. nous étions déjà au Congrès national. (Nouvelles et w te Une voix à gauche. — C’est une provocation! “2 Le citoyen JAURÈS. — Camarades étrangers, on vous #4 Le : traduira tout à l’heure mes paroles; vous les trouverez.
dans le procès-verbal authentique du Congrès et vous vous étonnerez qu’au moment où je constate cette vérité 2.6 () Nous ne pouvons nous rappeler si cette interjection s’adressa à #5 à Jaurès ou aux voisins de Lafarge. acquise que les socialistes français, membres du Parlement français, concourent pour leur part à l’élection du chef de l’État républicain, il y ait des socialistes fran- çais qui me crient : C’est une provocation! (Nouvelles et violentes interruptions à gauche. — La plupart des ‘1 délégués étrangers se lèvent et, se tournant vers la gauche de l’assemblée, protestent énergiquement contre ne cette attitude) D
Le citoyen PRÉSIDENT. — Je demande aux membres du ‘4 Congrès qui représente ici le socialisme international, N de respecter le grand orateur qui l’honore à cette tri- E bune. (Bruit à gauche. — Applaudissements et accla- E.
mations sur un grand nombre de bancs.) Nous avons E_ tous le même intérêt solidaire à ce que les deux opinions en présence soient présentées avec toute l’am- Ë pleur que ce débat mérite. Je supplie donc le Congrès Si d’assurer la parole à l’orateur actuellement inscrit. Le citoyen JAURÈS. — Je croyais m’être appliqué mexciter aucune émotion de combat, en résumant le plus simplement possible les raisons substantielles de mon opinion. is
Je disais par quelles raisons, à l’heure actuelle, la Er:
question ministérielle est une question française ; mais il n’est pas vrai qu’elle ne soit pas destinée à s’étendre d’autres pays; elle pourra naître dans tous les pays où il y a à la fois un parti socialiste politiquement puissant et un régime parlementaire effectif. La question pourra ‘À se poser em Suisse, en Belgique, comme en France ; elle pourra même se poser en Angleterre le jour où la “à faillite du vieux parti libéral, tombé à l’impérialisme, À obligera un nouveau parti libéral plus démocratique entrer en action, et où, comme hier à la commission un camarade de la Social-democratic Federation en faisait l’hypothèse, les prolétaires anglais seront appelés, pour lutter contre l’impérialisme, à joindre leur force de résistance à ce parti libéral et à la prêter ainsi à un gouvernement condamné sans cela à l’impuissance. Je dis même qu’elle aurait pu se poser aux élections dernières ! en Belgique, si les libéraux et les socialistes belges avaient battu la majorité cléricale, qu’ils ont simple Ab! il n’y aura pas en Italie une question Ferri, il n’y aura pas en Belgique une question Vandervelde, parce que le Parti socialiste italien organisé, parce que le Parti socialiste belge organisé ne permettront pas à des individualités de prendre l’initiative et la responsabilité de décisions pareilles ; mais la question sous sa forme impersonnelle se posera en Belgique, comme elle s’est posée en France. (Applaudissements) l Eh bien, je n’entends pas — ce n’est pas le lieu — 1 la traiter ici à fond; je me borne à dire que si j’adhère à la motion Kautsky, c’est qu’en déclarant que c’est là non pas une question de principe, mais une question de tactique, elle laisse juge le Parti socialiste dans le monde de trancher la question en tenant compte chaque fois des intérêts positifs du prolétariat, dans une situation politique et sociale déterminée. Voilà pour moi le sens de la motion et voilà pourquoi j’y adhère. Trop longtemps, trop souvent, le partisocia- M liste a commis la faute de transformer en questions de principe, én questions fondamentales et principielles, M des questions qui n’étaient en effet que des questions () Le Socialiste (organe du P. O. F.) dans son numéro du 7-14 juil- let 1901 reproche au citoyen Anseele d’avoir dit à la Chambre des représentants de Belgique qu’un socialiste pourrait entrer dans un ministère monarchique. Le Socialiste rappelait à ce sujet la motion Kauïtsky; mais on verra que pour beaucoup de membres du Congrès elle ouvre une porte, au lieu de dresser une barrière, comme pense le citoyen Guesde. 4 4
de étique: Et alors, qu’arrive-t-il? C’est qu’après avoir, au nom de la lutte de classe, interdit la participation aux élections du Landtag, on est obligé ensuite de la permettre ; puis, on est obligé de la commander; et on
- se donne ainsi l’apparence d’être infidèle à la lutte de classe, uniquement parce qu’on l’a fait intervenir là où elle n’avait rien à faire. La lutte de classe nous oblige à affirmer que, puisqu’il s’agit de substituer la propriété communiste à la propriété capitaliste, c’est la classe qui a un intérêt d’ensemble à cette substitution qui peut travailler sincè- L rement à la réaliser; la lutte de classe nous oblige à l dire que le prolétariat n’attendra plus, comme aux temps du socialisme utopique, son salut des puissants ÿ d’aujourd’hui, comme lorsque Robert Owen demandait au Congrès des souverains assemblés à Aix-la-Chapelle de sauver la classe ouvrière (1); la lutte de classe k nous oblige à dire que le prolétariat est majeur pour conduire lui-même ses affaires. Mais c’est précisément parce qu’il est majeur qu’il ne faut pas, pour son action ) dans l’avenir, lui lier les mains par des formules de tac- k Maintenant, il y a une autre raison pour laquelle j’adhère à la motion Xautsky, c’est qu’elle prévoit qu’en aucun cas l’entrée d’un socialiste dans un ministère ne pourra être un acte de volonté individuelle et que le Parti organisé seul donnera le signal de l’entrée, du dé- à part et exercera entre ces deux dates son contrôle souverain. Ut J’ajoute que là est la véritable garantie contre les (1) En 1818; il s’agissait d’obtenir une législation destinée à « pro= téger la santé des ouvriers ». (Métin, le Socialisme en Angleterre, L ‘20 reuse, en effet, de la collaboration gouvernementale du D. La bourgeoisie a pu, en une heure de crise, appeler un socialiste, un individu socialiste ; elle hésitera bien Es, davantage à appeler un socialiste lorsque ce socialiste à a sera le délégué du Parti socialiste tout entier, quand ce à i Re sera alors un commencement d’expropriationpolitique….
k À Elle ne s’y résignera que lorsqu’il y aura une crise si grave de la nation ou de la liberté que la bourgeoisie ne libérale elle-même reconnaïtra son impuissance à se ne É sauver sans le concours des prolétaires organisés, ou 4 | lorsque la force du prolétariat sera telle que son absten54e tion gouvernementale créerait un si grand vide que dans ce vide, comme dans un abîme, la viepolitique du Ke. pays disparaîtrait. h _SS C’est pour cela que j’adhère à la motion Kautsky. 5 (Applaudissements prolongés sur un grand nombre de Fa Le citoyen SEMBAT. — J’ai demandé la parole sur une 4 ? . affirmation du citoyen Enrico Ferri parce que je n’ai - Mie pas voulu laisser supposer que dans une occasion aussi grave que celle des crédits pour l’expédition de Chine, ke les députés socialistes français avaient pu méconnaître re assez leur devoir pour ne pas intervenir. U 34) Il est de mon devoir de souligner devant les camaF 0 rades étrangers que nous avons toujours considéré #4 £ comme étant notre obligation stricte et rigoureuse d’ac- F complir à la tribune du Parlement français toutes les Û 5: manifestations nécessaires pour affirmer nos opinions - Ta internationalistes. Notamment, lors des crédits deman- se dés pour l’expédition de Chine, j’ai été délégué par. lunanimité du groupe socialiste pour apporter en son
nom, à la tribune, notre protestation contre toute expé- À dition coloniale et contre celle-là en particulier (1). Il en a été de même lors de la discussion des crédits pour la flotte ; et je tiens d’autant plus à le dire, qu’on a souligné assez fréquemment ici nos dissensions et nos divisions pour que nous tenions à aflirmer devant les camarades de tous les pays qu”ilest un point sur lequel nous n’avons jamais été désunis c’est dans la lutte l contre le chawvinisme, et dans l’affirmation de nos sur la plupart des bancs)
Nous avons toujours et tous fait notre devoir et vous pouvez avoir, citoyens étrangers, la conviction que chaque fois que nous serons appelés à protester contre un acte quelconque du capitalisme international, contre une de ces pirateries que les gouvernements commettent chaque jour d’une façon plus éhontée, nous recommencerons cette protestation; et pour qu’on ne nous dise pas que nous ne défendons pas notre pays, alors que les socialistes étrangers défendent le leur, nous demandons à ce comité international que vous avez décidé de créer et d’organiser, à cette commission interparlementaire que vous lui avez adjointe, de faire une obligation à tous les députés socialistes de tous les pays de reprendre pour leur compte le mot d’ordre de nos . camarades allemands : Pas un sou, pas un homme pour les folies guerrières! (Vifs applaudissements)
() Le camarade Sarraute félicite cependant nos députés de n’avoir pas toujours montré cette intransigeance : « Sur la demande du président du Conseil de ne pas discuter un crédit de cinq millions destiné à la mission du Haut-Nil (mission Marchand) expédition qui devait accroître l’influence française et servir une œuvre de haut intérêt national, la fraction socialiste parlementaire fit taire ses scrupules et le crédit fut voté sans discussion. » (Socialisme d’opposition, socialisme de gouvernement et lutte de classe, page 69.)
Quant au fond de la question en discussion, le ci toy en DA : Jules Guesde, qui portera la parole au nom du P. O.F. +103 et du P. S. R., développera les arguments que nous
Tes : avons à faire valoir sur la question pour laquelle vous allez voter. Je me borne à vous dire une chose qu’ilest encore utile de faire connaître aux étrangers qui se ‘4 lamentent sur le spectacle douloureux de nos profondes 4 ! divisions. Nous pouvons leur dire qu’il y a un point sur “4 lequel nous ne sommes pas divisés, en France : c’est ; À ur que, quels que soient les heurts d’opinions, chaque fois à 1 que le socialisme international aura prononcé, nous nous inclinerons ; et quelle que soit la décision du Con- : » grès socialiste international, quand vous aurez parlé sur quelque point que ce soit, vous ne trouverez en ‘4 France que des socialistes respectueux de vos décisions. de \ (Applaudissements sur un grand nombre de bancs) 4 Mais, si tel est notre devoir et si nous jurons dele remplir, cette docilité même vous impose, à vous, citoyens, un autre devoir : oui, nous sommes prêts Lo je . vous obéir et à respecter vos sentences ; mais rendez au moins des sentences claires et non pas d’obscurs oracles! (Applaudissements à gauche) Parlez-nous ch nettement et ne nous obligez pas à discuter encore ‘4 entre nous sur le sens de ce que vous aurez voulu dire… Eh quoi, allons-nous sortir de ce Congrès avec jene “88 sais quelle résolution douteuse dont on ne sait s’il 4 __ faudra commenter le texte ou commenter les considé- 7e) à: rants?.. On nous dira : Tenez, voilà la motion Kautsky Fo. À qui dit telle ou telle chose. — Oui, répondra-t-on, mais. SA Vandervelde avait dit précisément telle autre chose… 44 * Ce que nous voulons, ce sont des affirmations nettes
7: “ _ et dans lesquelles vous prendrez la responsabilité que vous ne pouvez pas éviter. (Applaudissements à gauche) Quand vous venez nous dire, camarades : ce sont des questions de tactique dans lesquelles le parti socialiste international ne devra pas s’immiscer, je dis que vous allez contre la réalité des faits; parce que vous n’ignorez pas que ce qui existe dans un pays se répercute dans les autres et que vous savez bien qu’à la tribune du Reichstag, précisément à l’occasion de ces crédits de la flotte, que nos amis d’Allemagne combattaient avec cette activité jamais ralentie que nous admirons tous et que nous voudrions imiter, on leur disait : en France, un ministre socialiste les présente et les députés socialistes français ne les refusent pas!
Eh bien, nous députés socialistes, nous avons protesté; et quant au ministre socialiste français, les socialistes allemands, Bebel et Liebknecht, ont répondu : Le ministre socialiste français n’est pas soutenu par le Parti socialiste… Que sera-ce quand on pourra vous dire que non seulement ce ministre est soutenu par le: Parti socialiste français, mais qu’il est autorisé par vous, par le Congrès socialiste international!
Ne dites pas que ce sont des questions de tactique et
que vous vous en lavez les mains; vous en porterez la responsabilité, et ce sera justice parce que ce qui se passe dans un pays ne peut pas être sans retentissement sur les conditions de lutte sociale dans les autres pays. Citoyens, encore une fois, nous vous obéirons, mais parlez haut, clair et net! (Applaudissements prolongés
(Le citoyen Joindy (P. O0. S.R.) monte à la tribune. Cris sur les bancs du P. O.F. : Vive Liebknecht!)
Le citoyen PRÉSIDENT. — Depuis le commencement de ce Congrès, les délégués français de toutes les organisations ont donné l’exemple d’une grande tolérance vis-
à-vis des orateurs qui prenaient la parole dans un sens ou dans l’autre. Je ne doute pas que la cau se qu’ils Her. défendent de part et d’autre ne peut que gagneräce 64) que de part et d’autre on s’écoute avec tolérance. La.” De. parole est au citoyen Joindy. (Applaudissements) 47 ee Le citoyen Jompy.— Je demanderai simplement, camarades français, de me permettre d’exercer le nu. mandat qui m’amène ici. De même que chacun a le “2 devoir d’exprimer son opinion librement, je l’ai expriLC: mée à une autre époque, mais je tiens devant le prolé- tariat international réuni ici à affirmer mes sentiments ‘5 internationalistes absolus. (Applaudissements. Une in- à terruption violente ne parvient pas jusqu’au citoyen Joindy) Je n’entends pas ce que vous dites, citoyens; personne ne l’entend ici; et je ne pense pas d’ailleurs 17e que l’on puisse aujourd’hui rouvrir le débat qui a ‘ motivé l’interruption de jadis. (1) 4 À Ce que nous avons à expliquer, camarades, ce sont
les raisons qui nous ont amenés à suivre la tactique qui
- a abouti au ministère Millerand. Voilà ce que nous avons à dire, ce sur quoi nous avons à nous entendre » devant tous les camarades étrangers. D Il faut prendre la question sous les différentes formes ‘4 où elle s’est présentée; il faut savoir pourquoi le prolé- tariat français s’est dressé pour soutenir un moment le L- ministère qui motive actuellement tant de passionnantes € discussions. Et cet examen vaut la peine qu’on s’y livre, nu. () Le citoyen Joindy avait été un des plus ardents dreyfusistes; au. Ve Congrès national de 1899 il fut expulsé pour avoir crié : À bas,
Fe, Liebknecht! /Compte rendu sténographique, pages 178-179.) Cf. dans f le premier cahier de la première série (pages 93-94) le punch de
AR Saint-Mandé présidé par Joindy après son expulsion; on remarquera.
Ds. 1%, = parmi les citoyens qui protestèrent contre Joindy le conseiller municipal marseillais Quilici, que l’on a plus tard accusé d’être un.
citoyens; il faut se représenter l’état d’esprit dans ‘ lequel la France et Paris se trouvaient lors de la forma- À tion de ce ministère. Le citoyen Auer disait : Il ne
serait pas possible dans notre pays qu’un socialiste - entre dans un ministère sans avoir l’appui moral et matériel de l’ensemble du socialisme. Mais est-ce qu’on pourrait comparer cette situation avec la situation de Millerand au moment où il est entré dans le ministère? Est-ce que véritablement le Parti socialiste était un parti organisé, est-ce que le Parti socialiste était un et pouvait être consulté? Il y avait une opinion individuelle d’un homme qui se rend à un poste de combat. C’est comme cela qu’il faut envisager la question. (Applaudissements à droite)
Vous disiez aux révolutionnaires : Ce ministre est honteux, ce ministère est monstrueux (et pour la plus grande partie vous aviez raison); vous ajoutiez : Vous allez voir les fabriques se vider, vous allez voir le peuple se précipiter dans la rue demandant qu’on chasse ce ministère. Au contraire, le peuple sentait que l’action était tellement révolutionnaire dans cette intervention qu’il descendait dans la rue pour le défendre et pour défendre la République. (Applaudissements
Je termine, je ne voulais pas passionner l’assemblée. La présence d’un révolutionnaire était nécessaire pour affirmer, d’une façon nette, les raisons pour lesquelles nous nous rallions à la résolution Xautsky. J’aflirme que le prolétariat était avec nous et que si vous aviez abandonné cette conduite, vous ne l’auriez plus eu avec vous.
Ah! certes, lorsqu’on en veut faire une question purement doctrinale, la difficulté est grande : on veut comparer des situations qui ne sont pas pareilles; on veut
comparer la situation de pays qui ne son Lande: 3 même état d’esprit; et on aboutit à vouloir obliger le Vire prolétariat international à s’enfermer dans des form ule: Br; te
2 00 absolues, rigides, et qui malgré tout ne tiennent pas debout, tellement elles sont contradictoires. (ProtestaARE . . ne s tions et applaudissements) Et la preuve, c’est que vous aboutissez à ces cordons de caoutchouc qui vous perSRE . . Hé mettent des alliances et qui ne vousles permettenitpas, i vous permettent telle attitude e in ttent telle attitude et e vous la F 1 permettent pas. “100 4 % Eh bien, nous, nous vous disons que chaque fois que Sn le sentiment humain est attaqué, que chaque fois que, comme dans l’affaire Dreyfus, à laquelle il a été fait 15° allusion, toute une nation se précipite contre un indi_ vidu pour une question de race, le prolétariat doit être Her debout ! (Vifs applaudissements et protestations) É- “188 Le citoyen Hynpmax. — La section anglaise propose DA . Une voix. — Après les orateurs inscrits. te k Le citoyen PRÉSIDENT. — Le citoyen Jules Guesde est ne le premier orateur inscrit, mais il ne reste plusquecinq à a minutes avant la fin de la séance. Je pense que nous à 4 devons à notre camarade Guesde de ne pas l’obliger à . arler dans de pareilles conditions et que nous serons 5 ‘is tous d’accord pour lui donner la parole demain matin. 1180 La séance est levée à six heures. j
Séance du jeudi 27 septembre 1900 La séance est ouverte à dix heures, sous la présidence du citoyen Van Kol (Hollande) assisté des citoyens Fürholz (Suisse) et Plekhanoff (Russie). Le citoyen PRÉSIDENT. — Il a été décidé par le bureau que les travaux du Congrès devront être terminés, comme dernière limite, à sept heures et demie, ce soir. Je dois faire connaître une déclaration qui a été faite par la délégation allemande ; les camarades allemands ont déclaré à l’unanimité que, s’ils continuaient à ne pouvoir entendre distinctement et complètement la tra- À duction qui leur est faite des discours, ils risqueraient de voter contre leur conscience, en donnant un vote qui ne serait pas suffisamment éclairé ; ils se refusent donc à prendre part au vote, si la traduction des discours n’est pas faite dans le silence le plus absolu. Les Anglais ont fait la même déclaration. (Approbation) La première question soumise à la séance de ce matin est celle de la date du prochain Congrès ; les Allemands proposent 1905, les Anglais 1902. Il s’agira ensuite de savoir si le prochain Congrès sera tenu Amsterdam ou à Vienne. J’indique aussi, au nom du président des syndicats fédérés de l’Allemagne, qu’il a été fait un rapportsur le
RL _ mouvement socialen Allemagne et qu’il met ce rapport Fe
fi “ à la disposition de tous les secrétaires d’organisations Ve .Fe qui en feront la demande. <FTMETES En raison de la difficulté que nous aurons determiner ‘4 toutes les discussions aujourd’hui, j’indique que jetienEe drai la main d’une façon rigoureuse à ce que les oraM4 teurs ne parlent pas plus de dix minutes etles rappor4 ; teurs vingt minutes, comme il a été décidé. Ts ‘à Le citoyen Surrx (Angleterre). — La délégation an- glaise, qui vient de se réunir, a décidé à l’unanimité « à 4% qu’elle avait entendu suffisamment de discours en ce qui concerne la neuvième question; qu’elles’étaitformé une opinion et qu’elle ne participerait plus à la discus5 # sion ; elle m’a donc demandé de ne plus luitraduireles . 51 discours qui auraient rapport à cette question. (Protes- “3 <È tations sur certains bancs à gauche) à mn Une voix. — C’est un tort ! ‘0 es Le citoyen Quercx (Angleterre). (1) — Je propose,
- Re comme amendement à la proposition anglaise, que le 3% prochain Congrès ait lieu dans trois ans. On objecte … Bt: qu’il est difficile d’organiser ces Congrès internatio- M naux ; ch bien, c’est parce que nous ne les organisons
pas assez souvent; avec l’habitude, on les fera mieux. : J’estime que trois ans, c’est bien assez long. eu l’occasion de discuter la question avec mes amis
“2 belges, pour appuyer la proposition de nos camarades
ce anglais. ä
Ex le En 1889, il avait été convenu que l’on se réunirait tous
“ER les deux ans ; (2) on l’a fait jusqu’au Congrès de Lon=
dres ; mais, à Londres, on a demandé d’établir un dél ai
plus considérable : trois ans. Nous avons résisté, mais la majorité cependant s’est prononcée pour ce long intervalle. Cette fois, il ne s’agit plus de trois ans, mais de cinq ans ; si la progression continue, les Congrès se réuniront tous les dix ans ou même tous les vingt ans. (Rires) J’estime, quant à moi, que des réunions comme celles qui ont eu lieu à Zurich, à Londres et à Paris, ayant pour résultat de resserrer lesliens entre militants de tous les pays, ce serait un véritable désastre pour la démocratie socialiste que de voir remettre à cinq ans les assises fraternelles qui ont lieu en ce moment. (Applaudissements)
Le citoyen SnGEr (Allemagne). — J’insiste sur la proposition que la délégation allemande a faite, et voici pourquoi : je ne pense pas que les racines de la solidarité du prolétariat mondial soient seulement dans les Congrès internationaux ; ces racines sont beaucoup plus fortes, elles sont dans la solidarité de classe, dans la conscience de classe du prolétariat tout entier. D’un autre côté, la situation quant aux travaux d’un Congrès international a beaucoup changé par la résolution même qu’on a votée à ce Congrès : la constitution d’un secrétariat international et la création d’une commission interparlementaire. Ces deux organes de l’internationalisme prolétarien vont se charger de beaucoup de travaux qui, jusqu’ici, étaient l’objet des sessions périodiques du prolétariat international. Étant donnée cette situation, il se produit un amoïindrissement du travail et il n’est plus nécessaire que les Congrès internationaux siègent aussi souvent qu’autrefois.
Puis, j’estime qu’il ne peut pas entrer dans la tâche d’un Congrès international de s’immiscer dans les petits détails du mouvement socialiste des différentes nationalités : un Congrès international socialiste peut seule-
ment établir les grandes lignes de la marche du n prolétariat universel; pour ces grandes lignes qu’il ) s’agit de tracer, il ne paraît pas nécessaire de se réunir bien fréquemment. Je fais remarquer que jusqu’à présent la plupart des Congrès internationaux ont seu- À lement renouvelé les résolutions qu’on avait déjà votées dans les Congrès précédents; et cette répétition même diminue la valeur de ces résolutions. Il vaut beaucoup mieux élargir l’espace de temps existant entre les Congrès et prendre des résolutions durables, qui seront fructueuses pour les travaux du prolétariat. Je proteste avec énergie contre la pensée que la . délégation allemande n’est pas assez pénétrée du sentiment de la solidarité internationale : toute Fhistoire du parti allemand témoigne des sentiments internationalistes qu’il professe et de l’influence qu’ils exercent. En se ralliant à la proposition allemande, le Congrès ne négligera pas les liens de solidarité du prolétariat mondial ; mais au contraire, en les établissant sur les bases solides de travaux sérieux, ils n’en seront que plus fortement resserrés. ‘4 Le citoyen Anpre4a Cosra (Italie). — J’appuie la proposition anglaise, d’autant plus qu’étant donnée la constitution du comité international, nous sommes sûrs qu’en deux ans, comme l’a dit Vandervelde, on aura tout le temps d’organiser le Congrès. Fi Jusqu’à présent, on a pu se plaindre que les Congrès internationaux ne donnaient pas les résultats que le prolétariat en attendait; mais pourquoi? Parce qu’il n’y avait pas un bureau qui pût les organiser, parce que les résolutions n’étaient pas prises suffisamment l’avance et qu’on n’avait pas le temps de discuter les ‘à questions à temps. C’est malheureusement ce qui s’est. encore produit pour ce Congrès. Notre ami Singer a dit que la démocratie allemande a toujours fait preuve d’internationalisme : c’est entendu ; mais cela ne veut pas dire qu’elle ne puisse encore faire bien mieux… (Rires) Il a ajouté que les Congrès internationaux ne devaient pas intervenir dans les questions nationales. J’espère que si; et je crois, par exemple, que les citoyens des autres nations, dans ce Congrès, auront peut-être exercé une heureuse influence sur nos amis français, Sans vouloir nous immiscer dans le détail des questions nationales, nous venons apporter le tribut de notre intelligence et de notre expérience à nos amis de toutes les nationalités. (Applaudissements) Au point de vue de la solidarité et des rapports internationaux du prolétariat, nous pensons que la proposition anglaise doit être acceptée.
discussion. Chaque nation a deux voix, comme il a été décidé : il y a trois propositions en présence, une de deux ans, anglaise ; une de cinq ans, allemande; et une de trois ans, autrichienne et hollandaise.
La proposition de deux ans, mise aux voix, est repoussée par vingt et une voix contre dix-neuf. La proposition de trois ans est adoptée par trente-deux Le citoyen Pocak (Hollande). — Au sujet du lieu du prochain Congrès, je tiens à déclarer, au nom de la section hollandaise, que nous serons très heureux si le Congrès décide de nous faire l’honneur de se réunir en 1903 à Amsterdam. Nous ferons tout notre possible pour le bien organiser, avec l’aide du bureau : à central de Bruxelles, et tout notre possible aussi pour vous accueillir tous fraternellement et de la meilleure
‘1 _ tons bien cordialement le Congrès international ne réunir, la prochaine fois, à Vienne. Vienne est une belle et joyeuse ville; et les frères d’Autriche feront 4 4 Be leur possible pour rendre le séjour aussi agréable et
aussi joyeux que possible. Il est vrai que l’Autricheest un État policier; mais les socialistes autrichiens sont ner convaincus qu’ils parviendront à écarter du Congrès pe A toutes les tracasseries policières qu’on voudrait y
‘45 Soyez certains aussi que nous ferons de notre mieux ÿ Le pour préparer le Congrès international d’une manière
M = parfaite, de sorte que les travaux du Congrès s’effec-
tueront d’une façon satisfaisante. Nous serions très
F8 heureux que vous fassiez l’honneur à notre ville de la
ne choisir et que vous démontriez ainsi votre solidarité envers le prolétariat de cette contrée éloignée, en
venant fraterniser avec lui. (Applaudissements)
te Le citoyen Krirenevsky (Russie). — J’indique que Éi si le Congrès se tient à Vienne, la Russie ne pourra l être représentée par aucun délégué, à cause des rapports de police existantentre la Russie et l’Autriche. be C’est pourquoi je demande que si le Congrès ne veut « 1 pas empêcher les socialistes russes d’être représentés x ;. Ua É au Congrès suivant, il devra voter pour Amsterdam. . ni. Le citoyen Anrer (Autriche). — Il est vrai que la re “ police est bien méchante en Autriche, mais elle ne l’est 4 7” pas autant que le fait supposer le citoyen Xritchevsky. La raison commence à se développer un tout petit peu même dans le monde policier en Autriche ; et je crois ‘os Ne que les Autrichiens peuvent prendre l’engagement et 4 12 4 promettre qu’il ny aura pas de tracasseries, d’expul- “140 sions et de dangers pour les délégués russes qui vien Du reste, au point de vue des difficultés policières, 7 YAutriche n’en a pas le privilège; et sous la République même, avec un gouvernement où il y a un ministre socialiste, on a créé des difficultés sérieuses à Plekhanoff et à Bebel pour leur permettre d’assister à ce Congrès. Je dois reconnaître que l’Autriche est encore plus policière que la France (1).
Le citoyen PoLak. — Je vous remercie, au nom de la délégation hollandaise, cordialement du vote que vous venez d’émettre; la Hollande est un petit pays; le parti socialiste y est très jeune, il s’efforcera d’autant plus de faire honneur au mandat et à la confiance dont vous
Le citoyen PRÉsIDENT. — Nous allons reprendre l’ordre du jour, la discussion de la neuvième question; la parole est au citoyen Jules Guesde.
(Le citoyen Jules Guesde se présentant à la tribune est salué par des applaudissements, des acclamations de la gauche de l’assemblée et des cris de : Vive la Commune ! À droite, on crie : Vive la République!)
quelques mots à dire relativement à la résolution des alliances, que j’approuve d’autant plus qu’elle interdit, au nom de la lutte de classe, toute alliance avec une fraction quelconque de la classe capitaliste et que, si
(1) Le sténographe n’a pas pris note d’un petit incident qui se produisit ici :le citoyen Adler avait parlé en allemand et ses paroles avaient été traduites par la citoyenne Zetkin, mais ce citoyen
comprend le français et il s’aperçut que la traductrice avait exagéré le rapprochement établi entre la France et l’Autriche et la portée des observations relatives à Millerand. Il protesta vivement. ( elle tolère encore les coalitions, sans confusion de programme ou de tactique, elle entend immédiatement les réduire à leur minimum, jusqu’à leur élimination complète; et que, d’un autre côté, tout en réduisant ces coalitions, elle les soumet à l’examen et à l’approbation
à des organisations régionales ou nationales auxquelles appartient le groupe engagé. De ce côté-là, au P. S.R,, au P. O. F., à l’Alliance communiste et aux Fédérations socialistes révolutionnaires qui sont avec nous, nous avons toute satisfaction. Je passe maintenant à la résolution Xautsky et je déclare, tout d’abord, que nous sommes avec Kautsky, que nous sommes avec la majorité de la neuvième commission, lorsqu’elle rappelle que l’entrée d’un socialiste isolé dans un gouvernement bourgeois ne peut être considérée comme le commencement de la conquête des pouvoirs publics par le prolétariat organisé. Cette déclaration est considérée par nous comme étant d’une extrême importance, parce qu’au point de vue international, elle va séparer ce qui doit être séparé : la prise du pouvoir central par le prolétariat, agissant comme ennemi, et l’aumône d’un portefeuille, acceptée par un socialiste. La prise du pouvoir ne pourra être confondue avec la mendicité ministérielle. (Vifsapplaudissements Nous sommes encore avec Kautsky et la majorité de la commission, lorsqu’il rappelle — car tout cela appartient au passé socialiste révolutionnaire international, tout cela ce ne sont pas des nouveautés, c’est le principe d même de la lutte engagée depuis plus de trente ans par le prolétariat conscient contre le vieux monde qui s’écroule, — lorsqu’il rappelle que ce qu’il faut au pro- L létariat pour s’affranchir, c’est, non pas le pouvoir gouvernemental conquis fragmentairement, mais c’est
la totalité du pouvoir central ; parce qu’en dehors de cette totalité, il n’y a que des réformes impuissantes, incapables de modifier profondément la condition des classes en lutte ; et parce que l’affranchissement du travail, comme de la société, est subordonné à une question d’expropriation, à une question de transformation de la propriété capitaliste en propriété collectiviste, communiste ou sociale, et que, pour cela, la totalité du pouvoir politique est indispensable. Et, je vais plus loin : rien ne dit que le pouvoir légal total suffira une œuvre aussi gigantesque ; rien ne dit qu’ilne faudra pas aller jusqu’à la dictature de classe… (Vifs applaudissements à gauche. — Interruptions à droite) devant laquelle n’ont pas reculé les grands bourgeois révolutionnaires de 1795. Nous sommes encore avec Kautsky, lorsque dans sa résolution il dénonce la désorganisation, la confusion introduite dans le prolétariat militant par la collaboration socialiste donnée à un gouvernement de classe ennemie, et lorsqu’il ajoute: que, loin de nous rapprocher du but, cette collaboration nous en éloigne; que plus nous avons l’apparence du pouvoir entre des mains socialistes, moins nous avons la réalité de ce pouvoir; et qu’au lieu d’être une cause de force pour ceux d’en bas qui luttent, il est une cause d’affaiblissement. Je considère que ces déclarations, que ces rappels, que cette mise au point sont extrêèmement importants au milieu des défaillances qui ne sont pas seulement nationales, mais qui se produisent partout, à un moment où (personne ne peut le contester, Ferri est venu l’afir- mer, lui aussi de son côté) il y a partout un fléchissement, et que le mouvement, en s’étendant, a perdu en profondeur et en conscience ce qu’il a gagné en étendue. C’est pourquoi, lorsque cette résolution Xautsky a été
mise aux voix dans la neuvième commission, après que la nôtre avait été écartée, au moins par un vote d…_ priorité, j’ai failli la voter, parce qu’elle constituait déjà une première rectification indispensable pour la tactique internationale du prolétariat. (Applaudisse- ments à gauche) il:
Mais où les organisations au nom desquelles je parle ici ne sont plus, ne peuvent plus être avec Xautsky et la résolution de la majorité, c’est lorsque, après avoir condamné théoriquement et expérimentalement ce que j’appellerai, pour ne blesser personne, le fait nouveau, le fait d’hier et d’aujourd’hui, quelques lignes plus loin on admet la résurrection, dans des conditions quelque peu différentes il est vrai, de ce fait nouveau considéré comme un accident.
Eh bien, non ! la lutte de classe ne saurait aboutir la collaboration des classes ; ou alors cet accident risquerait d’être mortel pour la classe ouvrière, pour le Parti socialiste, dupe d’une pareille réconciliation, même Un socialiste — c’est Liebknecht qui parle — qui entre dans un gouvernement bourgeois, cesse, par ce fait même, d’être socialiste; il peut se croire encore ne socialiste, ajoutait Liebknecht; il ne l’est plus, parce que si on ne peut pas servir deux maîtres, on peut en- ‘4 core moins servir deux classes aux intérêts aussi anta- à goniques que le prolétariat d’un côté, la bourgeoisie capitaliste de l’autre; et on ne peut pas, en un mot,
être à la fois l’agent dela conservation sociale et l’agent
a là une incompatibilité, une contradiction que ne fera pas disparaître l’autorisation donnée par un Parti socialiste à un de ses membres d’entrer dans un ministère. La même contradiction, la même incompatibilité subsistera ; seulement il y aura quelque chose, je ne dis pas de plus, mais de pis : il y aura la responsabilité d’un gouvernement bourgeois qui, avec socialiste ou sans socialiste, est condamné à faire les affaires de sa classe, ne peut pas gérer autrement les sociétés modernes qu’elles ne veulent être gérées, étant donnés la texture, le terrain, les bases économiques de ces sociétés. Et alors, il y aura la responsabilité de tous les actes de classe, de tous les crimes de classe de ce gouvernement bourgeois, endossés non plus seulement individuellement par un socialiste égaré sur les bancs ministériels; il y aura la responsabilité endossée par le Parti socialiste lui-même, c’est-à-dire la faillite, la banqueroute, décrétée par lui-même, du Parti socialiste vis-à-vis du prolétariat, qui a eu confiance en lui, qui a marché derrière lui et qui, encore une fois, les veux ouverts par les éclairs des fusils, comme par des éclairs d’orage, voyant que la chair ouvrière est également meurtrie, que le prolétariat est également ensanglanté, qu’il y ait collaboration socialiste ou qu’il y ait un gou-
vernement de classe exclusivement bourgeois, serait épouvanté, écœuré. Et qui dit que demain il nous croirait encore !.…
Voilà les raisons qui, au point de vue national, excluent, selon nous, absolument toute participation socialiste à un gouvernement bourgeois. Mais il y a un autre côté, c’est le côté international; et puisque nous sommes ici des frères internationaux réunis en Congrès, laissez-moi apporter cet argument absolument
Vous représentez-vous cette participation socialiste, ce socialiste entré dans un gouvernement bourgeois et qui a la responsabilité non seulement de la politique
l’extérieur, obligé de déposer des demandes de crédits À Fa militaires, maritimes, coloniaux, obligé de les défe n dre. ro is sd alors que dans les pays où cette promiscuité ne s’est] pas ta ; encore produite, lorsque la bourgeoisie impériale alleER mande, la bourgeoisie royale italienne, la monarchie Fe constitutionnelle anglaise déposent ces mêmes crédits, É: É les socialistes répondent : Vous n’aurez pas un kilo hi de poudre, pas un boulet, pas un soldat !… “2 I1 y a là la destruction de l’Internationale que vous T° ; êtes en train de créer ici : avec un Müillerand prussien, avec un Millerand italien, avec un Millerand français, À +1 avec un Willerand anglais il n’y a plus d’Internationale i na ouvrière possible! (Applaudissements et bravos en- À ‘4 Voilà pourquoi, si la motion Kautsky m’était pas Ke renvoyée à une commission appelée à faire disparaître 2 3 ce que nous considérons comme une contradiction fla- à ‘45 grante et comme un nouveau danger dressé sur la route ‘4 déjà embarrassée du prolétariat d’aujourd’hui, je ne pourrais pas répondre, au nom des organisations pour 4 “lesquelles je parle, et malgré notre esprit d’union na- tionale et internationale, que la motion Xautsky serait respectée. Et je suis obligé de défendre la proposition de la minorité, qui consiste en ceci : à tracer une frontière #4 È infranchissable, de façon à ce que les exceptions, - LE ; comme le disait Ferri l’autre jour, n’arrivent pas, à force d’être nombreuses, à manger la règle même. Dr: Voici cette résolution : À F F. Le cinquième Congrès international, réuni à Paris, rappelle que, par conquête des pouvoirs publics, il faut Re entendre l’expropriation politique de la classe capitaliste, dE: cs que cette expropriation ait lieu pacifiquement ou violem- ei: Elle ne laisse place, par suite, en régime bourgeois, © m’
l’occupation des positions électives dont le Parti peut s’emparer au moyen de ses propres forces, c’est-à-dire des travailleurs organisés en parti de classe, et interdit nécessairement toute participation socialiste aux gouvernements bourgeois, contre lesquels les socialistes doivent rester l’état d’opposition irréductible. x Voilà le champ ouvert au prolétariat, voilà jusqu’où peut aller le prolétariat, avec ses forces, à l’état de classe ennemie; voilà l’autre champ dans lequel il ne peut pas pénétrer, parce que la classe ennemie, qui en a la clef, qui peut l’y introduire, ne l’y introduira que dans la mesure de ses intérêts, et parce que cette introduction se retournera contre la classe ouvrière. Contre l’établissement de cette frontière, Vandervelde a dit : Elle est factice ; elle est dans tous les cas un peu arbitraire ; quelle différence, a-t-il ajouté, faites-vous entre un maire nommé par le suffrage ouvrier socialiste et envoyé dans un Hôtel de ville et au contraire un ministre qui, désigné par le Parti, entrerait dans un gouvernement bourgeois ? Mais la différence est colossale ! C’est que lorsqu’un Parti socialiste envoie un des siens à la mairie d’une grande Commune ou d’une petite Commune, cet élu-là, ce maire-là est sien; s’il ne fait pas son devoir socialiste, il sera brisé au renouvellement du mandat ; il sera guillotiné électoralement, à défaut d’un châtiment plus personnel et suffisant — tandis qu’en ce qui concerne ce délégué du Parti socialiste dans le gouvernement central de la bourgeoisie, plus il manquera à son devoir socialiste, plus il trahira son propre parti et plus longtemps il restera dans le gouvernement de la classe ennemie. C’est une prime à la trahison que vous aurez donnée! (Applaudissements) ‘: Il y a encore autre chose : c’est qu’en indiquant la
possibilité de devenir ministre dans les circonstances exceptionnelles, avec le consentement du Parti, vous ÿ allez créer dans le parti un état d’esprit nouveau; très nouveau, le mauvais esprit nouveau. Du moment qu’on est ministrable accidentellement, dans les circonstances extraordinaires, l’idée de devenir ministre s’introduit dans le cerveau des militants d’avant-garde, de ceux qu’on appelle l’État-major. Ils sont ministrables; ils veulent devenir ministres ; et ils disent : C’est le Parti qui nous impose cette nouvelle tactique; (Applaudisse- ments) alors qu’on était jadis dévoué à son parti jusqu’au mur, jusqu’aux exécutions sommaires, aujourd’hui il faut être dévoué à son Parti jusqu’à l’acceptation d’un portefeuille ; il faut avoir l”héroïsme de retremper le socialisme moderne dans des espérances de portefeuilles ! Je m’arrête, je crois que j’ai dépassé la limite. Je n’ai plus qu’un mot à ajouter, c’est que notre réso- À lution nous paraît présenter touteespèce de praticabilité, même au point de vue des pays qui se trouvent soumis à des élections politiques différentes des nôtres. C’est ainsi qu’un camarade suisse me demandait hier si avec notre motion on aurait le droit de devenir député en Suisse, et ministre en Suisse, où les fonctions ministé- rielles sont données à l’élection. Mais, naturellement, avons-nous répondu, toutes les fonctions électives sont de droit pour les socialistes ; et même ils ont le devoir de les obtenir, parce qu’alors, c’est l’expropriation du gouvernement bourgeois qui commence. Quand vous déléguez un ministre directement, vous commencez la véritable œuvre qui aura à seterminer par la Révolution: Au contraire, le jour où vous acceptez Ce que devriez prendre, c’est vous qui découvrez votre classe; ÿ
lui créez des responsabilités devant lesquelles elle a T3 le droit de reculer. Dans tous les cas, pour nous, notre conviction est sé absolue : on ne peut pas dans une société bourgeoise pate dépasser, comme conquête de pouvoirs publics par le moyen légal, les positions électives ; et c’est pourquoi je demanderai, dans tous les cas, au Congrès, de vouloir bien accepter que notre motion, sur laquelle nous e tenons à ce qu’on puisse se compter, soit mise aux voix la première, de façon à ce que nous sachions quels sont ceux qui sont restés avec nous sur le terrain premier où nous luttons depuis vingt ans et plus… Ah! je sais bien qu’on a dit que c’était la vieille méthode, le vieux jeu, que nous avions fait jadis besogne utile en séparant les classes, en indiquant au prolétariat la mission qui lui incombait de s’affranchir, 4 parce que de son affranchissement résulterait l’affran- chissement général, que cela avait été utile dans le passé, mais qu’on pouvait recoudre ce que nous avions -décousu, confondre ce que nous avions séparé… (Bruit, En dehors de la lutte de classe, en dehors de ceterrain, il n’y a place que pour la duperie, que pour la conservation sociale ! (Applaudissements prolongés et () Le 14 juillet 1899, le citoyen Anseele écrivait à Millerand « Laissez-moi, mon cher Millerand, vous féliciter pour votre courage d’avoir accepté le poste de combat au ministère dans les circonstances connues ». (Cinquième cahier de la première série, Sur le grand rôle joué par le citoyen Anseele dans les organisations belges lire les Circulaires du Musée social, du 20 décembre 1897 et de janvier 1899, consacrées au Vooruit et à la fédération ouvrière Cet orateur a parlé en français, mais en s’excusant de la difficulté qu’il éprouvait à parler notre langue.
ceux qui par télégramme ont félicité Millerand d’avoir accepté un poste au ministère français. Quand je l’ai fait, je n’ai pas été préoccupé par les questions particulières dans lesquelles se trouvait la France; les uns disaient : La République est en danger; les autres disaient : C’est inexact… Pour moi, la question était secondaire ; si j’ai envoyé mon télégramme de félicitations, c’est parce que je croyais sincèrement que ma classe et ma cause pouvaient avoir des profits et des intérêts nouveaux dans ce nouveau moyen de lutte dont la classe ouvrière en France pourrait s’emparer. Je crois que j’ai posé alors très nettement la question, pour ce qui me concerne. Et maintenant, voyons la résolution ? On a dit au Congrès qu’elle est vague; c’est vrai; je . l’aurais aimée plus nette ; mais après réflexion, je dois convenir qu’elle ne peut être que ce qu’elle est ; d’abord parce que la situation qu’elle traite est vague en elle même, et d’un autre côté parce que sur une question de tactique, il n’y a pas de règle fixe. Le compagnon Guesde a trouvé dans la résolution Kautsky des choses admirables; j’y en ai trouvé aussi. Je suis notamment heureux que le socialisme interna- « tional ait osé dire devant le monde que le triomphe de la classe ouvrière sera une œuvre lente, longue et Le côté caractéristique de la résolution n’est pas; d’après moi, tout ce que Guesde y a trouvé : c’est cette Re phrase seule, à mon avis. C’est la classe ouvrière osant Re s’avouer à elle-même qu’il faudra longtemps et que tous les jours et chaque minute, il faudra être sur la brèche
- pour le triomphe définitif. (Nouveaux applaudissements droite) A ce point de vue, le Congrès d’aujourd’hui rOMpt« avec le passé. On pouvait croire que nous étions COMME de:
l’Église, qui dit : Croyez en Dieu, et le reste vous sera donné dans le ciel ; — on pouvait croire que nous étions comme la bourgeoisie qui dit : Croyez en la liberté et le reste vous sera donné par surcroît; — et que nous disions : Croyez à la Révolution, et le reste vous sera donné par la suite… Eh bien, dès aujourd’hui, le socialisme international dit : Préparez-vous à la grande journée finale; mais entrez dans l’action chaque jour et chaque minute; et ne laissez aucun moyen de propagande sans l’employer.
Et d’où vient, je ne dis pas cette nouvelle tactique, mais ce courage (1) et cette franchise? C’est que nous somnies assez forts par lenombre, par la foule qui vient à nous, c’est que cette crise de croissance de laquelle nous souffrons — au lieu des défaillances, dont parlait Guesde tout à l’heure —nous donne denouveaux devoirs devant le prolétariat, qui a confiance en nous.
Je suis certain que la lecture de cette phrase de Kautsky aura été une terrible désillusion pour certains de nos amis, qui, prêts à mourir pour la cause se seront demandé : Devrai-je donc, moi qui suis prêt aux sacrifices et à l’abnégation, me résigner à devenir membre d’une coopérative ou d’une mutualité socialistes 2. Oui, mes amis ! car si la lutte sur les barricades est héroïque, la lutte de tous les jours, celle pour maintenir la foi et la confiance dans le cœur du prolétariat, est aussi belle! (Vifs applaudissements sur un grand nombre de bancs)
(1) En tête de l’un des chapitres de son livre Bernstein a écrit cette phrase de Schiller : « Qu’elle ose donc paraître ce qu’elle est » {Op. cit., page 238), et dans le dernier chapitre il s’élève contre le cant des révolutionnaires qui veulent mettre les faits « au diapason des
Le citoyen DergsaLce. (P. O. F.) — C’est ce que fait tous les jours le Parti Ouvrier Français ! (1) TS Le citoyen AnseeLe. — Certains de nos amis diront J’ai souffert tout ce qu’on peut souffrir, et tout cela pour qu’un des nôtres devienne ministre et que quelques autres espèrent le devenir… pour que ces arrivistes se À À corrompent et corrompent la foule avec eux !.… Eh bien, nous ne pensons pas, au contraire, que votre œuvre ait été inutile ; honneur à ces révolutionnaires du passé, dont le représentant vivant, Cipriani, est au milieu de nous ! (Applaudissements) Mais, chers Cipriani du passé et de l’avenir, n’ayez pas peur; le coup de fusil devra se faire encore… Croyez-vous done ! que lorsque la classe ouvrière se sera solidement organisée dans le monde entier, lorsque le capitalisme se sentira miné, il ne se défendra pas contre le flot gros- fi: sissant du socialisme et ne nous obligera pas à la <4 bataille !.. Plus nombreux seront nos syndicats et nos coopératives, plus nombreux seront nos électeurs et plus approchera la bataille suprême, qui sera meur- ù trière, parce que le monde exploiteur sentira que c’est la dernière! (Applaudissements) À Mais ici nous nous séparons de la minorité. Kautsky dit : Un socialiste peut devenir ministre dans certaines circonstances données et comme mandataire de son Parti, et Guesde dit : Il ne peut jamais devenir ministre. Voilà les deux thèses nettement déterminées. 1% Et d’abord, je demande à Guesde : La société bour- à geoise repose sur deux forces : la force politique (elle est maîtresse du gouvernement) et la force économique (1) Depuis le Congrès de’ Lyon (1901) le citoyen Delesalle a quitté d le P. O. F. Au Congrès de 1899, il avait obtenu de son parti l’adop=” tion d’une politique de transaction. {Compte rendu sténographique,
(elle est maîtresse dn commerce et de l’industrie) et cette dernière force est peut-être plus gigantesque que la première. Si, un jour, la grande industrie du Creusot, 4 les mines d’Anzin, les établissements Cockerill en Bel- gique, des usines de pétrole en Amérique, ou une grande pour diriger elle-même sa propre entreprise, s’adressait à un homme intelligent des syndicats, un socialiste appartenant à la même industrie, qui donc oserait dire à cet homme : N’entrez pas dans cette sorte de ministère; en y entrant, vous trahissez la cause ouvrière? Et qui oserait dire encore que toute la responsabilité des actes de ce ministère devrait tomber sur le représentant de la classe ouvrière, même si, dans des grèves, des injus- ? tices étaient commises par l’industriel ?.…
Guesde vient de dire : Il y a dans le monde socialiste tout entier des défaillances… Je proteste, au nom du Congrès, contre ce mot de « défaillance » qui est inexact ! (Applaudissements) Le mouvement socialiste grandit ; et s’il y a des défaillances en France, je vous ployons tous les moyens de lutte, ceux mêmes que quelques-uns d’entre vous ne veulent pas employer… ({nterruptions sur certains bancs)
Le citoyen PRÉSIDENT. — Je prie l’orateur de
Le citoyen ANsEELE. — Au point de vue de la théorie, je suis aussi rigoureux que Guesde, dont je suis l’élève; mais il faut songer à la manière pratique de la faire pénétrer dans le cerveau du prolétariat. Il ne suflit pas d’écrire une belle brochure; il faut, pour qu’elle soit utile, que l’ouvrier puisse la lire; et pour qu’il la lise, il lui faut de l’argent et du temps, en même temps que la
capacité intellectuelle pour l’étudier. Or, nous nous trou- ñ vons devant un socialiste de talent comme Guesde, qui *à croit pouvoir nous dire : Le mouvement s’est étendu, mais il a perdu en profondeur ce qu’ila gagné en éten- due. Eh bien, quelle en est la raison? C’est que la misère est trop grande, c’est que les heures de travail sont trop longues. Et alors, celui qui travaille à dimi- . nuer les heures de travail, à augmenter les salaires, à augmenter le bien-être de la classe ouvrière, fait œuvre utile et méritoire ! (Applaudissements prolongés sur un grand nombre de bancs) 1 Le citoyen PRÉSIDENT. — Je propose de clore la dis- Ë cussion à trois heures sur cette question. Voici une autre proposition qui ne vient pas du bureau, mais d’une grande partie de l’assemblée, c’est de suspendre la séance à une heure et de la reprendre à deux heures. (Les délégués belges et hollandais proposent que la dis- cussion soit close à une heure. — Les anglais également.) Je mets aux voix la proposition tendant à clore les discussions sur cette question à une heure, en laissant la possibilité à un délégué de l’une des nationalités étrangères, qui n’a pas parlé, de s’expliquer, au citoyen Le citoyen VAILLANT. (P. S. R.) — J’aurai bien peu de choses à dire, après le discours de notre excellent ami Guesde ; toutes ses paroles sont l’expression directe de notre pensée. Nous voulons seulement affirmer que dans la lutte actuelle engagée entre la classe ouvrière et la classe çapitaliste, nous considérons qu’il est néces- F. saire que le parti socialiste se montre distinct, qu’il ps reste un parti d’opposition et de révolution, et que de la classe capitaliste il n’obtienne que ce qu’il peut obtenir par combat. C’est pourquoi nous rejetons absolument les compromissions, les pactisations, toute
alliance, toute introduction d’un socialiste dans le pou-
voir central, dans les ministères.
Le citoyen Anséele disait tout à l’heure que nous n’avons pas seulement un combat politique à livrer,
. Mais aussi un combat économique. Et que diriez-vous, ajoutait-il, si le patron du Creusot, par exemple, tirait d’un syndicat un socialiste pour le mettre à la tête de son usine ?.. Nous répondrons que s’il le fait, c’est pour soutenir son intérêt; qu’il fait de ce syndiqué un agent du patronat et que le jour où il s’apercevra que celui-ci, au lieu de servir ses intérêts, les trahit, il le
Eh bien, il en est de même d’un socialiste dans un ministère; il doit avec ses collègues faire œuvre gouvernementale bourgeoise, ou sinon, il disparaîtrait. C’est ainsi qu’il arrive ce fait auquel vous avez assisté, que nous déclarons être un malheur pour le prolétariat, qu’un ministre socialiste a pu être renduresponsable de fusillades d’ouvriers à la Martinique et à Chalon. Eh bien, si, comme on le demande, le ministre socialiste était délégué par son parti, ce serait le Parti socialiste tout entier qui serait rendu solidaire et complice de ces
C’est ce que nous ne voulons pas, à cause de cette grande bataille dont a parlé Anseele, qui doit terminer la grande lutte, laquelle sera le triomphe de la Révolution. Eh bien, puisque nous avons à livrer cette grande
bataille, croyez-vous que nous puissions la gagner si nous n’avons pas le prolétariat derrière nous? Il faut bien que nous l’ayons, et nous ne l’aurons pas si nous l’avons découragé, si nous lui avons montré que le
D Parti socialiste ne représente plus ses intérêts, ne re- as présente plus la guerre de la classe ouvrière contre la ne classe capitaliste. Que pensera-t-il donc, lorsqu’il nous aura vu collaborer avec la bourgeoisie, défendre le j capitalisme, par l’intermédiaire de notre délégué? C’est pourquoi nous disons que la participation au pouvoir central de la bourgeoisie, même d’un délégué du prolé- tariat, dans n’importe quelle circonstance, est une Nous concevons que le citoyen Xautsky, dont nous admirons tous la profondeur de pensée, ait pu rédiger sur ce sujet un article et qu’à cet article il ait donnéla forme d’une résolution; mais nous nous demandons comment lui, qui a lutté si victorieusement en Allemagne contre la tactique de Bernstein, vient aujourd’hui pour ainsi dire capituler devant l’opinion de « Bernstein (1)… (Violentes protestations sur un grand nombre de bancs) Je ne dis pas que ce soit dans la pensée de Kautsky, mais c’est le fait qui dominerait et qui résulterait du vote de sa proposition. n.. Nous avons pris au dernier Congrès national français sur cette question-là une résolution nette et ferme; mais par le fait même qu’il y avait l’examen de circonstances particulières, cela a permis aux discussions de s’établir, et d’ergoter pour savoir quelles étaient ces circonstances Eh bien, il faut que le Congrès international parle (1) A ce moment Bernstein dit en riant à un de ses voisins que le PE à citoyen Vaillantse trompait et que la majorité des délégués allemands penchait de son côté. On remarquera que l’avis du Comité directeur n allemand fut donné par Auer qui adopta les mêmes principes que He Jaurès et qu’Anseele et considéra comme secondaires les restrictions de la proposition Kautsky. Ceux qui ont observé ce qui se passait. parmi les délégués allemands ont facilement vu que les paroles d’Auer traduisaient bien l’idée générale de ce groupe. R Ha:
franchement. Les Français se soumettront à ses déci- sions; mais, comme le demandait Sembat, il faut ? qu’elles soient nettes. La discorde continuera par le vote de la proposition Kautsky, bien que dans la pensée de Xautsky sa résolution soit nette et favorable € à notre thèse. “
Aussi, nous vous demandons de dire nettement ce que vous voulez et de voter tout d’abord sur la proposition de la minorité. Nous vous demandons d’émettre un avis net devant le prolétariat qui vous écoute. (Applaudissements à gauche) — (Des protestations se parce qu’on ne procède pas à la traduction en anglais et en allemand du discours de Vaillant)
Le citoyen PRÉSIDENT. — C’est d’accord avec le citoyen Vaillant que, sur la demande des Allemands et des Anglais, et pour gagner du temps, il a été convenu que ce discours ne serait pas traduit.
Le citoyen AuEr (Allemagne). — J’ai trop de confiance dans la politesse et l’hospitalité française pour avoir pu penser un seul moment que les Français seuls discute-
raient, et que les délégués étrangers n’auraient pas la
parole. Je remercie les camarades français pour la manière toute cordiale dont ils laissent enfin la parole
On a beaucoup discuté, mais malgré l’admiration que j’ai éprouvée pour les belles choses et les choses justes qui ont été dites des différents côtés, il me semble qu’on n’a apporté aucun argument nouveau. Toutes ces questions, qui troublent les camarades français, qui les divisent, ont été examinées avec la même conscience, avec le même détail, mais peut-être avec moins de passion, par les Allemands, il y a quelques années.
É - Parmi les Allemands, en effet, on s’est demandé s’il s pouvait y avoir des coalitions avec des fractions du parti bourgeois, si le prolétariat pouvait s’aventurer sur le parquet glissant du parlementarisme bourgeois, si le parti socialiste pouvait participer aux élections communales et envoyer des représentants dans les « municipalités. Mais ces questions ont été réglées par la force même des choses, et je suis convaincu qu’il en sera de même pour les Français, et qu’ils se trouveront x amenés à agir comme l’ont fait les Allemands, parce qu’ils ne pourront pas renoncer à prendre part à toutes ces manifestations de la vie sociale sans léser les intérêts de la classe ouvrière. On a discuté le cas particulier Millerand. Mais ce cas ne peut préoccuper les Allemands, car il n’y a pasà craindre qu’il se produise chez nous, pour le moment! Nous n’en sommes pas encore là! Mais j’espère pourtant que bientôt la même nécessité s’imposera à nous aussi! On s’est étonné que cette question n’ait revêtu en Allemagne qu’un caractère de discussion académique et doctrinale : mais c’est parce que, chez nous, la situation est telle que ceux qui peut-être auraient décider s’ils peuvent ou non entrer dans un cabinet bourgeois, sont tous, pour le moment, beaucoup plus près de la prison que d’un fauteuil ministériel. (Rires). Je me suis vu, pendant toute cette discussion, à la place du journalier de Reuter, devant qui l’on discutait pour savoir quel plat il fallait préférer. Et le simple paysan de la Basse-Allemagne se disait : Pruneaux. cuits, viandes rôties, voilà de fameux plats ; mais l’OD n’en voit jamais! (Rires prolongés) C’est la situation où nous nous trouvons. k ‘Mais la question se présente encore à nous par un autre côté. Quelles circonstances ont fait, en Franceÿ… qu’un socialiste a pu devenir ministre? Il s’agissait de savoir qui allait triompher de la République ou de la réaction, et si cet immense mouvement de libération humaine, pour lequel vous avez, vous autres Français, versé tant de sang, allait reculer de plusieurs années. Ce sont les traditions de notre parti que je suis simplement, lorsque je vous dis : Dans de tels moments, où il fallait repousser la réaction menaçante, prête à attenter à la liberté, où il fallait empêcher tout recul économique ou politique, nous n’avons pas une minute hésité à faire notre devoir. Et si jamais une pareille question venait à se poser pour nous, nous dirions aux partis qui viendraient à nous : Soyez rassurés. C’est notre tradition, c’est notre existence qui exigent que nous menions avec vous le même combat pour la Liberté, le Droit et le Progrès. Peut-être, par égard pour nos chefs, que nous aimons, aurions-nous ajouté : Nous ne voulons pas de fauteuil ministériel, mais vous pouvez compter sur nous. Mais, d’un autre côté, s’il s’était présenté en Allemagne une affaire Dreyfus, je crois pouvoir affirmer qu’on n’aurait pas dit : C’est une querelle de bourgeoisie qui ne nous regarde pas! (Applaudissements) Et si on avait eu à se demander si on devait être pour ou contre Loubet, après un moment de réflexion on aurait ré- pondu : Nous sommes pour Loubet ! Ainsi que je l’ai dit dans la commission, chez nous autres, Allemands, la question Millerand n’aurait pas pu se présenter à un autre point de vue; c’est qu’il n’aurait pu entrer dans le cabinet bourgeois sans s’être entendu au préalable avec son Parti; mais le cas n’est pas le même pour la France, et en présence de cette confusion, de cette Tour de Babel qui se produit en France et dont nous sommes témoins, on se
demande vraiment à qui Millerand eût pu s’adresser pour savoir quelle attitude prendre ! (Rires et applaudissements) ? C’est pour cela qu’il y a grand intérêt à ce que vos querelles cessent et à ce que vous deveniez un parti fort et unifié. Alors, vous pourrez régler toutes les questions d’une manière profitable aux intérêts du prolétariat. Ce cas peut se représenter, et il faudra que le socialisme français ait une génération qui soit à la hauteur de la tâche historique qui lui incombera. En ce qui concerne la résolution Xautsky, je n’adhère pas à chaque phrase en particulier, mais j’en approuve la tendance générale en ce qu’elle ne nous lie pas les mains pour l’avenir, en ce qu’elle déclare que le Parti socialiste est assez fort, assez conscient de lui-même pour trouver, dans des situations difficiles, la vraie route qu’il doit prendre; j’estime que nous, socialistes, nous ne devons pas être des fanatiques, des dogma- tiques, car nous ne possédons pas toute la vérité, mais nous aspirons à la vérité; c’est pour cela que nous devons avoir notre liberté d’action dans les cir- É J’espère qu’à l’avenir les camarades français parvien- N dront à régler leurs questions de famille en famille et £. qu’ils penseront que l’on ne doit laisser aux congrès internationaux que la solution de questions générales: Alors, les congrès internationaux futurs seront vrai- ü ment une démonstration du prolétariat organisé et conscient. ne J’espère aussi qué quelle que soit la décision du
- Congrès, les frères français ne se considéreront pas j comme des vainqueurs ou des vaincus; mais comme des lutieurs unis entre eux, qui doivent marcher la main dans la main avec leurs frères de tous les pays.
(Vifs applaudissements sur un grand nombre de Le citoyen PRÉSIDENT. — La discussion de cette question est close; mais je donnerai encore la parole cet après-midi au citoyen Andrea Costa pour une dé- F La séance est levée à une heure. La séance est ouverte à deux heures et demie, sous la présidence du citoyen VAN Koz (Hollande), assisté des citoyens Fürholz (Suisse) et Plekhanoff (Russie). Le citoyen PRÉSIDENT. — Nous prions les sections des différents pays, qui ne l’ont fait déjà, de nous faire parvenir les noms des délégués au Comité permanent Je donne, ainsi que je l’ai annoncé, la parole au citoyen Andrea Costa, pour une déclaration. Lecitoyen Axprea Cosra (Italie). — Notre ami Ferri, avec lequel nous sommes en désaccord d’opinion, mais s que nous aimons comme il nous aime, parce que, ainsi qu’on vous l’a dit, il peut y avoir des discussions en Italie, il n’y a pas de divisions (Applaudissements)… Ferri, avec loyauté, a déclaré, après le vote de notre récent Congrès de Rome, qu’il accepterait loyalement l’expérience que nous allions faire de l’autonomie. De même, je vous déclare et je lui déclare que si, lors du prochain Congrès italien, il était prouvé que la tactique de l’autonomie nous avait fait du mal, je dirai au citoyen Ferri : Vous aviez raison, comme, dans le cas contraire, il nous dira : J’avais tort.
ss Le citoyen Ferria cru pouvoir exprimer l’opinion de sé pus la délégation italienne. Je n’ai pas l’habitude d’abusee de la parole, ni de la patience des Congrès, mais j’ai insisté ce matin auprès du bureau pour que la parole Ÿ
me soit réservée. Je tenais, en effet, à indiquer, alors
que notre ami Ferri a présenté au Congrès de Paris
peu près la même résolution qu’il avait présentée au
Congrès de Rome, que celle-ci a été repoussée par le
Congrès de Rome par cent six voix contre soixante-
neuf. Vous comprenez bien que nous ne pouvions pas
laisser croire aux socialistes des différents pays que
c’était notre ami Ferri qui représentait l’opinion des
délégués italiens ou de la majorité…
Le citoyen Enrico FerR1 (Italie). — J’étais rapporteur
de la commission internationale, et pas de lltalie.
Le citoyen ANDREA Costa. — C’est une déclaration
que je fais ; ne nous chamaillons pas au Congrès international! (Rires et Applaudissements) La grande majo-
rité des délégués au Congrès de Rome a adopté,au
point de vue électoral, la tactique de l’autonomie ; ils
oni dit que les conditions de développement politique,
industriel, intellectuel et moral de l’Italie étant diffé-
rentes, il y avait lieu d’appliquer aux différentes régions
de l’Italie, — et nous pensons qu’il y a lieu d’appliquer.
aussi aux différentes nations, — une tactiquedifférente.
De sorte que nous devrions laisser au bon sens, à: 4
l’intelligence, à l’équité, à la moralité — oui, disons-le « — de nos amis de tous les partis socialistes internatio-
‘ naux la question de savoir si dans la tactique électorale
on devait ou non accepter certaines alliances ou cerE taines coalitions. Voici la résolution que nous avons
Le Congrès, au point de vue de la tactique électorale, en 3 ,
confirmant sa foi dans les principes fondamentaux du.
parti : la lutte de classe, la socialisation des moyens de production, de travail et d’échange, déclare la pleine auto- à nomie des organisations. La Le citoyen PRÉSIDENT. — La discussion étant close, 3 le citoyen Costa a demandé la permission de faire une déclaration et il fait un discours ! (Approbation) à Le citoyen ANDREA Cosra. — Je représente ici la . majorité de la délégation italienne! Du reste, il n’y a pas dix minutes que je parle !(Bruyantes interruptions) 1 Le citoyen Maxence Rozpes. (A. C.) — Et la disci- s: pline, et la décision du Congrès! (Tumulte. — Voix nombreuses : Parlez! — D’autres voix : Non! pas de ÿ discours ; ta discussion est close !) Le citoyen AnDrEA Cosra. — Le Congrès interna- tional n’est pas une guillotine ! (Agitation) 1
(Le président et le citoyen Costa échangent de vives observations, à la suite desquelles le président lui accorde la parole.) i Le citoyen Présipenr. — Camarades, je vous demande d’entendre encore quelques minutes le citoyen Costa, 4 en raison de sa vive insistance et de sa situation parti- b Le citoyen AnpREA Cosra. — Le Congrès de Rome a donc affirmé l’autonomie des organisations régionales, à comme nous aflirmons ici l’autonomie des organisations nationales en matière de tactique. Nous acceptons par conséquent la résolution Xautsky comme celle qui se rapproche le plus de celle que nous avons prise au Con- grès de Rome. Mais, comme notre ami Ferri a cru devoir indiquer hier qu’il y avait certains socialistes qui avaient assisté aux funérailles de Umberto, roi d’Italie, je dois répondre pour qu’il n’y ait pas d’équivoque, que ces socialistes ontété flétris et non seulement cela ne fa it pas partie 7e de la tactique d’autonomie, mais c’est en con adiction 4 #4 avec cette autonomie des différentes régions, ac me Re par le Congrès de Rome (1). Du reste, cette attitude, (4 Ë de qui a été blâmée par le Congrès, avait été suivie avant ; ë i4 que le Congrès de Rome n’adoptât la tactique électorale de l’autonomie. +. 2 : (Nouveau bruit. — Une partie de l’assemblée, notam-
- ment la délégation anglaise et les membres du P. O. à : protestent violemment contre la longueur du discours du citoyen Andrea Costa.) A). À: Le citoyen PRÉSIDENT approuve cette protestation et À È prie le citoyen Costa d’arrêter là ses observations. ‘4 résoudre les difficultés que nous avions à vaincre. Il se 1 25 ” trouve en présence de deux résolutions qui se com battent, et la règle générale, dans tous les Congrès, est ‘4 de la commission. Le citoyen Vaillant, qui avait proce posé de mettre aux voix la résolution de la minorité, 4 ee | “a acquiescé à cette manière de faire. Maïs il a dit que K , la résolution Guesde constituerait alors un amendement - ï à la résolution Xautsky. Je crois qu’on n’a qu’à lire les “3e deux résolutions pour voir que l’une n’est pas un amen- dement de l’autre, qu’elles sont au contraire comme la ï chèvre et le chou. Mais le bureau, faisant preuve d’un +0 () L’orateur veut dire que le député est soumis au contrôle du groupe régional ; de Marinis, qui avait assisté aux funérailles ds ns roi et qui ne voulut pas se soumettre au groupe local, fut blâmé; a wi Borciani qui avait assisté seulement aux services faits à Ja synaeee gogue et à l’église, comme maire de Reggio Emilia, fut renvoyé s’expliquer devant son groupe; — il déclara au Congrès qu’il était ñ 2 d’accord avec celui-ci. {Rivista popolare di politica, lettere e scie effort de conciliation, a trouvé et accepté cette solution intermédiaire qu’au lieu de voter pour la résolution Guesde et la résolution Xautsky, nous voterions simplement pour la majorité, ou pour la minorité.
Ceux qui voteront pour la proposition de la majorité de la commission voteront : « majorité »; ceux qui sont pour la minorité, voteront : « minorité », c’est-à-dire la
commission, je me rallie au mode de votation proposé par le président. Nous aurions le droit de réclamer, en vertu du règlement, la priorité pour la résolution de la commission ; mais par esprit de conciliation nous ne le faisons pas.
Je pense qu’il ne peut y avoir de malentendu sur la manière de voter : nons nous trouvons d’abord en pré- sence de la résolution n° 1, qui est proposée par l’unanimité de la commission, et qui rencontrera sans doute lunanimité du Congrès ; c’est la résolution relative à la question des alliances. Je propose de réserver le vote
sur cette question jusqu’après le vote de la question qui nous divise, c’est-à-dire de la participation d’un socialiste à un gouvernement bourgeois. Nous nous trouvons ici en présence de deux résolutions : la résolution de la majorité de la commission et la résolution de la minorité. Le président va procéder au vote par nationalités, et au lieu de voter oui ou non, comme d’habitude, on votera, suivant ses préférences, en disant : majorité ou minorité. Le citoyen PRÉSIDENT. — Nous allons procéder au vote, dans ces conditions Par vingt-neuf voix contre neuf, la motion Xautsky, dite motion de la majorité, est adoptée.
respectivement un rapport sur la situation syndicale, ainsi que les chiffres comparatifs de la progression ou de la dégression des membres et des cotisations et
Nous avons reçu de l’Avant-Garde de la Social-démocratie d’Australie, une délégation pour que notre camarade Hyndman la représente à ce Congrès.
Nous avons reçu un télégramme de sympathie du syndicat des employés de commerce de Toulouse ; un télégramme de sympathie du Comité national exécutif du Parti Ouvrier du Canada ; (Applaudissements) un télégramme de l’Association des tanneurs-mégissiers de la Hongrie; un télégramme du Comité central de la Social-démocratie de Hongrie; et un télégramme du syndicat des mécaniciens de Lyon.
Le citoyen Vincx propose que le Congrès envoie aux camarades anglais et autrichiens ses vœux les plus chaleureux, à l’occasion de la lutte électorale dans laquelle ils se trouvent actuellement engagés.
Le citoyen VANDERVELDE. — J’appuie cette proposi-
tion de notre camarade Vinck. (Vive approbation) —
Le citoyen PRÉSIDENT. — Nous passons à la question cinquième commission, sur la politique coloniale. s
Le citoyen VA Koz. — Camarades, je suis heureux que pour la première fois, dans le Parlement du prolé- tariat, on traite la question primordiale pour l’histoire du monde et de l’humanité, la politique coloniale. Ce n’est pas un discours que j’entends faire ; je veux seulement sonner le clairon, pousser le cri d’alarme, au nom du prolétariat contre la politique coloniale capitaliste.
Votre commission vous propose quelques mesures
pratiques : nous émettons le vœu ardent que dans ous les congrès nationaux, on traite la question coloniale, qui sollicite l’attention de tous ceux qui s’intéressent a Nous avons demandé, comme seconde mesure, qu’on si 256% organise le prolétariat qui se trouve dans les colonies, créé qu’ilest par le capitalisme colonial; qu’on orga1h 3 nise partout, dans le monde entier, de l’Équateur jusqu’au Nord, les prolétaires pour en faire dessocialistes, et pour mener plus vigoureusement encore la lutte de < classe. Telles sont les mesures pratiques quenousavons Re à vous soumettre. Je me place maintenant au point de “ fs amène à l’expansion coloniale ; on a besoin de marchés De. nouveaux, pour l’évolution du capitalisme et du com- merce; cela est inévitable et fatal, car sans celale si monde serait acculé à une révolution prochaine. Cela a été déclaré au Sénat américain : nous produisons le à double, y at-il été dit, de ce que nous pouvons vendre ; nous devons donc avoir des marchés nou- k veaux, conquérir des contrées nouvelles, pour pouvoir répandre et vendre nos produits; nous n’avons d’autres voie que l’impérialisme ou le socialisme. Et l’Amérique
Ë a choisi, pour éviter le socialisme, pour éviter la Révolution menaçante, l’impérialisme, et, conséquence Me. inévitable, le militarisme. Dès qu’on veut s’étendre, L. ‘ accaparer des contrées nouvelles, il faut une flotte Ke puissante, comme l’a compris l’Allemagne, des armées nouvelles, et l’on dépense des millions de plus par & n; ne c’est ainsi qu’agissent toutes les nations européenne qui veulent prendre leur part au butin des contrées
Fe. L’Europe n’est qu’une araignée gigantesque qui, pot
conquérir et vaincre des peuplades nouvelles, jette de a tous côtés ses tentacules puissants et meurtriers. De cet esprit de conquêtes naissent des conflits internationaux, qui feront verser du sang. Et à qui bénéficie la politique coloniale si pleine d’horreurs, qui nous a coûté des millions d’êtres humains? Aux capitalistes! La politique coloniale actuelle ne profite qu’aux grands concessionnaires. En ce qui vous concerne, vous autres Français, qui avez une partie du Congo, et des concessions de mines d’or: tout cela est maintenant accaparé par quelques banquiers rapaces et quelques capitalistes. Il n’y a que bénéfices pour les capitalistes et que douleur pour le prolétariat; le prolétariat verse son sang pour ces conquêtes lointaines, où il donne sa sueur et son travail pour des impôts écrasants. Mais il y a à craindre de cette politique une conséquence plus grave et plus désastreuse encore.
On brise en ce moment à coups de canon la muraille de la Chine; on va s’attaquer à quatre cents millions de Chinois, producteurs en majorité, qui n’ont presque
pas de besoins, qui ne connaissent pas le socialisme, qui se contentent de maigres salaires, et qui se jetteront en masse sur les marchés européens, venant faire une concurrence funeste aux ouvriers européens. Telle sera la conséquence pour le prolétariat de cette lutte barbare contre la race jaune. C’est ce qui attend le prolétariat, si le socialisme n’intervient pas à temps, s’il ne metpas son veto à la politique coloniale capitaliste actuelle.
Et quant au sort de nos camarades des lointaines populations conquises, qui sont d’une autre race et d’une autre couleur, quel est-il donc, sous notre domination ? )
Moi qui ai voyagé dans ces contrées, j’ai pu voir leur
sort misérable. Ai-je besoin de vous rappelerles crimes
sans nombre qui se sont commis dans les colonies? Ai-je besoin de rappeler aux Belges le sort des nègres du Congo, les cadavres hideux entassés, les malheureuses victimes qui accusent la politique coloniale de la Belgique ? Ai-je besoin de rappeler aux Anglaisles victimes qu’ils ont faites et qu’ils font encore aux quatre coins du monde? Rappellerai-je aux Français les cruautés qui se sont produites à Madagascar et k ailleurs ? Aux Allemands, le meurtre des femmes qui ne voulaient pas subir les outrages de leurs officiers ? Et nous autres, Hollandais, pouvons-nous oublier les vingt-huit ans de guerre, d’exterminations et de massacres de femmes, d’enfants et de vieillards, alors que nous brûlions les villages et que nous semions la ruine et la misère chez un peuple jusqu’alors heureux ? (1) Chaque nation européenne a, on peut le dire, un registre noir de crimes et de cruautés coloniales! Aussi devons-nous élever une voix de protestation en entendant les cris de douleur qui partent des déserts s de l’Afrique, des plaines de l’Australie, qui partent de partout où s’est abattue la main hideuse du capita Le prolétariat doit faire entendre la voix de la solidarité humaine, lui qui ne connaît pas de différences de couleurs, de religions ou de nations, qui sait que tous les êtres, quelle que soit la couleur de leur peau, ont des cœurs comme nous, et savent aimer et haïr! La Commission vous propose donc de faire entendre une “à
(1) Dans une conférence du 21 janvier 1901, le citoyen Van Kola < ù donné beaucoup de détails sur la politique hollandaise /MOUVEMENE socialiste, 1° et15 mars). La guerre de vingt-huit ans, dont ilest question ici, est celle d’Atjeh (ou Atchin); un petit peuple, qui comptait cinq cent mille âmes, n’est pas encore soumis… protestation contre l’expansion coloniale, l’impérialisme et le militarisme! Voici sa résolution Le Congrès socialiste international, tenu à Paris en 1900, é considérant que le développement du capitalisme mène fatalement à l’expansion coloniale, cette cause de conflits entre les gouvernements; que l’impérialisme qui en est la conséquence excite le chauvinisme dans tous les pays et force à des dépenses toujours grandissantes au profit du militarisme; que la politique coloniale de la bourgeoisie n’a d’autre but que d’élargir les profits de la classe capitaliste et le maintien du système capitaliste, tout en épuisant le sang et l’argent du prolétariat producteur, et en commettant des crimes et des cruautés sans nombre envers les races indigènes des colonies conquises par la force des armes,
Déclare que le prolétariat organisé doit user de tous les moyens en son pouvoir pour combattre l’expansion coloniale capitaliste et faire condamner la politique coloniale de la bourgeoisie et flétrir, en toute circonstance et de toute sa force, les injustices et les cruautés qui, nécessairement, en découlent dans toutes les parties du monde, livrées aux convoitises d’un capitalisme sans honte et sans remords.
Dans ce but, le Congrès préconise plus particulièrement les mesures suivantes 1° Que les divers partis socialistes mettent à l’étude la question coloniale partout où les conditions économiques le permettront;
2° Encourager d’une façon spéciale la formation de partis
3° Créer des rapports entre les partis socialistes des
Le citoyen HyxpMax (Angleterre). (1) — Nous tenons à dire ici bien haut que, comme socialistes anglais, nous ne sommes pas partisans de cette guerre que ÿ poursuit notre nation en Afrique, que nous la haïssons,
(1) I prononce son discours en français. Il appartient à la Socialdemocratic Federation.
me k et que nous offrons notre sympathie et qu e nous xpli_ quons notre honte à nos camarades hollandais, pource quise passe dans l’Afrique du Sud. (Vifs applaudisse- A <i Nous sommes le plus grand pouvoir colonial d di monde; trois cent cinquante millions d’êtres humains a peu près sont opprimés par notre joug. Je déclare que à je répudie, comme socialiste anglais, cette politique de x haine, de laquelle je dirai ici quelques mots Les trois cent ou trois cent cinquante millions d’êtres Te humains qui sont sous notre domination, le sont parla ‘€ force de notre épée; c’est le triomphe de la force. “. Quelques chiffres à cet égard seront moins intéressants que de la rhétorique, mais sont utiles à connaître. Dans 4 ; l’Inde, ce pays qui, cependant, serait riche, la popu- de lation est la plus misérable du monde : une famille entière reçoit, pendant toute une année, moins de $ cinquante francs, pour cinq personnes : peut-on s’ima4 : giner une misère aussi effrayante ! Eh bien! cependant, 3 25e de cette population misérable, nous tirons chaque ‘ année trente millions de livres sterling, soit sept cent ÿ cinquante millions de francs, sans retour. Il y a en ce à moment, dans ce pays, soixante millions d’êtres qui bi. souffrent de la faim, parce que nous autres Anglais, k nous leur prenons leur nourriture, leur bien-être, leur richesse !. Voilà la politique coloniale : avoir de nou- 4 “ veaux marchés et saigner à blanc la colonie! (Applau- Je hais cette politique. Pendant vingt ans, j’ai fait, Fe mon possible pour l’écraser ; malheureusement, nous ne sommes, en Angleterre, qu’un petit groupe. Par suite Fe dé cette misère, de cette détresse, des millions d’êtres meurent de faim, et aussi, chose plus horrible que la é mort, se produit dans cette race une dégénérescence et
il faut trois, quatre ou cinq personnes pour faire la besogne d’un homme normal et bien nourri. Cest ainsi qu’en soixante ans nous avons détruit la prospé- rité des indigènes; et nous ferons la même chose en Chine, avec les Allemands, les Français et les Russes Ce sera la même politique de domination et de saigne-
En ce qui concerne les Indes, je vous demande de voter une résolution condamnant le gouvernement anglais, qui a ruiné une civilisation peut-être supé- rieure à la nôtre. Je vous demande aussi, comme Van Kol, de voter une résolution tendant à ne pas permettre aux nations européennes de détruire la richesse et la prospérité d’une population coloniale.
Le citoyen Quercx (Angleterre). (1) — C’est la Hollande qui a le plus colonisé, et elle a été suivie par l’Angleterre. Je tiens à dire, comme délégué anglais, qu’il n’y a pas de querelle entre les ouvriers anglais et les ouvriers hollandais; au contraire, cette guerre qui eu lieu dans l’Afrique du sud, est en opposition l’opinion et au désir de la grande majorité de la classe ouvrière anglaise; et je fais appel à ce congrès pour nous soutenir dans notre protestation contre la guerre.
On dit qu’à l’étranger on n’aime pas l’Angleterre; eh bien, je suis convaincu que la classe ouvrière du continent n’a pas de querelle avec la classe ouvrière anglaise (Applaudissements) et qu’elle se souvient que dans les temps de trouble et de révolution sur le continent, c’est en Angleterre que viennent les réfugiés politiques de l’Europe; car c’est là qu’ils trouvent le meilleur asile.
Ainsi donc, comme socialistes anglais, nous ne craignons
(1) De la Social-democratic Federation.
pas denous rencontrer avec les socialistes du continent nous savons que ce sont des frères, malgré le langage de la presse capitaliste anglaise. e Comme Anglais, je suis tout honteux des crimes abo- minables qui se sont commis en Afrique du sud; et je l dois déclarer qu’il n’y a pas une organisation ouvrière qui ait pris une résolution en faveur de cette guerre; au ( contraire, non seulement les socialistes, mais un grand Ÿ nombre d’ouvriers anglais qui sont simplement des membres de chambres syndicales ouvrières, ont été . unanimes à condamner la guerre du sud de l’Afrique. Ce que nous avons de plus pratique à faire pour empêcher les guerres coloniales, c’est de créer une presse j puissante en Angleterre. L’opinion anglaise a été abusée, trompée, aveuglée par une presse qui appartient aux propriétaires de mines d’or du Transvaal. Vous autres, camarades, qui voulez la justice, vous reconnaîtrez que la presse est un moyen précieux d’éducation du peuple, et qu’il faut en créer une indépendante du joug capi- à Le citoyen Pere Curran (Angleterre). (1) — Comme il ny a pas eu beaucoup d’orateurs anglais ayant pris la parole à ce congrès, je crois que c’est une occasion pour nous de faire acte de présence devant toute l”Europe et le monde civilisé. Je ressens une humiliation profonde de me trouver ici à Paris et d’être membre d’une nation qui, par sa po- È litique, s’est couverte de honte devant le monde civilisé. Je suis le représentant de cinquante mille ouvriers Sÿndiqués, d’usine; j’aila même opinion socialiste que les camarades Hyndman et Quelch; mais ces cinquante mille ouvriers ne sont pas tous des socialistes ; ils SOnt (1) De l’Independent Labour Party. ‘14
cependant tous opposés à la guerre dans l’Afrique du sud, ainsi qu’on l’a déjà dit. (Applaudissements) l Nos adversaires, impérialistes, nous ont dit : Mais vous gagnerez de meilleurs salaires, puisqu’il y aura plus de travail, en raison des nouveaux marchés ou- verts. Nous, qui avons des enfants allant à l’école sans avoir les vêtements qui leur sont nécessaires, qui voyons des vieillards mourir faute de soins, nous avons répondu : Eh bien, si vous voulez faire travailler la classe ouvrière, qu’on la fasse travailler chez nous! Expansion coloniale, cela veut dire : l’ouvrier tué sur les champs de bataille, ou taxé et grevé d’impôts formidables, afin que les capitalistes qui ont des actions dans les mines d’or aient les plus gros dividendes. Vous avez fait en France la triste expérience de cette expansion; vous avez eu un empereur, un Napoléon, qui s’imaginait qu’il allait conquérir le monde. Il a été tellement loin qu’il a dû reculer. Eh bien, en Angleterre, nous passons par la même phase : nous allons trop loir et nous devrons reculer. (Nouveaux applaudissements) Si vous assistiez aux réunions électorales en Angleterre, vous entendriez presque tous les orateurs chauvins répéter ce cliché célèbre : Le soleil ne se couche jamais sur les possessions de la Grande- È Bretagne! Eh bien, moi, je dis : Il y a beaucoup d’en- Ù droits, sous le drapeau de la Grande-Bretagne, où le soleil ne luit jamais! (Applaudissements enthousiastes sur la plupart des bancs) Le citoyen Louis Maurice. (P. O. F.) — Avant d’aborder la question coloniale, je tiens à dire aux camarades anglais que dans les Antilles, la pensée socialiste se développe; et cela est si vrai que si, au point de vue des conceptions collectivistes, il n’y a pas
encore unanimité de la part du prolétariat antillais,en à ce qui concerne la misère et les actes de piraterie qui s’accomplissent au Transvaal, il y a dans les îles françaises, comme dans les îles anglaises, unanimité de En ce qui concerne les rapports qui peuvent exister entre les prolétaires coloniaux des divers pays, de ce (3 côté l’on peut dire qu’ils ont des tendances à s’étendre de plus en plus. En ce qui concerne la protestation dont on a déjà ‘4 parlé, je veux être un peu plus positif : il ne s’agit pas ‘1 quant à nous — et je parle ici au nom des prolétaires de la Guadeloupe — d’apporter une réprobation, si éner- “à gique soit-elle, contre la politique coloniale, qui consiste 0h à faire des colonies des endroits où vient se concentrer la surproduction, à faire des colonies des déversoirs de la surproduction métropolitaine. Il y a une autre question qu’il est du devoir du parti socialiste international d’étudier, et d’étudier de suite, c’est la création, ï. c’est l’organisation méthodique de classe du prolétariat colonial; c’est la création d’un programme colonial, d’abord avec des considérants internationaux, et d’un *4 programme de revendications minima qui peuvent être fixées par chacune des nations. Il y a là des revendica- ni tions qui ne peuvent pas nous échapper, d’autant plus que le problème colonial est de plus en plus imminent dans sa solution, et qu’il ne se posera pas seulement au point de vue économique, mais au point de vue de l’action de classe du prolétariat colonial. commission n’a pas été attaquée, je n’ai pas à la défendre; je n’ai qu’à faire une constatation précieuse c’est que dans ce congrès mondial, où le prolétariat dem F1 toutes les parties du monde est représenté, dans un élan d’indignation et avec un cri d’horreur — on peut le dire — on a brûlé sur le front de la bourgeoisie un ia stigmate de honte pour sa politique coloniale : et rien 3% ne pourra plus désormais l’effacer! Je vous propose de voter la résolution par acclamations. — Adopté lunanimité par acclamations. ‘1 Le citoyen SECRÉTAIRE. — Nous venons de recevoir deux nouveaux télégrammes : un du citoyen Popovitch, délégué de la Serbie au Congrès, qui, retenu en Suisse par des circonstances indépendantes de sa volonté, s’excuse de ne pas assister au Congrès; un second du secrétaire de la Fédération de la Gironde, qui signale
- au Congrès que les ouvriers du port de Bordeaux viennent de se mettre en grève et il demande l’appui fraternel et matériel de tous les militants. (Applaudissements) Il donne lecture de la protestation suivante Les délégués de l’Union socialiste révolutionnaire russe au Congrès international de 1900 déclarent qu’après que la ‘ délégation russe a refusé de donner aux socialistes révoluj tionnaires et au représentant du groupe « La Volonté du Peuple » /Narodnaja Volia), réunis ad hoc, un délégué, les délégués de l’Union socialiste révolutionnaire n’ont pas pris part au vote de cette délégation et demandent au Nous déclarons en même temps que des organisations existantes en Russie et représentées au Congrès, les socialistes démocrates seuls seront représentés au secrétariat La citoyenne Rosa LuxemBurG (Allemagne). — Les membres de la quatrième et de la cinquième commis181
sions sont tombés d’accord pour fusionner les deux - commissions en une seule : le militarisme et la politique é à coloniale de l’impérialisme étant le même courant Ne réactionnaire du monde bourgeois. (F7 Les militants socialistes ont toujours eu pour principe is essentiel de combattre le militarisme, qui est avant. - “ tout le grand ennemi de la classe ouvrière, qui tend nous écraser, à nous affamer, à nous démoraliser. L’ancienne Internationale a fait entendre sa voix, un cri d’indignation contre la puissance capitaliste et militariste ; chaque Congrès international et national socialiste a protesté et flétri le militarisme comme l’instrument le plus puissant de la classe bourgeoise et capitaliste. Dans ce sens, citoyens, notre Congrès n’aurait pas fait œuvre nouvelle, en votant une résolu- tion analogue à celles qui ont été prises contre le militarisme par tous les congrès précédents. Mais ce n’est pas une répétition de cette opinion que ÿ je veux exprimer et que nous avons cru devoir voter dans notre résolution; au contraire, je suis heureuse de pouvoir constater que, dans les deux commissions, nous ayons été unanimes à désirer d’aller plus loin, de faire du nouveau et avant tout, du pratique. Tel était le programme que nous étions tous décidés à accepter, en ÿ abordant notre résolution. me Du nouveau? — Le militarisme n’est-il pas une des plaies, un des crimes les plus anciens du monde bouts geois? Que s’est-il donc produit de nouveau? C’est que cette politique du militarisme s’est généralisée et accentuée sous la forme de la politique mondiale de l’impérialisme. Ce n’est plus seulement cet armement formidable qui constitue la préparation à une guerre possible entre deux ou trois États voisins: c’est um militarisme qui fait courir constamment à des conquêtes
coloniales nouvelles toutes les grandes nations du #4 Ë monde; qui transforme les États-Unis d’Amérique en un ‘2 État exclusivement militariste, qui en fait de même pour FAngleterre; et alors que jusqu’à présent l’Allemagne, L. à peu près seule, voyait son armée et sa flotte sans cesse s’accroître, cette politique est devenue le mot . d’ordre du monde entier. Cette politique a été inaugurée par la guerre sino-japonaise ; puis ont suivi lés guerres hispano-américaine, transvaalienne, et enfin celle de eu. l’Europe unie contre la Chine. Jamais, citoyens, des événements d’une plus grande importance historique ne s’étaient succédé avec tant de rapidité; jamais la marche du développement capitaliste n’avait été si Vraiment, la société bourgeoise est entrée dans une phase nouvelle de son évolution; le monde capitaliste prend un nouvel élan dans son développement; mais il épuise là son dernier effort et il précipite le moment fatal de sa débâcle! Cette politique coloniale commençant à dominer toute la politique intérieure et extérieure du monde capita- liste, il est nécessaire que la défense s’organise, dans la politique socialiste. Il est temps que par ses représen- à tants, le parti socialiste prenne ofliciellement acte de la politique mondiale; et c’est justement ce que nous ” D avons voulu marquer par notre résolution. J’aborde le côté pratique de notre résolution; il consiste à proposer d’entamer une action permanente internationale pour combattre le militarisme. Jusqu’ici, citoyens, la solidarité internationale socialiste consistait surtout dans des déclarations de principes et dans des - délibérations périodiques des représentants socialistes aux Congrès; quant à l’action propre, elle se bornait
à terrain syndical. Et ce n’est pas sans raison que la
à solidarité internationale ne présentait jusqu’à présent
que ce caractère : tandis que les conditions économiques du prolétariat sont dans tous les pays presque les
mêmes, les conditions politiques y varient beaucoup. Maïs c’est encore cette même politique mondiale qui va changer les conditions politiques de tous les pays.
Depuis le commencement de cette ère nouvelle, partout nous voyons, dans la République française comme sous le régime absolu de la Russie, dans l’ancienne Angleterre comme dans le jeune empire allemand, partout la même domination du militarisme, la même politique coloniale, la même réaction et dans tous les pays un état permanent de guerre. Or, c’est précisément cette uniformité de réaction qui va créer dans tous les pays une base nouvelle et une uniformité l d’action et de propagande socialistes; c’est cet état permanent de guerre qui va engendrer une uniOn per manente des prolétaires, pour le maïntien de la paix! Mais ce n’est pas seulement pour donner un nouvel élan à notre lutte quotidienne, mais aussi au point de vue de notre but final qu’une union plus étroite des prolétaires de tous les pays en matière politique É: 4
s’impose à l’heure actuelle. Citoyens, au début du mouvement socialiste, on supposait généralement que “A ce serait une vaste crise économique qui marquerait le commencement de la fin, la grande débacle capitaliste
Maintenant, cette supposition a beaucoup perdu den probabilité (1); mais il devient de plus en plus probable
(1) Le changement de point de vue est dû, pour une très grande partie, aux écrits de Bernstein. (Cf. Op. cit., pages 115-144.) La citoyenne: Luxemburg avait été l’un des adversaires les plus fougueux des que ce sera au contraire une vaste crise politique : Ÿ mondiale qui va sonner l’heure de mort du capita- $ 4 Done, citoyens, si le Marlborough capitaliste s’en va- Ke
? t-en guerre, de laquelle peut-être il ne reviendra plus, X si la politique mondiale engendre des conflits et des k événements inattendus, incalculables, il faut bien que nous nous préperions pour le grand rôle qu’il nous ; d faudra jouer tôt ou tard. Ah! je sais bien que ce n’est pas aujourd’hui ni demain que viendra la grande débäcle; peut-être que notre esclavage sera encore plus long et plus pénible que , nous le pensons (1); mais l’heure en viendra cependant, et que notre Congrès sonne le tocsin, en appelant tous les prolétaires à l’union, à l’alliance pour l’action Prolétaires de tous les pays, l’heure de l’action commune est venue; marchons ensemble la main dans la main, formons une armée qui soit prête à combattre l’ennemi commun! (Applaudissements prolongés. — (A ce moment, la citoyenne Bonnevial, accompagnée de deux autres citoyennes, arrive sur la tribune et présente à Clara Zetkin une gerbe de fleurs, liées par ÿ un ruban rouge, portant cette inscriptiou : « A Clara Zetkin! Les femmes socialistes françaises. » — Des applaudissements enthousiastes éclatent de toutes parts.) la citoyenne Clara Zetkin des fleurs en témoignage d’admiration et de reconnaissance, nous n’entendons (1) Encore une marque de l’influence de Bernstein. En 1891 Engels croyait que la social-démocratie allemande triompherait avant la fin du siècle. /Socialiste, 12 septembre 1891.) pas nous acquitter envers elle de toutes les peines qu’elle a prises. Quand on défend sa cause, on wattend de reconnaissance de personne. (Applaudissements)
De plus, nous voudrions remercier aussi le citoyen Smith, notre traducteur de la langue anglaise.
Mais, si nous avons cru pouvoir donner un témoignage à la citoyenne Zetkin et devoir le faire, c’est titre de solidarité féminine socialiste. Nous, les vieilles socialistes de la première heure, nous constatons avec un véritable bonheur que chaque année, à nos Congrès socialistes, le nombre des délégués femmes grandit, ce qui est un honneur pour elles et pour les hommes qui les délèguent.
Ce bouquet est donc un lien international entre toutes les femmes socialistes, entre tous les socialistes ; et ce n’est pas seulement en gage de reconnaissance, c’est un symbole d’espérance dans la propagande socialiste parmi les femmes! (Vifs applaudissements)
La citoyenne CLarA ZErkiN (Allemagne). — J’estime que ce bouquet n’est pas seulement pour ma personne, 4 mais pour mon sexe ; il est un gage de l’action et de Pénergie des femmes socialistes ; nous avons la conviction que l’émancipation intégrale de l’humanité sera l’œuvre du prolétariat ; et c’est pour cela que nous luttons avec le prolétariat universel partout où il semet is
Le prolétariat international peut être sûr que les femmes socialistes d’Allemagne seront toujours fidèles à leurs convictions et à leurs promesses ! (Nouveaux et vifs applaudissemerits. L’Assemblée frappe ensuite un ban enthousiaste en l’honneur du camarade Smith)
Le citoyen PRÉSIDENT. — Je donne à nouveau la parole à la citoyenne Rosa Luxemburg, pour lire la résolution de la quatrième commission.
La citoyenne Rosa LuxemBurG. — Voici cette réso-
Le Congrès déclare qu’il y a lieu de redoubler, dans tous les pays, de zèle, d’énergie, de vigueur dans la lutte quoti- dienne contre le militarisme, qu’il y a lieu surtout d’op- É poser, à l’alliance de la bourgeoisie et des gouvernements Xe impériaux, l’alliance des prolétaires de tous les pays. Le Congrès indique comme moyens d’actions : Fa 1° Les différents partis socialistes sont engagés à pour- ! suivre avec soin l’éducation et l’organisation de la jeunesse, ‘ en vue de combattre le militarisme ; a » Les députés socialistes, dans tous les pays, s’engagent e1 à voter contre toute dépense militaire et toute dépense pour Le la flotte et les expéditions militaires coloniales; S La.commission socialiste internationale permanente sera chargée d’entamer et de régler, dans tous les cas d’im- portance internationale, un mouvement de protestation et d’agitation antimilitariste uniforme et commun dans tous les pays. Le Congrès proteste contre les soi-disant conférences de la paix comme celle de la Haye, qui, dans la société actuelle, ne peuvent aboutir qu’à des déceptions fâcheuses, comme l’a démontré dernièrement la guerre du Transvaal. (1) Le citoyen VozKkAERT (Belgique). — Pour la première fois, un Congrès international socialiste va prendre des l résolutions pratiques pour combattre le militarisme. La première résolution est l’organisation de la jeunesse en vue d’une propagande antimilitariste là où elle (1) Les résolutions de Londres étaient plus radicales : suppression simultanée des armées permanentes et armement général du peuple — création d ibunal arbitral nommé par le peuple afin de régler pacifiquement les conflits internationaux ; référendum sur la question de paix et de guerre dans le cas où les gouvernements n’accep ent pas la sentence. (Hamon. Op. -cit., page 269). La commission avait proposé l’organisation de la nation armée, c’est-à-dire des milices ; mais, sur la demande du citoyen Allemane (P. O. S. R.), 4 on avait voté l’armement du peuple. Dans la Petite République du 16 juillet 1901, le citoyen Cipriani accuse les députés socialistes italiens d’avoir voté le budget de la pas nous acquitter envers elle de toutes les peines qu’elle a prises. Quand on défend sa cause, on n’attend de reconnaissance de personne. (Applaudissements) De plus, nous voudrions remercier aussi le citoyen Smith, notre traducteur de la langue anglaise. Mais, si nous avons cru pouvoir donner un témoi- - gnage à la citoyenne Zetkin et devoir le faire, c’est titre de solidarité féminine socialiste. Nous, les vieilles socialistes de la première heure, nous constatons avec un véritable bonheur que chaque année, à nos Congrès socialistes, le nombre des délégués femmes grandit, ce qui est un honneur pour elles et pour les hommes qui . les délèguent. Ce bouquet est donc un lien international entre toutes les femmes socialistes, entre tous les socialistes ; et ce n’est pas seulement en gage de reconnaissance, c’est un symbole d’espérance dans la propagande socialiste parmi les femmes! (Vifs applaudissements) À La citoyenne CLARA ZETKkIN (Allemagne). — J’estime que ce bouquet n’est pas seulement pour ma personne, 4 mais pour mon sexe; il est un gage de l’action et de Pénergie des femmes socialistes ; nous avons la convic- F tion que l’émancipation intégrale de l’humanité sera l’œuvre du prolétariat; et c’est pour cela que nous luttons avec le prolétariat universel partout où il se met k Le prolétariat international peut être sûr que les femmes socialistes d’Allemagne seront toujours fidèles à leurs convictions et à leurs promesses ! (Nouveaux ei vifs applaudissemerits. L’Assemblée frappe ensuite un“ ban enthousiaste en l’honneur du camarade Smith) à Le citoyen PRÉSIDENT. — Je donne à nouveau la parole ns à la citoyenne Rosa Luxemburg, pour lire la résolution de la quatrième commission. St La citoyenne Rosa LuxeMBurG. — Voici cette réso- RE Le Congrès déclare qu’il y a lieu de redoubler, dans tous ‘ les pays, de zèle, d’énergie, de vigueur dans la lutte quoti- ÿ dienne contre le militarisme, qu’il y a lieu surtout d’op- Ne poser, à l’alliance de la bourgeoisie et des gouvernements impériaux, l’alliance des prolétaires de tous les pays. “y Le Congrès indique comme moyens d’actions : À 1° Les différents partis socialistes sont engagés à pour- suivre avec soin l’éducation et l’organisation de la jeunesse,
en vue de combattre le militarisme ; 2° Les députés socialistes, dans tous les pays, s’engagent à voter contre toute dépense militaire et toute dépense pour la flotte et les expéditions militaires coloniales; À La.commission socialiste internationale permanente sera chargée d’entamer et de régler, dans tous les cas d’im- portance internationale, un mouvement de protestation et Ÿ d’agitation antimilitariste uniforme et commun dans tous les pays. Le Congrès proteste contre les soi-disant conférences de la paix comme celle de la Haye, qui, dans la société actuelle, ne peuvent aboutir qu’à des déceptions fàcheuses, comme l’a démontré dernièrement la guerre du Transvaal. (1) D Le citoyen VozkAERT (Belgique). — Pour la première ‘ fois, un Congrès international socialiste va prendre des fe résolutions pratiques pour combattre le militarisme. La première résolution est l’organisation de la jeunesse $ en vue d’une propagande antimilitariste là où elle (1) Les résolutions de Londres étaient plus radicales : suppression simultanée des armées permanentes et armement général du peuple ; À — création d’un tribunal arbitral nommé par le peuple afin de régler pacifiquement les conflits internationaux; — référendum sur la } 1 question de paix et de guerre dans le cas où les gouvernements n’accepteraient pas la sentence. (Hamon. Op. -cit., page 269). La com- É mission avait proposé l’organisation de la nation armée, c’est-à-dire ‘a
des milices ; mais, sur la demande du citoyen Allemane (P. O. S. R.), y
on avait voté l’armement du peuple. Dans la Petite République du 16 juillet 1901, le citoyen Cipriani accuse les députés socialistes italiens d’avoir voté le budget de la
n’existe pas. En Belgique, nous prenons les jeunes gens à l’âge de seize ans, nous en faisons des socialistes j conscients, qui combattent le militarisme, Chaque vent des journaux antimilitaristes, et certains conidées le plus d s gens possible, et en rentrant de yen PRÉSIDENT. — Nous allons procéder au vote. I solu à de E mmission vous a été lue tout L —1L grès ir t al socialiste de Paris flétrit a indigr lp sauvage d’oppression du tsagage les s s les nationalités, souffrant sous ag du rég sola, à se réunir pour la lutte a ntr nemi commun de la démocratie et IL — Le Congrès condamne les atrocités du gouvernement anglais envers les Boers de l’Afrique du Sud EL — L ngrès S liste international de Paris, aflir- à mant un s plus les sentiments de sympathie frater- commis en Arménie, dénonce aux travailleurs des deux ments capitalistes, engage les groupes parlementaires socia- È listes à intervenir à chaque occasion en faveur du peuple arménien, odieusement opprimé, auqu 1 le Congrès adress s l’assuran le son étroite et ardente solidarit “= Adopté par acclamation. Æ Le citoyen PRÉSIDENT. — En ce qui concerne la sixième question, la parole est au citoyen Sfoermer’, rapporteur de la commission k Le citoyen SroErMER (Allemagne). — Les membres de cette commissic t considéré l’organisation des travailleurs maritimes dans le sens le plus large, et ont compris dans leur rapport non seuleme les marins naviguant, mais ssi les ouvriers d ndustr des transports. Comm s deux sections de travailleurs par la nature de leurs emplois, sont mises plus direcles salariés employés dans d’autres sections ou brar d’industrie, la € mission est d’avis q organisat de cette se n, le remède à leurs griefs immédiats pa Les mauvaises conditions dans lesquelles s deux sections de travailleurs exercent leurs emplois n’ont En même temps, il est nécessair de 1: trer que les partis bourgeois de tous les pays ont manifestement manqué à faire quoi qu soit en vue de porter remède aux maux qui viennent d’être mentionnés La commission considère donc, étant donné qu’il y a des lois spéciales dans tous les pays sur la marin Lrchande, que c’est le devoir tout spéc ial des partis socialistes organisés, tant que le régime capitalist durera n’existe pas. En Belgique, nous prenons les jeunes gens à l’âge de seize ans, nous en faisons des socialistes conscients, qui combattent le militarisme. Chaque année, tous les jeunes gens qui partent à la caserne reçoivent des journaux antimilitaristes, et certains conscrits font une manifestation précédée dudrapeaurouge; ils font autour d’eux et parmi leurs concitoyens une grande propagande socialiste, afin de conquérir à nos idées le plus de jeunes gens possible, et en rentrant de la caserne, ils rentrent dans les syndicats, dans les groupes politiques, où ils apportent tout leur dévouement… On craint parfois dans certains pays que les groupes politiques de jeunes socialistes ne marchent pas d’accord avec les groupes ouvriers. Je puis assurer que les Jeunes-Gardes belges ont toujours marché d’ac- #4 cord avec le Parti Ouvrier. Je termine en disant : si vous voulez combattre le militarisme, formez des groupes de Jeunesses et vous rendrez service au socialisme ! ne Le citoyen PRÉSIDENT. — Nous allons procéder au vote. La résolution de la commission vous a été lue tout à l’heure. Il y a été ajouté une seconde partie que je vous lis: “à I. — Le Congrès international socialiste de Paris flétrit ” 4 avec indignation la politique sauvage d’oppression du tsa- D risme russe envers les peuples polonais et finlandais et engage les prolétaires de toutes les nationalités, souffrant sa sous le joug du régime absolu, à se réunir pour la lutte commune contre cet ennemi commun de la démocratie et +4 du socialisme. IL. — Le Congrès condamne les atrocités du goOUVernEMENE anglais envers les Boers de l’Afrique du Sud. Den II. — Le Congrès socialiste international de Paris, affirmant une fois de plus les sentiments de sympathie fraternelle qui doivent unir tous les peuples, s’élève avec ind” gnation contre les violences, les cruautés, les massacres ‘7
commis en Arménie, dénonce aux travailleurs des deux mondes la criminelle complicité des différents gouvernements capitalistes, engage les groupes parlementaires socialistes à intervenir à chaque occasion en faveur du peuple arménien, odieusement opprimé, auquel le Congrès adresse l’assurance de son étroite et ardente solidarité.
Adopté par acclamation.
Le citoyen PRÉSIDENT. — En ce qui concerne la sixième question, la parole est au citoyen Stoermer, rapporteur de la commission.
Le citoyen SToERMER (Allemagne). — Les membres de cette commission ont considéré l’organisation des travailleurs maritimes dans le sens le plus large, etont . compris dans leur rapport non seulement les marins naviguant, mais aussi les ouvriers de l’industrie des transports. Comme ces deux sections de travailleurs, par la nature de leurs emplois, sont mises plus directement en contact avec celles des autres contrées, avec les salariés employés dans d’autres sections ou branches d’industrie, la commission est d’avis que l’organisation de cette section, le remède à leurs griefs immédiats par voie législative doivent recevoir l’attention des partis
Les mauvaises conditions dans lesquelles ces deux sections de travailleurs exercent leurs emplois n’ont pas besoin d’être rappelées, elles sont connues de tous. En même temps, il est nécessaire de montrer que les partis bourgeois de tous les pays ont manifestement manqué à faire quoi que ce soit en vue de porter remède aux maux qui viennent d’être mentionnés.
La commission considère donc, étant donné qu’il y a des lois spéciales dans tous les pays sur la marine mar- chande, que c’est le devoir tout spécial des partis socialistes organisés, tant que le régime capitaliste durera,
de veiller à ce que toutes les lois réglant l’emploi et le travail dans cette industrie soient aussi parfaites et aussi bien administrées que possible. s En même temps la commission est d’avis que les marins naviguant doivent s’organiser en syndicats et groupes politiques, reconnaître la lutte de classe, et employer leurs votes à obtenir une représentation socialiste qui ne cessera pas de lutter pour leurs intérêts. Reconnaissant les difficultés spéciales d’arriver à une complète organisation des marins, le Congrès devrait insister sur tous les syndicats ouvriers et les partis socialistes pour qu’ils aident les marins à s’organiser dans les contrées où, jusqu’à présent, il n’y a pas d’organisation séparée de marins, les syndicats d’ouvriers de transports devraient essayer de décider les marins Le citoyen Ocrors (Belgique). — J’aurais voulu pré- senter quelques observations relativement à la rédaction de la résolution; seulement, respectueux de la décision prise, je ne la discuterai pas. En ce qui concerne ce qu’on doit entendre par tra- ‘4 vailleurs maritimes, la grande majorité a décidé qu’il faut entendre les marins,les dockers et les camionneurs, 4 tous ceux qui travaillent aux quais. Aussi avons-nous ‘4 pris la parole pour demander que tous les Partis ouvriers, toutes les organisations s’occupent d’organiser £i les marins, les dockers et les camionneurs. Ce n’estpas à ÿ seulement au point de vue syndical qu’il faut se placer, b: c’est au point de vue de l’intérêt du parti Ouvrier, parce que lorsque les dockers et les marins seront avec nous, à nous disposerons d’une force immense. En effet, nous pouvons comparer les transports à la troisième colonne. qui soutient toute la société, toute la production. Donc, 13 lorsque les dockers seront avec nous, lorsque nous aurons également les marins et lorsqu’une guerre sera nécessaire, nous pourrons disposer d’eux pour batailler plus victorieusement contre le capitalisme.
Je demande à tous ceux qui sont orateurs, à tous ceux qui sont propagandistes, d’étudier spécialement le programme de revendication des marins et des dockers . et d’aller porter la bonne parole sur les différents quais, de façon qu’on puisse, dans tous les ports du monde entier, faire des organisations syndicales. Puis, comme suprême résultat, il faut arriver à réunir toutes ces
€ organisations dans une fédération régionale, afin que le parti ouvrier dispose de régiments bien disciplinés. Quant: aux revendications, au programme lui-même, on en à fait la distribution, et je crois qu’il est inutile
de l’indiquer. (Applaudissements)
Les revendications immédiates des marins, sur lesquelles
- on devrait presser les divers parlements d’aboutir, sont les 1° Abolition des placeurs maritimes et établissement de bureaux d”embauchements gratuits dans tous les ports de mer, sous le contrôle des organisations ouvrières ; ‘
2° Etablissement d’hôtels et de maisons de marins sous la direction combinée des organisations ouvrières et des autorités municipales, et dans lesquelles les marins ne seront pas influencés d’aucune façon;
3° Etablissement de tribunaux spéciaux comprenant des travailleurs comme juges, en vue de régler les différends qui ont pu s’élever pendant le voyage Le pouvoir des officiers marins d’infliger des punitions et des amendes sera réduit 4° Fixation d’un maximum d’heures pour la journée de travail, comportant des heures supplémentaires à des taux spéciaux de salaire Le travail indispensable seul sera fait le dimanche et les jours de fête 5° J1 sera assuré une indemnité proportionnée au préjuDe dice des marins qui seront blessés et mis dans l’impossibilité de travailler par suite de leur emploi ; en cas de mort accidentelle, il sera complètement pourvu à l’existence de , ceux qui dépendent de La victime; 6° Fixation d’un minimum de salaire pour tous les marins 7° Vote d’une législation qui assurera une inspection complète et impartiale en vue de prévenir les accidents spécia- lement ; qu’un cahier des charges convenable sera adopté pour tous les navires naviguant ; que ceux-ci seront équipés d’une façon suffisante tant au point de vue du nombre et de la capacité des hommes embarqués qu’à celui de la connaissance des langages, pour que les marins puissent comprendre les commandements 8° Législation assurant un traitement convenable des marins, en ce qui concerne la nourriture, les aménage- ments pour le logement et spécialement pour que toutes les précautions sanitaires et d’hygiène désirables soient 9° Aucun marin ne pourra contracter d’engagement en ] dehors de ces lois, sous n’importe quels contrats ou conventions Spéciaux ; 10° Il sera nommé un nombre suffisant d’inspecteurs visiteurs en vue de visiter complètement chaque navire quit- à tant le port, ayant les pouvoirs nécessaires de retenir tout navire où ces conditions ne seraient pas satisfaisantes €t où la loi serait transgressée d’une façon quelconque. x Pour les travailleurs des transports, nous ajoutons : PE 1° Une indemnité, proportionnée au préjudice; en Cas d’accidents, aucune partie de la prime d’assurance ne Sera payée par les travailleurs ; aucune distinction ne sera faite, quant à la responsabilité des employeurs, que le navire pe soit dans un dock ou dans une rivière, l’indemnité sera payée pour tous les accidents ; Dee Visite complète de tout le gréement et l’outillage En vue de prévenir les accidents; S 3° Les gages ne seront jamais payés dans les cafés, hôtels ou chez les placeurs maritimes ; ne. 4° Établissements de bureaux de travail dans tous les, É,
ports, de bureaux de travail pour l’embauchage des travail- leurs de cette section ; L Fixation d’un maximum d’heures dans la journée de travail et d’un minimum de salaires. Augmentation des gages pendant les heures de nuit et le dimanche. Dans le but de faire passer les présents vœux dans les faits, le Congrès recommande que tous les syndicats de marins, de pêcheurs et d’ouvriers du port adhèrent à la Fédération internationale des travailleurs des transports, par lequel moyen ils seront en continuelles et étroites relations, et imposeront leurs diverses revendications par une action d’ensemble aux différentes autorités publiques. Le citoyen PRÉSIDENT. — Je mets aux voix la résolution de la sixième commission. — Adopté à l’unanimité. En ce qui concerne la septième question, la lutte pour le suffrage universel, les rapporteurs se sont entendus pour ne lire que la résolution de la commission. Je donne la parole au citoyen Pernerstorfer. Le citoyen PERNERSTORFER (Autriche). — Voici cette I. — Le suffrage universel direct unique et secret dans le choix des dépositaires de la puissance publique constitue pour la démocratie ouvrière l’un des moyens essentiels et la condition primordiale de l’émancipation politique et IL. — Le Congrès invite les peuples privés de représentation parlementaire ou chez lesquels cette représentation repose encore sur les fondements de principes quelconques à entreprendre la lutte pour la conquête du suffrage universel organisé jusqu’à sa complète réalisation. Le Congrès considère le combat pour l’introduction du suffrage universel aussi bien que l’exercice de ce droit du peuple comme de puissants moyens d’éducation du prolé- tariat à la vie publique. HI. — Considérant que, sur le terrain de la politique socialiste, la femme et l’homme ont des droits égaux, le
Congrès proclame la nécessité du suffrage universel pour les deux sexes. IV. — Le Congrès déclare que dans les pays de suffrage universel, le devoir des socialistes est d’en régulariser l’exercice par l’application du système de la représentation V.— Considérant que le peuple est souverain et que la législation directe par le peuple est un attribut de cette souveraineté, le Congrès proclame la nécessité de garantir l’exercice de cette souveraineté par la conservation des droits populaires d’initiative et de référendum. VI. — Le Congrès déclare que le combat pour la perfection du suffrage universel est l’un des meilleurs moyens pour préparer intellectuellement et moralement les masses à la conquête de la souveraineté politique et économique, 4 de les pénétrer du sentiment de la lutte de classe et de les habituer au gouvernement de l’Etat socialiste à venir. La commission vous propose à l’unanimité l’adoption de toutes ces résolutions (1). Le citoyen PRÉSIDENT. — S’il y a une chose sur laquelle nous sommes d’accord, c’est la lutte à outrance pour le suffrage universel. Je mets la résolution aux Je donne la parole au citoyen Vinck, rapporteur sur s la question du socialisme municipal. Je lui demande de donner l’exemple en montrant qu’en peu de mots On peut dire beaucoup de choses. (Rires) 21 Le citoyen Vivcx (Belgique). — Je vous donnerai seulement deux ou trois explications, pour vous faire saisir la portée des discussions que nous avons eues à la () Dans un livre traduit en français, Parlementarisme et Socia= 4 lisme, Kautsky a montré que l’application des institutions de réfé= rendum n’est pas sans danger dans certains pays. — Au congrès de Londres on avait voté que le peuple devrait être appelé à se pro= 11 noncer sur la déclaration de guerre; le citoyen Belfort-Bax avait montré cependant le danger possible d’une pareille procédure: LR
k commission : nous avons eu d’abord à déterminer le sens doctrinal du terme socialisme municipal. Vous savez qu’en effet des compagnons avaient proclamé que a le socialisme municipal n’existe pas, et nous voulions savoir si nous étions en désaccord avec eux. Nous avons Pa au contraire constaté que le plus grand accord existait entre nous. En effet, par socialisme municipal (nous le déclarons dans notre résolution) « on ne peut entendre un socialisme spécial, mais seulement l’application des principes généraux du socialisme à un domaine déterminé de l’activité politique ». Nous avions ensuite nous demander, quant à l’application, si on devait attendre du socialisme municipal une réalisation complête de la société collectiviste, et nous avons répondu à cet égard dans notre résolution dans les termes Attendu que les réformes qui s’y rattachent ne sont pas et ne sauraient être présentées comme devant réaliser la société collectiviste, mais qu’elles sont présentées comme s’exerçant dans un domaine que les socialistes peuvent et doivent utiliser pour préparer et faciliter l’avènement de cette société Après avoir dit ce qu’il n’est pas, nous avons cru devoir déterminer ce qu’il est et quelle peut être, dans la société actuelle, son utilité. Nous avons vu que l’activité municipale s’exerce dans deux domaines : le domaine économique et le domaine politique. La résolution continue de la façon suivante Considérant que la commune peut devenir un excellent laboratoire de vie économique décentralisée et, en même temps, une formidable forteresse politique à l’usage des majorités socialistes locales contre la majorité bourgeoise du pouvoir central, une fois qu’une autonomie sérieuse sera réalisée;
D Que tous les socialistes ont pour devoir, sans méconnaître fe) FE l’importance de la politique générale, de faire comprendr Se mn. et apprécier l’activité municipale, d’accorder aux réformes communales l’importance que leur donne leur rôle « d’em- M: de a bryons de la société collectiviste » et de s’appliquer à faire He: des services communaux : transports urbains, éclairage, a ï eaux, distribution de la force motrice, bains, lavoirs, ce ‘04 communaux, etc., de faire donc, de ces services, des insti- SU tutions modèles, tant au point de vue des intérêts du public #1 ‘ que de la situation des citoyens qui les desservent; S fi da ; que les communes trop faibles pour procéder à elles Des se seules à la réalisation de ces applications doivent s’atta- i SA cher à former des fédérations communales no : que dans les pays où l’organisation politique ne permet pas aux communes d’entrer dans cette voie tous les élus À ? socialistes ont pour devoir d’user de tous leurs pouvoirs en “1h vue de fournir aux organismes communaux la liberté et
ae l’indépendance suffisantes pour réaliser ces desiderata.
Le Congrès socialiste international de Paris décide qu’il u
y a lieu de convoquer un Congrès international des »
1 #3 conseillers municipaux socialistes. Ce Congrès aurait un a) Faire connaître toutes les réformes réalisées sur le. ‘à terrain municipal et les avantages moraux et financiers. b} Constituer un bureau national dans chaque pays et, un bureau international chargés de centraliser tous les
NE ‘renseignements et documents relatifs à la vie municipale; k. à de façon à faciliter l’étude des questions d’intérêt commun al, par la communication des documents et renseignements: Le soin de la convocation de ce Congrès est laissé au
AE Le citoyen TERwWAGXE (Belgique). — Je voudrais f. air
‘4 une simple rectification : je crois que les camarade
qui ont fait partie de la Commission avec moi seron
Du: d’accord pour faire la suppression que je demande. Or
dit, dans l’ordre du jour qu’on vous propose : « Ce Ÿ. Congrès aurait un double but : .….b) Constituer un ÿ bureau national dans chaque pays et un bureau international chargés de centraliser tous les renseignements et documents », etc. Je ne vois pas du tout l’utilité de ce bureau international, d’autant plus que vous avez déjà décidé qu’il y aurait un secrétariat et un bureau international qui s’occuperait de toutes les questions qui nous intéressent. Je demande donc à mes camarades de la Commission qui, certainement, pas plus que moi, n’ont fait attention à cette superfétation, de bien vouloir accéder à ce désir, de supprimer cette partie de l’ordre du jour de la Commission. Le citoyen Vixcx. — Comme rapporteur, j’indique que nous sommes d’accord avec le citoyen Terwagne. Notre pensée était de rapporter ce secrétariat au secré- tariat permanent déjà existant. La résolution, ainsi amendée, est adoptée à l’unanimité. rapporteur de la onzième commission sur la question des trusts. Le citoyen WigaurT (Hollande). — Voici le texte du . rapport présenté par la commission Les trusts partiels sont les coalitions des exploitants de l’industrie et du commerce dans l’intérêt de leur profit Ces coalitions sont la conséquence inévitable de la concurrence dans un système de production et de distribution dont le but n’est point de produire mais exclusivement le profit pour les maîtres de la production. L’extension des moyens de production créant les moyens d’obtenir une Se, masse de produits bien plus grande qu’il n’était possible aux détenteurs de moyens de production de vendre, devait rendre la concurrence l’ennemi du profit, devait donc dans
Re le système actuel éliminer la concurrence, la remplacer par k l’entente et la coopération des maîtres de la production, 4 3ù Ainsi les trusts sont inévitables. Ils sont en partie une forme plus haute de la production pour autant qu’ils renpd dent la production avec le profit pour but et la distribua tion plus rationnelle, plus économique, évitent le gaspil- lage de la surproduction, mènent à une réduction des frais de production, réalisent une diminution des frais de transport, des frais de réclame et de vente, en général des Mais, d’un autre côté, les trusts ont la tendance de faire à la longue la hausse des prix partout et toujours où l’intérêt des capitalistes coalisés le demande, d’empêcher la « baisse de prix qui proviendrait d’une production améliorée. Is ont, en outre, sinon comme but, souvent pour effet, 3 d’augmenter l’oppression des travailleurs, en opposant leurs unions et leurs tentatives d’organisation, la puissance compacte des patrons unis. Les pools et les coalitions n’ont absolument pas le carac- tère d’une organisation impérieuse des trusts et cartels, F mais opèrent uniquement l’élévation des prix des nécessités ] de la vie, sont tout spécialement désastreux pour l’intérêt général de la population et méritent d’être rigoureusement Toutefois, en démontrant aux travailleurs la pression laquelle les trusts les assujettissent, le Congrès socialiste international ne recommande pas d’essayer d’empêcher la formation de ces coalitions, leur formation étant le résultat « *e logique du système de production, une législation répres- Ki sive pouvant tout au plus en modifier la forme, mais ne pourrait sérieusement entraver l’action. Les partis SOCialistes, toutefois, ne s’opposent pas à ce que les lois rendent obligatoires aux trusts la publicité de leur façon d’Opérer et de leurs résultats financiers. La seule issue réelle de l’oppression actuelle de ces coali=« tions doit être la nationalisation et dans un stage consécutif la régularisation internationale de la production dans telles branches où les trusts internationaux auront atteint leur… plus haut développement. L’action pratique du prolétariat doit donc être d’amé=M liorer une organisation de classe politiquement et Éécon0=
miquement, ces deux actions étant renforcées par l’action coopérative, afin de préparer et de rapprocher de l’expro- priation publique des grandes branches de production, V0 complètement organisee par les trusts, sera devenue pos- Ge: Ainsi se transformera graduellement la production privée ; ayant le profit comme but, en production sociale qui aura pour objet le produit. Un des membres de la commission m’a, après que la séance était close, remis un amendement d’une section
belge pour proposer au Congrès une conclusion; j’ai fait remettre cet amendement au bureau; malheureu- i sement il ne se retrouve pas ; je ne puis donc en donner lecture. La seule chose que je puisse dire, c’est qu’en principe il n’y avait pas de différence entre l’opinion de ce délégué et celle de la majorité de la commission. Seulement, il mettait dans une conclusion plus courte ce que nous avons indiqué dans notre exposé.
La résolution, mise aux voix, est adoptée à l’unani- . Le citoyen Présipexr. — Nous avons, comme dernier article à l’ordre du jour une question très grave, celle de la grève générale, et il ne nous reste pas beaucoup s de temps. Le citoyen Legien, rapporteur de la majorité de la douzième commission, aura la parole pendant “s dix minutes, et nous donnerons ensuite la parole pen- à commission, qui désire combattre la résolution de la Le citoyen LEGIEN (Allemagne). — La discussion sur la grève générale n’a pas été longue, et par une raison fort simple, c’est que la plupart des membres de cette a: commission étaient des représentants de syndicats, É