III-16 · Seizième cahier de la troisième série · 1902-05-20

Les élections

Charles Péguy

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de [a Quinzaine 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée J1 va de soi que la note publiée dans le quatorzième x ture, n’engageait en aucun sens Romain Rolland. Cette note était l’expression de mon sentiment personnel. Comme lecteur, comme spectateur, comme éditeur, comme gérant, je devais dire, au moins en bref, ce que je pensais de la suspension. Je dois déclarer qu’un assez grand nombre d’abonnés étaient venus nous dire où nous bE. avaient écrit qu’ils avaient l’intention d’aller ouderetour- $ ner au théâtre et nous avaient demandé pourquoi les re- n présentations étaient suspendues. Au demeurant je me - tais. Si je disais tout ce que je pense, je dirais de Rolland et de ses drames plus de bien, et de certains î de ses critiques plus de mal qu’il ne jui serait agréable. EL il va de soi que le quatorzième cahier delatroisième série devait parvenir à nos abonnés au plus tard le dimanche matin, pour le premier tour des élections législatives. Depuis deux semaines les auteurs, le gérant, l’administrateur, les imprimeurs faisaient diligence pour que ce cahier tombât juste. Le brocheur fut exact. Aucun exemplaire ne fut mis à la poste plus tard que le samedi. Beaucoup de nos abonnés pourtant ne reçurent leur cahier que le dimanche tard ou le È lundi matin. Nous devons supposer que les facteurs, surchargés de circulaires et de programmes électoraux, pensèrent que ce cahier n’était pas du courrier pour les élections, et le remirent au lendemain. Dans la Petite République datée du dimanche fmai, Téry, par manière d’apologue, nomme libelle diffamatoire mon cahier des personnalités, Sur ce que lui-même je l’aurais nommé arriviste cruel. Cette vio- “à lence de langage ne me fera pas sortir de la mesure où je veux rester. J’ai seulement écrit : Quand nous barrons la route à un jeune ambitieux sans scrupules, nous À courons une chance de sauver à vingt millions de nos indigènes un Gouverneur général sans scrupules. _ Sur les relations troubles de Téry et de M. Jules Lemaitre, on consultera utilement plusieurs numéros récents de la Petite République.

Nous publierons en un cahier avant la fin de la troisième série ou tout au commencement de la quatrième le recensement officiel des élections législatives. . Nous y joindrons un recensement oflicieux des qualifications électorales. Nos anciens abonnés savent et nous prions nos nouveaux abonnés de vouloir bien noter que nos cahiers sont avant tout des cahiers d’enregistrement. Il sera utile pendant les quatre ou les six ans qui viennent de consulter, en un format commode, les _nombres et les noms, vérifiés, que nous avons lus ” depuis deux mois dans les journaux. M. Charles Guieysse a bien voulu établir ce cahier. Quelques-uns de nos abonnés se sont émus, amicalement, de ce que nous avons publié dans le quatorzième cahier. Si l’on veut bien relire mon texte, on reconnaïîtra que cette inquiétude n’est pas fondée. On m’oppose quelques élections dont la campagne était honorable. Aussi ai-je mis : sauf de rares et d’honorables exceptions. Je sais par exemple que la campagne électorale de Jaurès à Carmaux fut honorable. On nm’oppose que, le suffrage universel étant comme il est, on doit tout de même s’en servir, puisque nous n’avons rien de mieux. | Aussi ai-je mis : Quoi que l’on pense et quoi que l’on | P.

puisse penser du devoir électoral, et Toutes spéculations théoriques sur le suffrage universel étant réservées. Dans la quatrième série nous traiterons et nous causerons du devoir électoral, et de la théorie électorale, et ramasser une impression de fait profonde. Que cette impression fût ou non justifiée, nous l’examinerons aussitôt que nous en aurons le loisir; nous l’examinerons quelque peu dès aujourd’hui sur les quelques documents que nous pourrons reproduire parmi tant de Les élections ont prouvé que la poussée nationaliste U est beaucoup plus compacte, beaucoup plus dense, beaucoup plus serrée, beaucoup plus carrée qu’on ne { s’y attendait. Les querelles individuelles des principaux antisémites et des principaux nationalistes ne peuvent nous masquer le danger antisémite et nationaliste. Au contraire si les partis nationalistes, aussi mal conduits par des chefs rivaux, ont obtenu pourtant les résultats ! que nous connaissons, quine voit qu’il faut que ces partis Ÿ aient à leur service des passions compactes dans des masses compactes. On ne fabrique pas par stratagème, À artifice, des mouvements aussi étendus, aussi profonds, aussi durables. On me dit : « Les élections sont bonnes, parce qu’on pouvait redouter bien pire que ce qui est arrivé. » Je réponds que rien ne prouve autant la gravité du mal que cette consolation. D’abord c’est un symptôme grave pour la santé de la République et pour la santé du pays que la répétition

? décennale des mêmes crises. Quand même les crises n’iraient pas s’aggravant, quand même elles resteraient . égales,ce seraitunsymptôme évidemment grave queleur simple répétition. Pour qu’il y eût amélioration de l’état général, de la santé, il ne suffirait pas que les crises périodiques ne fussent pas en augmentation ; il faudrait i qu’elles fussent en diminution. Quand même elles resteraient égales, par cela seul qu’elles recommencent, F il y aurait déperdition de la santé, aggravation de l’état général. Un qui a la fièvre quarte, premièrement on ne dit pas qu’il a une bonne santé sous prétexte qu’il va bien trois jours sur quatre, secondement on sait qu’il va plus mal dès que les crises recommencent régulièrement aussi fortes. Les forces d’un homme et d’un pays sont des forces limitées.

Nous devons nous demander, mutations faites, si les crises nationalistes et réactionnaires ne se comporteront pas envers la République ainsi que les États Généraux se sont comportés envers l’ancien régime. Au lycée nous avons tous entendu ou fait la leçon sur les États

| Généraux. C’était la dernière invention du genre. On prend successivement les États Généraux successifs Henri III 1588, la Ligue Paris 1593, Paris Louis XIII 1614, Robert Miron, Jean Savaron, Henri de Mesme, ) Louis XVI Versailles 5 mai 1789 ; on étudie sur pièces, : naturellement, et l’on s’aperçoit que tous ces États Généx raux avaient la même institution, les mêmes événements,

les mêmes accidents, les mêmes caractères, les mêmes résultats. Quand la leçon était mal faite, on apercevait } * clairement l’incontestable filiation de ces manifestations et de ces actions successives. Mais quand la leçon était bien faite, les différents États Généraux se ressemblaient tant qu’on ne voyait plus du tout pourquoi ça n’avait pas î continué dans les siècles des siècles. Et pourtant il faut croire que des éléments nouveaux intervenaient peu à peu dans ces répétitions homologues; il faut croire que F tout ne revient pas toujours au même, et qu’il y avait le ï 5 mai 1789 quelque chose qu’il n’y avait pas en 1302, puisque depuis le 5 mai 1789 on n’a jamais vu aucun ’ roi de France ouvrir solennellement les États Généraux des trois ordres. Pareiïllement on nous fait une leçon bien faite sur les 1: crises nationalistes et réactionnaires qui assaillent périodiquement la troisième République. Mais ce qui À m’inquiète, c’est justement qu’il faille nous faire une lecon. Le Seize-Mai, nous dit-on, le boulangisme etle . nationalisme sont également inoffensifs parce que nous les battons régulièrement tous les dix ans. — Non, ils à sont de plus en plus dangereux parce que nous avons à les battre périodiquement tous les dix ans. A force d’avoir des crises parfaitement régulières, il finira par ‘4 y avoir une crise qui ne ressemblera pas aux autres, et Ÿ qui emporterait la République. Aïnsi procèdent les volcans et les tremblements de terre. Ce qui revient à dire, et nous y parvenons ainsi par une première voie, que si nous employons aussi mal et aussi peu le décennat qui vient que le décennat quis’en est allé, nous serons de grands insensés devant le ; pays et de grands coupables.

Par l’effort des antiministériels, et surtout des nationalistes, la bataïlle à fini par se livrer à peu près partout entre les ministériels et les antiministériels. Ainsi ‘ engagée, elle s’est terminée par un certain agrandisse- ; ment des ministériels et un certain amoindrissement des antiministériels. Un classement ainsi obtenu a d’ailleurs un sens politique marqué. Mais ces résultats grossiers ne sont pas tout. Disons-le hautement : ce qu’il y a de bon dans les deux scrutins n’a qu’un pouvoir suspensif, et ce qu’il y a de mauvais dans ces mêmes scrutins a le pouvoir d’une indication. Ce qu’il y a de mauvais dans le scrutin, les voix antiministérielles, antirépublicaines, représentent vraiment ce qu’elles indiquent, des mécontentements, des insanités, des colères, des intérêts, des espérances prêtes ; les voix antiministérielles représen- | tent vraiment des gens qui en ont assez de ce ministère les voix antirépublicaines représentent vraiment des 4 gens qui en ont assez de cette république ; elles représentent vraiment des gens qui sont contre nous ; elles ont donc leur plein pouvoir de représentation; elles ont le pouvoir d’une indication même sur l’avenir de 11 ces sentiments, de ces intérêts, et de ces passions. Au contraire ce qu’il y a de bon dans ies deux scrutins, les voix ministérielles et républicaines, les voix de gauche, n’a que le pouvoir d’une suspension. Elles ne représentent pas des gens qui sont contents de ce ministère, contents de cette république. Elles ne représentent | pas des gens qui sont pour nous. Elles signifient que ce 1 pays nous accôrde, accorde à la république, à la poli_ tique, à l’action républicaine un crédit beaucoup plus ; grand que celui que nous avons mérité. Elles signifient

que ce pays a un fonds non encore épuisé de confiance et de résignation, de calme et de sagesse, de patience, d’endurance, et qu’il accorde à nos promesses un crédit que nos actes n’ont pas réussi à beaucoup, décourager. Dans les voix ministérielles un contingent, de beaucoup le plus considérable, a été fourni par l’immense parti de la conservation.

Nous bénéficions encore aujourd’hui de l’immense effort accompli par nos pères pour l’invention, pour la propagande et pour l’établissement de la République.

Cet effort est encore assez près de nous pour que le peuple en ait gardé la mémoire profonde, mais de plus en plus obscure. Ainsi le peuple n’a plus la mémoire de j la révolution républicaine assez claire, assez présente ï ‘ pour la continuer en une révolution sociale. Mais il en a gardé la mémoire assez profonde pourse rappeler que ça coûte cher, que ça devait être bien, qu’il faut dès lors conserver les résultats; le peuple est devenu sinon conservateur de la révolution au moins conservateur des résultats de la révolution ; et en ce sens nous À devons à l’instinct de la conservation cette constance populaire qui provisoirement sauvegarde les résul- À tats et l’espoir de la révolution. Vraiment il s’agit fl là d’un crédit, dont nous ne pouvons ni mesurer la f profondeur ni prévoir l’administration. Si donc pendant les quatre ou les six ans qui viennent les partis républicains recommencent les bafouillages politiques de ces dernières années, ils auront lieu de redouter le réveil de ce peuple et son retournement.

Les élections ont été particulièrement lâches à l’en- droit de ce qui les commandait profondément, l’affaire en LES ÉLECTIONS à Dreyfus. Les lächetés de 1898 ont recommencé, aggra- : vées par l’éloignement; la répétition, Fhabitude; la gratuité. Ainsi les élections de 1902 furent un nouveau pas dans la voie de l’amnistie et dans la décomposition du dreyfusisme en France. Mais puisque le Mouvement a bien voulu citer ma décomposition du dreyfusisme en France à fin de membêter ou d’embêter les socialistes français, unité fédérative, qui furent dreyfusistes, on me permettra de spécifier ce que j’ai nommé la décomposition du dreyfusisme en France. D’autant plus qu’il n’y a pas de raison pour que j’écrive cette étude avant que l’affaire elle-même ait reçu la conclusion qu’elle _ Je persiste à croire que siles dreyfusistes avaient poussé à fond l’avantage qu’ils avaient commencé de remporter pour le recouvrement de la justice et pour la

  • reconnaissance de la vérité; s’ils avaient poussé au è fond, sans réserve, sans peur, et sans mesure; en un mot _ s’ils avaient totalement refusé à l’universelle paresse, à la paresse de leurs ennemis, et surtout à la paresse de leurs amis, à leur propre paresse, toute espèce d’amnistie, c’est-à-dire d’amnésie ; je persiste à croire que si les dreyfusards avaient exercé leur dreyfusisme jusqu’au bout, comme ils devaient, sans limite et sans halte, non seulement la conscience morale de ce pays et sa conscience mentale en eussent été libérées, mais les dreyfusards eux-mêmes se fussent trouvés en meilleure situation. C’est ce que j’essaierai de montrer quand nous traiterons de l’amnistie. Je persiste à croire que | si quatre cents candidats dreyfusards, honnêtement, | avaient sans relâche continué la campagne de démons-

tration que nous avons commencée, mais qu’ils ont abandonnée, sinon reniée, il y aurait quatre cénts dreyfusards élus. Et la République ne se porterait pas aussi mal. C’est un fait que les purs dreyfusards, impénirents et insolents, ont passé bien ou très bien. Le triomphe ne va pas aux incertains et aux faibles. On a fait l’amnistie ; et il y avait de bonnes raisons pour la faire; outre les raisons qu’on a communément publiées, Jaurès m’en a données, en conversation, qui me paraissent beaucoup plus fortes. Je persiste à croire J que ces raisons beaucoup plus fortes étaient faibles j devant les raisons de morale éternelle, de pragmatique, À de méthode même et d’art qui prévalaient pour la totale recherche et pour la totale exécution de la justice. d Et il est notable que Jaurès, à peine revenu à Carmaux, “1 a conduit toute sa campagne électorale exactement comme s’il n’était jamais intervenu amnistie dans l’affaire Dreyfus. £ A péine rentré dans son ancienne circonscription, à Jaurès a dit mes chers concitoyens, je n’ai pu lya quatre ans vous rendre compte de mon mandat comme je le devais, parce qu’il y avait les gendarmes et les bandes réactionnaires ; aujourd’hui qu’il n’y a plus de à gendarmes et que les bandes réactionnaires ne sont plus les plus fortes, je vais commencer par vous expli- û quer ce que c’est que l’affaire Dreyfus. Vous verrez par ge. hautement glorifié auprès d’eux d’avoir été l’un des promoteurs dreyfusards. Il a littéralement traité son élection, conduit sa campagne sur le mode suivant: Gloire à moi. Gloire à moi parce que je fus et que je suis ù resté un dreyfusard. Ainsi le grand orateur pratiquait pour son compte et sous sa responsabilité la méthode qu’il n’avait pas voulu garder pour le pays tout entier. Jaurès homme politique avait plaidé pour l’amnistie. Jaurès candidat parla comme s’il n’y avait jamais eu d’amnistie. Et tout se passa dans la deuxième circonscription d’Albi, Tarn, exactement comme s’ilny avait pas eu d’amnistie. En réalité ce ne fut pas son élection de 1902 que Jaurès fit en 1902; ce fut son élection de 1898, ajournée en 1898 pour cause d’accident,

Cette méthode réussit; elle devait réussir; on embèêta les autres candidats républicains du département et de la région avec Paffaire Dreyfus, dont ils n’avaient pas fait beaucoup. Mais on ne pouvait pas

; embèêter Jaurès. — Nous ne pouvons pas lui reprocher l’affaire Dreyfus, disaient les réactionnaires, c’est lui qui s’en vante, il ne parle que de ça l’animal.

En devons-nous conclure, ainsi que le feraient beaucoup de bons socialistes, que Jaurès avait une politique double? Non, la contrariété si importante que nous avons notée dans la conduite et dans la pensée de Jaurès peut se résoudre assez facilement. Il suflit de supposer que Jaurès n’eût pas été partisan de l’amnistie en politique générale s’il avait pensé que toutes

| les circonscriptions de France étaient aussi solides que | la circonscription de Carmaux, j’ajouterai: si tous les | candidats républicains avaient été aussi solides que lui. Mais comme il savait que beaucoup de circon-

scriptions étaient beaucoup plus faibles que la circonscription de Carmaux, il n’aura pas voulu faire affronter au pays un risque dont il n’a pas eu peur pour sa propre circonscription. Ainsi contrairement à la plupart des candidats, qui ont peur pour leur circonscription beaucoup plus que pour le pays, Jaurès aurait eu peur pour le pays et n’a pas eu peur pour sa circonscription.

Ainsi interprétée la conduite et la pensée de Jaurès redevient à peu près constante; ou peut-être son attitude a-t-elle eu des causes beaucoup plus simples; à Paris, parmi les journalistes, les parlementaires, les hommes politiques, il inclinait à l”amnistie par le mouvement régulièrement accéléré de l’automatisme et de la lassitude. Maïs quand il eut retouché terre, il sentit brusquement, d’instinct, que c’était au cœur de ce vieux débat qu’il fallait emporter la victoire. L’instinct L. de Jaurès est de beaucoup supérieur à ses raisonne- ‘à ments. Et ses véritables amis ont noté depuis longtemps ï que ce qu’il écrit dans la retraite et dans la solitude & est de beaucoup supérieur à ce qu’il écrit dans la dispersion fatigante. C’est naturel ainsi. La troisième crise réactionnaire de la troisième répu- j blique est plus grave que les deux précédentes. Le Seize-Mai fut très grave en importance, en événement; M il ne fut pas très grave en effet; et surtout il n’étaitpas M très grave en indication, parce qu’il était beaucoup ‘ plus une survivance de la réaction versaillaise, de la vieille réaction, que le commencement des réactions prochaines. La bourgeoisie républicaine était là; les forces républicaines et populaires étaient neuves; sincères, franches, renaissantes et bientôt pleines.

Le boulangisme au contraire fut le commencement des prochaines réactions; il inaugura des formes nou-

velles; à bien compter, il fut la première et non pas la deuxième crise réactionnaire de la troisième république.

La comparaison étant ainsi limitée au boulangisme et au nationalisme, et le nationalisme récent et contemporaïn devenant la deuxième crise réactionnaire de cette république, il me paraît que la deuxième crise est beaucoup plus grave que ne l’était la première.

Le boulangisme fut peut-être plus intensément grave pendant une période courte, et plus qu’aujourd’hui sans doute la république faillit alors sauter le pas. Le danger fut plus dramatique, plus apparent, plus prêt, au moins pendant quelques mois. Je ne crois pas qu’il fût aussi profond, ni que le mal fût aussi grand, ni la maladie aussi avancée, ni l”empoisonnement aussi caractérisé.

$ Il y avait dans le boulangisme un grand nombre de républicains fourvoyés, et la carrière honnête qu’ils ont fournie depuis dans les partis républicains a prouvé que de nombreux malentendus avaient avantagé le boulangisme. On ne peut donc pas compter à beaucoup près les forces de la coalition boulangiste comme étant les forces réactionnaires d’alors. Aujourd’hui au contraire, justement parce que c’est la deuxième fois que le cas se présente, justement parce que la première épreuve a servi, justement parce que le pays a reçu un premier avertissement, parce que l’éducation politique, au moins à cet égard, a été faite, parce qu’on ne peut plus arguer d’ignorance, nous devons compter à peu près sans aucune exception les forces de la coalition nationaliste comme étant les forces réactionnaires

. d’aujourd’hui. Ceux qui votaient pour les boulangistes

| pouvaient se tromper; ceux qui ont voté récemment pour les nationalistes savaient parfaitement ce qu’ils Aussi le nationalisme est-il beaucoup plus durable que ne le fut le boulangisme ; commencé en 1886, le boulangisme était mort, avait fui en avril 1889; com- j mencé en 1898, et même avant, le nationalisme est loin d’avoir fini en 1902. Ce qui a contribué beaucoup sans doute à nous sauver du boulangisme, c’est qu’il y avait : Boulanger. Ce qui rend dangereux le nouveau nationa- È lisme, c’est qu’il n’y a pas de Boulanger. On nous dit : Les réactionnaires ont fait un si gros effort de travail et d’argent qu’ils sont épuisés et ne recommenceront pas. C’est connaître mal toute lopiniâtreté de la réaction ; c’est apprécier mal toutes les espérances qu’elle a reçues des derniers événements ; Î et pour parler avec des hommes d’affaires le langage des affaires, c’est justement parce que la réaction a K placé des capitaux considérables sur l’opération réactionnaire qu’elle continuera et qu’elle tâchera d’achever cette opération. Quand une affaire a mangé des capi- ï taux, tant qu’elle dure, et laisse quelque chance, elle attire les capitaux. Enfin c’est mal connaître la souple opiniâtreté de # l’Église; au moment que nous nous croirons débarrassés G du nationalisme réactionnaire, le nationalisme en France ne fera que commencer, car c’est alors que nous aurons affaire au nationalisme radical. Au moment que M. Jules Lemaître aura par devant notaire acheté sa ferme en Beauce, M. Paul Doumer commencera de Le nationalisme est si vivant que la situation politique est sensiblement la même qu’elle était il y’a deux !

| ans. Les quantités ministérielles sont plus nombreuses;

| mais les qualités ministérielles ne sont pas meilleures les disponibilités ne sont pas plus abondantes; on est aussi embarrassé de former un ministère; les regards se tournent toujours vers le même homme.

On est aussi embarrassé de combattre le nationalisme ; les mêmes expédients misérables se préparent; les mêmes imaginations précaires, les mêmes lâchetés; aujourd’hui comme il y a deux ans des radicaux gribouillards se demandent si le meilleur moyen de repousser le nationalisme, ce ne serait pas de lui abandonner toute France, pourvu que l’opération fût faite sous le nom de radicalisme. Il y a des radicaux et des radicaux-socialistes qui nommeront si l’on veut M. Doumer président de la République afin d’intéresser le redoutable M. Doumer à la conservation de la répu-

Les nationalistes ont gagné beaucoup. On nous dit: Tant mieux! puisque c’est aux dépens des progressistes. Il faudrait savoir d’abord si ce ne fut pas souvent aux dépens des républicains. Puis quand on dit tant mieux, si l’on entend que ce fut rigolo, j’y consens mais il ne faut pas que le rigolo exerce une influence trop considérable dans les événements de ce monde. Si l’univers était un immense guignol où seul importerait le jeu des sanctions grotesques, le remplacement de vingt progressistes, et plus, par autant de nationalistes serait tout à fait amusant ; les mélinistes ont tout fait pour chauffer la place aux nationalistes leurs complices et il est tout à fait amusant que leurs anciennes complaisances et que leurs anciennes lâchetés leur viennent re Du

sur le nez en échecs électoraux ; ilest toujours amusant que le complaisant saute justement par le bénéficiaire J de la complaisance; il est toujours amusant que le h Sganarelle soit battu par qui de droit. Mais nous mavons pas été mis au monde et nous mavons pas pénétré dans l’action pour y jouer un immense guignol. Ce qui importe, ce n’est pas que les mélinistes soient battus et contents, c’est que le pays aille bien. Nous ne jouons pas pour l’embêtement des mélinistes, nous travaillons pour le bien du pays. Ricaner à l’aspect amusant des mélinistes, ce serait jouer le jeu parlementaire. Nous ne le ferons pas. Nous ne considérons que j la justice, et que le bien du pays. Or il est tout à fait évident que les nationalistes sont beaucoup plus dangereux pour la justice, et pour le bien du pays, que ne l’étaient les mélinistes. Si au contraire quand on dit tant mieux on sait que ï les nationalistes sont beaucoup plus dangereux que les È mélinistes, mais si on veut dire qu’il vaut mieux avoir des ennemis dangereux que des ennemis moins dangereux, on est un guesdiste, on est tombé dans le D sophisme guesdiste, que de l’excès du mal vient le remède, le bien, la révolution même. Selon ce raison- Ÿ nement, s’il est permis de le nommer ainsi, nous-mêmes il fallait que nous fissions passer partout des natio- Le nalistes. Nous avons réfuté si souvent le sophisme je guesdiste que l’on nous permettra de n’en pas recommencer aujourd’hui la réfutation. Les nationalistes sont beaucoup plus dangereux que ne l’étaient les mélinistes ; on s’en apercevrait à l’usage: comme on doit distinguer parmi nous, nous devons distinguer parmi nos adversaires et parmi nos ennemis

de ce qu’ils sont eux-mêmes divisés, variés, comme la plupart des réalités politiques, nous aurions tort de conclure qu’ils ne formeraient pas bloc en certaines circonstances ; mais de ce qu’ils forment bloc en certaines circonstances nous aurions tort de conclure que toujours et partout ils reviennent identiquement au même; il n’est pas fréquent dans l’action que rien revienne au même ; une majorité nationaliste serait beaucoup plus dangereuse qu’une majorité méliniste; les nationalistes sont ingouvernables; des nationalistes feraient des coups de tête; les nationalistes sont des forcenés, sincères pour la plupart, j’entends les troupes; les nationalistes feraient des coups de folie; avec les nationalistes la menace d’une guerre contre l’Angleterre n’est plus une imminence tout à fait invraisemblable.

Nous ne devons pas jouer à aimer mieux les nationalistes que les mélinistes, parce que nous ne devons pas jouer sur un jeu niais de surenchère ou sur un jeu vicieux de sanction les destinées de la France et du monde.

Les socialistes ont perdu beaucoup, au moins les partis socialistes ; ils ont subi un véritable désastre

deux jalousies envieuses contraires, le socialisme français, candidats, journaux, comités, la plupart des électeurs, s’est présenté au scrutin en deux formations

L’Unité Socialiste Révolutionnaire, Parti Socialiste

| de France, guesdo-blanquistes, avait résolu de présenter des candidats de classe dans toutes les circonscrip15

tions ; ou cette résolution n’avait aucun sens, ou elle signifiait que la coalition nouée parmi les antiministé- À riels, ou plutôt contre les ministériels, présenterait des & candidats dans les circonscriptions mêmes, très nom- fe breuses, où elle n’avait aucune force, réelle, aucun Le travail fait, aucun résultat. Elle n’y a pas manqué. Jetées dans le jeu douteux et mouvementé des candida- % tures bourgeoises, des candidatures locales, ces prétendues candidatures de classe pouvaient, devaient a ‘jouer les aventures les plus dangereuses. Elles n’y ont ‘4 pas manqué. ji Les guesdistes présentaient honnêtement un certain nombre de candidatures sérieuses ; les blanquistes pré- pu sentaient honnêtement un certain nombre de candida- ‘ tures sérieuses ; plusieurs de ces candidatures échouè- is rent; quelques-unes réussirent. On a voulu nous faire croire qu’elles avaient mieux réussi que les candidatures 1 L interfédératives honnêtes, qu’elles avaient réussi d’une ‘À réussite éminente, parce que les candidats avaient affirmé plus officiellement, au sens nouveau que l’on veut L À donner à ce mot parmi les Socialistes Révolutionnaires, 1” leur attachement à l’idéal socialiste révolutionnaire, à oi la méthode, à la politique socialiste révolutionnaire. Ÿ Je ne crois pas que l’élection de Vaillant, de Sembat, . soient des élections éminentes. Il est déjà notable X vs qu’elles sont de bonnes élections. Les candidats socialistes révolutionnaires ont comme les candidats inter- | * fédératifs bénéficié des suffrages radicaux ; les adversaires parlementaires les plus farouches de la défense républicaine ont dans la réalité des scrutins bénéficié de la défense républicaine. Ils ont cumulé seulement ; et cela n’est pas une supériorité. Aux suffrages de défense

républicaine ils ont ajouté sans doute, par une inconséquence, mais les inconséquences et les contrariétés sont usuelles aux scrutins, en particulier sous le régime électoral où nous vivons, et elles ne furent jamais aussi fréquentes, aussi graves qu’aux dernières élections, ils ont ajouté beaucoup de voix antiministérielles ; inconsciemment ou plus ou moins consciemment beaucoup de mécontents, beaucoup d’opposants, quelques réactionnaires, des antiministériels enfin votèrent pour eux. Ils doublèrent ainsi leur contingent socialiste incontestable et incontesté d’un renforcement ministériel de défense républicaine et d’un renforcement antiministériel non moins incontestable. On nous a dit qu’au premier tour et surtout au second les voix radicales ou de défense républicaine, les ora-

| teurs, les programmes radicaux et radicaux-socialistes étaient ignominieux quand ils allaient au secours des Portefoin, mais qu’ils étaient grandement louables quand ils allaient au secours des guesdistes. Je suis trop bête pour comprendre ce raisonnement-là; c’est beaucoup trop fort pour moi. Les candidats interfédéraux qui ont laissé blaguer le socialisme devant eux par leurs auxiliaires et par leurs adjoints radicaux sont grandement coupables, car la forme importe; mais Vacte était le même. Pelletan allant au secours de Viviani, ou Pelletan allant au secours de Ghesquière, c’est toujours le même Pelletan, et c’est toujours le même secours. Soyons justes. Ou bien approuvons également ces deux démarches. Ou bien blämons-les

Il est singulier que des jeunes gens qui veulent intro- duire parmi nous l’hégémonie matérielle du matéria- lisme historique oublient aussi aisément le jeu des socialistes révolutionnaires ont été plus hautes que plusieurs élections interfédérales, comme aussi on trouverait plusieurs élections interfédérales qui ont été plus hautes que plusieurs élections socialistes révolu- À tionnaires, l’honneur n’en vient pas seulement à Vaillant, à Guesde, au Petit Sou, à la vertu socialiste révolutionnaire; l’honneur en vient surtout aux cir- j conscriptions, qui étaient meilleures, moralement, et À surtout économiquement meilleures, n’ayant pas depuis à les derniers scrutins, ceux des élections municipales, et depuis les avant-derniers, ceux des élections législatives, subi certains mouvements de population ou en ayant profité; ces mouvements économiques ont eu la de plus grande importance électorale, et je suis honteux Ÿ à d’avoir à le dire à des marxistes; à Paris en particu- e lier les arrondissements du centre se sont peu à peu à vidés de leur contenu populaire; le vieux peuple de Paris s’élimine; la population qui élisait Louis Blanc, Fi qui élut Goblet, s’est peu à peu excentrée; aujourd’hui elle a débordé les boulevards intérieurs; aujourd’hui ‘à elle déborde les boulevards extérieurs; elle emplira % demain la banlieue, la Seine et la Seine-et-Oise. Il suflit de jeter un regard sur les résultats comparés des k: scrutins depuis vingt ans pour suivre ce dégorgement de Paris. L’agent le plus considérable du changement électoral est constitué par les voies et moyens de communication. Une étude attentive des omnibus, des À tramways, des rues, des boulevards, des expropriations, des percées, des bâtisses, des loyers, du métropolitain, des chemins de fer, des bateaux fourni-

rait sur le mouvement de la population électorale, comme il fournirait sur le mouvement de la population générale, des renseignements tout à fait importants. Charles Guieysse et Moreau tâcheront de nous faire ce travail pour la quatrième série de nos cahiers. Nous espérons aussi pouvoir publier dansla quatrième

  • série un plan de Paris par métiers et professions.

Il est singulier que de jeunes marxistes, séduits par des haïnes et par des affections politiques, oublient à ce point le soubassement économique. Ou s’ils en parlent par profession, c’est pour oublier aussitôt dans l’application réelle ce qu’ils en ont dit. La plupart du temps, quand les socialistes révolutionnaires valent mieux, c’est que leurs circonscriptions valent mieux. Sans doute ils doivent recevoir l’honneur et l’avaniage de leurs circonscriptions au sens et dans la mesure où ils ont fait ces circonscriptions. Mais ils n’en doivent recevoir ni l’avantage ni l’honneur au sens marxiste et dans la mesure où ces circonscriptions électorales recouvrent un soubassement de circonscriptions économiques. Je ne sais pas ce que l’on a contre M. Viviani. M. Viviani n’est point tant bête, et il ne demanderait pas mieux, lui, que d’avoir une bonne circonscription. Si la circonscription de M. Viviani était peuplée de purs socialistes révolutionnaires, M. Viviani, ayons-en l’assurance, M. Viviani candidat, M. Viviani député serait un pur socialiste révolutionnaire; il serait blanquiste autant que Vaillant et guesdiste un peu plus que Guesde. Ce n’est pas de sa faute à lui si sa circonscription s’en va, non pas dans un épouvantable accident cosmique, mais d’un évanouissement non moins cosmique, en un sens, d’une incessante, inévitable et finale dévolution, dans un de ces mouvements profonds et qui ne pardonnent pas, dans un de ces mouvements matériels économiques si puissants que toute force humaine est faible conire eux, à moins de monter jusqu’aux forces idéales. Que M. Viviani soit ou ne soit pas à la hauteur de son destin, c’est une autre affaire. Mais je demande ce que Zévaès ou Delory eussent fait à sa place. Ou plutôt je le sais. Ils n’eussent pas moins flatté les petits commerçants, mais ils auraient pris la précaution j de commencer par les intituler petits commerçants de Ê classe, ou commerçants de petite classe. N’avons-nous pas le programme agraire ? À Je ne sais pas ce que l’on a contre M. Viviani. Il aurait mieux aimé, lui, avoir des bons électeurs, des mineurs solides, ou des ouvriers d’usine. Ce n’est pas de sa faute si un profond mouvement naturel automatiquement lui a soutiré ses bons électeurs. Il ne lui est n’ resté que les mauvais. Il fallait donc qu’il se fit mauvais, pour être un mandataire fidèle, un représentant qui représentât, qui fût image. Il n’a pas pu se faire aussi mauvais qu’Auffray. Il y a tâché. Mettez-vous à sa place, à cet homme. Il n’avait pas tà de chance. Un vaste mouvement automatique lui avait ti soutiré ses bons électeurs. C’est un accident qui était NA arrivé dans sa circonscription. Ça pouvait arriver dans une autre. Ça lui était arrivé dans la sienne. C’est toujours comme ça. Il avait donc porté secours. Généreu- . qù Il ne lui restait plus que des petits commerçants, dans sa circonscription. Il ne pouvait tout de même pas leur déclarer que les petits commerçants sont tous des canailles et que le socialisme supprime le petit com20 merce. D’abord il n’est pas vrai que tous les petits commerçants soient malhonnêtes. IL ne faut pas que _ l’on soit féroce. IL ne faut pas faire de la peine au _ monde. Il a mieux aimé dire aux petits commerçants le bien qu’il pensait des petits commerçants. Qui aurait le cœur de l’en blâmer? Autant vaudrait, sinon, ne plus faire de politique.

Sa circonscription se creusait, se vidait, s’effondrait.

Je consens qu’on rabaïisse M. Viviani et les politiciens interfédéraux; mais il ne faut pas que ce soit devant les politiciens socialistes révolutionnaires.

Dans beaucoup de circonscriptions les guesdo-blanquistes ont fait au second tour et même au premier leur devoir de républicains ; dans un très grand nombre

_ de circonscriptions au premier tour, et surtout au second, ils ont fait, inconsciemment ou, presque toujours, consciemment, souvent avec une joie mauvaise et tenace et croissante, le jeu de la réaction nationaliste. Ils ont encouru ainsi devant le pays et devant la paix internationale une redoutable responsabilité. Cette responsabilité fat apparue formidable si les autres républicains n’avaient sauvé la République.

Il est vrai que dans plusieurs circonscriptions la cranerie socialiste révolutionnaire a entraîné les masses

: oules a soutenues, mais non pas tant par la force de la vertu socialiste révolutionnaire même que par la force de la crânerie, par la vertu de la fermeté. Je veux dire que la fermeté socialiste révolutionnaire et la fermeté dreyfusiste par exemple furent deux cas particuliers de fermeté, comparables entre eux, du même ordre, et que la fermeté socialiste révolutionnaire ne fut pas une fermeté singulière, éminente, extraordinaire, incomparable, ayant des pouvoirs singuliers. La fermeté Ë socialiste révolutionnaire fut une espèce d’un genre où je crois distinguer plusieurs autres espèces de En somme l’action électorale des socialistes révolutionnaires fut trouble, double et multiple, mêlée de bons et de mauvais éléments, caractérisée par ce que les À bons éléments formaient comme un noyau traditionnel autour duquel se sont agrégées deux ailes d’éléments d étrangers, une aile gauche de défense républicaine, une aile droite, extrême souvent, d’opposition réactionnaire. C’est ici un cas particulier de la duplicité guesdiste, l’inertie déterministe, l’inintelligence fataliste, limmoralité, la déloyauté du mal maximum; quand il nom de la société future ; et quand il y a du mal dans la société présente, on déclare que c’est tant mieux à pour la société future. Le | Je ne m’attarde pas au raisonnement prodigieux par lequel un très grand nombre de candidats guesdistes se retirent purement et simplement après le premier tour. % Ils veulent bien demander aux électeurs, pour quatre ans, un mandat qui n’est pas même impératif. Ils ne veulent pas, ils n’osent pas donner aux mêmes électeurs un conseil même afin de les guider ou simplement de les renseigner au second tour. Ils veulent bien demander quatre ans de mandat libre. Ils ne veulent pas demander huit jours de confiance, d’audience, ô

_ d’entretien. IL ne faut pas se compromettre. Soyons sages. Rappelons-nous en temps opportun qu’après tout ces élections ne sont que des élections bourgeoises. Tous ces candidats nous sont indifférents.

C’est ici le même coup, généralisé, que Guesde essaya de faire aux indépendants au premier congrès national, salle Japy. C’est la même duplicité silencieuse, $

Les interfédéraux, Unité fédérative, Parti Socialiste Français, ont beaucoup perdu moralement. Challaye me disait aux vacances de Pâques, avec son air de n’y toucher pas : « Quand je suis revenu à Paris, — on sait qu’il vient de faire le tour du monde, — je me suis demandé s’il n’y avait pas une révolution capi- L tale dans les théories du socialisme français : on n’entend plus parler que de sauver le petit commerce. » Rouanet a déshonoré sa victoire et Viviani a déshonoré sa défaite en envoyant à l’Aurore la lettre que nous avons lue dans le numéro du jeudi 8 mai:

Monsieur le Directeur,

Le journal l’Aurore a publié le 30 avril un article concernant le petit commerce parisien. Il ne nous plait pas d’en accepter la responsabilité, d’autant que nos efforts constants au Parlement en faveur du petit commerce, et notamment dans la séance du 30 mars dernier notre proposition sur les patentes, mettraient en contradiction notre sollicitude d’hier et notre hostilité d’aujourd’hui. Nous n’avons pas demandé à l’Aurore de nous soutenir. Nous vous serions « reconnaissants de vouloir bien supprimer notre nom sur la liste des candidats.

. Agréez l’expression de nos sentiments distingués, Gravement contaminés de radicalisme, les interfédéraux ont gravement participé de la faiblesse et de la lächeté radicale. J’admets que Rouanet et que Viviani ne voulussent pas endosser la responsabilité de l’article à publié par Albert Goullé dans l’Aurore contre les petits commerçants. Nous savons que les candidats nationalistes affichaïent à Paris, pour embèêter les républicains, l’article d’Albert Goullé. Mais ce qui me lèse dans cette lettre à l’Aurore c’est le ton, ce ton de commandement dans la peur, de détachement artificiel dans la déroute, ce ton navrant de panique impérieuse, de faite éperdue. La démarche de Rouanet-Viviani rappelle invinciblement à l’esprit la lamentable pérégrination de M. Brisson à la recherche d’une circonscription électorale et toutes ces démarches à la fois sonnaïent la défaite et la tristesse au cœur de la bataille; elles avaient le même arrière-goût de vieille lâcheté radicale; c’étaient deux exagérations, apparentées, d’une lâcheté ! connue et dès longtenips cataloguée, la vieille lâächeté des soirs de l’affaire, la vieille lâcheté des tombées de la nuit. Les socialistes interfédéraux, candidats, journaux, comités, l’immense majorité des électeurs, étaient emmêlés de bons éléments et d’éléments mauvais; les bons éléments étaient en minorité; maïs les éléments mauvais n’étaient plus en opposition des bons éléments; ils n’étaient plus la contrefaçon des bons éléments; ils en étaient la dégradation, la dilution. Les guesdoblanquistes étaient corrompus par duplicité vers la gauche et contrefaçon vers la droite; les interfédéraux étaient diminués par étendu d’eau, faiblesse, lâcheté, paresse, affadissement et limonade. Les mauvais éléà LES ÉLECTIONS ments guesdistes étaient l’outrance et la caricature des bons éléments guesdistes ; les mauvais éléments interfédéraux étaient la pâle image, la nulle imitation des

En plusieurs circonscriptions les socialistes interfédéraux jouèrent contre les socialistes révolutionnaires le jeu nationaliste que dans un très grand de circonscriptions les socialistes révolutionnaires jouèrent contre les socialistes interfédéraux et contre les républicains.

Les socialistes révolutionnaires et les socialistes interfédéraux se combattirent presque partout avec un acharnement sincère. Il faut l’optimisme inguérissable de Jaurès, optimisme qui serait si dangereux s’il affaiblissait beaucoup sa force de travail et sa force d’action, mais il n’affaiblit pas beaucoup sa force de travail, pour avoir osé parler de l’unité socialiste immédiatement après la proclamation des résultats.

Je ne veux pas revenir sur mon cahier des personnalités. Mais je suis heureux qu’on se réjouisse un peu partout de ce qu’il y aura dans la prochaine Chambre un plus grand nombre de têtes : Jaurès, Briand, Pressensé, Buisson, comme on s’est réjoui qu’il y eût au Sénat Clemenceau. Du point de vue parlementaire, on mieux vaut des têtes. Mieux vaut dans une assemblée avoir Méline qu’un méliniste, Waldeck-Rousseau qu’un Waldeckiste, Clemenceau qu’un clemenciste, Guesde qu’un guesdiste, et Jaurès qu’un rédacteur à [a Petite

Personnalité. On a voulu nous faire de lPélection Pressensé une élection éminente. C’est déjà beaucoup qu’elle fut une bonne élection. Je fus au courant de ; l’élection Pressensé peut-être avant le candidat luimême; je connais assez l’initiateur, l’inventeur de la ; candidature Pressensé; il est aujourd’hui totalement débordé par son invention ; nous avons pour cet inventéur une estime respectueuse, beaucoup d’estime ; je lui dis dès le principe combien cette invention, combien cette imagination parlementaire me paraissait dangereuse. Lagardelle nous dit dans l’Aurore du jeudi 15 mai .. notre parti a remporté de réels succès. Ils tiennent, non pas au nombre des voix ou à la quantité des sièges, mais à la qualité de ses conquêtes nouvelles. Les lecteurs de l’Aurore sentent toute la portée, pour le rayonnement de notre parti, de l’élection de Pressensé. Quillard à indiqué ici-même comment une politique internationale socialiste va pouvoir enfin s’affirmer, dans tout son éclat, par la parole savante de Pressensé, en face de la politique traditionnelle d’oppression et de mensonge. Non, mon cher camarade, Francis de Pressensé ; n’apporte pas à notre parti un rayonnement ; il nous apporte ce qui vaut beaucoup mieux, ce que nous devons tous apporter, sa force detravail. Nous sommes un parti de travail et non pas un parti d’illuminations. Je suis surpris désagréablement, et je ne suis pas le seul, de lire incessamment dans l’Aurore, depuis plusieurs semaines, un éloge particulier de Francis de Pressensé; je suis fatigué de l’entendre intituler le juste ; je pense qu’il est un honnête homme, etc’estbeaucoup, et c’est rare, au moins parmi les hommes politiques.

Mais il est toujours désagréable que dans un journal des rédacteurs employés cassent un encensoir sur le nez du patron. Combien de fois la Petite République ne nous a-t-elle pas dégoûtés par la plate insolence avec laquelle des collaborateurs attendris parlaient de Jaurès et de Gérault-Richard. Il serait déplorable, et en un sens il serait beaucoup plus grave, qu’un homme du talent de Lagardelle, étant devenu à l’ Aurore un collaborateur tout à fait important, régulier, sans doute rémunéré, fit profession d’encenser l’homme de talent qui ést évidemment devenu le maître du journal. Cela se fait à /a Libre Parole, où le moindre échotier prend sur soi de déclarer que décidément M. Édouard Drumont est un grand sociologue.

Francis de Pressensé entre à la Chambre au même titre que plusieurs, aussi honorablement, aussi vaillamment que plusieurs ; il n’y a pas de raisons pour que son élection soit plus éminente que l’élection de Jaurès ou que l’inélection de Guesde.

On peut penser beaucoup de bien de Pressensé, comme de Jaurès ou de Fournière, de Rouanet ou de Guesde. Mais le bien que je pense de Jaurès, de Fournière, je ne vais pas le dire dans {a Petite République. Et si j’écrivais dans la Petite République, je ne parlerais pas de Jaurès comme je le fais dans les cahiers.

afin d’y travailler, ou au groupe socialiste révolutionnaïire, tant mieux, du moins au point de vue parlementaire. Mais s’il y entre avec l’arrière-pensée de devenir chef, lui aussi, de fonder un groupe, un groupement, au moins officieux, un groupement dont il serait le chef, dont Lagardelle et son entourage deviendraient le prophète et le contingent; si entre le groupe socialiste parlementaire et le groupe socialiste révolutionnaire, afin d’accélérer le mouvement vers l’unité, on commence par nous préparer encore un petit groupe dans le coin, jene arche pas. Si Pressensé entre à la Chambre afin d’y faire un travailleur de plus, tant mieux, du moins au point de vue parlementaire. S’il y entre pour faire un chef de plus, non. Nous n’avons que trop de chefs. Si l’Aurore devieni le journal d’un nouveau parti, non. Nous n’avons que trop de partis et trop de journaux de partis. Pressensé apporte à la Chambre une compétence que l’on dit unique en politique étrangère. Mais ni Guesde, ni Vaillant, ni Jaurès, ni Rouanet, ni Sembat n’ont attendu Pressensé pour affirmer à la tribune, chacun selon son tempérament, le même internationalisme socialiste. Si Pressensé apporte une voix de plus, tant mieux, du moins au point de vue parlementaire. Mais il ne faut pas dire que cette voix sera la première en L’expérience nous dira si elle sera la plus forte. Pressensé pourra plaider à la Chambre la cause des malheureux Arméniens. Mais Rouanet et Sembat — Quillard ne peut l’avoir oublié — n’ont pas attendu Pressensé pour plaider cette malheureuse cause. Et même il serait injuste d’oublier que M. Denys Cochin, député réactionnaire, s’est joint régulièrement aux deux députés socialistes, non seulement dans leurs discours, mais dans leurs démarches. Il serait injuste d’oublier que le comte Albert de Mun est jadis intervenu dans ces débats. à

Pour la compétence, M. d’Estournelles de Constant et M. Delcassé paraissent n’ignorer pas tout à fait la

Et Quillard doit encore savoir par cœur l’admirable discours que Jaurès prononça pour les Arméniens pendant l’autre législature. On trouvera ce discours formidable dans l’Action Socialiste, première série. Faut-ilque je demande à Quillard où Pressensé agissait alors, où il écrivait, quelle politique était la sienne, et de quel homme il recevait les inspirations.

Si Pressensé apporte une voix de plus en faveur des Arméniens, tant mieux pour l’humanité, du moins au point de vue parlementaire. Mais il ne faut pas dire que cette voix sera la seule, ou qu’elle sera la première

Au moment où nous mettons sous presse, nous lisons dans l’Aurore du lundi 19 mai les discours prononcés par les principaux convives au banquet Pressensé l’avant-veille samedi 17 mai. Les discours ainsi publiés ne laissent malheureusement aucun doute. ,

Qu’est-ce qu’un banquet intime où La liste entière des citoyens qui tinrent à honneur de prendre part. ne è comporterait pas moins de quatre-vingt-dix noms. Quatre-vingt-dix intimes, c’est beaucoup pour un homme seul. Qu’est-ce qu’un tel banquet, sinon une grande manifestation politique ? une manifestation parlementaire? une manifestation électorale ? Qu’est-ce que ces discours où il n’est question que d’honneur, de très grand honneur, de politique et de cérémonie. Ayant lutté pendant quatre ans contre un État-Major militaire et contre un faux honneur de l’armée, allons-nous insti-

tuer parmi nous un État-Major parlementaire et un honneur spécial dreyfuso-socialiste ? Je lis dans le discours de Pierre Quillard ces paroles Dans un discours prononcé à Remiremont, je crois, M. Méline souhaitait qu’il y eût à la Chambre des personnes capables de s’occuper des affaires étrangères. Du temps qu’il était premier ministre, il ne pensait point ainsi; il préférait machiner, avec son Gabriel Hanotaux et son André Lebon, l’imbécile aventure de Fashoda ou laisser égorger trois cent mille Arméniens, qu’il pouvait sauver. Que M. Méline se réjouisse avec nous ; désormais vous Nous lisons dans l’allocution d’Émile Zola Voici ce que je voudrais dire à Pressensé : je considère son élection comme une très heureuse chose, comme une grande victoire, parce que maintenant nous sommes certains qu’il y aura à la Chambre un brave et un vaillant pour poser les questions nécessaires et dire les paroles Zola espère donc que Pressensé sera non pas seulement un député rare, mais un député unique, tout à | fait extraordinaire, comme il n’y en a jamais eu. Nous verrons. Zola paraît oublier qu’un assez grand nombre de députés socialistes révolutionnaires et de députés socialistes parlementaires ont depuis longtemps posé des questions nécessaires et dit des paroles utiles. M. Psichari est beaucoup plus imprudent Vous êtes de ceux, rares, dont on peut dire qu’une fois députés ils ne changent pas, sinon pour déployer encore plus d’énergie chaque jour. À M. Psichari n’en sait rien. C’est là une assurance que

l’on ne peut avoir qu’après épreuve. Nous en reparlerons dans quatre ans.

C’est en vain qu’Anatole France, avec son esprit, avec sa délicatesse, avec sa justesse, qui est de la justice, avait nommé quelques absents : Avec Clemenceau, avec Jaurès, avec Guieysse et quelques autres vous avez montré que dans le combat la plus grande habileté est encore le courage. L’assemblée délirante n’entendit pas: même cette brève leçon de goût. Si nous vivions en un temps où le public saurait lire, où l’auditeur saurait écouter, je n’aurais pas l’ingrate obligation de souligner ici une indication aussi discrète. Le flot d’hégémonie et de congratulation coula de plus belle.

C’est en leur nom, messieurs, dit Pierre Quillard,

Vous savez que je ne parle pas à titre personnel, ce n’aurait aucune importance ; je vous exprime la gratitude et l’espoir d’amis lointains, de frères inconnus qui luttent contre l’exil, la faim, la prison, la mort. C’est en leur nom, messieurs, que je vous propose de boire à l’entrée dans le Parlement français de notre compagnon, Francis de Pressensé, citoyen du monde !

Ou citoyen du monde est un compliment de littérature, ou ça veut dire internationaliste. Si ça veut dire inter-

  • nationaliste, nous sommes tous internationalistes, etily avait déjà au Parlement, parmiles socialistes, plusieurs

Le discours de Lagardelle cause beaucoup de tristesse Je suis sûr de traduire les sentiments intimes des jeunes ! socialistes qui sont ici ce soir, en disant quelle joie pro31

fonde ils éprouvent à rendre, comme vous, hommage à la haute personnalité de Francis de Pressensé.

Non, mon camarade, nous ne rendons pas des hommages. Et les plus hautes personnalités ne sont pour nous que des collaborateurs, comme tout le monde.

C’est pour cela que les jeunes socialistes qui sont ici se réjouissent profondement de communier avec vous dans cette fête donnée à Francis de Pressensé.

Qu’est-ce, communier, fête; quelle est cette phraséologie idéologique, — langage marxiste; mais non, mon camarade, nous ne communions pas; et nous sommes un parti de travail, nous ne sommes pas un parti de fêtes.

Il y à aussi une autre raison, c’est que Francis de Pressensé nous a fait à quelques-uns, avec Vaughan, le très grand honneur de nous appeler à mener autour de lui, à l’Aurore, le combat socialiste et à essayer de préciser, de répandre les idées socialistes,

Ou ces paroles n’ont aucun sens, — el nous ne pouvons supposer que dans un concours aussi solennel, ÿ: dans une assemblée aussi importante, au commencement d’une action aussi concertée, notre jeune camarade ait parlé pour ne rien dire, — ou nous avons ci-dessus l’annonciation d’un nouveau parti. Je ne reviens pas sur quelques-uns, très grand honneur, appeler, mener, autour de lui, combat socialiste. Ces expressions traditionnelles, militaires, mondaines ou politiques ne sont pas moins malheureuses pour Francis de Pressensé que pour Hubert Lagardelle. Je L: veux m’en tenir au sens même des paroles. Ou elles ne

signifient rien, ou elles signifient que Pressensé est

. devenu le maître de l’Aurore, que Vaughan, d’administrateur-directeur qu’il était, est devenu administrateur tout court, qu’iln’est plus le maître dans son journal, que Pressensé est le chef reconnu de la nouvelle rédaction, que Pressensé va se comporter comme un chef de parti, que le Mouvement Socialiste est entré à l’Aurore.

Si j’avais besoin de chercher confirmation de cette annonce, le discours de Pressensé tout entier témoignerait. Ou les mots n’ont aucun sens, ou le discours de Pressensé est un discours-programme, un discoursministre. Et quel programme : Nous sommes de ceux, dit sentencieusement Pressensé, nous sommes de ceux

. qui estiment que si on veut faire un sillon bien droit et bien profond, comme le disait je ne sais plus quel philosophe, il faut atteler sa charrue à une étoile. — Non, mon camarade, laissons ce romantisme. Quand on veut faire un sillon bien droit et bien profond, dans de la vraie terre, on attelle sa charrue comme on peut et

. on travaille de son mieux, péniblement, laborieusement, patiemment, opiniâtrément. Et on soufile et on sue. Car tel est le sort échu à la race des hommes.

Je relève dans le discours de Pressensé ce paragraphe inoui de naïveté enfantine Une des conclusions logiques, Lagardelle l’a dit, ç”a été ? pour moi le socialisme, auquel je me suis donné sans retour, sans réserve. Et j’ai la joie de penser que je vais pouvoir le servir, non plus comme un simple soldat, mais dans la bataille même du Parlement, au Parlement. C’est pour moi une joie très grande, parce que je pense qu’à l’heure actuelle la situation n’est pas sans certaines diflicultés au point de vue spécialement socialiste.

Nous qui beaucoup plus jeunes et depuis plus longtemps nous sommes donnés au socialisme sans retour, sans réserve, mais qui avons la joie de penser quenous continuerons toujours à le servir, sinon comme un simple soldat, du moins comme un simple citoyen, nous avons le droit et rigoureusement le devoir d’examiner quelle situation nous fait l’investiture d’un nouveau

C’est un devoir pénible, mais un devoir impérieux. Nous avons fait ce travail pour Jaurès, nous ne pouvons pas ne pas le faire pour Lagardelle et Pressensé.

Témoignage personnel. Autant que personne j’estime le calme courage de Pressensé. Je n’examine rien de ce écrivait. Depuis le commencement de l’affaire nous connaissons toute sa bravoure froide. Aucun de nous jamais n’oubliera les expéditions que Mirbeau, Quillard et Pressensé firent dans la plupart des provinces aucun n’oubliera les meetings tenus dans Paris. Je serais d’autant moins reçu à les oublier que moi-même simple soldat je recevais dans la rue Les coups symé- triques de ceux que nos orateurs affrontaient dans les assemblées. Depuis le commencement de la décomposition du dreyfusisme, Pressensé tint très étroitement pour l’entière exécution des poursuites et contre l’amaistie.

Mais c’est ici que je reviens à ma décomposition du dreyfusisme en France et que je demande à compléter.

On veut limiter l’effet de ma recherche. On veut opposer la décomposition du dreyfusisme aux dreyfusards À qui sont devenus partisans de l’amnistie. J’ÿy consens. Mais d’abord il ne faut pas que ce soit à l’avantage

. des citoyens qui n’ont pas été dreyfusards du tout. Nous qui avons été dreyfusards dès la deuxième heure nous pouvons demander compte à ceux de nous qui sont devenus partisans de l’amnistie ; ceux de nous quin’ont jamais été véritablement dreyfusards ne sont pas qualifiés pour le faire. Lagardelle, qui n’a jamais eu le sens profond, réel, moral, du dreyfusisme, qui n’a jamais vu le dreyfusisme qu’en politique et en utilitaire marxiste, n’a pas qualité pour demander compte à Jaurès. A plus forte raison ne peut-on inculper Jaurès et les partisans de l’amnistie au nom de Vaillant ou de Guesde, signataires du manifeste inoubliable, au nom des socialistes révolutionnaires, au nom de ceux qui, au fort de la bataille, nous poignardèrent dans le dos.

Réciproquement il ne suffit pas, pour être demeuré

  • dreyfusard, d’avoir gardé dans l’affaire même et dans ses conséquences, en face de l’amnistie, une attitude exactement dreyfusiste. IL faut aussi avoir étendu à toutes les opérations de la vie, à toutes les actions, si ce n’était déjà fait avant l’affaire, les méthodes qui dans l’affaire Dreyfus reçurent leur application éminente. Garder dans l’affaire et dans les conséquences étroites de l’affaire une attitude efligielle et pour tout le reste conduire sa vie exactement comme s’il n’y avait jamais eu d’affaire, comme si l’on n’avait jamais reçu les enseignements de l’affaire, à parler proprement, c’est ne pas être demeuré dreyfusard.

C’est être devenu partisan de l’amnistie ; non pas de cette amnistie parlementaire et législative qu’un ministre propose, que des orateurs soutiennent, que des orateurs combattent, qu’une Chambre vote, qu’un Sénat

laisse passer, qu’un Président de ia République promulgue; mais de cette amnistie beaucoup plus dangereuse, de cette amnistie morale que l’on s’accorde à soi-même

, La première fois qu’après l’affaire j’ai vu un dreyfusard mentir, jen ai eu un retournement.

J’ai senti d’un coup à cet instant que l’affaire ne recommencerait jamais, qu’elle était morte.

Et puis on s’y fait. J’en ai tant vu mentir depuis que l’on s’y habitue. Seulement je les classe antidreyfusards, partisans de l’amnistie.

C’est ici la grande amnistie. On se la vote soi-même. Et on va lancer des accusations contre les autres.

Quand je commençai les cahiers, je pensaï que les grands dreyfusistes les accueilleraient justement. Je dirai sans doute quelque jour comme on nous reçut. Les mêmes hommes, qui faisaient publiquement et solennellement profession de réprouver les procédés de l’État-Major, nous condamnaient, nous exécutaient, nous boycottaient sans nous lire, sans nous regarder, sans nous entendre en nos moyens. Nous avons survécu parce que les dreyfusistes petites gens nous ont souteÉ nus désespérément,

: Pressensé, en même temps qu’il gardait, dans l’affaire même et dans ses conséquences, une attitude strictement dreyfusiste, a-t-il étendu à toute son action la méthode qui avait reçu pendant l’affaire Dreyfus une Il y a eu depuis l’affaire Dreyfus une affaire non moins passionnante, au moins moralement, car socialement, politiquement, économiquement, elle n’a pas reçu la

même ampleur. C’est l’affaire Jaurès. Par une singulière coïncidence l’accusé ici était aussi accusé de trahison. Il n’était pas accusé d’avoir trahi son pays au profit de l’étranger ; il était accusé d’avoir trahi la République, réaction. Trahison qui serait capitale aussi. L’accusation était formelle. On ne la présentait pas comme une injure usuelle de politique, de polémique et d’élection, L’accusation était formelle et tous les jours paraissait dans le journal où Pressensé écrit et signe, puisqu’il ya un journal où il écrit et ne signe pas. Tous les jours dans l’Aurore un collaborateur de Pressensé accusait formellement Jaurès d’avoir trahi tout ce que nous

Tous les jours l’accusation paraissait.

Dans le même temps, si mes renseignements sont exacts, et au cas où ils ne le seraient pas je serai heureux d’enregistrer un démenti, dans le même temps Pressensé continuait à voir Jaurès quand des cérémonies communes les réunissaient. Pressensé continuait à donner la main à Jaurès. Pressensé parlait à Jaurès d’aller le voir un jour chez lui, ce qui revenait à lui proposer un rendez-vous.

Tous les jours l’accusation paraissait formelle, Pressensé profitait de sa compétence internationale pour parler d’autre chose. Les jours passaient. Les semaines et les mois passèrent. De semaine en semaine et de mois en mois nous avons attendu. En vain, Les bons dreyfusards se taisaient. Pressensé nous parlait des brouillards de la Tamise ou de la Constitution anglaise, qu’il connaît à merveille. Dans ce journal où il était censé libre, nous n’avons jamais pu savoir ce qu’il

seizième cahier , de la troisième série pensait, il n’éprouva jamais le besoin de nous dire ce qu’il savait, ce qu’il pensait du cas Jaurès. Quand il rompit le silence complice, quand il écrivit, ce fut pour exposer un antiministérialisme qui pouvait faire croire qu’il avait secrètement participé aux accusa- tions.

Il avait le droit d’être antiministériel, ou antiministérialiste, ou antiwaldeckiste. Il est seulement regrettable qu’à peine élu député il soit devenu d’un ministérialisme et d’un waldeckisme auprès duquel Jaurès paraît tiède. Il a le droit d’être ministériel, ou ministérialiste, ou waldeckiste. J’admets que les députés n’aient pas les mêmes opinions que les candidats, j’admets que les candidats n’aient pas les mêmes opinions que les journalistes. IL n’est pas étonnant que ces hommes, ayant des situations politiques et sociales différentes, aient des vues différentes, Mais il faut qu’au

  • moins les journalistes qui veulent devenir députés ne soient pas féroces contre les orateurs qui sont déjà devenus députés. Aucuns antiparlementaires ne sont aussi féroces et aussi injustes que les futurs parlementaires.

La candidature Pressensé eut ce tort initial qu’elle fut un manquement de parole. Quand Vaughan nous l présenta l’Aurore, il fut entendu formellement que ce journal ne serait jamais un journal de parti, et pour donner à cet engagement une expression particulièrement accusée, il fut entendu formellement que les collaborateurs du journal ne solliciteraient jamais aucun mandat politique. Jamais ils ne seraient candidats. ’ Que cet engagement fût ou ne fût pas abusif, excessif, Ë

nous ne traiterons pas cette question aujourd’hui. Elle _ n’importe aucunement au débat. Il suffit que Vaughan ait fait cette condition, et que ses collaborateurs, sans aucune exception, l’aient acceptée. Vaughan était majeur, et ses collaborateurs aussi. Les fondateurs de l’Aurore posaient leurs conditions, établissaient leur institution en toute liberté. Aujourd’hui, après quelques années d’existence, eux-mêmes ils brisent leur propre institution. N’est-ce pas encore une amnistie ? On me dit: L’engagement formel pris par Vaughan au nom de {‘Aurore, et que nous nous rappelons fort _ bien, tant il nous avait frappés, ne pouvait lier Pressensé, parce que Pressensé est entré au journal dans des conditions un pen différentes ; il n’était pas appointé ; il fournissait du travail gratuit ; il pouvait donc demeurer _ libre. Je n’accepte aucunement cette interprétation. _ Quandles collaborateurs d’un journal gardent la liberté de leur opinion, ce qui était officiellement le cas à l’Aurore, ils sont au moins liés par la solidarité financière, économique. Je ne crois pas que Pressensé pût se soustraire au moins à cette solidarité. Sinon nous abandonnons la morale de la solidarité, qui est la nôtre, et nous revenons à la morale de la charité nous admettons qu’une aumône soit compensée par un privilège. Nous accordons à ceux de nous qui peuvent travailler gratuitement, c’est-à-dire qui ont des biens, un avantage injuste sur ceux qui n’en ont pas, soil qu’ils n’en aient jamais eus, soit qu’ils aient commencé par mettre dans l’action tout ce qu’ils avaient. Je n”admets donc pas que Pressensé fût dans l’Aurore moins engagé que les autres; je regrette qu’il _ ait rompu un engagement constitutionnel ; je regrette

que cette rupture ait été fomentée, vantée, féêtée,

Ÿ Plus je vais, et l’expérience des cahiers ne fait que « me confirmer dans cette opinion, plus je crois profondément qu’il n’y a rien au monde qui pour laction vaille la force d’une institution.

Rien n’est donc aussi grave que la rupture d’une institution ; aucun avantage ne peut compenser la rupture d’une institution ; ce n’est pas du même ordre.

Non seulement cela, mais il y avait pacte entre Vaughan et nous ; il n’y avait pas seulement engagement et pacte entre les directeur et collaborateurs de l’Aurore, mais il y avait pacte entre l’Aurore et nous son public.

Tout le monde sait que l’Aurore a subi des crises dificiles ; depuis longtemps, et ce n’était un secret pour personne, la vie lui était devenue dure, financièrement. Vaughan l’a écrit plusieurs fois. Beaucoup de lecteurs aussi pensaient qu’elle subissait des crises de rédaction; beaucoup déploraient ce qu’ils nommaient ses erreurs ou ses injustices ; beaucoup déploraient ses campagnes. Mais au plus fort de ses égarements il restait que ce n’étaient pas des égarements politiques. On pouvait faire à M. Gohier beaucoup de reproches on ne peut pas lui reprocher d’être devenu un homme politique, un homme de parti, et ainsi même au travers des égarements la force de l’institution demeurait.

Car telle était la force de l’Aurore, tel était le secret de sa persistance. Elle était pour nous le seul journal quine fût pas un journal de parti. Ce n’était pas seulement le souvenir de l’affaire qui attachaït à /‘Aurore tant d’obscurs et de tenaces dévouements, c’était

la continuation de l’affaire, non seulement dans l’espèce, mais de l’esprit de l’affaire, au sens profond, par la fidélité à la parole donnée.

J’ai peur que Vaughan, voulant remonter l’Aurore, n’ait fait récemment un mauvais calcul. Je sais que la vie lui était pénible; autour de lui les journaux de parti réussissaient plus ou moins ; la tentation était grande ; il a dû penser que devenue le journal d’un parti l’Aurore vivrait, comme tout le monde. J’ai peur qu’il ne se soit trompé. L’Aurore ne ressemblait pas aux autres journaux; la clientèle de l’Aurore ne ressemblaït pas aux autres clientèles: ce qu’elle aimait dans l’Aurore était le contraire de ce que les autres clientèles aiment dans les autres journaux: altérer l’Aurore, en faire un journal de parti, c’est risquer au contraire de mécontenter la vieille clientèle. Et ce n’est pas se donner la chance d’attirer une clientèle nouvelle, parce que les clientèles de parti sont pourvues de journaux et que les journaux de parti satisfont leur clientèle.

J’ai peur que M. Vaughan n’ait pas vu où était sa . véritable force ; la véritable force de l’Aurore était où est la force de nos cahiers: la véritable force de l’Aurore étaient les petites gens qui donnaient leurs deux sous tous les matins. Il y a dans le discours de Pressensé, même jour, un véritable appel aux capitalistes. A l’usage Vaughan et Pressensé verront que, pour fournir des capitaux, les capitalistes ne valent pas le peuple. Outre que, sauf exceptions, les capitalistes font payer ce qu’ils donnent.

J’avais dès le principe redouté la candidature Pressensé. J’en ai suivi le développement sans enthousiasme.

En effet quelle devenait la politique de {Aurore au moment où cette candidature futannoncée, etquelleétait la politique du Mouvement, politique récente, mais formellement recommandée? La politique de l’Aurore ‘était antiministérielle ; Pressensé lui-même était antiministériel; Gohier demandait que dans toutes les circonscriptions, et à Carmaux même, ce qui fut fait, PUnité Socialiste Révolutionnaire présentât des candidats contre les socialistes ministériels; Pressensé n’était pas moins sévère. La politique du Mouvement Socialiste n’était pas moins antiministérialiste. Lagardelle nous recommandait cette action parallèle avec les anciens partis socialistes qui devenait huit jours après une action connexe ; Le Mouvement Socialiste était tout à la lutte de classe ; et qu’avons-nous vu?

Justement dans la circonscription de Lyon où Pressensé a laissé poser sa candidature il y avait un candidat de classe, un vrai, un guesdiste, non un illustre intellectuel, mais un ouvrier menuisier, me dit-on, un syndicaliste, présenté par l’Unité Socialiste Révolutionnaire. Et c’est en partie contre ce candidat au

_thentique de classe que la candidature Pressensé fut À un candidat qui avait l’investiture de l’Unité Socialiste ” Révolutionnaire. Et Lagardelle fit le voyage pour aller soutenir la candidature de Pressensé. Ainsi nos nouveaux chefs commencent par établir des règles absolues ; à puis ils font une seule exception ; et comme par hasard

1h cette exception leur profite personnellement; cette ‘

exception, c’est la leur.

C’est toujours le manquement à la parole donnée, le manquement à l’institution librement consentie. d

(ie Or je crois que rien au monde, argent, talent, _ | théorie, dogme ou casuistique, ne vaut une institution. Rien ne les force à faire de la lutte de classe; mais, s’ils en font, qu’ils en fassent sérieusement. Or je ne suis pas suspect d’aimer la lutte de classe, mais je me représente ceux qui en font sérieusement. Je ne me représente absolument pas qu’on en fasse en

  • Ainsi au point de vue socialiste révolutionnaire au premier tour la candidature Pressensé faisait division. Mais au point de vue moral au second tour Francis de Pressensé a hérité les voix de M. Thévenet. Cet héritage n’est pas reluisant. Pressensé, littéralement, représente à la Chambre les électeurs de M. Thévenet. Cela ne suffit pas pour le discréditer. Cela suffit pour que son élection ne soit pas éminente ; et pour que Lagardelle n’ait pas eu le droit de présenter l’élection de Carmaux comme une élection scandaleuse, après traité conclu entre Jaurès et radicaux. Si M. Thévenet et ses électeurs ne sont pas ignominieux pour Pressensé, les radicaux ne sont pas ignominieux pour Pressensé a aimé sa candidature d’une affection qui nous surprend de sa part. Et à peine élu, comme il nous est revenu changé. Qu’est-ce que ce banquet, ces discours, ces honneurs ? Où est l’ancienne simplicité ? Comme il est déjà gagné de politique et de cérémonie comme il supporte qu’on l’encense; comme ses préoccupations sont nouvelles ; et comme il parle un langage _ Lisons attentivement ses articles : déjà il tranche du parlementaire ; il donne des consultations ministérielles, parlementaires, politiques ; il est entré dans le jeu; il fait des pronostics; il forme des combinaisons; il conseille et déconseille ; un tel ferait bien à la présidence de la Chambre ; on pourrait mettre tel autre à la présidence du conseil; il connaît les disponibilités, les éventualités, les cadres et fournitures. Nous lisons dans l’Aurore du jeudi 15 mai La France républicaine s’étonnerait à juste titre de se réveiller, au sortir d’une telle crise, sous la houlette fleurie de l’enjôleur, du bénisseur, du courtier plus ou moins honnêle qui s’appelle Freycinet et qui, s’il a donné des gages à tous les partis, les a tous aussi également déçus. Ce serait une faute du même ordre que celle qui remettrait à la tête de la Chambre le jeune premier entre deux âges et entre deux opinions dont les grâces frelatées ne sauraient éternellement suppléer aux principes absents.

On voit à cela qu’il est de la maison.

Qui sait si la sagesse ne consisterait pas en maintenant au pouvoir un ministère rajeuni, retrempé, fortifié, débar- s rassé de la cause de faiblesse que lui était la présence d’un à socialiste sans mandat de son parti, sûr, dans la limite de À son action contre le nationalisme et de sa sincérité réformatrice, de l’appui conditionnel et désintéressé du groupe ï socialiste en même temps que de la fidélité plus disciplinée de la majorité radicale, de porter au fauteuil un homme M dont les qualités mêmes ne seraient pas sans danger à la à tête du gouvernement, mais dont les défauts mêmes me seraient pas sans leurs avantages à la présidence ?

Mixture et combinaison. Ce même jeudi je vis beaucoup de monde aux cahiers. Je demandai qui était l’homme dont les qualités mêmes ne seraient pas sans danger à la tête du gouvernement, mais dont les défauts mêmes ne seraient pas sans leurs avantages à la présidence. Quelques-uns, malavisés, conjecturèrent

: Brisson ; la moitié conjectura Doumer, la moitié conjectura Bourgeois. Voilà comme on écrit quandona commencé à faire de la politique.

11 paraît qu’il fallait conjecturer Bourgeois. Jaurès ayant eu la veille l’imprudence de penser à un ministère Bourgeois, Pressensé ne pouvait moins faire que d’imaginer un ministère Waldeck. Cr, pour avoir un ministère Waldeck, il ne fallait pas avoir un ministère Bourgeois; et pour ne pas avoir un ministère Bourgeois, il fallait mettre M. Bourgeois à la présidence de la Chambre. Vous m’entendez. Ce sont là combinaisons que l’on entend, quand on veut. Le malheur est que

On m’assure que pour comprendre un article de Pressensé il faut désormais se reporter à la Petite République de la veïlle. Pressensé ferait la contre-partie de Jaurès, äirait blanc quand Jaurès dit noir, ainsi grossièrement. On doit exagérer. Il faut que l’Aurore ait une existence propre et ne soit pas la réplique de la Petite République. Sinon elle équivaudrait, en un sens, à la Petite République. Elle mérite d’avoir une existence propre. Elle en est digne.

Pendant deux ans Pressensé journaliste antiministériel a traité durement Jaurès parlementaire et journaliste ministériel ; après deux ans Jaurès pense que le ministère Waldeck a fait son œuvre de restitution républicaine et qu’un ministère radical est indiqué. Aussitôt Pressensé devient waldeckiste, s’aperçoit que les radicaux sont faibles, demande la continuation d’un ministère Waldeck. Mais Waldeck — serait-il jaurésiste ? verrait-il comme Jaurès ? — Waldeck s’en va. Que deviennent les combinaisons ?

Les deux attitudes étaient tenables. J’admets qu’au point äe vue politique on fût ministériel ou antiministériel. Je suis très libéral. Mais ce qui m’inquiète, c’est ce brusque changement, et surtout cette sévérité pour des situations que soi-même on aura bientôt. Dans le même numéro l’article de Lagardelle commençait ainsi : Le socialisme ne sort pas diminué des élections. Il a légerement accru le nombre de ses voix et compensé les pertes F subies par des conquêtes nouvelles. Il demeure une force politique importante et son action parlementaire sera nécessairement décisive.

Pourquoi nécessairement ? Nous n’avons pas renoncé ! loptimisme de Jaurès pour endosser un nouvel optimisme, fataliste. k, Le même article finit ainsi : h .… Mais les mystères de la diplomatie et les obscurités de ‘4 la politique internationale ne peuvent être percés que par ceux-là qui les connaissent. C’est ne frôisser personne parmi nos camarades de combat que de reconnaître sur ce l point l’exclusive compétence d’un Pressensé. î Sous l’action de si hautes individualités, notre parti pourra reprendre, à la Chambre et dans le pays, la place que lui ont fait perdre, en partie, les querelles intérieures h. et les déviations ministérialistes. -

Prècher la paix sur un mot de guerre, cela est encore de la politique. À Sans se laisser aller à un optimisme de commande, il est Le permis d’affirmer que, sous l’action des circonstances, vont (à s’imposer à notre parti des formations nouvelles, qui, mieux que par le passé, maintienäront l’idéal socialiste. Ou les mots n’ont aucun sens, ou formations nouvelles signifient un tiers parti, un nouveau parti dans le parti.

F Le discours de Lagardelle au banquet Pressensé finissait ainsi Citoyens, c’est pour ce socialisme-là qu’à côté de Pressensé et de Vaughan et de nos autres camarades, nous continue- rons à lutter dans l’Aurore, en essayant de donner des renseignements sur tout le mouvement national et international, sur le mouvement politique comme sur le mouvement ouvrier, saisissant en somme toutes les manifestations de la vie socialiste dans le monde.

Mais non, camarade, on ne saisit pas, même en somme, toutes les manifestations. Aujourd’hui encore nous ignorons ce qui s’est passé vraiment en Belgique.

Citoyens, les jeunes hommes qui sont venus au socialisme ont le droit d’être optimistes,

: Ce ton de pontificat cérémonieux, dans un banquet,

Citoyens, les jeunes hommes qui sont venus au socialisme ont le droit d’être optimistes, lorsque se pose pour eux le problème de la conduite à tenir. Ils savent qu’ils peuvent sans hésitation aucune marcher de l’avant, parce qu’ils ont un terrain sûr qui ne se dérobera pas sous eux, un terrain qui est le prolétariat moderne, qui est la création de nouvelles institutions.

On peut objecter que nous nous trompons sur la portée du mouvement ouvrier et sur.sa valeur révolutionnaire. Je ne le crois pas, mais ce que nous pouvons dire, sans crainte, c’est que nous avons le droit d’être optimistes, dé croire que le monde est en train de faire une révolution, puisque nous marchons avec l’agent essentiel de la Révolution. Citoyens, les jeunes hommes qui, à l’Aurore, à côté de Francis de Pressensé lutteront pour la doctrine nouvelle, auront au milieu de la lutte, la joie profonde de se dire — et peu de générations se le seront dit : Nous marchons avec

; l’histoire.

Quel sera donc le sens, quelle sera la valeur, quelle sera l’utilité du nouveau tiers parti. Ce sera un parti de plus, dans une situation où il y a déjà trop de parüs; ce sera un parti socialiste de plus, dans une situathon où il y a déjà trop de partis socialistes; comme parti socialiste je ne vois ni sa place ni son utilité. Je ne suis pas suspect d’aimer le guesdisme et je ne l’ai jamais flatté; mais au moins le guesdisme on sait ce que c’est; comme on sait ce que c’est que les interfédéraux. Je ne me représente pas la situation du tiers parti. J’ai peur qu’il ne cumule tous les défauts des guesdistes avec tous les défauts des interfédéraux, et qu’il n’ait les avantages ni des uns ni des autres; c’est ù ainsi du moins qu’il a commencé ; il aura toute la ‘ raideur guesdiste sans aucune rigidité; il aura toute la fluctuation interfédérale sans aucune souplesse. Il fera de la lutte de classe avec et parmi des bourgeois. Ainsi au banquet Pressensé on se nommaïit amis, messieurs, citoyens et compagnons ; Lagardelle faisait de la lutte de classe devant M. Ludovic Trarieux. Si les. convives s’étaient pris au sérieux, comme on le doit, ils à n’auraient pas diné ensemble. Car la lutte de classe eût À mis en fuite M. Ludovic Trarieux; et la situation poli- ti ‘ tique et sociale de M. Trarieux eût indisposé Lagar-, S Quand on fait de la lutte de classe, on vote pour le K candidat de classe. ! L’Aurore sera un journal officiel du nouveau parti, et cependant l’Aurore ne sera pas un journal officiel. Or on est ofliciel ou on ne l’est pas. Si une qualité ne se 6 partage pas, c’est l’officialité. Lagardelle nous parle toujours d’organisation ; et pour commencer il s’établit

dans le journal justement qui n’est d’aucune organisation, qui ne représente aucune organisation.

un candidat de classe, mais antiministériel et alors antiwaldeckiste il fut à Lyon le candidat, au moins officieux, des Portefoin. Il fut, comme il nous l’a ditune fois rentré, candidat de défense républicaine. Il eut l’investiture, au moins officieuse, de l’Unité Fédérative. Ï fut soutenu, annoncé par la Petite République. Aussitôt élu La Petite République l’inscrit dans le Groupe Socialiste parlementaire. Voilà ce que la politique fait d’un homme, d’un honnête homme et d’un homme courageux. On me dit Le Mouvement Socialiste ne fait rien que la Revue Socialiste ne fasse depuis longtemps; Lagardelle ne fait rien que ne fasse Rouanet ; Pressensé ne fait rien que

Jaurès ne fasse ; tous les partis font ou préparent des banquets; l’ Aurore ne fera rien que la Petite République n’ait fait depuis longtemps. — Si cette raison suffit. à Lagardelle, à Pressensé, au Mouvement et à l’Aurore, si cette assimilation les contente, je me tais. Mais pourquoi Lagardelle, Pressensé, le Mouvement et l’Aurore ont-ils tant blâmé Rouanet, Jaurès et la Petite République ?

Si Lagardelle pense que nous devons recommencer identiquement l’action de nos aînés, je me tais.

D’ailleurs on me dit au contraire : Qu’importent ces deux hommes. Ils sont tombés dans la politique. C’est qu’ils devaient quelque jour y tomber. Ils ont descendu la pente que l’on ne remonte pas. Ils mentiront plus de

. sept fois par jour. L’action commencée avec eux continuera sans eux. Il n’y a pas d’hommes nécessaires. Ainsi parlent des anarchistes moralistes. Ce détachement inhumain ne me satisfait pas. Nous ne sommes pas si nombreux que deux militants puissent disparaître sans dommage. Nous ne sommes pas si heureux que deux militants amis puissent nous quitter sans affliction. Pour eux et pour nous, pour l’action, il était grandement désirable que l’ancienne entente ne füt pas Ce qui déplaïît aussi dans le banquet Pressensé, dans à les discours, c’est cette vieille idée indéracinable que l’entrée d’un homme au Parlement peut changer la face du monde. Ainsi tantôt on nie l’importance légitime des à personnalités, tantôt on l’exagère. Non l’entrée d’un ‘] homme au Parlement n’est que l’entrée d’un homme au L’entrée d’un homme au Parlement est beaucoup moins importante que l’entrée d’un homme au ministère. 150 Généralité. Si la Ligue française pour la défense des Droits de l’Homme et du Citoyen. veut avoir un organe k: outre son bulletin bi-mensuel, si elle veut avoir un quotidien, mieux vaut qu’elle ait un organe officiel que d’avoir … me un organe officieux ; un organe oflicieux a tous les incon- … ‘à vénients d’un officiel ; mais il n’a aucun des avantages ; Eh les responsabilités s’y diffusent; la suspicion du publie ï est la même, au moins; et l’action manque de vigueur, d’exactitude, de loyauté. d Si la Ligue veutrestituer l’ancienne action dreyfusiste,
ce n’est point par des banquets et des congratulations

je qu’elle y réussira. Laissons aux partis politiques les à banquets, les discours, les programmes. Laissons aux [ES partis religieux les cérémonies, fêtes et consécration. Laissons aux partis vainqueurs les réjouissances et commémorations. Ne faisons pas comme les militaristes français, qui célèbrent les anniversaires de toutes nos défaites militaires. Nous n’avons déjà pas à être si fiers ? de ce que nous avons fait, de ce qui nous est arrivé, de ce que nous avons obtenu. Le droit est resté violé. Nousmêmes nous avons oublié nos méthodes. Si la Ligue veut restituer l’ancienne activité dreyfusiste, elle n’y parviendra point en instituant un parti dreyfusiste, un parti politique dreyfusiste. Composé des anciens éléments dreyfusistes, ce parti dreyfusiste n’aurait aucun programme politique. M. Ludovic Trarieux , et Lagardelle ne peuvent pas faire de la politique | ensemble. ls pouvaient ensemble faire de l’action morale et même socialiste. Non seulement ils ne peuvent ensemble faire de la politique socialiste, mais ils ne peuvent ensemble faire aucune politique. Le dreyfusisme ayant été la libération de l’action publique, son affranchissement des partis politiques, fonder un parti dreyfusiste, avec un organe oflicieux, un parti politique dreyfusiste, par définition c’est justement cesser d’être dreyfusiste. En ce sens, et en beaucoup de sens, le banquet Pressensé aura été une importante contribution à la décomposition du dreyfusisme en France. Les dreyfusistes, officiels au moins, la Ligue des Droits de l’Homme, l’État-Major dreyfusiste, font beau-

  • coup trop de cérémonies, de commémorations. De l’action vaudrait mieux.

Ne pas être un homme de parti, ne pas être un journal de parti, ce n’est pas seulement ne pas être l’homme, et ne pas être le journal des partis existants; c’est aussi : ne pas être l’homme ou le journal d’un parti nouveau, de son propre parti, du parti que l’on fait autour de soi. C’est avant tout ne pas fonder de parti. Nous serons heureux que Pressensé fasse entendre en faveur des peuples poursuivis une voix autorisée; mais s’il est vraiment le mandataire de ces peuples auprès de nous, il ne peut intervenir dans nos querelles intérieures qu’avec beaucoup de ménagements; Sinon il risque d’aliéner à ses clients les hommes ou les partis français dont il se ferait des ennemis propres; et il risque de se faire avantager dans la lutte politique de Pautorité qu’il doit à cette noble fonction, avantage qui serait injuste. Pressensé a ici une situation comparable à celle de Quillard. J’ai toujours peur quand je vois un ‘À homme comme Quillard mêlé à nos débats. Quillard ! est vraiment parmi nous l’ambassadeur des Arméniens persécutés. De tels hommes ont vraiment parmi nous un droit d’asile, un droit souverain, une exterritorialité. Un tel privilège demande en réciproque un discerne- À ment, une discrétion souveraine. j Si Pressensé veut plaider à la tribune en toute liberté, à en pleine autorité politique et morale pour les peuples opprimés, il devient indispensable qu’il renonce à la haute situation professionnelle qu’il occupe dans un grand journal bourgeois du soir. Déjà la double situa: tion qu’il avait dans ce grand journal bourgeois modéré opportuniste et à l’Aurore n’allait pas sans quelque difficulté. On répondait qu’il fallait bien, fournissant à l’Aurore du travail gratuit, qu’il continuât de gagner

honnêtement sa vie de son métier. D’abord il faudrait savoir si le métier de journaliste est un métier neutre que l’on puisse continuer en tout état de cause pour gagner honnêtement sa vie, quoi que l’on fasse, quoi que l’on écrive, et où que ce soit. Puis je ne crois pas que ces raisons du travail gratuit vaillent dans la morale de la solidarité. Comme elles revenaient précédemment à compenser une aumône par un privilège, elles reviennent ici à compenser une aumône par une licence, par le privilège d’une licence. La vraie solution, la solution normale, régulière, et surtout la solution socialiste, c’est-à-dire celle qui assurait la bonne administration du travail, était que Pressensé fût rémunéré à l’Aurore pour son travail, juste assez pour vivre, eb que l’Aurore marchât ; ainsi le cas de conscience ne se fût pas même présenté. Or pour beaucoup de cas de conscience, en particulier pour les économiques, la meilleure solution est souvent d’instituer une situation où ils ne se posent plus.

Le maintien de Pressensé dans le grand journal du contre les socialistes, contre les Arméniens, des effets de tribune un peu faciles.

Ce qui me fait croire que la Ligue des Droits de l’Homme a une politique, et Pressensé aussi, au moins dans l’Aurore, c’est la manière dont on a traité Gohier, dont Pressensé a traité Gohier. On sait que Gohier a quitté l’Aurore, de son plein gré, sur un incident, quelques jours avant les élections. Les accusations de Gohier contre Jaurès battaient dans l’Aurore côte à côte avec la place, avec l’emplacement où Pressensé

pouvait faire imprimer ce qu’il voulait. Il n’a pas dit un mot. Entre ces deux hommes dont l’un était son ami et l’autre son collaborateur, il a passé inattaqué, inattaquable; comme les sages pendant la Terreur, il a vécu; j’aurais préféré qu’il prît au moins parti pour Gohier. On me rapporte un propos, et si mes renseignements sont inexacts je serai heureux d’enregistrer une rectification. C’est un propos de salle de rédaction, pour qui on ne demandait pas le secret, pour qui on ne m’a pas demandé la confidence. On parlait devant Pressensé de À ma brève intervention dans l’affaire Jaurès et du beau cahier, Études Socialistes, que nous avons formé en articles de Jaurès. Il a eu tort, dit Pressensé ; il ne faut pas soutenir Jaurès, parce qu’en ce moment sa politique fait le plus grand tort au socialisme. Ainsi Pressensé journaliste et ancien dreyfusiste, autant qu’il était en lui, dans la mesure de son action, traitait l’affaire Jaurès par le silence, qui est l’appro- î priation, l’adaptation individuelle du huis clos; etquand il en parlait il abandonnait Jaurès. Mais je le demande, ‘4 qu’est-ce qui était en cause ? Etait-ce de savoirsila politique de Jaurès était mauvaise, ou était-ce de savoir si Jaurès, au sens littéral des mots, avait trahi. ‘à Confondre les deux questions, répondre sur la pre- À mière quand c’était la deuxième qui était posée, répon- ‘x & dre sur la première comme si c’était la deuxième, voilà Kat ce que je nomme de la politique ; et c’est en ce pre- ‘3 mier sens que je dis que Pressensé fait de la politique. Survinrent les élections. Brusquement on se débarrassa de Gohier. Nous publierons bientôt le dossier de

cette affaire. Des pièces que nous publierons, des renseignements que j’ai, des renseignements qué nous aurons quelque jour, il semble malheureusement résulter que l’expulsion de Gobhier fut un coup de politique. Entre qui fut-elle concertée ? Vaughan adopta brusquement une attitude que rien ne faisait prévoir. Pressensé — encore le huis clos — n’écrivit pas un mot pendant la crise. Il allait à Lyon, travaillait sa candidature. Tout à coup, Gohier parti, Pressensé se trouve le prince du nouveau journal — voir le discours de Lagardelle.

Ainsi Pressensé n’a pas affronté Gohier, qu’il fallait affronter ; il a éliminé Gohier, qu’il ne fallait pas éliminer. Il a éliminé quand il fallait affronter. Il n’a pas affronté quand il fallait affronter. Affronter, c’est-à-dire opposer des raisons, en toute liberté économique. Éli-

L miner, c’est-à-dire opposer des servitudes économiques.

Quand je vois ce qu’a duré Allemane au feu de fièvre de la politique parlementaire, je me demande ce que

Soit dit sans offenser Pressensé, Allemane paraissait un rude homme.

J’ai l’impression que Pressensé va monnayer en politique son capital de dreyfusisme; quand je dis capital, je suis le premier à déclarer par là qu’il avait acquis beaucoup par son courage.

Ligue des Droits de l’Homme. C’est toujours la même hésitation. La Ligue a pris part aux élections. Elle a fait juste assez de politique pour compromettre son action dans les autres domaines. Elle en a fait juste assez peu pour ne pas enfoncer la Ligue de la Patrie

Certains dreyfusistes, oubliant trop ce qui reste à faire, n’ont pas oublié assez leurs mérites et leurs histoires. Nous connaissons ces événements, dont nous fûmes une petite part. Et on nous en a déjà parlé beaucoup. M. Trarieux prononce un dernier discours. C’est un toast au colonel Picquart : Le 9 juin 1898, ma maison a été le théâtre d’un crime d véritable. C’est chez moi qu’a été arrêté le colonel Picquart. (Mouvement) Je comprends ce mouvement. On ne s’attendait plus à cette révélation. Depuis le 9 juin 1898 il coule de l’eau sous les ponts et il y a eu beaucoup de crimes À véritables. Ne nous laissons pas fasciner. Ne tombons ï pas dans le fétichisme. j Socialisme. Si les partis socialistes ont perdu aux À élections, il ne semble pas que le socialisme lui-même ù ait été atteint. Ilne pouvait pas beaucoup perdre parce que dans la réalité il n’a pas beaucoup. La déperdition ‘1 apparente vient au contraire de ce que l’on avait embauché hâtivement dans le socialisme, et classé sans contrôle, par vanité, par mensonge, par politique, une innombrable quantité de non socialistes ; de mécon- ! ai : tents, de brouillons, ou de réactionnaires, parmi les ï socialistes-révolutionnaires ; de radicaux parmi les li Jaurès a bien raison de dire que pour la première fois depuis la fondation de la troisième république les élections indiquent formellement une majorité, un

ministère. Cela prouverait en faveur du régime parlementaire. Malheureusement la majorité indiquée est celle du seul parti en France qui n’ait aucune idée. Le ministère indiqué est celui du seul ministrable qui ne veuille plus avoir la présidence du conseil.

On a souvent reproché au parti radical de manquer d’hommes. Cela est vrai. Mais il y aurait lieu d’examiner s’il ne manque pas d’hommes parce qu’il manque totalement d’idée. Le nationalisme a un sens. L’opportunisme a un sens. Le mélinisme a un sens. Le socialisme révolutionnaire a un sens. Le socialisme opportuniste à un sens. Le radicalisme et le radical-socialisme Waldeck s’en va. Il n’attend pas même le débat liminaire et la sanction que demandait Jaurès. Immédiatement on sent que les vieux bafouillages vont recommencer. Les potins politiques reprennent le même son qu’il y a cinq ans, onze ans, seize ans.

Quelle situation nous est désormais faite parla domination sénile du radicalisme et du radical-socialisme, c’est ce que nous examinerons dans un des premiers cahiers de la quatrième série.

Le Petit Sou ne paraît plus depuis le 15 de ce mois né du caprice d’un capitaliste véreux, l’organe officiel de l’Unité Socialiste Révolutionnaire, Parti Socialiste de France, est mort comme il était né.

Vendredi 23 mai 1902. Pressensé ne parle plus que è de politique, et de politique parlementaire. Après avoir parce que M. Waldeck-Rousseau ne quittait pas le pouvoir, il querelle aujourd’hui M. Waldeck-Rousseau h parce que M. Waldeck-Rousseau quitte le pouvoir. di Enfin M. Waldeck-Rousseau n’est pas à ses ordres. À

Nous lisons dans l’Aurore de ce matin : Voilà, paraît-il, qui est une affaire faite. M. Waldeck- À Rousseau n’entend pas seulement quitter le pouvoir : il est he démissionnaire, il n’a pas voulu attendre la nouvelle Chambre, il a placé le pays, le président et le Parlement en face d’un fait accompli. di .…. C’est précisément cette manière de voir qui me faisait Ni et me fait encore envisager la continuation du ministère Waldeck-Rousseau — avec les quelques modifications né- mr: cessaires — comme l’issue la plus naturelle et la plus heureuse de la crise électorale. Des volontés, qu’il n’eût peut-être pas été impossible à M : un certain moment de plier à un meilleur parti, en ont dé ’ cidé autrement. On me permettra de regretter que le minis- “M ière même, s’il croyait devoir passer la main, p’ait pas. KES compris la haute utilité, je dirai presque la nécessité morale lt et politique d’une rencontre avec la Chambre. “ra à L’esprit de la Constitution, tous les précédents du régime parlementaire faisaient presque une loi de cette comparu- A tion suprême qui, après tout, peut seule assurer la réalité et l’efficacité des responsabilités politiques. Dans les con” jonctures actuelles, l’intérêt majeur de la cause républicaine demandait un grand débat dans lequel le passé eùt été mis en pleine lumière et l’avenir dégagé. à

: La Chambre est novice. Elle vient à peine de naître.

_ Toute assemblée a besoin, à ses premiers pas, d’une main

_ ferme qui la guide, qui l’oriente, qui lui fasse voir ce qu’elle

. veut, qui l’accouche, en quelque sorte, de ses volontés ob- seures dont son expérience n’a pas pleinement conscience. Et cela était plus nécessaire que jamais avec un Parlement où sans doute le nationalisme, écrasé malgré un effort désespéré, est en minorité, mais où la majorité comprend des éléments douteux — ou douteurs — et n’a que des

Déjà nous constatons le regrettable effet de cette espèce d’abdication préalable. Dès que l’on a senti que la main d’un véritable homme d’Etat ne tenait plus la barre…

Je ne puis parvenir à me passionner pour ces questions. Nous avons reçu deux désabonnements qui tiennent au Mouvement Socialiste; nous espérons que ce mouvement s’arrêtera là; je veux croire que Lag’ardelle dis- suadera ses amis de jouer ce jeu dangereux.

Je demande à ceux de nos amis qui le peuvent de rester abonnés au Mouvement Socialiste. Notre consti-

. tution nous interdit de donner à nos dissentiments des

Un avenir prochain fera voir qui étaient les véritables amis de Lagardelle, de ceux qui ont tout fait, qui ont risqué la rupture même et l’inimitié pour l’empécher de tomber dans la politique et dans le journal, ou de ceux ” qui, parce qu’ils y avaient avantage, l’y ont encouragé.

Nous pouvons évaluer à cinq mille francs le dommage que les élections nous auront causé, par abaissement de recettes; nos souscriptions ont baissé d’un millier de francs presque; nos abonnements anciens nous ont rendu moins; nous n’avons pas reçu d’abonnements nouveaux ; nous avons moins vendu de cahiers séparés; nous avons moins vendu de livres en librairie. Nous publierons le bilan de la troisième série dans le premier cahier de la quatrième. Alors nous pourrons mesurer plus exactement la déperdition que nous avons

Depuis quelques jours nos recettes remontent; mais il est évident que nous ne pouvons plus rattraper le retard ; l’année est fortement avancée; dans dix semaines auront commencé les examens et les vacances.

Nous sommes ainsi conduits à effectuer dès cette année une opération que je gardais pour le commencement de la quatrième série.

On sait comme j’ai fondé ces cahiers. Non seulement je n’avais plus un sou, mais j’avais mis dans l’action beaucoup plus que je ne possédais. Au lieu donc de commencer, comme on le doit, avec un capital, je commençai avec une dette. Je ne pouvais ni ne voulais ni ne devais faire autrement. Ma témérité fut grande, mais ceux-là seuls qui pourraient me la reprocher, les miens, n’ont pas la pensée de me la reprocher.

Pour assurer la marche des trois premières séries, je m’engageai personnellement ; un abonné de la première heure eut le courage de m’avancer plusieurs milliers de francs. Je dus, sur ce premier établissement, asseoir

  • trois années de travail. Ce fut difficile. Nous avons tous lu dans les images d’Épinal ce conte véridique. Le père en mourant n’avait plus que dix-huit sous ; qu’il partagea également entre ses trois fils; le plus jeune, ayant pleuré le père; s’en fut à pied à la ville voisine; où il acheta pour six sous de rubans et _ dentelles ; qu’il revendit huit sous aux femmes dans les villages ; puis il s’en fut à la ville voisine; où il acheta pour huit sous de rubans, déntelles et merceries; qu’il revendit pour vingt sous dans les villages; puis il acheta un âne; qui portait les épiceries sur son dos; puis il acheta une petite voiture; et un cheval ; et une ! maison ; et une femme; et des enfants; et un château où il reçut fraternellement, sur ses vieux jours, son frère le soldat, qui avait une jambe de moins; et son frère le viveur, qui enfin revenait aux joies de la Tel fut mon sort, pour les débuts s’entend. Je | dus à chaque fois spéculer sur le bénéfice de l’opé- HD ration antérieure pour en constituer la mise de fonds de l’opération suivante. Or ce procédé pouvait. réussir au temps que nous étions petits. Et même alors il avait commencé à se démoder. Il était bon du temps de Louis-Philippe, et sous le gars Napoléon: Un Rességuier pouvait alors édifierune immense fortune. Aujourd’hui, par le progrès de la concurrence commerciale, toute opération financière exige une mise de fonds. Quand on veut faire des tramways, des savons ou des

3 corbillards, on commence par constituer un capital.

de Nous vivons dans une société où le jeu du crédit est il devenu si puissant que travailler longtemps comme s’il é n’y avait pas le crédit est fictif et deviendrait dange-

Pour faire les cahiers, selon la loi commune, il faut constituer un capital. Nous n’avons pas constitué ce capital au commencement de la première série; nous

| avons voulu travailler d’abord, marcher, vivre, faire nos preuves; nous avons tenu tant bien que mal pendant la première série.

Nous n’avons pas constitué ce capital au commencement de la deuxième série; pour la même raison; le lancement n’était pas achevé; nous avons tenu tant bien que mal pendant la deuxième série.

Je voulais constituer ce capital au commencement de

; la troisième série ; je pensais dès lors que les élections nous feraient la vie diflicile; mais je savais aussi que Lagardelle et Besnard cherchaient des fonds pour constituer un capital au Mouvement Socialiste hebdomadaire; que cela n’allait pas tout seul; je savais qu’il est toujours difficile de trouver des fonds; je savais qu’au moins pour une certaine somme les réservoirs où nous puiserions seraient les mêmes; je m’effaçai devant Lagardelle et Besnard; comme je m’étais effacé devant Lagardelle plusieurs fois déjà depuis le commencement du Mouvement; je pensai que nous pourrions attendre au commencement de la quatrième série; nous avons tenu tant bien que mal pendant la troisième série.

Je voulais constituer ce capital au commencement de la quatrième série ; nous ne pouvons tenir jusque-là nous avons souffert des élections plus que je ne m’y

attendais ; l’accroissement de nos opérations exige un fonds d’accroissement, un fonds de roulement plus considérabie que je ne n’y attendais.

La librairie demande un fonds de trois mille francs ” quelle que soit la diligence de nos clients, ïl y a toujours trois mille francs de livres que nous avons payés aux commissionnaires et que nos clients ne nous. ont pas payés encore, soit que nous les ayons en magasin, à disposition, soit que nous les ayons livrés

La papeterie des cahiers nous demandera bientôt un

Les éditions des cahiers nous demandent un fonds de cinq mille francs ; il y a déjà cinq mille francs de cahiers que nous avons payés aux imprimeurs et que nous n’avons pas vendus encore ; toute maison d’éditions est dans le même cas ; mais toute maison d’éditions sérieuse a des capitaux.

Ce fonds de marchandises ne pourra que s’accroître il est indispensable que nous fassions de forts tirages pour la plupart de nos cahiers; c’est l’intérêt commun des auteurs, du publie, des cahiers ; nos éditions se vendent lentement, mais régulièrement; plusieurs de nos cahiers sont déjà épuisés; plusieurs sont en épuisement.

Ainsi notre situation générale est assez bonne; l’inventaire, où entre la valeur des marchandises, est bon le bilan, où n’entreraient que les recettes en espèces, laisse à désirer. Or on ne paie pas ses traites avec des

Pour spécifier que cette opération n’estpas un emprunt effectué en cours de route, mais l’emprunt initial des

cahiers effectué avec trois ans de retard, nous le nommons emprunt de fondation. Pour la même raison, et pour que cette opération soit faite une fois pour toutes, il faut qu’elle soit complète; * nous ne pouvons marcher bien à moins d’avoir obtenu vingt mille francs; c’est le prix d’un arrondissement Ÿ bon marché; il nous faut l’année prochaïne un fonds de roulement plus considérable que cette année, pour _ l’accroissement normal de nos cahiers, et pour l’accroissement de leur nombre dans la série. La bonne copie abonde. Nous avons pour le commencement de la quatrième série plusieurs cahiers tout faits etles meilleures promesses. La véritable moyenne, la moyenne réelle entre le mensuel, qui produit douze numéros par an, et lhebdomadaire, qui en produit cinquante-deux, est beaucoup plus près de trente que de vingt. Dès la prochaïne série nous tâcherons de donner un peu plus de Il nous faut en outre un fonds de roulement permanent pour effectuer des lancements administratifs de plus en plus larges. Pour simplifier l’opération nous partageons les vingt mille francs de l’emprunt en deux cents parts de cent francs ; ceux de nos abonnés qui ne pourront souscrire une part entière s’entendront d’eux-mêmes à plusieurs pour constituer une part. Je me permets de recommander ce procédé à nos abonnés pauvres, qui sont nombreux. A nos abonnés très pauvres, qui sont plus nombreux, je me permets de faire cette loyale déclaration : nous ne leur demandons rien cette fois-ci; nous savons qu’ils ne

peuvent pas nous envoyer plus qu’ils ne nous envoient

  • régulièrement; nous ne voulons pas que pour nous envoyer aujourd’hui une souscription extraordinaire ils manquent à leurs devoirs d’état ou à leurs devoirs de = famille, qui sont les premiers devoirs ; nous ne sommes pas des chefs qui font massacrer des troupes en leur affirmant que la garde civique ne tirera pas; nous sommes simplement des ouvriers qui travaillons le plus que nous pouvons, du mieux que nous pouvons, avec le plus des meilleurs collaborateurs que nous pouvons. Dans ma pensée donc le présent appel ne s’adresse pas à ceux de nos abonnés qui sont très pauvres. Il s’adresse à tous les autres. Que ceux qui sont pauvres s’entendent plusieurs pour souscrire une part; que ceux qui le peuvent souscrivent une part entière; que ceux qui le peuvent souscrivent plusieurs parts. Pour faciliter le placement les titres de parts seront groupés par carnets de cinq. Ainsi on pourra souscrire un carnet et répartir ensuite les parts entre ses amis. Les carnets seront prêts le 28 mai. Pour faciliter la libération des titres, les titulaires des parts s’acquitteront à leur volonté ou en souscrivant ou par cinquièmes, c’est-à-dire : $ vingt francs avant le 28 juin; d vingt francs avant le 28 juillet; “4 vingt francs avant le 28 août; vingt francs avant le 28 septembre; vingt francs avant le 28 octobre. Pour que nos cahiers gardent leur autonomie, nous

‘A exigeons que les titulaires des parts soient de nos abon-

Les parts ne porteront pas intérêt.

Elles ne seront pas remboursables.

Nous délivrerons les titres des parts au moment dela libération; les versements partiels seront portés en compte aux titulaires jusqu’à la libération totale.

Juridiquement les sommes versées pour la libération des parts seront affectées, comme un supplément, aux abonnements mêmes des titulaires. Ainsi un abonné qui souscrit une part entière est censé payer cent vingt francs en tout pour un abonnement extraordinaire à la

On n’attend pas que je fasse pour les cahiers un boniment de compagnie financière. Je publierai dans le bilan de la troisième série le résultat de l’opération, et la quatrième série, et Les séries suivantes témoigneront de son effet.

Nous ne pouvons et nous ne devons compter que sur nous-mêmes; sans aucune exception les forces politiques sont contre nous.

Il nous faut au moins deux cents souscripteurs à cent francs ; il est évident que je ne puis pas écrire deux cents lettres particulières ou faire deux cents visites avant la fin de cette année; on n’attend pas que j’aille insister auprès de nos abonnés; je suis assuré que nd ’ tient la présente invitation pour

Beaucoup de nos abonnés veulent bien me reprocher d’avoir l’air malheureux et fatigué. Il est vrai que je ne suis pas heureux. Et il est vrai que je suis très fatigué.

Les deux se tiennent. Je suis fatigué de travail, de souci et de peine. Le travail est encore le moins fatigant. Ce n’est pas le travail qui tue, si lourd qu’il soit. Ce qui tue, c’est le ” travail accompagné de souci et de peine. Je ne recherche pas le souci par plaisir. De mon naturel j’aimerais mieux n’en pas avoir. Mais je ne puis fuir les redoutables soucis des responsabilités matérielles que j’encours. Depuis trente mois je me demande au commencement de chaque mois et tout le long du mois si je parviendrai à faire mes traites pour la fin du mois. Ma valeur de travail en est considérablement diminuée. Il est temps que cela cesse. Il me faut des successeurs. Une responsabilité financière qui écrase une seule tête redevient légère répartie sur deux cents budgets. Ma situation personnelle 6st depuis je ne sais quand descendue au-dessous du minimum indispensable. Je ne recherche pas la peine. J’avais fondé sur la génération dont je suis les espérances les plus grandes. J’avais tort, et j’étais bête comme un enfant. Mais la désillusion n’en est pas moins amère. Lagardelle sera le dernier homme en qui j’aurai mal placé mes illusions. Le tour que me joue le Mouvement en contribuant à à étouffer les cahiers, et en devenant une revue de parti, < m’aura fait la dernière blessure dont j’aurai à me cicatriser. ‘ j: On doit s’y faire; les années passent; lhabitude vient; libres de toute haine et de toute illusion, mais non pas libres de toute vigueur et de toute fraîcheur, nous travaillerons dans la sérénité, dans la santé, dans la morale, au seul indispensable enseignement de nos K:

enfants; nous continuerons à travailler du mieux que nous pourrons; je ne demande qu’à faire aux générations suivantes le crédit maximum que j’ai fait à ma Mes amis veulent bien se préoccuper de ma santé; ils me font commandement d’avoir à me porter mieux. Je ne demande qu’à me porter bien. Mais il me faut trois mois de vacances, et il n’y a pas de vacance véritable pour qui porte seul une excessive responsabilité. On nous reprochera de lancer l’emprunt des cahiers à une date où les élections ont épuisé le marché. On fait comme on peut, et je ne suis pas politique. Nous avons consciemment encouru ces conditions défavorables pour laisser passer, au commencement de cette année, l’emprunt du Mouvement ; il y aurait de l’injustice à nous en faire porter une responsabilité pénale. Je m’adresse aux véritables hommes d’affaires, à ceux qui savent la valeur de l’argent, et je leur dis Sans doute les élections ont coûté cher aux partis républicains ; mais les prochaines élections coûteront beaucoup plus cher si vous laissez languir d’inanition pendant les quatre oules six ans qui viennent les organes réguliers de l’indispensable vérité. À dépense égale, nos ! cahiers fournissent, comme je le montrerai dans le bilan de la troisième série, un rendement maximum. Enfin, à travail égal, et à rendement maximum, une entreprise qui a un fonds de roulement revient moins cher qu’une entreprise qui frotte.

Pour assurer la bonne et prompte administration de l’emprunt, je serai en permanence aux cahiers le mer-

  • credi et le jeudi, de huit heures à onze heures et de une heure à sept heures, toutes les semaines, jusqu’au Au moment où nous mettons sous presse, nous lisons dans le compte rendu officiel du banquet Pressensé que Pressensé et Vaughan font un appel de fonds pour Aurore. Nous espérons que nos abonnés communs sauront faire la part des deux, garder pour les cahiers la part de souscription modeste où ils ont droit. Nos cahiers ne peuvent pas s’effacer indéfiniment devant nos camarades plus favorisés.

Il va de soi qu’au-dessous de cette opération extraor- M dinaire la nutrition de nos cahiers doit continuer par, tous les moyens ordinaires, souscriptions et abonnements, librairie et papeterie. }:

Vient de paraître à la Société Nouvelle de librairie et _ d’édition, en vente à la librairie des cahiers

Quatrième congrès générai du Parti Socialiste Français, tenu à Tours du 2 au 4 mars 1902, compte rendu sténographique officiel, un fort volume in-18 de Ce volume contient le texte sténographique des six séances du congrès de Tours, — le procès-verbal des

_ séances de la commission du programme, — le texte des projets de résolutions présentés au congrès et des résolu- * tions adoptées : Déclaration de principes, Programme politique et économique, modifications apportées aux Statuts du Parti socialiste, résolutions relatives à la Presse du Parti, à la participation au gouvernement bourgeois, aux élections, etc., — les différents rapports présentés au — la liste des fédérations représentées au congrès et de leurs délégués. Il est complété par un index des orateurs et une table analytique des matières.

Ce volume vient se joindre aux comptes rendus ofliciels des Congrès généraux des organisations socialistes françaises publiés précédemment par la Société Nouvelle de librairie et d’édition en 1899, 1900 et 1907.

A chacun d’eux est jointe la liste complète des groupes ou organisations qui ont pris part au congrès.

L’utilisation de tous ces documents est rendue très facile par les divers index et tables dont est muni chaque volume. Mais, pour faciliter encore Les recherches dans la série des quatre comptes rendus, et aussi pour donner un tableau d’ensemble des questions étudiées dans les congrès du Parti socialiste, la Société Nouvelle de librairie et d’édition a fait dresser une

Table analytique des matières contenues dans les comptes rendus des Congrès généraux des Organisations Socialistes Françaises. — Paris 1899, Paris 1900, Lyon 1901, Tours 1902, une brochure in-18 de 24 pages o franc Nos Cahiers sont édités par des souscriptions mensuelles régulières et par des souscriptions extraordinaires; la souscription ne confère aucune autorité sur la rédaction ni sur l’administration : ces fonctions

des abonnements de souscription à cent francs; des abonnements ordinaires à vingt francs; et des abonnements de propagande à huit francs.

Le prix de nos abonnements ordinaires est à peu près égal au prix de revient; le prix de nos abonnements de propagande est donc très sensiblement inférieur au prix de revient.

Nous ne consentons des abonnements de propagande que pour la France et pour la Belgique.

Nos cahiers étant très pauvres, nous ne servons plus

Nous acceptons que nos abonnés paient leur abonnement par mensualités de un ou deux francs.

Pour savoir ce que sont les Cahiers de la Quinzaine, il suffit d’envoyer un mandat de trois francs cinquante à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers,

8, rue de la Sorbonne, Paris. On recevra en spécimens à six cahiers de la deuxième et de la troisième série.