III-21 · Vingt-et-unième cahier de la troisième série · 1902-08-05

Pour la Finlande

Jean Deck

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, lité, Pressensé est l’auxiliaire conscient ou non du vaste …_ mouvement tournant qu’on organise sur toute la France k afin de former un « grand parti républicain » pour Ë Que fait pendant ce temps le « cher ami » de M. de 4 Pressensé ? Il appuie de son mieux le mouvement tour7 nant en question. Entre temps, pour mieux moraliser à les masses, il fait en deux colonnes l’apologie de la « bonne cuisine bourgeoise » (Petite République du 20 juin), thème évidemment plein d’à propos dans une feuille qui se donne pour l’organe des meurt-de-faim et où le mot de « prolétariat », tout au moins, est l’objet de développements attendris; ou bien il magnifie l’Angleterre (Petite République, 26 juin). Soucieux à son tour de justifier la parole du maître : « Nous ne sommes pas des ascètes », M. Gustave Téry identifie le christianisme primitif avec une vaste entreprise de paresse, il écrit cet axiome stupéfiant : « On peut se représenter le chrétien primitif comme un lazzarone du Midi ». Voilà le peuple bien renseigné ! Le christianisme fut oppresseur de la conscience, c’est pourquoi nous le détestons. Mais il ne faut pas calomnier ses adversaires. En tout cas, on est tenu de connaître les sujets que l’on traite. Sans renvoyer M. Téry aux Pères de l’Église, ni même à une lecture superficielle des Actes des Apôtres ou des Épitres de saint Paul, le public peut s’étonner qu’un agrégé de l’Université ait une connaissance assez imparfaite de Pascal et surtout de Bossuet pour offrir un portrait si fantaisiste du christianisme primitif.

On voit par ces exemples, que nous pourrions multiplier, quel fruit doit retirer le peuple à lire /a Petite République ! Jaurès a tort de croire que la lutte contre

la « Sociale-Lucullus » est « presque éteinte ». Ce n’est point parce qu’une voix s’est tue… momentanément que nous tous allons abdiquer nos consciences et cesser d’avoir l’œil sur nos chefs et sur leurs journaux. Et pourquoi dire encore « nos chefs »? Laissons-les à ceux e qui ont besoin d’obéir. Le meilleur service que nous puissions rendre à l’humanité est de lui montrer ce que valent ces fameux chefs, de manière à chasser la vénération par le dégoût. Les idées seront mieux servies j quand les hommes le seront moins. Plusieurs de nos abonnés, de situation modeste, nous L ont demandé S’il était utile d’envoyer à M. Pierre À sement, l’adhésion dont nous avons publié la formule page 157. Je ne suis pas suspect d’aimer les manifestations vaines. Si donc nous avons publié cette formule dans le cahier, c’est que l’adhésion avait de l’efficacité. à Les affaires d’Arménie, de Roumanie, de Russie, de Finlande sont de celles où ce qu’on nomme lopinion ‘à française a quelque poids. Il est d’ailleurs évident e que l’ensemble de nos abonnés forme une importante b partie de l’opinion française. Enfin nous socialistes à nous n’admettons pas que la modestie des situations soit un empéchement à la manifestation d’une opinion libre.

Nos anciens abonnés savent que nos cahiers ne paraissent pas pendant les vacances; ou, pour parler ps _ exactement, nos cahiers paraissent par séries, les 2 séries commencent et finissent avec l’année scolaire. _ Nous prions ceux de nos abonnés de province qui à seront pendant les vacances de passage à Paris de vou-

. loir bien venir nous voir au bureau des cahiers, 8, rue

de la Sorbonne. Un entretien d’un quart d’heure avance

$ F plus le travail que la correspondance la plus longue. Je

serai aux cahiers tous les jeudis de huit heures à onze ES heures et de une heure à sept heures, excepté du sa 25 août au 20 septembre, où je fais mes vingt-huit jours. ” : Pendant la première semaine des vacances, où les déplacements sont le plus fréquents, du 28 juillet au d 2 août, je serai en permanence au bureau des cahiers, F tous les jours, aux mêmes heures. C Nous prions nos abonnés de vouloir bien nous indi_ quer sans tarder, s’ils peuvent, à quelle adresse exactement nous aurons à leur envoyer les cahiers de la | quatrième série ; c’est en effet pendant les vacances que nous préparons les feuilles d’étiquettes pour tous les à envois de la série suivante. Nous aimons mieux, pour | la bonne administration de nos envois, avoir sur nos | listes l’adresse particulière, en ville, que l’adresse au lycée, au collège, à l’école, au bureau. è Nous prions nos abonnés de vouloir bien nous conti- < nuer pendant les vacances leurs souscriptions menz suelles, au moins égales ; c’est en effet pendant les vacances que nos budgets à petite extension deviennent le plus souples. Nous prions nos abonnés de vouloir bien utiliser leurs

déplacements de vacances pour nous trouver de nou-

: veaux abonnés ; nous sommes en mesure d’envoyer L2 encore au prix de l’abonnement ordinaire des troisièmes

Ce cahier, comme l’a dit Guieysse, et le dixième cahier ‘de la troisième série, ont été faits pour mettre nos abonnés au fait de la situation actuelle, comme elle se présentait au commencement de l’année scolaire 1901-1902, après la période de formation. Pour tenir nos abonnés au courant, nous publierons des notices toutes : les fois qu’il y aura des éléments vraiment nouveaux.

paraissant vingt fois par an 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

Nous mettons ce cahier dans le commerce; eyes AC RES ER

84 ; avons publié du même FER NC

Do 0 Pour la Finlande

À | 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

2 Même en restreignant la question finlandaise au conflit À 3 politique actuel, la bibliographie en serait trop longue ï 5 pour que je la donne ici en entier. De plus, les ouvrages k qui traitent de la question sont pour une grande part écrits 1 en langues peu connues en France, même par le publie #4 lettré. Je me bornerai à indiquer les ouvrages principaux É , propres à orienter ceux qui désireraient étudier de plus E près la question. J’ajoute qu’une bibliographie à peu près sé complète a paru dans : ti D 1. Finnländische Rundschau, première année. Leipzig, t’en 4 ainsi que dans la brochure de : FL e ne cite que les travaux en langues allemande, anglaise, . française ou russe.]

4 Il existe deux histoires générales de la Finlande, toutes k deuxième édition suédoise en cours de publication.]

La géographie du pays est exposée dans l’ouvrage édité ” par la Société de géographie de Finlande : J 5. Atlas de Finlande, Helsingfors, 1899 : un atlas de ‘à 32 feuilles in-folio et un volume de texte de 479 pages [Numéro 17 du Fennia, Bulletin de la Société]. Les conditions économiques sont exposées dans les 6. Notices sur la Finlande, publiées à l’occasion de l’Exposition universelle à Paris en 1900, Direction de l’industrie. Cette publication, qui dénote naturellement un peu d’optimisme officiel, peut être complétée ou rectifiée par : 7. N. G. FREDERIKSEN : La Finlande. Économie publique et privée. Paris, Société nouvelle de librairie et d’édition, 1902, un volume, 438 pages. [Publié d’abord en danois. L’édition française est remaniée et corrigée sur certains points.] Sur la constitution et les questions constitutionnelles, on peut consulter les ouvrages suivants 8. La Constitution du Grand-Duché de Finlande. Paris, Société nouvelle de librairie et d’édition, 1900, un volume, 199 pages. [Contient les textes des lois constitutionnelles, avec un commentaire des deux plus anciennes.] 9. L. Mec : Précis du droit public du Grand-Duché de Finlande. Paris, Guillaumin, 1886. [L’ouvrage est épuisé le contenu en est repris dans le suivant.] 10. L. Mecneuix : Das Staatsrecht des Grossfürstentums À : Finnland dans Marquardsens Handbuch des ôffentlichen , 11. R. HERMANSON : Ein Beitrag sur Beurteilung der L slaatsrechtlichen Stellung des Grossfürstentums Finnland. è | Leipzig, Duncker und Humblot, 1900, une brochure. [Résumé s d’un ouvrage en suédois du même auteur sur « Le droit public de la Finlande ». La doctrine y est sur certains ne points différente de celle de M. Mechelin.]

x Enfin il faut faire une place à part à deux grands ouæ vrages écrits en collaboration et traitant de l’ensemble de ‘1 4 la vie finlandaise : FA 12, La Finlande au dix-neuvième siècle. Décrite et illustrée à

ta: par une réunion d’écrivains et d’artistes finlandais. Deuxième fs sk ; édition, Helsingfors, Edlund, 1900, un volume, 386 pages

‘à 13. D. Protopopoff [et autres]: Finijandja. Saint-Péters-

| bourg, Hopovoï, 1898, un volume, 480 pages [en russe].

Le livre qui leur donna naissance est l’ouvrage russe de

‘À 14. K. Orne : Pokorenje Finljandij. [La conquête de la

Russischen Reiche. Helsingfors, Weilin et Güôs, 1891, un vo- : lume, 199 pages [traduit sur la deuxième édition de l’origi- | nal en suédois]. Il existe aussi une traduction anglaise parue | Parmi les ouvrages ou pamphlets russes, il suffit de citer” 16. Th. ELÉNErF : Les prétentions des séparatistes finlandais. Aperçu critique de la doctrine séparatiste en Finlande, Paris, 1895, et !

x 19. P.-J. Messarocu : F’inljandja. — Gosudarstvo ili russ- ke kaja okraina? [La Finlande est-elle un État ou une province russe], Saint-Pétersbourg, 1897 [se distingue par l’ardeur de

4 ses sentiments antifinlandais].

à On trouvera en outre des renseignements sur l’action des: comités réunis à Saint-Pétersbourg pendant la période

ô 18. Réponse à la brochure officielle « Le manifeste impé-

Fi rial du 3 février 1899 », 70 pages [non mis en vente].

‘ B. — Le manifeste de février 1899 et ses conséquences

S Un grand nombre de juristes français et étrangers se X sont prononcés sur cette question. On ne peut ici les citer , tous. IL a paru à Leipzig, chez Duncker, en 1900, trois

Pour la Finlande {7 PEINE CRE (traduit du norvégien), et C. V. NynoLm (traduit du danois). Un livre excellent a paru en Angleterre : j En langue française, citons, outre la Réponse (numéro 18): 20. FRANTZ DESPAGNET : La question finlandaise au point de vue juridique. Paris, Larose, 1901, 84 pages [avec l’adhé- « sion de treize professeurs de droit international]. 21. L. Micuoup et À. DE LAPRADEELE. La question finlandaise. Laval, Barnéoud, 1901, 797 pages. point de vue juridique. Paris, édition de l’Humanité nouvelle, 1900, 208 pages [traduit du hollandais]. Enfin, il a paru des articles dans les principales revues de droit françaises et étrangères, en 1899 et 1900. b) sur les événements eux-mêmes. 23. Le coup d’État en Finlande. Leipzig, Friedrich, 1899, 24. RENÉ Puaux. Pour la Finlande, avec préface d’Anatole France. Paris, Stock, 1899 [avec une bonne introduction . _ résumant l’histoire de la Finlande, et le texte in extenso du manifeste et des actes, pétitions et discours auxquels il 25. Madame BERNARDINI. Le droit des faibles : la Fin- À à lande. Revue de Paris, 1899. Fi la conférence de la Haye. Revue des Revues, 1899. : i Les adresses internationales ont été reproduites en fac- s’ similé dans une publication de luxe : É Ü 27. Pro Finlandia [Stockholm et] Berlin, Mertz, 1889, AC L’histoire de la députation internationale est racontée à

  1. W. VAN DER VLuGr. Pour la Finlande. Paris, édition de l’Humanité nouvelle, 1900, 132 pages [traduit du hollandais], %

it: Le document principal est 7. : 29. Diète de Finlande en 1899. Réponses des États aux pi propositions impériales concernant le service militaire perF. # sonnel. Traduit du texte officiel suédois. Paris, Société D 1 nouvelle de librairie et d’édition, 1900, un volume, 296 pages. #4 De cette réponse, parue aussi en traductions allemande et anglaise, il a été publié une sorte de résumé D. — Sur l’ensemble des événements de 1899. Un exposé complet de ces événements, puisé à des sources sûres, se trouve dans un ouvrage suédois, (1) 31. Ur Finlands nyaste historia (les derniers événements en Finlande). Stockholm, Wahlstrôm et Widstrand, Un organe spécial fondé en Angleterre contient une foule de notices intéressantes et bien informées. En outre, de nombreux articles de revue parurent en France (Léon Denis et VANDERVELDE dans l’Humanité nouvelle, 1899; J. DE CoussANGES dans la Quinzaine, 1899; K Juzren LECLERCQ dans le Mercure de France, 1900; JEAN Decx dans Le Mouvement Socialiste, 1899, etc.), et en Angleterre (en 1899 et 1900 dans Fornigthly Review, Contemporary (1) J’évite en général de citer des ouvrages suédois ou finnois, lorsqu’il existe des équivalents français, allemands ou anglais. Quand il m’arrive de le faire, c’est que ces ouvrages sont les seuls existants sur une question donnée.

u Le recueil de faits le plus complet et en général le mieux 424 a. informé est un journal rédigé en suédois, qui paraît à PAIE | et suivantes, 66 numéros parus. [Deux séries à 20 numéros a. parues, la troisième en cours de publication.] Le journal LA n’a pas de périodicité fixe. ; si 34. Il faut mentionner également la Finnländische RundA schau (voir le numéro 1), [la deuxième année en cours is” de publication]. À I se publie en outre, à des dates encore plus irrégulières, à ie et depuis le printemps de 1900, trois journaux 2 35. Chronique de Finlande, Paris, imprimerie Lhen, 15 nuë méros parus. 5 °6 numéros parus. [Ces deux journaux non mis dans le {A ï [Ce journal est mis en vente.] a

| Parmi les articles de revue, il faut citer : À 4 Dans Le Mouvement Socialiste, deux notices de JEAN Deck \ Dans Pages Libres, un article de RENÉ Puaux (4 janvier s;.

Dans l’Effort de 1900 et 1901, plusieurs articles de RENÉ ‘4 È Puaux et Jean DEcx (en particulier un article sur la presse, À et un référendum sur la question finlandaise). La

La Finlande est placée par sa situation géographique | entre deux États dont l’un, la Suède, s’est de bonne heure répandu hors de la péninsule scandinave vers le sud et vers l’est, et dont l’autre, la Russie, s’est cherché je depuis le commencement des temps modernes une issue vers l’Europe, c’est-à-dire à l’ouest. Elle était Rte presque fatalement destinée à devenir l’objet des con- % | voitises de ces deux empires, à être le champ clos où À se videraient leurs querelles, et finalement à rester la conquête du plus fort. C’est en effet le résumé de son Les circonstances historiques favorisèrent d’abord la Suède, qui, dès le douzième siècle, commença à s’em- c parer du pays, où s’étaient établies des tribus finnoises. La conquête, la colonisation suédoise et la conversion au christianisme marchèrent du même pas. Au seizième siècle le pays, qui constituait une province distincte, reçut le titre de Grand-Duché (Storfurstendüme). Au È (1) Je me suis appuyé surtout, dans cette partie du travail, sur l’introduction de l’ouvrage Ur Finlands nyaste historia. On trouvera aussi un résumé de cette période dans la brochure de M. René Puaux : la Finlande,

Pour la Finlande f dix-septième siècle, le gouverneur général PerBrahe fondait l’Université d’Abo (1) (1640), et déployait dans son administration une activité bienfaisante.

En ce temps, du reste, les guerres avec la Russie avaient déjà commencé. La première fut heureuse pour la Suède, qui, par le traité de Stolbova (1617), acquit des positions avancées sur le golfe de Finlande (en particulier l’Ingrie). Les malheurs du pays commencèrent avec Charles XII. Celui-ci méprisa trop son adversaire russe, Pierre le Grand. La défaite de Narva (1700) ne décou-

; ragea point le tsar, qui profita de l’éloignement de Charles XII occupé en Pologne pour s’emparer de lIngrie et y fonder sa capitale (1705). Il était évident que la Russie serait amenée dès lors à conquérir les pays situés au bord du golfe de Finlande, pour rendre plus sûre la position de Saint-Pétersbourg. Un des 1899 à un Français qui était allé étudier la question finlandaise : (Il nous est impossible d’avoir une frontière à 40 kilomètres de notre capitale. » La réponse est ; d’une justesse plus que douteuse pour cette date ; mais en 1703 elle eût exprimé l’état de choses réel. Les armées russes pénétrèrent bientôt en Finlande. Ce fat la période connue sous le nom de la « Grande guerre » (stora ofreden). Les ravages commis par les Russes furent épouvantables. Presque toutes les usines, (2) Ë

(1) Abo était alors la résidence du gouverneur, et resta la capitale ’

du pays jusqu’à l’incendie de 1827. Après cette catastrophe, le siège j du gouvernement fut transporté à Helsingfors. ‘4

(2) Voir par exemple dans l’Atlas de Finlande l’article sur les manufactures.

à _ présque tous les châteaux furent dévastés. La paix de

  • … Nystad (1721) consacra la victoire de la Russie, qui, outre l’Esthonie, la Livonie et l’Ingrie, gagnait une partie | de la Carélie (le sud et l’est de la province actuelle de En 1741 la guerre reprit entre les deux pays. La Fin- ? lande fut encore envahie et ravagée, et le traité d’Abo (1743) céda à la Russie de nouveaux territoires à l’ouest et au nord-ouest de ceux acquis par elle en 1721. L’abaissement de la Suède et les intrigues des partis finirent par provoquer de la part du roi des mesures énergiques. Gustave III, par le coup d’État de 1772, restaura le pouvoir royal fortement diminué dans la période de gouvernement aristocratique qui avait suivi la mort de Charles XII. Ce coup d’Étataboutit à la promul- : gation d’un acte constitutionnel définissant les droits et les limites du pouvoir royal, la Forme de Gouvernement du 21 août 1772. Ce document, important dans l’histoire de la Suède, l’est encore plus pour la Finlande ; car il devait, à la suite de la conquête russe, rester la charte fondamentale du pays. Il renouvelait dans presque toutes ses dispositions la Forme de Gouvernement de 1680, née elle aussi du coup d’État absolutiste de Charles XI. (1) Il n’est pas inutile de faire remarquer le caractère de cet acte; c’est ce qui explique sans doute dans une certaine mesure que l’autocratie russe ait cru pouvoir s’en accommoder dans le gouvernement de la Finlande. Cependant un changement curieux se produisait dans (1) Voir pour le texte et le commentaire de cet acte: la Constitution du Grand-Duché de Finlande, pages 41-65 et 157-188.

Pour la Finlande ve les esprits en Finlande, depuis les dernières guerres. On gardaïit le souvenir des ravages exercés par les Russes et de l’impuissance où les Suédois avaient été de les empêcher. En outre le sentiment se faisait jour peu à peu que la Finlande constituait une province bien s distincte, et surtout un groupe ethnique à part. C’est du milieu du dix-huitième siècle que date l’éveil de la conscience finnoise ; et, bien que la direction des affaires fat tout entière entre les mains de l’élément suédois, , on commençait déjà à demander que la connaissance du finnois fût exigée des candidats aux emplois publics en Finlande. Il y avait là sans doute les indices d’une orientation vers l’autonomie administrative. Un souvenir de la dernière guerre pouvait encore nourrir ces idées. La tsarine Élisabeth avait en effet publié le 18 mars 1742 une proclamation où elle offrait son appui j aux Finlandais, au cas où ceux-ci désireraient ériger leur pays en un Etat indépendant servant de tampon entre les deux empires. (1) C’est à la réalisation de ce plan que travailla longtemps un homme qui exerça sur les destinées de la Ë Finlande une action très sensible : Sprengtporten. Sprengtporten avait aidé Gustave III dans son coup d’État; mais il devint bientôt un ennemi du roi. Retiré en Finlande en 1781, il s’entoura d’un cercle d’amis : M politiques, rêvant comme lui de l’autonomie de la Finlande. Ils se tournèrent d’abord vers le duc de Sudermanie, frère de Gustave (le futur Charles XIII), lui offrant la couronne de Finlande. Le duc refusa de s’en- à, À (1) La proclamation passe pour avoir été inspirée par Bestoujeff, ancien ambassadeur en Suède. On peut se demander du reste si dE, cet État-tampon aurait gardé longtemps son indépendance. Eee

b gager dans cette aventure. Sprengtporten quitta sa . patrie et entra au service russe (1787). L’année sui- … vante Gustave III s’engageait sans l’avis de la diète

  • dans une guerre contre la Russie. Le théâtre, comme … toujours, en fut la Finlande. L’occasion parut bonne aux amis de Sprengtporten pour réaliser leurs projets. Des échecs survenus au début avaient irrité les troupes; une … sorte de conspiration se forma pour engager des négo-
  • ciations à l’insu du roi (conjuration d’Anjala). Le négociateur envoyé prit sur lui de proposer à Catherine II
  • de reprendre et de mettre à exécution les intentions d’Elsabeth. Malgré l’appui de Sprengtporten, il ne fut pas écouté. De leur côté, les conjurés l’abandonnèrent. Le seul résultat de cette conspiration fut la promulgation par Gustave IIL, le 3 avril 1789, d’un Acte d’union et de sûreté qui renforçait le pouvoir du roi et diminuait celui de la diète. Cet acte est demeuré l’une des lois constitutionnelles du pays. (1) La paix de Wärälä … (1789) rétablit le statu quo. (2) Le moment approchait de la conquête. La faiblesse et l’incapacité du roi de Suède Gustave IV, et les bouleversements produits en Europe par l’ambition napo- … léonienne hâtèrent un événement qui était sans doute (1) Voir Constitution, pages 67-72 et 188-196. (2) J’ai insisté sur ces débuts plus peut-être qu’il ne semble raisonnable au premier abord. Mais il m’a paru que, dans les exposés de la question que je connais, on les avait souvent trop écourtés. L’histoire montre en effet, non seulement que la conquête russe fut de bonne heure une quasi-nécessité historique, mais aussi que la forme spéciale qu’elle a prise, la garantie de l’autonomie finlandaise, n’est pas un acte arbitraire et irréfléchi d’Alexandre I, signé dans une sorte d’accès de libéralisme. C’étaitun plan connu et déjà discuté à la cour de Russie. Toute une partie de l’argumentation russe | s’écroule dès qu’on fait cette remarque. e

Pour la Finlande Re inévitable; à l’entrevue de Tilsit, il fut convenu que, si la Suède refusait d’adhérer au blocus continental, la Russie se chargerait de l’y forcer; pour prix de ceservice, Napoléon abandonnaïit la Finlande à la convoitise moscovite.

{ Pendant l’hiver de 1807, Alexandre I prépara la campagne, qui commença dès les premiers mois de 1808. — L’histoire de la campagne de Finlande (1808-1809) a été plusieurs fois écrite, et par des Finlandais, et par des Russes. L’intérêt de cette période réside surtout dans l’interprétation de l’attitude du tsar, de la diète finlandaise, et des actes qui ont créé le régime actuel. C’est là en effet qu’est Le centre du débat ; et la discussion soulève une foule de questions de droit public, … et même de droit international. Je n’y entrerai pas. Je ne suis pas compétent en ces matières ; un grand nombre de spécialistes se sont prononcés. De plus je crois qu’à l’heure actuelle, pour le public qui s’intéresse à la cause finlandaise, la question purement juridique, l’interprétation de traités vieux d’un siècle est d’importance secondaire. Maïs une conclusion ressort avec netteté du débat: c’est qu’on ne saurait ergoter ni sur le sens, ni sur la valeur de la garantie donnée par

L’empereur se trouva partagé pendant le cours de la campagne entre trois influences : celle de Sprengtpor- i ten, celle d’Araktchéef, ministre de la guerre, et celle À du libéral Speranski. Sprengtporten voulait encore une M

| fois tenter de réaliser l’idée d’Élisabeth, et former À une Finlande indépendante, à laquelle la Russie ren-

En drait même la Carélie, prise en 1721 et1743. Araktchéef à et les militaires proposaient une conquête pure eb À

simple. Speranski était partisan d’une autonomie très

  • | Étant donnée la faiblesse du tsar, sa facilité à subirles Me influences du dehors, et d’autre part son désir de libé- “A3HR Le _ ralisme, les souvenirs de son éducation, il était difficile MR Er | de prévoir quel parti l”emporterait. En fait, l’attitude ip Ph _ du tsar a varié; et les travaux des historiens finlandais à . ont démontré que ces variations avaient été provoquées LE À par les circonstances. AN ne Le début de la campagne fut heureux ; la grande for- di à teresse du sud, Sveaborg (en face de Helsingfors), 1.00 à capitula de bonne heure. Les militaires prirent le des- (2 ci sus; et dans une déclaration aux Puissances, en date Fur _ du 16 mars 1808, Alexandre parlait de la Finlande _ comme d’ « une province conquise par les armes ». — _ Mais les choses changèrent bientôt de face. Le peuple, VA à que l’on contraignait à prêter serment au tsar, com- FUI fe mença une guerre de partisans; les troupes finlandaises, F Ni quoique abandonnées par la Suède, reprirent l’avantage ‘Al ù \ dans l’été de 1808. La campagne menaçait de trainer # Qué Ÿ en longueur. D’autre part, l’entrevue d’Erfurt avait été . 4 1h … loin de resserrer l’amitié napoléonienne ; la perspective D
  • d’une guerre avec la France devenait déjà vraisem- RE fl blable ; et ce pouvait être pour la Russie une cause de À 4h
  • ruine que d’avoir à ses portes une province non encore } TAN _ conquise, ou prête à la révolte au moment favorable. ‘LÉ à La prudence se joignait au libéralisme pour conseiller pe un retour vers les idées de Sprengtporten. Un manifeste Re du 5/17 juin 1808 promit à la Finlande la garantie de pre ses privilèges et une prompte convocation de la diète. PE Tout d’abord, ce fut une députation qui se rendit à ! … Pétersbourg, et exprima les vœux du pays (novembre). s … Sprengtporten, devenu gouverneur général, et Speranski, ‘1 ‘

Pour la Finlande chargé de rapporter les affaires finlandaises, travail laient dans le même sens. Le premier février 1809 était convoquée la diète de Borgä. (1) ; ti Elle s’ouvrit le 27 mars. L’empereur Alexandre était .

venu en personne. Le 29, devant les états assemblés dans la cathédrale, il fit lire par Sprengtporten son acte de garantie des lois finlandaises, ainsi conçu : Acte de garantie de Sa Majesté Impériale à tous les habitants de la Finlande; donné à Borgä, le 15/27 mars 1809 Nous Alexandre I, Empereur et Autocrate de toutes les Russies, Grand-Duc de Finlande, etc., etc., etc., savoir faisons : La volonté du Très-Haut Nous ayant fait entrer en possession du Grand-Duché de Finlande, Nous avons voulu par les présentes ‘confirmer et sanctionner la religion et les lois fondamentales du pays ainsi que les droits et privilèges dont chaque Ordre en particulier, dans le dit … Grand-Duché, et tous ses habitants en général, tantgrands que petits, ont joui jusqu’à présent en vertu des Constitutions. Nous promettons de maintenir tous ces avantages et lois en pleine vigueur sans altération ou changement. En foi de quoi Nous avons signé le présent acte de garantie ” de Notre propre main. l Donné à Borgà, le 15/27 mars 1809. L’original est signé de la propre main de Sa Majesté Après la lecture de cet acte, lés états prêtèrent au tsar le serment de fidélité. Il y eut donc une sorte decontrat. Ce qui le confirme, du reste, ce sont les termes suivants à dans le préambule d’une ordonnance du 4 avril : ÿ | Ayant réuni les États de la Finlande en une Diète géné- : rale, et reçu leurs sermens de fidélité, Nous avons vouluà 8 (1) Voir l’édit de convocation dans la Constitution, page 110. ;

ns cette cccasion par un acte solennel émané en leur présence

| et proclamé dans le sanctuaire de l’Être Suprême confir- : mer et assurer le maintien de la Religion, des lois fondaHe mentales, les droits et les privilèges dont chaque Etat en particulier et tous les habitans de la Finlande en général ont joui jusqu’à présent.

En faisant promulguer cet acte par ces présentes, Nous croyons devoir instruire en même tems Nos fidèles sujets de Finlande qu’en Nous conformant à l’usage antique et révéré de ce pays, Nous regardons les sermens de fidélité

; prêtés par les états en général et par les députés des

J paysans en particulier en leur nom et en celui de leurs commettans de leurs mouvemens propres et spontanés comme bons et obligatoires pour tous les habitans de la

Ce qui suivit, et en particulier le discours prononcé par le tsar à la clôture de la diète, le 7 juillet (« placé désormais au rang des nations, sous l’empire de ses loïs » disait-il en parlant du peuple finlandais), peut être ici passé sous silence.

Une objection a été soulevée contre la cérémonie du 29 mars : c’est que la Finlande, n’ayant pas été encore cédée par la Suède, n’avait pas qualité juridique pour s’engager ainsi.

Mais il faut faire deux remarques 1° La Suède n’avait rien fait pour défendre la Fin- . lande. Depuis la convention militaire du 19 novembre 1808, les troupes suédoises avaient même évacué le pays. Il y avait donc un abandon de fait 2° La perte de la Finlande avait amené le détrônement de Gustave IV. Aussitôt le duc de Sudermanie convoqua une diète extraordinaire. Celle de Borgà n’était pas encore ouverte. Cependant le gouvernement suédois ne convoqua pas les états finlandais à la diète

Pour la Finlande ke. $ suédoise : convocation qui fût restée toute platonique, mais qui aurait eu la valeur d’une revendication formelle. C’était renoncer implicitement à la Finlande. — Du reste, dans l’article 14 du traité de Fredrikshamn, qui cédait la Finlande à la Russie, la Suède sanctionnait implicitement l’acte de Borgà en même temps qu’elle l’invoquait.

D’autre part, les polémistes russes, dans la discussion qu’ils font de la question juridique, nient que les pro-

| messes d’Alexandre I aïent le sens et la valeur que leur attribuentles Finlandais. (1)

a) Sur le sens. — Les mots « constitution » et « lois fondamentales » ne sauraient avoir, et n’ont pas eu pour Alexandre I, disent-ils, le sens de lois constitutionnelles dans l’acception moderne du mot. Le tsar n’aurait garanti que les lois déterminant la condition juridique des quatre classes ou ordres du pays.

La réponse a été souvent faite. — Reconnaissons franchement qu’Alexandre I, dans sa période libérale, employait volontiers le mot « constitution », et qu’on pourrait, avec de la mauvaise foi, ergoter sur ce point. — On pourrait à la rigueur prétendre que le désir de ménager la transition a pu amener à exagérer certaines expressions dans les actes et discours publics. Maison à a des actes secrets qui ne peuvent laisser aucun doute sur la signification des termes employés par le tsar.

(1) Sur cette discussion, on peut consulter les brochures et articles publiés par des juristes de profession. Je me borne à en extraire ce qui est directement accessible, et j’ajouterai volontiers seul intéressant pour le public non spécialiste. L’intérêt vital de la question est ailleurs. ’

1° Un rapport secret de Speranski à l’empereur, (1) où Speranski dit que la Finlande est « un Etat, non une province », et où il parle des « limitations » que le pouvoir autocratique s’est imposées en Finlande; 2° Un mémoire secret écrit par Alexandre au gouverneur général, et daté du 14/26 septembre 1810. À cette date, Bernadotte avait été choisi comme prince royal de Suède; on pouvait le soupçonner de vouloir reprendre la Finlande, et le tsar indiquait au gouverneur (baron Steinheil) la ligne de conduite à suivre. Il disait entre En réglant la situation de la Finlande, J’ai eu l’intention de donner à ce peuple une existence politique, de telle sorte qu’il ne se regarde pas comme conquis par la Russie, mais comme attaché à elle par le lien de ses intérêts évidents : c’est pourquoi

  1. Non seulement ses lois civiles, mais ses lois politiques ont été maintenues.

On ne saurait admettre, ni que le ministre ait voulu tromper son souverain, ni que le tsar ait voulu tromper le gouverneur.

b) Sur la valeur.— Avec un certain cynisme, les écrivains russes déclarent souvent que les promesses et déclarations d’Alexandre I ne sont que « des phrases », qu’il ne s’est pas engagé en tant qu’autocrate, et que l’acte de Borgà ne saurait lier le gouvernement russe. — Il est facile de répondre : 1° Que le recueil des lois russes reconnaît implicite-

(1) Réponse des Etats, pages 132-133.

(2) Réponse des Etats, pages 131-132.

Pour la Finlande ment que la Finlande occupe une place à part dans l’empire. Le Code général dit en effet (tome I, 1, section 1) $ 4) : « Sont inséparables du trône impérial de toutes les Russies : le trône du royaume de Pologne et celui du grand-duché de Finlande. » L’assimilation à la Pologne, à qui les traités de Vienne (1815) garantissaient une constitution propre, est singulièrement concluante. 2° Que l’on ne peut soupçonner Alexandre I et Speranski, dans les actes secrets qu’on vient de citer, d’avoir voulu jouer la comédie. 3° Qu’il est grave, chez les défenseurs de lautocratie, d’arguer qu’un tsar a pu faire « des phrases ». Un souverain constitutionnel peut prononcer des discours qui, faute de la ratification du Parlement, restent des phrases ; un autocrate, par définition, légifère quand il parle officiellement. — Un régime autocratique ne peut vivre que d’une croyance mystique à l’infaillibilité et à la valeur absolue des paroles du souverain. Inviter les sujets à faire une différence entre des serments de garantie qui sont des contrats juridiques et d’autres qui sont des phrases, c’est retirer à l’absolutisme son fon- | dement le plus sûr. (1) Mais on a une autre preuve qu’Alexandre I voulait réellement assurer à la Finlande l’autonomie et un ré_ gime constitutionnel. La partie de la Finlande conquise aux traités de Nystad et d’Abo était tombée dans un état (1) Est-ce pour cela que, parmi les personnes qui s’intéressent à la Finlande d’une sympathie active, il y a, à ma connaissance, un assez à | grand nombre de vieux conservateurs, aux yeux de qui la parole du È ; roi est chose sacrée pour le roi lui-même, et aussi quelques prêtres? J

de décadence profond : mauvaise administration, mau- ‘on Pr. vaise justice, violences des seigneurs à qui Pierre etses F4 ie successeurs avaient donné de grands territoires. (1)

  • _ Dès l’année 1802, une commission avait été instituée en OA É vue d’étudier les moyens de relever cette province, F2 ‘4 alors appelée la Finlande. L’oukase qui instituait cette +7 ÿ commission (19 mai 1802 vieux style) contient un préam- _ % divers systèmes en vue d’améliorer la situation économique FANS » de ce pays, condition des progrès du peuple; mais, à Notre te ; grand chagrin, Nous voyons que ce territoire se trouve sh de , maintenant dans une situation si lameniable qu’elle ne nor | diffère pas beaucoup de celle dans laquelle était le pays peut | lors de la conquête. LA La conquête de 1809 offrit une solution. Alexandre I ne ; avait pu, dans un voyage en Finlande, comparer les ; résultats des systèmes russe et suédois. Il se décidaà \ réunir la « Vieille Finlande » (nom donné aux conquêtes Rent “4 de 1721-43) au reste du Grand-Duché. Le manifeste est “Ti daté du 31 décembre 1811. Dans le préambule, le rédacÀ teur avait mis : « Ayant en vertu de Notre Manifeste du ‘14 11 Décembre 1811 réuni le Gouvernement de Wibourg, FA incorporé à Notre Empire ; etc. » Val L’empereur raya de sa propre main sur le brouillon | les mots « incorporé à Notre Empire ». (2) (1) Sur l’histoire économique de la province de Viborg, lire l’ou- Ê vrage cité de Frederiksen, pages 66-75. C’est une des meilleures CAF } parties de l’ouvrage. ES @) Réponse des Etats, page 133. — J’ai vu le document : la rature ci 4 s est incontestable, et sûrement de la main de l’empereur. di

| La Constitution de la Finlande avait été garantie par

Alexandre I. Une nouvelle période s’ouvrait pour le

| pays. Le tsar recueillit bientôt les fruits de sa modération politique. La Finlande se trouva bien de sa situation autonome ; pendant la guerre contre Napoléon, des volontaires finlandais assurèrent la garde de SaintPétersbourg.

4 Mais on put bientôt voir le principal défaut de la situation politique de la Finlande. Le fonctionnement de la constitution dépendait en somme de la volonté du tsar de tenir la promesse qu’il avait faite. Alexandre ne tint pas la sienne. Il avait remis l’administration suprême du pays à un Conseil de Régence. En 1816, il transforma ce conseil en un Sénat Impérial, par une ordonnance datée du 9/21 février, dont le préambule rappelait la garantie constitutionnelle de 1809. (x) Mais la diète ne fut pas convoquée, même après que la chute définitive de Napoléon eut rendu la paix à l’Eu-

| rope. Il me paraît incontestable qu’il faut en rendre responsable le mouvement de réaction général en Russie.

Pour la Finlande Se DA Speranski était tombé en disgrâce, à la suite d’intrigues auxquelles prit part un Finlandais, Gustave Armfelt, ancien favori de Gustave III : faute grave et peut-être fatale. Armfelt, devenu ministre de Finlande, était conservateur, et ne paraît pas avoir beaucoup employé son crédit personnel en faveur d’une convocation de la diète. Le tsar semble avoir eu l’intention de faire codifier les dispositions constitutionnelles en un projet de loi qui fût soumis à la diète. Mais il n’y eut point de diète, et, bien entendu, pas davantage sous Nicolas I. au parti antifinlandais. Mais il faut noter que, en un certain sens, les tsars réactionnaires respectèrent les droits constitutionnels. Les lois fondamentales spécifiaient en effet les domaines législatifs où le vote de la diète était nécessaire pour créer, abroger ou modifier les ! lois. Tant que la diète n’était pas convoquée, la législation, sur tous ces points, ne pouvait donc être modifiée par un acte unilatéral du gouvernement. . Alexandre I et Nicolas I ne touchèrent pas à ces lois. — D’autre part, lors de l’avènement de Nicolas I, le gouverneur général Zakrevski lui déconseillait de renouveler l’acte de garantie d’Alexandre I. Le tsar refusa de suivre cet avis; il confirma la garantie donnée par son frère ; ettous ses successeurs, y compris le souverain actuel, ont suivi cet exemple. (1) — Une objection contre les droits de la Finlande, tirée de l’état d’ailleurs qu’au point de vue du droit pur, la confirmation était Û superflue : le serment d’Alexandre I, comme lui-même le disait expressément, engage à perpétuilé ses successeurs.

_ La renaissance du régime constitutionnel, l’applica- RU. ;, … tion de la constitution fut l’œuvre d’Alexandre II. Elle dy No 4 répondait à un besoin urgent. Le malaise croissant résuk +} sde | tant du régime bureaucratique et de l’arrêt de toute ; ‘ce | réforme législative décidèrent l’empereur, assez libéral ER __ de tendances, à convoquer la diète finlandaise. Le # * Ë 18 juin 1863 était publié l’édit de convocation; le 18 sep x tembre, l’empereur en personne (1) ouvrait la diète par AE tout un programme de réformes, en particulier une SES

  • codification des lois constitutionnelles : | FAMONESS

Plusieurs des stipulations des lois fondamentales du jt ci Grand-Duché ne sont plus applicables à l’état de choses | survenu depuis sa réunion à l’Empire: d’autres manquent % de clarté et de précision. Désirant remédier à ces imperfec- ‘3 Lie tions, Mon intention est de faire élaborer un projet de loi fi A

  • qui contiendra des explications et des suppléments à ces RAGE stipulations pour être soumis à l’examen des Etats lors de te
  • la prochaine Diète, que Je pense convoquer dans trois ans. ; s} ne” En maintenant le principe Monarchique constitutionnel Lo : inhérent aux mœurs du peuple Finlandois et dont toutes S 4 & ) ses lois et ses institutions portent le caractère, Je veux faire po admettre dans ce projet un droit plus étendu que celui que fa possèdent déjà les États, quant au règlement de l’assiette à We

_ des impôts, ainsi que le droit de motion qu’ils ont ancien- LE 4 nement possédé, Me réservant toutefois celui de prendre SY se | l’initiative dans toutes les questions qui touchent au chan- PL gement de la loi fondamentale. È re

(1) Il était accompagné de ses fils. Le grand-duc Vladimir, qui est US 4 l’un des soutiens de la politique de russification, ne saurait pourtant 4 avoir oublié les paroles de son père, ni le sens de la cérémonie ” Pour la Finlande De fait, l’empereur réunit à la fin de 1864 une com- - mission chargée de codifier et de reviser ces lois fondamentales. Il traça à cette commission un plan de travaux que je reproduis ici en entier, d’abord parce qu’il

| : est peu connu, et ensuite parce qu’il constitue le meilleur résumé de la constitution finlandaise (1) : Sa Majesté Impériale, est-il dit, a daigné ordonner que la Commission qui sera chargée de l’élaboration des amendements et compléments aux lois fondamentales du GrandDuché que Sa Majesté, à l’ouverture de la dernière Diète, a déclarés nécessaires, devra faire en sorte:

Que la Forme de Gouvernement du 21 août 1772 et l’Acte

) de Sûreté et d’Union du 21 février 1789, ainsi que les dispositions qui seront indiquées ci-après par Sa Majesté Impériale, soient résumés tous en un seul acte, ou Loi fondamentale, sous la dénomination de Forme de Gouvernement du Grand-Duché de Finlande, et aussi Que les dispositions des anciennes lois qui seront insérées dans la nouvelle loi soient reproduites avec exactitude, tout en considérant la nécessité de les formuler d’une manière plus claire ; et qu’en modifiant la forme, il faudra c

; pourtant ne pas s’éloigner des principes contenus dans les anciennes dispositions et exprimés notamment dans le l paragraphe premier de l’Acte d’Union et de Sûreté. $

Sa Majesté Impériale a, en même temps, arrêté les prescriptions et indications suivantes pour servir de règles aux travaux de rédaction de la Commission 1° Que le Grand-Duché de Finlande, faisant partie de à

( l’Empire Russe, est indissolublement uni à cet Empire ; d ; 2° Que le Grand-Duché est gouverné d’après sa Forme de ni? Gouvernement et ses lois ; | 3° Que l’Empereur de Russie est en même temps GrandDuc de Finlande, en suite de quoi, en ce qui regarde l’ordre |

international, 1900, tome 2, sur la situation politique de la Finlande. &

… de la succession au trône, l’âge où l’Héritier au trône

F dévient majeur, la régence pendant la minorité de l”Empe-

  • reur, ou lorsqu’il serait, pour un temps prolongé, empêch de gérer le gouvernement, ainsi que d’autres question

  • analogues, ce qui est ou sera statué quant à la Russie sera valable aussi pour la Finlande 4° Que les relations de la Finlande aux puissances étran-

-. gères dépendent de celles de l’Empire et sont identiques 5° Que l’administration suprême dans le pays est confiée

. à un Sénat, composé d’un président et d’autant de membres qu’il sera jugé nécessaire, auxquelles fonctions des hommes d’origine finlandaise seront nommés par l’Empereur | 6° Que le pouvoir judiciaire de l’Empereur sera exercé par un Tribunal suprême, composé d’un président et de membres en nombre nécessaire, qui seront inamovibles et nommés par l’Empereur parmi des hommes d’origine finlandaise ayant des connaissances et de l’expérience éprouvées dans des fonctions judiciaires Quant à l’étendue des fonctions et de la compétence du Sénat, du Tribunal suprême et des institutions qui leur sont subordonnées, Sa Majesté Impériale les réglera par des ordonnances spéciales 7° Que les affaires qui demandent à être décidées par l’Empereur Lui-même sont rapportées à l’Empereur par un Ministre-secrétaire d’État, qui doit être Finlandais d’origine 8° Que le Minisire-secrétaire d’État et les membres du Sénat, ainsi que les autres fonctionnaires publics du pays, ne sont responsables que devant l’Empereur de l’exercice de leurs fonctions et emplois 9° Que les États du pays ont le droit de se réunir en Diète” 10° Que, désormais, aucun emprunt d’État ne sera fait sans le concours de la Diète, sauf le cas où une guerre ou 11° Que le droit appartenant déjà aux États au sujet des impôts sera élargi, en ce qui regarde les impôts extraordi-

Pour la Finlande ; Me naires, et notamment: que non seulement la législation concernant l’alcool, qui a dépendu, originairement, du Souverain seul, mais à laquelle la Diète, plus tard, a pris part à certaines époques, sera soumise désormais à l’exa- À

men de l’Empereur et des États; mais aussi que les principes généraux de l’impôt douanier seront décidés dans le même ordre, tout en réservant à l’Empereur exclusivement le pouvoir de fixer le montant des droits de douane. L’Empereur se réserve en même temps le pouvoir exclusif de statuer en principe et quant au montant des droits, lorsqu’il s’agira d’assujettir à l’imposition douanière des produits d’origine russe importés de l’Empire en Finlande; 12° Que le droit d’initiative qui a appartenu aux États dans les temps passés leur sera restitué, tel qu’il est défini dans le K 42 de la Forme de Gouvernement de 1772, l’initiative en matière de lois fondamentales restant toutefois réservée à l’Empereur seul ; et . 13° Que la liberté religieuse devra être étendue de manière que tout chrétien, quelle que soit la confession spéciale

  • à laquelle il adhère, puisse obtenir le droit de citoyen J en Finlande et y être admis au service publie, civil et Sa Majesté Impériale veut en outre charger la Commission de l’élaboration d’un projet de statut complet sur la Diète, en vue de quoi la Commission devra Insérer dans le projet les dispositions du statut sur la Diète du 24 janvier 1617 qui pourront être applicables, ainsi que les parties du Statut sur la Diète du 17 octobre 1723 qui ont été reconnues avoir force de loi d’après des décisions prises par les Diètes réunies après l’année 1772; € Tenir compte des usages et des formes qui, ayant été pratiquées aux Diètes du temps passé, ont complété les | règles prescrites par la loi ; et enfin 3 F Proposer des dispositions qui, suivant l’expérience | acquise à la dernière Diète et d’après l’opinion de la Com- L mission, seront propres à simplifier et accélérer le traite- M ÿ ment des affaires, sans en compromettre l’examen approfondi. + F Finalement, Sa Majesté Impériale a voulu ordonner à la

_ de Gouvernement et celui de Statut sur la Diète dans le Ts fe courant du mois de juin 1865. etui: P La modification du règiement de la diète fut sou-’ F à _ mise à la diète de 1867, et, après sanction impériale, BU promulguée en 1869. C’est la Loi organique de la Diète Cet _ actuellement en vigueur. (1) Elle proclamait entre ER autres la périodicité des diètes tous les cinq ans ($ 2; DEF . depuis 1882, Alexandre III a décidé qu’elles auraient lieu

  • tous les trois ans); des règles fixes pour le vote des Le lois ($ 71-74); elle confirmait le principe que l’accord
  • du souverain et des états était nécessaire pour toute HE Le régime ainsi inauguré a fonctionné régulièrement HU permis le développement politique et économique de la Finlande, et a donné libre carrière aux partis poli : & Les _ tiques. Dans son ensemble, il n’est pas douteux qu’il Ë nait profité au pays; il présentait en particulier sur le pi régime suédois cet avantage que les ressources du : SEC _ pays étaient appliquées directement à ses besoins. de _ Dans ses grandes lignes, en voici l’économie. ka La Finlande constitue un domaine législatif, judi- CE
  • ciaire, budgétaire, douanier et même militaire distinct. #3 . Le souverain est l’empereur de Russie, qui gouverne en Re. qualité de grand-duc de Finlande. Il est représenté par Ê un gouverneur-général qui, en fait, a toujours été un Russe. Il délègue son autorité administrative et son _ pouvoir judiciaire à un Sénat Impérial divisé en deux x (1) Voir Constitution, pages 73-106.

Pour la Finlande LEO RAM

; sections répondant à nos ministères, et département 6 ‘4

judiciaire, qui constitue le tribunal suprême. Le Sénat prépare les lois et ordonnances. Toutes celles qui exigent la sanction du souverain lui sont rapportées par un ministre secrétaire d’État de Finlande. D’autre part, il existe une représentation nationale, une Diète, composée de quatre états ou ordres : noblesse, clergé (représentant le clergé luthérien et les écoles), bourgeoisie et paysans. La diète partage avec le souverain les attributions législatives. Le droit public finlandais distingue (ceci est un héritage suédois) entre les questions législatives proprement dites, qui se règlent par- l’accord de la diète et du souverain, et celles dites

« questions administratives et économiques », (1) qui embrassent un domaine très étendu, et où le souverain peut légiférer seul (par exemple la presse, la fixation des tarifs douaniers, etc.). — Toutes les fonctions, sauf celle de gouverneur-général, doivent être occupées par js” des Finlandais de naissance ou naturalisés.

; Je n’insisterai pas sur la politique intérieure de la Le Finlande, d’abord parce que je la connais mal. Elle est À

dominée par la question des langues et la lutte entre l’élément suédois et l’élément finnois. (2) L’élément

suédois ne constitue qu’un neuvième de la population; mais la position sociale de ses membres lui donne à maintenant encore une grande influence, et lui assure à Fr {1) Voir Constitution, Commentaire à la Forme de Gouvernement, : N 2, (2) Cette question des langues serait fort intéressante à étudier E A pour elle-même; mais les documents sont dispersés et difficiles à à 4 trouver; en outre, une grande partie est écrite en finnois, ce qui 1 3 les rend pour un étranger encore moins accessibles. LU la majorité dans la noblesse et la bourgeoisie. 1% à L’élément finnois a lutté pendant un demi-siècle pour PRE . obtenir la mise sur un pied d’égalité des deux langues. à ‘1 Autant que j’aie pu voir et apprendre, ce résultat n’a n4

_ pas été obtenu sans résistance, et c’est sans doute ce ip qui explique la formation, au sein de l’élément finnois, d’un parti qui vise à la suppression totale du suédois ie

_ dansles actes de la vie publique, et-prend pour devise la formule : « Un pays, une langue ». C’est le parti vieux-finnois. En face de celui-là s’est formé un parti ‘ jeune-finnois, moins exclusif, moins réactionnaire et 4 J clérical aussi, orienté plutôt vers des réformes sociales, à se et, sur ce terrain, se retrouvant aussi en lutte avec nr l’élément suédois, que sa situation sociale rend très

Des progrès législatifs incontestables ont été accom- | À plis, même dans l’ordre social. Mais il me semble difficile de nier qu’ils auraient pu être plus grands encore. Ge Les partis dirigeants ont montré à l’égard des mesures ANNE sociales, en particulier des lois de protection des classes travailleuses, une réserve qui frisait souvent d l’hostilité. La réforme pourtant timide de la loi sur les fermages, qui a été votée en 1900, aurait pu et dû l’être je plus tôt; le droit de suffrage aurait pu être étendu à des classes plus nombreuses. Et l’on eût évité ainsi bien des fausses manœuvres et des dangers qui se sont mani- ° festés dans la situation actuelle. Parmi les réformes de la période antérieure à 1890, je

__ signalerai surtout la loi militaire de 1878, qui a dans le conflit actuel une importance toute particulière. L’armée finlandaise, jusqu’à cette date, était recrutée selon le système dit de répartition ou de l’indelta, survivance

Pour la Finlande de la période suédoise. (1) En 1878, elle fut remplacée par une armée organisée suivant le principe moderne : du service obligatoire. La loi de 1878 créait huit bataïillons d’infanterie, plus un rattaché à la garde impériale, et plus tard un régiment de dragons. Les jeunes gens âgés de vingt et un ans qui, après la visite médicale, étaient reconnus bons pour le service, tiraient au sort. Les mauvais numéros étaient incorporés pour une durée de trois ans en principe; mais un système de dispenses réduisait pour certains le temps de service à deux ou un an. Les bons numéros étaient versés dans les compagnies de réserve pour cinq ans et astreints à trois périodes d’instruction de trois semaines. On obtenait ainsi une réserve nombreuse d’hommes dégrossis et aptes à faire campagne. Quatorze articles de cette loi, qui répondaient aux dispositions de la Forme de Gouvernement de 1772 sur le service militaire, furent déclarés loi fondamentale, c’est-à-dire qu’ils ne pouvaient être modifiés que par un vote unanime des quatre ordres de la diète, sanctionné par l’empereur. — Tout le personnel des troupes finlandaises devait être composé de Finlandais; ces troupes ne pouvaient être transportées hors des limites du Grand-Duché. (1) Constitution, pages 171-173; Réponse des Etats, pages 212 et

à contre la constitution finlandaise \ Le régime sous lequel vivait la Finlande depuis 1809, a et surtout depuis 1863, avait eu d’heureux résultats, à - Ja fois pour le pays et pour les souverains. Le loyalisme À n’a peut-être été nulle part plus sûr qu’en Finlande; ta ; nulle part on n’a aussi vivement condamné les mé4 thodes révolutionnaires et nihilistes : on peut même AIT: trouver que dans cette voie, les Finlandais ont été plus S %

loin qu’il ne convenait. — On n’en est que plus étonné F 3 de voir les attaques dirigées contre la constitution et qe l’autonomie finlandaises. vi ‘is Celles-ci avaient de nombreux ennemis en Russie : la | presse panslaviste, surtout les Moskovskja Vjedomosti, î organe de Katkoff, la Novojé Vremja, et plus tard le ‘ | . Svjet; les partisans de l’autocratie, poussés par une | haine mystique contre tout régime constitutionnel, tels que Pobedonostseff, procureur du Saint-Synode et pré- | cepteur d’Alexandre II et de Nicolas Il; et aussi les bureaucrates, ministres et fonctionnaires de tout genre.

Les mobiles qui les poussaient dans cette campagne ; étaient muitiples. D’abord la tendance à la centralisa- tion unitaire, commune aux grands États, mais plus forte en Russie, qui désignait la Finlande au même sort que 1 la Pologne et que les provinces baltiques; puis l’hosti-

Pour la Finlande 6/4 lité contre le régime constitutionnel, aggravée encore de la crainte que le bien-être matériel et social de la Finlande ne fût un exemple contagieux et un argument toujours prêt sous la plume des libéraux russes; enfin, ! et surtout, dans l’avide bureaucratie russe, le désir l d’exploiter un domaine encore neuf et à l’abri de la De son côté, la Finlande se défendit mal; ou plutôt ses défenseurs naturels la soutinrent mollement. Contre les polémiques de presse, les journaux finlandais ne pouvaient riposter parce qu’on leur imposait silence; et les personnages officiels se montrèrent au-dessous de leur tâche. Sous Alexandre II, la Finlande avait eu R deux ministres de valeur, Snellman et le baron Stjernvall-Walleen, et un gouverneur-général remarquable, ’ le comte Adlerberg. En 1881, Adlerberg fut remplacé par le comte Heiïden, qui s’était acquis une grande réputation comme militaire, mais qui fut un administrateur médiocre. IL a laissé en Finlande une mémoire peu aimée; et de fait nous verrons qu’il y fit du mal. Pourtant, il est difficile de l’apprécier exactement. Si j’en à crois des informations de gens qui l’ont connu, Heïden | _ aurait été un caractère faible. En face des instructions A et injonctions impériales, il ne savait que rédiger des mémoires où il combattait les mesures proposées, mais s’inclinait en serviteur fidèle. Il a, dit-on, laissé après sa mort (1901) des papiers qui le feraient voir sous ce Ÿ jour. En tous cas, Le résultat est le même, et jusqu’ici ! on ne peut juger que sur le résultat. Comme ministre de Finlande, de 1888 à 1899, on eut successivement trois généraux : Ehrnrooth, von Dæhn et Procopé, sans connaissances juridiques préalables, dont les uns necher30

4 _ chèrent pas à combler cette lacune, et dont l’autre, von $ _ Dæbn, ne le fit que trop tard. En outre, il faut déclarer A | nettement qu’ils manquèrent de caractère, parfois même de loyauté. Dans les occasions décisives, ce fut à quise défilerait pour raisons de santé. — Ilest vain de cher- a cher à refaire l’histoire; mais quand on voit combien de temps les projets antifinlandais ont mis à sortir du terrain des intrigues et des coteries de cour, on est en droit de penser qu’avec un peu plus de clairvoyance, de compétence et de décision, les ministres de Finlande _ les eussent enterrés pour longtemps, peut-être pour toujours. fe Les attaques russes commencèrent par une longue et ÉD violente campagne de brochures, d’articles et de livres. Aux premières attaques dans la presse russe répondit LCR le Précis de droit public de Finlande de M. Mechelin ve (1885). Cet ouvrage fut traduit en russe par K. Ordine “70E en 1887, avec des notes où l’auteur réfutait la thèse de M. Mechelin. Le même Ordine reprit ses arguments en à 1889 dans un livre, la Conquête de la Finlande, qui est resté l’arsenal où ont puisé les polémistes ultérieurs, f Korkunoff, Jeléneff, etc. — La réfutation de ces ouvrages fut entreprise et conduite d’une manière décisive par M. Danielsson, dans ses ouvrages sur {a Réunion de la Finlande à l’empire russe et sur l’ Autonomie de la Finlande (1892). — Mais, dès ce temps, le gouvernement russe prenait indirectement parti dans le débat. La traduction russe des ouvrages de Danielsson fut interdite en Russie; d’autre part des avertissements et des censures prononcées par le gouverneur-général empêchaient la presse finlandaise de répondre à ses

Pour la Finlande A: Le moment arriva bientôt où l’on put commencer à mettre en pratique les théories des polémistes, qui concluaient à la suppression des « privilèges » de la Fin- | lande. — Alexandre III était assez instruit des affaires finlandaises et savait la valeur de son serment de garantie. Maïs il avait des préjugés, de l’entêtement et une intelligence bornée. Le 27 janvier 1890, un manifeste faisait connaître que l’empereur avait institué trois comités, présidés par le gouverneur-général, et siégeant à Saint-Pétersbourg. Ces comités devaient mettre la poste, la monnaie et la douane de la Finlande en harmonie avec les institutions russes correspondantes. — La substitution du rouble au cours variable à la monnaie finlandaise à étalon d’or (le même que le nôtre) échoua, pour des raisons auxquelles l’influence des financiers d’Europe ne fut pas étrangère; de mème la réforme douanière. Mais, le 12 juin 1890, un manifeste impérial rattachait la direction technique de la poste à la direction générale russe, ressortissant du ministère de l’intérieur : premier pas \ dans la voie des illégalités. Le ministre Ehrnrooth s’était découvert des rhumatismes; ce fut son adjoint, von Dæhn, qui contresigna le manifeste. (1) Le procureur du sénat, dont les fonctions sont de veiller à l’observation de la constitution, montra au souverain l”illégalité commise et donna sa démission. La Diète de 1888 avait voté un Code pénal, sanctionné en 1889, et qui devait entrer en vigueur en 1891. Une campagne de presse fut menée contre la rédaction de k certains articles, où l’on voulait voir une négligence des à (1) Le contreseing est indispensable en Finlande. L

a intérêts de l’empire de Russie. Les polémistes russes fi . obtinrent par le manifeste du 15 décembre l’ajour-

  • nement de la mise en application du Code jusqu’à modification par la prochaine Diète. Les changements de: ( réclamés étaient pour la plupart de pure forme. (1) Ait ; D’autres mesures suivirent. Le « comité pour les S ; affaires finlandaises » qui siégeait au ministère de FinÀ lande fut supprimé par rescrit du 13 mai 1891; c’était “ un solide appui de juristes compétents qui disparaissait % s’entendaient guère aux questions de droit public.— Dès : ve : l’été de 189r, une ordonnance stipulait que la corresponà dance officielle entre le ministre etle gouverneur-général, | outre (nouvelle violation de la constitution), des fonc- ps | tionnaires russes pourraient être nommés aux chancel- é | leries du secrétariat d’État et du gouverneur-général. REA À Une nouvelle ordonnance du 7 décembre 1891 décidait é $ que la connaissance du russe donnerait à un candidat #3 F la préférence absolue pour la nomination aux emplois He | Mais il y eut encore des faits de plus de portée. te É L’ordonnance du 18 juin 1891 aggrava les dispositions ï de l’ordonnance sur la presse, et donna au gouverneur- | général le pouvoir de suspendre ou de supprimer les : journaux. (2) Le comte Heiïden en usa; car la série N (1) Le Code pénal finlandais a été traduit par L. Beauchet, Nancy,

Imprimerie coopérative de l’Est, 1890 : c’est naturellement le texte | primitif, Je crois savoir que la traduction des articles modifiés paraîtra bientôt avec une introduction sur ces événements. On | pourra se rendre compte alors de la puérilité des objections russes. 3 (2) J’ai entendu affirmer que, dès 1869, un projet analogue avait été h « élaboré ; mais il m’est impossible de contrôler la véracité de ce dire.

Pour la Finlande : se de mesures plus ou moins illégales qui se suivaient en 1890 et 1891 avait provoqué de l’opposition dans la En même temps, des comités nouveaux étaient institués pour traiter une question particulièrement impork tante, celle de la codification des lois constitutionnelles. On a vu plus haut que le projet datait d’Alexandre II mais jamais il n’avait abouti. Il fut repris en 1885 : un comité se réunit à Helsingfors. Après que le ministre de la justice russe et le président de la section de législation au conseil de l’empire se furent prononcés (1889) sur les travaux de ce comité, on en institua en 1891 un autre à Helsingfors, sous la présidence du comte Heïden. Selon le précédent établi en 1890 sans que le ministre de Finlande eût protesté, ce comité fut composé en partie de Finlandais, en partie de Russes. Les membres russes, appuyés par Heiden, dressèrent un projet de « Règlement pour l’administration des gouvernements du Grand-Duché de Finlande », dont le titre seul était une négation de l’autonomie finlandaise. Les | membres finlandais refusèrent de s’y associer, et firent un projet à part. — L’avis du sénat de Finlande fut demandé, et dans l’hiver de 1892 un comité mixte se réunit à Saint-Pétersbourg, présidé par le ministre russe des finances, Bunge. Il se composait de six membres S russes (dont quatre ministres et le comte Heïden) et La tactique adoptée par les Russes était de tirer parti d’un point laissé obscur dans la constitution finlandaise. Il pouvait y avoir des cas, assez rares du reste, où on pouvait avoir à prendre une mesure législative identique dans les deux parties de l’empire russe. ,

Dans la pratique, cela ne soulevait aucune difficulté ; Lt ë mais en théorie la procédure à suivre n’était pas indi- Al _ quéeexpressément dans la constitution. Les adversaires & _ de la constitution finlandaise dirigèrent de bonne . heure leurs attaques de ce côté. On parla « d’affaires à d’empire » qui exigeaient une législation commune; on | déplora que cette législation n’existât point. Déjà dans t | un rescrit du 28 février 1891, du reste très bienveillant pour la Finlande, l’empereur disait que « le manque A d’accord entre certaines lois finlandaises et les lois EP | générales d’empire, ainsi que le manque de précision NE

  • dans la législation sur les rapports du Grand-Duché é avec l’Empire de Russie, font qu’on se représente sous ï | un faux jour le sens des mesures prises dans les AE questions intéressant au même degré toutes les parties k de l’empire ». — La majorité de la commission Bunge 2. rédigea un projet fixant la procédure législative dans les « affaires d’empire »; c’était le conseil de l’empire be qui serait l’organe législatif. La minorité finlandaise ne % | put naturellement adopter le projet, et s’en tint à celui i | du sénat. — La commission se sépara au printemps de
  1. Alexandre III vit les projets, et les fit remettre au 5 et | secrétariat du conseil de l’empire, enjoignant que la question ne serait reprise que sur un ordre de l’em- £ Les travaux de la commission Bunge marquent le moment le plus critique de toute cette période. Le calme revint. Alexandre III mourut; les premiers actes de son successeur témoignaient de meilleures intentions. Le comte Heïden se retira en 1896, et fut remplacé. à titre intérimaire, par son adjoint le général ; Gontcharoff. Le régime de la presse redevint plus

Pour la Finlande CRÉCAUE libéral, comme le montre la statistique des censures de ù On crut l’orage passé ; et cette confiance aveugle n’est pas un des phénomènes les moins curieux de toute cette période. l Il est vrai de dire, à l’excuse des Finlandais, que personne ne les avertit. Le départ de Heiden tient peutêtre à ce qu’il savait quels desseins on nourrissait à Saint-Pétersbourg, desseins auxquels il ne voulait pas se prêter. En tous cas, quand on songe que la convocation à la Diète parut en juillet 1898, il semble bien invraisemblable qu’en juin le ministre von Dæhn r’ait rien su de ce qui se préparait. C’est cependant le moment qu’il choisit pour prendre sa retraite; et en s’en allant ë devait savoir, à moins qu’il ne fût un incapable. Le rescrit de juillet 1898 produisit donc un effet de grande surprise. — Néanmoins, on peut estimer que les esprits dirigeants en Finiande ont manqué de perspicacité. L’exposé que nous avons fait de la période de 1890 à 1898, tout sommaire qu’il est, montre néanmoins quelle à en est l’importance. C’est alors que s’est précisée M la tactique adoptée depuis. Le manifeste de 1899 et celui de 1900 ne sont que des reprises. Le peuple finlandais s’était fié évidemment à la parole de ses souve- À rains; l’histoire des dernières années a montré combien cette garantie était illusoire.

La question militaire. — Le manifeste Tout était prêt depuis 1893 pour la campagne contre la constitution finlandaise; il ne manquait que les hommes. On les trouva bientôt. C’est à la rencontre du général Kouropatkine au ministère de la guerre et du général Bobrikoff comme gouverneur-général que lon doit la situation actuelle. | Kouropatkine devint en 1898 ministre de la guerre. Il remplaçait un ministre vieux; lui-même était actif, ambitieux. A défaut de grandes complications extérieures, il cherchait une œuvre à faire à l’intérieur. La réforme de l’armée finlandaise lui parut une excellente occasion de se signaler. Il y avait longtemps que le parti antifinlandais voyait l’armée finlandaise d’un mauvais œil. La charge militaire était moins lourde en Finlande (trois ans au lieu L de cinq, et un contingent moindre) ; de plus la réserve paraissait aux Russes une institution dangereuse. On affectait de croire, et on disait plus ou moins ouvertement qu’il était hasardeux de compter sur la fidélité de

Pour la Finlande ‘4 ces troupes. (1) Ce qu’on ne disait pas, c’est qu’on se à trouvait humilié de voir, aux tirs de guerre des manœuvres d’automne, les troupes de la garde distancées par les compagnies de réserve finlandaise. — Dès les premières années du règne de Nicolas IT, deux comités ? mixtes furent réunis au ministère de la guerre, lun pour rédiger une nouvelle loi militaire, l’autre pour réformer l’organisation des troupes. Le premier ne comptait qu’un Finlandais, le second deux; mais cette minorité se défendit vaillamment, et fit par écrit des réserves très fortes (1897), qui parurent enterrer la Ce fut Kouropatkine qui la reprit. Au début de 1898, le ministre présenta au tsar les projets des comités ; le tsar répondit qu’ « il n’était pas encore temps ». Mais il se laissa si bien travailler qu’il finit par consentir, sur l’invitation de Kouropatkine, à avancer d’un an la session de la Diète ordinaire, qui devait avoir lieu en 1900. Le ministre de Finlande Procopé n’était au courant de rien ; il apprit la décision impériale dans une conversation avec Kouropatkine. Aidé du procureur du sénat, à Sôüderhjelm, alors de passage à Pétersbourg, le général Procopé rédigea une pétition au souverain, obtint audience, et lui montra quelle sensation produirait cette mesure illégale ; le tsar déchira le rescrit tout prêt, et en signa un autre convoquant une diète extraordinaire (19 juillet 1898). Cette diète devait s’ouvrir le 19 janvier 1899, pour discuter un projet de loi provoqué par la nécessité « de mettre la loi militaire du Grand-Duché de , @) Il semble que la crainte d’une connivence avec l’étranger, sur- ’ . tout avec l’Angleterre, n’ait pas été tout à fait feinte dans l’esprit des hommes d’Etat russes, et qu’ils l’aient fait partager au tsar.

FL Finlande en harmonie avec les principes qui réglaient la matière dans l’Empire de Russie ». “LATE fs Un comité se réunit à Pétersbourg, pour préparer , W 1% était présidé par Pobedonostseff, et ne comptait qu’un K Finlandais, le ministre Procopé. Les Russes adoptèrent ie À les projets de 1897, et décidèrent de les renvoyer à la j diète, mais en termes si vagues et si obscurs que le | ministre de Finlande fit des réserves formelles. La ù question fut rapportée au tsar par Pobedonostseff, sans î A

que Procopé protestàt contre cet empiétement sur ses he attributions. On présenta au tsar et le projet et les c réserves de Procopé ; le tsar écrivit en marge:

« sanctionné », sans dire s’il sanctionnaït le projet ou | ‘44

les réserves. — Le tout fut envoyé au sénat de Fin- des *

lande, avec ordre de prendre pour base de ses travaux ‘Ho les projets des comités russes de 1897. Ces projets, , $

comme on le verra, étaient inacceptables. Le sénat ne Gr put que les émonder des illégalités les plus criantes; à NS

mais en les renvoyant, il adressa au tsar un rapport où il il déclarait ne pouvoir approuver ces projets contraires ù aux lois constitutionnelles. HAE

A cette époque, le tsar était parti en Crimée. Le PE

ministre de Finlande se contenta de lui envoyer tous | les actes, avec son avis, qui concordait avec celui du (RE

$ sénat. Kouropatkine n’hésita pas à partir de sa personne pour Livadia; il gagna la partie. Le tsar annota ti le rapport du sénat de remarques qui montraient une à ignorance profonde de la constitution. En face d’un passage où il était question de « l’autonomie finlan4 daise », il mit un point d’interrogation; là où le sénat , sd y parlait des lois de 1772 et de 1789, le tsar mit en marge

Pour la Finlande PAT « qu’il était temps pour les Finlandais de commencer n. à oublier des lois aussi vieilles ». — Il ordonna enfin que le projet russe serait présenté à la diète sans les changements apportés par le sénat. (1) à Le rescrit de juillet avait produit une vive sensation en Finlande, et surtout un profond étonnement, qui s’accrut encore lorsque le tsar publia peu après (fin août) son fameux « manifeste de la paix ». L’inquiétude ne se calma point lorsque, le 30 août, on apprit la nomination comme gouverneur-général du général Bobrikoff. On savait que c’était un parvenu, sorti de très bas, L arrivé par la politique, serviteur aveugle du grand-duc N Vladimir, qu’il avait accompagné en 1886 lors de la russification des provinces baltiques : type parfait du militaire politicien comme il en foisonne en Russie, brutal, sans serupules et sans les manières d’homme du monde de son prédécesseur. Le 19 octobre, Bobrikoff prit possession de son poste; dans son discours de bienvenue au sénat et aux hauts fonctionnaires, il indiqua nettement ses intentions : Notre Souverain connait le dévouement du peuple à finlandais, mais Sa Majesté Impériale sait aussi qu’il s’est malheureusement répandu dans le paysune conception ! inexacte des principes qui définissent la situation de la ! | Finlande vis-à-vis de l’Empire de Russie. ‘ .…… Laissant intactes, dans les limites du rescrit de 1897, les particularités des institutions religieuses, des droits | et privilèges et du gouvernement intérieur de la Finlande, . : () J’ai raconté un peu dans le détail cette histoire du projet de n: 4 loi de 1899, parce qu’elle est tout à fait typique. On y voit et l’efface- & ment complet du ministre de Finlande, et les moyens employés ‘ hs pour gagner le tsar, et la facilité avec laquelle ces moyens réussissent, Pos dans la mesure où elles ne sont pas contraires aux inté-

_ rêts et à la dignité de la Russie, l’État ne permettra cepen- La “A dant pas une plus longue diffusion dans le pays de tout ce F< qui peut gêner l’union dans ce grand empire… Dans KAE

( l’immense territoire de la Russie, il ne saurait y avoir, X à pour tous ceux qui vivent sous le sceptre puissant du tsar, le:

! qu’une seule qualité de sujets et un même amour pour la !

C’est dans ces conditions qu’il fut procédé aux élec- {RES tions à la diète; et celle-ci s’ouvrit au jour fixé. La à nomination des commissions, la distribution des propo-

} sitions prit plusieurs jours. D’autre part, et jusqu’au . 19 mai, le travail devait rester concentré dans les com- Er missions, qui siégeaient à huis clos. Il était donc impos- NTUREES

sible de savoir, autrement que par conjecture, quelle ; * attitude prendrait la diète. Par suite, il ne semble pas Fi tout à fait exact de dire que le manifeste de février 1899 a été provoqué par l’attitude de la diète. nn:

En réalité, depuis la fin de 1898 on songeait à sortir ie des cartons le vieux plan du comité Bunge (peut-être en À gi prévision d’une opposition de la diète). Dès le début de janvier, un comité se réunit à Pétersbourg. Il comptait Lx membres du conseil de l’empire (Solsky, Astrovsky et Frisch)}, le secrétaire de l’empire von Plehwe, le ministre At de la justice Mouravieff et le général Bobrikoff, et un Finlandais, le ministre intérimaire Procopé. La besogne fut vite terminée (en trois ou quatre séances, autant que je sache, l’avant-dernière fin janvier, la dernière le 14 février). Les membres s’étaient imposé et avaient imposé au général Procopé le secret absolu. Le ministre ti de Finlande eut le tort de garder sa parole : tout au A moins est-il certain qu’il n’avertit aucun membre du d 41 LENS

Pour la Finlande é sénat. Ce fut une faute dont les résultats sont incalculables. Le manifeste tomba d’une façon inattendue : et pourtant il semble bien que, si la discussion sur la pro- À mulgation s’était prolongée de trois jours, la majorité aurait été retournée. On voit de quelle importance il eût à été que le sénat fût prévenu quinze jours d’avance. Le s ministre de Finlande se crut lié par une promesse que lui arrachaïient des ennemis politiques; mais on peut se à demander si une telle promesse devait peser lourd en x face de l’intérêt vital de la Finlande. Dans la séance du 14, on acheva de rédiger le mani- à feste et les règlements qui anéantissaient la constitution finlandaise. Le grand-duc Michel, président du conseil de l’empire, les contresigna. Ils furent datés du 3/15 février 1899. Voici la teneur de ces documents Par la grâce de Dieu, Nous, Nicolas II, Empereur et J Autocrate de toutes les Russies, Roi de Pologne, Grand-Duc de Finlande, etc., etc., etc. s À tous Nos fidèles sujets, savoir faisons : ! Le Grand-Duché de Finlande, étant devenu depuis le commencement du siècle partie intégrante de l’Empire russe, jouit, grâce à l’assentiment magnanime de l’empereur Alexandre I”, d’heureuse mémoire, et des Souverains ses

(1) Je les cite in extenso, quoiqu’ils aient été souvent reproduits; il n’y a pas de documents plus inaccessibles le moment venu que à ceux qui se trouvent partout, — J’ignore par qui ils ont été présentés à la sanction impériale. Mais il faut remarquer qu’ils sont datés du 15; ou ils sont postdatés, ou, lorsque Bobrikoff partit de j Pétersbourg le 14 au soir, il n’emportait que des documents sans à valeur officielle; et il lui fallait une solide confiance dans la fai- L blesse de l’empereur pour les présenter le lendemain au sénat.

{ | successeurs, d’institutions spéciales, en ce qui concerne Da a _ son administration intérieure et sa législation, qui répon- Loto _ dent aux conditions locales du pays. *UTVENS _ Mais, indépendamment des questions de législation … fe _ locale de la Finlande découlant des particularités de son __ organisation sociale, il se présente dans le domaine de la (334 C haute administration se rapportant à ce pays d’autres FALL ki 4 questions législatives, qui, étant étroitement liées aux % besoins de tout l’Empire, ne peuvent pas être de la com 3 pétence exclusive des institutions du Grand-Duché. L’ordre TR À de solution de questions de ce genre n’est pas défini dans #3 C8 les lois existantes par des règles précises, et cette absence HER i] . de définition a donné lieu à de graves inconvénients. sis 4 Pour écarter ces inconvénients, Nous avons trouvé utile, NE dans Notre sollicitude incessante pour le bien de tous Nos Fr ss fidèles sujets sans distinction, d’établir d’une manière ferme g ex et inébranlable, pour compléter les lois existantes et à titre — de direction à imprimer aux institutions compétentes de NE lEmpire et du Grand-Duché, l’ordre qu’elles auront à OU Fe suivre pour la rédaction et la publication des lois com. RS munes à tout l’Empire. x FE | Laissant en vigueur les lois existantes pour la publica- Ps is 3 tion des lois d’intérêt local, qui ont exclusivement trait à è aux besoins du pays finlandais, Nous avons reconnu néces- Le | saire de réserver à Notre appréciation la spécification rA5t | finale des questions législatives communes à tout l’Empire. É M En conséquence de ce qui précède, Nous avons ratifié de à Notre propre main les règlements ci-joints devant servir Ra 4 à la rédaction, à l’examen et à la promulgation des lois KES 2$ . rendues pour tout l’Empire, y compris le Grand-Duché de si | De même que Nos augustes Ancêtres, Nous voyons le ke *

  • gage du développement de la Finlande dans son unification NÉE

la plus étroite avec l’Empire. Sous la protection de la puissance russe, la Finlande, puisant sa force dans la * sauvegarde que la Russie lui donne, a marché invariablement pendant près d’un siècle dans la voie du progrès à pacifique, et il Nous a été agréable de Nous convaincre WE: ne d’après les récentes énonciations des États de la Diète que û

Pour la Finlande ; à les sentiments de dévouement pour Notre Personne et pour la Russie sont vivaces’dans les cœurs du peuple finlandais. Nous espérons que l’activité en commun des institutions de l’Empire et du Grand-Duché, fondée sur les dispositions expresses de la loi positive en ce qui regarde les affaires de la législation concernant leurs intérêts réciproques, constituera la meilleure garantie des besoins réels et des intérêts de l’Empire de Russie. Donné à Saint-Pétersbourg, le 3 Février, en l’an de grâce mil huit cent quatre-vingt-dix-neuf et de Notre Règne le Sa Majesté l’Empereur a inscrit de Sa propre main sur le texte des documents « Qu’il en soit ainsi. » Règlements devant servir de base pour la rédaction, l’examen et la promulgation des lois rendues pour tout l’Empire, y compris le Grand-Duché de Finlande.

  1. L’élaboration originaire des lois rendues pour tout l’Empire, y compris le Grand-Duché de Finlande, est effectuée chaque fois avec le consentement de Sa Majesté l’Empereur, dans le cas où, d’après le cours général des affaires de l’administration, il deviendra nécessaire de rédiger une ‘ nouvelle ordonnance ou de modifier une loi existante.
  2. Cet ordre sera observé tant par rapport aux lois dont ; l’action est générale pour tout l’Empire, y compris le GrandDuché de Finlande, que pour les lois appliquées dans les limites du Grand-Duché si elles ont trait à des nécessités : communes à tout l’Empire, ou si élles sont en connexion avec la législation de l’Empire.
  3. L’autorisation suprême pour la publication des lois précitées ($ r et 2) est demandée par le ministre compétent de l’Empire et par le ministre secrétaire d’État du GrandDuché de Finlande, après communication préalable entre eux à ce sujet. Le gouverneur général de la Finlande, quand il trouve nécessaire, d’après la marche de l”adminis- F

Dr tration du Grand-Duché, de compléter les lois existantes du | pays dans l’ordre indiqué par les présents règlements, ‘ 3 communique au ministre de l’Empire compétent et au +0 ministre secrétaire d’État du Grand-Duché son avis à ce ‘ à sujet, pour la suite à y donner. k | 4. Quand a eu lieu l’autorisation suprême pour la rédacJ tion d’une loi commune à tout l’Empire, y compris le Grand- à Fe F Duché de Finlande, le ministre de l’Empire compétent se 1 met en communication avec le gouverneur général de la RT À 34) Finlande, avec le ministre secrétaire d’État du Grand-Duché & de Finlande et avec le Sénat Impérial de Finlande, pour. k qu’ils lui transmettent leurs conclusions à l’égard du projet de loi en question. ds | 5. Certains projets de loi devant, d’après le régime d’ad- N° ministration intérieure du Grand-Duché de Finlande, être +230 : soumis à l’examen de la Diète Finlandaise, les conclusions + vi de la Diète sont exigées également pour celles des loisen Le question qui rentrent dans le $ 2 des présents règlements. LR Les conclusions de la Diète sont prises au cours de sa plus , ï Ve prochaine session ordinaire, s’il ne survient pas d’ordre impérial convoquant dans ce but une Diète extraordinaire. à a 6. Après réception des conclusions du gouverneur général AC de la Finlande, du ministre secrétaire d’État du Grand- AR Duché de Finlande et du Sénat Impérial de Finlande, et, Ga Ge dans les cas voulus ($ 5), de la Diète de Finlande, le ministre si compétent de l’Empire transmet le projet de loi au Conseil é de l’Empire dans l’ordre voulu d’après les statuts de cette « VE haute institution de l’Etat. Les conclusions du Sénat et de a L la Diète y sont annexées. ; 7. Le projet de loi est examiné par le Conseil de l’Empire DRE 5 d’après le mode général ordinaire avec la participation du gouverneur général de la Finlande, du ministre secrétaire “; d’Etat de Finlande, ainsi que des membres du Sénat Impé- des. rial de Finlande qui seront désignés à cet effet sur le choix À de Sa Majesté l’Empereur. (à 8. L’avis du Conseil de l’Empire, sanctionné par Sa F Majesté l’Empereur, concernant le dit projet de-loi, est publié dans le mode voulu dans l’Empire, ainsi que dans le Grand-Duché de Finlande. ; A

La promulgation du manifeste. — La grande adresse

Il est inutile de montrer dans le détail combien le manifeste de 1899 est illégal. La constitution exige, pour tout acte législatif, le vote de la diète et la sanction impériale ; mais l’empereur ne peut que sanctionner ou refuser en bloc le texte voté par la diète. Au lieu de cela, dans toutes les affaires qu’il plairait au tsar de considérer comme affaires d’empire, la diète était réduite à un rôle consultatif; le texte de loi voté par elle pourrait être modifié arbitrairement par le conseil de l’empire, et en dernier ressort par l’empereur, qui n’est pas lié à l’avis du conseil de l’empire.

Aussi, quand, le 15 février au matin, le général Bobrikoff eut fait appeler le procureur du sénat Sôderhjelm et un des vice-présidents du sénat, Tudeer, et qu’il leur eut communiqué le manifeste, le procureur lui fit-il remarquer que ce manifeste était une violation de la constitution. Tudeer refusa de le faire imprimer de suite dans les journaux officiels, (1) parce que le gouverneur n’en présentait qu’une copie; mais il les emporta pour les communiquer aux sénateurs.

l Pour la Finlande Les sénateurs se trouvaient placés en face d’un grave : problème : devaient-ils promulguer ces actes illégaux ? Devaient-ils, et pouvaient-ils refuser la promulgation ? On sait quel parti ils prirent, et combien l’opinion publique en Finlande les a condamnés. Mais il est juste de reconnaître que la solution n’était pas facile d’autant plus que des personnalités très en vue, consul- | tées à titre privé par les sénateurs, ne furent pas d’accord, et que l’une au moins de ces personnes a | varié dans son opinion. Avant de procéder au vote final, les sénateurs tinrent des séances privées pour discuter de la question. On y . vit de suite se dessiner les deux partis opposés 1° Sur le sens du manifeste, tous étaient d’accord : il était illégal, et du reste communiqué illégalement, puisqu’il y manquait le contreseing du ministre de Finlande. 2° Un groupe de sénateurs conseillait de promulguer a) Pour des raisons pratiques : les documents seraient publiés au journal officiel russe ; on ne pouvait espérer par suite que le gouvernement, ainsi découvert, reculerait ensuite, et la situation de la Finlande ne pourrait que s’aggraver ; du reste les termes du manifeste étaient \ assez obscurs pour qu’on pût espérer que dans lappliHe cation il ne se produirait pas d”illégalités b) Pour des raisons juridiques : le sénat n’avait pas qualité pour refuser la promulgation, n’étant qu’un corps de fonctionnaires ; (1) de plus cette promulgation ne constituait pas une reconnaissance de la légalité du S (1) Cette doctrine avait été exprimée, autant que je sache, déjà

  • auparavant par le ministre Snellman, au moins dans des termes

_ manifeste, ni une condition indispensable dans la pro- À L cédure législative. Il suflisait d’adresser ensuite une < Le pétition à l’empereur pour demander une explication et : (7 proposer qu’un projet de loi discuté à la prochaine KE diète fixât les limites de la législation nouvelle. MR 3° Au contraire, les partisans de la résistance faisaient v valoir d’autres arguments. Le sénat ne pouvait sans $ doute opposer un refus définitif qui eût été une révolte ; mais il pouvait adresser une pétition avant de promul- À guer; on partirait de la supposition que, le manifeste . AS n’ayant pas été rapporté devant l’empereur par le ministre de Finlande, l’empereur n’avait pas été éclairé sur la portée de cet acte. Si la réponse était défavo- à rable, le sénat pourrait ensuite démissionner. * Une première séance eut lieu le 16 février, une autre is le 17; un vote d’essai donna : pour la promulgation 15, k contre la promulgation immédiate 5. Le contenu du manifeste avait cependant été connu j dans l’intervalle. Les membres de la diète s’occupèrent de la question : le parti suédois envoya des députés aux sénateurs pour leur demander de né pas promulguer ; le parti finnois, sans vouloir envoyer de députés ni pro- & céder à un vote ferme sur la question, se prononça dans le même sens. Une réunion publique se tint le soir ‘ du 17; on envoya aux sénateurs une adresse signée … de 218 noms pour leur demander de ne pas promulguer. Le soir, une nouvelle séance non oflicielle eut lieu, sans qu’on aboutit à une solution. L’attitude du procureur modifia pourtant celle du sénat. Le procureur avait eu le 17 l’idée de partir le soir même pour Pétersbourg, de demander une audience . auprès du tsar, et de lui exposerla situation. Deux séna49

Pour la Finlande teurs (dont l’un était Yrjo-Koskinen) le lui conseiïllèrent; mais à la séance du soir personne (pas même ceux qui avaient soulevé la question ou appuyé le projet) ne reparla du voyage; d’autres l’avaient déconseillé, et le procureur resta. (1) Du moins s’était-il décidé dès la veille à user de son droit de remontrance, et à rédiger une protestation, sous forme de réserves qu’il se proposait de faire inscrire au procès-verbal si le sénat décidait de promulguer le manifeste.

Cette protestation, quand il la communiqua à titre

| privé aux sénateurs, produisit un grand effet. Mais deux sénateurs du parti finnois, interrogés sur l’opinion de leur parti, firent des réponses à dessein vagues et incomplètes. Pourtant, dans la séance du 18, un vote d’essai donna : pour la promulgation, 8; contre, 12. On suspendit la séance pendant une heure; le vice-président Tudeer, qui a une grande part de responsabilité dans $ cette affaire, intrigua pour ramener la majorité au parti de la promulgation.

On procéda alors au vote officiel. Les voix se partagèrent ainsi : nombre des votants, 20; majorité

Pour : les sénateurs Bergbom, Borenius, Eneberg, Sohlman, Tudeer et Yrjo-Koskinen, soit 11. Contre : les sénateurs Cederholm, Charpentier, Clouberg, Gripenberg, Hornborg, Hougberg, Ignatius,

() S’il était parti, la séance définitive eût été nécessairement reculée de quelques jours; et tout fait croire que, même si le voyage du procureur avait échoué, le résultat du vote eût été différent.

_ Le procureur dicta ses réserves au procès-verbal. Elles étaient ainsi conçues : Eu Le manifeste qui vient d’être envoyé au Sénat Impérial È #4

  • aux fins de promulgation n’est pas émané selon la procé- ERUES 13 avril 1869 pour la création des lois fondamentales en | Finlande; d’autre part, aucun Finlandais compétent dans hi les questions de législation n’a pris part à la préparation de AS ce manifeste, et le Sénat Impérial n’a pas été appelé à don- à ner son avis à ce sujet. Je dois donc admettre qu’on n’a pas Ta expliqué à Sa Majesté Impériale quelle grave atteinte les uns réglements annexés au manifeste portent à la constitution jurée à la Finlande par ses souverains, et par suite au droit RTHE
  • du peuple finlandais tout entier. Jose supposer, d’autre RTE
  • part, que Sa Majesté Impériale, instruite de cet état de #4 choses par un exposé respectueux des faits, daigneraït soit RSR retirer ledit manifeste, soit tout au moins publier une décla- va ration assurant que ce manifeste n’a pas pour but de priver k HA la diète de son droit de légiférer même dans les questions visées par le manifeste. J’estime par suite que le Sénat ns Impérial, avant de promulguer le manifeste, doit adresser à Sa Majesté Impériale une pétition dans le sens ci-dessus indiqué ; et j’ose exprimer la certitude que cette pétition LR serait accueillie de Sa Majesté Impériale, et que celle-ci n’y verrait que l’accomplissement fidèle du devoir qui incombe aux conseillers finlandais de Sa Majesté Impériale. | Le sénateur Schauman déclara alors revenir sur son _ vote. Les voix se partageaient : dix contre dix ; la voix d prépondérante du vice-président Tudeer l’emporta. Une fois de plus la Finlande était abandonnée par ses défenseurs naturels. (1) (1) Le vice-président du département judiciaire était alors -
  • malade et absent de la séance. On sait qu’il voulait voter contre, . | et qu’il eût du reste par droit d’ancienneté présidé la séance, qui è

Pour la Finlande

En même temps que le sénat décidait de promulguer le manifeste, il prenait aussi la résolution de rédiger une pétition au souverain pour lui demander d’expliquer ce document. Cette pétition était nette dans sa rédaction ; elle déclarait que « le peuple finlandais tout entier ne pourrait manquer de voir dans ce manifeste une atteinte aux droits que lui garantit sa Constitution, et qu’il n’a pas conscience d’avoir mérité de perdre par sa conduite ou son attitude ». Le vice-président et le procureur partirent à Pétersbourg pour porter la pétition et demander audience.

En même temps la diète décidait d’envoyer aussi une pétition. Elle fut rédigée par une commission de la diète le 21 février, et emportée le 22 au soir par les présidents des quatre états.

Le isar refusa de recevoir et les députés du sénat et ceux des états. Quand le ministre Procopé lui lut ! l’adresse du sénat, ïl se montra fort irrité qu’on püi le supposer capable de violer son serment. Du moment qu’il s’était réservé de décider quelles seraient les « affaires d’empire », c’était, disait-il, la meilleure garantie que pût souhaiter la Finlande. Jamais l’empereur n’est sorti de ce raisonnement; jamais il i n’a pu ou voulu comprendre la portée réelle de son manifeste. Sa réponse à l’adresse du sénat fut courte : « Aucune mesure à prendre ». Cette réponse fut communiquée au sénat par le ministre, et enregistrée dans la séance du 2 mars.

La tactique adoptée par la majorité avait donc M aurait tourné autrement. On peut se demander s’il n’eût pas mieux fait de risquer une aggravation de son mal, et de se faire transpor- M ter au sénat. Li v échoué. La tactique contraire aurait-elle réussi? Tout 4 à k _ ce qu’on peut dire, c’est qu’elle n’eût pas tourné plus DTA ‘|

mal. En cédant une première fois, le sénat enlevait TR DUR

_ toute valeur à une opposition ultérieure; il la rendait Ke même pratiquement impossible; et de fait le sénat, depuis lors, a toujours cédé. Au contraire, que pouvait- % il résulter d’un refus de promulguer? En mettant les a choses au pis, la suppression du sénat. Mais cette it mesure eût presque mieux valu que l’état actuel; elle Là eût empêché la formation du parti de « conciliation », à qui a été en pratique celui des concessions. D’ailleurs rien ne prouve qu’on en fût venu là. Le général Bobri- a koff était encore peu solide, peu assuré de la faveur impériale ; d’autre part, une personne qui a étudié la se situation à Pétersbourg au mois de juin 1899 m’a dit en 4 ! avoir emporté l’impression que le tsar avait été très tra- ëx vaillé après la publication du manifeste, qu’il avait eu A des hésitations ; dans la lutte des influences qui se disputaient la faveur impériale, le refus du sénat pouvait j être l’appoint décisif qui eût fait pencher la balance se de l’autre côté. Enfin le sénat, en donnant l’exemiple de la résistance, aurait indiqué aux fonctionnaires et au peuple la voie à suivre. | Quoi qu’il en soit de ces considérations rétrospectives, il est sûr que l’opinion se prononça contre la majorité des « promulgants ». Le poids de la réprobation pu- blique retomba surtout sur le vice-président Tudeer et le sénateur Yrjo-Koskinen. Pour le premier, cela s’explique sans peine; quant au second, il était le chef reconnu du parti vieux-finnois, et il se peut qu’on lui ait ainsi attribué la responsabilité de l’attitude de ses amis politiques. Soit qu’il le sentit, soit qu’il voulût déjà

. Pour la Finlande préparer son attitude ultérieure, Koskinen, à la séance . du 2 mars, donna sa démission. Mais il la fit suivre de réserves inscrites au procès-verbal contre la protestation du procureur à la séance du 18. Ces réserves sont restées fameuses en Finlande; vu leur importance, je les Comme les déclarations de M. le procureur dans le pro- \ cès-verbal du 18 février sont maintenant écrites et publiées aussi par les journaux, je me crois en droit de faire insérer au procès-verbal de ce jour les réserves suivantes M. le procureur dit que le Sénat n’aurait pas dù promulguer immédiatement le manifeste impérial, mais chercher par voie de pétition à obtenir les changements ou les explications désirables. Cette déclaration ne saurait être prise comme un conseil politique, car le procureur n’est pas qualifié pour en donner. Que si on veut la considérer comme une observation sur la légalité de la mesure prise par le Sénat, je suis obligé de la regarder comme défectueuse car M. le procureur n’a pas indiqué de motif légal en vertu à duquel le Sénat eût pu s’abstenir de promulguer immédia- f Forme de Gouvernement de 1772, je me bornerai à rappeler À que l’on n’avait demandé ni l’avis du Sénat ni la signature $ des sénateurs. (1) Je ne veux pas envisager ici la question de savoir si M. le procureur, qui trois jours auparavant avait eu connaissance du contenu du manifeste impérial, ne pouvait Gpas se croire lui-même autorisé, en vertu des pouvoirs que ë, lui confèrent ses instructions, à s’adresser directement à Sa LEE Majesté Impériale pour obtenir d’Elle, avant la séance plé- L nière du Sénat, telle mesure qui lui eût paru possible. Je n’ai M (1) Effectivement, le manifeste fut imprimé dans les journaux officiels sans la signature des sénateurs. C’était une conséquence de la théorie fallacieuse que la promulgation n’implique pas reconnais- “T sance de la légalité d’un acte,

2 y Lo fé en effet que le droit d’exprimer mon opinion sur la légitimité ER 14 des remarques que M. le procureur a cru devoir formuler Sr 1 né contre la décision du Sénat. PA “à : Cette protestation, qui n’était point faite pour modi- eu !e à fier le sentiment public à l’égard de son auteur, paraît 4 bien avoir été seulement une manœuvre politique, destie née à rejeter sur le procureur (il appartenait au parti RATES bi suédois) le blâme qu’on faisait retomber sur le parti de te Koskinen. Elle a encore une autre importance. A la 11% ;’ suite de cette protestation, Koskinen fut désavoué ou ._ au moins délaissé par la majorité de ses amis politiques; mais cet isolement ne dura pas. Un groupement se Ê ñ reforma de gens appartenant, pour la plupart, au parti vieux-finnois, et qui voulurent essayer de tirer le meil- (Fi 7 leur parti possible de la situation, de sauver ie plus des NS libertés qu’il se pourrait, par une attitude conciliante et des concessions de détail : c’est du moins leur système .) dé défense. Ce parti a pour lui le plus ancien journal Ta À finnois, le Uusi Suometar, une partie du clergé et de l’élément finnois. Il a de bonne heure cherché à entrer _ dans le gouvernement, et ses efforts ont été couronnés J de succès lors du renouvellement du sénat en 1900, à après lequel il n’y est resté que des adeptes de cette ET politique ou des instruments dociles. Mais, comme on < È le verra, dans la pratique le parti dirigé par Koskinen Gé n’a fait que sanctionner d’abord, et plus tard même As ; appuyer toutes les mesures de russification. “ Au moment où le sénateur Koskinen s’en allait en faisant claquer les portes, le peuple était d’ailleurs en train d’exprimer lui aussi son opinion sur le manifeste, au moyen d’une grande pétition adressée à l’empe- fe

Pour la Finlande reur. (1) Dès le 20 février, un comité était élu dans une réunion de citoyens à Helsingfors. Le comité rédigea une adresse; on convint de la faire distribuer dans tout le pays par des délégués; une députation composée d’un membre par commune se rendrait auprès de l’empereur. On trouva en deux jours les fonds nécessaires, et au delà (460.000 francs). Le 24 on commen- J çait à faire circuler l’adresse ; le 5 mars, les Communes choisissaient leurs délégués. Le 10, les premières listes revenaient entre les mains du comité ; le 14, arrivait la dernière. On compta en tout 524.931 signatures, toutes de gens sachant lire et écrire, car on avait refusé les « croix de par Dieu » des illettrés. Ce résultat, obtenu en une semaine sur une population de deux millions et demi d’habitants, dispersés sur une superficie énorme, et à une saison très dure, est certainement une manifestation extraordinaire, et en tous cas spontanée. L’adresse était conçue dans les termes suivants :

Très puissant et très gracieux Empereur et Grand-Duc ! à F Le manifeste de Votre Majesté en date du 3/15 février dernier a provoqué dans toute la Finlande une émotion et À un chagrin profonds. Le droit séculaire du peuple finlandais à prendre part à la législation par l’intermédiaire de ses représentants, ! les États, a été confirmé à perpétuité par l’empereur 3% Alexandre I, dont nous bénissons la mémoire. Ce droit a k: été développé et organisé sous le règne des défunts empe- % reurs Alexandre II et Alexandre III. Mais, au terme des réglements publiés à la suite du mani- KR:

(1) L’histoire de la « grande adresse » de 1899 est l’événement le à plus connu de toute cette période (voir en particulier l’article de la Revue de Paris), ce qui me permettra d’être bref. Je cite pourtant l’adresse, qui est en tous cas un document important. à

ne feste, les États n’auraient plus, dans les affaires qu’on fi déclarerait toucher aussi aux intérêts de l’Empire de ÈS Ke Russie, la voix délibérative que leur reconnaissent les lois 4 fondamentales de la Finlande en matière de législation. | C’est la clef de voûte de notre institution sociale qui est a ainsi menacée par le manifeste. Nous soussignés, citoyens PER finlandais, appartenant à toutes les classes de la société, ‘8 venons exprimer devant le Trône notre profond chagrin du ÿ sort qui menace notre patrie, si le maintien de ses lois À fondamentales n’est plus assuré; et nous prions respeck tueusement Votre Majesté de prêter l’oreille à notre sup- Très gracieux Empereur! ï Sous le sceptre de monarques magnanimes et l’égide de ses lois, le peuple finlandais n’a cessé de faire des progrès dans le bien-être matériel et la culture intellectuelle. Le peuple a cherché à remplir fidèlement ses devoirs envers le monarque et l’empire russe. Nous savons que notre pays a pendant les derniers temps compté en Russie des ennemis qui ont cherché par leurs calomnies à mettreen : suspicion la fidélité et la loyauté du peuple finlandais. Mais nous savons aussi que ces calomnies ne sont que le l’autorité et de la loi soit plus profondément enraciné qu’en Finlande. Depuis les quatre-vingt-dix années que dure l’union de la Finlande avec la puissante Russie, jamais l’ordre n’a été troublé dans la société finlandaise. Les doctrines destructives n’y ont jamais trouvé de terrain pour ont raffermi de plus en plus les liens qui ont fait de la Fin- (1) C’est sans doute ee passage de l’adresse qui amena le directeur du journal finnois Tyœmies (l’Ouvrier) à déconseiller aux ouvriers { de signer cette adresse de bourgeois préoccupés de défendre leur constitution bourgeoise. La phrase vise évidemment surtout les doctrines nihilistes; mais on peut l’appliquer aussi aux doctrines socialistes, et il est bien possible qu’elle s’y appliquât dans l’esprit de certains des rédacteurs. Mais le plan du directeur du Tyœæmies fut combattu par d’autres socialistes, et ne réunit qu’un nombre assez

Pour la Finlande ; ss lande une partie inséparable de l’Empire Russe, tout en permettant à son peuple de conserver et de développer son ? caractère national propre, qu’il tient de Dieu et qu’aucune contrainte ne saurait modifier. Nous ne pouvons croire que $ le dessein de Votre Majesté Impériale ait été de créer par le manifeste une menace contre l’ordre juridique et la tranquillité intérieure en Finlande. Nous croyons bien plutôt que Votre Majesté daignera tenir compte de l’impression produite par le manifeste, et décider que les réglements en seront mis en accord avec les lois fondamentales finlan- % daises. Nous ne pouvons concevoir de doute sur l’inviolabilité de la parole Impériale. Nous savons tous que notre Souverain est celui qui devant toute l’humanité a déclaré que la force doit respecter le droit. Et le droit d’un petit peuple est aussi sacré que celui de la plus grande nation; x? l’amour de ce peuple pour sa patrie est aux yeux du Dieu M Tout-Puissant une vertu dont il ne doit pas s’écarter. eo C’est avec le plus profond respect, etc. x #3 Si extraordinaire que la chose paraisse, les cinq cents : % députés purent se réunir le 13 mars, assister à la manifestation pour l’anniversaire de la mort d’Alexandre II, séjourner jusqu’au 16 et partir ce soir-là par train à spécial avant que le général Bobrikoff eût appris et à l’entreprise et le départ de la députation. On n’avait pas voulu le prévenir par une délégation, de peur qu’il ! ne fit son possible pour arrêter le voyage. Il l’essaya en effet, mais sans y réussir. Du moins semble-t-il qu’il ï ait fait prévenir directement, par un messager spécial, le ministre de l’intérieur Goremykine. Les députés, une fois arrivés à Pétersbourg, adressèrent au ministre de Finlande une délégation qui lui porta l’adresse. Le ministre promit d’abord, le 17, Le, d’aller demander personnellement au souverain une audience pour la députation. Mais le soir, après une n k EU MU

conversation avec Goremykine, et après avoir reçuun ns _ télégramme de Bobrikoff, il revint sur sa décision. Les _ efforts des délégués furent inutiles. Le général Procopé pe __ se borna à écrire au tsar une lettre annonçant la venue } Gi. 2a d’une députation portant une adresse à peu près du of ; même contenu que celle du sénat (assertion du reste x ri inexacte). Il y joignit le télégramme de Bobrikoff qui déconseillait l’audience, et n’osa pas exprimer lui-même ; son avis. Le jour même, comme il fallait s’y attendre, __ le tsar refusa l’audience : a Faites savoir aux membres de cette députation de Fa cinq cents personnes que je ne les recevrai naturellement pas, quoique je ne leur en veuille cependant pas. Ils rs doivent retourner chez eux et pourront ensuite remettre ee leurs suppliques à leurs gouverneurs respectifs, pour être RE transmises au gouverneur-général, qui vous les enverra à LAS son tour, pour m’être présentées s’il y a lieu d’en tenir LES _ compte. Expliquez à cette députation le sens du manifeste du 3/15 février, et qu’ils retournent ensuite en paix. (1) 104 Le général Procopé lut la réponse aux députés le Va

  • samedi à deux heures de l’après-midi. Il n° « expliqua » à rien ; il avait même fait savoir d’avance qu’il ne voulait NS pas entendre de réponse ni d’objection. Il lui fallut , écouter pourtant un discours du consul Wolff, ce act: discours mème qui, à cette époque, fit tout le tour de la presse. (2) — La députation repartit le soir même pour (1) On prétend que la réponse contenait autre chose encore, que le général Procopé n’a point lu aux députés. (2) Inutile d’insister une fois de plus sur l’attitude effacée et tremblante du ministre. L’échec de la deputation a été son œuvre. — Les députés avaient voulu se réunir dans le temple finnois : le, pasteur leur en refusa l’accès, et, comme son collègue de langue Pour la Finlande Helsingfors, où elle fut fêtée dans un grand banquet. Le 20 mars elle se dispersa. — L’adresse fut plus tard, pendant le mois de juin, transmise à l’empereur par le ministre de Finlande ; naturellement il n’en fut pas tenu compte. L’empereur répondit : « Je ne tiens aucun compte de l’adresse. J’estime cette requête déplacée; le manifeste du 3 février concerne la législation générale d’empire. » Des renseignements qui m’ont été donnés de source sûre, il résulte que l’empereur, avant de faire cette réponse, n’a pris la peine de lire ni l’adresse, ni les commentaires qu’y avait joints le ministre. Un seul des vingt-quatre volumes qui contenaient les signatures paraît avoir été ouvert; mais il n’est pas certain que ce fut par l’empereur. L’effet attendu avait été manqué ; cependant l’effet moral dans le monde civilisé fut très grand. Plus tard, pendant le printemps, se prépara en Europe une autre manifestation analogue : l’adresse internationale au tsar. Des adresses furent rédigées en France, en Suisse, en Italie, en Autriche et dans les trois pays scandinaves, pour exprimer à l’empereur les craintes provoquées dans tous les esprits libéraux par le manifeste et les menaces qu’il contenait pour la nationalité finlandaise. Les signataires (mille cinquante) étaient suédoise avait accepté d’ouvrir son temple, le pasteur finnois intrigua auprès du consistoire pour obtenir qu’on défendiît au pasteur suédois de prêter son temple pour une réunion de délégués. L’attitude de ces deux Finlandais est d’autant plus sirgulière qu’elle contraste avec celle du préfet de police Cleygels, qui se montra très bienveillant envers les députés. — Le discours de M. Wolff lui valut naturellement la haine de Bobrikoff. Celui-ci mit en mouvement le gouvernement russe pour obtenir de l’Angleterre qu’elle retirât l’exequatur à M. Wolff, alors vice-consul à Viborg.

tous des savants, artistes, professeurs, publicistes | connus. L’adresse française réunit des gens de tous les

  • partis, depuis le duc de Broglie jusqu’à Anatole France. Les adresses furent portées par une députation de cinq personnes : M. Trarieux représentait la France et présidait la délégation; le professeur de droit Emilio . Brusa, l’Italie; le professeur de droit Van der Vlugt, la Hollande; le professeur de médecine Norman-Hansen,
  • le Danemark; le professeur de géologie Brœgger, la Norvège; et le grand explorateur Nordenskjüld, la Suède. Les députés, arrivés à Pétersbourg le 26 juin, furent promenés de ministre en ministre, et finirent par recevoir le 2 juillet de Goremykine une réponse négative l’empereur ne voulait recevoir ni les députés ni les adresses. La députation revint par la Finlande, où elle fut reçue le 3 juillet à Helsingfors, et se dispersa à Stockholm. Les adresses ont été déposées à La Haye. (1) (1) Pour tout ce chapitre, on peut consulter dans la Finnländisché Rundschau deux articles (Aus den Februar- und Märztagen des schwarzen Jahres) qui sont une adaptation des chapitres correspondants de Ur Finlands nyaste historia. Sur l’adresse interpationale, le livre de M. Van der Vlugt. Il est assez probable que les adresses sont par voie indirecte parvenues à l’empereur en copie.

Pendant que s’écoulaient tous ces événements, la diète poursuivait et achevait ses travaux.

Elle s’était assemblée, comme on a vu, le 19 janvier

. 1899, et avait été ouverte le 24. Le discours du trône était déjà plein de réserves menaçantes .….Inséparablement unie à l’Empire de Russie et placée sous la protection de tout l’Empire Russe, la Finlande n’a pas besoin d’une armée distincte de l’armée russe. Désirant cependant que la loi nouvelle à introduire soit mise autant que possible en harmonie avec la situation locale, Nous avons jugé qu’il serait bon de remettre à l’examen préparatoire des Etats la proposition de loi sur le service militaire et les principes fondamentaux d’une ordonnance relative à l’organisation ct à l’administration des troupes

IL fut remis en effet à la diète deux « propositions » (c’est le terme consacré), accompagnées d’annexes : le projet de loi et le projet d’ordonnance dressés par des comités russes, avec des commentaires, dont lun concernait « la suppression, dans la loi militaire finlandaise, des paragraphes qui ont reçu le caractère de lois fondamentales ».

(1) Ce passage porterait à croire que le discours du trône a été iuspiré ou rédigé par un des membres qui siégeaient dans la commission qui prépara le manifeste.

Pour la Finlande

Les projets de loi et d’ordonnance tendaiïent à une réorganisation de l’armée finlandaise qui lui enlevait tout caractère propre et autonome. Les principes géné- raux en étaient les suivants 1° Le ministre de la guerre aurait la haute main sur toute l’organisation militaire, qu’il fallait soustraire aux autorités civiles (sénat et diète); il rapporterait seul les 2 Le grand-duché disparaissait, en tant qu’unité militaire, pour faire place au district militaire finlandais, commandé par le gouverneur-général, avec un seul étatmajor (suppression par suite du commandement et de l’état-major finlandais);

3 Le russe deviendrait la langue administrative; les sous-officiers seraient tenus de le parler; les officiers pourraient être Russes (et non pas exclusivement Finlandais) & Une assimilation complète aurait lieu entre les troupes russes et finlandaises ; celles-ci pourraient, même en temps de paix, être transportées hors « des gouvernements finlandais »;

5° L’uniformité serait établie dans la durée et l’organisation du service militaire : cinq ans d’active (au lieu de trois), trois ans de réserve (au lieu de deux, et de cinq pour les bons numéros), et le reste dans la milice jusqu’à quarante-trois ans. Les Russes pourraient par suite servir comme soldats dans ces troupes;

6 L’effectif du contingent annuel serait fixé par le souverain sur le rapport du ministre de la guerre (et non du sénat), sans qu’on indiquât, comme dans la loi de 1878, un effectif maximum ; _ 7° Les dépenses militaires seraient payées « par les ! ressources du budget du pays », sans qu’on indiquât _que seules les ressources votées par la diète pouvaient PEL être affectées à cet emploi. | En outre, certains articles du projet de loi, et les commentaires qui les accompagnaient, étaient rédigés dans un esprit hostile à l’autonomie finlandaise, et dans des termes souvent blessants pour le sentiment finlandais. Il n’était pas question du « grand-duché », mais simplement des « gouvernements finlandais », sous prétexte que, le projet de loi dispensant du service les Lapons, ce n’était pas « tout le pays » qui prenait part au service. Il n’était plus question de citoyens finlandais, de patrie finlandaise, ni même souvent d’empire russe, mais de sujets russes, de patrie russe, d’empire de Russie. Le paragraphe premier disait par exemple: « La défense du trône impérial et de l’Empire russe est un devoir sacré pour tout sujet russe; la population mâle dans les gouvernements finlandais est donc, de même que dans les ‘ autres gouvernements de la Russie, astreinte au service militaire sans distinction de classe, et accomplit son | service selon les dispositions de la présente loi. » Les officiers russes qui avaient rédigé ces documents y accusaient à plus d’une reprise les Finlandais de séparatisme, et même leur imputaient des manœuvres déloyales en vue de s’assurer leur autonomie. A l’occasion d’un paragraphe qui supprimait le rapporteur des affaires finlandaises au ministère de la guerre, il est dit dans les commentaires au projet d’ordonnance Pour protéger leurs intérêts personnels, les Finlandais ont pris soin de placer des rapporteurs finlandais auprès de Pour la Finlande toutes les autorités russes qui ont à trancher des affaires finlandaises ; c’est ainsi que près de la personne du Souverain on a placé un secrétaire d’État de Finlande, près du gouverneur du pays un chef de la chancellerie du gouverneurgénéral et un chef d’état-major spécial pour l’armée finlandaise, et près du ministre de la guerre un rapporteur des affaires militaires finlandaises. L’existence de ces fonctionnairés avec leurs chancelleries a fait que les affaires de Finlande ont été complètement isolées, et soustraites à tout contact avec les autorités et institutions russes.

Ces mêmes commentaires se terminent par les déclarations suivantes, plus semblables à un article de jour-

Ra nal qu’à l’exposé des motifs d’une loi:

Il est nécessaire que les Finlandais s’attachent avec Sympathie à l’Empire de Russie et le regardent comme leur patrie commune ; ils ne doivent pas montrer leur mauvais vouloir contre la langue russe en restreignant les chaïres à l’Université, en chassant le russe des écoles, en privant les Russes du droit d’entrer dans l’enseignement ou d’occuper des postes en Finlande. L’armée est naturellement animée du même esprit que le peuple. Aussi ne peut-on regarder comme désirable pour la Russie d’avoir près de sa capitale une armée qui ne regarde pas l’Empire de Russie comme sa patrie.

Enfin, parmi les raisons invoquées pour supprimer le caractère de loi fondamentale aux quatorze para- graphes de la loi finlandaise qui le possédaient, on invoquait le fait que le ministre de Finlande (baron Stjernvall-Walleen) aurait caché en 1878 au ministre de i la guerre (comte Milioutine) la demande faite par la diète au sujet de ces quatorze paragraphes, pour éviter À l’opposition du ministre, et arracher ainsi par tromperie la sanction impériale. Cette histoire, soulevée une Ë première fois par le comité russe, fut portée par Koux LÉ [al opatkine à la connaissance de l’empereur (14 novembre a ‘1 _ La diète nomma immédiatement deux commissions: Re Û Fr lune dite de législation, qui se chargea d’examiner si ka les propositions étaient d’accord avec les lois déjà exis- the pie “4 tantes, et en particulier avec les lois constitutionnelles ; ANA ; l’autre, la commission du service militaire, qui se char- De 4 gea d’examiner le projet au point de vue technique, et : de rédiger le texte à soumettre à la discussion des états. le { £ Les deux commissions se mirent aussitôt à l’œuvre. Les ES | travaux durèrent jusqu’au commencement de mai. Pen- ee à dant tout ce temps, il n’y eut pas de séances publiques ; Aie les discussions préparatoires eurent lieu dans les clubs Me des partis (suédois et finnois) en séances secrètes. MP Sur ces entrefaites survint le manifeste de février. La 7e diète envoya une pétition à l’empereur; cette pétition “fe ne fut pas lue. Certains membres des commissions se ‘1 demandèrent alors si, devant la menace de voir la ques- … Fo tion militaire résolue par la voie illégale du manifeste, ê hs

L la diète ne devait pas refuser d’examiner les projets we n | qui lui étaient soumis, pour ne pas prêter la main à | l’illégalité possible. La majorité se rangea pourtant à vi Vavis contraire, et les travaux continuèrent. N

Le 19 mai les deux rapports étaient distribués. La EN commission de législation avait mis en lumière et réfuté l toutes les violations de la constitution, tacites ou for- VUE

À (1) La diète a montré le mal fondé de ces allégations /Réponse des va) Etats, pages 145-155) ; il est à noter du reste que, la commission ayant LA demandé au ministre de la guerre communication des pièces qu’il : Le possédait relativement à cette affaire, le général Kouropatkine L.

refusa de les communiquer. | À

Pour la Finlande melles, qui se trouvaient dans les propositions russes elle se trouva ainsi amenée à reprendre d’ensemble la question constitutionnelle. Quant à la commission du service militaire, elle n’avait pu accepter le projet de loi, ni même le prendre pour base de ses travaux; maïs, pour ne pas opposer une réponse négative aux propositions, elle avait dressé un projet qui, partant de la loi de 1878, modifiait cette loi sur tous les points où des concessions avaient semblé utiles ou possibles. Du reste, à peine les rapports des comités étaient-ils terminés que la diète recevait deux nouvelles propositions concernant légalisation des charges personnelles et financières dans le service militaire entre les habitants de la Finlande et ceux de l’empire de Russie. Ces . projets dataient de 1897 : primitivement il était question de légalisation des charges personnelles ; puis en 1893 on souleva celle de légalisation des charges financières. Ces instructions servirent aux comités mixtes qui à Pétersbourg préparaient la loi militaire; et le 6 juillet 1898 l’empereur enjoignait aux comités de pousser activement leurs travaux. Les membres finlandais firent une vive opposition à ces projets dont ils montraient l’impossibilité; mais les membres russes Comme ils étaient la majorité, ils l’emportèrent. Le principe des nouvelles propositions était de faire participer la Finlande aux dépenses militaires et au recrutement des forces russes dans la même proportion que dans l’empire de Russie. Le contingent annuel serait donc porté à 7.200 hommes ; le surplus, une fois ù À les troupes finlandaises complétées, serait versé dans les 6 troupes russes. Le budget militaire (9.200.353 francs 97) de serait augmenté de 10.091.664 francs, qui seraient versés _ autrésor russe. Cette double augmentation se ferait graduellement, dans un intervalle de dix ans. (1) Le 22 mars 1899, l’empereur approuvait les projets, sur le rapport de Kouropatkine, et ordonnaïit qu’on les di envoyât immédiatement à la diète. Kouropatkine les remit au ministre de Finlande. Celui-ci, par une aberration difficile à expliquer, demanda à l’empereur que la question fût traitée selon la procédure créée par le manifeste de février 1899. L’empereur répondit qu’on agît selon ses instructions du 22 mars, qui ne contenaient rien à cet égard; et le ministre de Finlande, de sa propre autorité, décida qu’on suivrait la procédure pes législative nouvelle. Une tentative du sénat pour faire ” rentrer la question dans les voies légales échoua. Le Ô 26 avril, l’empereur sanctionnait définitivement les deux La commission de législation, appelée à se prononcer, proposa que, vu le caractère inconstitutionnel de ces projets, la diète refusät de les prendre en considération. Les discussions commencèrent le 19 mai et durèrent jusqu’au 29. La minorité de la commission de législa- . tion reprit ses conclusions, proposant à la diète de refuser de discuter les premières propositions impériales. Les partisans de cette tactique eurent le dessous dans les quatre ordres. Les rapports des deux commissions furent adoptés à peu près sans changements. Refondus ensemble, ils sont devenus la Réponse des États citée dans la bibliographie. (1) Yoir le texte dans la Réponse des États, pages 13-17.

La loi votée par la diète, et proposée à la sanction impériale, maintenait dans ses grandes lignes l’organisation autonome de l’armée finlandaise. Mais elle faisait des concessions importantes 1° La durée du service restait de trois ans ; maïs l’effectif maximum était porté de 5.600 à 12.000 hommes. 2° La réserve était profondément modifiée. Elle ne comprendrait plus que les soldats sortis des troupes : actives ; la durée du séjour y était fixée à sept ans. — Les conscrits qui, lors du tirage au sort, auraient eu un bon numéro, seraient inscrits directement dans la mi-. l _ lice, appelée seulement en temps de guerre. La milice comprendrait en outre les soldats ayant achevé leur service dans la réserve. 3° Les troupes pourraient être emmenées en temps de guerre hors de Finlande, si le besoin ne s’en faisait pas sentir en Finlande. t Mais, se trouvant amenée à discuter la question con- “ stitutionnelle et le droit législatif des états, dénié par les projets des comités russes et ébranlé par le manifeste de février, la diète adoptait les conclusions de la commission de législation. Ces conclusions, qui exprimaient , l’opinion nationale, déclaraient très nettement que le manifeste de février était illégal. Malgré le calme de la forme, elles sont d’une grande hardiesse, surtout si on songe qu’elles sont adressées à un souverain auto- | crate dans une partie de son empire, et qui voulait à l’être partout. (x) Aux termes de la Constitution de la Finlande, une loi obligatoire pour le peuple finlandais ne peut être créée que . (1) Réponse des États, pages 168-170. D : su conformément à la procédure établie par les lois fondamen__ tales du pays, laquelle suppose, d’une part que le souverain est assisté dans ses fonctions législatives par des autorités | nationales, et de l’autre que la loi, dans toutes les matières qui ne se rapportent pas aux questions dites administratives et économiques, doit être faite avec la connaissance et le consentement des États.

Au contraire la procédure pour la création de lois destinées aussi à la Finlande établie par les règlements qui font suite au manifeste du 2/15 février 1899 est contraire aux lois fondamentales de la Finlande et à la Constitution que possède le pays conformément à ces lois.

Le manifeste et les règlements y annexés, décrétés sans le consentement des États de Finlande, et d’ailleurs suivant une procédure qui n’est pas conforme aux règles que prescrivent les lois fondamentales du pays, ne peuvent, en conséquence, avoir en Finlande le caractère sacré de la loi.

En particulier, une loi sur le service militaire des habitants de la Finlande ne peut donc, sans violation de la Constitution du pays, être promulguée comme loi d’Empire ou consacrée de toute autre façon par l’Empereur et GrandDuc sans avoir été adoptée par les États.

La loi actuelle sur le service militaire, qui a été créée selon la procédure prescrite par la Constitution du pays, ne peut être modifiée ou abrogée que par une décision concordante de l’Empereur et Grand-Duc et des États.

Dans le cas où Votre Majesté Impériale croirait cependant nécessaire une procédure spéciale pour la création de lois communes à l’empire de Russie et à la Finlande, les États ont le ferme espoir que Votre Majesté Impériale daignera, pour traiter l’affaire dans les formes requises par les lois fondamentales du pays, remettre aux Etats une proposition contenant le projet de modifications aux lois fondamentales qui paraîtront nécessaires à cet effet.

En outre les États veulent affirmer en terminant Qu’ils considèrent comme leur devoir fondé sur l’ordre universel de maintenir fermement la loi et le droit qui, en

£ _ Pour la Finlande 1809, ont été solennellement assurés au peuple finlandais comme devant être maintenus irrévocables. Enfin, quant aux secondes propositions, la diète, conformément à l’avis de sa commission, déclarait (1) Que, les propositions impériales supposant expressément dans ces questions une procédure législative contraire aux lois fondamentales finlandaises, les Etats ne sont pas entrés dans l’examen du fond de ces propositions. La session de la diète fut close le 30 mai selon le . cérémonial usuel. Les discours prononcés par les prési- l dents des quatre ordres exprimèrent encore une fois les sentiments de la nation, et surtout l’irritation où elle était à la fois du manifeste de février et des accusations portées contre elle dans les actes qu’on lui avait soumis. Le discours du trône était très court et sec. Il fut lu par le gouverneur-général, que l’empereur avait désigné à cet effet. È ! Le sénat envoya son avis sur la réponse des états le ë 6 novembre 1899. Il proposait de sanctionner la loi votée par les états, et de considérer comme caduques les secondes propositions.

(1) Réponse des États, page 294.

L’administration intérieure de 1898 à 1900 fe Il est probable que, dans le ton un peu amer des discours prononcés à la clôture de la diète, il faut faire une part à l’irritation causée par l’administration du nouveau gouverneur-général. Le général Bobrikoff n’avait pas tardé à montrer de quelle brutalité cynique il était capable pour réaliser ses desseins. h Il n’osa pas s’attaquer de suite aux institutions et aux À fonctionnaires, que protégeaient la loi et les traditions. Mais, dès 1899, il se tourna surtout contre la presse, dont la situation était plus précaire. Aucune loi votée par la _ diète ne règle en effet la question de la liberté de la presse, et toutes les pétitions de la diète avaient échoué à en obtenir une. L’ordonnance sur la presse, renforcée en 1891, soumettait la presse périodique à un régime très pénible : censure préalable, le censeur ayant le droit de faire modifier ou supprimer tout article délictueux. ‘ Avertissements, suspensions temporaires et suppressions constituaient l’échelle des pénalités. La surveillance des journaux et des livres était remise à une « Direction générale des affaires de la presse » subordonnée au Il va de soi que les questions à l’ordre du jour susci73

: Pour la Finlande g taient des polémiques dans la presse. Bobrikoff se con- e tenta, au début, de faire multiplier les « avertissements ». Mais plusieurs journaux en appelèrent au sénat et firent lever les avertissements abusifs. Bobrikoff obtint alors de l’empereur une addition à l’ordonnance en vigueur, lui accordant le droit de donner des avertissements sans appel. À Une fois le manifeste de février publié, le gouverneur n’hésita plus. Un journal de Viborg fut supprimé; le 4 avril, deux journaux de la capitale étaient suspendus. Le public offrit un banquet aux rédacteurs en chef. . C’est alors que le gouverneur, pour écarter de lui le blâme public, se fit autoriser par l’empereur à instituer un « comité consultatif de la presse », qu’il composa en ‘ grande majorité d’officiers russes. Son adjoint, le général Schipoff, nommé en mars 1899, devint le président de ce comité, chargé de « proposer » les mesures, que Bobrikoff appliquait ensuite. — Enfin, un peu plus tard ! encore, Bobrikoff obtenait une nouvelle addition à lordonnance sur la presse, l’autorisant à obliger un journal à changer de rédacteur en chef. Armé de la sorte, le gouverneur put commencer contre la presse une chasse active et fructueuse. Les censures d’articles, qui tendaient à diminuer, atteignirent à des chiffres inouïs : 386 en 1899, 68 en janvier et février 1900. Comme les journaux publiaient tous les mois des statistiques de ces censures, la direction de la censure finit par le leur interdire, pour éviter l’effet sur le public (mars 1900). (1) — Quant aux suspensions et aux suppressions, elles allaient aussi leur train : en 1899 à

: (1) On en évalue le nombre pour 1900 à environ 500. À

G suppressions et 27 suspensions atteignant 17 journaux pour une durée totale de 43 mois.

Matti Meikäläinem, Helsingfors (illustré, hebdomadaire), j “Titre, lieu de publication fois fois fois fois Total Pour la première moitié de 1900, les chiffres sont relativement plus modérés : sept suspensions seulement et aucune suppression. Mais cela tient en partie à la sévé-

Pour la Finlande rité déployée auparavant, en partie aussi au zèle de la censure, dirigée par un Finlandais passé au service de Bobrikoff, le comte Cronhjelm. û Les pertes matérielles subies par la presse étaient considérables : en comptant la valeur des abonnements, de la vente au numéro et des annonces perdues ainsi par les journaux suspendus, on arrive à 360.000 francs pour l’année 1899. La presse essaya de s’en couvrir en fondant une caisse de pensions, où la première mise de fonds fut apportée par une loterie (novembre 1899), dont le gain net fut de 145.000 francs. Elle essaya aussi de former une société d’assurances mutuelles contre les risques de la censure : en élevant de 5 °/, les tarifs d’abonnement et/d’annonces de tous les journaux, on pouvait indemmiser les journaux suspendus de 75 °/, de leurs pertes. Le projet échoua pourtant. Dès son arrivée en Finlande, le gouverneur-général avait formé le plan de fonder un journal russe qui, rédigé par des instruments à lui et payé par la Finlande, servirait puissamment sa politique. Il s’adressa d’abord au sénat (novembre 1898). Il réclamait 48.000 roubles (130.000 francs) pour la première année et 30.000 pour les suivantes (80.000 francs), soit le double de ce que coûtent les deux journaux officiels. Le sénat refusa. Mais à la fin de 1899, Bobrikoff obtenait de l’empereur un ordre au sénat d’avoir à payer pour ce journal 30.000 francs comme frais de premier établissement, plus 30.000 francs de subvention annuelle. La Finljandskaja Gazeta commença de paraître au début de 1900. Le général Bobrikoff, comme nous l’avons dit, avait pris une part active à la russification des provinces bal- û

; _ tiques. Il savait quel succès le gouvernement russe ia _ avait remporté en excitant contre les barons allemands re _ les populations d’Esthonie et de Livonie. Il semble bien que le parti panslaviste ait voulu recourir encore à cette tactique. Le 14 février 1899, les journaux annon- | çaient que la « Société slave de bienfaisance » avait institué un comité pour étudier les mesures à prendre en Finlande. Ce comité était présidé par le colonel Barodkine, qui s’était distingué dans les polémiques de presse contre la Finlande. Un mois après, le 10 mars, un journal d’Abo attirait l’attention sur le nombre considérable de colporteurs russes qui subitement venaient d’envabhir le pays, semant partout des bruits de partage des terres et récoltant dans le pays des signatures pour des adresses suspectes. L’éveil donné, tous les journaux suivirent; les autorités surveillèrent ces agents; on réunit contre eux de graves indices. Ils se retirèrent peu à peu. Quand ils eurent disparu, en juin 1899, le gouverneur-général, qui avait sans doute attendu le moment, envoya une circulaire aux gouverneurs de province, appelant leur attention sur « les persécutions » dont les colporteurs russes avaient été l’objet. Cette circulaire

  • avait été provoquée sans doute par une pétition adressée au gouverneur-général, et signée d’une quarantaine de maisons de commerce russes. On y faisait remarquer que la loi finlandaise défend le colportage aux non- L finlandais, et le restreint à certaines marchandises d’origine finlandaise. Les signataires demandaient au gouverneur de faire prendre des mesures pour abroger ces dispositions. L’effet de la pétition ne devait pas $ tarder à se faire sentir. , Sur un point du pays pourtant, l’agitation clandestine

Pour la Finlande #3 des agents slaves produisit un effet. C’est dans un petit village de la commune de Mohla (province de Viborg), Kyyrôlä, peuplé en majorité de familles de colons russes établies depuis la conquête au dix-huitième siècle. Le pope Zemljanitzine rédigea une adresse, où il blâmait la grande adresse comme témoignant d’une agitation criminelle contre les droits de l’empereur. Sept habitants signèrent cette supplique (avril 1899), qui fut envoyée le 2 mai par le gouverneur au ministre de Finlande pour être soumise le plus tôt possible à l’empereur. Dans sa lettre, destinée à être mise sous les yeux du tsar, Bobrikoff disait que les habitants de religion orthodoxe de ce village, « qui compte 1.363 habitants », avaient voulu protester contre les signatures mises au bas de la grande adresse par quelques habitants de la même province (il y en avait 74.587, dont 2.066 dans la commune de Mobla).— L’adresse de Kyyrôlä fut effectivement présentée à l’empereur avant la grande adresse. — Ce même village se signala bientôt à l’attention par une autre histoire à propos de son école. — Dans ces deux affaires, le gouverneur de Viborg, Gripenberg, avait montré une grande indépendance de caractère. Le gouverneur-général l’accusa de négligence dans l’exercice de ses fonctions. Le gouverneur se défendit par un rapport adressé à l’empereur, où il disait que « s’il y a eu dans cette affaire quelque chose d’illégal, ce ne peut être que la tentative faite par le gouverneurgénéral pour franchir arbitrairement les limites de la justice et de la légalité ». Le gouverneur-général m’attendit pas que le rapport arrivât sous les yeux de i à l’empereur; il fit révoquer le gouverneur, et lui fit après F | coup infliger un blâme. a

De même qu’il avait procédé contre la presse, le PUR fie r général Bobrikoff se tourna aussi contre les associa- Ne __ tions et réunions. Le droit d’association et celui de 1 DER 12) réunion étaient réglés par des dispositions assez libé- MES de rales, qui ne concordaient pas du tout avec les ten- 28e Lé dances autoritaires du gouverneur-général. Il profita de 2 ? deux occasions pour les faire restreindre partiellement. à s: 1° La loterie à l’occasion de la presse. Sur la demande Fe à de Bobrikoff, le tsar décida qu’à l’avenir le gouverneur- LLHÈSES ( général aurait seul le droit d’autoriser des loteries, de | Fes quelque nature qu’elles fussent. he F

2 Un dîner offert à M. Mechelin pour son soixantième 40) anniversaire décida le gouvernement russe à une q jf réforme ultérieure du droit de réunion (voir plus loin). NS

En outre, comme des sociétés d’enseignement popu- ‘1

laire avaient demandé la ratification de leurs statuts, We le gouverneur-général fit savoir au sénat (juillet 1899) L 1%

; qu’il doutait de l’utilité de ces associations, et s’adressa mt à l’empereur pour lui soumettre le cas. A l’instigation M. | de Bobrikoff, le tsar déclara que, si le gouverneur- : général estimait qu’une association avait un caractère politique, il aurait le droit d’ajourner l’examen des tri

| statuts, et de les renvoyer à la sanction impériale ; ‘ De . toutefois l’empereur ne voulait pas qu’il lui fût soumis ‘ ” de demande d’autorisation avant 1901. | Le général Bobrikoff ne tarda du reste point à être Ré soutenu dans son œuvre de russification par un nouveau ministre de Finlande. Le général Procopé fut D.

3 en effet relevé de ses fonctions de ministre intéri- ci

maire de Finlande, tout en gardant celles de ministre-

Pour la Finlande adjoint; (1) il eut pour successeur M. von Plehwe, déjà secrétaire du conseil de l’empire, et qui garda ses autres fonctions (29 août 1899). M. von Plehwe partage les idées politiques du gouverneur-général, et il met peut-être plus d’habileté diplomatique à les appliquer. — Le plus grave dans cette nomination, c’était surtout qu’elle fermait aux Finlandais tout accès auprès du souverain. L’appui du ministre de Finlande était sans doute resté problématique pendant les dernières années ; mais il pouvait redevenir effectif; et surtout il n’y avait pas trop à craindre que des protestations ou des documents utiles adressés à l’empereur fussent « étouffés » en cours de route. Désormais, on était sûr que les événements lui seraient toujours présentés sous un jour tendancieux.

Toutes ces mesures plus ou moins brutales, et une foule de tracasseries de détail sur lesquelles je passe avaient accru l’irritation dans les esprits. La réunion de la diète ordinaire de 1900 parut à la nation une bonne occasion de donner libre cours à ses sentiments. Deux pétitions furent déposées. L’une, émanée de la noblesse, concernait le régime de la presse. Elle demandait que, conformément aux lois fondamentales, le droit de suppression des journaux fût enlevé à l’arbitraire du comité de la presse et du gouverneur-général, et remis aux tribunaux, qui prononceraient après enquête et jugement régulier. L’autre pétition, déposée dans les quatre ordres, visait les changements illégaux apportés par le gouverneur et l’empereur, en se basant sur le manifeste de février, dans le système administra-

(1) I prit sa retraite en mars 1900, et fut remplacé par le comte _ tif. Les auteurs concluaient à ce que la diète demandât au souverain de prendre les mesures nécessaires pour Futs remettre l’administration finlandaise en accord avec les lois du pays et les intérêts du peuple.

Les pétitions furent remises à une commission, quien proposa l’adoption. Dans son rapport, la commission relevait toutes les fautes commises contre la légalité.

La diète adopta le rapport, qui demandait « qu’il plût à Sa Majesté Impériale de prendre les mesures propres à faire disparaître les abus signalés dans la direction de l’administration, et à mettre cette administration en harmonie avec les lois et le régime social du pays ».

Le gouverneur-général, mis en cause dans le rapport et surtout dans les débats, refusa de se prononcer, au moins officiellement. Mais on peut penser qu’il ne négli- gea rien pour faire échouer les pétitions. Le ministre von Plehwe, visé lui aussi dans ces actes, dut l’aider. _ L’empereur était déjà trop circonvenu pour que les

. pétitions pussent produire de l’effet. Celle sur la présse fut rejetée. A la pétition sur l’administration, l’empereur fit une réponse encore moins favorable : il refusait de prendre la pétition en considération, comme violant le $ 51 de la Loi organique de la diète, et conte- nant un blâme insolent de mesures administratives prises selon la procédure en vigueur pour la haute adminis- tration; il faisait envoyer au général Bobrikoff une attestation déclarant que sa conduite avait été correcte et conforme aux instructions impériales; enfin il ordon- nait au sénat de procéder à une revision de la Loi organique, en vue de délimiter plus exactement la compétence de la diète et de compléter la procédure de discussion des affaires au sein de celle-ci.

Les manifestes de 1900. — L’administration S

Le 6 juin, la diète de 1900 avait été close. Le sénat allait prendre ses vacances, on ne s’attendait à rien de nouveau avant l’automne. Pourtant, le 26 juin, le sénat recevait trois actes législatifs qui étaient autant de nouvelles violations de la constitution. Le premier concernait l’introduction du russe, le second la restriction de la liberté de réunion, le troisième le commerce des

La question de l’introduction du russe n’était pas

: nouvelle. A l’occasion d’une pétition de l’ordre des paysans à la diète de 1897 sur la situation de la langue finnoise comme langue officielie, le gouverneur intérimaire Gontcharoff avait proposé d’introduire, dans des délais variant de cinq à quinze ans, le russe comme langue officielle dans le sénat et les directions provinciales. Le sénat avait été saisi de l’affaire à la fin de 1898, et l’avait renvoyée à un comité. Il allait donner son avis. Mais dans l’intervalle, et à l’insu du sénat, le gouverneur-général obtenait du tsar un oukase portant que, à l’avenir, les postes de sénateurs et de chefs des administrations centrales ne pourraient être confiés à des personnes qui ne sauraient pas parler le russe.

Pour la Finlande (24 janvier 1899). Quand le sénat, le 21 février 1899, après avoir promulgué le manifeste de février, envoya son avis qui concluait au rejet du plan Gontcharoff, il était trop tard.

La question fut reprise dans son ensemble au mois de janvier 1900, tandis que se réunissait la diète. Un comité fut institué à Pétersbourg, composé uniquement de Russes (la Finlande y était représentée par un ministre). Les travaux de la commission aboutirent à son projet de manifeste suivi d’une ordonnance. Le 7/20 juin, l’empereur sanctionnait l’un et l’autre. Le manifeste disait que, lors de « lincorporation » de la Finlande à « l’Empire de Russie » l’empereur Alexandre I « prescrivit que le russe serait, comme langue principale, introduit peu à peu dans le maniement des affaires se rapportant à l’administration ». Cette mesure « n’a pas Ÿ été appliquée jusqu’ici, par suite de l’extension insufisante de la langue russe en Finlande ». Mais le moment est venu de donner à la langue russe « l’importance qui lui revient ». Le projet dressé par la commission vise à réaliser le programme d’Alexandre 1 « avec une continuité conforme à la nature des choses »; on a eu égard aux particuliers, auxquels « on a assuré même pour l’avenir la possibilité de s’adresser dans leur propre langue aux services publics ».— L’ordonnance, de son côté, portait qu’à dater du premier octobre le russe serait introduit comme langue exclusive au secrétariat d’État, à la chancellerie du gouverneur-général et au bureau finlandais des passeports à Pétersbourg. — A partir de cette même date, la correspondance du département administratif avec le secrétariat d’État et le gouverneur-général, et les requêtes au souverain se

| feraient exclusivement en russe, les actes et documents Lo A partir du premier octobre 1903, les procès-verbaux N et actes du département administratif du sénat seraient : 5258 rédigés en russe, et le russe serait la langue des délibé- te rations ; toutefois le président (le gouverneur-général) pourrait octroyer pendant cinq ans encore aux séna- jé teurs en particulier la permission d’employer oralement le suédois ou le finnois.

A partir du premier octobre 1905, toutes les admi- ‘à nistrations centrales et les chancelleries provinciales à emploieraient exclusivement le russe dans leur correspondance avec le gouverneur et le sénat et entre elles.

En outre, elles seraient tenues d’accepter toutes demandes et lettres émanées de particuliers et écrites “u Les deux langues nationales ne subsisteraient que je dans les tribunaux; les particuliers conserveraient _ toutefois le droit d’écrire dans leur langue leurs lettres &

Il est à peine besoin de montrer lillégalité de ce décret. La situation des langues officielles est réglée par la constitution, ou plutôt elle en découle. Les Finlandais ayant seuls accès aux fonctions, les langues administratives doivent être celles du pays. Le décret était donc contraire à l’esprit de la constitution.

L’ordonnance sur la liberté de réunion a son origine dans les faits que nous avons relatés. A la suite de ces faits, l’empereur avait enjoint au sénat, pendant l’automne, de préparer un projet de loi restreignant la liberté de réunion. Le sénat, lié par les instructions impériales, R ’

Pour la Finlande indiqua que sa préférence serait pour un projet d’ordonnance réglant la question des déclarations à faire à la police avant de tenir une réunion. — Il avait dressé pourtant un projet de loi, en spécifiant bien que ce projet devrait être soumis à la diète : le projet subor- î donnait la réunion à une autorisation administrative. Un projet d’ordonnance suivait, qui réglait les disposi- à tions de détail. — A Pétersbourg on trouva plus simple de prendre le projet de loi et de le promulguer par voie administrative, ce qui constituait par soi-même une violation de la constitution. L’économie du décret est la suivante 1° Une réunion ne peut être organisée sans l’autorisation du gouverneur-général, celui-ci pouvant déléguer ses pouvoirs aux autorités locales. — Le gouverneurgénéral ne s’est réservé que l’autorisation des réunions à tenir dans la capitale et dans un rayon de 25 kilomètres autour de Helsingfors 2 Les réunions tombant sous le coup du décret sont celles qui sont organisées par des particuliers et des sociétés pour traiter de questions sociales, économiques, scientifiques (sauf les réunions ordinaires des sociétés savantes), pour prendre des résolutions et fêter des événements ou des personnes;

3 La demande doit être faite par trois organisateurs jouissant de tous les droits civils et politiques, qui sont responsables jusqu’au moment de la constitution d’un e président de la réunion, qui devient responsable du maintien de l’ordre;

G° A moins de permission spéciale, une réunion ne peut se prolonger au delà de onze heures du soir;

L 5 L’autorité qui accorde l’autorisation envoie, pour surveiller la réunion, des agents de police, auxquels on

| doit donner une place convenable et fournir tous les renseignements qu’ils demandent. — Ces agents ont le droit de dissoudre la réunion si le président laisse se produire une illégalité sans lever la séance. — En cas de dissolution, si le public ne se disperse pas de suite, il est procédé à l’évacuation par la force;

6° Une série de peines (amendes de 100 à 500 francs) sont stipulées contre les organisateurs, président, loueur du local, rédacteurs de journaux, au cas où, dans lannonce ou la tenue de la réunion, quelque

Quant à l’ordonnance sur le commerce des colporteurs russes, elle n’était que l’application des mesures demandées dans la pétition au gouverneur-général, et dont il a été parlé.

; Gette ordonnance, très courte, portait que les paysans russes pourvus d’un billet de séjour délivré par les gouverneurs pour exercer le commerce et l’industrie en Finlande jouiront des mêmes droits commerciaux que les Finlandais, et pourront en outre se livrer à certains métiers. Cette ordonnance était provisoire, et devait être remplacée dans un délai d’un an (elle ne l’a pas été). — Le commerce en question pourrait se faire non seulement avec des marchandises finlandaises, mais encore avec des marchandises russes.

Le sénat renvoya les ordonnances à une commission. Une subtilité de juristes amena à les séparer. Le manifeste sur la langue russe fut réservé pour une séance plénière; les deux autres ordonnances furent remises au

Pour la Finlande département économique seul. — Dans le département économique, une opposition se produisit. Mais la majorité n’eut pas le courage de se ranger à cet avis : pour la seconde fois, on décida de promulguer. Le 3 juillet, les deux ordonnances paraissaient dans les journaux

Sur le manifeste, la décision fut plus lente à venir. Lors de la première séance, tenue le 30 juin, il fut décidé par quinze voix contre cinq de ne pas promulguer immédiatement et, à l’unanimité, de rédiger une pétition à l’empereur. Le texte primitif de cette pétition portait que le sénat ne saurait assurer l’exécution de cet édit, qui ne pouvait avoir force de loi en Finlande. Mais les sénateurs craignirent que cette rédaction ne parût trop audacieuse; ils la corrigèrent à plusieurs reprises. Enfin elle fut expédiée le 2 juillet au soir. En même temps, onze sénateurs offraient leur démission. C’étaient dans le département administratif, les sénateurs Schauman, von Troil, Gripenberg et Charpentier; dans le département judiciaire, les sénateurs Gylling, Clouberg et Hougberg ; en outre les sénateurs Langenskiôld, Nybergh, Idestam et Serlachius offraient leur démission pour le cas où l’empereur persisterait dans ses intentions.

Le vice-président Tudeer fut appelé à Pétersbourg, où s’était rendu aussi le gouverneur-général. Le 5 juillet, le ministre von Plehwe exposa autsar la question. Mais

Ù il ne lui montra pasla pétition elle-même; il lui dit seulement que le sénat avait fait « quelques objections, réfutées d’avance par le comité russe ». L’empereur, naturellement, ne tint aucun compte de la pétition et ordonna au sénat de promulguer. Il accepta en même temps six des démissions offertes, mais il abaiïissait le montant ne des pensions de retraite proposées par le sénat. De son FR

_ côté, Plehwe fit savoir aux sénateurs que « la question À

_ de promulgation et celle des retraites étaient connexes ».— Le 6 juillet eut lieu le vote décisif. Les séna- fe teurs dont la démission était acceptée n’en avaient pas (4 été prévenus. Les voix se partagèrent ainsi: nombre des f

Pour la promulgation : Bergbom, Bæœhm, Borenius, s

Abstentions : Nybergh et Langenskiôld, soit 2.

Le manifeste était donc promulgué.

Le mécontentement avait été très grand dans toute el la nation au moment où le sénat avait promulgué le manifeste de février 1899. L’irritation fut plus vive sl encore devant cette seconde lâcheté. Malgré le soin avec lequel la censure veillait sur la presse, les jour-

  • naux ne cachèrent pas leur opinion. Dès qu’on sut le contenu des nouvelles ordonnances, les articles se mul- Rss tiplièrent, où l’on combattait l’idée même de la promulgation; après la promulgation, la campagne se prolongea encore pour blämer la décision du sénat. Ce fut pour le gouverneur-général l’occasion de nouvelles hécatombes. Dans l’espace de cinq semaines, deux suppressions, une suspension, huit avertissements et deux i changements forcés de rédacteurs réduisirent la presse La promulgation des ordonnances de juillet 1900 fut _ suivie à bref délai du renouvellement du sénat. Les postes de sénateurs sont octroyés pour une période de

_ Pour la Finlande ee trois ans, d’ailleurs renouvelable, Le dernier renouvellement avait eu lieu en 1897. De plus, à la suite des démissions, onze postes devenaïent vacants. Le ministre de Finlande saisit bien entendu l’occasion pour « épurer » le sénat. Le vice-président Tudeer fut chargé de la besogne, et l’accepta. Il chercha naturellement ses collègues dans le parti « de la conciliation » : et c’est alors que grandit l’influence occulte d’Yrjô-Koskinen, qui depuis n’a cessé de diriger dans la coulisse. On garda les sénateurs qui avaient voté toujours pour la promulgation. Le procureur Süderhjelm fut relevé de. ses fonctions et nommé, sans avoir été consulté, à un siège de sénateur au département judiciaire. Il refusa et donna sa démission. Le poste de procureur resta vacant, et les fonctions furent remplies à titre intérimaire par le procureur-adjoint, jusqu’à la nomination, un an plus tard, du sénateur Johnsson. — Mais quand il fallut remplir les postes vacants, M. Tudeer se heurta à des difficultés sérieuses, Le gouverneur du Nyland refusa successivement deux portefeuilles. Les portefeuilles de l’agriculture, du commerce et des affaires militaires furent refusés deux fois. On nomma au portefeuille des finances, sans le consulter, le gouverneur de Kuopio, . Akerman, un militaire, qui ne tarda pas à démissionner. Il fallut se rabattre pour l’agriculture sur le gouverneur de Saint-Michel, Spâre, tellement méprisé en Finlande qu’il lui fut impossible de trouver à se loger à Helsingfors, et qu’il dut s’installer un certain temps dans les bureaux de linspecteur de lassistance publique. Le vice-président Tudeer finit par sentir le ridicule et l’odieux de sa situation; il démissionna (septembre 1900). Pour le remplacer comme vice-président,

on choisit un grand propriétaire, M. Linder, qui appartenait au parti suédois, mais qui se laissa gagner à la politique de Koskinen. Ë Armés des nouvelles ordonnances, et assurés de ne trouver dans le nouveau sénat aucune résistance sérieuse, le général Bobrikoff et le ministre von Plehwe continuèrent avec une vigueur nouvelle leur campagne contre les libertés et l’autonomie de la Finlande. Je ne puis la raconter par le menu, les incidents étant trop nombreux. Je me bornerai aux faits principaux, enles rangeant sous quelques rubriques. L’ordonnance sur le droit de réunion a été une arme précieuse pour combattre ce que le gouverneur-général appelle « l’agitation politique »; sous cette dénominafion il fait rentrer aussi les efforts faits pour répandre l’instruction. Les loteries, fêtes ou concerts au profit de la caisse de la société d’insiruction populaire lui sont désagréables; et il ne les autorise qu’à la condition qu’on supprime de l’annonce l’indication du but. Les conférences faites dans le pays sont surveillées. Enfin, au commencement de 1902, le gouverneur-général a refusé en bloc l’autorisation à vingt sociétés d’enseignement ou de secours mutuels. Quant à la presse, son sort n’a fait qu’empirer. L’arbitraire de la censure dépasse toutes les bornes. Il arrive qu’un censeur supprime d’un journal des notices qu’il laisse passer dans un autre. Dès le commencement de 1900, la vie des journaux devenait intenable. La Nya

Pour la Finlande Pressen de Helsingfors subit seize censures du 22 février , au 30 juin. Le 19, le 22, le 26 juin, elle était censurée trois fois de suite; le 30 juin arrivait la suppression. — L’ordonnance sur la presse stipule que les actes, documents et comptes rendus de séances de la diète et des tribunaux peuvent être reproduits par les journaux. Cependant, dès le printemps de 1900, la censure essaya d’empêcher la reproduction des actes de la diète. Elle ne put y arriver, parce que les journaux demandèrent une autorisation expresse de la diète. Mais la direction des affaires de presse a réussi en 1902, par un acte d’arbitraire pur, à empêcher les journaux de mentionner même les jugements rendus à Helsingfors dans des procès où le censeur en chefétait partie. Non seulement la statistique des censures est interdite, mais le journal censuré n’a même pas le droit de le dire. Seule la formule « le journal a été en retard hier » a jusqu’ici

Les tableaux suivants indiquent les suppressions et suspensions depuis le premier janvier 1900 jusqu’à s

. Hämäläinen, Tavastehus;

Titre, lieu de publication suspensions Date mois Hämäläinen, Tavastehus… . I mars 2 À | Pour la Finlande dits J Titre, lieu de publication suspensions mois Titre, lieu de publication suspensions Date mois

En comparant les résultats pour 1899, 1900) 4907 etre 1899 1900 1901 1902 Nombre de journaux suspendus. 17 14 18 , Nombre des suspensions… . . 27 15 18 Durée totale en mois des suspen- ù

_ Les conséquences économiques, calculées pour 1899 . et 1900, ressortent du tableau suivant. On y a fait entrer les journaux supprimés en les comptant jusqu’à la fin de l’année.

Nombre de numéros supprimés. 1.100 900

Montant des abonnements pendant la durée de la sup:

Valeur des annonces perdues : évaluée au double du chiffre des abonnements.

Enfin, dans un dernier tableau, je donnerai ici: la statistique du développement de la presse sous le régime du général Bobrikoff. De 1890 à 1899, le nombre des journaux s’était accru de 133 à 210. Voici ce qu’il est devenu

Paraissant une fois ou

Cette statistique, comme on le voit, accuse une diminution des journaux proprement dits. D’autre part le gouverneur-général se montre très avare d’autorisations

Pour la Finlande pour les journaux nouveaux. Dans le cours de l’année 1901, il n’a autorisé qu’un quotidien et des journaux ou

B. — La russification des administrations finlandaises.

Le manifeste de juillet 1900 continuait la politique inaugurée par l’oukase du 24 janvier 1899. Le gouverneur-général et le nouveau ministre de Finlande ne tardèrent pas à prendre des mesures pour lappliquer. C’est ainsi que, dès 1901, ils décidaient que, pour postuler un emploi dans les administrations où, d’après le manifeste, le russe devait être introduit, le candidat devrait présenter un certificat attestant qu’il possède la langue russe; plus tard il fut décidé que les candidats nommés sans ce certificat (en l’absence d’autres concurrents) ne le seraient qu’à titre provisoire.

Pour sa part, le ministre von Plehwe avait déjà fait créer au secrétariat d’État de Finlande cinq postes réservés à des fonctionnaires finlandais, qui seraient détachés de leurs services respectifs pour venir sur place apprendre le russe (juin 1900). La nomination et le remplacement de ces fonctionnaires n’a pas été facile. Mais il finit par se trouver toujours des ambitieux, et les

Cependant la politique du gouverneur et du ministre * semble être encore plutôt d’implanter des Russes dans les administrations que de ,russifier les fonctionnaires finlandais. Ils ont cherché en particulier à épurer systématiquement de Finlandais les services qui les touchent immédiatement. Au secrétariat d’État de Finlande, le ministre-adjoint Procopé fut remplacé par un Finlan-

Vas, le comte Armfelt; mais celui-ci eut pour succes- 40 _ seur, dans ses fonctions de chef de la chancellerie, un . juriste russe, créature de M. de Plehwe, D. Ohrstrôm. AS En outre, le ministre se fit adjoindre pour missions nue spéciales un professeur de droit à l’Université de 2 ES _ Jaroslav, Eduard Berendis, qui avait étudié le droit ie ee suédois. — A la fin de 1901 d’ailleurs, l’empereur « rele- Ga cu vait de ses fonctions » le comte Armfelt, qui fut remplacé par Ohrstrôm. Un autre fonctionnaire finlandais, le Æ si baron Indrenius, quitta le secrétariat d’État pour suc- k Dia céder au directeur des douanes révoqué en 1901; il Vite va fut remplacé par un Russe, ainsi qu’un troisième fonc- ; a tionnaire mort dans l’automne de 1901. Lorsque, après & VE Vassassinat de Sipiaguine, von Plehwe fut nommé rs se ministre de l’intérieur, il conserva ses fonctions de POS a ministre de Finlande ; Ohrstrôm expédie les affaires A Quant à la chancellerie du gouverneur-général, elle N & . Se vide aussi peu à peu de Finlandais. — A la suite des NL ordonnances de juillet 1900, le gouverneur du Nyland, 5 ANS le général de Pont, avait donné sa démission, déclarant taun qu’il né voulait pas appliquer ces décrets illégaux. Il £ 197 fut remplacé par le colonel von Minckwitz, chef de la A chancellerie du gouverneur-général. Le poste vacant j fut attribué à un oflicier de l’état-major russe en Fin- ATCATESS lande, le colonel Seyn, qui s’était fait connaître par des de _ brochures et des conférences antifinlandaises. Puis - é » vinrent les fonctionnaires russes chargés de missions LA spéciales. On s’ingénia à faire des choix blessants pour “ma les Finlandais, en particulier celui du fils de Jeléneff. Et Û le gouverneur cherche à placer dans les autres admi-

nistrations les Finlandais qui lui restent. Au printemps SAUCE

Pour la Finlande de 190 », la direction des forêts étant devenue vacante, il y a proposé un rédacteur de sa chancellerie. Sur l’objection que celui-ci manquait de connaissances techniques, il répondit que c’était indifférent, puisque ses subordonnés en auraient.

A la fin de février 1901, le nouveau gouverneur du Nyland offrait sa démission. Dans sa lettre, destinée à être mise sous les yeux de l’empereur, il relevait toutes les illégalités commises pendant les derniers temps. La lettre, bien entendu, ne fut pas présentée au souverain. Le sénat ayant un peu tardé à l’expédier, le général Bobrikoff fit révoquer par l’empereur le colonel Minckwitz. Il profita de cette vacance pour faire nommer un Russe, le colonel Kaïgorodoff, en garnison à Tavastehus, et qui fut alors promu général de brigade. Cette nomination était nettement illégale ; car le décret de 1891, illégal lui-même, ne s’appliquait pas aux postes de gouverneurs. Pourtant le sénat ne protesta point.

Le nouveau gouverneur ne tarda pas à vouloir introduire le russe dans son administration. Ses subordonnés résistèrent. La mesure était du reste contraire même à l’ordonnance de 1901. Il s’ensuivit au sein de la direction provinciale une lutte très vive, dont il serait trop long de raconter les détails. Le général Kaïigorodoff a remporté un demi-succès ; avec l’appui du ministre von Plehwe, il a obtenu de pouvoir expédier les actes en double texte russe et suédois (ou finnois). De plus, au mois de novembre 1901, il faisait révoquer, contrairement à la loi, sans enquête ni jugement, le vice-trésorier provincial Holmberg. Lui aussi a rempli son administration de fonctionnaires russes « chargés de missions spéciales ». | En mai 19071, le baron de Kothen, gouverneur de . Tavastehus, donnait sa démission. Il fut remplacé par . un officier russe agréable au gouverneur-général, le général Swertchkoff. Entre autres mesures prises par le nouveau gouverneur, il suflira de signaler la révocation du bailli de Hattula, Gustave Simola (6 no- RS vembre 1901). Celui-ci, chargé de faire une enquête … sur une bagarre entre soldats russes et soldats et civils finlandais, avait relevé la facilité avec laquelle on vendait . des alcools à la cantine des soldats russes, et l’indiscipline de ces derniers (16 février 1901). Le baiïlli fut invité par la chancellerie du gouverneur-général à four- nir la preuve de ses assertions (22 avril 1901). Il réunit une trentaine de témoignages irrécusables. Naturellement, le général Swertchkoff les trouva « exagérés et insuffisants ». Le baïlli fut révoqué. D’ailleurs, dans la HE lettre du 22 avril, le colonel Seyn avait noté que « des plaintes déposées contre le baïlli Simola par des colporteurs russes prouvaient que Simola était incapable de remplir les fonctions qu’il occupait ». C’était sans doute le véritable motif de sa révocation. En face de cette russilication systématique et de cette introduction de l’arbitraire dans l’administration, le sénat, qui devrait défendre les droits des fonctionnaires . à finlandais, ne proteste pas, et même il se place par faiblesse du côté du gouverneur-général. Aucune protestation ni objection n’a eu lieu, ni contre les nominations, ni contre les révocations illégales. Bien plus, au printemps de 1go1, le sénat, questionné par le général Bobrikoff sur les mesures à prendre pour appliquer le manifeste du 20 juin 1900, répondit par un plan complet. On exigerait des fonctionnaires la ï

Pour la Finlande connaissance du russe, ce qui ne causerait aucune difficulté pratique si on renforçait l’étude du russe dans les écoles et lycées. (1) C’était le premier pas dans la voie d’une collaboration positive aux illégalités du gouvernement russe. Le sénat, comme on le verra, ne s’en est pas tenu là.

C. — Réorganisation de la police.

La réorganisation, ou, pour mieux dire, la désorganisation de la police a été de bonne heure un des principaux soucis du gouverneur-général. Le plan qu’il a poursuivi longtemps, et qu’il n’a sans doute pas abandonné, est de faire reconnaître à la gendarmerie russe des attributions légales en Finlande. La gendarmerie établie en Finlande ne sert que pour les troupes russes. Mais dans la pratique, le général Bobrikoff l’a employée à espionner les Finlandais. Les rapports secrets des gendarmes devinrent l’occasion de notes incessantes du général Bobrikoff au sénat et aux autorités locales; les enquêtes faites sur ces dénonciations montraient d’ail- leurs qu’elles étaient sans fondement. — Aussi, dans la pétition de la diète de 1900 sur l’administration, était-il question de la gendarmerie russe. Quand le tsar eut repoussé la pétition, le gouverneur-général, dans un ordre du jour resté fameux en Finlande, vanta les services que la gendarmerie avait rendus « pour le maintien de l’ordre et de la moralité ». Plus tard, il envoya au sénat une note où il proposait de faire payer cette gendarmerie par le budget finlandais (avril 1907). Ce plan a échoué »

ni Enire autres tracasseries imaginées par le général Bo_brikoff, il faut signaler la remise en vigueur, pendant l’été de 1900, d’une vieille ordonnance d’Alexandre II sur l’obligation du passeport pour la sortie et l’entrée. L’ordonnance était, tombée en désuétude. Bobrikoff prétexta pour la reprendre que des émigrants russes, Û et surtout des Juifs, sortaient de Russie par la Finlande. Ÿ En réalité, le gouverneur avait espéré trouver une occasion de faire servir ses gendarmes. Jusqu’ici, du reste, il n’a pas réussi. Ne pouvant introduire sa police en Finlande, le général Bobrikoff a du moins cherché à désorganiser celle qui s’y trouvait. Une manifestation assez inoffensive lui 18 février, date de la promulgation du manifeste, amena Ju; des démonstrations. La première fois, on s’était borné à laisser toutes les lumières éteintes dans les maisons. La seconde fois, des groupes se formèrent; on alla siffler devant la porte d’Yrjo-Koskinen. Le lendemain, 19 féwrier 1901, le maître de police de Helsingfors était KE révoqué pour incapacité. Il fut remplacé par un Finlandais tout à fait russifié, le colonel Carlstedt. Celui-ci donna bientôt la mesure de ce qu’il peut faire. Quelques procès avaient été entamés contre des manifestants (21 mai). Un commissaire de police fit une déposition d’où il ressortait qu’un officier de gendarmerie russe f avait menti. Quelque temps après, sous un prétexte futile, Carlstedt le fit révoquer par le général Kaigoro- ! doff, En revanche, il encombrait la police d’agents de Us moralité douteuse, dont certains se sont fait condam- ‘ ner en mars et en mai 1902 à des peines de prison pour illégalités et faux témoignages.

Pour la Finlande à

Enfin le colonel Carlstedt a présenté au sénat un __ projet de réorganisation de la police de Helsingfors. Elle serait plus que doublée, renforcée de concierges soumis à la police (comme les dvorniks russes), et soustraite au contrôle des autorités municipales, qui pourtant continueraient à la payer comme devant. Ce projet a été soumis au conseil municipal. Le conseil a adopté dans la séance du 8 juillet le rapport de la commission « chargée d’examiner le projet. La commission montre . qu’il est dans le détail mal établi, et que le surcroît de dépense proposé (les frais monteraient de quatre francs * à dix francs par habitant) ne s’impose pas. Elle repousse le projet, et n’accorde qu’une augmentation de crédits assez légère. (1)

Il faut ajouter enfin que depuis 1900 des perquisitions illégales ont commencé à se produire. Elles ont toutes « été faites à l’instigation de la censure, qui cherche à saisir des livres interdits ou des brochures et journaux * clandestins. L’une de ces perquisitions a provoqué en avril et mai une série de procès devant le tribunal de première instance à Helsingfors. Le censeur en chef, Wainio, a été débouté de sa plainte et condamné d’autre part pour dénonciations calomnieuses à une amende. J

D. — La suppression des timbres-poste finlandais.

Cette mesure rentre dans le plan de suppression de » l’autonomie finlandaise. Même après le décret de 1890 . sur la poste (voir page 32), la poste finlandaise avait conservé ses timbres spéciaux émis en monnaie finlandaise. En 1899, le ministre de l’intérieur Goremykine

_ décida de les supprimer. Au premier janvier 1900 ils ms _ devaient cesser d’être en usage dans le service exté- ue rieur, et à partir du premier juin 1900 dans le service intérieur. — Puis on n’avait plus entendu parler de cette mesure, que l’on croyait abrogée. Mais elle fut reprise È On décida que l’usage des timbres finlandais cesse- | rait pour la correspondance extérieure le 14 août 1900 À (premier août vieux style), et pour la correspondance PA intérieure le 14 janvier 1901. — Cette nouvelle provoqua le dépôt à la diète, dans la séance du 2 juin, d’une péti- in tion où les auteurs demandaient qu’en tous cas sur les , timbres employés se trouvât portée l’indication de la wr , Le 23 juin la pétition fut repoussée par l’empereur. Le timbre adopté pour l’extérieur resta le timbre russe “4 de 10 kopecks. Mais on se ravisa pour les timbres du Fa service intérieur, devant les difficultés qui en fussent à résultées pour la comptabilité. On mit en service à La partir de 1901 des timbres en monnaie finlandaise, mais Re: identiques pour l’apparence aux timbres russes. On *14 supprima ainsiles armes du Grand-Duché. Cette mesure d’ailleurs était superflue, depuis que le décret de 1890 va avait décidé que les timbres russes auraient cours forcé dans le service intérieur finlandais. ui La diète avait voté la loi militaire de 1899 parce qu’elle supposait que la question recevrait une solution rt Ë conforme à la constitution. Mais, à la fin de juin 1899, un rescrit impérial adressé au gouverneur-général indi- Re quait d’autres intentions. Ce rescrit avait été provoqué f par les discours prononcés à la clôture de la diète. A

: À Pour la Finlande ê côté de l’expression du mécontentement impérial, il contenait la déclaration, faite en vue de « rassurer » la Finlande, que les décisions et avis de la diète seraient pris en considération « lors de l’examen définitif de la question ». C’était dire aussi nettement que possible que la loi serait traitée selon la procédure créée par le manifeste de février.

Effectivement, au mois d’octobre 1900, la loi militaire fut mise à l’ordre du jour du conseil de l’empire. Elle . devait être discutée en janvier 1901 par le conseil de l’empire renforcé de deux sénateurs finlandais. Le gouverneur-général fit nommer le chef de la section des affaires militaires, le général von Blom, et le viceprésident Linder. Sur le refus de celui-ci, on désigna le sénateur Bæœhm.

Le ministre de la guerre avait dressé en automne un projet nouveau, d’ailleurs très voisin de la proposition repoussée par la diète. Ce projet souleva d’emblée de vives critiques. Dans les cercles militaires russes, on blâma l’imprévoyance du ministre de la guerre, qui voulait substituer à la « dangereuse » réserve finlandaise une nouvelle réserve qui aurait été exercée non plus trois mois, mais cinq ans : grave imprudence en cas de révolte. De son côté, le ministre des finances Witte avait fait du projet primitif de Kouropatkine une critique très vive, si vive même que le général Bobrikoff l’accusa d’être un « fennophile ». Dans son avis, qui datait du 20 février 1900, le ministre faisait à la . diète finlandaise des concessions importantes. Il approuvait le principe de l’uniformité des armées russe et finlandaise; mais il préconisait des réformes graduelles. Sur l’âge des recrues, l’époque de l’incorporation, la

| durée du service, il se prononçait contre le projet du À ministre, ainsi que sur l’égalisation de la proportion du contingent. (1) On pouvait donc s’attendre à une oppo_ sition de sa part. La question ne vint à l’ordre du jour qu’au milieu de février. Elle fut renvoyée à un comité de quarante-cinq membres comprenant les ministres, quatre membres du conseil de l’empire, la section législative du conseil, etc., et les deux délégués finlandais. l’une des premières questions qui se posait était celle-ci : le manifeste de 1899 était-il applicable, oui on non ? Le président du comité, le sénateur Frisch (président de la section législative du conseil) était d’avis, avec beaucoup de juristes russes, que le manifeste était applicable à la loi finlandaise, sauf aux quatorze paragraphes auxquels Alexandre IT avait attribué le caractère de lois fondamentales, et qu’on ne pouvait modifier qu’avec le concours de la diète. Concession insufli- à sante, mais désagréable au parti antifinlandais. EA Le sénateur Frisch demanda qu’on étudiât la question, ce qui provoqua un ralentissement dans les travaux du comité. Le comité, laissant de côté la réponse de la diète de 1899, se borna bientôt à examiner le projet du ministre de la guerre. Il le bouleversa entièrement, rejetant la prolongation du service, l’encasernement de Finlandais en Russie, le cantonnement de nouvelles

  • troupes russes en Finlande, et proposant un contingent anmuel de 2.000 hommes (au lieu des 7.200 demandés par le ministre et des 4.000 acceptés par la diète). Ayant ainsi tranché les grandes questions (milieu de

Pour la Finlande mars, vieux style), le comité décida de soumettre Pavant-projet à l’empereur, avant de passer aux détails. La majorité compacte et résolue qui tenait tête à Kouropatkine commit là une faute; car, peut-être sous l’influence de Bobrikoff et de ses partisans, l’empereur refusa de prendre une décision avant que le conseil de l’empire eût élaboré le projet tout entier. On se remit donc au travail, et on choisit un petit comité de 14 membres pour élaborer le projet. Le parti antifinlandais réussit à le faire composer de 7 membres de la majorité et de 7 de la minorité dans le comité

On voulait d’abord que ce comité eût terminé son travail fin mars; mais on dut bientôt reconnaître que c’était impossible. Ce fut à peine si à la fin d’avril (vieux style) les rapports furent prêts. La question vint définitivement à l’ordre du jour du conseil de l’empire à la fin de mai. Aux séances qui lui … furent consacrées assistaient la plupart des membres. Quelques-uns des grands-ducs y prirent aussi part. i

L’attitude des délégués finlandais fut très molle; ils N firent des objections de détail, mais aucune réserve de principes. En revanche, la majorité des membres à russes se montra hostile au projet du ministre de la guerre. — Devant l’échec qui menaçait ses plans, le à général Kouropatkine perdit patience, et fit un appel « désespéré aux membres militaires du conseil. Mais ses arguments furent réfutés par un des membres civils, « Ivan Goloubjeff, qui fit inscrire une protestation au M procès-verbal. L’impression produite fut considérable. Le projet Kouropatkine fut rejeté par 60 voix contre 20, « et le ministre déclara alors le retirer et en présenter un « 106

_ autre. Les grandes lignes de ce nouveau projet étaient _ la suppression de l’armée finlandaise, son remplace- #$ ment par des garnisons russes, et le paiement d’une contribution pécuniaire par la Finlande. L’examen du , projet fut renvoyé à plus tard. Le procès-verbal des séances fut présenté à l’empereur par le grand-duc Michel, président du conseil de ps l’empire. L’empereur réunit le 7 juin en une conférence secrète quelques ministres ; le résultat fut que Nicolas II déclara vouloir réfléchir encore avant de prendre Ds sa décision. — Dans l’intervalle, le parti antifinlandais (Bobrikoff, Plehwe, Kouropatkine) fit tous ses efforts pour regagner la partie. On avait eu soin d’entretenir les défiances du tsar envers l’armée finlandaise. Entre ! le 21 juin et le 11 juillet, le général Bobrikoff alla deux fois à Pétersbourg. Le ministre de la guerre, à ce que Pon prétend, parla d’offrir sa démission si l’empereur +93 ne sanctionnait pas son projet. — Enfin, le 11 juillet, le tsar fit connaître sa volonté. Il embrassait l’avis de fee la minorité, et sanctionnait une loi à peine différente de la proposition gouvernementale à la diète de 1899. La loi fut publiée dans le Moniteur officiel russe. À Elie était précédée d’un manifeste, où étaient exposés he. les motifs de l’introduction de la loi nouvelle. L’empereur Alexandre II avait sanctionné la loi militaire de 1878 ; mais une expérience de dix ans ayant montré la nécessité d’une réforme, celle-ci fut préparée par les - soins d’Alexandre IIL; les travaux préparatoires en _ étaient terminés, et le tsar promulguait une nouvelle loi militaire, grâce à laquelle la Finlande accomplirait ses devoirs militaires comme le reste de l’empire. Toutefois, et pour prouver qu’il ne voulait pas, « jusqu’à à

Pour la Finlande HE nouvel ordre », augmenter la charge du service militaire pour la population finlandaise, l’empereur prenait des mesures transitoires. La loi nouvelle n’entreraiten vigueur qu’en 1903. D’ici là, le bataillon finlandais de la garde et le régiment de dragons subsisteraient seuls, les huit bataillons provinciaux devant être graduellement supprimés : le contingent annuel se trouverait par suite réduit à environ 5oo hommes (un rescrit du « 12 juillet faisait déjà application de cette mesure à Quant à la loi elle-même, et au régime nouveau qu’elle veut introduire, la seule concession faite à la Finlande est le maintien à trois ans de la durée du service. Pour le reste, elle reproduit essentiellement, par- ! fois même textuellement, la proposition de 1899 rejetée à par la diète. La traduction des trois premiers articles suflira à le montrer : « Chapitre I. $ 1. La défense du trône et de la patrie est un devoir sacré pour tout sujet russe; par suite la population mâle en Finlande, sans distinction de classe, est soumise au service militaire, — $ 2. Il n’est pas permis de se racheter du service militaire à prix d’argent ou de fournir à sa place un volontaire. — $ 3. Les sujets russes (chrétiens) qui n’appartiennent pas à la population finlandaise de naissance ont le droit d’accomplir leur service militaire M J conformément à cette loi si, deux ans avant l’inscription dans le district de recrutement, soit eux-mêmes, soit leurs parents ont obtenu une situation fixe en Finlande. » 2 L’économie de la loi nouvelle est donc la suivante. Tout Finlandais est astreint au service militaire : le tirage au sort décide s’il fera du service actif. La durée

du service actif est de trois ans, suivis de quinze années dans la réserve. Les jeunes gens favorisés par le sort ù

. sont versés directement dans la milice, convoquée seulement en temps de guerre, mais qui peut l’être même sans invasion du pays. La réserve finlandaise à caractère de milice est par suite supprimée. Les hommes de la (nouvelle) réserve sont astreints à des revues d’appel quand le ministre de la guerre le juge utile.

Le contingent finlandais est fixé sur la proposition du

  • ministre de la guerre, selon la procédure fixée par le manifeste de 1899 ($ 9) et versé dans les troupes « qui À se recrutent de préférence parmi les natifs finlandais »;

  • mais le surplus peut aussi, par décision du ministre de la guerre, être versé dans les troupes russes du district finlandais et du district de Pétersbourg. La haute administration sur les troupes finlandaises appartient St au ministre de la guerre, le commandement en chef au coramandant des troupes du district finlandais. « Le soin de décider de l’armement et de l’entretien de ces ! troupes repose sur notre bon plaisir. Les dépenses sont couvertes par les fonds du budget général finlandais. » (Manifeste, article IV, $ 3). Les dispositions du $ 122 de la loi de 1878 actuelle, stipulant que la diète participe au règlement du budget de l’armée, ne se retrouvent nulle part dans la loi de 1go1. Les services et états-majors finlandais sont supprimés et remplacés par les services russes. La connaissance parfaite du russe sera exigée pour la nomination aux grades non seulement d’of- ! ficier, mais de sous-officier. Les recrues prêteront le û serment suivant une formule sanctionnée par l’empereur. « Ces troupes… pourront, en temps de paix comme en temps de guerre, être employées selon notre

Pour la Finlande bon plaisir dans l’intérieur de la Russie comme à l’étranger. » (Manifeste, IV, 4) Il n’est d’ailleurs plus question de troupes finlandaises, mais de troupes « se recrutant de préférence parmi les natifs finlandais ». Le sénat reçut le 22 juillet une copie de cet acte promulgué déjà en Russie. Il ne pouvait y avoir de doute sur l’attitude à observer, puisque la diète s’était prononcée contre cette loi. Mais le sénat avait donné déjà tant de preuves de sa docilité qu’on avait tout à redouter. Les craintes s’étaient déjà manifestées au printemps, dès qu’on avait appris que la loi militaire était discutée au conseil de l’empire. — On eut alors la pensée de faire connaître au sénat ce que le pays attendait de lui: Le projet d’une pétition fut conçu au commencement de mars à Uleäborg. En une semaine, sans faire circuler de listes dans les villes, ni dans le Nyland, on réussit à rassembler 91.780 signatures dans 284 communes (sur 500), la plupart situées dans le nord du pays. Une députation composée de trente membres arriva le 12 mars à Helsingfors. Elle se rendit chez les différents sénateurs, non sans que des personnages officiels eussent essayé de la détourner de ce plan. — Les réponses faites par les sénateurs étaient de mauvais augure. Quelques sénateurs seulement déclarèrent qu’ils se tiendraient sur le terrain de la légalité. Les autres donnèrent plus ou moins clairement à entendre qu’ils se plieraient à tout. Effectivement, lorsque la question se présenta, le 30 juillet, il n’y eut pas de longues discussions. Le secrétaire référendaire avait préparé un résumé de la loi et une discussion de la question juridique. Le viceprésident Linder l’interrompit assez brusquement. On

à vota immédiatement. Quatre sénateurs, MM. Heïkel, ke Homén, Nummelin et Ramsay, votèrent contre, tous les

4 autres (seize) pour la promulgation. ù

3 En 1899, on n’avait pas employé de mesures discipli-

3 naires contre les dix opposants; en 1900 on avait accepté les onze démissions. Cette fois, comme pour montrer leur triomphe, le général Bobrikoff et le ministre von Plehwe décidèrent l’empereur à sévir. Au

| début de septembre, les quatre sénateurs opposants furent révoqués « pour ne pas avoir obéi aux messages et aux ordres de Sa Majesté ». È

En même temps que le sénat décidait de promulguer la nouvelle ordonnance illégale, il envoyait à l’empereur une pétition. Il y était dit que le sénat avait vu

| dans ce manifeste « plusieurs preuves incontestables de la bienveillance impériale »; mais, comme la loi 1” avait provoqué un grand émoi dans le peuple, le sénat demandait à l’empereur « d’adresser au peuple finlandais une nouvelle assurance qu’on maintiendrait aussi dans l’avenir ses institutions » : demande incompréhensible de la part des sénateurs.

L’empéreur rejeta cette supplique. La réponse impériale ne fut pas même transmise au sénat; le ministre de Finlande en communiqua le sens. Il déclarait que l’empereur n’avait pas jugé à propos de répéter l’assurance demandée, car aucun de ses fidèles sujets ne doute de ses bonnes intentions. « Les appréhensions et les inquiétudes semées dans la population par des personnes malintentionnées montrent qu’il est désormais nécessaire d’assurer l’ordre par des mesures administratives. »

La résistance à la loi militaire. — L’appel

Trahi de nouveau par le sénat, et travaillé par un parti qui conseillait de s’incliner devant la force pour éviter de plus grands malheurs, le peuple finlandais se trouvait réduit à ses propres moyens d’action. La majorité s’en servit énergiquement et ne s’abandonna

La première question qui se posait était celle de la publication du manifeste du haut de la chaire. Il rentre en effet dans les attributions du clergé de lire en chaire, à la suite de l’office, les lois et ordonnances nouvelles. Le sénat envoya aux pasteurs la loi nouvelle. Qu’allait faire le clergé ? Les pasteurs pouvaient se retrancher eux aussi derrière la thèse commode que publier n’est pas approuver. Cependant la plupart préférèrent refuser

| de lire cette loi inconstitutionnelle. Ils y étaient du reste encouragés par leurs paroissiens, par des juristes. Un mouvement d’opinion très net se dessinait. — Mais on revit encore le même spectacle que dans les

Pour la Finlande administrations à propos des manifestes de 1900 c’est que les chefs n’eurent pas le courage de leurs subordonnés. L’archevèque Johansson envoya une circulaire secrète au clergé pour lui commander de céder. En voici les passages essentiels (1) Une rude épreuve a frappé notre peuple; son sentiment juridique a subi une profonde atteinte. Nous ne pouvions nous attendre à cette loi. Nous n’avons pas commis de faute envers le souverain ou l’empire de Russie, mais nous sommes coupables envers Dieu, et c’est son châtiment qui pèse sur nous. C’est de Dieu seul que nous viendra le secours; c’est pourquoi nous devons suivre sans en dévier les voies qu’indique la volonté de Dieu.

Le devoir du prêtre, d’après la loi, est de lire dans les églises les lois promulguées : il ne lui appartient pas de rechercher si elles sont légales. S’il ne les publie pas, il se place en dehors de la loi et se révolte contre Fautorité. Pour le faire, il faut qu’il sache avec certitude que cette résistance est conforme à la volonté de Dieu. On a bien cherché, en invoquant divers motifs, à prouver que le devoir du clergé est de ne pas promulguer ; mais, à mon avis, il est évident que la volonté de Dieu n’est pas en faveur de cette résistance. S’il s’agissait d’une atteinte à la foi ou à la religion, le devoir des prêtres serait alors évident. Mais il est question ici d’ordonnances qui sont si étrangères aux fonctions du clergé que depuis longtemps : déjà on a demandé de délivrer l’Eglise de cette obligation de les lire ; et ce dont il s’agit dans la présente affaire, c’est de publier une ordonnance sur des questions de service militaire, qui sont tout à fait en dehors de la sphère d’action du clergé.

L’Église pèse certainement peu aux yeux des gens qui

(1) Cité d’après Fria Ord, 18 septembre 1901.— Le pays est de religion luthérienne.

… _ sont prêts à la mettre en danger pour une affaire comme Ft la présente. Il y a aussi chez nous des personnes qui, bien ra

| que l’existence de notre peuple soit menacée, nous invitent - à poser devant l’Europe, cette Europe qui laisse sous ses yeux écraser le Transvaal.. È

Helsingfors, le 12 août 1901. | $ L’archevêque fut soutenu, souvent d’une manière très active, par les évêques et même par certains chapitres. Cependant sa circulaire pastorale n’eut que peu de succès. Du reste, dans les paroisses où le pasteur em- J

brassait le parti de l’archevêque par passion politique ou par manque de courage, la population se chargea de faire connaître son sentiment. Des protestations se produisirent sous des formes diverses : ou l’assemblée Fr sortait de l’église, et le pasteur, faute d’auditeurs, devait renoncer à sa lecture; ou bien on entonnait le Ç À

psaume célèbre : « Notre Dieu est une forteresse puissante », et on couvrait la voix du récitant; ou bien on le sommait de se taire; en un ou deux endroits on le fit ‘

descendre de sa chaire.

De leur côté, beaucoup de pasteurs refusaient net de $

se soumettre aux prescriptions de l’archevêque ; d’autres Ë

demandaient au souverain, par voie de supplique au sénat, à être dispensés d’une obligation qui les plaçait - en face d’une crise de conscience des plus pénibles. 2108

Le sénat s’était informé en octobre auprès des gouverneurs de province pour savoir où en était la question. Les réponses donnaient les résultats suivants (1) : F

: 275 paroisses où la lecture avait eu lieu (mais sans doute souvent malgré les protestations de l’assemblée : c’était le

  • 110

Pour la Finlande à cas pour 47 paroisses au moins dans le gouvernement de f

29 où elle n’était que commencée;

77 où l’assemblée, en sortant, avait empêché de terminer la lecture;

41 où, malgré le départ des fidèles, on avait continué la | 68 où les pasteurs avaient négligé ou refusé de lire

26 d’où les renseignements manquaient.

Par une note du 5 novembre, le sénat signalait au procureur un certain nombre de pasteurs récalcitrants, « pour prendre les mesures que de droit »; par une autre en date du même jour, il enjoignait aux chapitres j de faire procéder sans retard à la publication dans les soixante-huit paroisses en retard. Ces nouvelles injonctions n’eurent pas davantage un plein succès. Arrivèrent alors ce printemps les procès intentés, conformément à la Loi ecclésiastique, devant les chapitres. Quelques-uns ont déjà été tranchés (1) au désavantage des pasteurs accusés (les pénalités sont la suspension à temps ou la suppression de traitement). Malgré cette pression offcielle intense, les résultats du mouvement d’opposition, tant chez les pasteurs que dans la population, ont été très satisfaisants. — Pourtant, il ne doit plus y avoir beaucoup de paroisses où la loi n’ait pas encore été lue. Dans beaucoup d’endroits, en effet, l’autorité ecclésiastique a trouvé des instruments dociles. Là où le pasteur refusait, on s’est parfois servi du sacristain. Dans le diocèse de Borgà, l’archevêque mit la main sur un

1 re prêtre que tout le monde s’accorde à regarder comme … ‘un peu timbré. Ce pasteur, du nom de Halme, accepta MZ de faire une tournée dans les églises où la publication n’avait pas eu lieu, et de lire le manifeste et la loi, moyennant une indemnité pour chaque tentative menée à bonne fin. — C’est ainsi qu’il arriva à Helsingfors les dimanches 16 et 23 février. Là comme partout, des protestations se produisirent dans les églises. Mais, à la sortie, la foule se trouva en présence de la police, qui intervint avec brutalité pour disperser le public. Des arrestations furent opérées, et des procès intentés par la police à quelques-unes des personnes arrêtées. Les accusés s’empressèrent d’ailleurs d’accuser à leur Ÿ tour les policiers pour arrestations illégales et violences. Les débats devant le tribunal de première È instance montrèrent que la police avait exagéré certains faits et inventé certains autres. Trois commissaires , où agents furent condamnés à des amendes et à des peines de prison (l’un d’eux, Kaïitokangas, deux fois) (x4 et 15 mars). Trois jours après, le 18 mars, le gouverneur Kaigorodoff faisait réunir la police pour la complimenter de son attitude; se tournant vers les agents condamnés, il les engageait à en appeler à la cour d’appel, et de là au sénat. Il se déclarait prêt à

© payer les frais; si le jugement était confirmé, il se faisait fort d’obtenir la grâce impériale. Dans un ordre à du jour daté du 12 (mais probablement antidaté, en tout cas publié le 16), le chef de police Carlstedt avait déjà exprimé les mêmes félicitations du gouverneur, et

| y avait joint les siennes.

Tandis que se produisaient les premières manifesta-

| tions au sujet de la publication en chaire, le peuple

Pour la Finlande tentait une autre démarche. On reprit, dans une réunion tenue à Helsingfors le 3 août 1901, le plan de la grande

-__ adresse de 1899. Les temps étaient devenus plus dificiles. Le découragement s’était emparé de beaucoup les menées du parti « de la conciliation » rendaient d’autres citoyens hostiles au projet; l’agitation secrète des agents russes n’avait pas été sans produire un certain effet. Dans plus d’une maison, les porteurs de ladressé se heurtèrent à des refus indifférents ou catégoriques. Pourtant, on put réunir {73.363 signatures. L’adresse fut remise au sénat le 30 septembre Elle était conçue dans des termes plus nets, plus vifs aussi que celle de 1899. En voici la fin (x) Dans toutes les communes du pays, dans toutes les classes de la population, on a regardé comme un devoir patriotique d’adresser à Votre Majesté Impériale un exposé véritable et sincère de la situation. Nous avons surtout insisté sur ce fait que les dernières ordonnances sur le service militaire, contraires aux lois fondamentales du GrandDuché solennellement confirmées, ne peuvent être reconnues comme une loi valable. Nous ajoutons que ce qui est surtout douloureux aux yeux des Finlandais, c’est moins le poids du service militaire en lui-même que la fin d’un régime fixé par la loi, et la perte de la sécurité qui en

C’est pourquoi nous prions très humblement Votre Majesté Impériale qu’Elle daigne gracieusement accorder aux questions ici exposées toute l’attention que mérite leur

Le sénat fut très embarrassé. Il se décida pourtant à transmettre l’adresse, mais sans donner son avis. De

() Texte in-extenso dans la Chronique de Finlande, numéro 15.

Le son côté, le gouverneur-général envoya aux gouverneurs é; di _ une circulaire et au sénat une note (16 octobre) pour se EE

.. plaindre et de l’attitude des pasteurs, et de « l’adresse : de protestation ». Il demandait à savoir qui l’avait rédigée et mise en circulation, et si parmi les signa- £. taires il ne se trouvait pas des fonctionnaires. Rs

Il va de soi que l’adresse ne put changer la décision à impériale. Au contraire, la réponse du tsar témoignait V d’une vive irritation. Il considérait l’adresse comme

3 délictueuse. En outre, le ministre von Plehwe, en com-

” muniquant au Sénat la réponse impériale, déclarait qu’aucun des fonctionnaires qui l’auraient signée ne

| pourrait à l’avenir recevoir d’avancement. — On ne s’en | tint du reste pas à cette mesure; le gouverneur-général s en obtint de plus eflicaces. A la Noël 1901, le directeur général des douanes Winter et le directeur général du . service pénitentiaire Gripenberg étaient révoqués sans à autre forme de procès. En mars 1902 ce fut le tour des me membres de la direction médicale, du directeur de lenseignement Lindelôf et d’un inspecteur général, du chef

_. du bureau de statistique et du directeur des forêts.

3 Mais on permit à ces victimes de la seconde fournée 100

; d’offrir leur démission « par égard » pour leur âge et leur situation.

d L’application du manifeste et de la loi illégale ne furent du reste pas retardés par les manifestations du peuple : au contraire. La première mesure qui suivit fut

} le licenciement des bataillons finlandais. Le manifeste

7 prévoyait un délai de trois ans pour cette opération.

4 Mais le général Bobrikoff était trop pressé de jouir de , son triomphe ; de son côté le ministre de la guerre était

Pour la Finlande persuadé, sur les dires du gouverneur, que les officiers finlandais reprendraient du service dans les troupes russes. On pressa le licenciement des bataillons finlan- : dais, qui fut accompli à la fin de 1901. Les casernes et domaines de ces bataillons devenaient libres. Le gouvernement russe, invoquant les règlements sur le logement des troupes russes, réclama pour les nouvelles troupes russes qui devaient entrer en Finlande les casernes et domaines des bataillons licenciés et des compagnies de réserve ; et il ne s’écoula pas longtemps avant que, dans la caserne modèle ,du bataillon de Nyland à Helsingfors, on vit entrer des troupes russes. Aucune indemnité ne fut payée par la Russie pour cette annexion de domaines publics

Il ne subsistait, aux termes du manifeste, que le régiment de dragons finlandais et le bataillon finlandais de la garde. Cependant on apprit à la fin de 1901 qu’en vertu d’un ordre impérial obtenu le 7 décembre par le ministre de la guerre, le régiment de dragons serait licencié et remplacé par un régiment russe de « dragons

.. finlandais ». On ne tarda point à connaître les raisons véritables de ce licenciement. Dans une visite à Vüllmanstrand, lieu de garnison du régiment, le gouverneurgénéral s’était montré particulièrement grossier envers le colonel Schauman, qui commandait le régiment de dragons (9 novembre). Celui-ci, froissé et de l’injustice et du ton de ces remarques faites par un supérieur, envoya sa démission par la voie hiérarchique, déclarant ne plus pouvoir servir sous les ordres de Bobrikoff.

Trente-deux officiers de son régiment se solidarisèrent avec lui. Le gouverneur-général, très ennuyé, envoya

Po son chef d’état-major pour essayer d’amener le colonel à revenir sur sa décision; mais celui-ci resta inébran- LEA _ lable. Le gouverneur dut intriguer auprès de Kouropat- me kine ; car, avant que la démission des officiers de pe | dragons fût arrivée au ministre, celui-ci faisait, par un ordre du jour impérial du 26 novembre, mettre à la 1 retraite d’office le colonel Schauman. Le licenciement du régiment suivit bientôt.

  • Il restait ainsi un grand nombre d’officiers sans emploi (environ deux cents). Kouropatkine avait espéré qu’ils entreraient au service russe; il leur offrait du reste des indemnités très élevées. Néanmoins, presque tous préférèrent rester en retraite et se contenter de leur faible pension de licenciement. Il paraît SA que le ministre fut très affecté de cette grève imprévue, de ; et fort sensible pour le moment en Russie, où l’on CE manque d’ofliciers; tout porte à croire qu’il fit savoir î son mécontentement au gouverneur : car il l’a exprimé Ë i devant d’autres. — Bobrikoff chercha une vengeance; il ne tarda point à la trouver. Aiïidé, prétend-il, du (a ministre von Plehwe, il a obtenu le droit de nommer des officiers licenciés aux postes de commandants de p cercle créés par la loi illégale de 1901. En cas de refus, la pension de licenciement leur serait retirée. Les ofli-
  • ciers se trouveront donc placés en face du dilemme : : ou perdre leurs ressources, ou collaborer à une illéga-
  • lité. L’avenir montrera si le gouverneur général n’a pas J fait un faux calcul. l Le manifeste de 1901 avait décidé que, jusqu’en | 1903, on se contenterait d’incorporer le nombre de À jeunes gens nécessaire pour compléter les deux

Pour la Finlande corps subsistanis. Le contingent pour 1902 avait été fixé en conséquence, pendant l’automne, à cinq cents hommes. Le régiment de dragons ayant été licencié par la suite, il ne restait à compléter que le bataillon de la garde. Le contingent fut abaïissé à deux cent quatre-vingts hommes. On espérait que ce faible chiffre, réparti sur environ vingt-cinq mille conscrits, ferait passer sur l’illégalité du procédé.

Les commissions chargées de procéder aux opérations du recrutement comprennent un élément permanent et un élément temporaire. Les membres permanents sont : un commissaire des guerres et un secrétaire, gradué en droit. Les membres temporaires, adjoints pour la durée de l’appel de la classe, sont : un membre militaire nommé par l’autorité militaire, ettrois membres nommés par chacune des communes qui font partie du district de recrutement (ceux-ci ne siègent que pendant les opérations faites dans leur commune respective). . Un médecin est adjoint pour l’examen médical. — Les communes furent donc invitées, comme tous les ans, à procéder à l’élection de leurs délégués. Mais cette question se posait pour elles : le vote n’impliquait-il pas ï une reconnaissance tacite de l’ordonnance de 1901? — Sans doute, il ne s’agissait pas encore cette fois d’appliquer les dispositions de cette loi, et les recrues incorporées feraient leur service dans un corps finlandais. D’autre part, le manifeste de juilletindiquait, du reste assez vaguement, que la loi de 1878 serait encore suivie pour l’appel de 1902. — Mais il était évident en tous cas que la limitation du contingent était une conséquence du manifeste. La majorité des communes ! résolurent par suite de protester contre cette ordon- « 122

. nance en refusant délire des délégués. Cette grève des | communes devenait très embarrassante pour le gouver- s

… nement; car les commissions, en l’absence des délégués { ti communaux, ne pourraient fonctionner. Le gouverne- ” ment recourut par suite aux moyens extrêmes. Le gou- Me. ”

: verneur du Nyland, Kaigorodoff, s’adressa selon son ; habitude au procureur du sénat; et le procureur, selon j son habitude aussi, lui indiqua une ressource. Une

“ disposition légale autorise les gouverneurs de province, dans le cas où les communes se refusent à accomplir Œ

. quelque démarche commandée par la loi, à leur impo- È

; ser des amendes jusqu’à concurrence de cinq cents Fes francs. Kaïgorodoff, poussé par le procureur, envoya pa des notes aux communes récalcitrantes, où il les invi- à

| tait à procéder sans retard au vote sous peine | d’amendes. Mais ces amendes dépassaient considéra- ES

  • _ blement la limite permise : 30.000 francs pour Hel- j

| singfors, et de 2.000 à 10.000 pour les autres. L’exemple Top

| fut suivi par les autres gouverneurs, sauf celui de Vasa, Bjôrnberg. C’est ainsi que le gouverneur de

BE à la petite commune de Tammela. Cette mesure de ‘ violence produisit naturellement quelque effet. Un cer- ’

tain nombre de communes jugèrent le sacrifice financier | au-dessus de leurs ressources, et cédèrent, tout en

; protestant d’une manière énergique. Mais beaucoup 4 d’autres persistèrent dans léur refus (par exemple “

L Helsingfors, dans la séance du 25 février 1902, Tammela

2 le 3 mars, etc.). En outre, beaucoup de ces communes

A et de celles qui avaient cédé accusèrent leurs gouver-

“ neurs devant les cours d’appel compétentes pour abus / de pouvoir; d’autres s’adressèrent au département judi- À à

Pour la Finlande ciaire du sénat pour obtenir cassation des décisions des gouverneurs. Les pourvois ayant été rejetés en partie pour vice de forme, en partie sur le fond, ces communes ont suivi l’exemple des autres. — A la date du 18 mars, soit un mois avant le commencement des opérations du recrutement, (1) on connaissait la situation pour 335 communes (sur 513); 256 avaient refusé une première fois, et 79 seulement avaient obéi du premier coup; (2) cependant la plupart de ces communes avaient protesté au procès-verbal. Les communes récalcitrantes furent mises une seconde fois en ; demeure d’obéir. Sur 8o résultats connus, on avait 46 refus et 34 concessions.

La déception du gouvernement fut certainement très vive. Celle du gouverneur Kaïgorodoff se tourna contre les personnes qui, lors de la seconde délibération, avaient proposé un second refus. Il les fit poursuivre devant les tribunaux (par exemple à Helsingfors, à

  • Borgà, à Ekenäs, à Hangô). Mais il paraît bien probable qu’il recueillera partout des échecs : le tribunal de Hangô a acquitté la personne accusée, et condamné le ministère public pour fausse dénonciation à trois cents francs d’amende, deux mois de suspension etaux dépens. — De son côté le sénat trouva un expédient pour tourner et rendre inutile l’opposition des communes. Le 28 janvier il décidait de demander au souverain d’autoriser le sénat, en cas de refus des communes, à nommer lui-même les représentants communaux. Mais, à la ré-

(2) En particulier dans la province d’Abo, autant qu’il semble à la suite de manœuvres du parti des sénateurs. à

flexion, on trouva mieux. Le sénat profita de ce que

D la loi de 1878 ne déterminait pas expressément (1) _ le nombre de membres nécessaire pour que la commission pôt prendre des décisions valables; et il envoya, _ le 17 mars, un projet de décret sanctionné le 24 mars et publié le 4 avril. En vertu de ce décret, le quorum était atteint quand la commission comprenait trois membres. Les délégués communaux devenaient donc Mais les opérations de recrutement comprennent un examen médical, pour lequel la présence du médecin est de rigueur. Les médecins sont nommés par la direction du service médical. Si celle-ci refusait de les nommer, tous les plans du gouvernement se trouvaient déjoués. C’est pourquoi on se rappela tout à coup que les membres de cette direction avaient tous signé en septembre l’adresse relative au manifeste, et on leur signifia d’avoir à démissionner, ou de se voir révoquer. Ils ù offrirent leur démission (fin février). — Du reste, le gouverneur-général, pour avoir sous la main des médecins, avait obtenu de l’empereur l’autorisation de garder en service actif les médecins militaires des bataillons licenciés. On les désigna pour siéger dans les commissions. _ Le refus d’obéir pouvait les conduire devant le conseil . de guerre. Quelques-uns pourtant trouvèrent le moyen de se soustraire à cette obligation en se faisant mettre en congé pour raisons de santé. Le 15 avril, jour où ù (1) Je dis expressément; car la loi de 1878 porte que les délégués communaux ne siègent que pour les opéfations relatives à leur commune ; dans l’esprit de la loi, leur présence est donc nécesL’saire.

Pour la Finlande : devaient commencer les opérations du recrutement, deux commissions se trouvaient sans médecins. Le sénat, le ! 17 avril, décida de nommer à ces deux commissions deux médecins militaires russes. Les sénateurs y mirent S une telle hâte que, quand il fallut télégraphier aux gouverneurs respectifs, on ne savait même pas le nom de ces médecins.

Comme on le voit, tout avait été préparé avec le plus grand zèle pour annihiler les résistances. Là où les L assemblées communales avaient refusé de vérifier les tableaux de recensement des conscrits, on s’était passé de cette formalité légale. On se croyait sûr de recruter pour les commissions au moins les trois membres nommés par les autorités civiles ou militaires. Et pourtant, on n’avait pas encore tout prévu. Beaucoup de fonctionnaires refusèrent de siéger comme secrétaires à la veille du recrutement, la commission d’Uleäborg n’avait pas encore réussi à en trouver un. — Un autre refus plus remarquable encore se produisit. Un officier du bataillon de la garde, le lieutenant Waldén, avait offert sa démission. Avant que la réponse fût arrivée, È le commandant du bataillon le désignait pour siéger dans une commission de recrutement pour le premier district de Kuopio. Il refusa. Sur un rapport de sonchef au gouverneur-général, il fut traduit pour désobéissance … ls devant le conseil supérieur de guerre. Devant le conseil, £ il déclara que sa conscience l’empêchaïit de prêter son appui à l’application d’une ordonnance illégale, Mais cette fois comme tant d’autres, les chefs montrèrent moins d’indépendance que leurs subordonnés. Le conseil de guerre le condamna au maximum de la peine : la mise en réforme (30 mai). à

$ PCR Le plus difficile restait pourtant à faire. On s’était His è es procuré les tableaux de recensement et les commissions ji, “ | de recrutement. Il fallait se procurer les conscrits. Des à

: efforts énergiques avaient été faits de part et d’autre.

Les défenseurs de la constitution avaient fait une pro- Fr U

: pagande active pour décider les jeunes gens, de qui, en | dernière analyse, dépendait l’application de la loi, à ne | _ pas se soumettre au recrutement. Les partisans du É sénat et beaucoup d’adhérents du parti vieux-finnois fs ë travaillaient en sens inverse, avec autant de ténacité. On attendait avec impatience les résultats. — Les opérations commençaient le 15 avril. Les nouvelles 4e reçues dès les premiers jours furent très encourageantes ne pour le parti de la résistance. Dans deux régions, celle ss d’Abo et celle de Viborg, on put constater que les

_ efforts du parti adverse avaient eu un succès trop réek Li et dont la responsabilité doit retomber pour une part ar sur le clergé. Mais partout ailleurs la majorité, et dans beaucoup d’endroits la totalité des jeunes gens refusait à de se présenter à l’appel. Des incidents inattendus se é produisaient. Dans le district de Tavastehus, où l’on commençait par la commune de Sääksmäki, les , délégués communaux protestèrent et se retirèrent ; le | secrétaire de la commission se joignit à eux, et il fallut Aa renoncer à terminer ce jour-là. Ailleurs, les jeunes gens at se présentaient, déposaient une protestation en bonne et due forme, et se retiraient. D’autre part, il se révélait que la plus grande partie des jeunes gens présents È

  • étaient ceux qui étaient assurés d’être réformés ou à , Les résultats des premiers jours ne se modifièrent re]
  • pas sensiblement par la suite.

Pour la Finlande Voici, rangés par gouvernement et par commune, les résultats connus de l’appel de ce printemps (1) Gouvernement de Nyland (1) La statistique n’est pas complète. Elle est empruntée aux Fria premier juillet. J’ai rangé sous la rubrique « non classées » des communes dont les résultats sont donnés, mais sans que je sache à quelle province elles appartiennent. J’ai marqué d’une astérisque les communes où des conscrits se sont présentés pour déposer une protestation et se retirer. Le nombre entre parenthèses après la colonne 2 indique le nombre de ces conscrits quand il est connu,

| Karislojo et Sammatti… … 20

Pour la Finlande Hyrynsalmi et Ristijärvi … . . 32 Gouvernement de Vasa e Sumiais et Kongiskangas … .….. 46 o

Pour la Finlande Gouvernement de Kuopio

Nurmes et Rautavaara… … 137 Gouvernement de Tavastehus

Pour la Finlande Gouvernement de Viborg

Kymmene, Hogland et Tytärsaari . 9ÿ Pour la Finlande Gouvernement de Saint-Michel

Lappi, Hinnerjoki et Honkalahti. . 69 ÿ Pour la Finlande ‘ Halikko, Angelniemi, Kiükka et Éetala et-Kadisjoki::7.2: 0000 94 Hura et Karinais. 012 tn eme 21

Lemland et Lumparland… . .. 20 Hammarland et Eckerô … … 26 Kumlinge, Brändô et Sottunga… 21 13 - Il ressort de suite de ce tableau qu’un bon nombre . des conscrits ont refusé ou négligé de se présenter à l’appel de leur classe (voir plus loin les résultats d’ensemble). Mais l’état de choses réel est encore moins favorable. En effet, parmi les conscrits qui se présentèrent, il s’en trouvait beaucoup qui étaient assurés de jouir de dispenses ou d’être réformés pour infirmités, et qui n’avaient pas voulu s’exposer aux risques de linsoumission. C’est ainsi qu’à Bjôrneborg, sur 42 présents, 22 avaient envoyé des mandataires pour faire connaître leur droit à des dispenses, et les 20 autres étaient pour la plupart dans le même cas. A Helsingfors, sur les 57, 55 avaient fait valoir des droits à des dispenses; sur 57, 38 sealement se présentèrent à la visite médicale, où ; Pour la Finlande on en réforma 31; à Viborg (ville), les 28 conscrits présents furent éous réformés à la visite médicale. On peut s’expliquer que ces jeunes gens n’aient pas eu le courage de risquer des poursuites. Cependant leur attitude ne fut pas partout approuvée, et on sait qu’elle donna lieu en quelques endroits à des manifesÿ tations, en particulier à Helsingfors, les 17 et 18 avril. ° Je n’ai rien à changer au récit que j’en ai fait; mais je puis le compléter sur deux points 1° Le bruit qui attribuait aux sénateurs l’idée d’appeler la troupe se trouve confirmé jusqu’à un certain point par le rapport de Kaigorodoff (23 avril), où il est dit En même temps, le commissaire de police Androsoff téléphonait du poste central de police qu’on avait demandé deux fois du sénat : « quand le gouverneur va-t-il appeler des troupes » ou « ne va-t-on pas appeler de troupes? » Le sénat n’a point démenti. 2° Sur l’ordre du jour de Kaïigorodoff. Cet ordre du jour avait été affiché en finnois et en suédois dans la capitale et publié dans les journaux officiels. Mais le journal de Bobrikoff en a publié une autre version, destinée évidemment au public et au gouvernement russes. Les différences des deux textes sont si caractéristiques de la manière d’administrer de Kaiïgorodoff et ‘ de ses deux chefs que les deux textes valent la peine Texte des journaux officiels Texte russe dans la Finlet des affiches jandskaja Gazeta À l’occasion des désordres Pendant ces jours derniers, Î qui ont eu lieu ici pendant il s’est produit dans la ville F ces jours derniers, le gou- des désordres qui ont obligé .

Nyland fait savoir au public quelle est autorisée en pa- que, dans le cas où ces dé- reil cas par la loi à employer L sordres viendraient à se re- ses armes, dont les effets, produire, il serait obligé de avecl’armement actuel, sont continuer à appliquer les effrayants. , dispositions du chapitre 16, Pour prévenir des sacri- $ 6 du Code pénal général fices inutiles, j’invite les ci_ pourle Grand-Duchéde Fin- toyens à ne pas troubler lande et du Décret Impérial l’ordre public, et surtout à du 20 janvier 1896 concer- ne pas permettre aux ennant le recours à la force fants et aux femmes de se Le gouverneur invite en La participation aux attrouconséquence les citoyens à : pements, comme constituant éviter toute participation une violation de la loi, conillégale à des attroupements stitue par elle-même un déinterdits, et surtout à empé- lit. cher les femmes et les en- Les désordres dans la rue fants d’y prendre part, et à ne peuvent modifier les exiles protéger ainsi contre des gences du gouvernement, et conséquences désastreuses. l’audacieuse indiscipline de

  • Helsingfors le 21 avril 1902 la foule, en tant qu’elle est : absolument inutile, ne peut Signature que provoquer des conséquences très graves. Code pénal général pour le Grand-Duché de Finlande; Décret Impérial du 20 janvier 1896 sur le recours à la Helsingfors le 8/21 avril 1902 Le gouvernement dut cependant être inquiet, à la fois de ces troubles et de la proportion considérable des insoumis (pour les trois premiers jours elle atteignait | 92 °L). Le gouverneur-général et le ministre von 4 ” ps « Pour la Finlande Plehwe reprirent un plan que le sénat leur avait indiqué. Le sénat avait en effet proposé de prolonger la durée des opérations du recrutement. Le samedi 19 avril, le gouverneur et le ministre obtenaient une audience de l’empereur. Le 7/20 avril, le tsar signaiït un rescrit au gouverneur-général, publié en Finlande le 21 avril, et ainsi conçu Pendant les derniers temps on a répandu en Finlande des bruits faux, disant que Notre Intention serait de suspendre l’appel des recrues. Ces bruits, qui ont égaré beaucoup des jeunes gens soumis au service militaire, les ont amenés à douter de savoir s’ils devaient se présenter à l’appel de leur classe. Craignant que dans ces conditions, il ne soit difficile de procéder au recrutement dans les délais prescrits, Notre Sénat de Finlande Nous a proposé de prolonger les délais d’appel, pour permettre à la population de se convaincre que les bruits mis en circulation sont dénués de fondement. Nous avons jugé bon d’approuver cette proposition, et nous vous laissons le soin, sur avis du Sénat, de prolonger les délais d’appel au delà du terme prescrit par la loi Nous attendons des citoyens de Finlande, quandils auront eu connaissance de Nos intentions réelles, qu’ils ne négligeront pas de remplir les exigences de la loi. L’insoumission au recrutement Nous amènerait à la conviction que l’organisation du gouvernement intérieur de la Finlande qui a été sanctionnée au cours du siècle dernier est impuis- - sante à assurer la tranquillité de la vie publique et le respect de l’autorité. Les menaces de la fin cachent mal les craintes exprimées au début. L’effet attendu ne s’est du reste pas produit. La section des affaires militaires au sénat de F d Finlande a adressé le 24 avril des instructions. Là où le | tirage au sort a déjà eu lieu, on ne peut procéder à un GA nouvel appel ; mais là où le tirage n’a pu avoir lieu je (faute de médecins pour la visite, etc.), on devrait recommencer; On pourrait enfin surseoir aux opérations là où on jugerait nécessaire de laisser à la population le temps de prendre connaissance de la volonté de Sa Majesté Impériale. Le sénat demandait en même temps l’avis des gouverneurs. — On connaït la réponse de deux d’entre eux, le gouverneur de Vasa Bjôrnberg, et celui de Tavastehus Swertchkoff. Tous deux sont * premier sûrement par fidélité à la constitution, le second parce qu’il rêve sans doute de mesures violentes. On a pourtant procédé en quelques endroits à de nouvelles opérations. Le résultat est peu encourageant Gouvernement de Nyland Gouvernement de Vasa Jyväskylä, campagne, et Toivakka. 9 Sumiais et Kongiskangas… . .. 46 o F J’ai réuni, pour plus de commodité, en un tableau f unique les résultats de l’appel de 1902 tels qu’ils ont été 4 143

Pour la Finlande publiés jusqu’à la date du premier juillet dans les Fria Ord. Voici les chiffres auxquels on aboutit

Comme on le voit, (r) le taux général des absences est de près de trois cinquièmes ; et à ce point de vue les provinces se répartissent en trois groupes bien distincts : l’un (quatre provinces) où le taux varie de (1) Le tableau a été fait en ajoutant à la statistique d’ensemble des Fria Ord dans le numéro du 3 juin les résultats partiels parus depuis. Les nombres entre parenthèses dans les colonnes 2 et 6 sont ! ceux qui sont relatifs aux communes où un second appel a déjà eu lieu. Dans la colonne 4, on a ajouté le nombre des présents au deuxième appel à celui des présents au premier; la colonne représente donc les absences des deux appels là où il y en a deux. Il a pu se glisser un élément d’erreur dans le comptage des communes, parce que j’ai compté comme distinctes celles qui sont réunies j sous un même chiffre dans les Fria Ord; mais l’erreur est en tous & cas insignifiante. Le nombre total des communes est de 513. $

Fr 7à à 85 °,; un second (trois provinces) avec un taux gs

fe 20 °/,. Dans un quart des communes, aucun conscrit ne s’est présenté. À la date du 3 juin, le taux des à absences était le suivant : Nyland 86,7; Uleäborg 91,3;

  • Saint-Michel 41,4; Abo 17,0 °,. Les modifications survenues depuis lors n’ont pas influé sur le résultat d’ensemble (le taux moyen était alors de 58,4); il est probable qu’on peut le considérer comme devant rester assez stable: de 55 à 60°}, telle sera la proportion définitive des insoumis.

La situation du gouvernement ne laisse pas, dans ces conditions, d’être fort délicate. En plusieurs endroits à

R on à faitpoursuivre les conscrits insoumis. Mais, autant ua que je sache, le tribunal de première instance les a toujours acquittés (ou le plus souvent en tout cas). Je puis, comme type de ces jugements, citer celui qui fut À rendu le 5 juillet par le tribunal de Viborg contre des jeunes gens insoumis. Le ministère public avait demandé l’application des pénalités prévues par la loi de 1878.

Le tribunal se rangea à l’avis des accusés « Attendu que les accusés ne se sont pas présentés à l’appel de leur classe ; « Attendu d’autre part que l’application de la loi militaire du 27 décembre 1878 pour le Grand-Duché de Finlande a été rendue impossible par le licenciement

  • des bataillons de tirailleurs et du régiment de dragons finlandais, où lesdits jeunes gens auraient dû accomplir leur service militaire ; se « Attendu qu’aucune autre prescription émanée dans

Pour la Finlande “4 Ë les formes légales et juridiquement valable n’existe en la matière « Décide que les accusés ne se sont point rendus coupables d’un délit entraînant une peine ou toute autre conséquence déterminée par la loi militaire pour « Et les acquitte des fins de la poursuite ». (1) { Sans doute, le ministère public en appellera partout; si les cours d’appel confirment la sentence, (2) on ira jusqu’au sénat, duquel il n’y a rien à attendre. Mais , ces procès menacent de traîner en longueur, de créer une agitation de longue durée, et de rendre l’appel de 1903 aussi difficile. C’est ce que le gouvernement voudrait éviter. Aussi le gouverneur-général s’est-il adressé au sénat, vers le 20 juin. Il relève dans sa note « qu’environ 50 °/, » de conscrits ne se présentent pas; qu’on a trouvé des traces très nettes d’une agitation secrète provoquée par « les politiques locaux ». Pour appliquer les dispositions pénales de la loi de 1858, il serait bon que le sénat s’occupât de la question, car les tribunaux ne jugentpas d’une manière impartiale. D’autre part, les mesures à prendre influeront sensiblement sur les @) Il est possible que certaines cours d’appel cassent le jugement; il me paraît en effet que la thèse du tribunal de Viborg pourrait à la rigueur être contestée, puisque le bataillon de la garde subsiste. Mais elle reste une manifestation très nette de l’opinion publique. En outre la thèse peut se fonder en droit : la loi de 1878 stipule ! que le bataillon de la garde sera recruté par engagements volon- : taires ou en prenant lors du tirage les conscrits qui ont déclaré . vouloir y entrer. Or cette année il est question d’y incorporer, si

  • besoin en est, même ceux qui ne l’auraient pas demandé. F

résultats de l’appel de 1903 (le premier qui doive se

  • faire selon la loi nouvelle). D’ici à ce qu’une procédure ; uniforme ait été trouvée, il serait bon de surseoir aux y poursuites. — On parle aussi de manœuvres du même genre faites par le ministre von Plehwe; mais je ne puis dire avec certitude si cette nouvelle est exacte.

La note du gouverneur prouve l’embarras du gou-

, vernement. Il est effectivement difficile de faire quinze mille procès ; d’autre part, comme le reconnaît le gouverneur, l’appel de 1903 sera fort compromis si on ne punit pas les insoumis de cette année. C’est le premier obstacle réel que rencontre la politique de russification : mais c’est aussi la première application réelle qui en est faite. Ce ne sera sans doute pas la

Post-scriptum. — Ce chapitre était déjà composé quand j’ai vu, dans le numéro des Fria Orddu 24 juillet, une statistique d’ensemble pour le recrutement jusqu’à la date du 10 juillet. Je la donne ci-dessous Gouvernements Inscrits Présents Absents des absences

Les derniers événements. — Les questions prochaines Les incidents qui se sont produits durant l’hiver de l’appel de la classe, ont eu pour effet de préciser lattitude des partis. Le mécontentement croissant du peuple a creusé entre lui et les principaux organes du gouver- te nement un fossé de plus en plus large. On a pu voir en ù effet que le sénat, recruté en presque totalité dans le parti vieux-finnois, avait cherché, par des concessions de toute sorte au gouvernement russe, à poursuivre une politique de parti. Ni Yrjô-Koskinen, ni le groupe de politiciens et de publicistes qui a pour organe le Uusi Suometar n’ont renoncé à réaliser leur programme de lutte contre l’élément suédois. Plusieurs des chefs ne reconnus du parti ont affirmé cette intention dans des discours ou des brochures. La situation actuelle, l’absence, au sénat, de représentants du parti suédois a paru une excellente occasion pour obtenir un avantage

Dès le début de 1902, le journal du parti menait une campagne en faveur de nouvelles ordonnances destinées à régler la question des langues en Finlande. On se

Pour la Finlande plaignait que le finnois n’eût point dans les administrations la place qui lui revenait. Il est possible que ces plaintes fussent justifiées : je ne connais pas assez la situation pour en juger. Mais il était de toute manière très inprudent, au lendemain du manifeste de juillet 1900, de soulever la question de nouvelles ordonnances. Quoi qu’il en soit, le sénateur Eneberg dressa l’hiver dernier un projet d’ordonnance, qu’il fit approuver de ses collègues, et qu’on soumit à la sanction impériale. A la fin de maï 1902, l’ordonnance était signée par l’empereur, et publiée à Helsingfors le 19 juin 1902.

Cette ordonnance laisse intactes les dispositions du manifeste de 1900 sur l’emploi du russe dans les hautes administrations. Dans le cas de procès ou d’affaires entre particuliers, les documents originaux sont expédiés dans la langue désirée par les parties en cause.

Dans le cas d’affaires concernant des communes, on emploiera exclusivement la langue de la commune. La langue de chaque tribunal ou autorité est déterminée par celle de la commune, ou de la majorité des communes de son ressort. — En apparence, cette ordonnance se règle sur des principes de justice. Maïs ilest à noter qu’en fait tous les districts de cours d’appel et ceux de beaucoup d’autorités civiles comprennent une majorité de communes de langue finnoise. Dans la pratique, le suédois se trouve donc éliminé de presque partout : résultat au moins étrange, puisqu’il est langue oflicielle. Sous couleur de régler l’emploi des deux

  • langues, l’ordonnance sert donc des intérêts de parti. f Mais ce n’est pas tout. L”ordonnance du 19 juin est “é accompagnée d’une autre « concernant l’emploi de la rs langue russe dans les expéditions faites par les autorités i

; Le en Finlande ». Cette ordonnance met en somme le russe JA F7 sur le même pied que les deux autres langues. Dans ÿ D _ les affaires concernant les particuliers, les autorités et ‘68 à tribunaux sont tenus de rédiger les documents origi- un ; naux en russe si les actes de la procédure sont écrits j A à en russe (ou de les faire traduire si ces autorités ou # “ 3 tribunaux ne sont pas tenus de savoir le russe). De 4 même les communications faites à des communes de D | Le préambule de la seconde ordonnance n’indique gi ÿ _ pas qui a soulevé la question. J’aime mieux croire que : GS & | ce n’est pas le sénat; et il est infiniment probable que ps Le 2 c’est M. de Plehwe. Mais le sénat reste en tous cas Se | coupable de l’avoir provoquée. Donnant, donnant : on : ‘e devait s’attendre à cette seconde ordonnance. C’est une Fa “4 fois de plus le pays entier qui a payé les frais de la 10e politique de parti. me 7e Les ordonnances de juin 1902 sont le dernier événement notable survenu en Finlande. Mais on sait déjà que d’autres questions sont à l’étude, sur lesquelles je (5e voudrais orienter le lecteur dès à présent. 1e à a) La question scolaire. | ne Dans un mémoire signalé ci-dessus (page 99), le sénat disait que l’introduction du russe dans les admi- 1 “ nistrations ne présenterait à l’avenir aucune difficulté. (& Il suflirait de renforcer l’étude de cette langue dans les ; __ écoles. Et le sénat proposait de généraliser le plan ÿ | d’études adopté pour le lycée de Viborg, qui compte Et trente heures de russe pour l’ensemble des classes. Effectivement, un rescrit impérial publié à la fin de “a

Pour la Finlande l’été de 1901 prescrivit que dans tous les lycées de l’État le nouveau programme serait appliqué dès la rentrée, au premier septembre 1901. — Le sénat ne se contenta pas de ce premier résultat. Il remania le plan d’études pour introduire le russe dès la première classe, et.fit appliquer en octobre 1901 le nouveau système. — Cependant les deux lycées modernes de Helsingfors avaient quarante heures de russe. Le sénat, en violation du rescrit, décida qu’ils conserveraient leur programme, et révoqua le recteur du lycée suédois qui refusait de se soumettre à cette décision.

De son côté, le gouverneur-général intervint. Il réunit, comité chargé de dresser un autre plan d’études. Dans ce comité, composé uniquement de Russes, siègent Jeléneff et un fonctionnaire russe du nom de Sajonkofski, qui a travaillé à la russification des écoles dans les provinces baltiques. Le plan d’études dressé par le comité a été envoyé par Bobrikoff au sénat à la fin de mai 1902. IL comprend quarante heures de russe (au lieu de trente), réduit à quatorze heures l’enseignement de la langue maternelle et à vingt celui de la seconde langue du pays, et élève de vingt à vingt-sept heures l’histoire et la géographie (évidemment pour y mettre de l’histoire russe). La distribution des heures entre les classes est ainsi faite pour les trois langues fondamentales

J La question, autant que je sache, en est encore restée | à ce stade. Mais divers indices portent à croire qu’on en hâtera la solution. Cette question a été déjà discutée et ajournée en 1901.

  • Mais elle n’est vraisemblablement qu’ajournée; c’est pourquoi il ne sera pas inutile d’en faire un court

( La Finlande possède depuis 1812 une administration ‘ douanière propre et un tarif douanier spécial. Le premier tarif élaboré fut, conformément à l’esprit du temps, à peu près prohibitif; mais devant le développe- ; ment de la contrebande, dans un pays où l’étendue des

| côtes et la nature du rivage, bordé d’îles et semé de bas-fonds, empêche toute surveillance eflicace, l”administration elle-même demanda le changement du système. L’expérience de 1830 à 1840 amena la publication d’un tarif plus libéral, et l’on persévéra dans cette voie à jusqu’à la promulgation du tarif du 20 juillet 1869, qui est resté la base du tarif douanier finlandais.

La réaction qui suivit la mort d’Alexandre II se fit bientôt sentir sur le régime douanier finlandais. Le 29 décembre 1889, Alexandre IIT réunissait un comité mixte chargé de préparer une modification du tarif finlandais ayant pour but de le mettre en accord avec le tarif russe. Les membres russes posèrent en principe l’abolition de la ligne douanière russo-finlandaise, la réunion des deux administrations et le versement à la Finlande d’un quantième des recettes douanières totales. Les travaux du comité ne conduisirent pour- è tant à aucun résultat. Une autre alerte suivit bientôt.

Pour la Finlande *

Le sénat de Finlande reçut l’ordre, en 1893, de préparer une élévation graduelle du tarif finlandais, de façon que ce tarif, en 1905, concordât avec le tarif général russe. Mais le sénat adressa une pétition à l’empereur, demandant qu’on renonçât à ce projet ; et aucune mesure ne fut prise. Le traité de commerce russo-allemand de 1894 prévoyait, au 31 décembre 1898, la possibilité d’une élévation de 50 °/, des tarifs finlandais; celle-ci n’eut pas lieu. On pouvait donc croire le projet enterré. C’est dans ces conditions que M. de Plehwe le reprit. La question fut préparée par une campagne de presse, en particulier par des articles de la Novoje Vremja sur la situation financière de la Finlande, où l’on préconisait la nécessité, pour prévenir une crise, de changer entièrement la politique douanière (avril 1907).

Le contrôleur des douanes rédigea en avril une note concluant à la nécessité de mettre le tarif finlandais en accord avec le tarif russe, en procédant à des relèvements graduels des tarifs; l’égalité complète devrait être atteinte en 1905. Cette note, présentée à l’empereur le 5 mai, obtint son approbatior et l’ordre fut donné de constituer un comité composé de représentants des ministères russes des finances et de l’agriculture, de la chancellerie et de l’administration finlandaise, sous la présidence de l’ingénieur général Pétroff, membre du conseil de l’empire.

; - Bien que l’ordre impérial ait été donné le 5 mai, le ministre de Finlande n’en avertit le sénat qu’au début de juillet. I avait voulu attendre le départ de la diète, pour éviter des manifestations et des pétitions.

La nouvelle que la question était revenue à l’ordre du jour provoqua en Finlande une vive émotion. Dans

_ un pays comme la Finlande, le commerce extérieur, et par suite la question douanière, jouent un rôle capital. ; j L’agriculture, qui occupe 70 °,, de la population, a besoin de l’importation, surtout pour les machines et les céréales. En 1898, pour un chiffre d’importations de 237 millions, il y a plus de 14 millions de céréales. De son côté, l’industrie est dans une dépendance encore | plus grande du commerce extérieur. La Finlande n’a qu’une matière première abondante : le bois. Il faut | donc faire venir de l’étranger à peu près toutes les matières premières. Dans ces conditions, le tarif finlandais a été fixé suivant deux principes : introduction en franchise ou avec de légères taxes des objets de consommation directe et matières premières; tarifs protecteurs de l’industrie nationale, mais assez faibles pour ne pas surcharger le consommateur. Et, dans ces conditions, les recettes douanières ont suivi une progression rapide : Au contraire, le tarif douanier russe est nettement protecteur. Il est aisé de s’imaginer quel bouleversement profond dans les conditions économiques suivrait (1) Le marc finnois est égal au franc. Ç

Pour la Finlande le relèvement des tarifs finlandais. La population finlandaise n’aurait aucun moyen de se soustraire aux conséquences de cette mesure, l’importation se faisant sur des objets de première nécessité. Les industries supporteraient des charges considérables. La fonte augmenterait de 24 °, de sa valeur, le fer en barres de 5o à 80 marcs par tonne. L’industrie des cuirs subirait une hausse de 40 °, sur la matière première.

  • L’industrie cotonnière serait surchargée, en prenant pour base les chiffres de 1897, de 4 millions, représentant de 16 à 20 °/, de la valeur actuelle de la production. — L’agriculture et la pêcherie souffriraient tout autant. On a calculé que, pour une famille de pêcheurs de quatre personnes, l’élévation des tarifs se traduirait par une augmentation de dépenses de 85 marcs; pour une famille de métayers, de 50 à 65 marcs; pour une exploitation agricole moyenne, de 240 à 285 mares, soit la valeur de l’impôt foncier. Le comité mixte fut composé de 14 membres dont 3 délégués finlandais : le chef de la section des finances au sénat, M. Neovius, le conseiller de commerce W. Hackman, et le colonel Bruun, ce dernier directeur d’une grande filature. La première séance eut lieu le 15 janvier. Mais au bout de deux séances les travaux furent interrompus. Il semble que les objections présentées par les délégués finlandais aient impressionné les membres russes : car ceux-ci firent ajourner les séances à « pour permettre de réunir des matériaux statistiques supplémentaires ». Les séances reprirent au début de mars. Plusieurs sous-commissions furent créées pour examiner des questions de détail. Le comité s’ajourna t bientôt au mois d’avril. Le 23 avril, après quelques __ nouvelles séances, il s’ajournait « à une époque indé- Cette victoire était due à l’énergie des délégués fin- , landais, qui avaient soulevé des objections de principe et de détail. Celle qui paraît avoir été décisive était la question de Tammerfors. — Alexandre I, lors de son voyage en 1810, avait accordé à la ville la franchise douanière pour les matières premières et les machines nécessaires à l’industrie. Il voulait favoriser l’extension de ce centre industriel auquel la présence de rapides donnait déjà un avantage naturel. Alexandre II, en ee 1856, renouvela ces privilèges pour cinquante années. Il fallait donc, ou respecter les privilèges de la ville, ce qui aurait mis les autres centres industriels dans une | situation trop défavorable; ou les supprimer, ce qui ne pouvait avoir lieu que par voie de rachat. Les membres russes préférèrent temporiser. On prétend que la question ne sera pas reprise avant 1906. A la suite des pétitions de la diète de 1900 sur la presse et sur l’administration, l’empereur, comme on l’a vu, avait décidé de faire procéder à une revision de la Loi organique de la diète. Le sénat, chargé de préparer les modifications demandées, se mit à l’œuvre dans le plus grand secret. A la fin | de mai 1901, il envoya un projet, qui vient d’être publié par les Fria Ord (10 juillet 1902). La partie principale est celle qui concerne le droit de pétition et la liberté de la parole dans les débats. Le sénat déclare qu’il n’est pas possible, comme le voudrait M. de Plehwe, de restreindre le droit de pétition aux questions de légis157

Pour la Finlande EE $ lation proprement dites. Toutefois, le sénat propose une modification au paragraphe 51 de la Loi organique, qui restreint le droit des états. La diète ne pourrait faire de pétitions « sur les nominations ou dépositions de fonctionnaires, ni sur les questions dont la décision revient aux tribunaux, ni sur les mesures prises par les autorités pour mettre en application les lois et ordonnances… » Avec une interprétation un peu stricte ou de mauvaise foi, cette concession empêcherait la présentation de pétitions comme en 1900. Sur la liberté de parole au cours des débats, le sénat, après avoir montré qu’elle est déjà limitée par la loi actuelle, propose pourtant de nouvelles restrictions. En particulier les expressions déplacées touchant « des autorités ou institutions publiques » et les « déclarations de nature délictueuse » seraient interdites. Là aussi, l’arbitraire peut vite se glisser. En outre les pouvoirs disciplinaires des ordres et du président seraient encore renforcés. La question sera vraisemblablement soumise à la Certains indices permettraient de croire que le S gouvernement russe songe à se tourner vers l’église ’ luthérienne. M. de Plehwe a envoyé dernièrement un fonctionnaire étudier sur place, dans le gouvernement

(1) L’empereur a décidé en 1899 que les diètes seraient réunies : tous les quatre ans, et non plus tous les trois ans comme pendant les derniers temps. €

F de Viborg, « la lutte du protestantisme contre l’église ‘ orthodoxe ». — Je crois savoir aussi qu’un fonctionnaire

  • attaché à la chancellerie du gouverneur-général a été chargé d’étudier le régime de l’autonomie communale : finlandaise, et de le « comparer » au régime communal $ russe. Il n’est pas impossible que la question communale doive surgir un jour. — Enfin la dernière phrase du manifeste impérial du 20 avril 1902 laisse craindre une suppression pure et simple de la constitution

Si quelque chose ressort nettement des derniers événements en Finlande, c’est la volonté bien arrêtée, chez le gouvernement russe, de poursuivre jusqu’au bout l’œuvre de destruction qu’il a entreprise. En 1899, devant une ferme résistance du sénat, il aurait peutêtre reculé. Le gouvernement russe n’aime guère le £

scandale ; et une démission en masse des sénateurs, ou la perspective d’avoir à les révoquer tous lui eût inspiré de la prudence. Mais le temps des hésitations est visiblement passé. L’empereur a montré à plusieurs ! reprises qu’il soutient personnellement la politique de ses ministres ; il n’est pas possible de se faire d’illu- î sions à cet égard.

En face de ces attaques imminentes, quelle est la défense possible de la Finlande ? Je crois bien qu’elle est aléatoire. Il n’y a rien à attendre du sénat: son attitude pendant ce printemps l’a démontré avec la plus criante évidence. D’autre part, le sénat est et restera soutenu par un groupe assez nombreux et influent du parti vieux-finnois. Sans doute, on a vu durant le printemps dernier un changement dans l’orientation du parti jeune-finnois, décidé à se rapprocher du parti

Pour la Finlande é suédois pour une lutte commune sur le terrain constitutionnel. Mais il faut attendre quels seront les fruits de cette union, et même si elle sera durable. Et il reste toujours à envisager les formes possibles de lutte.

Il y a une première solution, qui à vrai dire est l’ab-

( sence même de solution : la fuite, c’est-à-dire l’émigra- . tion. J’ai réservé cette question pour maintenant, parce que l’émigration n’a été qu’un moyen de se soustraire , aux dangers de la situation.

Les débuts de l’émigration remontent à environ vingt-cinq ans. Mais dans ce quart de siècle, le courant a singulièrement varié d’intensité. Tout d’abord, c’étaient surtout des gens de lOstrobothnie qui par- k taient, poussés par le goût des aventures, l’appât de salaires plus élevés en Amérique, le mauvais état des récoltes en Finlande, ou la difficulté d’y trouver du

Vers 1878, l’annonce de l’introduction du service militaire obligatoire provoqua une première recrudescence d’émigration, parce qu’on était mécontent de voir changer le système militaire, et qu’on redoutait le « service forcé ». Mais cette augmentation ne fut que passagère. Quand on vit de près ce service redouté, à on le jugea supportable. — Les conditions économiques restèrent dès lors seules à régler l’émigration.

Une baisse de salaires, un arrêt dans le développement industriel augmentait l”émigration, comme à la fin de ù la période 1880-1890. Deux années de disette successives, 1892-1893, provoquant par contre-coup une stagnation des affaires, produisaient un résultat identique. Mais, même alors, le chiffre total d’émigrants ne dé- F

a _ De plus, parmi ces émigrants, beaucoup avaient la ÿ nt 192 pensée de revenir, et laissaient en Finlande une fiancée NE EL

ou une femme. Dès que les conditions économiques MEL

x _ émpiraient aux États-Unis ou qu’elles s’amélioraient } Ki en Finlande, on voyait s’établir un courant de retour ‘4 1 très fort. En 1898, 2.600 étaient partis, mais 2.200 ë _ étaient revenus : l’émigration nette n’est donc que de w _ des rentrants dépasse de 1.200 celui des partants. Et __ d’autres statistiques montrent que l’année 1894 avait TRE 1] été signalée par une reprise d’affaires, 1897 par une ‘4 Le bonne récolte, et 1898 par une autre bonne récolte. On ; “ be, pouvait donc normalement s’attendre en 1899 à une 20ÿ4 : Mais dès le mois de janvier, la réunion de la diète Lars F extraordinaire provoqua une certaine inquiétude, et le mois de janvier même présente un chiffre d’émigrants L à

  • pour le seul port de Hangü (le principal centre il est LA 4 vrai de ce mouvement) de 308 personnes. — Survintle se à manifeste, et la menace toute prochaine de voir rem- sos FA placer la loi de 1878, d’aller servir, en nombre qua9 druple, pendant cinq ans, en Russie, ne comprenant a » pas la langue du pays, méprisés ou détestés de leurs A camarades et de leurs chefs. Ÿ É Dès que la dernière ressource, la grande pétition, eut | échoué, on vit l’émigration prendre des proportions À inouïes. En mars, elle atteignait 500 personnes par Us semaine ; en avril elle alla jusqu’à 600. Rien que par le us ñ seul port de Hangô, par les bateaux d’une seule compa- 1} à $ gnie, furent transportés, en 1899, 12.065 individus, au lieu er,

Pour la Finlande de 2.500 en 1898 et de 3.655 en 1897. La statistique mencaelle est du reste encore plus instructive Ce chiffre de 12.065 individus ne représente d’ailleurs pas le total. Il faut y ajouter ceux qui sont partis par d’autres compagnies, par d’autres ports, et ceux qui se sont enfuis en passant la frontière suédoise ou en traversant le golfe de Bothnie sans passeports ni papiers réguliers. Officiellement on avoue 12.347 personnes, chiffre sûrement au-dessous de la réalité. La situation ne s’est pas améliorée depuis. Le chiffre annuel des émigrants pour le port de Hangôü reste toujours aussi élevé. Les données officielles sont en effet

Ce qui frappe surtout pendant les dernières années, c’est la part plus grande prise à l’émigration par les | _ gouvernements intérieurs. Jusqu’en 1898, jusqu’aux “._ premiers bruits d’une réforme du service militaire, 1 c’était le gouvernement de Vasa, c’est-à-dire l’Ostro- . bothnie, qui fournissait surtout les émigrants. Depuis, 4S . … les quatre gouvernements intérieurs (Kuopio, Saint- — Michel, Tavastehus et Viborg) ont donné un nombre d: Un tableau comparatif de la proportion prise par _ les gouvernements de Nyland (celui où se trouve la ï . capitale), Kuopio, Vasa et Uleäborg (ces deux derniers . comprenant l’Ostrobothnie), montre clairement le chan_ gement qui s’est opéré en 1898 et 1809. Lt Voici, d’autre part, la proportion du chiffre des émi- Ë _ grations à celui de la population, pour chaque gouvernement. Cette proportion est calculée pour 100 habitants d’après le chiffre de la population au 31 décembre 1890, Pour la Finlande l’erreur qui en résulte n’étant pas de nature à influer $ d’une manière sensible sur les quotients. Enfin, la statistique de l’émigration par rapport à la superficie des terres cultivées et prairies naturelles, par gouvernement et par dix kilomètres carrés, donne le Les effets de cette émigration énorme se font déjà sentir dans certaines régions. Il paraît qu’en Ostrobothnie certains villages sont déjà très dépeuplés, ; presque déserts. Ce sont des familles entières qui émigrent, et probablement sans espoir de retour. ILest certain qu’une bonne part des « absents » à l’appel de 1902 sont déjà en Amérique. Il est inutile d’insister sur le M À double danger que cette situation présente pour la Finà 166

x lande. Danger économique par la disparition de la maïn- … d’œuvre agricole dans certaines régions ; danger poliÀ … tique également, si le comité slave se met à acheter les terres et à coloniser (ceci me paraît du reste peu vrai__ semblable). L’exemple donné par les émigrants ne peut évidem- ” mentpas être suivi par tout le monde. Et il faut cependant trouver une attitude. On parle de « résistance “… passive ». Le mot est bien fait pour rassurer les esprits timides ; en fait iln’y a de possible qu’une agitation sou- ; vent révolutionnaire. Les circonstances y conduisent du reste d’elles-mêmes. Etant donnée l’attitude du sénat, 7h le parti de la résistance est amené inévitablement à ruiner par sa propagande le principe d’autorité. D’autre À part, l’insoumission au recrutement, de quelque nom à qu’on veuille l’appeler, est une attitude révolutionnaire o au premier chef. Il est désirable que les Finlandais perà sévèrent dans cette voie. Le sentiment du danger couru a rapproché les classes dirigeantes des autres, et il | n’est pas impossible qu’il sorte de cette crise une agitaÀ tion en faveur de réformes politiques et sociales. La perception nette de cette nécessité mettra peut-être du temps à s’établir; mais il n’y a pas de meilleure école que celle de l’épreuve. Le rapprochement avec la Russie se fera sans doute aussi graduellement, mais pas au sens où le veulent les gouvernants. L’intérêt pour l’agi- tation en Russie grandit chez les Finlandais, en même | temps que la désaffection du régime. Il serait plaisant que le résultat de la politique de russification fût de fournir un appoint aux éléments libéraux et révolu- tionnaires.

En tous cas, aucune illusion ne peut subsister sur le

Pour la Finlande but poursuivi par le parti panslaviste. Au début du printemps paraissait en Russie une brochure intitulée « Sur la question de l’autonomie et des lois fondamentales de la Finlande. » L’auteur, N. Sergeiefski, est secrétaire d’État, président de la commission du conseil de l’empire chargée de systématiser les lois finlandaises; il a été un des collaborateurs de M. de Plehwe. Voici les conclusions auxquelles il aboutit La Finlande ne peut pas être un État; il faut qu’elle soit une partie inséparable de l’empire russe. Et si même il vient à être prouvé que la Finlande est un Etat, non seulement en théorie, mais en pratique, c’est-à-dire si elle s’est approprié d’une manière ou d’une autre une indépendance politique confirmée, non seulement par des paroles, mais par quelque document positif, alors il faut prendre les mesures les plus énergiques pour supprimer cet état de choses, et pour réunir complètement la Finlande aux autres parties de l’empire russe. ‘ Telle est bien la situation. Les discussions juridiques n’ont dès lors plus de place; il faut résister, c’est-à-dire À lutter. Les résultats obtenus ce printemps montrent que Î la résistance n’est pas impossible.

Dans le cahier que l’on vient de lire un assez grand nombre de dates sont portées dans les deux styles ; dans ce cas il ne reste aucune hésitation; toutes les fois que les dates ne sont portées que dans un style, et que c’est l’ancien, l’auteur a pris soin de l’indiquer expressément; toutes les fois que les dates ne sont portées que dans un style, et qu’il n’y a aucune indication, il faut les lire en nouveau style.

On passe de l’un à l’autre style en comptant que le calendrier russe, du vieux style, retarde sur le calendrier latin, de style nouveau, grégorien, de douze jours jusqu’à la fin de février 1900’et de treize jours depuis le commencement de mars 1900.

) Conquête de la Finlande . … tentatives contre la constitution finlandaise , … CaaAPITRE V. — L’administration intérieure de 1898 d). — La suppression des timbres-poste finlandais 102

A titre d’essai, et pour constituer comme une section, analytique, de l’index que nous préparons pour la fin de « la quatrième série, nous avons groupé ci-après, dans l’ordre où nous les avons publiés, un sommaire des d documents, renseignements, travaux et des œuvres que $ nous avons publiées depuis le commencement de la première série qui intéressent les publics nationaux et internationaux ou qui peuvent contribuer à l’étude, à ki la connaissance, à l’histoire des hommes, des événements, des actions nationales et internationales. Les Cahiers de la Quinzaine ont publié L’affaire Liebknecht. — Un incident au premier à bas Liebknecht ; compte rendu officiel de cet incident; | documents : une lettre adressée par Liebknecht au ; directeur de la revue die Fackel, supplément à l’affaire la traduction de ces articles dans l’Action française, numéro 10, du premier décembre 1899 : W. Liebknecht et l’affaire Dreyfus; un article de la Libre Parole, mardi 5 décembre 1899, W. Liebknecht et l’affaire à

  • © Dreyfus; un article de la Petite République, lundi 11 décembre, l’article de Liebknecht; un incident au punch de Saint-Mandé, d’après la Petite République du mardi 12 décembre; explications, deux lettres de Liebknecht, présentées par Gérault-Richard dans La Petite République du mercredi 20 décembre ; chez Liebknecht, interview de Liebknecht par M. Marcel Hutin, publiée dans l’Écho de Paris du vendredi 22 décembre; chez Liebknecht, deuxième interview du même au même, publiée dans l’Écho de Paris du . samedi 23 décembre; une lettre de M. Henri Vaugeois, directeur de l’Action française, à L’Écho de Paris; une réponse de Gérault-Richard à M. Henri Vaugeois, dans la Petite République du dimanche 24 décembre; chez | 197

Liebknecht, troisième interview, dans l’Écho de Paris du dimanche 24 décembre. — Premier cahier de la n’existe plus que dans les collections complètes Consultation internationale ouverte par La Petite République sur l’affaire Dreyfus et le cas Millerand une lettre du citoyen Anseele, 14 juillet 1899, dans {a Petite République du jeudi 20 juillet; un article du Vorwaerts; un article de l’Avanti; une lettre de Hyndman; une lettre de Napoléon Colajanni; une adresse des députés socialistes belges à Jaurès; la consultation; texte; une lettre de Bebel; adresse des députés socialistes italiens à Jaurès; les réponses à la Léon Defuisseaux ; Pierre Lavrov; Henry Hyndman ; les cahier de la première série, épuisé, L n’existe plus que dans les collections complètes ; La Consultation internationale, suite : Tom Mann; de la première série, épuisé, n’existe plus que dans les collections complètes ; La Consultation internationale, suite : lettre de Liebknecht, dans le Socialiste des 20-27 août 1899; ‘3

docteur Charles Schidlowski ; docteur Boris Kritchewski.

— Huitième cahier de la première série, épuisé, n’existe plus que dans les collections complètes Émile Vandervelde. — Socialisme et collectivisme; dixième cahier de la première série, épuisé, n’existe plus que dans les collections complètes La Consultation internationale, fin : Rosa Luxemburg; Jean Jaurès ; onzième cahier de la première série, r’existe plus que dans les collections complètes Lionel Landry. — Courrier de Chine, cinquième cahier de la deuxième série, épuisé, n’existe plus que dans les collections complètes La Crise des Universités russes, dixième cahier de la n’existe plus que dans les collections complètes; Expulsion de Nicolas Paouli, dossier, quatorzième cahier de la deuxième série, un franc Nous reviendrons sur ce dossier. Lionel Landry. — Courrier de Chine, quatorzième cahier de la deuxième série, un franc Compte rendu sténographique non officiel de la version française du cinquième congrès socialiste international tenu à Paris du 23 au 27 septembre 1900, seizième cahier de la deuxième série,

Bernard Lazare. — L’Oppression des Juifs dans l’Europe orientale, les Juifs en Roumanie, huitième Tolstoi. — Une lettre inédite, adressée à Romain un franc Jérôme et Jean Tharaud. — Dingley, l”illustre écri-

Georges Sorel. — Socialismes nationaux, dans le

Félicien Challaye. — La Russie vue de Vladivostock, € journal d’un expulsé, dans le quatorzième cahier de la £ troisième série, un franc Cahier de courriers, dix-septième cahier de la troisième série, un franc ‘4 Félicien Challaye.— Impressions sur la vie japonaise. À Edmond Bernus. — La Russie vue de la Vistule. Jean Deck. — Courrier de Finlande. René Salomé. — Courrier de Belgique, dans le dix- Ÿ

Pierre Quillard. — Pour l’Arménie, mémoire et L

70 Nous prions nos abonnés de vouloir bien acheter et pe FA 44 Jaire relier leurs livres à la librairie des cahiers. #54 AUS _Adresser les ordres à M. André Bourgeois, administra « M he 2° MRC: Ft | teur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, Paris, cin- Vient de paraître à la Société nouvelle de librairie et d’édition, en vente à la librairie des cahiers: è HeNRI-CHARLES LEA. — Histoire de l’Inquisition ] au Moyen-Age, ouvrage traduit sur l’exemplaire revu & et corrigé de l’auteur par SALoMoN REINAcH, tome HI, domaines particuliers de l’activité inquisitoriale, un i très fort volume de 900 pages très denses, À Les franciscains spirituels ; Guillelma et Dolcino ;les fraticelii à L’hérésie politique utilisée par l’Église, en particulier L’hérésie politique utilisée par l’État, en particulier les e Magie et arts occultes, en particulier le maréchal de Raïs; ‘ Les Sorcières, le Sabbat La raison et la foi, les aberrations intellectuelles considérées comme peu dangereuses; développement des subtilités . théologiques ; Roger Bacon; nominalisme et réalisme; riva- . lité entre la philosophie et la théologie; l’averroïsme ; tolé- | Raymond Lulle ; évolution du dogme, la Vision Béatifique; à Conclusion; de quelques hérésies négligées par l’Inqui- | sition; quaestuarii, ou vendeurs d’indulgences ; simonie ; ? démoralisation de l’Eglise; mœurs de la société laïque; élé- al Ps ments de progrès dans l’humanité; la Réforme inévitable ; Ne: EL jugement d’ensemble sur l’Inquisition. \ +4

rez-de-chaussée, Paris.

Les Cahiers de la Quinzaine paraissent par séries;

| les séries commencent et finissent avec l’année scolaire.

La troisième série, année scolaire 1901-1902, est ainsi constituée Premier cahier. — Compte rendu de congrès; bilan; attentats dans l’Yonne (affaires Hervé et Fradet), mémoires et dossiers pour les libertés du personnel enseignant en France, un cahier de 72 pages, un franc

! CHARLES GuIEYSSE. — Les Universités Populaires et le mouvement ouvrier, deuxième cahier Ê de la troisième série, un cahier de 72 pages, un franc

Georces .Sorez. — De l’Église et de l’État, cahier de 72 pages, un franc

question de méthode; préface, République et Socialisme ; le mouvement rural; revision nécessaire; évolution révolutionnaire : majorités révolutionnaires; Liebknecht et la tactique; grève générale et révolution; le but; le socialisme et la vie; de la propriété individuelle les radicaux et la propriété individuelle; propriété individuelle et code bourgeois; la propriété individuelle et l’impôt; la propriété individuelle et le droit successoral; la Révolution française et le droit successoral; l 183

la propriété individuelle et les lois bourgeoises d’expro- priation; la propriété individuelle et les sociétés de À

commerce; propriété individuelle et sociétés anonymes avertissement : Charles Péguy, de la raison;

cahier de cvi + 276 pages.

Ce cahier n’est pas mis dans le commerce. ’

GEORGES DELAHACHE. — Juifs, cinquième cahier de la troisième série, un cahier de 72 pages, un franc Dans le même cahier : l’affaire Hervé, documents, articles de Hervé ; Charles Péguy, lettre à M. Charles

JEAN Huaurs. — La Grève, trois actes, sixième

un franc

Septième cahier.— Polémiques et dossiers : M. Gustave Téry, un cahier de 72 pages, un franc

Dans le même cahier : Gustave Hervé, l’Anniversaire de Wagram ; à nos amis de l’Yonne ; Félicien Challaye,

BERNARD LaAzaARE. — L’Oppression des Juifs dans l’Europe orientale, les Juifs en Roumanie, huitième

Tozsror. — Une lettre inédite, adressée à Romain cahier de 36 pages, un franc

Dixième cahier. — Les Universités Populaires J 4900-1904, I, Paris et banlieue, introduction de M. Gabriel Séailles, un cahier de 48 pages, un franc 184 ,

FE _ Roma RozranD. — Le 144 Juiliet, action populaire

_ un fort cahier de 252 pages, trois francs cinquante in Dousième cahier.— Monographies, Personnalités, un ES _ cahier de 72 pages, un franc

} cahier de 88 pages, un franc 7 nationaux ; Félicien Challaye, la Russie oue de VladiD vostock, journal d’un expulsé, un cahier de 72 pages, à un franc F la liberté par l’étude ; la loi est morte, mais le juge est É vivant; vol domestique; les juges intègres; discours | un cahier de 72 pages, un franc Seizsième cahier. — Les élections; emprunt des cahiers, un cahier de 72 pages, un franc

  • Cahier de courriers, dix-septième cahier de la troisième série, un cahier de 72 pages, un franc Félicien Challaye.— Zmpressions sur la vie japonaise. Edmond Bernus. — La Russie vue de la Vistule. Jean Deck. — Courrier de Finlande. un cahier de 72 pages, un franc Dossier Gohier; ligue française pour la défense des Droits de l’Homme et du Citoyen; élection Beauregard élections dans l’Yonne; René Salomé, courrier de #4 PIERRE QuiccarD. — Pour l’Arménie, mémoire et à fort cahier de 168 pages, trois francs

Vingtième cahier. — Les Universités Populaires 4900-1901, IT, Départements, préface de Charles Guieysse, un cahier de 156 pages, deux francs

JEAN DECK. — Pour la Finlande, mémoire et docu- j fort cahier de xx + 240 pages, trois francs cinquante C

Les Cahiers servent des abonnements ordinaires à vingt francs et des abonnements de propagande à

. huit francs. Il va de soi qu’il n’y a pas une seule F différence de service entre ces différents abonnements. Nous voulons seulement que nos cahiers soient acces- F sibles à tout le monde également. ; $

L’abonnement de propagande cesse de fonctionner pour chaque série à l’achèvement de cette série; la . troisième série ayant fini fin juillet dernier, on pouvait jusqu’au 31 juillet inclus avoir pour huit francs les

L’abonnement ordinaire cesse de fonctionner pour chaque série au plus tard le 31 décembre qui suit R l’achèvement de cette série ; ainsi du premier août au 31 décembre 1902 on peut encore avoir pour vingt francs, s’ils ne sont pas épuisés, ou en épuisement, les vingt et un cahiers énoncés ci-dessus.

A partir du premier janvier qui suit l’achèvement d’une série, le prix de cette série ést porté au moins au *

| total des prix marqués; ainsi à partir du premier janvier 1903 la troisième série, si des collections nous en restent, sera vendue au moins trente-trois francs. d k Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men- ; suelles régulières et par des souscriptions extraordinaires; la souscription ne confère aucune autorité sur | la rédaction ni sur l’administration : ces fonctions des abonnements de souscription à cent francs; s des abonnements ordinaires à vingt francs; et des abonnements de propagande à huit francs. | Il va de soi qu’il n’y a pas une seule différence de 5 service entre ces différents abonnements. Nous voulons seulement que nos cahiers soient accessibles à tout le monde également. Le prix de nos abonnements ordinaires est à peu près \ égal au prix de revient; le prix de nos abonnements de propagande est donc très sensiblement inférieur au prix de revient. Nous ne consentons des abonnements de propagande que pour la France et pour la Belgique. Nos cahiers étant très pauvres, nous ne servons plus Nous acceptons que nos abonnés paient leur abonnement par mensualités de un ou deux francs. Pour savoir ce que sont les Cahiers de la Quinzaine, il suffit d’envoyer un mandat de trois francs cinquante à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, Paris. On recevra en spécimens six cahiers de la deuxième et de la troisième série. | 187

vingt-et-unième cahier | de la troisième série M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, reçoit pour l’administration et pour la librairie tous à les jours de la semaine, le dimanche excepté, — de huit heures à onze heures et de une heure à sept M. Charies Péguy, gérant des cahiers, reçoit pour la rédaction le jeudi soir de deux heures à cinq heures. j

Adresser à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, Paris, toute la correspon- ki dance d’administration et de librairie : abonnements et À réabonnements, rectifications et changements d’adresse, ? cahiers manquants, mandats, indication de nouveaux « @ abonnés. N”oublier pas d’indiquer dans la correspondance le numéro de l’abonnement, comme il est inscrit sur l’étiquette, avant le nom. ? Adresser à M. Charles Péguy, gérant des cahiers, / 8, rue de la Sorbonne, Paris, la correspondance de rédaction et d’institution. Toute correspondance d’administration adressée à M. Péguy peut entraîner pour la réponse un retard considérable. e Nous avons donné le bon à tirer après corrections $ pour irois mille exemplaires de ce vingt-et-unième cahier le samedi 16 août 1902. À Ce cahier a été composé et tiré au tarif des ouvriers syndiqués. L:

On nous prie de publier la circulaire suivante Le Livre pour Tous Jeudi 31 Juillet 1902 8, Rue de la Sorbonne

Il est institué, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement, une œuvre intitulée Le L Livre pour tous.

Depuis longtemps les Journaux pour tous étaient devenus insuffisants. Beaucoup de nos correspondants pensaient que la brochure et le livre ne sont pas moins indispensables que le journal, et moins importants à envoyer.

Nous sommes en mesure d’assurer pour la prochaine . rentrée le fonctionnement de cette œuvre plus large et plus

Non seulement nous expédierons gratuitement les journaux et les revues, mais nous enverrons en communication les brochures, les livres et même les collections. ; M M. Émile Boivin, qui avait constitué les Journaux pour

. tous et qui les administrait depuis leur fondation, a bien’ voulu assumer la gestion de la nouvelle œuvre.

Adresser désormais lettres et mandats à M. Émile Boivin, secrétaire-administrateur du Livre pour tous, 8, rue de la À Sorbonne, Paris, cinquième arrondissement. l

: Le contrôle administratif de la nouvelle œuvre sera exercé ÿ et Émile TERQUEM.

Nota. — Nous enverrons sous peu à tous les adhérents une circulaire où nous indiquerons le fonctionnement de Î la nouvelle œuvre.

+. Cette annonce volontairement limitée demande une ie explication brève.

4 L’initiateur des Journaux pour tous fut un réfugié

| russe qui ne put s’en occuper longtemps. $

Le fondateur des Journaux pour tous fut M. Émile Boivin ; seul, et par un travail acharné, payé d’un traitement dérisoire, seul, sur son initiative et sous sa res-

4 ponsabilité, il établit cet admirable jeu de fiches qui ù était sans contredit le premier jeu de fiches de France parmi les républicains.

; Nous avons dit souvent, en particulier dans le

| dixième cahier de la deuxième série, cahier d’annonces,

; comment était constituée l’œuvre des Journaux pour

| tous et comment elle fonctionnait: toute personne qui ÿ ayant lu son journal ou ses journaux voulait les faire b parvenir en province pour la propagande républicaine

; indiquait à M. Émile Boivin, qui les notait, ses nom, ; adresse, et disponibilités d’envoi; toute personne qui

} en province connaissait des adresses indiquait à

L M. Émile Boivin les noms, adresses, manques, demandes et dispositions connues ou supposées des destina-

  • taires éventuels. M. Émile Boivin donnait la commu- é nication.

A veau dans l’institution des Journaux pour tous, de défi- k nitif, et de vraiment conforme aux institutions dont

F nous préparons la naissance et la vie, c’était que tout y j était administration et que rien n’y était gouvernement;

. | le gouvernement y était nul; M. Émile Boivin n’avait pas à commander ; il n’avait pas à décider quels jour- à aux seraient envoyés, qui les enverrait, qui les rece- k vrait; les envoyeurs présentaient eux-mêmes leurs

4 191

journaux ; depuis le Temps jusqu’aux Temps Nouveaux tous les journaux républicains étaient admis ; les destinataires demandaient eux-mêmes leurs journaux, ou on les demandait pour eux; M. Émile Boivin n’avait qu’à donner la communication. Telle était la devise de l’œuvre : proposer à tous les idées de tous. Émile Boivin, exactement, administrait la communication.

Boivin fut l’auteur de l’œuvre. Ceux qui ont fait de la vraie action savent que l’idée n’est presque rien, mais que la réalisation est presque tout; et même une idée n’est pas même idée quand elle n’est pas grosse de sa réalisation. Les imaginations ne manquent pas en ce pays, vaines imaginations de chambre ou d’estaminet. Ce qui manque, ce sont les réalisateurs, etles réalistes. Si l’immense majorité des institutions républicaines, socialistes, révolutionnaires, laïques, fléchissent et rompent, c’est qu’elles n’ont pas de gérants. Elles ont des orateurs, des zélateurs, des comités, des bafouil-” leurs : elles n’ont aucuns gérants.

Constituer un capital commun de fiches républicaines, ouvert impartialement à toutes les œuvres, à toutes les actions républicaines, à toutes les revendications de liberté, constituer dans des boîtes à cigares, sur du vrai carton, sur du vrai papier, le plus riche capital que nous eussions de fiches républicaines, un capital de quinze mille fiches modestement classées dans l’ordre alphabétique et par départements, c’est une opération qui semblera négligeable aux innombrables hommesde-génie dont les partis républicains regorgent. En effet ce fut une opération capitale, dont les résultats com- À mençaient à pleuvoir quand Boivin commit une faute grave et dont il portera longtemps la responsabilité.

à _ A quel degré de prospérité l’œuvre était parvenue,

Re … c’est ce que je dirai dans la monographie des Journaux re _ pour tous que je prépare pour un cahier de la quatrième j

F _ série. Boivin commit une faute’grave. L’œuvre, pour un

À tel travail, avait un modeste budget, quelques milliers b de francs. Boivin commit l’imprudence de confier cet

| argent à un rallié qui se conduisit presque aussitôt

À comme un escroc vulgaire.

| Trop tard, Boivin reconnut le danger; il fit alors, mais il était trop tard, une admirable défense; pendant

À plus de trois mois, continuant son travail, assurant le

| fonctionnement de l’œuvre, en outre il défendit l’œuvre pied à pied contre les trois politiciens qui la voulaient

V. dérober. Dans cette bataille opiniâtre il ne reçut pas toutes les aides qu’il avait le droit de revendiquer.

: Occupé moi-même à éditer les cahiers si considérables

À par qui nous avons achevé la troisième série, affrontant k le plus furieux assaut de calomnies que nos cahiers ; aient eu à subir depuis leur fondation, —il y eut quatre cabales coalisées contre nous, — je le soutins tant que | je pus. Par lui-même il connut la constance des hommes J et ce que vaut dans l’adversité l’amitié prétendue des

Burés innombrables. Enfin il fut battu. Nos adversaires,

  • politiciens inoccupés, pensaient à nous battre dans le même temps que nous pensions à travailler. Nos adver-

“ saires, politiciens sans scrupules, employaient à démo- î lir l’œuvre l’argent de l’œuvre, qu’ils avaient en dépôt.

À Il fut battu. Tout occupés de travail et de responsa- ï _ bilités, nous n’avons pu produire ce débat devant les

; nombreux degrés de la justice bourgeoise. Enlevés à

| à main forte les fiches, les livres, les meubles, les outils allèrent dans je ne veux savoir quels réduits rejoindre l’argent premièrement dérobé. Boivin fut laissé sur le à plancher, sans un sou, sans une fiche. à Quand un ouvrier défend son droit contre un patron j tyrannique, c’est un beau débat; mais quand un ouvrier défend plus que son droit même et plus que ses intérêts l’œuvre où il travaille, c’est un débat qui doit susciter une solidarité totale. A ce devoir de solidarité nous sommes assurés que nos abonnés ne failliront pas. Il fallait aller au plus pressé. Par application de cette loi qui n’admet que de rares et d’honorables exceptions, que ce sont encore les pauvres qui donnent et qui prètent le plus, nous avons prélevé sur notre budget maigre les quelques sommes qui étaient indispensables au premier établissement du Livre pour tous. Il faut avant tout reconstituer les fiches. Nous prions nos abonnés de vouloir bien envoyer sans aucun retard à M. Émile Boivin, secrétaire-administrateur du Livre pour tous, tous les renseignements qu’ils avaient précédemment envoyés à M. Émile Boivin, secrétaire des Journaux pour tous. Éviter rigoureusement sur les adresses des lettres et cartes envoyées désormais à M. Émile Boivin toute allu- ‘ sion aux Journaux pour tous : les lettres etmandats mal adressés seraient l’objet d’un détournement contre lequel nous sommes juridiquement désarmés. Le détournement des fiches ne peut avoir aucun effet désastreux pour les personnesintéressées; quand même Î ces fiches traîneraient dans quelque bureau clandestin du ministère de l’intérieur, elles n’apporteraient aux veau : mettre des journaux à la poste pour des destinataires habituels ne constitue pas en effet une opération à : LE LIVRE POUR TOUS \ secrète; tout au plus le travail des policiers serait-il _ facilité, en ce sens qu’ils auraient ici groupés des ren- seignements que l’administration des postes ne pourrait leur fournir que fragmentaires et péniblement rassemblés. La meilleure défensive n’est pas l’offensive ; la meilleure défensive est la création, quand on peut; Boivin n’a pas eu tort d’abandonner à des bandits de grande route les morceaux d’une œuvre qu’il avait défendue opiniâtrément ; il est jeune, il a eu raison de garder sa force de travail pour l’institution d’une œuvre neuve, plus large, plus solide, mieux bâtie.

L’œuvre des Journaux laissait quelque inquiétude beaucoup de personnes se demandaient si c’était vraiment contribuer à la culture des populations neuves que de leur envoyer la Petite République, la Raison,

_l’Aurore; beaucoup de personnes se demandaient si la mentalité d’un ignorant n’est pas encore préférable à la mentalité d’un politicien. Désormais, conformément à ce principe général qu’il n’est ici besoin d’aucune autorité de commandement, les personnes au contraire

| qui veulent envoyer des journaux trouveront au Livre pour tous non seulement toute liberté, mais toute facilité pour envoyer les journaux; mais les personnes 4 qui préfèrent envoyer des brochures et des livres le | feront non moins commodément. L’institution qui vient de se fonder n’est rien moins qu’une coopérative de

| lecture indéfiniment extensible.

Toutes les précautions, cette fois, sont prises pour

; que l’œuvre ne soit plus la proie d’un détournement. , Puisqu’il n’était besoin d’aucune autorité de gouverne-

ment, on a bonnement supprimé les gouverneurs. Le le contrôle administratif.

Je suis confus d’avoir ici à nommer deux honnêtes gens deux honnêtes gens; mais nous vivons en un temps où les spécifications les plus lourdes sont indispensables. Qui nous eût dit que les patrons de Boivin deviendraient littéralement des escrocs, nous l’eussions tenu pour fou.

Nous savons par l’histoire des grèves et des oppressions patronales à quel degré de tyrannie peuvent s’abaisser des patrons capitalistes; je dois pourtant apporter ce témoignage que jamais à ma connaissance aucun patron bourgeois ne fut aussi fourbe, aussi brutal, que ces trois faux socialistes faux anarchistes.

A peine ai-je besoin de dire que la nouvelle œuvre est, comme la première, absolument indépendante de nous. Tout fait croire que le Livre pour tous répandra à des livres que, personnellement, je trouve mauvais. Ainsi les Journaux pour tous répandaiïent beaucoup de journaux que, personnellement, je trouvais mauvais. : Qu’importe? Nous n’avons peur d’aucune liberté.

  • J’écrivais dans le seisième cahier de la troisième PT. série, les élections, fin : ne Ne Quelle situation nous est désormais faite par la domi74 nation sénile du radicalisme et du radical-socialisme, M ne c’est ce que nous examinerons dans un des premiers 0 cahiers de la quatrième série. “LEE Je pensais dès lors que le gouvernement radical ferait … ‘1 re LP des sottises; mais je ne pensais pas qu’il en ferait tant

Dune ; si vite. Nous devons dès aujourd’hui former un dossier 46 ét du débat qui s’est ému pour et contre les congrégations

Plusieurs journaux du mardi 22 juillet publiaient l’appel suivant

: Le Comité catholique pour la défense du droit,

4 Fidèle aux principes de 1789, dont il n’a cessé de réclamer

L l’application loyale, soit qu’il s’agît d’un juif, illégalement et injustement condamné pour le crime d’un autre, soit qu’il s’agît de pères de famille empêchés, comme au temps de la révocation de l’édit de Nantes, de donner à leurs

| enfants l’éducation de leur choix, soit, enfin, qu’il s’agît de religieux privés de droits que garantit à tous les Français la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, statut fondamental de la société moderne | Renouvelle aujourd’hui ses protestations antérieures, s Et dénonce comme contraire aux principes les plus certains de la justice et de l’équité la fermeture d’établissements catholiques auxquels plus de cent mille Français ont confié

Aux termes des déclarations expresses de M. WaldeckRousseau, ces établissements ne sont pas visés par la loi nouvelle. Si on prétend que l’auteur même de la loi en a

  • méconnu, à la face du pays, le sens vrai, si on veut que ce sens ait été trouvé, après coup, par le conseil d’État (avis à du 23 janvier 1902), on devra alors reconnaître que ces

| établissements ont été mis dans l’impossibilité de se con-

; former à la loi, les délais pour demander l’autorisation étant

expirés (15 janvier 1902) lorsque apparut l’interprétation

Le comité convie tous les citoyens sincèrement libéraux $ à user du droit de pétition que leur confère la Constitu- h

Il engage les intéressés à se pourvoir devant les tribunaux compétents après examen attentif de chaque situation. Pour le comité membre de l’Institut. ne

On se rappelle que le Comité catholique pour la défense du droit, presque seul parmi les catholiques, Ÿ prit parti résolument pour la justice dans l’affaire Drey- J

L’Éclair du jeudi 24 juillet publiait cette lettre de Monsieur le directeur de l’Éclair,

Vous me demandez ce que je pense, au point de vue de l’application de la loi sur l’instruction obligatoire, des effets à de la circulaire ministérielle qui entraîne la fermeture de

Il est certain qu’en principe l’État devrait avoir assez à d’écoles et de maîtres pour donner l’instruction à tous les . Ê enfants. Mais la loi de 1886, en décrétant la laïcité du per- À sonnel enseignant dans les écoles publiques, n’a pas supprimé l’enseignement privé, même par les congréganistes. L’instruction seule est obligatoire, qu’elle soit donnée dans les écoles publiques, dans les écoles privées ou dans la

Pour répondre plus spécialement à la question que vous me posez, il me paraît tout à fait impossible que le gouver- . nement prenne la responsabilité de laisser en dehors de L

F2 toute école les enfants qui fréquentaient jusqu’ici les éta4 … blissements dont la fermeture vient d’être ordonnée. Aussi, + As sans vouloir apprécier la mesure en elle-même, ni les conNES … ditions dans lesquelles elle s’exécute, je suis persuadé qu’elle :10 n’a été prise que pour mettre ces établissements en demeure f . de demander une autorisation qui ne leur sera pas refusée | 4e) et que, pour la plupart au moins, la réouverture aura lieu i i avant la rentrée des classes. RES Je me demande seulement comment on espère combattre

  • efficacement ainsi le cléricalisme.…..

i ‘ Le Temps du vendredi premier août publiait les deux

$ Une lettre de M. Goblet d M. René Goblet vient adresser au Progrès de la Somme la très f; importante lettre qu’on va lire ù _ Monsieur le Rédacteur, Au cours de l’article très bienveillant que me consacre he 1 votre numéro de samedi, vous dites que dans ma lettre au | journal l’Éclair « je n’ai pas livré toute ma pensée ». ; - Tel n’était pas en effet l’objet de ma brève réponse à la br question qui m’était posée. Mais je crois avoir eu souvent L l’occasion de m’expliquer plus complètement, soit dans des __ discours au Sénat ou à la Chambre, soit dans la proposi- À ® tion de loi sur les associations que j’avais déposée et dont

j’ai été le rapporteur dans l’avant-dernière législature. Et

À puisque ce sujet vous intéresse el sans doute aussi vos lec- } teurs, permettez-moi de résumer ici les idées dont je me suis toujours inspiré. Ÿ : Il y a, selon moi, d’autres et de meilleurs moyens de VE » combattre le cléricalisme que ceux auxquels a eu recours À le gouvernement précédent par la loi de 1901 sur les asso- tal

ciations et que ceux dont use le gouvernement actuel dans l’application qu’il fait de cette loi.

Je ne suis pas l’ami des congrégations. Je sais qu’elles sont fatalement animées d’un esprit hostile à notre société issue de la Révolution, et qu’il est nécessaire de combattre cet esprit. Mais je ne crois pas qu’il soit profitable de sup- d primer les congrégations elles-mêmes. Je ne parle pas des jésuites, qui, ainsi que vous le dites, devraient être dispersés depuis longtemps en vertu des lois de la monarchie. Je parle de ces diverses et nombreuses congrégations i qui se sont établies depuis des années sur notre territoire, s et j’estime qu’aucun gouvernement ne serait en état de les Ce sont des mesures que l’on peut prendre au lendemain d’une révolution. Elles me paraissent absolument imprati-

  • cables après trente années d’un régime de liberté, tout au | moins de complète tolérance. On en a vainement essayé en 1880 contre les congrégations non autorisées. Comment pourrait-on en user aujourd’hui vis-à-vis de toutes les con- Fi grégations sans distinction ? On risquerait de soulever un ï violent mouvement d’opinion. Ce qui se passe en ce % moment, à propos de l’application de la dernière circulaire Î Je ne souhaite même pas la suppression complète des congrégations enseignantes, non seulement parce qu’il À n’existe pas actuellement assez d’écoles et de maîtres Î laïques pour recueillir tous les enfants qui reçoivent l’in- À struction congréganiste, mais parce que je suis un partisan à déterminé de la liberté d’enseignement et que, tout en L: demandant que l’État ouvre aussi largement que possible & ses établissements à tous les enfants, je ne lui reconnais A pas le droit d’empêcher les parents de faire donner, s’ils le nt préfèrent, l’instruction à leurs enfants dans des établisse- D. ments privés, même tenus par des religieux. Tel était bien ‘4 l’esprit de la loi de 1886 que je m’honore d’avoir fait voter comme ministre de l’instruction publique. . Au surplus, la nouvelle législation, celle de 1907, ne supprime nullement les congrégations. Au contraire, elle con- 4% sacre de nouveau et plus fortement les congrégations auto- E: 202 | he si risées, puisqu’elle ne touche en rien ni à leur existence, x ni même à leurs biens. Elle fait plus, car elle invite les congrégations non autorisées à solliciter l’autorisation, ce nn qui suppose qu’elle sera accordée à certaines d’entre elles À on ne peut admettre, en effet, que la loi ait commis cet acte dérisoire de provoquer des demandes d’autorisation avec le | parti-pris de les repousser toutes. \ Dès lors, en admettant que les congrégations soient le ; véritable foyer du ciéricalisme, comme ce n’est pas l’autors xisation qui peut changer leur esprit, en quoi le clérica- ? | lisme est-il sérieusement atteint par la loi de 1901? ; Ma proposition de loi sur les associations s’inspirait d’un …_ tout autre esprit, et c’est pourquoi dans les délibérations | de la dernière Chambre on l’a constamment opposée au | projet du gouvernement. À Comment donc est-ce que j’entendais et j’entends encore à qu’on peut combattre efficacement le cléricalisme ? k D’abord, en faisant ce qui a toujours été un des articles û essentiels du programme républicain : la séparation des k: Eglises et de l’Etat ; en enlevant aux Eglises la force Fe qu’elles tirent de leur union avec l’État et les ressources qu’elles puisent dans le budget, et en laissant aux associaÿ tions religieuses le soin de subvenir aux besoins des difté- ; rents cultes, sauf à prendre les mesures nécessaires pour y ménager la transition. Il est clair que sous un pareil régime, l’État n’aurait plus à autoriser ou à refuser d’autod riser des congrégations religieuses, ce qui est assurément à une singulière attribution pour un État laïque, ni à se ‘ préoccuper de les soumettre à la juridiction de l’ordinaire, “ comme le fait la loi de 1907, ce qui fortifie la puissance de L l’Église, au lieu de la diminuer. k En second lieu, je voudrais qu’on laissät les congrégaè tions libres de se former moyennant une simple déclara- d ñ tion, comme je l’avais indiqué dans ma proposition, mais fl en réservant le droit d’inspection de l’État, tel qu’il existe 4 pour tous les établissements où se pratique la vie en “4 commun et en limitant strictement leur capacité d’acquérir à, et de posséder, car c’est surtout, selon moi, par le développement de leurs biens que les congrégations sont un

danger. IL va de soi d’ailleurs que le gouvernement reste- rait armé vis-à-vis de ces congrégations du droit de dissolution qui lui appartient contre toute association dont les statuts ou les actes présenteraient un danger pour l’État.

Enfin, en ce qui concerne l’enseignement, j’exigerais de tous les membres des associations enseignantes, congrégations ou autres, les mêmes conditions d’aptitudes et les mêmes brevets que des instituteurs ou professeurs

Et je persiste à penser que le régime de véritable liberté joint à l’exacte application des lois scolaires, servirait infiniment mieux la cause de la République et de la laïcité que le système de contrainte, je ne veux pas dire de persécution, irritant autant qu’inefficace, dans lequel je vois avec regret le parti républicain s’engager.

Veuillez agréer, monsieur le rédacteur, avec mes remerciements pour votre sympathie, l’assurance de mes sentiments très distingués et dévoués.

Une lettre de M. Gabriel Monod Î

M. Viollet, membre de l’Institut, président du « Comité catholique pour la défense du droit », dont on connaît la protestation * contre la circulaire Combes, nous communique la lettre suivante, qu’il a reçue de M. Gabriel Monod, maître de conférences à l’École

Paris, le 29 juillet À

Je n’ai connu qu’hier la déclaration du comité catholique pour la défense du droit, relative aux mesures prises contre les écoles congréganistes. Le terrain sur lequel s’est placée votre protestation me paraît très solide. Dans l’application d’une loi aussi complexe que celle sur les associations et qui touche à des intérêts moraux aussi graves, il y a des

Fe règles bien simples que tout gouvernement prévoyant et ” à | … juste doit avoir devant les yeux : exécuter la loi dans …_ Vesprit même où elle a été votée et en se conformant aux interprétations données au moment du vote par ses auteurs : en cas de doute dans cette interprétation, s’en remettre aux tribunaux du soin de fixer le droit ; supposer, . jusqu’à preuve du contraire, la bonne foi chez ceux qui ont | négligé de se mettre en règle, les prévenir par des avis F individuels et réitérés de leurs obligations, et ne procéder : à des mesures de coercition que lorsqu’il y a refus formel _ d’obéir à la loi. ._ Pour n’avoir pas observé ces règles, le gouvernement

  • actuel a pris des mesures contradictoires qui ont désorienté …_ ses propres partisans et a soulevé dans toute la France “ une agitation dont il est difficile de prévoir les consé- al Ceux qui, comme moi, sont partisans d’une liberté abso- … lue d’association et en même temps de la séparation de R “ l’Église et de l’État, persuadés qu’alors c’est l’Église elle- , même qui imposerait des limites’au développement indéfini “ des ordres religieux, sont effrayés et navrés de voir les L anticléricaux d’aujourd’hui manifester à l’égard de l’Église catholique des sentiments et des doctrines identiques à d … ceux que les catholiques ont manifestés naguère à l’égard des protestants et des hérétiques de tout ordre. On lit ; aujourd’hui dans certains journaux qu’il n’est pas possible _ de laisser l’Église continuer à élever la jeunesse française dans lerreur; j’ai même lu qu’ « il n’était pas possible \ d’admettre la liberté de l’erreur ». Comme si la liberté de ; l’erreur n’était pas l’essence même de la liberté! Et dire que ceux qui écrivent ces phrases protestent contre le syl- . labus, tout en le copiant! Sommes-nous condamnés à être [A perpétuellement ballottés entre deux intolérances, et le …_ cri de « Vive la liberté ! » ne sera-t-il jamais que le cri des ‘ oppositions persécutées au lieu d’être la devise des majo_ rités triomphantes ? m3 Votre tout dévoué L’attention des dreyfusards impénitents que nous sommes restés fut attirée sur ces deux communications importantes par le flot d’injures basses que la plupart des journaux républicains répandirent sur les signa-. taires. La Petite République se distingua. Le grand orateur se taisait. M. Gabriel Bertrand, devenu le maître de la première page, prodiguait les injures basses, traitant M. René Goblet comme un petit garçon, et M. Gabriel Monod comme je ne saurais dire. A la violence et à la bassesse de ces injures, je connus que les deux communications avaient porté. Naturellement nos journaux, conformément à la méthode antidreyfusiste, omettaient soigneusement de reproduire les textes qu’ils incriminaïent. Il devenait donc doublement indispensable de constituer le présent dossier. Ce fut alors que je demandai à Bernard Lazare, pour nous éclairer, la consultation que l’on va lire.

| Nous avons déjà eu plusieurs occasions de parler

L - ensemble de la loi sur les associations, de la façon

dont le gouvernement interprétait et appliquait les f articles de cette loi relatifs aux congrégations, et des ï diverses manifestations auxquelles l’exécution de la

pensée ministérielle avait donné lieu. Il vous a paru f bon que j’exposasse à nos amis des Cahiers mon

| opinion sur ces événements ou ces incidents. Je ne lui attribue naturellement pas une valeur absolue; je dois dire cependant que, si toute l’œuvre à laquelle depuis six ans nous avons collaboré n’est pas vaine, cette

| opinion doit avoir son prix, puisque pour la former, j’ai uniquement appliqué à l’étude des affaires présentes les principes et les règles qui nous ont guidés dans l’affaire Dreyfus. Je suis convaincu même que si nous

| constatons tant d’incohérence chez la plupart de ceux, et non des moindres, qui ont participé au mouvement

HN de jadis, dont tout le rythme d’ailleurs n’est pas accompli, c’est qu’ils ont oublié ces règles et ces principes dont je vous parlais. Si vous le voulez bien, je l poserai d’abord la question et je rappellerai avant tout

= les faits.

L Le 27 juin dernier, un décret pris en conseil des miBernard Lazare nistres constatait que, depuis le premier juillet 1901, date de la promulgation de la Loi sur le contrat d’association, 300 établissements, pour la plupart des écoles de filles, avaient été créés par des congrégations autorisées ou non. Sur ce nombre, 120 avaient été ouverts sans demande préalable d’autorisation. Le décret prononçaït la fermeture de ces 120 établissements. Le droit du gouvernement était incontestable, et l’on ne voit pas trop le s but poursuivi par les créateurs de ces écoles, sinon s celui de protester contre la loi ou de provoquer une agitation en faisant fermer leurs locaux, au besoïn par la force. Ils excipaient, il est vrai, du fait que le proprié- î taire ou le locataire principal de l’immeuble dans lequel étaient tenues les classes, était choisi en dehors de la congrégation, mais ils avaient contre eux l’avis sollicité du Conseil d’État, suivant lequel « ces établissements devaient être considérés comme une dépendance directe de la congrégation », et ils ne s’étaient jamais mis en £ mesure de se pourvoir juridiquement contre cet avis. ŸÉ Aussi la position était-elle pour eux mauvaise, peu $ très légère agitation produite se fût vraisemblablement calmée. Mais le 15 juillet, le président du Conseil Ë adressait aux préfets la circulaire suivante : %

Monsieur le préfet, Le décret du 27 juin dernier, inséré au Journal officiel È du 28, a prononcé la fermeture de plusieurs établissements EU congréganistes qui, contrairement aux prescriptions de la loi du premier juillet 1901, s’étaient créés depuis cette loi ‘ sans avoir obtenu, ni même demandé l’autorisation nécessaire. La plupart de ces établissements prétendaient ne pas tomber sous le coup des prescriptions du paragraphe 2de

: article 13 de la loi, pour ce motif qu’ils n’étaient pas installés dans des immeubles appartenant en propre à la

Sous le bénéfice de la même théorie erronée, un certain nombre d’établissements congréganistes enseignants qui existaient antérieurement à la loi du premier juillet, se sont également abstenus de formuler une demande d’autorisation dans les délais prescrits et ont continué à fonctionner sans pouvoir produire une autorisation, ni même un récépissé justifiant qu’ils se sont mis en instance pour l’obtenir. D’autres ont été créés postérieurement à cette loi.

. Le moment est venu de mettre un terme à cette situation

Je vous invite en conséquence, monsieur le préfet, à | faire savoir immédiatement aux directeurs ou supérieurs des établissements enseignants dont il s’agit, qui existeraient dans votre département, qu’un délai de huit jours ‘ leur est imparti pour se retirer au siège de leur congrégation et fermer l’établissement qu’ils détiennent indüment, sous peine d’y être contraints par les voies légales.

Il est possible que, sur cette mise en demeure, les établissements dont il s’agit se déclarent prêts à solliciter l’auto-

| risation, mais vous leur ferez remarquer que le délai de trois mois fixé par la loi du premier juillet 1901 et même le délai supplémentaire qui leur avait été accordé par cireulaire de mon prédécesseur du 5 décembre dernier, étant

| expirés depuis longtemps, le gouvernement n’a pas le droit c d’accueillir aujourd’hui leur demande et que, par conséquent, les établissements doivent être fermés.

Cette fermeture étant faite et les congréganistes ayant rejoint le siège de leur maison-mère, si celle-ci veut deman- ? der l’autorisation d’ouvrir à nouveau les établissements dont il s’agit, on se trouvera dans le cas prévu par les 9 articles 22 et 23 du règlement d’administration publique du

16 août 1901, c’est-à-dire que les établissements devront ; attendre pour ouvrir qu’un décret du Conseil d’État ait È accepté leur demande : le récépissé qui leur sera délivré en vertu du dernier paragraphe de l’article 22 précité,

mayant que la valeur d’un simple reçu de pièces et nepou- Î vant permettre aux établissements de fonctionner comme le récépissé délivré aux établissements anciens qui ont formé leur demande dans les délais.

En un mot, et par suite de l’exécution tant du décret du Pi 27 juin que des présentes instructions, tout établissement ! congréganiste devra pouvoir justifier soit d’un décret l’autorisant là où il se trouve, soit d’un véritable récépissé à souche, délivré par l’administration des cultes, constatant qu’il a demandé l’autorisation dans le délai de trois mois ’ prescrit par l’article 18, ou, tout au moins, antérieurement au 15 janvier 1902, par application de la circulaire du

La loi pourra ainsi recevoir son exécution, c’est-à-dire

6 que les pouvoirs compétents (Parlement ou Conseil d’État) pourront alors statuer sur les demandes d’autorisation puisque tout contentieux aura disparu, sur le point de savoir si un établissement a à demander ou ne pas deman- ï der l’autorisation. !

Le président du conseil, F ministre de l’intérieur et des cultes, F À Si nous dégageons de la phraséologie administrative 4! le sens précis et clair, nous constatons que toute la ri politique du gouvernement consiste à donner à la loi du % premier juillet 1901 et à l’avis du Conseil d’État une M force rétroactive. Quel est l’article précis de la loi, quel : î est cet avis du Conseil d’État, comment le gouvernement de M. Waldeck-Rousseau et de M. Millerand en È. a-t-il envisagé les conséquences ? L’article visé de la * loi du premier juillet rgo1 est l’article 13, le voici : e..

Aucune congrégation religieuse ne peut se former sans une autorisation donnée par une loi qui déterminera les à conditions de son fonctionnement ; hi

$ Elle ne pourra fonder aucun nouvel établissement qu’en ; vertu d’un décret rendu en Conseil d’Etat; | établissement pourront être prononcées par décret rendu L en Conseil des ministres. En même temps que la loi était promulguée, le mi- | nistre de l’intérieur prenait un arrêté pour « fixer les | justifications essentielles à l’instruction des demandes Ë qui seront adressées au gouvernement pour être sou- | mises au Parlement ». Cet arrêté enjoignait aux direc4 teurs et administrateurs des congrégations d’adresser ë leur demande au ministre de l’intérieur, en y joignant « 1° deux exemplaires certifiés conformes des statuts de la congrégation; 2° un état de ses biens, meubles et immeubles, ainsi que des ressources consacrées à la 1 fondation ou à l’entretien de ces établissements ». En È outre, ces statuts devaient « faire connaître notamment } l’objet assigné à la congrégation ou à ses établissements, son siège principal et celui des établissements qu’elle aurait formés ou se proposerait actuellement de former ». Enfin, les décrets du 16 août 1901, portant règlement d’administration publique pour l’exécution de la loi du premier juillet 1901 sur le contrat d’association, disaient, titre II, chapitre II, section I, article | « Toute congrégation déjà régulièrement autorisée à fonder un ou plusieurs établissements et qui veut en f fonder un nouveau, doit présenter une demande signée par les personnes chargées de l’administration ou de la k direction de la congrégation ». i Dans la pensée de M. Waldeck-Rousseau, ainsi qu’il , l’a exposée au cours des débats sur la loi, celle-ci visait ê « des établissements tels que les noviciats, propriété

des congrégations, non les écoles où leurs membres sont employés ». Les écoles libres continuaient à être régies par la loi de 1886. Ainsi, en octobre 1901, le ministère de défense républicaine laissait ouvrir des écoles nouvelles par des congréganistes, s’ils établissaient que la maison d’école était la propriété de tiers. Aucun député ne se trouva pour contester cette procédure, qui paraissait conforme à l’esprit de la loi. Le Conseil d’État, par un avis émis le 27 janvier 1902, n’approuva pas l’interprétation de M. WaldeckRousseau. Il déclara que « dans le cas de déclaration d’ouverture d’une école par un congréganiste, cette école, même si elle fonctionne dans un local appartenant à un tiers etavec des allocations fournies par lui, n’en conserve pas moins son caractère d’établissement de la congrégation », et que par conséquent « l’autorisation préalable » était nécessaire. Se conformant à l’avis du Conseil d’État, le ministre de l’intérieur envoya, le 6 février 1902, à tous les préfets, la circulaire qui suit: Il résulte d’un avis du Conseil d’État, en date du 23 jan- 7 , vier 1902, que les écoles dans lesquelles l’enseignement est donné par les congréganistes constituent des établissements de la congrégation, quels que soient le propriétaire j ou le locataire de l’établissement et le mode de rémunéra- $ tion du personnel enseignant. La congrégation autorisée , dont le siège prin- $ cipal est dans votre département, a ouvert postérieurement à la promulgation de la loi du premier juillet 1907, F , des écoles qui constituent aux termes de l’avis F précité de nouveaux établissements. Il importe que cette situation soit régularisée. Fi Je vous prie, en conséquence, de faire venir le supérieur [4 de cette congrégation et de lui faire savoir qu’il devra ou . rappeler les congréganistes qui donnent l’enseignement FA ki dans l’école sus-indiquée ou se mettre en instance pour è HS … obtenir l’autorisation par décret, faute de quoi, après une

  • dernière mise en demeure, le gouvernement ne pourrait È qu’user des pouvoirs qui lui sont conférés par laloi AE Vous aurez soin de faire remarquer au supérieur qu’il 4 s’exposerait aux mêmes sanctions s’il ouvrait désormais un À nouvel établissement sans en avoir obtenu au préalable 217} _ l’autorisation. n S’il est un fait qui semble incontestable, une lecture

attentive des seuls documents valables que nous venons

d’examiner suffit pour l’établir, c’est que jamais la loi, | _ ni les décrets qui la règlent, ni le mode suivant lequel F _ elle à été jusqu’au 15 juillet dernier exécutée, ni l’avis É qui la précise, n’ont visé les établissements scolaires, ou …_ autres, privés ou publics, ouverts avant la promulgation | de la loi du premier juillet 1901. Ils n’ont pas été mis en demeure, soit avant, soit après l’intervention du Conseil _ d’État, de formuler une demande d’autorisation. Si, tou1 tefois, la loi est ainsi faite que son mode d’exécution À dépende de l’état d’esprit d’un ministre, c’est une loi Ë mauvaise, puisqu’elle consacre uniquement l’arbitraire É. gouvernemental, arbitraire qui est aujourd’hui anticlé_ rical, qui sera demain réactionnaire, arbitraire qui À … permettra à un ministère futur d’anéantir l’œuvre du % ministère présent. À ne lire que les textes des lois, à … décrets, avis et arrêtés, tous les établissements créés 13 _ avant juillet 1901 pouvaient et devaient se considérer

“ comme régulièrement établis. Si le parti radical main-

“_ tenant au pouvoir, après l’avoir soutenue et votée penR. dant la dernière législature, estimait la loi insuflisante s’il croyait avoir intérêt à résoudre d’une façon

1 déterminée la question de l’enseignement, il devait | proposer une loi nouvelle. S’il pensait que toute inter-

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prétation, sauf la sienne, était inexacte, s’il croyait % avoir le droit pour lui, son gouvernement devait le faire établir par les tribunaux et en dernier ressort par la Cour de cassation. En dehors de cela on était fatalement conduit aux excès de pouvoir et à la violation de la liberté individuelle, ‘jusqu’au point d’assigner par mesure administrative un domicile déterminé à une & catégorie de citoyens. (1) | è

Comment a été accueillie la circulaire de M. Combes? $ Elle a été approuvée par l’unanimité des partis radicaux, radicaux-socialistes, et socialistes, blâmée par Æ les progressistes, attaquée avec violence par les natio- dt nalistes, les impérialistes, les royalistes et les cléri- à caux. A côté de leurs manifestations il faut placer les È observations ou protestations de M. René Goblet, du À Comité catholique pour la défense du droit, de MM. Gabriel Monod et Michel Bréal qui se sont joints à lui, et il de quelques notabilités protestantes qui se sont agré- Pr Fait notoire, si nous faisons abstraction du Comité î catholique, de ses adhérents, et de M. Goblet, tous les M. Jules Roche, de l’abbé Gayraud à M. Jules Lemaiïtre, ra de M. Cavaignac à M. Aynard, ont protesté au nom de la liberté violée. Les fractions diverses du parti & républicain ont approuvé au nom des droits de la M société civile et ont applaudi la légitimité de la forcemise au service de ces droits. C’est là un fait gravé, car il ne L

, (1) Ordre au préfet de mettre en demeure les congréganistes. de se retirer dans un délai de huit jours au siège de leur maisonmére. &

j constitue rien moins que le renversement des positions | - prises dans ces dernières années. Il permet d’établir que l’attitude des politiciens dans une affaire où nous pensions que la justice seule était engagée fut motivée par des considérations extérieures, absolument étrangères à la justice même; et ce sera une raison désormais valable pour tous ceux qui veulent penser librement et : logiquement développer leur pensée, de se séparer radicalement des professionnels de la politique et d’accomplir leur œuvre en dehors d’eux. | Que doivent donc, en la circonstance présente, faire

  • ét dire les hommes résolus à rester fidèles aux idées, ; par lesquelles ils ont été guidés, aux méthodes qu’ils ont suivies, et dont, s’ils n’ont pas été victimes de la | plus dangereuse desillusions, il, :ont tenus de considérer la valeur comme propre, indépendamment des faits, des événements, et des individus à qui elles peuvent être appiiquées ? Comment doivent-ils se comporter vis-à-vis ï de ceux qui aujourd’hui manifestent en sens divers? | Précisons d’abord le sens et la portée de ces manifestations. Prenons d’abord ceux qui ont été et qui i restent des antidreyfusards, seul qualificatif suflisam- | ment précis pour désigner un amalgame dont les éléments sont si disparates. Selon leur tactique récente — elle ne remonte guère be qu’à l’exécution des décrets par Jules Ferry, et prouve la promptitude de l’Église à modifier ses traditions et à se | conformer aux systèmes qui paraissent a priori les plus : 6 contraires à son essence — les réactionnaires ont agi | révolutionnairement, quitte à se trouver une fois encore

en face des révolutionnaires qui s’étaient donné pour

4 mission, comme en certaines circonstances de l’affaire Dreyfus dans sa dernière phase, de défendre l’ordre. £ Ils sont descendus dans la rue, ont barricadé l’entrée w des établissements congréganistes, ont organisé des tumultes, ont tenu des réunions où la résistance aux lois était préconisée et Sont entrés en conflit avec la police. En un mot, ils ont réalisé une série d’actes que nous - avons été habitués à louer, quand ils étaient accomplis par des démocrates, au nom de la République et du Pourquoi ne saurions-nous donc approuver les violents défenseurs des congrégations? Parce qu’en réalité ils à n’ont pas qualité pour agir ainsi; parce qu’ils ne se sont nullement levés pour défendre la liberté. Le mot qu’ils inscrivent sur leur drapeau, ils ne peuvent s’en servir À sans hypocrisie et sans mensonge, ils ne défendent pas H les droits de l’Église, c’est-à-dire les droits des individus * qui en font partie, ils défendent les privilèges de l’Église, £ privilèges indépendants de ses membres. A ces hommes FA qui aujourd’hui nous parlent de justice et clament sur & È les places et les voies publiques : Vive la liberté! nous ê devons dire : Ce cri vous est défendu; nous pouvons, nous, parler au nom de la liberté, vous non. Où étiezvous, où était votre protestation quand les bandes anti- Ÿ sémites, à Alger, urinaient sur le ventre des femmes È enceintes, saccageaient les quartiers ouvriers israélites et assommaient les habitants à coups de matraque; Le quand, selon le mot de {a Croix : « le Christ régnait à Alger ». Où était-elle quand on démolissait la synagogue 4 à de Mostaganem, quand on déchirait les rouleaux de la loi, quand on faisait de leurs fragments des trophées antijuifs. Avez-vous protesté quand sous vos yeux, 4 . à Paris, en province, les Juifs étaient insultés dans

UN _ les rues, quand leurs maisons étaient assaillies et F5

_ criblées de pierres, leurs synagogues envahies? Que fai- R siez-vous encore quand nous luttions pour la justice, quand nous souffrions pour la vérité? Mais c’était contre L

| FPiniquité, contre le mensonge, contre le faux, que nous combattions et le faux, le mensonge, l’iniquité, c’était . _ vous-mêmes. Voilà où vous étiez et voilà pourquoiil vous de est interdit de vous poser en défenseurs de la liberté. Ily À a cinq ans, j’écrivais à M. de Mun pour lui dire qu’un

Le innocent était au bagne et qu’on l’y maintenait parce

Ë qu’il était juif, et M. de Mun me répondait qu’il ne pou- vait même pas accepter une conversation sur le cas du à s capitaine Dreyfus. Il est resté sur ce point logique avec .

f: * lui-même; les troupes qu’il commande ont encore pour Ë

4 mot d’ordre le cri de mort aux juifs, et son allié Coppée,

aux applaudissements de tout un auditoire préalable- f

4 ment préparé par le signe de la croix, ne sait demander s l’égalité pour les sœurs qu’on expulse, sans justifier ?

; la condamnation de celui qu’il ose appeler Judas, alors a a qu’il devrait l’appeler Jésus si des comparaisons évangéliques lui semblent indispensables.

à Si donc nous croyons ne pas devoir approuver les actes

| du gouvernement, nous ne pouvons le faire qu’en disant

} nettement notre opinion sur ceux qui sont ses adver- s ” saires brutaux, qui ont été, qui sont encore, qui seront

L toujours nos ennemis. Que penser alors de ces hommes, _ tel M. Barth, par exemple, protestant et membre de

…_ l’Institut, quise joignent à des protestataires dont le mot à d’ordre est : « Vive la liberté, mort aux Francs-Maçons,

‘4 mort aux Huguenots, mort aux Juifs! », et ne com- à prennent pas que si leur conscience leur commande de

4 ne pas s’associer par le silence à ce qu’ils tiennent pour

une -iniquité, elle leur enjoint plus impérieusement ‘4 encore de se séparer de ceux qui sont les représentants de toutes les iniquités. Il aurait été bon même que L: Gabriel Monod, que Michel Bréal, en tendant la main à & ceux des catholiques qui ont conservé, peut-être plus À chèrement et plus douloureusement que quiconque, le droit d’élever la voix au nom des principes de 1789, ‘4 dont, disent-ils, « ils n’ont cessé de réclamer l’application loyale, soit qu’il s’agît d’un juif illégalement et F injustement condamné pour le crime d’un autre, soit qu’il s’agît de pères de famille empêchés, comme au temps de la révocation de l’édit de Nantes, de donner à E leurs enfants l’éducation de leur choix, soit, enfin, qu’il D: s’agit de religieux privés des droits que garantit à tous D: les Français la déclaration des droits de l’homme et du Es citoyen, statut fondamental de la société moderne »; (1) il aurait été bon que Michel Bréal et Gabriel Monod M dissent pourquoi ils marchaïent avec Paul Viollet et ses amis et pourquoi il leur était impossible de s’entendre À avec M. de Mun; toutefois, et cette réserve faite, ils . sont restés d’accord avec eux-mêmes, et conséquents : È

  • avec les principes qu’ils ont toujours affirmés. Si Nous ne saurions en dire autant soit des radicaux, soit des radicaux-socialistes, soit des socialistes, à la ; seule exception de M. René Goblet. Mais nous pouvons À ne pas considérer l’opinion de ce dernier comme … k valable, car il a pu s’accommoder facilement de tous les attentats contre un citoyen et contre des citoyens, M commis au cours de l’affaire Dreyfus. Quand, en 1897 % encore, je lui ai demandé s’il admettait qu’on aït con- (1) Appel du Comité catholique pour la défense du droit (21 juillet).

damné un homme suivant la pure coutume inquisitoriale et sur des pièces secrètes, il m’a répondu que | ces choses regardaient les avocats. Bien plus, il s’est servi en 1898 de ma correspondance pour démontrer, en É m’en faisant un crime, que j’avais cherché à créer « un syndicat moral », apportant ainsi des armes aux nationalistes, incapables de comprendre, tout comme LR M: Goblet, qu’il m’était permis d’en appeler à la | conscience de chacun et de l’inviter à venir avec moi défendre la liberté de tous dans la liberté d’un seul. Revenons à l’attitude du parti républicain. Comment a-t-il accueïlli la circulaire Combes et les manifestations des défenseurs des congrégations? Il a absolument | approuvé l’une, violemment réprouvé l’autre. Il est à son tour descendu dans la rue et ila soutenu l’ordre ministériel, aux cris de : « Vive Lépine », comme d’autres | jadis soutenaient l’État-Major en criant : « Vive la police ». Au nom de quoi a-t-il applaudi aux mesures du gouvernement ? Quelles raisons a-t-il données ? Jusqu’à présent, aucune raison juridique, et c’est facilement compréhensible, puisque actuellement les raisons juridiques sont de l’autre côté. Seul, (1) M. Buisson a mis en avant, pour soutenir les actes du cabinet, un argument tiré de la législation, encore faut-il voir ce qu’il (1) Depuis que cette lettre a été écrite, Pressensé a publié dans l’Européen du 9 août un article où il cherche à justifier juridique- = ment le Cabinet, mais il n’étudie pas le seul point important, celui de savoir s’il était légal, et admissible pour nous, d’appliquer } rétroactivement la loi du premier juillet 1901 et l’avis du Conseil d’Etat du 23 janvier 1902. Sa justification ne peut nous convaincre, car elle ne tend rien moins qu’à reconnaître au pouvoir exécutif ‘ le droit d’interpréter les lois, alors qu’il doit simplement veiller à 1 leur exécution. Les gouvernements absolus interprètent toujours | les lois, aux lieu et place des tribunaux. vaut. « M. Combes, dit-il, est parti d’une conception de la loi de 1901 qui, je crois, est la seule raisonnable. Cette loi ne doit pas être prise en soi comme un acte isolé, nouveau, indépendant du passé. Elle est au contraire le point d’aboutissement de toutenotre histoire. Elle reproduit avec une très grande modération, avec encore de notables atténuations dans le détail, notre doctrine traditionnelle en matière de communautés religieuses. Le à droit des congrégations, ajoute-t-il, est fixé depuis un F siècle. Pour les congrégations d’hommes, en vertu des lois de 1790 et de 1792, qui n’ont jamais été abrogées, elles sont et demeurent abolies et supprimées. Aucune congrégation ne peut être établie ou rétablie en France à que par une loi. Et cette loi il ne s’est trouvé personne k. jusqu’ici pour la proposer, même sous la Restauration. - Premier fait à retenir. ‘4

« Quant aux congrégations de femmes, la loi de 1825, à qui en a reconstitué un certain nombre, ne l’a fait qu’à K la condition expresse que pour chacun de leurs établissements nouveaux, les congrégations seraient tenues E de demander l’autorisation, conséquence toute naturelle du privilège, mais du privilège limité que l’État pl leur conférait. » (1) Toute loi, peut-on répondre à M. Buisson, est le point d’aboutissement d’une évolution juridique, mais précisément parce qu’elle est une fin, elle doit être juridi- È quement prise « en soi comme un acte isolé, nouveau »; dans son application on ne doit pas tenir compte des chaînons qui la rattachent au passé, mais de ce qu’elle (1) L’Aurore du 7 août. L

ne contient en ses termes. De plus, si, en l’espèce, la loi sur les associations « reproduit avec une très grande ._ modération, avec même de notables atténuations dans É le détail », la doctrine traditionnelle de la République | et de ia Monarchie, « en matière de communautés religieuses », cela prouve que l’esprit de la loi est d’atténuer, … de modérer les conséquences de cette doctrine traditionÉ nelle. Il ne sagit pas de savoir si la loi a raison de se | présenter ainsi, il s’agit de savoir si on l’a conçue de

_ cette façon. Et comme M. Buisson la reconnaît telle, en 24 vertu de quoi exige-t-il qu’on l’applique avec une ri- … gueur qui en dépasse la formule? ; J Mais M. Buisson précise sa pensée et quittant le ter- … rain de la spéculation, il invoque la législation elle- EAU ; même. Les congrégations d’hommes sont abolies et 4 supprimées en vertu des lois de 1790 et de 1793 qui È ont pas été abrogées ; « elles ne peuvent être établies

; ou rétablies en France que par une loi », etjusqu’ici per- | sonne n’a proposé cette loi. Cependant les Sulpiciens, ï les Missions étrangères, les Pères du Saint-Esprit, les à ‘ Lazaristes, et les Frères des Écoles chrétiennes sont . autorisés, et si ce que dit M. Buisson est exact, ne ; peuvent l’avoir été que par une loi. Bien plus, le décret du 17 mars 1808, portant organisation de l’Université, L incorpore les Frères des Écoles chrétiennes à l’Université. De plus, la société laïque a, en fait, et depuis je: longtemps, reconnu — judicieusement ou non — l’exis- s L tence des congrégations, elle les a acceptées, elle a À 4 reconnu la validité de leurs contrats avec toutes les

  • conséquences civiles ou commerciales qu’ils comportent, : elle les a même soumises à payer les droits d’accroisL sement. Enfin, il n’est pas permis de dire que personne $ 4 221

n’a proposé une loi permettant de rétablir ou d’établir les congrégations, puisque la loi du premier juillet 1907 L. détermine les conditions dans lesquelles les congréga- ‘4 tions religieuses peuvent exister, et que si l’actuelle chambre anticléricale est déterminée à refuser l’auto- “4 risation aux réguliers, une chambre progressiste pourra n. tout aussi légitimement l’accorder. La raison donnée pour justifier les mesures prises L vis-à-vis des congrégations de femmes paraît d’abord plus forte, si vraiment la loi de 1825 exige que l’autorisation soit demandée pour chaque établissement créé. Mais alors, pourquoi, puisque depuis des années on avait laissé des établissements s’établir sans autorisa- : M & tion, pourquoi dans la discussion de la loi de 1901, dans les arrêtés pris, dans les circulaires envoyées, ne pas R rappeler le dispositif de la loi de 1825 et ne pas mettre en demeure les religieuses de s’y conformer, en les avisant que la tolérance en vertu de laquelle elles avaient pu développer leurs fondations ne pouvaitles dispenser de se mettre en règle avec la loi ancienne comme avec la loi nouvelle. Tout ce que M. Buisson, par son argumentation, me paraît avoir le plus solidement établi, c’est que le gou- à . vernement n’avait nullement besoin de légiférer contre, ou au sujet des congrégations, puisqu’il avait des lois ‘à précises et non abrogées, et que, s’il a légiféré, ce ne peut être qu’en faveur des congrégations, en leur don nant des facilités et des possibilités d’existence qu’elles n’avaient pas avant. Je ne justifie pas cette tendance, je n la constate. D | Voici donc exposé et discuté le point de vue juridique | des républicains ou plutôt de celui d’entre eux quia M

  • cru devoir se placer sur ce terrain. Qu’ont fait les autres pour approuver la circulaire Combes et en ï appuyer l’exécution ? Ils ont invoqué l’intérêt supérieur | paralyser les forces redoutables de l’Église, et cela même par la contrainte. Mais c’est aussi en vertu de ; l’intérêt supérieur de la patrie qu’on justifiait les illégalités du conseil de guerre, c’est en faveur de ce même intérêt qu’on approuvait le faux Henry. C’est en vertu de l’intérêt supérieur de la société qu’on promulguait, en 1894, cette abominable loi sur les associations de malfaiteurs, contre laquelle ni les Cochin, ni les de ë Mun, ni les Jules Roche, ni tant d’autres, n’ont protesté, | et qui permet de disposer arbitrairement de la liberté | et de la vie des citoyens suspects, à divers titres, à des 4 gouvernements différents. Il n’est pas possible qu’on veuille aujourd’hui nous faire admettre que l’intérêt de | Ja démocratie, mieux encore celui de la pensée moderne, doive être fatalement lié à l’illégalité et à la con- | trainte, et que pour lutter contre les forces de mensonge | ilest nécessaire d’emprunter à ceux contre qui nous N menons le séculaire combat de la raison, toutes les F armes dont ils se servent, depuis un compelle intrare appliqué à la laïque, jusqu’à un nouveau syllabus pro- | clamé par l’État. Je ne puis pas davantage accepter que | Jaurès appelle « légistes ahuris » ceux qui, dans la “ plénitude de leurs droits de citoyens, contestent le 4 mode d’interprétation et d’application d’une loi, que d nous contesterons peut-être demain, quand un gouvernement rétrograde, antisocialiste ou militariste, voudra J ou aux sociétés pacifiques, l’article 12 de la loi sur le

contrat d’association. (1) Nous aussi on nous a accusés d’être des légistes, sinon ahuris, du moins retors, on nous a reproché de nous « réfugier dans le maquis de

; la procédure », on nous a insultés parce que nous ne voulions pas reconnaître — et nous ne l’avons jamais reconnu — que la nécessité de défendre l’armée et la France permettait le croc en jambe à la loi. Quand Jaurès se présente devant nous pour soutenir une œuvre qu’il approuve, à laquelle il veut collaborer, il doit, parce qu’il est Jaurès, parce qu’il a été notre compagnon dans une bataille qui n’est pas finie, nous donner À d’autres raisons que des raisons théologiques. Or c’est une raison théologique que de nous dire : « Il y a des crimes politiques et sociaux qui se payent, et le grand crime collectif commis par l’Église contre la vérité, F contre l’humanité, contre le droit et contre la République, va enfin recevoir son juste salaire. Ce n’est pas à en vain qu’elle a révolté les consciences par sa com- ‘ plicité avec le faux, le parjure et le trahison. Ce n’est pas en vain qu’elle a révolté les intelligences par ä sa complicité avec la sottise la plus bestiale ». Que les crimes politiques, sociaux ou moraux, reçoivent un châtiment, c’est là le dogme judéo-chrétien des $

, récompenses et des peines. Qu’il soit formulé par un des nôtres ou par l’Église, sa valeur n’en est pas plus grande, et nous ne devons pas davantage l’accepter. D’ailleurs, il faut le dire, si ces crimes et ces attentats ”

se payaient, les congrégations ne seraient pas seules à A

en mériter le prix. L’Église, au cours du drame où () L’article 12 permet de dissoudre les associations composées en majeure partie d’étrangers si elles menacent la sûreté intérieure à ou extérieure de l’État (!). Ÿ

« Jaurès à joué si noblement sa partie, l’Église n’a pas Fa 1e “été la seule coupable. Si elle a pu violer le droit, elle ne À 4 … la pu qu’avec la complicité de tous les pouvoirs, du Li pouvoir exécutif, du pouvoir législatif, du pouvoir judi- ciaire, du formidable pouvoir de l’opinion. Sans ces . * auxiliaires elle eût été impuissante. Or, c’est presque / 4 … tout un parlement qui approuvait Méline disant : « Il

  • _ ny a pas d’affaire Dreyfus », c’est le parti radical et 4 radical-socialiste, presque tout entier, à l’exception de je: quelques-uns, comme Clemenceau, comme Ranc, qui _ marchait derrière l’État-Major. Que Jaurès se rap-
  • pelle, plus que personne il doit se rappeler. Est-ce “ ‘seulement La Libre Parole, l’Autorité, l’Éclair, qui nous combattaient et nous insultaient ? N’avions-nous À _ pas contre nous /a Lanterne avec Millerand, la Dépéche à avec Pelletan, et cela au lendemain même du jour où Cavaignac étalait à la tribune et aflichait sur toutes 1 les murailles de France les faux du colonel Henry. À M. Bourgeois ne fraternisait-il pas avec M. Millevoye, ; et M. Vervoort, l’homme du Jour, n’était-il pas son | candidat ? Si le parti radical n’a pas à se reprocher

É ‘une complicité avec « le faux, le parjure et la trahi- …. son », il peut revendiquer sa complicité « avec la | sottise la plus épaisse et la plus bestiale ». Si l’une paye en ce moment cela, quand l’autre devra-t-il payer e ». ceci? Jene demanderai jamais qu’il le paye en subissant ” la violence et l’illégalité. D’ailleurs, si cela ne nous Von …_ révoltait de juger d’après un tel catéchisme, qui dans

” cepays échapperait au règlement de la responsabilité be qu’il a encourue en étant plus ou moins l’auxiliaire du

  • crime par la lâcheté, par la peur, par l’ignorance, quand

J ce n’était pas en se servant volontairement des armes

que les criminels avaient préparées. Et si, revenant aux 4 4h partis avancés, je voulais remonter plus haut, je leu … rappellerais encore qu’ils ont applaudi à la formation de l’antisémitisme, qu’ils ont osé même voir en Jui l’avant.

_ garde de la révolution, qu’ils ont approuvé ses mani: Qt festations primitives, qu’ils n’ont pas protesté contre (it ses premiers excès, qu’ils ont salué comme un allié l’homme qui écrivait cette France juive dont le Père “3

; du Lac corrigeait les épreuves après en avoir fourni M

tous les matériaux. « 4 À

Il vaut donc mieux ne pas soulever le problème des responsabilités, puisque aussi bien nous ne devons pas D

admetire qu’il soit soulevé en s’appuyant sur le principe religieux de la répercussion pénale. 2:

| Il ne faut pas recevoir des justifications semblables, %

même et surtout quand elles sont données par Jaurès, He car, au-dessous, d’autres sont prêts à les interpréter Fa dans un sens pire, à en tirer des conséquences redou- +4

tables pour la liberté. Nous voyons aujourd’hui des journaux anticléricaux reprocher aux défenseurs des 4 %

congrégations d’aller chercher l’appui de l’opinion À

étrangère : c’était à nous qu’on le reprochaït hier. ‘à

D’autres demandent au gouvernement d’emprisonner les récalcitrants, ceux qui sont en révolte contre la loi: il y a quelques années on lui demandait de déporter % sans jugement ceux qui pouvaient être soupçonnés d’anarchisme ; il y a quelques jours à peine on nous menaçait de l’Ile du Diable si nous ne nous inclinions pas devant la toute-puissance de la juridiction militaire. D’autres encore adjurent leurs amis de s’opposer aux manifestations d’éloquence des avocats des sœurs: l’écho n’est pas mort encore de leurs protestations 1 e

; contre les décerveleurs qui menaçaient en nous la 4 liberté de la parole. Si nous n’y prenons garde, demain : on nous mettra en demeure d’applaudir le gendarme ; français qui prendra l’enfant par le bras pour l’obliger

  • entrer dans l’école laïque, tandis que nous devrons | réprouver le gendarme prussien contraignant l’écolier à polonais de Wreschen. : Que conclure, car il faut conclure. A quoi nous rattacher puisque ceux qui invoquent le droit ne sont pas qualifiés pour le représenter, puisque ceux dont le — devoir serait de parler en son nom se taisent ou ne . parlent qu’au nom de la force mise au service de l’État? , IL faut plus que jamais nous rattacher à la liberté. Nous ! avons le souci de libérer les esprits, de les ouvrir, de | les éclairer, nous avons le devoir de combattre ce que nous croyons fermement être des doctrines d’erreur. Nous ne venons pas défendre l’Église, au contraire, : nous venons la combattre puisque, encore une fois, nous parlons pour la justice et pour la liberté. Mais c’est pour cela qu’il nous est impossible d’approuver, comme on nous y invite, les mesures actuelles, même si on prétend nous les présenter comme une préface à lexécution d’une loi future sur l’enseignement. Cela ne peut être, d’ailleurs, puisque seules quelques congrégations de femmes sont atteintes, puisque les frères des Écoles Chrétiennes restent attachés à l’Université, puisque enfin, selon les paroles mêmes de M. Waldeck- | Rousseau, promoteur de la loi sur les associations, la … Question scolaire « est réglée non par la loi générale sur les associations que nous faisons en ce moment mais par les lois sur l’enseignement. « Quant au droit d’ouvrir des écoles primaires, la

Chambre sait à merveille qu’il est réglé par une loi spéciale. S’il s’agit d’enseignement supérieur, ilfaut une autorisation; s’il s’agit de l’enseignement primaire, il suffit d’une simple déclaration. L’école est « alors placée sous le contrôle et l’inspection de FÉtat, mais l’autorisation d’ouvrir une école primaire ne peut ! être réglementée que par la législation spéciale à laquelle je viens de me référer. « J’ai été appelé par là même à anticiper sur une déclaration qui viendra plus utilement quand nous discuterons le deuxième paragraphe de l’article 13. J’établirai alors que les dispositions proposées n’ont absolument rien à voir avec la législation sur l’enseignement et, jusqu’à ce que celle-ci ait été modifiée, il est bien entendu qu’elle garde toute sa force et que la doi actuelle n’y touche même pas. » (1) Que demain on nous propose les moyens de résoudre la question de l’enseignement et nous les discuterons. Dès aujourd’hui on peut dire que le monopole universitaire n’en est pas la solution. Nous nous refuserons aussi bien à accepter les dogmes formulés par l’État enseignant, que les dogmes formulés par l’Église. Nous n’avons pas plus confiance en l’Université qu’en la Congrégation. Au cours de ces dernières années, car il faut toujours y revenir, nos ennemis les plus ardents ne sont pas sortis des chapelles, ils sont sortis des lycées et des facultés. Ce n’étaient pas les élèves de la rue de Madrid, de la rue des Postes ou du collège Stanislas, qui NK seuls venaient manifester contre nous : ils fraternisaient avec les pupilles de Condorcet, de Janson de Sailly, etc,

etles membres du Cercle catholique, élevés danslesin. ds. 4 stitutions congréganistes, marchaient avec les membres à de l’Association générale des étudiants, éduqués dans ae À

les établissements laïques. Ce sont des universitaires

‘4 qui ont fondé la Ligue de la Patrie française, et com- L

bien de leurs collègues les ont suivis! Que sont Le Ya maître, et Faguet, et Gebhart, et Marcel Dubois et tant CR 4 d’autres, sinon des universitaires. En qui donc aurons- “Al

_ nous confiance ? En ceux que saura former la liberté, ET

ï: car nous avons foi en elle, et nous avons foi en la rai- : son. Nous n’avons pas à adopter la doctrine protec-

—_ tionniste des antisémites, celle qui dit: pour vaincre ENT 24 notre adversaire il nous faut le lier : attachons le Juif et 14 nous l’abattrons facilement. Ne sommes-nous capables LE ‘4 Mais alors quelle liberté d’enseignement demandonsà nous? La liberté absolue, la liberté pour tous, y com- i ee “1 pris pour la raison, car aujourd’hui c’est elle qui est : 2% ï bâillonnée. Le jour où on aura fait la séparation de ME. » l’Église et de l’État, que le prêtre parle à l’enfant, LE

1 qu’importe, puisque aussi bien, si on ferme son école, ‘à 4 il lui enseignera le catéchisme, et il lui parlera par la . i bouche des laïques qu’il aura formés et qui, légion, J pensent comme lui. Que l’on prépare l’esprit de l’édu- pe C1 cateur, par une discipline, une méthode et une éduca-

{4 tion autre que celles d’aujourd’hui, et qu’on laisse fs “ cet éducateur parler librement à l’élève. Pour cela, je qu’on abolisse le privilège de l’Église — car notre At , à conception de la liberté ne doit pas admettre de privi- Nr ÿ lèges — celui que lui confère le principe hypocrite et de à funeste de la neutralité scolaire. Au lieu d’enlever la Mr.

liberté aux autres, donnez-la-nous. Aujourd’hui, le s maître laïque est enchaîné. Alors que la congrégation peut et doit même traiter devant ses disciples, et suivant sa dogmatique, toutes les questions, l’instituteur et le professeur trouvent devant eux une région interdite, il est pour eux des sujets tabous. Si demain cette zone est maintenue, à quoi nous servira le monopole ? A faire consacrer par l’État l’éducation reli- . gieuse, puisque l’Université, le voulût-elle, ne devra pas ; donner le contre-poison, et l’on aboutit à cette contradiction absurde, qu’il sera licite, recommandé, louable ! d’attaquer le cléricalisme, mais interdit de critiquer ce qui est son support, ce qui le conditionne, c’est-àdire la religion même, qu’on défendra d’étudier dans | son origine, dans son évolution, dans son histoire, comme toute autre manifestation, ou toute autre maladie de l’esprit humain. Si demain, au contraire, vous ne mettez plus d’entraves à la raison, si vous supprimez la neutralité scolaire, le monopole est inutile, c’est nous qui vaincrons. Mais, dira-t-on, si vous faites ainsi, vous verrez diminuer dans une proportion inquiétante le nombre de vos écoliers. Que cela ne nous préoccupe point : il vaut mieux former cent intelligences libérées, que des milliers d”intelligences amorphes et esclaves. Et puis on oublie l’immense réserve, celle du peuple, celle que draine l’Église. Eh bien, la bourgeoisie anticléricale peut enlever au prêtre un de ses leviers les plus } puissants, un de ses plus sûrs moyens de séduction. Pour cela, qu’elle ne contraigne plus le prolétariat à recevoir une assistance qu’elle est incapable de lui donner, ; qu’elle ne laisse pas l’Église l’attirer par la charité, le À retenir dans ses écoles par le secours et par l’aumône.

‘#4 Et nous en revenons ici à dire, ce que le parti sociaÉ liste semble aujourd’hui oublier, que la question du - (à } cléricalisme ne saurait être résolue en dehors et indé- “ pendamment de la question sociale; qu’on ne peut 1 enfin libérer de la servitude religieuse ceux qui vivent e\ dans la servitude patronale. Mais que le monopole de F Ve l’éducation soit la condition et même le prélude de la 4 révolution ou de la transformation sociale, nous devons . je crois le nier. ne he, Il ne nous faut exiger qu’une chose, je le répète en- ‘1 core : toute liberté pour la raison. Cependant, si nous Re. avions si peu de foi en elle que nous dussions faire appel LA à la contrainte pour la faire triompher, nous serions

. peu dignes de la servir, et nous serions vaincus. Car la Ne À raison est malhabile à employer la force, et le droit #4 sait parfois s’en servir pour se défendre, jamais pour

4 Tout ce que je vous ai écrit là, mon cher Péguy, vau4 drait d’être développé, je n’ai voulu qu’indiquer rapi1 dement toutes les questions soulevées ; peut-être les $ reprendrai-je en détail plus tard. É Bien votre

Quand je demandai à Bernard Lazare la consultation que l’on vient de lire, on pouvait prévoir que le débat . serait moralement grave; on pouvait espérer qu’il ne ; s’accentuerait pas dans le sens où il se dessinait; la à plupart des anciens dreyfusistes se taisaient; le grand orateur continuait de se taire. : Ls ont malheureusement parlé depuis. Fe Se taire n’était pas dreyfusiste, et tout ce qui n’est pas dreyfusiste est antidreyfusiste; mais dire ce qu’ils ont dit est formellement antidreyfusiste. Complétons d’abord le bref dossier des manifesta- - M. Yves Guyot, que nous sommes heureux de ne pas compter parmi les dreyfusistes, ayant commenté la lettre de M. Monod, celui-ci répondit par la lettre sui- EE vante, publiée dans Le Siècle du samedi 2 août : Vous donnez à ma lettre une portée qui la dépasse. Je ne È bläme pas le gouvernement d’appliquer la loi du premier juil- ? let 1901; il doit l’appliquer, mais je demande qu’il applique -4 avec des scrupules extrêmes de légalité et même avec des M ménagements qui ne permettent à personne d’arguer de sa De 508 bonne foi en résistant à la loi. * “4 | En outre, j’ajoute que je voudrais, d’une part, mettre des a. ….… l’autre, ne créer aucun régime d’exception pour les asso- LES — ciations. Ce serait, je crois, facile avec la séparation de LES ue TÉglise et de l’État. Toutes les associations jouissant d’un “4 M: régime identique de liberté réglé par la loi, c’est là ce que 3 j’ai appelé : liberté absolue d’association. TES “ Veuillez publier cette lettre et me croire tout à vous. pe

Ds. Le Temps du jeudi 7; août publiait la communication

à M. Viollet, membre de l’Institut, président du « comité cathoi lique pour la défense du droit », dont on sait la protestation contre € 4 la circulaire et les décrets Combes, nous communique la lettre (as os suivante qu’il a reçue de M. Michel Bréal, membre de l’Académie 4 414 1 Vous me demandez pourquoi je ne me suis pas joint à la protestation de Gabriel Monod et à la vôtre en faveur y _… dela liberté de l’enseignement. Je pensais qu’ayant déjà Rs _. protesté récemment, je faisais bien de ne pastrop souvent … occuper le public de ma personne. MQAgE +” Mais vous savez que mes sentiments sont pareils aux 1 VE 11 vôtres. La liberté de l’enseignement étant garantie par la E : … Constitution, l’on ne peut que déplorer des mesures qui # sont la violation de cette liberté. J’ajoute que, politiqueFE ment, elles constituent une erreur et une faute, car le tre ne parti qu’on veut frapper en sera certainement fortifié. sr 18 Recevez, mon cher confrère, l’assurance de mes senti- & E— Les manifestations antidreyfusistes sont beaucoup a 4 #. plus nombreuses; nous ne pouvons citer que les plus PL.

: Jaurès parlait enfin; et il commençait par la conclusion. Bernard Lazare a cité son article. J’en reproduis toute la dernière moitié : À Ici encore, une expérience prochaine démontrera à ces légistes ahuris, devenus des paladins ridicules, qu’ils ont à fait un faux calcul. En résistant à la loi dans sa disposition £ la moins critiquable, et en refusant de demander cette autorisation qui a été considérée sous tous les régimes comme une clause d’ordre public, les congrégations ont j bràlé leur poudre. Elles ont épuisé et dépensé en pure perte les petites provisions d’indignation cléricale qui Mais surtout, la majorité républicaine se dira que toute

  • concession faite par elle sera interprétée par les chefs de la résistance comme l’effet des émeutes cléricales. Si le parti É. républicain accordait aux congrégations les autorisations, tous les prédicants de la nouvelle croisade se vanteraient d’avoir fait peur aux républicains, de les avoir obligés à reculer. Et dès lors, c’en serait fait de tout espoir d”émanciÎ pation pour la société civile. Si l’effort tenté depuis trois ans pour refouler la servitude congréganiste, pour rouvrir à l’esprit laïque les voies trop longtemps fermées, se brisait ou paraissait se briser contre les manifestations fanfaronnes et débiles des cercles catholiques et des dames de l’aristocratie, l’Église aurait le sentiment qu’elle est toute- d puissante, qu’elle n’a plus rien à craindre, qu’elle peut braver impunément tout pouvoir civil et toute loi. La majorité républicaine ne s’exposera pas certainement k à un pareil désastre. Ceux qui croiraient par leur faiblesse, À par des concessions de détail, qui, accumulées, supprime- ‘ raient la loi, désarmer la haïne des cléricaux, se trompe- n raient étrangement. L’Église profite de ces faiblesses, mais L elle n’en sait aucun gré. Ceux qui, ayant voté la loieten ayant commencé l’application, reculeraient ou s’arrèteraient avant l’application complète, seraient peut-être cajolés un moment, à la minute précise où l’on aurait besoin

‘4 de leur capitulation, mais ils ne tarderaient pas à retrou-

  • ver devant eux des haines implacables. A quoi ont servi …._ à quelques républicains leurs complaisances envers le É. nationalisme ? Ils ont été aussi combattus, aussi insultés 4 que ceux qui n’avaient jamais failli, et ils ne pouvaient (l opposer à l’ennemi la même autorité morale. Il en serait de #4 même de ceux qui laisseraient perdre l’occasion incompaÀ rable qui s’offre maintenant à la République de déraciner , des institutions de servitude. : 30 La congrégation est contraire à tous les principes du . droit moderne, et quand la société civile lui permet d’enie seigner, ce n’est pas l’exercice, c’est le suicide de la liberté. Le. Rendre à la nation l’enseignement de la nation est le preÉ. mier devoir de la République, et les mensonges, les faux, 4 les crimes, les tentatives de coup d’État, les complots aceuû mulés depuis quatre ans par la réaction cléricale ont si “#4 fortement ému la conscience publique et l’esprit républiÉ cain, que les œuvres congréganistes, protégées naguère . par la complicité indolente ou raffinée d’un faux libéra4 lisme, sont maintenant à découvert. L’arbre est mordu à la 4 racine, et il dépend de nous de l’arracher.

Il y a des crimes politiques et sociaux qui se payent, et

1 le grand crime collectif commis par l’Église contre la vé- “4 rité, contre l’humanité, contre le droit et contre la Répu3 blique, va recevoir enfin son juste salaire. Ce n’est pas en 4 vain qu’elle a révolté les intelligences par sa complicité x. avec la sottise la plus épaisse et la plus bestiale. À IL dépend de nous, dans la période vraiment grande où Ré nous allons entrer, d’achever dans l’ordre intellectuel V2 l’œuvre de la Révolution française, en fondant définitive4 ment l’enseignement de la raison et de la liberté. Il n’y a

  • à là aucune violence contre aucune croyance : c’est au con4 traire la libération de toutes les consciences et de tous les » esprits appelés à se diriger eux-mêmes. 14 Ceux qui se déroberaient à cette grande tâche, ceux qui M, gaspilleraient le trésor de généreuses indignations et de généreuses espérances qui s’est amassé depuis quatre ans 4 . dans les esprits, ceux qui feraient avorter le mouvement À d’émancipation commencé à peine, ceux-là condamneraient la France républicaine et la pensée humaine à une rechute désespérée dans les ténèbres. Le chemin est libre et large devant nous. Il n’y aura de péril que pour ceux qui ne marcheraient pas. Mais je suis sûr que dès la rentrée, la majorité républicaine, plus , unie et plus résolue que jamais, portera à la servitude congréganiste des coups décisifs. -4 Bernard Lazare a déjà répondu à plusieurs des allégations contenues dans cet article. Je montrerai dans un des premiers cahiers de la quatrième série que ce langage de Jaurès n’est pas le langage de la raison; qu’il . n’est pas le langage de la justice ; qu’il n’est pas même le È langage du droit. Comment pouvez-vous, Jaurès, nommer vraiment grande la période racornie où nous sommes entrés ? A qui ferez-vous accroire que M. Combes : . est un grand homme d’État? Où était M. Combes, L: où étaient les radicaux de gouvernement, et les radi- | caux-socialistes de gouvernement, et les socialistes de gouvernement, et les socialistes d’anti-gouvernement, pendant que l’injustice triomphait ? Du côté du plus fort, comme toujours. Je ne reviens pas, après Lazare, sur votre singulière métaphysique religieuse de la justice immanente ou du talion politique automatique. . Mais qu’est-ce que d’achever dans l’ordre intellectuel k l’œuvre de la Révolution française. Alors vous faites semblant de croire, pour le peuple, que la Révolution française fut un bloc ? Vous négligez beaucoup l’ordre . social, pour un socialiste. Qu’est-ce que fonder défini- , tivement l’enseignement de la raison et de la liberté ? Quand Téry commit ce délicieux calembour de rempla- % cer la liberté de l’enseignement par l’enseignement de D la liberté, il n’y donna pas lui-même une importance Le excessive ; il est homme de talent ; il fabrique abon- a.

| damment le calembour, surtout le calembour littéraire. 24 Croyez bien qu’aujourd’hui, tout occupé à régenterla ne Ke 4 _ congrégation qu’il vient de fonder sur le sable des grèves, il n’y pense déjà plus. “ee Le: Il est pénible qu’un homme de votre âge, de votre “ _ culture, de votre autorité, de votre passé, un père de EL …_ famille, ramasse un calembour d’un jeune amuseuret % résiste, cela pouvait vous arriver; mais devenir téryste. EE ne Vous faites appel dans l’avant-dernier paragraphe et a 3 _ dans le dernier, dans les paragraphes péroratoires, à la M. ‘à peur. Vous serez écouté. On ne fait jamais en vain EE _ appel à la lâcheté parlementaire. Surtout quand la US NL k majorité est radicale et radicale-socialiste. Que votre … âme se calme. Vous serez écouté. Non les radicaux ne til ‘0 se déroberont pas à ces grandes tâches; non les radi- ‘à _ caux ne gaspilleront pas le trésor de généreuses indi- P _ gnations et de généreuses espérances qui s’est amassé (7e 3 0 depuis quatre ans dans ce que vous voulez bien nom- JR … mer leurs esprits ; non lesradicaux ne feront pas avorter KENIA à à le mouvement d’émancipation commencé à peine; non, ti À se par Barabbas, les radicaux ne condamneront pas, grand NU Dar Dieu, ne condamneront pas la France républicaine et ; À _ la pensée humaine à une rechute désespérée dans les (af …_ ténèbres. Les radicaux monteront désespérément à la lumière du pouvoir, au phare du gouvernement, aux étoiles des ministères, au soleil de la présidence. Soyons F DA romantique. Les radicaux s’accrocheront désespéré à Hi #2 ment aux lambeaux des faveurs gouvernementales, cs style Combes. Les radicaux se hisseront éperdument s d . toujours à côté du gendarme, Fd é ï ‘ _ Le chemin est libre et large devant eux. Il n’y aura à À lors, ils marcheront. Vous qui les connaissez bien, et E qui vous êtes fait leur colonel, vous concluez aussitôt : Je suis sûr que dès la rentrée, la majorité républicaine, plus unie et plus résolue que jamais, portera à la ser- Î vitude congréganiste des coups décisifs. Un scrupule me reste, Jaurès, et bien qu’il ne soitpas % du jeu parlementaire, vous m’entendez. Si vraiment il contraire si c’est la libération de toutes les consciences et de tous les esprits appelés à se diriger eux-mêmes, ! on recommence à demander pourquoi vous n’avez pas ! commencé par libérer ainsi les consciences qui vous sont les plus chères. Quand survint ce qu’on nomma D: grossièrement le cas Jaurès, vos ennemis, c’est-à-dire * lunanimité de vos ennemis politiques et l’immense 714 majorité de vos amis politiques, prétendirent que vous aviez laissé faire par faiblesse et par lâcheté. Je soutins au contraire que votre conduite était inspirée par ‘un sens vrai de la liberté, que la liberté familiale était pour vous le commencement indispensable de la liberté À politique et sociale. Je puis vous avouer, à présent que le débat est clos, et que vous êtes redevenu puis- É. sant, que la grande majorité de nos abonnés se prononça contre mon explication. Et pourtant le personnel M de nos abonnés n’a rien de sectaire. Presque tous ceux qui me répondirent me dirent ou m’écrivirent que je À vous faisais un crédit injustifié, que l’explication donnée è par vos ennemis était la bonne. Ici vous allez nous départager. Nous saurons dans quelques jours, et j’ai peur, hélas, de savoir depuis

‘M plusieurs semaines, si vous avez été libéral, ou si vous avez été faible, si vous avez laissé engager à faux les

_ quelques amis qui vous restaient. Si vous introduisez

— dans les familles de vos concitoyens ces interventions ‘4 sociales, que vous avez répudiées de votre famille, vous aurez démontré en effet que non seulement vous 4 ÿ avez été faible, mais que vous faites payer à vos conci- …. toyens, en force exercée de gouvernement, par un jeu h politique de talion centrifuge, votre faiblesse. i 4 Pendant que Lazare continuait à rédiger la consulta- #1 tion que l’on a lue, la démagogie prétendue républiWe: caine, socialiste, rationaliste, continuait à monter. 4 . Au moment où nous mettons sous presse, le concert % injurieux de la presse républicaine, socialiste, rationa- :$E liste, est devenu si assourdissant que nous ne pouvons “4 plus enregistrer; la Petite République est plus violente, …._ plus gouailleuse; /a Raison est plus ignominieuse —_ l’Aurore est plus aigre; M. Vaughan dénonce ; les 4 | journaux radicaux proprement dits sont presque plus 3 inintelligents encore ; et M. Doumer fait son jeu.

Nous continuerons autant que nous le pourrons ce

É. dossier au commencement de la quatrième série. 4 Aujourd’hui nous ferons mention des deux articles | ne cités par Bernard Lazare.

L’Aurore du samedi 9 août reproduisait la conclusion

4 de l’article publié par son collaborateur, Francis de 4 Pressensé, dans l’Européen de la semaine. L’ Européen

s’occupe beaucoup des discordes françaises, et dans un

certain sens, pour un certain parti. Je retiens cette “4 De vrais amis de la liberté ont cru se joindre à ces Tartufes libérâtres pour devoir protester. Apparemment ils À n’ont pas daigné étudier la question. S’ils l’avaient fait autrement que dans les réquisitoires cléricaux ou les - factums nationalistes, ils auraient vu qu’il n’y a pas plus lieu d’accuser M. Combes d’appliquer trop durement la loi Waldeck-Rousseau — à laquelle il obéit instinctivement — que de reprocher à cette loi de violer les principes. Tels sont les premiers effets des mœurs parlementaires ; quand M. Francis de Pressensé était un simple Ë citoyen, il combattait ses adversaires loyalement; son admiration publiquement manifestée pour un catho_lique éminent est restée célèbre ; aujourd’hui qu’il est député, il commence par déclarer que nous n’avons pas % | étudié la question ; ces exordes font bien à la tribune ; ils n’ont pas cours dans la république des lettres. L’article de M. Ferdinand Buisson, Le rôle de à du jeudi 7 août, presque trois colonnes en tête, com- E mence par cette phrase : Ë En quittant Paris pour quelques jours, .j’ai emporté les journaux qui contenaient votre lettre à M. Viollet. Et c’est à la montagne, dans la paix de la grande nature, que je la Be lis comme elle mérite d’être lue. Que n’êtes-vous ici pour en causer longuement à l’ombre des mélèzes ! Faute de mieux, À voulez-vous du moins me permettre de vous communiquer quelques-unes des réflexions que cette lecture m’a fait Quand on passe, comme je le fais, dix ou douze RE heures par jour à l’imprimerie ou dans cet étroit bureau

des cahiers, rien n’est rafraichissant comme de recevoir __ un message écrit à l’ombre des mélèzes. M. Paul Fi Guieysse aussi, pour nous inculper de trahison, par

  • insinuation, ce qui est plus grave, a besoin de se _ reposer dans la paix de la grande nature

T4 Lettre de M. Guieysse, député du Morbihan, Aurore _ du jeudi 14 août

4 S Éloigné de Paris et prenant quelque repos dans le midi… « Que le gouvernement trouve un élément de faiblesse Û …__ chez ceux-là mêmes qui devraient lui être un appui, cela . me semble inadmissible, presque ‘une trahison, et je ne

  • voudrais pas, même par mon silence, paraître m’y assoh 7. scier… …_. Je lis, quelques paragraphes plus loin, dans l’article de M. Buisson: _ Quelle était la situation des congrégations avant 1901? __ Qu’est-elle après ? Je n’ai pas ici, vous le pensez bien, les … textes qu’il faudrait citer pour faire une étude approfondie ES de la question. Sans entrer dans aucun détail, chacun sait . qu’il existe en France, depuis un siècle, deux régimes dif22 _ férents, suivant qu’il s’agit de congrégations d’hommes ou _ de femmes. Cette phrase nous dispense de publier l’article; quand _ M. Buisson travaillera sur les textes, quand il fera une Re étude approfondie de la question, nous publierons cette . étude. Une étude qui n’est pas approfondie n’est pas une étude. 70 Tels sontles premiers effets des mœurs parlementaires; __ quand M. Ferdinand Buisson était un simple citoyen, Lee Fe . quand il était un professeur, il n’eût pas au commence1& ere, CP 24 … . F FR _ mentd’une leçon ditàsesélèves : « Mes chers amis, j’ai fait $

hier dimanche un excellent tour à la campagne: il faisait beau ; c’est très bon pour ma santé ; j’avais laissé à la- . maison mes matériaux, textes et notes; je n’ai pu pré- . parer ma leçon; je vais vous la faire tout de même. » . Les mœurs parlementaires ontdes accommodements que , les mœurs professionnelles n’admettent pas; les députés ont des facilités que les gens de métier n’ont pas.

élections, nous avons enregistré avec plaisir que plusieurs hommes de valeur entraient cette fois à la .

Chambre ; était-ce au contraire l’endurcissement parlementaire qui commençait pour ces hommes ?

Puisque nous revenons aux premiers temps de l’af- $ faire, puisqu’il faut, comme alors, S’inscrire pour avoir sa part d’injures, nous devons déclarer dès ce jour que nous entendons n’endosser aucune responsabilité, à morale, politique, ou sociale, dans les agissements du È. présent ministère. ne

Les cahiers de Bernard Lazare, l’Oppression des Juifs dans l’Europe orientale, les Juifs en Roumanie, les à: Juifs en Russie, les Juifs en Galicie; le cahier dé Quillard, pour l’Arménie; ce cahier de Jean Deck; : et les cahiers analogues E sont faits pour mettre nos abonnés au fait des siluations K présentes et des événements récents; pour les tenir au L courant des événements éventuels, nous publierons des mêmes auteurs des courriers à mesure que les événements le demanderont. ; E

, 3 400

AP Cahiers de la quinzaine .