Almanach des cahiers pour l'an 1903
des Cahiers paraissant vingt fois par an 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée
} : Pour savoir ce que sont les Cahiers de la Quinzaine, 4 il suffit d’envoyer un mandat de trois francs cinquante 11000 à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, À | 8, rue de la Sorbonne, Paris. On recevra en spécimens : six cahiers de la deuxième et de la troisième série. sa Nous mettons ce cahier dans le commerce; nous le : ( ê vendons un franc M
almanach des cahiers
Le printemps commence le samedi 21 mars, à 7 heures 24% minutes du soir ;
l’été commence le lundi 22 juin, à 3 heures 14 minutes du soir ;
l’automne commence le jeudi 2% septembre, à 5 heures 53 minutes du matin: ;
l’hiver commence le mercredi 23 décembre, à minuit
Les jours croissent de 23 minutes SOLEIL | LUNE |
15 heures 23 minutes de nuit. lever |coucher| lever | coucher | / Premier quartier le 6, à 10 heures 6 minutes du soir. | se Pleine lune le 13, à 2 heures 26 minutes du soir. | ” ) Dernier quartier le 20, à 11 heures 58 minutes du matin.
l Nouvelle lune le 28,:à 4 heures 48 minutes du soir.
Érrae 55 minutes de nuit | lever |coucher| lever |coucher
/ Premier quartier le 5, à 10 heures 22 minutes du matin.
Ë \ Pleine lune le 12, à 1 heure 7 minutes du matin.
LUNE | Dernier quartier le 19, à 6 heures 32 minutes du matin.
Nouvelle lune Je 27, à 10 heures 29 minutes du matin.
6 3
12 heures 16 minutes de nuit. lever |coucher| lever | coucher { Premier quartier le 6, à 7 heures 23 minutes du soir. | È \ Pleine lune le 13, à 0 heure 22 minutes du soir. Li ms Dernier quartier le 21, à 2 heures 17 minutes du matin. | | Nouvelle lune le 29, à 1 heure 35 minutes du matin.
Le 15, 13 heures 35 minutes de jour, 10 heures 25 minutes de nuit. lever |coucher | lever coucher | / Premier quartier le 5, à 2 heures 1 minute du matin. Le \ Pleine lune le 12, à 0 heure 27 minutes du matin. LUXE / Dernier quartier le 19, à 9 heures 40 minutes du soir. \ Nouvelle lune le 27, à 1 heure 41 minutes du soir.
8 heures 54 minutes de nuit. lever |coucher| lever coucher! Premier quartier le 4, à 7 heures 35 minutes du matin.
- 4 Pleine lune le 11, à 1 heure 27 minutes du soir. LUNE Dernier quartier le 19, à 3 heures 27 minutes du soir. | { Nouvelle lune le 26, à 10 heures 59 minutes du soir.
Then etes de O7 || Meyerit cote helene een / Premier quartier le 2, à 1 heure 33 minutes du soir. à \ Pleine lune le 10, à 3 heures 17 minutes du matin. UNE | Dernier quartier le 18, à 6 heures 53 minutes du matin. Nouvelle lune le %5, à 6 heures 20 minutes du matin.
Le 15,45 heures 5 minutes de jour, 8 heures 55 minutes de nuit. lever |coucher| lever | coucher Premier quartier le premier, à 9 heures 11 minutes du soir. \ Pleine lune le 9, à 5 heures 52 minutes du soir. | Luxe < Dernier quartier le 17, à 7 heures 33 minutes du soir. | Nouvelle lune le 24, à 0 heure 55 minutes du soir. | Premier quartier le 31, à 7 heures 24 minutes du matin. |
jour, 9 heures 36 minutes de nuit, lever |coucher | lever |coucher / Pleine lune le 8, à 9 heures 3 minutes du matin. \ Dernier quartier le 16, à 5 heures 32 minutes du matin. LUXE | Nouvelle lune le 22, à 8 heures 0 minute du soir. . Premier quartier le 29, à 8 heures 43 minutes du soir.
. Le 15,12 heures 38 minutes de (( jour, 41 heures 22 minutes de nuit. | lever |coucher| lever coucher | / Pleine lune le 7, à 0 heure 29 minutes du matin. \ Dernier quartier le 14, à 1 heure 23 minutes du soir. our Nouvelle lune le 21, à 4 heures 40 minutes du matin. Premier quartier le 28, à 1 heure 18 minutes du soir. |
Premier octobre ou 24 octobre De 4 CR ent ji lever |coucher| lever |coucher
/ Pleine lune le 6, à 3 heures 33 minutes du soir, x \ Dernier quartier le 13, à 8 heures 6 minutes du soir. LUXE ! Nouvelle lune le 20, à 3 heures 39 minutes du soir, \ Premier quartier le 28, à 8 heures 42 minutes du matin.
14 heures 50 minutes de nuit. lever |coucher| lever | coucher | / Pleine lune le 5, à 5 heures 37 minutes du matin. | k \ Dernier quartier le 12, à 2 heures 55 minutes du matin. Luxe Nouvelle lune le 19, à 5 heures 19 minutes du matin. { Premier quartier le 27, à 5 heures 46 minutes du matin.
Le 45, Sheures 13 minutes de jour, 45 heures 47 minutes de nuit. lever |coucher | lever |coucher / Pleine lune le 4, à 6 heures 22 minutes du soir. | Re \ Dernier quartier le 11, à 11 heures 2 minutes du matin. QÈE / Nouvelle lune le 18, à 9 heures 35 minutes du soir. | | Premier quartier le 27, à 2 heures 32 minutes du matin.
Le milieu de l’année est le jeudi 2 juillet à midi.
Le jour le plus long de l’année : le lundi 22 juin, le soleil se lève à 3 heures 58 minutes, et se couche à 8 heures 5; le crépuscule dure 44% minutes; le Jour solaire dure 16 heures 7, et la nuit solaire 7 heures 53; le jour civil dure 17 heures 35, et la nuit civile 6 heures 25.
Dimanche 29 mars. — Invisible à Paris, partielle ou milieu à 2 heures 15, finit à 2 heures 45 du matin. à 2 heures 37, milieu à 5 heures 20, finit à 7 heures 1 du commence le samedi 11 avril à 10 heures 44 du soir, milieu le dimanche 12 avril à o heure 22 minutes du matin, finit à 2 heures 1 du matin. Mardi 6 octobre. — A peine visible à Paris au commencement de la nuit.
courrier de Montfaucon
L’an mil neuf cent deux, le dix-neuf décembre, à la requête de monsieur Colomb, président du Comité de l’Œuvre « les Journaux pour Tous », dont le siège est
Élisant domicile en mon étude,
J’ai, Louis Maillard, huissier près le Tribunal civil de la Seine, séant à Paris, y demeurant, 9, boulevard
Fait sommation à monsieur Charles Péguy, pris en qualité de directeur-g’érant du journal Les Cahiers de la Quinzaine, dont les bureaux sont sis à Paris, rue de la Sorbonne, numéro 8, où étant et parlant à un employé à son service ainsi déclaré
De, dans trois jours pour tout délai ou dans la première édition du journal Les Cahiers de la Quinzaine avoir — en réponse à un article paru dans le quatrième cahier de la quatrième série des dits Cahiers de la Georges Colomb », commençant par ces mots « Je n’établis pas seulement des questionnaires » et finissant par ceux-ci : « On ne s’ennuiera pas. Il y a un pape en couleurs près de qui le sous-lieutenant s’efface » — à insérer à la même place et en mêmes caractères que l’article incriminé, la réponse suivante en conformité de l’article 13 de la loi du 29 juillet 1887, sur la
Dans l’article que vous avez bien voulu me consacrer (Cahiers de la Quinzaine, quatrième numéro de la quatrième série), comme dans l’article que vous consacrez à M. Émile Terquem, plusieurs erreurs relatives à l’œuvre des « Journaux pour Tous » se sont glissées. Vous prenez par exemple à täche d’opposer les « anciens Journaux pour Tous » aux « nouveaux », comme si l’œuvre en question, en changeant de local et de secrétaire, avait modifié son orientation-politique. Il est du plus grand intérêt pour l’œuvre que pareille confusion ne s’établisse pas dans l’esprit de ceux de vos lecteurs qui nous honorent de leur confiance. Il est du plus grand intérêt pour l’œuvre que nos adhérents sachent bien que, même sous mon administration toute puissante, et selon vous, réactionnaire, l’œuvre n’a pas cessé d’être une œuvre républicaine, entièrement, nettement, fermement républicaine, et que, selon toutes prévisions, elle continuera, dans l’avenir comme par le passé, à opérer, dans les campagnes, la diffusion des journaux et brochures qui défendent ce que l’on est convenu d’appeler la politique du bloc à condition toutefois que de prétendus républicains n’essayent pas de jeter la suspicion sur elle et ne tentent pas de la discré-
diter aux yeux de tous ceux dont elle a besoïn pour
Vous m’attaquez dans un article de treize pages. La loi me permet de me défendre et me donne, pour le faire, exactement le double de treize pages, c’est-à-dire vingt-six pages; je profiterai de ce droit et mettrai tous les documents utiles sous les yeux de vos lecteurs, qui seront à même de jauger votre sincérité et d’apprécier la valeur de vos excommunications.
Si je dépassais un peu le chiffre légal de vingt-six pages, j’espère que vous voudriez bien me faire crédit pour le surplus.
Que si vos lecteurs trouvent excessif de payer pour lire vingt-six pages d’une prose naturellement peu inté- ressante puisqu’elle sort de ma plume et se rapportant à un sujet qui, par surcroît, ne doit pas leur paraître palpitant, ils devront s’en prendre à vous-même et non à moi; cela étant, il me semble que la meilleure réponse à vous faire est de vous demander la publication du rapport suivant que j’ai rédigé avec toute l’impartialité dont je suis capable, à l’intention (1) des Journaux pour Tous. Ce rapport était destiné à rester dans les archives de l’œuvre; c’est vous qui l’en faites sortir. En ce qui me concerne, je n’en suis pas fâché, car il édifiera, n’en doutez pas, un certain nombre d’amis communs qui m’avaient manifesté le désir de voir les pièces du procès, ou plutôt du différend survenu entre nous. Ils vont être satisfaits, puisque mon rapport ne se compose guère que d’une succession de documents dont je possède et conserve précieusement les originaux.
Voici ce rapport, ou tout au moins la première partie de ce rapport :
Je dois vous mettre au courant des incidents qui se sont produits pendant le déménagement que nous avons opéré du 8 de la rue de la Sorbonne, pour revenir à notre berceau, c’est-à-dire au 17 de la rue Cujas.
Il y a deux affaires distinctes greffées l’une sur l’autre : Il y a l’affaire Péguy; il y a l’affaire Boivin. . Bien qu’intimement liées, ces deux affaires peuvent être exposées séparément. C’est ce que je vais essayer de faire, me réservant de vous faire connaître, en guise de conclusion, les liens qu’elles ont entre elles. Vous savez qu’en octobre 1901, à la suite de pourparlers dont l’histoire, trop longue pour être rappelée ici, serait cependant très instructive, nous avons quitté bien à regret le 17 de la rue Cujas où l’œuvre recevait, : depuis avril 1899, une hospitalité gratuite. M. Charles Péguy, très rapidement informé de la nécessité où nous nous trouvions de chercher un domicile, s’était aussitôt
offert à nous recueillir, moyennant finances, dans le local qu’il louait, 8, rue de la Sorbonne, à la suite de son départ forcé de l’École des Hautes Études sociales.
Comme nous n’avions, à cette époque, aucune raison de nous défier de M. Charles Péguy ; nous avions accepté son offre et je m’étais engagé à lui payer un loyer de cent cinquante francs par an.
Comment et par suite de quel miracle ce loyer de cent cinquante francs s’est-il transformé en un loyer de
; deux cent cinquante francs? Voilà ce que je ne puis dire. Toujours est-il que je n’ai appris cet accroisse23
ment subit du prix de la location que quand il n’y avait plus moyen de reculer. Dispensez-moi, je vous prie, d’insister sur ce point : il est toujours pénible d’avouer qu’on s’est laissé berner par trop de confiance.
: Je ne vous rappellerai pas quelle fut la stupéfaction du Comité lorsque s’étant transporté au nouveau siège de l’œuvre, 8, rue de la Sorbonne, le jour même de l’emménagement, il put constater qu’on nous offrait, moyennant 250 francs par an, un couloir étroit, tout à fait insuflisant, ayant à peine deux mètres de largeur et que nous devions, en outre, partager avec l’administration de Jean Pierre. De plus, la porte commune de la boutique, divisée pour la circonstance en trois portions très inégales, s’ouvrait dans notre couloir. De sorte que toutes les personnes qui avaient affaire soit à Pages Libres, soit aux Cahiers de la Quinzaine, étaient obligées de traverser notre domicile qui devenait ainsi un passage public, notre secrétaire étant le concierge ou, si vous préférez, le poteau indicateur de l’établissement.
Il est certain que dans ces conditions nos fiches, nos adresses, la plupart confidentielles, et notre correspondance ne se trouvaient plus en sûreté. Vous avez trouvé, messieurs, que cette installation n’était ni commode, ni digne ; que nos réunions devenaient impossibles, ainsi que le contrôle des opérations, et vous avez séance tenante décidé qu’il fallait immédiatement chercher un local plus convenable et plus sûr.
M. Mascart a même déclaré « qu’il ne remettrait pas les pieds aux Journaux pour Tous tant qu’ils seraient installés là! » Il a tenu parole, et M. Alfred Alexandre donna sa démission provisoire d’administrateur de
l’œuvre. J’avais bien envie d’imiter l’exemple de M. Alexandre ; mais je considérai qu’ayant mis l’œuvre dans l’embarras, il était de mon devoir de l’en sortir. Je pris donc l’engagement de chercher à donner satisfaction aux légitimes observations du comité et je promis de me mettre en campagne et de chercher un nouveau domicile. Je demandai cependant à faire l’essai loyal que sollicitait M. Boivin, légitimement inquiet de la question de savoir si ailleurs il lui serait possible d’avoir sous la main, dans le même local, les deux œuvres qui le faisaient vivre; à savoir le journal Jean Pierre, dont il est le secrétaire, et les Journaux pour Tous, dont il est également le secrétaire.
L’essai fut tenté et au bout de quelques mois, il fut évident que le travail ne pouvait pas se faire convenablement dans ces conditions. Il était même matériellement impossible de s’installer dans le couloir-passage, afin d’y prendre connaissance de la correspondance et des besoins de l’œuvre, comme aussi de contrôler les opérations du secrétariat.
C’est alors que j’entrai en pourparlers avec l’École des Hautes Études sociales et que je m’informai si, le cas échéant, on consentirait à nous permettre de nous installer dans la pièce laissée libre, au deuxième étage, par M. Charles Péguy et les Cahiers de la Quinzaine, ou dans toute autre à la convenance de l’administration de l’école.
Si je n’avais pas fait plus tôt cette démarche, c’est que je nourrissais encore contre l’École des Hautes Études sociales des préventions dont vous trouverez l’écho dans une lettre que vous lirez tout à l’heure, pré- ventions qui, je suis heureux de le dire, se sont entière-
ment dissipées lorsque j’ai eu l’occasion de prendre des informations plus complètes et de connaître les raisons très sérieuses qui avaient rendu obligatoire le départ de M. Péguy.
Nos avances ayant reçu bon accueil de la part des administrateurs de l’École des Hautes Études sociales, sûr de pouvoir désormais gratuitement et en toute indé- pendance installer nos bureaux dans les salles disponibles de l’immeuble occupé par la dite école, le démé- nagement prochain fut résolu conformément au vœu du
Mais comme on se trouvait alors en pleine période électorale, il eût été maladroit de réaliser immédiatement cette décision et, de plus, il était correct de prévenir les membres du Comité et de leur demander s’ils persistaient toujours dans leur intention première.
Je priai donc par lettre M. Boivin de vouloir bien convoquer nos amis du Comité pour le 9 mai, à l’École des Hautes Études Sociales.
Je reçus de M. Boivin, secrétaire de l’œuvre, la lettre suivante que je vous livre sans commentaires :
Je ne puis convoquer nos amis — selon l’ordre que vous avez reçu de Mascart (1) — sans savoir exactement le motif de cette réunion. Ils ont tous, vous le savez, un temps trop précieux; … etc.
(1) Ces mots ne sont pas soulignés dans la lettre de Boivin.
Si l’on ne tient pas compte de ce qu’avait d’incorrect et même de blessant pour moi le début de cette lettre, je reconnais que M. Boivin avait raison, au fond, sinon dans la forme.
. Je lui envoyai donc un modèle de convocation avec, comme ordre du jour, la question du déménagement et je le priai de copier textuellement, au cyclostyle, cet ordre du jour pour l’expédier aux membres du Comité et leur demander de venir bien exactement à la réunion
Je reçus cette réponse : Je vous serais reconnaissant de me signer un chèque de trois cents francs (ci-joint le carnet) et, au paragraphe deux, je vous prie de recevoir l’annonce oflicielle de mon mariage, qui aura lieu samedi prochain. Je
regrette d’être forcé de m’en tenir là et de ne pouvoir y joindre aucune invitation d’aucune sorte. Tout sera dans l’intimité absolue à cause de notre deuil.
À vous. Comme il n’était fait à la convocation du Comité aucune allusion, je supposai qu’elle avait été faite et, le vendredi suivant, 16 mai, je me rendis à l’École des
Hautes Études Sociales. où je me promenai solitairement une heure durant, attendant mon Comité qui ne vintpas, n’ayant pas été avisé le moins du monde.
Sorbonne, où, à ma grande stupéfaction, j’appris que
M. Boivin était parti sans en prévenir personne, afin de
faire en Bretagne un petit voyage, parfaitement légitime d’ailleurs, mais qui avait l’inconvénient de laisser (1) nos fiches et nos adresses à la discrétion d’un jeune homme, peut-être très recommandable et très honnête, mais que nous ne connaissions pas.
Je fis alors moi-même les convocations, et le vendredi 23 mai, le Comité réuni me donnait le mandat en quelque sorte impératif d’avoir à accepter l’hospitalité qu’on nous offrait aux Hautes Études et de déménager dans le plus bref délai possible.
C’est ici que M. Charles Péguy, auquel personne de nous ne songeait, entre en scène. Ayant appris, j’ignore par qui, cette décision ferme du Comité, il me fait demander une entrevue qui a lieu aux Hautes Études un mercredi, si j’ai bonne mémoire. Ce que je n’oublierai pas, c’est le spectacle navrant que M. Péguy donna aux deux témoins de cette entrevue. Allant et venant comme un fauve en cage, pâle, les lèvres violettes et les dents serrées, les tempes battant à éclater, M. Charles Péguy auquel, je le répète, personne n’avait jamais songé, se répandit en invectives contre le Comité composé « de ses ennemis personnels » accusant le Comité d’avoir dirigé contre lui une cabale (la cabale du déménagement sans doute). Puis il me menaça, disant : « Vous voulez déménager? Eh bien! déménagez! Marchez !..…. Je vous attends. »
J’avais, au début, commencé par plaisanter, mais quand il devint évident que M. Péguy ne plaisantait pas et qu’il était sous le coup d’une apoplexie imminente, je cessai de rire : « Mais enfin, dis-je, faites-moi au
————— moins savoir pourquoi vous ne voulez pas que nous déménagions. Avez-vous des réclamations à formuler, des objections à élever? Voyons! Parlez! Nous ne demandons pas mieux que de satisfaire tout le monde. »
— « Marchez! répétait M. Péguy, toujours déambulant et au paroxysme dela fureur. Marchez! je vous attends. Mes moyens de défense sont là, dans MA poche. »
— « Mais on ne vous attaque pas! »
— « Si. Vous êtes tous MES ennemis. »
Puis il sortit en saluant les deux personnes présentes.
— « Au revoir », lui criai-je.
— « Adieu! » répondit-il d’un air sec.
Telle fut mon entrevue avec M. Charles Péguy, et devant témoins, le mercredi 28 mai, je crois, à l’École des Hautes Études Sociales, 16, rue de la Sorbonne.
Sur la demande de l’un des témoins de l’algarade et aussi parce que je suis pour les moyens doux, j’écrivis quelques jours après à M. Péguy la lettre suivante :
En ma qualité de président des Journaux pour Tous, je vous rappelle que le Comité, trouvant très défectueuse notre installation dans la boutique que vous avez louée et aménagée au 8 de la rue de la Sorbonne, avait dès l’origine, décidé de transporter ailleurs le siège de l’œuvre dès que nous aurions trouvé un autre gîte plus présentable.
Nous avons trouvé ce gite au second étage de l’École des Hautes Études Sociales, 16, rue de la Sorbonne, et, vous considérant comme le propriétaire du local que nous occupons actuellement, je vous informe que nous comptons opérer très prochainement notre déménagement, — cette semaine, m’a dit Boivin.
ILest clair que ce changement de domicile n’implique en aucune façon un divorce des Journaux pour Tous avec des œuvres sœurs comme Pages Libres et les Cahiers de la
Quinzaine, œuvres pour lesquelles nous navons cessé
avoir la plus grande sympathie. Il demeure entendu qu’en
ce qui nous concerne, nous serons toujours prêts à vous rendre tous les services en notre pouvoir et que vous pourrez disposer de nous Pour étendre votre action dans la mesure, bien entendu, où cela sera conciliable avec la discrétion à laquelle nous sommes tenus vis-à-vis de nos adhérents; un certain nombre d’entre eux ont en effet manifesté leur désir exprès que leurs noms ne sortent pas de nos bureaux. Veuillez croire, mon cher Péguy, à mes meilleurs sentiments. On ne dira pas, je pense, que cette lettre n’était pas La réponse m”arrivait le 9 juin. La voici : Je ne sais pas, monsieur, Pourquoi vous m’écrivez celte lettre : de relations personnelles entre nous il ne peut être question et les relations administratives que Vous pouvez avoir avec les Cahiers ne se traitent pas avec moi; je ne suis pas locataire de la boutique située
M. Charles Péguy persistait à être furieux sans raison.
M. Boivin était rentré après un mois de vacances et avait été mis aussitôt au courant de la situation. IL
Pour ma part je serai prêt, à partir de demain, à disposer d’un peu de temps pour ce qu’on voudra.
J’attends donc que vous vouliez bien me dire à partir de quand, tout étant réglé, je pourrai entreprendre le 1 transport du matériel.
Croyez-moi votre tout dévoué. ;
Je dis à M. Boivin de déménager le plus vite possible, après avoir naturellement payé le terme jusqu’en octobre, entre les mains de M. Bourgeois, administra-
teur des Cahiers.
Je viens de recevoir votre lettre et me suis mis immé- diatement en devoir de transporter fiches et meubles. Mais aussitôt Bourgeois m’a déclaré qu’il s’opposait à notre départ avant qu’un congé régulier ne lui ait été donné et qu’il ne l’ait accepté.
Je vous renouvelle le désir exprimé l’autre jour de me tenir en dehors de ces négociations.
Bien à vous. \
Une lettre de M. Boivin m’apprend que vous vous opposez à notre départ avant que vous n’ayez reçu un congé
régulier; le voici :
J’ai l’honneur de vous informer que les Journaux pour Tous ont l’intention de quitter le local qu’ils occupent au 8 de la rue de la Sorbonne et que le Comité a décidé que le
Nous tenons done à votre disposition le prix de la location jusqu’en octobre. M. Boivin est chargé de vous le
Si vous avez quelque communication à me faire, je serai à partir de quatre heures à l’École des Hautes Études Sociales, 16, rue de la Sorbonne, où nous comptons emmé-
Recevez, monsieur, l’assurance de ma considération très
Président des Journaux pour Tous
Pas de réponse.
Je prie M. Boivin de s’informer et de tâcher de connaître les motifs du mutisme de M. Bourgeois et de tâcher d’obtenir de lui cette réponse qu’il paraît vouloir ne pas me donner.
Réponse de M. Boivin :
Je n’ai rien à vous répondre; vous savez que je nai pas discuté (et pas songé un instant à le faire) la décision relative au déménagement : je me suis mis aussi vite que possible à votre disposition pour le transport du matériel.
Mais, — alors même que vous ne me chargiez pas de régler directement la question avec Péguy et Bourgeois (et en effet cela ne me regardait point tant que vous étiez là), je vous ai prié de m’épargner le rôle délicat d’intermédiaire et n’ai point fait d’objection. Je mai donc qu’à vous répéter que je suis tout prêt, et que je partirai dès que vous ou Bourgeois m’aurez dit que je puis le faire.
J’ajoute que je n’ai plus suffisamment d’argent : Voulez-vous m’envoyer deux cents francs.
Merci et bien à vous. ï
Permettez-moi, messieurs, de vous faire remarquer en passant combien les assertions de M. Péguy sont erronées. Il prétend dans le numéro où il me traite gentiment « d’escroc vulgaire » et de « mouchard » que M. Boivin dut, pendant trois mois, défendre son œuvre pied à pied contre les gens qui « la voulaient dérober ». : Or la lettre précédente prouve que le 18 juin les rapports n’étaient pas précisément tendus entre Les ouvriers, c’est-à-dire M. Boivin, et ses patrons, comme dit élégamment M. Péguy.
Elle prouve aussi que pour un « escroc vulgaire », je lâchais assez facilement l’argent « premièrement dé- robé ». Après tout, c’est peut-être précisément en cela que consiste la vulgarité de mon escroquerie.
Mais laissons ces balivernes et revenons à l’histoire plutôt singulière, sinon comique, de notre déménagement.
M. Boivin, qui voulait rester bien avec tout le monde, n’ayant pas pu me renseigner sur les causes du silence de M. Bourgeois, j’écrivis à ce dernier une lettre recommandée.
Monsieur l’administrateur,
Je vous ai écrit le 12 de ce mois. Comme je ne reçois pas de réponse, je ne vois à ce silence qu’une explication possible : c’est que vous n’avez pas reçu ma lettre.
Je crois donc nécessaire de vous répéter ce que je vous disais dans ma lettre qui s’est si malencontreusement égarée. Je vous informe que les Journaux pour Tous ont
décidé de quitter le couloir que l’œuvre occupe dans la boutique dont vous êtes, m’a-t-on dit, le principal locataire.
Conformément à l’usage, je vous préviens de notre intention de déménager, dans les délais de rigueur, c’est-à-dire plus de trois mois avant l’échéance du terme d’octobre. Bien entendu nous tenons à votre disposition le prix de la location jusqu’à cette date. Boivin est chargé de vous payer notre dette contre quittance.
Veuillez, je vous prie, m’accuser réception de ce congé et agréer l’assurance de mes sentiments distingués.
Réponse de monsieur Bourgeois adressée au 16 de la
rue de la Sorbonne (École des Hautes Études sociales) Monsieur le Président,
Nous sommes disposés à entrer en pourparlers avec vous pour le loyer afférent à la location que vous avez contractée avec nous, 8, rue de la Sorbonne.
Ainsi nous vous prions de vouloir bien nous faire savoir quelle est, selon vous, votre situation juridique envers nous.
Je vous prie, messieurs, de remarquer l’absence totale de formule de politesse à la fin de cette lettre, la première que monsieur Bourgeois ait daigné nr’écrire.
Et il y avait un grand mois que les négociations
étaient entamées.
Monsieur l’Administrateur
Je vous ferai d’abord remarquer que mon adresse étant,
22, avenue de l’Observatoire, Paris (14°), vous avez commis
une imprudence en déposant votre lettre au 16 de la rue de la Sorbonne où je ne vais plus que par accident, l’établissement étant officiellement fermé. C’est donc un hasard si votre réponse ne m’est parvenue qu’avec deux jours de
Maintenant, que signifient ces paroles : « Vous vous prions de bien vouloir nous faire savoir quelle est, selon vous, votre siluation juridique envers nous. » Vous avez, aux Cahiers de la Quinzaine, des pluriels bien singuliers ; mais passons.
Excusez mon ignorance des termes de la chicane : je ne comprends pas ce que cela veut dire « situation juridique ». J’invoque les circonstances atténuantes, n’ayant jamais eu de démélés « juridiques » avec âme qui vive.
I1 faut donc que vous preniez en pitié ma faible intelligence et que vous vous expliquiez plus clairement.
En tout cas, je vous prie d’abord de m”accuser réception du congé que je vous adresse, pour le mois d’octobre. C’est là une formalité que vous avez négligée dans votre réponse. Vous savez que les délais expirent le 30, à midi.
Ensuite, vous seriez bien aimable de me dire pourquoi, sous quel prétexte ou de quel droit vous faites des diflicultés pour nous laisser partir du 8 de la rue de la Sorbonne, où nous ne voulons plus rester. Je veux croire que ces difficultés ne sont pas insurmontables et peuvent se
Je fais encore une fois appel à vos bons sentiments.
Pas de réponse !
Remarquez je vous prie, messieurs, que nous sommes au 25 juin et que les premières démarches datent du 9 mai et vous m’accorderez que je faisais preuve d’une jolie patience, écrasé que j’étais entre un comité qui voulait aller trop vite et les Cahiers de la Quinsaine, ou plutôt nos propriétaires, qui ne marchaient pas du tout.
Enfin le 30 juin, n’ayant toujours pas de nouvelle de nos propriétaires, j’écris, un peu énervé : Monsieur l’Administrateur,
Il est temps que prenne fin cette situation ridicule que vous avez créée.
C’est aujourd’hui le 30 juin. J’aurais pu vous signifier congé par huissier. Je ne l’ai pas fait par égard pour vous et parce que je suis pour les moyens doux.
Je vous répète que nous ne voulons plus rester dans le local invraisemblable où vous nous avez relégués sans même nous demander notre avis préalable, sans vous inquiéter de la question de savoir si nous acceptions ou nous n’acceptions pas de nous y installer.
Je viens donc vous demander quel jour vous convient le mieux pour que nous opérions le déménagement ou, en cas d’opposition de votre part, quelles sont les raisons de votre
C’est clair, net et précis.
Ci-joint un timbre pour la réponse.
22, avenue de l’Observatoire
P.S.— Voudriez-vous, par la même occasion, nous dire quel est notre propriétaire ? Est-ce monsieur Péguy, est-ce monsieur Bourgeois, ou est-ce quelque autre? car je l’ignore encore à l’heure qu’il est. J’avais cru que c’était monsieur Péguy; mais une lettre de ce dernier nva fait savoir qu’il n’était rien dans la boutique. Quel est le signataire du
Enfin monsieur Bourgeois daignait utiliser les quinze centimes que je lui envoyais et m’écrire :
Nous ne demandons qu’à entrer en pourparlers avec vous. Voici quelle est, selonnous, votresituation juridique
En août dernier vous avez envoyé à M. Émile Boivin la lettre suivante :
Dimanche — je ne sais pas combien — août, 1901, je crois.
Je reçois une lettre de M. Pérez, je crois. C’est l’ère des expulsions qui s’ouvre. Nous voilà comme de pauv’s assomptionnistes, sans lendemain assuré, ne sachant plus où reposer notre tête chenue et sans même avoir le moindre petit million dans notre caisse. Pauvres de nous !
Vous comprenez bien qu’il n’y a pas à discuter. La nous la retire, que son saint nom soit béni! Il me semble que nous n’avons pas à juger les motifs qui font prendre cette décision à la Société. Elle a besoin de notre local. Ge local lui appartient. Nous devons le lui restituer de bonne grâce en la remerciant de nous l’avoir abandonné gratis pendant deux ans. Voilà mon opinion. Cela ne nous empéchera pas de rester bons amis.
Maintenant, la solution ! Voici : Péguy cherche un local. Il le trouvera si les Journaux pour Tous consentent à payer 150 francs par an. Or si les Journaux pour tous sont incapables de trouver cette somme, il faut mettre les dits Journaux pour Tous en liquidation. Cette solution aurait l’avantage de nous faire cohabiter avec des gens qu’on estime et (1) qu’on aime. (Je ne dis pas cela pour la Société Nouvelle de Librairie et d’Éditions avec laquelle nous ne pouvons avoir que de bons rapports). De plus Jean Pierre s’installant aussi avec nous,
vous avez vos deux bureaux sous la patte, si j’ose m’ex-
primer ainsi. Enfin Pages Libres et Guieysse suivant
le mouvement, il ne peut que résulter beaucoup de bien
et beaucoup d’ardeur de cette fusion d’œuvres similaires
et de cette friction continuelle de gens impavides se | sentant fortement les coudes.
Quant à aller frapper à la porte des H. ÆE. Sociales, Bonsoir ! vous remercierez bien M. Pérez de n’avoir fait cette proposition; mais nous sommes trop compromettants pour cette parlote tricolore. Et si nous commettions cette imprudence d’y transporter nos pénates, on ne manquerait pas de nous faire Savoir que nous génons, le jour où il serait question d’une subvention ministérielle de 14 sous.
Annoncez donc officieusement à la Société que nous f…ichons le camp. Je me réserve d’écrire une belle lettre officielle le jour où j’aurai cessé de faire le veau sur le sable micacé des rivages paraméens. C’est si
Entendez-vous avec Péguy, sur les bases que je vous indique plus haut et sitôt que le local sera arrété, déménagez dare-dare. Il ne faut jamais moisir dans les endroits où l’on sait étre une g’éne.
J’ajoute que je suis personnellement ravi d’être conjoint à de bons b…f… comme Péguy et Guieysse.
Villa Maurice à Saint-Malo ou hôtel DuguayTrouin à Paramé. .
Cette lettre nous faisait une obligation de contracter pour les Journaux au même titre que pour nous. Nous
nous sommes entendus avec Boivin, avec Pages Libres et avec Jean Pierre pour louer à nous quatre cette boutique; pour ne pas être exposés à déménager malgré nous, nous avons fait un bail de un, trois, six, neuf ans, résiliable à la volonté du preneur. Nous ne pouvons faire cesser le bail qu’en le dénonçant au moins six mois avant chacun de ces termes. Nous pensons que cette clause vous lie au même titre que nous. Il failait donc dénoncer le baïl avant le premier avril dernier pour le faire cesser au premier octobre prochain. De même il faudra le dénoncer avant le premier avril 1904 pour le faire cesser le premier octobre de la même année.
Le surlendemain vendredi, 4 juillet, vers quatre heures du soir, je me trouvais à l’École des Hautes Études Sociales, bureau du secrétaire, qfand M. Bourgeois entra.
— Tiens! lui dis-je, bonjour ! J’allais justement vous
— Bonjour Monsieur ! me répondit-il. Puis, prenant un air sévère, il manifesta si clairement par son attitude, son désir de ne point avoir avec moi des rapports oraux que je jugeai prudent de ne pas pousser plus loin l’entretien; seulement, le soir mème, je lui écrivais :
Puisque vous boudez, je me vois dans la nécessité de vous écrire ce que je vous aurais dit très volontiers aujourd’hui si vous maviez pas immédiatement pris à mon aspect une attitude, passez-moi le mot, hérissonne.
Je suis bien heureux de connaitre enfin, la raison de
votre résistance jusqu’ici incompréhensible pour mon âme simple. Je sais maintenant que si vous vous opposez à notre déménagement c’est que vous étiez müû par la
Mais alors pourquoi ne point être venu tout bonnement à moi, sans phrasés, sans gestes de défi qui n’effrayaient personne, sans cris, sans sourcils froncés, ainsi que l’a fait M. Péguy. Il vous était bien facile de vous dire : « Ce M. Colomb-là est un honnête homme. Expliquons-nous et je suis sûr que nous finirons par nous entendre » : c’eût été beaucoup plus honorable pour vous et surtout beaucoup plus pratique ; car votre façon menaçante de comprendre les discussions d’intérêt ne pouvait avoir pour résultat que de produire un effet diamétralement contraire à celui que
/ vous en attendiez. Tenez-vous-le pour dit.
Finissons-en ! Ma lettre ne m’engage pas, tout contrat dans le genre du nôtre est bilatéral : si les Journaux pour Tous consentaient à vous payer un loyer, c’était à la condition que vous leur fourniriez un local. Je suppose que vous ne décorez pas de ce nom le passage, aussi public qu’étroit, dans#equel avec un rare esprit d’altruisme, vous nous avez confinés et contre lequel nous avons protesté dès l’origine. Étant données ces protestations maintes fois répétées et notre intention clairement manifestée de ne pas demeurer dans ce couloir, votre devoir strict était :
1° De nous avertir que vous aviez fait un bail; — 2° Que ce bail était de un, trois, six, neuf; —3° De nous demander en temps utile, c’est-à-dire en mars dernier, si nous consentions au renouvellement.
Avez-vous fait l’une de ces trois démarches ? Non! Car Boivin lui-même vient d’apprendre tout dernièrement les conditions qui vous lient au propriétaire. Ces cachotteries sont-elles bien loyales? De sorte que s’il avait plu à M. Bourgeois de faire sans nous en prévenir un bail de vingt-cinq ans, ma leitre nous liait à vous pour ce laps de temps? L’absurdité de cette conséquence détruit la prémisse de votre raisonnement.
Mais laissons cela. Que dit le passage intéressant de la lettre que j’ai écrite à Boivin le « je ne sais pas combien »
août 1901 ? « Péguy cherche un local. Il le trouvera si les Journaux pour Tous consentent à payer 150 francs par an. Or si les Journaux pour Tous sont incapables de trouver cette somme, il faut mettre les dits Journaux pour Tous en
Je vous ferai d’abord observer que ma lettre parlant de 150 francs, il eût été au moins poli de me demander si je consentais à en payer 250. Or je n’ai connu ce surcroît imprévu de dépenses que par Boivin… après l’emménagement provisoire des Journaux pour Tous dans votre couloir. Cette façon d’agir et ce loyer plus élevé que le loyer consenti, n’ont pu que nous confirmer dans notre intention formellement exprimée déjà de filer le plus vite
Si nous ne l’avons pas fait plus tôt, c’est que j’avais encore à cette époque, contre l’École des Hautes Études Sociales, des préventions que j’exprimais un peu énergiquement dans ma lettre à Boivin, préventions que, mieux
Tous les obstacles de ce côté étant levés, nous nous en allons donc de chez vous, mais dans un désir de conciliation, cédant à des conseils amicaux, le Comité a décidé aujourd’hui même que je tiendrais à votre disposition, jusqu’en octobre 1904, sauf en cas de disparition des Journaux pour Tous, la somme de 150 francs par an, payable par trimestre et d’avance. Je dis cent cinquante francs parce que c’est le chiffre primitivement consenti par moi dans ma lettre à Boivin. Je pense donc que vous ne vous opposerez plus maintenant à ce que Boivin fasse ses paquets le plus rapidement possible et je termine en vous assurant de toute ma considération.
P.S.— Un mot encore : je ne réclame pas l’original de la lettre très familière que j’écrivais à Boivin et de laquelle seul, le passage recopié dans celle-ci, vous intéresse. Je ne
| ferai même pas à Boivin un reproche sur le manque de tact dont il a fait preuve en vous communiquant une lettre
regardés comme confidentiels. Cette abstention de ma part vous montrera je pense que je suis meilleur « patron » que vous n’êtes « bons amis ». Car, en m’envoyant copie de la lettre en question, vous m’avez prouvé que M. Boivin s’en était dessaisi en votre faveur. Cela pouvait compromettre Boivin aux yeux du Comité et lui causer des désagréments dont vous auriez été seuls responsables. Un autre que moi n’aurait peut-être pas eu ma patience et voilà comment les « patrons » des Journaux pour Tous comprennent « les coups de force » contre « leurs ouvriers » (au pluriel). Laissez-moi rire.
Vous comprendrez, Messieurs, le sens de ce postscriptum, si je vous rappelle la note publiée par M. Charles Péguy dans les Cahiers de la Quinzaine (juin 1902) et où il était dit (je cite de mémoire, n’ayant pas le texte exact sous Les yeux) :
Nous apprenons que les patrons des Journaux pour Tous méditent un coup de force contre leurs ouvriers. Nous tiendrons le public au fait de cet incident.
Le « coup de force », c’était le déménagement. Les « patrons » c’était nous et nos ouvriers (au pluriel),
Je reprends mon historique.
Cette lettre déposée au domicile de M. Boivin, afin qu’il la fit parvenir à M. Bourgeois, ne lui avait pas été remise par sa concierge. Je dus l’écrire de nouveau et c’est ce qui explique pourquoi, écrite le 4, elle n’est arrivée que le 11. Le lendemain, 12 juillet, je recevais la réponse que voici :
Monsieur le Président,
Nous avons bien voulu entrer en pourparlers avec vous parce que nous espérions, malgré de nombreux
précédents, que ces pourparlers seraient sérieux. Nous avons reçu hier de vous une lettre de plaisanteries (sic) et de grossièretés (resic), nous ne pouvons continuer la conversation.
C’était une rupture sans phrases.
Cependant, pour épuiser tous les moyens doux, je fis faire par M. Boivin une dernière démarche. M. Boïvin dont M. Péguy prenait si chaudement la défense qu’il nous accusait de vouloir opérer à son détriment un « coup de force », M. Boivin m’écrivait le 16 juillet, c’est-à-dire plus de deux mois après le moment où M. Charles Péguy affirmait qu’il avait commencé contre nous une « lutte pied à pied » :
Je viens d’apprendre que Bourgeois qui est absent ne rentrera pas de l’après-midi, mais qu’il sera là de onze heures à midi. Vous m’avez si souvent dit que vous étiez opposé aux moyens violents que je vous avertis de cette absence qui, en fait, équivaut à une opposition (du moins je le crois) et vous demande ce que je dois faire.
Bien à vous,
Et le lendemain :
Bourgeois m’a répondu à peu près textuellement que
sa réponse était la même qu’auparavant et que l’affaire
en était au même point qu’avant que les pourparlers fussent engagés (je garantis le sens sinon les mots), que faut-il entendre ? Bien à vous,
Tous les moyens non violents étant épuisés, il fallut bien me résoudre à en employer d’autres: je citai M. Bourgeois en conciliation, devant M. le Juge de Paix. M. Bourgeois s’abstint de paraître, ainsi qu’en témoigne la lettre suivante adressée au Juge de paix par M. Charles Péguy, lettre qui eut le don d’égayer fortement M. le Greflier.
Il est certain qu’il y avait de quoi.
Monsieur le Juge de Paix,
M. André Bourgeois, administrateur des Cahiers, est parti samedi soir à Dax, établissement thermal des Baignots où sa mère, madame Bourgeois, malade, est en traitement. De là il doit ramener madame Bourgeois, sa mère, qui ne peut voyager seule, à Pithiviers, Loiret, 3, rue des Bœufs, où elle demeure. M. André Bourgeois sera sans doute de retour à Paris au commencement de la semaine prochaine. Il nous est impossible de le remplacer dans l’affaire pour laquelle il est appelé devant vous; nous vous prions de vouloir bien prononcer la remise de cette affaire.
Vous m’en auriez voulu, Messieurs, si je ne vous avais pas mis sous les yeux cette lettre écrite par mon-
sieur Charles Péguy à un juge de paix : elle se passe de commemtaires qui, d’ailleurs, seraient plutôt attristants.
Je n’usai pas du permis de citer qui me fut délivré par le juge. J’espérais toujours le retour d’anciens amis à des sentiments plus calmes et à un jugement plus sain. Je me bornai à envoyer par ministère d’huissier un congé en règle pour le mois d’octobre et un beau vendredi, le 25 juillet, messieurs Alexandre, Desprès et un de leurs amis, délégués par le comité, réussirent à joindre monsieur Péguy et à en obtenir, sans la moindre contrainte, mais simplement en prenant une attitude ferme, la quittance du terme d’octobre et notre libération.
Je crois, Messieurs, que la modération et la patience ont été de notre côté comme y était le bon droit, puisque pour ménager d’anciens amis, nous avons mis plus de deux mois et demi, du g mai au 25 juillet, pour obtenir une autorisation que moralement et légalement on ne pouvait nous refuser puisque nous consentions à, en effet, payer les termes échus et le terme courant.
Nous offrions même, par esprit de conciliation une indemnité de 300 francs dont nous ne devions pas le premier sou. De plus, vous pouvez remarquer que mal-
e gré les affirmations contraires de monsieur Péguy, nos relations avec monsieur Boivin furent jusqu’au bout correctes et même cordiales, et que jamais monsieur Boivin ne fit la moindre objection au déménagement. Ce n’est que le 25 juin qu’il nous quitta brusquement sans que rien eût fait prévoir cette volte-face soudaine, en faisant claquer les portes, ainsi qu’en témoigne la
Nous arrêterons ici la citation du rapport, car la suite n’a plus trait à la question du déménagement. Nous reprendrons la publicationde ce rapport si nous jugeons
que l’intérêt des Journaux pour Tous, que je représente encore, l’exige.
Quant aux attaques personnelles dont je suis l’objet de votre part, quant aux injures qui sortent tout naturellement de votre encrier et qui me sont aussi personnelles, vous me permettrez de n’en pas tenir compte —
D’ailleurs, quand je vois quels sont ceux que vous insultez, quand je considère que de Henry Bérenger à de Pressensé, en passant par Téry, vos « victimes », sont les meilleurs serviteurs de la démocratie, je ne puis m’empêcher de sentir comme une bouffée d’orgueil me monter au cerveau à l’idée que vous m’avez jugé
digne d’être cloué au même pilori qu’eux.
Certaines personnes me conseillaient de vous « payer de la même monnoie ». J’ai bec et ongles et je crois que ce n’était pas au-dessus de mes moyens ; mais, voyezvous, à mon âge, on ne se refait plus : bien que, selon vous, je ne sois qu’un grossier pornographe, j’ai conservé cependant assez de dignité et de respect de moimême pour me croire plus honoré d’être parmi les insultés que parmi les insulteurs. C’est une habitude que j’ai prise pendant l’affaire Dreyfus; vous, Monsieur, vous avez changé de camp.
Et c’est pourquoi je vous prie d’agréer toutes mes
Lui déclarant que faute de satisfaire à la présente sommation, le requérant se pourvoira ainsi que de droit pour l’y contraindre. Sous toutes réserves ;
Et je lui ai étant et parlant comme dessus, laissé cette copie sous enveloppe fermée ne portant d’autre indication, d’un côté, que les nom et demeure de la partie et de l’autre, que le cachet de mon Étude apposé sur la
à fermeture du pli le tout conformément à la loi. Copie : huit feuilles de papier spécial à 1 franc 20 et ; une à 60 centimes : Total dix francs 20 centimes.
Maître Louis Maillard, huissier, successeur de
Je rappelle, pour mémoire, que M. Bernard-Lasare, contrôle administratif de Œuvre du Livre pour tous, a, par lettre recommandée adressée à M. Georges Colomb, président des nouveaux Journaux pour tous, à la Société nouvelle de librairie et d’édition, 17, rue Cujas, Paris, proposé de constituer des arbitres ; — et que j’ai demandé à être entendu en témoignage par ces arbitres sur toutes les parties du débat.
Le Bulletin de l’Office du travail de novembre 1902 contient un compte rendu de la grève générale des mineurs. Je vous l’envoie par ce courrier. C’est du fait tout nu et moins amusant qu’un feuilleton de Zévaco. Peut-être jugerez-vous cependant que ce fait intéresserait vos lecteurs puisque — selon la couleur de leur journal — ils n’ont entendu parler que des bons mineurs et des méchantes compagnies, — ou inversement des affreux grévistes et du généreux Comité des houillères.
Jean le Clerc
La grève générale des mineurs, décidée en principe au congrès de Lens (avril 1901), ajournée par le Comité national de la fédération des mineurs de France à l’annonce du dépôt à la Chambre de propositions intéressant deux importantes revendications des ouvriers de la mine (modification du régime des retraites, limitation de la durée de travail), avait encore été votée, au mois de mars 1902, par le congrès d’Alais, puis ajournée à la suite d’un referendum.
La convention signée à Arras, (1) le 31 octobre 1900, par les délégations ouvrières et patronales du Nord et du Pas-de-Calais, majorant de 10 °/, les salaires des ouvriers mineurs, cessait d’avoir son effet le 31 mai 1902. Trois entrevues eurent lieu, le 15 et le 26 mai et le 9 juin, entre délégués des ouvriers et représentants des Compagnies. Ces derniers consentaient à ne pas réduire l’augmentation au delà de 5°/,; les délégués ouvriers déclarèrent ne pouvoir accepter cette transaction. Cependant, comme la question de la grève générale était inscrite à l’ordre du jour du congrès national de Commentry, dont la réunion, fixée à la première quinzaine
(1) Voir Statistique des grèves et des recours à la conciliation et à l’arbitrage survenus pendant l’année 1900, page 590 et suivantes.
Bulletin de l’Office du trapail d’août par le congrès d’Alaiïs, avait été reculée au 24 septembre, les syndicats du Nord et du Pas-de-Calais résolurent d’attendre ce terme.
Le 3r juillet 1902, la Compagnie des mines de la Loire, bientôt suivie par toutes les compagnies minières du bassin, fit placarder aux abords des puits un avis notifiant aux ouvriers qu’en présence de la baisse du prix de vente du charbon, la prime de 9 °/, sur les salaires, accordée par la sentence arbitrale rendue, le 6 janvier 1900, à la suite de la dernière grève, (1) et maintenue au delà de l’échéance fixée (30 juin 1901), serait abaissée à 3°,,, à partir du 16 août 1902. Le comité de la Fédération régionale des mineurs de la Loire se plaignit que les Compagnies n’eussent pas fait connaître leur résolution par un préavis de trois mois, la sentence n’ayant pas été dénoncée le 30 juin 1901. En effet, la sentence arbitrale rendue, en 1900, par MM. Gruner et Jaurès stipulait : « Les deux parties s’engagent réciproquement à n’apporter à cette convention aucune modification jusqu’au 30 juin 1901. A cette date et sur un préavis de trois mois donné au préfet de la Loire par l’une ou l’autre des parties, une procédure arbitrale, semblable à celle qui met fin au présent conflit, déter-
_ minera si les conditions de l’industrie permettent le maintien intégral ou partiel de cette augmentation. » Sur la demande du comité de la Fédération régionale, le préfet entama des négociations avec les Compagnies. Le 7 août, il reçut les directeurs qui lui exposèrent qu’à leurs yeux, comme aux yeux de M. Gruner, leur arbitre
(1) Voir Statistique des grèves et des recours à la conciliation et à l’arbitrage survenus pendant l’année 1899, page 605 et suivantes.
en 1900, la sentence était périmée depuis le 30 juin 1901. La seule concession qu’ils pussent faire était de maintenir la prime à 3 °,, au lieu de la supprimer
Dès ce moment, une vive agitation en faveur de la grève se manifesta dans le bassin de la Loire. Le 25 août, le comité fédéral fixa au 12 septembre la cessation du travail, si la date du congrès de Commentry n’était pas avancée: Cette résolution, votée par quatre voix contre quatre, ne fut pas accueillie favorablement par les divers syndicats et la grève fut encore différée. Le congrès se réunit à Commentry le 24 septembre ; mais, dès le premier jour, il apprit par une dépêche que les mineurs de la compagnie de l’Escarpelle, à Dorignies (Nord), s’étaient mis en grève, au nombre de 500 environ, sans attendre sa décision. Les délégués de la région du Nord au congrès adressèrent en hâte à Dorignies une dépêche sommant les ouvriers de reprendre le travail. La réponse parvint à deux heures de l’aprèsmidi : les ouvriers refusaient de se remettre au travail et suppliaient le congrès de prendre une décision immé- diate sur la grève générale. Un membre du syndicat du Pas-de-Calais se rendit à Dorignies, le 25 septembre, et tenta vainement de faire changer la résolution des gré- vistes. Le 27, alors que le Congrès, après avoir voté à l’unanimité la grève générale, laissait au comité de la Fédération nationale le soin de fixer le jour de la cessation du travail, on comptait déjà 3.423 grévistes dans le Nord et le Pas-de-Calais.
Le comité national, conformément aux décisions du congrès, adressa le 36 septembre, une lettre au président du Conseil et une à M. Gruner, secrétaire du
Bulletin de l’Office du travail
Comité des houillères de France. Dans sa lettre au pré- sident du Conseil, il demandait au gouvernement de s’employer à faire aboutir les propositions ou projets de lois répondant aux revendications de la corporation (réduction de la journée de travail à 8 heures; retraite de 2 francs par jour à 5o ans d’âge, après 50 années de service; minimum de salaires ; modification des lois de 1890 [sur les délégués à la sécurité des mineurs] et de 1898 [sur les accidents du travail] ; création de
Au Comité des houillères le comité national des mineurs
: proposait qu’une délégation patronale fût chargée de discuter avec la délégation ouvrière, déjà désignée, les questions relatives aux salaires, à l’organisation et à la réglementation du travail. Il annonçait l’envoi d’un tableau des minimums de salaires établis par régions minières et faisait savoir son intention de se réunir à la Bourse du travail de Paris, le 7 octobre.
: Le président du Conseil, par sa lettre du 3 octobre, rappela au comité national que les questions des retraites et de la limitation du travail étaient à l’ordre du jour de la Chambre et du Sénat. Quant au minimum de salaire, M. Combes s’en référait aux termes de la lettre adressée par M. Waldeck-Rousseau, le 16 octobre 1901, au secrétaire général de la Fédération, estimant « qu’il n’appartenait qu’aux parties de fixer ce minimum par un commun accord ».
Le président du Comité des houillères répondit, le 6 octobre, au comité national. Il déclinait l’offre des négociations, attendu que les statuts du Comité des houillères excluent « des délibérations de l’association les conditions selon lesquelles il convient à ses membres
de gérer l’exploitation économique, technique ou commerciale de leur entreprise ».
A cette date, il y avait déjà, dans le Nord et le Pasde-Calais, 32.000 grévistes. Le comité national, assemblé à la Bourse du travail de Paris, le 7 et le 8 octobre, vota à l’unanimité la grève générale de la corporation pour le 9 au matin. Sa décision avait été devancée par les mineurs de la Loire et du Centre, qui avaient cessé le travail le 8. Le comité publia un manifeste dans lequel il s’adressait successivement « aux mineurs, au prolétariat français, aux commerçants, aux mineurs de tous les pays, aux soldats ». Une nouvelle lettre au président du Conseil exposa que la grève était dirigée, non contre les pouvoirs publics, mais contre les Compagnies. Enfin, un second appel adressé au Comité des houillères provoqua de la part du président de cette association un nouveau refus de discussion.
Le 10 octobre, les délégués des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, réunis en congrès à Lens, décidèrent, par 112 voix contre 17, de donner mandat au Comité de la fédération régionale pour négocier avec les Compagnies de la région. Le lendemain, M. Basly, député du Pas-de-Calais, adressa aux préfets du Nord et du Pas-de-Calais une lettre sollicitant leur intervention en vue d’amener les Compagnies à entamer des négociations avec les représentants des grévistes sur les questions suivantes : 1° relèvement des salaires ; 2° établissement d’un minimum de salaires ; 3° suppression du surmenage ; 4° engagement de n’exercer aucun renvoi pour fait de grève ; 5° contrôle des salaires. Les deux préfets acceptèrent la mission et écrivirent le 13 et le
14 octobre aux directeurs et agents généraux des Com55
Bulletin de l’Ofice du travail pagnies minières du Pas-de-Calais et du Nord. Ceux-ci délai pour consulter leurs conseils d’administration.
Le 19 octobre, la grève atteignit son maximum d’intensité. Elle était générale dans 11 départements; on comptait 111.266 grévistes, appartenant à 51 compagnies. Après le Nord et le Pas-de-Calais, la Loire et le bassin du Cantal, du Puy-de-Dôme et de la HauteLoire, où les ouvriers n’avaient pas attendu la décision du comité national, les Bouches-du-Rhône, le Gard, le Tarn, avaient cessé le travail le 9 octobre, l’Allier, le
Devant les retards apportés par les Compagnies à répondre aux invitations des préfets du Nord et du Pas-de-Calais, les députés des centres miniers interpellèrent le président du Conseil, le 21 octobre. La Chambre, dans sa séance du 23, vota un ordre du jour invitant le Gouvernement à user de toute son influence pour faire accepter l’arbitrage par les parties en présence.
La grève avait eu des conire-coups assez graves. Les ouvriers déchargeurs de charbon des ports, qui, dès le 11 octobre, avaient proposé aux mineurs de déclarer la grève par solidarité, avaient cessé le travail, le 21 octobre, à Dunkerque et à Calais; le 23, à Marseille. Ils étaient au nombre d’environ 5.000, dont près de 4.000 à Dunkerque. Dans cette dernière ville éclatèrent, le 22 et le 23 octobre, des désordres si violents que le Syndicat des ouvriers du port et la Fédération des syndicats ouvriers de Dunkerque protestèrent vivement, déclinèrent toute responsabilité etinvitèrent les ouvriers à observer le plus grand calme et à reprendre le travail. Ces conseils furent suivis: la reprise du travail,
votée par voie de referendum le 24, eut lieu le 25. A Calais, le 24, et à Marseille, le 25, la grève s’était terminée sans incidents.
Sur l’invitation qui leur fut adressée télégraphiquement par le président du Conseil, les préfets des départements atteints par la grève convièrent les Compagnies à accepter l’arbitrage. Dans le Nord et dans le Pas-de-Calais, les Compagnies estimèrent que la proposition d’arbitrage était prématurée, mais consentirent à entamer des négociations. Des entrevues eurent lieu, entre les délégations ouvrières et patronales, pour le Pas-de-Calais, à Arras, le 31 octobre; pour le Nord, . à Lille, le 2 novembre. Sur les diverses questions, les solutions de ces deux entrevues furent à peu près identiques : les Compagnies s’engagèrent à « examiner avec une grande bienveillance les circonstances atténuantes » pour la réintégration des grévistes ; sur la suppression du surmenage, on convint que les longues coupes seraient facultatives et annoncées au plus tard la veille par voie d’afliches ; en ce qui concerne le contrôle des salaires, on résolut de demander à l’Administration des mines de communiquer périodiquement des renseignements statistiques permettant d’établir ce contrôle; enfin les Compagnies ofifrirent une majoration des retraites, Mais l’entente ne put se faire sur la question des salaires, qui fut laissée à la décision d’arbitres dont la sentence serait souveraine. Les arbitres choisis se réunirent au Ministère des Travaux publics, le 3 novembre, pour le Pas-de-Calais ; le 7, pour le Nord. Les ouvriers des deux départements avaient choisi le même arbitre, M. Delafond, inspecteur général des mines: les Compagnies du Pas-de-Calais avaient désigné M. Bros-
- Bulletin de l’Office du travail selin, inspecteur général des ponts et chaussées; celles du Nord, M. Heurteau, ingénieur des mines, directeur de la Compagnie des chemins de fer d’Orléans. Les deux sentences conclurent qu’il n’y avait pas lieu, aux termes des conventions dites d’Arras (c’est-à-dire en calculant le taux des salaires d’après la hausse ou la baisse du prix de vente du charbon) de relever les
Cette sentence causa une vive déception dans les centres miniers du Nord et du Pas-de-Calais. Un congrès, tenu à Lens le 8 novembre, décida de continuer la lutte et nomma une délégation nouvelle chargée | d’entrer en pourparlers avec les Compagnies. Mais celles-ci, estimant que l’arbitrage avait mis fin au conflit, repoussèrent les offres de discussion. Un second congrès, assemblé à Lens le 13 novembre, a voté la reprise du travail.
Dans le département de l’Allier, où, depuis le 23 octobre, les mineurs de Saint-Hilaire seuls demeurent en grève, la Compagnie n’a pas encore répondu (15 novembre) aux propositions du Préfet.
Le travail a repris dans l’Aveyron le 25 octobre, et dans le Gard, le 30, les ouvriers ayant abandonné leurs
Dans le Cantal, la grève a pris fin, sans conditions, le 21 octobre. Dans le Puy-de-Dôme, des entrevues, provoquées par le sous-préfet d’Issoire, ont eu lieu le 6 novembre. L’accord s’est établi sur les revendications secondaires ; la question des salaires a été réservée. Le 15 novembre, les Compagnies r’avaient pas encore accepté l’arbitrage. Dans la Haute-Loire, les négociations sont sur le point d’aboutir à une entrevue. $
Dans la Loire, on décida de recourir à un arbitrage pour régler la question des primes. Les ouvriers demandèrent et obtinrent la nomination d’un tiers arbitre, mais l’entente n’a pu s’établir sur le choix de cet arbitre. Les pourparlers sont suspendus.
Dans le Tarn, une entrevue a eu lieu, le 8 novembre, entre le directeur de la Compagnie des mines d’Albi et la délégation ouvrière, assistée de M. Viviani, ancien député. L’entente n’a pu s’établir; sur la proposition d’arbitrage, le directeur a réservé sa décision, afin de consulter le conseil d’administration. A Carmaux, la
Compagnie a refusé d’admettre aux pourparlers le
- député et le maire, MM. Jaurès et Calvinhac.
Le Bulletin de l’Office du travail de décembre 1902
publiait la suite et fin de cet article :
ge année. — No 12 Prix du numéro : 20 centimes Décembre 1902 (Ministère du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des Télégraphes) Revue du travail en novembre. . 41853 Conciliation et arbitrage en novembre … … . 864 La grève générale des mineurs. (Suite et fin.) … . . 865 Expériences comparatives de peintures au blanc de Le congrès à Cologne de l’Association internationale | pour la protection légale des travailleurs … … 87 Cinquième congrès de l’Alliance coopérative internationale 10e EURE ENTREE 0 Syndicats ; droit d’ester en justice. — Loi du 2 novembre :892; cumul des contraventions identiques en | matière d’inspection du travail. — Loi du 9 avril 1898; accidents du travail, COINS Mouvement social à l’étranger à Allemagne : Revue du travail. — Placement. — Grèves. — Durée du travail dans les maisons de commerce | sans magasins de vente publics, — La Bourse du | travail de Berlin. — L’ivresse et les accidents du | États-Unis : Grève générale des mineurs de Pensylvanie. — L’assurance-accidents dans le Maryland… 890 Grande-Bretagne : Revué du travail. — Grèves. — Le congrès des Trades-Unions. — Réparation des acci-
À dents du travail (1901). — Les sociétés coopératives | de consommation et de production. . , … … . 895 Nouvelle-Zélande : L’inspection des fabriques (r901Suisse : Application de la loi fédérale sur les fabriques. — Loi du 26 juin 1902 sur le paiement des salaires et Actes et documents officiels Décret du 21 novembre 1902 interdisant le « pompage » dans la poterie d’étain. — Arrêté du ministre du commerce, en date du 15 novembre 1902, sur les conditions des avances aux banques coopératives ouvrières. — Lettre du Sous-Secrétaire d’État des 1 Postes et Télégraphes, en date du 11 août 1902, sur Etat des travaux législatifs (novembre-décembre 1902). gog Analyse, par département, des renseignements fournis : 1° par les associations patronales, etc. ; 2’ par les Analyse, par département, des renseignements fournis Prix au détail de certaines denrées (4° trimestre 1901) . 934 faillites ; autorisations de bâtir ; adjudications. . , . 935 5, rue des Beaux-Arts (6° arr’) 5, rue de Mézières (6° arr’) Le Bulletin de l’Office du travail paraît tous les mois. On le trouve chez tous les libraires. On s’abonne également dans tous les bureaux de poste et à l’Imprimerie nationale. Les abonnements ne sont pas requs au Ministère du Commerce
À la date du 15 novembre, la grève persiste dans les départements de la Loire, de la Haute-Loire, du Puyde-Dôme et du Tarn. |
Dans la Loire, les pourparlers engagés en vue du choix d’un tiers-arbitre aboutirent à la désignation de | M. Ballot-Beaupré, premier président de la cour de cassation. La convention fixant les conditions de la reprise du travail, soumise par le préfet aux délégués des Compagnies et des ouvriers, fut signée le 21 novembre. Les Compagnies reconnaissaient le comité fédéral des mineurs, s’engageaient à assurer l’équitable répartition du travail, à tenter l’expérience dela double fiche de paye, à verser les amendes aux caisses de secours et à accorder la plus large amnistie. On laissait aux arbitres, M. Cholat, administrateur délégué des Aciéries de Saint-Étienne, pour les Compagnies, et M. Briand, député, pour les grévistes, « la mission exclusive de trancher le différend qui s’est élevé sur le point de savoir s’il y a lieu de supprimer, réduire, maintenir ou augmenter la prime des salaires », pour une période ne devant pas s’étendre au delà du 30 juin 1904.
Le 22 novembre les arbitres commencèrent leurs travaux. Le 24, n’ayant pu aboutir à une entente, ils firent appel au tiers-arbitre. Celui-ci, après avoir procédé, conformément à la sentence arbitrale du 6 janvier 1900, à une étude attentive des « conditions de l’industrie minière », rendit, le 28 novembre, une sentence comportant les trois clauses suivantes :
1° La prime des salaires, réduite de 9 à 3 ‘ depuis le salaire de chaque ouvrier, sans pouvoir être, ni inférieure
à 20 centimes, ni supérieure à 35 centimes par journée de
2 Elle sera de 4 °/, pour le deuxième semestre de 1903
avec un minimum de 15 centimes et un maximum de
3 Elle sera de 3 ‘°/, pour le premier semestre de 1904 avec un minimum de 10 centimes et un maximum de
Cette sentence fut acceptée par les deux parties, Le travail avait été repris, dans tout le bassin, le jour même.
Dans la Haute-Loire, les Compagnies récusèrent les arbitres proposés par les grévistes. Le président du Conseil intervint auprès des directeurs, le 20 novembre, et les amena à maintenir les salaires et la prime jusqu’au 31 décembre 1903. La reprise du travail eut lieu le 24 novembre dans tous les puits, à l’exception de la concession de Bouxhors, abandonnée par la Compagnie de Commentry-Fourchambault-Decazeville.
Dans le Puy-de-Dôme, l’accord s’était fait, dès le 10 novembre, sur les revendications secondaires. Pour régler la question des salaires, les patrons avaient proposé et les ouvriers avaient accepté : 1° qu’un expert désigné par le président du Conseil déterminerait si les prix de vente actuels étaient supérieurs ou inférieurs à ceux du premier trimestre 1901 ; 2° que dans le second cas les salaires actuels seraient maintenus et que dans le premier cas des arbitres détermineraient la hausse à faire subir au salaire.
: L’expert désigné, M. Arthur Fontaine, directeur du Travail au Ministère du Commerce, se rendit à Messeix le 26 novembre et ne put que constater la baisse des
Bulletin de l’Office du travail | cours. Les ouvriers obtinrent cependant des mesures leur permettant de contrôler l’exécution de l’engagement de la Compagnie relatif au maintien des salaires actuels, et régularisant, sur la base de l’augmentation du salaire à la journée accordé en 1900, les primes à allouer au salaire à la tâche. Les grévistes formulèrent, le 29 novembre, de nouvelles revendications sur lesquelles ils obtinrent une satisfaction partielle. La reprise du travail fut votée le 5 décembre.
Dans le Tarn, à Albi, l’entente s’établit, le 17novembre, entre la Compagnie de Cagnac et le représentant des
1° Le contrat du 6 juin 1902, qui devait tomber en cas de nouvelle grève, est maintenu dans son intégralité ;
2° La prime de 5 ‘,, qui devait tomber le 31 mars 1903, est prolongée jusqu’au premier juillet 1903 ; ù
3° Elle ne sera supprimée que si la Compagnie s’y voit réduite et après discussion contradictoire entre elle et les ouvriers sous forme d’un arbitrage qui ne portera que sur cette unique question ;
4 La Compagnie fera tous ses efforts pour hâter le fonçage des puits de la Gare pour la mettre en exploitation et accélérer la descente et la remonte des ouvriers ;
, 5° Comme conséquence, les ouvriers reprendront le
A Carmaux, la Compagnie des Houïillères de Carmaux accepta l’arbitrage et choisit maître Ménard, avocat à la Cour d’appel de Paris; M. Viviani fut désigné par les ouvriers. La sentence fut rendue le 3 décembre, elle
aux revendications présentées dans leurs lettres des 6 et
b) La Compagnie renonce à se prévaloir du cas de rupture
du contrat qu’elle croyait pouvoir invoquer ;
c)] La sentence arbitrale du 20 mars 1892, reste, dans ces conditions, la loi des parties.
ARTICLE 2. — La Compagnie payera aux ouvriers, du premier janvier 1903 au premier janvier 1904, dans les formes et sous les conditions adoptées en 1901, une prime de 5 ‘,, calculée sur les salaires types de la sentence arbitrale de 1892; quinze jours au moins avant le premier janvier 1904, la Compagnie fera connaître aux mineurs ses intentions en ce qui concerne la prime.
ARTICLE 3. — La reprise du travail commencera à la date convenue entre le Comité de la grève et la Compagnie.
ARTICLE 4. — La Compagnie confirme l’intention qu’elle a manifestée et prend en tant que de besoin l’engagement de ne prononcer aucun renvoi et de n’exercer aucune représaille à raison des faits de grève antérieurs au présent
En conséquence, la reprise du travail a été votée le 4 décembre et effectuée le 5.
La grève est terminée.
Je-prie notre correspondant de vouloir bien continuer à dépouiller pour nous le Bulletin de l’Oflice du travail.
Aux Français de bonne volonté il faut rappeler de temps à autre les souffrances lointaines de nos sujets
Dans un premier Courrier d’Indo-Chine paru dans le septième cahier de la troisième série (janvier 1902) j’ai dit, d’après mon expérience personnelle, comment les Français en général et les missionnaires en particulier traitent les indigènes. D’un paquet de journaux tonkinois récemment reçus, je détache deux articles significatifs.
Le premier découvre assez bien quels sentiments ont pour les Annamites les colons français.
Indépendance Tonkinoise du 10 août 1902 : Chronique
Vendredi soir, vers deux heures, des cris de douleur, des hurlements déchirants partaient d’une maison sise à l’angle de l’avenue Henri d’Orléans et d’une petite impasse voisine. Un Européen, qui demeure non loin de là, voulant se rendre compte de ce qui se passait se dirigea vers l’endroit d’où semblaient partir ces cris. Quelle ne fut pas sa surprise en apercevant un malheureux nhaqué (paysan), coolie de la poste, paraît-il, étendu à terre et subissant le terrible et si appréhendé châtiment du rotin. Pourquoi? Pour avoir distrait une somme de cinquante cents au préjudice de son
- patron indigène! Les lambeaux de chair voltigeaient en
l’air sous chaque coup de la cadouille, et le chef de la rue qui assistait à cette horrible scène paraissait très satisfait du spectacle.
Quel châtiment croyez-vous que l’on va infliger aux brutes annamites du boulevard Henri d’Orléans ? Aucun, soyez-en persuadé; mais alors puisque les autorités reconnaissent l’effet bienfaisant des peines corporelles sur l’indigène, pourquoi ne pas nous permettre d’en user au même titre que messieurs les Annamites eux-mêmes ? -
La conclusion de l’article en explique le titre : « Mieux vaut tard que jamais ». — C’est-à-dire : Mieux vaut reconnaître tard que jamais l’effet bienfaisant des peines corporelles infligées à l’indigène.
Ceux qui ne connaissent l’Indo-Chine que par les renseignements officiels et mensongers de notre presse et de nos grandes revues s’étonneront qu’un civilisé, qu’un Français, puisse regretter de ne pouvoir légalement battre l’Annamite à la « cadouille », — « faire voltiger en l’air à coups de rotin les lambeaux de la chair » de l’indigène. Mais ceux qui ont visité l’IndoChine, et qui y ont vu le Français maltraiter systématiquement l’Annamite, retrouveront dans l’article cité l’expression brutale et naïve du sentiment presque général des colons. On devine par quelles violences, par quelles cruautés se manifeste un pareil état d’esprit. — Impossible de résoudre ni même de discuter utilement le problème colonial indo-chinois, si l’on ne tient pas compte de la psychologie spéciale du Français habitant l’Indo-Chine.
Autre correspondance, se rapportant, celle-là, à la
Mission. (Je l’emprunte à un journal tonkinois plutôt
? favorable au catholicisme et qui d’ordinaire défend \ énergiquement la Mission.)
Indépendance Tonkinoise du 29 juin 1902 : Correspondance de Nam Dinh :
On dirait franchement que l’on tient en haut lieu à rendre plus vifs les incidents survenant à chaque instant entre bouddhistes et catholiques. Il semble que l’on soit heureux du sans-gêne, de l’indiscipline des chrétiens indi-
é gènes, et on fait tout pour les amener à commettre de
Je vous avais signalé, il y a quelque temps, les actes de brutalité commis par quelques catholiques sur la personne d’un bachelier païen.
Interrogés, emprisonnés pendant une vingtaine de jours, les coupables ont été obligés d’avouer leurs fautes. Ils ont reconnu avoir coupé la moisson du voisin, mais seulement sur une superficie d’un mau au lieu de quatre, avoir coupé dix bambous au lieu de cent, porté huit coups de bâton et non douze, déchiré une manche du veston du bachelier et non les deux. Et ainsi de suite.
Un jugement peu sévère les condamnant à quelques mois de prison et au remboursement des objets volés, avait été rendu contre les délinquants.
La leçon eùt porté et ces incidents ne se seraient pas reproduits, au moins pendant quelque temps.
Je ne sais pas qui a pu donner de pareils ordres; mais
| celui qui l’a fait assume une grande responsabilité et commet une faute énorme.
Ils vont s’en payer les catholiques puisqu’ils peuvent
ñ voler, frapper, insulter, sans être punis! A peine relâchés et revenus dans leur village, ils se sont . mis à insulter ceux qui avaient porté plainte contre eux, leur promettant une vengeance plus éclatante encore, et se vantant d’avoir de puissants protecteurs à Hanoï! Ont-ils tort”? Non, puisque les faits prouvent le contraire, 6 71
Leurs victimes vont être obligées de quitter le village, | chassées par eux, et ne pouvant plus habiter à côté de gens qui les frappent, les volent et semblent soutenus par | l’autorité.
Je vous tiendrai au courant de ce qui va se passer à Và Ban, car les incidents ne vont pas tarder à se produire plus graves que la première fois.
Des faits analogues à ceux que signale cette correspondance de Nam Dinh se passent fréquemment dans beaucoup de villages en Indo-Chine. Ce petit récit révèle à la fois à quel degré de brutalité, de haine stupide peuvent atteindre les Annamites devenus chré- tiens; avec quel injuste parti-pris les missionnaires soutiennent les convertis dans leurs pires excès; avec quelle lâcheté enfin les fonctionnaires obéissent aux injonctions des missionnaires. On comprend comment par la faute de la Mission la guerre civile, la guerre religieuse risque d’éclater un jour en cette population annamite, si pacifique pourtant, si tolérante et si douce.
Appelons de nos vœux, et, si possible, provoquons par nos efforts l’énergique action morale et politique qui délivrera nos sujets annamites des brutalités fran- çaises et de la tyrannie catholique.