Affaire Dreyfus. Reprise politique parlementaire
e la Quinzaine
, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée {
Ë Pour savoir ce que sont les Cahiers de la Quinzaine, 52 il suffit d’envoyer un mandat de trois francs cinquante d: à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 4 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième #4 arrondissement. On recevra en spécimens six cahiers RSS Nous mettons ce cahier dans le commerce; nous le
Nos cahiers paraissent par séries; une série paraît
- dans le temps d’une année scolaire, d’une année” ne. ouvrière, d’octobre-novembre à juin-juillet. 4 Une série compte ordinairement vingt cahiers, et. 1 nous ne sommes tenus par notre institution qu’à publier vingt cahiers. Mais il nous reste à publier cette année +4 plusieurs cahiers non moins importants que ceux que W: nous avons publiés dans la série même; nous tâche- à rons de publier ces cahiers supplémentaires. À ; Nous prions nos abonnés de vouloir bien donner des 54 ordres pour que ces cahiers supplémentaires leur par-, x viennent pendant les vacances. 4 GA Ces cahiers supplémentaires alourdiront encore le 4 budget de notre quatrième série ; je prie nos souscrip54 teurs, — souscriptions mensuelles régulières et sou-
scriptions extraordinaires, — de vouloir bien nous en.
| Nous demandons à nos abonnés d’utiliser leurs déplacements de vacances pour nous trouver des.
Je savais depuis longtemps que l’on préparait un ; #4 commencement, ou, comme on l’a nommée, une ÉQ prise de l’affaire Dreyfus; je pense que je le sus un £ ee.
s premiers, peut-être avant Jaurès; j’avais de bonnes “rr sons pour le savoir; mais comme je ne tiens pas à M voir des secrets, et que l’action ouverte suffit ample- # à | ent à notre activité, je n’en demandai pas plus; je MOUSE demandai pas ce qu’on avait; je me laissai ainsi 4, | ler à l’impression qu’on avait plus, et plus solide, 54 us net, plus fait, que Jaurès n’a sorti. Car le discours à Fu Jaurès était fait; mais ses preuves n’étaient pas N: ites. Elles étaient à construire. Elles étaient des Re éments de preuve, matière à travailler, démonstra- Re Aux funérailles de Zola, aux obsèques de M. David ‘f adamard, beau-père de M. Dreyfus, des allusions fort B: aires, pour qui savait, avaient été faites au recommen- Fe ment que l’on méditait. Dans notre vingt-et-unième 04 ahier de la troisième série, bon à tirer du samedi ‘ri août 1902, si l’on veut bien se reporter à la consulta- NX on que notre collaborateur Bernard-Lazare nous donna NE 1 ar la loi et les congrégations, datée de Paris, 6 août Be 902, on y trouvera plusieurs phrases qui annonçaient 4 éjà, et non moins clairement, pour qui savait, l’inten- M à on du recommencement. Page 207 : Je suis convaincu “ie
: RON même, disait Bernard-Lazare, je suis convaincu même : $ hi L que si nous constatons tant d’incohérence chez la plu 4 C4 part de ceux, et non des moindres, qui ont participé
ï Ne É 4 _ mouvement de jadis, dont tout le rythme d’ailleurs ke” $ D : pas accompli, c’est qu’ils ont oublié ces règles et r | 400 principes dont je vous parlais. — Page 214 et page 21à ‘4 dans un paragraphe capital : : : }s a — Fait notoire, si nous faisons abstraction du Comité ï E LIEN catholique, de ses adhérents, et de M. Goblet, tous les 4100 Lemaître, de M. Cavaignac à M. Aynard, ont protesté : 1 | au nom de la liberté violée. Les fractions diverses & L. À parti républicain ont approuvé au nom des droits de Ie ENS ! société civile et ont applaudi la légitimité de la forct “à mise au service de ces droits. C’est là un fait grave ia car il ne constitue rien moins que le renversement de: Re positions prises dans ces dernières années. Il per 2 d’établir que attitude des politiciens dans une die È À où nous pensions que la justice seule était engagée fu 1 4 motivée par des considérations extérieures, SAT i f étrangères à la justice même; ef ce sera une raisol 1° désormais valable pour tous ceux qui veulent pensel i de librement et logiquement développer leur pensée, de 1 séparer radicalement des professionnels de la politiqu À 4 et d’accomplir leur œuvre en dehors d’eux. — “3 h 44 Cette phrase véritablement prophétique domine
$ débat, le double débat de la démagogie anticatholiq b Bernard-Lazare, qui était la nôtre, qui était celle de
us les anciens et des véritables dreyfusistes, — : urvu qu’ils ne fussent d’aucun État-Major, — dès ‘3 Fi rs était celle que nous avons exactement conservée. “a | ès lors Bernard-Lazare pensait, nous pensions que es “à à ‘ s politiciens, calquant outrageusement la démagogie + Es il dicale et radicale-socialiste, le gouvernement radical 3 n ‘1 radical-socialiste, la politique radicale et radicale- x Re “Li xcialiste, l’autorité de commandement radicale et LS: ‘4 dicale-socialisie sur la démagogie, le gouvernement, 8 È _ politique et l’autorité de commandement nationa- 4h | que et antidreyfusiste, s’étaient disqualifiés pour le ( WA | commencement ou pour la continuation de laffaire. ? ‘1 événement a montré qu’ils n’étaient pas disqualifiés À 1 4 | ur le déshonorer. 4 Ù Si les paroles de Bernard-Lazare avaient été enten- ‘À °M 1es, les intéressés, le dreyfusisme, le monde se fussent qe si )argné un recommencement triste. ÿ 1 | Ayant assez à travailler de travail ordinaire, j’atten- pe | ais les renseignements et les événements publics, je “H en demandais pas plus. Un matin notre collaborateur ‘4 ernard-Lazare, qui gardait encore le Hit, ou la h. ambre, me dit : Vous savez, c’est entendu, Jaurès 3 à marcher, il s’engagera dans la discussion de l’inva- \ GE dation Syveton. Je vous le dis pour votre gouverne- Di ï ent personnel. Mais gardez cela pour vous. — Le en he: ndemain matin j’ouvris mes journaux et, dans la. M) etite République, je lus en bonne place que Jaurès : 4 Fi vait fait la même confidence en réunion publique, RU, ans je ne sais plus quelle grande halle de province, A ü dans la salle du Théâtre municipal, à je ne sais EL
: US _ vingtième cahier de la quatrième série
| plus combien de milliers de Montluçonnais, de Vierzon-
k 4 nais ou d’habitants de Commentry ou d’ailleurs. Gé-
Û rault-Richard déclarait brusquement dans son journal
je qu’il en avait assez, qu’on allait marcher. La reprise
| était commencée.
He Quand je sus que les intéressés préparaient un
| recommencement de l’affaire, la première chose que je
pe ne me demandai pas fut de savoir si les cahiers mar-
| cheraient ou ne marcheraïent pas, pour parler comme
: France. Nos anciens abonnés n’ont pas oublié, nos
abonnés nouveaux ont peut-être entendu dire que
; notre attitude envers l’affaire Dreyfus, ou pour parler
| exactement que notre situation mentale et morale dans
Vaffaire n’a jamais varié. Elle ne devait pas s’altérer.
Elle ne pouvait pas varier. Dreyfusistes de la première
heure, peut-être avant Jaurès, de l’heure où il n’y en
| avait pas beaucoup, universellement, totalement, per-
| pétuellement, continûment, continuellement, constam-
è ment, exactement dreyfusistes, dreyfusistes de toutes
les heures, et même des heures où il n’y a presque plus
À de dreyfusistes, nous n’avons jamais accepté l’am-
£ nistie, aucune amnistie, non pas seulement cette am-
| + nistie légale et parlementaire que les politiciens, Jaurès
tout le premier, nous ont imposée, mais cette univer-
| selle amnistie mentale el morale que les dreyfusistes
| et que les antidreyfusistes se sont trouvés d’accord pour s’accorder mutuellement.
| Je me permets de rappeler, pour commencer, que
nous avons été des dreyfusistes de la toute première
heure. Si l’on veut bien se reporter aux premières de 3 ces fameuses listes, — pétitions, souscriptions, et en- mL dossements de démarches, — aux toutes premières he listes, à celles qui étaient dangereuses, on y trouvera DA non seulement mon nom, mais ceux de presque tous ny: les amis constants qui ont fait la force et la vie de ces \ NL teurs. Nous n’en tirons nulle vanité. Nous étions parti- s À culièrement bien situés, pour la plupart, pour avoir les Fe renseignements, pour savoir les événements à mesure fe qu’ils se produisaient. Nous n’en voulons tirer non plus Ÿ aucune autorité de commandement. Nous savons ‘à qu’aucune antériorité ne confère aucune autorité de commandement. Rien ne confère aucune autorité de ‘4 commandement. Il ne peut pas y avoir, dans une telle b, affaire, une autorité du premier occupant. Si nous je prétextions de ce que nous avons été des dreyfusistes 4 de la première heure pour demander une autorité de , à commandement sur tous ces dreyfusistes de la dou- Ve zième heure, nous ne serions pas fondés. Mais réci- ÿ proquement nous n’admettons pas que ces dreyfusistes Ÿ de la douzième heure exercent sur nous l’autorité de ‘4 commandement que nous ne demandons pas sur eux. 5 Il serait singulier qu’une autorité de commandement À que l’antériorité ne confère pas, la postériorité, l’inexac- ÿ titude, la lâcheté, la faiblesse, le retard la conférât. 4 Nous défendons généralement toutes nos libertés = N % contre toutes les autorités de commandement. Nous 1 défendons en particulier toutes nos libertés dreyfu- É sistes contre toutes les autorités de commandement 1 _prétendues dreyfusistes qui ont voulu s’établir parmi * nous et sur nous. f Î
vingtième cahier de la quatrième série
; Il est notoire que dans presque toutes les campagnes 24 et dans presque tous les débats, dans presque tous les : travaux, les combattants ou les ouvriers de la dernière fs heure, les retardataires, qui généralement sont les mauFe vais combattants et les mauvais ouvriers, réclament ÿ pour eux la faveur et l’injustice d’exercer une autorité de commandement que les combattants et que les V ouvriers de la première heure, qui généralement sont 1 les bons combattants et les bons ouvriers, n’ont pas même la pensée de réclamer. Outre le besoïn mauvais, et qui semble presque universel, d’exercer une autorité de commandement, il s’établit en eux comme un besoin
mauvais d’équilibre, de rançon, de talion, d’équivalence
injuste; outre le zèle faux et l’outrance du retardataire,
les retardataires se rattrapent de leur ancienne fai-
A blesse, de leur ancienne lâcheté, se défendent, $e sauvent
des reproches mérités qu’ils prévoient ou qu’ils enten-
dent, compensent leur absence initiale en insistant sur
leur nouveau rôle et sur leur présence obsédante et sur
l’autorité de commandement qu’ils veulent exercer dans
Peut-être avant Jaurès. Le grand orateur eut dès le ï tout premier commencement de affaire des hésitations F politiques. Dès lors il s’imaginait que le plus utile était d’entraîner du monde avec soi, et surtout d’entraîner
avec soi son parti. Je me rappelle encore, je me
rappellerai toujours la courte visite que je lui fis
chez lui tout au commencement de l’affaire. J’étais
tout jeune alors. J’étais allé le voir avec Jérôme
Tharaud. Vivant dans une école fermée où l’on avait
installé pour Jaurès un véritable culte, on ne peut
s’imaginer aujourd’hui de quelle innocente, affectueuse 1 et respectueuse vénération nous l’entourions. Nous Ni allämes le voir dans son étroit appartement de la rue ’ Madame, je crois au 15, tout au commencement dé l’af- Fa faire. Il nous fit entrer dans son étroit éabinet de tra- M. vail. HN avait sur son bureau, il nous montra un ou des # Le albums portant spécimens de l’écriture du bordereau, + de l’écriture de Dreyfus, et de celle d’Esterhazy. J’étais “A déjà dreyfusiste forcené. Il était l’heure, nous le con- ù 4 duisimes jusqu’à la Chambre. Îl allait à pied pour ni prendre l’air et pour se donner de l’exercice, parce qu’il Ya était fatigué; il avait de la congestion. C’était dans les 1 derniers mois de cette ancienne législature. Il avait 2 alors, dans cette ancienne Chambre, à lutter contre 500 presque tout le monde. Il tenait bon tant qu’il pouvait. k , 15 Il était fatigué, enroué, rouge, rauque, peiné, triste. Il 2018 allait ne pas être réélu. Ce fut son temps de peine et de ‘10100 véritable honneur. Sur le boulevard, un peu avant d’ar- Le
river à la Chambre, nous croisämes sur le trottoir üwn 3 4 petit vieillard, à l’œil vif, regard vivace, front serré, he ménu, têtu, menton rasé, nez pincé, nez de procuréur, où is
| d’avoué, favoris grisonnants où blancs, lèvres hori- ‘is hargneuses, minces; l’air à la fois finassier et propret, ke fouinassier et guilleret; marchant menu à côté de quel- F. qu’un. Jaurès dit: C’est Méline; il a encore de la vie, le 74
Nous le conduisimes jusqu’à la Chambre par le bou-. 14 levard Saint-Germain. Il était heureux de voir des jeunes ‘4 gens. I! nous conta ses peines. Je ne commets aucune NS. indiscrétion de rapporter aujourd’hui ces propos loin- ‘à tains. Tout le monde les a connus ou devinés depuis. Ki: à
7 4
1 PRE vingtième cahier de ia quatrième série Tout le monde sait quelle était alors la situation. Il y He avait un groupe socialiste. L’ambition, la méthode, l’es- (al poir de Jaurès était d’entraîner tout le groupe offciellement et comme groupe dans l’action dreyfusiste nou- È vellement commencée. Nous lui disions, dès lors anar- | chiste, en un sens, qui n’est nullement celui de M. Sébastien Faure : Qu’importent ces hommes, qu’importent ces partis ; qu’importent ces députés, ces ministres, qu’im- | portent ces politiciens ; qu’importe ce groupe ? Marchons seuls. On n’a pas besoin d’être plusieurs. Puisque nous avons raison, puisque nous sommes justes, puisque nous sommes vrais, commençons par marcher, conti- | nuons par marcher, finissons par marcher. Si les autres : suivent, tant mieux. S’ils ne suivent pas, ou s’ils contra- < * rient, mieux vaut marcher sans eux, avancer, que de rester en arrière avec eux, et que de reculer avec eux pour leur faire plaisir. — Ne croyez pas, nous disait-il, que ce soit pour mon agrément que je m’efforce d’entrainer tout le groupe. Vous ne pouvez vous imaginer à quel point je suis obsédé. Le travail que je fournis en séance et que vous connaissez par les journaux, —[ilavait parlé à la tribune } récemment, et dans des conditions particulièrement à excédanies], — n’est rien en comparaison du travail que 4 je suis forcé de fournir dans les réunions du groupe. ; Les ennemis et les adversaires ne sont rien. Ce sont les ; amis. Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis excédé. Ils me mangent, ils me dévorent, ils ont tous peur de n’être pas réélus. Ils m’arrachent les pans de | mes habits pour m’empêcher de monter à la tribune. Quand je monte à la tribune, je suis déjà vidé, je suis creusé, je suis épuisé par ces dévoràtions intérieures, je | 8
suis exténué d’avance. L’autre jour, pendant que je par- “2h lais, contre cette Chambre lâche et hostile, c’était ke: comme si j’avais eu mille aiguilles qui me traversaient ni le cerveau. Je crois que je vais tomber malade. Je ne AU AL sais pas si j’aurai la force de tenir jusqu’à la fin de la 4 ë
Ainsi peut-être avant Jaurès. Nous n’en tirons nulle RER S4 vanité. Nous étions peut-être mieux situés que lui pour 10 avoir les premiers renseignements, pour savoir et pour AN |. (4 suivre les événements à mesure qu’ils se produisaient. 4 + Déjà les députés n’étaient pas, à beaucoup près, les LE mieux renseignés des citoyens. Nous n’étions pas ÿ j. comme lui embarrassés dans les dificultés de parti. 14 Nous n’étions pas retardés du retard parlementaire 54 4
Nous n’en voulons tirer aucune autorité de comman- 4 dement. Nous avons souvent insisté auprès de Jaurès, Le
_verbalement ou par écrit, vivement, fortement. Nous : A ne le regrettons pas. Mais nous n’avons jamais eu la k. x pensée de le faire marcher. Nous n’avons jamais eu la + pensée de faire marcher personne; en particulier Jaurès. “+ Nous l’avons édité plusieurs fois dans toute la liberté 4 de son texte. Nous respectons la liberté totale de tous 50
nos collaborateurs. Nous n’exerçons aucune autorité de 570 commandement. Nous faisons de la gérance et de E. ladministration; et nul gouvernement. Nous avons : respecté sa liberté tant qu’il était notre collaborateur; D % et nous ne l’avons pas moins respectée quand il n’était à pas notre collaborateur. On va et vient dans ces b: cahiers; on y entre, on en sort; et dans nos relations K.
_n’interviennent jamais les sanctions économiques de ’ 144
; vingiième cahier de la quatrième série Ÿ talions qui seraient injustes. Nous n’en voulons pas plus à ceux de nos anciens collaborateurs qui sont x devenus nos adversaires que nous n’en voulons à ceux ÿ de nos adversaires qui n’ont jamais été nos collaborateurs. Ou, pour parler exactement, nos collaborateurs peuvent devenir nos adversaires et demeurer nos collaborateurs, puisque toutes les opinions peuvent paraître libres en ces cahiers. Personnellement, j’ai souvent demandé à des radicaux, à des partisans du monopole, de nous faire des cahiers où ils nous présenteraient leur doctrine. C’est curieux, ils ne veulent jamais. Ils pré- à fèrent travailler dans le quotidien. Le broché leur est Mais réciproquement nous n’admettons pas que : Jaurès exerce une autorité de commandement sur nous que nous ne demandons pas sur lui. Nous défendons généralement toutes nos libertés dreyfusistes contre toutes les autorités de commandement prétendues dreyfusistes qui ont voulu s’établir parmi nous et sur nous. Nous défendons en particulier toutes nos libertés dreyfusistes contre l’autorité de commandement que Jaurès a voulu établir parmi nous et sur nous. Rien ne à confère aucune autorité de commandement. Ni l’éclat NE ni la solidité des services, ni le génie oratoire, ni des #3 qualités plus rares ou plus profondes, ni des génies plus rares ou plus essentiels ne confèrent une autorité
’ de commandement.
Il est notoire que depuis longtemps, dès avant le commencement de l’affaire, depuis l’amnistie et pour le recommencement de l’affaire la méthode, l’action de Jaurès et de plusieurs s’est constituée, confirmée puis outrée dans le sens d’une autorité de commandement.
C’est une pente habituelle à presque tous lés hoñimes, F que de glisser à exercer une autorité de commañdement. ‘ C’est une pente habituelle à beaucoup de Méridionaux, à aux pays de chaleur et d’enthousiasme, — et nos 53) abonnés méridionaux se plaignent souvent à noûs de js rencontrer chez eux plus que partout ailleurs beaucoup JS d’autorités de commandement, — aux pays d’assemblée, 1h de parole, de thant et de musique, de ténors, de verbe, ;. 4 d’attroupement, aux pays de fête, aux pays dé soleil: 4 ; aux pays romains, aux paÿs du commandement romain, pa. de la paix romaine et de l’aütorité romaine, de l’empire \ es et de la domination romaine, aux pays de sénatet de con- 47 100 suls ; c’est une pénte habituelle aux pays vraiment etpro- ‘à fondément parlementaires, aux pays originaires de la 0 politique, aux municipes, aux villes de form, aux cités 4 d’agora. C’est donc aussi une pente habitüelle aux px orateurs surtout. Qu’est le véritable orateur dans une 4 assemblée, qu’est le grand orateur dans uñ congrès, 314 qu’est-ce que Jaurès dans un meeting, Sinon un homme . ! qui par la verts de son éloquence exerce un empire, ne | une autorité de commandement, la plus soudaine et en : 14 cé sens la moins dynastique autorité de commande: dé ment, = mais lés autorités de commandement lés moins k dyhastiques ne sont pas toujours les moins entièrés, — # puisqu’elle naît improvisée à mesure que naît à lotie Ed la voix de l’orateür, et au regard son geste, = la plus 1 profonde ét la plus inévitable aussi autorité de com- ni: mandement, puisqu’au lieu de saisir les biens, comme d. une autorité de comtandement économique, au lieu de *Ÿ saisir les seuls corps, comme une autorité de comman- 14 dement temporelle, cette autorité du commandement F oratoire, comme une autorité religieuse, comme une ta
dl vingtième cahier de la quatrième série
Fe autorité d’Église, comme la nouvelle autorité que lon
; veut nous faire d’un État seul enseignant, seul philo-
14 sophe, seul savant, seul artiste, cette autorité du com-
el et, beaucoup plus profondément, sentimentale, saisit
pour les régir et pour les asservir les personnels senti-
k ments, les passions profondes, les intimes émotions;
Re les instincts mêmes, les réserves de vie, et les obscurs
A et sommeillants soubassements organiques des instincts.
L’autorité du commandement oratoire est d’autant
ï redoutable qu’elle est intérieure. Sachons nous le rap-
Pie peler et nous l’avouer, nous qui avons si souvent et si à profondément, d’une telle voix et d’untel cœur, acclamé >
‘ Jaurès dans les plus grandes réunions, dans des assem-
l blées capitales, et tout d’abord dans ce grand premier
- meeting du Tivoli. Un grand orateur, un véritable ora-
teur, un orateur de génie dans une assemblée, un
Jaurès dans une assemblée, dominant la foule, c’est un
roi. Rappelons nos anciennes acclamations, et les sen-
à timents de nos anciennes acclamations. Combien n’y
; ; avait-il pas d’autorité de commandement dans la voix
du grand orateur, dans son effort, dans son geste mar-
) telé, dans son poing de marteau, dans sa phrase de
ne commandement forte et grave. Et surtout combien n’y
Es avait-il pas d’obéissance, de suite et de soumission,
’: honnête mais soumise, dans nos acclamations. L’exer-
; ” cice d’un génie oratoireest l’exercice d’un gouvernement
( redoutable. C’est le gouvernement à la fois consenti,
aimé, recherchécomme une jouissance, maïs non connu,
mal conscient, des tumultueuses passions de la foule.
C’est le gouvernement dont on ne se méfie pas, le gouver-
s nement à qui les simples et tant d’innocents se donnent.
Un grand philosophe ne règne pas. Un grand savant ne « 4 règne pas. Un grand artiste ne règne pas. Les grands À + 08 comédiens seuls règnent, et les grands orateurs. Je ne 2 dis pas cela pour les diminuer; une race qui à donné le ‘R grand Molière en est glorifiée pour toujours. Il est vrai ‘14 que Molière n’était pas seulement un comédien de repré- 4 4 sentation. Comédiens, — y compris les tragédiens, — Re orateurs, chanteurs et chefs d’orchestre. Eux seuls ont M: accès directement au public, à la foule. Eux seuls ont Ê: ce contact immédiat qui est ici indispensable à l’exer- À #3 cice du règne, du gouvernement personnel. Eux seuls ; 114 ont une prise immédiate, une saisie directe. M. Chevil- AU: lard, M. Mounet-Sully, M. Jaurès règnent. Le grand 4 orateur gouverne son auditoire, domine, étouffe, éteint, pe: réveille, ranime, excite, étreint, outre les sentiments Fe des consciences, les sentiments et les instincts des nt inconscients. Il règne. Autant l’exercice modeste, pru- “4 dent, sage, précautionneux de la critique scientifique pi. peut éloigner un Duclaux des attitudes gouvernemen- 5 F: tales, autant par l’exercice de son génie oratoire un F Jaurès devait incliner à exercer une autorité de com- 44 mandement. Cette attitude prise dans les situations 4 où il se sentait le plus fort, le plus grand, le plus \ 1 mémorable, où il suivait son génie, où il était le plus 4 puissant, Jaurès devait naturellement et par préférence #0 l”étendre aux autres situations de sa vie, aux situations 1 moins spontanées, moins natives, plus ingrates. On 243 est toujours tenté de faire en tout ce qui vous réussit ‘à le mieux là où on réussit le mieux. C’est ainsi qu’il à a peu à peu’et de plus en plus glissé dans le sens 1 gouvernemental, dans le sens autoritaire, dans le sens he 4 d’une autorité de commandement. Ce glissement, cet 4 | 114
K vinglième cahier de la quatrième série 3 infléchissement s’est fait sentir peu à peu dans toute sa ï méthode et dans toute son action. Il a peu à peu traité De tous les sujets comme des sujets oratoïres, comme 1 des matières à gouvernement oratoire, et à tout gou- ; vernement, tous les publics ainsi que des auditoires, é toutes les actions comme des actions oratoires. C’est par là, en un sens, que toute son action politique est autoritaire. Il n’est pas tant devenu autoritaire par un effet de son radicalisme qu’il n’est au contraire devenu radical par un effet de son autoritarisme. II a, comme ) orateur habituellement triomphant, éprouvé le besoin profond de rallier, parmi les partis politiques, le parti -
qui en temps de double paix, de paix extérieure et de paix intérieure, a outré plus loin qu’on n’avait jamais osé le faire en France les abus de l’autorité de commandement gouvernementale. Quand il fait de la philosophie, Jaurès la fait oratoire, et aujourd’hui impérieuse. | Quand il s’est repris à faire du dreyfusisme, il ne nous a pas fait seulement du dreyfusisme parlementaire; il à nous a fait du dreyfusisme oratoire. Et il a voulu nous à ï ÿ imposer une certaine autorité de commandement. Il
108 nous à fait du dreyfusisme impérieux. Fe C’est enfin la pente naturelle des politiques, et des politiques parlementaires. Une assemblée parlementaire étant une assemblée, en particulier la Chambre devenant de plus en plus tous les jours une réunion publique, — au moins les jours où il y à du monde, parce qu’on À ne travaille pas, — et une réunion publique électorale, recevant de plus en plus tous les jours au moins les vices des réunions publiques, et des réunions publiques
électorales, en particulier les grandes séances de la “4 Chambre devenant de plus en plus tous les jours des 1 meetings, il était inévitable que l’autorité de comman- FES dement exercée invinciblement par le grand orateur “a sur un auditoire, sur la foule populaire, devint dans ce eù cas particulier une autorité de commandement exercée à. parle grand orateur ou par le grand conférencier par- É ” lementaire sur son auditoire parlementaire, sur la foule * 4 des députés. La foule parlementaire demande et reçoit ‘#4 Fautorité de commandement comme toute foule popu- . 7° laire. Sans doute l’autorité se fait ici moins apparente, a U parce que les autorités latentes, éventuelles, des col- 3 4 lègues demandent quelque ménagement. Mais ces 5e) ménagements ne sont guère que de forme. C’est tout de “4 même une autorité de commandement qui s’exerce. 4 Elle est souvent limitée par la corruption ; elle n’est =. presque jamais limitée par la liberté. Dans toute ch assemblée parlementaire et en particulier dans la ÿ 4 Chambre que nous avons aujourd’hui, des autorités FE : de commandement s’exercent et se combattent, il 4 y a des meneurs, il y a des chefs. Jaurès est devenu ce 1 qu’il n’était pas ou presque pas dans l’ancienne légis- 4 lature, un chef parlementaire. Il exerce, commetel, une f autorité de commandement parlementaire. Il est évident + qu’il a voulu introduire, et qu’il a commencé d’intro- SE: duire dans le dreyfusisme, avec son autorité de com- 1e mandement oratoire, son autorité de commandement —. Non seulement le philosophe, l’artiste, le savant ne “À règnent pas, mais ils ne sont pas populaires ; et plus a ils sont grands, plus ils ne sont pas populaires; ils ne si
‘ vingtième cahier de la quatrième série à sont pas envers le peuple du même ordre que sont © avec lui les populaires, l’orateur, le comédien, le parle- é ÉS mentaire, le chanteur, le chef d’orchestre; le grand RE philosophe, le grand artiste, le grand savant ne règne ; pas, quand un orateur petit règne. Il y a dans leur | modestie, dans leur patience, dans leur tristesse, dans
; la gravité, dans la difficulté de leur travail un fond
\ d’amertume qui les rend impopulaires et ingrats. Le
1 peuple veut qu’on soit plus malin que ça, et qu’on
ASE fasse le malin. Il est à peu près impossible qu’un
vraiment grand philosophe soit populaire. Les artistes
ê qui sont devenus populaires le sont devenus en contra- ; riété de leur art. Ce que le peuple aime dans un grand
| savant, quand il aime un grand savant, comme Pasteur,
; ce n’est pas la science même et ce n’est pas le savant,
é ce n’est pas l’enquête inlassablement poursuivie de la
nature, ce n’est pas une vie de travail méthodique,
. intelligent, scientifique et artistique, ce n’est pas la
i continuité de l’enquête et la constance de la vie, c’est
scientifique, c’est le merveilleux, le miraculeux fortuit,
indéterminé, fatal, ou fataliste ; c’est tout ce qu’il y a
en effet de non scientifique, d’artistique ou de naturel
À dans le travail artistique ou scientifique, dans le génie
À la découverte extérieure, ou dans le malheur de la
déconvenue, dans le bonheur ou dans le malheur de
| cette découverte ou de cette déconvenue intérieure
qu’est la force ou la faiblesse de combinaison, d’inven-
a tion, l’invention étant en ce sens une découverte inté- rieure ; inventer, c’est découvrir en soi dans une plus grande richesse native de combinaisons, dans plus de
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souplesse, dans plus de variété le joint que les autres + chercheurs n’avaient pas déeouvert encore en eux. Mais 4 surtout ce que le populaire aime dans quelques sciences : 3) et dans quelques savants, c’est l’utilité, surtout mira- ‘4 culeuse, dans sa pensée, qu’il en tire, c’est ce qu’il 15e croit qu’il y a de miraculeux dans certains résultats, et 5 qui proprement n’y est pas, car ce qu’on nomme le ÿ bonheur de la découverte n’a rien de théologiquement 4: 1 miraculeux. Ainsi les quelques artistes et les quelques 108 savants qui ont régné ou bien ont régné non pas comme BE artistes et comme savants mais comme politiques, ora- 472 teurs, comédiens, et souvent parlementaires, comme ai hommes d’État ou tribuns, — car il est notable que RES beaucoup de ces véritables artistes et de ces véritables “14 savants, quand ils font métier politique et parlemen- 4 taire, oublient totalement leur personnalité de savants 400 et d’artistes et deviennent des orateurs quelconques, 4 des politiques parlementaires quelconques, — ou bien Me ont régné non pas comme artistes et comme savants 1 mais comme détenteurs d’un pouvoir merveilleux, c’est- u à-dire comme détenteurs du seul pouvoir que la science ait véritablement ruiné, comme détenteurs de résultats ë miraculeux qui sont sans doute étrangers à l’art et qui h sont formellement contraires à toute la science. Le és peuple aime les artistes et les savants quand il croit :11i qu’ils sont malins. Au contraire l’orateur, le comédien, Ft le tribun, le chef d’orchestre directement règnent, et ‘7 | comme orateurs, comme comédiens, comme chanteurs, TH comme tribuns, comme chefs d’orchestre. ‘À Le prédicateur aussi règne, étant un orateur ; et il ya k À beaucoup plus du prédicateur dans les. autres espèces de
à vingtième cahier de la quatrième série
à d’orateurs qu’on ne le croït généralement; on pourrait
eu” aller jusqu’à dire que le prédicateur est l’espèce la plus
ae parfaite, la plus achevée, la plus oratoire, d’orateurs,
| celle où tous les autres orateurs tendent invinciblement,
ï sinon complaisamment ; de tous les orateurs le prédica-
4 teur est celui qui exerce le plus et le mieux, le plus abondamment, le plus somptueusement, le plus confor-
tablement l’autorité du commandement oratoire ; aussi
in . est-il de tous les orateurs celui que les autres envient secrètement, consciemment ou inconsciemment, et sur
! qui le plus volontiers ils se modèlent. De plus en plus,
A en partie pour cette cause, les grands discours, même populaires, deviennent des prédications, les grandes réunions, souvent les plus révolutionnaires, à ce qu’elles se prétendent, se transforment en de véritables prêches ;
on n’y entend plus, on n’y tolère plus aucune contradiction, aucune discussion, aucune raison, aucune liberté.
Les contradicteurs, quand ïls ne sont pas de connivence, quand ils ne sont pas des faux contradicteurs,
des avocats du diable, sont littéralement excommumniés et livrés au bras séculier; ils reçoivent les tabourets |
} par la tête, ce qui est la forme et la manifestation mo- |
ÿ derne de l’intolérance religieuse. Les meetings sont deve- {
” nus rituellement des vêpres. Et l’Znternationale remplace |
À le Magnificat. Les orateurs tendent tous à exercer l’auto- |
£ rité du commandement oratoire comme le prédicateut ; |
) la tribune est devenue chaire. Inversement quand | l’Église introduit l’avocat du diable pour faire la contra- | diction, quelle que soit l’antiquité de cette habitude, si | traditionnelle qu’elle soit et quand même elle se rattacherait au drame et à la comédie religieuse du Moyens Age, et quand même elle rejoindrait une antiquité chré-
tienne encore plus éloignée, au sens où l’Église pratique nt aujourd’hui cette coutume, afin de rajeunir et de popu- 2 lariser l’éloquence de la chaire, pour stimuler latten- ; 1 tion, pour corser les offices, pour exciter les fidèles, f ‘4 pour transformer, pour déformer une assistance en 4 auditoire et en spectateurs, pour faire, elle aussi, de la #1 quand l’Église introduit dans ses temples et dans ses “2 offices le débat de contradictions outrées, criardes et fac- x 14 tices, elle méconnaït ce qui fait sa véritable force et sa D véritable grandeur. Ayant la grandeéloquence, l’ancienne 552 éloquence de la chaire, Bossuet, quand elle introduit la D polémique et l’engueulement, unilatéral, mutuel ou réci- à. : | proque, elle cède à une de ces niaiseries, prétentieuses, 4 aigres, qui lui sont familières quand elle entreprend de ‘% se moderniser. Elle aspire à descendre. Et elle descend l | | en effet dans l’incertitude et dans la trivialité. On ne ne saura jamais toutes les sottises qu’aura fait commettre 4 à l’Église catholique cette manie, cette outrance de se Al moderniser, souvent même de s’américaniser. Elle en | oublie, elle en méconnaît toute sa force et toute sa gran- 0 deur. C’était elle qui avait le sens de la véritable élo- À quence, pasce que l’éloquence est un moyen d’exercer He. une autorité de commandement, parce que tout cela se h: tient, parce que toutes les autorités de commandement ” se tiennent, et parce que l’Église avaitle sens de la véri- De table autorité de commandement. La véritable élo- a quence n’admet pas la contestation. Tout le monde sait “2 que Jaurès n’admet plus la contestation, et que ses À adversaires n’ont plus à choisir, pour périr, qu’entre 1 l’étouffement et lécrasement, létouffement du silence “0 concerté, l’écrasement de l”anathème. L’orateur sacré “4
vingtième cahier de la quatrième série 1 du haut de la chaire exerce l’autorité de commande- ; ment la plus grande, car il parle au nom d’un Dieu toutpuissant, et sa propre autorité de commandement n’est pas tant limitée par la présence universelle de l’autorité de son Dieu qu’elle n’est renforcée, authentiquée de cette présence même et de la délégation qu’ilenreçoit.—Ilest notable qu’à mesure que l’éloquence de Jaurès devenait : de l’éloquence de la chaire, sa philosophie redevenait théologique et son autorité archiépiscopale. — C’est par | un jeu curieux des quatre coins que les laïques étatistes prétendus réformistes ou révolutionnaires, se haussant S à des autorités de commandement tous les jours plus | de l’éloquence, fomentent la contamination, l’envahissement de toute éloquence laïque par l’éloquence de la chaire, et que l’Église au contraire, la grande maitresse d’antiquité, la grande maîtresse d’autorité de commandement, se disperse aux formes récentes et 3 déjà vieillies, qu’en outre elle contrefait et feint, des | À Toutes ces réunions controverses que l’on organise | j dans le cinquième arrondissement de Paris pour la jeu- | l nesse des Écoles et un peu ailleurs ne prouvent pas | . contre ce que nous avons dit du gouvernement oratoire ; ou bien elles sont des entreprises d’argent ou de publicité; ou bien elles ne tiennent que par l’autorité morale ou par l’autorité dé commandement du président, du bureau, des orateurs ou des conférenciers ; ou bien elles ne fournissent que des controverses de con- $ férenciers : or le talent du conférencier est tout à fait distinct du génie oratoire; ou bien chacun des deux ora20 È )
teurs gouverne une partie, moralement cloisonnée, de ‘#2 Vassistance; ou bien les assistants ne sont venus que 4 pour la représentation; dans ces conférences-contro- 21 verses on peut dire que, sauf de rares et d’honorables “ exceptions, l’assistance, quand elle échappe au gouver- 13 nement oratoire unique, y échappe tantôt par un par- “3 | tage de gouvernement oratoire, tantôt par indifférence, FN ESS amusement et plaisir, et non pas par la véritable 10 Plus que tout autre grand orateur parlementaire, ‘4 Jaurès devait incliner à spécifier en autorité de com- +2 | | mandement parlementaire son autorité de commande- 7 ment oratoire. Les plus grands admirateurs de son % | génie oratoire s’accordent à constater qu’il n’est pas À s proprement un grand orateur parlementaire, mais qu’il : h est plutôt un grand orateur, généralement parlant, un 4 grand orateur de meeting, un grand orateur populaire & : qui ne perd pas tous ses moyens quand il transporte à à | la tribune parlementaire l’exercice de son génie. Jaurès n| ne donne pas dans une assemblée parlementaire la he mesure de son génie oratoire. Il y perd beaucoup de j ses moyens. Il y est gêné. Il y devient inférieur à ce Fe qu’il vaut. La tribune yest trop petite pour lui, pour son Fe ampleur, pour son geste, pour sa voix même, pour sa AR. lourdeur. II y manque de cette souplesse, de cette ‘À achemination, de cet accompagnement, de cette inces- Du sante adaptation qui fait le véritable orateur parlemen- 0 taire. Il y devient ainsi l’égal et quelquefois l’inférieur 5 de gens qui, absolument parlant, sont loin de le valoir, 2 comme l’honorable M. Briand ou son collègue l’hono- 0 rable M. Ribot. Sentant naturellement son manque, 154
me vingtième cahier de la quatrième série
pe Jaurès est conduit à insister sur les qualités qu’il est à
*k parfaitement assuré de posséder. Nous avons dit, et
s- l’accord est unanime sur ce point, que ce sont justement
; les qualités de force, de masse, de pesanteur, de com-
à : mandement. Jaurès transporte donc en vrac à la tribune
‘ sa grande et lourde éloquence des meetings, son bloc
Ki d’éloquence, l’adaptant comme il peut, plutôt mal que
ee bien. L’effet produit n’est pas toujours l’effet qu’on
Ni: attendait, l’effet légitime. On sait que sa rentrée, dans
a la présente législature, fut mauvaise, que son premier
À discours fut mal accueïlli, fit un mauvais effet, donna
SAINS une impression désagréable, solennelle, pénible, grin-
K çante, fatiguée, fausse, lourde, que son prestige d’ora- —
(8 teur en fut fortement entamé, qu’il en souffrit beaucoup,
: sans le dire, que son autorité sur la Chambre en fut
pe fortement compromise, qu’il n’en souffrit pas moins,
qu’il en fut d’autant plus affecté qu’on attendait sa rentrée
après quatre ans d’une absence glorieuse et que lui-même il attendait sa rentrée, que depuis il avait à cœur de se
à rattraper, et d’effacer la mauvaise impression première,
Pre qu’il réussit en effet à se rattraper, par de studieux discours successifs, et que le désir enfin de recevoir un meilleur accueil politique entra pour une importante
Ë part dans sa conversion définitive au radicalisme anti-
Sa cléricaliste. Jaurès alors transporte à la tribune son |
à éloquence des meetings, pour cette bonne et grosse
F raison que c’est la seule qu’il ait, la seule dont il soit
à bien assuré, parce que se sentant toujours menacé à ;
; la tribune, menacé parles combinaisons parlementaires,
| où il n’excelle pas, menacé par les négociations politi-
: ques, menacé par l’éloquence des véritables orateurs
| parlementaires, il fait comme tout homme menacé, il
insiste dans le sens de sa force et dans le redoublement À s. de sa propre originalité. Il s’efforce, à la tribune parle mentaire, ainsi qu’il y réussissait à la tribune des M meetings, d’exercer une autorité de commandement. 5 set He Telle est, au dire de ses plus grands admirateurs, la A NÉ * qualification de son éloquence. Il a voulu, par entraîne- jo ment, par habitude, par méthode, introduire dans le recommencement du dreyfusisme cette double autorité SUR de commandement oratoire et de commandement FA 4 La division, l’organisation, la répartition des indi- AA. vidus ou des masses parlementaires en partis parle- ; 18 mentaires, la formation des partis et des sous-partis de, ‘1 parlementaires en groupes et en sous-groupes contribue 140 beaucoup à incliner un orateur parlementaire dans le à 5 sens d’exercer une autorité de commandement. Nous è “à ne subissons pas seulement un gouvernement parle- : 140 : mentaire, et un gouvernement de partis parlemen- VAL 2N MN taires, nous subissons un gouvernement de groupes et 4 13 de sous-groupes. Nous examinerons quelque jour pr. comment le gouvernement des groupes marque une 22 _ aggravation dans le dépérissement du parlementarisme ù en France. Nous n’en retenons pour aujourd’hui que à ceci: que le gouvernement des groupes fait une aggra- QU. vation dans l’exercice de l’autorité de commandement 14 400 parlementaire. Une autorité de commandement s’exerce Re beaucoup mieux, sévit beaucoup plus gravement dans 4 une société restreinte. Toutes choses égales d’ailleurs, | ‘1 dans une société nombreuse la hauteur et l’éloignement % du maître, la communauté, la dilution de la servitude 44 en diminue l’intensité. Mais toutes choses égales d’ail- 4 %
| vingtième cahier de la quatrième série | leurs, dans une société peu nombreuse la proximité du : maître, la restriction du champ de la servitude en : à accroît considérablement l’intensité. Ainsi les groupes parlementaires constitués officiellement et les sousgroupes parlementaires fonctionnant officieusement ont des chefs et des maîtres parlementaires beaucoup plus réellement, beaucoup plus lourdement que l’assemblée parlementaire toute n’a des chefs parlementaires. Les mêmes hommes, les mêmes orateurs parlementaires exercent dans leurs groupes respectifs une autorité Î de commandement beaucoup plus intense, beaucoup ’ plus profonde que celle qu’ils exercent, peut-on dire, sur l’ensemble de l’assemblée. Il est plus facile, dans - ce cas particulier, de gouverner cinquante ou cent . cinquante hommes que d’en gouverner plus de cinq cents ; dans l’assemblée on se heurte à des égaux, ou à des équivalents, aux autres chefs, aux autres maîtres ; dans le groupe on ne se heurte qu’aux résistances et à l’envie des inférieurs; dans le groupe les complices, amis politiques ; on s’entend entre soi; dans d l’assemblée le grand nombre même des subordonnés À fait comme un grand flot, une grande vague d’indifté- ÿ rence ou d’hostilité qui peut emporter tout; ici on est peu nombreux, on est entre amis; et il est doux d’exercer une autorité de commandement sur de véritables amis quand ces véritables amis sont de C’est une raison pour quoi le gouvernement parlementaire a si rapidement dégénéré en. gouvernement : des partis parlementaires et pourquoi le gouvernement des partis parlementaires s’est aussi rapidement cris24 VS
tallisé, aggloméré, en gouvernement des groupes et F 4 des sous-groupes. Assez fortement installé pendant TR les anciennes législatures, le gouvernement des groupes ; Si s’était détendu pendant quelques années. Il est aujour- 3 d’hui plus étroitement serré que jamais. Ses nouveaux 20 empiétements et ses nouvelles contraintes ont, comme ns on s’y attendait, coïncidé avec les empiétements du 34 gouvernement radical, avec les contraintes et les sanc- si tions économiques du nouveau jacobinisme d’État. > “1 Ainsi vivent, croissent, prospèrent, fleurissent et se 5 développent deux sentiments humains qui sont deux -v1 sentiments politiques par excellence: le besoin de a commander, de gouverner, d’exercer une autorité de : 13 commandement, qui est invincible chez quelques-uns, à 3 | et en face le besoin d’être asservi, d’être gouverné, de # 3 subir une autorité de commandement, qui fait un vice 4 4 irrésistible chez la plupart. Aujourd’hui le gouverne- SR à ment parlementaire, dégénéré en gouvernement de 1 partis, est soudé en mosaïque de gouvernements de 108 groupes. Dans l’assemblée même les besoins de com- Ee. mander étaient limités et dilués, limités à d’autres 2560 chefs, à d’autres besoins du même ordre, dilués dans (1 l’objet et dans la matière de leur commandement. “18 Dans le groupe au contraire le vice et le besoin _ de commandement, limité dans l’objet et dans la & matière du commandement, s’exerce à une intensité, 2 à une profondeur presque illimitée. Dans l’assemblée E tous les besoins d’obéir se perdaient dans le vague de + l’objet et devant la pluralité des maîtres. Dans le 3% groupe au contraire, le vice et le besoin d’asservisse- F À ment, concentré dans l’objet, culminant devant l’unité -: 108 du maître, en reçoit toutes les sales satisfactions 2 25 14
s vingtième cahier de la quatrième série 4 , qu’il demande. Les groupes et les sous-groupes parle- | ÿ mentaires ne sont pas tant des coalitions d’intérêts, 2: des syndicats d’arrivisme et d’ambition que des coalive ; tions de servitude, commandement et obéissance, des a syndicats d’arrogance et de platitude mutuelles. Ce 4 n’est pas tant pour que les groupés arrivent qu’il y a he des groupes : à ce compte l’effet les tromperait trop à souvent, ils ne peuvent arriver tous, ils ne peuvent : arriver également, ils ne peuvent arriver pleinement ; is ils ont beau parasiter le pays, ils ne peuvent arriver,
- à beaucoup près, autant qu’ils veulent. Mais ils peuvent el tous obéir, et quelques-uns commander. S’il y a des ï groupes, c’est pour que les groupés puissent assouvir « la plus vile de toutes les passions humaines, la plus % vicieuse et la plus universellement sévissante, la passion | du commandement, du commandement que l’onexerce, et du commandement que l’on subit. Dans l’exercice du commandement militaire, la | subordination ne pèse nulle part aussi lourd, n’est } nulle part aussi sensible que dans les petites unités et pour les grades subordonnés immédiatement. Le général } ne pèse pas à beaucoup près dans sa brigade ou dans à sa division, ni le colonel dans son régiment, autant que 5 le capitaine ou que le lieutenant dans la compagnie. … < Aucune autorité n’est aussi dangereuse que l’autorité w À du caporal, du sergent, de l’adjudant. C’est en majeure SA partie pour avoir des maîtres parlementaires, pour J avoir des caporaux, des sergents, des adjudants, des « lieutenants, des capitaines parlementaires, que les à députés, non contents de la formation générale en Chambre, à effectif de bataillon sur le pied de paix, se sont formés en compagnies, en sections, en escouades.
Il n’y a pas seulement dans la société bourgeoise pré- ee. sente le militarisme dogmatique, le militarisme à objet NA 16 militaire. Il y a aussi et surtout un militarisme inté- 548 rieur, de mœurs, d’habitudes, de vice et de besoin. Ce 1 n’est pas en vain que tant de civils parlent tant de 4
Or Jaurès, qui n’était pas un homme de groupe dans j 2% | l’ancienne législature, quand le groupe socialiste était tee ‘14 À quand il y avait un groupe socialiste et que ce groupe “hi | socialiste n’était presque pas un groupe parlementaire, :%4 Jaurès est devenu un homme de groupe justement pen- D. dant la dernière, la précédente législature, pendant son 6 k. interlégislature, quand exclu forcément de tout groupe EL. parlementaire il sentit plus profondément combien 2 cette situation lui manquait. Et il est devenu un 5 homme de groupe parlementaire au moment même où ‘à |} lancien groupe, qui était socialiste, et qui n’était 1 presque pas parlementaire, n’existant plus, deux { Ki; groupes allaient se constituer, qui sont parlementaires, ‘4 et qui ne sont pas socialistes. Ë 10
Non seulement Jaurès est devenu un homme de L gouvernement parlementaire, non seulement il est devenu un homme de gouvernement de parti parlemen- 4: taire, maïs il est devenu très spécialement un homme 2 de gouvernement de groupe parlementaire. Dès avant mn. sa réélection, mais surtout depuis qu’il est redevenu dus député, il a donné tout son effort pour que le gouver- À nement parlementaire de parti fût exercé préalable- A ment, officieusement, réellement, par les groupes de la ee gauche, par les groupes du bloc, ou par les bureaux de | À Fi ces groupes; cela pour son action extérieure; et inté- 1%
, vingtième cahier de la quatrième série rieurement il a donné tout son effort pour que les | députés dits socialistes se missent en un groupe parle- Ce n’est pas seulement par les moyens du gouverne- î ment parlementaire, ce n’est pas seulement par les moyens du gouvernement de parti parlementaire, c’est très spécialement par les moyens du gouvernement de groupe parlementaire que Jaurès a voulu introduire son è recommencement de l’affaire Dreyfus. Devenu lui-même É le chef du groupe socialiste parlementaire, le chef incontesté, miné mais incontesté, jalousé, envié, mais incontesté ; délégué permanent de ce groupe auprès des de ce groupe en ces comités officiels ou officieux d’entente et vraiment de gouvernement où s’exerce loin de ‘ toute publicité le gouvernement parlementaire du bloc, et ainsi tout le gouvernement parlementaire de toute la France, comités où le gouvernement se transporte luimême et rend un compte qu’il ne doit qu’aux assem- | blées régulièrement convoquées ; délégué enfin par ce … groupe auprès des autres groupes républicains pour w | être le candidat commun à la vice-présidence de la Chambre et bientôt l’élu commun, Jaurès ne voulut pas, | dans une circonstance aussi solennelle, fausser compagnie à ses camarades et à ses collègues des groupes. IL ; donna donc à son recommencement de l’affaire la À forme politique de groupe parlementaire. IL s’était W depuis longtemps, et dans un article au moins de /a Petite République, prononcé théoriquement et formellement contre la simple politique parlementaire etpour # la politique parlementaire de groupe, avec ce qu’elle à d’occulte et d’étroit, et, pour dire le mot, d’oligar-
chique, en particulier pour la politique de groupe des NE 4 quatre groupes républicains bloqués. Il ne pouvait pas, S d il ne voulut pas entamer une aussi grosse action poli- 1 tique parlementaire que lui semblaït être son recom- {000 mencement de l’affaire sans avoir averti, entretenu ses : 0 camarades, ses collègues des groupes ainsi bloqués. fi +4 On doit attribuer pour la plus grande part à cette préoc- : n à cupation le soin qu’il eut d’en faire la divulgation pré- \ 10 maturée. S’il parla de l’affaire et du recommencement Li qu’il en voulait tenter dans quelques réunions publiques 11110 et dans son journal, ce fut en partie pour émousser Re ‘4 une opinion publique, et surtout parlementaire, qui je pouvait devenir hostile; c’était en partie pour émousser ÿ une éventuelle déception générale, en avertissant qu’il #1 avait en mains des éléments de travail et de recherche 3 et non pas des preuves toutes faites foudroyantes ; F3 c’était en partie pour émousser la contre-attaque de ni l’ennemi mais ce fut surtout pour avertir, pour prévenir 4 mi | amicalement, politiquement, mais publiquement, ses #4 | collègues les chefs de groupe, et ainsi pour pouvoir Re ensuite en parler officiellement. On peut se demander KE pourquoi Jaurès n’avertit pas, ne prévint pas ses col- ; lègues les chefs de groupe dans le silence des couloirs 4 et dans la discrétion des groupes mêmes. Ce serait mal ; ha. connaître les relations politiques parlementaires de se Jaurès et des radicaux. Jaurès a des radicaux et sur- Eos | tout de leurs chefs exactement l’opinion qu’ils méritent, 34) c’est-à-dire une estime nulle. On trouvera, partout pré- He: sente, cette opinion dans le cahier entier que nous At, avons publié de lui, quatrième cahier de la troisième 11508 série, Études Socialistes. I1 sait parfaitement de quoi PE les troupes radicales, et les chefs radicaux, sont 4
| vingtième cahier _ de la quatrième série 4 capables. Si la conversation avait été pour ainsi dire privée, si la communication s’était faite sous le couvert .
< de l’entente parlementaire intérieure, Jaurès connaîtles
radicaux et leurs chefs : ils étaient parfaitement
E capables de faire semblant d’ignorer plus tard ce qu’on leur eût dit dans le secret des groupes; et ils étaient parfaitement capables de renier enfin les promesses qu’ils auraient faites en ce même secret. Il fallait donc,
il était indispensable que la conversation fût publique.
De R ces incertitudes et ces démarches contradictoires de Jaurès, qui d’une part voulait faire un grand effet parlementaire de nouveauté, d’inattendu, — exemple, en particulier, l’effet de Pellieux, — et qui d’autre part .
voulait avoir contre ses amis politiques toutes les …
: garanties de la publicité.
[Un abonné attentif et clairvoyant me signale comme une entente de groupe, du même ordre, l’entente singulière de Jaurès et du général André; il me dit que la coïncidence de Jaurès et du général André soulève les
mêmes incertitudes et les mêmes soupçons que lacoïncidence de Jaurès et de l’honorable M. Brisson; il me
| général André me paraît constante, si ce général ne M s’était pas avancé à la légère, et s’il n’a pas reculé à la |
bâte. Je mai aucun scrupule à répondre que la conduite 1
politique et juridique de M. le général Andrénemeparaît “ pas constante. Il est arrivé récemment au général André « un événement capital dans la vie d’un homme, unévénement dont les biographes et les historiens oublient sou- $ vent l’importance : il a pris sa retraite. On n’est plusle M même homme après qu’avant cet événement. Les boutiquiers d’Orléans meurent six mois après qu’ils ont
cédé. C’est surtout un événement fondamental dans la À 42 vié d’un militaire. Le général André a été admis dans la en, deuxième section, — réserve, — de l’état-major générai ) 5 de l’armée. Ceux qui ne connaissent pas bien l’armée Ty À ou les fonctionnaires ne sauront jamais tout ce que ces ‘4 3 bellés formules apportent d’amertume. Je sais bien ‘1 que ses collègues du ministère l’ont contraint à se 1 décerner lui-même à lui-même la médaille militaire ; ‘14 | il a subi cette violence, mais ça ne remplace pas la 1 | jeunesse, et l’activité. Avant d’avoir passé la limite 08 l fatale, M. le général André, s’il descendait du minis- | | tère, — mettons pour cause d’affaire Dreyfus, — rece- ‘ de. | vait régulièrement un commandement de corps d’armée. ; 1 1 ù Depuis qu’il a passé la limite fatale M. le général André, (140 | s’il descend du ministère, devient un pauvre homme, (2200 ù un réserviste, un réserviste rémunéré, un retraité, mais :4 À un réserviste enfin, comme vous et moi, et tel que M. le oui; général de Galliffet. Comme tant de vieux officiers, il ‘1 sera contraint de se faire journaliste. Comme tous les D { gens qui ne savent plus quoi faire, il pense au Parle- Re | ment. Maïs on ne sait pas encore si c’est à la Chambre | ou au Sénat qu’il continuera de sauver la République. D’une part on dit qu’il est désigné pour devenir le séna- À ki. teur de Dijon. Plus de quinze ou vingt maires et je ne 26 sais combien d’adjoints le supplient de se porter can- 4 didat au conseil général dans son canton de Gevrey- 1 Chambertin. D’autre part on avait parlé de lui pour la =h première circonscription de Sceaux, communes et can- V4 ton de Montreuil-Vincennes, Seine. Cette circonscription vs est devenue vacante et à pourvoir depuis que le gou- Da. vernement de M. Combes a payé d’un riche consulat ‘a général en Amérique la démission du possesseur ; h
- vingtième cahier de la quatrième série FN nationaliste, M. Pierre-Marie Richard. Notons que “3 M. Combes désobéit à ses propres circulaires. Il a À é formellement commandé à ses subordonnés de réserver 1 les faveurs gouvernementales aux combistes, et lui- É te même on vient de noter qu’il réserve beaucoup de ces faveurs à des nationalistes. Il est vrai que c’est pour les acheter. — Le général André candidat sera comme Re: Sur la coïncidence de Jaurès et du général André, sur “a guerre, je rappelle que je n’ai pu saisir, dans le dix- | huitième cahier de la quatrième série, qu’un exemple, … ! parmi tant d’exemples, de la duplicité parlementaire, : et que j’ai tâché seulement que cet exemple fût culmi- ; Rendons justice à Jaurès. Dans le soin qu’il eut de ; prévenir publiquement ses collègues les chefs de groupe, : il entrait beaucoup de loyauté, de constance, envers | ï soi-même, envers le public, envers ces collègues. Il persévérait ainsi dans un système de gouvernement dont il s’est fait l’adepte et le théoricien. Il continuait ainsi Li comme il avait dès longtemps commencé. IL évitait |
ainsi de se démentir, de démentir son action précé-
dente, et les précédentes relations entretenues avec ses ]
à collègues. Mais il entrait aussi beaucoup de politique. ‘ 4 Par le seul fait qu’ils écoutaient des conversations com-
- mencées et poursuivies publiquement, les collègues | 1 chefs de groupe donnaient des gages publiquement. | ï Une fois qu’ils auraient laissé passer sans interrompre ; | et sans contredire, ils ne pourraient plus dire qu’il n’y 3 avait jamais rien eu.
On sait ce qu’il advint de cette politique, et de cette ; 04 loyauté. La politique fut déçue; la loyauté fut jouée. € 4 Dès lors Jaurès avait mal compté avec la lâcheté de ses ci amis politiques. De jours en jours Jaurès, et Francis de ee Pressensé, qui en toute cette affaire paraît l’avoir secondé 100 loyalement, de jours en jours Jaurès et Francis de Pres- 4 sensé entretenaient le groupe, les groupes, les bureaux à % des groupes, les chefs des groupes. L’effet de ces com- 5 munications répétées aux groupes fut exactement le Et È contraire de celui que l’on avait escompté. È 55 Jaurès avait voulu, sincèrement, donner aux parle- 3 mentaires politiciens radicaux et radicaux-socialistes 3 une impression de constance et de loyauté; il ne réussit ne | qu’à susciter leur méfiance politique et parlementaire. ACTES | Les parlementaires politiciens radicaux et radicaux- nn | socialistes, qui se connaissent, et qui se représentent mn! volontiers à leur image tous les politiques et tous les par- nn: lementaires se dirent : Puisque Jaurès nous prévient, c’est me : qu’il veut faire des combinaisons politiques et parlemen- À | | taires sans nous. Puisque Jaurès nous fait des avances, 14 puisqu’il nous traite aussi poliment, trop poli pour être _ 4 honnête, c’est qu’il prépare des machinations politiques ’ et parlementaires contre nous. Et, prenant leurs précau- 4 tions, ils répondirent aux combinaisons, aux machina- ta 34 tions qu’ils supposaient par des combinaisons, par des fe + Jaurès avait voulu donner aux parlementaires politi- 4 2% ciens radicaux et radicaux-socialistes une impression Ki ? de sagesse et de fermeté politique ; il ne réussit qu’à réveiller leur incurable couardise. Puisque Jaurès nous ; À prévient, se dirent les radicaux, les célèbres hommes ne de gouvernement, les hommes d’État, les hommes d’au- $ É 33 1
10e vingtième cahier de la quatrième série 4% torité, les hommes laïques, puisqu’il fait appel à notre | : courage politique et parlementaire, c’est donc qu’il va y J 4 avoir du danger. Et dès lors ils dressèrent les oreiïlles, é « ’ se préparant pour la fuite rapide. Puisque Jaurès, penk saient-ils, nous prie d’avoir du courage politique et parlementaire, puisqu’il nous encourage d’avance et nous excite, c’est premièrement qu’il a besoin de notre courage ; c’est donc le moment de le lui refuser; et c’est | | deuxièmement qu’il pense que nous n’en avons pas. Et, concluaient-ils en eux-mêmes, il a bien raison, le grand orateur. Il nous connaît.
Ainsi le long délai ménagé par l’indiscrétion voulue ;
| prématurée de Jaurès pour donner aux radicaux de gouvernement le temps de rassembler leurs forces non | päs éparses mais absentes fut employé tout entier à pré- parer la trahison des radicaux et la défection des radi- | caux-socialistes. Dès lors et déjà en ceci Jaurès eut l’hon- : TH neur de se tromper totalement sur la valeur et sur la tenue | politique de ses amis politiques. Dès lors se préparaïent la trahison et la défection qui devaient s’accomplir à dans les deux séances dont nous avons publié le compte à rendu sténographique ir extenso d’après le Journal 4 officiel. De jours en jours on sentait la panique parle- #4 mentaire gagner les groupes radicaux et radical-socia- | É . liste, les groupes du bloc politique parlementaire, k gauche radicale, union démocratique ; de jours en jours | É se succédaient les procès-verbaux inquiétants, et ces | 3 communiqués sournois à la presse, que personne ensuite ne voulut avouer dans la publicité des séances. | Par une opération beaucoup plus profonde et beau- * coup plus grave, par une altération politique parlemen-
taire beaucoup plus dangereuse, par une corruption 40) politique parlementaire Jaurès, qui avait soumis son | Bt 0 recommencement de l’affaire à la politique parlemen- 3 taire de groupe, introduisit la politique parlementaire “4 de groupe au, cœur de l’affaire qu’il recommençait ; RTE extérieurement il avait exposé le recommencement de :2 l’affaire à la domination, aux hasards, aux combinai- CU 1 f sons, aux machinations des groupes politiques parle- ‘ir: US mentaires ; intérieurement, c’est-à-dire par une déviation, 1 “ à par une perversion beaucoup plus profonde et beau- 2 coup plus grave, il mit son recommencement de l’affaire ’ ce dans la forme politique de groupe parlementaire. } *44 On peut à peu près résumer le mode, la méthode, le # sens de ce recommencement en disant que Jaurès a ne | traité les dreyfusistes, sans leur demander leur avis, #4 comme un groupe politique parlementaire et que s’étant à # lil investi lui-même ïil s’est conduit comme le chef de ce Qi groupe. Qu’on se rappelle aujourd’hui comment fut résolu Dee le recommencement de cette affaire capitale. Depuis de pi longs mois tout était prêt, — au moins ce quifut jamais nn: | prêt, — pour le recommencement. Soudain, sans nous ‘4 avoir avertis, sans nous avoir consultés, tout à coup, sans ARE avoir averti personne, sans avoir consulté personne, sans ÿ ! À publicité, sans ouverture, sans conseil, nos chefs, — je 204 suis bien forcé de les nommer ainsi, puisqu’ils se con- : duisirent comme des chefs politiques parlementaires, Nate jà et en un sens comme des chefs militaires, — tout d’un ji d # À L coup nos chefs donnèrent le commandement en avant à +5 marche. Notons que ce recommencement de l’affaire nue Dreyfus par les moyens politiques parlementaires ! Lt pouvait avoir, devait avoir, menace d’avoir les consé- | “ ; quences les plus graves pour l’affaire Dreyfus et pour le ï 4 35 51
7 vingtième cahier de la quatrième série te dreyfusisme, sinon pour le parlementarisme et pour la x politique. La décision de recommencer ainsi présentait donc une importance capitale. Pour en assurer la À valeur et le sérieux, il était indispensable qu’il y eût $ au moins quelque conseil. Non que je veuille introke duire dans l’action dreyfusiste les tergiversations, les M hésitations, les combinaisons, les machinations, les parie lementations d’un parlementarisme stérile. Mais il fallait qu’il y eût au moins quelque conseil, conseil de & travail et d’administration. Puisqu’on avertissait, k puisqu’on prévenait tout le monde, et le- grand public des journaux et des meetings, et le public politique, et ; le public parlementaire, et les radicaux douteux, et les radicaux-socialistes penchants, et les ennemis antisé- mites, il était indispensable, il était convenable, il était juste, il était correct de nous prévenir aussi, de pré- venir les dreyfusistes.
On sait qu’on n’en fit rien. Tout d’un coup on nous dit qu’on marchaït. Et pendant plusieurs mois nous eûmes ce spectacle singulier que Jaurès, entrepreneur du recommencement, éditeur et peut-être auteur du recommencement, s’adressait à tout le monde, excepté
no à nous. Il adressaït au grand public des communica-
ÿ * tions et des exhortations oratoires ; il adressait aux
ki politiques des confidences oratoires; il adressait aux
: parlementaires des admonestations oratoires ; il adres-
à sait aux radicaux et aux radicaux-socialistes des encou-
antidreyfusistes qualifiés des menaces oratoires ; il 4
adressa quelque chose d’oratoire à tout le monde. Mais à nous il n’adressa rien. Aux dreyfusistes il n’adressa
C’est que toute conversation lui était plus agréable pe Fe: que la nôtre. Les résistances du grand publie, les” 1 AS machinations des politiques, les tergiversations des +0 parlementaires, les lâchetés des radicaux, les faiblesses RS 10 | des radicaux-socialistes, les violences mêmes des anti- ass 14 sémites professionnels et des antidreyfusistes lui sont Re moins odieuses que ces frottements perpétuels et que FINS ces limitations que l’autorité de commandement subit DANS pe dans une compagnie d’hommes libres. el. démagogie, et en particulier un penchant qui lui est tr propre. C’est un moyen connu de la politique, en parti- ‘te culier de la politique parlementaire, c’est un vice de la 3 1@ démagogie, et c’est un vice propre de Jaurès que de 34 flatter ses ennemis, parce qu’on les redoute, et de négli- En: ger ses véritables amis, parce qu’on ne les redoute pas. A: Jaurès entretenait le public, parce qu’il redoutait à 4 l’indifférence ou l’hostilité du public; il entretenait le nn: monde politique, parce qu’il redoutait les machinations 1 k du monde politique; il entretenait le monde parlemen- 2 taire, parce qu’il redoutait les combinaisons du monde 4 parlementaire; il entretenait ses amis politiques les Au radicaux et les radicaux-socialistes parce que, tout en se BE trompant sur la grandeur de leur faiblesse et sur la 4 quantité de leur lâcheté, il redoutait la trahison des « 1 uns et la défection des autres ; il entretenait ses enne- | 4] mis les antisémites et Les antidreyfusistes professionnels à ne parce qu’il redoutait ces furieux et parce que, depuis È ut les héros d’Homère, il est convenu qu’avant d’en venir : aux mains on menace au moins un peu l’adversaire, et pe qu’on l’injurie pour se donner du courage, quand on n’est : 400 pas bien sûr de soi. Il entretint toutlemonde ;excepténous | hi
Le vingtième cahier de la quatrième série
Ne les dreyfusistes, parce qu’il savait qu’il pouvait comp-
“1h à ter sur nous. Îl ne commença guère à se rappeler notre
ne existence qu’après la défaite politique parlementaire
d d acquise; quand le public lui fut devenu hostile ou
ti indifférent ; — l’indifférence étant ici la pire des hosti-
ne lités ; — quand le monde politique eut rejeté son
re recommencement de l’affaire, quand le monde parle-
: HE : mentaire l’eut joué, quand les radicaux-socialistes
HS l’eurent lâché, quand les radicaux l’eurent trahi, quand
de les antisémites et quand les antidreyfusistes qualifiés
1 l’eurent éludé. Alors, mais alors seulement lui vint cette
A: idée ingénue que pour faire le recommencement du -
À dreyfusisme en France, il serait peut-être bon de com-
, mencer par s’occuper un peu du peu de dreyfusistes
fi Jusqu’alors, jusqu’après l’accomplissement, jusqu’a-
ÿ près la consommation de la défaite politique parlemen-
#4 taire, il n’avait eu qu’une idée, qui était de faire étatde
tout le monde, excepté nous. Lesdreyfusistes quiavaient
ÿ été à la peine pendant tout le premier temps de laffaire,
| et qui ne demandaient qu’à continuer, et qui avaient
F4 prouvé leur solidité, furent soigneusement laissés hors
3 : de conseil par un ancien dreyfusiste qui ayant cessé
- demandait à recommencer; on les laissa hors de tout
” conseil; et non seulement on ne les appela jamais en M
‘ quelque conseil, maïs on négligea de leur faire savoir
( en temps voulu quels étaient les résultats des délibé-
C’était une décision capitale, et de conséquence incal-
ù culable, que de réintroduire par les moyens politiques … ; parlementaires une affaire qui n’avait jamais ététraitée, M sommairement parlant, et en son chef, que par les
noyens de la justice et de la révolution. Cette décision PA: apitale fut prise on ne sait par qui, on ne sait pour Ë juoï, on ne sait comment, on ne sait quand. Cette incer- ; ù itude, cette ignorance a donné lieu aux plus graves RE 3 nquiétudes, et aux plus graves soupçons. Des dreyfu- Le a istes anciens, rendus soupçonneux par tant d’expé- Me: iences pénibles, se sont demandé si le recommence- 4 nent de l’affaire nommé reprise, à telle date, en de à elles conditions, émanait librement de M. Dreyfus ou S: u contraire si elle émanait politiquement de M. Jaurès: 23 nème ils se sont demandé si cette brusque reprise 14 avait pas été imposée, amicalement, enlevée par à aurès; dans l’état actuel de nos connaissances, nous y, le pouvons répondre à de telles inquiétudes. Je ne { onfonds pas, et l’on doit distinguer d’abord, la décision 4 qui était prise depuis longtemps de recommencer l’af- & aire, de tenter la reprise avec les éléments que l’on à. wait réunis, et la décision qui fut prise un jour, brusque, 4 le recommencer tout de suite et par les moyens politi- “1 ues parlementaires. La première de ces deux déci- 4 ions était une décision d’opportunité; la deuxième L tait une décision de moralité. te Par une pénétration intérieure, profonde et grave, | à les mœurs politiques parlementaires dans ce recom- { à nencement politique parlementaire d’une affaire qui 5 tait révolutionnaire et morale, ce recommencement de ; É affaire fut organisé sous le régime d’une totale irres- è onsabilité. On me dit que cette décision capitale fut te € rise contre l’avis du principal intéressé ; je n’en veux … Ke ien savoir; pour les mêmes raisons que nous deman- k lons que l’action dreyfusiste soit et reste ouverte, pour di: es mêmes raisons nous nous rendons compte qu’il faut on
F Ù vingtième cahier de la quatrième série ji ë que cette critique dreyfusiste reste ouverte. Ce qui est pa constant, c’est que cette décision capitale fut prise avec ne une rapidité inquiétante, et même avec une certaine PS bâte. Un jour on nous dit : On va marcher. Une amitié ë “el Ÿ particulière me permit seule d’avoir comme un rensei1: ; gnement ce qui était aussi un renseignement pour mon 12 ami, et ce qui nous fut communiqué à tous comme un Fu ordre. Ainsi Jaurès, pendant toute la préparation du Lx É recommencement, et pendant toute la bataille du recomda mencement, exerçait parmi nous et sur nous une SAN autorité de commandement; il exerçait en particulier Fi l’autorité de commandement politique militaire et pare lementaire qu’un chef de groupe politique parlementaire LU exerce parmi et sur les groupés quand les groupés sont La négligés, et un peu méprisés, de leur chef. Jamais polias tiques parlementaires groupés n’intervinrent aussi peu % dans les délibérations de leurs chefs que nous ne som- | ; mes intervenus dans les délibérations de Jaurès, dans. | la décision capitale. Je suis assuré que M. Doumer | traite les colonialistes avec plus d’égards, avec plus de
C’est le grand secret de la politique, de faire ou de. *s faire semblant de faire une action avec tout le monde,’ ri éxcepté avec ceux qui sont naturellement, spontané- à, ment désignés, volontairement qualifiés pour la faire: : France a quelque part indiqué le grotesque politique ê de tous ces hannetons, de tous ces bourdonnants, de’ tous ces habiles bêtes, qui pendant le premier temps du dreyfusisme se récriaient contre nous : Vous faites trop
de bruit, nous disaient-ils ; vous épouvantez les bonnes,
? volontés. Si vous vous teniez tranquilles, ou plus heu reusement encore si vous n’existiez pas, l’affaire “4
fus marcheraït toute seule; sans vous l’injustice mili- ‘ ue x taire et juridique se dissoudrait, l’armée militaire et An Fu démagogique romprait les rangs. — France comparaït k Æ x: ces bons conseilleurs aux excellents historiens qui décou- A vrent que sans Luther et sans Calvin la Réforme aurait 51 marché toute seule. Or ce fut exactement le défaut et oo le contresens politique de Jaurès en son recommen- LE cement de l’affaire. Gêné depuis l’amnistie dans la fré- 5 queniation des dreyfusistes, il conçut ingénieusement FA le plan de tout refaire le dreyfusisme sans eux. . 1 C’est le fin de la politique. Faire du catholicisme avec 4 les catholiques, du libéralisme avec les libéraux, du 4 socialisme avec les socialistes, et du dreyfusisme, < Qi | avec les dreyfusistes, c’est trop simple, et tout le nn | monde peut en faire autant; à ce travail on ne peut nn | rester qu’un honnête homme ignoré. Mais faire du É. à catholicisme avec les démagogues anticatholiques et 75 catholiques, faire du libéralisme sous la forme du Ne: | monopole, faire du socialisme sous les espèces de l’État (F bourgeois, faire enfin du dreyfusisme avec les radicaux; D : faire de l’antimilitarisme avec les militaires, de préfé- 4 rence avec les généraux de défense républicaine, faire 4 de l’anticolonialisme avec l’ancienne infanterie de ma- 4 rine, et préparer la révolution sociale avec les radicaux 4 réactionnaires, c’est très compliqué, c’est très malin, ‘50 c’est de la politique. Et c’est ainsi que l’on devient grand 4] C’est la pente naturelle des politiques, et des politi- ‘3 ques parlementaires, que de procéder par autorité de sa commandement. Quand un homme libre parle à des di: hommes libres, quand un homme libre s’entretient avec 4
vingtième cahier de la quatrième “a ; 1 f des hommes libres, à aucun moment il ne peut y avoir 4 “8 et il n’y a l’interférence d’une autorité de comman- | 4 } dement; non seulement, et par définition même, il ù 1 n’entre en jeu de l’un aux autres aucune autorité de qe commandement, mais ni l’un ni les autres n’éprouvent |
as | en fait aucun besoin d’exercer ou de subir une autorité
RAA de commandement; quand ïils parlent librement, ils
5 s’entendent, librement; ils délibèrent, librement; ils
<h prennent enfin librement leurs décisions et résolutions
2 SE libres; dans une assemblée, ou plutôt dans une compaDur. gnie, dans une conversation, dans une communication Lo d’hommes libres, tout ce qui se dit s’entend, comme il s est dit, totalement, sans aucune déperdition, exac- … “ tement, sans aucune falsification. Dans une telle comA pagnie la conversation ne subit pasla déperdition dela NS politique parlementaire, la falsification de la politique parlementaire. Au contraire dans les groupes politiques parlementaires toute parole subit une déperdition, une M
dépréciation propre, une falsification, une altération
propre. Et c’est précisément pour compenser l’effet de cette déperdition, c’est afin de redresser l’infléchis-
sement de cette altération que les chefs de groupe, que
à les capitaines politiques parlementaires, que les orax teurs, que les hommes d’État, que les hommes de gou- .
7 vernement, que les hommes d’autorité ont imaginé
d’exercer parmi et sur leurs amis politiques parlementaires une autorité de commandement. Ils en éprouvent M inévitablement le besoin. L’autorité de commandement M | a été précisément inventée pour faire la différence, pour | faire l’appoint, pour compenser la déperdition, pour M corriger la déviation. L’autorité de commandement w | s’établit ainsi vraiment comme une monnaie fiduciaire. ï
Tout le monde en a, et en éprouve, le besoin. Elle AUS devient une institution de servitude mutuelle. Débar- F. LKR rassés de la servitude qu’ils subissent, les politiques #73 parlementaires soumis ne seraient pas moins embarras- i 1 sés de leur liberté nouvelle que ne le seraient leurs maï- me. tres ainsi débarrassés de la servitude qu’ils exercent. HT CSS Il s’établit ainsi un cours fictif, une valeur fiduciaire des te À paroles et des actes. Ni les actes parlementaires ne por- ; É je. tent jamais l’effet, ni les paroles parlementaires ne eu: portent jamais le sens qu’elles porteraient en français. à Tous les partis et tous les groupes politiques parlemen- Fe 1
taires pratiquent, admettent cette déperdition, cette : ee perversion de sens des paroles politiques parlemen- RE d. l taires et des actes. Il s’établit ainsi un véritable langage de politique parlementaire, un langage propre, un langage . D fiduciaire, un idiome, un langage conventionnel. Tous D les partis politiques parlementaires, sans aucune excep- : PCR tion, parlent ce langage conventionnel, tous l’entendent; É Fopposition républicaine ou réactionnaire n’a rien à ‘02 envier ici aux différentes et pour un temps fructueuses ‘té positions républicaines. Apprendre la politique parle- 1 mentaire, c’est apprendre à parler ce langage, et les “1 plus grossiers démagogues y parviennent. Savoir la ‘#4 politique parlementaire, c’est savoir parler ce langage, A UR et les plus grands orateurs y succombent. Quand le pré- ! DL sident du consei!, ministre de l’intérieur et des cultes, y 5 s’écrie théâtralement que nous allons sauver les droits & 13 de la société moderne, chacun entend que ça veut dire nt tu que nous allons sauver, ou simplement soigner les inté- £ #4 rôts politiques de notre ministère. Car les habitués tra- | En duisent immédiatement; ils font immédiatement la #4 réduction nécessaire; ce langage appris leur est devenu « i
ï vingtième cahier de la quatrième série è fi plus cher et plus familier que le langage maternel, que Se le patois du pays; d’abord ils entendent au sens vrai, À * réduit, ce qui est dit au sens politique parlementaire; P | ils n’ont aucune hésitation. Quand un droitier, quand ne un réactionnaire dit que nous défendons toutes les liberga tés, Les libertés communes, saintes libertés, les libertés mx nécessaires, les libertés indispensables, les libertés uni- é verselles, réciproquement tout politique parlementaire ; entend que nous défendons nos intéréts menacés et nos libertés à nous. Quand le président du conseil parle de ta chaleur communicative des banquets, tout le monde F entend que le président du conseil veut dire que le -. ministre de la guerre et celui de la marine étaient saouls. ; Et malheureusement quand Jaurès parlait éloquemment 7H de justice et de vérité pendant le premier temps de l”af- 0 faire, on croyait qu’il s’agissait de justice et de vérité, parce qu’il parlait encore français; mais aujourd’hui quand il parle tumultueusement de justice et de vérité, M tout le monde entend qu’il parle politique parlementaire, et qu’il s’agit de sauvegarder et de favoriser les M intérêts de la politique jaurésiste gouvernementale. | À Tout le monde politique parlementaire, car les bons so électeurs, paternellement cultivés, soigneusement et M à patiemment encouragés par les élus, persistent avec F une invincible opiniâtreté à comprendre directement, à ] écouter fidèlement le langage parlementaire ; ils M | entendent le langage parlementaire en français, et non | pas en parlementaire ; ils entendent le langage de M. Combes, le langage des réactionnaires, le langage de Jaurès comme si c’était du français et non pas comme étant du parlementaire. Ils ne font jamais la g réduction, la traduction. De là vient la perpétuelle et M
inouïie confiance du peuple en ses mandataires. De là ne “4 vient aussi le perpétuel et inouï abusement du peuple 74 par ses mandataires politiques. {1 8RSS Mais le peuple commence à s’éclairer un peu; et les bS: politiques parlementaires trouvent de jour en jour des 4 résistances qu’ils ne prévoyaient pas. Surtout dansle ne. monde ouvrier. Comme toutes les autorités de com- fn ‘4 mandement, l’autorité du commandement gouverne- ‘4 É mental politique parlementaire sera dévoilée, soulevée, 4 déjouée, par le modeste et patient effort de liberté. . 2200 L’autorité de commandement exercée par les chefs Pa parmi et sur leurs amis politiques dans les groupes, He. l’autorité de commandement politique parlementaire EE: | est précisément un de ces poids additionnels politiques ; à Ï parlementaires que les chefs politiques parlementaires 3 +4 ont imaginés pour compenser l’effet de la déperdition +4 politique parlementaire. Et le ton de commandement Do | est en particulier un ton additionnel que les chefs ont 0 imaginé pour compenser le même effet. Puisque les 1 troupes entendent moins quand on dit plus, puisque les troupes politiques parlementaires font la réduction, la ‘ 4 traduction, il faut bien qu’inversement les chefs disent v #4 plus pour qu’on entende moins, qu’ils parlent un lan- sl gage à réduire et à traduire. Une fois ce langage fidu- : ciaire, conventionnel, établi par un jeu de surenchère 14 croissante, il faut bien que tout le monde le parle, et 4 ceux mêmes qui ont le plus contribué à l’établir en sont x les premiers prisonniers. Tout le monde en est prison- ME 4 nier. Qui ne le parlerait pas, serait mal entendu, ou ne ee serait pas entendu du tout. Puisque dans ce langage x ÿ conventionnel par l’effet de cette surenchère et de cette ge
à vingtième cahier de la quatrième série “4
Fe, j exagération constante et croissante ces mots : Nous %
sn sommes assurés d’emporter la victoire signifient : Nous
je. Ur sommes rudement menacés; et puisque ces mots : 1
YA Nous sommes rudement menacés veulent dire : Nous
n avons été irrémédiablement battus, quand un orateur
fe veut dire : Nous sommes rudement menacés, il est bien
a forcé de dire : Nous sommes assurés d’emporter la
il victoire, parce que s’il disait : Nous sommes rudement
S i menacés, tout le monde entendrait : MVous avons été
5 É irrémédiablement battus. Ainsi le mensonge parlemen-
0 taire, contaminant le langage même, victime et prison-
Eu nier de sa propre surenchère et de sa propre exagéra- M
1e tion, tourne, rôde et bourdonne en un cercle d’outrances.
; Et l’autorité de commandement de groupe, l’autorité |
Se de commandement politique parlementaire est une
1 outrance particulière parmi tant d’outrances. j
ñ Peut-être assistons-nous ici au phénomène le plus F
ù important de toute l’histoire parlementaire contempo- |
e ; raine : le peuple des électeurs entend et parle un cer-
s tain langage politique presque sincère; la foule des
*% élus entend et parle un autre langage politique, un …« à langage convenu, tout à fait différent du premier, mais
Sa. correspondant au premier, formé des mêmes mots que ,
LA le premier. Si le peuple politique des électeurs et la
% foule politique des élus parlaient deux langages poli-
Dee tiques totalement différents, il n’y aurait qu’un moindre
de mal; ces deux parties de la nation vivraient séparé- ment, et par suite assez indépendamment; si le langage
& politique des élus n’était pas formé des mêmes mots que le langage politique des électeurs, les électeurs M
| continueraient à ne rien savoir, mais au moins ils sauraient qu’ils ne savent rien; ils se trouveraient en
présence d’une langue étrangère, mais qu’ils connai- aie LA traient pour étrangère. Ce qui fait presque tout le danger 1e +10 de la situation politique parlementaire actuelle, c’est que A il h le langage politique parlementaire des élus etle langage RAR politique des électeurs sont deux langages parallèles, oi correspondants, à la fois totalement étrangers pour le k que sens, et pourtant formés des mêmes mots, deux lan- F0 gages où les mêmes mots figurent, soutiennent les fe 0 mêmes rapports, mais en des sens totalement diffé ï 1 rents, totalement étrangers. Ainsi le peuple croit si # savoir, et il ne sait pas, et il ne sait pas qu’il ne sait pe (10 pas. Le peuple suit des discours entiers, des sessions : LAON entières, des législatures entières, des régimes entiers ni Li sans y entendre un mot; mais il croit qu’il entend parce ? : | qu’il suit tous les mots et toutes les relations formelles 1163 des mots entre eux. Il y a ainsi entre le pays et sa à A
représentation non pas un inentendu, ce qui serait An: grave, non pas un malentendu, ce qui serait plus grave, 4 mais un faux entendu perpétuel et universel, à qui on St, ni est sûr que rien ne peut échapper. M
Le peuple et les parlementaires disent La République, : à
la liberté, la révolution ; mais ce n’est ni la même ‘
République, ni la même liberté, ni la même révolution. nt Telle est évidemment la forme la plus grave du men- À ‘1 songe politique. Les mensonges individuels fabriqués, DE 44 les mensonges collectifs, les mensonges particuliers, M. tant qu’il y en ait, si bien faits, et si habile qu’en soit 1 la contexture, sont au moins limités. Mais qu’imaginer AA de plus dangereux qu’un mensonge illimité, faussant le : (4 langage même, extensible donc autant que le langage, : A inaperçu et doublé d’une sécurité fausse. 50 _ La presse politique, si entrée de toutes parts dans la de 47 1
: Le vingtième cahier de la quatrième série fe ; politique parlementaire, a contribué pour beaucoup à À :d à l’établissement de cet universel faux entendu; elle en a l D fait la grande extension; elle en maïntient aujourd’hui *f 1 la domination et le vice. Tous les journaux politiques, val ; sans aucune exception, tous les journaux de tous les 3) partis politiques, de la Petite République à l’Autorité, e parlent ce langage politique parlementaire, et presque je tous les lecteurs entendent ce langage en français. Et ot « les journalistes et les députés savent parfaitement que 1 À les lecteurs et que les électeurs entendront en français ue tout ce qu’ils écrivent et tout ce qu’ils disent en parle- | ch mentaire. Et c’est ce qui les rend aussi totalement cou- = êù pables. Car ils ne peuvent arguer de leur ignorance. ; Mais c’est aussi tout le secret du jeu. La distance qu’il 11 y a du langage parlementaire au langage français M “or mesure à chaque instant le bénéfice de l’opération, | A puisque les parlementaires promettent au peuple en AG langage parlementaire et que le peuple tient aux parle de mentaires en langage français. Les parlementairespro1 mettent les réformes ou les révolutions en langage par- ” lementaire; le peuple paie l’impôt en langage français. # nn Les parlementaires promettent les monopoles en lanco gage parlementaire; le peuple fournit son travail en 4e langage français. Les parlementaires font des lois en | j langage parlementaire; le peuple les subit én langage
français; il y aurait même une très curieuse étude à M
des faire de la marge que la magistrature est forcée d’attribuer à l’exagération du langage parlementaire quand on en vient à l’application des lois. Les meneurs par- M | lementaires exercent leurs entraînements en langage | parlementaire ; le peuple reçoit les coups en langage És français. Le peuple des grévistes se fait fusiller en ke
français. Les parlementaires ont traité le recommence- 1 TN OS si ment de l’affaire Dreyfus en langage parlementaire; et UT 4 le petit peuple des anciens dreyfusistes a persisté à 10 croire, — ou à espérer? — que c’était du français. 11
Si le peuple entendaiït en parlementaire ce que les ‘4 ; parlementaires disent en parlementaire, la domination ; :KÈ politique parlementaire ne tiendrait que le temps de se “40 réveiller ; et le travail moral pourrait commencer. Mais 4 Ft
_ le peuple entend en français, il aime entendre en fran- “VON à çais, et cette complaisance à peine consciente est la +10 forme et la condition d’un assujettissement dont on ne Hi: voit pas la fin. ‘14
Il y aura beaucoup à dire de ce mensonge fondamen- k K tal de la politique parlementaire, et de la situation du 4 peuple envers ce mensonge. Le peuple est victime sans 12 { | doute; mais il est en même temps complice; ou plutôt “112 il est victime des politiques parlementaires; et ilesten ‘4 même temps victime de soi, qui aime les politiques ‘ke parlementaires, qui leur est complaisant. Le peuple se Re | douterait bien que le langage politique parlementaire ‘4 | n’est pas du langage français. Mais il préfère ne pas : 2 vouloir s’en douter. Il est victime et dupe en ce sens à que, étant donnée une phrase de français, le premier , mouvement, le mouvement droit est de l’entendre en 70) français ; quand donc le peuple entend une phrase en ‘4 français, et qu’elle était dite en parlementaire, on peut : li l’excuser sur ce que le sens français était le sens pre- de: mier, celui qui se présentait premièrement, et naturel- x de lement. Le sens qui ne demande pas traduction, r| réduction, vaut contre le sens qui demande l’une et Ri’ l’autre. Cette excuse est légitime, elle est valable, et Ne. pourtant. Il faut bien avouer que le peuple aime à :
$ cingiième cahier - ° de la quatrième. série \
entendre en français exprès même les discours politi- 4
ques parlementaires, parce que c’est beau, parce que 1
. c’est grand, parce que c’est rassurant, réconfortant,
} confortable, parce que c’est excitant, et, comme on dit, }
; enthousiasmant. Le peuple-se plaît à entendre en fran-
çais. Il est ainsi victime et complice. Il y a là une com-
. plicité trouble et obscure, une complaisance double
ù envers les politiques parlementaires et envers soi-
à même. ï
Si évidente que soit cette complicité, le peuple entend :
en français et il croit ferme à ce qu’il entend. Ou plutôt
il croit d’autant plus ferme qu’il n’a pas la conscience =
*. tranquille de la complicité qu’il sent assez bien. Tou- |
jours par un effet d’équivalence, le peuple se rassure |
& de sa complicité sur sa crédulité. Sinon il ne croirait
tout de même pas tout ce qu’il croit, ou fait semblant $
de croire. Il tient d’autant plus à sa naïveté qu’elle est
Ÿ un peu factice, volontaire et acquise. Toujours par le |
même effet d’équivalence il aime se rattraper sur nous, |
J qui l’avertissons. Il nous traite en ennemis parce que
nous troublons sa quiétude faite et grossièrement F
| naïve. Et il nous en veut d’autant plus qu’il sent tout
ÿ en lui-même que nous avons raison.
4 Si évidente que soit cette complicité, par l’effet de $
ii cette complicité même, en équivalence de cette compli- À
cité, le peuple entend en français, et il croit ferme à ce ñ
qu’il entend. Voulu ou non, ce faux entendu perpétuel É
et universel est vraiment le vice fondamental de la |
politique parlementaire, le mensonge fondamental de |
la politique parlementaire ; c’est peut-être le phénomène le plus important de la politique parlementaire
| dans l’histoire contemporaine; et il fait la plus impor50
tante explication que l’on puisse donner de la confiance 71 entière continuée inlassablement par le peuple aux , 4 politiques parlementaires. Cette confiance ne se meut 40 pas dans le même ordre que les actes à qui elle est 454 accordée. Elle est fondée sur un faux sens à qui rien En
Les menus dreyfusistes sont beaucoup plus critiques, Hs, di beaucoup plus avisés, beaucoup plus avertis que le k he menu peuple; mais ils forment un peuple tout de même, 00 beaucoup plus qu’ils ne le croient, et du peuple ils ont : “4 surtout cette confiance dogmatique dans les politiques 4 14 parlementaires qui tant mal que bien les représentent. #3) Le petit peuple des anciens dreyfusistes, constants et < ‘5 infatigables, qui a tant fait pour découvrir la vérité 4 d’une affaire inoubliable évite, non moins que tout le | a peuple des électeurs, de chercher la vérité des relations qui lunissent à son état-major politique parlementaire. ; ‘a Il a peur, comme tout le menu peuple, de découvrir | 4 cette vérité. Il découvrirait qu’en effet les chefs poli- F4 tiques parlementaires prétendus dreyfusistes, que l’état- À 24 parle, comme tous les politiques parlementaires, le : 0 langage politique parlementaire, et que lui, menu 4 . peuple pourtant véritable dreyfusiste, et véritable # requéreur et chercheur de justice et de vérité, en ceci #4 au contraire il se ment à lui-même, et qu’il se complaît, A “1 et qu’il entend au sens français des paroles prononcées “+4 au sens parlementaire, et qu’il sait prononcées au PE sens parlementaire. Et c’est pour cela qu’il n’aime ‘3e pas les quelques-uns, anciens dreyfusistes comme lui 178 et parmi lui, qui ne limitant pas la requête de justice gt et la recherche de vérité veulent que l’on sache avant 4
$ vingtième cahier de la quatrième série dl tout en quel idiome se tient la conversation recommencée ee ; La relation du langage politique parlementaire au Me langage français présente au lecteur avisé de telles 0 ; constances et dans leur exagération même et dans les à accélérations de telles constances de surenchères que 1 fre: l’on pourrait établir pour un temps donné un diction-
naire en français du langage parlementaire, ou si l’on ÿ veut un tableau de concordance, une table des sens atteints par les mêmes mots, par les mêmes tournures, | ! par les mêmes phrases, par les mêmes formules dans l’un et l’autre langage; les paragraphes réservés aux « mots honneur, vertu, justice et vérité ne seraient pas |
ù les moins intéressants. Tout le monde politique et parlementaire est si j . étroitement prisonnier du langage qu’il a fait que le 1
scandale ne vient plus de ce langage, il vient des É à manquements à ce langage. L’habitude est aujourd’hui | accomplie. Ce n’est pas quand on parle ce langage 4 politique parlementaire qu’il y a scandale, c’est quand
1 on ne le parle pas, c’est quand un politique parlemen-
} taire omet pour un instant de le parler. Ce n’est pas à Û politique parlementaire se trompe et dit vrai. On n’a M
5 pas oublié le scandale causé pendant la première M F partie de l’affaire par une parole imprudente. Un | M. Lebret, si j’ai bonne mémoire, qui était, je crois,
. garde des sceaux dans un ministère antidreyfusiste,
’ — ne serait-ce pas le ministère Dupuy? — admirons : comme les gardes des sceaux de la troisième Répu-
blique ont plus que les autres ministres du mal à se 4
garder eux-mêmes, — ce M. Lebret avait dit à ses
collègues : Regardez vers vos circonscriptions. L’émoi F0 fut énorme. Que faisaient pourtant les honorables | Fi collègues, dès lors, que faisaient les députés, que font ts
aujourd’hui nos députés, quand ïils fomentent les 11 bouilleurs de cru et quand sournoisement ils repous- A # sent le recommencement de l’affaire, que font-ils s’ils Ne ne regardent pas vers leurs circonscriptions. Ils ne À de. font que cela, de regarder vers leurs circonscriptions. RE: Mais ce M. Lebret, dans un moment d’oubli, avait 14 parlé en français, au lieu de parler en parlementaire. “13 Cette seule infraction rendit son nom célèbre, fit le he scandale, une impression si forte que le souvenir en a ï +4 survécu à la plupart des souvenirs de l’affaire. ‘2
Cette outrance est aussi une outrance militaire; et (23 nous rejoignons ici l’étroite parenté que nous avons ne.
reconnue entre les mœurs parlementaires et les mœurs 1
militaires, entre les troupes parlementaires et les ; É
troupes militaires, entre les chefs parlementaires et :<
les chefs militaires; dans l’armée militaire aussi on tg ;
procède par autorité de commandement; et dans 4
l’armée militaire aussi on parle sur le ton du comman-
dement. Mais dans l’armée militaire exactement VA
comme dans l’armée parlementaire cette autorité de il
commandement et ce ton de commandement ne servent DL
qu’à faire un appoint, à balancer un défaut. Si les FN
députés étaient parfaitement honnêtes, leurs chefs 5
n’auraient pas besoin de parler en beau, de majorer la & ‘1
réalité ; si les députés étaient parfaitement courageux, ki R
leurs chefs n’auraient pas besoin de parler fort, d’aug- 4
menter la réalité; si les députés étaient parfaitement nm.
honnêtes et courageux, si, parlementairement parlant, # VS
53 11
| PNR vingtième cahier de la quatrième série ils étaient parfaitement bons, leurs chefs n’auraient pas 3 | besoin d’exercer une autorité de commandement et de = parler sur un ton de commandement; il n’y aurait É pas de chefs, pas d’excitations, pas d’encourage- 4 f ments ; chacun proposerait ses raisons. Et pour le < recommencement de laffaire Jaurès eût dit: Nous vous 7 demandons de recommencer l’affaire, parce qu’il est | juste de la recommencer. Pareïillement si les soldats étaient parfaitement courageux, si, militairement parlant, ils étaient des soldats parfaitement bons, leurs chefs n’auraient pas besoin d’exercer une autorité de commandement et de parler sur un ton de commande- > $ ment ; ils n’auraient qu’à donner des indications; ils 4 diraient : Voici la créte que nous avons à occuper; elle F est à dix-huit cents mètres environ ; nous avons tout lieu de croire, par notre service des renseignements, qu’elle w } VERRE est défendue par deux bataillons solidement retranchés; | les autres iraient tranquillement occuper la crête. Mais les soldats ne sont pas des parfaitement bons soldats. Et la discipline a été inventée justement pour faire la
- différence, pour faire l’appoint. La discipline est par ! en haut l’exercice et par en bas l’acceptation d’une w 4 autorité de commandement. La discipline, ainsi exercée, | \« ou subie, ainsi acceptée, ainsi entendue, fait, compense = & la différence du bon soldat imaginaire aux mauvais ; ÿ soldats réels, pour autant que les mauvais soldats réels sont éloignés du bon soldat imaginaire. De là
ces commandements, ces encouragements, ces exhor6 tations, ces cris, ces gestes, ces jurons, ces grands
- coups de sabre en l’air, ces visages convulsés : en : avant ! en avant! chargez. La discipline parlementaire, exactement ainsi, fait la différence entre le bon député
imaginaire et les mauvais députés réels, pour autant, Le — et c’est pour beaucoup, — pour autant que les mau- 070 vais députés réels sont éloignés du bon député imagi- ‘13 naire. Plus les soldats sont mauvais, plus ils sont éloi- i 4 gnés du courage modèle imaginaire, plus il faut de : it, discipline militaire. Plus les députés sont mauvais, plus We 4 ils sont malhonnêtes, faibles ou lâches, plus il faut de ‘100 discipline parlementaire. C’est pour cela que les radi- Ne caux ont inventé le bloc. Se connaissant eux-mêmes et . 1 connaissant le peu que vaut leur politique, ne pouvant ‘10 s’appuyer ni sur la raison, ni sur la justice, ni sur la “M valeur individuelle et sur le caractère, ils ont été forcés 5 dese donner une armature extérieure, les quatre groupes ‘4 ï et le bloc. Ils se sont enrégimentés d’autant plus qu’ils 1 se sentaient mauvais soldats parlementaires. Ce n’est + pas une comparaison que nous faisons du parlemen- De taire au militaire. C’est une parenté que nous consta- (230 tons, une parenté naturelle, avec ce qu’elle peut com- va porter de différence et de ressemblance. Les ressem- 28 blances du parlementaire au militaire sont nombreuses, S 4 profondes. Il faut que le chef parlementaire, comme le 4 chef militaire, entraîne ses hommes. Il ne s’agit pas de 4 convaincre. Il ne s’agit pas de justice et de raison. Ilne Ne s’agit que d’entraînement. De là ces cris, ces gestes, ces APS W exhortations et ces admonestations, ces menaces mêmes, ‘3 # — | forcer l’obéissance, disent les militaires, c’est-à-dire du À casser à coups de revolver la tête à ceux qui sèmeraient | He. la panique], — ces appels répétés à la peur, —[les mili- 1:10 taires font appel incessamment à la peur quand ils Lee disent: qu’en présence de l’ennemi, avec les armes (ai modernes, il est beaucoup plus dangereux de fuir que 4
| vingtième cahier de la quatrième série : Or il est notoire que Jaurès est non seulement un à
- chef de groupe politique parlementaire, qu’il n’exerce à
- pas seulement une autorité de commandement poli tique parlementaire, qu’il ne parle pas seulement sur | un ton de commandement, mais que toute son élo- | ; quence et toute son écriture ont désormais le ton du | commandement oratoire, du commandement parlemen- « taire, du commandement professionnel et du comman- | dement militaire. Nous ne sommes pas ici en présence ; \ d’un de ces tics littéraires comme on en trouve dans
l’œuvre des meilleurs orateurs et des meilleurs écri- i
” . vains. Il s’agit du ton même, c’est-à-dire de ce qu’il y a = ‘ de plus profond, de personnel, — car Le style est de l’homme méme, — dans un discours ou dans un article, À qui est devenu dans Jaurès essentiellement, inévitable- ; ment, le ton parlementaire et le ton du commande- 1
-
ment. Ce ne sont nulles raisons, nulles démonstrations, k nulles propositions. Ce ne sont qu’exhortations, encouragements, feintes et assurances, feintes assurances, É admonestations, vigueurs, tambours et clairons. Ce n’est plus qu’entraînement. Il y a longtemps que Jaurès penchaïit pour tomber dans ce ton du commandement M ÿ parlementaire et militaire. Mais pendant toute la pre- É | mière et toute la grande partie de l’affaire Dreyfus la 1 S fréquentation pragmatique, le commerce quotidien, la collaboration d’hommes qui n’étaient à aucun degré M , ni en aucun sens des politiques ni des parlementaires, M qui n’avaient à recevoir et qui ne supportaient aucune autorité de commandement l’avait un peu guéri de cette inclinaison. Anarchistes, socialistes libertaires, naires, mais socialistes, — nuls radicaux-socialistes,
-
nuls radicaux anticléricalistes, nuls radicaux de gou- (a N vernement, — bourgeois libéraux ou libertaires, ou- | d: vriers, syndicalistes, gens de métier, hommes qui Be 4 ï n’appartenaient à aucuns partis politiques, gens de È ‘3 travail, impolitiques, moraux et moralistes, on ne res pirait dans le grand atelier et dans la grande armée “+4 dreyfusiste qu’un air salubre. Et il eût fallu un vice À 10 congénital, une intoxication innée d’autorité de com- “LEONE mandement pour que l’ambition naquît d’y devenir un 5 chef parlementaire et militaire. Et si quelques-uns le 4 voulaient, on ne l’eût pas supporté. Jaurès n’avait ni 5 “5 cette intoxication innée, ni ce vice congénital. Ou +0 enfin cela ne se manifesta pas. Ce n’était pas le ton RS du moment, le ton de cette grande crise et de cette 4 grande compagnie. Dans les temps d’extrême danger, “14 et d’extrême importance, il y a des idées, petites, qui j 1 ne viennent pas. +340 Mais en même temps qu’il amnistiait les criminels 4 antidreyfusistes, en même temps qu’il amnistiait ses N amis politiques et ses ennemis, Jaurès lui-même s’ac- : 1 cordait à lui-même cette amnistie mentale et morale D d’oublier les bonnes habitudes qu’il avait commencé de D | recevoir, et la guérison provisoirement acceptée. Brus- {214 quement il retomba dans cette inclination d’exercer 4 une autorité de commandement politique parlemen- 14 taire et militaire. Qu’on relise la série de ses articles pu et de ses discours : on aperçoit nettement la rechute. Le La tentation était grande. Il fallait redevenir le grand 5 tribun. Il semble qu’impatient de respirer l’air poli- 4 tique Jaurès ait fait l’amnistie surtout pour que le re- cs commencement de la vie politique devint possible. En ‘ ce sens l’amnistie n’est pas seulement un acte politique ;8
; vingtième cahier de la quatrième série Pa en elle-même, elle est la réintégration de la politique, | elle est le recommencement, la reprise de la politique ; me et plût aux dieux, comme dit la grammaire grecque, À % plût aux dieux que Jaurès eût réussi son recommence- | | ment de l’affaire comme il avait réussi son recommen- A ’ cement de la politique. Mais il faut croire qu’il est plus | facile de recommencer de l’injustice que de la justice, Ÿ : et du mensonge que de la vérité. } On peut dire vraiment que l’affaire Dreyfas et le 1 dreyfusisme furent la condamnation de la politique, et L réciproquement que la politique était la condamnation He de l’affaire Dreyfus et du dreyfusisme. Il y avait entre
- le dreyfusisme et la politique une incompatibilité totale, 1 | essentielle. Aussi longtemps que le dreyfusisme vivait, 4 6 la politique ne vivait pas; aussi longtemps que la poli- À tique vit, le dreyfusisme ne vit pas. Le dreyfusisme } interrompit la politique ; la politique a interrompu le ‘É dreyfusisme. Quand et où l’affaire Dreyfus commence, | Es la politique finit. Quand et où la politique recommence, à l’affaire Dreyfus finit. Et en cela le dreyfusisme accom- ÿ pagne l’affaire Dreyfus. Le dreyfusisme est l’amnistie À mortelle de la politique ; la politique est l’amnistie à p mortelle du dreyfusisme. Le dreyfusisme et la politique 4 3 ne peuvent pas être contemporains; ils ne peuvent pas 4 résider ensemble dans les mêmes consciences. Ils ne | pouvaient demeurer dans la même cité. | 4 La première application que Jaurès fit de sa nou- | : velle politique, le premier exercice de lautorité qu’il
- recouvra dans le commandement politique parlemen- Ë taire fut cette campagne singulière, vaine et forcenée, K qu’il tenta, qu’il poursuivit pour l’unité socialiste. Il ne |
s’agit pas ici de critiquer cette campagne même. Nos à 4 anciens abonnés se rappellent que nous en avons parlé CU autant que nous avons pu. Nous en reparlerons quel- $ Ne que jour si nous le pouvons. Tout ce que nous en 200 avons dit, ou prévu, s’est ponctuellement réalisé. Ce M qui est en cause aujourd’hui n’est pas cette campagne : di même. C’est le ton où Jaurès l’a conduite. 0 Recommencer l’affaire Dreyfus par les moyens par- de lementaires politiques, reprendre le dreyfusisme par i 2 la politique, ainsi réciproquement que reprendre la Ke politique par le dreyfusisme, c’était une gageure, et 43 pour tout logicien, pour tout philosophe, une impossi- 4 bilité. On ne résout pas de telles contradictions inté- 4 rieures, de telles impossibilités logiques. On ne conci- 14 | ie pas des idées aussi totalement contradictoires. y he: Tout philosophe en était averti. Jaurès, qui est, je - 1210 pense, agrégé de philosophie, et qui a enseigné, devait À y prendre garde. Nous verrons que dans le détail, dans ‘fl l’événement, dans le fait, et parlant comme historiens, #3 4 e recommencement de l’affaire Dreyfus par les moyens M politiques parlementaires était un recommencement de a politique parlementaire et n’était pas un recommen- 1 cement de laffaire Dreyfus et du dreyfusisme. Au- qe. jourd’hui, avant d’examiner le détail et l’événement, et Le parlant comme philosophes, ilest évident qu’en logique, #4 en psychologie, en morale, en toute philosophie le x 2 dreyfusisme et la politique sont et demeurent inconci- A Cette campagne tentée par Jaurès et poursuivie pour ni l’unité socialiste fut une campagne politique parle- NE
’ vingtième cahier de la quatrième série
: mentaire, une campagne militaire ; dans sa forme, que
5 nous rappelons seule aujourd’hui, dans le style, dans
De le ton. Qu’on se reporte à nos anciens cahiers, ànos
DC citations, à nos notes. Jaurès ne procédait que par
À risquées ou formellement trompeuses. Là où il fallait
ñ honnêtement employer le mode conditionnel, un modeste
NePS optatif, et quelques irréels, Jaurès affectait l’indicatif;
px et le futur de l’affirmatif lui était particulièrement fami-
ke lier. C’est ainsi qu’on lance des troupes dévouées dans
ù le sacrifice et dans le massacre. Combien de fois
A Jaurès n’a-t-il pas parlé de l’unité comme d’une chose
ë, faite ; non pas comme d’une éventualité, non pas commé
ji d’un projet, non pas comme d’un objet hautement
\ Fe désirable, non pas comme d’un objet de volonté ; mais
Et” comme d’une chose faite, à laquelle il manquait à peine quelques formalités. IL n’y avait plus ‘qu’à y
cf mettre quelques sacrements. Lui-même Jaurès il ne pouvait pas s’en passer, de cette unité; si ça ne se faisait pas, il ne vivrait pas. Le menu peuple mar-
( chaïit sur cette assurance. On sait dans quelle faillite, je dirai dans quelle banqueroute politique parlemen-
| taire succomba cette présomptueuse anticipation. Et
- pourtant Jaurès vit. Et il vit même très bien.
Re Nous ne savons pas encore aujourd’hui vers quelle
D: faillite, vers quelle banqueroute politique parlemen-
É taire s’achemine cette seconde anticipation présomp-
4 tueuse que fut le recommencement politique parlemen-
| taire de l’affaire Dreyfus. Mais nous savons que c’est
| la deuxième grande application de la politique nouvelle, un deuxième exercice de l’autorité que Jaurès à
recouvrée dans le commandement politique parlemen- je
taire. Pour nous qui avons assisté à la première cam- hé:
pagne, tentée, poursuivie, abandonnée, pour l’unité Fes at
socialiste, ce fut le même ton, le même style, apparem- ï 14
ment formé des mêmes assurances, intérieurement J 14
rongé des mêmes inquiétudes. Le langage politique 14 ae £ |:
parlementaire de Jaurès, plus que tout autre, a de ces le :é Ë
constances de surenchères qui permettraient l’établis- Ho
sement d’un lexique. Lexique du langage de Jaurès. 275
Notons que c’est pour cela que Jaurès, plus que tout RE DE ”+
autre, obtient de son peuple une surenchère de confiance Au ra
et que nous obtenons, quand nous parlons de lui, (XSARA
sincèrement et librement, une surenchère d’hostilité. a K!
Le peuple de Jaurès admet plus volontiers les calomnies 64
sur Jaurès que la vérité. Jaurès lui-même a souvent ; 00
pardonné à ses calomniateurs. Il ne pardonne pas à ù 4
ceux qui lui disent, ou qui disent de lui, la vérité. Il saït, 12 “4
pour lavoir lui-même éprouvé, que la calomnie est en 4
politique moins gênante que la manifestation de la vérité. 4 |
— Quand le grand orateur disait que la Triple Alliance Ne e
était le contrepoids nécessaire du chauvinisme français, NN |
ni ses ennemis n’ont voulu voir, ni ses amis n’ont su ou AE |
voulu voir, ni lui-même il n’a voulu avouer que l’épithète ni:
nécessaire de son langage politique, entendue en fran- 4
çais, signifie très exactement: du moins je le crois. #3
L’écart du langage politique parlementaire au sens EU
français est beaucoup plus considérable dans Jaurès + rs
que dans nul autre. Quand Jaurès commence un article 4
ou un discours par ces mots : Millerand a bien raison RL
de. C’est avec beaucoup de bon sens que Rouanet…, #
tout fait prévoir que l’article ou que le discours est “AR
tout fait des dissentiments les plus graves qui soient is
4 vingtième cahier de la quatrième série à 7 A nés entre Jaurès et Millerand, Jaurès et Rouanet. Quand 34 ie Jaurès dit évidemment, cela veut dire sans doute; quand | re il dit à coup sûr, au lieu de assurément, ce quiestun 2! de ses tics, cela veut dire peut-étre ; quand il émet une 1078 hypothèse où il ne croit qu’à moitié, il dit seulement d qu’elle est inévitable ; mais quand il n’y croit pas du à tout, c’est alors qu’il dit qu’elle est indubitable. Et au quand ïl dit indubitablement, cela veut dire je le F4 présume, et quand il dit infailliblement, cela veut su dire : j’ai bien peur de me tromper. Il est inévi- | ‘140 table que les justes revendications… Aïnsi la force à du mot remplace la force de la chose; de l’idée, dunue fait, de l’hypothèse même ; et plus la chose manque de TR réalité, plus il faut que le mot, pour compenser, aït à de violence artificielle. Beaucoup de difficultés seront &; éclairées dans ce recommencement de l’affaire si l’on veut bien n’oublier pas que Jaurès y a constamment
-
- 3 parlé ce langage à traduire. Il y a constamment parlé À non comme un dreyfusiste, mais comme le grand orace teur, plus particulièrement comme le grand tribun. | Le premier qui au lieu de dire un tribun pour un ”. membre du Tribunat parmi les Français, ou parmi les x anciens Romains pour un tribun du peuple ou pour un Fi tribun des soldats, eut l’idée de dire un tribun pour un ON maître de la tribune fut quelqu’un qui ne perditpas 4 son temps. Par quel jeu curieux et pervers de séman- ù tique ce mot mal formé eut-il une aussi rapide et aussi | éclatante fortune ? Il est vrai qu’en sémantique les « F mots mal formés ont des fortunes insolentes. C’est un peu comme en politique. Le mot tribun a participé du grand accroissement obtenu dans les temps modernes par la démocratie, par la politique, par l’éloquence
politique et parlementaire. Mais l’accroissement géné- ‘#0 ral du politique et du parlementaire ne paraît pas expli- D quèr toute la fortune du mot tribun. Le mot tribune, 5 lui, n’a pas reçu un égal accroissement. Vous trouvez EX à quantité de gens qui osent mépriser la tribune et qui 10 n’osent pas mépriser le tribun. Les deux mots ne sont +4 plus du même ordre. Celui des deux qui a donné nais- #4 sance à l’autre, le premier des deux mots, a été passé 1 par le deuxième. Tribune est resté un mot de rien, 5 malgré les efforts des parlementaires pour l’illustrer. D Tribun est devenu un mot noble. Tribune continue à ‘15 ‘être un meuble. Tribun a cessé d’être un homme et est j ÿ devenu comme un héros, un puissant de ce monde. Il Ÿ: 3 est fréquent parmi les mots comme ilest fréquent :34 parmi les hommes, et pour des raisons analogues, il « à est fréquent parmi les mots que les fils atteignent à des ; | fortunes à jamais ignorées des pères. Mais il semble #1 bien que dans ce cas particulier un autre élément LM d’accroissement soit intervenu. Il semble bien qu’il y a ï F 5 eu contamination du mot tribun, né de tribune, par 4 Yancien mot tribun, par le vieux mot latin éribunus, : ‘4 par le tribun des soldats et par le tribun du peuple. | Ainsi le tribun moderne et contemporain, l’homme de 5 la tribune, a été investi confusément de l’autorité 4 romaine, et ici nous rejoignons ce que nous avons dit \ Re du commandement romain. Dans la confuse imagina- 4 tion populaire et dans l’inconsciemment populaire h: imagination de tant de gens d’études à qui les études 1e n’ont rien appris, en qui les études n’ont pas pénétré, T#èl le grand tribun est revêtu de la vieille autorité romaine, ‘a de l’autorité des tribuns militaires, et de la toute par- a
4 vinglième cahier de la quatrième série - 1 ticulière puissance tribunitienne. Je maiïntiens que dans RU » la confuse imagination du peuple, et inconsciemment a dans l’imagination populaire, parlementaire et poli-
Ms tique de plus d’un professeur agrégé d’histoire, quand À on dit un tribun, quand on répète un puissant tribun, NEA quand plus familièrement et plus communément on dit ESA le grand tribun, j’affirme qu’on ne se représente plus
de nouveaux éléments, qui sont de beaucoup les plus
0 considérables. Il y a dans le tribun toute une auréole, Va tout un halo qui n’est pas dans la tribune. Sans y À penser, — car si on y pensait beaucoup s’en défens draient, — sans le savoir on se représente, — mais HA ces éléments troubles, douteux, instinctifs des mots, à ces éléments d’arrière-mémoire et de réminiscence non qualifiée ne sont ni les moins importants, ni les | moins profonds, ni les moins dangereux, — on se à représente vaguement et confusément, mais d’autant plus puissamment et inévitablement, un magistrat : ( oratoire, un héritier des anciens commandements, un maître du peuple par l’autorité du comman- | dement du verbe. La plupart de nos grands tribuns Re: nous sont venus des pays romains, des pays de consuls, 5 Mirabeau, Gambetta, Jaurès ; qui voudrait faire de 164 l’histoire à la Taine, il y aurait ici une belle occasion j. d’oublier Danton; je ne l’oublie pas, mais peut-être ” Danton n’est-il pas un tribun exactement comme le ï Provençal, comme le Génois et comme le Toulousain. Il est très difficile, et peut-être faux par définition, de vouloir éclairer un peu le sens d’un mot obscur et puissant. Mais il semble bien que dans la riche et mou- ; vante imagination populaire des uns et des autres le
grand tribun ne soit pas seulement le grand orateur;
c’est un cas particulier du grand orateur ; c’est plus et 2
mieux que le simple grand orateur ; c’est dans l’imagi- F1 (0
nation du peuple un grand orateur qui fait un bruit “40 1h
énorme, qui exerce une autorité, — toujours la même ! 4
autorité de commandement, — qui a une forte carrure, 10
des poings énormes en marteaux; du biceps; des épau- eue |
les; de la poitrine, je dirai du poitrail ; un cou puissant, ; 14 Ci
ce que les romans populaires nomment un cou de tau- 4 |
reau; des poumons; une tête énorme et vaste, et dedans, 51%
si possible, du génie ; un front large et puissant; des 1 54 !
traits fortement accentués ; un fort coup de voix; si pos- 4
sible une voix profonde, grave et ténébreuse; des yeux ne:
gros, assez ronds, et surtout des paupières ; des épaules 4 ‘ |
voûtées, puissantes; des hanches; des reins; les jambes 7 si h
et les pieds n’importent pas autant. La grande et belle 8
barbe, descendante, la barbe de fleuve, noire plutôt que 1h 4 |
blonde, est aujourd’hui indispensable. L’éloquence du “à
grand tribun n’est pas non plus seulement celle du ; A
grand orateur. C’est une éloquence toute de confiance, D |
de puissance et de gloire. L’enthousiasme est son effet ‘1
constant, sa base inférieure. Dans la pensée du peuple 4
un grand tribun est un grand orateur qui parle telle-
ment fort et tellement puissamment, tellement de con- ‘à
fiance et tellement d’enthousiasme qu’on n’a pas besoin D
de savoir ce qu’il dit et que lui-même il n’a presque 4
pas besoin de le savoir. Il se diminuerait même à le : 4
savoir, comme tout le monde. Il se diminuerait s’il tra- 3 R
vaillait, s’il faisait attention. Ce serait donc qu’il aurait ‘ñ #
peur de baisser. Il manquerait à sa propre hauteur, à à
sa propre inspiration, à son propre enthousiasme, à “À
son autorité militaire, à sa puissance proprement tri- | #
À pinglième cahier de la quatrième série
“à ÿ bunitienne, à son autorité sainte et à son commande- | %
2 ment. Il manquerait lui-même et le premier à sa propre À
de. discipline. Enthousiasme constant du grand tribun
be à pour lui-même, et enthousiasme constant du peuple K
40 pour le grand tribun, tel est le régime. De l’audace,
FA encore de l’audace, toujours de l’audace, le grand tribun
1 4 est aussi quelqu’un qui a et qui donne cette forme par- ‘
& ticulière de bravoure, qui n’est pas du courage, et T4
ÿ qui consiste à fermer les yeux pour ne pas voir le
Je danger où l’on court. Le tribun, pour le gros peuple
: | c’est quelqu’un qui dit toujours qu’il y a pas de danger,
vi qu’il y a pas besoin d’avoir peur. — La contamina- |
1 Fa tion de sens est incontestable, — je parle ici français | ;
4 HAN et non parlementaire, — et elle est du même ordre que M
AE tant de contaminations qui se produisirent à propos de
& la Révolution française: elle est un effet de la même :
y assimilation fausse; quand on nomme Jaurès un tribun, Ë
1 même contresks, on commet au moins la même anticidi } pation, la même usurpation que l’on commettait quand
É on nommait du même nom et qu’on entendait au même
; sens la république française que la république romaine, « < la noblesse et l’aristocratie française que la noblesse et
14 l’aristocratie romaine; l’écart du sens acquis au sens M
“1 étymologique dans le deuxième cas est au moins le
À même que dans le premier. Aujourd’hui l’autorité du 4
DA tribun est une espèce Ge grosse autorité puissante où M
à se ramassent l’autorité du commandement romain, ”
Pautorité du commancement oratoire, l’autorité du
F commandement politique parlementaire, l’autorité du 4
s commandement militaire, où ces autorités se confon- ;
dent sourdement, culminent et s’épanouissent. |
Pendant la première et la grande partie de l’affaire, a 6 Jaurès n’était pas un tribun parmi nous; il n’exerçait a pas l’autorité du commandement tribunitien ; il était un 1 dreyfusiste, parmi nous tous. La raison, la justice, la De. vérité, — au sens français et non pas au sens parle- A mentaire, — nourrissaient alors ses discours. C’était la 4 puissance tribunitienne qui, pendant tout ce temps, 04 gisait amnistiée. Pour que la puissance tribunitienne Ù 10 revécüût, il fallait que l’affaire Dreyfus au contraire fût ne amnistiée. On l’amnistia. Et c’est elle aujourd’hui qui 1 git amnistiée. La puissance va bien. Sans doute il yeut ‘4 à l’amnistie des causes nombreuses, politiques, sociales, A N économiques; mais la cause la plus importante, celle 1 | où se résumaient, où se ramassaient la plupart des 10 autres était que chacun voulait reprendre le traintrain 1 U de la vie habituelle, chacun voulait retomber dans son si habitude et dans son vice, dans sa servitude et dans : ‘h scn autorité, dans son autorité subie ou dans son auto- 1] rité imposée, dans son autorité inférieure ou dans son ii | autorité supérieure. Les tribuns dans leur tribuniciat. D | La respiration de servitude manquait aux hommes nn | d’autorité. Les tribuns se lassèrent d’être des citoyens à comme tout le monde. î &
Ils voulurent se revêtir de leur puissance tribu- ‘14 nitienne. ? ni
Recommencer l’affaire par un exercice de cette puis- a sance, qui tue l’affaire ou que l’affaire tue, c’était une 11 culmination de contradiction intérieure. Avant toute es expérience on pouvait savoir que c’était tenter une BA aventure impossible ; car dans cet ordre si l’expérience LAN est indispensable pour choisir et pour déterminer la \ +0 réalisation des possibles, au contraire avant toute 4
ï vingtième cahier de la quatrième série
- expérience une telle contradiction acquiert l’impossiEE bilité. La possibilité n’acquiert pas l’existence, mais ï ni l’impossibilité acquiert l’inexistence future. LA fi L’un chasse l’autre. Il était malheureusement à prévoir Pa que le tribuniciat chasserait le dreyfusisme. Il avait EL commencé par le chasser de Jaurès. Ilne manqua pas in de le chasser de toute l’action de Jaurès et de son et recommencement du dreyfusisme. Dans tout son recomA ; mencement de l’affaire Jaurès parla comme un tribun, na } non comme un dreyfusiste. La campagne dans les je journaux fut une campagne d’entraînement. Le grand KA discours parlementaire fut un grand discours d’entrai—. “ nement: entraînement des socialistes qui ne marchaient
pas beaucoup; entraînement des radicaux-socialistes
de qui ne marchaïent pas du tout, et menaces conditionne nelles aux radicaux-socialistes ; entraînement des radicaux qui marchaient contre, et menaces conditionde nelles aux radicaux ; entraînement contre les réactionA naires et menaces conditionnelles aux réactionnaires; 4 tous entraînements qui étaient des entraînements de
; Ce ne furent que paroles d’attaque et d’assaut, en
:10 avant, en avant, chargez! sans aucun renseignement, M fa sans aucune indication, sans aucune confidence. A aucun ki moment de l’affaire ainsi recommencée le grand orateur : ii ne nous communiqua les renseignements qu’il avait sur ; rs les dispositions de l’ennemi, et, ce qui était malheureu- M pe sement le plus important, sur les dispositions de l’ami. ; Non seulement pendant tout le débat parlementaire il = ; fit comme s’il était beaucoup plus maître de ses troupes
et beaucoup plus assuré de la victoire qu’il ne l’était, ce qui est l’enfance de l’art de la guerre, mais ce qui
science de la vérité, mais le lendemain du débat parle- ke s mentaire il écrivit dans son journal comme s’il était T3 content du résuliat. On sait pourtant quel était ce à résultat. Il continua la campagne dans son journal tout RE comme s’il eût été content du résultat commencé, 14 assuré du résultat final, et que tout cela dût continuer. 541 Tout d’un coup la campagne cessa, sans qu’on ait jamais. Eu su pourquoi, brusquement, comme elle avait commencé, # 3 laissant en l’air les petites gens qui s’étaient mis en . “. route et continuaient de marcher etcomptaientmarcher & jusqu’au bout. Le même arbitraire, la même autorité ji. de commandement qui avait décidé le recommencement de l’affaire décida sans doute aussi la fin du recommen- 5 cement de l’affaire. Et de même que nous n’avons rien 1 connu du recommencement de l’affaire, nous ne connais- 4 sons rien aussi de la fin de ce recommencement. Jaurès NE avait recommencé. Jaurès a fini de recommencer. Que 4 | son saint nom soit béni. Pendant tout le recommence- 4 ment il avait parlé de l’affaire comme s’il ne pouvait pl] pas se passer de ce recommencement; et le lendemain 10 de la fin du recommencement il s’en passait très bien et { se portait mieux que jamais. Cette seconde fin brusque, | F arbitraire, inopinée est une deuxième amnistie, une Le suramnistie, une petite amnistie d’usage particulier que 4 s’accorde Jaurès comme il s’était accordé un petit = recommencement d’usage particulier. Le malheur est ‘4 que plusieurs petites gens, qui continuaient pendant E: qu’il arrêtait, qui ont continué depuis, qui continuaient 5 quand il recommença, qui ont continué quand il arrèta “RS derechef, qui continuent et qui continueront, ont été #4 beaucoup moins aidés de son petit recommencement à a
sh di vinglième cahier _ de la quatrième série : F5 qu’ils n’ont été gênés de sa grande et de sa petite . 3 Dre amnistie, et de son recommencement même. il 14 Pendant toute la grande et la première partie de … ne, l’affaire Jaurès avait parlé comme s’il ne dût jamais y en avoir d’amnistie; pendant tout l’intervalle compris entre MR la première amnistie et le recommencement il parla de du, loin en loin comme s’il devait y avoir quand il en serait {4} (TN temps un recommencement définitif; pendant tout le 0 recommencement il parla comme s’il ne dût jamais 00 y avoir de seconde amnistie. 3 é AR Pendant toute la grande et la première partie de l’afdi faire Jaurès, ayant l’air de marcher à fond et de s’être. 14 donné tout entier, obtint la confiance entière du perta sonnel dreyfusiste entier. L’amnistie lui enleva cette L confiance. Le recommencement ne la lui rendit que IRSAAN partielle, maïs partielle en nombre plutôt qu’en quana _ tité; je veux dire que la confiance ne lui revint pas, à M l beaucoup près, de tout le monde, mais ceux qui la lui < À rendirent la lui rendirent en général toute, comme ceux 13 qui la lui avaient gardée la lui avaient gardée toute ; et M ‘4 cette confiance même rendait plus efficace, la faisant Fe. intérieure, plus redoutable, plus responsable d’autant } {4 son autorité de commandement. Ilest notable que Jaurès 4 Li obtient aujourd’hui confiance auprès de bien peu de a gens, mais ceux qui la lui ont gardée ou la lui ont } Fe. j rendue la lui ont gardée ou la lui ont rendue presque 4 cite entière. Il a pu amnistier beaucoup de crimes et beau- | f coup de gens. Il a pu vouloir amnistier l’amnistie même. à . H n’a pas pu amnistier dans certaines consciences k. 4 droites et bonnes sa gloire et sa grandeur passée. d H Au lieu de justifier cette confiance, comme il devait, À ë comme on doit, et ne rien faire pour l’exciter, Jaurès 1
fit tout pour l’exciter et malheureusement ne fit rien | at x pour la justifier. Mais il fit tout pour l’exciter. Tout le ME temps qu’il parla, entre la résolution brusque de recom- AN mencer, et la résolution brusque d’arrêter son recom- : He) | mencement, il parla comme s’il s’engageait à fond, et ÿ ‘#3 Î comme un homme qui s’est donné tout entier. C’est VOA el toujours la grande parole en chef des généraux com- AU 10 mandant en chef quand en eux-mêmes ils pensent aux 0 clauses des capitulations éventuelles: Je reviendrai 41 vainqueur ou mort. On ne revient ni vainqueur, ni mort; ï 0h mais en attendant ça sert à donner du courage, à ceux “TN qui n’en ont pas du tout. 5
A aucun moment Jaurès nenous a dit ce qu’il pensait, el ni ce qu’ilsavait de ses ennemis, de ses amis politiques, ÿ 4 | des radicaux, surtout et nommément de certains radi- ‘4 caux, des radicaux-socialistes, surtout et nommément EA de quelques radicaux-socialistes, des socialistes qui lui 4 étaient ennemis, de certains ministres, du général u | André, ministre de la guerre, de M. Combes, président x du conseil et ministre de l’intérieur et des cultes, de D | certaines cabales, de certains journalistes, et de ‘4 M. Loubet, président de la République. ;
IL préférait nous faire croire que tout allait bien, hi: quand il savait que tout allait mal. C’est assurément la 0 plus grave injure que nous ayons reçue depuis le com- fe: mencement de l’affaire, que certains encouragements. E Comme un homme qui aurait fréquenté la mauvaise ‘3 compagnie et qui, revenu parmi les honnêtes gens, ‘à tiendrait inconsciemment un singulier langage, le grand ÿ 4 orateur, se tournant enfin vers nous, nous adressa ces ver singuliers encouragements. Nous n’en avions pas besoin, ÿ si Jaurès. Nous n’avons pas besoin, pour être avec vous, 1 A
a. vingtième cahier de la quatrième série 4 $ de savoir qu’il n’y a aucun danger. Tournez-vous, de #3 2 grâce, et parlez à vos amis. M: . Jaurès, ayant oublié toutes nos relations antérieures, | 24 nous a parlé comme un qui, ayant vécu dans la compa4: gnie des voleurs, nous dirait à déjeuner: Monsieur, cs vous êtes bien honnête, vous ne m’avez pas encore in volé ma fourchette. Il ya des propos qu’on ne tient pas. Li Rien ne pouvait nous être plus désagréable que cette es confusion fâcheuse. Ayant accoutumé de parler à des £ À politiciens, Jaurès continuait de nous parler comme à Léa des politiciens. Il avait pu par l’amnistie amnistier #1 l’affaire. Il ne pouvait plus, en ce sens, par le recomri mencement de l’affaire, amnistier en lui-même l’amK nistie. Son langage demeurait politique dans le recom-
t mencement de l’affaire ; et dans le recommencement de se l’affaire, plus en particulier il devenait ou demeurait … (50 politique envers nous. Jaurès gardaït envers nous son “S langage appris, son langage politique parlementaire, } Fr son langage de groupe, son autorité de commandement, M 4 en général sous la forme du commandement, en parti- ;
culier sous la forme particulièrement odieuse de l’auto- |
rité d’encouragement. Ces encouragements étaient M
ï inutiles, car nous sommes prêts. k
à Prêts depuis la première heure, nous avons toujours M
4 continué d’être prêts. Sur le vu de nos listes, je réponds
‘4 que le personnel de nos abonnés, pour le nombre et Ke pour la qualité, pour les noms et pour les situations, et 4 4 pour les professions, pour les personnes et pour M Û l’esprit, pour les consciences, est de toutes les compa- à k gnies actuellement constituées celle qui représente le … | plus fidèlement, le plus exactement l’ancien, le constant
$ et le véritable personnel dreyfusiste. L’État-Major « Fa ‘ ï
reyfusiste, comme tous les États-Majors, nous a 4 SE
aités durement ; maïs les petites gens, qui furent 4) à ï
ime du dreyfusisme, et qui en ont seuls gardé la mé- # 4
soire, ne s’y sont pas irompés; ils nous ont continué : 205 |
‘ur audience, leur travail, souvent leur aide. Ceux qui h (4 #
ous ont quittés ne nous ont pas quittés, nous indignes, RE
our un dreyfusisme plus juste ou plus approfondi. és
es anciens camarades nous ont quittés pour les hon- ( 2
eurs, pour les puissances, pour les biens temporels \ « 2
es partis et de l’État, pour les mensonges politiques F6 “4
arlementaires, pour exercer des autorités de com- rt
randement, quand la vieille maison dreyfusiste fut #1
evenue modeste, voûtée, moussue. Ils nous ont quittés d où |
our l’injustice et pour le mensonge. Ils nous ont laissé : -31
à justice et la vérité redevenue miséreuse. 31
Nous n’en tirons nulle vanité. Nous n’avons gardé NISSS
our nous que les tristesses de la maison. Nous gar- +4 4
ons sans orgueil et sans vanité la profondeur et la D: |
onstance de notre ancien dreyfusisme. Et nous n’en à 1 |
oulons tirer non plus aucune autorité de commande- | 4 Ua
nent. Nous savons que la constance ni la fidélité ne VS
onfère aucune autorité de commandement. Rien ne Fe
onfère aucune autorité de commandement. La con- É.
tance et la fidélité ne demandent pas plus à com- ES
nander, n’ont pas plus envie de commander, que :
l’obéir. Il n’y a pas dans cette affaire, il ne peut y is
voir dans aucune affaire une autorité du plus constant. Li
à constance est comme une antériorité perpétuelle- |
nent continuée. Elle est à l’antériorité en un sens ou
omme la durée serait à une création. L’autorité que Ne:
antériorité ne confère pas, la constance ne la confère .° 74
as, L’autorité que l’antériorité ne confère pas en une À je
es vingtième cahier de la quatrième série Re fois, la constance ne la confère pas continûment. Si PS nous prenions texte de ce que nous sommes et de ce “R que nous avons été des dreyfusistes constants pour G’A demander d’exercer une autorité de commandement Dee sur les dreyfusistes inconstants, intermittents, auteurs “ et bénéficiaires des amnisties, nous ne serions pas P, ; reçus. Mais réciproquement nous n’admettons pas que 6 e les dreyfusistes inconstants, auteurs et bénéficiaires EN des amnisties, exercent sur nous l’autorité de commanVA dement que nous ne demandons pas sur eux. Il serait 3 singulier qu’une autorité de commandement que la ; constance ne confère pas, l’infidélité, l’amnistie la con- : férât. Nous défendons généralement toutes nos libertés à contre toutes les autorités de commandement. Nous 2 défendons en particulier toutes nos libertés dreyfusistes : | contre toutes les autorités de commandement prétendues dreyfusistes qui ont voulu s’établir parmi nous et » sur nous. Il est notoire que dans presque toutes les campagnes Le et dans presque tous les débats, dans presque tous les travaux, les combattants ou les ouvriers de la perpé- is tuelle dernière heure, c’est-à-dire les combattants ou Fe les ouvriers inconstants, c’est-à-dire les mauvais commo : battants et les mauvais ouvriers, puisque la constance 6 est provisoirement et pour longtemps la première des » Le vertus, réclament pour eux la faveur et l’injustice” ÿ d’exercer une ‘autorité de commandement que les comsl battants et que les ouvriers constants n’ont pas même | la pensée de réclamer. Outre le besoin mauvais, et qui. semble presque universel, d’exercer une autorité de commandement, il s’établit en eux comme un besoin mauvais d’équilibre, de rançon, de talion, d’équivaAN
lence injuste; outre le zèle faux et l’outrance de l’in- Ë Li constant, les inconstants se rattrapent à chaque instant ci | de leur ancienne faiblesse et de leur faiblesse toujours ne présente, à chaque instant de leur ancienne lâcheté, de K& leur lâcheté toujours sous-présente, ils se défendent, se ; if | sauvent des reproches mérités qu’on leur fait ou qu’ils n’ se font eux-mêmes, qu’ils prévoient ou qu’ils entendent, En | compensent leur absence initiale et leur continuelle D: absence en insistant sur leur nouveau rôle intermittent H ! st sur leur présence intermittente obsédante et sur l’au- 4 orité de commandement qu’ils veulent exercer dans N : les intermittences de leurs nouvelles attitudes. 2 Quand donc je sus que l’on préparait un recommen- . | ‘ement de l’affaire, la première chose que je ne me # demandai pas, que je n’avais pas à me demander, fut hi! de savoir si ces cahiers y contribueraient. De telles “4 questions se posent pour ceux qui se croient le droit j l’interrompre, d’ajourner, de reprendre, d’amnistier, : | V’altérer leur action politique et sociale pour les inté- : k | ‘êts ou pour les besoins de leur politique, d’amnistier | eurs amnisties mêmes, de reprendre de la main gauche € peu qu’ils ont donné de la main droite, et qui en fait ). subordonnent perpétuellement leur action politique et e sociale aux intérêts et aux besoins de leur politique. 4 Elles ne se posent pas pour ceux qui, résolus à n’entrer ; Ne
as même dans les considérations de la politique, À poursuivent modestement mais continuellement leur EX action morale. Nous n’avons pas eu un seul instant à x ous demander si nos cahiers contribueraient au recom- ë ñ nencement de l’affaire, pour cette bonneraison que nos E: cahiers, pour leur part de travail, pour leur part d’ac- 3
F. vingtième cahier de la quatrième série Fe tion, pour leur part de responsabilité, n’avaient jamais 4 ne pouvait pas y avoir pour nous de recommencement
de l’affaire, parce que depuis le commencement de
3 4 l’affaire il n’y avait jamais eu pour nous d’interruption 17 de l’affaire. Depuis le commencement de l’affaire il y a É l’affaire, sans nulle interception, sans nulle amnistie, T2 sans nulle prescription. Depuis le commencement de hi l’affaire, l’affaire continuait. Malgré l’amnistie elle conde tinuait. Avec ou sans recommencement, et je dirai de presque malgré le recommencement elle continuait. Le
- principal inconvénient du mot recommencement el du. « x mot reprise, et de l’acte même, dans le sens et dans le :2# ton et de la teneur où on le fit, fut en effet de faire croire 4: que pendant un certain temps, pendant un certain à intervalle, compris entre l’amnistie et ce recommen- “ cement même, elle avait cessé de continuer. En ce sens ; À les auteurs du recommencement, par la manière dont 2 ils présentaient, dont ils introduisaient ce recommende : cement, nous firent à nous, auteurs de la continuation,
firent à l’affaire, et au dreyfusisme même, peut-être
4 plus de mal que de bien. Nous aperçûmes assez rapi-
4 dement ce mal, et tout le dommage qui en résulte-
à rait. Nous n’avons pourtant ni pu ni voulu décourager,
34 refuser certains camarades qui nous revenaient. F. On l’a trop oublié : au moment où certains auteurs » 12 de l’amnistie firent savoir qu’ils préparaient un recompr mencement de l’affaire, la question ne pouvait absoluEx ment pas se poser de savoir si les auteurs de la conti-
nuation, si les adversaires de l’amnistie contribueraient »
; à ce recommencement. Une telle question, de con-. à tribuer ou de ne contribuer pas, se posait pour les
autres auteurs de l’amnistie; elle ne pouvait pas 4 is se poser pour nous. Tout recommencement nous était bienvenu, nous revenait, parce que toutrecommen- si cement entrait dans la continuation, dans notre conti- % ne 10 nuation. Ce n’était pas la continuation qui avait à entrer î SUR ou à n’entrer pas dans le recommencement, mais le A NS recommencement qui avait à entrer dans la conti- ui ra NS Lesintéressés en furent avertis aussitôt. Je les prévins TRS moi-même qu’après comme avant le recommencement. 1 ‘“s de l’affaire les cahiers continueraient d’être à l’entière + 5 disposition d’un véritable dreyfusisme. Et puisque nos | 4 Cahiers ont été institués en partie pour être des cahiers ec de renseignements, de documents et de textes, des “an AL Cahiers d’enregistrement, des cahiers de faits, des SES | cahiers de dossiers, je demandai qu’il fût entendu que 44 10 … provisoirement, et en attendant une action plus prag- si Fe _ matique, mais officiellement, un dossier de l’affaire à 4 1 Ph partir de son recommencement fût constitué en cahiers. È À . De quelle utilité pouvait, devait être un tel dossier pour 4 | le dreyfusisme, c’est ce que nous verrons facilement JR 4] . quand nous examinerons de l’intérieur ce recommence- AE _ mént même. 240 La question qui se posait alors était exactement la 4 question contraire de celle que l’on a presque générale- SE ment posée; la question qui se posait n’était pas de PTE . Savoir si en intention nous nous rendrions aux auteurs ANÉCIES du recommencement, mais si en fait les auteurs du RE n. . recommencement, qui se prétendaient dreyfusistes, en à (a ; .. effet se rendaient à nous, s’ils revenaient dans le vieil à! FAN ‘ É atelier et si revenus ils nous y aidaient. Premièrement s 4 la question n’allait pas de nous à eux; mais elle reve- j Lo.
vingtième cahier de la quatrième série 3 nait d’eux à nous ; et s’il y avait arbitrage nous étions les arbitres. Deuxièmement ce qui était en cause n’était 5 pas nos intentions envers eux, notre collaboration . envers eux, mais au contraire leurs intentions envers nous, leur collaboration avec nous, l’accueil que nous 108 leur ferions, l’hospitalité que nous leur accorderions, et le travail utile de justice dont ils récompenseraient
ï cette hospitalité.
Premièrement la question n’allait pas de nous à eux; elle revenait d’eux à nous. Il ne s’agissait pas de nous adjoindre à eux, d’entrer dans leur jeu, de nous transporter dans le recommencement, de suivre lemouvement, de suivre. Nous n’étions pas en cause. Nous étions parfaitement connus. Notre action était parfaitement connue. Nous n’apportions rien de nouveau, rien d’imprévu, rien d’inédit, rien de théâtral.
‘ C’est l’avantage de la continuation qu’elle n’apporte avec elle aucun sursaut de découverte, aucune révélation sensationnelle, et qu’ainsi elle répugne perpétuellement au huis clos, à tout ce qu’il y a de huis clos
à dans la préparation solennelle d’un coup de théâtre. IL
si s’agissait au contraire à eux de s’adjoindre à nous, à
eux qui nous avaient quittés pour un temps. C’étaient
eux qui revenaient, et c’était au recommencement à se transporter dans la continuation.
Deuxièmement ce qui était en cause n’étaient pas des intentions, puisque les nôtres étaient continuellement connues et puisque préparer un recommencement voulait dire de leur part qu’ils allaient nous annoncer les leurs ; ce qui était en cause était l’accueil que nous leur ferions, à eux personnellement, et la réponse qu’ils
_donneraient à cet accueil.
Quand il s’agissait d’eux, jusqu’au recommencement En les intentions étaient en cause, parce qu’on ne connais- ‘RE sait pas d’avance leurs intentions, puisqu’ils avaient Re souvent contrarié leurs propres intentions ; mais puis- “+3 que cette fois il s’agissait de nous, les intentions | SSRR > n’étaient pas en cause, parce qu’on les connaissait D toutes, puisqu’ils annonçaient qu’ils allaient nous dire 7 les leurs, et que les nôtres par définition sont perpé- 0 tuellement connues. Nos intentions envers l’affaire, le 4 dreyfusisme et le recommencement de l’affaire étaient 2 parfaitement et perpétuellement connues. se Nos intentions envers les auteurs du recommencement À n’étaient pas commandées toutes par nos intentions k] envers ce recommencement; mais elles résultaient de k F ces intentions parfaitement connues et du travail que #04 produiraient en effet les auteurs du recommencement. à Ce que fut ce travail, et s’il fut vraiment dreyfusiste, 48 c’est ce que nous examinerons quand nous étudierons ; de l’intérieur le recommencement de laffaire. Ce que ‘ 54 fut notre accueil, nous l’examinerons par suite en même 14 temps. Et c’est ce que nous ferons dans un dernier 4 Dans ce dernier cahier nous plaçant au cœur du à d’un regard intérieur, et comme historiens etcomme drey- - #4 fusistes nous en esquisserons et nous en critiquerons ‘4 l’histoire. Autant que nous le pourrons nous nous rap- A pellerons le détail des faits, des événements et des 50 situations historiques successives. Autant que nous le ‘3 pourrons nous interpréterons ce détail du fait au regard N 3 du droit, nous éclairerons l’obscurité de l’événement à ”+ | 9
| vingtième cahier de la quatrième série hi: la lumière, à la clarté du dreyfusisme. Autant que nous | | à le pourrons, pour employer l’expression la plus simple, ‘a mais aussi la plus juste et la plus puissante, nous ne essaierons de nous y retrouver, car je crois que l’on ‘4 nous y a quelque peu perdus. da Dans le premier de ces trois cahiers nous avons exaei miné, comme historiens, comme théoriciens, comme A philosophes et comme moralistes les deux journées de a débats parlementaires qui furent l’incident le plus sie grave de ce recommencement; nous les avons examiSUR nées surtout au point de vue politique parlementaire ; da x nous n’avons vu le dreyfusisme qu’autant que le jeu . se politique parlementaire lui-même nous mettait en pré- A * sence du faux ou du véritable dreyfusisme; nous n’étions ra SAR pas du côté du dreyfusisme; nous étions du côté poliMe te tique parlementaire.
Re -Aujourd’hui, et dans ce deuxième cahier, nous avons, à autant que nous avons pu, regardé du même regard ir 4 extérieur tout le recommencement de l’affaire; nous \ avons examiné ce recommencement au point de vue k politique parlementaire; nous avons examiné, autant À que nous l’avons pu, dans quel milieu, dans quelles À institutions, dans quelles mœurs, dans quelles habitudes Si politiques parlementaires, dans quelles situations poliFe: tiques parlementaires, dans quel idiome et langage EX même s’était présenté, s’était déroulé, s’était finalement En . compromis ou perdu le recommencement que l’on avait de % voulu tenter de l’affaire Dreyfus par les moyens poliRe: tiques parlementaires. Aujourd’hui, et dans ce deuxième à k cahier, nous n’avons vu le dreyfusisme qu’autant A que le jeu politique et parlementaire lui-même, annon-
étouffant ce recommencement de l’affaire, nous y met- ñ ft Wa tait en présence du faux ou du véritable dreyfusisme; 2 _ nous n’étions pas du côté du dreyfusisme ; nous étions : il re Re. pendant tout ce temps du côté politique parlementaire. 1 { Lo Ayant à étudier le recommencement de l’affaire parles AR moyens politiques parlementaires, nous avons com- $ F ‘F4 mencé par étudier les moyens politiques parlemen- eut Cette méthode peut sembler inverse, mais cette inver- 1 12 sion même était indispensable; j’ai annoncé depuis long- AE . Lemps que nous essaierions quelque jour de faire une nous serons entraînés sans doute, par cet essai même, ‘71008 _ à essayer de faire une histoire de tout Le dreyfusisme en ‘100 France. Mais qu’on se rassure : nous ne commencerons pa _ de travailler à une telle histoire que quand on pourrale \ QU : , . faire utilement ; nous ne la rédigerons qu’aux dates où wi 4 . l’on saura, et où l’on pourra dire beaucoup, sinon tout, die ‘#4 _ dela vérité; ces temps ne sont pas encore près d’arriver. ñ: 1 _ Peut-être les hommes de notre âge ne pourront-ils pro- | fa _ céder que par mémoires posthumes. A Je prévois que cette histoire du dreyfusisme en SE ji France ne comportera pas moins de quatre parties, qui +) 4 | b) — une histoire du fonctionnement, ou de l’exercice 1 ta du dreyfusisme en France ; > ‘2 c)— une histoire de la décomposition du dreyfusisme 51°
“ vingtième cahier de la quatrième série d) — une histoire du renversement, ou de la contrefa5 çon du dreyfusisme en France.
Le récent recommencement serait évidemment dans la
FR : Or, dans la première partie, dans une histoire de la formation du dreyfusisme en France, il faudrait justement faire le contraire de ce que nous avons fait, | aujourd’hui et hier, dans ce fragment de la troisième ou de la quatrième partie, décomposition, renversement HER ou contrefaçon; dans une histoire de la formation du drey fusisme il faudrait faire exactement le contraire de — fs ce que nous avons fait pour une esquisse de l’histoire FA du recommencement ; dans une histoire de la formaK tion, dans une histoire du commencement et du dreyfu- | sisme et de l’affaire Dreyfus, il faudrait aller de l’inté- rieur à l’extérieur ; dans une histoire durecommencement
nous avons été contraints d’aller de l’extérieur vers l’intérieur. C’est que le recommencement de l’affaire Dreyfus ne s’est nullement fait par un mouvement symé-
; trique dumouvement par qui s’était faitle commencement Et de l’affaire Dreyfus. Cette récente et presque posthume partie de l’affaire ne se meut pas dans l’histoire d’un 3 pour et dans la grande histoire la grande et la première . , partie de cette grande affaire et de ce grand dreyfu- #4 sisme. Il ne faut pas que l’identité de la victime et que : l’identité de certains hommes, il ne faut pas que l’identité des noms et des mots nous abuse : le recommen- | cement n’a pas été un recommencement du commencement. : Dans la réalité du commencement, et ainsi dans une : 82 5
histoire du commencement, puisqu’il faut qu’avant tout A l’histoire accompagne la réalité, nous assistons à un \ 4 mouvement né de l’intérieur, partant de l’intérieur, à 10 un mouvement moral, né dans le secret et dans la pro- É “ fondeur des consciences, à un mouvement de germina- LE tion mentale et morale, et de végétation qui s’élargis- 14 sait peu à peu et gagnait de proche en proche. Non pas fi que feignant un miracle nous voulions négliger les cir- 4 constances extérieures, les conditions d’histoire et de ‘FI géographie qui accueillirent, mal ou bien, qui entra- # ( vèrent ou fomentèrent la germination, la croissance et : À î plante non plus ne vit pas dans le miracle et dans le : 3 vide ; la plante non plus n’est pas totalement et abso- 5 lument indépendante et libre du milieu où elle vit, du Us sol et du climat. Elle en dépend même considérable- “A
Mais si considérable que soit la dépendance de la La l plante, elle n’est pas entière; et aucune influence du 748 sol ou du climat ne fera par des moyens prochains et “ par des interventions secondes que des pépins de raisin de vigne germent et croissent en blé. La terre et le ‘4 ciel peuvent tuer la plante ou la nourrir; ils peuvent la # restreindre ou la déformer ; ils peuvent la faire languir; ‘ b comme ils peuvent aussi lui donner les moyens d’un 5 accroissement normal, d’une heureuse vieillesse, d’un 4 accroissement exubérant, d’une luxuriance, d’une évo- Ft lution grandissante; comme aussi d’une dévolution. ph Mais ils ne peuvent pas l’adultérer. 11 Pendant la grande première partie de l’affaire il est 4
évident, ou plutôt il est posé par définition que l’affaire 3 Dreyfus et que le dreyfusisme ne fonctionnèrent pas fs
4 _ vingtième cahier _ de la quatrième série Fa ë À dans le miracle et dans le vide; elles trouvèrent, a LANET comme tout ce qui se produit à l’événement, comme À) ‘RNONEE tout ce qui est matière d’histoire, des circonstances, FN #e LR des conditions extérieures, des situations, des hommes. ‘4 “e et des mouvements qui les entravaient ou qui lessecon3 daient, qui les tuaient dans les consciences et hors des Des consciences ou qui les nourrissaient, qui les restrei4 gnaient, les déformaient ou qui au contraire les fomendeu as taient. Et il faut toujours compter avec l’extérieur. | è : L’ambiance existe. La terre et l’air existe. On n’agit
WP: qu’à force de gagner vers et sur l’extérieur. Mais dans Eh Ù cette grande première partie de l’affaire le mouvement Me venait de l’intérieur; il était parti du germe; ce fut d vraiment une germination mentale et morale ; quelles : 5408 que fussent les réfractions successives, les déformations : # inévitables, dans la véritable affaire le mouvement était 4 AO un mouvement de vie, et le mouvement de vie venait 4 de l’intérieur; la perpétuelle vibration se mouvait de M oi: l’intérieur. Pour quelques fortunes ou pour quelques HA ingratitudes que fussent en route les propagandes ou les 4
À propagations, elles se propageaient de l’intérieur, elles }
LL venaient de l’intérieur, elles venaient d’elles-mêmes ; 1 14 elles existaient; par elles-mêmes; la chaleur de vie et 3
; de conviction, le battement de cœur, l’ardeur de
24 dévouement, de sacrifice et d’inquiétude, le principe 1 Re t d’action, la ferveur pieuse était intérieure. C’était l’af M M faire Dreyfus et le dreyfusisme qui faisaient, comme ils ;: ee pouvaient, mais qui faisaient le dreyfusisme, l’action 4 à 7 dreyfusiste, mettons le mot : la révolution dreyfusiste. % ts Dans le recommencement au contraire que l’on nous 4 FR a fait récemment de l’affaire Dreyfus par les moyens M x politiques parlementaires, ce sont ces moyens politiques ;
_ parlementaires qui ont commandé le recommencement; ce n’est pas l’affaire qui s’est recommencéè, qui s’est refaite elle-même par les moyens politiques parlementaires, ce sont les moyens politiques parlementaires qui NUS F ont refait l’affaire, qui l’ont refaite à leur image, qui ont refait une contrefaçon grotesque et lamentable de HT 0 f l’affaire ; nous les avons nommés des moyens parce qu’il est sage de prendre et d’intituler d’abord une ques- 1° tion comme on l’intitule généralement, comme l’intitu- ve Fe lent ses auteurs; mais ce que nous aurons à nous COTE demander dans le prochain cahier, ce sera justement to 4 si ce n’étaient pas les prétendus moyens politiques par- 20 _Jementaires qui étaient la fin, et la prétendue fin drey- ; Nr | fusiste qui étaient les moyens ; ce que nous aurons à At ss | nous demander, ce sera justement si ce que l’on nous a Va me : fait dernièrement, et qui promettait d’être un recom- “40 mencement de l’affaire Dreyfus par les moyens poli- FE _ tiques parlementaires n’a pas été au contraire une con- . De: | ünuation, un cas particulier de la politique parlemen- EU taire par les moyens, par l’exploitation de l’ancienne à : | Pour le savoir nous nous mettrons à l’intérieur de ce DEONE recommencement, nous nous transporterons du côté du 4 ri dreyfusisme, et redescendant l’histoire de ce recommen- HR cement, comme dreyfusistes nous verrons bien ce qui DR. nous arrivera. Moi-même il me tarde un peu de regar- 12 der et de parler en dreyfusiste, et non plus comme un 6 ne historien de la politique parlementaire. IL me tarde VE 4 aussi de suivre dans le détail et de redescendre l’évé- … “4 ta nement des faits. Si réelles que soient les institutions et 3 _ les mœurs, les habitudes et les vices, les idées et les s _ intentions, les combinaisons mêmes et le langage et le no
: vingtième cahier de la quatrième série
jeu des partis, si réaliste que soit l’analyse ou la synthèse du monde mental et moral, d’un monde politique
‘ et social, rien ne vaut une bonne histoire, et la réalité
d’une bonne histoire donne une certaine sécurité que la réalité non moins réelle et peut-être plus profonde de !
ce qui ne se met pas en histoire ne donne pas. Ce n’est point par un goût pervers, c’est par une
- inversion non seulement justifiée mais indispensable f qu’ayant à étudier le recommencement de l’affaire Drey-
: fus par les moyens politiques parlementaires nous avons mis tant de temps de travail à étudier les moyens politiques parlementaires qui entouraient et qui en réalité asservissaient ce recommencement. Si lon avait à faire une histoire de la grande affaire, on se mettrait au cœur du commencement, on accompagnerait cette réalité naissante, croissante et florissante
et suivant la réalité, quand on heurterait les masses extérieures, alors il serait bien temps, mesurant, estimant les réfractions, les résistances et les compositions de forces, d’étudier aux points de résistance le monde extérieur, l’hostilité violente ou sournoise de !
F tout ce que, dans un temps inoubliable de béatitude
À révolutionnaire, nous avons bousculé au pas de charge.
Mais ayant à esquisser une histoire d’une petite affaire,
il nous fallait, pour nous conformer à la réalité, com- ;
À mencer par les conditions extérieures politiques parle
mentaires qui ont commandé tout.
La forme générale de cette méthode se ramasse en un cas individuel. Je sais parfaitement qu’ayant à étudier un recommencement de l’affaire Dreyfus nous | n’avons presque jamais parlé que de Jaurès; et que
j’ai presque toujours prononcé le nom de Jaurès, et 4 que je n’ai presque jamais prononcé le nom de Drey- 74 fus. Mais c’est la réalité même qui nous y a contraints. à Dans la réalité l’intervention de Jaurès était presque H partout, et l’intervention de M. Dreyfus ne fut presque do nulle part. M. Dreyfus n’est intervenu qu’en second, 4 assez tard, par une lettre au ministre de la guerre que E nous avons reproduite à sa place dans le dossier que ‘4 nous formons, et qui n’est guère qu’une réduction du 4 grand discours prononcé par Jaurès dans les deux L : grandes séances de la Chambre. Ainsi la question # générale que nous aurons à nous poser dans un dernier # cahier sera de savoir si la reprise de l’affaire Dreyfus un | que l’on nous a faite ou que l’on a tentée par les # | moyens politiques parlementaires n’a pas été une con- EE : tinuation, un cas particulier de la politique parlemen- à | taire par les moyens, par l’exploitation de l’ancienne ‘4 affaire Dreyfus. Mais cette question générale se ramas- Æ sera sans doute en une question particulière, qui sera 3 è de savoir si le recommencement de l’affaire Dreyfus « 4 | que Jaurès nous a fait par les moyens politiques par- à lementaires n’a pas été littéralement une affaire Jaurès » entreprise en substitution de l’ancienne affaire Dreyfus, is en exploitation de l’ancienne affaire Dreyfus, par un 1 Jaurès devenu proprement et uniquement parlementaire KW et politique. É =
Dossier de l’affaire Dreyfus depuis son recommencement. On sait que le comité catholique pour la défense du Droit prit parti dans la première affaire Dreyfus en temps utile pour la revendication de la justice et pour la: manifestation de la vérité. Nous avons publié en leur temps plusieurs manifestations importantes de cecomité. Elles sont à confronter avec les manifestations contraires de M. Henry Bérenger et de tous les radicaux anticatholiques antidreyfusistes. Nous ferons cette con- _ frontation, si nous le pouvons, dans le dernier cahier que nous préparons sur le recommencement de l’affaire. En attendant nous devons dès aujourd’hui, dans un dossier de l’affaire Dreyfus, publier l’importante communication que l’on va lire :
ri Le Temps daté du lundi 20 avril publiait la commu SE Le comité catholique pour la Défense du Droit qui fut fondé, au cours de l’affaire Dreyfus, par quelques catho bte liques partisans de la revision, et ayant à leur tête M. Paul TA à Viollet, membre de l’Institut, adresse à M. Jean Jaurès la lettre suivante : È ne: 3 à Paris, le 17 avril193 PARA © | _ Monsieur le député | er _ Mous avez mis votre admirable éloquence au service + #4 _ d’une juste cause, celle de cet officier juif innocent, réhabilité dans l’opinion de tous ceux qui ont étudié Mis . l’affaire, réhabilité par le plus haut tribunal français à 2 et malgré tout condamné. a *IS 40h _ Vous avez combattu vaillamment pour le droit. +R _ Le Comité catholique pour la défense du Droit qui, _ dans la mesure de ses forces, a défendu la même TES b. cause et qui souhaite ardemment une réparation judi- Fe K ciaire, vous adresse ses félicitations. MR | d Mais le droit, monsieur le député, est un et indivi- F LÉ 2 _ sible. Permettez-nous de vous dire ici que vous mécon- 0 É _maissez cruellement, vous et vos amis, ce principe qui Ex vw n | est absolu, ce principe qui est notre sauvegarde à tous. SR Tous les Français ont le droit primordial et souve- ? a rain de servir Dieu comme bon leur semble, de se STE réunir pour vivre en commun, de soigner les malades AT et les infirmes. Tous les pères de famille ont le droit de confier leurs enfants aux maîtres de leur choix. à +45 | En foulant aux pieds ces droits de l’homme, vous <5 Fe _ nous ramenez, monsieur le député, à Louis XIV etäla 2 ci
k i révocation de l’édit de Nantes. Le roi enlevait aux à protestants leurs enfants et chassait les pasteurs. Vous : enlevez aux catholiques leurs enfants et vous chassez | les éducateurs. j Au père, vous substituez l’État ; et, comme Louis XIV, HR vous osez dire : « l’État, c’est moi ! » La Des lois violatrices de la Déclaration des Droits méritent-elles le nom de lois ? L : Veuillez agréer, monsieur le député, l’assurance de k notre haute considération. Es Pour le comité : te membre de l’Institut.
Sur la situation des catholiques envers l’affaire LL Dreyfus, l’annonce que l’on va lire devait passer dans le | douzième cahier de la quatrième série, vient de paraître, à bon à tirer du mardi 17 février. Elle était composée à
l’imprimerie depuis lors. Le livre ainsi annoncé na
À donc pas été fait pour les besoins du moment, et quand à l’auteur envisageait un recommencement de l’affaire il ne pensait nullement à utiliser le recommencement que
l’on nous a fait depuis. Ce livre a reçu, contrairement
à ce que l’auteur attendait, un accueil nombreux; la : presse en a beaucoup, et assez bien parlé. Il s’en est | vendu un grand nombre d’exemplaires, cinq mille, nous écrit l’auteur, ce qui est énorme en France pour un livre honnête, et la deuxième édition va paraître bientôt.
les catholiques français et leurs difficultés actuelles |
| Ce livre est évidemment un livre écrit par quelqu’un qui n’avait jamais écrit de livre ; mais les livres écrits par de tels auteurs ont souvent un attrait particulier. C’est un livre à lire. Il est impossible d’avoir une idée même approchée du dreyfusisme et du jeu des partis envers le dreyfusisme si l’on n’a pas lu ce livre, parce que l’attitude et l’action des catholiques dreyfusistes fait une partie essentielle de la situation dreyfusiste et de l’action dreyfusiste, en face de l’antidreyfusisme radical. Dans l’amoncellement des documents et des renseignements à produits par l’auteur, quelques erreurs se sont glissées, qui seront sans doute réparées dans la deuxième édition. L’auteur, maître Léon Chaine, avoué au tribunal civil, 90, rue de l’Hôtel-de-Ville, Lyon, donne et par son attitude générale, et dans son livre, l’impression d’un fort honnête homme.
Vient de paraître chez Storck, Paris, en vente à la des x librairie des cahiers. LP AICE CNET Léon CHAINE. — Les Catholiques français et leurs fe difficultés actuelles, un volume in-18 de 416 pages, La Lettre d’un Catholique lyonnais à un Évêque (x) sur RS, Vattitude de la grande majorité de ses coreligionnaires ? DR | . dans l’affaire Dreyfus a été publiée par La Justice Sociale TE _ Elle a été reproduite in extenso par Le Soir, le Signal, le “1 National, le Petit National, l’Univers Israélite, le Haut- M: _ Rhin. Ce dernier, croyons-nous, est le seul journal dépar- PR | _ temental ‘qui l’ait publiée en entier. Divers journaux de RE _ Paris et de province en ont donné des extraits. Elle a été Û EU | vivement prise à partie par la Vérité Française, dans son FLE | . numéro du 9 avril et, de nouveau, dans celui du 19 avril. : STE _ La Revue Idéaliste, dans sa livraison du premier mai, a bien Et à voulu lui en emprunter un fragment pour l’insérer sous sa ne x Le numéro de la Justice Sociale du 29 mars 1902 a été BE adressé à N.N. S.S. les Archevêques et Évêques de France # à è (à l’exception d’un, prélat auquel il nous a paru conve- OS nable et discret de ne point le faire envoyer), à Messieurs } CO les Curés de Paris et de Lyon, à d’autres ecclésiastiques ES “4 distingués, à de hautes personnalités du monde des Lettres, Tan Ÿ ; des Sciences, de la Politique, à quelques parents et amis. 23 RTE (1) Voir l’Appendice, À 5 ; À
- Deux Évêques ont bien voulu nous envoyer à son sujet leurs félicitations les plus vives, un troisième Evêque ses k ES félicitations pures et simples. , Un Cardinal-Archevêque a pris la peine de nous écrire
pour nous exposer les raisons qu’il avait de ne pas penser
x comme nous au sujet de l’attitude que nous reprochons à ss la majorité des catholiques français. (1) Plusieurs vicairesLP généraux, seize évêques, trois archevêques, un cardinal & romain (et quel cardinal!) nous ont adressé leur carte.
t. @) Nous croyons devoir mettre sous les yeux du lecteur une partie
3 de la lettre que le Cardinal Lecot, archevêque de Bordeaux, nous a
fait l’honneur de nous écrire et à la publication de laquelle il a bien
! voulu ne pas s’opposer.
26 ARCHEVÊCHÉ Bordeaux, le 7 juin 1902. >
7: « Tout ce qui s’est dit et écrit sur l’affaire Dreyfus, m’étonne et
« Dreyfus est-il innocent ?
VEN « Il faut trouver le Tribunal authentique qui le proclame, et se
Re réjouir de voir un criminel de moins dans ce monde. :
« Est-il coupable ? É
a « Il faut s’incliner devant l’autorité des Tribunaux qui l’ont jugé |
J dans toute l’indépendance et toute l’impartialité de la justice. .
« Que viendraient faire en tout cela, les catholiques, les prêtres,
les évêques ? Est-ce que les questions de justice pendantes devant
les tribunaux les regardent? Ont-ils reçu les témoignages ? Ont-ils
Au? étudié les documents? Ont-ils les éléments indispensables pour
“oh « Que serait le respect de la justice, s’il était permis de suspecter
gratuitement ou la perspicacité ou la bonne foi des Tribunaux ?
« Veuillez recevoir, Monsieur, l’assurance de mes sentiments s
4 « + CARDINAL LECOT, archevêque de Bordeaux. » ,
- Mgr Lecot exprime ici l’opinion de la grande majorité du clergé ï français auquel, en effet on ne pouvait demander de faire une étude À spéciale de ce colossal procès dont il était impossible de prévoir
l’importance politique, sociale et religieuse que par la suite il pren-
l Par contre, si nos prêtres n’avaient ni le devoir strict ni la possi-
Ces envois de cartes ne comportent évidemment pas une p 1 adhésion formelle, pas même une adhésion tacite; mais, ‘14 consentis par des membres du haut clergé, toujours si À résérvés et si prudents, ils n’en ont pas moins une indé- IS L’an des évêques qui nous ont ainsi honoré de l’envoi de $ 20 leur carte nous a, au surplus, écrit quelques jours plus 5 | tard pour préciser qu’il n’avait pas entendu par là nous L : 118 donner son approbation sans réserves. « 3 bilité de se livrer à cette étude, combien il est fâcheux que les on | hommes politiques qui dirigent le sentiment catholique au Parle- 0 ment et dans la presse, n’aient pas cherché à voir clair dans des ‘# ténèbres accumuléés à plaisir, mais qu’ils aient, au contraire, en | accrédité cette opinion que l’on ne pouvait être bon catholique qu’à 18 la condition d’être convaincu de la culpabilité de l’officier juif et Pt | surtout de l’impartialité bien connue de ses accusateurs si bien al | Un prélat, dont on comprendra que nous taisions le nom, a, de nn: la question qui nous préoccupe et de l’attitude prise dans l’affaire û 1 _ par la majorité de nos coreligionnaires, une conception un peu dif- QUES | férente de celle de Mgr Lecot. Voici quelques lignes de la lettre 2 qu’il nous a fait écrire par un haut dignitaire de son clergé diocé- 1 « Monsieur Léon CHAINE, Lyon . 34 l « Monseigneur me charge de vous dire qu’il a pris le plus vif E” (a intérêt à votre communication. Il est assurément regrettable que \ » 710 | l’attitude passive et effacée de la plus grande partie du clergé, pen- hd. dant que l’opinion était soulevée par l’affaire Dreyfus, ait paru | encourager ou approuver les passions et la partialité de quelques per- 14 Sonnalités plus ou moins autorisées à représenter les intérêts reli- A] gieux, On n’a pas su assez nettement et assez tôt distinguer l’aspect E. juridique et universel de ce cas, et, sans rien préjuger sur le fond, 4 à qui relevait des tribunaux, reconnaître au moins que les garanties Fa du droit ne peuvent être violées pour personne, et qu’il n’y à pas ‘4 d’intérêt supérieur à la Justice. « Mais Monseigneur, tout en reconnaissant le bien fondé de vos EE : regrets, juge qu’il est trop tard aujourd’hui pour prendre attitude he en cette aflaire : 4 « Notre attitude générale a été l’abstention. Ce n’était peut-être F1 pas assez, mais le mieux est aujourd’hui d’y rester fidèle. vai « Il est plus aisé, après les événements, d’en distinguer le vrai 4 sens et la portée que lorsque l’on y est mêlé à l’agitation et au 5 #3) trouble. Sa Grandeur s’abstiendra donc de tout acte qui serait de 7308
: 5 SRE Parmi les membres de l’épiscopat français auxque sl LE RE numéro de La Justice Sociale a été adressé il en est certaiARS nement beaucoup qui ne l’ont pas lu. Ce qui nous incite a a 2 ÿ LU ie ÿ le croire c’est que plusieurs prélats que lon sait très libé- k 14 RU jé raux ne figurent pas au nombre de ceux qui nous ont fait A pa pies Cette manifestation qui, dans notre pensée, était destinée (SAR à passer beaucoup plus inaperçue, a encore rencontré la À SM : complète adhésion de religieux éminents, de prédicateurs : ï FFC célèbres, d’ecclésiastiques savants et du plus grand mérite. Mes ” Des membres de l’Institut, des professeurs du Collège de L; SARUNES _ France, des maîtres de l’Université nous ont complimenté ARE par des missives vraiment bien cordiales. ! 15 LINE Notre lettre a rencontré encore le meilleur accueil auprès ;:; SRENES d’académiciens illustres, dont plusieurs sont des catholiques =. 4 ie 4 CL nature à réveiller les souvenirs de l’Affaire. Mais elle souhaïte vive- … k K À 2 don ment qu’une nouvelle expérience trouve FPopinion catholique plus ÿ « 170 préparée qu’elle ne l’a été, et elle approuvera vos efforts dans ce ns “1 A de l’heure où il n’a plus été possible de douter de certaines irrégu 7 larités criminelles, que la conscience publique, en ses représentants 13. DR AAER les plus autorisés, ne parlât pas plus haut. Il s’est constitué à Paris, 3 VER A sous l’impression du même sentiment, un Gomité Catholique pour la 1 _ défense du droit, présidé par M. P. Viollet, membre de l’Institut, 4 D: j 6, rue Cujas… Je me permets de vous le faire connaître, 1% si vous l’ignoriez, pour le cas où vous jugeriez bon d’unir vos x efforts à ceux de cette modeste association, en vue de cet avenir qui $ Ki: vous préoccupe à bon droit. ni) j 1 ! « Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de mes sentiments les u ‘Non C’est par cette lettre que nous a été révélée l’existence du Comité : D’udS u Cathoiïique pour la défense du droit, dont nous n’avions pas encore , à à connaissance et qui, cependant, avait déjà fait entendre de si nobles, KE. de si éloquentes protestations. “. 2 RE 11 nous est naturellement impossible de donner, même en ne les Sd ‘NER faisant pas suivre des noms de leurs éminents signataires, les 2 AY re, lettres des évêques qui nous ont fait l’honneur de nous féliciter de 1 pe notre attitude. Nous n’avons même pas songé un seul instant à Le leur demander l’autorisation de publier ces lettres dont le carac- É ; tère est purement confidentiel. Û Ne
très orthodoxes. Mais où elle a été Ine avec une particu- CR
lière sympathie, c’est dans les milieux universitaires catho- FRA
Enfin, n’oublions pas de mentionner que notre lettre a 4à 5%
reçu un accueil vraiment trop flatteur de la part du Comité Fe De :
catholique pour la Défense du Droit. Ce comité a pour CESR
fondateur et président M. Paul Viollet, l’éminent membre ot
de l’Institut, à la science et au caractère duquel on rend un (#4
respectueux hommage dans tous les partis. TR
Son existence ne nous a été révélée que postérieurement AR “4
au 29 mars de cette présente année. Aussi devons-nous MU:
exprimer ici le profond regret de n’avoir pu, dans notre 5 ÉTA de
lettre, lui rendre le témoignage d’admiration qui lui était ! 5
Le Comité catholique pour la Défense du Droit, composé xl #4
exclusivement de catholiques, déclare « s’appuyer sur les Er ”+
principes de 1789 dont l’application loyale pourra, seule, 1 7 |
après le triomphe définitif de la Justice et de la Vérité EL:
dans la crise actuelle, assurer en France la paix intérieure ‘108
avec la pleine liberté religieuse », il dénonce le mal pro- 7
fond causé au pays notamment par ces deux fléaux : l’anti- x, 10
christianisme, l’antisémitisme. 9 fe 48
Plusieurs prêtres en font partie; car, on ne l’a pas assez We:
remarqué, les ecclésiastiques ont été beaucoup moins D: |
ardents que les laïques dans cette guerre contre les Juifs, Dre
guerre dont ils sont cépendant appelés, eux surtout, à DT |
payer les frais. 4
_ En dehors de ce Comité, bien des prêtres, tels que les LAS.
abbés Pichot, Russacq, Brugerette et tant d’autres, furent 24
héroïques et essayèrent inutilement de faire luire devant ra
des yeux aveuglés la double lumière de la raison et des K
C’est ainsi que l’abbé Frémont, théologien éminent et l’un KR
des maîtres de la parole contemporaine, n’a pas craint, au EN
cours de plusieurs sermons, de profiter de sa présencedans STRESS
la chaire de vérité pour faire comprendre, d’une façon “1408
diserète mais très claire, quelle était, sur ce sujet, sa mâle 14
et fière conviction. Nous nous souvenons d’avoir entendu | À 4
tomber de ses lèvres hardies la plus éloquente des protes- 22
< tations contre la violation criminelle des droits imprescriptibles d’un accusé. : Depuis que nous avons lu les diverses brochures éditées ! par le Comité catholique pour la Défense du Droit et A notamment La Conscience chrétienne et l’Affaire Dreyfus, de M. l’abbé Pichot (1), et divers opuscules de M. Quincam- ‘ poix, le très distingué publiciste, nous nous étonnons que Î les partisans de la cause du prétendu traître n’aient pas eu l’excellente idée d’en inonder le pays catholique. Combien étaient dans notre cas et n’en avaient pas eu la moindre à Ces brochures sont très bien faites; mais, le seraient44 elles beaucoup moins, qu’elles auraient tout de même exercé une bien plus forte influence sur la plupart des catholiques que les démonstrations cependant si pressantes, j si rigoureuses et si éloquentes d’un Bernard-Lazare, d’un e : Zola, d’un Clemenceau, d’un Joseph Reinach et d’un Jaurès. On dit que les coreligionnaires de Dreyfus ont dépensé beaucoup d’or pour la défense de sa cause. N’auraient-ils t pas dû en employer un peu à propager ces excellents plaidoyers, faits par des catholiques et par des prêtres, en faveur de l’officier juif condamné dans des conditions si Le grand public n’a pas connu ces avocats catholiques de la cause de Dreyfus, parce que les journaux des deux À partis en présence leur refusaient obstinément et presque d’une façon absolue la publicité de leurs colonnes. ne Les journaux de droite voulaient cacher à leur clientèle ÿ qu’il y avait des catholiques dreyfusards. ÿ Ceux de gauche n’auraient pas voulu qu’on sût qu’il y k avait des dreyfusards catholiques. C’était du moins la règle générale. Voilà pourquoi, enfin, aux yeux des catholiques dépour- (1) L’abbé Pichot, que l’affaire Dreyfus amena à quitter la chaire de professeur de mathématiques qu’il occupait dans un des grands établissements de notre pays, fut appelé à l’une des cures de la ville de Monaco, par le Prince, ami de la France, qui s’honora en prenant si noblement parti pour la cause de la Justice.
vus de sens critique et qui ont par trop la foi aveugle du i charbonnier, le dreyfusisme est devenu comme le huitième “4 des péchés capitaux quand il n’a pas été érigé à la hauteur ü d’une monstrueuse hérésie. : Pour beaucoup, un catholique ne peut être qu’ « anti- É dreyfusard » (il faut bien employer ce mot puisque les 3 circonstances l’ont imposé à la langue française), et cepen- f dant les Juifs n’étaient point seuls à défendre Dreyfus. Ni 2 Demange, ni Labori, ni Cornély, ni le colonel Picquart ne . sont des Juifs. En revanche, dans le même moment, on + comptait dix-sept juifs au Gaulois du juif Meyer qui, au che nom de la France chrétienne, conduisait le bon combat ÿ: contre son propre coreligionnaire et contre un homme de Pour les mêmes gens aussi, sont hors de l’Église ceux à qui n’admirent pas l’armée jusque dans ses verrues, comme K aurait dit Montaigne, ceux qui ne professent pas le sentiment antichrétien et barbare si heureusement exprimé par | le cri sauvage de À bas les juifs ! ou encore ceux qui s’estimeraient patriotes sans vouloir considérer comme un être F inférieur tout individu vivant en dehors de nos frontières. | Et pourtant, remarquons-le, cette crise terrible qui a $ bouleversé tout le pays et qui a eu dans le monde entier j tant de retentissement, aurait été évitée à la France et au j monde si, de bonne grâce, la Revision qui devait fatale- F ment s’imposer plus tard avait été acceptée de suite. Au lieu d’équivoquer dans des communiqués à la presse, de mentir à la tribune de la Chambre, de prêter de faux % serments devant l’image du Christ aux audiences des Cours f: d’assises, il fallait avouer ce qui ne pouvait plus être nié * et ce qu’il a bien fallu reconnaître par la suite, il fallait ÿ avouer tout simplement, enfin, que l’accusé avait été con- ? damné sur des pièces qui n’avaient été communiquées ni à ke lui ni à son défenseur. Me Si certains militaires avaient agi avec cette élémentaire Ÿ franchise que leur demandaient des civils, que de calamités, : 18 que de hontes auraient été évitées à notre malheureux Ne pouvoir être condamné qu’après avoir été mis à même A
- 4 de se défendre, avait toujours été considéré comme de droit Ma naturel. Cela est si vraiqu’en relisant, ces jours-ci, l’acte Il = de Médée, nous avons constaté que Corneille lui-même es avait été un dreyfusard avant la lettre.
Le Quiconque, sans l’ouir, condamne un criminel, £ Son crime eût-il cent fois mérité le supplice, 3 Ê D’un juste châtiment il fait une injustice. So Pour en revenir à notre Lettre, l’accueil et le succès connee tradictoires qui lui ont été faits dans la presse et aussi dans al notre propre entourage, nous ont incité à en reprendre les pc, divers points pour les développer plus amplement. 4 , Les controverses de toute nature qu’elle a, d’autre part, l À suscitées dans certains milieux catholiques qui nous sont 2; familiers, nous ont également amené à dire ici notre pensée > di sur un certain nombre de questions accessoires mais d’un oe intérêt très actuel et des plus pressants. 4 “t Îl est des doctrines de haine, des fléaux intellectuels, des ‘ ti préjugés ridicules ou dégradants, des superstitions, des £ ; pusillanimités qui végètent en parasites et en ennemis à K l’ombre de l’idée religieuse, et à la disparition, à l’arrachement desquels la vérité catholique est au plus haut point Fa C’est pourquoi nous nous sommes modestement permis Fe de porter la main sur ces mauvaises herbes. à L’affaire Dreyfus a révélé en effet chez un trop grand | nombre de catholiques des défaillances multiples de con4 science ou d’intellect. Tout homme de bonne volonté a le à devoir de coopérer avec sollicitude, dans la mesure de ses ke forces, à la solution rationnelle et chrétienne des questions N° que cet état d’esprit soulève et comporte. Qu’il soit donc permis à un catholique, entièrement NC soumis aux directions de la sainte Église et soucieux de 14 l’honneur et du bon renom de sa patrie, de venir témoiF gner, sans autre considération personnelle que l’entière ; indépendance de son jugement et sa fière bonne foi, en faveur de ce qu’il estime être la Vérité. Et qu’il lui soit permis par là de libérer sa pensée et son
La Ligue des Femmes françaises : a: ; Les Catholiques et le libre Examen politique: à Les catholiques et le bon vieux temps: fa L’éducation historique des catholiques :” Re De certaines dévotions nouvelles; 4 La timidité intellectuelle de certains catholiques; ë L’esprit d’égalité dans l’Église : € Les catholiques et la charité intellectuelle : L’Église et les hommes de bonne volonté; 4 Le christianisme social et les conservateurs ; # La loi du premier juillet 1901 et les Dreyfusards; } Autour des décrets Combes; Ë Du clergé séculier et des congrégations; ;
Dossier de l’affaire Dreyfus depuis son recommencement. Sans attendre ce recommencement nous avons annoncé en leur temps les volumes successifs de l’histoire de l’affaire Dreyfus, publiée aux éditions de la revue blanche puis chez Fasquelle par M.-Joseph Reinach : dans le dixième cahier de la deuxième série, cahier d’annonces, nous avons annoncé l’apparition du premier volume, le Procès de 1894; dans le cinquième cahier de
: la quatrième série, Émile Zola, nous avons annoncé l’apparition du deuxième volume, Esterhazy. 4
Vient de paraître chez Fasquelle, en vente àl librairie des cahiers: TRES Josspu REINACH. — Histoire de l’Affaire Dreyfis SE _ IT. — la Crise. — Procès Esterhazy. — Procès nn Fabre Zola, un gros volume in octavo carré de 664 pages, VE sn Table des matières, chapitres : FLN Ne _ l’enquête de Pellieux; 1’P ACER _ l’acquittement d’Esterhazy ; RE ‘47h la crise morale; DURE MR e procès de Zola; LR _ mort de Lemercier-Picard ; 2 LÉ les idées contre-révolutionnaires ; 1 TRES _ Appendice. — Procès-verbal d’autopsie de Lemercier- AR A Les lettres du colonel Combe; 4 Ie NES | Les photographies de Carlsruhe. CRUE
71e que Dossier de l’affaire Dre, vfus depuis son recommence- fe
ment. Le colonel Picquart a publié dans la Ga zette de ct
ans ee 7 RENE l’article important que nous reproduisons ci Vi
après. En tout état de la cause, l’article de M. . Picquart A4
LU D est important pour l’histoire de l’affaire Dreyfus, et non
moins important pour une histoire du dreyfusisme, que
nous ne confondons pas avec l’histoire del’affaire DreyFC _ fus. Ace double titre il doit entrer dans le dossier que #K
1 RES nous formons. Les journaux français qui se disent %
DrUR tir dreyfusistes n’ont donné de cet article que des citations è
#4 NES Gazette de Lausanne et Journal suisse, fondée en |
AS | 1798, numéro du mardi 2 juin. a
Date à La collaboration du colonel Picquart à la Gazette de.
“ae a Lausanne est mensuelle. Son article paraît générale- DA
à 54 _ ment le premier ou le deux. Exceptionnellement au :
À Nbr. mois d’avril, au moment du discours de Jaurès sur
RUE a” l’affaire, il envoya quelques communications sous
Ne forme de lettre, en dehors de ses articles habituels. La
Sas hé | Gazette Le laisse absolument libre des sujets à traiter. f
ÿ a Ily a jusqu’ici parlé de questions militaires, histo- A
| riques, et autres. ; 50
| Lausanne, le 2 juin - À non La première chambre de la cour d’appel de Paris ; MES vient de confirmer, par un arrêt fortement motivé, Ls +4 le jugement du tribunal‘civil de la Seine, qui, le 12 juin 1902, dans l’instance introduite par madame t EUR: : veuve Henry, avait condamné M. Joseph Reïinach et HER le gérant du journal le Siècle, à 500 francs de dom ! mages-intérêts chacun, pour diffamation. | y 3 Ce procès remonte à plus de quatre ans. Madame Henry We A _ avait poursuivi d’abord M. Reinach devant la cour F1 2 _ d’assises, mais l”amnistie arrêta l’action pénale dans 44 cette affaire, comme dans toutes celles du même genre, 3 des et le procès avait dû être repris au civil, sur nouveaux se Ne On sait que M. Joseph Reïinach avait accusé Henry Pa d’être un traître, complice d’Esterhazy. Dès le mois de } net” novembre 1898, dans le journal Le Siècle, il avait émis AS Re cette allégation sous forme d’hypothèse. Mais bientôt, Le jugeant que l’opinion était suffisamment préparée, il a Re donnait à son accusation un caractère formel. ‘ Fa ’ Dans le Siècle du 6 décembre 1898, il écrit en effet : Dee 12 k. Il s’agit seulement de savoir qui sont les traîtres; or : D: jusqu’à présent il n’y en a que deux qui soient avérés: où
Esterhazy et Henry. Je crois pouvoir dire de mon hypothèse qu’Henry fut le complice d’Esterhazy, qu’elle devient,
qu’elle est devenue une vérité.
. Et plus loin : .… Henry se remet à l’œuvre avec Esterhazy. C’est pen- à dant cette année (1) que les deux traîtres et Schwarzkoppen firent leur plus belle récolte, Schwarzkoppen de rensei- .. gnements, Henry et Esterhazy d’écus, près de cent mille
è Les assertions de M. Joseph Reinach eurent d’abord un grand succès dans le camp dreyfusard. Les esprits _ les plus judicieux affirmèrent qu’elles donnaient la clef de l’Affaire. Beaucoup de gens y croient encore à l’heure actuelle. Ils affirment qu’on ne saurait expliquer autrement le rôle d’Henry et adoptent ainsi une forme de raisonnement qui peut mener terriblement loin quand on la suit sans être suffisamment armé d’autre part.
Cependant les dreyfusards auraient pu être mis en éveil, à défaut d’autres indices, par l’empressement avec lequel leurs adversaires aidèrent madame veuve | Henry à traîner Reïinach, comme diffamateur, devant la ie cour d’assises, et par l’ardeur avec laquelle ces poursuites ont été continuées jusqu’au bout, pendant si ù longtemps, malgré tant d’obstacles. Ce n’est pas Esterhazy qui, même après son acquittement par le conseil de guerre, aurait osé poursuivre que celui-ci l’avait accusé publiquement, dans une lettre adressée au ministre de la guerre, d’être « lau-
teur de la trahison » pour laquelle Alfred Dreyfus avait + M. Reinach. Enfermé à la prison du Cherche-Midi et Re. mis au secret le 23 septembre 1898, j’ignorai totalement he ce qui se passa au dehors jusqu’au 19 novembre, date ds à laquelle le secret fut levé. C’est alors seulement que je fus mis au courant des découvertes de M. Reïinach, 1 et que je pus suivre la marche de ses accusations. ù Mon impression, en présence de cette nouvelle inter- “ prétation de l’Affaire, fut nettement défavorable. Ayant Ÿ vécu pendant plusieurs années dans le milieu de l’état- 4 major, ayant assisté de près aux débuts de l’Affaire, il 4 m’était impossible d’admettre a priori une hypothèse # qui se trouvait en contradiction flagrante avec mille détails familliers aux gens de la maison. Je n’en examinai 4 qu’avec plus de soin et d’attention les raisons fournies ‘4 par M. Joseph Reinach à l’appui de ses dires. Je n’en ai jamais trouvé une seule qui fût de nature, je ne dis pas à entraîner ma conviction, mais même à donner quelque Cela ne tient pas debout, me disait encore dernièrement un haut fonctionnaire, fort au courant des détails les ’ plus secrets de l’Affaire. Cette expression est un peu n brutale. Je crains qu’elle ne soit tout à fait convenable, 7 en l’occurrence. Br. Devant la justice, M. Reinach n’a pas articulé moins pe de dix-huit faits au sujet desquels il demandait une à
- enquête et qui tendaient, disait-il, à prouver la vérité x de ses aflirmations. Fe
La cour d’appel a jugé que ces faits n’étaïent ni per- ; tinents ni admissibles et elle a, par conséquent, rejeté à l’enquête, de même que le tribunal avait écarté les faits Gi articulés et l’enquête demandée en 1902. : Mais il n’est point besoin, pour être fixé, de passer à en revue toutes ces articulations, ce qui exigerait, è d’ailleurs, la matière d’un gros volume. Il suffit de C4 considérer une circonstance initiale de la cause, créant, ie à elle seule, une objection formidable, à laquelle il est ; absolument nécessaire de répondre avant d’aller plus Cette objection, la voici : x Le fameux bordereau attribué à Dreyfus a été livré à 1 Henry par un agent subalterne, sans qu’aucun témoin a assistât à la scène. Or, si Henry avait été le complice | d’Esterhazy, si, comme l’affirme M. Reïnach, il avait
reconnu du premier coup d’œil l’écriture de l’autre
traître, il est contraire à la saine raison d’admettre qu’il ki ait remis bénévolement à ses chefs une pièce qui pouF vait le perdre. : M. Reinach a senti de tout temps la valeur de l’ob- | jection. Au début, il nia que le bordereau eût été livré à à Henry. Voici ce qu’il écrivit à ce sujet dans le Siècle (4 Je sais aujourd’hui que le bordereau n’a pas été reçu en
- 1894 par Henry, qui n’était ni chef ni sous-chef du bureau 7 des renseignements. Le bordereau a été reçu par Sandherr et par un autre officier. Henry ne l’a vu que plus tard, quand il était reconstitué. Il ne pouvait plus le détruire. Si ; l’écriture d’Esterhazy est reconnue, tout est perdu. Il faut w done qu’un autre soit sacrifié. Dreyfus est dénoncéet Henry, w devant le conseil de guerre, est le principal auteur de la
Voilà donc toute l’affaire Dreyfus expliquée en deux L ‘18 k mots. Y a-t-il rien de plus clair ? De Malheureusement pour le système de M. Reïnach, les ‘ :1 enquêtes et les débats judiciaires qui ont eu lieu depuis ‘110 lors ont prouvé surabondamment que c’est bien Henry ie ël | qui a reçu le bordereau des mains d’un agent, hors la ce Ÿ présence de tout témoin, et qui l’a remis le lendemain ‘3 ‘) à son chef, après l’avoir montré, spontanément, à quel- a ê 4 ques officiers du bureau des renseignements. à ‘4 M. Reinach, alors, a changé de thèse. * ‘4
- Il a soutenu que le bordereau n’avait pas été livré à de:
Henry par l’agent ordinaire, qui était illettré (ou à peu À : |
près), et qui se bornaït à ramasser des débris de cette nu
espèce dans le fond des corbeiïlles à papier, sans être 1 1
même capable de reconstituer les pièces déchirées. Le “4
bordereau serait arrivé par l’intermédiaire d’un autre is
agent, intelligent celui-là, qui se rendait compte de la di ‘
valeur des pièces, et qui eût dénoncé Henry si celui-ci de.
avait négligé de transmettre à ses chefs le précieux :: à
Il faudrait évidemment prouver, tout d’abord, que la ÿ Ù “4
. remise du bordereau s’est faite comme le certifie main- ne tenant M. Reïinach. Il existe, il est vrai, contre cette 0 hypothèse, une série de témoignages exprimés sous la lé foi du serment, devant la justice. Ne. On pourrait néanmoins l’admettre, car elle n’a rien Le _ d’impossible, ni d’improbable en soi. Il serait néceë- À ge | saire, toutefois, d’avoir, à l’appui, autre chose que ce 2
qu’on a eu jusqu’ici, c’est-à-dire autre chose que des propos en l’air qui sont attribués à l’agent « intelligent », . personnage sujet à caution s’il en fût, et qu’il n’aurait d’ailleurs pas tenus spontanément. Mais, même en supposant que le bordereau soit arrivé à. comme il vient d’être dit, il est impossible d’admettre à qu’Henry ait été à la merci de l’agent « intelligent », f pour peu que l’on connaisse la manière dont les choses fi se passaient au bureau des renseignements et que l’on è veuille considérer à quel point la situation de ces ramasseurs de papiers était infime à côté de celle d’un - Henry, dont l’imagination était fertile, — il l’a montré quand il s’est agi de faire des faux, — avait toutes à les facilités possibles pour faire disparaître la pièce ou pour y substituer un autre papier. Et d’ailleurs M. Rei- , . nach r’affirme-t-il pas lui-même, gratuitement, à fon avis, qu’Henry a supprimé l’enveloppe du bordereau, | sans doute pour éviter les révélations qu’eût fournies le ; cachet de la poste? Une pièce livrée ne retombait pour ainsi dire jamais à sous les yeux de l’agent qui l’avait fournie. Si, contraiy à rement à toutes les probabilités, le fait s’était produit, à Henry n’avait rien à craindre. Par suite de circonMi stances qu’il serait trop long d’énumérer ici, lagent (1 « intelligent » se trouvait précisément à ce moment-là, À vis-à-vis du service des renseignements, dans une K situation particulièrement délicate qui lui permettait, moins que jamais, d’élever la voix ou de soulever un conflit. Enfin, Henry avait la protection assurée du tout-puissant général Saussier qui n’aimait pas Sandherr, alors chef du service des renseignements, et qui
ne négligeait aucune occasion de le dire. La situation ; 8 d’Hepry lui permettait de faire ce qu’il eût voulu. 4 Investi de la confiance de chefs tels que le général de 1 Miribel, à la personne duquel il avait été attaché, connu d T4 du général Saussier qu’il voyait quelquefois et qui lui 13 témoignait de‘la bienveillance, il m’a toujours produit ee Pimpression de l’homme aveuglément dévoué, qui est 19 capable de tout pour obéir à un signe du « grand chef », 308 pour prévenir un désir qu’il a su ou cru deviner. & ‘4 Quelle que soit la part qu’aient eue respectivement “4 l’intérêt et la conviction dans la manière d’être d”Henry, Fe à ses services lui ont valu des satisfactions et des récom- ‘à penses hors de toute proportion avec sa valeur. C’est <#e souvent le propre des hommes arrivés aux plus hauts &: | degrés de la hiérarchie, de reconnaitre et d’apprécier : N: infiniment plus le dévouement à leur personne que les % 4 services rendus à la chose publique. 44 En tous cas Henry, légué pour ainsi dire au général sis de Boïsdeffre par le général de Miribel, resta attaché Ne après la mort de celui-ci au bureau des renseignements “24 et par conséquent à l’état-major de l’armée, poste envié ; Lo. entre tous. Pourtant son instruction générale et son AR 4 instruction militaire étaient des plus médiocres et il 14 ne connaissait aucune langue étrangère. Je dois ajouter TE qu’il était sans éducation. Ki : à Son attitude au procès Dreyfus en 1894 lui valut la | vs croix d’officier de la Légion d’honneur. Après son faux de : le plus connu, il fut inscrit au tableau d’avancement Re 73
NE * dans les conditions les plus brillantes, passant par110 dessus la tête d’une quantité d’officiers instruits et ù méritants, et il fut investi en même temps de la direc49 tion de ce bureau de renseignements dont il était inca- ÿ pable de contrôler les travaux les plus importants, k. c’est-à-dire tous ceux qui ont trait aux armées étran- ! 4 gères. L’année suivante, au plus fort de la collusion | avec Esterhazy, il était promu lieutenant-colonel. FA On conçoit quel trouble dut se produire dans sa mal2 heureuse cervelle quand, après s’être laissé prendre de maladroitement en flagrant délit de faux par le ministre Se Cavaignac, il sentit s’écarter brusquement de lui les À mains puissantes qui l’avaient porté et maintenu si “ On peut expliquer parfois la trahison par des besoins : L d’argent. C’est le cas d’Esterhazy. € Quant à Henry, son existence était fort modeste. L Marié sur le tard, il vivait dans son intérieur, avec sa femme et son jeune enfant, de la façon la plus simple. ‘à Son loyer annuel était de 1.100 francs. Le service était % fait par l’ordonnance et par une bonne qu’on payait Er. 30 francs par mois. Le grand plaisir d’Henry était d’aller R. chez lui, à la campagne, chasser en paysan. En 1897, è pour s’acheter un cheval de 1.500 francs, Henry
emprunta la somme à un sien cousin. Il la rendit par
petites fractions et acheva de se libérer en 1897. Les s lettres ont été produites au procès. Voilà l’homme qui e en une seule année aurait touché pour sa trahison près de cent mille francs, de compte à demi avec Esterhazy! J’ai fréquemment demandé dans les milieux dreyfu112 $
à sards,nonsansironie, je l’avoue, sil’onavaitenfin trouvé oi à quoi Henry employait le prix de sa trahison. On m’a re toujours répondu qu’il y avait eu d’excellentes pistes, mais qu’elles s’étaient trouvées brusquement arrêtées, 3188 sans doute par l’effet de quelque manigance. ES On m’avait dit exactement la même chose à l’état- ra D: K major en 1894 et plus tard, lorsque je m’informais de ce SET qu”étaient devenues les sommes énormes qu’avait dû 0 VE Il y a quelque chose, cependant, qui est de nature à “A2EU nous éclairer sur la persistance avec laquelle certains ES. esprits s’obstinent à vouloir que nous acceptions comme | 408 bonnes les raisons parfois changeantes et contradic- : ‘T0 __ toires qu’ils nous donnent pour prouver la trahison | 4 s Quand une affaire a acquis une notoriété semblable :4 à celle qu’a prise l’affaire Dreyfus, bien des langues se KES délient, bien des gens viennent raconter ce qu’ils savent ‘50 ou ce qu’ils ont l’air de savoir. Quelquefois ce sont les ; confidences d’un personnage important que l’on vous 15 chuchote à l’oreille et il y aurait mauvaise grâce,alors, à 4 Or tout le monde sait qu’une confidence de ce genre De a permis d’apprendre, que quand Esterhazy est allé vendre ses services à Schwarzkoppen, il lui a nommé À un informateur, et que cet informateur était Henry. IL + 15 est d’ailleurs probable qu’Esterhazy ait tenu le propos. À à C’est bien un tour de sa façon. Cela expliquerait pour- 145 2 | _ quoi on disait, en 1894, dans certains milieux, que quel- ASS ; à k ;
. qu’un trahissait au deuxième bureau, et pourquoi le x nom d’Henry a été plusieurs fois mis en avant par des Fa agents ayant leurs attaches en Allemagne. Ravary, le ; rapporteur du procès Esterhazy, m’a parié, en 1897, de AU cette accusation portée contre Henry, et Henry luimême en a parlé au général de Pellieux. fe D’ailleurs, M. Reïnach lui-même nous fait pressentir par quelle voieil a été amené sur la piste d’Henry quand € il dit, dans un article du 6 décembre 1898 : « Je sais ’ aujourd’hui, depuis quelques jours, que cette complicité n’a été si longtemps un mystère que pour nous. Ilya | des mois et des mois qu’elle est connue à SaintPétersbourg, à Berne, ailleurs encore. » h Mais des propos de ce genre ont besoïn d’être étayés
par des preuves solides. Ils ne signifient rien par eux5 mêmes.
S Qu’Esterhazy ait eu un informateur et même pluM: sieurs, conscients ou non, ce n’est pas douteux, et on à a eu grand tort de ne pas faire de recherches sérieuses 4 à ce sujet, du côté où il y avait de réelles probabilités. al Quant à Henry, s’il avait voulu faire des affaires 1 fructueuses avec Esterhazy, il l’aurait pu, sans danger Dire aucun, Car il avait à sa disposition le reliquat d’une à admirable collection de documents faux, fabriqués du Ë temps du général de Miribel pour tromper l’espionFi nage étranger ; s’en servir élait chose relativement ( Le procès Henry-Reinach a pesé lourdement sur toute la dernière partie de l’Affaire. C’était comme un boulet
que le parti dreyfusard trainait après lui, et dont la 2 gêne fut particulièrement sensible à l’occasion de 2
M. Waldeck-Rousseau affectait de traiter cette amnis- Î 24 tie comme une mesure ayant pour effet de renvoyer 4 dos à dos les gens compromis des deux partis, les PAL 0 dreyfusards aussi bien que leurs adversaires. Il avait 418 nettement indiqué, par une phrase retentissante et ne 3 malheureuse, qu’elle s’appliquait « aux coupables quels M qu’ils fussent ». É Re
Cependant, l’action intentée contre Zola et les deux “à 4 affaires ridicules que la justice militaire était parvenue Si 4 à garder, comme une menace contre moi, étaient un ; #4 bien faible contrepoids aux crimes commis dans pe à l’autre camp. Le lot dreyfusard füt resté trop insigni- de fiant si l’affaire Reinach n’était venue lui donner un ee peu de corps et augmenter d’autant plus la valeur de la ee j rançon, qu’à l’inverse de l’affaire Zola et des miennes, ‘8 Ÿ elle était franchement mauvaise. oE |
Mais c’est surtout à l’occasion du livre que M. Joseph à Reinach publie en ce moment sous le titre de Histoire \ à î de l’affaire Dreyfus, que l’on peut apprécier combien il #4 est fächeux, pour l’écrivain, de s’être attaché avec tant 14 de persistance à la thèse qui lui a attiré, par deux fois ‘4 déjà, les démentis de la justice. à” 4
On sait que trois volumes de cet ouvrage ont déjà ; 1 paru. Chaque volume est fort de 600 à 700 pages, et Hi cependant le troisième nous mène seulement jusqu’à la ; He à fin de juin 1898. C’est dire combien le récit est détaillé. &s
us Point d’incident qui ne soit l’objet d’une documentation 4 CN toujours abondante, le plus souvent exacte. REA | Il est malheureusement impossible, quand on lit ce D N livre, de n’être pas frappé par l’importance qu’y prend Ka cette affirmation : « Henry était un traître », et de ne à LA point constater la somme d’efforts dépensés par l’auFe teur pour-nous faire partager son opinion à ce sujet. Il est impossible aussi de se dissimuler que, quand il ; aborde ce point délicat, qui paraît lui tenir réellement à W de la rigueur qu’on est en droit d’exiger d’un historien EE quand il choisit les éléments destinés à servir de base À à son argumentation.
4 M. Reïinach est arrivé ainsi à-un résultat inévitable, Ÿ qui est de fausser, dans des parties essentielles, la phyLen sionomie et la signification de l’affaire Dreyfus. Il a NS diminué notamment, d’une manière inadmissible, au s détriment d’Henry, le rôle de certains grands chefs, et LE surtout celui de du Paty, dont les responsabilités sont 4 si lourdes. Ces vivants sont trop souvent excusés aux
i dépens de ce mort.
4 Quand on a pour la vérité un culte sincère, il faut la à rechercher sans s’inquiéter de la forme sous laquelle on F, risque de la voir apparaître. C’est le souci d’aider à 1100 rétablir la stricte vérité, qui na imposé le devoir 1 d’écrire ces lignes.
Cette lettre porte non seulement contre l’hypothèse 4 de M. Joseph Reinach, mais contre plusieurs hypo- KA | thèses de Jaurès, puisque Jaurès, avec son éloquence Fi l’hypothèse de M. Reinach. Cherchant dans la Petite 40% République, numéro daté du mardi 9 juin, des rensei- ; 5 | gnements sur la fin du recommencement de l’affaire, je nn n’y ai trouvé que cette annonce : nu |
Samedi 13 juin, à 8 heures 1/2 du soir F0 Député de Carmaux Fe 1 Député de Paris ÿ Où en est l’Affaire Dreyfus ? 14 On trouve des billets à l’avance.: à La Petite République ; LA au café de la Mairie, 115, rue Ordener; à l’Université Popu- D laire, 3 et 5, rue Jules-Jouy, de 9 heures à 10 heures du soir. Li
3 vingtième cahier de la quatrième série “ral Les anciens et les véritables dreyfusistes liront cette re annonce avec beaucoup de tristesse; nous n’avons pas \ perdu la mémoire des réunions héroïques, des grands meetings vraiment révolutionnaires. Ils se tenaient dans des grandes salles, et non pas dans des théâtres. On y di allait à pied. On entrait sans payer, ou on payait une
entrée faible, égale pour tous, puis à la quête on don-
; . nait ce qu’on pouvait, ou ce que l’on voulait, pour les ñ grévistes. Il y avait toujours des grévistes. On payait 4 Ë surtout de son temps, de son travail, de sa force, de
: son combat, quelquefois de sa peau. Ce n’étaient en
\ aucun sens, à aucun degré, des spéculations. re k Quand je dis que l’agitation politique parlementaire 2 est faite presque entièrement de représentation théä- Fe trale, j’entends ces mots, représentation théâtrale, comme on voit, au sens premier. Ce n’est point par f hasard que l’affaire Dreyfus, commencée hors des poli- ’ ticiens dans des meetings révolutionnaires, a été recomVe mencée par les politiques parlementaires dans des : La Petite République du matin même, datée du 4 dimanche 14, ajoutait aux renseignements déjà donnés 4 ces détails attendrissants : On peut se procurer des billets à l’avance : È Jusqu’à 5 heures du soir: à la Petite République, rue ï Réaumur, 1113 et au café de la Mairie, 113, rue Ordener. À partir de 7 heures 1/2 : au théâtre Trianon. à La Petite République qui avait placé hier tous les billets | qui lui avaient été confiés, tient aujourd’hui à la disposi- | tion de ses amis quelques places de loges, une vingtaine de fauteuils, une avant-scène et un certain nombre de places
Moyens de communication: à : Fe +0 Métropolitain : station d’Anvers; tramways : Étoile et Lx te Les citoyens Battesti, Bellat, Bilanges, Boileau, Lauffen- ‘4 | nier, Welch, ainsi que tous les membres du bureau k :45$ du Comité, sont très instamment priés de se trouver au 4 théâtre Trianon au plus tard à 7 heures 1/2. ne. Par quel jeu politique parlementaire Jaurès, ayant +6 saisi de son recommencement le gouvernement et la 1 4 Chambre, ayant ensuite fait un silence total, a-t-il dere- : 3 | chef repris sa reprise et en a saisi un simple comité $ 4 électoral, un comité de tiers d’arrondissement, le comité ‘3 > électoral de Rouanet, Comité Républicain Socialiste de # Clignancourt, et si cette manifestation faisait une 4 1 reprise de la reprise, ou au contraire, un bel enterre- y + : ment, c’est ce que nous examinerons dans ce dernier pe | Les journaux du dimanche nous ont apporté le compte x: rendu de cette représentation. L’assistance était nom- € à 54 breuse et enthousiaste. On a refusé du monde. Je prou- ‘4 verai que le public de spectateurs bourgeois que A Jaurès déplace aujourd’hui dans ses représentations 10 oratoires n’a presque plus d’éléments communs avec 13 l’ancien public d’ouvriers, d’hommes d’action qu’il ‘4 déplaçait il y a cinq ou six ans pour l’action dreyfusiste A Il y avait un mot des comptes rendus que nous de- # vons conserver. Je ne sais plus si c’est dans /a Petite 7: République ou dans un journal ami de Jaurès que le + _
HN vingtième cahier de la quatrième série du ‘journaliste, ayant à faire son compte rendu, a com- ; mencé par parler de ce coquet théâtre. Coquet est dur. Nous ne serons jamais aussi sévères pour Jaurès que ne sont féroces pour lui les journalistes amis. é Jaurès a déclaré qu’il avait toute confiance dans ie Il faut que l’on sache que Jaurès parle pour soi-même : et pour son recommencement de l’affaire ; il n’a nullement qualité pour parler pour toute l’affaire Dreyfus, - k pour tout le dreyfusisme, pour tout le personnel drey- Û fusiste, en particulier il n’a pas qualité pour parler pour à la continuation de l’affaire Dreyfus et du dreyfusisme. À Ni l’affaire Dreyfus ni le dreyfusisme n’ont attendu ; M. Combes et le combisme pour venir au monde. Et aujourd’hui elles ne sont nullement aux ordres, à la discrétion, à la fantaisie de M. Combes et du combisme. } Venues de plus haut et de plus loin,il sera parlé d’elles 4 longtemps après que le nom même de M. Combes aura 1 sombré dans un immortel oubli. À Faut-il aussi avertir Jaurès qu’il est extrêmement si dangereux de s’embarquer sur les prétendus aveux ou : révélations d’anciens espions allemands qui se disent À convertis au culte de la vérité. Les Esterhazys allemands Ï ne sont pas moins méprisables que les Esterhazys Ce cahier a été composé et tiré au tarif des ouvriers syndiqués
Dans le seizième cahier de la troisième série j’ai 4 lemandé à nos abonnés de vouloir bien souscrire deux 1 “ents actions de cent francs à un emprunt que je nom- 4 | nais emprunt des cahiers. Les versements pouvaient i K -“mmencer pour le 28 mai de l’année dernière. : F Cet emprunt n’a pas réussi autant que je l’espérais. ne : le dois dire avant tout compte rendu que d’après mon $ 4 ourrier, — conversations et correspondance, — l’échec Ne: vartiel de cette opération vient tout entier de ce que ; h. 4 ious avons refusé formellement d’emboîter le pas à la 74 lémagogie combiste. Une fois de plus notre liberté, À iotre justice, notre sincérité, notre vérité, notre santé % Je ne veux pas faire aujourd’hui l’histoire de cette 4 | quatrième série, et j’espère que nous ne la ferons Û jamais. Je voudrais ne pas faire aussi l’histoire de cet #4 emprunt. Notre œuvre est déjà devenue si considérable A qu’il a fallu tout un cahier, sixième cahier de la qua- 14 trième série, cahier de courrier, courrier de Paris, , 2408 inventaire des cahiers, en forme de catalogue, un cahier ‘4 de 72 pages, un franc, pour donner un sommaire de nos ; À éditions, — éditions des cahiers antérieures à la fonda- \L ion des cahiers et cahiers des trois premières séries. - Il faudrait plusieurs cahiers pour faire une histoire des x 5 cahiers ; il faudrait tout un cahier pour faire une his- 159 toire de l’emprunt et de la quatrième série. Or nous DL.
vingtième cahier de la quatrième série avons résolu depuis assez longtemps de vivre, tant que nous le pourrions, en vivant, et non pas en rapportant notre vie; nous nous justifions incessamment en travaillant, en produisant, et non pas en nous justifiant. Sur les deux cents parts que j’avais demandé que l’on souscrivit, 124 parts seulement ont été souscrites; sur ces 124 parts souscrites une a été remboursée, trois ont été annulées, une a fait l’objet d’une mutation. Nous sommes donc restés à 119 parts utiles. Sur ces 119 parts utiles, 19 n’ont pas été libérées entièrement; je prie les souscripteurs de vouloir bien . se libérer le plus tôt qu’ils pourront. 81 parts n’ont pas été souscrites. Or mes comptes étaient bons. La somme totale était indispensable pour assurer la marche et le travail de nos cahiers. IlLy a donc eu pendant toute la quatrième série absence de 8.100 francs, qui nous ont fait faute.
- Je demande à nos abonnés de vouloir bien souscrire Ë ces 81 actions ou parts. Pour des raisons que l’on conjt naît ou que l’on devine, et que je ne veux pas énumé- rer, puisque nous avons résolu de n’entrer pas aujourd’hui dans l’histoire de nos cahiers, je répète que nous ne pouvons absolument compter que sur nous-mêmes.