V-11 · Onzième cahier de la cinquième série · 1904-03-05

Le monde sans Dieu

M. M. Mangasarian

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elle s’oppose, la tentation d’un catéchisme laïque est d’opposer au catéchisme religieux, à l’autorité de commandement exercée par le catéchisme religieux, une autorité de commandement, égale, ou plutôt supérieure, et des sens contraire ; ainsi le vice profond des catéchismes laïques est aussi le dogmatisme, l’audace, l’affirmation dogmatique ; les catéchismes laïques, étatistes, que nous connaissons ne sont pas la plupart des catéchismes religieux, en particulier des catéchismes catholiques, retournés, des catéchismes contre-catholiques, des contre-catéchismes ; ils ne se proposent pas de libérer l’esprit humain ; ils ne se proposent pas d’exercer une autorité de commandement ; ils parlent du catéchisme moderne, ils traitent, ils enseignent de l’État moderne et du monde moderne au moins aussi catégoriquement, au moins aussi merveilleusement, au moins aussi miraculeusement que les vieux catéchismes enseignaient de l’Église et de la chrétienté ; ils ne sont pas moins mystiques ; ils ne sont pas moins autoritaires ; ils ne sont pas même une réplique aux catéchismes religieux ; ils sont de leur droite filiation ; ils sont des catéchismes religieux plus particulièrement affectés au culte rituel d’un nouveau Dieu qui est l’État moderne.

Le nouveau catéchisme de M. M. Mangasarian n’est pas exactement un catéchisme laïque, un catéchisme catholique retourné.

C’est ce que l’on verra dès la première page : le baptême liminaire du vingtième siècle au nom de la Paix, de la Liberté et du Progrès n’est nullement un de ces baptêmes laïques et civils, répliques, imitations grossières et contrefaçons grotesques d’une cérémonie

religieuse, du baptême catholique ; cette invocation, cette réclamation, cette revendication du vingtième siècle est profondément humaine ; et, pour qui ne s’arrête pas à quelques imitations de forme, symboliques et voulues, elle est profondément originale ; pareillement les épigraphes ne sont pas deux citations, produites superstitieusement, de nouveaux livres saints.

Par l’introduction anglaise on connaîtra qui est l’auteur américain, et comment le livre est né ; l’auteur du livre, M. M. Mangasarian, est Arménien d’origine, et pour nous qui nous sommes tant occupés de l’Arménie et des Arméniens, qui personnellement connaissons quelques Arméniens, cette origine est extrêmement intéressante ; l’auteur est le conférencier de la Société de Religion indépendante de Chicago, lecturer of the Independent Religious Society of Chicago, que le traducteur français aimerait mieux traduire : orateur de la Société de Libre Pensée religieuse de Chicago ; on nous dit qu’une assemblée de deux mille personnes entend toutes les semaines sa parole ; ce sont là des mœurs que nous n’avons guère en France, et qui, à première vue, pourraient nous déplaire un peu ; pour ce qui est d’un service hebdomadaire, nos prétendus libres-penseurs n’ont eu rien à imaginer que de manger gras, rituellement, tous les vendredis ; et, véritables libres penseurs, nous nous représentons malaisément ces sortes de sermons laïques américains ; mais nous sommes internationalistes ; et nous devons nous entendre les mœurs des peuples étrangers, pourvu qu’elles soient honnêtes ; il ne nous suffit pas qu’une coutume s’établisse, qu’une institution naisse et fonctionne en dehors de cette nation française pour que

nous la réprouvions ; nous n’avons rien de commun avec ces radicaux de gouvernement nationalistes qui crient avoir tout dit contre l’Église catholique aussitôt qu’ils ont découvert, dans le catéchisme de leur enfance, qu’elle était l’Église romaine ; si l’Église catholique nous apportait la vérité, nous accepterions que l’Église et que la vérité, l’un portant l’autre, nous vînt de Rome ; c’est parce que nous croyons que l’Église catholique ne nous apporte pas la vérité, non parce qu’elle est romaine, que nous avons rejeté ses enseignements ; et nous ne croyons pas qu’il suffise que l’État français résidât à Paris pour que les enseignements de l’État soient, aussi pour ceux de l’Église, miraculeusement soustraits aux critiques légitimes rationnelles.

Édité par la Open Court publishing company de Chicago, ce nouveau catéchisme obtint plusieurs éditions ; édité par la Rationalist Press Association, de Londres, on m’assure qu’il s’en est vendu plusieurs milliers d’exemplaires, quatre ou cinq mille, en quelques semaines, quatre mille en six semaines ; on ne doit pas m’attribuer l’initiative de la présente édition française ; notre collaborateur habituel, M. Jean le Clerc de Pulligny, ayant connu ce catéchisme nouveau, nous apporta la traduction toute prête.

Je dois avouer que j’hésitai longtemps à en faire un cahier ; j’avais tort ; mais pour les raisons que j’ai dites et pour celles que l’on devine ce mot et cette forme de catéchisme éveillent en nous des hésitations, des appréhensions peut-être exagérées ; aujourd’hui je suis revenu de presque toutes ces appréhensions.

En même temps que ce cahier parvient à nos abonnés

paraît chez MM. Cornély et compagnie, éditeurs, 101, rue de Vaugirard, Paris, un volume identique, sous cette réserve que le présent secrétariat n’en pas reproduit ; ce volume a été tiré à quinze cents exemplaires, au moins-pour la première édition ; il forme la seule édition française qui soit aujourd’hui mise dans le commerce ; elle est donc la seule aussi qui soit en vente à la librairie des cahiers ; l’auteur, le traducteur, les éditeurs ont entendu en faire une édition de propagande ; ils ont donc marqué le volume un franc cinquante, ce qui est un prix de propagande, un prix réduit, un prix inférieur au prix de revient strictement économique, un prix commercial, un prix marchand.

Le traducteur et les éditeurs, considérant que le mot de catechism avait subi en français une dégradation que le mot de catechism n’avait pas subie dans l’anglais et dans l’américain, ont jugé qu’il valait mieux intituler la traduction française le monde sans Dieu ; toutefois, par loyauté intellectuelle et bien entendue, par simple fidélité de traducteur, ils ont, dans le sous-titre français, maintenu le titre américain : a new catechism ; nous avons, pour le cahier correspondant, respecté scrupuleusement leurs intentions.

Quelque opinion que l’on ait de ce catéchisme nouveau, nous le présentons d’abord à nos abonnés, et les éditeurs le présentent au public particulier de leur maison, historiquement et géographiquement parlant, comme un exemple, comme un specimen de ce que l’on fait en Amérique, et peut-être comme un modèle de ce que, une fois le genre admis, on peut se proposer de faire en France.

A ce titre, comme specimen, et peut-être comme

modèle, quel accueil peut-on prévoir pour ce catéchisme nouveau ?

Je suis pleinement rassuré sur l’accueil que nos abonnés feront à ce nouveau cahier ; ils recevront ce cahier comme ils reçoivent tous nos cahiers, d’un esprit libre, d’une critique sincère ; il ne s’agit pas de renseigner, pour travailler ; ce n’est pas en vain que depuis bientôt cinq années viennent régulièrement à nous, pour nous lire et pour nous critiquer, pour travailler avec nous et par nous, pour travailler eux-mêmes, spontanément et librement, pour que nous travaillions avec eux et par eux, tant d’hommes libres, tant de lecteurs qui savent lire, tant d’auditeurs qui savent écouter.

Je suis beaucoup moins rassuré sur l’accueil que ce catéchisme nouveau recevra du public spécial, du public particulier français.

Son origine américaine le servira peu, si elle ne le dessert, auprès d’un public naïvement nationaliste.

Ses qualités propres le desservirent sans doute auprès d’un public singulièrement gâté ; l’anticléricalisme, l’anticatholicisme français n’a jamais été bien fort, même celui du dix-huitième siècle, jadis tant vanté, même celui de Voltaire, même celui du dix-neuvième siècle, même celui de Renan, naguère tant critiqué ; le socialisme seul fournirait une base d’appui suffisante, je ne dis pas pour attaquer, mais pour examiner, pour attaquer, avant toute critique, avant toute expérience, mais pour critiquer honnêtement le christianisme, en particulier le catholicisme ; mais qui parle encore de socialisme ? le plus grand mouvement des temps modernes, remis criminellement aux mains des

politiques parlementaires, a versé presque entièrement dans la plus basse démagogie radicale.

Reste l’anticléricalisme, l’anticatholicisme radical et radical-socialiste, politique, parlementaire, autoritaire, bourgeois, traditionnel, conservateur, démocratique, démagogique, prétendu rationaliste, prétendu libre-penseur, gouvernemental, préfectoral, vulgaire, électoral.

Je dis anticatholicisme et non pas anticléricalisme seulement ; c’est en effet la première tartufferie de ce mouvement bourgeois, sa première hypocrisie, qu’officiellement il est dirigé contre le cléricalisme, c’est-à-dire contre l’autorité de commandement exercée par l’Église, contre l’abus d’autorité de l’influence de l’Église dans le domaine gouvernemental, mais qu’officieusement et dans la réalité, dans les journaux, dans les discours, dans ses entraînements, dans ses prétentions, il est dirigé contre le catholicisme, c’est-à-dire contre une certaine autorité de compétence exercée par les consciences par des moyens religieux ; qu’il soit juste, qu’il soit convenable, qu’il soit inévitable de combattre le catholicisme même et non pas seulement le cléricalisme, c’est une opinion parfaitement soutenable, et qui au moins mérite la discussion ; mais la seule discussion qu’elle puisse mériter, et qu’elle puisse invoquer, est la discussion rationnelle ; attaquer le catholicisme même par les moyens du gouvernement dans les consciences, comme on le fait tous les jours, et déclarer officiellement qu’on n’attaque rien que le cléricalisme, c’est effectuer une opération gouvernementale d’hypocrisie bourgeoise.

En tout état de la cause, on ne doit procéder contre

une religion que par la voie de la raison ; nulle autorité de commandement, en particulier nulle autorité de gouvernement, nulle autorité d’État, ne vaut dans les débats de la conscience.

Anticléricalisme, anticatholicisme radical, flottant, titubant d’un individualisme égoïste à un étatisme qui n’est lui-même qu’un individualisme égoïste, ne vaut, ne peut rien de consciencieusement contre la charité chrétienne, en particulier catholique, la seule solidarité socialiste peut, vaut quelque opération consciencielle au regard et en face de la charité chrétienne, en particulier catholique ; la seule solidarité socialiste peut, vaut contre la charité chrétienne, catholique.

Anticléricalisme, anticatholicisme radical-socialiste, s’il est radical, n’est nullement socialiste, et s’il est socialiste, n’est nullement radical, car il n’y a rien de si contraire au socialisme que le radicalisme, comme je me proposais de le dire dans une leçon récente et comme j’ai l’intention de le démontrer quelque jour ; mais en réalité, en un temps où le prétendu socialisme lui-même, abandonné aux politiques parlementaires, n’est lui-même qu’un radicalisme atténué, timide, à plus forte raison le radical-socialisme, inventé, imaginé par les politiques parlementaires, n’est-il qu’un radicalisme masqué, trompeur, et, comme tel, supporte-t-il, et au delà, tous les reproches que l’on peut faire au simple radicalisme.

Anticléricalisme, anticatholicisme politique, subordonnant la morale à la politique, traitant les personnes morales comme des moyens politiques et non comme des fins morales, employant les hommes et les institutions, les personnes morales, comme des moyens politiques,

admettant, professant que la fin justifie les moyens, en particulier que la fin politique, tout immorale soit-elle, justifie les moyens politiques, tout immoraux soient-ils, admettant, professant, enseignant le mensonge, le parjure et la trahison, ne peut rien, ne vaut rien contre la morale chrétienne, en particulier contre la morale catholique ; seule une morale socialiste, strictement kantienne en sa forme, astreinte à ne jamais traiter les hommes et les institutions comme des moyens, mais à les traiter toujours et sans exception comme des fins morales, peut et vaut elle-même comme institution conscientielle au regard et en face de la morale chrétienne, en particulier de la morale catholique, au besoin contre la morale chrétienne, en particulier contre la morale catholique.

Une morale comme en physique et en chimie, les déplacements ne se font pas au hasard ; ils ne se font pas à l’avantage des vanités ; les plus graves déplacent les moins graves ; les plus efficients déplacent les moins efficients ; un État politique tend opprimer ; mais moralement il ne peut pas déplacer une cité de Dieu ; une cité morale seule peut déplacer une cité religieuse.

Anticléricalisme, anticatholicisme politique, subordonnant la sociale à la politique, ignorant, négligeant, méconnaissant les besoins économiques légitimes, ignorant, négligeant, méconnaissant le travail économique indispensable et du, ignorant, négligeant, méconnaissant toute organisation du travail économique, toute organisation de la production économique, toute organisation de la consommation économique, ignorant, négligeant, méconnaissant toute servitude

économique, ne la connaissant que pour la subir servilement, ou pour la détourner aux fins politiques, ne la connaissant pas pour en libérer le travail humain, bref un anticléricalisme, un anticatholicisme inéconomique et misérablement politique ne peut rien, ne vaut rien contre le mysticisme chrétien, en particulier contre le mysticisme catholique ; seul un socialisme économique, seul un socialisme, seul un socialisme, seul un socialisme, n’omettant rien de l’économique au sein matière, seule une sociale économique, strictement économique au sens matière, astreinte à ne jamais traiter les travailleurs et les institutions de travail, tout le travail économique, tout le travail social, comme un moyen négligeable, mais à les traiter toujours et sans exception un bien comme une fin, ou bien au moins comme un moyen respectable, et en quelque sorte final, subsidiairement final, peut et vaut comme institution sociale, et pour la genèse d’institutions sociales, au regard et en face de la mystique chrétienne, en particulier de la mystique catholique, au besoin contre la mystique chrétienne, en particulier contre la mystique catholique.

En sociale comme en morale et ailleurs, les déplacements ne se font pas au hasard ; et ils ne se font pas à l’avantage des vanités ; les plus efficients déplacent les moins graves ; les plus efficients déplacent les moins efficients ; un État politique, livré par ignorance, inertie, malfaçon aux servitudes économiques, peut opprimer ; mais socialement il ne peut pas déplacer une cité de Dieu ; une cité sociale, pour sauver le monde humain des servitudes économiques, seule peut déplacer une cité religieuse.

Une politique ne déplace pas une religion ; une poli-

tique ne déplace pas une mystique ; une morale déplace une religion ; une sociale, une économique déplace une mystique.

A cette idée éternelle, à cette idée infinie, chrétienne, en particulier catholique, du salut éternel, une seule idée peut s’opposer, pour le débat, ou pour la simple confrontation, une seule idée peut se mesurer : l’idée, socialiste, économique, du salut temporel ; parce que, ainsi que je l’ai démontré ou montré bien des fois qu’il y a parlé de la matière, dans des cahiers précédents, en particulier traitant de Jean Coste, les servitudes, les avilissements, les supplices, les hontes, les crimes et les condamnations, les fermetures des misères économiques sont infinies, éternelles, absolues, autant, au même titre, exactement, que les damnations religieuses, chrétiennes, catholiques, représentatives ; ainsi le salut économique, au sens où l’entendent les quelques socialistes qui ont survécu, étant la révolution, l’éversion de la misère, éternelle, infinie, absolue, étant donc lui-même le résultat d’une opération éternelle, infinie, absolue, exigeant une telle opération, peut se mesurer au salut éternel ; il exige une opération du même ordre ; il met en mouvement des grandeurs du même ordre.

Les misères des misères économiques sont du même ordre de grandeur que les misères des damnations religieuses ; le salut hors des misères économiques est donc du même ordre de grandeur que le salut hors des damnations religieuses.

Or une révolution ne peut affronter une conservation, ne peut se mesurer à elle, que si elle est au moins du même ordre de grandeur.

Anticléricalisme, anticatholicisme parlementaire peut valoir contre ce qu’il y a de parlementaire dans l’Église contemporaine ; il ne peut rien, il ne vaut rien contre ce qu’il y a de populaire dans une religion ; seul un socialisme populaire peut et vaut au regard et en face d’une religion, au besoin contre une religion beaucoup plus populaire que ne le disent ou que ne le croient ses adversaires, ses ennemis, ses docteurs, ses maîtres, ses parlementaires.

Anticléricalisme, anticatholicisme autoritaire, exerçant une autorité de commandement, une autorité de gouvernement, une autorité d’État, peut valoir contre une Église exerçant elle-même une autorité de commandement, une autorité de gouvernement, une autorité d’État ; l’État-Église peut valoir contre l’Église-État ; il n’a aucune autorité de compétence ; il ne peut exercer aucune autorité morale, aucune autorité conscientielle, aucune autorité dans l’administration des croyances, dans les prières, dans les élévations, dans les contemplations, dans les méditations des consciences ; un socialisme seul, exprimant un mouvement profond de vie intérieure, ayant une valeur intrinsèque, manifestant un mouvement profond originel, répondant à une inquiétude profonde intérieure, exerçant, accomplissant, satisfaisant un profond désir intérieur de solidarité, accomplissant une opération intérieure de solidarité, toute une révolution intérieure, ayant sa source au plus profond de la conscience et de la connaissance, au cœur même de la vie morale, seul un socialisme peut exercer une autorité morale, une autorité conscientielle, une autorité de vie intérieure, une autorité intrinsèque, une auto-

rité dans l’administration des croyances, dans le travail, dans les méditations des consciences.

Anticléricalisme, anticatholicisme autoritaire peut s’opposer comme une puissance à la puissance de l’Église ; il peut opposer à son autorité de commandement, à son autorité de gouvernement, une autorité de commandement, une autorité de gouvernement, une autorité de domination, égale, au moins égale, plutôt supérieure, et de sens contraire ; mais pourquoi veut-on que l’humanité ne s’affranchisse d’une autorité de commandement au moins égale et de sens contraire ; pourquoi veut-on que l’humanité ne sevre d’une domination au moins égale et de sens contraire ; pourquoi surajouter tout au travail, tout un effort humain de libération, d’affranchissement, à tout un travail d’asservissement pour aboutir, en fin de compte, qu’à changer de servitude, pour n’aboutir, somme faite, qu’à remplacer une servitude par une servitude au moins égale et de sens contraire, pour n’aboutir qu’à substituer à une servitude insupportable une servitude au moins également insupportable et de sens contraire ; — et sans doute une servitude pire, car une servitude qui se présente comme un dogme, c’est-à-dire comme une autorité intellectuelle, et non pas comme une liberté, parce qu’elle est, comme en effet ici au moins, est moins dangereuse, plus honorable, moins avilissante, moins asservissante qu’une servitude qui est servitude et qui se présente comme une liberté ; et une servitude ancienne, ayant eu le temps qu’on l’ait généralement reconnue comme servitude, est moins dangereuse qu’une servitude récemment

fondée, qui ne manque pas de se présenter comme une liberté, sous prétexte que son établissement a nécessité qu’on se libérât de la servitude précédente antagoniste ; — seul un socialisme libertaire justifie le mouvement, le travail, tout l’effort de libération qu’il demande à l’humanité, car il ne lui demande pas cet effort pour fonder une libération même une servitude nouvelle ; mais au contraire un l’affranchissement économique est l’affranchissement total qu’il se propose de fonder.

Anticléricalisme, anticatholicisme bourgeois ne peut soulever le monde ouvrier, ne peut émouvoir le prolétariat que par un perpétuel abus de confiance, par un perpétuel détournement du dévouement ouvrier, du travail et de l’effort prolétarien ; car le bourgeois voltairien, contre son adversaire, contre son ennemi, contre son concurrent le bourgeois catholique, fait perpétuellement appel au dévouement ouvrier, au travail, à l’effort prolétarien ; généralement l’ouvrier, le prolétariat répond à cet appel ; et même il y répond avec enthousiasme ; en échange de quoi, toutes les fois que les intérêts de classe ou les revendications ouvrières opposent les patrons aux autres bourgeois voltairiens aux ouvriers, au prolétariat, une expérience constante, et qui n’a jamais souffert aucune exception, nous montre que le patron bourgeois voltairien, contre les bourgeois catholiques, contre les patrons catholiques, vaut tous les mêmes féroces que le patron, parce que le bourgeois catholique, s’il ne l’est pas davantage ; le patron général, et pour ne citer qu’un seul exemple, aujourd’hui en temps de paix, le préfet de police est maître de Paris comme il ne l’a jamais été sous les précédents gouvernements

réactionnaires ; M. Lépine a commis impunément sous le gouvernement, historiquement et constitutionnellement responsable, de M. Combes, des abus d’autorité de commandement, — envahissement de la Bourse du Travail, et quantité d’autres, — qui n’avaient pas été commis sous le gouvernement de M. Méline ; le réactionnaire de gauche n’est pas moins féroce que le réactionnaire de droite ; un gouvernement réactionnaire bourgeois de gauche emprisonne et le faille autant qu’un gouvernement réactionnaire bourgeois de droite ; les quelques atténuations apparentes s’expliquent toutes par des intérêts politiques parlementaires, en particulier par des considérations électorales ; regardez vers vos circonscriptions ; ces apparences tombent avec ces intérêts ; elles n’impliquent pas une modification profonde de l’attitude gouvernementale ; sommairement les bourgeois voltairiens, les patrons voltairiens, au nom de la liberté générale, au nom de la culture générale, au nom de la civilisation, au nom de la société moderne et du progrès, au nom du salut de l’humanité, invoquent l’énergie ouvrière, la révolution prolétarienne contre les bourgeois et les patrons chrétiens, en particulier contre les bourgeois et les patrons catholiques, leurs adversaires, au moins momentanés, leurs ennemis, au moins momentanés, leurs concurrents perpétuels, concurrents économiques et concurrents politiques ; le danger passé, quelquefois en plein danger, concurremment avec le danger, ils se retournent contre leurs auxiliaires, ils retombent sur le prolétaire avec une lourdeur, une férocité au moins égale à celle des bourgeois chrétiens, catholiques, des patrons chrétiens, catholiques.

Ce qu’il y a d’admirable, c’est que cette manœuvre, séduction, détournement et retournement, réussit toujours ; le prolétariat marche toujours pour la bourgeoisie voltairienne et contre la bourgeoisie chrétienne, en particulier catholique ; et toutes les fois que le mouvement de la bourgeoisie voltairienne contre la bourgeoisie catholique rate, c’est contre et sur le prolétariat que retombe le ressentiment féroce de la bourgeoisie catholique ; mais toutes les fois que le mouvement de la bourgeoisie voltairienne contre la bourgeoisie catholique réussit, c’est contre et sur le prolétariat que tombe l’ingrate vacance féroce de la bourgeoisie voltairienne enfin libre.

Non qu’il faille attribuer au prolétaire un dévouement sublime, une vertu surnaturelle, un amour merveilleux et comme religieux, chrétien, du sacrifice, — d’un perpétuel sacrifice de classe pour le salut de la culture humaine.

Il y a dans le prolétariat conscient des parties entières qui vont perpétuellement au secours de la bourgeoisie voltairienne contre la bourgeoisie catholique et généralement chrétienne consciemment, sachant parfaitement le peu de cas que la bourgeoisie voltairienne, attendant de la bourgeoisie voltairienne exactement le traitement que peut en attendre un prolétariat conscient ; ces fractions du prolétariat conscient, averties, désabusées, vont tout de même perpétuellement au secours de la bourgeoisie voltairienne contre la bourgeoisie chrétienne et particulièrement catholique ; c’est qu’elles se proposent perpétuellement de sauver, de conserver, même sous une forme restreinte, en attendant de pouvoir généraliser, universaliser,

certaines vérités, certaines libertés, en particulier de penser, de conscience, dont la bourgeoisie voltairienne, tout indigne, est, dit-on, provisoirement dépositaire ; selon ces fractions du prolétariat dit organisé, qu’il vaut mieux nommer prolétariat conscient, la bourgeoisie voltairienne est, par l’effet d’événements qui la dépassent, provisoirement dépositaire de vérités et de libertés qui la dépassent, et que nous devons provisoirement sauvegarder en elle, au risque de la sauvegarder elle-même, en défendant le tout ensemble, sinon dépôt et dépositaire, humanité future, éventuelle, et bourgeoisie présente, actuelle, ensemble contre la bourgeoisie réactionnaire de droite, catholique, généralement chrétienne, contre le patronat catholique, généralement chrétien ; le raisonnement de ces fractions prolétariennes est éminemment respectable ; il demanderait un examen sérieux ; mais dans l’examen sérieux que l’on en ferait il faudrait faire entrer en ligne de compte ceci que la bourgeoisie voltairienne, ayant depuis longtemps découvert elle-même le point cardinal, de son détournement et le secret de sa force, exerce un véritable chantage historique sur ces fractions du prolétariat, chanterie dont le gage est précisément le trésor de vérités et de libertés humaines, supérieures à la bourgeoisie voltairienne, dont des événements qui la dépassent l’ont faite provisoirement dépositaire.

De telles raisons respectables et discutables ne peuvent décider que quelques fractions particulièrement éclairées du prolétariat ; c’est pour des causes beaucoup plus basses, et beaucoup plus mêlées, ce sont pas pour des raisons et aussi hautes, et aussi pures, que la grande masse du populaire, inconscient, appuie le mou-

vement de la bourgeoisie anticatholique ; c’est pour des causes qui ne tiennent aucunement à la culture humaine, à la civilisation, aux vérités humaines, aux libertés humaines ; c’est enfin pour des causes qui ne relèvent que de la plus basse démagogie.

La grande masse du populaire appuie le mouvement de la bourgeoisie voltairienne contre la bourgeoisie catholique, ou plutôt se jette à corps perdu dans le débat et prend à son compte pour ainsi dire ce mouvement parce que la grande masse du populaire a une imbécillité mentale et une imbécillité sentimentale ; une imbécillité mentale qui la livre désarmée à tous les sophismes, à tous les entraînements de la démagogie ; et une imbécillité sentimentale qui lui fait aimer d’une affection particulière tous les vices, tous les entraînements.

Ainsi quand la grande masse du populaire emboîte le pas aux bourgeois anticatholiques, généralement aux bourgeois antichrétiens, quand la grande masse du populaire endosse même devant l’histoire et devant l’humanité la lourde responsabilité des mouvements anticatholiques, généralement des mouvements antichrétiens, il y a chez son énormément d’imbécillité mentale ; premièrement ce populaire inconscient et inorganisé demande aux bourgeois, aux bourgeois voltairiens, de lui accorder quelques fragments de justice sociale non pas comme les objets d’une revendication légitime et comme des objets justement exigibles, mais comme les récompenses facultatives d’un appui militaire prêté pour une bataille politique ; voyez la grande imbécillité initiale ; il abuse ignorant et naïf remplace la révolution sociale, c’est-à-dire la revendication légitime de toute la justice

sociale, par une servile demande gracieuse de faveurs partielles troquées pour une avance de force, d’autorité de commandement.

Deuxièmement il part d’une énorme imbécillité mentale pour croire, pour compter que les bourgeois voltairiens, une fois victorieux, tiendront leurs promesses, leurs engagements ; énorme imbécillité mentale doublée d’une énorme ignorance de l’histoire, puisqu’il n’y a pas d’exemple que les bourgeois voltairiens, une fois débarrassés ou victorieux de leurs adversaires, de leurs ennemis, de leurs concurrents catholiques, généralement chrétiens, n’aient toujours fait fi de leurs nantis du pouvoir politique, aient tenu envers la classe ouvrière les engagements souscrits à l’heure d’un danger que l’on disait commun.

Premièrement ensemble et deuxièmement le populaire ainsi abusé remplace la révolution sociale entière et légitime, universelle et droite, non seulement par un marché diminué, avili, fragmentaire, gauche, mais, ce qui double cette imbécillité mentale, par un perpétuel marché de dupes. Premièrement le populaire achète ce qui n’est pas à vendre ; il transforme en marchandise la justice ; et deuxièmement la livraison de la marchandise n’a jamais lieu.

Imbécillité sentimentale, beaucoup plus profonde encore et plus grave que l’imbécillité mentale ; si le populaire ainsi abusé abandonne lâchement la revendication légitime de toute une révolution sociale pour un vil marché fragmentaire, ce n’est pas qu’il ne voit pas clair seulement, ce n’est pas pour un perpétuel marché de dupe, ce n’est pas seulement qu’il ne sait pas escompter ; beaucoup plus profondément, et beaucoup plus

gravement, c’est qu’il aime d’une affection singulière les entraînements de la démagogie.

Là est vraiment son cœur ; là sa dilection ; là est sa voie, sa vérité, sa vie.

Les citoyens qui parlent au peuple de travail et d’action, d’une révolution sociale de justice, d’une révolution sociale profonde essayée, commencée, patiemment poursuivie, achevée, accomplie, obtenue par le travail et par l’action, par l’effort, sont désagréables et impopulaires ; mais les flatteurs et les perpétuels courtisans, les inventeurs de panacées reçoivent des fortunes immédiates et momentanément illimitées ; surtout si leurs panacées politiques, surtout si leurs démagogies apportent un heureux assouvissement, et spécieusement justifié, aux éternels sentiments de la haine, et de l’envie, et de la jalousie.

Un des moyens qui réussissent le mieux parmi les innombrables moyens heureux de l’éternelle démagogie consiste à lancer le populaire, préalablement entraîné, sur une minorité habilement circonscrite ; le populaire est naturellement lâche, comme l’homme ; comme il est naturellement bête ; il ne demande qu’à se ruer sur des minorités déterminées ; mais son bonheur est sans égal si on peut lui fournir en cette circonstance, que ce soit qu’avant ainsi sur des minorités il se sacrifie noblement pour quelque grande cause, pour quelque salut de l’humanité ; tomber sur de plus faibles ne procure qu’un bonheur mélangé ; mais tomber sur de plus faibles, et se représenter cette opération comme un grand sacrifice, en tel redoublement donne le bonheur parfait.

Telle fut la double opération tentée naguère par la démagogie antisémitique, réactionnaire, nationaliste,

antidreyfusiste ; et qui réussit pendant plusieurs années ; l’économie de cette opération était simple ; et les politiciens catholiques réactionnaires, qui la mirent en représentation, ne se fatiguèrent pas la mentalité ; il s’était formé une minorité dreyfusiste résolue ; la démagogie consistait premièrement à représenter cette minorité dreyfusiste comme une minorité sémitique, ce qu’elle n’était pas, comme une minorité maçonnique, ce qu’elle n’était absolument pas, et pour cause, deuxièmement à représenter cette minorité juive comme dominante, comme écrasant la nation ; de manière premièrement à lancer le populaire sur cette minorité représentée comme juive et deuxièmement à représenter le populaire à lui-même comme accomplissant une insurrection sainte, comme se sacrifiant, noblement, comme se révoltant contre une oligarchie souveraine au prix des plus grands dangers ; cette double opération réussit plusieurs années ; le populaire avait le bonheur de se ruer sur une minorité, le double bonheur de sauver la France en se ruant sur cette minorité.

C’est une double opération du même ordre, une double opération analogue et de tous points comparable que la double opération tentée aujourd’hui par la démagogie anticléricale, anticatholique, réactionnaire, nationaliste ; et qui réussit depuis plusieurs années ; l’économie de cette seconde opération double n’est pas plus compliquée ; les politiciens radicaux réactionnaires, qui la mettent en représentation, ne se fatiguent pas davantage la mentalité, pour ainsi dire ; ils ont un parti officiellement constitué, circonscrit une minorité catholique, assez irrésolue ; la démagogie consiste

premièrement à représenter cette minorité catholique comme une minorité cléricale, deuxièmement à représenter cette minorité cléricale comme dominante, comme écrasant la nation ; de manière premièrement à lancer le populaire sur cette minorité représentée comme cléricale et deuxièmement à représenter ce populaire à lui-même comme accomplissant une insurrection sainte, comme se sacrifiant, noblement, comme se révoltant contre une oligarchie souveraine au prix des plus graves dangers ; l’insurrection est le plus sacré des devoirs ; cette seconde opération double réussit depuis plusieurs années ; le populaire a le bonheur de se ruer sur une minorité, le double bonheur de sauver la République en se ruant sur cette minorité.

J’entends bien qu’on prétende que les catholiques dans l’État constituent une écrasante majorité, non une simple, faible et persécutée minorité ; c’est du moins ce que prétendent leurs ennemis, leurs adversaires, leurs concurrents les bourgeois voltairiens ; c’est ce que croit plus ou moins complaisamment ou fait semblant de croire le populaire plié aux entraînements de la démagogie.

Nous ne pouvons entamer un aussi gros débat d’évaluation dans ce simple avertissement ; mais personnellement je crois que dans presque toute l’histoire de l’humanité, je crois qu’en particulier dans l’histoire de la France contemporaine la majorité de force et de domination, la majorité souveraine et de domination n’est constituée par aucun parti ayant un sens, par aucune minorité ; elle n’est aujourd’hui et en France constituée ni par la minorité dreyfusiste, ni par la toute différente minorité sémitique, ni par la minorité maçon-

nique parasitaire, ni par la minorité nationaliste, ni par la minorité antisémitique, ni par la minorité catholique, ni par la moindre minorité protestante ; mais à tour de rôle, selon les événements de l’histoire et selon les combinaisons politiques, parlementaires, des hommes, selon les fortunes et les évolutions et les dévolutions des entreprises, des institutions, chacune de ces minorités, pour se sauver elle-même de la persécution, ou pour asseoir sa domination propre, et se donner à son tour le rare plaisir d’exercer à son tour une persécution, autant qu’elle peut, par politique et par démagogie, exerce l’entraînement de la véritable majorité ; qui est donc cette véritable majorité ? cette véritable et perpétuelle majorité, c’est la lourde et lâche masse du populaire informe ; car ce n’est pas seulement dans les assemblées parlementaires qu’il y a des masses flottantes, des libéraux populistes, des plaines et des marais ; ces planitudes parlementaires ne font que représenter d’énormes planitudes populaires ; c’est ici un des rares cas où la représentation parlementaire en effet représente ; il y a dans le pays des plaines infinies, des marais immenses.

Les politiciens réactionnaires catholiques exerçaient incontestablement, il y a plusieurs années, une énorme autorité de commandement, une extrêmement dangereuse domination ; mais il ne s’ensuit nullement, comme voudraient nous le faire croire leurs adversaires, leurs ennemis, leurs concurrents, leurs émules les politiciens bourgeois réactionnaires anticatholiques, il ne s’ensuit nullement que depuis plusieurs années leur situation soit demeurée la même ; leur force en effet, leur autorité de commandement, leur force de domination ne

résidait pas en eux-mêmes ; elle résidait dans les forces populaires, dans les masses que leur démagogie, au nom de la France, au nom de l’idée nationale, avait momentanément entraînées.

Quand donc, de ce que les politiciens catholiques réactionnaires, il y a plusieurs années, ont commis les attentats les plus odieux contre la justice, contre la vérité, contre l’humanité, on conclut qu’aujourd’hui encore, et depuis plusieurs années, le catholicisme est également odieux, et également redoutable, nous, dreyfusistes de la première heure, nous nions formellement la conséquence ; la démagogie a tourné depuis ; elle est, comme toujours, du côté du plus fort ; et nous qui en temps utile avons défendu la liberté, la justice, la vérité, l’humanité contre les servitudes, contre les iniquités, contre les abus, contre les injures et les injustices, contre les faux et les parjures, contre les forfaitures, les crimes et les inhumanités de la démagogie antisémitique réactionnaire, nous reconnaissons parfaitement aujourd’hui où est la réaction, où est la démagogie, où est la domination.

Nous avons depuis les premiers temps de l’affaire connu le goût même, la saveur, l’arrière-goût de la domination tyrannique ; cette connaissance fut le résultat d’un apprentissage que nous avons fait ; aujourd’hui, formés par cet apprentissage même, nous connaissons où est le goût de la domination tyrannique.

Momentanément et en fait, l’autorité de commandement dominante n’est pas dans le catholicisme ; et nous qui depuis les tout premiers commencements de l’affaire avons appris à connaître notre personnel poli-

tique parlementaire, et les masses populaires aussi, nous n’en voulons que cette preuve : si le catholicisme était aujourd’hui et depuis plusieurs années aussi dangereux qu’il était il y a plusieurs années, nous ne verrions point partir en guerre contre le catholicisme tant de politiciens valeureux, tant de comités intrépides, et tant de masses impétueuses, qui le flattaient, qui le ménageaient, qui le servaient du temps qu’il était redouté.

Un simple recensement de comparaison nous en donne la certitude ; il y a plusieurs années, dreyfusistes libertaires, nous avions contre nous la formidable ruée devant le populaire, la trahison et l’oppression de tous les politiciens ; aujourd’hui, comme alors, socialistes libertaires, aujourd’hui et depuis plusieurs années, depuis quelques années seulement, pour combien d’années ? nous avons contre nous le mauvais vouloir et envers nous la suspicion de tout le populaire, la trahison et l’oppression de tous les politiciens ; comme l’avancement des hommes dans l’acheminement de la vie n’est point merveilleux et instantané, comme les générations du populaire et les générations de politiciens ne se renouvellent pas instantanément, ni en quelques années, à moins de supposer que dans un corps donné il peut y avoir deux majorités absolues qui n’aient pas d’éléments communs, ce à quoi l’arithmétique s’oppose immanquablement, à moins de supposer que dans un corps donné il peut y avoir deux unanimités qui ne soient pas formées des mêmes éléments, ce à quoi s’oppose infailliblement et la même arithmétique, et la logique formelle, par le principe d’identité, par le principe de non-contradiction, il faut

bien admettre que ce sont les mêmes éléments populaires et parlementaires, sommairement, il faut bien que ce soient les mêmes masses et les mêmes politiciens qui naguère exerçaient la démagogie antisémitique et aujourd’hui qui exercent la démagogie anticatholique.

Une simple inspection du personnel que nous connaissons, une simple expérience de recensement vérifie les résultats de ce simple raisonnement ; naturellement les tout premiers éléments des états-majors, trop évidemment engagés, n’ont pu permuter avec toute la célérité désirable ; mais dans les chaînes du second rang, combien de retournements de vestes instantanés ; c’était ce même Viger, aujourd’hui sénateur, qui fit ministre de l’agriculture dans le ministère de M. Brisson, c’était ce même Bourrat, toujours député, qui voulaient nous fusiller ou nous faire enfumer dans les sous-sols ; ce n’est que dans une histoire du dreyfusisme en France qu’il y aurait lieu de poursuivre, sans jamais l’épuiser, ce recensement.

Qu’il nous suffise aujourd’hui, et dans ce bref avertissement, de constater que l’opération démagogique effectuée par les politiciens bourgeois anticatholiques est exactement synergique de l’opération démagogique précédemment effectuée par les politiciens catholiques bourgeois ; les démagogues radicaux se servent de la République exactement comme les démagogues nationalistes s’étaient servis de la France.

Ni la France, tout de même cette grande nation de liberté, ni la République, ce régime de liberté, somme toute, ne sont responsables de ces accaparements, de ces contrefaçons et de ces détournements politiques ;

il y a dans la réalité de la vie politique et sociale une importante minorité catholique sincère ; comme il y a une importante minorité socialiste sincère ; comme il y a une importante minorité de libres-penseurs sincères ; cette importante minorité catholique sincère a été exploitée, dans sa sincérité même, par tout un personnel de politiciens prétendus catholiques ; afin d’établir leur domination, ces politiciens prétendus catholiques, par les moyens de la démagogie, entraînaient la lourde masse populaire et populacière contre la minorité sincère et contre la minorité des libres-penseurs sincères ; pendant tout le temps que cette opération d’entraînement réussissait, pendant tout ce temps les politiciens professionnels du socialisme et de la libre-pensée, les politiciens prétendus socialistes et libres-penseurs, parasites, en réalité, du socialisme et de la libre-pensée, voyant que les affaires ne marchaient pas, se taisaient, se terraient, se déliaient, — ou pactisaient avec l’ennemi, flattaient l’ennemi, traitaient avec l’ennemi, se faisaient ennemis ; — et justement pour justifier l’entraînement de démagogie exercé, par eux, de la masse populaire et de la masse parlementaire, au nom et en exploitation de la minorité catholique sincère, contre la minorité socialiste et de libres-penseurs sincère, les politiciens catholiques, insincères, professionnels, exploiteurs, attribuaient à cette minorité sincère ennemie justement les mauvaises qualités, les crimes et les vices des politiciens correspondants ; d’autre part la minorité socialiste et de libres-penseurs sincère, exploitée, dans sa sincérité même, par tout un personnel de politiciens prétendus socialistes et prétendus libres-penseurs, bourgeois en

réalité, bourgeois, dogmatiques et parasites ; afin d’établir aujourd’hui leur domination, ces politiciens radicaux, radicaux-socialistes, socialistes parlementaires, prétendus socialistes, prétendus libres-penseurs, par les moyens de la démagogie, entraînent la lourde masse amorphe, la masse populaire et la masse parlementaire, contre la minorité catholique sincère ; — ici reconnaissons un manque dans la symétrie ; avouons que si les mêmes platitudes et les mêmes abaissements se précipitent aux pieds de la démagogie anticatholique réactionnaire que se précipitaient aux pieds de la démagogie réactionnaire catholique, du moins les politiciens, prétendus catholiques, les politiques parlementaires, les chefs nommément catholiques paraissent avoir un peu plus, un peu mieux couvert leurs troupes que dans des événements symétriques nos chefs ne nous avaient couverts ; les chefs catholiques résistent à la bourrasque anticatholique un peu mieux que les chefs radicaux et radicaux-socialistes et socialistes parlementaires et socialistes prétendus révolutionnaires n’avaient résisté à la bourrasque antidreyfusiste ; — aussitôt après la symétrie reprend, en ce que, pour justifier l’entraînement de démagogie exercé, par eux, de la masse populaire et de la masse parlementaire, au nom et en exploitation de la minorité socialiste et de libres-penseurs sincère, contre la minorité catholique sincère, les politiciens radicaux, radicaux-socialistes, socialistes parlementaires, socialistes prétendus révolutionnaires mêmes, insincères, professionnels, reprochent, attribuent à cette minorité catholique sincère justement les mauvaises qualités, les crimes et les vices, les forfaitures et les faux, les injures et les

iniquités des politiciens qui lui correspondent ; et dans la deuxième opération de démagogie, comme dans la première, le populaire et le parlementaire marche, parce que le populaire et le parlementaire se plaît à marcher magnifiquement, héroïquement, en troupe, en foule, ensemble du côté du plus fort.

En morale, en sociale, ces deux opérations sont équivalentes, comme étant symétriques ; également immorales ; de part et d’autre une minorité sincère ; de part et d’autre un personnel taré de politiciens professionnels, plus ou moins parlementaires, exploitant cette minorité, surajoutant la représentation de cette minorité ; de part et d’autre, pour faire le poids, la même masse populaire, que représente sensiblement la même masse parlementaire ; de part et d’autre, comme levier, une grande idée innocente, la France, des nationalistes, la République, des radicaux ; de part et d’autre, comme prétexte, et pour la justification, pour l’apparence, l’attribution, par le personnel politicien dominant, à la minorité adverse persécutée, des abus exercés, des crimes commis, en face du personnel dominant et au même niveau que lui, en haut, par l’autre personnel politicien, par le personnel politicien symétrique lui-même et de tout point correspondant.

Attribution également injuste de part et d’autre ; et mal fondée ; car il est aussi injuste d’attribuer les crimes et les abus politiques des politiciens catholiques aux hommes qui ont fondé le comité catholique pour la défense du droit, qu’il serait injuste de nous attribuer les crimes et les abus politiques des hommes qui se réclament de nous, du socialisme et de la libre-pensée.

Anticléricalisme, anticatholicisme traditionnel ne peut rien, ne vaut rien contre un christianisme, en particulier contre un catholicisme éminemment traditionnel ; c’en est fait que l’anticléricalisme, que l’anticatholicisme radical est honteusement traditionnel ; j’entends par là premièrement qu’il est traditionnel, et obstinément que lui-même en même temps il en a honte, qu’il s’en cache ; il s’est essaie de se faire passer pour ce qu’il n’est pas, pour nouveau, réformateur, novateur, et même révolutionnaire ; il a ainsi ni pleinement la force traditionnelle, ni pleinement la force révolutionnaire.

Anticléricalisme, anticatholicisme radical et traditionnel en ce premier sens qu’il n’a pas apporté à l’humanité pensante un mode nouveau de penser, de travailler, une méthode nouvelle, une mentalité nouvelle, une révolution mentale, une mentalité nouvelle ; mais au contraire que ce n’est si ancien, que rien n’est si vieux, si connu, si aboli, si entendu et réglé que ce que l’on me pardonnera de nommer la mentalité radicale anticléricale anticatholique ; une homme quelque peu habitué, exercé, peu exercé au travail intellectuel, au maniement des idées, au travail mental, sans hésitation, sans tâtonnement, du premier regard, au premier aspect, au son, à la simple résonance, reconnaîtra du premier coup, du premier abord une imagination radicale, une invention, une fiction radicale, à beaucoup de marques, mais en particulier à ce qu’elle se dévoile, et de déjà vu, d’imité, souvent du nouveau, de péniblement recommencé ; le radicalisme est principalement un système de vieux qui veut se faire passer pour du neuf ; un socialisme seul peut rompre

une tradition ; un socialisme seul, neuf, entièrement nouveau, du moins autant qu’une institution humaine, actuellement, est entièrement nouvelle, un socialisme, sincèrement et profondément, intérieurement nouveau, peut briser une antique tradition, dans la mesure et au sens où il est permis honnêtement, où il est convenable de rompre une aussi antique tradition que la tradition catholique et généralement chrétienne.

La situation du radicalisme et d’un socialisme envers la tradition catholique et généralement chrétienne est sommairement la suivante : le christianisme et particulièrement le catholicisme est essentiellement, profondément, intérieurement traditionnel ; non seulement cela, mais il s’en est pas honteux, il n’en demeure pas confus, comme le radicalisme ; au contraire il s’en vante, il s’en fait gloire ; il se réclame de sa haute antiquité ; il en vit ; il proclame que l’antiquité catholique et généralement chrétienne est la plus haute, la plus ancienne, la plus antique antiquité réalisée dans le monde occidental de culture, d’inquiétude, et d’avancement.

En face et au regard de cette fierté, contre cette fierté, contre cette superbe, qui vaudra ; contre cette antiquité, contre cette réclamation, contre cette revendication, contre une antiquité aussi hautement revendiquée, aussi hautement traditionnelle, qui vaudra ; sera-ce une antiquité, une ancienneté bassement dissimulée, une ancienneté la fois aussi ancienne et beaucoup moins ancienne ; aussi ancienne en ce sens qu’elle enveloppe, qu’elle implique les mêmes antiques bassesses, les mêmes antiques vilenies, les mêmes antiques misères, les mêmes antiques infirmités, les

mêmes antiques platitudes, vanités, faiblesses, habiletés, habitudes et débilités humaines, les mêmes antiques servitudes, les mêmes antiques avilissements humains ; et beaucoup moins ancienne en ce sens qu’elle n’implique pas les mêmes grandeurs antiques, les mêmes antiques forces, les mêmes antiques puissances et la même continuité ; non, tout radicalisme, étant à la fois traditionnel et honteux de ce qu’il est traditionnel, ne peut avoir pleinement ni l’avantage de la situation traditionnelle, ni l’avantage de la situation révolutionnaire ; traditionnel en réalité, il ne peut jamais donner que les illusions et les contrefaçons d’un mouvement révolutionnaire ; honteux de cette réalité, il ne peut jamais donner que les apparents démentis, en réalité les contrefaçons d’un christianisme et particulièrement du catholicisme, le radicalisme manque de tout ce qui fait l’antique force traditionnelle ; en comparaison d’un socialisme, et en face du catholicisme, le radicalisme manque de tout ce qui fait une force neuve, révolutionnaire.

Le christianisme et particulièrement le catholicisme a pleinement l’avantage d’une situation traditionnelle ; un socialisme a pleinement l’avantage d’une situation révolutionnaire ; le radicalisme, traditionnel, ne peut avoir pleinement l’avantage de la situation révolutionnaire, honteux, ne peut avoir pleinement l’avantage d’une situation traditionnelle.

Ce qui peut valoir seulement contre une pleine situation traditionnelle, c’est une pleine situation révolutionnaire ; ce n’est pas une pleine situation traditionnelle attenuée ; ce n’est pas une pleine situation révolutionnaire ; une situation révolutionnaire atténuée ne vaut

pas ; contre une pleine situation traditionnelle une situation traditionnelle atténuée ne vaut pas ; contre une pleine situation traditionnelle rien ne vaut qu’une pleine situation révolutionnaire.

Ce qui fait la force d’une pleine situation traditionnelle, c’est que située actuellement elle ramasse dans l’action présente, et dans la vie actuelle, toute une pleine humanité passée, toute une antiquité de vie d’action, de pensée, de sentiment, de passion, d’histoire ; contre cela rien, absolument rien ne vaut qu’une pleine action, une pleine situation révolutionnaire, c’est-à-dire non pas un renversement arbitraire, un retournement factice, un éversion politique, parlementaire, scolaire, livresque, mais au contraire un appel intérieur, un appel plus profond à d’autres forces humaines, à des humanités plus profondes, un nouveau et plus profond coup de sonde aux antiques, inépuisables et communes ressources.

Contre une situation traditionnelle pleinement traditionnelle, contre une pleine situation traditionnelle, rien, absolument rien ne vaut qu’une pleine situation révolutionnaire, c’est-à-dire non pas une situation de transbordement ou de chambardement autoritaire, arbitraire et livresque, mais, au fond, un appel à une tradition plus profonde ; une révolution est un appel d’une tradition moins parfaite à une tradition plus parfaite, un appel d’une tradition moins profonde à une tradition plus profonde, un recoulement de tradition, un dépassement en profondeur ; une recherche à des sources plus profondes ; au sens littéral du mot, une ressource ; ce n’est pas seulement parce qu’elles sont également puissantes, ce n’est pas seulement parce

qu’elles sont également fortes, parce qu’elles sont des grandeurs de même ordre que seule une pleine situation révolutionnaire peut affronter une pleine situation traditionnelle ; parce qu’elles sont seulement parce qu’elles sont des grandeurs de même ordre ; c’est, beaucoup plus profondément, parce qu’elles sont des grandeurs de même espèce, de même nature ; c’est parce qu’elles constituent des opérations de même nature, la même opération à des profondeurs variables, et, autant que nous le pouvons, croissantes ; une révolution n’est vraiment et pleinement révolutionnaire et ne réussit comme révolution que parce qu’elle aussi, comme d’un coup de sonde, que si elle fait surgir et sourdre une humanité plus profonde que l’humanité de la tradition à qui elle s’oppose, à qui elle s’attaque ; elle ne vaut que si elle vainc une humanité plus profonde, proprement, plus traditionnelle, que l’humanité courante, que l’humanité actuelle, usuelle, que l’humanité connue ; elle ne vaut que si elle apporte et merveilleux renouvellement, et merveilleux rafraîchissement de l’humanité, par approfondissement, qui donne tant de jeune ivresse aux véritables crises révolutionnaires, dans toute leur peine, dans toute leur misère, dans tout leur effort ; au fond une révolution n’est une pleine révolution que si elle est une plus pleine tradition, une plus pleine conservation, une antérieure tradition, plus profonde, plus vraie, plus une pleine révolution que si elle est une révolution dans la circulation, dans la communication, si elle fait apparaître un homme, une humanité plus profonde, plus approfondie, où n’avaient pas atteint les

révolutions précédentes, ces révolutions de qui la conservation faisait justement la tradition présente. Une pleine révolution, il faut littéralement qu’elle soit plus pleine, s’étant emplie de plus d’humanité, il faut qu’elle soit descendue dans des régions humaines antérieures, il faut qu’elle ait, plus profondément, découvert des régions humaines inconnues ; il faut qu’elle soit plus pleinement traditionnelle que la pleine tradition même à qui elle s’oppose, à qui elle s’attaque ; il faut qu’elle soit plus traditionnelle que la tradition même ; il faut qu’elle passe et qu’elle vainque l’antiquité en antiquité ; non pas en nouveauté curieuse, comme on le croit trop généralement, en actualité fiévreuse et factice ; il faut que par la profondeur de sa ressource neuve plus profonde, elle prouve que les précédentes révolutions étaient insuffisamment révolutionnaires, que les traditions correspondantes étaient insuffisamment traditionnelles et pleines ; il faut que par une intuition mentale, morale et sentimentale plus profonde elle vainque la tradition même en traditionnel, en tradition, qu’elle passe en dessous ; loin d’être une simple augmentation, comme on le croit beaucoup trop généralement, une révolution est une excavation, un approfondissement, un dépassement de profondeur.

De si loin revenons au radicalisme ; anticléricalisme, anticatholicisme radical est traditionnel en ce deuxième sens, particulier, que loin d’apporter à l’humanité pensante un mode nouveau de penser, de travailler, une méthode nouvelle, une matière nouvelle, une révolution mentale, une mentalité nouvelle, non seulement il n’apporte pas du vieux, du déjà connu, mais ce

vieux, ce déjà connu est du vieux catholique, du déjà connu catholique ; tout homme quelque peu habitué, quelque peu exercé aux comparaisons, aux rapprochements, aux analogies, aux méthodes comparatoires, au maniement de ces méthodes, qui ont tant contribué à l’avancement de nos connaissances, et aussi tout homme qui aura de quelque manière subi l’oppression de la domination catholique, et tout homme surtout qui, ayant subi de quelque manière l’oppression de la domination catholique, pour avoir tenu la même conduite morale et sociale, ensuite aura, exactement de la même manière, subi l’oppression de la domination radicale, tout homme réaliste, éprouvé, sans hésitation, sans tâtonnement, du premier regard, au premier aspect, au son, à la simple résonance, reconnaîtra du premier coup, du premier abord, dans une imagination radicale, dans une invention, dans une fiction radicale, toujours une inspiration catholique, toujours un mécanisme radical, dans une matière radicale, dans une fiction radicale, toujours le perpétuel esprit catholique, l’éternelle imagination, invention, fiction catholique ; c’est un fait d’histoire aujourd’hui si universellement admis, que le radicalisme, autoritaire, dogmatique, politique, parlementaire, gouvernemental est un cas particulier du catholicisme, exactement un cas particulier de le mécanisme du catholicisme, que l’on me permettra de n’y pas insister davantage dans cet avertissement ; tout ce que j’en veux provisoirement dire est que c’est un cas si parfaitement réalisé que l’on pourrait, dans le besoin, en faire un cas modèle, un cas specimen ; c’est un cas si parfaitement réalisé qu’il dépasse les cas imaginaires mêmes ; si, ayant l’expérience de l’histoire, on aurait voulu imaginer un cas

particulier de retournement de catholicisme, on n’aurait jamais osé le supposer aussi topique, aussi parfait. Anticléricalisme, anticatholicisme radical, étant conservateur, ne vaut pas contre un christianisme, et particulièrement contre un catholicisme aussi puissamment conservateur ; un socialisme seul, pleinement révolutionnaire, peut affronter une aussi énorme puissance de conservation ; qui veut de la tradition, il va aux pleins traditionnalistes, aux chrétiens, aux catholiques ; et qui généralement veut de la conservation, il va aux pleins conservateurs, aux chrétiens, aux catholiques ; mais qui ne veut ni tradition, ni conservation, il va aux pleins révolutionnaires, aux socialistes, libertaires, anarchistes ; les situations bâtardes, les traditions atténuées, les conservations atténuées, comme les révolutions atténuées, n’obtiendront jamais que des fortunes accidentelles, des réussites politiques, truquées, des autorités de commandement précaires ; un radicalisme, politique, n’obtiendra jamais ni des dévouements entiers, ni des collaborations entières, ni des fortunes entières. Les dévouements entiers, les collaborations entières, les fortunes et les infortunes entières ne sont jamais données qu’aux idées entières, aux théories entières, aux sentiments entiers, aux systèmes entiers. Les idées entières, les théories entières, les sentiments, les systèmes entiers seuls vivent et meurent, vivent ou meurent, vivent puis meurent, se réalisent dans la vie ou s’éternisent dans la mort ; à eux seuls reviennent ces deux formes de la réalité totale, de la vie et de la mort ; les autres ne meurent dans l’irréel, dans l’imaginaire ; les autres ne vivent pas, comme ils ne meurent pas : ils ne font de la politique.

Une mort de réalité est plus éminente, plus importante, plus vivante, qu’une vie non réelle, imaginaire, politique. Revenons au radicalisme anticatholique. Il est conservateur, mais partiellement, misérablement conservateur ; il veut conserver ce qui est à lui et ne conserver pas ce qui n’est pas à lui ; misérables distinctions ; ni les conservations, ni les révolutions ne peuvent distinguer ainsi ; les conservations ne se peuvent ne peuvent conserver que si elles prétendent conserver tout un système social ou moral ou mental, tout un monde ; les révolutions ne prennent ou n’entament et ne réussissent que si elles prétendent renverser, éverser tout un système social et moral ou mental ; ni une tradition atténuée, mitigée, ni généralement une conservation, atténuée, timide, ne réussit à conserver, ni une conservation, atténuée, timide, ne réussit à éverser. Ni une tradition, ni conservation, ni en face une révolution ne consiste à faire des mixtures, des combinaisons, calculées, politiques, à fabriquer des arrangements ; une tradition, une conservation consiste à faire vivre, dans la réalité, à maintenir la vie, réelle, de toute une organisation, vivante, réalisée, de tout un système social, moral, mental, de tout un monde ; une révolution consiste à faire vivre, dans la réalité, à faire vivre, la réelle, de toute une organisation, qu’il faut qui soit vivante, réalisée, de tout un système social, moral, mental à faire intervenir, de tout un monde à naître ; une conservation consiste à continuer à faire vivre, exactement à continuer à faire continuer de vivre ; une révolution consiste à faire vivre, exactement à commencer à faire commencer de vivre ; le

point d’appui de la tradition, de la conservation, est dans la réalité présente ; mais le point d’appui de la révolution ne peut être que dans une réalité à venir, dans une réalité au moins éventuelle ; dans une réalité à faire, à élaborer, à réaliser ; une révolution qui n’aurait qu’un point d’appui tout imaginaire ne serait elle-même qu’une révolution imaginaire ; elle ne serait pas une révolution ; elle ne serait qu’une imagination, une invention, une fiction de révolution ; à une tradition, à une conservation qui maintient, qui conserve de la réalité, il ne peut rien être opposé, qu’une révolution qui apporte de la réalité. Ainsi une révolution n’est pas le contraire d’une conservation sur le même plan ; elle ne s’oppose pas, elle ne s’attaque pas à une conservation comme une anti-conservation, comme une opération égale et de sens contraire ; une révolution n’est rien, si elle n’est pas l’introduction d’un nouveau plan, si elle ne s’engage pas tout en nouveau regard, toute nouvelle vue, toute une nouvelle vie, si elle n’introduit pas tout un nouveau plan, social, moral, mental ; une révolution n’est révolution que si elle est entière, globale, totale, absolue. La conservation, elle, n’a pas tant de précautions à prendre, ne saurait d’attention à donner ; parce qu’elle est ce qu’elle maintient, que ce qu’elle conserve, c’est du présent, donc du réalisé, elle est assurée que c’est en quelque sens du réel ; au contraire la révolution, travaillant dans le futur, dans l’éventuel, se proposant de faire naître, ne se peut assurer de rien ; n’ayant fait aucune expérience, du moins totale, seule vaudrait, n’ayant, somme toute, pas éprouvé la réalité qu’elle présente à l’acceptation de l’humanité, — car une expé-

rience totale de la révolution reviendrait à être la révolution même, — une révolution ne peut rigoureusement garantir la réalité, — en pareille matière la réalisation exige la réalité même, — une révolution ne peut rigoureusement garantir la réalité de son idéal, et ainsi la possibilité de sa réalisation, en aucune éprouve, en aucune expérience ; puisque par définition même il n’y a jamais eu aucune réalisation de cet idéal ; de ce que nous avons dit il résulte en effet que s’il y avait eu jamais quelque véritable réalisation, la révolution serait faite ; donc une révolution ne peut garantir la réalité de son idéal, et ainsi la possibilité de sa réalisation, que sur le témoignage du génie, qui est proprement le seul substitut de la réalité, le seul équivalent, le seul remplaçant de la réalité, qui en matière sociale peut en devenir le substitut, l’équivalent, le remplaçant provisoire ; car le talent, et encore quand il cat bon et vrai, ne fait qu’un aménagement de la réalité, tandis que le génie, à lui seul, et lui seul, en est un substitut, en fait un remplacement, ou plutôt le talent, quand il est vrai, quand il est bon, fait un aménagement de la réalité réalisée ; le génie est fort dans une intuition ; l’opération du génie est une intuition, la sens, l’intuition de la réalité non réalisée. Ainsi la conservation ne se demande que des hommes ordinaires, ou des hommes de talent ; la révolution demande et des hommes ordinaires, et des hommes de talent, et, en outre, elle exige du génie, ce soit le génie d’un homme, ou de plusieurs hommes, ou le génie plus profond d’une race, ou d’un peuple, ou d’une classe, ou enfin ce génie particulièrement profond qui naît d’une expérience continuée de la misère.

La conservation ne requiert aucun génie, parce que la réalité réalisée, qu’elle conserve, lui confère de la réalité de quoi s’emplir ; la révolution au contraire exige impérieusement un génie, qui, ayant l’intuition d’une réalité non réalisée, lui confère cette réalité de quoi s’emplir. Une révolution est en face de la conservation correspondante non pas comme un adversaire, non pas comme un ennemi sur le même plan, non pas comme un antagoniste, mais comme un candidat au remplacement total. Ainsi une atténuation de la révolution est forcément à l’avantage de la conservation, puisque la conservation occupe ; une atténuation de la révolution, diminuant le remplacement ou l’éventualité du remplacement, renforce d’autant ce qui est, ce qui existe, ce qui est réalisé, puisque, en attendant, cela est toujours. Mais une atténuation de la conservation n’est pas forcément à l’avantage de la révolution, car la révolution n’occupe pas ; elle attend ; elle n’occupe qu’en idée, en génie ; elle n’occupe qu’une réalité éventuelle, une réalité non présentement, non actuellement vivante, une réalité non fonctionnant, non réalisée, non actuelle ; une atténuation de la conservation peut fort bien tourner à l’avantage d’une autre situation réactionnaire, d’une -situation plus réactionnaire même, ou simplement d’une autre conservation ; ou généralement, et malheureusement, une atténuation de la conservation peut tourner en corruption ; l’atténuation de la conservation romaine impériale n’a pas, dans la réalité, tourné à l’avantage de la révolution chrétienne ; elle n’a servi qu’à léguer à la révolution

chrétienne les germes, les corruptions de vice et d’autorité de commandement de la Rome impériale ; l’atténuation de la conservation politique en France dans les dernières années du second Empire n’a pas, dans la réalité, tourné à l’avantage de la troisième République ; elle n’a servi qu’à léguer à la troisième République les germes, les corruptions de vice et d’autorité de gouvernement du second Empire ; logiquement, la diminution, l’atténuation de la conservation romaine impériale pouvait tourner à l’avantage de la révolution chrétienne, et la diminution de la conservation, de l’autorité politique en France pendant les dernières années du second Empire pouvait tourner à l’avantage de la troisième République ; mais, en fait, il y a eu été ainsi ; que la faute en soit aux premiers chrétiens et aux premiers républicains, ou, à des circonstances, à des événements indépendants de leur action, les faits sont là, et on pourrait multiplier les exemples ; et ils ne font que vérifier le raisonnement ; une atténuation de la révolution est forcément, automatiquement, à l’avantage de la conservation ; une atténuation de la conservation n’est pas forcément, automatiquement, à l’avantage de la révolution ; la conservation, la réaction joue à qui perd peut gagner ; la révolution joue à qui perd ne gagne rien ; la conservation ne risque pas tout ; la révolution risque toujours son tout. S’il en est ainsi, quiconque atténue, diminue la révolution fait en réalité les affaires de la conservation, quand il ne fait pas les affaires de la réaction ; quiconque atténue au contraire, diminue les affaires de la conservation ne fait pas forcément les affaires de la révolution ; c’est pour cela qu’il est rigoureuse-

ment vrai de dire que l’on voit dans la réalité beaucoup d’anciens ou de prétendus révolutionnaires trahir la cause de la révolution ; tandis que, pour cette raison et pour beaucoup d’autres, on ne voit pas d’anciens ou de prétendus conservateurs trahir la cause de la conservation ; qui n’est pas contre la conservation est contre elle ; qui n’est pas contre la conservation est pour elle ; une révolution a contre elle tous les neutres et tous les indifférents ; la conservation a pour elle tous les neutres et tous les indifférents. Ainsi encore tout ce qui est perdu pour une révolution est gagné forcément, automatiquement pour la conservation, ou pour de la réaction ; mais tout ce qui est perdu pour la conservation n’est pas gagné forcément, automatiquement pour la révolution. Tout ce qui est gagné sur une révolution est gagné forcément, automatiquement pour la conservation, ou pour de la réaction ; mais tout ce qui est gagné sur la conservation n’est pas gagné forcément, automatiquement pour la révolution. Ainsi enfin les fragments, les fractions de révolution ne constituent pas la révolution, tandis que les fragments, les fractions, les appoints de conservation constituent ou renforcent la conservation. Ce qui est gagné sur la conservation n’est gagné pour la révolution que si c’est total, ou au moment où ce devient total ; pour la révolution un gain n’est un gain que s’il est un gain total, ou au moment où il devient un gain total. Tout est gagné pour la conservation ; tout gain est gain pour elle. Un commencement de révolution ne fait pas une révo-

lution, même commencée, ne fait pas de la révolution, pas pour la valeur même de ce commencement ; un commencement de conservation fait une conservation, fait de la conservation, au moins pour la valeur de ce commencement. Un tiers de révolution ne fait pas de révolution, même pour un tiers ; un tiers de conservation fait de la conservation, au moins pour un tiers. Comme trois tiers de preuve ne font pas une preuve, ainsi trois tiers de révolution ne font pas une révolution, trois tiers de conservation font de la conservation pour ces trois tiers. Parce qu’une révolution, n’ayant à sa disposition aucune réalité, réalisée, ou n’ayant à soit soit propre, qui soit sa matière et qui soit en elle, doit apporter de la réalité, doit faire elle-même une organisation ; au lieu qu’une conservation, ayant à sa disposition pour soi, ou presque toute la réalité politique et sociale, réalisée, par conséquent organisée, qui lui appartient, qui c’est sa matière et qui est en elle, n’a plus besoin d’apporter elle-même, d’être elle-même une organisation ; ce c’est pour cela que d’une organisation qu’elle n’est une organisation que si elle est totale, globale, absolue ; elle ne s’obtient point par une addition, par une juxtaposition de ses parties, mais elle n’existe que par une organisation, par une composition de ses membres. C’est pour cela que les fractions de conservation, même inorganisées, sont valables pour la conservation ; tandis que les fractions de révolution, si elles sont distinctes, si elles restent séparées, ne peuvent s’organiser et devenir valables pour la révolution, ni du fait de la révolution, ni du fait de la réalité ; tant que

les fractions de révolution restent inorganisées elles-mêmes, tant qu’elles n’ont pas une organisation intrinsèque, elles ne peuvent attendre, de la révolution, de la réalité, une organisation introduite. Quand on fait sa part à la révolution, quand on limite la révolution, on ne fait pas de révolution, on tue la révolution ; quand on fait sa part à la conservation, quand on limite la conservation, on tue la conservation, on fait vivre la conservation, elle trouve la part bonne et s’en fait un avantage. On ne peut pas faire de la révolution ; on est tenu de faire, on ne peut faire que la révolution ; tandis qu’on peut parfaitement faire de la conservation, sans faire absolument la conservation. Si l’on veut bien prêter quelque attention à cette profonde disparité intérieure de la conservation et de la révolution, sans nier qu’il y ait eu des trahisons, des défaillances, des déviations individuelles ou personnelles, politiques, parlementaires, partielles, on s’apercevra que cette imparité profonde intérieure est peut-être la principale cause pourquoi il est si facile de faire de la conservation, et si difficile de faire la révolution ; pourquoi, par suite, il y a tant de gens qui font de la conservation, et si peu de citoyens qui font la révolution, tant de véritables conservateurs, si peu de véritables révolutionnaires ; enfin pourquoi nous voyons tant d’anciens ou de prétendus révolutionnaires devenir de véritables conservateurs ; ils suivent la pente naturelle, ils prennent le plus grande pente ; pourquoi nous voyons si peu de véritables conservateurs devenir de véritables révolutionnaires ; ils sont ou ils seraient contraints de remonter.

Il est sage d’être conservateur, si l’on croit que la conservation vaut mieux que la révolution ; il est sage d’être absolument révolutionnaire, si l’on croit que la révolution vaut mieux que la conservation ; il n’est pas sage de fragmenter la révolution, si l’on croit que la conservation n’est pas bonne. Loin que ce soient les modérés, les socialistes parlementaires, les socialistes radicaux, les socialistes opportunistes, les radicaux-socialistes, les radicaux, les opportunistes, les modérés, les progressistes qui soient sages et les socialistes révolutionnaires qui soient fous, c’est au contraire tous les républicains non sages, socialistes révolutionnaires qui ne sont pas sages, parce qu’ils veulent fragmenter un tout indivisible, et ce sont les conservateurs et les socialistes révolutionnaires, de part et d’autre, chacun de leur bord, qui sont sages. Nous avons vu précédemment, et dans un certain détail, quelle était la situation du radicalisme anticlérical, anticatholique envers un catholicisme traditionnel, par ce qu’elle était envers la tradition même ; mais la tradition n’est qu’un cas particulier de la conservation ; la tradition est la conservation des usages, des habitudes, la conservation des moeurs ; la conservation est la tradition de tout ; la situation particulière du radicalisme anticlérical, anticatholique envers un catholicisme traditionnel et envers la tradition ne fait qu’annoncer la situation générale de ce même radicalisme envers un catholicisme conservateur, envers la conservation même, situation générale de non moins misérable, non moins stérile, non moins précaire, non moins inégale ; car à une situation pleinement conser-

vatoire, une situation pleinement révolutionnaire se peut seule opposer ; le radicalisme entend conserver la propriété individuelle des moyens de production et d’échange dans la mesure où cette conservation profite à ses intérêts politiques, parlementaires ; il entend ne conserver pas cette propriété, ou la supprimer, dans la mesure où elle nuit à ses intérêts politiques, parlementaires, par exemple quand il s’agit des biens ecclésiastiques ; il entend conserver la petite propriété, la petite agriculture, la petite industrie et le petit commerce, la petite boutique, dans la mesure où cette conservation profite à ses intérêts politiques, parlementaires ; il entend ne les conserver pas, ou les supprimer, dans la mesure où ils nuisent à ses intérêts politiques, parlementaires ; il entend conserver la petite propriété, agriculture, industrie, commerce, boutique, pourvu qu’elle soit radicale ; mais il entend ne la conserver pas, ou la supprimer, pourvu qu’elle soit réactionnaire et catholique ; il entend conserver le capitalisme, le plus grand capitalisme, le patronat le plus injurieux, et même il décore les patrons des rubans les plus rouges d’honneur, pourvu que les capitalistes subventionnent les journaux radicaux, pourvu que les patrons subventionnent, entretiennent les députés radicaux, soit directement et personnellement, soit subventionnant les comités ; quand ce ne sont pas les patrons directement eux-mêmes et les grands capitalistes qui sont, comme c’est le cas le plus fréquent, députés radicaux ; il entend conserver le nationalisme quand le nationalisme profite à ses intérêts politiques, parlementaires, par exemple contre le catholicisme romain ; il entend ne les conserver pas quand il nuit à

ses intérêts politiques, parlementaires, quand il est par exemple le nationalisme catholique, réactionnaire ; ennemi du nationalisme réactionnaire, il ne se propose que de passer les nationalistes réactionnaires en nationalisme même ; il flatte bassement les associations militaires, les sociétés de tir et de gymnastique ; il entend conserver le surnaturel, merveilleux, miraculeux, il entend conserver le miracle quand la conservation du miracle profite à ses intérêts politiques, parlementaires, quand il s’agit par exemple du miracle politique, patriotique, démocratique, du miracle que l’on nous demande aujourd’hui d’accorder pour la reconnaissance surnaturelle de l’État moderne ; il entend ne pas les conserver quand le miracle nuit à ses intérêts politiques, parlementaires, quand il est, par exemple, le miracle catholique, ecclésiastique.

Je suis contraint de continuer cet avertissement à la quatrième page de la couverture.

le monde sans Dieu

Nous baptisons le vingtième siècle au nom de la Paix, de la Liberté et du Progrès. Nous le nommons — Le Siècle du Peuple. Nous demandons à ce siècle nouveau une Religion sans surnaturel ; une Politique sans guerre ; une Science et un Art sans grossièreté ; et de la Richesse sans misère ni injustice !

Notre pensée grandissante nous est une révélation grandissante.

Croyez-le, mes bons amis, aimer la vérité pour l’amour de la vérité est la partie principale de la perfection humaine dans ce monde. De là découlent toutes les autres vertus.

L’auteur de ce livre, M. M. Mangasarian, Arménien d’origine, a l’honneur d’être le conférencier de la Société de Religion indépendante de Chicago, et chaque semaine, sa parole charme, paraît-il, une assemblée de deux mille personnes qui, pour leur qualité, constituent la plus nombreuse chambrée de fidèles qui soit connue dans aucun pays. Nous en avons de plus nombreuses en Angleterre, mais ce sont des enfants du Dogme qui s’y entassent. Les auditeurs de M. Mangasarian sont des fils de la Raison, qui cherchent l’Esprit et la Morale. C’est une race bien plus rare. La Open Court publishing company, (1) de cette cité vivante et tumultueuse qu’est Chicago, a publié plusieurs éditions de ce livre, pour la commodité des lecteurs américains. La Rationalist Press Association (2) a eu raison, je crois, de décider qu’elle donnerait aux lecteurs de Grande-Bretagne une pareille facilité pour posséder ce catéchisme original et nouveau. La forme la plus difficile de composition littéraire,

(2) L’association d’édition rationaliste (de Londres). La préface de M. George Jacob Holyoake a été écrite pour l’édition de A new catechism publiée par cette société.

qui ait la qualité d’intéresser le lecteur, est sans aucun doute le catéchisme. L’auteur doit être expert à plonger dans l’océan profond des polémiques pour y retrouver les faits essentiels cachés dans ces profondeurs. Un catéchisme est une méthode courte et commode pour acquérir un savoir précis. Il n’y a que deux personnes en scène — le Questionneur et le Répondant. Un bon questionneur est un type distinct. Il doit savoir quels renseignements demander. S’il est banal, il ne sert à rien ; s’il est vague, on ne peut lui répondre. Le Répondant doit être maître du sujet en discussion et précis dans l’expression de sa pensée. Le « Nouveau Catéchisme » a possédé ces qualités. C’est le plus hardi, le plus vif, le plus varié et le plus instructif de tous les ouvrages qui existent dans ce genre. Il fait irruption dans les principaux champs du savoir humain que les Religions ont encore comme de fausses idées et des terreurs surnaturelles ; il chérit ce qui est beau et montre ce qui a été déformé. Les notes sont nombreuses, et touchent à l’antiquité comme aux temps modernes ; les unes et les autres sont aussi frappantes que le texte. Ce livre est une encyclopédie de théologie et de raison logée dans une coquille de noix. L’Esprit de Recherche, dont la curiosité a pour objet salutaire la vérification de la vérité, est l’instrument de savoir le plus efficace dont dispose l’humanité. Une question bien posée est comme le pic du mineur, — qui libère l’or du quartz qui l’environne. Des systèmes entiers d’erreur tombent parfois à terre sous l’effort de questions auxquelles il n’est pas de réponse. Toute erreur renferme une contradiction intérieure ;

celle-ci peut être révélée par une interrogation libératrice là où une artillerie de contre-affirmations n’ouvrirait pas de brèche. On peut éluder des arguments, tandis qu’une question loyale et pertinente ne crée pas d’animosité et exige une réponse, ou bien le silence est un aveu d’erreur ou d’ignorance. L’auteur du catéchisme a montré beaucoup de jugement dans le choix des questions. Les réponses sont simples et sans prétention ; elles arrivent avec promptitude et décision, apportant souvent une documentation inédite qui a l’attrait de la surprise. Ces réponses ne se traînent pas comme un attelage surchargé, mais elles volent comme un message de télégraphie sans fil, rompant les entraves, franchissant les obstacles, par dessus l’océan de la pensée nouvelle. Comme il convient à la célérité de notre époque, ces réponses sont exprimées brièvement. La prodigalité des mots appauvrit celui qui les distribue et déprave le goût de ceux qui les acceptent. M. Mangasarian, comme Phocion, conquiert avec peu de soldats et convainc avec peu de paroles. Il n’est pas de meilleure définition, dit Landor, d’un capitaine ou d’un maître vraiment grands.

Note du traducteur français. — Tout dans ce volume, texte et notes, appartient à l’auteur américain. Si le traducteur avait écrit ce livre pour exprimer sa pensée propre, il l’aurait fait différent sur quelques points. Tel quel, il a jugé utile de le faire connaître au public français. Il n’y a rien ajouté. — Jean le Clerc.

Préface de l’auteur

Les vieux catéchismes qui furent imposés à notre jeunesse — quand notre intelligence ne pouvait pas encore se défendre — ne commandent plus notre respect. Ils se rouillent à l’abandon. Les temps où ils furent conçus et composés sont morts — bien morts ! Il faut un catéchisme nouveau pour exprimer ce que pensent les hommes, femmes et enfants qui vivent dans les temps nouveaux. Ce livre est un modeste effort dans cette direction.

Raison et Révélation

  1. Demande. — Qu’est-ce que la religion ? Réponse. — La foi dans la vérité. (1)

  2. Demande. — Définissez la vérité. Réponse. — C’est le savoir le plus parfait qui puisse être atteint sur une question donnée. (2)

  3. Demande. — Que veut dire « la foi dans la vérité » ? Réponse. — La confiance qu’on peut compter sur ce savoir pour atteindre les fins les plus élevées de la vie.

  4. Demande. — Comment un homme peut-il montrer sa foi dans la vérité ? Réponse. — En élevant sa conduite à la hauteur de son savoir.

(1) La vérité est définie par Thomas d’Aquin « adaequatio intellectus et rei ». Kirchhoff définit le savoir une « description de faits ». — Cf. Carus. Primer of Philosophy, pages 37 et 46. (2) Le savoir nous révèle les choses telles qu’elles sont ; donc la vérité, qui est le plus haut savoir, est un reflet de la réalité. « La sagesse, » dit Schopenhauer, n’est pas la perfection purement théorique mais aussi pratique ; c’est la connaissance ultime et vraie de toutes choses en gros et en détail, qui a tellement pénétré l’être humain qu’elle apparaît comme le guide de toutes ses actions. » — Zimmern. Vie de Schopenhauer.

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  1. Demande. — Comment la vérité, c’est-à-dire le « savoir le plus parfait », peut-elle s’acquérir ? Réponse. — Par l’expérience et l’étude.

  2. Demande. — N’existe-t-il pas d’autre moyen ? Réponse. — Il n’en existe pas.

  3. Demande. — M’avez-vous donné de la religion la définition généralement admise ? Réponse. — Non. D’après l’opinion populaire, la religion est ce qu’un homme croit relativement aux êtres surnaturels et ce qu’il fait pour obtenir leur faveur.

  4. Demande. — Qu’est-ce que le surnaturel ? Réponse. — Tout ce qui est actuellement inexplicable par les lois connues de la nature.

  5. Demande. — Quelle attitude l’esprit doit-il garder à l’égard de toutes les questions de ce genre ? Réponse. — Nous ne devons pas nous quereller à leur sujet, mais permettre qu’elles soient discutées librement.

  6. Demande. — La « Révélation » ou « parole de Dieu » ne nous enseigne-t-elle pas bien des choses que nous ne pourrions pas savoir sans elle ? Réponse. — Comme on connaît plusieurs « révélations », il faut d’abord décider de laquelle nous nous occupons.

Réponse. — Celles de Zoroastre ; de Brahma ; de Buddha ; des juifs ; des chrétiens ; des mahométans ; des mormons…

  1. Demande. — Toutes ces « révélations » se réclament-elles d’une origine divine ? Réponse. — Elles s’en réclament.

  2. Demande. — Se respectent-elles l’une l’autre ? Réponse. — Au contraire, chacune condamne les autres comme indigne de confiance ou incomplète.

  3. Demande. — De quelle manière ? Réponse. — Buddha a dit, paraît-il : « Il n’est aucune personne semblable à moi sur terre ni au ciel. Seul je suis le parfait Buddha. » (1)

  4. Demande. — Donnez un autre exemple. Réponse. — Jésus aurait dit : « Je suis la porte des Brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi étaient des larrons et des voleurs. Nul ne peut aller au Père que par moi. » (2)

  5. Demande. — Que doit-on considérer comme une preuve plus forte que celles-ci ? Réponse. — Le fait que les disciples de chaque révélation essayent de convertir ceux des autres.

  6. Demande. — Que veut dire « convertir » ? (3) Réponse. — Amener les autres personnes à penser et à croire précisément comme nous.

(2) Évangile de saint Jean. Il est possible que ni Jésus ni Buddha n’aient jamais exprimé ces sentiments étroits. (3) « Cette vraie foi catholique hors laquelle nul ne peut être sauvé. » — Credo du pape Pie IV. — « Je déteste toute… secte opposée à la sainte Église catholique, apostolique et romaine. » — Paroles en usage pour la réception des protestants dans l’Église catholique. Catholic Belief, page 254. — Le même esprit prévaut dans les principales Églises protestantes ; — voir le chapitre sur la Prière et le Salut.

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  1. Demande. — Pour quel motif ? Réponse. — Parmi d’autres, celui-ci, que si ces personnes ne croient pas comme nous elles seront damnées pour toujours.

  2. Demande. — Laquelle de ces différentes révélations est la vraie ? Réponse. — Aucune d’entre elles n’est entièrement vraie ni entièrement fausse.

  3. Demande. — Comment pouvons-nous savoir ce qui est vrai et ce qui est faux dans chaque ? Réponse. — En nous servant de notre meilleur jugement.

  4. Demande. — Ceci n’implique-t-il pas que la raison est une autorité plus haute que la Révélation ? Réponse. — Sans aucun doute.

  5. Demande. — Si nous possédons la plus haute autorité en nous-mêmes, avons-nous cependant besoin d’une Révélation ? Réponse. — Non ; car cette Révélation doit être reconnue par notre raison avant que nous l’acceptions.

  6. Demande. — Si vous aviez la croyance qu’un certain livre contient « la parole de Dieu », ne lui obéiriez-vous pas par cela même, que votre raison l’approuve ou non ?

Réponse. — Si j’obéissais en aveugle, mon obéissance n’aurait aucun mérite ; si c’était par compulsion, ce ne serait pas de l’obéissance volontaire. Mais si

j’obéis intelligemment et avec l’approbation de ma raison, alors c’est à ma raison que j’obéis et non au livre.

  1. Demande. — Donnez un exemple. Réponse. — Si une quelconque des bibles qui existent dans le monde enseignait, par exemple, que la Terre est plate, nous ne pourrions le croire, parce que notre propre expérience et l’étude nous enseignent précisément le contraire.

  2. Demande. — Si, cependant, la « révélation » vous commandait de faire ce que votre raison condamne comme mal, n’obéiriez-vous pas à « la parole de Dieu » plutôt qu’à votre raison ? Réponse. — Si je faisais ce que mon meilleur jugement me défend de faire, je ne serais pas un être moral.

  3. Demande. — N’est-il pas possible de regarder comme vrai ce que la raison reconnaît être faux ? Réponse. — C’est impossible. La raison est un souverain absolu. Aucune puissance ne peut l’obliger à tenir pour vrai ce qu’elle a déclaré ne pas l’être.

  4. Demande. — Mais est-il vrai que ces « bibles » enseignent des choses contraires à la raison ? Réponse. — C’est absolument certain.

  5. Demande. — Lesquelles, par exemple ? Réponse. — L’histoire de la création.

  6. Demande. — Donnez un autre exemple.

  7. Demande. — Donnez encore un autre exemple. Réponse. — La chute originelle de l’homme.

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  1. Demande. — Que savons-nous aujourd’hui sur ces questions ? Réponse. — Nous savons avec certitude qu’il n’y eut jamais ni « chute de l’homme », ni « déluge universel », ni « création » dans le sens où ces anciennes bibles rapportent ces faits.

  2. Demande. — Quelles autres erreurs commettent ces bibles ? Réponse. — Elles commettent bien d’autres erreurs en histoire et en science ; elles se contredisent en maints endroits et dans plus d’un cas elles enseignent des choses que nous savons être mal.

  3. Demande. — Comment expliquez-vous ces erreurs dans les bibles ? Réponse. — Il est humain d’errer.

  4. Demande. — Sont-elles donc toutes l’œuvre des hommes ? Réponse. — Elles ne sont rien de plus que les archives de la sagesse et de la folie, des vertus et des vices de l’homme.

  5. Demande. — Que devons-nous faire dans ces circonstances ? Réponse. — Suivre la meilleure lumière que nous possédions.

Réponse. — Notre raison.

  1. Demande. — Mais notre raison peut-elle nous induire en erreur ?

  2. Demande. — Pourquoi la suivre alors ? Réponse. — Parce que nous n’avons rien de mieux, et qu’il est de notre devoir de suivre la meilleure lumière que nous possédons. (1)

  3. Demande. — Pourquoi certaines personnes attachent-elles une si grande importance à la Révélation ? Réponse. — Par crainte que sans Révélation il n’y ait plus de moralité.

  4. Demande. — Une telle crainte est-elle justifiée ? Réponse. — Non. Au nom de la Révélation ou de « la parole de Dieu » bien des crimes les plus affreux ont été perpétrés, (2) tandis que d’autre part plusieurs

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(1) « Perdu à la nuit tombante dans une forêt, je n’ai qu’une faible chandelle, dit-il, c’est mon guide. Arrive un étranger : : Souffllez votre chandelle », dit-il, « et vous serez à même de mieux voir le chemin ». Cet étranger est un théologien. » (Diderot). — « Toutes les religions ont demandé le sacrifice de la raison. La religion de l’avenir rendra ce sacrifice inutile. » Cf. la brochure de l’auteur Religion of the future, page 6. (2) Théodore de Bèze, le successeur de Jean Calvin comme chef de l’église réformée de Genève, fit publiquement l’éloge de Poltrot de Meré, l’assassin de François de Guise, prince catholique, et lui promit une croix lumineuse dans le ciel. Jean Calvin lui-même, au nom de « la parole de Dieu », condamna Michel Servet aux flammes. L’assassin d’Henri III de France n’est presque pas dénoncé par les divins des mains des catholiques. Son nom fut introduit dans les litanies de l’église, [?] son portrait fut exhibé sur les autels, et son livre forfait fut assimilé aux sacres mystères de la religion. Le maire de Jacques Clément, l’assassin, vint à Paris demander une récompense pour le crime de son fils, et les prêtres organisèrent une souscription en sa faveur, et la portèrent en procession comme la femme bénie qui avait donné le jour à l’assassin d’un roi qui favorisait les hérétiques… Cf. Esprit de la ligne, Estoile, volume III, page 94 ; aussi Jules Simon, la liberté de conscience, pages 86, 87. — On pourrait aisément fournir bien des exemples similaires, pour montrer que la Révélation, loin de protéger les hommes, leur a souvent rendu plus violentes. Tout les supposés enseignements de l’ancien Testament cités ici commis avec la formule : « Et le Seigneur parla à Moïse, disant, etc. »

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des plus nobles esprits du monde n’ont jamais rien su d’aucune Révélation. (1)

  1. Demande. — Y eut-il toujours une Révélation dans le monde ? Réponse. — Non. On croit que la première fut donnée il y a quelque cinq mille ans.

  2. Demande. — N’existait-il pas de moralité dans le monde avant cette date ? Réponse. — Il en existait, sans aucun doute ; car des hommes, des sociétés et des nations vivaient bien avant cette époque.

  3. Demande. — La Révélation a-t-elle été donnée à chaque nation de la terre en particulier ? Réponse. — Non. La croyance générale (2) est que les Juifs ont été le seul peuple favorisé d’une Révélation.

  4. Demande. — Les Juifs étaient-ils donc le seul peuple moral dans le monde ? Réponse. — En aucune manière ; les Grecs qui n’avaient pas de Révélation étaient le peuple le plus avancé de l’antiquité.

  5. Demande. — Que signifie ce fait ? Réponse. — Que la moralité est indépendante d’une Révélation.

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(1) Socrate, Phocion, Epaminondas, Épictète, Marc-Aurèle et bien d’autres sages du monde païen. De Chilon, un des sept sages de la Grèce, on raconte qu’il réunit ses amis auprès de son lit de mort et leur déclara que dans sa longue vie il ne pouvait se rappeler qu’une seule action qui attristât son heure dernière. C’était d’avoir, par un défaut momentané de vigilance, permis à l’amitié d’obscurcir sa notion de la justice. (2) Des chrétiens. — Note du traducteur.

  1. Demande. — Est-il bon d’enseigner que toute moralité est impossible sans une Révélation ? Réponse. — Ce n’est pas bien ; d’abord parce que ce n’est pas vrai et, en second lieu, parce que les gens en perdant leur foi dans la Révélation perdraient aussi leur foi dans le Bien.

  2. Demande. — Comment pouvons-nous rendre durable notre foi dans le Bien ? Réponse. — En aimant et en pratiquant le Bien pour lui-même.

  3. Demande. — Quels sont les autres motifs pour se bien conduire ? Réponse. — Les plus forts sont ceux qui proviennent d’une exigeante estime de soi, puis l’impulsion altruiste (1) et le sentiment du devoir.

  4. Demande. — Que veut dire le « sentiment du devoir » ? Réponse. — Le sentiment que nous devons faire les actions qui rendent la vie plus intense ou la font belle, et nous retenir de faire celles qui amènent à leur suite la honte, la misère et le mal.

  5. Demande. — Est-il toujours agréable de faire notre devoir ? Réponse. — Les vieilles religions enseignent que le devoir est « une croix » et que pour être bons il faut nous sacrifier.

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(1) Pour nous respecter nous-même, nous devons respecter l’humanité dont nous sommes une partie.

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  1. Demande. — Quelle est la conséquence d’un tel enseignement ? Réponse. — Que les hommes ont peur de vivre en gens de bien et que leur esprit associe une telle vie à des idées de tristesse et d’oppression.

  2. Demande. — Quoi encore ? Réponse. — Que cet enseignement fait croire que seuls les méchants peuvent être heureux dans ce monde.

  3. Demande. — Quelle est la conception juste du devoir ? Réponse. — Que ce n’est pas « une croix » ou un sacrifice de soi, mais harmonie, beauté et joie. Nous nous sacrifions et nous faisons de notre vie « une croix » quand nous désobéissons aux lois (1) du corps et de l’esprit.

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(1) Pour une définition de la loi, voir au dernier chapitre.

  1. Demande. — Des révélations que vous avez citées, laquelle a exercé la plus grande influence dans le monde ? Réponse. — Sans aucun doute, la révélation chrétienne.

Réponse. — Elle a contribué à constituer l’histoire des nations de premier ordre qui existent dans le monde.

  1. Demande. — Cette influence a-t-elle été bonne ou mauvaise ? Réponse. — Elle a été bonne et mauvaise.

  2. Demande. — Où trouve-t-on la révélation chrétienne ? Réponse. — Dans un livre appelé la Sainte Bible et consistant dans l’ancien et le nouveau Testaments.

  3. Demande. — Faites-moi connaître votre documentation la plus exacte au sujet de cette Sainte Bible. Réponse. — C’est une collection de soixante-six livres écrits par divers auteurs, à diverses époques, en divers langages et en divers pays du monde.

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  1. Demande. — Comment se fait-il alors que nous les ayons tous en un seul volume ? Réponse. — Ils ont été réunis graduellement en un seul volume par des synodes et conciles religieux.

  2. Demande. — Quels sont les plus anciens livres de la Bible ? Réponse. — Ceux qui sont contenus dans l’ancien Testament, au nombre de trente-neuf environ.

  3. Demande. — De quoi ces livres traitent-ils ? Réponse. — De l’origine et des progrès du peuple juif, de ses lois et coutumes, de ses guerres et persécutions.

  4. Demande. — Ce récit diffère-t-il en rien de l’histoire d’aucun autre peuple primitif ?

  5. Demande. — Y trouvons-nous une seule vérité intellectuelle ou morale de première main ? Réponse. — Non. La Vérité ou le Savoir se conquièrent. Ils ne sont fournis par aucune Révélation.

  6. Demande. — Alors pourquoi regarder l’histoire des Juifs comme la « parole de Dieu » ? Réponse. — Il n’existe absolument aucune raison pour attribuer cette qualité à l’histoire d’aucun peuple, ancien ou nouveau.

  7. Demande. — Combien de livres sont compris dans le nouveau Testament ? Réponse. — Vingt-sept — quatre Évangiles, un recueil d’Actes des apôtres, vingt et une Épîtres, et une rêverie ou vision appelée l’Apocalypse de saint Jean.

  8. Demande. — Le Nouveau Testament a-t-il toujours contenu le même nombre de livres ? Réponse. — Non. C’est seulement cent cinquante ans après la mort de Jésus qu’une collection d’écrits a été reconnue comme la nouvelle Alliance. — Le mot « testament » est probablement une traduction erronée de ce mot.

  9. Demande. — La « révélation » n’a donc pas été enregistrée à l’époque où elle a été donnée aux hommes ?

  10. Demande. — Ni par les hommes qui l’ont reçue ? Réponse. — Non. À l’exception des quatre épîtres de Paul et d’une de Jacques nous ne possédons absolument aucune connaissance certaine quant à l’attribution des autres livres du nouveau Testament.

  11. Demande. — Alors comment expliquez-vous ces titres d’« Évangile selon Matthieu », « selon Luc », « selon Marc », etc. ? Réponse. — Ces titres représentent les opinions des éditeurs ou traducteurs. Il est très probable que quelque compilateur a choisi dans une quantité d’anecdotes mémorables — memorabilia — celles qui se rapportaient à Jésus, et les a publiées sous le nom d’un apôtre pour donner à son œuvre une plus grande autorité. Le mot « selon » en tête de chaque évangile prête de la vraisemblance à cette théorie.

  12. Demande. — Pourquoi les Apôtres n’ont-ils pas écrit eux-mêmes ? Réponse. — Ils n’en voyaient pas l’utilité, car ils

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étaient persuadés que le monde allait finir de leur temps.

  1. Demande. — De quelle époque est la tentative la plus ancienne faite en vue de rédiger les enseignements de Jésus ? Réponse. — Du temps de la destruction du temple de Jérusalem par les Romains, en l’année 70 de l’ère chrétienne.

  2. Demande. — Quel effet la destruction de Jérusalem produisit-elle sur les sectateurs du Christ ? Réponse. — Elle mit fin à leur espoir dans le retour immédiat du Messie.

  3. Demande. — Les quatre Évangiles sont-ils les seules biographies du Christ qu’on ait jamais connues ? Réponse. — Non, il y en eut bien d’autres. (1)

  4. Demande. — Pourquoi tous ces évangiles ne sont-ils pas dans la Bible ? Réponse. — Ils en sont exclus comme apocryphes. (2)

  5. Demande. — Qu’est-ce qu’un évangile apocryphe ? Réponse. — C’est un évangile qui n’a pas recueilli un nombre de suffrages suffisant dans les conciles ecclésiastiques pour être considéré comme inspiré.

  6. Demande. — Ces évangiles « apocryphes » ont-ils toujours été exclus du nouveau Testament ?

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(1) L’Évangile de l’Enfance, l’Évangile de Nicodème, ceux de Hermas, de Jacques le Mineur, de Thomas l’Israélite ; l’Évangile de la Nativité de Marie et de l’Enfance de Jésus, et les Évangiles attribués à Jésus-Christ, à la Vierge et aux Apôtres. (2) De deux mots grecs signifiant « dissimulé, caché ».

Réponse. — Non. Le « Berger d’Hermas » et d’autres, probablement, y furent compris à une certaine époque.

  1. Demande. — En quelle langue furent écrits les livres de la Bible ? Réponse. — En hébreu, en grec, et peut-être aussi en araméen.

  2. Demande. — Possède-t-on les manuscrits originaux sur lesquels la Bible actuelle aurait été traduite ? Réponse. — Ils n’existent plus.

  3. Demande. — Comment savons-nous alors si notre traduction est exacte ? Réponse. — Nous n’avons aucun moyen de le savoir, puisque nous ne pouvons comparer la traduction à l’original. (1)

  4. Demande. — Si les manuscrits originaux sont perdus, qu’a-t-on traduit dans les langues modernes ? Réponse. — Les copies supposées des originaux disparus.

  5. Demande. — Savons-nous si ces copies sont dignes de confiance ?

  6. Demande. — Quand ces copies ont-elles été produites ? Réponse. — Peut-être quelques centaines d’années après que les originaux eurent été perdus.

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(1) Denis, de Corinthe, au deuxième siècle, — an 170 de l’ère chrétienne, — se plaignait que « les écritures du Seigneur étaient falsifiées ».

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  1. Demande. — Combien existe-t-il de ces « copies ? » Réponse. — Un très grand nombre.

  2. Demande. — Sont-elles toujours d’accord entre elles ? Réponse. — Nous savons qu’elles ne le sont pas.

  3. Demande. — Comment les traducteurs surmontèrent-ils les difficultés que présentaient ces nombreuses variantes contradictoires ? Réponse. — En votant finalement pour décider ce qui serait accepté et rejeté.

  4. Demande. — Si les manuscrits originaux sont perdus, comment expliquez-vous les mots « traduction de l’original grec » qui figurent à la page de couverture du Nouveau Testament ? Réponse. — Les reviseurs ont fini par supprimer ce mot, ne pensant pas qu’il était honnête de le conserver plus longtemps à cette place.

Le canon de la Bible

  1. Demande. — Qu’entend-on par le « canon » de la Bible ? Réponse. — « Canon » est un mot grec qui signifie « règle » et qui sert à désigner la collection ou catalogue des livres que les conciles ecclésiastiques ont déclaré être d’autorité divine dans les questions de foi et de pratique religieuse.

  2. Demande. — Le « canon » de la Bible est-il demeuré le même depuis l’origine ? Réponse. — Non. Les premiers chrétiens, étant pour la plupart juifs, ne considéraient que l’Ancien Testament comme la parole autorisée de Dieu. (1)

  3. Demande. — Que disent à ce sujet les pères apostoliques ? (2) Réponse. — Nous inférons de leurs écrits qu’ils n’at-

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(1) Après l’Ancien Testament, la tradition était la principale source de savoir dans l’Église primitive. (2) Hermas, Barnabias, Papias, Polycarpe, Ignace, Justin et Clément ne font presque aucune citation expresse du Nouveau Testa-

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tribuaient pas au Nouveau Testament une autorité égale à celle de l’Ancien.

  1. Demande. — À quelle époque le Nouveau Testament vint-il à être placé au même niveau que l’Ancien ? Réponse. — Le schisme entre les chrétiens Juifs et Gentils donna naissance à l’idée d’une Église Catholique (1) possédant autorité pour décider de toutes les matières relatives à la doctrine et à la pratique religieuse. Pour réaliser cette idée il était nécessaire d’avoir une « parole de Dieu » généralement acceptée. Le besoin créa l’organe à temps et le résultat fut le « canon » du nouveau testament.

  2. Demande. — À quelle époque se place la plus ancienne référence à un tel « canon » ? Réponse. — Dans la dernière partie du second siècle. (2)

  3. Demande. — Quels étaient les livres contenus dans les plus anciens « canons » ? Réponse. — Les pères de l’Église Justin, Tertullien, Irénée, Origène (3) et bien d’autres en donnent chacun une liste différente.

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ment et appliquent l’appellation de « les Écritures » à l’ancien Testament seulement. — Cf. Davidson, Introduction, etc. — Hégésippe, qui écrit en l’an 180 après Jésus-Christ, ne fait appel qu’à « l’Ancien Testament et au Seigneur » comme à la source de toute autorité. (1) « La formation d’une Église Catholique et celle d’un canon furent simultanées. » — Davidson. (3) Origène parle de trois catégories d’Écritures : les authentiques, les inauthentiques et la classe intermédiaire. Dans celle-ci il rangeait l’épître de Jacques, celle de Jude, la deuxième de Pierre et la troisième de Jean, qui sont dans la Bible actuelle.

  1. Demande. — Qu’était le canon de Muratori ? Réponse. — Il a paru vers l’an 170 après Jésus-Christ et ne contenait pas l’épître de Paul aux Hébreux, ni celles de Pierre, ni la première de Jean, ni celle de Jacques.

  2. Demande. — Qu’était le canon de l’empereur Constantin ? Réponse. — Il a paru en l’an 352 après Jésus-Christ et contenait les mêmes livres qu’à présent moins l’Apocalypse.

  3. Demande. — Qu’était le « canon syrien » ? Réponse. — Il excluait la seconde épître de Pierre, la troisième de Jean, l’épître de Jude et l’Apocalypse.

  4. Demande. — Quels autres livres de la Bible ont été mis en question ? Réponse. — Les Épîtres de Paul, l’Épître de Jacques, le recueil des Actes des Apôtres ; et le livre de Job, (1) d’Esther, et d’autres, dans l’Ancien Testament.

  5. Demande. — Qu’était la Bible de Luther ? Réponse. — Luther ne considérait pas l’Apocalypse ni l’Épître de Jacques comme faisant partie de la parole de Dieu.

  6. Demande. — Quelle est la position des confessions modernes sur la question du « canon » ? Réponse. — L’article 6 des trente-neuf Articles de l’Église d’Angleterre est ainsi conçu : « Sous le nom

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(1) Luther rejetait le livre de Job comme n’étant rien autre qu’un « pur argumentum fabulae ».

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d’Écritures saintes nous comprenons tous les livres canoniques du Vieux et du Nouveau Testament dont l’autorité n’a jamais été mise en doute dans l’Église. » Mais ceci est à la fois obscur et trompeur, car il n’y a presque pas un seul livre dans le Nouveau Testament qui n’ait été mis en question dans l’Église. (1)

  1. Demande. — La Bible Catholique est-elle d’accord à tous les points de vue avec la Bible Protestante ? Réponse. — Non. La Bible Catholique contient soixante-douze livres « inspirés ».

Réponse. — Les Catholiques acceptent comme inspirés plusieurs livres que les Protestants rejettent comme apocryphes.

  1. Demande. — Comment l’Église Catholique traite-t-elle ceux qui nient l’inspiration de ces livres apocryphes ? Réponse. — Le Concile de Trente (2) les a frappés d’anathème.

  2. Demande. — Quand la Bible Catholique a-t-elle été traduite ? Réponse. — On assure qu’elle a été traduite par saint Jérôme au quatrième siècle.

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(1) La position des autres Églises Chrétiennes est à peu près la même. (2) Un des conciles infaillibles ; — voir l’Introduction à la Bible catholique, version de Douay.

  1. Demande. — Quel est le nom de cette traduction ? Réponse. — La Vulgate Latine. (1)

  2. Demande. — La Bible Catholique fut-elle jamais revisée ? Réponse. — Oui, par le pape Sixte Quint et par Clément VIII.

  3. Demande. — Quand a été faite la traduction protestante de la Bible actuellement en usage ? Réponse. — En 1611, sous le roi Jacques d’Angleterre.

  4. Demande. — A-t-elle été revisée depuis lors ? Réponse. — Oui, en 1880 une nouvelle traduction a été produite.

  5. Demande. — Diffère-t-elle aucunement de la version du Roi Jacques ? Réponse. — Elle en diffère certainement.

  6. Demande. — Les variations sont-elles importantes ? Réponse. — Quelques-unes sont très importantes.

Réponse. — Le verset septième du chapitre premier de Jean : « Car ils sont trois qui portent témoignage dans le ciel, — le Père, le Fils et le Saint-Esprit et ces trois sont un seul. » Ce verset, qui a été cité à l’appui de la doctrine de la Trinité, n’apparaît pas dans la nouvelle version.

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(1) Une version anglaise en a été faite en 1609.

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  1. Demande. — Quoi encore ? Réponse. — Les notes insérées dans la marge de la nouvelle version jettent le doute sur bien des passages qui étaient jusque-là acceptés comme d’une autorité indiscutable.

  2. Demande. — Donnez un exemple. Réponse. — Dans le dernier chapitre de l’Évangile selon Marc on trouve en marge une note ainsi conçue : « Les deux manuscrits grecs les plus anciens et d’autres autorités omettent les versets 9 et suivants jusqu’à la fin. » (1) Une autre note dit : « D’autres autorités donnent une fin différente à cet Évangile. »

  3. Demande. — Les versets manquants sont-ils importants ? Réponse. — Oui. Ils se rapportent à la résurrection et à l’ascension de Jésus et, par dessus tout, à la doctrine de la damnation éternelle.

  4. Demande. — Que doit-on inférer aussi de ces mots marginaux : « quelques autres autorités donnent une fin différente à cet Évangile » ? Réponse. — Que les traducteurs disposaient de plusieurs manuscrits parmi lesquels ils pouvaient choisir « la parole de Dieu ». (2)

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(1) Onze versets à omettre en tout. (2) La commission américaine n’ayant pu faire accepter ses observations par la commission anglaise, elle les publia en appendice à l’édition revisée… Parlant de l’auteur d’un des livres saints, Justin le martyr fait remarquer négligemment « un homme d’entre nous, nommé Jean, l’écrivit ». Et l’introduction de Luc à son évangile contient ces mots significatifs : « Pour autant que plusieurs ont entrepris d’avancer, etc…, il m’a semblé bon d’écrire aussi… » — Luc, chapitre I, versets 1-3. — Est-ce là le langage infaillible de l’inspiration ?

  1. Demande. — Ces traductions sont-elles les seules qui ont été faites ? Réponse. — Non. Bien des savants ont fait des traductions indépendantes, croyant que les versions autorisées étaient inexactes.

  2. Demande. — Les Catholiques et les Protestants regardent-ils la Bible du même point de vue ?

  3. Demande. — Expliquez la différence. Réponse. — Les catholiques croient que c’est l’Église qui donne à la « parole de Dieu » son autorité. (1)

  4. Demande. — Quelle est leur argumentation ? Réponse. — Ils citent saint Augustin qui confessa « qu’il y avait plus de choses qu’il ne comprenait pas, dans la Bible, que de choses qu’il comprenait ». Si un aussi grand docteur ne peut pas comprendre la « parole de Dieu » sans un interprète infaillible, disent les Catholiques, bien moins encore le peuvent des mortels ordinaires. (2)

  5. Demande. — Les catholiques permettent-ils l’interprétation individuelle de la Bible ?

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(1) « Nous catholiques… non seulement ne voudrions pas, mais simplement nous ne pourrions pas croire que la Bible est la parole inspirée de Dieu si nous n’avions pas pour elle l’autorité de l’Église. » — Révérend John Scully. (2) Catholic belief, chapitre VIII, par le Révérend Louis Saint-Lambert.

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  1. Demande. — Permettent-ils aux fidèles la lecture de la Bible ? Réponse. — Seulement avec l’approbation de leur évêque. (1)

  2. Demande. — Quelle est la doctrine protestante de la Bible ? Réponse. — Que c’est l’infaillible « parole de Dieu » que chacun doit lire et interpréter pour lui-même.

  3. Demande. — Comment un homme faillible peut-il interpréter la Bible infailliblement ? Réponse. — On prétend que l’Esprit Saint révèle le vrai sens des Écritures à tous les hommes.

  4. Demande. — Le saint Esprit révèle-t-il le même sens à tous les lecteurs ? Réponse. — Évidemment non, car il y a bien des interprétations contraires.

  5. Demande. — Tous les protestants sont-ils d’accord sur la question du baptême ? (2)

  6. Demande. — Ou sur la question de la Prédestination ?

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(1) « Pour protéger des fidèles contre l’erreur, il a été jugé nécessaire de défendre la lecture des Écritures en langues vulgaires sans la permission des guides spirituels. » — Bible Catholique, Préface. (2) « De quelle manière le lavage de bébés nouveau-nés » assure leur salut est encore un sujet de discussion dans les Eglises ; — voir les ouvrages de James Martineau.

  1. Demande. — Ou sur la Damnation éternelle ?

  2. Demande. — Ou sur la doctrine de l’Expiation ?

  3. Demande. — Ou sur la divinité de Jésus ? Réponse. — Non ; et cependant ils prétendent avoir une Révélation infaillible sur toutes ces matières disputées.

  4. Demande. — S’il n’y avait eu aucune Révélation infaillible sur ces questions, eût-il existé plus de divergences entre les Églises à leur sujet ? Réponse. — Ce n’est pas probable.

  5. Demande. — Quel secours pourrait concilier les sectes en désaccord ? Réponse. — Celui d’une nouvelle Révélation venant rendre claire la signification de l’ancienne.

  6. Demande. — Quelle est la principale objection contre un livre inspiré ? Réponse. — Il limite la possession de la vérité à un peuple ou à une race, et la recule au rang des antiquités.

  7. Demande. — Et encore ? Réponse. — Il rend inutiles toute nouvelle discussion et toute investigation ultérieure ; il donne à une secte ou à une Église le pouvoir de supprimer toute vérité nouvelle, et de persécuter tous ceux qui aident à élargir l’horizon de l’esprit.

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  1. Demande. — Quel est le témoignage de l’histoire à cet égard ? Réponse. — 1º Il est dit qu’Omar ordonna de réduire en cendres la bibliothèque d’Alexandrie, parce que le Coran contient tout ce qui vaut la peine d’être su. 2º Dans le même esprit, l’Église catholique, croyant que la Bible suffisait à tous les besoins humains, fit la guerre aux cultures grecque et romaine jusqu’à ce que toute trace en eût disparu en Europe pendant près de mille ans. 3º Dans les temps modernes, tous les hommes de science, tous les auteurs de découvertes ont été flétris comme infidèles, sinon persécutés à mort, pour avoir publié des conclusions qui diffèrent de celles qu’on tire de la « parole de Dieu ». (1)

  2. Demande. — Quelle conséquence découle de ces exemples ? Réponse. — Qu’un livre infaillible est un obstacle sur la route du progrès de l’humanité.

  3. Demande. — Quelle opinion a-t-on de la Bible aujourd’hui, en Europe et en Amérique ? Réponse. — En général on la considère comme la littérature de peuples primitifs et dénués de connaissances.

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(1) Martin Luther dénonça les astronomes en ces termes : « Des gens ont prêté l’oreille à un astrologue ambitieux qui s’efforce de démontrer que c’est la Terre qui tourne et non pas les cieux ni le firmament… Cet insensé veut renverser toute la science de l’astronomie. Mais l’histoire sainte nous enseigne que Josué a commandé au Soleil de s’arrêter et non pas à la Terre. » Quand l’imprimerie fut inventée, elle fut haïe par l’Église comme une magie noire, et un gouverneur de la Virginie disait : « Je remercie Dieu de ce qu’en ce temps-là il n’existait pas une presse à imprimer ni une école dans toute la Virginie pour y engendrer l’hérésie. »

  1. Demande. — Est-elle encore vénérée quelque part comme une autorité infaillible ? Réponse. — Uniquement parmi les personnes les moins instruites. (1)

  2. Demande. — Quel est l’usage convenable à faire de la Bible ? Réponse. — Accepter tout secours qu’on peut y trouver et rejeter le reste. (2)

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(1) « Il existe des personnes vulgaires et il faut qu’elles aient leur religion. » (James Martineau) — Mais ne laissons pas oublier qu’il existe aussi des hommes et des femmes cultivés, savants et raffinés, qui ont un droit égal à avoir une religion pour eux. — Voir les James Martineau’s Speeches, etc., page 433. (2) Quand l’Église était toute puissante, personne n’avait la permission de rejeter une partie quelconque de la Bible. Pour sanctionner les persécutions contre les savants et les philosophes, on citait les versets 18 et 19 du dernier chapitre de l’Apocalypse, qui menacent d’horribles fléaux tous ceux qui ajouteront ou retrancheront quelque chose à la Parole écrite. L’auteur d’un livre hérétique devait signer la rétractation suivante pour échapper au bûcher : « L’auteur a fait une soumission louable et réprouvé son livre. » (Auctor laudabiliter se subjecit et opus reprobavit.)

  1. Demande. — Dites-moi quelque chose des idées courantes au sujet de Dieu. Réponse. — La plupart des gens considèrent Dieu comme la Personne qui a créé le ciel et la terre et tout ce qu’ils contiennent.

  2. Demande. — Et encore ? Réponse. — Ils pensent qu’il sait tout, voit tout, possède tout et est partout.

  3. Demande. — Que pense-t-on de ses qualités ? Réponse. — Qu’il est juste et saint.

  4. Demande. — Quoi encore ? Réponse. — Qu’il est un Dieu d’amour.

  5. Demande. — L’a-t-on toujours considéré comme un Dieu d’amour ? Réponse. — Non. Dieu devient meilleur à mesure que l’homme améliore son intelligence et sa moralité.

  6. Demande. — Expliquez votre pensée. Réponse. — Le dieu des sauvages était un sauvage et un bandit ; le dieu de Job, chef arabe, était un des-

pote oriental ; le dieu des Juifs était un homme de guerre et de vengeance ; et le dieu de bien des chrétiens est un être qui punit les erreurs de cette courte vie par des tortures sans fin. (1)

  1. Demande. — Quelles sont les autres idées relatives à Dieu ? Réponse. — Qu’il prend un intérêt profond à ce que nous pensons, disons et faisons.

Réponse. — Pour nous récompenser de ce qui lui cause du plaisir et nous punir de ce qui l’offense.

  1. Demande. — Sous quel nom Dieu est-il connu ? Réponse. — Sous des noms différents, selon les pays. Les Grecs l’appelaient Zeus ; les Romains, Jupiter ; les Persans, Ormuz ; les Hindous, Brahma ; les Juifs et Chrétiens, Jéhovah ou Elohim ; les Mahométans, Allah.

  2. Demande. — Quels autres noms les hommes ont-ils donnés à Dieu ? Réponse. — « L’Être Suprême », « l’Infini », « la Cause première », « l’Âme suprême », « l’Énergie éternelle », « l’Univers », « la Nature », « l’Esprit », « l’Ordre », etc.

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(1) Bien que la croyance en des châtiments éternels soit encore professée par les chrétiens pratiquants, il est difficile de trouver une personne de nos jours qui agisse comme si elle croyait réellement à une doctrine aussi horrible. Abraham Lincoln disait que si cette doctrine était vraie, personne ne devrait prendre le temps de faire rien autre dans cette vie que de prier à genoux depuis le berceau jusqu’à la tombe.

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  1. Demande. — Mais quand les gens disent « Dieu », n’attachent-ils pas tous le même sens à ce mot ? Réponse. — Pas exactement, car les uns ont en vue une personne ; les autres, une idée, une loi ; ou la force inconnue ou inconnaissable qui trouve son expression dans le monde phénoménal ; pour d’autres, enfin, Dieu est « le tout » ou le Point de confluence des forces de la matière et de l’esprit. (1)

  2. Demande. — Les gens ont-ils toujours cru en un Dieu ? Réponse. — Sous une forme ou une autre, la majorité des gens a toujours cru à un dieu ou à des dieux.

  3. Demande. — A-t-il existé plus d’un dieu ? Réponse. — Dans l’opinion populaire, oui.

  4. Demande. — Comment nomme-t-on les gens qui croient en plus d’un dieu ? Réponse. — Des polythéistes ; tandis que ceux qui croient en un seul dieu s’appellent monothéistes.

  5. Demande. — Nommez quelques-uns des peuples polythéistes qui ont existé dans le monde. Réponse. — Les Égyptiens, les Hindous, les Grecs et les Romains.

  6. Demande. — Quels furent les peuples monothéistes ? Réponse. — Les Juifs, les Chrétiens (2) et les Mahométans.

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(1) Cf. au chapitre sur la Prière la discussion relative à la personnalité de Dieu. (2) Doit-on exclure les Chrétiens de cette liste à cause de leur croyance en la Trinité ?

  1. Demande. — Ces peuples ont-ils toujours cru en un seul Dieu ? Réponse. — Non. Le polythéisme a été la religion primitive de toutes les nations. (1)

  2. Demande. — Quels étaient les dieux des polythéistes ? Réponse. — Le soleil, la lune, les esprits invisibles, les ombres, les géants, les fées et les génies, les animaux, arbres, montagnes, rochers, les rivières, — tout, pour ainsi dire.

  3. Demande. — Comment savez-vous que ces objets étaient regardés comme des dieux ? Réponse. — Parce qu’on leur adressait des prières, on leur bâtissait des églises ou des temples, on façonnait des images et des idoles qui les représentaient, et on leur offrait des sacrifices.

  4. Demande. — Considérait-on tous ces dieux comme d’égale importance ? Réponse. — La minorité intelligente considérait ces dieux multiples comme les serviteurs ou les symboles du dieu unique qui les dominait tous.

  5. Demande. — Et les ignorants ? Réponse. — Ils croyaient que quelques-uns de ces dieux étaient plus puissants, plus obligeants, plus beaux et plus savants que d’autres.

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(1) La prétention que l’Unité de Dieu a été divinement révélée aux Juifs n’est pas justifiée par les faits. Les récits de l’Ancien Testament montrent clairement que les Juifs croyaient en d’autres dieux et que leur dieu était jaloux de ceux-là.

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  1. Demande. — Quelle est l’origine de la croyance en des dieux ? Réponse. — Cette question a donné lieu à plusieurs théories.

Réponse. — On rencontre d’abord celle-ci que l’ignorance a conduit les peuples primitifs, qui ressemblaient beaucoup à des enfants, à craindre ce qu’ils ne comprenaient pas, et à attribuer ce qu’ils craignaient à l’action d’êtres invisibles, constitués d’après le même modèle qu’eux-mêmes mais à une échelle beaucoup plus grande. Une seconde théorie est que le sentiment de la faiblesse des hommes et de leur sujétion est responsable de la croyance dans des êtres plus puissants qu’eux-mêmes. En troisième lieu, d’après une autre théorie, l’homme, qui est un être sociable par sa nature, sent la nécessité d’entrer en relation avec les forces invisibles qui l’entourent, et c’est dans ce but qu’il les personnifie. Enfin la quatrième théorie est que la mort est la cause principale de la croyance dans des dieux.

  1. Demande. — De quelle manière ? Réponse. — Il est dit que si nous pouvions vivre sur cette terre pour toujours, nous passerions notre chemin sans imaginer l’existence d’êtres surnaturels. C’est la certitude que nous mourrons qui nous fait croire à une autre vie, et à des êtres qui gouvernent la vie et la mort. Les animaux n’ont pas de dieux parce qu’ils n’ont pas connaissance de leur mortalité.

  2. Demande. — Le nombre des dieux est-il en croissance ? Réponse. — Il est en décroissance.

Réponse. — À mesure que les hommes avancent en connaissance et en puissance ils se sentent de plus en plus capables de prendre soin d’eux-mêmes.

  1. Demande. — Les peuples instruits ont-ils moins de dieux que les peuples ignorants ? Réponse. — Oui. La croyance en plusieurs dieux ne persiste que dans les pays les moins civilisés.

  2. Demande. — Et la croyance en un seul dieu ? Réponse. — Elle est encore très répandue.

  3. Demande. — Existe-t-il des gens qui ne croient pas en un dieu ?

  4. Demande. — Pourquoi n’y croient-ils pas ? Réponse. — Ils disent qu’un être tel qu’il est conçu par la croyance populaire est en dehors de la sphère de notre connaissance.

  5. Demande. — L’existence d’un dieu ne peut-elle être démontrée ? Réponse. — Certains pensent qu’elle peut l’être et d’autres qu’elle ne le peut pas. (1)

  6. Demande. — Présentez quelques-uns des principaux arguments pour l’existence de Dieu ? Réponse. — Le premier est basé sur la loi de causalité.

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(1) Consulter la Critique de Kant, l’Idée de Dieu dans la critique contemporaine, de Caro, et l’Irréligion de l’avenir, de Guyau.

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  1. Demande. — Qu’est-ce que cela ? Réponse. — Tout effet ou être doit avoir une cause. L’univers est un être, donc l’univers a une cause qui est Dieu.

  2. Demande. — N’est-ce pas un argument très fort ? Réponse. — Il est très fort, mais il n’est pas décisif.

  3. Demande. — Pourquoi pas ? Réponse. — Si tout être doit avoir une cause, Dieu, qui est un être, doit avoir une cause aussi.

  4. Demande. — Mais Dieu ne pourrait-il exister de toute éternité ? Réponse. — S’il pouvait exister sans cause, alors l’argument qu’il n’y a pas d’être sans cause devient sans valeur.

  5. Demande. — Et encore ? Réponse. — Si Dieu a pu exister depuis le commencement sans cause, l’univers a pu exister de même.

  6. Demande. — Qu’adviendrait-il si nous admettions que Dieu aussi a eu une cause ? Réponse. — Alors nous demanderions à connaître la cause de cette cause, construisant une chaîne éternelle sans commencement ni fin. (1)

  7. Demande. — Quel est l’argument suivant ? Réponse. — L’argument de la perfection.

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(1) Voir le chapitre sur Kant dans l’Histoire de la philosophie, de George Henry Lewes.

Réponse. — Il est dit que, bien que nous soyons des êtres imparfaits, néanmoins nous portons dans nos esprits, comme dans un miroir, l’idée ou l’image d’un être parfait.

  1. Demande. — Quelle est la conclusion ? Réponse. — Que cette réflexion d’un être parfait dans le miroir de l’esprit prouve l’existence d’un tel être, qui est — Dieu. (1)

Réponse. — Si nous avons dans nos esprits l’image d’un être parfait, cet être doit aussi posséder l’existence, car, si elle lui manquait, il ne serait pas parfait.

  1. Demande. — Que s’ensuit-il ? Réponse. — Il s’ensuit que notre idée de Dieu prouve que Dieu existe, car s’il n’existait pas un tel être, nous n’aurions pas pu penser à lui comme existant.

  2. Demande. — Quelle est la valeur de cet argument ? Réponse. — Il n’est pas considéré comme aussi fort que le précédent.

Réponse. — La perfection est une qualité, l’existence est une condition et l’argument confond l’une avec l’autre. Nous pouvons avoir dans nos esprits par exemple l’image ou le rêve d’une cité parfaite cachée

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(1) Ceci est le célèbre argument de Descartes, qui, avec de légères modifications, a été présenté aussi par Malebranche, Leibnitz, Reid, et bien d’autres.

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dans le sein de l’Océan ou flottant dans les nuages, sans qu’il existe aucune cité de ce genre pour correspondre au tableau qui est dans notre esprit.

  1. Demande. — Donnez un autre exemple. Réponse. — Pendant bien des siècles on a nourri l’idée que la Terre était plate, cependant cette idée logée dans les esprits de ce temps-là n’était pas la réflexion de la Terre, car une Terre plate n’a jamais existé.

  2. Demande. — Les êtres parfaitement bons ou parfaitement mauvais n’existent-ils que dans nos esprits ?

  3. Demande. — Quel est l’argument suivant ? Réponse. — On l’appelle l’argument du plan de l’univers. (1)

  4. Demande. — Qu’est-ce là ? Réponse. — De même qu’une montre dont les mécanismes sont combinés pour sonner l’heure prouve indubitablement l’existence d’un horloger, le monde, par ses rouages plus merveilleux encore, prouve l’existence d’un organisateur.

  5. Demande. — Quelle est la valeur de cet argument ? Réponse. — Une montre et l’univers ne sont pas comparables. Il n’est pas aussi facile d’être d’accord sur le but en vue duquel le monde fut fait que de dire pourquoi une montre a été faite.

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(1) Paley et l’évêque Butler ont été les grands avocats de cet argument.

  1. Demande. — Ne reconnaît-on pas un plan dans la nature avec autant d’évidence que dans une montre ? Réponse. — Si cela était, il n’y aurait pas de mystères et nous saurions toutes choses.

  2. Demande. — Voulez-vous dire que nous ne comprenons pas le monde aussi clairement que nous comprenons une montre ? Réponse. — Oui, et que par conséquent nous ne pouvons pas en donner une explication aussi satisfaisante que dans le cas de la montre.

  3. Demande. — Que peut-on dire encore contre cet argument ? Réponse. — Qu’une montre prouve seulement l’existence d’un horloger et non celle d’un être qui a créé les matériaux dont la montre est faite.

  4. Demande. — Et alors ? Réponse. — Même en admettant un confectionneur du monde nous aurions encore à prouver un créateur du monde.

  5. Demande. — En présence de ces difficultés, quelle doit être l’attitude convenable de l’esprit envers cette question ? Réponse. — Celle de l’investigation sincère. Nous ne devons être ni dogmatiques ni cavaliers mais continuer à chercher la lumière.

  6. Demande. — Quelle est la signification propre à donner au mot « Dieu » ? Réponse. — Il doit représenter les plus hauts idéals d’une nation. Tout bien en lequel nous croyons de tout

le monde sans Dieu

notre cœur et dont nous cherchons la possession avec toute notre volonté, celui-là est notre Dieu.

  1. Demande. — Doit-on conclure que les dieux de certaines personnes sont meilleurs et plus nobles que d’autres ? Réponse. — Sans aucun doute ; chaque homme est la mesure de son propre Idéal ou Dieu.

  2. Demande. — Expliquez-vous davantage. Réponse. — De même que nous voyons autant et aussi loin que le permet la structure de nos yeux, ainsi nous ne pouvons penser et désirer que d’après l’ouverture de notre esprit.

  3. Demande. — Qui alors a fait Dieu ? Réponse. — Chaque homme fait son propre Dieu. (1)

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(1) On peut aussi à bon droit parler de Dieu comme représentant la constitution de l’Univers ; cependant même alors elle ou il ne serait pour nous ni plus ni moins qu’une image dans notre esprit. C’est seulement avec un Dieu subjectif que nous pouvons avoir des relations quelconques.

  1. Demande. — Quel est l’âge de la Terre ? Réponse. — L’âge de la Terre se compte par millions d’années.

  2. Demande. — A-t-elle toujours été habitée ? Réponse. — Pendant longtemps la Terre a été trop chaude pour permettre la vie. (1)

  3. Demande. — Quelle est l’origine du monde ? Réponse. — Les savants nous disent que le monde fut jadis un nuage de feu errant dont l’excessive chaleur empêchait les molécules ou particules de se réunir.

  4. Demande. — Qu’est-il arrivé alors ? Réponse. — Dans le cours de longs siècles la chaleur diminua, permettant ainsi aux atomes de se condenser.

  5. Demande. — Quel fut le résultat de cette concentration d’atomes ? Réponse. — Le Soleil fut formé, vaste sphère de feu qui, dans ses mouvements de rotation et de révolution,

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(1) Cf. Clifford, Virchow on the Teachings of science ; Winwood Reade, Martyrdom of man.

lança des fragments qui devinrent des mondes. La Terre est un de ceux-là.

  1. Demande. — Comment la vie commença-t-elle sur la Terre? (1) Réponse. — A mesure que la Terre, — qui est comme une bulle au milieu d’un Niagara de mondes, — devint plus froide, elle se rétrécit et se contracta, et se sépara en terre et en eau.

  2. Demande. — Et alors? Réponse. — Au cours de ce refroidissement, l’atmosphère épaisse et fumeuse qui l’avait enveloppée jusqu’alors disparut, laissant les rayons du Soleil pénétrer jusqu’à elle.

  3. Demande. — Qu’arriva-t-il? Réponse. — « La Terre se peupla de jeunesse. » (2)

  4. Demande. — Sous quelle forme la vie apparut-elle d’abord? Réponse. — Sous la forme de taches qui flottaient à la surface des eaux et qui se multipliaient.

  5. Demande. — Comment appelle-t-on ces taches? Réponse. — En langage scientifique on les appelle des plantes embryonnaires.

  6. Demande. — Quelle fut la forme suivante de la vie? Réponse. — Il apparut alors d’autres taches qui vivaient aux dépens des premières; celles-ci possédaient

une organisation plus compliquée et on les appelle des animaux embryonnaires.

  1. Demande. — Ces taches vivantes étaient-elles les ancêtres de l’homme? Réponse. — Oui. L’histoire de notre race commence avec elles.

  2. Demande. — Êtes-vous certain de m’avoir exposé la véritable histoire de la Terre? Réponse. — Non. Ce n’est qu’une hypothèse ou supposition.

  3. Demande. — A-t-elle une valeur quelconque? Réponse. — Elle a une grande valeur, car ce n’est pas une supposition faite au hasard, mais le résultat des patientes recherches des plus grands savants du monde.

  4. Demande. — Comment s’appelle cette hypothèse? Réponse. — La théorie de l’évolution.

  5. Demande. — A-t-on proposé d’autres théories sur ce sujet? Réponse. — On a aussi proposé la théorie de la création.

  6. Demande. — Quelle est la plus ancienne? Réponse. — La légende de la création.

  7. Demande. — Qu’est-ce que cela? Réponse. — D’après cette théorie, les cieux et la Terre et tout ce qu’ils contiennent ont été créés dans l’espace de six jours, par « la parole de Dieu ».

  8. Demande. — Quelqu’un était-il présent quand Dieu a créé les cieux et la Terre? Réponse. — C’était impossible.

  9. Demande. — Sur l’autorité de qui, alors, est basée cette assertion? Réponse. — Sur l’autorité d’hommes qui n’étaient pas eux-mêmes témoins oculaires.

  10. Demande. — Pourquoi accepte-t-on leur parole? Réponse. — On prétend que Dieu leur a dit comment il a fait le monde.

  11. Demande. — Et comment le savons-nous? Réponse. — Ce sont ces hommes eux-mêmes qui le disent.

  12. Demande. — Attend-on que nous acceptions leur parole sur leur seule autorité? Réponse. — C’est la seule preuve qu’ils offrent.

  13. Demande. — La théorie de la création, par conséquent, est une supposition aussi?

  14. Demande. — Des deux laquelle devons-nous préférer? Réponse. — Celle qui se recommande aux esprits les plus éclairés et qui explique le mieux les faits connus.

  15. Demande. — En acceptant l’une ou l’autre théorie, acceptons-nous par cela même d’être enchaînés à elle pour toujours? Réponse. — Non! Nous nous réservons la liberté de la changer pour adopter une théorie meilleure si jamais nous pouvons le faire.

  16. Demande. — Quel est l’auteur de la théorie de l’Évolution? Réponse. — Charles Darwin est l’homme dont le nom, plus qu’aucun autre, est associé à la théorie de l’Évolution.

  17. Demande. — Quel est l’auteur de la légende de la création? Réponse. — Moïse est peut-être l’autorité qui est citée le plus souvent à ce sujet.

  18. Demande. — Veuillez comparer ces deux hommes. Réponse. — Darwin était un chercheur et un savant qui a passé toute sa vie à interroger la nature; Moïse n’était pas un savant, il n’a fait aucune recherche personnelle, et il a accepté les idées sur l’origine de la Terre qui étaient courantes dans ces temps reculés.

  19. Demande. — Comment distingue-t-on les idées de Darwin de celles de Moïse? Réponse. — Les idées de Darwin s’appellent science; celles de Moïse, théologie. (1)

  20. Demande. — Quel rang occupe Moïse par rapport aux savants modernes? Réponse. — Comme savant il n’occupe aucun rang.

  21. Demande. — Convient-il de signaler les erreurs d’un homme considéré comme infaillible? Réponse. — S’il commet des erreurs, oui.

(1) Moïse lui-même, en essayant d’expliquer le monde, a obéi à une impulsion scientifique, — son histoire de la création étant la meilleure solution qu’il pût imaginer. Mais la science de Moïse est devenue la théologie des Eglises.

  1. Demande. — A-t-on jamais employé une violence quelconque pour propager les idées de Darwin?

  2. Demande. — Et pour propager celles de Moïse? Réponse. — Oui. Des hommes ont été mis à mort par le fer et par le feu.

  3. Demande. — Lesquelles de ces idées ont pris le dessus aujourd’hui? Réponse. — Celles de Darwin.

  4. Demande. — Quelle est la signification de ce fait? Réponse. — Que l’erreur ne peut être maintenue par force, et qu’aucun miracle inscrit dans les calendriers ou dans les bibles du monde ne peut empêcher le triomphe de la vérité. (1)

(1) Le mahométanisme est aujourd’hui la religion de près de 200 millions d’hommes ; mais nous devons penser à l’effusion de sang, aux longues périodes de persécution, et aux grandes sommes d’argent qui ont été nécessaires pour perpétuer l’Islam. On peut en dire autant du christianisme ; il a coûté deux mille ans de guerre, de persécution, d’inquisition, et des océans de vies humaines et d’argent. Mais tournons nos yeux vers cet autre tableau : Il y a peu d’années, quelques savants, parmi lesquels au premier rang Charles Darwin, ont annoncé une nouvelle doctrine, — la doctrine d’Évolution, qui était aussi nouvelle, aussi radicale, aussi révolutionnaire que le mahométanisme et le christianisme, et cependant elle a surmonté l’opposition la plus déterminée et la plus fanatique, et elle est, à l’heure actuelle, acceptée et enseignée dans le monde entier. Et pourtant, pour achever ce stupéfiant triomphe, il a suffi d’un demi-siècle de temps, sans le moindre soupçon de persécution, sans seulement roussir un cheveu d’un seul être humain. Peut-on imaginer un plus grand hommage à la puissance de la vérité? Dans le cours de quelques années la science a établi un empire plus grand que ne l’ont pu faire toutes les Bibles du monde, malgré les mers de sang dont elles ont couvert la terre pendant des milliers d’années.

L’homme

  1. Demande. — Qu’est-ce que l’homme? (1) Réponse. — Un animal doué de raison.

  2. Demande. — A quelle époque remonte l’homme? Réponse. — A des centaines de mille ans en arrière.

  3. Demande. — Quels sont ses ancêtres?

  4. Demande. — Comment le savez-vous? Réponse. — Dans la composition, la structure, et les fonctions de ses organes, l’homme est exactement conforme aux animaux.

  5. Demande. — Veuillez spécifier quelques points de ressemblance entre l’homme et les animaux. Réponse. — L’homme n’a pas un muscle, pas un os et pas un organe dont le correspondant ne se retrouve chez les animaux.

    (1) Cf. Natural history of man de Pichard ; Man’s place in nature du professeur Huxley ; Descent of man de Charles Darwin ; Unité de l’espèce humaine, de Quatrefages, Paris, 1861 ; Early history of man, de Tylor ; Antiquity of man, de Lubbock. (2) La plus haute classe des vertébrés, — tous les animaux qui nourrissent leurs petits de leur lait.

  6. Demande. — Quoi encore? Réponse. — Ils sont composés des mêmes matériaux, possèdent les mêmes parties physiques, et sont sujets aux mêmes lois de vie et de mort.

  7. Demande. — L’homme diffère-t-il en rien des animaux? Réponse. — Intellectuellement et moralement l’homme est supérieur à tous les animaux.

  8. Demande. — En quelle autre manière diffèrent-ils? Réponse. — L’animal recherche seulement la satisfaction de ses appétits ; l’homme poursuit la réalisation de ses idéals.

  9. Demande. — Quoi encore? Réponse. — L’homme vit et travaille pour l’avenir, pour la postérité, pour ses semblables non encore nés ; l’animal ne montre aucun sentiment de l’avenir.

  10. Demande. — Quelle est la position de l’homme par rapport à l’animal? Réponse. — L’homme descend de l’animal ou plutôt s’est élevé hors de l’animalité. (1)

  11. Demande. — Quelle est la plus forte preuve que l’homme s’est élevé hors de l’animalité? Réponse. — Ce fait que l’embryon humain, avant la

(1) « L’abîme qui, grâce à l’ignorance de l’homme, a été jeté entre lui et le monde des animaux, cet abîme n’existe pas. » — Docteur G.-L. Duprat, professeur de l’Université de Lyon, France.

naissance, traverse des phases de développement où il a des ouïes comme un poisson, une queue, de longs orteils, un corps couvert de poils, et un cerveau pareil à celui du singe.

  1. Demande. — Quelle est la signification de ces faits? Réponse. — Que l’homme à travers sa longue histoire s’est élevé à travers toutes ces formes jusqu’à son état actuel.

  2. Demande. — Voulez-vous dire qu’il fut un temps où l’homme était un animal pareil à l’un de ceux qui nous sont connus aujourd’hui? Réponse. — Pendant bien, bien des années il a été pareil au singe, au gorille, au chimpanzé ou à l’orang-outang.

  3. Demande. — Il y a combien de temps de cela? Réponse. — Il est difficile de le dire, mais il s’agit probablement de centaines de mille ans.

  4. Demande. — L’homme n’a pas été créé séparément, alors? Réponse. — Non. Il s’est élevé lentement en partant des formes inférieures de la vie.

  5. Demande. — Y eut-il jamais un témoin oculaire de l’évolution d’un animal en homme? Réponse. — Non. La nature travaille en secret. Des animaux inférieurs à l’homme le passage s’est fait par des gradations douces, lentes, imperceptibles, comme une vue de projection se fond dans la suivante.

  6. Demande. — Cette croissance ou ce développements sont-ils limités à son corps? Réponse. — Son esprit ou sa raison sont juste autant que son corps les résultats d’une évolution.

  7. Demande. — Pourquoi tous les animaux ne se développent-ils pas de façon à devenir des hommes? Réponse. — Pour la même raison que toutes les tribus sauvages ne sont pas devenues des peuples civilisés.

  8. Demande. — Quelle est cette raison? Réponse. — Les conditions défavorables.

Réponse. — Le progrès résulte de la nécessité. Animaux et sauvages restent stationnaires aussi longtemps qu’ils peuvent se maintenir à l’aise. Ils n’inventent et ne développent de nouvelles ressources que quand ils sont forcés ou menacés par le danger et la mort.

  1. Demande. — Veuillez vous expliquer davantage. Réponse. — L’homme et les animaux sont l’expression des conditions dans lesquelles ils vivent. Quand celles-ci changent, hommes et animaux changent avec elles.

  2. Demande. — Quelle circonstance a contribué plus qu’aucune autre au développement de l’homme? Réponse. — La lutte pour la vie.

  3. Demande. — Existe-t-il d’autres opinions sur la genèse de l’homme? Réponse. — Oui. Un grand nombre de gens croient

encore qu’il fut créé par Dieu, d’une seule pièce et parfait, il y a quelque six mille ans. (1)

  1. Demande. — Que veut-on dire par « créé parfait »? Réponse. — Fait à l’image de Dieu.

  2. Demande. — Prétend-on qu’il fut un temps où l’homme était aussi parfait que Dieu? Réponse. — Je ne le pense pas.

  3. Demande. — Alors il était imparfait, par comparaison avec Dieu?

  4. Demande. — Pourquoi dit-on alors que l’homme fut créé parfait? Réponse. — J’imagine qu’on veut dire aussi parfait qu’un homme pût jamais espérer d’être.

  5. Demande. — Pourquoi n’est-il plus parfait maintenant? Réponse. — On raconte qu’il déchut de sa perfection par un acte de désobéissance contre son créateur.

  6. Demande. — Comment un homme parfait put-il commettre un crime? Réponse. — On dit que le créateur l’a permis pour sa propre gloire.

(1) L’Association américaine pour l’avancement des sciences, par un vote presque unanime, a déclaré « qu’Adam et Eve étaient des mythes ». — Procès-verbaux in extenso de l’Association, 29 août 1901. — Nonobstant l’unanimité des hommes de science sur ce point, à travers toute la terre, le clergé persiste à continuer le tralala de ses phrases creuses sur le premier homme, etc. Le clergé peut-il ignorer les faits et gestes des hommes de science?

  1. Demande. — Alors il a obéi à Dieu au lieu de lui désobéir? Réponse. — Oui, s’il a aidé à réaliser les éternels desseins de Dieu.

  2. Demande. — Quelles furent les conséquences de la chute de l’homme? Réponse. — Le péché, la souffrance et la mort pour toute l’humanité.

  3. Demande. — Le mal n’existait-il pas dans le monde avant la chute de l’homme? Réponse. — Il existait, d’après la science; et aussi d’après la Bible, puisqu’on dit que Satan a tenté Adam. (1)

  4. Demande. — Quelle est la croyance populaire au sujet de Satan? Réponse. — Qu’il est le grand ennemi de Dieu et de l’homme.

  5. Demande. — Quoi encore? Réponse. — Qu’il est aussi puissant pour le mal que Dieu pour le bien.

  6. Demande. — A quelle époque remonte le diable? Réponse. — Il est presque aussi vieux que Dieu dans la croyance populaire.

  7. Demande. — Comment peut s’expliquer la croyance en un diable? Réponse. — L’humanité, dans son enfance, en es-

(1) Comme Satan et l’Enfer existaient avant Adam, l’homme ne peut pas être rendu responsable de l’introduction du mal dans l’univers.

sayant de se rendre compte de l’existence de la lumière et des ténèbres, de la vie et de la mort, de l’amour et de la haine, a accepté la solution la plus simple, celle qui supposait l’existence de deux êtres, l’un bon et l’autre méchant, gouvernant le monde.

  1. Demande. — Le diable est-il aussi savant que Dieu? Réponse. — Non, mais il passe pour être très rusé.

  2. Demande. — Quel serait le but de son existence? Réponse. — De tenter et de ruiner les hommes, et de gâter l’ouvrage de Dieu.

  3. Demande. — Qui est responsable de son existence? Réponse. — La croyance commune est qu’il fut jadis comme le premier homme un être parfait, un archange, qui désirant être dieu lui-même, fut mis à la porte du ciel.

  4. Demande. — Pourquoi Dieu ne détruit-il pas le diable? Réponse. — Pour la même raison qui l’aurait décidé à permettre la chute de l’homme.

  5. Demande. — Quelle est-elle? Réponse. — Sa propre gloire.

  6. Demande. — Existera-t-il toujours un diable et un enfer? Réponse. — D’après beaucoup de personnes, oui.

  7. Demande. — Pourquoi les gens croient-ils à de telles histoires sur le diable, etc…? Réponse. — Parce que leurs père et mère y ont cru.

  8. Demande. — Que pensez-vous de telles croyances? Réponse. — Les opinions et les croyances des gens sur des sujets qu’ils n’ont pas étudiés attentivement sont de peu de valeur.

  9. Demande. — Quels sont les effets de la croyance au diable? Réponse. — Elle rend les hommes superstitieux, mélancoliques, poltrons et cruels.

  10. Demande. — Comment peut-on déraciner la croyance en un diable? Réponse. — En éclairant les esprits.

  11. Demande. — Que devons-nous redouter par dessus tout au monde?

Réponse. — Parce qu’elle paralyse à la fois notre esprit et notre corps, et par là nous retire la capacité de nous défendre nous-mêmes ; et quand nous ne pouvons nous défendre nous-mêmes, nous devenons le jouet des fantômes de la politique et de la religion.

  1. Demande. — Quelle est la croyance dominante relativement à Jésus? Réponse. — Qu’il était un Dieu et un fils de Dieu.

  2. Demande. — Quoi encore? Réponse. — Qu’il était aussi un homme comme nous-mêmes.

  3. Demande. — Était-il donc à la fois dieu et homme? Réponse. — Telle est bien la croyance populaire.

  4. Demande. — Quelles sont les preuves de sa divinité? Réponse. — Il est dit qu’il fut conçu du Saint Esprit ; qu’il était sans péché ; qu’il faisait des miracles, et qu’il se proclamait lui-même l’égal de Dieu.

  5. Demande. — Quelle est la valeur de ces assertions? Réponse. — On ne peut les admettre comme certaines.

  6. Demande. — Pourquoi pas? Réponse. — En ce qui concerne l’Immaculée Conception, nous pouvons dire que de Jésus en tant que « miracle » nous ne pouvons avoir aucune opinion, quelle qu’elle soit.

  7. Demande. — Mais pourrait-on empêcher les gens de croire à sa naissance miraculeuse? Réponse. — Non ; parce que les gens forment généralement leur croyance sans s’inquiéter aucunement de l’évidence.

  8. Demande. — Comment appelle-t-on une telle croyance?

  9. Demande. — Comment les gens instruits diffèrent-ils du vulgaire à cet égard? Réponse. — Ils proportionnent leur croyance à l’évidence.

  10. Demande. — Qu’y a-t-il à dire des miracles de Jésus? Réponse. — Comme nous n’avons vu par nous-mêmes aucun de ces miracles, ils ne peuvent avoir le même poids pour nous que pour ceux qui en ont été censément les témoins oculaires.

  11. Demande. — Continuez votre argument. Réponse. — Et comme un petit nombre seulement parmi ceux qui ont vu les miracles les ont considérés comme probants, — car beaucoup hésitaient et demandaient plus de signes, — nous, qui ne les avons pas vus du tout, nous avons le droit de traiter l’élément mira-

culeux dans la vie de Jésus comme nous le traitons dans les vies de Buddha, de Moïse et de Mahomet.

  1. Demande. — Expliquez-vous davantage. Réponse. — Sans entrer dans la discussion des miracles en général, on peut dire que, en tant qu’ils sont un appel aux sens de ceux qui peuvent avoir été présents, il reste à établir, en premier lieu, que leurs sens ne les ont pas trompés, et en second lieu que leur témoignage est infaillible, avant que nous puissions les accepter comme des témoins.

  2. Demande. — Nous n’avons, par conséquent, que des affirmations humaines relativement aux miracles faits par Jésus?

  3. Demande. — Si un homme, affirmant être dieu, ressuscitait les morts en notre présence, cela prouverait-il la vérité de son assertion?

Réponse. — Parce que, même s’il créait en plus un nouveau monde en notre présence, il ferait seulement un certain nombre de choses que nous ne pourrions faire nous-mêmes. Parce qu’un homme peut ressusciter les morts, etc., il n’en suit pas qu’il puisse faire n’importe quoi. (1)

(1) Voir le chapitre I, Raison et Révélation. Une règle sûre en ces matières est de toujours préférer le moins merveilleux au plus merveilleux : il est plus probable que les hommes qui ont rapporté les miracles de Jésus se sont trompés, comme on l’admet pour ceux qui ont rapporté les miracles de Mahomet, qu’il n’est probable que les morts, par exemple, se sont levés de leur tombeau.

  1. Demande. — Que faudrait-il qu’il fasse pour prouver qu’il est Dieu? Réponse.Tout. Mais dans la nature des choses, aucun homme ne peut donner des preuves qu’il peut tout faire.

  2. Demande. — Et par conséquent? Réponse. — Aucun homme ne peut prouver qu’il est un dieu.

  3. Demande. — Quel est le plus fort argument contre les miracles comme preuve de la divinité? Réponse. — Le fait que des miracles furent aussi pratiqués par le diable et ses agents. (1)

  4. Demande. — Jésus admettait-il que d’autres personnes que lui-même pouvaient faire des miracles? Réponse. — Oui, quand il dit : « Si je chasse les démons par Béelzébuth, par qui vos fils les chassent-ils? »

  5. Demande. — Fut-il jamais une religion qui n’ait pas revendiqué le pouvoir de faire des miracles? Réponse. — Nous n’en connaissons aucune.

  6. Demande. — Que peut-on dire de l’assertion que Jésus était sans péché? Réponse. — « Et le petit enfant croissait et se fortifiait en esprit », dit l’Évangéliste. Si Jésus devenait

(1) Des pouvoirs surnaturels sont attribués au diable et à ses anges dans toutes les écritures religieuses du monde : les Mages d’Egypte rivalisaient avec Moïse, et Simon le Magicien avec les Apôtres dans l’accomplissement des miracles.

meilleur en grandissant, il est impossible qu’il ait été parfait depuis sa naissance. (1)

  1. Demande. — Parlez maintenant de Jésus-homme. — Quand naquit-il et où? Réponse. — Il naquit en Palestine, il y a deux mille ans environ.

  2. Demande. — Les écrivains de cette époque parlent-ils de Jésus et de son œuvre? Réponse. — Il n’existe, à proprement parler, aucune mention importante de Jésus dans aucun écrit en dehors du Nouveau Testament. (2)

  3. Demande. — Que signifie ce silence? Réponse. — Ou bien qu’il n’était pas un personnage assez important pour qu’on le mentionnât, ou qu’il était complètement inconnu des auteurs.

  4. Demande. — Quelle est l’histoire que le Nouveau Testament raconte de lui? Réponse. — Qu’il fit nombre de bonnes et merveilleuses actions ; qu’il fut arrêté et jugé pour s’être appelé lui-même « Roi des Juifs » et « Fils de Dieu » ; qu’il fut condamné et crucifié et qu’il ressuscita d’entre les morts.

  5. Demande. — Quoi encore? Réponse. — Qu’il se montra à ses disciples après sa résurrection, et qu’il monta au ciel sur les nuées.

(1) Voir chapitre VIII. — Enseignements de Jésus. (2) Sénèque, Ovide, Epictète, Josèphe, Philon, Pline, Tacite, Juvénal et Quintilien vivaient à peu près à la même époque que Jésus et ses apôtres.

  1. Demande. — Combien de temps Jésus a-t-il vécu sur la terre? Réponse. — Entre trente-trois et cinquante ans d’après la tradition et les Évangiles. (1)

  2. Demande. — Sa carrière publique fut-elle longue? Réponse. — Non. Sa vie publique s’est étendue probablement sur un peu plus d’une année, bien que l’apôtre Jean semble lui assigner une durée de trois ans et demi.

  3. Demande. — Jésus avait-il une famille? Réponse. — Il n’était pas marié.

  4. Demande. — Avait-il des frères et des sœurs? Réponse. — Oui, il appartenait à une famille de nombreux enfants. (2)

  5. Demande. — Tous les membres de sa famille crurent-ils en lui? Réponse. — Non, pas tous.

  6. Demande. — Y eut-il des hommes avant ou depuis Jésus qui ont affirmé qu’ils venaient de Dieu et qu’ils faisaient des miracles? Réponse. — Il y en eut plusieurs. (3)

(1) Une tradition de l’Église primitive relatait que Jésus avait vécu jusqu’à près de cinquante ans. (2) « N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon? Ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous? » — Marc, VI, 3. (3) Plusieurs centaines d’années avant que Jésus fût né, Gautama, le Buddha, était adoré comme le Sans Péché. On racontait qu’il était né sans avoir eu de père, et qu’il faisait des miracles. Les mêmes choses ont été dites de Sérafis, d’Apollonius, et de bien d’autres. Les Chinois croient que Lao-Tseu, le fondateur d’une des religions de cet empire, est né à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, avec des cheveux gris, afin qu’il pût posséder la sagesse dès sa naissance.

  1. Demande. — Eurent-ils eux aussi leurs fidèles? Réponse. — Oui, et leurs temples et leurs autels, et ils les ont encore aujourd’hui.

  2. Demande. — Étaient-ils tous des imposteurs? Réponse. — Aucunement. La plupart croyaient sincèrement qu’ils étaient divinement choisis pour instruire ou pour diriger les peuples.

  3. Demande. — Leur sincérité rend-elle vraies toutes les choses qu’ils ont enseignées? Réponse. — Non. La sincérité ne peut pas faire que l’enveloppe du grain de blé devienne le grain lui-même.

  4. Demande. — Quels sentiments convient-il de garder vis-à-vis de ces anciens prophètes? Réponse. — Ceux de la reconnaissance de leurs services et d’une critique loyale de leurs erreurs.

Les enseignements de Jésus

  1. Demande. — Quelles étaient les idées de Jésus? Réponse. — A peu près celles des gens de son temps et de son pays.

Réponse. — C’était un Juif.

  1. Demande. — Quelle était la condition politique des Juifs à cette époque? Réponse. — Ils avaient été conquis par les Romains et étaient soumis à leur domination.

  2. Demande. — Était-ce la première fois que les Juifs avaient perdu leur liberté? Réponse. — Non. On peut dire qu’ils avaient passé la plus grande partie de leur existence dans l’esclavage et l’oppression, d’abord en Égypte, puis en Assyrie, et finalement sous les Perses et les Romains.

  3. Demande. — Quel était leur état intellectuel? Réponse. — En raison de la longue période d’oppression politique sous laquelle les Juifs vivaient, les arts,

les industries, les sciences, la littérature et la philosophie, étaient nécessairement négligés par eux.

  1. Demande. — Par quoi les Juifs se distinguaient-ils? Réponse. — Par leur religion.

  2. Demande. — Quel était le grand espoir que leur conservait cette religion? Réponse. — L’espoir d’un Messie, — un Christ, (1) — qui délivrerait les Juifs de la domination étrangère.

  3. Demande. — Qu’est-ce que Jésus enseigna touchant cet espoir national? Réponse. — Il s’offrit lui-même comme le Messie des Juifs.

  4. Demande. — Délivra-t-il les Juifs de leur joug étranger? Réponse. — Non. Les Juifs n’ont pas encore un gouvernement ni une patrie qui leur soit propre et ils continuent à être opprimés dans beaucoup de pays.

  5. Demande. — Espèrent-ils encore dans un « Christ »? Réponse. — La plupart d’entre eux l’attendent, mais ceux qui sont instruits ont abandonné l’espoir d’un Messie et ont sagement adopté comme leur le pays où ils vivent.

  6. Demande. — Quelles étaient les autres idées politiques de Jésus? Réponse. — Il croyait que tous les royaumes de la

(1) Le mot christ est Christos, un mot grec qui, — comme messiah en hébreu, — signifie « l’oint ».

terre appartenaient au diable, mais qu’un jour il serait lui-même reconnu comme le roi des rois. (1)

  1. Demande. — Quelle était son attitude vis-à-vis de César? Réponse. — Il reconnaissait son autorité et recommandait aux autres de faire de même.

  2. Demande. — Jésus a-t-il blâmé la guerre? Réponse. — Non ; du moins pas directement.

  3. Demande. — Ou l’esclavage? Réponse. — Il a gardé le silence sur ce point.

  4. Demande. — L’esclavage existait-il de son temps? Réponse. — L’esclavage de la pire espèce existait presque partout à cette époque.

  5. Demande. — Que dit-il au sujet de la paix et de la bienveillance? Réponse. — Qu’il n’est pas venu « pour apporter la paix, mais l’épée ».

  6. Demande. — Quoi encore? Réponse. — A ses disciples, il a dit : « Je vous donne ma paix. »

  7. Demande. — Tous ceux qui s’intitulent chrétiens ont-ils vécu en paix l’un avec l’autre? Réponse. — Non. Bien des fois ils se sont fait la guerre et se sont persécutés l’un l’autre.

(1) Voir la tentation de Jésus dans le désert.

  1. Demande. — Quels ont été les pires persécuteurs dans le monde? Réponse. — Sans aucun doute, ceux qui se sont intitulés chrétiens.

  2. Demande. — Les enseignements de Jésus doivent-ils en être rendus responsables?

Réponse. — Quand il dit que ceux qui ne croient pas en lui sont enfants du démon et seront damnés. (1)

  1. Demande. — Jésus souhaitait-il d’obliger les gens à croire en lui? Réponse. — Non. Mais s’ils ne croyaient pas, ils devaient être punis sévèrement.

  2. Demande. — Que firent ses sectateurs? Réponse. — Pour sauver les gens de cet affreux châtiment, ils les persécutèrent ou les obligèrent à devenir chrétiens.

(1) On trouvera ci-après quelques paroles de Jésus à ce sujet : — « Quant à mes ennemis qui n’ont pas voulu que je règnasse sur eux, amenez-les ici et faites-les mourir en ma présence. » (Luc, XIX, 27.) — « Et partout où l’on ne vous recevra pas, et où l’on n’écoutera pas vos paroles… je vous dis en vérité que Sodome et Gomorrhe seront traitées moins rigoureusement au jour du jugement que cette ville-là. » (Matthieu, X, 14.) — « Et celui qui ne croit pas sera damné. » (Marc, XVI, 10.) — « Retirez-vous de moi, maudits! et allez dans le feu éternel. » (Matthieu, XXV, 41.) — « Et s’il ne daigne pas écouter l’Eglise, regardez-le comme un païen et un péager. » (Matthieu, XVIII, 17.) — Lire aussi ce que Jésus aurait dit sur la branche qui doit être jetée au feu ; sur ceux qui refusent de le confesser devant les hommes ; et aussi les paroles : « Il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus », etc…

  1. Demande. — Définissez la persécution. Réponse. — C’est une tentative en vue de soutenir une opinion par la violence.

Réponse. — C’est un complot pour conquérir la raison sans l’éclairer. (1)

  1. Demande. — La persécution a-t-elle jamais aidé la vérité? Réponse. — Jamais. Elle a seulement causé beaucoup de souffrance et soumis les gens à la tentation de commettre un parjure par crainte.

  2. Demande. — Quelle leçon devons-nous tirer de là? Réponse. — Que la liberté et la fraternité valent mieux que la haine et la persécution. (2)

  3. Demande. — Jésus croyait-il à la liberté de conscience? Réponse. — Aucun fondateur religieux affirmant son autorité divine n’y a jamais cru.

  4. Demande. — De quels autres sujets Jésus parlait-il? Réponse. — Il parlait d’amour, de foi, de charité, de fraternité, de bonté, de justice, et d’oubli des injures.

(1) « La bouche d’où sortent de telles hérésies doit être fermée à coups de trique et non par des arguments. » — Extrait d’une lettre de saint Bernard au pape Innocent II. — Cf. Abélard, par de Rémusat et Jules Simon. — Voir aussi le chapitre sur les Credo. (2) Voir la conclusion au chapitre sur la Terre.

  1. Demande. — Quelle opinion a-t-on de ses enseignements sur ces sujets? Réponse. — Une très haute opinion.

  2. Demande. — Quelles furent quelques-unes des plus belles paroles de Jésus? Réponse. — Sa parabole du bon Samaritain ; l’enfant prodigue ; le souci du berger pour ses brebis perdues ; les vierges sages et les vierges folles ; le semeur qui sortit pour semer son grain ; la veuve et son denier ; et son miséricordieux appel à ceux qui sont fatigués et lourdement chargés, de venir à lui pour trouver le repos.

  3. Demande. — Quelle est la valeur de ces paroles de Jésus? Réponse. — Elles sont aussi exquises que des paroles humaines peuvent être.

  4. Demande. — Arriva-t-il jamais à Jésus de dire ou de faire des choses que nous aurions tort d’imiter? Réponse. — Oui. Dans un moment de colère et d’impatience, il a « maudit » ses ennemis et les a invectivés. (1) Il employa la force matérielle (2) contre les changeurs ; il méprisait les lois de l’hygiène et de la propreté, et il détruisait la propriété du prochain.

(1) Luther excusait souvent sa véhémence en citant l’exemple de Jésus : « Que pensez-vous du Christ… quand il appelait les Juifs une génération adultère et perverse, une race de vipères, d’hypocrites et des enfants du démon? Que pensez-vous de Paul, qui appelle les ennemis de l’Evangile des chiens et des séducteurs? » — Luther. Propos de table. (2) Voir l’histoire de son recours au fouet contre les marchands du Temple.

  1. Demande. — Donnez des détails. Réponse. — Dans ce temps-là, en Orient, les gens mangeaient avec leurs doigts, car on ne se servait ni de couteaux ni de fourchettes, et quand on demanda à Jésus pourquoi ses disciples ne se lavaient pas les mains avant de manger, il défendit cette habitude malpropre en disant que rien de ce qui entrait dans le corps venant du dehors ne pouvait causer de mal à personne. (1) C’est aussi la doctrine des Derviches, qui ne se lavent jamais.

  2. Demande. — Est-il vrai que rien de ce qui entre dans le corps venant du dehors ne peut nous causer de dommage? Réponse. — Non. Les germes de maladies, les gaz putrides, les nourritures toxiques ou les substances médicamenteuses, les liqueurs qui causent l’ivresse, etc. nous endommagent fréquemment à la fois l’esprit et le corps.

  3. Demande. — Quand Jésus détruisit-il des biens appartenant à son prochain? Réponse. — Quand il fit noyer un troupeau de deux mille pourceaux sans s’assurer au préalable le consentement de leur propriétaire. (2)

  4. Demande. — Personne serait-il autorisé aujourd’hui à faire ce que Jésus fit dans cette occasion? Réponse. — Nos lois punissent des actes comme celui-là.

(1) Nul doute que les moines et anachorètes du Moyen-Age qui cultivaient la malpropreté comme une vertu ne se rappelassent cette célèbre parole de Jésus.

  1. Demande. — Mais si Jésus était Dieu, n’a-t-il pas eu le droit de faire ce qu’il voulait? Réponse. — Si c’est la réponse, alors il est absurde que nous ayons une opinion quelconque en ce qui le concerne. Si Jésus pouvait faire tout ce qui lui plaisait, sans égard pour le bien ou le mal, tels que nous les comprenons, alors nous n’avons aucun étalon auquel nous puissions même juger qu’il était bon. Nous ne pouvons pas respecter ou aimer quelqu’un qui est purement une énigme.

  2. Demande. — Serait-il équitable de déduire de ce qui précède que Jésus était sévère et injuste? Réponse. — Non. Bien des passages de l’Écriture le décrivent comme le plus doux, le plus généreux et le plus fraternel des hommes, celui qui « allait faisant le bien ».

  3. Demande. — N’est-ce pas une contradiction? Réponse. — Non, si nous ne le regardons pas comme un Dieu, car dans tout homme il y a deux natures : la meilleure et l’autre. Les meilleurs des hommes ne sont pas toujours dans leur mieux ; ainsi de Jésus lui-même.

  4. Demande. — Est-il bien de découvrir les deux faces de la nature d’un homme? Réponse. — Il est nécessaire de le faire. Nous ne pouvons pas comprendre la nature humaine si nous ne comprenons pas aussi ses contradictions.

  5. Demande. — Que fut l’enseignement de Jésus touchant le mariage?

Réponse. — Il préférait le célibat (1) et recommandait l’exemple de ceux qui deviennent eunuques (2) pour l’amour du Royaume des cieux. (3)

  1. Demande. — Quel était l’enseignement de Jésus touchant l’avenir ou le « Royaume des cieux »? Réponse. — Il enseignait que l’autre monde était plus important que celui-ci et, au lieu de s’efforcer de substituer le bien à l’injustice dès lors et ici-bas, il conseillait la non-résistance au mal. (4)

  2. Demande. — Que disait-il à ceux qui pleuraient et souffraient, et qui étaient persécutés et dépouillés de leurs libertés et de leurs droits? Réponse. — Il leur disait de se réjouir et d’exulter de joie, car ils auraient leur dédommagement dans l’autre monde. (5)

(1) On peut voir par le passage suivant de quelle manière l’Église a interprété cet enseignement de Jésus : « Si quelqu’un dit que l’état de mariage doit être préféré à l’état de virginité ou de célibat, qu’il soit anathème… » (Canon du concile de Trente). (2) Dans l’un des évangiles apocryphes une femme demande à Jésus pendant combien de temps ce monde de péché durera. A quoi Jésus répond : « Aussi longtemps que vous, femmes, vous vous marierez et porterez des enfants. » Il est curieux des catholiques, qui croient au célibat des prêtres, font de saint Pierre, — un homme marié, — leur apôtre préféré, tandis que les protestants, qui croient au mariage, montrent une préférence marquée pour saint Paul, le célibataire. (4) « Et si quelqu’un t’ôte ton manteau, ne l’empêche point de prendre aussi l’habit de dessous. Donne à tout homme qui te demande. » (Luc, VI, 29-30.) — « Ne résiste pas au mal ; et à celui qui te frappe à une joue présente lui aussi l’autre. » (Luc, VI, 29.) (5) Matthieu, V, 12 ; et aussi : « Heureux ceux qui sont dans l’affliction, car ils seront consolés. » (Matthieu, V, 4.) — « Vous êtes bienheureux, pauvres, parce que le Royaume des cieux est à vous. Vous êtes

  1. Demande. — Quel serait l’effet d’un pareil enseignement? Réponse. — Pendant qu’il aiderait peut-être quelques personnes à supporter les maux de l’existence, il découragerait la généralité des hommes de tout effort en vue de redresser les torts qu’ils souffrent présentement.

  2. Demande. — Quel autre effet aurait-il encore? Réponse. — Il encouragerait les riches et les puissants à répondre au cri de justice des opprimés en leur conseillant de se satisfaire avec la récompense qui leur est promise dans l’autre monde.

  3. Demande. — Les pauvres ont-ils le droit de se plaindre de leur condition actuelle s’ils doivent en être dédommagés dans une vie future? Réponse. — Non ; car ils seraient assurés que justice leur sera rendue dans l’autre monde, et puisque leurs oppresseurs seraient sûrement punis là-bas, ils pourraient être laissés en paix ici-bas. (1)

  4. Demande. — Convient-il d’être content dans la pauvreté et l’oppression? Réponse. — Ce serait une trahison envers nos semblables d’encourager ces maux en nous y soumettant.

bienheureux vous qui avez faim maintenant, parce que vous serez rassasiés. Vous êtes bienheureux vous qui pleurez maintenant, parce que vous serez dans la joie. » (Luc, VI, 20-21.) — « Mais malheur à vous, riches, parce que vous avez déjà reçu votre consolation. » (Luc, VI, 24-25.) (1) Comparer à la parabole du blé et de l’ivraie qui grandissent ensemble jusqu’au jour de la moisson.

  1. Demande. — Est-ce une bénédiction d’être pauvre, faible et misérable? Réponse. — C’est un grand malheur.

  2. Demande. — Que devons-nous faire alors? Réponse. — Faire tout au monde pour améliorer notre condition, dès à présent et ici-bas.

  3. Demande. — Résumez les vues de Jésus au sujet de la justice. Réponse. — Ceux qui possèdent leur récompense maintenant, comme le Riche, par exemple, rouvriront les yeux en enfer ; tandis que ceux qui, comme Lazare, souffrent ici-bas, iront dans le sein d’Abraham. (1)

  4. Demande. — Jésus n’a-t-il pas blâmé ceux qui font le mal? Réponse. — Oui, il a parlé en termes d’une vertueuse indignation contre tous ceux qui, sachant le bien, préfèrent le mal.

  5. Demande. — Dans l’ensemble, l’influence de Jésus a-t-elle été bonne ou mauvaise? Réponse. — Ses paroles d’amour et de bonté ont parfumé les siècles, mais ses doctrines théologiques ont causé beaucoup de haine et d’effusion de sang.

  6. Demande. — Définissez le mot « église ». Réponse. — Il dérive du grec « ecclesia », qui veut dire assemblée ou congrégation.

  7. Demande. — Définissez cette idée. Réponse. — Au commencement l’Église fut d’abord une république de fidèles de la même foi, — une organisation en Esprit ; ensuite il s’éleva graduellement une séparation entre les clercs et les laïques. L’enseignement dans l’Église fut monopolisé par le prêtre et l’évêque, qui prétendirent aussi au pouvoir de sauver ou de damner les âmes pour l’éternité. République à l’origine, l’Église devint un corps hiérarchisé.

  8. Demande. — Quelles sont les plus anciennes Églises? Réponse. — Les églises Catholique, Grecque, Arménienne et Nestorienne ; et les églises modernes sont les églises Luthérienne, Épiscopalienne, Presbytérienne, Baptiste, Méthodiste, etc.

  9. Demande. — Existe-t-il d’autres Églises? Réponse. — Les églises libérales, — savoir l’église

Unitarienne, Universaliste, et Non-Sectarienne, — Unsectarian.

  1. Demande. — Fraternisent-elles entre elles? Réponse. — Oui, davantage aujourd’hui qu’autrefois. Les progrès des sciences ont arrêté toutes les persécutions de secte à secte qui ont jadis déshonoré l’humanité.

  2. Demande. — Coopèrent-elles quelquefois sur le terrain de la charité et de la réforme des âmes? Réponse. — Plus dans ce pays (1) que dans aucun autre, ce qui est un symptôme plein d’espoir, car il montre que l’esprit de tolérance gagne du terrain.

  3. Demande. — Quelles causes contribuent à cette évolution libérale? Réponse. — L’instruction et le commerce ; et aussi les efforts et les exemples d’hommes et de femmes courageux.

  4. Demande. — Quelle est l’Église Chrétienne la plus formidable aujourd’hui? Réponse. — L’Église Catholique.

  5. Demande. — Comment l’Église Catholique est-elle née? Réponse. — Elle fut organisée à peu près à l’époque où l’Empire romain a été converti au christianisme. L’empereur Constantin (2) fut le premier empereur chrétien et le protecteur de l’Église Catholique.

    (2) Cf. Jules Simon, la liberté de conscience, pages 32-35.

  6. Demande. — Quelle sorte d’homme était-ce? Réponse. — Il était à la fois cruel et faible. Parmi beaucoup d’autres crimes, il assassina sa femme et son fils ; néanmoins il a présidé, revêtu de ses vêtements impériaux, les conciles importants de l’Église. (1)

  7. Demande. — Quel effet produisit son impérial patronage sur l’Église primitive? Réponse. — Il rendit l’Église avide de richesses et d’influence, et le clergé ambitieux, intrigant, sectaire et intolérant.

  8. Demande. — Puis encore? Réponse. — C’est depuis lors que les prélats, pontifes et papes prétendent à une autorité universelle sur toutes choses, aussi bien temporelles que spirituelles.

  9. Demande. — L’Église Catholique devint-elle prospère? Réponse. — Elle devint avec le temps plus puissante que l’Empire romain.

  10. Demande. — Quel usage l’Église fit-elle de cette vaste puissance? Réponse. — Elle ajouta sans cesse à ses ressources pécuniaires et politiques, domina la conscience des peuples, mit à mort tous les hérétiques, et proclama

(1) Constantin, dans sa robe de soie brodée d’or, a présidé le concile de Nicée, réuni pour procéder contre l’hérésie d’Arius. Au concile de Chalcédoine, les prêtres présentèrent l’adresse suivante à l’empereur : « Vous avez établi la Foi, exterminé les hérétiques. Que le roi du ciel garde le roi de la terre, telle est la prière de l’Église et du clergé », etc.

que nul ne pouvait avoir Dieu pour père, à moins qu’il n’acceptât aussi l’Église pour mère. (1)

  1. Demande. — Quel est le verdict de l’histoire sur les persécutions de l’Église Catholique? Réponse. — Qu’elle a causé plus de souffrance inutile sur la terre qu’aucune autre institution. (2)

  2. Demande. — L’Église Catholique regrette-t-elle son passé? Réponse. — L’Église Catholique croit qu’elle ne peut jamais se tromper, et en conséquence elle n’a pas de regrets. (3)

  3. Demande. — Pourquoi ne persécute-t-elle plus aujourd’hui? Réponse. — L’État ne le permet pas.

(3) Cf. Jules Simon sur le massacre de la Saint-Barthélemy, Liberté de conscience, pages 43-84. Dans son Histoire de France, Henri Martin cite ces terribles mots d’un prêtre catholique en réponse aux soldats qui se plaignaient de ne pas reconnaître les catholiques des hérétiques : « Tuez, tuez tout », répondit le prêtre, « Dieu reconnaîtra les siens. » La joie de l’Europe catholique lors du massacre de la Saint-Barthélemy fut si grande que le Parlement français décida qu’une procession annuelle serait instituée à Paris pour commémorer le fait. Heureusement, cette mesure ne fut jamais exécutée. A Rome, toutefois, Grégoire XIII organisa une procession qui parcourut les rues en chantant et louant Dieu pour le massacre des hérétiques ; le même pape commanda aussi une fresque représentant les scènes de massacre de la nuit de la Saint-Barthélemy, et on peut la voir encore aujourd’hui à la Chapelle Sixtine. Dans un sermon prêché devant ce pape, quelques jours seulement après le massacre, Muret, le prédicateur, disait : « O nuit mémorable! La plus glorieuse de toutes les solennités de l’Église! Dans cette nuit les étoiles elles-mêmes ont lui plus brillantes », etc… Le sermon se terminait en déclarant que Charles IX, Catherine sa mère, et le Pape étaient bénis entre tous les hommes d’avoir été choisis pour exécuter le massacre des huguenots! — Les prédicateurs de la Ligue, de Labitte.

  1. Demande. — L’influence de l’Église Catholique a-t-elle été entièrement mauvaise? Réponse. — Non, elle a aussi servi l’humanité de plusieurs manières, — en protégeant les pauvres, en encourageant les arts, et en formant une coalition européenne contre les envahisseurs asiatiques.

  2. Demande. — Comment l’Église Catholique perdit-elle son prestige? Réponse. — Au seizième siècle, un moine allemand se rebella et réussit à créer une fissure dans l’église. C’était Martin Luther, (1) l’auteur du mouvement religieux connu sous le nom de la Réforme.

  3. Demande. — Toutes les Églises protestantes datent-elles de la Réforme? Réponse. — Oui, sauf l’Église d’Angleterre.

  4. Demande. — Quel a été le fondateur de celle-ci? Réponse. — Henri VIII d’Angleterre, qui s’était querellé avec le pape.

  5. Demande. — Quel était le motif de la dispute? Réponse. — Le Roi souhaitait de renvoyer sa femme pour en épouser une autre, et le pape ne voulait pas y consentir. (2)

(1) Sur son lit de mort, Martin Luther put dire qu’il avait vaincu trois papes, un roi et un empereur. (2) Il existait d’autres motifs de discussion, mais le désir du roi de renvoyer la reine Catherine pour épouser une femme plus jeune, précipita la rupture entre l’Angleterre et Rome. Pendant longtemps après, l’Eglise d’Angleterre demeura, sauf en nom, catholique romaine de croyance et de pratique. Cf. Mosheim, Ecclesiastical history. On dit que Charles V, parent de la Reine d’Angleterre, usa

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23. Demande. — Que fit alors le roi ? Réponse. — Il fonda une nouvelle Église, dont il devint le maître absolu, et qui lui laissa faire ce qui lui plut. (1)

  1. Demande. — Quel est le nom de l’Église d’Amérique ? Réponse. — L’Amérique n’a ni Église d’État ni Église nationale.

  2. Demande. — Toutes les Églises y sont-elles tolérées ? Réponse. — Oui, et toutes les religions ; mais tandis qu’en Amérique l’État ne confère à l’Église aucun droit propre, — en exemptant d’impôts les biens des Églises il force indirectement le public à payer pour elles.

  3. Demande. — L’Église est-elle aujourd’hui sur un pied d’égalité avec l’État dans aucun pays ? Réponse. — Non. L’Église, qui jadis gouvernait à la fois les rois et les peuples, est maintenant partout subordonnée à l’État.

de son influence pour empêcher le pape d’accorder le divorce. Henri se maria six fois, envoya trois femmes à l’échafaud, fit aussi décapiter sir Thomas Moore pour avoir refusé de le reconnaître comme le chef suprême de l’Église. Léon X a appelé Henri VIII « le Défenseur de la Foi » pour avoir écrit contre Luther. (1) Henri VIII changea la formule du serment du couronnement qui devint comme il suit : « Le roi jurera alors de maintenir et garder les droits légaux et libertés du temps jadis accordées par les très justes Rois Chrétiens d’Angleterre à la Sainte Église d’Angleterre, sans préjudice à ses juridiction et dignité royales. » Nous avons ici la première affirmation formelle de la suprématie de l’État Séculier sur le Spirituel. Les théologiens de Westminster, qui ont formulé un des credo les plus autocratiques qui soient, l’ont présenté au Parlement comme « leur humble avis ».

Réponse. — Qu’une Église qui obéit au pouvoir séculier au lieu de lui commander ne peut pas être une institution divine. (1)

  1. Demande. — La constitution américaine reconnaît-elle la religion chrétienne d’une manière quelconque ? Réponse. — Non. Les mots « Dieu » ou « chrétien » ne figurent pas dans la constitution américaine. (2)

  2. Demande. — Les protestants ont-ils jamais persécuté au nom de leur religion ? Réponse. — Presque autant que les catholiques, mais les protestants ont honte de leurs persécutions passées. (3)

  3. Demande. — Les persécuteurs catholiques ou protestants étaient-ils toujours de méchants hommes ? Réponse. — Non. C’était fréquemment leur sincérité qui les conduisait à persécuter. Croyant fermement que l’hérésie causait la damnation des âmes, ils employaient le fer et le feu pour l’exterminer. (4)

(1) Autrefois l’Église s’arrangeait de cette objection en déclarant que le Roi était « l’oint du seigneur, délégué par le Christ au gouvernement de la terre et que l’obéissance au Roi était l’obéissance à Dieu ». Mais la valeur de cet argument s’est évanouie avec le « droit divin » des rois. L’État moderne exerce son autorité comme venant de l’Homme, — et non comme venant de Dieu. (2) George Washington, dans son message au Sénat, en 1776, constata que le gouvernement américain n’était « en aucun sens fondé sur la religion chrétienne ». (4) On a fait observer aussi que peut-être l’hérétique était brûlé au pilori parce qu’il était plus facile de le réduire au silence par le feu que par les arguments. L’Église dans ce temps-là revendiquait le droit de tuer tous ceux qu’elle ne pouvait pas convertir. Cf. Story of the Crusades, the Inquisition, etc.

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31. Demande. — Pourquoi l’hérésie n’est-elle pas dénoncée de nos jours avec autant de véhémence qu’autrefois ? Réponse. — Parce que nous avons appris qu’un doute honnête vaut mieux qu’une croyance aveugle. (1)

  1. Demande. — Un homme qui ne sait pas douter peut-il savoir comment croire ? Réponse. — Pas avec intelligence.

  2. Demande. — Comment appelle-t-on la foi qui est inintelligente ?

  3. Demande. — Analysez et définissez la superstition. Réponse. — Attribuer à un objet des vertus ou des pouvoirs qu’il ne possède pas est une superstition.

  4. Demande. — Donnez un exemple. Réponse. — C’est une superstition de porter sur son corps une chaîne, une image ou un crucifix en croyant qu’il possède des pouvoirs bienfaisants ou des vertus.

  5. Demande. — Comment appelle-t-on un objet investi de vertus imaginaires ?

(1) Il y a plus de foi vivante dans un doute honnête que dans la moitié des credo. (Tennyson.)

  1. Demande. — En quoi les Églises libérales diffèrent-elles des orthodoxes ? Réponse. — Les Unitariens et les autres Églises libérales soumettent dans une certaine mesure les doctrines de la religion au jugement de la raison.

  2. Demande. — Les orthodoxes ne font-ils pas de même ? Réponse. — Pas au même degré, car ils croient que la Révélation est une autorité plus haute que la raison.

  3. Demande. — Quelles sont les croyances des Églises libérales ? Réponse. — C’est très difficile à dire, car les Églises libérales ne suivent ni la Révélation ni la raison exclusivement, mais elles s’efforcent de se faire guider un peu par toutes deux.

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  4. Demande. — La Révélation ne peut-elle se concilier avec la raison ? Réponse. — Quand la Révélation s’accorde avec la raison, il n’y a que de la raison. C’est seulement quand elle est en désaccord avec la raison, qu’il existe, ou qu’on pense qu’il existe, une révélation.

  5. Demande. — Développez votre pensée. Réponse. — Quand la Révélation enseigne que l’homme est mortel, elle ne fait que nous répéter ce que nous savons ; mais quand elle enseigne que l’homme a été créé parfait, elle enseigne ce qui est contraire à notre raison ou à notre expérience et c’est ainsi qu’elle prend le caractère de révélation.

  6. Demande. — Quelles sont quelques-unes des doctrines orthodoxes que l’Église libérale rejette ? Réponse. — L’expiation, la damnation éternelle ; l’inspiration plénière de la Bible ; un diable personnel ; la dépravation totale, etc.

  7. Demande. — Citez quelques-unes des doctrines orthodoxes que l’Église libérale accepte. Réponse. — Un Dieu personnel ; Jésus sans péché ; l’immortalité de l’âme ; le devoir de la prière ; la supériorité de la Bible sur tout autre livre, et les rites du baptême et de la communion. Certaines Églises libérales sont plus rationalistes que d’autres.

  8. Demande. — Comment les Églises libérales justifient-elles la position qu’elles ont prise ? Réponse. — Généralement d’après la Bible.

  9. Demande. — Et les Églises orthodoxes ? Réponse. — Exclusivement d’après la Bible.

  10. Demande. — Quel est le but principal de l’enseignement des Églises libérales ? Réponse. — Elles s’inquiètent peu de la théologie et beaucoup des âmes.

  11. Demande. — Les Églises libérales sont-elles en croissance ? Réponse. — Elles n’augmentent pas numériquement, mais leur influence a été grande dans le monde religieux. (1) Elles ont obligé les orthodoxes à délaisser bien des croyances et des pratiques enfantines ou ridicules, et ont contribué à ramener l’attention des fidèles de la théologie à la science, à la philosophie et à la morale. Les Églises libérales ont rendu à la religion le service inestimable de l’arracher aux dialectiques stériles pour la ramener aux réalités concrètes.

  12. Demande. — Quels autres mouvements religieux existent dans ce pays ? (1) Réponse. — Le Spiritisme, la Théosophie, la Science chrétienne, etc…

  13. Demande. — Quelle est la doctrine spirite ? Réponse. — Elle enseigne que nous pouvons communiquer avec les esprits des morts.

  14. Demande. — Comment essaye-t-on de prouver cette assertion ? Réponse. — Par des citations de la Bible et par le

                        *le monde sans Dieu*

témoignage d’hommes et de femmes actuellement vivants.

  1. Demande. — Qui sont ceux-ci ? Réponse. — Généralement des mediums, qui gagnent leur vie en donnant des consultations ou en organisant des séances.

  2. Demande. — Quelle est la réputation de ces mediums ? Réponse. — Elle n’est pas des meilleures.

  3. Demande. — Qu’est-ce que la Théosophie ? Réponse. — Cette doctrine enseigne qu’il existe des « Sages », ou « adeptes », ou « maîtres », qui sont devenus dieux ou qui dirigent les affaires humaines et révèlent l’avenir aux vivants.

  4. Demande. — Quelles sont les autres doctrines de la Théosophie ? Réponse. — La doctrine de Karma ou Justice et de la Réincarnation. (1)

  5. Demande. — Quelle est la valeur de la Théosophie en tant que religion ? Réponse. — C’est une pure spéculation.

  6. Demande. — Qu’est-ce que la Science Chrétienne ? Réponse. — La croyance qu’une certaine dame de la Nouvelle Angleterre a récemment reçu une révélation spéciale de Dieu.

(1) « Nous récoltons dans cette vie ce que nous avons semé dans une existence précédente », telle est l’idée fondamentale du Bouddhisme et de toutes les philosophies religieuses de l’Orient.

  1. Demande. — Précisez la nature de cette révélation. Réponse. — Rien n’existe que Dieu ; Dieu est santé et pureté ; donc les maladies et le péché sont des illusions.

  2. Demande. — Ceci est-il logique ? Réponse. — Non ; car si Dieu est tout, de qui la maladie et le péché sont-ils des illusions ?

  3. Demande. — La maladie est-elle une illusion de « l’esprit mortel ? » (1) Réponse. — La maladie est l’effet d’une ou plusieurs causes, telles que l’ivrognerie, la débauche, la malpropreté, etc… Si ces causes sont des illusions, alors leurs effets sont des illusions aussi.

  4. Demande. — Les fâcheux effets de l’ivrognerie ou de la malpropreté peuvent-ils être traités, sans écarter d’abord leurs causes ? Réponse. — Ce n’est pas possible.

  5. Demande. — Quelles sont les autres prétentions des Savants Chrétiens ? Réponse. — Ils prétendent traiter avec succès, pour une somme d’argent, toute espèce de maladie, sauf celles qui sont du domaine de la chirurgie. (2)

(1) Les Savants Chrétiens, en appelant le mal du nom d’ « esprit mortel », ont seulement changé un nom sans régler ce qui concerne la chose. (2) Voir la défense de madame Eddy, [la fondatrice de cette religion], quand elle alla chez un dentiste. — Mélanges.

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26. Demande. — Que font de l’argent ces Savants Chrétiens ? Réponse. — Ils l’emploient pour les nécessités du corps.

  1. Demande. — Les Savants Chrétiens croient-ils au corps ?

  2. Demande. — Que doit être un jugement impartial sur la Science Chrétienne ? Réponse. — Comme tous les systèmes humains, il contient à la fois de la vérité et de l’erreur.

  3. Demande. — Existe-t-il dans ce pays (1) des mouvements religieux dont l’élément surnaturel soit complètement banni ? Réponse. — Il existe des organisations Éthiques, (2) Positivistes et d’autres associations rationalistes qui font de la science leur autorité la plus haute dans les matières de croyance et de conduite.

  4. Demande. — Quelle est la nature de leur enseignement ? Réponse. — Il est purement pratique. Faire de notre vie ici-bas l’usage le plus élevé que nous pouvons, sans établir aucun rapport entre cette vie et une vie avant, ou une vie après, et sans aucun rapport, non plus, avec des dieux, des démons, un ciel ou un enfer.

(2) [Pour la culture de la morale.]

  1. Demande. — Cet enseignement nie-t-il Dieu et la vie future ? Réponse. — Non ; car il sait que nous n’avons pas encore de connaissances assez certaines sur ces questions pour en traiter d’une façon définitive et positive.

  2. Demande. — Est-ce là une attitude convenable de l’esprit ? Réponse. — Oui, et c’est aussi celle qui est le plus pleine d’espérance, car jusqu’à ce que nous comprenions notre ignorance, nous ne chercherons pas à savoir. (1)

  3. Demande. — La connaissance de notre ignorance est-elle le commencement de la science ? Réponse. — Oui, et la promesse des lumières futures. (2)

(1) « Rien n’éloigne un homme de la science et de la sagesse comme de croire qu’il les possède toutes deux. » (Sir W. Temple.) (2) Comme ce catéchisme est écrit en partant de ce point qu’il n’existe pas de surnaturel, il est inutile de donner ici un exposé plus complet de la philosophie de ces Sociétés indépendantes.

  1. Demande. — Qu’est-ce qu’un credo ? Réponse. — Une règle de foi, c’est-à-dire une expression autorisée des doctrines d’une Église. (1)

  2. Demande. — Quelle est l’origine du mot ? Réponse. — Il vient du premier mot du symbole des apôtres (credo, je crois).

  3. Demande. — Quelle est l’origine de l’idée ? Réponse. — Les dissentiments et les désaccords entre les fidèles sont responsables des credo du christianisme. (2)

  4. Demande. — De quelle époque datent les premiers dissentiments dans l’Église ? Réponse. — Le premier eut lieu entre les Apôtres Pierre et Paul ; le premier représentant le parti Juif dans l’Église, et le second le parti des Gentils.

(1) On l’appelle aussi un « symbole » ou une « confession » de foi — Symbolicum apostolicum. (2) On prétend que Jésus a proclamé la nécessité d’un credo quand il a dit : « Quiconque donc me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon père qui est aux cieux. » (Matthieu, X, 32, 33 ; Épître de Paul aux Romains, X, 9, 10.)

  1. Demande. — Le désaccord fut-il sérieux ? Réponse. — L’Apôtre Paul le considéra comme tel, car il accusa Pierre de dissimulation, d’hypocrisie, et d’une conduite inique. (1)

  2. Demande. — Quel était l’objet primitif d’un credo ? Réponse. — D’établir par force l’unité de la croyance et d’excommunier les hérétiques. (2)

  3. Demande. — En pratique quelle fut la première tentative appuyée sur ces credo ? Réponse. — Celle d’empêcher personne de penser librement.

  4. Demande. — Quel est le credo considéré comme le plus ancien ? Réponse. — Celui des Apôtres, qui, nous le savons de façon certaine, n’a pas été rédigé par les Apôtres du tout.

  5. Demande. — Pourquoi, alors, l’appelle-t-on ainsi ? Réponse. — Pour la même raison que les Évangiles ont été attribués aux Apôtres, — pour leur donner une plus grande autorité.

  6. Demande. — Qui alors est l’auteur du Symbole des Apôtres ? Réponse. — La question de cette origine est entourée d’une aussi grande obscurité que celle de l’origine des Évangiles.

(1) Lire l’Épître de Paul aux Galates, et aussi les premiers chapitres de l’Apocalypse et les Actes des Apôtres. (2) Hérésie vient d’un mot grec et signifie « examiner », « choisir ».

                          *le monde sans Dieu*

11. Demande. — Quels sont les points fondamentaux de ce credo ? Réponse. — La croyance dans la Trinité, l’Immaculée Conception de Jésus et la résurrection de la chair.

  1. Demande. — Quelles preuves donne-t-on à l’appui de ces affirmations ? Réponse. — Aucune. On accepte de croire qu’elles sont vraies.

  2. Demande. — Les Mahométans et les Bouddhistes offrent-ils des preuves à l’appui des doctrines de leurs credo ? Réponse. — Non, ils acceptent également les leurs.

  3. Demande. — Comment pouvons-nous savoir laquelle de ces doctrines admises est la vérité ? Réponse. — La coutume générale a été d’admettre que le credo du pays dans lequel on est né est le vrai.

  4. Demande. — Est-ce une bonne coutume ? Réponse. — C’est une très mauvaise coutume, car elle nous prive du plus grand privilège de la vie, — la poursuite de la vérité ; elle fait de la vérité la possession d’une dénomination d’Église ou d’une secte, et la créature du climat ou des limites géographiques ; et elle nous fait croire que tandis que nous sommes nous-mêmes inspirés et élus par Dieu, tous les autres hommes sont damnés.

  5. Demande. — Parlez-moi maintenant du symbole de Nicée. Réponse. — Celui-ci a été formulé par une assemblée de 318 évêques dans la ville de Nicée, près de Constantinople, en l’année 325. Ce concile a excom-

munié les Ariens (1) et a fulminé l’anathème contre eux pour avoir mis en doute le dogme de la Trinité.

  1. Demande. — Quel est ensuite le plus important credo ? Réponse. — Celui d’Athanase, qui est le plus désagréablement dogmatique et intolérant des anciens credo et qui est unique dans ses clauses damnatoires. Néanmoins il était tenu en haute estime. (2) On le chantait comme un cantique dans toutes les Églises et il est encore en vigueur dans le christianisme officiel.

  2. Demande. — Quel est le credo de l’Église grecque ? Réponse. — L’Église grecque ou orientale soutient que le Saint Esprit procède du Père seulement et non du Fils. Pour cette hérésie elle fut excommuniée par l’Église catholique, mais l’Église grecque, en retour, excommunia celle-ci.

  3. Demande. — Quel est le credo de l’Église anglicane ? Réponse. — Il consiste en trente-neuf articles adoptés en plusieurs fois, et finalement promulgués solennellement en 1628 par Charles premier comme « la Déclaration de Sa Majesté ».

  4. Demande. — Quel en est l’objet ? Réponse. — « D’abolir la diversité des opinions » et « d’extirper du pays les doctrines papiste et calviniste ».

(1) Les sectateurs d’Arius, qui avaient des opinions hérétiques sur la divinité du Christ.

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21. Demande. — Était-il obligatoire en Angleterre de souscrire aux trente-neuf articles ? Réponse. — Oui. Même les universités d’Oxford et de Cambridge exigeaient de tous ceux qui prenaient un grade qu’ils souscrivissent aux trente-neuf articles avant de recevoir leur diplôme ; un Bill du parlement obligeait tous les professeurs et prédicateurs à y souscrire.

  1. Demande. — Cette loi atteignit-elle son but ?

  2. Demande. — La coercition peut-elle empêcher les gens de penser ? Réponse. — Elle peut seulement les empêcher d’enseigner ce qu’ils pensent.

  3. Demande. — Que sont des gens qui pensent une chose et enseignent une autre ?

  4. Demande. — Que s’ensuit-il ? Réponse. — Que le seul résultat de la coercition est de faire des hypocrites.

  5. Demande. — Quel est le plus important des credo modernes ? (1) Réponse. — Le symbole de Westminster, formulé par une assemblée consistant en cent cinquante membres choisis et réunis par un Act du Parlement en 1643 pendant le court règne du Presbytérianisme en Angleterre.

  6. Demande. — Quelles sont les idées dominantes de ce Symbole ? Réponse. — La prédestination, le salut des enfants élus (1) seulement, la damnation de tous les gens et de toutes les nations qui ne sont pas chrétiens et l’emploi de la force matérielle contre tous les hérétiques.

  7. Demande. — Comment ce symbole définit-il la doctrine de la Damnation ? Réponse. — Comme un « décret de la justice de Dieu » par lequel « en raison de la faute d’Adam »… « il a plu à Dieu de condamner » d’autres hommes « à la honte et à la colère » — « à la mort éternelle »… « et leur nombre est si certain et défini qu’il ne peut être accru ni diminué ». (2)

  8. Demande. — Comment ce symbole recommande-t-il la force matérielle contre l’hérésie ? Réponse. — Il dit : « Le pouvoir séculier a le droit et le devoir de prendre des mesures pour que l’unité et la paix soient maintenues dans les Églises, pour que toutes les hérésies soient supprimées et pour que les abus du culte soient empêchés ; et l’article 4 du chapitre XX (3) porte : « Ils (les hérétiques) peuvent être valablement cités à comparaître et poursuivis par le pouvoir séculier. » Et le verset 109 du catéchisme porte que les

(1) Les calvinistes modernes admettent la probabilité de salut pour tous les enfants. — Schaff, volume I, page 795. (2) Le péché originel était considéré comme si grand qu’un des clergymen déclara : « Si un homme n’était jamais né, il serait néanmoins damné à cause de ce péché. » (3) Les Eglises américaines ont modifié cet article.

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« Dix commandements défendent de tolérer une fausse religion ». (1)

  1. Demande. — Peut-il exister une Église sans aucun credo ? Réponse. — Non. Une organisation, quel que soit son but, doit avoir un programme, une déclaration de principes qui serve de lien d’union, et ceci, dans le sens le plus large, est un credo.

  2. Demande. — Pourquoi alors incrimine-t-on les credo ? Réponse. — Ce n’est pas parce qu’ils renferment un énoncé de croyances, mais parce que cet énoncé est étroit, intolérant, et fermé au progrès.

  3. Demande. — Quel est le meilleur credo ? Réponse. — Celui qui est le plus d’accord avec les constatations de la science, et qui se tient à la hauteur des connaissances grandissantes de l’homme.

  4. Demande. — Établissez la différence qui existe entre un credo fondé sur l’autorité et un autre fondé sur la science. Réponse. — L’un est fini, l’autre grandit encore ; l’un est un écho du passé, l’autre est une voix du présent ; l’un est une immobilité, l’autre est un mouvement ; l’un ne peut être accepté que sous des conditions inadmissibles pour la raison, l’autre accueille toutes

(1) « Non seulement il est permis de punir par la mort ceux qui travaillent à renverser la vraie religion, mais les magistrats et le peuple ont le devoir de le faire sous peine d’attirer la colère de Dieu sur eux-mêmes. » — John Knox, History of Mary I., queen of England ; E. P. Dutton and Co.

les forces dont le progrès des connaissances est capable de l’animer.

  1. Demande. — Devons-nous jamais souscrire à un credo qui interdit la liberté de pensée et de parole ? Réponse. — Non. La dignité de l’homme est dans sa raison, la dignité de la raison est dans la liberté ; détruire la liberté est détruire la raison et sans raison nous cesserions d’être des humains.

  2. Demande. — Pourquoi la liberté de parole est-elle indispensable ? Réponse. — Parce que sans cette liberté nous ne pouvons jamais savoir si le prêtre ou celui qui enseigne disent ce qu’ils veulent ou seulement ce qu’ils sont contraints de dire.

  3. Demande. — Qu’est-ce qu’un membre du clergé ? Réponse. — Un homme qui a reçu les « ordres sacrés ».

  4. Demande. — De qui les a-t-il reçus ? Réponse. — De l’Église et par l’imposition des mains. (1)

  5. Demande. — D’où vient le mot clergé ? Réponse. — Il vient des mots clèros ou clèricus, qui en grec signifient un tirage au sort ou un mode de votation quelconque.

  6. Demande. — Que signifie ceci ? Réponse. — Que les prêtres étaient désignés par un tirage au sort. (2)

  7. Demande. — Quelle autre explication donne-t-on ? Réponse. — On a aussi supposé que le mot grec pouvait se traduire par « rang » et que ce terme était

(1) La formule de l’ordination est : « Reçois le Saint Esprit par l’imposition de nos mains. » (2) Telle était l’opinion de saint Augustin et aussi de Jérôme. Saint Matthieu a été désigné par les apôtres pour remplacer Judas, au moyen d’un tirage au sort. La coutume la plus répandue était d’écrire les noms des différents candidats sur des bulletins et de les mettre dans une boîte ; alors, après avoir dit des prières, on remuait la boîte et le premier nom qui en tombait était considéré comme « choisi par le Seigneur ».

appliqué aux apôtres et aux premiers prédicateurs pour marquer leur autorité. (1)

  1. Demande. — Sous quels autres noms sont connus les membres du clergé ? Réponse. — Sous ceux de prêtres, prélats, pontifes, évêques, popes, etc…

  2. Demande. — Quelle est la prétention du clergé ? Réponse. — Que Jésus, le Souverain, a confié « les clefs du royaume des cieux aux chefs de l’Église, » en vertu de quoi « ils ont le pouvoir de retenir et de remettre les péchés, »… « de fermer ce royaume » et « de l’ouvrir ». (2)

  3. Demande. — Les prêtres ont-ils exercé un grand pouvoir dans le monde ? Réponse. — Oui, et ils ont joui de privilèges exceptionnels.

  4. Demande. — Quels sont ces privilèges ? Réponse. — L’exemption des devoirs civiques, des impôts et de la contribution aux travaux publics. Dans plusieurs pays un membre du clergé, quel que fût son crime, ne pouvait être cité devant un juge séculier. (3)

(1) Bauer, de l’École allemande, est le défenseur de cette théorie. (2) Voir le credo de Westminster. Les mots suivants de Jésus ont été cités à la fois par les catholiques et les protestants pour établir leurs affirmations : « Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur terre sera délié dans les cieux. » (Matthieu, XVI, 19.) — Cf. ce qui est dit au chapitre de la Prière relativement à la pression exercée sur Dieu. (3) Cf. Benefit of clergy in England. Dans les pays catholiques, si quelqu’un avait frappé un prêtre, il était excommunié pour la vie, car l’absolution lui était refusée jusqu’à l’heure de sa mort.

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10. Demande. — Quel usage les membres du clergé ont-ils fait de ces privilèges ? Réponse. — Dans l’ensemble ils en ont abusé et c’est pourquoi ils ont été dépouillés de presque tous.

  1. Demande. — Comment un homme devient-il membre d’un clergé aujourd’hui ? Réponse. — En passant un examen pour prouver qu’il adhère au credo de l’Église dans le clergé de laquelle il désire entrer.

  2. Demande. — Ces examens sont-ils aussi rigoureux que par le passé ? Réponse. — Non. Il est admis maintenant que les candidats aux ordres sacrés pratiquent ce qu’on appelle des « restrictions mentales ».

  3. Demande. — Qu’est-ce que cela ? Réponse. — C’est la faculté, en souscrivant au credo tel qu’il est, d’y lire le sens qu’on lui attribue personnellement, — de l’accepter comme vrai au point de vue théologique seulement et non au point de vue philosophique également. Le candidat peut répondre à la question : « Croyez-vous à ceci ? » par les mots : « J’y crois », en ajoutant à part lui : « non pas suivant l’interprétation commune, mais selon que je l’interprète moi-même ».

  4. Demande. — Expliquez ceci par un exemple. Réponse. — Le candidat peut dire : « Je crois dans la « parole de Dieu » mais entendre par là non seulement les écritures chrétiennes auxquelles les credo limitent l’inspiration, mais tout ce qu’il considère comme vrai et

pur partout où il le trouve. De la même manière il peut croire à la divinité du Christ, dans ce sens que tous les hommes bons et nobles sont divins.

  1. Demande. — Les gens comprennent-ils toujours ce que le candidat veut dire ainsi ? Réponse. — S’il désirait être compris, il ne recourrait pas à la « restriction mentale ».

  2. Demande. — Un membre du clergé qui n’est plus en complet accord avec son Église doit-il continuer d’en faire partie ? Réponse. — Pour une âme consciencieuse et délicate un tel lien serait intolérable. (1)

  3. Demande. — Mais un prêtre n’est-il pas obligé d’attendre que ses fidèles soient prêts pour des idées nouvelles ? Réponse. — Oui, si son intention est de suivre ses fidèles, mais non, s’il désire être un éducateur et un guide.

(1) James Martineau cite la louange suivante déversée par un Français sur cette catégorie de prêtres : « Notre clergé, bien certainement, est tout entier parjure ; mais aussi, comme il est délicieusement libéral. » — Essays and Reviews, volume II, page 187.

                          Prière et Salut
  1. Demande. — Qu’est-ce que la prière ? Réponse. — C’est une supplication adressée à Dieu ou un désir d’être en communion avec lui.

  2. Demande. — Les gens prient-ils quelquefois aussi les lois de la nature ?

  3. Demande. — Ou de grands idéals ou de grandes chimères ? Réponse. — Non ; la prière est toujours adressée à une personne, parce que seule, une personne peut entendre une prière et y répondre.

  4. Demande. — Tous ceux qui prient croient-ils en un Dieu personnel ? Réponse. — Ils le devraient ; car si Dieu n’est pas une personne il ne doit pas être distinct des lois de la nature ou des idéals de notre esprit.

  5. Demande. — Qu’est-ce qu’une personne ? Réponse. — Un être qui sait qu’il est lui-même et non un autre.

  6. Demande. — Dieu peut-il être une personne ? Réponse. — Il ne peut pas être Dieu et une personne à la fois.

Réponse. — Être Dieu c’est être infini ; être une personne c’est être fini. L’infini ne peut avoir conscience de lui-même, car une telle conscience impliquerait qu’il se distingue de quelque autre chose, et qu’il n’est pas, conséquemment, le « Tout ». Pour pouvoir dire « ceci est moi », l’infini doit pouvoir dire aussi « ceci n’est pas moi », ce qui voudrait dire que l’infini n’est pas infini.

  1. Demande. — Ne peut-il exister une personne infinie ? Réponse. — Non, comme il ne peut exister un fini infini.

  2. Demande. — Quelle est l’origine de l’habitude de prier ? Réponse. — Cette habitude eut pour origine le désir des gens d’apaiser la colère et de s’assurer les faveurs d’êtres invisibles.

  3. Demande. — Donnez un exemple. Réponse. — Vers la fin d’une longue sécheresse, le Pope, l’Archevêque ou le Ministre compose une prière pour la pluie, qu’il adresse à Dieu, croyant qu’il a permis la sécheresse et peut être induit à la faire cesser.

  4. Demande. — Les prières de ce genre sont-elles quelquefois exaucées ? Réponse. — Oui, parce qu’une sécheresse ne peut pas durer toujours.

                        *le monde sans Dieu*
  5. Demande. — N’arrive-t-il pas fréquemment que tandis que les uns prient pour une chose les autres prient aussi ardemment pour le contraire ? Réponse. — Oui. Les uns demandent à Dieu dans un endroit de faire ce que d’autres, dans quelque lieu différent, le supplient aussi ardemment de ne pas faire.

  6. Demande. — Qu’y a-t-il à inférer de telles prières ? Réponse. — Que Dieu est une individualité prête à s’adapter aux convenances de chacun.

  7. Demande. — Dieu a-t-il aucune action sur le temps qu’il fait ? Réponse. — Pas plus que sur la loi de la chute des corps.

  8. Demande. — Les gens prient-ils jamais pour que la loi de la chute des corps soit suspendue dans leur intérêt ? Réponse. — Plus maintenant.

Réponse. — Ils ont appris que la loi de la chute des corps est inviolable.

  1. Demande. — Quand cesseront-ils de prier à propos du beau temps ? Réponse. — Quand ils apprendront que les lois qui le gouvernent sont également inviolables.

  2. Demande. — Est-il aussi inutile de prier pour acquérir la sagesse, les lumières, la vertu ? Réponse. — Oui ; car ces qualités ne peuvent pas nous être données. On les acquiert par un long effort.

  3. Demande. — Mais la prière n’aide-t-elle pas certaines gens à les acquérir ? Réponse. — Ils croient qu’elle les aide, tout à fait comme un Asiatique pense qu’il doit toute sa bonne fortune à l’amulette qu’il porte sur lui ou au tatouage qui est sur son bras ; ou comme le bigot croit la devoir à la Vierge Marie ou aux cierges qu’il brûle devant l’autel de quelque saint.

  4. Demande. — Quel est le sens de la prière en tant que louange de Dieu ? Réponse. — Dieu, est-il dit, demande que ses créatures s’adressent continuellement à lui en termes de glorification et de tendresse ; et par conséquent, un des objets de la prière est de satisfaire à ce désir de Dieu.

  5. Demande. — Une telle idée peut-elle faire honneur à qui que ce soit ? Réponse. — Non. Un être vraiment grand et bon serait vite fatigué des génuflexions et des louanges de sectateurs intéressés.

  6. Demande. — D’où vient une idée de ce genre ? Réponse. — Elle vient d’Orient, où l’on ne peut approcher les sultans qu’avec des prosternations, des présents et des salamalecs.

  7. Demande. — Quel est l’argument moral contre la prière ? Réponse. — Elle habitue les hommes à attendre leur secours de l’extérieur et par miracle ; ce faisant elle atrophie et mutile leur énergie.

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  8. Demande. — Quoi encore ? Réponse. — C’est une tentative pour corrompre Dieu en lui offrant des présents. Quand nous demandons à Dieu de faire pour nous plus que nous ne méritons, nous lui demandons de nous accorder une faveur pour laquelle nous lui offrons de douces paroles de louange, nous lui bâtissons des églises, nous lui donnons de l’argent, nous allons en pèlerinage, etc…

  9. Demande. — La prière alors, est-elle une supplication en vue d’une faveur ? Réponse. — Oui, car il est dit que nous n’avons pas de droits et que Dieu peut, s’il le veut, tout nous refuser.

  10. Demande. — Le salut est-il une faveur aussi ? Réponse. — Oui, comme il est montré par le larron sur la croix qui reçut en don le salut quelques instants avant d’expirer.

  11. Demande. — Quelles sont les idées de l’apôtre Paul sur cette question ? Réponse. — Il dit : « Qu’un homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi, car à celui qui ne travaille pas mais croit, sa foi sera comptée pour vertu » ; on en infère que nous ne pouvons pas, par quelque œuvre que ce soit, mériter le salut. Et le symbole de Westminster dit : « Encore bien moins peuvent être sauvés les hommes qui ne professent pas la religion chrétienne, quand bien même ils seraient plus diligents qu’on ne le fut jamais à ordonner leurs vies selon les lumières de la nature ; et d’affirmer et de soutenir qu’ils le peuvent

est une idée très pernicieuse, et qui doit être détestée. » (1)

  1. Demande. — Quel est l’effet de tels enseignements ? Réponse. — Ils placent la moralité, le caractère et la justice au second plan par rapport aux rites de l’Église, à ses prières et à ses dogmes, (2) et ils impliquent aussi que nous pouvons imposer notre volonté à Dieu.

  2. Demande. — Expliquez ce point. Réponse. — L’Athée dit qu’il n’y a pas de Dieu ; le Déiste dit : Il y a un Dieu, mais il n’a de relations d’aucune espèce avec nous ; le Théiste dit : Dieu existe et gouverne les hommes, mais par des prières et des

(1) Luther dit : « Tous ces accomplisseurs de la loi, tous ces ouvriers d’œuvres morales sont maudits, car ils marchent dans la présomption de leur justification. Celui qui dit que l’Évangile exige des œuvres pour le salut, je dis moi, tout simple et net, que c’est un menteur ». — Propos de table. — Et John Wesley, fondateur de l’Église méthodiste, était aussi positif dans son enseignement, malgré ce que beaucoup de ses paroissiens conquéris pour nous-mêmes, car il dit : « Nous sommes très heureux que nos paroissiens deviennent plus diligents et honnêtes, qu’ils pratiquent à la fois la justice et la pardon ; au moins nous nous flattons que nos enseignements peuvent contribuer à les rendre meilleurs hommes ; mais la vérité est que nos méthodistes savent en enseignant que tout cela n’est rien devant Dieu. » — Œuvres de John Wesley, volume III, page 99. — « Le salut est un acte de grâce, et peut être accordé même à celui qui ne mérite pas ce salut. » — Catholic Belief, page 263, par le Père Lambert. — La doctrine du salut par la grâce seule est sans aucun doute enseignée dans les textes suivants du Nouveau Testament : Jean, VI, 44 ; Éphésiens, II, 8 ; C’est aussi la base de toutes les sectes du méthodisme : Calvinistes, Wesleyens, etc. La doctrine qu’il convienne d’agir bien, voulue par Wesley et auxquels offices de l’Église et qui a placé la médiation des prêtres parmi les moyens du salut. (2) « La religion catholique est une méthode pour obtenir le ciel en se mendiant, parce qu’il y serait trop pénible de le gagner. — Les prêtres sont les courtiers de cette transaction. » — Vie de Schopenhauer, par Zimmern, page 124. — Cette critique s’applique avec autant de force aux Eglises protestantes.

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louanges, des pénitences et des offrandes, nous pouvons influencer sa volonté. Par conséquent toutes ces opinions aboutissent en pratique à nier Dieu.

Réponse. — Il y a peu de différence entre un Dieu qui n’existe pas et un Dieu qui existe seulement en dehors des affaires humaines ou un Dieu qui peut être influencé par nous.

  1. Demande. — Quelle est la forme de prière la moins recommandable ? Réponse. — La prière publique, parce qu’elle n’est pas silencieuse, mais bruyante ; parce qu’elle n’est pas spontanée, mais forcée ; parce qu’elle n’est pas personnelle, mais professionnelle ; parce qu’elle n’est pas courte, mais longue ; parce qu’elle n’est pas libre, mais obligatoire ; et parce qu’elle est plus souvent adressée à l’assemblée des fidèles présents qu’à Dieu. Jésus a dit clairement que nous ne devons pas prier en public.

  2. Demande. — Quelle est la vraie prière ? Réponse. — D’apprendre diligemment quelles sont les lois de la vie et de leur obéir.

  3. Demande. — Que devons-nous apprendre aux gens au lieu de leur apprendre à prier ?

(1) Maistre de Balliol disait que plus il avançait dans la vie, moins il priait et plus il pensait. Lire aussi l’essai d’Emerson sur « la confiance en soi ». Les gens perdus, d’après Dante, sont ceux qui ne peuvent plus penser. Kant dit que « celui qui a fait un grand progrès moral cesse de prier, car l’humilité est une de ses maximes principales ». Il dit aussi que le désir de devenir les gens mis à crier appel à leur sensualité », c’est-à-dire à « s’abaisser jusqu’à eux ».

  1. Demande. — Depuis combien de temps la mort existe-t-elle sur la terre ? Réponse. — Depuis aussi longtemps que la vie. (1)

  2. Demande. — Quelle est la relation entre la vie et la mort ? Réponse. — Ce sont des manifestations différentes de la même puissance.

  3. Demande. — Qui est ?

  4. Demande. — Qu’arrive-t-il du corps au moment de la mort ? Réponse. — Il commence à retourner à la vie. Les molécules dont le corps est composé se délient, se séparent et reprennent la forme de leurs éléments d’origine, l’eau, la chaux, le fer, le phosphore, etc. Ainsi désagrégées, elles se mêlent au soleil et à l’air et ayant renouvelé leur jeunesse, elles rentrent en combinaison dans de nouveaux corps.

(1) Ceci est vrai dans un sens général en tant qu’appliqué aux formes connues de la vie. Pour parler exactement, quelque chose a dû exister avant que rien pût mourir ; tandis que quelques-uns des organismes les plus simples ne meurent pas mais se multiplient par scission en deux moitiés dont chacune devient un organisme entier.

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5. Demande. — Se retrouvent-elles toujours dans le même corps ? Réponse. — Non. S’il en était ainsi les morts ressusciteraient.

  1. Demande. — La mort est-elle une punition ? Réponse. — Pas plus que la vie.

  2. Demande. — Pourquoi les gens craignent-ils la mort ? Réponse. — Ils ont appris à la regarder comme la malédiction de Dieu pour les péchés de l’homme, et à croire qu’elle marque le commencement d’un jugement irrévocable ; mais les peuples sont en train de se débarrasser rapidement de ces terreurs.

  3. Demande. — La mort est-elle désirable ? Réponse. — Elle ne l’est pas jusqu’à ce que nous sachions davantage à son sujet.

  4. Demande. — Mais est-elle toujours un malheur ? Réponse. — Quand elle termine une carrière utile, sépare des cœurs aimants et rend des enfants orphelins, elle paraît une calamité. Mais quand elle apporte la délivrance à ceux qui sont fatigués, âgés et souffrants, elle est une bénédiction. (1)

(1) « Parmi les légendes à moitié païennes qui avaient cours en Irlande au Moyen-Age, une des plus belles est celle des Iles de la vie et de la mort. Dans un certain lac, à Munster, est-il raconté, se trouvaient deux îles ; dans la première la mort ne pouvait jamais entrer, mais l’âge, la maladie et le dégoût de la vie y étaient tous connus. Ils firent leur œuvre à tel point que les habitants, fatigués de leur immortalité, apprirent à jeter leurs yeux sur l’autre île comme sur un port de refuge ; ils lancèrent leurs barques sur les flots sombres ; ils touchèrent son rivage, et furent en repos. » — Lecky, History of European morals, volume I, page 214.

  1. Demande. — Pourrait-il exister aucun progrès dans le monde sans la mort ? Réponse. — Comme les vieilles feuilles doivent tomber des branches pour faire place aux nouvelles, — plus vertes, — ainsi nous devons mourir pour faire place aux hommes et femmes de l’avenir, — meilleurs que nous.

  2. Demande. — Comment pouvons-nous apprendre à surmonter la peur de la mort ? Réponse. — 1° En essayant de nous plier aux lois de la nature, qui ne veulent pas se plier à nous. 2° En cultivant en nous le même esprit qui fut aussi celui des plus braves et des plus nobles de notre race. 3° En nous rappelant que nous sommes ici pour apprendre à vivre et non pour apprendre à mourir.

  3. Demande. — Quelle est la conception philosophique de la mort ? Réponse. — Qu’elle nous apporte ou le bonheur ou la fin de nos souffrances.

  4. Demande. — Comment Socrate jugeait-il la mort ? Réponse. — Il pensait que si elle terminait la vie, ce n’était pas un malheur ; mais que si elle libérait l’âme du corps, c’était certainement « le plus grand des bienfaits ». (1)

(1) « Il n’est pas de sujet auquel le sage pense moins qu’à la mort. » — Spinosa, Morale, IV, 67. — « La mort ne nous concerne pas, car tant que nous sommes la mort n’est pas, et quand la mort est, nous ne sommes plus. » — Epicure, Diog. Laert., X, 27. — « Les nobles esprits sont affranchis des superstitions qui sont le cauchemar des faibles. » — Lecky, History of European morals, volume I, page 213. — Perdre ce qui ne peut plus nous manquer n’est pas un mal.

                          *le monde sans Dieu*

14. Demande. — Est-il mal de pleurer les morts ? Réponse. — C’est naturel ; car tandis que nous devons faire face à notre destinée comme des hommes, nous devons aussi sentir comme des hommes.

  1. Demande. — Comment pouvons-nous triompher de la mort ? Réponse. — En aimant et servant quelque noble cause, dans laquelle nous puissions nous survivre longtemps après que nous avons disparu.

  2. Demande. — Quels ont été les plus grands bienfaiteurs de l’homme ? Réponse. — Ceux qui ont soulagé son esprit d’une frayeur et qui l’ont aidé à faire un pas en avant dans la voie de l’affranchissement de la pensée.

  3. Demande. — Que signifie le mot : Immortalité ? Réponse. — C’est l’état d’un être qui ne meurt pas, c’est-à-dire une vie sans fin.

  4. Demande. — Veut-on dire que les hommes ne mourront jamais ? Réponse. — Non ; mais qu’ils vivront pour toujours après la mort.

  5. Demande. — Sous leur forme actuelle ? Réponse. — Ceci est une question controversée.

  6. Demande. — Le corps revivra-t-il aussi et pour toujours ? Réponse. — La doctrine générale est que l’âme seule est immortelle.

  7. Demande. — Qu’est-ce que l’âme ? Réponse. — Dans la croyance populaire c’est une étincelle, une flamme, ou une essence logée temporaire-

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ment dans le corps, mais qui, à la mort, retourne vers son auteur — Dieu.

  1. Demande. — Tous les hommes ont-ils une âme ? Réponse. — On le croit ainsi.

  2. Demande. — Les animaux ont-ils aussi une âme ? Réponse. — Peu de personnes le croient.

  3. Demande. — Le corps peut-il vivre sans l’âme ?

  4. Demande. — Et l’âme, peut-elle vivre sans le corps ? Réponse. — On croit qu’elle le peut.

  5. Demande. — A-t-on une connaissance scientifique à cet égard ?

  6. Demande. — A-t-on jamais vu quelque chose qui n’avait un corps de quelque espèce ? Réponse. — Non ; quoique certains assurent avoir vu des esprits.

  7. Demande. — Pouvons-nous voir quelque chose qui n’a ni forme, ni couleur, ni étendue ? Réponse. — C’est impossible.

  8. Demande. — Pouvons-nous même imaginer un esprit sans lui donner une forme et un corps dans notre pensée ? Réponse. — Nous ne le pouvons pas.

  9. Demande. — Que s’ensuit-il ? Réponse. — Que l’âme et le corps sont, autant que nous avons le droit de parler ou de penser, inséparables et que si l’un est immortel, l’autre doit l’être aussi.

  10. Demande. — Le désir d’immortalité est-il général ? Réponse. — Oui, mais il n’est pas universel. Les anciens Juifs n’avaient évidemment aucune conception claire d’une autre vie ; et les Chinois actuels ne l’ont pas non plus.

  11. Demande. — Exposez la doctrine admise sur l’immortalité. Réponse. — L’âme, à la mort, quitte le corps et va dans un autre monde pour y vivre éternellement.

  12. Demande. — Comment nomme-t-on aussi l’autre monde ? Réponse. — Le ciel, le Paradis, les Iles des Bienheureux et ainsi de suite.

  13. Demande. — Quel genre d’endroit est-ce ? Réponse. — Il y a autant de conceptions différentes du ciel qu’il y a de religions.

  14. Demande. — Dites quelques-unes d’entre elles. Réponse. — Pour les Bouddhistes, le ciel signifie la cessation de tout désir, c’est-à-dire le Nirvana ; pour le Mahométan, c’est un lieu de plaisir et de danse ; pour le Chrétien, c’est un éternel Sabbat.

  15. Demande. — Croit-on que tout le monde ira au ciel ? Réponse. — Non ; seulement ceux-là, proclame-t-on,

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qui ont la vraie foi ; tous les autres, d’après les credo, iront en enfer.

  1. Demande. — Qu’est-ce que cela ? Réponse. — C’est aussi dans l’autre monde.

  2. Demande. — Les hommes et femmes, bons et grands, qui n’eurent pas la « vraie foi » seront-ils exclus du ciel ? Réponse. — Les credo disent qu’ils le seront. Et conséquemment l’espoir de l’immortalité n’est pas un espoir du tout pour la plupart des gens.

  3. Demande. — Le ciel et l’enfer sont-ils tous deux éternels ? Réponse. — C’est la croyance ordinaire. (1)

  4. Demande. — Quelle autre opinion existe sur l’autre monde ? Réponse. — Qu’il n’y a ni ciel ni enfer et que l’autre monde ou l’autre vie consistent dans la continuation de ce monde-ci.

  5. Demande. — Sera-ce un monde meilleur que celui-ci ? Réponse. — Oui, si nous le rendons tel.

  6. Demande. — Cette opinion exclut-elle la possibilité d’un au-delà conscient ? Réponse. — Non. Mais elle laisse la question ouverte.

(1) Henry Ward Beecher fut le premier parmi les modernes prédicateurs orthodoxes à protester contre cette doctrine. — Cf. The Passing of orthodox Religion, par l’auteur.

  1. Demande. — Quels sont les arguments en faveur d’une immortalité consciente ? Réponse. — L’un des plus forts est l’universalité de cette croyance. (1)

  2. Demande. — Est-ce une preuve ? Réponse. — Non. Bien des croyances furent universelles et on a reconnu par la suite qu’elles n’étaient que des illusions, — par exemple la croyance que l’homme et le monde ont été créés spécialement par décret divin ; la croyance que le soleil, la lune et les étoiles ont été faits pour procurer la lumière à notre planète et tourner autour d’elle ; et la croyance en la sorcellerie, la magie, l’alchimie, etc… (2)

  3. Demande. — Quel est l’argument qui vient après ? Réponse. — On dit que l’homme, en sa qualité d’âme et d’esprit pensant, est trop précieux pour ne pas être préservé à jamais de la destruction.

  4. Demande. — Cela prouve-t-il son immortalité ? Réponse. — Pas plus que la divinité de César n’était prouvée par l’opinion qu’il avait de lui-même.

(1) Comme toutes les religions proclament l’immortalité, si vraiment il n’existe rien de semblable, le monde entier se trouve dupé. Tel est l’argument auquel Pomponace de Padoue (1462-1526) a répondu en disant : « Comme il existe trois religions, — celles de Moïse, de Jésus, et de Mahomet, — ou elles sont toutes trois fausses et le monde entier est dupé ; ou deux d’entre elles, au moins, sont fausses, et alors c’est la majorité qui est dupée. (2) Même Lord Bacon, le fondateur de la méthode inductive, et sir Thomas Brown et sir Matthieu Hale partageaient la croyance populaire dans l’existence des sorcières.

                          *le monde sans Dieu*

31. Demande. — Quel est l’argument qui vient après ? Réponse. — L’argument moral, qui est le plus fort.

  1. Demande. — Exposez-le. Réponse. — Comme il y a beaucoup de souffrance imméritée dans le monde, nous regardons instinctivement en avant de nous vers un autre monde où tous les comptes seront balancés ; où les larmes seront essuyées des yeux qui pleurent et où ceux qui s’aiment se retrouveront.

  2. Demande. — Cet argument est-il décisif ? Réponse. — Il est très fort, mais il n’est pas décisif. Si Dieu est aussi bon et aussi puissant maintenant qu’il le sera jamais, on n’a aucune raison de compter qu’il changera radicalement sa manière de gouverner le monde dans un temps à venir.

  3. Demande. — Quelle est la conception que nous devons nous faire d’une vie à venir ? Réponse. — Que tout ce que nous pensons, disons et faisons maintenant, concourra à bâtir le monde de l’avenir, dans lequel nous revivrons tous sous forme d’influences, de tendances, d’exemples, et de forces intellectuelles et morales. Nous sommes la continuation de la vie qui nous a précédés et la source de la vie qui nous suivra. L’âme d’un homme est la somme de toutes ses facultés et de ses forces, de ses pensées, de ses actions et de ses affections. Celles-ci, pas plus que les molécules qui composent son corps, ne périssent à sa mort,

mais elles s’incorporent à de nouvelles formes de la vie, et ainsi de suite toujours. (1)

  1. Demande. — Quel effet une pareille croyance produirait-elle sur nous ? Réponse. — Elle nous encouragerait à ne cultiver en nous, — pour l’amasser comme un trésor, — que ce qui est vrai et noble, pour en faire le cerveau et l’âme de l’avenir. (2)

(1) « Sous cet aspect la mort cesse d’apparaître comme un anéantissement ; car notre âme ne peut pas plus être effacée que la loi de causalité ne peut être suspendue. » — Paul Carus, Whence and Wither, page 135. (2) Quand nous serons au-dessus de cette illusion que l’existence est limitée à notre individualité personnelle, quand nous étendrons notre être jusqu’à le fondre dans l’humanité, qui est immortelle, et par laquelle nous continuons à vivre à jamais, — la mort, à la vérité, ne sera plus que le « clignement d’une paupière qui n’interrompt pas le regard ».

                          La fin suprême de l'homme
  1. Demande. — Qu’y a-t-il de plus grand au monde ? Réponse. — Vivre, avec honneur ; car sans vivre nous ne pouvons avoir rien autre de bon.

  2. Demande. — Quel est, en conséquence, le devoir de l’homme ? Réponse. — De rechercher ce qui élargit et élève la vie.

  3. Demande. — Comment nommons-nous les actions qui font la vie plus large et meilleure ? Réponse. — Les vertus ; et celles qui diminuent et dégradent la vie, les vices.

  4. Demande. — De quels autres noms les nomme-t-on ? Réponse. — Le bien et le mal ; ce qui est moral et immoral ; ce qui est bon et ce qui est mauvais.

  5. Demande. — Comment apprenons-nous ce qui est le vice et ce qui est la vertu ? Réponse. — Par l’expérience ; par l’expérience accumulée de l’humanité autant que par la nôtre.

  6. Demande. — Est-ce par l’expérience que nous apprenons tout ce que nous savons du bien et du mal ? Réponse. — Absolument tout.

  7. Demande. — N’avons-nous pas besoin d’une révélation pour nous parler infailliblement du bien et du mal ? Réponse. — Non. Si nous ne savons pas discerner nous-mêmes le bien du mal, une révélation ne nous sera pas de plus d’utilité qu’aux animaux.

  8. Demande. — Par quelles autres preuves pouvez-vous montrer qu’une révélation n’est pas nécessaire pour les besoins de la vie morale ? Réponse. — Une révélation est seulement un accident, (1) tandis que la vie morale est une loi de la nature humaine.

  9. Demande. — Qu’est-ce qu’une loi ? Réponse. — Une obligation qui nous est imposée par une autorité supérieure. (2)

  10. Demande. — Qu’est-ce qui constitue l’autorité ? Réponse. — Le savoir supérieur, la bonté et la puissance.

  11. Demande. — Donnez des exemples. Réponse. — L’autorité du père sur l’enfant ; du maître sur l’élève ; de l’État sur l’Individu ; de l’Humanité sur l’État et de la Nature sur tout.

(1) Un événement qui arrive seulement une fois et sous des conditions irrégulières ou miraculeuses peut être qualifié d’accident. (2) Le mot « loi » s’emploie aussi dans le sens de relation ou d’un mode d’action constaté par l’observation.

                          *le monde sans Dieu*

12. Demande. — Qu’est-ce que la Nature ? Réponse. — La somme de toutes les forces qui entretiennent le mouvement du monde.

  1. Demande. — Pourquoi l’autorité de la Nature est-elle la plus haute de toutes ? Réponse. — Parce que c’est le premier et le plus ancien auteur de l’homme et son plus vieux maître.

  2. Demande. — Pourquoi faut-il obéir à la Nature ? Réponse. — Parce que nous avons appris par l’expérience des siècles qu’il le faut.

  3. Demande. — Qu’arriverait-il si nous n’obéissions pas ? Réponse. — Elle nous remplacerait rapidement par ceux qui lui obéissent.

  4. Demande. — Donc, nous n’avons pas le choix ? Réponse. — Pas le moins du monde.

  5. Demande. — Par quelle précaution la Nature a-t-elle incité à l’obéissance à ses lois ? Réponse. — Elle a lié l’action à la réaction, la cause à l’effet.

Réponse. — A chaque pensée, à chaque parole, à chaque action, la Nature a donné la même puissance qu’à la semence, — de croître et de porter le fruit que chacun comporte.

  1. Demande. — Quels autres moyens la Nature emploie-t-elle pour imposer l’obéissance ? Réponse. — Elle a logé en nous un représentant de

son autorité que nous pouvons appeler la « conscience ».

  1. Demande. — Veuillez l’analyser et la définir. Réponse. — La conscience est faite du mélange des voix du Passé et de celles de l’Avenir dans chaque individu. L’homme est un foyer de vibrations où convergent les expériences collectives et les tendances du Passé avec les espérances, les intuitions et les idéals de l’Avenir. La pression de l’un et l’aspiration de l’autre trouvent une voix en lui ; cette voix est la conscience. (1)

  2. Demande. — Est-ce là la définition communément acceptée ? Réponse. — Non. Bien des gens croient que la conscience est « la voix de Dieu dans les âmes » ; mais, comme cette voix n’est pas infaillible, on ne gagne rien à l’appeler « la voix de Dieu ».

  3. Demande. — Quelles autres théories de la conscience ont cours ? Réponse. — Quelques philosophes enseignent que la conscience est une faculté ou organe spirituel, distinct, dont la fonction consiste à distinguer par intuition le Bien du Mal. On admet aussi qu’il existe une loi morale, qui est éternelle et absolue, et dont les comman-

(1) Nos habitudes nous relient au passé, notre liberté à l’avenir ; le conflit entre l’habitude ou instinct et la liberté ou volonté est la lutte pour la suprématie entre le Passé et l’Avenir. L’homme est le champ clos de cette lutte. Le professeur Clifford définit ainsi la conscience : « Les instincts accumulés de la race coulant à flots dans chacun de nous, et débordant comme si l’océan était versé dans une tasse » — page 134.

                          *le monde sans Dieu*

dements sont impératifs, (1) mais tout ceci est de la spéculation métaphysique.

  1. Demande. — Quels sont les enseignements de l’évolution à ce sujet ? Réponse. — Que de même que l’œil s’est adapté à la lumière et l’oreille au son, avec tous leurs merveilleux mécanismes, de même les relations entre les hommes ont formé le sens moral par l’éducation et l’expérience des siècles ; et que la moralité est une faculté acquise comme le langage, la musique, l’amour et l’humanité.

  2. Demande. — Pourquoi devons-nous faire le bien, dans cette théorie ? Réponse. — Pour son utilité, sa beauté et sa joie.

  3. Demande. — Est-il obligatoire de faire le bien ? Réponse. — Oui, si nous souhaitons le bonheur de tous en même temps que le nôtre.

  4. Demande. — Quelle est la récompense de la bonté et de la justice ? Réponse. — D’être juste et bon. (2)

  5. Demande. — Mais devons-nous être justes et bons sans attendre ni récompenses ni châtiments de l’au-delà ? Réponse. — Si nous n’agissons pas ainsi, d’autres le feront, et par la loi de la survivance des plus aptes, c’est à eux qu’appartiendront la royauté, la puissance, et l’avenir.

(1) L’impératif catégorique de Kant a été comparé à un Dieu fait sur commande, un deus ex machina. (2) « Cherchez-vous une récompense plus grande que celle-là ? » (Épictète.)

  1. Demande. — Le bien est-il en croissance dans le monde ? Réponse. — A travers bien des oscillations en arrière et en avant, l’humanité progresse constamment quoique très lentement.

  2. Demande. — Pourquoi existe-t-il encore du mal et de la souffrance dans le monde ? Réponse. — Parce que nous n’obéissons pas à toutes les lois de la Nature.

  3. Demande. — Pourquoi ne leur obéissons-nous pas ? Réponse. — Principalement par ignorance.

  4. Demande. — Est-il juste que nous soyons punis de notre ignorance ? Réponse. — Oui, si c’est la seule manière pour nous d’apprendre à connaître et à observer ces lois.

  5. Demande. — Quelle chose nous est le plus nécessaire pour que nous-mêmes et le monde devenions meilleurs ? Réponse. — Le savoir ; car nous ne pouvons rien faire que nous ne sachions comment le faire ; et pour agir de la meilleure manière possible, nous devons savoir ce qui est conforme à notre bien suprême. (1)

(1) Le but de la science est le savoir et le but de l’art est l’action ; mais nous ne pouvons ni produire ni créer sans le savoir. Il est également sans intérêt d’insister sur ce qu’une philosophie exacte de la vie n’est pas nécessaire aux fins de la Vertu. Pensée ou Savoir sont la graine dont la Conduite est la fleur et le fruit. Il est vrai cependant que notre savoir s’améliore et s’accroît aussi souvent que nous « faisons » ce que nous « savons ». Charlemagne, dans une lettre à Sturm, abbé de Fulda, écrivait : « Quoique l’action soit meilleure que le savoir, cependant il est impossible d’agir sans savoir. »

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33. Demande. — Que fera encore le savoir ? Réponse. — Il emploiera les forces immenses qui croupissent actuellement dans l’ignorance ; il remplacera le préjugé par la sympathie, l’oppression et la rapacité par la justice et l’humanité, la guerre et l’effusion du sang par la paix et la fraternité.

  1. Demande. — Quel est le sauveur du monde, — le vrai Christ de l’humanité ? Réponse. — La Vérité ! qui est le plus parfait savoir que nous puissions posséder ; et la confiance qu’on peut compter sur ce savoir pour atteindre les fins les plus élevées de la vie.

  2. Demande. — Quelle est par conséquent la fin suprême de l’homme ? Réponse. — De chercher la sagesse suprême par la raison, et de pratiquer le souverain bien par la volonté, (1) et cela pour le bien de l’humanité.

(1) Giordano Bruno et de Tocqueville.

Chapitre premier. — Raison et Révélation … … . 13 Chapitre II. — La Révélation chrétienne … … . . 23

Chapitre VIII. — Les enseignements de Jésus … . . 72 Chapitre XVI. — La fin suprême de l’homme … … 128

Nous avons donné le bon à tirer après corrections pour deux mille exemplaires de ce onzième cahier le mardi premier mars 1904.

Ce cahier a été composé et tiré au tarif des ouvriers syndiqués.

IMPRIMERIE DE SURESNES (E. Payen administrateur), 9, rue du Pont. — 8603