V-16 · Seizième cahier de la cinquième série · 1904-05-20

Le congrès de Dresde, édition GASTON RAPHAEL

Charles Péguy

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AVANT-PROPOS

À défaut de renseignement direct et parmi les renseignements indirects les comptes rendus officiels sont particulièrement précieux ; non qu’ils soient particulièrement exacts ; au contraire ; mais parce que les déformations y appartiennent à un type connu ; et qu’ainsi l’interprétation peut se régler presque automatiquement ; tout le monde sait aujourd’hui que c’est que le langage officiel ; pour qui sait lire, ce langage est sensiblement le même dans tous les pays du monde ; l’intelligence du texte en est facilitée d’autant.

Le compte rendu officiel allemand du congrès de Dresde forme un épais volume in octavo de 448 pages très denses ; gris ; la première page de la couverture porte ce titre :

Protokoll ueber die Verhandlungen des Parteitages der Sozialdemokratischen Partei Deutschlands abgehalten zu Dresden vom 13. bis 20. September 1903 Preis 75 Pfennig Berlin 1903 Verlag : Expedition der Buchhandlung Vorwaerts (Th. Glocke in Berlin)

Le dimanche 14 août prochain doit s’ouvrir, à Amsterdam, le sixième congrès socialiste international ; ce sixième congrès socialiste international sera le deuxième de notre connaissance ; le premier, cinquième du nom, et que nos abonnés n’ont pas oublié, fut ce grand congrès de Paris 1900, l’un de ceux, le principal de ceux dont je dois le compte rendu ; en attendant ce compte rendu direct, nous avons eu la bonne fortune de publier de ce cinquième ou premier congrès un compte rendu qui avait le double avantage d’être sténographique et de n’être pas officiel : seizième cahier de la deuxième série, bon à tirer du mardi 13 août 1901, compte rendu sténographique non officiel de la version française du cinquième congrès socialiste international, tenu à Paris du 23 au 27 septembre 1900 ; un fort cahier de 216 pages et couverture, trois francs cinquante ; on se rappelle que les organisateurs internationaux ou si éminemment français du congrès, tout occupés à préparer pour le lendemain matin la révolution sociale universelle, ou peut-être à se jouer mutuellement de bons tours parlementaires politiques, car on était au temps où régnait l’unité, avaient négligé de retenir un sténographe ; le compte rendu des cahiers, sténographique, fut pris par nos sténographes assermentés, MM. Corcos frères, alors sténographes habituels du Parti socialiste français ; le texte fut revu par notre collaborateur Hubert Lagardelle ; notre collaborateur M. Sorel voulut bien revoir les épreuves et annoter ; ce compte rendu n’étant pas officiel, je n’ai pas besoin de dire qu’il présente toute garantie ; ainsi établi, ce cahier demeure le seul monument que nous ayons authentique d’un congrès qui fut important, moins par ses déclarations officielles que par ses élaborations sourdes ; je dois ajouter qu’en dehors des collections complètes il ne nous en reste plus que 108 exemplaires.

Sur tous les autres textes et documents, renseignements, notes et commentaires que nous avons publiés du mouvement socialiste dans nos cinq premières séries, je renvoie au catalogue analytique sommaire que nous préparons pour être le premier cahier de la sixième série ; ce sera la fonction de ce catalogue analytique sommaire que de présenter d’ensemble un énoncé de tous nos travaux, de toutes nos publications antérieures.

Au moment où va s’ouvrir le congrès d’Amsterdam, nous avons voulu donner à nos abonnés un exemple de congrès national allemand ; nos abonnés ne connaissent que trop, par eux-mêmes et par nos cahiers, ce que sont les congrès français et ce qu’est devenu le socialisme français ; il est bon, au moment où va s’ouvrir le deuxième grand congrès international qui sera de notre connaissance, que l’on ait un compte rendu d’un grand congrès national allemand ; nous avons pris naturellement le dernier congrès, le congrès de Dresde, tenu en septembre dernier.

Non seulement le socialisme français et le socialisme allemand forment deux parties capitales du socialisme international, mais le socialisme français et le socialisme allemand forment, en qualité, en nature, peut-être les deux types autour desquels se grouperaient, théoriquement, les différentes espèces que nous connaissons de socialisme dans le monde.

Le compte rendu allemand, sur qui nous avons travaillé, est un compte rendu officiel ; mais il est sténographique ; d’ailleurs, si de tous les comptes rendus indirects un compte rendu officiel est le moins aventuré, un compte rendu officiel vaut mieux qu’un compte rendu officieux.

Notre collaborateur Gaston Raphaël, traducteur juré de nos cahiers pour l’allemand, a pris le Protocole allemand ; il a traduit sténographiquement les parties sténographiques essentielles ; il a traduit analytiquement les parties de la sténographie qui admettaient l’analyse ; il a transporté les annexes, qui, dans leur sévère et ingrate uniformité apparente, sont d’une importance capitale, comme tout document premier, ennuyeux, non malaxé.

Nous avons mis en sept, c’est-à-dire en plus petits caractères, les parties sténographiques traduites sténographiquement ; nous avons mis en huit, c’est-à-dire en plus gros caractères, les parties sténographiques traduites analytiquement ; j’ai, sur le texte de Raphaël, établi une table analytique sommaire.

CHARLES PÉGUY

le congrès de Dresde

Réunion préparatoire

tenue le dimanche 13 septembre 1903 à sept heures du soir

« Depuis Halle (1) aucun congrès n’a vu plus de délégués que celui qui se réunit ce soir. La grande salle du Trianon semble presque trop petite pour la foule de ceux qui sont venus. Les délégués ont pris place à six grandes tables disposées en long et à de nombreuses petites tables. Dans le fond et sur les côtés de la salle se presse la masse des auditeurs ; des centaines de camarades qui désiraient entrer doivent être renvoyés car la salle est comble. Devant l’estrade sont assis à deux longues tables les représentants de la presse, qui en a annoncé environ soixante, et dans ce nombre quelques représentants de la presse étrangère.

« Le syndicat des tapissiers, pendant les heures que le travail laissait libres, avait orné la salle de la décoration la plus riche et du meilleur goût. Sur l’estrade où se trouve la table présidentielle, contre la muraille du fond : la statue de la Liberté, flanquée des bustes des premiers combattants, Marx, Lassalle, Engels et Liebknecht. Un bouquet de lauriers et de palmes entoure ces statues, au-dessus desquelles l’image du soleil levant annonce la paix universelle. Des branchages et des guirlandes de sapin, en même temps que des drapeaux, des emblèmes, des écussons ornent les murs et les colonnes de la salle. Marx, Saint-Simon et Hutten fournissent le texte des inscriptions destinées à faire souvenir et à encourager : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! — Souviens-toi qu’il faut de l’enthousiasme pour accomplir de grandes choses ! — Les esprits se sont éveillés ; c’est une véritable joie que de vivre ! »

(1) Congrès de Halle en 1890.

À sept heures précises commencent les délibérations. Kaden, au nom du comité local de Dresde, et Bebel, au nom du comité directeur du parti, souhaitent la bienvenue aux congressistes. On procède aux élections. Sont élus présidents à l’unanimité Singer et Kaden.

Singer prend la présidence. On nomme neuf secrétaires, ainsi qu’une commission chargée de vérifier les mandats des délégués.

On discute aussitôt les motions relatives (1) à la fixation de l’ordre du jour. Les motions 2, 3 et 6 ne réunissent pas un nombre suffisant de signatures. La motion 1 n’est pas adoptée. Singer annonce qu’une conférence des délégués prussiens aura lieu à l’issue du Congrès. La motion 5 n’a plus de raison d’être.

(1) Voir aux annexes la liste complète des motions et résolutions que le congrès devait discuter.

L’ordre du jour du congrès est fixé définitivement ainsi :

  1. Rapport du comité directeur : (1) a) généralités ; b) caisse ; c) collaboration de camarades à des organes bourgeois ; d) différend entre Bebel et la rédaction du Vorwaerts; e) question polonaise.

  2. Rapport des contrôleurs.

  3. Rapport sur l’activité parlementaire.

  4. Tactique du parti : a) élections au Reichstag ; b) question de la vice-présidence ; c) les tendances revisionnistes.

  5. Fête du Premier Mai.

  6. Le congrès international d’Amsterdam de 1904.

  7. Motions concernant le programme et l’organisation du parti.

  8. Autres motions.

  9. Élection du comité directeur, des contrôleurs et choix du lieu où se tiendra le prochain congrès. (2)

(1) Voir aux annexes certains renseignements extraits de ce rapport. (2) Dans le Protokoll allemand le compte rendu de cette séance préparatoire va de la page 136 à la page 145.

PREMIÈRE JOURNÉE

Lundi 14 septembre. — Séance du matin

À neuf heures un quart, le président Singer ouvre les débats. Il remercie les délégués étrangers, dont quelques-uns prennent la parole, et lit les télégrammes arrivés de différentes régions. On passe à l’ordre du jour.

I. — Rapport du comité directeur

a) GÉNÉRALITÉS

Pfannkuch, rapporteur. — Nous avons eu l’an passé à nous occuper surtout de la lutte contre les tarifs douaniers et des élections au Reichstag.

La lutte contre les tarifs a été surtout menée à Berlin. Mais dans tout le pays les camarades nous ont vaillamment soutenus.

La campagne électorale a été préparée dès le mois de mars. Il ne nous a pas toujours été facile de fournir des orateurs aux camarades qui en réclamaient, — parfois en termes trop polis. Il y a là une grosse difficulté et je pense que les motions demandant l’établissement d’une commission de propagande ne sont pas en mesure de modifier la situation. Nous avons aussi fourni des feuilles volantes autant que les camarades en demandaient. Mais là aussi nous aurions eu besoin d’être mieux secondés.

On nous a demandé de créer des secrétariats ouvriers du parti. Nous l’avons fait seulement dans les endroits où le socialisme n’a pas encore pris pied. Nous estimons qu’ailleurs les organisations locales doivent se charger de ce travail. Et je ne pense pas que le comité change d’avis.

Notre presse a pris un grand développement. De nouveaux journaux n’ont pas été fondés, mais les anciens ont vu s’accroître le nombre de leurs abonnés et de leurs éditions. (1)

Certaines motions concernent nos statuts d’organisation. On demande que le comité intervienne dans un délai fixé dans les différends qui surviennent entre camarades. Assurément il interviendra le plus tôt possible. Mais on ne peut lui imposer l’obligation d’intervenir dans un délai fixé.

Le comité croit avoir pendant l’année écoulée rempli sa tâche le mieux possible. (Approbation)

(1) Voir aux annexes.

b) — I — RAPPORT DU TRÉSORIER

Gerisch, rapporteur. — Je ne puis que souhaiter que la situation financière se maintienne égale à celle de l’an passé. (Hilarité et approbation)

Malheureusement beaucoup de circonscriptions ne m’ayant pas envoyé leurs comptes je n’ai pu donner partout des chiffres exacts, en particulier en ce qui concerne la presse. Mais en général la situation de notre presse est excellente. Nous comptons 550.000 abonnés (130.000 de plus que l’an passé, grâce aux élections). En chiffres ronds les abonnements ont rapporté 3 millions et les annonces 1.700.000 marks.

Quant à la caisse du parti, naturellement les recettes ne sont plus égales à celles qui ont précédé les élections. Mais il ne faut pas que la baisse se prolonge. Il nous reste encore de nombreuses dépenses à prévoir.

b) — II — RAPPORT DES CONTRÔLEURS

Meister, rapporteur. — Les contrôleurs ont eu à vérifier les livres et la caisse du parti et du Vorwaerts. Nulle part nous n’avons eu la moindre observation à présenter.

Les contrôleurs ont eu à s’occuper d’une lettre de Mehring demandant l’exclusion du camarade Berthold qui a écrit dans la Zukunft des articles indignes d’un socialiste. L’avis sur ce point fut unanime. Cependant la demande fut rejetée à égalité de voix pour et contre.

Nous avons dû également rejeter une plainte d’un mineur et d’un autre camarade. Nous n’avons pu encore statuer sur une plainte des camarades de Mulhouse et Strasbourg.

Au reste nous demandons d’accorder décharge pour leur administration aux personnes qui en sont chargées et à la direction du parti.

Après quelques observations de détail présentées par certains délégués et une réponse de Pfannkuch et Gerisch, la décharge demandée est accordée. (1)

c) COLLABORATION DE CAMARADES A LA PRESSE BOURGEOISE

Motions 7 à 16 qui ont réuni un nombre de signatures suffisant

Pfannkuch, rapporteur. — Je n’ai pas besoin de vous rappeler la plainte des camarades Heinrich Braun, Lily Braun, Heine, Goehre et Berthold ainsi que la réponse qu’y fit le comité directeur. (2)

Je vais compléter le dossier de l’affaire en vous donnant lecture des deux lettres suivantes :

Au comité directeur du parti socialiste d’Allemagne

Chers camarades !

La lettre du comité directeur du 28 février 1903 nous fait songer aux pratiques des ministères bourgeois. Il s’explique sur des points sur lesquels nous ne l’avions pas interrogé et laisse sans réponse la plainte que nous avions portée en réalité.

Nous nous sommes uniquement plaints de ceci : dans l’article de Kautsky paru dans le numéro 19, (1) on prétend de camarades qui, signant de leur nom, écrivent dans des organes non socialistes, qu’ils servent par là des visées et des forces adverses, et l’on y présente les choses de façon à laisser croire qu’ils font cause commune avec les attaques contre le parti, venues d’ailleurs et parues dans cet organe.

(1) De la Neue Zeit. De même l’article de Mehring.

Nous n’avons pas parlé des insinuations blessantes contenues dans l’article Concessionnards de Franz Mehring dans le numéro 16, parce que nous n’attribuons aucune importance aux injures venues de ce côté, du moins autant qu’elles ne menacent pas les intérêts du parti en tant que tel.

Nous avons écrit au comité directeur que nous voyions dans les passages indiqués de l’article de Kautsky, une supposition offensante et contraire à la vérité, contre laquelle nous portions plainte. Le comité directeur, à l’instar des ministres, passe sous silence l’unique question que nous lui avions soumise.

Quant à la déclaration du comité directeur, qui nous fut annoncée, puis publiée, sur la question de savoir si et quand un socialiste pouvait écrire dans des organes non socialistes, nous n’avions, nous, aucune raison de la solliciter. Nous avions déjà auparavant notre opinion là-dessus, que nous prenons la liberté de conserver.

Berlin, le 3 mars 1903.

Docteur HEINRICH BRAUN, LILY BRAUN, WOLFGANG HEINE, PAUL GOEHRE, A. BERTHOLD.

(Rires)

À cette lettre, le comité fit la réponse suivante :

A Monsieur le Docteur Heinrich Braun et compagnons.

Chers camarades !

Dans votre lettre du 3 mars courant, vous vous plaignez de ce que le comité, dans sa réponse du 28 février courant, ait passé sous silence la seule question qui lui fût soumise. Ce n’est pas parce que nous imitons les « pratiques des ministères bourgeois », — nous ne nous attendions vraiment pas à une telle insinuation, — mais parce que toute espèce de fondement faisait défaut à ce que vous considérez maintenant comme l’essence de votre plainte, que nous n’y avons pas touché.

Vous déclarez maintenant : notre plainte visait l’accusation de Kautsky contre des socialistes qui, signant de leur nom, écrivent dans des organes non socialistes et « servent par là des visées et des forces adverses », en second lieu, sa manière de présenter les choses qui laisserait croire que ceux-ci font cause commune avec les attaques dirigées dans ces organes contre le parti.

Kautsky n’a ni prétendu la première chose, ni présenté l’autre ainsi.

Pour commencer par la seconde, Kautsky a simplement déclaré dans le passage, qui seul peut entrer en considération, qu’un socialiste écrivant encore pour Harden, après des attaques comme celles que Harden a lancées contre notre parti, attire sur lui le soupçon que… etc. Et en ce qui concerne votre plainte capitale, Kautsky n’a pas prétendu comme vous l’écrivez, qu’ils « servent des visées et des forces adverses », mais a dit : « Mais il en va autrement pour les camarades qui se produisent ouvertement comme représentants et porte-parole de notre parti. S’ils travaillent dans la presse bourgeoise, ils le font là aussi comme représentants de notre parti, et il ne peut en aucune façon nous être indifférent de savoir quelles visées et forces ils y servent. » Cet exposé contient des choses qui se conçoivent si bien d’elles-mêmes que tout socialiste doit les approuver absolument du premier au dernier mot. (Vive approbation) Par suite, votre plainte est dénuée de tout fondement. En ce qui touche notre déclaration sur cette affaire, il est tout à fait indifférent que vous l’ayez souhaitée ou non. Seule fut décisive la question de savoir si, en présence de certains faits et phénomènes, cette déclaration était nécessaire dans l’intérêt du parti. (Très juste! Vive approbation)

Voilà tous les documents. On nous a bien compris et de nombreux journaux socialistes nous ont approuvés. Plusieurs camarades se sont adressés à nous pour savoir s’ils devaient continuer leur collaboration à des organes bourgeois.

Que la déclaration du comité n’ait pas plu aux plaignants, cela se conçoit. Braun prétend qu’elle porte atteinte à la liberté de pensée et qu’il eût été préférable de laisser au tact de chacun le droit de décider.

Sur ce point, les avis peuvent être partagés. Mais même si la déclaration du comité restreignait en quelque manière la liberté d’exprimer son opinion, il peut être dans certaines circonstances de l’intérêt du parti, — comme c’est le cas dans l’État, — d’accepter une fois et pour des raisons tirées du principe démocratique une telle restriction à cette liberté, lorsque des intérêts vitaux du parti sont en jeu. (Très juste!) Et l’on dit qu’il faut s’en rapporter au tact de chacun. Mais si selon le comité le tact individuel est en défaut, c’est bien le droit et dans certaines circonstances le devoir du comité d’exprimer cette opinion.

Après tout ce qui s’est passé et ce que je viens de lire,

je pense que la direction du parti aurait manqué à son devoir (Très juste!) si elle n’avait exprimé officiellement son opinion (Vive approbation) d’autant plus que la majorité des camarades avait attendu depuis longtemps une telle déclaration et l’avait en partie sollicitée. (Très juste!) Je vous prie donc de voter la motion 7 et de considérer le sort des autres comme tranché par ce vote. (Vive approbation) (1)

Segitz propose de permettre aux orateurs de parler plus de dix minutes. — Adopté.

La séance est levée à une heure.

(1) Protokoll, pages 158-162.

Séance de l’après-midi

La séance est ouverte à trois heures un quart sous la présidence de Singer.

Heinrich Braun, de Berlin. — Je suis homme de lettres. C’est pourquoi les discussions entre gens de lettres, — et cette histoire de collaboration n’est pas autre chose, — me sont odieuses. Nous avions expressément demandé au comité directeur de trancher lui-même cette question sans la rendre publique.

Car elle est fort compliquée. En fait, il n’est point depuis soixante ans de socialistes qui n’aient collaboré à des organes bourgeois. Marx comme Engels, Liebknecht comme Vollmar, Bernstein comme Kautsky l’ont fait. (Sensation) Je sais bien qu’on m’a répondu : Dans les organes dont il s’agissait, la chose était possible.

De même le comité, et d’accord avec lui, Monsieur le Docteur Franz Mehring… (Bebel : Monsieur le Docteur Franz Mehring!) Parfaitement, camarade Bebel, Monsieur le Docteur Franz Mehring! (Bebel: Monsieur le Docteur Heinrich Braun! — Grand tumulte)

Singer. — Nous devons nous appeler ici camarades. Vous n’avez pas le droit de faire d’exceptions. Mais vous pouvez nommer le nom tout court.

Heinrich Braun, continuant. — Le camarade Kautsky prétend que les organes en question n’exerçaient pas contre le socialisme une critique haineuse et perfide. Mais d’autres camarades ont contesté cette appréciation. Cela montre combien ces mots sont vagues et élastiques. A quels journaux s’appliquent-ils ? Le comité va-t-il établir une congrégation de l’index dressant chaque année une liste d’organes auxquels il sera interdit de collaborer ou qu’on ne devra pas lire ?

D’ailleurs, cette collaboration peut être utile au parti. De même qu’un socialiste prend la parole dans une réunion publique d’adversaires, de même un socialiste écrit dans un journal d’adversaires. Il ne sert pas la presse bourgeoise, mais se sert d’elle pour répandre les idées socialistes.

Voilà mon opinion sur le fond de la question. Mais cette affaire a un côté personnel. Toute la querelle est sortie de l’article de Franz Mehring… Franz Mehring a une certaine ressemblance avec le caméléon ; mais il se distingue d’autre part très nettement de lui. Lorsque le caméléon devient furieux, il change de couleur. Mais lorsque Mehring change de couleur, il devient furieux contre ses anciens amis. Harden était un de ces amis socialiste tendrement aimés. Rien d’étonnant à ce que Mehring, conformément à la manière de ce singulier caméléon, profite de toute circonstance, même la moins convenable, pour se venger de Harden. (Bebel : La comparaison vous fait honneur!) Soyez sans inquiétude au sujet de mon honneur. (Bebel : Et vous au sujet du mien!) Laissez-moi mon honneur et je vous laisse le vôtre !

Mais, me dit-on, c’est vous qui nous avez amené Mehring. Sans doute. Voici comment. Mehring avait été socialiste. Puis il avait indignement attaqué et quitté le parti. Lorsque je le connus, il semblait se repentir. Un soir, je devais faire un dîner avec Bebel et Singer à la suite d’un pari que nous avions fait. J’eus la donquichotterie de proposer d’inviter Mehring. Mais

jamais je ne l’aurais tiré du profond mépris où il était tombé (Rires) si j’avais connu entièrement son passé. Jamais les camarades ne souffriraient le terrorisme qu’exerce Mehring dans le parti s’ils connaissaient son passé. (Très vrai!) Et c’est seulement parce que, comme le renard, (S’adressant à Mehring) vous effacez vos traces qu’il vous est possible de vous maintenir ; votre terrorisme fait le reste. Comme personnalité littéraire, vous ressemblez à un chevalier sous son armure de fer qui semble invulnérable, sur qui les coups les plus habiles glissent inutiles. Et cependant cette armure, dont vous vous revêtez, n’est pas de fer, mais de carton couleur de fer. Quelques bons coups et sous cette armure apparaît non le pécheur repentant que vous jouez maintenant, mais un pénitent pas du tout contrit, dont la terreur fait claquer les dents. Vous ne vivez que du mensonge. (Grande agitation)

Je puis donner des preuves. Mehring a prétendu que la loi contre les socialistes l’avait ramené à la social-démocratie. Mais je puis citer des articles de lui écrits contre la social-démocratie, après sa prétendue rentrée dans celle-ci. (Braun lit quelques extraits.)

(Zubeil : Et cependant vous nous l’avez amené!) Je vous ai dit que si j’avais connu ces articles — (Bebel : Vous les avez connus!) Non. (Bebel : Vous les avez connus. Vous ne dites pas la vérité. — Cloche du président.Bebel : C’est cela qui était un mensonge.)

Singer. — Je prie instamment le camarade Bebel de cesser ses interruptions. La dignité du parti exige des débats tranquilles et objectifs.

Braun, continuant. — Je conteste à Bebel le droit de prétendre que j’ai connu ces articles. La personne qui me les a signalés est dans la salle. (Bebel : Inouï!)

J’en arrive à la conclusion.

Qu’est donc l’activité de Franz Mehring depuis plusieurs années? Est-elle autre chose qu’une excitation des camarades les uns contre les autres? (Très juste!) est-elle autre chose que l’excitation de notre parti contre les partis étrangers?… Il n’y a sans doute qu’un homme en Allemagne qui soit satisfait de cette activité provocatrice, destructrice, de Franz Mehring, c’est le ministre de police prussien. (Agitation) C’est pourquoi je dis : comme ennemi, vous n’étiez pas dangereux pour nous et nous ne le seriez pas si vous deveniez à nouveau notre ennemi. (Une voix : Vous aussi!) — Hilarité! Mais nous nous garderons contre vous, comme contre un ami menaçant de l’intérieur l’existence de notre parti. (Approbation et sifflets) (1)

Hoffmann, de Hambourg. — Je regrette que Braun ait mêlé l’affaire Mehring à la question générale. J’approuve la déclaration du comité. Le mal vient en grande partie de ces gens qui, arrivés tard dans le parti, (Une voix : Socialistes de salon!) veulent conduire alors qu’ils devraient encore être conduits. (Vive approbation) (2)

Kautsky. — Il ne s’agit nullement d’une discussion privée entre Mehring et Harden. C’est l’article de Bernhard qu’est sorti tout le débat. Bernhard disait dans cet article, intitulé : Morale de parti, que les chefs de notre parti pensent et parlent dans le privé autrement qu’en public. C’est moi qui ai connu le premier cet article et, indigné, l’ai signalé à Mehring en le priant d’y répondre. Et loin de redouter l’approche des élections, il était nécessaire d’y répondre avant les élections, sans quoi nos adversaires auraient eu la partie trop belle auprès des masses.

Pour le fond,

il ne s’agit pas de la liberté de pensée, mais d’une question de propreté publique. Représentez-vous qu’un camarade

(1) Protokoll, pages 162-171. (2) Protokoll, page 172.

eût le bon goût de monter sur un tas de fumier et de vouloir de là-haut haranguer le public ; n’aurions-nous pas le droit de lui dire : choisis une tribune plus propre. La liberté de pensée serait-elle menacée ? Assurément non. (Hilarité. — Approbation. — Une voix : Très spirituel !)

Or, il est impossible de comparer la Zukunft aux journaux dans lesquels écrivirent Marx et Engels et Liebknecht. Elle est plutôt ce tas de fumier. Après les articles qu’elle a publiés contre nous, on ne peut comprendre comment un socialiste ose encore y écrire. Jadis il eût été chassé du parti. (Vive approbation)

Braun a violemment attaqué Mehring. Mais c’est justement lui qui l’a ramené dans le parti et me l’a recommandé pour la Neue Zeit. Je l’ai reçu avec défiance, car j’estime qu’une saine défiance à l’égard de ceux qui nous viennent des partis bourgeois, à l’égard des intellectuels surtout, est de rigueur. Mais aujourd’hui Mehring a combattu depuis dix ans à nos côtés. Il mérite toute la fidélité que nous devons à un vieux camarade de combat. (Vive approbation)

Mehring est respecté par tous, même par nos adversaires, comme théoricien savant du socialisme. D’où vient donc qu’on l’attaque ?

Cela vient de ce que Mehring compte parmi ceux qui se sont élevés jusqu’à la notion du socialisme scientifique, et pour qui le programme n’est pas une simple formalité qu’ils acceptent afin de rester dans le parti, mais une vérité vivante dont ils se font les champions. (Vive approbation) C’est justement parce qu’il défend le programme même contre ceux qui attaquent notre tactique, qu’il s’est attiré la haine et les attaques de ces mêmes gens qui le célébreraient comme un héros de la pensée, s’il attaquait aujourd’hui le programme avec eux. (Approbation enthousiaste) Ces socialistes ressemblent aux individus qui après s’être querellés avec leur voisin vont dénoncer celui-ci pour un crime de lèse-majesté qu’il aurait commis autrefois.

Braun a dit que moi aussi j’ai écrit dans des organes bourgeois. Mais c’était à une époque où la presse socialiste n’existait pas. L’exemple de Liebknecht ne doit pas servir d’excuse. Braun ferait mieux d’imiter ses vertus que ses fautes.

Je m’étonne qu’il existe encore des gens pour croire à la légende d’une presse indépendante ou à l’action d’un article. La presse indépendante est une hypocrisie politique et les articles socialistes n’ont aucune action sur la bourgeoisie. On ne peut agir sur la classe bourgeoise que par des œuvres scientifiques. Donc ces articles ne sauraient être utiles. Mais ils peuvent être très nuisibles au parti. J’espère donc que le congrès votera la motion du comité. (Vive approbation) (1)

Edmund Fischer. — Je ne suis pas homme de lettres. Je n’ai jamais écrit une ligne dans les organes bourgeois. Je n’ai aucun intérêt personnel dans l’affaire. J’approuve en partie la motion du comité. Mais je suis indigné de la manière dont elle fut provoquée. Tout vient de Mehring. Kautsky a prétendu que la question était récente. C’est inexact. Depuis longtemps des socialistes écrivaient dans des journaux bourgeois. Kautsky lui-même a accepté comme collaborateur à la Neue Zeit un antisémite Hans Leuss, condamné dans la suite pour faux serment. Le comité aurait eu depuis longtemps l’occasion de sévir. Mais le besoin de propreté date du jour où Adler (de Vienne) publia dans la Zukunft un article contre Mehring. C’est lui, — ce personnage qui provoquerait l’indignation des ouvriers s’ils connaissaient sa vie, — qui pour des raisons personnelles a fait de cette affaire une affaire d’État.

Je ne voterai pas pour la motion du comité, parce qu’elle conduit à des injustices. Elle atteint d’excellents et pauvres socialistes qui vivent de comptes rendus qu’ils donnent aux journaux bourgeois. Si l’on ne peut écrire pour la Zukunft, on ne doit pas le pouvoir davantage pour aucun organe bourgeois. En réalité on ne peut trancher la question d’un coup. Il faudrait une décision dans chaque cas particulier. (Approbation et sifflets) (1)

Beyer, de Leipzig, reproche à Fischer d’avoir entraîné la discussion plus que jamais sur le terrain personnel. Cette belle indignation de Fischer aurait dû se manifester plus tôt. Quant à Mehring, dit-il,

les ouvriers qui eurent affaire à lui savaient ce qui en était ; mais ils se sont dit qu’une évolution toute naturelle s’était produite chez lui. (Une voix : Il a mué deux fois !)

Aussi bien vaut-il mieux se développer de droite à gauche que de gauche à droite. Et même si des socialistes ont collaboré autrefois à des organes bourgeois, aujourd’hui les choses ne peuvent continuer ainsi. L’article sur la morale de parti représente les ouvriers comme un troupeau de moutons. (Très juste ! — Bebel s’écrie : C’est ce qui a été écrit de plus violent !) Il faut que cela finisse. (Approbation) (2)

Clara Zetkin. — On a dit que la motion du parti avait causé une profonde émotion. Elle n’a fait que déchaîner une tempête dans le verre d’eau de quelques gens de lettres. Dans le parti on s’est simplement indigné que la question pût être posée.

On a dit qu’il s’agissait d’un débat entre gens de lettres. C’est inexact. Il s’agit de savoir s’il est permis à un socialiste de collaborer à la revue de Harden, et ensuite s’il lui est permis de collaborer en général à un organe bourgeois.

A la première question il faut répondre non. Cette revue est telle que non seulement un socialiste mais encore un honnête homme ne peut y écrire. (Approbation enthousiaste) D’ailleurs les articles parus dans cette revue ne peuvent, quoi qu’on en dise, influer sur les bourgeois. De plus elle fait partie de cette presse dite indépendante

qui a exactement à remplir la même mission que l’église au service de la bourgeoisie, à savoir empoisonner la conscience de classe du peuple des travailleurs.

Elle est d’autant plus dangereuse qu’elle pénètre sous le masque du faux ami dans les milieux ouvriers. Nous considérons comme une honte de s’y abonner. Est-ce pour permettre d’y collaborer ?

La seconde question est une question de tactique. Au fond la question se pose ainsi : pouvons-nous nous entendre avec la société bourgeoise, la gagner, ou devons-nous la vaincre ? On la discutera plus tard. Nettement favorable à la seconde hypothèse, je me contente pour l’instant de dire ceci :

Si le temps, la force, le talent que l’on dépense à persuader peut-être tel ou tel bourgeois que nous ne sommes pas d’aussi mauvais diables qu’il le croyait, si l’on voulait, dis-je, employer le même temps, la même force, le même talent à révolutionner les masses, au lieu de deux ou trois camarades flous venus de la bourgeoisie, on gagnerait des centaines de milliers de véritables combattants. (Approbation enthousiaste. Applaudissements) (1)

Adolf Hoffmann, de Berlin. — D’après Fischer l’on pourrait croire que l’on discute la question : péchés de Mehring, Braun et compagnie. La question est autre. Mehring a été coupable, c’est vrai. Mais il a fait pénitence. Et s’il a péché ce n’est certes pas une raison pour l’imiter. Il s’agit non de tout cela mais de savoir

si un camarade peut être rédacteur à un organe adverse et s’il peut en cette qualité occuper des postes d’honneur dans le parti.

Ainsi Bernhard, rédacteur à la Morgenpost, aurait pu,

étant donnée l’inintelligence d’une grande partie des camarades,

être élu député. Quelle bonne affaire pour la Morgenpost.

Et quelles difficultés entraîne cette situation pour la presse socialiste. Aux camarades qui recherchent des abonnés on répond : Eh ! mais la Morgenpost coûte moins que le Vorwaerts, et des socialistes y écrivent. Pourquoi prendre le Vorwaerts? Le congrès ne peut souffrir cela plus longtemps.

Et quels sont les articles que la presse bourgeoise accepte ? Ceux qui peuvent causer de l’embarras aux socialistes et que les adversaires nous opposent toujours. Les écrivains libres se réclament de Liebknecht. Que ne s’inspirent-ils de son esprit au lieu d’imiter ses défauts ? Il est très juste de faire remarquer avec quelle rapidité les intellectuels venus à nous veulent passer chefs.

J’estime beaucoup les intellectuels, — Liebknecht en était un aussi, — qui viennent à nous pour travailler avec nous, mais non pour nous jeter sans cesse des bâtons dans les roues et jouer au commandant parmi nous… Il est temps que nous disions à ces camarades : usez donc la substance grise de votre cerveau à critiquer nos adversaires… Si vous ne le pouvez pas, alors il vaut mieux, je le déclare franchement, que vous nous épargniez votre présence. (Vive approbation. Applaudissements. Sifflets)

La masse des ouvriers n’est pas avec eux. Leur départ n’amènerait aucune scission. (Approbation enthousiaste et prolongée) (1)

Stadthagen. — Jusqu’à un certain point je ne suis pas d’accord avec la proposition du comité, car elle ne me semble de loin pas aller assez avant… Si nous l’acceptons, c’est bien le moins que nous puissions faire dans l’intérêt du parti.

La nécessité d’une telle résolution est prouvée par la conduite même de Braun et de Fischer. Après la correspondance qu’a lue Pfannkuch, on peut bien dire qu’il n’existe dans les partis bourgeois aucun document où la simple vérité soit ainsi déformée. C’est inouï. Par contre ces gens écrivent pour la Zukunft,

cet ignoble organe, des articles qu’on ne peut appeler ni socialistes, ni moraux, mais infiniment malpropres.

La Neue Zeit a protesté là contre de la façon la plus aimable et la plus douce.

Et si l’on porte plainte contre cet article de la Neue Zeit, c’est cela qui est une atteinte à la liberté de pensée, comme il ne peut s’en produire de plus grave dans le parti. Vous agissez comme les réactionnaires qui suppriment la liberté en prétendant la défendre.

Si le comité avait publié cette plainte, peut-être bien que certains électeurs eussent pensé différemment sur leurs candidats.

Je ne sais d’ailleurs comment on peut adresser des reproches à Mehring, qui s’est élevé au prix de tant de peines jusqu’au socialisme. Il est faux également de prétendre que c’est lui qui a tout mis en mouvement. Autrefois déjà, la commission de propagande avait, à l’unanimité, refusé d’inscrire Bernhard parmi ses orateurs. Et avec raison. La besogne que font les camarades dans la presse dite indépendante ressemble à une trahison. En tout cas il est impossible de leur donner des postes de confiance.

Ils prétendent pouvoir agir utilement par leurs articles. Ils ne réussissent qu’à accréditer dans le public la croyance à une double tendance qui existerait dans le parti. Il est impossible de leur accorder des postes de confiance. (Bebel, s’adressant à Bernhard : Comment peut-on avoir confiance en vous?!) C’est une infamie que de supposer la social-démocratie capable d’agir ainsi.

Braun, par la manière de son discours, par ses réponses mouvementées à des interruptions qui n’ont pas eu lieu, m’a fait songer à Thérèse Humbert. (Hilarité) Seul le bouton de culotte a manqué. (Grande hilarité) Vous n’avez même pas pu fournir un bouton de culotte à l’appui de vos plaintes contre l’oppression de la liberté de pensée. Il s’agit évidemment, sous prétexte de faire place à la liberté de pensée, de supprimer dans le parti la liberté de pensée au profit de ceux qui veulent se rapprocher des partis bourgeois.

Ceux-là s’intitulent revisionnistes. En réalité ce sont ceux que les partis bourgeois mènent par le nez, dont ils se servent pour jeter la discorde dans le parti. Ils les couvrent d’éloges et accablent d’injures leurs adversaires. Bien des circonscriptions électorales auraient simplement chassé de tels camarades. Le comité va moins loin. Il ne demande que le minimum indispensable si l’on veut éviter une scission. (Vive approbation) (1)

La discussion est remise au lendemain.

Victor Adler, de Vienne, demande la parole au sujet d’un détail relatif à Liebknecht. Si celui-ci a écrit dans un journal bourgeois de Vienne, c’est qu’il ignorait au juste la tendance de ce journal. Cette erreur de Liebknecht ne saurait être un argument contre l’établissement d’une règle en cette matière. (2)

Singer donne connaissance de télégrammes de félicitations.

Fin de la séance à sept heures du soir.

DEUXIÈME JOURNÉE

Mardi 15 septembre. — Séance du matin

Singer ouvre la séance à neuf heures un quart et salue le camarade docteur Studer, membre du conseil national suisse. Allocution de Studer.

Avant de passer à l’ordre du jour on entend le rapport de la commission chargée de vérifier les mandats des délégués. 320 camarades prennent part au congrès. 263 sont délégués par les divers groupements, 57 y assistent de droit en qualité de députés au Reichstag, contrôleurs, membres de la rédaction du Vorwaerts et de la Neue Zeit. 314 mandats sont inattaqués. Les autres sont presque tous déclarés valables sur la proposition de la commission. Celui de Bernhard est annulé parce qu’il lui a été donné dans des conditions irrégulières. Toutefois le camarade Bernhard aura le droit de prendre part à la discussion. (1)

On revient à l’ordre du jour : Collaboration de camarades aux organes bourgeois. La résolution 120 déposée depuis est incorporée à la discussion.

Ulrich, d’Offenbach. — Il ne s’agit pas d’une querelle de gens de lettres, mais de graves désordres survenus dans le parti. Deux questions ont été discutées hier : celle de la collaboration et celle du linge sale lavé ici.

A la première question il faut répondre nettement par la négative. De tels procédés ne peuvent que nuire au parti.

La seconde partie n’est que le prolongement de querelles qui durent depuis longtemps. La responsabilité des scènes d’hier revient en partie aux chefs et aux camarades qui acceptent facilement les intellectuels et leur donnent des postes de confiance. Il y a là un abus contre lequel il faut donner des armes au comité directeur. La motion 7 n’est pas assez précise ni assez énergique. La motion 16 serait préférable. Votons en tout cas la motion 7. Elle ne mettra sans doute pas fin aux désaccords, mais elle sera le commencement d’une action salutaire. (Vive approbation) (1)

Docteur Quarck, de Francfort-sur-le-Mein. — Quelle triste impression la discussion d’hier doit-elle avoir faite sur les auditeurs. Après notre victoire de trois millions de voix nous n’avions rien d’autre à faire que d’écouter les incroyables maladresses de Braun et consorts ! (Très juste !) Je ne souscris même pas à ce qu’a dit la camarade Zetkin, que j’approuve pour le reste, une tempête dans un verre d’eau ; non, il ne s’agit même pas d’une tempête dans un verre d’eau, mais de beaucoup moins, d’une mare berlinoise, dirais-je presque. ( Approbations et protestations)

Les ouvriers ne s’en soucient guère. Il ne s’agit que d’une misérable querelle de gens de lettres berlinois. Ce sont des procédés de police, auxquels on ne s’attendait guère dans le parti.

En ce qui concerne la collaboration, la grande majorité pense qu’on ne saurait l’interdire trop formellement. L’exemple des anciens ne peut excuser les erreurs d’aujourd’hui. Et lorsqu’on reçoit de l’argent d’une force ennemie, on ne se sert pas d’elle, mais on la sert.

En ce qui concerne les intellectuels, il y a lieu de se défier de ceux qui viennent à nous avec éclat. Ils doivent prendre leur place dans le rang comme les autres. D’ailleurs, le comité n’est-il pas un peu coupable, qui leur donne plutôt des postes d’honneur que de travail, alors que le travail ne manquerait pas pour eux ? Quant à la résolution 120 qui prétend leur imposer un stage dans le parti, c’est une absurdité.

La résolution du comité elle-même est beaucoup trop élastique. On sent que Auer, absent du comité ce jour-là, n’a pas participé à la rédaction. Elle conduirait à une sorte d’inquisition et de mise à l’index.

Toute la question est une question d’instinct démocratique, lequel doit être développé, non de haut en bas, mais de bas en haut. Dresser de nouvelles tables de lois ne peut avoir qu’un succès passager et ne fait qu’embrouiller l’affaire. Fortifiez le mouvement démocratique par le bas, en lui confiant, conformément à la résolution de Berlin II, la première décision dans le cas douteux. (1)

Zubeil, de Berlin. — Il ne s’agit pas d’une mare berlinoise mais d’un symptôme grave dans le parti. Il faut agir. Il ne faut surtout à aucun prix adopter la résolution de Berlin II. Elle pourrait s’intituler résolution Bernhard. Tout dépendrait de l’influence personnelle d’un camarade dans une organisation locale.

Ce qu’ont dit Fischer et Braun de Mehring est incroyable. Comment pouvaient-ils ignorer son passé, et ignorer que ce passé était connu des ouvriers?

Braun s’est indigné de l’ukase du comité, publié en pleine campagne électorale. Mais c’est lui qui, par ses articles, reproduits par la presse de chefs-lieux d’arrondissement, a causé les plus grandes difficultés aux socialistes.

C’est pourquoi nous ne devons pas prendre de mollasses résolutions, mais montrer nettement qu’il n’y a point de place chez nous pour ceux qui ne veulent pas se soumettre. (Très juste!)

Quarck a dit que l’on pourrait occuper les intellectuels à rédiger des feuilles volantes. Mais nous en aurions bientôt qui nous prouveraient l’existence de Dieu. Non, il n’y a qu’un moyen : mettre ces camarades parmi les autres et les éprouver.

C’est pourquoi je ne puis que vous demander d’adopter la résolution de Brême. (Vive approbation) (1)

Bernhard, de Berlin. — Le qualificatif d’intellectuel pourrait ne pas m’atteindre, car je puis prouver que j’ai été longtemps commis dans un magasin. Mais je l’accepte. Par contre, je ne puis laisser dire que je suis venu au socialisme d’un autre parti. Je n’étais rien avant d’être socialiste et, depuis que je le suis, j’ai fait mon devoir comme les autres. Il faut que mon article ait été bien gauche pour qu’on pût y trouver tout ce qu’on y a lu.

C’est pourquoi je déclare franchement qu’aujourd’hui je suis d’avis qu’il eût mieux valu ne pas l’écrire et que je n’écrirai plus d’articles semblables. (Bravo! et rires)

Mon intention était d’ailleurs de repousser certaines attaques dirigées contre le parti. J’ai droit à une interprétation loyale de mon article. Lorsque la critique de Mehring a paru, j’y ai répondu par une simple note, rectifiant son interprétation. Je ne songeais pas à soulever la question de principe de la collaboration aux organes bourgeois. C’est l’article de Mehring qui a montré qu’on voulait faire de mon article une affaire d’État. On prétend maintenant que la question occupait les ouvriers depuis longtemps. C’est inexact. Ils ne l’ont pensé qu’après la déclaration du comité. Et j’ai toujours trouvé qu’ils désiraient une décision particulière dans chaque cas particulier.

Lorsque j’ai demandé à entrer dans le parti, je n’ai pas caché ma situation. On m’a répondu que je pouvais comme tout autre travailler dans une entreprise bourgeoise, à condition de ne pas écrire contre le parti. Plus tard seulement, la commission de propagande a refusé de m’inscrire sur la liste des orateurs. Malgré cela, je n’ai pas cessé, pendant la période électorale, de parler, de faire de la propagande partout, même dans les circonscriptions de Zubeil et de Stadthagen.

Si j’ai protesté contre les reproches qui m’étaient adressés au sujet de mon article, c’est qu’ils émanaient de Mehring. Personne ne songe à entraver son activité dans le parti, quoi qu’en ait dit Kautsky. Mais si quelqu’un n’a pas le droit de parler sur la morale, c’est lui. Non seulement il a changé deux fois d’opinions, écrit des attaques les plus violentes contre la social-démocratie (Ici des extraits d’articles de Mehring qui font sensation dans le congrès) mais il a été lié avec Maximilian Harden, lui a demandé de fournir du travail au socialiste Schoenlank, et l’assurait de son amitié. Il lui envoyait même, le 11 septembre 1892, ce mot :

Si vous trouvez jamais opportun ou nécessaire de régler vos comptes avec Schoenlank, adressez-vous en toute confiance à moi. Je connais le moyen d’apprivoiser l’animal. (Sensation)

Je ne reproche pas ces choses en elles-mêmes à Mehring, mais bien d’avoir recours, aujourd’hui comme jadis, au mensonge. Et, chose plus grave, lorsque, revenu à la social-démocratie il a écrit pour elle, il a eu l’audace d’insérer, dans sa nouvelle brochure, des passages d’articles écrits jadis contre elle, en remplaçant simplement un mot par un autre, comme par exemple « vrai » par « faux ». (Citations)

Dans la résolution du comité, les mots « critique haineuse et perfide » sont malheureux. Pour ma part, mon tact politique ne m’a pas dit que je ne devais plus écrire d’articles de politique commerciale dans la Zukunft. Et la seconde partie de la motion est encore plus malheureuse. Elle divise les camarades en camarades de première et deuxième classe. Si l’on m’avait conseillé de ne pas me mettre en avant, je l’aurais fait. Mais imposer cette mesure à tous les camarades qui se trouvent dans ma situation, c’est les déclasser. D’ailleurs, qu’appelle-t-on occuper un poste de confiance ? Être orateur du parti ? Mais alors je fais remarquer que le camarade Pfannkuch se plaignait de la pénurie d’orateurs surtout pendant la période électorale. De plus

si l’on va jusqu’aux dernières conséquences on ne pourrait pas conseiller aux ouvriers de l’État des usines à contrôle sévère d’entrer dans le parti (Vives protestations) car au moment où la chose se saurait, ils entreraient en conflit avec le parti ou bien avec le syndicat. (Nouvelles protestations)

Si l’on a vu un tel conflit dans mon article, il fallait m’en rendre responsable et non supposer d’une manière générale que les journalistes le résoudraient au détriment du parti. Et si l’on ne veut pas qu’ils écrivent dans la presse bourgeoise, il faut tâcher qu’ils trouvent à s’occuper dans la presse socialiste sans craindre d’être brusquement renvoyés. Je n’ai jamais refusé de travailler pour le parti soit dans mon domaine de la politique commerciale, soit par la propagande. (Approbation) (1)

La discussion est suspendue.

Les camarades de Dresde ont invité le congrès à une promenade en vapeur sur l’Elbe, annonce Singer. Le congrès se montre peu disposé à perdre une journée entière. Sur la proposition Singer, la réponse définitive est ajournée.

Fin de la séance à une heure un quart.

Séance de l’après-midi

Trois heures un quart. Présidence de Singer.

La commission de vérification des mandats signale qu’à Mulhouse, par suite d’une division entre les socialistes de là-bas, deux mandats ont été donnés. La commission propose d’en annuler un. — Adopté.

On revient à l’ordre du jour. Une nouvelle résolution, portant le numéro 128, a été déposée.

Bebel. — Plusieurs orateurs se sont plaints de la longueur du débat actuel. De nombreux camarades ont éprouvé des sentiments de malaise et de dégoût. Je les comprends. Mais ce débat, cette opération étaient nécessaires. Il est impossible que dans un organisme aussi grand que la social-démocratie allemande, certains phénomènes morbides ne se produisent pas. Mais quel que soit le dégoût que l’on éprouve à porter le bistouri dans de semblables abcès, l’opération est indispensable. Et la social-démocratie a sur les autres partis, qui sont tous plus atteints qu’elle, l’avantage de faire ces opérations au grand jour.

Si l’on veut dire que la question actuelle est secondaire je répondrai que c’est une erreur. Les nombreuses résolutions présentées prouvent que tout le parti la considère comme importante. L’article de Bernhard n’a fait que fournir l’occasion de réagir contre un état de choses ancien et intolérable. Ce fut l’opinion du comité. De là sa déclaration.

Que la formule trouvée par lui ne soit pas parfaite, c’est possible. Le camarade Quarck a prétendu que Auer, absent du comité ce jour-là, en eût trouvé une meilleure. Je n’en sais rien. Mais qu’il emploie-t-il sa puissance critique à la trouver lui-même cette formule. Si lui ou un membre du congrès la trouve, nous nous sommes déclarés prêts à l’adopter. Jusqu’ici personne ne l’a trouvée. La motion 8 des camarades de Berlin II est superflue, puisqu’il va de soi que l’organisation locale devra toujours décider en première instance. Afin d’éviter toute fausse opinion ou interprétation, je vous prie donc de la repousser. De même la résolution 16. Sans doute elle est nette, concise et tranchante. Mais il s’agit de savoir si elle atteint tous les cas et si ensuite elle ne vous amènerait pas à commettre des injustices.

Dans la pratique, il faut examiner chaque cas. Ainsi, dans l’affaire Bernhard (dont on n’a pas voulu faire une affaire d’État, quoi qu’il en ait dit) nous savions qu’il collaborait à la Berliner Morgenpost. Bien que ce journal soit le principal concurrent du Vorwaerts (ce qui serait bien aussi une manière d’envisager la question), nous avons estimé à l’unanimité, que, pour l’instant, il n’y avait pas lieu de prier Bernhard de cesser sa collaboration.

Mais il en va autrement pour la Zukunft.

Comme l’un des plus anciens parmi vous je déclare ceci: il y a quelques années j’aurais tenu pour impossible qu’il existât des éléments tombés moralement assez bas (Approbations enthousiastes) pour écrire jusque dans ces derniers temps dans la Zukunft, et entretenir encore avec Monsieur Maximilian Wittkowski-Harden certaines relations amicales. (Nouvelles approbations enthousiastes)

Si Bernhard et d’autres camarades comme Braun, Lily Braun, Goehre, Borchardt publient leurs attaques (Ici une citation) contre le socialisme dans la Zukunft, c’est sans doute parce que leurs articles y sont mieux payés que dans la presse socialiste. Car la Zukunft n’est qu’une spéculation financière très habilement menée.

Et il faut vraiment manquer de tact, de conviction socialiste (Très juste!) pour se laisser prendre par ce Harden, dont le passé ressemble à celui de certaines dames (Une voix : oh ! oh !) — Qui dit oh ! oh !? — et se mettre à la remorque de ce séducteur, parmi la longue traînée de ses collaborateurs.

Lors de la fondation de la Zukunft, Harden envoya une circulaire à Engels, Liebknecht et moi pour solliciter notre collaboration. Engels, se trouvant en Angleterre, répondit par un refus poli. Liebknecht et moi nous ne répondîmes pas. En 1893, je lus dans la Zukunft deux articles odieux contre la social-démocratie. J’écrivis alors à Harden pour lui demander comment il avait eu le toupet de solliciter notre collaboration. Il me répondit qu’il ne comprenait pas ma colère et avait voulu simplement mettre à ma disposition une tribune libre. Je l’envoyai définitivement promener. De là les coups qui, de temps en temps, me sont administrés par la Zukunft. Je ne me suis pas soucié de ceux-là plus que des autres.

Et que ne m’a-t-on pas fait avaler dans ces derniers temps, (Très bien ! hilarité) que n’a-t-on pas dit du sénile Bebel, du vieux bourgre qui est incapable d’avoir encore une idée sensée, (Hilarité) qui, dans le parti, est devenu la risée des enfants. (Grande hilarité) Je n’ai fait qu’en rire. (Très bien!)

Je vais vous livrer un secret de famille : Il arrive souvent que l’on m’envoie ces articles et que je les lis le matin pendant que je prends mon café avec ma femme. Je lui dis alors : tiens, Julie, voilà encore un article d’insultes furieuses ; étonnant, très amusant. Ma femme est prise de curiosité, — nous sommes curieux aussi nous autres hommes, — elle veut lire l’article et elle se fâche. (Très grande hilarité) Je lui dis : ne dis donc pas de sottises, je ne fais qu’en rire. Et en effet cela m’amuse, car je sais alors que j’ai raison. (Vive approbation) Mais lorsque je reçois des éloges, je me gratte l’oreille et me demande : es-tu dans le bon chemin ? (Très juste!)

Je reviendrai tout à l’heure sur les deux articles de la Zukunft. Pour l’instant, je voudrais parler de Mehring. Je suis un de ceux qui le connaissent depuis le plus longtemps. Je l’ai connu à la fin des années soixante alors qu’il était jeune et démocrate. Puis je l’ai perdu de vue. Lorsqu’en 1878, parut sa brochure contre le socialisme et certains socialistes,

je me dis : Voilà une énigme psychologique, et jusqu’à cette heure j’ai trouvé en lui des séries d’énigmes psychologiques.

Ces attaques nous furent très sensibles par suite de leur forme extraordinairement adroite, — Mehring est en ce sens l’un des plus brillants sinon le plus brillant écrivain de l’Allemagne jusqu’à cette heure, — et aussi parce que ces attaques devaient donner l’impression qu’elles contenaient beaucoup de vrai.

Puis vint la loi contre les socialistes avec tous ses terribles effets… Aujourd’hui encore, après que toutes les persécutions ont passé sans m’avoir nui, lorsque ma pensée se reporte à ce petit état de siège, lorsque je me représente comment nous reçûmes l’ordre de nous rendre au bureau de police, comment nous fûmes, tels des criminels, mis sous la toise et mensurés, comment nous fûmes photographiés et obligés de déguerpir dans les trois jours, je ne l’oublierai jamais de toute ma vie. Et si je devais vivre jusqu’au jour où je pourrais dire à ceux qui vivent encore : maintenant je vais vous faire voir comment vous avez agi, — je le ferais. (Approbations enthousiastes. Applaudissements prolongés)

Puis vint la victoire de 1881 malgré la loi. Ce fut sa mort sinon effective, — elle dura encore neuf ans, — du moins pratiquement. Elle fut moins pratiquement appliquée. A ce moment parurent dans la Weserzeitung des correspondances de Berlin. On y parlait avec compétence de la social-démocratie et on la défendait contre les menées policières. De qui étaient ces articles ? De ce même Franz Mehring. Et je me trouvai de nouveau devant une énigme psychologique. En 1883-84 et années suivantes, Mehring entra à la Volkszeitung de Berlin et défendit encore avec plus de chaleur la social-démocratie.

En 1888, Braun vint me trouver au Reichstag, me proposa de me mettre en relations avec Mehring, et d’inviter celui-ci à un dîner que nous devions faire ensemble à la suite d’un pari. Il prétend maintenant qu’à cette époque il ne connaissait pas le passé de Mehring.

Non, Heinrich Braun, vous l’avez connu, vous connaissiez ses articles, vous connaissiez sa brochure. Vous saviez très exactement ce que cet homme avait fait, et c’est un honneur pour vous, — je vous en tiens un très grand compte, — de l’avoir malgré cela amené à nous. Comment pouviez-vous vous permettre d’inviter Mehring au dîner, sans vous être assuré qu’il était prêt à y venir ! (Très juste!) Comment pouviez-vous venir me poser cette question ? J’affirme sous serment ce que j’ai dit ici. Je laisse à vous et à tous les camarades le soin de prononcer le jugement sur Heinrich Braun et moi. (Braun : Mais seulement après que j’aurai parlé !)

C’est encore Braun qui a introduit Mehring dans la rédaction de la Neue Zeit. Il écrivit à Kautsky, absent de Berlin. Celui-ci eut des scrupules. Braun répondit : adresse-toi à Bebel. Kautsky m’écrivit alors et je lui répondis :

Après que Mehring s’est depuis six ans converti de nouveau au socialisme, et qu’il se repent, comme j’en suis persuadé, de ce qu’il a fait jadis contre nous, applique, toi aussi, le beau précepte de la Bible : un pécheur qui fait pénitence est plus agréable au Seigneur que quatre-vingt-dix-neuf justes.

Et c’est ainsi que depuis 1888 Mehring collabora à la Neue Zeit. Et l’on ne peut guère reprocher qu’une chose à sa collaboration : les attaques personnelles, même contre des amis de la veille, auxquelles il a le tort de se laisser entraîner par la passion.

Après la chute de la loi sur les socialistes, je proposai à Dietz d’écrire une histoire du parti. Mais après deux années de travail, je m’aperçus que mes occupations ne me permettraient pas d’arriver au bout. J’acceptai avec empressement l’offre que fit Mehring d’écrire cette histoire. Il l’a écrite. C’est une œuvre admirable, à qui on ne peut reprocher aussi que des attaques d’animosité personnelle contre certains individus, et une fausse appréciation du rôle de Schweizer.

Pour moi je n’écrirai pas une histoire du parti, mais un livre sur mes souvenirs, que j’ai commencé cette année. C’est l’un des travaux que je me propose de faire à Kuessnacht, où je ne dors pas. (Hilarité) Donc j’ai commencé ; je ne sais quand viendra le dernier chapitre, mais il viendra. Je tiendrai bien jusque-là. (Vives approbations) Je ne songe pas à mourir (Nouvelles et vives approbations) et je ne deviens pas non plus paresseux. (Approbations enthousiastes et prolongées) J’espère réserver encore, s’il est nécessaire, à mes chers amis et ennemis maint mauvais quart d’heure. (Grande hilarité. Vive approbation)

Puis Mehring, — sans parler de son activité de journaliste où le bon se mêle au mauvais, — a entrepris la publication des œuvres posthumes de Marx.

Là tout ce qu’on peut blâmer dans les autres ouvrages est évité, (Très juste!) c’est un travail hautement scientifique, et lorsque Braun, Fischer, Bernhard, etc., seront oubliés depuis longtemps, les œuvres d’un Mehring seront encore considérées dans la littérature allemande comme une grande action. (Vive approbation) C’est ma conviction sincère et loyale que je soutiens à la face de tous.

Bernhard a lu ce matin la lettre au sujet de Schoenlank. Elle est profondément regrettable.

Je sais bien que Schoenlank et Mehring étaient les amis les plus intimes, inséparables comme les frères siamois. Puis soudain la rupture et finalement des attaques terribles contre Schoenlank. C’est de nouveau ce moment psychologique (Hilarité) dont j’ai parlé. Qu’on me comprenne bien : un très, très désagréable moment psychologique, une action que je ne puis pardonner à Mehring, je le déclare carrément, si au cours de la discussion il n’est pas en mesure de donner des explications suffisantes. (Vive approbation) Je défends Mehring où je crois pouvoir en toute conscience le défendre, mais la lettre sur Schoenlank est quelque chose qui répugne violemment à tous mes sentiments, me blesse très gravement, et pour quoi le moment psychologique peut servir d’explication mais non d’excuse. (Approbation)

Je crois m’être assez étendu sur la question Mehring. Je regrette d’être obligé d’éprouver encore quelque temps votre patience, mais je me sens en ce moment, je ne veux pas dire dans le rôle du procureur, mais de celui qui doit dans le plus grand détail expliquer pourquoi nous nous occupons de ces questions. Il faut que j’examine quelques articles de la Zukunft. Il s’agit tout d’abord de l’article : les rouges prima donna, du 26 novembre 1892, où les chefs du parti, comme le titre l’indique déjà, sont raillés de la manière la plus abominable, et en première ligne Liebknecht, Singer, Auer, moi et Vollmar, — Vollmar en était encore à cette époque. — (Hilarité)

(Suivent des citations.) D’autres articles du même genre parurent à des intervalles inégaux. Avant d’écrire dans cette revue, on avait donc le devoir de s’informer sur la Zukunft,

puis le devoir d’envoyer, comme je l’ai fait, un coup de pied moral à monsieur Maximilian Harden-Wittkowsky, dans une certaine partie de son individu. (Hilarité et approbations enthousiastes)

Le 22 novembre 1902 Harden publia un article intitulé Obstruction, où il prend vivement à partie les socialistes et loue le comte de Bülow.

Cela fut écrit en novembre de l’année passée, à ces heures de notre combat le plus pénible contre la majorité du Reichstag. Et si même tous ceux qui collaboraient à la Zukunft, Lily Braun, Bernhard, Goehre, Borchardt (Une voix : Stroebel aussi), — on crie Stroebel aussi. Je n’en sais rien, mais je ne crois pas que dans ces dernières années il ait travaillé à la Zukunft, — n’avaient pas su quelle était la Zukunft en 1893-94, ce qu’elle a écrit en 1902, vous l’avez tous lu, tous sans exception, et celui qui avait encore quelque sentiment d’honneur, comme femme, homme et comme camarade, celui-là devait se dire : tu t’es laissé entraîner à complaire à ce Harden, et voici qu’il insulte notre parti de la façon la plus vile, maintenant il faut briser avec lui et lui jeter sa collaboration au visage. Mais qu’a-t-on fait ? Rien du tout. (Vives exclamations de mépris et autres exclamations) On s’est tu, on a travaillé à la Zukunft et empoché l’argent. Le parti devait se laisser insulter. Et maintenant je le demande à chacun de vous : Quelle sentence morale mérite celui qui dans de telles circonstances a le courage de continuer à écrire pour la Zukunft ? (Une voix : le fouet. — Approbation enthousiaste et prolongée. Applaudissements) C’est là le point décisif, c’est de cela qu’il s’agit. Je veux oublier et pardonner tout ce que la Zukunft a écrit en 1892-93 et années suivantes contre nous, mais non ce qu’elle écrivit en 1902 aux jours les plus pénibles du combat soutenu par le groupe parlementaire contre un monde d’ennemis. Et dans ce grand moment historique pour le parti, pendant ce combat qui a rapporté à notre parti tant d’honneur et de dignité qu’aucun autre auparavant, il y a parmi nous des traînards qui attaquent le parti par derrière en soutenant une telle feuille de leur collaboration, en lui donnant de la considération morale, afin qu’elle pût continuer à combattre et salir le parti. (Cris : Fi !) Une telle conduite ne mérite à mon sentiment qu’un vigoureux fi ! (Approbations enthousiastes. Applaudissements et sifflets) Je suis depuis plus de quatre décades dans la lutte politique ; je n’ai pas toujours été socialiste et pendant un certain temps j’ai combattu le socialisme aussi ardemment que je l’ai répandu depuis. Mais mon honneur n’a été jamais jusqu’à cette heure souillé de la moindre tache de rouille. (Approbation enthousiaste, longtemps prolongée) Et je veux révéler à ceux que cela regarde un secret, si c’est là un secret. Les adversaires disent toujours : le vieux Bebel, il n’y a rien à faire, il a les masses derrière lui. Pourquoi donc a-t-il les masses derrière lui? *Parce qu’ils sont obligés de leur dire : il a commis mainte bévue, fait mainte bêtise, s’est parfois laissé entraîner par son tempérament, mais même dans sa bêtise il fut toujours l’honnête homme. (Approbation enthousiaste) Par ses fautes mêmes il a cru servir le parti, et on ne peut le toucher. (Vive approbation) Et si vous, que cela regarde, vous voulez avoir la même influence, eh bien! faites comme moi. (Approbation enthousiaste. — Agitation) Je regrette beaucoup d’être obligé de dire ces vantardises, — comme on les appellera sans doute dans la presse adverse. — Mais lorsqu’on fut, et lorsqu’on est encore comme moi l’objet d’attaques personnelles, il faut bien parler une fois, lever les voiles et dire comment il se fait que les choses sont ainsi. Elles sont ainsi, parce que toujours je me suis tenu honnêtement sur le terrain de la lutte de classe, parce que je suis aujourd’hui encore d’accord avec ces masses d’où je suis sorti.

Et mon expérience me permet de vous dire : éprouvez bien tout camarade nouveau, mais éprouvez deux et trois fois les intellectuels. Il ne faut pas les repousser : nous avons besoin de leur intelligence et de leur savoir. Mais précisément parce qu’ils sont intellectuels, leur premier devoir est de s’informer auprès des prolétaires comment pensent les masses qui savent mieux qu’eux de quoi il s’agit dans la lutte du prolétariat.

C’est donc une grave question que vous débattez.

Je vous en prie, je vous en prie à genoux, ne prononcez pas un jugement hâtif, mais demandez-vous d’abord comment il se fait qu’une chose semblable ait pu arriver, comment il se fait que tout d’un coup, avec une violence de forces élémentaires, que le parti n’avait pas connue, non pas sur un signal venu d’en haut, mais de bas en haut, la colère et l’indignation se soient fait jour. Dans la misérable question de la vice-présidence, la colère et l’indignation sont montées depuis les masses jusqu’en haut ; (Vive approbation) les masses se sont dit : nous avons livré un combat si glorieux, nous sommes devenus plus puissants que jamais, des temps difficiles, très difficiles, nous attendent, et lorsque certains messieurs arrivent avec cette question d’intérêt spécial pour eux, — ceux-là n’ont aucune espèce de sentiment pour ce que pense et sent vraiment la masse. (Approbations enthousiastes longtemps prolongées)

Qu’on ne vienne pas me dire : vous vous trompez, méfiez-vous des provocateurs, des gens qui vous entourent. (Grande hilarité) C’est moi qui suis le premier et le vrai provocateur. (Très grande hilarité) J’ai trouvé Mehring et Kautsky trop doux. Je reprocherai même longtemps à mon ami Kautsky d’avoir supprimé quelques paroles à mon article. (Nouvelle hilarité) On a parlé d’éviter l’agitation dans le parti. C’était impossible. On a perdu en partie le contact avec les masses, on ne les connaît plus. Partout ce fut une indignation générale. Il s’agit de savoir jusqu’où il ira. Il dépend beaucoup de certaines gens qu’elle reste dans des limites raisonnables. En tout cas le parti aura l’œil ouvert désormais, et ne se gênera pas pour laver la tête à ses chefs, dès que quelque chose lui déplaira dans leur conduite.

Quant à l’article même de Bernhard celui-ci l’a rétracté aujourd’hui même. Il serait cruel d’insister. Car on ne saurait être plus piteux qu’il ne le fut. Qu’est-ce qu’un socialiste qui écrit un article dont il n’a pas mesuré toute la portée ?

Oui, mais ce n’est pas tout, cher camarade Bernhard ! il ne suffit pas que vous disiez : je n’écrirai plus d’article semblable ; je vous demande si vous voulez encore écrire des articles pour la Zukunft ? (Bernhard : Non !) Je suis heureux d’entendre cette bouche, et moi aussi je dis ici : un pécheur qui se repent m’est plus agréable que quatre-vingt-dix-neuf justes ! (Vive approbation et hilarité)

Je me doutais de votre intention d’après votre discours. Mais je voulais un non formel, afin que Harden ne pût pas vous remercier. Vous voyez combien je suis votre ami. (Hilarité)

Et je puis bien vous le dire : votre article renfermait des principes tout à fait dangereux. Vous avez rétracté, vous êtes hors de cause. Mais d’autres pensent comme vous.

Vous disiez en parlant de la masse : « A des enfants aussi les parents et maîtres taisent bien des choses qu’ils voient en réalité, sans qu’ils soient cependant traités de menteurs. Le pédagogue politique ne doit pas oublier que la majorité du troupeau du parti vit avec des conceptions nées des sentiments de la masse, vit dans un stade d’enfance, mais que l’on ne peut se passer de cette masse pour le combat… » Et plus loin : « Et lorsqu’elle est formée, lorsque chacun des individus qui en fait partie a atteint une conception plus ou moins précise de la fin et du but de sa vie, est-ce que les chefs doivent par des scrupules et des doutes détruire ce sentiment de bonheur, et replonger dans l’existence anonyme de la masse des hommes dont la vie commençait à avoir un sens, sous prétexte que ces chefs ne peuvent supporter les sentiments de mauvaise humeur qu’éprouve leur âme de cultivés, obligés à ne pas dire toujours toute la vérité et à taire bien des choses ? » Les âmes de cultivés des chefs qui se taisent devant la masse, qui laissent tomber des accents de vérité de la vie qu’ils le jugent bon, mille tonnerres, je me suis dit : c’est inouï ce que l’on jette là au visage du parti. Celui qui expose de tels principes ne peut de par le droit rester plus longtemps dans le parti. (Très bien et approbations enthousiastes)

Je voulais demander l’exclusion de Bernhard. J’accepte sa rétractation et n’ai plus de raison d’agir. Mais d’autres pensent comme lui.

On parle beaucoup du terrorisme des chefs, mais dans aucun parti il n’existe moins de terrorisme des chefs que dans la social-démocratie, et il est juste, il est nécessaire qu’il en soit ainsi. Celui qui chez nous veut être chef, doit agir comme veut le parti et non comme il le veut. (Approbation) Il doit exécuter ce que la masse cherche à obtenir, ce qu’elle sent et pense. Ils sont les ouvriers du parti, non les généraux et les chefs qui disent : je marche en tête et vous devez nous obéir. Ceux-ci ne le souffriraient pas. Encore une fois il faut tirer les choses au clair, un scandale tel que la collaboration à la Zukunft doit cesser, ne doit plus se produire, et c’est pourquoi je prie ceux-là aussi qui n’approuvent pas tout à fait la rédaction du comité, de se dire : nous devons la voter dans l’intérêt du parti. On a prétendu à plusieurs reprises, et les explications de Heine ne disaient pas autre chose, qu’il s’agit de restreindre la liberté de pensée. Eh ! que diable, si c’est cela la liberté de pensée, le droit d’écrire dans n’importe quel organe sans considérer les intérêts du parti ! (Heine : Mais je n’ai pas encore parlé du tout sur cette question !) Déjà dans mon article j’ai exposé que cela ne serait plus du socialisme mais de l’anarchie. (Vive approbation) Cessons alors d’être un parti. Pas d’unité dans le parti, mais de l’union, dit Heine. Non, union et unité ! Sans union pas d’unité ! (Approbations enthousiastes) Sans unité de but, pas d’union, pas d’enthousiasme pour le combat. (Très bien !) Aucune possibilité de mettre en ligne, de mener au combat les régiments, brigades et corps d’armée, de remporter des victoires, quand nous en avons remportées, et comme nous voulons en remporter de nouvelles, quand bien même tout un monde d’ennemis se lèverait contre nous ! (Approbation enthousiaste et longuement prolongée) (1)

Docteur Michels, de Marbourg. — Après les paroles de Bebel prononcées avec une ardeur si juvénile, j’ai peur de les miennes ne paraissent séniles. Cependant je voudrais insister sur deux points. La résolution du comité n’est pas applicable. On pourrait collaborer aux organes scientifiques ? Mais où se séparent la science

(1) Protokoll, pages 210 à 229.

et la politique ? N’y a-t-il pas des sciences réactionnaires, comme l’économie sociale bourgeoise ?

En ce qui concerne la conversion des intellectuels je comprends qu’il ne faille pas leur confier aussitôt les premiers postes. Mais je ne pense pas que la défiance doive être, comme on l’a dit, le premier de nos principes.

La défiance est digne d’une secte, non d’un grand parti. (1)

La suite de la discussion est renvoyée à mercredi.

Singer annonce qu’il a reçu une demande de vote nominal sur la question.

Fin six heures.

(1) Protokoll, page 229.

TROISIÈME JOURNÉE

Mercredi 16 septembre. — Séance du matin

La séance est ouverte à neuf heures un quart. Présidence de Singer.

Ledebour, de Berlin. — Il me semble qu’on ne peut plus apporter d’éclaircissements à cette affaire. Seuls ceux qui ont été attaqués personnellement ont encore besoin de parler. Je prie tous les autres orateurs de renoncer comme moi à la parole.

Werner, de Berlin II, renonce à la parole.

Heine, de Berlin. — Bien que n’étant pas directement attaqué j’ai été mêlé au débat. Je vous prie de m’accorder quelques instants d’attention.

Auparavant un mot au camarade Adolf Hoffmann. Il a prétendu que pendant la campagne électorale nos adversaires lui avaient opposé des articles des revisionnistes, entre autres des miens. Je n’ai jamais écrit dans un seul journal bourgeois. Je ne me suis jamais occupé que d’études juridiques ou de polémiques avec nos adversaires. Le congrès d’Erfurt a décidé que lorsqu’on accusait un camarade d’une incorrection on devait prouver ou rétracter. J’attends que Hoffmann fasse l’un ou l’autre.

J’arrive à la question elle-même. On a parlé de la longueur des débats. Les uns ont dit qu’ils étaient inutiles, d’autres, comme Bebel, très graves. Je suis de son avis. Mais si on l’avait laissé parler le premier, les douze ou quinze orateurs précédents eussent été inutiles. Je déclare que je voterai contre la résolution du comité parce qu’elle est insuffisante. Je suis loin d’approuver ni la collaboration à des journaux bourgeois, ni l’article de Bernhard. Mais je voterai cependant contre parce qu’il est impossible d’établir ici une règle générale.

Je proteste contre une parole de Bebel qui a prétendu que bien des chefs pensaient comme Bernhard.

Pour moi je ne connais aucun camarade qui approuverait de tels principes… Et dans un article de la Sozialistische Monatschrift paru le mois avant celui de Bernhard, j’ai montré que le parti de la social-démocratie n’est pas fait par les chefs mais par les masses, et que nos adversaires s’imaginent à tort qu’il en va chez nous comme chez eux.

Hier ont été dites sur cette question bien des paroles graves et importantes. Personne ne pourra se soustraire au souvenir de ce que nous avons vécu. Nous avons eu le pathétique de l’accusation, le pathétique du repentir, le pathétique de la condamnation, le pathétique du pardon… Mais permettez-moi d’ajouter quelques mots.

Pour juger en connaissance de cause Bernhard lui-même, il faut ne négliger aucune circonstance. Il ne faut pas oublier que son article, maladroit et condamnable, témoignait d’une bonne intention : il voulait défendre le parti. De plus Bernhard est jeune et, même comme journaliste, il est resté honnête.

Il convient aussi, dans un parti qui aime la justice et la vérité, de dire quelques mots pour la défense de Harden. Il existe bien des gens que Mehring ayant une psychologie compliquée. Il faut donc être prudent. Je suis loin d’approuver la politique de Harden non seulement contre nous mais encore contre tous les partis. Je condamne le ton haineux et personnel de ses critiques. Mais en soi, l’idée de fonder en Allemagne une tribune libre était défendable.

Troisième point. Bebel a fait allusion à l’un de mes articles où je réclamais Liberté de pensée et unité d’action. Cela ne signifie point que le premier adversaire venu puisse s’intituler socialiste et que nous devions le respecter.

Je demande seulement qu’un parti qui compte trois millions d’adhérents soit dans les détails tolérant et accorde la plus large liberté de pensée.

Dans l’action politique il est évident qu’il faut être uni et que la minorité doit se soumettre à la majorité dans toutes les questions tactiques et non se séparer d’elle. C’est ce que nous avons toujours proclamé.

Nous acceptons la tactique du parti. Nous ne voulons pas suivre notre propre chemin, mais celui du parti, et nous nous considérons comme liés par les décisions du parti. (Bravos isolés) (1)

Goehre. — …Puis vint dans le discours de Bebel une troisième partie, dans laquelle il a jeté à la face de tous les camarades qui ont collaboré à la Zukunft, et à la mienne en particulier, les plus graves offenses (De nombreuses voix : Très juste ! Grande agitation) qui à ma connaissance aient jamais été dans un congrès jetées à la face de camarades. (De nouveau : Très juste ! — Avec raison !) Vous dites : avec raison ! Nous allons en causer… Je n’ai à parler que de la troisième partie et je vous rappelle les paroles prononcées par le camarade Bebel aux applaudissements d’un grand nombre de camarades, après qu’il eut caractérisé la Zukunft et l’article publié par elle pendant la discussion douanière. Il a dit textuellement : « On s’est tu, on a continué de travailler à la Zukunft, et empoché l’argent. (Grande agitation) Le parti devait se laisser insulter, et maintenant je le demande à chacun : quelle sentence morale mérite celui qui dans de telles circonstances continue à écrire pour la Zukunft ? » Il a dit encore : « Les Braun et les Goehre, qui avaient un cet article de combat, auraient dû avoir honte. » (De nombreuses voix : Très juste ! — Stadthagen :* Faites-le rétrospectivement !) — Grande agitation), — A vous je ne réponds pas, camarade Stadthagen : leur honneur aurait dû les retenir, (Vive approbation) non seulement leur honneur de parti, mais leur honneur d’hommes publics. (Plusieurs délégués crient à haute voix : Très bien !) Ils se sont consciemment fait payer par monsieur Harden, ils sont des irréguliers du parti, fi sur eux ! (De nombreuses voix : Très juste ! Très bien !) Je précise les choses. Et c’est de cela qu’il s’agit pour moi. Par ces attaques mon honneur a été traîné de la façon la plus ignominieuse dans la boue non seulement devant le congrès, non seulement devant tout le parti allemand, mais devant tout le monde où pénètre cet discours. (Vive agitation) Et j’ai le devoir, si je veux continuer à me respecter moi-même, de protester contre ce traitement. (Très bien !) C’est pourquoi vous devez me permettre, dans ce moment décisif pour moi, de jeter un court regard en arrière sur mon passé. (Grande agitation. — Cris : Vous socialiste ! — Interruptions prolongées)*

Singer. — Je prie à nouveau de cesser les interruptions qui entravent les débats.

Goehre, continuant. — Mon passé public date de 1890 et depuis je n’ai cessé de défendre les intérêts prolétariens. J’ai travaillé trois mois dans une usine. J’avais l’intention de rester ouvrier. Lorsque je redemandai une place de pasteur le consistoire saxon me la refusa indirectement à cause de ma brochure : Trois mois d’usine (Drei Monate Fabrikarbeiter). J’en obtins une à Francfort-sur-l’Oder. Au bout de six mois l’armée boycottait mon église. Malgré la défense supérieure, j’allais dans les réunions publiques,

car je ne me soucie d’aucune autorité, quand je crois être dans le vrai.

(Agitation)

On m’appelait le pasteur des ouvriers. Je reçus blâme sur blâme, des punitions disciplinaires. Je m’en allai. Je fis d’abord de la politique sociale. Puis je devins socialiste. Lorsqu’en 1899 j’allai trouver Bebel pour lui annoncer mon projet, je lui disais en même temps que je désirais rester quelques années dans l’obscurité. Je n’y réussis pas. Mes compatriotes de Chemnitz me demandèrent de leur raconter dans un discours comment j’étais devenu socialiste. Mon discours eut un grand retentissement, fut imprimé et 500.000 exemplaires furent vendus comme brochure de propagande. Est-ce de ma faute ? Est-ce cela se mettre en avant ? Et lorsque l’on me proposa un siège au Reichstag devais-je refuser ? Si je n’avais pas travaillé on aurait dit : Voyez cet intellectuel : il est dans le parti, mais il ne fait rien. Et maintenant on dit : voyez cet intellectuel, comme il travaille, comme il se pousse en avant !

Qui donc peut en examinant ce passé, trouver une tache sur mon honneur ? Qu’il se lève et qu’il parle. Moi aussi j’ai fait des sacrifices ; je n’ai pas été en prison (Une voix : Ça viendra) mais à ma manière, — je dis cela même au risque d’être soupçonné de me vanter, dans cet instant c’est mon devoir de le dire, — à ma manière j’ai fait moi aussi des sacrifices. J’ai perdu ma profession et mon traitement, j’ai perdu ma situation sociale, j’ai perdu en partie ma famille, mais jusqu’à hier je n’avais pas perdu mon honneur. (Approbation) Il était réservé au camarade Auguste Bebel de le traîner dans la boue aux yeux de tous.

Et pourquoi ? Parce que j’ai écrit quatre articles dans la Zukunft depuis quatre ans que je suis socialiste. Et de quoi traitaient ces articles ? Deux d’entre eux traitaient des questions religieuses. « La religion est chose privée », dit notre programme. Aussi n’ai-je jamais, quoi qu’on en ait dit, fait de propagande religieuse dans le parti. J’ai toujours combattu l’Église, qui ne représente pas vraiment la religion, mais n’est qu’un phénomène de l’État de classe. Mais j’ai le droit, d’après le programme même, de soutenir mes idées religieuses. Ne pouvant le faire dans la presse du parti, j’ai cherché au dehors un organe et n’en ai point trouvé de meilleur que la Zukunft. D’ailleurs, comme je parlais de la banqueroute prochaine de la religion actuelle, n’était-ce pas en quelque sorte parler en faveur du parti ?

Le troisième article portait sur les coopératives de consommation. Le congrès de Hanovre a décidé qu’elles formaient un terrain neutre. J’ai donc bien le droit d’en parler. J’opposais d’ailleurs les comités de surveillance des coopératives à ceux des banques bourgeoises, — c’était peu après les krachs saxons, — et ma conclusion était tout à l’éloge des premiers.

Le quatrième, mais le premier en date, n’était autre que mon discours de Chemnitz répandu à 500.000 exemplaires. Et voyant que Harden acceptait cet article, je me suis dit : Voilà une tribune dont je pourrai me servir, d’autant plus que dans la Zukunft je ne suis responsable que de ce que je signe.

Est-ce un crime ? Hier on a estampillé cela un crime. Sans doute, chez Mehring, vous avez là une énigme psychologique ! (Très bien !) Et chez Liebknecht, que je vénère profondément, une telle collaboration était une bêtise qui n’était là que pour être faite. Chez nous c’est un crime ! (Bebel : Très juste !) Le camarade Bebel dit : très juste. (Bebel : Parfaitement, très juste !)

Je reconnais d’ailleurs que si j’avais connu tout le passé de la Zukunft je n’y aurais pas écrit. C’est une faute. Mais si je suis coupable, c’est de légèreté, non de perfidie.

D’ailleurs,

si Bebel s’était tellement inquiété de cette question dans l’intérêt du parti, pourquoi ne m’a-t-il pas appelé au printemps dernier ? (Bebel : Très bien ! je ne suis pas un maître d’école !) Vous l’avez bien été hier !… Camarade Bebel vous savez quels étaient mes sentiments envers vous, (Bebel : Je ne sais rien !) avez quelle adoration je levais les yeux vers vous. (Exclamations de Bebel) Je ne dis pas cela pour gagner votre bienveillance, camarade Bebel, mais parce que c’est la vérité. Il eût été le devoir de Bebel, qui hier s’est donné le rôle de gardien du parti, de m’avertir, moi qui suis un intellectuel venu on ne sait d’où, qui n’ai point de contact avec le prolétariat et ne sais pas ce qu’est la lutte de classe! (S’adressant à Bebel) Vous auriez dû faire mon éducation sur ce point. Si vous ne l’avez pas fait, ou bien c’est que vous n’attachiez pas tant d’importance à l’affaire, (Très juste !) ou bien même ceux qui pourraient concevoir le soupçon, qu’on avait réservé toute l’affaire jusqu’à aujourd’hui, afin de tendre pour ainsi dire un piège, dans lequel on tombe (Cris : oh ! oh ! — Grande agitation)* et sur lequel on ferme la trappe. (Grande agitation) Je ne dis pas que je le prétende, cela est d’ailleurs indifférent. Les choses ne sont plus dans cet état, mais dans un état beaucoup plus grave. Les discours de Hoffmann, Zubeil et Bebel m’ont clairement montré ceci : on veut me sacrifier, moi et quelques autres camarades, afin de conserver Mehring au parti. (Rires et grande agitation. — Approbation. — Bebel crie : Quelle folie des grandeurs !)… Et je serais vraiment dénué d’honneur, je n’aurais pas la moindre parcelle de sentiment démocratique, si, camarade Bebel, je ne ripostais pas à cette attaque contre mon honneur, si je ne disais pas : même un chef de parti, qui salit l’honneur d’un homme irréprochable d’aujourd’hui, afin de couvrir un ami, dont l’honneur est aux yeux de beaucoup chiffonné depuis longtemps, même ce chef de parti, oui, lui seul, mérite que l’on dise sur lui ! (Agitation. — Approbations isolées) (1)

Hoffmann, de Nowawes, renonce à la parole. (Bravo)

Seger, de Leipzig. — Permettez à un ouvrier de dire comment il envisage la question. Les intellectuels ont fait là une excellente réclame à Harden. Goehre prétend n’avoir jamais fait de propagande religieuse. Cependant, à une fête syndicale, il a dit aux ouvriers de ne pas se laisser enlever leur Sauveur. C’est Auer qui couvre toujours les intellectuels. La collaboration à un organe bourgeois ne peut se comparer à un discours dans une réunion adverse. L’argument de la restriction à la liberté de pensée est une hypocrisie. Ce congrès augmentera notre dégoût des intellectuels.

Docteur Heinrich Braun. — Après les innombrables attaques dirigées contre moi, il faut que je reprenne la parole. Je puis parler en toute franchise de la Zukunft puisque, malgré des invitations répétées, je n’y ai jamais publié une ligne. Ma femme était décidée à ne plus y écrire. Elle n’y eût peut-être jamais écrit si la Neue Zeit n’avait refusé ses articles. Pour être juste il faut reconnaître que la Zukunft est une revue à laquelle collaborent des notabilités de tous les pays. Et jusqu’à ce congrès on n’avait pas reproché aux socialistes d’y collaborer.

Pour Bebel, je ne comprends pas comment il a pu, en couvrant Mehring de couronnes de laurier, ôter leur honneur à un certain nombre de camarades. J’attends que lorsqu’il aura reconnu sa faute, il la répare selon son habitude. Jusque-là, il vaut mieux ne pas parler de ce pénible incident.

Je passe à l’affaire Mehring. Je fais remarquer tout d’abord que je ne suis pas responsable de ce débat. Je voulais éviter la publicité. Si j’ai pris la parole, c’est parce que j’avais été à maintes reprises provoqué. Bebel m’a reproché de n’avoir pas dit la vérité. Il prétend que je connaissais bien Mehring lorsque je l’ai ramené au parti.

Je n’ai jamais prétendu que ceci : Je connaissais assurément le passé de ce Franz Mehring, mais je ne connaissais pas son passé tout entier ; car, si je l’avais exactement connu, je n’aurais jamais tendu la main pour tirer Mehring de la boue.

Bebel et Kautsky m’ont reproché d’avoir moi-même introduit Mehring dans la Neue Zeit. C’était un peu par donquichottisme, par exagération du sentiment de justice. Mais aussi parce que je pensais qu’on pouvait utiliser son talent.

Si Kautsky veut se souvenir et communiquer sincèrement ses souvenirs… (Violentes interruptions. — Cris : Insinuation) Camarade Stadthagen, vous n’avez pas besoin de vous faire l’avocat de Kautsky. (Cris : Vraiment ? — Kautsky et d’autres :* C’est honteux ! — Cri :* Faiseur de scandale!) C’est honteux pour toi, Kautsky. (Grande agitation. — Cloche du président)

Singer. — Je prie de cesser les dialogues.

Braun, continuant. — Si Kautsky veut se souvenir, il nous dira que je lui ai recommandé Mehring comme collaborateur précieux, mais à condition que le rédacteur en chef le tînt dans certaines limites. Au contraire, Kautsky lui a littéralement livré la Neue Zeit. C’est un tort.

Singer. — Cela n’a plus de rapport avec le sujet. Il ne s’agit pas de l’activité de Mehring à la Neue Zeit. (Très bien !)

Braun. — Cependant Bebel et Kautsky m’ont reproché de l’y avoir introduit.

Singer. — Vous avez le droit de réfuter ce reproche, mais une critique de l’activité de Mehring n’a point de rapport avec le sujet. (Très bien !)

Braun. — Alors je passe. J’ai dit à plusieurs reprises que les camarades avaient été péniblement impressionnés de voir l’édition des œuvres posthumes de Marx confiée à Mehring. N’avait-on pas Conrad Schmidt ou Bernstein pour la faire ? Bref, les paroles de Bebel ne modifieront pas le jugement qui a été porté sur Mehring. Il est au pilori et Bebel ne l’en fera pas descendre.

Ces débats ont duré assez longtemps. Je ne veux point répondre à toutes les attaques dirigées contre moi. J’arrive à la conclusion. Selon moi, la discussion a eu ce résultat que les différends sont dans l’essentiel effacés. Bernhard a avoué son tort. Lui, Goehre et d’autres, cessent leur collaboration à la Zukunft. Ce n’est pas sur l’ordre de Bebel, comme diront nos ennemis, mais dans l’intérêt du parti. Et c’est pourquoi je conteste une autre parole de Bebel prétendant que le désaccord est dans le parti. Nous nous plaçons tous au point de vue de la conception matérialiste de l’histoire, nous voyons dans la lutte de classe l’instrument du progrès et dans l’état socialiste le but final. Les divergences dont on fait tant de bruit entre radicaux et revisionnistes ne sont que des petites rides à la surface du parti. Pour ma part je ne suis que socialiste, je désire ardemment que nous sortions de ces divergences artificielles pour nous unir dans une vigoureuse action. Si cette discussion y contribue elle n’aura pas été inutile. (1)

Singer. — J’ai reçu cinq demandes de clôture. L’une d’elles porte que l’on devra cependant donner la parole au camarade Mehring. J’avais l’intention de demander cela moi-même au congrès.

Krueger, de Dresde, parle pour la clôture. Sans doute la question est importante. Mais les camarades attendent qu’on étudie aussi les autres résolutions.

Katzenstein parle contre la clôture. Sans doute on a perdu du temps, mais il faut cependant discuter maintenant la véritable question qui touche à l’existence matérielle de tant de camarades.

La clôture de la discussion est votée.

Singer lit deux lettres de rectification : l’une du camarade Jaeckh, rédacteur à la Leipziger Volkszeitung, l’autre de Harden.

Mehring. — Samedi dernier j’ai reçu de plusieurs camarades cet avis : venez à Dresde, on prépare un grand coup contre vous ! (Agitation) Ce coup s’est révélé identique à ces attaques qui jusqu’à présent étaient un privilège non envié des cercles littéraires bourgeois, pour lesquels pendant des semaines et des mois on forge dans une embuscade sûre des armes afin de tuer un homme sans défense. (Interruptions. — Oh ! Oh ! sans défense !)

Oui, on a recherché dans vingt-cinq années de ma vie tout ce qui pouvait me rendre suspect et je ne puis en deux jours rassembler les matériaux nécessaires pour répondre. Ensuite il est possible de dire en deux minutes plus de calomnies qu’on n’en peut réfuter en deux heures. Si je voulais répondre à tout il me faudrait trois jours. Je le ferai plus tard. Pour l’instant je déclare seulement que je n’ai jamais écrit une ligne pour le parti sans y avoir été invité. Ceux qui m’attaquent attaquent les anciens congrès, le comité qui m’a fait l’honneur de me confier les travaux que j’ai exécutés.

Tandis que les plus hauts représentants du parti m’ont appelé aux tâches les plus honorables, ici au congrès se déchaîne depuis trois jours une attaque, qui n’a point son égale en lâche et sale perfidie dans les classes sociales les plus pourries, et qui après la victoire du 16 juin discrédite le parti, j’allais dire la prostitue ! (Grande agitation) Aussi je déclare que je suspends ma collaboration à la Neue Zeit et à la Leipziger Volkszeitung (Bravo) jusqu’à ce que les autorités compétentes du parti qui ont entendu les attaques dirigées contre moi et peuvent les examiner, m’invitent à la reprendre. (Vive approbation) (1)

Boemelburg proteste contre la permission accordée à Mehring de parler après la clôture. Il aurait pu apporter des faits nouveaux dans le débat. Singer lui répond qu’il y avait lieu de présenter ces observations plus tôt.

Suit une série d’observations pour faits personnels présentées par Adolf Hoffmann, Bernhard, Bebel, Stadthagen, Heinrich Braun, Kautsky, Heine et Goehre.

La séance est levée à une heure un quart. (2)

Séance de l’après-midi

Trois heures un quart. Présidence de Singer.

Il a été présenté sur cette question une nouvelle motion, 132, par Quarck. Singer annonce qu’elle ne sera plus discutée mais comprise dans le vote.

Pfannkuch, le rapporteur, a la parole pour dire, [selon l’habitude allemande], le dernier mot. Il veut se limiter à l’essentiel. Pour répondre à Braun qui s’était plaint que la lettre du comité ne figurait pas entière dans le rapport, il en donne lecture. Il se déclare heureux de la décision prise par Bernhard, Lily Braun, Goehre, Heine de ne plus collaborer à la Zukunft.

Il défend le texte adopté par le comité. Personne n’en a proposé de meilleur. Tout le monde est d’avis que quelque chose doit être fait. Les divergences ne portent que sur la rédaction. Il prie d’adopter la motion 7 et de repousser les autres.

Le congrès décide de voter d’abord sur la motion 7 et de considérer, au cas où elle serait adoptée, le sort des autres comme tranché par là même.

Après un vote nominal la motion est adoptée par 283 voix contre 24 et 4 abstentions.

Sont vues les motions et résolutions 8 à 16, 120, 128, 132. (1)

(1) Protokoll, pages 260-265.

d) Différend entre Bebel et le « Vorwaerts »

Bebel. — J’ai déjà déclaré que je comptais bien ne pas faire une affaire d’État de ce différend. Le Vorwaerts avait refusé d’insérer une déclaration de moi. Tout le monde en fut étonné surtout après que le texte de la déclaration eut été connu. Il n’y avait aucune raison de ne pas l’insérer. Ne pas la faire était porter atteinte à la liberté de pensée. Toutefois ce n’était point l’avis de la rédaction et en particulier du camarade Eisner. Ils crurent simplement agir dans l’intérêt du parti. Je demandais nettement l’insertion, sans quoi je ferais paraître cette déclaration avec commentaires dans la Leipziger Volkszeitung, tout en laissant à Eisner le temps de réfléchir. Il continua à garder sa façon de voir et moi la mienne. La commission de la presse s’occupa de l’affaire et me donna raison. La rédaction publia ma déclaration en la faisant précéder de quelques mots. Je ne pouvais rien demander de plus. L’affaire était terminée pour moi.

Cependant quelques observations. Il y aura lieu de revenir sur l’attitude politique du Vorwaerts. J’indiquerai très nettement ma façon de voir, et soumettrai une résolution au vote du congrès.

On m’a reproché de ne pas m’être adressé à la commission de la presse moi-même. Mais cette commission n’est guère renseignée que par la rédaction des journaux. J’en avais fait l’expérience dans un différend que j’avais eu auparavant avec Gradnauer.

Cette commission avait en outre trouvé mauvais les reproches que j’adressais à Heine dans ma communication. Voici ce dont il s’agissait. Le 17 juin 1903 le comité directeur s’était réuni. Nous espérions connaître déjà les résultats généraux des élections du 16 et pouvoir prendre une décision au sujet du scrutin de ballottage. Le congrès de Munich avait décidé que les socialistes devaient s’abstenir. Mais dans plusieurs circonscriptions un agrarien se trouvait en ballottage avec un libéral. Il fallait choisir entre la décision du congrès et l’intérêt du parti. Nous ne pouvions rien ouvertement contre la décision. Mais nous fîmes avertir officieusement les camarades de voter pour le libéral. Or les électeurs de Marbourg furent mal informés. Le secrétaire du parti Pfannkuch leur écrivit qu’en vertu de la décision de Munich ils avaient le droit de s’abstenir. En même temps Heine télégraphiait au candidat libéral, avec qui il était lié, la décision du comité. Celle-ci fut publiée. D’où grande colère des électeurs de Marbourg pris entre deux décisions. Ils furent vivement attaqués par le Vorwaerts et d’une façon arrogante par Heine. Je pris leur défense dans ma note au Vorwaerts. La rédaction supposa que j’avais oublié moi-même la décision du comité et voulut ne pas me mettre dans l’embarras. Ce fut une des raisons pour lesquelles elle ne voulut pas publier ma note.

La seconde raison fut qu’elle jugea certaines phrases où je protestais contre des propos tenus, me disait-on, par Heine, offensantes pour celui-ci. Mais en réalité elles ne l’étaient nullement.

Sans doute si je m’étais trouvé à Berlin et non à Kuessnacht cette affaire n’aurait pas eu lieu. Mais j’estime toujours que la rédaction a fait preuve d’une rigueur exagérée en refusant ma note. Elle a des droits certainement, mais fort difficiles à préciser. Aussi serait-ce une folie de vouloir voter une résolution sur ce point. La rédaction a simplement reconnu les torts à mon égard. Elle les a réparés. Je suis satisfait. (1)

Eisner. — Je ne veux point m’étendre sur cette petite histoire de rédaction. Il y aurait sans doute beaucoup à dire. Je ne suis pas encore tout à fait converti à l’opinion de Bebel. Cependant j’ai d’autant moins de raisons de parler que les camarades dans le pays attendent de savoir enfin quel travail le congrès va faire.

Auer. — Puisque mon nom a été prononcé, il faut que je dise quelques mots. D’abord je fais remarquer que personnellement je n’ai eu aucune action dans l’affaire de Marbourg. Cette affaire prouve à nouveau que nous devons être très prudents dans nos votes sur la tactique du parti qui engagent l’avenir. (Nombreux : très juste)

Quant à la note de Bebel, il m’a paru qu’elle contenait trop d’animosité personnelle pour être publiée huit jours avant le congrès actuel. Je crois d’ailleurs que si j’avais pu causer cinq minutes avec Bebel, l’affaire eût été arrangée. En tout cas j’ai cru agir dans l’intérêt du parti et c’était mon devoir. (Approbation)

Gerisch. — La rédaction avait déjà refusé bien d’autres notes et l’on venait justement de refuser un article de Bernstein. Aussi avons-nous cru pouvoir refuser la note de Bebel.

Dans l’affaire de Marbourg, c’est nous qui avions conseillé à Eisner de prendre cette attitude. Il ne pouvait ensuite se démentir lui-même dans son journal. Nous lui avons donné raison.

Heine. — Je ne parlerai point de l’affaire de Marbourg, qui relève de la tactique. Quelques mots seulement sur les paroles que j’aurais dites sur Bebel. Je l’aurais accusé dans une réunion de dormir à Kuessnacht et de se réveiller brusquement pour frapper de grands coups. Ce n’est point ce que j’ai dit. J’ai dit que dans son repos de Kuessnacht il arrivait à Bebel, le gardien du parti, de s’endormir, d’être effrayé par des fantômes imaginaires et de sonner à tort de la trompe d’alarme. Ces paroles n’avaient aucune importance. Le rédacteur du Vorwaerts ne les a point mises dans son compte rendu. Et sur une interruption j’ai déclaré que je n’avais nullement voulu blesser Bebel que j’honore beaucoup. Si quelqu’un ne s’était pas avisé d’écrire cela à Bebel, jamais on n’aurait parlé de cette affaire. Ce quelqu’un aurait dû en tout cas ajouter mes explications qui suivirent. Il eût mieux fait même de ne point lancer cette affaire personnelle. (Stadthagen : Affaire de Marbourg !)

Il faut cependant remarquer à la fin que cela dure depuis trois jours. Presque aucun orateur ne peut terminer son discours sans être dérangé par les interruptions incessantes ou les conversations privées de Stadthagen. (Nombreuses voix : Très juste !) Personne ne peut m’en vouloir, si à moi aussi, selon le mot de Bebel, la moutarde me monte au nez. (Hilarité et très bien !)

Stadthagen. — Par mon interruption je visais le ton extrêmement blessant de Heine dans l’affaire de Marbourg.

D’ailleurs ses paroles sur Bebel ne sont pas aussi insignifiantes qu’il les présente. Dans la réunion où elles furent prononcées, elles soulevèrent un violent tumulte. Il s’agit de savoir si les camarades ont compris ses paroles comme une offense ou non. Si Heine parlait plus franchement, on le comprendrait mieux.

Heine. — Je n’ai point remarqué de tumulte. C’est seulement l’interruption de quelqu’un qui m’a montré que mes paroles n’étaient pas comprises. Peu importe d’ailleurs. Le point essentiel est que ce quelqu’un a fait à Bebel un rapport incomplet. (1)

e) Question polonaise

Gerisch, remplace Pfannkuch comme rapporteur. — A Munich on nous avait chargés d’amener une entente avec l’organisation spéciale polonaise. Les négociations entamées ont échoué.

Nous avions fait les propositions suivantes : reconnaissance de l’organisation polonaise, à la condition que cette organisation fît de la propagande et de l’organisation parmi les populations de langue polonaise en Allemagne. Rattachement de l’organisation polonaise au parti allemand. Reconnaissance par elle du programme du parti et de sa hiérarchie. Délégation au congrès allemand selon les statuts du parti. Droit de former des sections dans les divers lieux où se trouvent des groupes du parti. — L’entente ne put se faire sur ces propositions.

En ce qui concerne la presse, nous fîmes la proposition suivante : un organe polonais, rédigé selon les conditions posées par les statuts d’organisation du parti, création d’une commission de presse, où serait délégué un homme de confiance du comité directeur. Sur ce point il n’y eut pas de différend.

En ce qui concerne les candidatures au Reichstag, le comité allemand avait proposé : choix des candidats par les camarades organisés de chacune des circonscriptions électorales. — Les Polonais demandèrent tout d’abord que le camarade Winter ne pût être choisi. Nous répondîmes que si une circonscription le choisissait, il devait être porté comme candidat. Nous ne pûmes nous entendre.

Le comité directeur rédigea un procès-verbal qu’il soumit aux intéressés. Nous demandâmes au comité polonais de déclarer s’il voulait continuer les négociations.

Elles continuèrent en s’appuyant sur une erreur qui s’était glissée dans le procès-verbal. Les Polonais avaient demandé que dans les circonscriptions où, d’après le dernier recensement, les Polonais étaient en majorité, seuls les camarades parlant allemand et polonais pussent être portés comme candidats. D’après le protocole, nous aurions fait cette concession. Grâce à cette erreur, le comité puis le congrès acceptèrent nos propositions.

Or, nous n’avions nullement l’intention d’accepter cette demande polonaise. Nous ne voulions pas lier ainsi les camarades, ni surtout les lier au dernier recensement. Il y avait donc un malentendu.

De plus, les camarades de la Haute-Silésie nous firent remarquer que même si les Polonais se ralliaient au programme d’Erfurt, ils avaient voté des résolutions concernant des questions tout à fait étrangères à ce parti, comme la restauration de l’État polonais par exemple. Afin de les apaiser, je leur envoyai une circulaire non destinée à la publicité où je disais : Si les Polonais acceptent le programme d’Erfurt, il est évident qu’ils ne pourront en avoir un autre à côté. (Très juste!) Dans cette circulaire, les camarades polonais virent un changement de nos dispositions. Chose surprenante, car ils savaient que nous refusions d’intervenir dans les questions de nationalité.

Vint la dernière conférence. Nous avions rédigé par écrit et soumis aux Polonais nos propositions. Et nous avions préparé par mesure de prudence un second procès-verbal conforme aux indications des Silésiens. Cette fois tout fut fini.

On nous a reproché ce second procès-verbal. Mais nous avons agi de bonne foi. Nous avons toujours été les premiers défenseurs de la nation polonaise opprimée. Mais nous ne pouvions laisser s’introduire dans le parti des questions de nationalité qui eussent fait tort aux questions ouvrières. Si quelqu’un a le droit de faire un reproche, c’est plutôt nous-mêmes. Car toutes les délibérations eussent été inutiles, si dès l’abord les camarades polonais nous avaient avertis que pour eux la question nationale primait toutes les autres. (Approbation) (1)

Haenisch, de Dortmund. — Il ne peut être question de longs débats sur la question polonaise. Les faits exposés ont fait sur moi une impression pénible, en particulier le second procès-verbal que l’on voulait faire signer aux Polonais. On demandait aux délégués polonais de déclarer qu’ils n’ont point de programme particulier réclamant l’indépendance de la Pologne. Mais cela est compris dans le programme d’Erfurt. Il s’agissait seulement de savoir si les socialistes polonais font du chauvinisme. Autant que j’en puis juger : non. Je m’en tiens donc au point de vue de Kautsky, Marx, Engels, Liebknecht : les Polonais ne doivent pas douter que nous tenons leurs revendications pour aussi légitimes que celles de tout autre peuple. (Approbation)

Katzenstein. — Je veux présenter simplement deux observations. Dans l’affaire du second protocole il me semble que le comité directeur n’a pas agi conformément aux principes du parti. De même que nous laissons aux organisations locales le soin de régler les affaires locales, de même nous devions respecter les efforts des Polonais vers l’indépendance nationale. Nous ne devions pas plus les désapprouver de vouloir secouer le joug prussien que nous ne désapprouvons les Arméniens de vouloir secouer le joug turc.

Pour la question des langues, je ne comprends pas comment elle a pu être posée. Si nos députés doivent être les hommes de confiance des électeurs, ne faut-il pas qu’ils connaissent au moins leur langue?

Nous avons confiance dans le comité directeur pour le respect des principes du parti. Aussi espérons-nous que dans cette question il saura dans l’avenir en tenir compte. (Approbation)

Ledebour, de Berlin. — J’approuve les deux orateurs précédents. Je veux ajouter quelques faits. D’où sont venues ces conditions posées aux Polonais? Uniquement de la camarade Rosa Luxembourg. Elle avait proposé que l’agitation en vue de l’indépendance de l’État polonais ne fît pas partie du programme. C’eût été une honte pour les Polonais s’ils eussent accepté. Le comité directeur, qui ignore la langue polonaise, se laisse conseiller et guider par la camarade Luxembourg, l’ennemie déclarée de l’organisation polonaise. Il a eu beau affaiblir sa proposition en remplaçant les mots « pour l’indépendance de l’État polonais » par « pour la restauration de la Pologne ». C’était encore trop.

D’ailleurs, comment se fait-il que le comité directeur prenne conseil de la camarade Luxembourg? On prétend qu’elle représente la majorité des camarades polonais. C’est inexact. Elle n’a derrière elle qu’un faible groupe dont le journal la Gazetta Ludowa est l’organe. Or ce journal compte 37 abonnés payants. Il recevait 2.600 marks du comité directeur, soit 70 marks par abonné. J’espère que cette subvention va cesser et que nous n’entendrons plus parler de cette histoire.

Rosa Luxembourg. — Quand on connaît tous les détails de la question, elle n’apparaît pas telle qu’on l’a présentée ici. On a parlé des tendances conciliatrices des Polonais. Elles ne les ont pas empêchés de sortir, il y a deux ans, de la social-démocratie et de présenter des candidats contre les candidats socialistes. On pourrait aussi, d’après les paroles de leurs défenseurs, s’imaginer que les Polonais étaient opprimés par la social-démocratie allemande. Il n’en est rien. J’aurais été la première à me révolter dans ce cas contre le comité directeur. En réalité, les Polonais n’ont pas d’autres véritables défenseurs que les socialistes.

Mais il s’agit de savoir si les socialistes polonais agiront de concert avec les socialistes allemands comme parti de classe, ou si dans la propagande la question nationale sera mise au premier plan. Assurément nous ne contestons pas aux Polonais leurs droits à l’indépendance nationale. Mais nous, qui nous en tenons à la conception matérialiste de l’histoire, nous nous occupons moins des droits que des possibilités. Nous nous demandons si les revendications nationales ne contrarient pas les revendications socialistes.

(Singer avertit par un coup de cloche que les cinq minutes accordées à l’orateur vont être écoulées.) Rosa Luxembourg : Oh mon Dieu! (Grande hilarité) Je prie de demander à l’assemblée si je puis encore parler. (Ledebour : Je propose de doubler pour la camarade les cinq minutes. (Hilarité)

Ledebour parle longuement de la question polonaise qu’il ne connaît pas. Il eût mieux fait de se renseigner auprès de moi ou de quelques autres, au lieu de s’en rapporter à quelques individus dont il s’est fait le protecteur. (Hilarité. — Approbation)

Je propose la résolution suivante : « Le congrès, approuvant la conduite du comité directeur dans les négociations avec l’organisation polonaise, passe à l’ordre du jour. »

Ledebour. — Je propose que la camarade Luxembourg parle encore dix minutes pour s’expliquer sur les 37 abonnés de la Gazetta Ludowa. (Très bien! — Hilarité)

Sur la demande de Singer, Ledebour retire sa proposition. Singer annonce qu’il a reçu une demande de clôture.

Loebe, de Breslau, parle contre la clôture, car aucun camarade des régions polonaises n’a encore pris la parole.

La clôture est votée.

Pfannkuch. — A la place de Gerisch, obligé de partir, je me suis chargé de dire le dernier mot. D’après ces débats, on pourrait croire que nous vivons en état d’hostilité avec les socialistes polonais. C’est faux. Nos sentiments à leur égard sont ceux que nous avons à l’égard de tous les socialistes. Et le comité directeur n’avait reçu d’autre tâche que celle de rétablir une union existant autrefois.

Les négociations ont échoué, mais non de notre faute. Si les Polonais pensent que la question nationale prime les autres, nous sommes d’un autre avis. Nous pensons qu’il vaut mieux donner les principes socialistes pour base à l’organisation et à la propagande socialiste.

On nous reproche le second procès-verbal. C’est le camarade Bebel qui eut l’idée de demander aux délégués polonais de déclarer qu’ils s’en tenaient, en ce qui concerne la question nationale, à la décision du congrès international de Londres. On ne pouvait leur demander moins.

Ils refusèrent et se sont mis eux-mêmes hors du parti allemand. Nous n’avons plus de soins particuliers à avoir pour eux. Et cependant je fais remarquer que nous avons soutenu pécuniairement les camarades polonais candidats aux dernières élections. Nous avons fait ce que le devoir demandait. Aussi la résolution Luxembourg est-elle parfaitement justifiée et je vous demande de l’adopter. (Approbation) (1)

La résolution est adoptée. Les paragraphes 1 et 2 de l’ordre du jour sont terminés.

Les camarades Beck, Efftinge, Mannheimer et Paeplow font porter au procès-verbal qu’ils n’ont pas voté pour la résolution 7, parce qu’elle ne va pas assez loin.

La séance est levée à sept heures un quart.

QUATRIÈME JOURNÉE

Jeudi 17 septembre 1903. — Séance du matin

La séance est ouverte à neuf heures un quart. Présidence de Kaden.

On met en discussion le paragraphe III de l’ordre du jour :

Rapport sur l’activité parlementaire

S’y rattachent les motions 69-88, les résolutions 100 et 121 et l’amendement 131 à la résolution 85. La résolution 86 est retirée.

Le rapporteur Stadthagen. — Camarades! le rapport sur l’activité parlementaire est si étendu que je n’ai que peu de choses à ajouter.

Il est évident pour tous que toute la législation et l’administration prouvent toujours plus clairement que le capitalisme tend de plus en plus à s’asservir toute la vie de l’État.

S’il m’est permis de parler de la session prochaine, je voudrais avant tout mettre en garde contre la confiance exagérée dans le parlementarisme que manifestent certaines résolutions. L’essentiel pour nous doit être de révolutionner les esprits.

Le prochain Reichstag devra tout d’abord s’occuper des nouveaux traités de commerce. Il sera impossible de les conclure aux conditions posées par le nouveau tarif. Ce tarif est une menace inouïe pour le pays.

De même les projets de lois sur les questions ouvrières, sur le droit de coalition, sur la journée de huit heures. Nous ferons notre devoir comme par le passé. Mais je ne crois pas juste de prescrire au groupe de commencer par telle ou telle question. Je prie donc de rejeter les motions qui à ce point de vue sont superflues.

La motion 69 est superflue. Il vaudrait mieux la retirer. La motion 70 demande au groupe de déposer un projet de loi sur le droit de coalition. C’est déjà fait. Il eût mieux valu nous indiquer ce qu’on reprochait à notre conduite sur ce point. — Le groupe eût fait ce que demande la motion 71 sans qu’il fût besoin de le lui rappeler.

Je regrette que la motion 72 ait réuni assez de signatures. Je ne comprends pas pourquoi nous demanderions le service d’une armée. Nous demandons une armée de milices afin d’éviter les mauvais traitements qui sont la conséquence de l’armée envisagée comme protectrice des injustices sociales. Il est si naturel de demander la suppression de la justice et du code militaires que je m’étonne que la motion ait pu être présentée.

La demande formulée par la motion 73 est si compréhensible qu’il est inutile de s’y arrêter.

Les résolutions touchant le mode de vote sont bien jolies. Mais ne croyez pas que le groupe ait le pouvoir de les faire adopter, surtout la motion 79.

De même les autres motions touchant les lois d’assurance, les revendications féministes, la protection des enfants. Toutes ces questions figurent dans notre programme. Mais ne vous laissez pas aller à l’illusion que nous pourrons réaliser nos désirs.

La motion 88, proposée par un fanatique de l’air marin, est inacceptable telle quelle. Nous ferons notre possible en faveur de l’hygiène populaire. Mais le congrès n’a guère besoin de s’occuper de ces questions de détail.

La résolution 100 demande beaucoup. Telle qu’elle est, elle ne peut être exécutée.

Je vous en prie, n’oublions pas notre but, ne nous perdons pas dans les détails. Ne croyons pas trop au parlementarisme. Faisons de la propagande. Cherchons à gagner à la lutte de classe les millions d’ouvriers qui nous sont encore étrangers. (Vive approbation)

La discussion est ouverte.

Michels retire la motion 69, qui sera discutée en même temps que la question de la vice-présidence.

Keil, de Stuttgart, défend la motion 73 ; Mueller, de Glauchau, la résolution 85 ; Krohn, de Constance, la motion 85, paragraphe 3 ; Trilse, d’Elberfeld, les motions 71, 80 et 83 ; Ottilie Baader la motion 85 ; Taeterow, *de Berlin, combat la motion 72 ; Strassenmeyer, d’Essen, défend la motion 71 ; Hering, de Flensbourg, la motion 79.

Adolf Braun demande la clôture qui est rejetée.

La citoyenne Kaehler, de Dresde, combat la motion 85 bis ; Stoessel, de Bromberg, défend la motion 87 ; Rauch, de Limmer, la motion 78 ; Katzenstein la motion 72 ; la citoyenne Ihrer, de Pankow, la motion 83.

La clôture est votée. En dernier lieu la parole est donnée à :

Stadthagen. — La différence d’opinions entre moi et certains des camarades vient de ce qu’ils exagèrent la valeur des propositions de loi. Depuis 1900, nous en avons présenté quinze et une seule a été discutée parce que c’est la majorité qui dirige le Reichstag, et non pas nous.

Je vous prie d’adopter la motion qui renvoie la plupart de ces motions au groupe à fin d’examen. Et j’entends par là que nous ne devrons pas à tout prix présenter des projets de loi mais parler au Reichstag à la première occasion des questions soulevées. (Approbation)

Les motions et résolutions 5, 70, 71, 73, 74, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 87, 121, 131 sont renvoyées au groupe à fin d’examen et l’on passe à l’ordre du jour sur les résolutions 72, 85 bis et 88.

La résolution 100 est retirée. (1)

Le congrès international d’Amsterdam en 1904

Le rapporteur Singer. — Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de m’étendre longuement sur le sens et l’utilité d’un congrès international. Je remercie les délégués étrangers qui, par considération des élections allemandes, ont retardé d’un an le congrès fixé d’abord à 1903.

Le bureau international nous a envoyé récemment un ordre du jour provisoire. Il a été publié par notre presse. Jusqu’à présent personne n’a exprimé le désir, — quelques motions mises à part, — de le compléter. Nous l’avons donc approuvé.

A notre ordre du jour figurent les motions 4 et 4 bis, demandant de faire discuter au congrès international la question du droit de vote pour les femmes. Je ne puis que les approuver. De même la motion Molkenbuhr demandant que ce même congrès discute la question des assurances ouvrières.

Et je conclus en rappelant la parole de Marx : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous, et en espérant que les délégués allemands au congrès de 1904 seront aussi nombreux que possible. (Approbation)

Clara Zetkin. — Ce que demande la motion 4, ce n’est pas une déclaration de principe du congrès en faveur du droit de vote pour les femmes. Ce que nous voulons, c’est que toutes les fois où le prolétariat devra lutter pour l’extension du droit de suffrage, il soit tenu compte du droit de suffrage pour les femmes.

Mais nous n’approuvons pas la motion 4 bis demandant que cette question figure à l’ordre du jour du congrès comme article spécial. Car, en dépit de certaines féministes, nous ne voulons pas demander spécialement le droit de vote pour les femmes. Nous le demandons comme l’une des nombreuses réformes que le prolétariat doit obtenir en matière de suffrage.

Je vous prie d’adopter la motion 4 et de repousser la motion 4 bis. (Vive approbation)

Molkenbuhr. — Camarades! cette question des assurances ouvrières mérite d’être étudiée par le prolétariat international, car elle apparaît dans un pays ou dans un autre et elle y est traitée de façon confuse.

Cela s’applique surtout à la France et au projet d’assurance contre la vieillesse et les accidents émanant de Millerand. Le camarade Millerand a si bien perdu le sentiment de la solidarité internationale que, dans son projet, il fait payer des cotisations aux étrangers résidant en France mais ne leur donne aucun droit. (Sensation)… Les conseillers de Bismarck sont allés plus loin que le camarade Millerand.

Et pour nous, Allemands, la chose est importante. Lorsque nous réclamons des assurances les gouvernements nous répondent : nous ferions davantage si les gouvernements étrangers marchaient aussi. Il faut leur enlever cette excuse.

Il faut que le congrès d’Amsterdam complète sur ce point les résolutions du congrès de Paris au sujet des lois de protection ouvrière. (Bravo!)

Heinrich Braun, de Hambourg, appuie la motion de Molkenbuhr.

Niemeyer, de Hambourg, appuie la motion de Molkenbuhr.

Clara Zetkin. — Il ne s’agit pas de déprécier les efforts des féministes et autres. Mais pour l’instant, en Allemagne du moins, ils ne sont pas appréciables. Il ne s’agit pas non plus de nous laisser devancer par les autres partis même réactionnaires qui espèrent se servir de l’obscurantisme féminin contre les progrès des hommes. C’est à nous d’éclairer et de rassembler les femmes autour de nous. Mais la motion 4 suffit à marquer cette tendance.

La clôture est votée.

Singer conclut en demandant de voter la motion 4 bis car ce ne sont là après tout que des propositions pour l’ordre du jour du congrès qui en tiendra le compte qui lui conviendra.

La motion 4 bis est rejetée; la motion 4 et la motion Molkenbuhr sont adoptées.

Sur la proposition de Singer la résolution suivante du congrès de Munich est renouvelée : « Le congrès invite les camarades à envoyer le plus de délégués possible au congrès socialiste international d’Amsterdam en 1903 afin de témoigner du sentiment de solidarité internationale. »

Kaden donne lecture d’une adresse de sympathie envoyée par le congrès aux grévistes de Crimmitschau qui est adoptée à l’unanimité.

Peus, de Dessau, déclare qu’il a été empêché de voter la veille et eût voté contre la motion 7. (1)

La séance est levée à une heure un quart.

Séance de l’après-midi

Trois heures un quart. Présidence de Singer.

Singer. — La résolution suivante a été présentée : « Le congrès exprime à l’unanimité toute sa reconnaissance, son approbation et tous ses remerciements au groupe pour les mesures prises au Reichstag en vue de repousser les tarifs usuraires, en particulier par l’emploi énergique de l’obstruction. » Je propose de l’examiner immédiatement.

Personne n’élève de protestation, — ne demande la parole. — Je puis donc considérer que le congrès a adopté cette résolution. (Bebel: Adopté à l’unanimité, sans quoi je demande le vote.) Il n’y a point d’opposition et je constate que le congrès a adopté à l’unanimité. (Bravo!)

IV. — La tactique du parti

Sont en discussion les motions et résolutions 89-91, 101-111, 113, 127, 129, 130 avec l’amendement 140.

Le congrès décide de lever la limitation du temps accordé à chaque orateur, et de donner d’abord la parole aux camarades Bebel et Singer, représentants des opinions contraires.

Bebel. — Camarades, à la suite de notre victoire, nos amis, à l’intérieur comme au dehors, et nos ennemis se sont demandé : Que va faire maintenant la social-démocratie? Quelle influence le succès aura-t-il sur la conduite du groupe? C’est la première question que je vais examiner.

Nous avons gagné 900.000 voix, soit environ 43,7 o/o. Au lieu de 58 députés, nous en aurons 81, soit 20,4 o/o du Reichstag. Nous avons gagné surtout aux dépens des partis modérés de gauche. Le chiffre des députés de la gauche n’a donc guère changé. Il y aura plus « d’hommes » pour faire entendre les revendications libérales ou ouvrières. Mais dans les votes c’est toujours le centre qui décidera.

D’autre part, à la suite des élections, les partis de droite vont s’unir plus que jamais. Les bourgeois iront à eux. La Kreuzzeitung a même dit qu’il fallait oublier les dissentiments entre protestants et catholiques. (Sensation) Et ils seront plus réactionnaires qu’auparavant. Ce n’est pas sans raison que depuis plusieurs années l’empereur se fait l’ami du pape.

Nous savons que parmi nos électeurs il se trouve des gens qui ont voté pour nous sans être socialistes. Loin de nous en cacher nous sommes fiers de le dire. Et pourquoi donc ont-ils voté pour nous malgré toutes les horreurs que nos adversaires ont dites de nous?

C’est la stagnation complète, pour ne pas dire le recul manifeste, dans la satisfaction des besoins les plus élémentaires de la civilisation non seulement dans l’Empire mais encore dans chaque État qui amène de nombreux éléments à la social-démocratie ; c’est la triste gestion des finances dans les États et dans l’Empire, et le manque de plan et de but dont souffre notre politique commerciale. Dans les derniers conflits le gouvernement n’a été ni tout à fait pour les agrariens ni contre eux. Maintenant il est aux prises avec les difficultés. Les nouveaux traités de commerce ne pourront même pas être discutés à la prochaine session du Reichstag.

Il y a un manque absolu de direction dans la politique intérieure et extérieure, une soudaineté, des oscillations perpétuelles… De plus la politique militaire et maritime avec ses charges colossales qui en résultent a provoqué dans le peuple le plus grand mécontentement… De même la politique mondiale d’où nous n’avons tiré que des humiliations ridicules, comme en Chine, à Haïti, au Venezuela… Puis le peuple entend toujours et toujours parler de nouveaux crédits pour l’armée, pour la marine, de nouveaux plans coloniaux… Il sait ce sont là des frais sans aucun avantage qui, loin d’amener un état de tranquillité et de sécurité, ne font qu’accroître l’agitation et l’indécision. (Très juste! Très juste!) Le danger de cette catastrophe croît en proportion de ces préparatifs… Et toutes ces charges sont supportées par les classes ouvrières. Il en sera toujours ainsi malgré les affirmations du centre et malgré le changement survenu au ministère des finances.

M. de Thielmann a été remplacé par M. de Stengel, un catholique bavarois, parce qu’on espère qu’il brisera plus aisément l’opposition du centre à de nouveaux impôts indirects. Et cela signifie en même temps que la Bavière donne son adhésion entière à la politique impériale. Que certains de nos camarades ne l’oublient pas, qui prétendaient que l’on pourrait susciter dans les divers États et surtout en Bavière une vive opposition à la Prusse.

Et quelle est la situation des finances ? On n’a pu équilibrer le budget de cette année que grâce à un emprunt de 72 millions de marks, emprunt qui par sa nature même est un viol de la constitution. Le budget précédent s’est soldé par un déficit de 30 millions de marks. Les divers États devront payer.

J’ai appris que, tandis que l’Empire payait autrefois comptant, aujourd’hui il n’en est plus de même. (Sensation) L’empire ne peut souvent plus payer immédiatement, les caisses sont vides.

A cela vient s’ajouter la nouvelle loi exigée par le Reichstag sur l’augmentation des pensions aux invalides, qui demandera vingt millions de marks, et le nouveau projet de loi militaire, le nouveau projet sur la marine, dépenses qui s’élèveront à des centaines de millions. Les dépenses pour l’armée, la marine, les pensions, la dette de l’Empire atteignent dans le présent budget la somme colossale de 1030 millions de marks. Elles iront sûrement pendant la prochaine législature à 1400 millions.

Nos adversaires s’étonnent de nos succès. Mais déjà les soutiens de l’État sont attaqués. L’armée est dans le plus grand mécontentement. A côté de cela les charges augmentent sans cesse. Et si la crise qui sévit en Amérique et ne fera que s’aggraver, si l’Amérique au lieu d’acheter des fers et des aciers inonde le marché des siens, nous aurons une crise dont on ne peut prévoir les conséquences. C’est cela que je voulais exprimer hier dans mon discours en disant que des temps pénibles nous attendaient. Je ne songeais point à la social-démocratie mais à l’empire. Car je ne crois pas qu’on attaque la lutte avec nous. On ne s’attaque pas à un parti qui sur dix millions de suffrages en a réuni trois millions. Et si l’on s’attaquait à nous, si l’on recourait à des lois d’exception nous aurions d’autres millions avec nous, nous aurions les ouvriers catholiques, tous les ouvriers. Si le centre veut essayer, nous sommes prêts. Mais dès maintenant je ne doute point de l’issue de la lutte. (Vive approbation)

Et alors se pose cette question : devons-nous changer notre tactique ? Un parti a toujours le droit de changer sa tactique, à condition cependant de ne jamais se mettre en contradiction avec ses principes. On peut discuter pour savoir si jusqu’à présent nous avons été en contradiction avec nos principes. Le succès lui-même et les succès peuvent décider. Or le succès a été tel que de ce point de vue nous n’avons rien à changer à notre tactique victorieuse. (Vive approbation) En outre il peut être nécessaire de changer la tactique parce qu’elle est insuffisante. De ce côté non plus nous ne voyons pas de motif de changement. Ou plutôt si. L’approbation que nous avons reçue nous impose le devoir d’être encore plus énergiques, plus hardis et plus entiers. (Approbation enthousiaste)

Je sais bien que certains camarades, — et non parmi ceux qu’on appelle les revisionnistes, — ont fait une proposition. Ils veulent que le groupe s’occupe au Reichstag de présenter des projets de résolutions, de lois, etc. Sans doute, mais il s’agit là des illusions qu’il faut détruire. Quoi qu’on en ait dit, c’est moi, l’homme peu pratique, à principes, l’homme de la négation, qui, depuis trente-six ans que j’appartiens au Reichstag, ai présenté le plus de projets de loi. Mais je vous avertis : ces projets supposent un travail de préparation énorme. Le groupe n’a ni les matériaux ni le temps nécessaires pour les élaborer. Il faut laisser ce travail aux conseillers payés pour le faire. De plus nous ne réussirons jamais à faire adopter ces projets par la majorité du Reichstag. Enfin l’activité législative est telle dans tous les Parlements, qu’on ne peut terminer le vote d’une loi sans s’apercevoir qu’elle a déjà besoin d’être modifiée. (Très juste!) Cela vient de ce que les divergences entre les classes sociales se sont aggravées. On ne fait plus que des demi-lois parce qu’on ne peut plus en faire de complètes. Cela ne veut pas dire que nous devions nous désintéresser de la lutte. J’aime beaucoup trop la lutte moi-même pour m’y résoudre, même si cette pensée me venait par instants. Mais il ne faut pas nous faire d’illusions. Pour donner un exemple je vous citerai ceci : voilà trente ans que Bismarck avait déposé un projet de loi sur la journée de dix heures aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Qu’est-il devenu ? Personne n’est partisan plus convaincu que moi de la journée de huit heures. Eh bien! je déclare que si aujourd’hui nous obtenions la journée de dix heures nous en serions contents. (Approbation et agitation)

Telle est notre situation. Nous resterons un parti isolé et d’opposition. Cela ne signifie pas que nous n’accepterions pas de concessions quand nous pourrons en obtenir et quand elles nous sembleront en valoir la peine. Mais comme dans le groupe les avis sont partagés, qu’il s’y livre de vifs combats sur la valeur de ces concessions et qu’il s’en livrera encore de plus vifs, il importe que le parti prenne conscience de la situation et dicte sa tactique au groupe. Il ne s’agit pas de fixer la conduite à tenir dans tous les cas.

Le parti ne peut qu’indiquer la route à suivre. Lorsqu’il l’aura fait le groupe devra la suivre, qu’il le veuille ou non. (Heine : Très juste!) Camarade Heine vous y serez obligé, cela va de soi. Ce serait joli s’il en était autrement. Le mot d’ordre serait : qui n’obéit pas est expulsé. (Vive approbation) Je ne rapporte cette remarque à aucune personne en particulier, je la fais tout objectivement. Si le congrès donne une direction au groupe, il faut que le groupe s’y conforme…

Il ne faut pas que rien se produise qui puisse donner à nos adversaires la moindre possibilité de dire : voilà donc les résultats de cette puissante victoire ; il en va de la social-démocratie comme de tous les partis bourgeois ; lorsqu’ils ont atteint une certaine hauteur, ils tombent, abandonnent leurs principes et c’en est fini d’eux. (Très juste!) Nous sommes devenus sous beaucoup de rapports les héritiers des partis bourgeois mais non au sens où l’entendait Heine dans son article du Monatshefte, au sens où nous devrions « remplacer » le libéralisme bourgeois, non, mais au sens où nous devons le dépasser. (Heine : J’ai écrit à « réaliser » ce qu’il s’était proposé! Cela signifie bien le dépasser!) A réaliser et à dépasser, mais je n’entends pas cela de la même façon que vous…

Mais il va arriver dans tout ce débat que nous nous querellerons sur des idées. Vous avez déjà vu cela hier. Bernhard a écrit un article, sur l’importance duquel il ne pouvait y avoir aucun doute. Mais il nous a dit : « Oui ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, mais je n’étais pas en état de m’exprimer clairement ; je regrette d’avoir fait cela. » Et en juges bienveillants nous avons dû dire : « Si tu as fait une chose dont tu ne prévoyais pas l’importance, il faut te pardonner. » Puis vient Goehre sur l’article de la Zukunft, — qu’il n’avait pas lu!… Ne nous abusons pas. On dira de nouveau qu’on ne s’est pas exprimé clairement, qu’on n’a pas voulu dire ce qu’d’après le sens logique des mots on devait faire entendre. Et finalement il arrivera ce qu’on a vu à Hanovre et ailleurs : après plusieurs jours de discussion on a adopté une résolution, mais dans la suite on est resté aussi divisé qu’auparavant. (Approbation) Qu’on ne vienne pas parler d’union et d’unité dans le parti. Hier déjà Braun a pincé cette corde en prétendant que nous étions unis dans le parti. Cela n’est pas vrai, je le déclare de la façon la plus formelle ; jamais à aucune époque nous n’avons été plus divisés que maintenant, jamais et à aucune époque les différences n’ont été plus grandes que maintenant! (De nombreuses voix: Très juste!) Essayez d’arranger la chose ou passez par dessus par de bonnes paroles, pour mon compte j’en ai cordialement assez! (Vive approbation et applaudissements)…

La base de tout le mouvement revisionniste est, comme on sait, la brochure de Bernstein, qui pour son bonheur était alors à Londres, car depuis qu’il eut l’occasion de revenir en Allemagne, ce que je lui souhaitais de bon cœur, — n’y ai-je pas moi-même contribué autant que je pouvais? — je suis persuadé que loin d’avoir gagné en considération il a perdu (De nombreuses voix : Très juste!) et non seulement parmi les radicaux, mais encore parmi les revisionnistes plus que partout ailleurs… (Très juste!) Bernstein s’est pour ainsi dire révélé comme l’enfant terrible (1) de ses amis. Et parce que sa contradiction avait déjà baissé dans les masses, on n’attacha pas grande importance à ses paroles lorsqu’il demanda pour la première fois d’élire un vice-président, qui eût même la faire à la cour voulue par la tradition du Reichstag. (Grande agitation) Pour moi, ce qui m’irritait tant, — Auer peut en témoigner d’après mes lettres, — c’est que je me disais : est-ce que Bernstein, même du son point de vue, pouvait faire quelque chose de plus bête, de plus absurde que de choisir le moment où régnait dans tout le parti la plus grande joie à cause des succès aux élections, où dans tout le parti, à l’exception d’une infime minorité, on était persuadé qu’il s’agissait maintenant de tirer profit de la victoire, de marcher de l’avant, de passer à l’offensive, d’attaquer plus vivement, de surpasser, grâce à la force du plus grand nombre, ce qu’on avait fait jusqu’alors, oui, de choisir ce moment pour soulever la question de la vice-présidence (Rires et approbation) et de déclarer que même la visite à la cour ne devait pas nous gêner! Et cela dans un moment où les discours de Breslau et Essen (Approbations enthousiastes et prolongées) brûlaient encore le visage de tous les socialistes, comme s’ils avaient reçu un soufflet de la pire espèce! (Approbation enthousiaste) Cela dans un moment où apparaît de plus en plus à tous ceux qui peuvent penser ce qui se prépare là-haut; dans un moment où l’on est obligé de se dire : nous avons affaire à un représentant de la classe dominante qui a annoncé souvent : en dernier ressort, l’armée est là pour marcher contre l’ennemi intérieur! (Nouvelles et vives approbations) Bernstein croit-il que tout cela soit effacé des cervelles prolétariennes? (Vive approbation) Croit-il que l’un de nous doute que la puissance énorme dont cet homme est le chef sur terre et sur mer sera mobilisée au jour où il croira qu’il est temps de la mener contre nous? La parole est-elle oubliée qu’il prononça un jour : si l’on vous en donne l’ordre, vous devez tirer sur votre père et votre mère! Celui qui ne voit pas cela, celui qui ne sait pas cela doit cesser de jouer au politicien! (Approbations enthousiastes et prolongées)

Bernstein avait déjà beaucoup baissé dans ma considération, et autant que je pouvais l’observer de mon observatoire de Kuessnacht (Grande hilarité) une grande partie de la presse a aussi jugé inutile de faire grande défense contre lui. J’étais indigné que ce grand moment fût troublé par cette maladroite intervention. Mais il est une chose que je veux vous dire : bien que j’aie été blâmé par une grande partie de la presse, même par la partie qui d’ordinaire ne prend pas position contre moi dans les questions de tactique, j’ai d’autre part, — et je puis vous fournir les preuves écrites, — reçu justement en ces jours plus d’approbations des camarades que je n’en reçus jamais depuis que j’appartiens au parti, — et vous savez cependant que depuis des années le parti a soutenu de durs combats… Tous les camarades étaient heureux que, pour ainsi dire, la sonnette fût enfin pendue au chat. (Vive approbation) Telles étaient les dispositions dont, à Berlin et particulièrement dans notre organe central, on n’a rien vu, ni entendu. (Vive approbation. — Des voix: Malheureusement!) C’est vraiment surprenant, mais c’est ainsi : on a perdu dans les postes capitaux le contact, on a perdu l’intelligence de l’âme du parti, l’on n’est pas en état de comprendre ce qui s’y passe.

Avons-nous jamais vu, dans les quarante années d’existence du parti, une tempête d’indignation pareille à celle qu’a soulevée cette question? je veux dire à partir du moment où le camarade Vollmar entra de son côté dans l’arène et, non content de s’approprier ce qu’avait dit Bernstein, l’étendit à sa façon, l’approfondit et l’étaya d’arguments plus solides…

On se souvient du discours-programme de Vollmar au Colosseum, à Munich, en 1891, discours qui fut salué par les acclamations de la presse bourgeoise. On dit alors : Oui, c’est le seul homme du parti qui sache sentir le pouls des temps. De même aujourd’hui. C’était particulièrement monsieur Naumann, qui est assis là devant moi, qui le conjura formellement : « Vous êtes l’homme de la situation ! Descendez de vos montagnes bavaroises, mettez-vous à la tête et le peuple vous recevra avec transport. » (Grande hilarité) Assurément, il n’en alla pas tout à fait ainsi. Il y eut des transports à Munich ; il y en a toujours là-bas dès que Vollmar arrive. (Hilarité) Munich est la Capoue de la social-démocratie allemande. (Grande hilarité) A Munich, personne ne se promène à la longue impunément au milieu des cruches de bière. (Nouvelle hilarité) A Munich périssent les plus fermes soutiens du parti… Plus d’un camarade part à Munich, brave camarade, fidèle aux principes, solide, — j’en vois ici quelques-uns de ce genre assis à plusieurs tables, (Grande hilarité) — et après quelques années de Munich, ils étaient brisés de corps et d’âme. Telles sont mes impressions, et si je devais moi-même aller à Munich, je crois que j’aurais peur de moi-même. (Violente hilarité)

L’intervention de Vollmar fut saluée non seulement par les acclamations et les applaudissements des camarades munichois, mais encore par la presse bourgeoise presque sans exception. (Très juste!) On en est venu peu à peu, dans notre parti, à se faire entourer dans certains milieux d’un cercle de journalistes bourgeois servant de corybantes. N’ai-je pas la dernièrement : Vollmar, le roi non couronné de Bavière! (Grande hilarité)

Mais le parti bavarois, dans sa grande majorité, ne veut rien savoir de son roi non couronné dans cette question.

Bayreuth a commencé par se détacher de Vollmar, puis toutes les autres grandes villes de la Bavière. Et parmi les députés du Landtag bavarois Loewenstein, Segitz, Haller, Ehrhart se sont séparés de lui.

Et tout ce mouvement est parti d’en bas. De toutes parts s’est élevé dans le parti un cri d’indignation. (Approbation enthousiaste) Or, cela aussi a été contesté.

Auer, par exemple, dans le dernier numéro des Sozialistische Monatshefte, — il n’écrit plus que là ; la Neue Zeit semble ne plus exister pour lui, — a dit avec son esprit habituel qu’une affaire accessoire avait été transformée et décorée du nom d’affaire d’État… Je ne doute pas que ce soit sa conviction la plus sincère, qui répond bien à son caractère. Mais chez aucun camarade du parti je ne regrette autant que chez lui qu’il ait pu juger de la sorte des événements qui démontrent que l’âme du parti bouillonne toute entière… (Vive approbation) Un tel jugement n’a pu être porté que par quelqu’un qui a perdu toute base fixe, le terrain des principes. (Très juste!)

En ce qui touche la question de la vice-présidence elle-même, je me suis déjà expliqué sur ce sujet dans mon article de la Neue Zeit. Je n’ai pas à revenir ici sur les détails. Je me contenterai de répondre aux critiques dont il a été l’objet. On m’a reproché de croire à une conjuration. Sans doute une conjuration était inutile. Entre gens de mêmes dispositions, l’entente se fait spontanément. Vollmar commença. Les autres vinrent d’eux-mêmes. Mais lorsqu’ils virent que les neuf dixièmes du parti désapprouvaient Vollmar, qu’ils couraient à une défaite devant le congrès, (Vive approbation) ils tournèrent court et prétendirent que la chose n’avait point l’importance qu’on lui attribuait et que le congrès n’avait pas à s’en occuper.

Oui, si seulement nos adversaires n’épiaient pas tous nos actes, s’ils n’essayaient pas par les éloges qu’ils donnent à tous ceux qui parmi nous occasionnent des divergences, de diviser le parti.

Certes ces camarades n’en peuvent rien, ils ne les ont pas provoqués, ces éloges. Mais si quelque chose de semblable m’arrivait, — cela ne peut m’arriver et je m’en réjouis. Aussi longtemps que je pourrai respirer, écrire et parler, il n’en sera pas autrement. (Vive approbation) Je veux rester l’ennemi mortel de cette société bourgeoise et de cet État, dont je veux changer les conditions d’existence et, si je puis, les faire disparaître. (Approbation enthousiaste)

Si cela m’arrivait, je dirais à ces gens de s’occuper de leurs affaires. J’ai même averti un jour Heine du danger que présentaient les éloges excessifs que lui adressait M. de Gerlach. Heine m’a donné raison. Cependant les éloges ont continué.

Le plus triste dans toute cette affaire est que les journaux bourgeois qui avaient soutenu les revisionnistes furent ceux qui les raillèrent le plus et les lâchèrent. Dans la Neue Zeit, j’ai déjà fait allusion à un article de la Frankfurter Zeitung et j’ai ici une autre communication du correspondant berlinois de ce journal, dont le Vorwaerts n’a nullement parlé.

Je remarque en passant, camarades, que les principaux organes du parti ne jugent pas qu’il vaille la peine de faire connaître à leurs lecteurs ces tendances et jugements, et cependant, si cela avait eu lieu, les choses n’en seraient jamais arrivées où elles en sont… Si le Vorwaerts avait reproduit les passages essentiels de l’article Morale de parti et l’avait critiqué en dix lignes, le parti aurait épargné ici tout un cycle de débats. (Eisner : Mais je n’avais pas lu cet article.) Je ne vous en fais pas un reproche; mais je vais proposer de changer cela dans l’avenir. Et si un travailleur comme vous, que je considère comme impossible à remplacer pour la partie politique du Vorwaerts, n’a pas de temps pour ces choses, je vous répondrai : je ne désire pas du tout que vous vous en occupiez. Vous êtes un camarade parfait et un journaliste extraordinairement capable, mais pour ces choses je désire quelqu’un d’autre, car vous êtes encore un camarade trop jeune. Vous ne connaissez pas l’histoire du parti, vous ne connaissez pas les personnes ni la situation, et il arrive ainsi, qu’à côté de vos articles brillants et de haute valeur intellectuelle, vous écriviez parfois sur le parti des choses qui nous font à nous, les anciens, dresser les cheveux sur la tête. (Eisner : Mais cela se modifie avec le temps !) Oui, camarade Eisner, mais cela dure trop longtemps et le parti peut recevoir d’ici là de sérieux dommages. Aussi voudrais-je que vous fussiez dépossédé de cette partie du Vorwaerts et réduit à celle où vous pouvez servir le parti de merveilleuse façon. Ce n’est nullement une animosité personnelle qui me fait parler, mais au contraire le grand respect et la grande estime que j’ai pour votre personne.

Or, ce journaliste bourgeois s’est moqué de nous en même temps qu’il nous nuisait. Il nous disait : Bien, vous vous prenez aux cheveux. Mais pourquoi donc? Personne ne songe à vous accorder un siège de vice-président.

Et l’on tombe ainsi au fond du revisionnisme. Nous devons, dit-il, accroître notre pouvoir, participer au gouvernement. C’est la même théorie que de l’autre côté des Vosges. Ah ! oui, qu’arriverait-il donc si l’un de nous était ministre ? Croyez-vous qu’il pût proposer les lois qu’il voudrait ? que la bourgeoisie le laisserait entrer dans le ministère ? Ce serait seulement dans le cas où elle saurait qu’elle pourrait ainsi détruire de l’intérieur la social-démocratie, ou en faire quelque chose d’autre que ce qu’elle est. (Approbation enthousiaste) On ne nous accorderait qu’une parcelle infime de pouvoir en échange d’énormes concessions que nous serions obligés de faire. Comme le disait Heine un jour, il faudrait accorder des canons afin d’obtenir des droits. (Heine : Ainsi vous revenez sur cette histoire !) Je n’ai jamais rien entendu de plus naïf que ce discours. Car plus vous fortifiez le gouvernement, plus vous affaiblissez le parlement.

C’est pourquoi il faut combattre énergiquement la tendance à voter les budgets. Cette tendance vient de l’Allemagne du Sud, où le revisionnisme a particulièrement sa demeure. Et cela ne tient pas seulement à Munich-Capoue, mais encore aux conditions économiques beaucoup moins développées là-bas que dans l’Allemagne du Nord. Et ce n’est pas le Sud moins développé qui doit essayer d’imposer une nouvelle tactique au Nord qui l’est davantage. Les députés du Sud ont cru devoir voter les budgets de leurs États. Pour ma part, je n’y consentirais qu’à la condition que les gouvernements nous aient donné satisfaction sur les questions fondamentales. Or, les gouvernements du Sud ont accepté toutes les mesures de répression réactionnaire contre nous aussi bien que les autres. Nous avons déjà entendu sur ce sujet des déclarations extraordinaires. Quelqu’un n’a-t-il pas dit qu’à la longue nous ne pourrions refuser de voter le budget de l’empire ? (Sensation et grande agitation) Comment est-il possible de poser une question qui renverse toute notre base de combat ? Si l’on continue ainsi, nous ne serons plus que la risée de nos adversaires. (Vive approbation)

De même pour la tactique des Bavarois dans la question des droits électoraux. Elle n’a réussi qu’à donner dans leur pays la majorité au centre et pour longtemps. De même dans la question des chemins de fer. Le congrès de Mayence avait décidé de demander la fusion des chemins de fer allemands sous l’autorité de l’empire. On a tenté un pronunciamiento contre cette décision. On a voulu tenter une union des chemins de fer du Sud. Mais quand chacun est rentré chez lui, il les a trouvés dans une telle situation que personne n’a osé faire la proposition.

Si des hommes de la valeur de Vollmar commettent de telles erreurs, de tels faux pas, il faut bien que cela tienne à une autre cause qu’au hasard. Cela tient à ce que tous leurs sentiments, toutes leurs idées et leur tactique se sont entièrement modifiés. Le revisionnisme se distingue par sa grande modestie. (Hilarité et approbation) C’est même une distinction capitale. On est content de la plus petite bagatelle, mais pas de hâte, pas d’énervement, pas d’intervention des masses. Plus que partout ailleurs on aurait pu en Bavière, dans la question des droits électoraux, gagner à nous tous les ouvriers catholiques. Mais il aurait fallu mener une campagne de protestation… Au lieu de cela on s’est dit : du calme ! du calme ! pas de bruit ni jour ni nuit. Nous trafiquons derrière des portes closes, nous saurons bien emmancher l’affaire, mais surtout ne soulevons pas les masses, cela pourrait déranger nos combinaisons. (Agitation. Très juste !) Voilà mise en pratique une partie de cette morale dont parlait Bernhard dans son article. (Très juste !) Ils pensent : « Plus nous serons modestes et mieux nous vaincrons »; moi je dis : « Plus nous serons modestes, moins nous obtiendrons. » (Approbation) Marx dit dans son Capital : « Si l’on ne peut sauter aucune phase nécessaire du développement, on peut cependant en abréger la durée. » Oh ! il n’y a point de politicien plus réaliste que notre Marx si méconnu. On ne peut sauter une phase, mais on peut l’abréger. Toute notre activité tend à abréger les phases du développement afin d’amener la société socialiste. (Vive approbation)

Mais chez les revisionnistes l’on dit au contraire : Ah! pas si vite! pas tant de hâte! Ce ne sont pas les paroles mais le sens : les masses ne sont pas encore mûres! Comment pouvez-vous vous imaginer que ces masses seraient en état, si demain le gouvernement tombait dans nos mains, de s’en servir? Je répondrai : Ah! ne vous brisez pas les têtes des autres! Que savez-vous combien nous avons d’intelligence avec nous, combien nous avons les masses de notre côté? (Très bien!) Que n’ont pas fait nos camarades dans les syndicats, dans les conseils de prud’hommes, dans les parlements! Que n’ont pas fait particulièrement les hommes, — je ne parle pas maintenant des intellectuels, — qui sont venus du prolétariat au Parlement!… Je m’attendais à ce qu’ils remplissent bien leur rôle, mais j’ai été pénétré d’admiration en les voyant s’acquitter si merveilleusement de leur devoir (Sensation)… Donc, que savez-vous de l’intelligence des masses? Vous n’en avez aucune idée. (Très bien!) Toujours dans les grands mouvements populaires les hommes nécessaires se sont trouvés là au moment voulu. Et si jamais il a existé un mouvement de civilisation qui ait produit les hommes nécessaires et aussi les femmes, c’est la social-démocratie. (Approbation enthousiaste)

Si par une circonstance quelconque nous pouvions demain déloger nos adversaires de leurs places et nous mettre, ne vous faites pas de soucis, nous saurions déjà ce que nous avons à faire. (Vive approbation) Ah! ces points de vue mesquins, cette étroitesse, cette timidité, cet éternel calmer, temporiser, « diplomatiser », pactiser! (Grande hilarité et approbation) Naturellement tout le génie politique est du côté de nos revisionnistes, toute l’habileté diplomatique de leur côté. On aperçoit leur génie politique dès mille mètres de distance (Hilarité) et l’on sent leur habileté diplomatique à cent mètres. (Nouvelle et grande hilarité) Au contraire, je vous dis que les hommes à cheval sur les principes, les gens qui, aujourd’hui plus que jamais, représentent dans le parti le point de vue idéaliste et révolutionnaire, ceux-là ne sont pas des diplomates, pas des hommes d’État, ne veulent pas en être, — mais je dis ceci : S’aperçoit-on qu’un homme est un homme d’État, il a déjà cessé d’en être un. (Très bien! et grande hilarité) Si quelqu’un laisse percer le diplomate et va jusqu’à le révéler expressément, il cesse d’en être un. (Très juste!) C’est en un mot l’effort pour se rapprocher de la société bourgeoise. (Vive approbation)… C’est là l’effort que font les hommes qui s’appellent revisionnistes. (Vive approbation)

C’est éternellement le même combat, ici la gauche, là la droite et au milieu le marais. Ces éléments qui ne savent jamais ce qu’ils veulent ou qui, plutôt, ne disent jamais ce qu’ils veulent. (Approbation) Ce sont les malins qui toujours sont aux écoutes : Comment cela va-t-il ici? Comment cela va-t-il là-bas ? qui flairent toujours le côté où se trouve la majorité pour y aller ensuite (Vive approbation) Cette espèce de gens nous l’avons aussi dans le parti. (Nouvelle et vive approbation) Toute une bande est apparue pendant les débats à la lumière du jour. Il faut dénoncer ces camarades. (Dénoncer!?) Oui, je dis bien dénoncer, afin que les camarades sachent ce que sont ces indécis. L’homme qui du moins défend ouvertement son point de vue, avec qui je sais où j’en suis, contre celui-là je puis combattre, il est victorieux ou bien moi, mais ces éléments pourris qui se dérobent toujours et évitent toute solution claire, qui disent toujours : mais nous sommes tous unis, nous sommes tous frères, ceux-là sont les pires de tous. (Vive approbation) Ce sont ceux que je combats le plus! (Approbation enthousiaste)

Mais s’il existait encore un doute sur la justesse de cette opinion, je trouverais sa meilleure justification dans les déclarations de l’ennemi. Elles sont pour moi le meilleur baromètre. (Vive approbation) Et je demande : La tendance revisionniste n’a-t-elle pas été cajolée et louée de toutes les façons par nos adversaires, ne l’a-t-on pas soutenue moralement autant que possible? La Frankfurter Zeitung a été pour ainsi dire désignée comme l’organe des revisionnistes et l’on aurait pu en dire autant de la Hilfe de Naumann. Quelles que soient les divergences qui me séparent de monsieur Naumann, bien que je ne croie pas qu’il ait en politique la vue longue, toujours en ce qui touche la tactique qu’il suivait contre nous, il a été très habile. (Et cependant il n’a pas réussi!) Certainement il n’a pas réussi. Croyez-vous donc, camarades, que le revisionnisme réussira jamais dans notre parti? (Vive approbation) Non, camarades, il ne réussit pas, mais il cause du tort au parti. (Très bien!) Il divise nos forces. (Très vrai!) Il entrave notre développement, il nous contraint à la division, à des luttes intestines, alors que le contraire devrait se produire. (Très vrai!)

Toute une série de camarades a été égarée. (Très vrai!) Que ces gens combattent honnêtement, je n’en doute pas, j’ai moi-même déclaré au sujet des intellectuels ce qui en était. J’ai dit comment plus d’un oublie trop tôt ce qu’il a appris comme socialiste, comment beaucoup croient plus ou moins qu’ils sont les conducteurs nés du prolétariat, (Approbation) comment plus d’un croit que le prolétariat doit être fier de l’honneur qu’il lui fait d’accepter un mandat. (Très vrai!) Il n’y a point de mauvaise intention, point de trahison volontaire, mais c’est un mal pour le parti.

A côté des intellectuels vient une autre partie des revisionnistes, les anciens prolétaires parvenus, (Très juste!) gens qui aperçoivent maintenant la dernière étape de leur vie. Vous n’avez qu’à appliquer la conception matérialiste de l’histoire pour avoir la solution de l’énigme. Ce qui vaut pour tous les adversaires, vaut aussi pour nous. Puis l’idée que l’on a en soi de l’homme d’État, qu’on est un génie diplomatique. Cette croyance jointe à la fréquentation d’hommes d’autres tendances amène peu à peu sur des voies comme celles que j’ai signalées aujourd’hui.

Enfin il y a naturellement les soi-disant prolétaires. Oui, ce sont les ignorants, les non-informés, ce sont ceux qui suivent un homme qu’ils respectent et à qui ils croient devoir être reconnaissants. Mais s’il était possible d’établir ce que le vrai prolétariat pense du revisionnisme, le revisionniste aurait un bel État-Major, mais l’armée derrière lui serait fort petite. (Vive approbation)

Et parce que le revisionnisme après les dernières élections, — je ne m’en cache pas, je ne dissimule rien, — s’est sensiblement accru dans le groupe, (Sensation) parce que je sais que ces gens naturellement cherchent à faire prévaloir leur opinion dans le groupe, parce que je sais que cela conduira de nouveau à des luttes et à des frottements continuels les plus désagréables et les plus pénibles, pour toutes ces raisons je me suis dit : Il faut maintenant que le congrès, que la représentation du parti décide une bonne fois quelle devra être dans l’avenir la tactique du groupe. (Approbation) J’ai déjà dit dans l’une de mes premières déclarations : « Je sais que dans le groupe des luttes particulièrement difficiles nous attendent au sujet de la tactique, mais je sais aussi que lorsque le parti doit prononcer en dernière instance, les questions sont tranchées autrement que dans le groupe. (Très juste!) Nous serons obligés plus qu’auparavant de nous adresser au parti afin qu’il décide de la tactique du groupe. » De ce point de vue nous vous avons soumis la résolution avec la modification que j’ai lue au début. Je vous prie d’examiner et d’apprécier de ce point de vue notre résolution. Et si vous croyez que la résolution exprime ce qui doit être exprimé, votez-la à une énorme majorité (Des voix : A l’unanimité!) et je suis persuadé que si cette ligne de conduite est donnée, que si d’autres mesures sont prises, pour répandre dans l’avenir la clarté, la vérité et le savoir sur toutes les questions importantes du parti; alors je suis persuadé que le parti continuera sa course victorieuse et qu’il remplira de la façon la plus brillante sa mission historique. (Approbation enthousiaste et prolongée) (1)

La séance est levée à six heures et demie.

(1) Protokoll, pages 299-321.

CINQUIÈME JOURNÉE

Vendredi 18 septembre. — Séance du matin

La séance est ouverte à neuf heures dix sous la présidence de Singer. Après lecture de quelques télégrammes et quelques mots sur la question des mandats on passe à l’ordre du jour.

Ont été présentées les résolutions 140 (amendement annoncé par Bebel à la résolution 130) puis comme amendements à cette résolution, les résolutions 141 et 142; a été présentée la résolution 139.

La résolution 111 est retirée.

La parole est donnée à :

Von Vollmar. — Camarades, Bebel vous a décrit hier la situation du parti comme il se la représente et a produit un grand effet. En essayant de lui répondre aujourd’hui je sens tout mon désavantage. D’abord je n’ai jamais prétendu posséder un talent d’orateur égal au sien. Puis j’ai l’habitude de faire appel non au sentiment et à la passion mais à la réflexion. Or cela devient impossible chez nous. Il n’est plus possible de garder le calme dans une discussion. Jamais on n’a apporté autant de passion, autant de confusion que dans l’affaire actuelle. Ce sera ma tâche de ramener un peu de calme et de clarté.

Toute l’affaire est sortie de la question de la vice-présidence. Dans mon discours de Munich, qui est imprimé, j’ai déclaré que la manière dont Bernstein avait traité la question ne me plaisait pas. Si je n’ai pas été plus net, c’est que je n’ai pas l’habitude de jeter la pierre à celui que tout le monde attaque. A mon avis le moment était mal choisi. Mais il est hors de doute que Bernstein avait le droit de soulever cette question. Tout camarade a toujours le droit de soulever une question qui lui paraît importante. (Très juste!) Et ce qui m’a décidé à intervenir, c’est la manière dont on a répondu à Bernstein.

Bebel m’a reproché hier ma façon d’intervenir. Il a dit que je le faisais avec une certaine mise en scène, que j’avais toujours l’air, dans les rares occasions où je parlais, d’annoncer un nouvel évangile. Je ferai remarquer qu’en 1894 il avait déjà fait le même reproche aux Munichois et qu’il s’est attiré de l’homme de confiance du comité à Munich une réponse dont il ne s’est pas vanté.

Pour moi je répondrai à Bebel que pour cette annonciation d’évangiles, en particulier des apocalyptiques, (Grande hilarité) je considère beaucoup trop cela comme sa spécialité (Nouvelle hilarité) pour m’en mêler. Au reste tout ce récit montre que lorsque la puissance inventive de Bebel est mise en mouvement, il devient absolument incapable de voir les choses dans leur état naturel. (Agitation)

Je n’aurais pas répondu à ces reproches si mon silence n’eût fini par être mal interprété. Je disais dans mon discours que tout camarade a le droit d’émettre une opinion et qu’il a droit à une réponse courtoise, et qu’il était inadmissible que quelqu’un le traitât d’ignorant parce qu’il exprimait un avis différent du sien, et laissât libre cours à l’animosité personnelle. Et je n’avais avec intention nommé aucun nom afin que l’affaire ne prît pas une tournure personnelle.

Or Bebel s’est plaint qu’à propos de cette question on se soit plaint que la liberté de pensée fût menacée. C’est, disait-il, une habitude de crier à la violation de la liberté de pensée, habitude qui ne peut que nous diminuer aux yeux des adversaires. Sans doute. Mais à qui la faute? A ceux qui crient, ou à ceux qui violent la liberté de pensée? Et je m’étonne que justement Bebel se soit plaint, lui qui protestait si haut parce que le Vorwaerts refusait de publier une déclaration de lui. N’est-ce pas la même chose lorsqu’on tombe, comme on l’a fait, sur celui qui fait usage de son droit d’exprimer sa pensée. Car il ne faut pas se payer de mots. Il ne faut pas que la liberté de pensée ressemble au droit qu’on a au régiment de se plaindre. (Très bien!) Tu as le droit de te plaindre, mais gare à toi si tu en uses. C’est ainsi que l’on agit à l’égard de Bernstein. Il ne peut écrire un mot sans être assailli de toutes parts.

C’est pour cette raison que j’ai parlé à Munich, bien que le moment me parût mal choisi et l’affaire, comme je l’ai dit à quelques amis, ratée.

J’ai parlé aussi parce que c’est moi qui autrefois avais soulevé le premier cette question dans le groupe parlementaire. Sur cette question de la vice-présidence je me contenterai de quelques remarques. On a accusé les revisionnistes d’avoir attaché d’abord à cette question une très grande importance et d’avoir dit ensuite, afin de se tirer d’un mauvais pas, qu’elle n’en avait aucune. Comme le congrès a été abreuvé de personnalités, je ne veux pas pour ma part faire à cette accusation la réponse que j’ai l’habitude de faire à ceux qui m’accusent de manquer de courage. Je me contenterai de prouver que cette allégation est en ce qui me concerne absolument fausse.

Je n’ai parlé de cette question que dans mon discours de Munich qui est imprimé et dans une réunion préparatoire au congrès. Je disais expressément dans mon discours que je n’attachais pas une importance exagérée à cette question et que nous devions avant tout essayer d’obtenir des avantages réels, et de conquérir la puissance politique. J’ajoutais que notre action au Parlement n’est pas quelque chose d’isolé, mais se rattache à toute notre propagande et ne sert qu’à accroître notre force dans le pays. Il n’était pas possible d’être plus net. J’ai même poussé l’objectivité jusqu’à donner dans mon discours les arguments contre la vice-présidence aussi bien que les arguments pour. J’ai même poussé l’objectivité jusqu’à dire que malgré tout la question n’était pas dénuée d’importance, car la vice-présidence pourrait fortifier notre influence au Reichstag. On l’a nié. Mais alors je demande : si la vice-présidence est inutile, pourquoi sommes-nous d’accord pour la revendiquer sans accepter toutefois les devoirs de représentation, visite à la cour, etc.? Il faut donc que la chose ait quelque importance. Et c’est pourquoi je n’ai pas attaché grande signification à ces devoirs représentatifs. Je comprends bien que la masse ait pu s’émouvoir. J’ai songé moi aussi à la personne dont Bebel parlait hier. Mais je suis habitué à laisser moins de place au sentiment. J’ai considéré ces devoirs comme de simples formalités qui n’atteignent aucun des principes du parti. Et je crois qu’un jour viendra où tout le parti devra les considérer de même et que mes paroles n’auront pas été inutiles.

En attendant, la masse du parti en a décidé autrement. La question est tranchée. Je n’ajouterai donc plus qu’une rectification à un mot de Bebel. Il m’accuse d’avoir dit que la forme de l’État, monarchie ou république, importait peu. Et il fait le tableau riant des avantages que nous procurerait une république, si pâle fût-elle. Je crois au contraire que si nous avions une république en Allemagne, elle réagirait énergiquement contre toute extension de la liberté politique. Mais je ne veux pas discuter parce que cette question ne peut être élucidée ainsi en passant et ensuite parce que nous ne sommes pas près encore de devenir une république. Mais je fais constater que j’ai dit dans mon discours : « Nous ne sommes point des républicains bourgeois dont toute la pensée s’épuise dans la forme de l’État. Pour nous, l’organisation sociale est plus importante. » Je m’étonne que Bebel, qui se réclame de la conception matérialiste de l’histoire, ait vu là quelque chose à reprendre. S’il avait lu plus soigneusement mon discours, il aurait évité une pareille bévue à mon égard, d’autant plus qu’il répète en d’autres termes dans son article ce que j’avais dit dans mon discours.

Et je quitte cette question qui est tranchée. Sans doute, quelques-uns vont trouver cette fin trop peu dramatique, et que le congrès est frustré d’un spectacle sensationnel. Car nous avons des gens qui s’entendent à élever la moindre chose à la hauteur d’une affaire d’État, d’une question de principes, qui ne sont à leur aise que lorsqu’ils voient le parti dans une affaire, afin de pouvoir l’en sauver. (Hilarité) Il est dommage que nous n’ayons point d’histoire de la tactique. On pourrait l’appeler une histoire de la décadence du parti. (Très bien!) Ce que l’on y verrait l’enlizement, l’embourgeoisement, la négation des principes, l’abandon de la lutte de classe condamnés de fois, — pour voir aussitôt qu’après chacune de ces condamnations, la social-démocratie a bu le prétendu poison et s’en est fort bien trouvée. (Hilarité)

Ainsi, Liebknecht avait proposé autrefois au faible groupe d’entrer au Reichstag, de protester et de quitter aussitôt la salle des séances. Nous ne devons pas, disait-il, abandonner notre attitude négative. La participation aux débats parlementaires ne nous apportera aucun profit. Je n’insiste pas. De même, en 1884, un grand débat s’est élevé dans le parti sur la participation à la réunion des anciens (Seniorenkonvent) au Reichstag. Il y eut même un referendum dans le parti. On parla de négation des principes. Chose curieuse, on dit exactement comme aujourd’hui : cette attitude nous gâte tout le succès électoral. (Sensation) On ajouta : le prolétariat va s’éveiller et saura séparer le bon grain de l’ivraie. Mais depuis, on s’est habitué à la chose et cette participation, si elle ne produit pas grand chose, nous procure toujours d’intéressants renseignements. De même, la lettre de Marx sur le programme d’union de Gotha. Il le condamnait et prétendait que l’idée socialiste n’avait pas encore pénétré à profondeur de peau. Et cependant le parti s’est accru.

De même, la question des bureaux de placement mixtes, qui fut débattue au congrès de Cologne en 1898. Des délégués socialistes avaient siégé dans un congrès à côté des délégués bourgeois. Bebel partit en campagne et déclara que c’était une comédie, et que l’appel aux sentiments d’humanité était en opposition directe avec la lutte de classe. (Bebel : Très juste!) N’empêche qu’un an après, (Bebel : Deux ans!) le même Bebel prit part à Zurich à un congrès des représentants de ces bureaux.

De même, la question des syndicats et de l’unification des tarifs. Lorsque l’unification des tarifs des typographes fut obtenue, que n’a-t-on pas dit sur le syndicat des typographes, parce que cette unification des tarifs émoussait l’acuité de la lutte de classe. Aujourd’hui, on poursuit partout cette unification parce qu’elle est une excellente mesure en faveur des ouvriers. Pour les syndicats, une citoyenne pleine de talent avait démontré avec force que l’utilité des syndicats ne pouvait être que restreinte et que d’ailleurs leur fin était proche. Jamais ils n’ont été plus florissants qu’aujourd’hui et nous souhaitons tous leur extension.

Au Reichstag, lors des lois d’assurance et de protection ouvrière, de vifs débats se sont engagés dans le groupe, ainsi que l’a dit hier Bebel, pour savoir si nous garderions notre attitude négative ou voterions pour les lois qui nous sembleraient les moins mauvaises. La dernière opinion l’a emporté. La propagande n’en a pas souffert et nous avons très bien pu faire comprendre aux camarades quelles raisons nous avaient déterminés.

Enfin, j’ai étudié à ce point de vue la participation aux différents votes. En 1884, les Berlinois avaient déclaré « corrompante » la participation aux élections municipales. Peu après, ils y ont pris part. Je ne pense pas que le parti en ait souffert.

Je ne sais pas, car je connais aussi peu les affaires prussiennes que vous connaissez bien les affaires bavaroises, (Très bien! — Grande hilarité) je ne sais pas s’il est vrai que les conseillers municipaux berlinois portent avec fierté une chaîne officielle, sur laquelle se trouve le portrait de Frédéric-Guillaume III. (Grande hilarité) Je répète, je ne sais pas si cela est vrai, mais c’était dans le Vorwaerts, c’est donc sans doute vrai. (Une voix : C’est vrai!) Eh bien, pensez donc : les bas de cour nous brûleront les mollets, mais l’image royale sur la poitrine ne nous cause aucun dommage ! (Grande hilarité)

La participation aux élections pour les Landtags a été discutée pour la première fois à Munich, d’où, comme chacun sait, viennent toujours les mauvaises choses. (Hilarité) En 1886, les libéraux avaient décidé, en Bavière, d’accorder un siège aux socialistes si, au premier degré, le nombre de leurs élus pouvait décider du vote définitif. Le 28 octobre 1886 parut, dans le Sozialdemokrat, un puissant article, que tout permet d’attribuer à Bebel, où il avertissait le parti d’être sur ses gardes, de ne point se corrompre, de ne point se laisser aller à un tel compromis qui ne serait qu’une trahison, même si les adversaires avaient l’audace de nous offrir un mandat. (Grande hilarité) Malheureusement, nous n’eûmes pas assez d’élus pour agir à l’encontre de cet article.

A Cologne, en 1893, Bernstein proposa de prendre part aux élections pour le Landtag prussien. Tout le monde tomba sur lui, — moins haineusement qu’aujourd’hui toutefois. — Bebel, comme rapporteur, démontra clairement

qu’un compromis avec les partis ennemis doit amener nécessairement la démoralisation.

La motion Bernstein fut rejetée. Bientôt après, le vent tourna; Bebel ne vit plus aucun danger ni aucune honte à ces compromis. Il y eut encore quelques protestataires.

La résolution de Cologne fut annulée en partie. A Mayence, en 1900, elle le fut tout à fait. Bebel donna cette définition, qui mériterait de prendre place dans une encyclopédie :

Un compromis est une entente avec un second en vue de se soutenir réciproquement pour obtenir une chose qu’on ne pourrait obtenir par ses propres forces.

Depuis, les Prussiens ont usé du compromis de façon à nous rendre jaloux, nous, les Bavarois, qui avions commencé. Ils ont été jusqu’à le recommander dans des circonscriptions où l’appui des socialistes pouvait tout au plus faire élire un libéral.

Je vous demande pardon de cet exposé historique. Il devait être fait. Vous voyez que notre mouvement, notre tactique ne sont pas quelque chose de fixe et immuable, mais qu’elles évoluent sans cesse. Cette évolution n’est pas terminée aujourd’hui; elle ne s’achèvera jamais. (De nombreuses voix : Très juste!) Et cette évolution eût dû nous rendre prudents, nous avertir de ne pas crier à chaque instant à la fin du parti. Au contraire, c’est après chaque grand succès que les cris recommencent de plus belle.

Et jamais ils n’ont été moins justifiés qu’aujourd’hui. Je vais le prouver à l’aide des propres paroles de Bebel. J’ai fait mon discours de Munich le 27 juillet 1903. Bebel a dû le connaître au plus tard dans les premiers jours d’août. Il a écrit à ce sujet dans la Stuttgarter Volkswacht : « Ces idées de Vollmar ne contiennent rien de nouveau pour moi, car elles ont été déjà exposées par lui en 1898 sans que la majorité du groupe ait cru devoir les adopter. » J’avais même déjà parlé de cette vice-présidence en 1895 et annoncé qu’elle reparaîtrait tôt ou tard. Eh bien, pourquoi n’a-t-on pas protesté en 1895? (Bebel : Ce fut fait.) Non, on a simplement répondu que l’on ne voulait pas s’en occuper, mais il n’y a eu aucune indignation.

Donc Bebel commence par dire que la chose n’a rien de nouveau. Quelques semaines après, changement soudain et complet : « Vollmar a fait de la question de la vice-présidence une affaire d’État. (Bebel : Dans le parti!) Elle renferme une bonne partie, la partie essentielle de la question d’une nouvelle tactique. » — Je vous demande : Comment une chose peut-elle être insignifiante puis soudain la partie essentielle d’une nouvelle tactique?

Et si c’est la partie essentielle, où sont les autres parties? J’ai parlé dans mon discours de Munich de la tactique à suivre devant nos nouveaux succès. Bebel s’est plaint seulement que le passage fût trop court. Dans un article de la Neue Zeit, il a dit :

Si ce court paragraphe contient le nouveau programme, je puis me compter parmi les partisans de Vollmar. (Sensation) Ce que Vollmar réclame de nous dans son discours comme étant notre devoir, nous l’avons déjà fait honnêtement, mais il n’a pas dépendu de nous que le succès positif ne fût pas de notre côté.

Et c’est cela la nouvelle tactique des revisionnistes, la fin de l’unité dans le parti! Je cherche en vain qui a pu porter un tel jugement à propos de mon nom. Sans doute Bebel a parlé d’une explosion des sentiments du peuple. Oui, mais je suis trop hérétique pour y croire sans autre examen. J’en ai déjà vu de ces explosions populaires. Je sais combien la plupart des gens sont restés calmes et combien il y avait de personnes aux endroits où l’on s’agitait.

Et je suis d’avis que la flatterie est aussi condamnable lorsqu’elle s’adresse au peuple qu’aux grands (Heine : Très juste !) Et je considère comme une flatterie de raconter que le sentiment populaire est sûr et infaillible. Je n’ai point une mince opinion de la masse et du sentiment du peuple, mais l’histoire des mouvements populaires et en même temps l’histoire de notre propre parti m’apprennent que cette conscience populaire peut se tromper ou être trompée aussi bien que l’individu. Donc je ne puis me déclarer satisfait de concepts aussi vagues. Il faut que je m’appuie sur des choses et des personnes plus tangibles.

Je me demande même comment une telle affaire a pu subitement se produire. Ou plutôt je me le demanderais si je ne connaissais Bebel que depuis hier. Je ne suis pas de ceux qui aiment à dire des paroles désagréables aux gens lorsque c’est inutile. Aussi m’est-il très pénible que Bebel dans ces derniers jours ait dit lui-même que son tempérament lui avait souvent joué maint tour et fait faire mainte bêtise. Il a ajouté qu’il demandait que l’on crût à son honnêteté dans tous ces cas. Personne n’en doute. Mais cela est vrai des autres aussi. (Très juste!) Pour ma part je ne juge pas le mien si bon que je veuille l’imposer aux autres, d’autant plus que je me suis aperçu qu’une volonté voulant à tout prix se soumettre les esprits a beaucoup plus de pouvoir que le calme et la réflexion.

Mais il en est ainsi : Nous avons des tempéraments différents, et cela est très bien, car ce serait du joli si nous montions tous comme une soupe au lait. (Hilarité) Oui, oui mon cher Bebel, si j’avais eu un dixième de ta façon de t’emporter, nous aurions bien eu d’autres crises dans le parti. Aussi devons-nous nous faire au tempérament les uns des autres. Et Bebel ne pourra pas dire qu’on n’a pas, — comme il est juste en raison de sa situation et de ses services incomparables, — tenu largement compte de son tempérament. Mais il faut, étant donné ce qui s’est passé, que cela soit dit, et particulièrement par un homme, qui comme moi a vécu depuis des années par Bebel et d’autres sans avoir pour ainsi dire bougé, à plus forte raison répondu… Mais tout a une fin et la patience la plus grande aussi. Et je te dis : Quelque compte que l’on tienne du tempérament, il ne peut cependant fournir une lettre de franchise pour tout. (Vive approbation dans une partie de l’assemblée. — Bebel : Je ne le demande pas non plus.) Et si l’on a dit que le parti n’est pas là pour suivre la moindre idée du revisionnisme, — ce que j’approuve absolument, car je ne sais quelle monstruosité c’est là et n’ai jamais vu élever telle prétention, — il n’est pas là davantage pour être le jouet de l’imagination surexcitée et de la nervosité de certains individus. (Vive approbation dans une partie de l’assemblée. — Grande agitation et sifflets) Dans un parti démocratique on ne saurait accorder à personne une telle situation d’exception. Un tempérament déréglé, impulsif ne nuit pas seulement sur les trônes princiers mais encore sur les trônes des partis. (Approbation dans une partie de l’assemblée. — Agitation) Qui veut diriger les choses et les hommes doit savoir avant tout se dominer lui-même. (Sifflets. — Approbation dans une partie de l’assemblée) Et celui qui est aussi sensible au moindre frôlement de sa personne que l’est sinon toujours du moins parfois Bebel, devrait d’autant plus se garder de tomber sur ceux qui pour l’instant lui sont incommodes avec une telle absence de choix dans les expressions et les procédés, comme cela s’est produit dans la présente discussion. (Approbation dans une partie de l’assemblée. — Agitation et sifflets)

Un article de Bernstein gâte à Bebel toute la joie du succès aux élections. Oui, mais ne songe-t-il pas à l’effet que produit sur d’autres camarades sa façon de discuter et de procéder ? Bebel a fait beaucoup pour le parti. Mais il y a d’autres personnes,— parmi lesquelles je me compte, — qui ont sacrifié leur existence, leur vie, leur santé et leur temps. Ils ont bien au moins le droit de ne pas être dégoûtés pour d’autres de leur activité. (Approbation dans une partie de l’assemblée)

Bebel a prétendu que nous n’étions plus d’accord ni sur le socialisme, ni sur la démocratie. Assurément, sans quoi il n’aurait pas parlé au parti comme il l’a fait. Il porte des jugements sur tout et sur tous, sur la politique et l’honneur des camarades, il donne des notes et des avertissements, s’adresse personnellement non seulement aux camarades, mais encore à nos auditeurs, s’en prend à un individu comme hier au rédacteur du Vorwaerts, sépare les camarades en camarades de première et de seconde qualité, en vrais et demi ou faux socialistes. (Hoffmann, de Hambourg : Il dit ce qui est.) Bebel a parlé hier des intellectuels. Il estime qu’il faut leur savoir beaucoup de gré d’être venus au socialisme, en raison des luttes qu’ils ont dû soutenir. Mais si l’un d’eux ne partage pas son avis, c’est qu’il n’a rien compris au socialisme, — bien qu’il soit socialiste depuis de longues années. — Les ouvriers ont l’instinct de classe infaillible. Mais si l’un d’eux se permet d’être, comme on dit, revisionniste, il a perdu cet instinct. Ce sont des parvenus. Et comment se fait-il que d’autres soient des parvenus sans avoir perdu leur instinct de classe ?

Bebel va plus loin. Il distingue des pays de diverses qualités. Il a dit il n’y a pas longtemps que tout le duché de Bade méritait d’être fourré dans un sac et noyé dans le lac de Constance. (Bebel : Non, je n’ai pas dit cela!) En tout cas je l’ai lu dans la presse du parti. (Bebel : Non, cela n’a pas paru dans la presse du parti ! — Une voix : C’était à Lubeck.) Maintenant c’est le tour de Munich, la Capoue de l’Allemagne, où l’on se noie dans la bière et le vin, où le sentiment politique se corrompt, où, comme il disait, — il est remarquable combien il a eu ces jours-ci de réminiscences bibliques : (Grande hilarité. — Bebel : Tu veux dire sans doute que je commence à devenir pieux ?) On périt corps et âme. (Bebel : J’ai dit âme et esprit) Bah ! c’est le corps que la bière détruit d’abord. (Hilarité) Donc Bebel explique toute la nature des Munichois par le vin et la bière, ce qui est assurément une conception ingénieuse de la psychologie des peuples. Puis, dit-il, tout vient de ce qu’au point de vue économique nous sommes restés très en arrière. J’ai trouvé intéressant de voir que le jugement de Bebel répond à peu près à celui de Bismarck, qui parla un jour de l’indiscipline malsaine du Sud, comme si les hobereaux prussiens regardent de leur haut. Mais, Bebel, tout le monde ne peut pas être Prussien. (Grande hilarité) Au reste, les Prussiens eux-mêmes se corrompent, d’après Bebel, lorsqu’ils viennent à Munich… Il ne manquait plus que de dire l’on regrettait l’adhésion de Munich et de toute l’Allemagne du Sud au parti. Car si Munich exerce une si pernicieuse influence, elle doit se faire sentir dans tout le parti.

Je m’étonne que Bebel n’ait point dit cela l’an dernier au congrès de Munich. C’était l’endroit opportun cependant. De même, pourquoi n’a-t-il pas parlé à Munich des élections du Landtag bavarois ? Après tout ce qu’on nous avait dit, après toutes les menaces qu’on nous avait faites, nous vous y attendions. Personne n’a soufflé mot. Et maintenant il vient soulever cette question sur laquelle je serais obligé de parler pendant une heure pour l’exposer exactement.

Bien entendu, je suis persuadé que Bebel connaît les affaires bavaroises très exactement jusque dans les plus petits détails, bien mieux que nous autres Bavarois. Je n’ai aucun doute à cet égard, je n’y pointe le droit d’en avoir. (Hilarité) Mais il faut que je lui dise cependant que son histoire nous a rendu un très grand service, et que par son jugement le nombre des formules qui forment l’arsenal de nos adversaires s’est accru d’un joli peu. (Très juste !) Certainement les Munichois lui en seront très reconnaissants, ne serait-ce que parce que de nature ils ont un faible tout particulier pour un caractère cassant, arrogant et autoritaire. (Très bien !) Mais laissons là ce côté épisodique. Je vous demande : sur quel ton Bebel a-t-il parlé à tout le parti ? « Je ne souffrirai pas, — je laverai la tête, — j’espère réserver à mes amis et à mes ennemis encore plus d’un mauvais moment, — j’ai les masses derrière moi, — je réglerai les comptes. » Je, je, je, — est-ce le langage d’un homme à ses pairs, ou n’est-ce pas plutôt le langage d’un dictateur ? (Grande agitation, vive approbation, violentes protestations et sifflets) C’est ainsi que le lord protecteur Cromwell a parlé au Long Parlement. (Grande agitation) Il fallait que cela fût dit enfin. (Une voix : Il était grand temps.)

Afin de prouver qu’un grand danger menaçait le parti, Bebel a réuni un certain nombre de faits témoignant des divergences d’opinions. Je ne puis les examiner tous. Je ferai remarquer simplement qu’au congrès d’Erfurt, en 1891, il s’aperçut que beaucoup plus de délégués approuvaient mon discours « que je ne m’y attendais », menaça je ne sais quoi en même temps de lever l’étendard de la rébellion contre le congrès. De même après le congrès de Cologne, en 1894, il se rendit immédiatement dans une réunion de Berlin, s’emporta contre le congrès et se demanda si on allait abandonner la lutte de classe et faire place à l’opportunisme. Vous voyez, c’étaient exactement les mêmes paroles qu’aujourd’hui.

Bebel a parlé hier des luttes qui se livraient dans le groupe parlementaire. Sans doute il y en a eu. Mais si tous devaient être du même avis, autant revêtir un uniforme ou une camisole de force. Il n’est pas vrai que ces luttes soient plus violentes qu’elles ne l’aient jamais été. Mais il est vrai, par contre, que Bebel s’est trouvé plus souvent dans la minorité qu’autrefois. (Bebel : Ce n’est pas une raison !)

Ce serait peut-être la véritable raison pour laquelle le parti serait en danger, et pour laquelle toute cette discussion s’est élevée. (Vive protestation) Qu’un groupe nombreux soit plus difficile à diriger qu’un faible, qu’il ne soit pas si facile d’y obtenir l’unanimité, cela va de soi. Si l’on voulait donc ramener toute l’affaire à une formule, il faudrait dire que malheureusement le parti est devenu trop grand. (Protestations et approbations) Et je ne suis pas éloigné du tout de voir dans cette grandeur ce que l’on appelle le danger. Bebel ne s’est-il pas plaint un jour ouvertement, que Pierre et Paul vinssent à nous, et qu’il préférerait une poignée de gens sûrs ?

D’ailleurs quelle contradiction ! On prétend que les revisionnistes ne sont rien, puis on vient dire qu’il faut se mettre en garde contre eux parce qu’ils pourraient obtenir la majorité dans le groupe. Et finalement on prétend que la masse est hostile au revisionnisme. Mais que diable, n’est-ce pas la masse qui élit les députés ? Ou bien pourquoi ne dresse-t-on pas tout de suite la liste des camarades triés sur le volet qui auront le droit d’être candidats ?

Bebel a fait hier allusion au millerandisme. Il m’a comparé à Millerand. Je l’en remercie mais dois dire modestement que je ne me sens pas à sa hauteur. Mais il ne s’agit pas de cela. Je vous demande : puisque le millerandisme nous menace si dangereusement, pourquoi Bebel n’a-t-il pas protesté à cette séance du Reichstag où le chancelier nous a dit qu’il nous souhaitait un Millerand ? C’est lui Bebel qui a répondu au chancelier : « Je ne puis vous dire qu’une chose, c’est que si ce Millerand allemand entrait dans un ministère il devrait rester socialiste, sans quoi nous le malménerions tout comme les autres ministres. » (Sensation) Eh bien, si le danger était si grand, il aurait dû dire qu’il n’y avait même pas à penser à une pareille chose. (Vives interruptions)

Je signale un autre incident de cette séance. Le chancelier exposa un singulier programme social. Les ouvriers ne doivent pas réclamer des choses qui entraveraient la puissance de la concurrence allemande sur le marché mondial, ou bouleverseraient l’ordre social. Mais les patrons doivent contribuer de tous leurs efforts à réduire de plus en plus les différences entre les classes et à rendre les classes pauvres plus fortunées. Et que répondit Bebel ? « Un beau programme, monsieur le chancelier, et si le chancelier veut employer son influence à réaliser ce programme, il trouvera en nous, socialistes, ses alliés les plus fidèles. » (Sensation) Celui qui dans sa carrière politique dit de telles paroles n’a pas le droit de corriger au crayon rouge les discours des autres. Et si moi je les avais prononcées, oh ! alors, la lutte de classe n’aurait pas été affaiblie seulement, mais encore trahie ! (Très vrai !)

Bebel aime à nous reprocher les éloges que nous adressent nos adversaires. Il ferait mieux d’être ainsi que moi insensible aux éloges comme aux blâmes et de n’y attacher aucune importance. D’ailleurs s’il venait en Bavière il verrait qu’on le loue là-bas comme le socialiste modèle tandis qu’on nous déchire à belles dents. Je puis lui citer aussi les éloges que lui adressait récemment le Tag de Berlin. Il vaudrait mieux que lui et nous tous protestions contre le byzantinisme de la presse du parti. Lisez le scandaleux article paru dernièrement dans la Saechsische Arbeiter-Zeitung. (Bebel : Très juste ! Je l’ai énergiquement condamné !) Oui, mais tu ne l’as pas dit ici. (Bebel : Je puis encore le faire ; je l’ai dit à plusieurs de mes amis.)

Bebel justifie ses attaques par cette allégation qu’on nuit au parti. Mais peut-on lui nuire davantage qu’en criant aux trois millions d’électeurs qui ont mis leur confiance en nous, que jusqu’à présent nous avons joué une comédie, qui doit enfin cesser ? (Approbations et protestations) Peut-être Bebel a-t-il voulu dire autre chose. Mais qu’il se rappelle ce qu’il dit sur les articles dont on doit peser toutes les conséquences. Où, quand, par qui une telle comédie a-t-elle été jouée ? Pour ma part je n’en ai jamais eu connaissance et j’espère que personne n’a la conscience d’en avoir joué une.

Car si ce mot avait un sens, il pourrait signifier seulement qu’il existe dans le parti des gens ayant conçu depuis longtemps le plan de proclamer leur souveraineté absolue en écartant ceux qui leur sont incommodes, mais ne trahissant pas ce plan avant le moment où ils croient l’occasion favorable. (Très juste !) — Je ne dis pas qu’il en soit réellement ainsi. Mais quelle autre idée peut-on se faire dans le pays de cette parole ? Et puisqu’il en est ainsi, je proteste énergiquement contre cette expression et dis qu’elle porte au parti, — naturellement contre la volonté de Bebel, — le tort le plus grand qui lui ait été fait depuis longtemps. (Approbations et protestations) Et s’il y a un danger dans le parti, il consiste uniquement en ceci que des gens s’imaginent être obligés de faire prévaloir leur opinion à tout prix, persistent avec entêtement dans leurs desseins, sont querelleurs et ne se conduisent en autoritaires. Et je vois un autre danger dans certaines menaces de violence, qui n’ont pas encore complètement disparu, et qui sont d’autant plus dangereuses qu’elles se produisent à un moment où elles font un grand plaisir aux provocateurs.

Malgré tout ce que j’ai dû dire contre Bebel, ce n’est pas lui, mais Kautsky que, dans toute cette affaire, je regarde comme le personnage principal, surtout parce qu’il a l’avantage d’être plus conséquent. Kautsky est le fanatique de la théorie, le professeur allemand devenu parti, (Hilarité) qui laisserait plutôt périr le monde ou même le parti, que d’enlever une seule cheville à ses belles constructions théoriques. (Approbations et protestations.Une voix : C’est absurde !) Vous ne me persuadez pas. Je vais donner des preuves.

Kautsky nous a souvent montré ce qu’il pense de la liberté de pensée et d’opinion dans le parti. Dans un article fameux contre Bernstein : la retraite des dix mille, il a dit : « Il est ridicule de demander dans le parti la même liberté de pensée que nous réclamons de l’État. » (Sensation) La Neue Zeit, disait-il à Lubeck, n’est pas faite pour laisser se mesurer les diverses opinions et tendances existant dans le parti, mais pour défendre l’unité du parti. L’unité du parti, c’est-à-dire l’autorité unique de son opinion. (Très juste ! Vives protestations.Kautsky : Il n’y a pas un mot de cela. Interruptions continues) J’attendrai tranquillement jusqu’à ce que vous ayez montré qu’ici au moins il y a un peu de liberté de pensée. Il me semble que si vous avez écouté Bebel vous avez le devoir de m’écouter aussi. (Vive approbation) Sans cela vous auriez l’air de vouloir terroriser. (Vives approbations et protestations)

Singer. — J’ai demandé de cesser les interruptions. Je renouvelle cette demande en l’adressant d’ailleurs aux uns comme aux autres.

Von Vollmar. — Donc l’unité du parti est l’autorité de son opinion. Il a une fois appelé textuellement la nouvelle tendance un soulèvement. C’est à réprimer ce soulèvement qu’il travaille depuis plusieurs années. Jusqu’à présent il n’y a pas réussi dans les divers congrès. Mais il s’imagine aujourd’hui que l’occasion est propice. Il s’imagine que l’opinion est assez surexcitée contre Bernstein et après l’avoir déjà personnellement condamné il espère faire ratifier cette sentence par le congrès. Du même coup il espère faire condamner tous les revisionnistes. Il a cherché longtemps une formule définissant exactement leurs crimes. Il a fini par les accuser de vouloir entrer avec les partis bourgeois dans une même majorité. Eh bien je vous demande : qui donc a soutenu de tels principes ? Pour ma part je n’ai jamais dit que ceci dans mon discours de Munich : « Pratiquement la situation est aujourd’hui telle que le libéralisme a perdu aux dernières élections la dernière possibilité de regagner son influence future. (Sensation)… Et nous socialistes nous ne pourrions que nous réjouir si les éléments vraiment libéraux de la bourgeoisie se ressaisissaient et tout au moins dans la lutte contre la réaction sur le terrain politique et intellectuel rivalisaient avec nous ; mais au reste ils devraient se rendre compte que les événements se dérouleraient en Allemagne comme en Belgique, et que les premiers postes de l’opposition appartiennent désormais au socialisme, à côté et sous la conduite de qui les libéraux de gauche auraient à agir. » Je n’ai rien dit d’autre à ce sujet. Si l’on veut nous faire un procès de tendance de la pire espèce, (Très juste ! — Grande agitation) qu’on apporte du moins quelques preuves.

Aussi incroyables sont les idées de Kautsky sur la critique.

Il a dit en dernier lieu que la critique devait être suspendue pour un temps, qu’il fallait cesser de douter de l’opinion momentanément régnante, de la tactique. (Grande agitation.Sensation) De douter, — en propres termes ! J’ai remarqué ce mot parce qu’il me rappelait les leçons de catéchisme de ma jeunesse. (Une voix : Est-ce textuel ? — Grande agitation) « Il faut écarter le doute. » Cherche toi-même le passage ! (Bebel : Ah ! ah ! — Une voix : Il y a écarter !) Ainsi la liberté de pensée ne doit pas être interdite mais ajournée, (Très bien !Hilarité et agitation prolongée) la critique ne doit pas être supprimée mais suspendue pour un certain temps. (Une voix : Écartée) (1) C’est, si je comprends l’allemand, la même chose. (Très bien !Agitation) La aussi la critique de la Bible n’est pas suspendue jusqu’à ce que le pape reconnaisse sa justification et constitue une commission qui examine la chose ; on peut alors critiquer jusqu’à ce que le nouveau dogme soit établi.

Non, camarades, ou bien la liberté de pensée, de critique, existe entière, sans réserves, ou elle n’existe pas. (Très juste !)

(1) Von Vollmar avait employé le mot eingestellt, qui signifie suspendre, et Kautsky le mot zurueckgestellt, qui signifie littéralement mettre au second plan, en arrière, écarter.

Sans cela il se produit ce qui arrive dans l’état actuel, où la liberté de pensée et d’enseignement existe sur le papier, mais doit être dans la pratique utilisée avec tact, afin de ne point provoquer de scandale public. (Agitation) Non, ce n’est pas ce que nous avons choisi et c’est honteux qu’une telle opinion sur la social-démocratie ait pu non seulement être exprimée, mais encore conçue. (Très juste !) Car s’il y a un principe fondamental, une racine vitale de la social-démocratie, c’est la liberté absolue de pensée, de recherche, d’examen des principes, des buts et de la tactique. (Très bien !) Celui qui veut y apporter la moindre restriction, veut faire tomber le grand mouvement de civilisation qu’est notre parti au rang d’une secte. (Très bien !) Sans doute un mouvement de la grandeur du mouvement socialiste resterait encore un certain temps imposant extérieurement, serait peut-être d’autant plus imposant aux yeux des adversaires, parce qu’il aurait une unité d’opinions complète, uniforme. Mais la conséquence nécessaire serait le dépérissement du parti, (Très juste !) la suppression de tout air frais et par là de tout développement futur. Il faudrait alors tout supprimer de notre nom le mot « démocratique » (Bebel : Oui, si on en arrivait là !) et renoncer à gagner et à conserver des hommes indépendants, libres et vivants. (Bebel : Tu vois des fantômes que tu forges toi-même !)

Singer, interrompant. — Je prie de cesser les dialogues ! (Une voix : Dis-le à Bebel !)

Vollmar, continuant. — Car je vous le dis : si l’on me destine une muselière, il m’est assez indifférent que ce soit une muselière policière ou religieuse ou démocratique. (Approbation et sifflets) Il ne vaudrait plus la peine de risquer sa vie (Bebel : Risquer sa vie ? où ?) Et ne sacrifies-tu pas ta vie aussi, (Bebel : Je ne parle pas du tout de cela !) Et crois-tu que d’autres ne le font pas aussi !

Donc je le dis : je ne jugerais pas qu’il vaille la peine d’exposer toute son existence, de combattre, de renverser toutes les autorités, simplement pour mettre une nouvelle idole à leur place ! Seuls des fanatiques et non des socialistes peuvent y consentir. (Bebel : Très juste !) Et lorsqu’un danger de ce genre apparaît même de loin, il faut le signaler exactement.

J’en arrive à la résolution. Sur le premier point je n’ai rien à dire, puisque le parti a déjà décidé.

Je ne comprends pas les phrases vagues sur les tendances revisionnistes. Pour ma part je n’ai jamais été « bebelien », ni « bernsteinien », ni marxiste. Je me contente d’être socialiste. Je n’ai jamais entendu parler d’avances faites au parti bourgeois et j’ai toujours parlé de la conquête des pouvoirs par le socialisme. Le paragraphe 3 disparaît, puisque ces tendances n’existent pas. Pour le paragraphe 4 je demande à qui il s’applique ?

Donc, du point de vue esthétique je déclarerais cette résolution inacceptable. Mais il faut se placer au point de vue politique pratique. Et puisque les camarades craignent des tendances qui n’existent pas selon moi, mais qui d’après eux pourraient un jour exister, et veulent dès maintenant les prévenir, je ne m’opposerai pas à cette façon de voir. (Sensation)

Quant au dernier paragraphe, je ne le trouve pas assez radical. (Très bien !Hilarité) Car, voyez-vous, il n’existe pas de radicaux ni de réactionnaires absolus. On trouve toujours un plus réactionnaire ou plus radical que soi. Ainsi je ne pourrais citer une seule circonstance où dans la pratique du Reichstag les revisionnistes se soient trouvés d’un côté et les radicaux de l’autre. (Sensation) Bebel confirmera que souvent nous avons marché ensemble, tantôt à gauche, tantôt à droite. (Sensation) Et il est remarquable que le radical Kautsky ait proposé de ne plus réclamer le remaniement des circonscriptions électorales, ce qui serait l’abandon d’une de nos plus anciennes revendications. (Bebel : Naturellement il ne peut en être question !) Mais Kautsky l’a proposé ! (Bebel : Je suis de ton avis !)

Si donc vous voulez condamner une tendance, des principes qui selon moi n’existent pas, l’affaire sera tranchée par le vote de la résolution.

Il en serait autrement si vous vouliez atteindre certains individus. Je m’empresse de dire que cette intention n’est pas dans la résolution. Mais j’ai entendu dire par de nombreux camarades que l’on avait cherché une rédaction telle qu’elle devînt inacceptable pour certains individus. (Sensation.Grande agitation.Vives interruptions) Dans ce cas il eût fallu avoir le courage d’aller jusqu’au bout, de nommer les noms et de dire à ces individus : Soumettez-vous ou sortez !

Quoi qu’il en soit, je ne vois pas cette intention dans la résolution, je n’ai rien à ajouter et je conclus.

Camarades, je ne conteste pas qu’il y ait eu des sujets de mécontentement. Des camarades nouveaux sont parvenus trop vite aux postes d’honneur. Avant d’être officier il faut être soldat. D’autres faits qui paraissaient insignifiants se sont ajoutés et l’orage a éclaté. Mais après nos explications, le congrès devrait être convaincu que tout a été singulièrement grossi. Je ne nie pas que des fautes aient été commises, par moi aussi, — je ne suis pas de ceux qui veulent à tout prix avoir raison. (Bebel : Est-ce pour moi que tu dis cela ?) Comment donc, j’en suis bien loin. (Grande hilarité) Je pense donc que tout sera tranché par la résolution et que le parti, — au contraire de ce que disait Bebel, — pensera que l’union et l’unité dans le parti sont plus grandes que jamais. (Approbation et protestation) Le parti reconnaîtra

qu’il est grand temps de finir ces querelles intestines et que nous adressons devant nous une tâche exigeant toutes nos forces, et pour laquelle chaque force trouvera son emploi, de même qu’il est dit dans la Bible que l’on peut servir Dieu des manières les plus différentes. Il faut agir dans les centres industriels autrement que dans les circonscriptions rurales, dans le Sud que dans le Nord, mais partout nous pouvons employer honnêtement nos forces, et nous n’avons qu’à tâcher d’agir dans un même sens et non en sens contraire. Je pense qu’après cette explication pénible, mais devenue nécessaire, le parti trouvera la solution juste en ce sens qu’il saura repousser énergiquement toute tentative d’entreprendre quelque chose d’une manière non objective, mais personnelle, blessante et autoritaire, et ramener les chefs de droite et de gauche à leur poste devant l’ennemi pour le combat commun. (Vive approbation) (1)

Singer annonce qu’il a reçu un nouvel amendement à la résolution 130 (résolution 143).

Une demande de réduire à dix minutes le temps de chaque orateur est rejetée.

Ledebour. — Puisqu’il est certain que nous ne pourrons terminer cette semaine, je propose de décider que nous siégerons lundi de la semaine prochaine.

Singer. — Le moment est très mal choisi pour cette motion. Nous verrons bien. Ne nous prenez pas notre temps.

La motion Ledebour est rejetée.

La séance est levée à midi trois quarts.

(1) Protokoll, pages 321-345.

Séance de l’après-midi

La séance est ouverte à trois heures, sous la présidence de Singer.

Kolb, de Karlsruhe. — Avant de parler du revisionnisme, je vous signale un article violent de la Leipziger Volkszeitung sur la Morale de parti. Il est signé des initiales G. J., soit Gustave Jaeckh. Ce Jaeckh était autrefois rédacteur dans le duché de Bade. Il était revisionniste. Il partit à Leipzig et écrivit directement contre le socialisme. Aujourd’hui il est radical et recherche toutes les occasions de tomber sur les revisionnistes.

Maintenant au fait. Je conteste l’existence de revisionnistes, tels qu’on les a dépeints. La résolution prouve d’abord combien on est peu fixé sur le revisionnisme. De tout temps il y a eu des revisionnistes dans le parti, c’est-à-dire des gens qui sur les questions de tactique pensaient autrement que d’autres. Plus le parti sera grand, plus il existera de différences analogues. L’essentiel est que l’on ne fasse pas de cette différence d’opinions une trahison des principes.

En ce qui concerne la vice-présidence il n’est pas vrai que nous ayons reculé après vu l’indignation du parti. J’ai de tout temps considéré cette question comme secondaire. Mais je ne pouvais admettre la manière dont on attaquait Bernstein. D’ailleurs si l’on déclare qu’on veut occuper ce poste il faut accepter les formalités. Jamais les formalités ne nous ont arrêtés. Et celles-ci nous sont imposées tout comme les autres.

La question de la tactique se pose dans tous les pays. Nous voyons partout des revisionnistes et des anti-revisionnistes. Pour nous la discussion se ramène en dernière analyse à la question de savoir si nous suivrons la théorie des catastrophes de Kautsky ou celle de l’évolution de Bernstein. Dans la pratique nous nous en sommes toujours tenus à la seconde.

Les soi-disant revisionnistes estiment que le but de nos efforts sera atteint par une évolution organique, que nous devons ramasser toutes nos forces pour acquérir de l’influence et parvenir peu à peu à notre but. Kautsky partage cette opinion mais il croit que ce que nous voulons atteindre ne peut l’être que par l’effondrement de l’État capitaliste, il pense que cet effondrement viendra nécessairement. Nous au contraire nous disons qu’il n’est pas nécessaire qu’il vienne. (Vives interruptions : Nous y voilà donc !) Oui, certainement toute la discussion tourne autour de ce point. (Une voix : Eh bien alors !) Tous nos chefs n’ont-ils pas déclaré que nous voulons atteindre le but par les moyens légaux ? Nous le répétons sans cesse. Mais alors il faut avoir le courage d’être conséquent. Il ne faut pas dire que l’effondrement viendra nécessairement, parce que dans ce cas un moment viendra aussi où la violence décidera et non plus la loi.

Kautsky prétend que nous ne pouvons pas obtenir la puissance par ruse mais qu’il nous faut la conquérir. Je suis de son avis. Mais il s’agit de s’entendre sur le mot conquérir. (Des voix : Ah ! ah !) J’estime que tout ce que nous avons obtenu et obtiendrons a été conquis, parce que la classe dominante ne nous a rien donné volontairement.

Il ne nuit pas au parti de discuter ces questions. Au contraire, on y gagne plus de lumière. Pratiquement la question ne se pose pas aujourd’hui. Mais elle se posera plus tard, puisque, d’après Marx, nos attaques contre la propriété devront amener des changements dans la superstructure politique. C’est pourquoi je vous demande de rejeter l’amendement. Pour le moment la résolution n’a aucun sens et nous ne pouvons cependant pas engager l’avenir. (Très juste !) Personne ne veut une revision des principes du parti, au contraire, nous savons qu’ils sont vrais et sûrs, et nous voulons continuer le combat sur cette base.

Le discours qu’a prononcé Bebel hier nous a causé le plus grand tort. On nous le servira longtemps, tandis que jamais nos adversaires ne nous opposent les éloges adressés par la presse bourgeoise aux revisionnistes. (Très juste !Protestation) Bebel a de nouveau tapé sur les Allemands du Sud. Ils ont fait leur devoir cependant. Dans les centres industriels la propagande est bien moins pénible que dans les contrées arriérées économiquement. Et cependant l’accroissement des voix a été plus grand dans le duché de Bade que dans la moyenne de l’empire. Bebel a parlé des ouvriers parvenus. Il ne se doute pas de la jalousie qu’excitent ces ouvriers en bonne situation, occupant des postes dans le socialisme. Que vont-ils faire maintenant ? Il n’est pas vrai non plus que les revisionnistes aient perdu le contact avec le peuple.

J’ai au contraire l’impression que c’est Bebel qui a perdu ce contact avec les masses. (Grands éclats de rire.Une voix : La dernière revision !) On ne prend pas contact avec le peuple en parlant dans des réunions où se trouvent des milliers de personnes, mais en se mêlant à lui chaque jour dans les syndicats et les coopératives, où l’on apprend à connaître les ouvriers avec leurs qualités et leurs défauts. Alors les ouvriers n’apparaissent pas sous un jour aussi idéal que les voit Bebel. (Agitation croissante)

Enfin l’attitude de Bebel n’a pas inquiété les revisionnistes seuls, mais encore d’autres camarades. Ce qu’a dit Vollmar était nécessaire. Que peut faire Goehre, que peuvent faire les rédacteurs du Vorwaerts après les paroles de Bebel ?

Je ne sais pas quelle forme prendra la résolution. Je ne puis en aucun cas voter pour l’amendement. J’aurais pu voter pour la résolution primitive. (Hoffmann, de Berlin : Alors il faut la modifier !) Le congrès n’est-il ici que pour les Berlinois ? (Grande agitation et interruption) Tenez-vous donc tranquilles. Nous ne vous avons pas interrompus. Les débats ne peuvent se poursuivre ainsi. (Très juste !Grande agitation) Il est clair que nous devons être unis sur toutes les questions fondamentales, sur les questions concernant la lutte actuelle. Mais cette unité existe en fait. Pour le reste nous ferons mieux de ramasser nos forces, afin de pouvoir sur tous les points continuer la lutte avec succès. (Approbation dans une partie de l’assemblée.Sifflets) (1)

(1) Protokoll, pages 346-351.

Stuecklen, d’Altenbourg. — Les revisionnistes prétendent qu’il n’existe point de différences entre nous. Le discours de Kolb vient de prouver combien elles sont profondes. (Bebel : Très juste !) Je ne vois pas comment on pourrait les masquer. Vollmar est un orateur captivant. Mais lorsqu’il arrive à un point délicat il sait bien le tourner. Nous avons souvent discuté jusqu’ici, mais sans subtilités.

Nous avons de nombreux intellectuels dans le parti. S’ils voulaient se tenir tranquilles, rien de mieux. Mais ils veulent tout d’abord démontrer l’inexactitude d’un des points de notre programme. La presse bourgeoise en prend note. Au congrès suivant se dérobe la discussion. L’intellectuel se dérobe, l’unité est rétablie, mais il est un homme arrivé et se présente au premier siège vacant. Je n’ai point de respect pour ces intellectuels. Il faut renforcer la résolution de Lubeck de telle sorte qu’un accord ne soit plus possible, car notre devoir est de prêcher la lutte de classe. On a parlé de scission. Il pourrait tout au plus s’agir de quelques intellectuels qui refuseraient de nous suivre. Libre à eux de se diviser ensuite.

Bernstein demande que le vice-président socialiste aille à la cour s’il le faut. Après les socialistes de salon voici les socialistes de cour ! C’est sans doute Vollmar qui sera le candidat à ce poste. Mais quelle figure fera le vice-président socialiste dans ce milieu où l’on nous a refusé le droit de nous nommer Allemands ? (Vive approbation) Que fera-t-il si l’on vient lui dire qu’il est temps que le parti devenu grand entre dans l’ordre établi ?

Bebel a dépeint les Bavarois comme des moutons qui suivent aveuglément Vollmar. Ce n’est pas exact. Bien des villes se sont déclarées contre lui. Le groupe socialiste du Landtag bavarois compte onze députés. Ils n’auraient qu’à se soulever : ils viendraient sûrement à bout de lui.

La responsabilité de ces incidents revient aussi au Vorwaerts. Comme organe central il devrait servir de norme au parti. Au lieu de cela il est un conglomérat des opinions les plus diverses.

On a beaucoup parlé de la liberté d’opinion. Mais cette liberté aussi a des limites. La liberté d’opinion doit-elle aller jusqu’à laisser brûler la maison où ces opinions se combattent ? Il faudra tracer une certaine limite à cette liberté. Notre parti sera toujours prolétarien et révolutionnaire, et il dépend toujours des camarades que la direction du parti ne tombe pas aux mains d’une poignée de camarades intellectuels, qui n’ont aucun contact avec le peuple. (Vive approbation) (1)

(1) Protokoll, pages 351-353.

Une motion demandant de réduire à dix minutes le temps accordé à chaque orateur est rejetée.

Meist, de Lennep. — D’après Vollmar le revisionnisme ne serait qu’un mannequin, qu’on se serait fabriqué afin de taper dessus. Je suis d’avis que depuis plusieurs années le revisionnisme cherche à influencer notre tactique. (Très juste !) Il est en opposition avec le sentiment des masses. Et bien que Vollmar ait dit qu’il ne faisait pas appel au sentiment, il est impossible de ne pas tenir compte du sentiment des masses.

Il est bien superflu de discuter sur la manière dont disparaîtra l’état capitaliste. Dans l’âme populaire il faut que l’élément de combat reste vivant !

Selon moi il n’existe pas de liberté d’opinion absolue, surtout dans une lutte politique devant se livrer dans le cadre déterminé d’un parti.

Vollmar a comparé Bebel à Cromwell. Lorsque Bebel parle de cette place, il parle au nom de millions de cœurs ouvriers ! (Vive approbation) Je ne suis point pour le byzantinisme. Mais j’estime qu’il est besoin d’un chef qui veille sur le programme et son exécution. Et aussi longtemps que ce chef a comme les masses derrière lui, il n’est pas un dictateur, mais celui qui exprime les convictions du gros des camarades. (Vive approbation) C’est de même le devoir de Kautsky de veiller au salut de notre programme.

Je me trouvais le jour des élections à Ronsdorf, lieu historique, où Lassalle prononça ces mots : « J’entends déjà en esprit le pas sourd des bataillons ouvriers. » Ce ne sont plus des bataillons, plus des régiments mais des corps d’armée qui viennent. Lorsque la nouvelle de notre victoire arriva retentirent des acclamations telles que je crus que le plafond de la salle allait être soulevé. Pendant cinq minutes je ne pus dire un mot. Et je me disais : « Qu’est-ce donc que cette joie qui remplit l’âme populaire ? C’est la foi en la victoire, la conviction que la social-démocratie leur tiendra parole, que nous continuerons à travailler fidèlement selon nos principes, et qu’au besoin nous montrerons la porte aux éléments qui tentent de nous détacher de notre vieille tactique éprouvée. (Approbation enthousiaste) (1)

(1) Protokoll, pages 353-355.

Katzenstein. — Après les potins qui nous ont occupés les premiers jours, ces débats théoriques sont réconfortants. Malheureusement la manière dont la discussion a été engagée est pénible. Il y a eu des erreurs regrettables des deux côtés. Sans doute la liberté doit avoir dans un parti certaines limites. Mais dans ces limites la discussion doit rester libre, sans qu’on vienne parler de scission ni d’exclusion. Je ne comprends pas comment Stadthagen a osé parler d’exclure des hommes qu’il ne vaut pas et qui ont dans le parti beaucoup plus de partisans que lui et Bebel ne se l’imaginent.

De quoi s’agit-il ? De tendances qui se manifestent de manières fort diverses. On oppose à la tactique révolutionnaire la conception matérialiste de l’histoire, la nécessité d’une évolution lente. Mais l’homme est doué de volonté et peut tout au moins hâter cette évolution. Dans la nature même nous voyons des actes soudains. Sans doute une révolution est inutile parce qu’elle détruit sans construire. Le devoir du socialisme est d’établir un gouvernement qui travaille consciemment à l’établissement de la société socialiste.

Les revisionnistes craignent que les masses ne soient pas prêtes. Mais Bebel a déjà signalé les trésors d’intelligence inexploités que renferme le prolétariat. Nous devons nous efforcer de développer les syndicats, les coopératives et toutes les institutions de culture des ouvriers.

Mais tout cela n’amènera pas l’acte décisif. Je suis opposé à la grève générale, qui n’amènerait pas l’avènement de la société socialiste. Mais il faut nous rendre compte que nous pouvons toujours entrer en lutte avec les classes dirigeantes.

Il faut nous unir pour une action commune. Il faut d’abord reviser notre programme que personne, pas même Kautsky, n’accepte plus entièrement, et en faire un que tous puissent accepter. Il nous faut ensuite des projets de loi conformes à ce nouveau programme. Sans doute le groupe n’a pas les moyens de les imposer au Reichstag, mais ils fournissent d’excellents moyens de propagande.

Il est temps de passer au travail pratique. Il ne peut être question de scission. Il est temps de mettre fin aux excitations des deux parties. J’aime à lutter contre des adversaires, non contre des camarades. Ce n’est pas à moi, je pense, que Bebel a fait allusion en parlant du marais. (Bebel : Non !) Mais je puis lui dire que la plupart des camarades ne veulent plus se rattacher à aucune aile. Si je suis, sur les points essentiels, de son avis, j’ai appris beaucoup du côté adverse et j’approuve ce que Vollmar a dit de l’autoritarisme. On a parlé beaucoup des intellectuels. En Scandinavie, où ils ne jouent aucun rôle, le parti socialiste serait avec nos revisionnistes. Et, bien souvent, ce sont chez nous les intellectuels qui sont les plus radicaux, — pour devenir après un échec ultra-opportunistes, — parce qu’ils manquent souvent d’expérience pratique. Travaillons de concert, travaillons pratiquement mais en considérant toujours nos principes. C’est alors que nous réussirons à briser l’État de classes. (Vive approbation) (1)

(1) Protokoll, pages 355-357.

Timm, de Munich. — Il m’arrive qu’on me serre la main avec mélancolie en me disant : Eh bien, toi aussi, tu es passé au revisionnisme ! Je veux vous conter une période de ma vie qui pourra vous servir peut-être d’enseignement. Je suis allé, en 1898, à Munich, avec grande défiance. Je comptais y trouver la royauté de Vollmar. Il n’en est rien. On n’y ménage pas Vollmar à l’occasion et on n’y lutte pas moins qu’ailleurs. Voilà ce que j’ai pu voir.

C’est Bebel qui nous a accusés. Mais que ne pourrait-on dire de sa façon de soulever des questions dans le parti pour les laisser tomber ensuite, comme l’an dernier au sujet des élections bavaroises et cette année au sujet de son différend avec le Vorwaerts. Mais Bebel occupe naturellement une position exceptionnelle et l’on ne dit rien contre sa manière de procéder. Sans lui, nous n’aurions pas eu les débats sur la presse à ce congrès.

De même pour la question de la vice-présidence, que l’on aurait dû traiter avec le plus grand calme. Cela regarde le groupe. Pour l’instant, elle ne joue qu’un rôle théorique. Quel rôle elle jouera dans l’avenir, (Bebel : Ah ! ah !) nous pouvons nous en remettre tranquillement à l’évolution sur ce sujet. Et que signifient toutes les paroles lorsqu’on sait que d’autres aussi ont pris part à des réceptions bourgeoises. Bebel n’a-t-il pas assisté à un dîner chez le comte Ballestrem ? (Bebel : Je n’ai jamais assisté à un dîner. — Grande agitation) Alors à une soirée, peu importe au reste. Cela ne rentrait pas dans vos obligations. (Grande agitation) Molkenbuhr prendra-t-il encore part à des réceptions comme celle qu’avait organisée la commission de statistique ouvrière et où assistaient le sous-secrétaire d’État Lohmann et feu Woedtke ? Je demande à Bebel s’il acceptera les invitations du national-libéral Siegle ? (Grande agitation.Une voix : Ce sont des racontars de bonne femme. — Très juste !) Mais ce sont des histoires qui ne font pas partie des obligations, tandis que la vice-présidence peut être importante pour les ouvriers. (Non ! non !) J’ai dû raconter ces histoires parce que Bebel a usé contre nous de moyens démagogiques. Hier, il a fait appel aux instincts les plus bas des ouvriers (Grand bruit.Cris : Oh ! oh ! — D’autres : Très juste !) contre les chefs des syndicats et autres camarades occupant des postes. Il a dit que certains ouvriers parvenus pouvaient être aussi dangereux que les intellectuels. C’est Bebel, qui est aussi un parvenu, qui fait appel aux plus bas instincts. (Nouvelle agitation)

Quant au revisionnisme, il n’est point possible de le définir. Les opinions changent avec les individus et avec les époques. C’est pourquoi je préfère une politique pratique et ai déposé une résolution, — n’émanant pas de moi d’ailleurs, — demandant que le groupe présentât au Reichstag des projets de loi. Bebel a signalé les difficultés. Eh bien, notre parti est si grand que ces projets pourraient être rédigés et serviraient puissamment à répandre nos idées dans les masses. On pourrait par exemple étudier à fond la question des impôts directs. Même les protestations contre les tarifs douaniers sont venues trop tard et manquaient d’unité. Pendant les élections, nous avons manqué de netteté, surtout dans les pays rhénans, où nous pourrions apprendre beaucoup du centre. De cette façon, on peut rendre plus aiguë la lutte que soutient le prolétariat. Et ce n’est pas là, je pense, parler en revisionniste, mais bien en radical.

Au fond, nos gens qui possèdent la culture scientifique devraient se réjouir de ce qu’un mouvement se dessine dans le peuple, prouvant qu’il s’efforce de se former un jugement personnel. Qu’on ne traite pas aussitôt les ouvriers d’hérétiques. Si un principe a fait son temps, qu’on le discute, mais sans s’échauffer. Je tiens Kautsky pour très étroit. Karl Marx était autre, il prenait contact avec le peuple ; mais Kautsky ne bouge pas de Friedenau, savant de cabinet, savant de parti, et si quelqu’un touche à une thèse posée par lui, alors cela va mal dans le parti, cela ne peut durer.

Ceci s’applique aussi à Bebel. Il est exact qu’il ne connaît plus l’état d’âme du peuple. Partout on l’accueille avec transport, il parle devant de grandes assemblées, les masses l’approuvent, mais en vertu même du milieu où il se meut, il se fait des idées fausses.

Pour l’instant, il n’y a point de danger, car Bebel est au moins un dictateur génial. Mais où une autre ne nous conduirait-il pas ? A la scission sans doute. (Agitation. — Oh ! oh !) Je ne veux pas de scission, et si j’en désirais une, je serais le premier d’avis qu’il serait nécessaire de m’exclure. (Vive approbation) Mais il faut réfléchir et voir où nous allons.

Car s’il n’y a point de raisons de fait pour la scission il semble en exister d’autres. On entend dire de temps à autre que Bernstein cause tout le mal et qu’on ne peut plus travailler avec lui. D’autres prétendent qu’Auer est le plus suspect et qu’il est nécessaire de le remplacer par un autre. (Grande agitation.Vives protestations.Des voix : Qui dit cela ?) On me l’a raconté. (Vives protestations.Agitation prolongée.Des voix : Ce n’est pas vrai ! Mensonge, mensonge ! — Richard Fischer s’élance vers la tribune et crie : Maintenez votre affirmation, c’est vrai. Camarades Adolf Hoffmann et Taeterow vous devriez avoir le courage de le dire, mais vous n’êtes pas trop lâches cependant ! — Grand tumulte) Oui, camarades, il faut bien rechercher les motifs de cette agitation. Si ces tendances n’existent pas, tant mieux, mais il ne faut pas les faire naître.

Si ce débat a une utilité, c’est de faire perdre encore davantage aux ouvriers leur foi dans les autorités. Et c’est justice. Nous savons apprécier le génie d’un chef, mais démocrates, nous devons le remettre à sa place démocratique. Je savais que dans mon discours je citerais des détails. Mais ce débat roule sur des bagatelles. Ce débat théorique a pour moi beaucoup moins d’importance que n’en aurait par exemple une division sur les questions pratiques. Mais les congrès ne peuvent plus se passer ainsi, sans quoi les ouvriers finiront par se fâcher et nous dire de rester chez nous en épargnant leur argent. Nous devons rester plus unis. Les louanges de nos adversaires ne doivent pas nous troubler. Bebel lui aussi a été loué par le Berliner Tageblatt pour son attitude envers les syndicats. J’espère que nous serons bientôt débarrassés de cette petite querelle. (Approbation et sifflets) (1)

Auer. — Avant d’aborder la véritable question je voudrais élucider deux affaires personnelles. Au sujet d’une lettre de Bebel à laquelle je n’aurais pas répondu on a raconté que les rapports entre lui et moi seraient bien tendus. En réalité il n’en est rien. Je n’ai pas répondu à cette lettre parce que comme membre du comité directeur j’en reçois tellement, que je suis obligé à un moment de ne plus répondre afin de laisser le torrent se calmer. J’ai pris connaissance de ce qui concernait les affaires du parti et je n’ai pas répondu aux points de discussion parce qu’une lettre n’avance à rien et parce que huit jours plus tard nous devions nous rencontrer à Dresde.

Bebel m’a reproché de ne pas repousser les éloges

(1) Protokoll, pages 346-362.

des adversaires. Je pourrais lui répondre d’abord que s’il m’arrive par hasard d’être loué cela n’est pas si fréquent que je ne puisse accepter. (Hilarité) Ce serait une raison suffisante. Mais je préfère vous dire que dans ces éloges l’intention était si claire que personne ne pouvait s’y tromper. Et vous ne me croyez pas assez puéril pour que ces éloges me soient montés à la tête. D’ailleurs Bebel lui aussi a été loué. Lorsqu’au début de notre mouvement les journaux bourgeois opposaient le petit tourneur Bebel à Liebknecht, il n’a point protesté. Les raisons qui valaient pour lui valent aussi pour moi.

Venons au fait. Les débats sur la collaboration aux organes bourgeois ont mis en discussion Mehring. Kautsky puis Bebel l’ont défendu. Et je ne conteste pas son grand talent. Mais cette défense, et peut-être une parole de Mehring déclarant que le comité directeur porte avec lui la responsabilité de tout ce qu’il a fait pour le parti, ont fait naître un bruit. On prétend que pour être soutenu ainsi, Mehring doit être en possession de secrets qui obligent le comité directeur à le défendre. Je suis de ceux qui ont cherché à utiliser le talent de Mehring, mais sans lui assurer la situation prépondérante qu’il a conquise peu à peu dans le parti. Quoi qu’il en soit, je puis affirmer que Mehring n’est pas en possession de secrets dont le comité aurait à rougir. (Approbation) Les camarades peuvent être tranquilles. Il n’est personne qui nous contraigne au silence par ses menaces. Ce bruit est sans fondement. (Approbation)

Dans ce débat on a discuté pour savoir s’il convenait de conserver notre attitude purement négative. Il y a longtemps que les circonstances ont décidé. Si quelqu’un proposait aux quatre-vingt-un députés d’envoyer cinq ou six des leurs au Reichstag tandis que les autres feraient de la propagande dans le pays on se moquerait de lui. Nous nous sommes développés, notre tactique a changé. Non parce que nous sommes devenus plus avisés, ce n’est guère possible, (Hilarité) mais parce que les circonstances nous y ont obligés. Par contre, lorsqu’on vient nous demander comme les camarades de Teltow-Beeskow (Bebel : C’est la résolution Timm) de nous occuper surtout de projets de lois, cela me semble une exagération. S’il est un point où je sois d’accord avec Bebel, c’est celui-là. La préparation d’une loi est un énorme travail. On ne s’improvise pas législateur. Laissons ce travail aux conseillers, contentons-nous de critiquer et, s’il y a lieu, d’amener par des propositions précises des améliorations.

Lorsque Bebel dit qu’il s’est toujours occupé de législation d’une façon positive et pratique, je ne puis que confirmer ses paroles. Il y a d’ailleurs longtemps que nous sommes d’accord sur la nécessité d’intervenir pratiquement. Mais nous sommes divisés sur la valeur des concessions à demander. Les uns les estiment importantes, les autres insignifiantes. C’est une question de tempérament. Il n’y a point de différence de principe. Car j’approuve encore Bebel lorsqu’il dit que nous n’avons jamais été moins divisés que maintenant sur les questions de principe. Je pensais même que ce congrès serait une fête où nous célébrerions notre victoire. Jusqu’ici je n’ai rien vu de la fête. Cela peut venir encore, puisqu’il me semble que les tempêtes s’apaisent. Mais cela ne change rien à ce fait qu’il n’existe point dans le parti de différences de principe mais seulement des différences de tempéraments. Peut-être aussi certaines déclarations ont-elles été faites de part et d’autre. Mais qui n’en a jamais faites ? Ce n’est pas une raison suffisante pour nous quereller, pour employer des expressions telles qu’elles ont été retirées après avoir été prononcées. Et je suis obligé de reconnaître que c’est Bebel surtout qui, par ses articles et ses discours, a suscité cette émotion.

En l’entendant je me suis demandé ce qui s’était passé. Comment ! tous nos succès ne peuvent pas compenser un discours de Bernstein ? Bebel nous a dit qu’il avait dû depuis dix ans avaler tant de choses qu’il ne pouvait plus y tenir. Mais avaler est un acte nécessaire à la vie. (Hilarité) Et croit-il qu’il ait été le seul ? D’autres aussi ont dû avaler bien des choses. A mesure que le parti grandit, il se trouve plus de personnes avec lesquelles on ne s’entend pas toujours. Mais dire qu’on ne peut plus y tenir me semble une forte exagération. (Vive approbation)

Oui, mais il y a Bernstein, le nouveau Messie. Par la naissance et le sexe il pourrait en effet être un Messie. (Très grande hilarité) Mais je vous assure qu’il n’a au moral aucune des qualités requises. Édouard Bernstein est un bon camarade, mais il possède un talent vraiment remarquable pour frapper à côté. (Grande hilarité) Soyez tranquilles, le nouveau Messie n’est pas dangereux.

Bebel est venu cependant nous dire que les consuls devaient veiller, qu’il fallait attacher le grelot au chat. Après les élections, où radicaux et revisionnistes ont combattu côte à côte, où Bebel a lutté pour les uns comme pour les autres, après notre victoire, je ne me doutais vraiment pas qu’un grand danger menaçait le socialisme. A quoi bon toute cette agitation ? On a parlé de millerandisme et de jaurésisme. On considère aujourd’hui la présence de Millerand dans le ministère comme une honte, Jaurès comme un homme qui a conduit le socialisme au camp bourgeois. Mais pourquoi n’a-t-on pas dit cela au congrès international de Paris ? C’est moi qui ai présenté la résolution rédigée par Kautsky, et tout le monde a été satisfait alors. Kautsky pense autrement aujourd’hui. Mais ce n’est pas une raison pour reprocher aux gens de penser aujourd’hui comme il pensait autrefois. (Très bien !)

On a dit aussi que le nombre des revisionnistes dans le groupe parlementaire s’était accru. Qu’en sait-on ? Attendez de les voir à l’œuvre. Et ce symptôme n’était pas suffisant pour justifier les scènes que nous avons vues.

J’en arrive au fait même. Qu’entend-on par revisionnisme, par un revisionniste ? Telle est la question mise au concours. Avant de prendre les résolutions les plus tranchantes il faudrait cependant s’entendre là-dessus.

J’ai cru longtemps qu’un revisionniste était celui qui soumettait à la critique certains articles du programme d’Erfurt. Après les déclarations que nous avons entendues sur la critique, cette interprétation est inexacte. Alors voici les deux caractéristiques du revisionniste que j’ai pour ma part réussi à découvrir dans tous les articles et discours : le revisionniste est celui qui renie la lutte de classe et d’autre part cherche à rapprocher la social-démocratie de l’aile gauche des partis bourgeois. S’il y en a d’autres qu’on me le dise. Mais s’il n’y en a pas d’autres, je concède qu’un tel revisionniste serait un traître au parti et je proteste contre l’application qu’on m’a faite du titre de revisionniste. C’est une calomnie. Il arrive dans certaines circonstances qu’on agisse de concert avec les gauches. C’est nécessaire. Mais se rattacher à elles serait notre perte. Notre force réside dans la conscience de classe et dans la classe où nous recrutons nos adhérents. Lorsque, jeune camarade, je vins à Hambourg, on gagnait ainsi des voix. On disait à un ouvrier : « Tu es ouvrier ? — Oui ! — Alors il faut voter pour un candidat ouvrier ! » Cette parole agissait plus que les théories sur la loi du salaire, la plus-value, etc. J’ai compris à ce moment ce qu’était la conscience de classe. Et celui qui m’accuse de vouloir en faire fi, me croit vraiment plus bête que je ne suis. (Très bien !)

Le revisionnisme étant défini, la question se pose : Qui est vraiment revisionniste ? Pour ma part je repousse cette épithète. Tous les camarades qui ont parlé avant moi l’ont repoussée. Il n’existe pas encore de liste de proscription, mais on a déjà prononcé des noms. L’organe socialiste de Koenigsberg a proposé un referendum sur ceux qui peuvent rester dans le parti et ceux qui ne le peuvent pas. D’autres journaux ont protesté. Mais il suffit que la question ait été discutée. Je ne sais pas où l’on s’arrêterait, surtout si la majorité du groupe est formée de revisionnistes. Les meneurs ne doivent-ils pas trouver eux-mêmes qu’on va trop loin ?

Camarades, on nous a dit : maintenant il s’agit d’arborer son pavillon, de se déclarer. Mais ne l’avions-nous pas fait dans la dernière campagne électorale ? Celui qui oserait le nier ne se rend certainement pas compte du sens et de la portée de ses paroles. (Très juste ! — Agitation) De quel droit adresse-t-on ces reproches ? Depuis trente-cinq ans je combats pour le parti, je n’ai jamais craint d’être appelé socialiste, je n’ai jamais vu les camarades redouter ce nom. Allons-nous leur reprocher de n’avoir pas arboré leur pavillon ? Il me semble impossible de répéter qu’on a toujours joué une comédie. (Bravo !) Ou s’il y a eu comédie, il y a eu aussi des comédiens, et alors qu’on cite des noms et des faits. (Nombreuses approbations)

Sans doute il existe parmi nous des tempéraments différents, des gens plus ou moins habiles. Il y a même des gens plus ou moins sûrs. Mais si cela est vrai, si l’on estime que les consuls doivent de nouveau veiller au salut de tous, je pense qu’ils ont agi au moment le plus inopportun. Ce n’est pas après les élections qu’il fallait pousser le cri d’alarme, mais avant. Au lieu de soutenir ces gens, il fallait les empêcher d’être élus. Je trouve même qu’il y a là un manque d’égards envers l’âme populaire. On lui recommande des candidats et l’on vient lui dire : Halte, tu t’es trompée. Moi, le prétendu revisionniste, je ne me serais jamais permis d’agir ainsi. Heine, le revisionniste, a été élu à Berlin, centre intellectuel de l’Allemagne. (Hilarité) Quoi de plus facile que d’empêcher cette élection s’il était aussi dangereux ?

Vollmar a déjà cité un certain nombre de faits qui prouvent combien la tactique peut changer avec les circonstances. J’ajouterai deux autres exemples. Lorsqu’en 1874-75 eurent lieu les premières tentatives de fusion entre les deux fractions socialistes allemandes, Bebel, qui achevait sa prison, nous écrivit une lettre de dix-huit pages. Il s’opposait à cette fusion et nous apportait un programme détaillé des conditions que nous devions imposer à la fraction dite d’Eisenach. Autrement, disait-il, dès ma sortie de prison je lèverai l’étendard de la révolte contre cette fusion. (Bebel : As-tu cette lettre ? — Agitation.— Je désirerais la voir.) La fusion se fit cependant. Sorti de prison, Bebel en devint le plus chaud partisan. Ce n’est pas un reproche que je lui adresse. Mais je voudrais montrer que toute chose dépend des circonstances dans lesquelles on l’envisage. D’ailleurs Marx et Engels nous écrivirent de l’étranger une lettre dans le même sens et durent peu après reconnaître qu’ils s’étaient trompés.

Comme second exemple je citerai la question des élections au Landtag prussien. Les combattants n’étaient pas ceux d’aujourd’hui, mais le danger, paraît-il, était déjà le même.

Dans une brochure Liebknecht écrivait : « Dans la discussion actuelle il s’agit d’un changement complet dans la vieille tactique du parti, d’un changement de tactique qui équivaudrait à un changement de l’essence même du parti. Il s’agit de maintenir ou d’abandonner le point de vue de la lutte de classe (Sensation) qui nous sépare des partis bourgeois. Nous sommes en présence d’un acte décisif, en présence de cette question : resterons-nous le vieux parti socialiste, ou devrons-nous franchir le Rubicon de la lutte de classe et devenir l’aile droite des partis bourgeois? (Sensation)… S’il en était ainsi, s’il s’agissait d’abandonner le point de vue de la lutte de classe, de se rattacher à la gauche bourgeoise, vous ne devriez pas maintenant participer à ces élections. » Je ne cite cet exemple que pour montrer où l’on en arrive avec de semblables prophéties, avec de semblables principes, qui par une nécessité intérieure ne peuvent être maintenus, parce qu’ils sont jetés bas par la marche du temps et de l’évolution. J’ai fini. Mais je voudrais encore vous dire ceci : Pensez ce que vous voudrez de nous, mais le reproche d’abandonner le sentiment conscient de la lutte de classe, de vouloir livrer le parti à la gauche bourgeoise, ce reproche, je le repousse avec indignation comme une misérable calomnie! (Vive approbation et applaudissements) (1)

Le congrès décide de s’ajourner. Suivent des observations pour fait personnel.

Adolf Hoffmann, de Berlin. — Lorsque Timm a parlé de ce qui se tramait contre Auer, Richard Fischer s’est avancé et a dit quelques paroles que dans le tumulte je n’ai pu saisir. Elles m’ont été rapportées par des camarades et confirmées par Fischer. Je ne pensais pas qu’il fût admis de rapporter en public des conversations privées. (Des voix : Ah! ah! — Agitation) Puisque le comité directeur doit être réélu, je ne me cache pas d’avoir parlé en privé de cette réélection. C’est le droit de tous. Et j’ai dit que si les choses s’étaient passées comme Bebel les avait racontées, il se pourrait bien que le congrès ne fût pas de l’avis d’Auer.

Bebel. — On m’a reproché ma phrase sur les Badois et le lac de Constance et de l’avoir rayée du protocole. C’est absurde. Car de telles déclarations sont très remarquées et ne peuvent être supprimées. En fait j’ai dit cette phrase au congrès de Lubeck privément à un camarade badois. Lui en a ri et moi aussi.

Richard Fischer, de Berlin. — Au sujet de Auer, je répète ce que j’ai dit. Dans une réunion des délégués berlinois, Adolf Hoffmann a dit : Nous verrons si nous réussirons à Dresde ce que nous avons tenté à Lubeck. (Sensation. — Agitation. — Stadthagen crie : C’est faux ! — Grande agitation) Ce que vous (à Stadthagen) contestez ne me regarde pas. Des camarades m’ont dit que l’on tramait ici quelque chose contre Auer. (Sensation. — Grande agitation) J’ai demandé à l’homme de confiance du comité dans ma circonscription. Il m’a dit que c’était inexact. D’autres m’ont affirmé que si. Je n’aurais rien dit si l’on n’avait essayé de couvrir ces menées des noms de Bebel et Singer. (Sensation. — Tumulte prolongé)

Adolf Hoffmann. — Les paroles de Fischer contiennent deux inexactitudes. D’abord je ne suis arrivé qu’à la fin de cette réunion des délégués, quand la question du comité était tranchée, ensuite je n’avais pas du tout indiqué de nom.

Taeterow. — Loin de m’être prononcé contre Auer, c’est moi qui ai dit que l’on ne pouvait prendre de décision avant qu’il se fût prononcé lui-même. Mais parler de cela était mon droit.

Singer. — Puisque mon nom a été prononcé, je suis obligé aussi de faire une observation pour fait personnel. Tous ceux qui me connaissent, et ils sont nombreux ici, penseront qu’il me suffit de déclarer que je n’ai jamais désiré ni dit qu’Auer pourrait sortir du comité. (Vive approbation)

Fischer. — Je sais que Singer avait démenti la chose. Mais peu importent les circonstances où Hoffmann en a parlé. D’autres camarades ont connu ce bruit.

Liepmann, de Berlin. — J’ai présidé cette réunion dont parle Fischer. Nous y avons arrêté une liste pour le renouvellement du comité, que j’ai communiquée à Auer. Il n’avait nullement été question de lui. Nous avons eu une réunion aujourd’hui. Quelqu’un a proposé de ne plus réélire Auer. Nous avons décidé de ne point nous lier par une décision et la plupart des délégués m’ont déclaré qu’ils voteraient pour lui.

Stadthagen. — Nous avons appris ce matin que Fischer répandait partout ce racontar. Nous avons chargé l’un de nous de lui dire qu’il était faux. Et cependant il a maintenu ses inexactitudes. (Très juste ! — Fischer : C’est faux ! — Grand tumulte)

Bebel. — Ce matin Victor Adler m’a dit : Tu n’as pas idée des bruits qui circulent dans ce congrès. (Très juste !) Je lui répliquai que l’excitation de part et d’autre rendait cela compréhensible. J’avais donc comme tout le monde entendu parler du bruit sur Auer, mais j’avais prié de me laisser hors de cause.

Adolf Hoffmann. — Donc il est établi qu’à Berlin nous n’avions pas parlé d’Auer. Ici j’avais déclaré qu’un travail en commun entre Bebel et Auer ne me semblait plus possible.

Fischer. — Ce que j’avais dit se rapporte à ce qui s’est passé non à Berlin mais dans cette salle. Finalement cela n’a plus été contesté que par Stadthagen, ce qui ne compte pas. (Grand tumulte. — Interruptions)

Stadthagen.(Grand tumulte. — Clôture!) Il faut bien que je parle encore une fois. Nous avons fait dire à Fischer que ce bruit n’était pas fondé. Un ami de la vérité aurait dit cela au lieu de servir ces infamies au congrès. (Rires et grand tumulte)

Auer. — Cessez donc ce jeu cruel. Qui y résisterait? (Mouvement. — Grand tumulte prolongé)

Fischer. — Je suis prêt à prouver devant une commission que les dernières paroles de Stadthagen étaient fausses. (Mouvement et tumulte. — Stadthagen : Inouï!)

Singer donne lecture d’une déclaration de Mehring où celui-ci se justifie des accusations portées contre lui au sujet de sa lettre sur Schoenlank.

La séance est levée à huit heures et demie. (1)


SIXIÈME JOURNÉE

Samedi 19 septembre. — Séance du matin

La séance est ouverte sous la présidence de Singer à neuf heures un quart.

Singer lit une lettre du camarade Borchardt (de Charlottenbourg). Il déclare qu’il continuera à publier des articles dans la Zukunft. La déclaration du comité est une tutelle indigne d’écrivains libres, et du parti, malgré l’approbation donnée par le congrès au comité.

Sur la proposition de Singer le congrès décide de siéger dimanche et lundi et de régler par un vote sur propositions écrites, sans discussion, le point 9 de l’ordre du jour (ville où se tiendra le prochain congrès). La discussion sur la tactique est continuée.

Kautsky. — D’abord quelques observations personnelles. Vollmar m’a représenté comme le pape socialiste. Il l’a fait à l’aide de citations. Mais dans ces citations il y a un mot de moi et l’autre a été ajouté par lui. (Sensation) Si j’ai dit que la liberté de pensée ne pouvait être la même dans l’État et dans un parti, c’est que nous appartenons à l’État, que nous le voulions ou non, tandis que nous entrons volontairement dans un parti. Si j’ai parlé de soulèvement c’est à propos de la nouvelle méthode française qui correspond à notre revisionnisme et même à l’anarchisme adapté aux besoins de la chasse aux mandats.

Vollmar a cru bon de parler des bruits qui circulent dans ce congrès. Comment cet homme sérieux y a-t-il attaché de l’importance ? Croit-il vraiment que nous n’aurions pu donner à notre résolution une rédaction qui la rendît inacceptable pour certaines personnes ? Nous voulions donner au congrès l’occasion de se prononcer contre une tendance déterminée. (Très juste !)

Venons au sujet. Notre résolution part de cette idée qu’il existe dans le congrès deux tendances. Vollmar et Auer ont prétendu qu’il n’existait que des différences personnelles. Mais alors si les scènes que nous avons vues ne sont que l’effet de haines personnelles, ce congrès nous laissera l’impression la plus déprimante. (Vive approbation. — Parfaitement !)

En réalité le contraste existe. Nous avons cherché jusqu’ici à agrandir l’abîme qui nous sépare des classes dirigeantes, à les exciter contre nous, à les effrayer afin d’arriver à des événements aigus, à une lutte où nous devions vaincre. La nouvelle tactique cherche à éviter les conflits, à les tourner. L’ancienne repose sur la théorie de Marx. La seconde ne se justifie que si la théorie marxiste est fausse. De là la nécessité de la reviser et le nom de revisionnisme.

L’histoire d’une résolution votée à Hanovre par les revisionnistes à la suite d’une confusion, m’oblige à bien préciser le sens de la nôtre.

Le deuxième paragraphe de notre résolution condamne une tactique qui voudrait au lieu de vaincre les pouvoirs établis leur faire des avances. Qu’est-ce à dire ? Le revisionnisme veut éviter les conflits et faire progresser le prolétariat par les moyens pacifiques et légaux. Sur quel terrain trouverons-nous les plus grands conflits ? Sur le terrain du pouvoir public. C’est ce pouvoir qui permet aux classes dominantes d’opprimer les classes prolétariennes. Elles n’hésiteraient pas à mutiler les syndicats ou le droit de vote le jour où elles seraient menacées de le perdre. C’est d’elles que dépend tout. Or l’on nous dit : Obligez la bourgeoisie à partager avec nous une partie de cette puissance. Mais on ne peut contraindre qu’un vaincu, et si nous avons vaincu la bourgeoisie il n’est plus besoin de partager avec elle. (Vive approbation) Pour l’y obliger il faudrait d’ailleurs persuader à une partie de cette bourgeoisie qu’elle a intérêt à partager avec nous. C’est une chimère. Et cela n’est facile que par des avances faites à la bourgeoisie. C’est cette tactique que nous condamnons.

Quelques faits éclairciront cette opinion. Le résultat pratique ce n’est pas chez nous qu’il faut le chercher, mais en Angleterre avec le fabianisme et en France avec Jaurès et Millerand. A ce propos Auer a parlé de ma résolution du congrès de Paris. Il a dit que j’avais approuvé son discours. En effet j’en ai approuvé la forme extrêmement habile sous laquelle il a éludé la difficulté, mais je me suis toujours prononcé très nettement contre l’entrée d’un socialiste dans un ministère bourgeois. Auer a dit juste le contraire de ma pensée. Sans doute un cas Millerand n’est pas possible chez nous. Et les dernières élections ont anéanti tout espoir de voir se former une grande gauche libérale. Mais si cela était, comment obtiendrions-nous un ministre socialiste? Uniquement comme en France, en formant avec les partis de gauche une majorité de gouvernement.

C’est là ce que nous conseille Bernstein. A propos de Bernstein, Vollmar m’a accusé de lui sauter à la gorge dès qu’il ouvre la bouche. C’est inexact. Lorsque la discussion a commencé sur le revisionnisme je suis resté six mois sans répondre. Lorsqu’il a soulevé la question de la vice-présidence je suis resté deux mois sans répondre. Je n’ai répondu qu’au moment où le silence serait devenu de la lâcheté. (Très juste !) Si jamais j’ai eu de l’irritation contre Bernstein, elle a disparu depuis que j’ai vu comment les revisionnistes le traitaient, si bien qu’il mérite de la pitié. (Vive approbation)

Bernstein prétend que le nombre de ceux qui dans la bourgeoisie seraient prêts à faire au socialisme augmente sans cesse, et que leur influence croîtrait si le socialisme renonçait à ses formules surannées et avait le courage de s’intituler ce qu’il est : un parti démocrate-socialiste de réformes. Non ce ne sont pas des formules, mais notre puissance et notre volonté d’en user d’une façon déterminée qui nous valent l’inimitié de la bourgeoisie. Cette inimitié ne cessera que si nous changeons notre volonté et non pas nos formules.

Bernstein nous cite ensuite l’exemple des ouvriers anglais qui obtinrent le droit de vote en s’alliant aux libéraux. Mais historiquement son exemple est contestable et je ne pense cependant pas qu’il veuille nous recommander la même politique en Allemagne ?

Bernstein, plus clairvoyant que Jaurès et Auer, s’est déclaré contre ma résolution du congrès de Paris. Pour montrer comment le prolétariat peut conquérir le pouvoir politique il cite l’exemple de l’Angleterre, de Broadhurst et Burt qui représentèrent, quoique non socialistes, le prolétariat dans un ministère anglais. Mais ils étaient tous deux de ces ouvriers qui sont vendus à la bourgeoisie, des gueux, dont Marx disait déjà que le prolétariat anglais devrait se débarrasser. (Très juste !)

S’il en est ainsi, pourquoi n’avons-nous pas condamné une politique de conquête fragmentaire du pouvoir politique ? On nous aurait répondu que le revisionnisme allemand n’en est pas là, non qu’il ne veuille pas, mais parce que nos adversaires ne veulent pas. Chez nous le revisionnisme en reste par la force des circonstances à ses débuts. Mais les faits ont leur logique et nous devons prévoir ce qui arriverait. (Très juste !) Et c’est le malheur du revisionnisme allemand qu’il ne présente jamais un programme arrêté. Il veut suivre d’autres chemins tout en restant dans la même voie. Il déraille, car le déraillement est la forme classique d’une action où le but n’est rien et le mouvement tout. (Approbation enthousiaste)

Passons au second paragraphe de la résolution. Les revisionnistes conservent la conception matérialiste de l’histoire mais veulent en même temps se rapprocher des partis bourgeois. Cela n’est possible qu’en insistant sur les circonstances qui semblent affaiblir les antagonismes de classe et en ignorant celles qui les renforcent. Bernstein va jusqu’à dire que ces antagonismes prennent des formes plus douces. Eh bien, voyez les événements de ces dernières années. Où sont ces formes plus douces ? Dans tous les pays elles deviennent au contraire plus dures. Ceux qui voteront notre paragraphe signifieront qu’ils désapprouvent ces idées de Bernstein. Tant mieux : nous ne tenons pas à vivre en désaccord avec nos camarades.

Un autre point de notre résolution exprime le désir que le groupe devenu plus fort reprenne avec plus de vigueur la lutte contre la politique du gouvernement, en particulier contre sa politique coloniale. J’insiste sur la politique coloniale, car elle trouve l’appui des revisionnistes. Elle fournit un terrain d’entente avec les partis bourgeois. Les revisionnistes, — ce n’est pas une honte que d’être revisionniste, mais un malheur pour l’individu et le parti, (Vive approbation) — défendent comme nous les intérêts des ouvriers. Ils se rattrapent sur les peuplades non civilisées. De plus Bernstein dit ceci : vous reconnaissez que l’expansion coloniale est une conséquence nécessaire du capitalisme, pourquoi essayer de résister à une nécessité ? Mais la suppression de la petite industrie est, elle aussi, une conséquence nécessaire du capitalisme ; est-ce une raison pour que nous participions à cette suppression ? Non, les capitalistes peuvent aller aux colonies si bon leur semble, mais qu’ils ne demandent pas au peuple allemand de sacrifices afin que la bourgeoisie rentre dans ses frais. (Vive approbation)

Je vous prie de relire notre résolution avec soin. Je ne vous demande pas de la voter tous. Je demande seulement que ceux-là la votent qui sont capables de l’accepter sans réserves. Sans doute je désire qu’elle réunisse le plus grand nombre de voix possible, car en montrant que la masse nous approuve, nous ferons passer aux revisionnistes le goût de la revision.

Si nous votons cette résolution nous fêterons dignement la quarantième anniversaire de la social-démocratie allemande, du jour où Lassalle sépara le prolétariat de la bourgeoisie et lui montra que tous les partis bourgeois étaient également ses adversaires. Nous célébrerons aussi le cinquante-cinquième anniversaire des journées de juin 1848, où le prolétariat s’est violemment arraché de la bourgeoisie. Nous célébrerons notre victoire moins sanglante, mais aussi importante, de juin dernier et nous montrerons à la bourgeoisie qu’il n’existe que deux camps, nettement distincts. (Approbation enthousiaste. Applaudissements) (1)

Bernstein. — Camarades, nous pouvons remercier le camarade Kautsky d’avoir ramené du revisionnisme à une discussion théorique. Personne ne l’en remercie plus que moi, car dès le début j’étais décidé à voter contre la résolution. Je ne crains pas de déclarer que je suis revisionniste, et même si vous voulez Bernsteinien. (Grande hilarité)

Qu’est-ce que le revisionnisme ? Que veut-il ? Si tous ceux qui n’acceptent point aveuglément le programme s’appellent revisionnistes, ils sont très nombreux. Mais comme les esprits critiques sont beaucoup plus difficiles à réunir que les dogmatiques, chacun d’eux a des opinions différentes. Personnellement je n’ai jamais eu l’illusion que je serais sur tous les points d’accord avec Vollmar, Auer ou Heine. Je n’ai pas plus de relations avec Vollmar qu’avec Bebel. Lorsque Bebel lance une déclaration de guerre, les revisionnistes se serrent, ne serait-ce que pour défendre la liberté de pensée. Mais en réalité il n’existe point de tendance revisionniste qui conspirerait contre le parti. (Très juste!)

A mon idée la tâche du revisionnisme se borne à la théorie. Jamais nous n’avons mis en doute la deuxième partie de notre programme, les revendications politiques et économiques. Donc point de danger pour le parti. Nous voulons seulement reviser les cinq premiers paragraphes et en partie le sixième de la première partie de notre programme.

Or c’est la conduite des revisionnistes dans la pratique qui devra déterminer votre jugement. Puisqu’on m’a si violemment attaqué, je suis bien obligé de parler de moi. Qu’ai-je donc fait? Après le discours de l’empereur à Breslau contre les socialistes je lui ai répondu dans une grande réunion. Les camarades de Breslau n’ont pas été déçus et aucun ne peut avoir de doute sur ma pensée relativement à la constitution de l’empire. J’ai été l’un des premiers qui aient dans le groupe proposé de parler de ce discours à Berlin et je l’ai fait avec la plus grande netteté. Pendant la période électorale j’ai parlé jour pour jour dans les réunions, si bien que le soir des élections je n’ai même pas pu dire merci à mes électeurs. A Goerlitz un national-libéral m’a interpellé au sujet de mon attitude envers la monarchie. Je lui ai répondu que le socialisme considérait la forme de gouvernement comme secondaire, mais qu’il était un parti démocratique donc républicain. Ce n’est pas parce que j’ai soulevé la question de la vice-présidence qu’il faut me reprocher d’être infidèle à nos principes.

On a dit que j’avais fait cette proposition à la suite de considérations théoriques. On me représente comme quelqu’un qui passe son temps à des subtilités et à se demander quel paragraphe du programme il pourrait reviser. C’est inexact. J’ai fait ma proposition à la suite des derniers événements du Reichstag. Il ne faut pas nous dissimuler que nous avons subi une défaite. (Bebel : C’était une victoire morale!) Sans doute mais en pratique une défaite. D’autres camarades m’ont dit la même chose. (Ledebour : Qui a dit cela?) Je n’ai besoin de nommer personne! (Ledebour : Alors ne rendez personne suspect). Camarade Ledebour, vous savez bien que je cause très peu avec vous. (Ledebour : Et moi pas du tout!) Comme vous voudrez. Les élections nous ont amplement dédommagés de notre défaite. Mais savez-vous si de pareilles manœuvres se produiront toujours juste avant les élections ? Savez-vous même si l’on n’essaiera pas de restreindre le droit de vote? Bebel voit les choses en rose. Mais voyez ce qui s’est passé en Belgique où nos camarades ont échoué. Le lendemain de leur échec des articles parurent chez nous qui les condamnaient et moi, l’opportuniste, je protestai demandant si un jour nous ne serions pas obligés d’en venir aux mêmes moyens. En tout cas il me semble indispensable de nous assurer les garanties qui sont en notre pouvoir, pour nous protéger au moins contre une surprise au Reichstag. C’est pour cette raison que je suis convaincu de la nécessité de réclamer un poste de vice-président sans nous laisser effrayer par les formalités.

On a discuté sur l’utilité d’un vice-président. Soit. C’est affaire d’appréciation, quoique, dans la dernière lutte au Reichstag, nous n’y aurions peut-être pas perdu. Mais je voudrais poser une question à Bebel. Camarade Bebel, si tu reconnaissais l’utilité d’un vice-président, te laisserais-tu effrayer par ces formalités ? (Bebel hausse les épaules et dit : Je ne peux pas répondre; le président ne le permet pas! — Grande hilarité) C’est ton droit de t’abstenir, mais ton silence prouve que la question n’est pas si simple. Et s’il en est ainsi on pouvait bien contester l’utilité du vice-président, mais pourquoi toute l’indignation contre moi?

Kautsky a de nouveau parlé des antagonismes de classe. Il opère toujours avec des idées fossiles, pétrifiées. (Bebel : Eh ! eh !) Ses déductions sont logiques. Mais le point de départ est faux. Il prétend que toutes les classes bourgeoises sont également hostiles aux ouvriers. Mais n’y en a-t-il pas, les débitants, les brasseurs, qui ont intérêt à être bien avec eux, à voir leur consommation augmenter ? Et n’y a-t-il pas hostilité entre les bourgeois de sorte que les uns sont forcés de se rapprocher des ouvriers ? Nous avons les protectionnistes et les libre-échangistes, les agrariens et les industriels. Ce sont ces luttes qui empêchent le succès de la réaction. Il n’est pas possible d’opérer avec des concepts si uns que bourgeoisie et réaction. Il vaut mieux essayer de profiter de ces divisions.

J’ai dit aussi que l’attitude du Reichstag envers l’empereur n’était pas la même que dans d’autres monarchies, et que nous nous rapprochions davantage d’une république. Kautsky m’a fait dire que l’Allemagne est une république. Je n’avais que répété ce qui se trouve dans la préface d’une édition socialiste de la constitution allemande : que l’empereur allemand n’est pas un monarque de l’empire allemand mais a seulement le pouvoir exécutif.

On m’a reproché d’exalter par là la valeur du parlementarisme. Ce reproche m’a amusé. Comment aurions-nous obtenu tous nos avantages au sein de nous n’étions sans cesse transformés au Parlement ? Vollmar et Auer l’ont déjà montré. Je n’ajouterai qu’un exemple. Au début les Berlinois voulaient interdire aux députés socialistes de travailler dans aucune commission parlementaire sauf celle de revision des mandats. Nos adversaires n’auraient-ils pas eu beau jeu pour dire aux ouvriers que nous négligions leurs intérêts ? Nous avons travaillé et nous avons gagné des sièges. Par là nous avons empêché les syndicats d’aller vers les partis bourgeois. Ne nous payons ni d’illusions ni de déclamations et tenons le parlementarisme pour ce qu’il est : une grande puissance dans la vie politique, que nous devons tenter de mettre à notre service.

Pour ces motifs je maintiens ma résolution. Je serais un lâche si je la retirais parce que le parti est disposé contre elle. Je ne crains pas d’être seul ou dans la minorité. On m’a opposé l’indignation qui s’est fait jour de toute part. Lorsque j’ai exposé mon point de vue dans une réunion à Berlin, on m’a contredit, mais je n’ai remarqué aucune indignation. Possible qu’ailleurs elle se soit manifestée. Mais cette indignation ne m’arrêterait pas. Bebel dit que les chefs doivent suivre les masses. Je crois qu’ils sont les avoués des masses. Ils doivent s’entendre avec leurs mandants, mais ils doivent avant tout défendre selon leur conviction les intérêts des ouvriers, au besoin s’opposer à ceux-ci et donner leurs arguments. Dans l’espèce il fallait laisser le soin de trancher cette question aux députés, qui sont meilleurs juges que les étrangers au Reichstag.

Si vous votez cette résolution je suis persuadé qu’à la première occasion où l’utilité d’un vice-président sera démontrée, Bebel sera le premier à la fouler aux pieds. Pourquoi fermer la porte devant nous pour être obligés ensuite de passer par un trou ? Rejetez si vous voulez ma proposition mais ne votez pas une résolution si générale. Était-il d’ailleurs habile de fournir des arguments à nos ennemis en proclamant que les formalités de cour étaient des fourches caudines sous lesquelles nous ne passerions pas ?

On a parlé des éloges que m’accordait la presse bourgeoise. Je ne puis pas empêcher de nommer mon nom. Jamais je n’ai recherché ces éloges. D’ailleurs jamais je n’ai été loué par la presse provocatrice, et maintenant les éloges vont moins à moi qu’à Kautsky.

Dans la question de la liberté de pensée je suis plus près de Kautsky que de personne. Un parti n’est pas un congrès académique. Les doutes doivent avoir une limite. Mais que faut-il condamner ? Certainement pas les opinions sur l’évolution probable, mais les divergences sur les principes politiques. Et jamais je n’ai attaqué ces principes.

Kautsky, pour montrer les pernicieux effets de la nouvelle méthode, a parlé de Millerand et des ouvriers anglais. Jamais je ne me suis prononcé absolument pour le ministère Millerand. Mais si son influence a été si désastreuse pour le parti français, c’est que ce parti était déjà divisé et qu’il n’a pu alors qu’aggraver la division. Je suis persuadé aussi que partout des moments de crise viendront où une alliance avec les radicaux de gauche se fera, et que si un parti organisé et conscient comme la social-démocratie allemande soutient et contrôle un ministre, son ministère ne peut avoir que des effets heureux.

Pour juger les ouvriers anglais, Kautsky s’est référé à Marx. Mais vous savez que Marx, que j’estime beaucoup comme savant, a mal compris le mouvement anglais. C’est le camarade marxiste Hyndman qui l’a écrit dans une brochure. Dans l’espèce, Burt et Broadhurst ont agi d’accord avec leur organisation. Sorti du gouvernement, Burt a repris sa place dans celle-ci. Et le vieux Burt a été un de ceux qui ont protesté contre la guerre sud-africaine. Ils se sont peut-être trompés, mais ce ne sont pas des gueux.

Kautsky m’a reproché d’avoir approuvé la résolution de Hanovre. Mais la lettre que j’écrivis à Auer n’était pas destinée au public. (Kautsky : Je l’ignorais.) Et aussitôt après j’ai publié un article où je disais que je me serais déclaré contre la résolution, si j’avais été à Hanovre. Je ne refuse jamais les discussions.

Kautsky m’a reproché de me prononcer pour la politique coloniale mais de refuser les crédits uniquement parce que nous n’avons pas confiance dans le gouvernement. Mais c’est ce que nous disons toujours au sujet du budget. Et il va de soi que si nous votions les crédits nous exigerions des garanties contre les horreurs habituelles. Et qui nie, pour les États-Unis par exemple, les résultats de la colonisation ?

Enfin il m’a reproché d’avoir dit que l’on ne doit pas pousser trop loin la lutte contre le libéralisme. J’ai dit que les attaques du socialisme étaient dirigées uniquement contre le libéralisme, et que cependant il existait des différences entre les divers partis bourgeois. Mais autrement, dans toutes les circonstances, je me suis toujours déclaré ouvertement socialiste.

Pour tous ces motifs, je ne puis voter pour la résolution. Je ne la trouve pas habile : elle servira nos adversaires. Puis c’est une décision prise d’après l’humeur ou plutôt la mauvaise humeur du moment, comme l’habitude s’est introduite d’en prendre. Nous qui avons toujours protesté contre les lois « d’humeur », allons-nous nous démentir ? Cette résolution veut étouffer une tendance dans le parti. Croyez-vous ? Si les circonstances ont fait naître cette tendance, elle reparaîtra toujours. Retirez la résolution, (Rires) — je sais bien que vous ne voulez pas ; mais je suis persuadé que c’est ce qui vaudrait le mieux. Renoncez à cette résolution de façon à ce que nous puissions quitter ce congrès comme des camarades qui défendent en commun la grande cause commune. (Vive approbation et applaudissements. — Sifflets) (1)

Les délégués Vollmar, Boemelburg, von Elm, prient de rayer leurs noms de la liste proposée pour l’élection du comité et des contrôleurs.

Singer lit trois déclarations des délégués berlinois relatives à l’incident Auer.

La séance est levée à une heure un quart.

(1) Protokoll, pages 390-403.

Séance du soir

La séance est ouverte à trois heures sous la présidence de Singer. Il annonce que quatre camarades polonais regrettent dans une lettre le vote de la motion Rosa Luxembourg. Ce vote n’a été possible que parce que le congrès a été mal renseigné.

On revient à la discussion de la tactique. Une demande de clôture est rejetée.

Molkenbuhr. — L’article de Bernstein était maladroit. S’il a cru devoir l’écrire au lendemain des élections parce qu’il devait en parler, c’est une erreur. On n’est pas obligé d’émettre un nouveau projet dans chaque article.

Bernstein exagère l’importance d’un vice-président. Il n’existe au Reichstag qu’un président. Si le vice-président ne partageait pas ses opinions, celui-ci ne le laisserait pas présider. D’ailleurs, en cas de conflit avec la majorité, le vice-président ne pourrait que se démettre, si même on ne l’y contraignait pas. (Très juste !) Il est inexact aussi de s’imaginer que si le parti socialiste, le deuxième numériquement au Reichstag, ne réclamait pas un siège de vice-président, il prononcerait lui-même sa déchéance. La prétendue tradition qui veut que le parti le plus nombreux fournisse le président, le second le premier vice-président, le troisième le second vice-président, n’existe nullement. Elle n’a été établie ni suivie par aucune des précédentes législatures.

En réalité ces postes ont été donnés ou enlevés ou quittés pour des raisons politiques. Lorsqu’un national-libéral par exemple s’apercevait qu’il était dans la minorité il s’en allait. Or l’antagonisme entre nous et les autres partis n’est certes pas inférieur à celui des autres partis entre eux. Qui voudrait donc contraindre un de nos camarades à proclamer l’adoption d’un projet contre lequel lui et les siens auraient voté ?

De plus nous ne pourrions obtenir ce poste que par la faveur de la majorité. Et nous n’allons pas la solliciter au moment où nous sommes en état de réclamer ce que nous voulons.

Toutes les questions accessoires tombent donc d’elles-mêmes. Toute cette discussion provient de l’exposé historique faux qu’a donné Bernstein. S’il avait réfléchi il n’aurait jamais publié son article. Malheureusement il conserve son opinion.

Sur les faits je suis donc parfaitement d’accord avec Bebel. Malgré cela je me vois obligé de relever certaines de ses expressions, qui m’ont surpris et peiné. Je ne comprends pas comment il a pu parler de « comédie dans le socialisme », alors que c’est là une expression chère à nos adversaires. Je ne comprends pas comment il a pu dire que nous étions moins unis que jamais. C’est inexact. Il suffit de parcourir l’histoire des discussions de nos congrès pour voir que le parti est plus uni que jamais. (Vive approbation) Désunis, aurions-nous remporté notre victoire du 16 juin ? Et n’est-ce pas précisément parce que rien ne nous divisait que la question insignifiante de la vice-présidence a soulevé toute cette agitation ?

Je dois dire qu’en fait la question d’aller ou non à la cour est déjà tranchée. Un socialiste peut être contraint d’y aller sous peine de perdre son mandat. (Sensation) Le paragraphe 68 du règlement du Reichstag dit que dans le cas d’une adresse présentée à l’empereur, le président fixe le nombre des députés devant la porter et le sort désigne ces députés. Le cas ne s’est pas présenté. Mais si un socialiste avait été désigné, il serait bien contraint d’y aller.

Nous pourrions même être appelés au besoin à élire un président, à faire partie de la majorité gouvernementale, (Sensation) dans le cas peu vraisemblable où par exemple une majorité favorable aux traités de commerce se formerait contre les hobereaux. C’est ce qui s’est passé au sujet du traité avec la Russie.

C’est pourquoi je tiens la résolution proposée pour dangereuse. Elle nous enchaîne. Elle nous fait dépendre non de notre décision mais de celle des autres. Elle parle des devoirs imposés par le règlement. Mais il est absurde de vouloir nous en faire dépendre. (Nombreuses voix : Très juste !) Nous devons pouvoir décider librement. (Nouvelle approbation) S’il plaisait à la majorité de mettre dans le règlement que le Reichstag doit se soumettre au protocole de la cour, nous ne dépendrions plus seulement du règlement mais du protocole. J’estime le premier paragraphe tout à fait superflu. Le groupe saura ce qu’il devra faire. Ou si l’on n’a pas plus de confiance en lui, décidez que l’entrée au bureau du Reichstag devra être votée par le groupe à la majorité des deux tiers ou des huit neuvièmes ou à l’unanimité. Un membre au moins protestera. Mais ne faites pas dépendre votre décision de choses sur lesquelles vous n’avez aucune influence. (Très juste !)

Je ferai remarquer d’ailleurs que dans le groupe la distinction entre revisionnistes et non revisionnistes n’existe pas. Dernièrement Bebel a proposé de demander la revision d’un article du code pénal. C’est le revisionniste Heine qui l’a combattu. La proposition a été repoussée. J’estime que la résolution est inutile parce que le parti veut conserver sa tactique. Son adoption favoriserait les revisionnistes, car ce serait avouer que la tactique ancienne ne suffit plus. Je préférerais un ordre du jour motivé disant que nous n’avons aucune raison de modifier notre tactique. Elle nous a donné la victoire et nous la donnera encore. (Vive approbation) (1)

Singer lit une déclaration de Rosa Luxembourg annonçant qu’elle répondra dans la presse à la lettre des camarades polonais.

La clôture est votée à une grande majorité.

Bebel. — Sur la demande de nombreux camarades, j’indiquerai l’attitude des auteurs de la résolution 130 à l’égard des nombreux amendements proposés.

Sur l’amendement 144 je ne puis rien dire, n’ayant pas consulté les autres auteurs. Nous ne pouvons accepter l’amendement 141 en ce qui concerne la suppression du mot revisionniste, mais nous acceptons la fin. De même l’amendement 143.

Après une protestation de Legien disant que le congrès sanctionnerait ainsi ce mot de revisionnisme, on passe aux observations pour fait personnel.

Bebel, autorisé par le président à revenir sur la séance de la veille. — Eisner s’est ému des paroles que j’avais prononcées à son sujet. Maintenant que j’ai lu mon discours imprimé, je comprends qu’il ait pu s’émouvoir. Mais je n’ai nullement voulu l’offenser. J’ai songé à une organisation nouvelle que je proposerai mais non à déposséder Eisner de sa situation au Vorwaerts.

Vollmar m’a reproché mon attitude dans la question des bureaux de placement mixtes. Mais la première réunion dont il s’agissait était privée, tandis que la seconde était un congrès pour les mesures de protection ouvrière. Il a parlé de mon attitude dans la question des lois d’assurances. Mais au début on en discutait les fondements. Nous protestions, car nous nous trouvions trop mesquins, tandis que plus tard il s’agissait de modifier ces lois. Vollmar a lu un article du Zuericher Sozialdemokrat du 28 octobre 1886. L’article n’est pas signé. Je ne me rappelle pas l’avoir écrit, sans cependant pouvoir l’affirmer. Il m’a reproché de n’avoir pas soulevé à Munich la question des élections au Landtag bavarois, Mais c’est parce que je ne voulais pas le faire dans la capitale de la Bavière. Enfin il a lu une phrase de ma réponse au chancelier où je lui annonçais que nous serions ses plus fermes soutiens. Mais il n’a pas lu la suivante, où je disais que sa nouvelle politique était impossible. Vollmar n’aurait pu tirer les conclusions qu’il a tirées. Je ne réponds pas sur d’autres points à Vollmar, parce que j’estime les auditeurs capables d’apprécier les deux discours.

Auer a cité contre moi une lettre que j’ai écrite il y a trente ans en prison. Je m’étonne qu’il ait eu le temps de la lire puisqu’il n’a pu lire les autres. Il a prétendu que c’était une missive secrète. C’est inexact : le directeur de la prison l’avait lue.

Heine. — Je ne répondrai pas à Bebel mais à Kautsky. Il reproche aux revisionnistes, parmi lesquels on me compte, de s’être prononcés en faveur de Millerand. Pour ma part je me suis prononcé contre lui. Kautsky a représenté tous les revisionnistes comme soumis à Bernstein. Dans un article des Sozialistische Monatshefte j’ai spécifié que chacun de nous se réservait le droit de critique vis-à-vis de Bernstein. C’est ainsi que, malgré Kautsky, je n’ai pas approuvé ce que disait Bernstein de la lutte de classe. C’est ainsi que j’ai écrit que la théorie de Bernstein sur la peur que causerait notre phraséologie au libéralisme était insoutenable. Nous l’effrayons moins par nos cris que par nos réformes. J’avais soumis cet article en manuscrit à Vollmar qui l’approuva. Je signale ce fait afin de montrer que le revisionnisme n’existe pas. (Approbations et protestations)

Suivent quelques répliques de Vollmar, Eisner, Bebel, Kautsky, Vollmar, Heine. Plusieurs phrases de l’un ou de l’autre provoquent volontairement une grande hilarité. (1)

On passe au vote. On décide que les nombreux projets de résolutions sur la tactique seront tranchés par le vote sur la résolution 130 modifiée par la résolution 140. On décide de voter d’abord sur les nombreux amendements.

Le paragraphe 1 modifié de la résolution 130 (résolution 140) est adopté à une grande majorité, de même que l’amendement 144 (deuxième partie), et finalement tout le paragraphe 1 ainsi modifié.

(1) Protokoll, pages 411-417.

La résolution 141 est rejetée. Les paragraphes 2 et 3 de la résolution 130 sont adoptés sans modification.

L’amendement 143 est adopté.

Le paragraphe 4 de la résolution 130 est adopté sans modification.

L’amendement 142 est rejeté. L’amendement 141 est adopté pour sa première et deuxième partie. L’amendement 144 est adopté de même que le paragraphe 5 de la résolution 130 ainsi modifié.

Un amendement Luxembourg - Zetkin - Stadthagen demandant que la propagande socialiste dans le pays soit considérée comme l’affaire principale, afin de gagner maintenant en profondeur, est rejeté.

La résolution est maintenant ainsi formulée :

« Le congrès demande que le groupe fasse valoir ses droits à occuper un poste de vice-président et de secrétaire par des candidats pris parmi lui, mais refuse d’accepter les obligations de cour, ou de se soumettre à des conditions non justifiées par la constitution de l’empire. « Le congrès condamne de la façon la plus formelle les tendances revisionnistes, qui prétendent modifier notre tactique passée, éprouvée, victorieuse, reposant sur la lutte de classe, et mettre à la place de la conquête du pouvoir politique par la défaite de nos adversaires une politique d’avances à l’ordre de choses établi. « La conséquence d’une telle tactique revisionniste serait de remplacer un parti qui travaille à transformer le plus vite possible la société actuelle bourgeoise en une société socialiste, qui est donc révolutionnaire au meilleur sens du mot, par un parti qui se contenterait de réformer la société bourgeoise. « Aussi le congrès est-il persuadé, à l’encontre des tendances revisionnistes, que les antagonismes de classe ne s’affaiblissent pas, mais au contraire deviennent plus aigus et déclare : « 1° Que le parti décline la responsabilité de la situation politique et économique reposant sur la production capitaliste et refuse pour cette raison tous les crédits de nature à maintenir la classe dirigeante au pouvoir. « 2° Que la social-démocratie, conformément à la résolution Kautsky votée au congrès international de Paris en 1900, ne peut rechercher une part de gouvernement dans la société bourgeoise. « Le congrès condamne en outre toute tentative pour pallier les antagonismes de classe afin de faciliter un rattachement aux partis bourgeois. « Le congrès espère que le groupe usera de sa puissance accrue par le nombre de ses membres comme par le puissant accroissement des masses électorales derrière lui, pour éclairer aujourd’hui comme autrefois sur le but de la social-démocratie ; que, conformément aux principes de notre programme, il l’emploiera à défendre avec toute la force et l’insistance possibles les intérêts de la classe ouvrière, à réclamer de même l’extension et la garantie de la liberté politique et de l’égalité de droits pour tous, à mener avec plus d’énergie encore qu’il n’a été possible, le combat contre le militarisme et le marinisme, contre la politique coloniale et de puissance mondiale, contre l’injustice, l’oppression et l’exploitation sous toutes leurs formes, et à travailler énergiquement à l’achèvement de la législation sociale et à l’accomplissement des missions politiques et civilisatrices de la classe ouvrière. »

On vote sur l’ensemble au scrutin nominal. La résolution est adoptée par 288 voix contre 11.

Ont voté contre : Bernstein, Gertrude David, von Elm, Grenz, Gruenberg, Hering, Hué, Loebe, Gustave Mueller, Paul Mueller, Karl Schwarz.

Par là sont tranchées les résolutions : 89, 90, 91, 101, 102, 103, 105, 106, 107, 108 (première phrase), 109, 109 bis, 110 et 129.

Le vote pour le comité directeur a donné le résultat suivant : Sont élus présidents Singer (286 voix), Bebel (272) ; secrétaires Pfannkuch (286), Auer (270) ; trésorier Gerisch (286) ; contrôleurs Meister (266), Kaden (247), Bock (235), Bruehne (217), Clara Zetkin (215), Koenen (206), Geck (199), Ehrhart (191), Pfarr (162).

Comme lieu du prochain congrès, Brême a été choisi.

Les résolutions 104 et 108 (deuxième phrase) sont retirées. La résolution 117 est rejetée.

Le congrès décide d’ouvrir une discussion spéciale sur la résolution 139.

Heine. — On me reproche d’avoir, dans l’affaire de Marbourg, désavoué le parti au profit d’un de mes amis, de Gerlach. Mais il n’est pour moi qu’une connaissance. On m’a reproché de n’avoir pas protesté contre les éloges qu’il m’adressait. Je l’ai fait au congrès de Lubeck. Il a continué : je n’ai pu l’en empêcher. Quant à ma déclaration dans le Vorwaerts, je reconnais que la forme n’était ni nécessaire ni de circonstance. Mais je ne pense pas que ce soit une raison pour que le congrès sanctionne cette affaire par une résolution aussi décisive. Si elle était votée, je la considérerais comme un rappel à l’ordre.

Michels, de Marbourg. — Les paroles de Heine nous ont surpris. Mais pour ne pas accroître le nombre des questions de personnes dont le parti a déjà dû s’occuper, nous retirons notre résolution. (1)

V. — Fête du Premier Mai

Motions 60 à 64 et la résolution de Munich. La motion 65 ne réunit pas assez de signatures.

Pfannkuch, parle à la place du rapporteur Karl Fischer. — Je n’aurais pas cru que les motions fussent maintenues. Je pense qu’il n’y a aucune raison de modifier le principe actuel. L’étendre soulèverait des questions économiques fort complexes. Je vous propose de rejeter les motions et de renouveler la résolution de Munich.

Une demande de clôture est rejetée.

Friedeberg, de Berlin. — Je vous demande de voter pour la motion 63. La fête de mai plus étendue aurait l’avantage de faire connaître les vrais socialistes dans nos trois millions d’électeurs et d’élever un jour par an l’armée ouvrière au-dessus de son travail. Elle aurait l’avantage de rapprocher les syndicats et le parti et d’accentuer dans ceux-ci le caractère de la lutte de classe.

Weidner. — Il me semble que le congrès devrait discuter une fois la question de la cessation du travail le Premier Mai et des indemnités à donner à ceux que les patrons puniraient d’une retenue de salaire.

Sur la proposition de Singer, le congrès décide de s’ajourner et de siéger le lendemain, afin de discuter les résolutions restantes.

(1) Protokoll, pages 420-422.

SEPTIÈME JOURNÉE

Dimanche 20 septembre. — Séance du matin

La séance est ouverte à onze heures un quart, sous la présidence de Kaden.

Eitzerodt, de Krefeld. — Il est regrettable que la fête du Premier Mai n’ait pas encore pris l’extension et le caractère que nous souhaitons. Mais il n’est pas toujours possible de ne pas travailler ce jour-là, car les caisses des syndicats seraient vidées par les dédommagements qu’elles auraient à verser aux ouvriers punis par les patrons. Heureusement que quelques-uns autorisent le Premier Mai. Je partage le point de vue du comité.

Krueger, de Dresde. — Les ouvriers ne désirent aucune modification au Premier Mai. En tout cas il ne faut pas reporter la fête au premier dimanche de mai, car elle perdrait son caractère.

Bushold, de Friedberg. — Nous désirons que le comité publie une feuille volante afin de répandre chez nous la fête du Premier Mai. Pour cette raison, je vous prie de voter la résolution.

Gewehr, d’Elberfeld. — Il ne faut rien changer à la fête. Il faut laisser aux organisations locales le soin de la répandre. (Approbation)

Loebe, de Breslau. — On est mécontent chez nous du peu de succès de cette fête qui n’a aucun caractère démonstratif. Aussi demandons-nous la cessation générale du travail ce jour-là ou la suppression de la fête.

La résolution de Munich est votée à nouveau.

Singer prend la présidence.

VII. — Résolutions touchant le programme et l’organisation

Les motions 66 et 68 (sur le programme) ne réunissent pas le nombre de signatures voulues.

Singer. — Les motions touchant l’organisation se divisent en trois groupes. Le premier a trait au paragraphe 2 de l’organisation, qui traite de l’exclusion, le second à la représentation du groupe aux prochains congrès, le troisième à un changement dans la représentation des circonscriptions au congrès. Il y a de plus la résolution 134, demandant l’ajournement à l’an prochain. Je propose de discuter d’abord la résolution 134.

La résolution 134 est votée. Les autres résolutions sont renvoyées au comité.

VIII. — Autres résolutions

a) Propagande. Motions et résolutions 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 67, 112, 113, 115, 116, 117, 119, 126, 127, 133.

La résolution 114 est retirée.

Seules les motions et résolutions 36, 53, 54, 55, 56, 59, 112, 119 et 133 réunissent les signatures suffisantes et sont mises en discussion.

Après une intervention d’Auer, la motion 36 est rejetée. La motion 53 est retirée. La motion 54 est rejetée. La motion 55 est rejetée, la motion 56 retirée, la motion 59 rejetée, de même la résolution 112. La résolution 119 est votée. La résolution 133 est rejetée.

b) Motions et résolutions concernant la presse. — Résolutions 43, 44, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 122. Seules les motions 49, 50 et 52 sont mises en discussion et toutes trois sont rejetées.

c) Motions et résolutions concernant le prochain congrès. La motion 92 est retirée. La résolution 138 est rejetée à une grande majorité.

L’ordre du jour du congrès est épuisé.

Schmalfeld, de Brême, remercie le bureau pour la manière pleine de tact dont il a présidé les débats et invite les congressistes à venir en nombre à Brême en 1904.

Singer. — Je remercie Schmalfeld pour les paroles qu’il vient de nous adresser. Je remercie les camarades de Dresde pour l’accueil qu’ils nous ont fait.

Camarades, pour la quatorzième fois j’ai l’honneur de résumer nos débats. Nous avons toujours discuté des questions importantes avec la plus grande franchise. C’est dans cette franchise que réside notre force. (Approbation) Elle ne serait possible dans aucun autre parti politique. Et si nos adversaires espèrent que des dissentiments naîtront de nos discussions passionnées, ils se trompent. Contre nos adversaires nous sommes tous unis. (Vive approbation)

Nous avons discuté à ce congrès des questions d’importance capitale. Il ne faut pas s’arrêter aux personnalités qui devaient nécessairement être faites. Le congrès, et dans son immense majorité le parti, veulent que le programme, la tactique, l’action, la propagande du parti ne soient pas modifiés. (Vive approbation) Les masses conservent leur point de vue révolutionnaire de la lutte de classe. C’est ce qu’a montré notre résolution, que tout le monde devra suivre et respecter. Nous pouvons être contents du résultat de ce congrès. (Très juste !)

Nous pouvons être contents que la volonté du parti se soit aussi nettement manifestée, que nous ne voulions pas diplomatiser, que nous ne voulions pas avoir dans notre parti d’homoncules d’État, (Très juste !) mais que nous soyons décidés à poursuivre notre droit chemin, le chemin qui nous conduira à notre grand but après avoir vaincu nos adversaires. (Approbation enthousiaste)

Nous voyons maintenant devant nous le travail pratique. Tous ceux qui occupent des postes dans le parti vont s’y consacrer. Ils prendront vos décisions comme normes et chercheront toujours à mettre en valeur la volonté du parti.

Je n’ai point besoin de vous signaler la gravité de la situation. Mais quoi qu’il arrive, la social-démocratie fera son devoir comme par le passé, saura résister à l’assaut de la réaction et montrer aux classes dirigeantes que des millions d’ouvriers ne veulent plus se laisser priver de leurs droits. (Vive approbation) Dans deux États vont avoir lieu des élections pour le Landtag. Nos camarades y participeront. La lutte électorale favorisera notre propagande et prouvera combien est misérable le système électoral à trois classes, qui prive les ouvriers de leurs droits. (Approbation)

Et maintenant, camarades, haut les bannières ! Après comme avant, en avant au combat, en avant à la victoire ! Sans nous laisser égarer par les événements, marchons conscients du but, de ce que nous voulons atteindre et de ce qui est contenu dans notre programme, allons courageusement et résolument au travail.

Comme toujours le bien du parti sera notre étoile. Nous l’affirmons en faisant retentir comme au début de nos délibérations notre vieux cri de guerre : Vive la social-démocratie allemande !

Enthousiasmés, les délégués répètent trois fois ce cri et chantent debout la première strophe de la « Marseillaise des travailleurs ».

Singer. — Le congrès est clos.

Trois heures. (1)

(1) Protokoll, pages 422-436.

ANNEXES

Motions

  1. Camarades de Hanovre, Berlin, etc. : Mettre à l’ordre du jour : les résultats des dernières élections au Reichstag et désigner comme rapporteurs les camarades Bebel et Vollmar.

  2. Camarades d’Elberfeld : Mettre à l’ordre du jour du congrès : la jurisprudence allemande dans le droit civil et militaire.

  3. Camarades d’Essen : Que le congrès délibère sur l’établissement d’une loi minière générale dans l’empire et mette à l’ordre du jour comme point spécial la question de la journée de huit heures.

  4. Les citoyennes d’Altona, Berlin, Dresde, etc., proposent d’ajouter au point 5 de l’ordre du jour : « Le congrès déclare : dans les luttes que soutient le prolétariat pour la conquête du droit de suffrage universel, égal, secret et direct dans l’État et la commune, le droit de suffrage pour les femmes doit être par principe maintenu dans la propagande et réclamé avec toute l’insistance possible. »

4 bis.Camarades de Francfort-Lebus : Proposer au bureau international de Bruxelles, qui prépare le congrès socialiste international de 1904 à Amsterdam, que la question de la conquête du droit de suffrage pour les femmes soit mise à l’ordre du jour.

  1. Camarades de Francfort-sur-le-Mein : Organiser pendant le congrès une conférence des délégués prussiens qui provoquera un échange de vues sur les prochaines élections au Landtag.

  2. Camarades de Gera : Mettre comme point spécial à l’ordre du jour : les tendances revisionnistes au sujet de la tactique du parti dans le sein du parti social-démocratique allemand.

Rapport du comité directeur

Tactique

  1. — Le comité directeur soumet à la décision du congrès la proposition suivante :

  2. Peut-on considérer comme conciliable avec les intérêts du parti la participation de camarades en tant que rédacteurs ou collaborateurs à des entreprises de presse bourgeoises, dans lesquelles on se livre à une critique haineuse ou perfide du parti social-démocratique ?

Réponse : Non !

  1. Un camarade peut-il être rédacteur ou collaborateur à un organe auquel la condition ci-dessus énoncée ne s’applique pas ?

Il y a lieu de répondre affirmativement en tant qu’il s’agit de situations dans lesquelles le camarade n’est pas contraint d’écrire contre le parti social-démocratique ou d’insérer des attaques dirigées contre celui-ci.

Toutefois l’intérêt du parti, comme l’intérêt des camarades se trouvant dans cette situation, veut qu’il ne leur soit accordé aucun poste de confiance, parce que cela les mettrait tôt ou tard en conflit avec eux-mêmes et le parti.

  1. Camarades de Berlin II : La question de la collaboration de camarades à des organes qui ne sont pas social-démocratiques ou ne sont pas publiés par des socialistes n’est pas réglée d’une façon définitive par la déclaration du comité. Les organisations locales auront à décider d’après chaque cas particulier si des camarades peuvent devenir ou rester rédacteurs ou collaborateurs à de tels organes et dans quelle mesure on peut leur donner un poste de confiance dans le mouvement ouvrier.

  2. Les camarades de la douzième circonscription saxonne, le camarade Paul Scholz et 194 camarades de la deuxième circonscription de Berlin adhèrent absolument à la déclaration du comité parue dans le Vorwaerts du 2 mars 1903 concernant la collaboration d’écrivains du parti à des feuilles bourgeoises et espèrent que le congrès de Dresde fera sienne l’opinion du comité.

  3. Les camarades de Hambourg II estiment nécessaire que la question de la collaboration de socialistes à des organes politiques de la bourgeoisie soit soumise par le congrès à une discussion approfondie, et espèrent que par une décision du parti une norme sera tracée qui empêchera dans l’avenir des faits comme ceux qui au printemps dernier donnèrent lieu à de vives discussions.

  4. Camarades de Hamm (Hambourg III) : La collaboration littéraire et générale à des organes bourgeois n’est pas permise aux camarades sans l’assentiment du comité.

  5. Camarades de la onzième circonscription du Hanovre : Que le congrès prenne nettement position contre les camarades qui par leur collaboration à des journaux politiques adverses ou soi-disant indépendants nuisent à la considération du parti et mettent sans cesse des obstacles à la propagation de nos idées et à la diffusion des journaux du parti.

  6. Camarades d’Essen : Il est interdit aux camarades de se livrer à des polémiques dans les revues et organes bourgeois.

  7. Camarades de Berlin IV : Il y a lieu de prendre position contre les camarades qui par leur collaboration à des journaux politiques adverses ou soi-disant indépendants nuisent à la considération du parti et mettent sans cesse des obstacles à la propagation de nos idées et à la diffusion des journaux du parti.

  8. Les camarades de Stettin ne considèrent pas comme conciliable avec l’honneur d’un camarade de collaborer à des organes bourgeois, qui acceptent dans leurs colonnes des articles haineux contre la social-démocratie. Contre les exposés à caractère scientifique ou purement scientifiques il n’y a rien à objecter.

  9. Camarades de Brême : Des camarades ne peuvent être rédacteurs ou collaborateurs à des journaux ou revues non social-démocratiques que s’il s’agit de journaux scientifiques, techniques ou littéraires qui évitent la lutte contre la social-démocratie.

  10. Camarades de Jueterbog, etc : Considérant que l’opposition bourgeoise dans les circonscriptions où il lui appartenait de décider les ballottages en faveur de la social-démocratie ou de la réaction, a fait passer les mandats aux mains de cette dernière, le congrès décide qu’à l’avenir les camarades s’abstiendront rigoureusement dans les ballottages entre deux candidats bourgeois.

Organisation

  1. — Le comité propose de donner au paragraphe 2 des statuts d’organisation la rédaction suivante :

« Ne peut appartenir au parti celui qui s’est rendu coupable d’une grave infraction aux principes du programme du parti ou d’une action déshonorante.

« Un tribunal arbitral convoqué par le comité décide s’il y a lieu à exclusion. La moitié des membres est désignée par ceux qui demandent l’exclusion et l’autre moitié par celui que cette proposition concerne. Le comité désigne le président.

« Dans les endroits ou circonscriptions électorales dans lesquels les affaires du parti sont gérées par une organisation locale, l’exclusion d’un membre hors de cette organisation est équivalente à l’exclusion hors du parti tout entier. L’exclusion hors de l’organisation ne doit donc se produire que par la voie du tribunal arbitral indiquée ci-dessus.

« Les intéressés ont le droit d’en appeler de la décision du tribunal arbitral dans un délai de six semaines à la commission de contrôle, et de la décision de celle-ci au congrès suivant.

« Si un camarade contre qui une demande d’exclusion est déposée renonce à l’arbitrage, ou néglige de nommer, dans un délai fixé par le comité, des arbitres, il est considéré comme exclu sans autre formalité.

« Par la mort, la démission ou l’exclusion, l’ex-camarade perd tout droit qu’il aurait pu acquérir par sa présence dans le parti contre le parti, le comité directeur, la commission de contrôle ou contre certains camarades. »

  1. Camarades de Hambourg III : Donner au deuxième alinéa du paragraphe 2 la rédaction suivante : « Les organisations locales décident si un membre continuera d’appartenir au parti, et pour les membres isolés le comité directeur. Les intéressés ont le droit d’en appeler aux contrôleurs et en dernière instance au congrès. »

  2. Camarades de Berlin III : Le comité directeur est chargé de soumettre au prochain congrès un projet réglementant à nouveau la représentation du groupe et des contrôleurs au congrès.

  3. Camarades de Teltow-Beeskow, etc. : Le comité directeur est chargé de soumettre au prochain congrès un projet réglementant à nouveau la représentation du groupe au congrès.

  4. Camarades de Chemnitz : Le groupe du Reichstag doit se faire représenter au congrès par des délégués.

  5. Camarades de Leipzig-campagne : A l’avenir le groupe du Reichstag ne devra se faire représenter au congrès que par un certain nombre de délégués.

  6. Camarades de la quatrième circonscription saxonne : Supprimer dans le deuxième alinéa du paragraphe 9 des statuts d’organisation : « Les membres du groupe du Reichstag », et remplacer ces mots par : « Le bureau du groupe du Reichstag. »

  7. Camarades des première et deuxième circonscriptions wurtembergeoises : Modifier le paragraphe 9 en ce sens que seule une délégation du groupe du Reichstag sera autorisée à participer au congrès et non tous les députés au Reichstag. Le chiffre de cette délégation sera fixé par le congrès.

  8. Camarade Windhoff et trois camarades de Dusseldorf : Ajouter au paragraphe 2 des statuts d’organisation la phrase suivante : « Ce dernier est obligé de convoquer le tribunal arbitral dans un laps de quatre semaines après déposition de la demande d’exclusion. »

  9. Camarades de la onzième circonscription électorale du Hanovre : Régler la représentation proportionnelle au congrès d’après les voix social-démocratiques données aux élections pour le Reichstag. Les membres du Reichstag venant au congrès sans un mandat de délégué n’auront que voix consultative et leurs circonscriptions devront supporter leurs frais. La représentation du groupe au congrès doit incomber au comité directeur.

  10. Camarades de Berlin III : Régler la question de la représentation au congrès de sorte que l’on arrive au système du vote proportionnel, c’est-à-dire que les circonscriptions ayant fourni 5.000 voix social-démocratiques puissent envoyer un délégué ; de 5 à 20.000, deux ; et au-dessus de 20.000, trois.

  11. Camarades de Brême : Le congrès charge le comité directeur d’informer le prochain congrès si une modification du paragraphe 9 des statuts d’organisation faite d’après les propositions suivantes serait utile :

La représentation des circonscriptions au congrès sera à l’avenir réglée sur le nombre des voix social-démocratiques données aux précédentes élections pour le Reichstag ; les circonscriptions qui auront donné jusqu’à 10.000 voix pourront envoyer un délégué ; de 10.000 à 25.000, deux ; au-dessus de 25.000, trois ; avec cette restriction cependant que les circonscriptions de moins de 1.500 voix devront remettre leur mandat au délégué de la circonscription voisine.

Les frais de délégation aux congrès seront supportés par la caisse du parti ; cependant, afin de les couvrir, les organisations ayant droit à une délégation propre devront céder à la caisse du parti un tant pour cent de leurs recettes annuelles qu’il y aurait lieu de fixer.

  1. Camarades de Leipzig-campagne et Chemnitz : Le nombre des délégués d’une circonscription ne peut pas dépasser deux.

  2. Camarades de Marbourg : Création d’un fonds destiné à couvrir les frais de voyage des délégués aux congrès.

  3. Camarades de Kobourg : Sur la proposition de l’homme de confiance ou du bureau de l’organisation locale le comité est obligé d’accorder les frais de voyage (troisième classe aller et retour) pour un délégué sur la caisse du parti. Les indemnités quotidiennes de l’un comme les indemnités et frais de voyage des autres délégués seront supportés comme par le passé par les circonscriptions.

  4. Camarades de Brakel, près Dortmund : Le comité directeur est élu pour deux ans. Après deux ans la moitié du comité est sortante et remplacée par d’autres membres. Les membres sortants ne sont pas rééligibles les deux premières années suivantes.

  5. Camarades de Dusseldorf : Il faut créer une organisation une de tout le parti permettant un contact plus aisé avec le comité directeur et des camarades entre eux.

  6. Camarade Erbe, de Hambourg : Chaque membre du parti paiera une cotisation annuelle de 3 marks dans les villes et au besoin de 1 mark dans les campagnes. Des cartes de légitimation uniformes seront distribuées dans tout le parti.

  7. Camarades de Cologne, etc. : Il est nécessaire que dans les districts où la propagande rencontre des difficultés particulières, — spécialement dans les régions inféodées au centre, — des secrétaires du parti rétribués soient créés ; là où les camarades ne peuvent le faire par leurs propres ressources, le comité directeur devra donner les secours nécessaires.

  8. Camarades de Siegen : Charger le comité directeur dans les circonscriptions où la propagande n’a pu encore prendre solidement pied, d’assurer par des secours un revenu certain à un colporteur de publications du parti.

  9. Camarades de Dusseldorf : Dans les villes où cela est possible, établir des cours destinés à former des conférenciers.

  10. Camarades de Chemnitz : Que le comité réfléchisse aux moyens les plus rapides pour créer une école, où l’on formerait des conférenciers et des rédacteurs.

Propagande

  1. Camarades de Dusseldorf : Que le congrès décide qu’un travail décisif d’éducation concernant tout ce qu’il est utile de savoir devra être entrepris sans tarder. Il devra être organisé et exécuté avec méthode par un office central qu’on pourrait créer à cet effet.

  2. Les camarades de Fuerth proposent ce qui suit : Afin de décharger le comité directeur il faudra créer une commission de propagande, qui devra garder un contact constant avec les bureaux des organisations provinciales et des divers États.

La tâche de cette commission sera d’organiser une propagande systématique par la parole et la plume, en tenant spécialement compte de nos revendications à l’endroit de la société bourgeoise.

Cette commission sera élue par les camarades au siège du comité directeur, et son président aura place et voix dans le comité directeur.

  1. Camarades d’Elbing : Que le parti fasse parmi les prolétaires qui chaque année partent au service militaire, avant leur départ, une propagande appropriée en faveur du socialisme. En particulier il faut éclairer les futurs soldats sur leur devoir envers « l’ennemi intérieur » comme l’on dit.

Presse

  1. Camarades de Marbourg : Que le parti décide de fixer à l’organe central, en ce qui concerne sa conduite à l’égard des organisations locales dans les questions de tactique, des limites déterminées n’allant pas au delà de la critique.

  2. Camarades de Schoeneberg : Que le congrès trouve les moyens de baisser le prix du Vorwaerts et des brochures du parti.

  3. Camarades de Francfort-sur-le-Mein : Tenter des démarches pour que les revues mensuelles existant dans le parti : Neue Zeit, Sozialistische Monatshefte, Kommunale Praxis, et la revue hebdomadaire annoncée de Braun, soient réunies et fondues en une grande revue universelle suivant tous les courants et tendances de notre parti, et au prix le plus bas possible.

« Neue Welt ». Journaux de mars et de mai

  1. Camarades de Teltow-Beeskow, etc. : Voir si au sujet des gravures de la Neue Welt il ne serait pas possible de les améliorer et d’imprimer la Neue Welt sur du meilleur papier.

De même il faut apporter plus de soin à l’exécution des motifs des journaux de mars et de mai.

  1. Camarades de Schmargendorf : La Neue Welt et le supplément du Vorwaerts doivent être mis au service de la culture théorique des masses. Dans ces organes il faut imprimer en plus des exposés d’économie politique, d’anciennes publications du parti ayant une valeur durable.

Publications pour la jeunesse

  1. Le camarade Langemach, de Francfort-sur-le-Mein, propose de remplacer la Huette disparue ou de faciliter sa réapparition.

  2. Camarades de Magdebourg : Que le comité directeur s’occupe plus que par le passé de publications pour la jeunesse.

Agenda ouvrier

  1. Camarades de Teltow-Charlottenbourg : Le prix de l’agenda ouvrier doit être abaissé de 60 à 50 pfennigs.

Annonces

  1. Camarades de Rothenbourg : Des annonces de loterie d’aucune sorte ne devront être publiées dans les journaux du parti.

  2. Camarades de Breslau : La presse du parti est tenue pour les annonces de demandes de travail de prendre au préalable des renseignements auprès des organisations intéressées.

Brochures et feuilles volantes

  1. Camarades de la dix-huitième circonscription saxonne : Toutes les brochures paraissant à la librairie du parti (librairie du Vorwaerts) devront être éditées dans le même format.

  2. Camarades de Bielfeld-Weidenbrueck : Les brochures paraissant dans les librairies du parti devront être davantage adaptées aux prix populaires.

  3. Camarades de Brême : Considérant les faits inouïs d’espionnage politique qui se sont, surtout pendant les dernières années, produits dans les sociétés militaires, et considérant les empiétements qui en résultent sur les droits politiques de leurs membres, le comité directeur est chargé de publier annuellement une feuille volante où seront réunis les cas les plus typiques, et où les réservistes à la fin de leur période seront avertis des dommages soit matériels soit politiques au point de vue de la liberté qu’ils risquent en entrant dans ces sociétés.

Il faudra remettre en temps voulu cette feuille aux organisations locales ou aux hommes de confiance du comité à fin de distribution et la céder au plus bas prix possible.

  1. Camarades de Berlin I et IV : Le comité directeur est chargé de publier une brochure appropriée à une distribution en masse, qui traite du système militaire actuel et des mauvais traitements qu’il entraîne.

  2. Camarades de la cinquième circonscription de Nassau : Publier une brochure de propagande contenant le rapport annuel du groupe parlementaire, des commentaires de notre programme, l’exposé des motifs pour lesquels nos députés du Reichstag ont voté contre les diverses assurances ouvrières, et destinée spécialement aux circonscriptions rurales peu avancées ; céder cette brochure aux comités électoraux au prix de revient, afin qu’ils puissent la distribuer gratuitement, ou même couvrir entièrement les frais sur la caisse centrale.

  3. Camarades de la troisième circonscription de Brunswick : Charger le comité directeur de publier sous forme de brochure les principaux discours sur les budgets des postes et des chemins de fer et la distribuer aux employés intéressés.

  4. Camarade Erbe, de Hambourg : Publier une petite brochure contenant le programme, les statuts d’organisation du parti, tous les noms et adresses des organes du parti, des journaux syndicaux, des secrétariats ouvriers, maisons syndicales, leur organisation et quelques renseignements sur les coopératives. Cette brochure devra être délivrée gratuitement à tous les camarades et aux nouveaux arrivants.

Fête du Premier Mai

  1. Camarades de Friedberg-Buedingen : Que le congrès décide : le comité directeur est chargé de publier chaque année au Premier Mai une feuille volante, dans laquelle les revendications ouvrières sont mises en lumière sous une forme accessible à tous, afin que celle-ci soit distribuée en grandes masses et que l’on puisse faire plus de propagande pour nos revendications de mai.

  2. Camarades de Brême, etc. : Que le congrès se déclare pour le maintien de la fête du Premier Mai avec son caractère habituel.

  3. Camarades de Magdebourg : Ne pas restreindre la fête du Premier Mai par ordre du parti, mais au contraire faire en sa faveur une propagande plus intense que jamais.

  4. Camarades de Dusseldorf et Berlin IV : Demander au congrès de décider le chômage absolu le Premier Mai.

63 bis.Circonscription Nieder-Barnim : La fête du Premier Mai doit être plus qu’auparavant mise au premier plan. Elle doit avoir lieu le premier mai.

  1. Camarades de Breslau : Que le congrès donne à la résolution concernant la fête du Premier Mai la rédaction suivante :

« Conformément aux résolutions des congrès ouvriers internationaux de Paris en 1889, Bruxelles en 1891, Zurich en 1893, Londres en 1896 et Paris en 1900, le congrès fait un devoir aux ouvriers et organisations ouvrières de faire des démonstrations par des réunions tenues le soir du premier mai en faveur des revendications de classe du prolétariat, particulièrement en faveur d’un système suffisant de protection ouvrière et d’une réduction de la durée du travail. »

  1. Camarades de Muenchen-Gladbach : Reporter la fête du Premier Mai au premier dimanche de mai.

Programme

  1. Camarade Welker, de Wiesbaden : Donner au paragraphe 6 du programme la rédaction suivante :

  2. La religion est chose privée. D’où les revendications suivantes :

a) Séparation de l’État et des Églises actuelles ;

b) Suppression de toutes les dépenses faites sur les fonds publics pour les Églises ou religions ;

c) Suppression de l’enseignement religieux confessionnel à l’école ;

d) Le remplacer par un enseignement de la morale sans fondement métaphysique, par un vaste enseignement des sciences naturelles, un enseignement scientifique de l’histoire des religions ;

e) Interdiction de tout enseignement religieux dogmatique à des enfants au-dessous de seize ans ;

f) Lutte contre toutes les fantaisies religieuses par la culture intellectuelle de leurs adeptes ;

g) Sortie des communautés religieuses dont on ne partage plus les croyances.

Le congrès décide d’adopter comme conséquences de ces revendications l’addition suivante aux statuts d’organisation :

« Seules des personnes qui n’appartiennent à aucune communauté religieuse confessionnelle peuvent revêtir des charges du parti et être présentées comme candidats aux élections municipales, au Landtags, ou au Reichstag. »

  1. Camarade Woischnig, de Francfort-sur-l’Oder : Que le parti donne lui-même ou essaie de donner par des indications fournies par lui une direction et un but uniformes dans la question agrarienne, et particulièrement dans la question des biens-fonds et du sol.

  2. Camarade Reinke, de Barmstedt : Ajouter l’article suivant au programme : Employer les fonds de réserve amassés dans l’intérêt des ouvriers en vertu de la législation de protection ouvrière à acheter en première ligne des biens-fonds d’un seul attenant autant que possible, et en se servant au besoin du droit d’expropriation. Administration de ces territoires pour le compte des institutions d’assurance, mais dans un sens favorable aux ouvriers.

Parlement

  1. Camarades de Marbourg : La conduite du groupe du Reichstag à l’égard du gouvernement doit partout et toujours se conformer aux principes républicains-démocratiques.

  2. Camarades de Stettin : Le groupe devra dans le plus bref délai possible soumettre au Reichstag un projet de loi organisant le droit de coalition de telle sorte qu’il ne puisse plus être exposé aux atteintes des tribunaux et de la police.

  3. Camarades d’Elberfeld : Le groupe est chargé de présenter à nouveau et sans retard dans la prochaine session du Reichstag les motions demandant la suppression des paragraphes sur les crimes de lèse-majesté et l’établissement d’une loi suffisante sur la responsabilité des ministres.

  4. Camarades de Berlin I : Le groupe est chargé de commencer une propagande méthodique contre le militarisme en présentant un projet de loi, et en insistant en particulier sur les points suivants :

a) Suppression de la justice et du droit militaires ;

b) Reconnaissance du droit de légitime défense contre les mauvais traitements ;

c) Service d’un an pour tous.

  1. Camarades de la deuxième circonscription wurtembergeoise : Que le groupe du Reichstag prenne aussitôt que possible position en faveur de l’unification des chemins de fer allemands par la création d’une société d’exploitation commune à tout l’empire et en faveur de l’abaissement des tarifs pour voyageurs.

  2. Camarades de Teltow-Charlottenbourg : Charger le groupe d’agir de sorte qu’à l’avenir les élections pour le Reichstag aient lieu un dimanche.

  3. Camarades de Cassel : Le groupe socialiste du Reichstag est prié de veiller autant que possible à ce que la vérification des mandats des députés soit terminée au moins à la fin de la première année après la réunion du Reichstag.

  4. Camarades de Jueterbog : Le groupe doit présenter une motion d’après laquelle les députés dont l’élection est contestée par la commission de vérification des mandats seraient privés de leur siège et de leur voix jusqu’à décision définitive.

  5. Camarades d’Elbing, etc : Le groupe socialiste devra agir en sorte que les gouvernements dans les votes futurs ordonnent un modèle uniforme pour les urnes électorales.

  6. Camarades d’Elbing : Les urnes électorales doivent pouvoir être fermées. Les voix ne seront pas comptées à la fin de l’élection, mais l’urne fermée sera envoyée au commissaire électoral qui établira le résultat pour toute la circonscription.

  7. Camarades de Flensbourg : Présenter une motion imposant aux autorités le devoir de mettre à la disposition de chaque député, quelle que soit la tendance politique qu’il représente, un local convenable, où il puisse rendre compte de son mandat.

  8. Camarades d’Elberfeld : Lors de la discussion des projets de loi de protection ouvrière il faudra insister énergiquement pour que toutes les améliorations faites dans l’intérêt des assurés aient un effet rétroactif.

  9. Camarades d’Essen : Il faut insister pour qu’il soit engagé par des mesures légales une lutte efficace contre la maladie du ver des mineurs.

  10. Camarades de la circonscription de Strasbourg-campagne : Présenter au début de la nouvelle législature une motion en faveur de la journée légale de dix heures et insister avec force pour l’obtention de cette mesure provisoirement réalisable.

  11. Camarades de Brême, etc. : La propagande en faveur de la journée de huit heures doit être faite plus énergiquement que jusqu’ici ; il est nécessaire que le groupe du Reichstag présente sous peu un projet de loi instituant légalement la journée normale de travail de huit heures et veille avec toute l’énergie possible à sa réalisation.

  12. Camarades de Cassel : Le groupe du Reichstag a le devoir de créer des commissions pour les différentes parties de la législation sociale, à qui incomberait la tâche de débrouiller et préparer les matériaux nécessaires.

  13. Les citoyennes de Berlin, etc., etc. : Que le groupe du Reichstag prenne énergiquement position en faveur de :

  14. L’introduction de la journée légale de huit heures pour toutes les ouvrières adultes, qui pour une courte période de transition, fixée légalement, pourrait être facilitée par la réduction de la journée actuelle à dix ou neuf heures.

Pour les ouvrières non adultes réduction du maximum à quatre ou six heures, élévation de la limite d’âge jusqu’à dix-huit ans, et instruction complémentaire obligatoire dans laquelle rentreraient l’économie domestique, l’hygiène et les soins à donner aux nourrissons.

Pour toutes les ouvrières suppression des heures supplémentaires et liberté le samedi après-midi.

  1. Interdiction absolue du travail de nuit pour les femmes.

  2. Interdiction de l’emploi des femmes dans toutes les occupations nuisibles à l’organisme féminin.

Favoriser légalement l’établissement dans les usines et ateliers des aménagements qui protègent la santé de celles qui y sont occupées. Remplacer les matériaux employés au cours du travail qui nuisent à la santé par d’autres inoffensifs.

  1. Extension des mesures de protection au travail à domicile, conformément à la décision du quatrième congrès syndical de Stuttgart.

  2. Création d’inspectrices du travail.

  3. Droit de suffrage actif et passif pour les femmes pour les élections au conseil des prud’hommes.

  4. Garantie de la liberté absolue de coalition pour les ouvrières.

  5. Interdiction de faire travailler les femmes huit semaines après l’accouchement, si l’enfant vit, et six semaines dans le cas de fausse couche ou d’enfant mort-né.

Droit pour les femmes enceintes à cesser leur travail sans perdre leur place, dès que au cours de la grossesse certains signes se manifestent qui rendent le travail difficile.

Suppression des autorisations exceptionnelles, qui sur un certificat médical permettent la reprise du travail avant la fin du délai légalement établi.

Développement des mesures de prévoyance pour les femmes enceintes ou accouchées de la part des caisses d’assurance contre la maladie par les moyens suivants :

Accorder aux femmes enceintes ou accouchées une subvention durant la durée du délai établi, absolument égale au salaire quotidien moyen. Extension obligatoire de ces mesures aux femmes des membres de la caisse.

Il sera possible d’exécuter ces mesures en uniformisant les assurances contre la maladie, par la réunion de ces caisses en fédérations susceptibles d’avoir un capital, par un droit d’administration très étendu des assurés par eux-mêmes et enfin par des subventions de l’État.

Création de maternités, de maisons pour femmes enceintes et accouchées, d’institutions pour mères allaitant leurs enfants, organisation par les communes des soins à donner à domicile aux accouchées.

85 bis.Camarades de Francfort-Lebus : Soumettre au Reichstag pendant la prochaine législature un projet de loi étendant aux femmes le droit de suffrage universel, égal et direct.

  1. Camarades d’Essen : Le groupe socialiste lors de la discussion des droits de succession est chargé de réclamer l’élévation de ces droits.

  2. Camarades de Bromberg : Le groupe est prié de porter au Reichstag, dès qu’une occasion se produira, la question du procès pour désordre public à Bromberg et la dure condamnation qui s’en suivit.

  3. Camarade Erbe, de Hambourg : Pour combattre les maladies pulmonaires, le groupe soumettra au Reichstag le projet suivant :

Étant démontré que l’air marin est chargé de sel et par là désinfecte mieux les poumons que l’air des champs, et qu’une cure dans les bains de mer procure une guérison plus rapide et après guérison une plus grande force de résistance, le gouvernement fournit les fonds nécessaires à la création de sanatoriums sur les îles de la mer du Nord et de la Baltique, ainsi qu’à la construction de vaisseaux pour malades.

  1. Camarades de Berlin II, III, etc., etc. : Le groupe doit faire valoir ses droits à un siège de vice-président au Reichstag, sans accepter toutefois les devoirs conventionnels.

  2. Camarades de Mannheim : Notre groupe doit à tout prix maintenir ses droits à un siège de vice-président au Reichstag. Il a confiance dans le tact et la conscience de soi-même de l’élu éventuel, et pense que celui-ci saura dans l’exercice des devoirs qui lui sont imposés sauvegarder la dignité de la représentation du peuple et la puissance de son parti.

  3. Les camarades de Cologne-ville désirent que la solution de la question de la vice-présidence soit laissée au groupe. Ils ont confiance dans les représentants élus de la social-démocratie et pensent que ceux-ci trancheront la question de façon à sauvegarder l’honneur et l’intérêt du parti.

Congrès

  1. Camarades de Schoeneberg : Tenir les prochains congrès entre Noël et le premier janvier.

  2. Camarades de Stettin : Tenir le congrès de 1904 à Stettin.

  3. Camarades de Mannheim : Tenir le congrès de 1904 à Mannheim.

  4. Camarades de Darmstadt : Tenir le congrès de 1904 à Darmstadt.

  5. Camarades de Brunswick : Tenir le congrès de 1904 à Brunswick.

  6. Camarades de Brême : Tenir le congrès de 1904 à Brême.

  7. Camarades d’Essen : Tenir le congrès de 1904 à Essen.

  8. Camarades de Berlin V : Tenir le congrès de 1904 à Berlin.

Résolutions

  1. Camarades de Teltow-Charlottenbourg : La victoire électorale du 16 juin oblige la social-démocratie à des efforts plus grands et plus profonds afin d’acquérir une influence positive plus forte sur les destinées de la politique allemande. Notre tâche n’est pas épuisée par la critique des classes dominantes et de leur politique, par la résistance aux attaques hostiles au peuple de la réaction, par la seule amélioration des projets du gouvernement et par des motions stimulantes. Le groupe socialiste du Reichstag est devenu par la confiance des électeurs le législateur autorisé du peuple allemand. Plus le gouvernement bureaucratique se pétrifie dans l’intérêt des classes dominantes dans un travail de rapiéçage stérile ou dans des attaques insolentes et insensées contre l’évolution historique nécessaire se produisant dans le prolétariat, d’autant plus grand est le devoir du groupe socialiste du Reichstag de faire profiter la législation actuelle de la force créatrice infinie du principe démocratique et socialiste. Le résultat d’une semblable tactique est triple ; elle obtient des réformes utiles et importantes, elle découvre la pauvreté intellectuelle et l’étroitesse haineuse des avoués des classes capitalistes et de leurs agents gouvernementaux, montre les bornes et les limites en deçà desquelles dans la société actuelle des améliorations décisives sont impossibles, et fait ainsi la lumière sur le et en faveur du programme social-démocratique. Aller jusqu’à ces bornes et limites, dont nous sommes encore très éloignés, et réaliser tout le possible, telle est notre tâche dans la politique quotidienne. Dans cette intention et afin de fortifier le parlementarisme lui-même, le groupe socialiste est chargé de s’attaquer aux questions importantes de la situation actuelle sous forme de projets de lois bien élaborés. Aux divers projets il faudra joindre des exposés des bornes et des mémoires, et il s’agit d’obtenir que, selon l’usage d’autres Parlements, ces exposés soient insérés dans les publications officielles du Reichstag ; en même temps ces publications devront être rendues accessibles à tous aux prix les plus bas, à l’instar par exemple du journal ouvrier de l’empire (Reichs-Arbeitsblatt). Parmi les sujets qui seraient à traiter en première ligne par de semblables projets socialistes positifs et approfondis, il faut citer : la réforme des finances de l’empire, la protection ouvrière, la loi sur le droit de coalition, la réforme militaire systématique, la responsabilité ministérielle, la loi scolaire de l’empire, la revision du droit criminel.

  2. Les camarades de Muenchen-Gladbach se déclarent à l’unanimité pour la conservation de nos principes et le maintien de la tactique actuelle.

  3. Les camarades de Berlin V approuvent la tactique actuelle. Ils voient dans les résultats des élections au Reichstag une manifestation puissante et une exhortation à continuer la lutte contre la réaction de toutes nuances sans aucune concession aux conceptions bourgeoises, sans combinaisons d’hommes d’État, et attendent en raison de l’aggravation des antagonismes de classe sur le terrain économique et politique, que l’on soutienne énergiquement les revendications de classe du prolétariat.

  4. Les camarades de Berlin I déclarent qu’il n’y a aucune raison pour le parti de s’écarter pour l’instant sous n’importe quelle forme, ou dans quelque question que cela soit, de ses vieux principes prolétaires-révolutionnaires ou de ses mesures tactiques. Les camarades réunis espèrent que le congrès de Dresde exprimera de façon non ambiguë, et telle qu’on ne puisse pas s’y méprendre, cette façon de voir.

  5. Les camarades de Berlin IV voient dans la manière dont le camarade Bernstein a traité publiquement la question de la vice-présidence et en avoir parlé dans le groupe dont il est membre, un manque de tact qui fait plus de tort que de bien au parti, et espèrent qu’à l’avenir le camarade Bernstein, tout en sauvegardant la liberté de pensée, satisfera plus aux intérêts du parti qu’au besoin de sensation. Les camarades réunis expriment de la façon la plus formelle leur désapprobation à tous les camarades qui dans cette affaire se sont faits les complices de Bernstein.

  6. Camarades de Berlin II et VI : Les camarades de la deuxième circonscription et le comité électoral de la sixième circonscription de Berlin sont d’avis que notre groupe au Reichstag doit faire valoir ses droits à occuper le poste de premier vice-président, mais refuser l’obligation d’aller à la cour. La deuxième et la sixième circonscriptions sont persuadées que toute cette affaire est sortie d’une surestimation du parlementarisme, qu’elle pouvait avoir un si grand intérêt pour les milieux bourgeois mais non pour le parti socialiste. Au reste elles espèrent que les camarades cesseront de se livrer à toutes sortes de fantaisies et porteront davantage leur attention sur les tâches pratiques du parti.

  7. Camarades de Leipzig-ville : Les camarades réunis de la douzième circonscription électorale du Reichstag espèrent que le congrès tranchera la question soulevée de la vice-présidence et lui soumettent dans cette intention la motion suivante :

Le congrès proteste contre l’acceptation pour des représentants du peuple de participer en quelque manière à des hommages monarchiques ;

Il désapprouve nettement les efforts revisionnistes de certains camarades venus au jour à plusieurs reprises depuis plusieurs années et certaines tendances dans les questions de tactique ou de principe ;

Le congrès refuse absolument de laisser jamais effacer le caractère de lutte de classe de notre parti pour de prétendus avantages politiques.

  1. Camarades de Leipzig-campagne : Les camarades réunis de la treizième circonscription se prononcent nettement contre les opinions soutenues par Bernstein, Vollmar et autres au sujet de la vice-présidence du Reichstag. Ils s’opposent surtout à ce que de telles questions soient tranchées par le groupe, tiennent au contraire le congrès pour la seule juridiction autorisée à les éclaircir. Du reste, ils espèrent que le congrès prendra nettement position contre les « Bernsteiniades » qui se produisent chaque jour plus visiblement dans le parti.

  2. Camarades de la quatrième circonscription du Hanovre : Le congrès espère que le groupe socialiste du Reichstag, fidèle à la tradition, fera valoir ses droits à une place proportionnée à sa force dans le bureau du Reichstag. Il espère aussi avec confiance que le groupe restera attaché à la tactique habituelle en refusant avec énergie d’accepter des obligations qui ne sont imposées ni par la constitution ni par le règlement du Reichstag. Sans vouloir porter atteinte à la liberté de pensée dans le parti, le congrès regrette cependant la manière dont le camarade et député Bernstein a pris position dans la question ci-dessus.

  3. Camarades de Reuss (branche cadette) et Crefeld : Le congrès de la principauté de Reuss (branche cadette) et les camarades de Crefeld estiment que c’est un droit parlementaire de notre groupe de réclamer, étant donnée sa force, un siège dans le bureau du Reichstag ; mais ils rejettent absolument toute obligation qui ne serait pas prescrite par le règlement.

Les camarades voient dans la proposition de Bernstein sur l’occupation de ce siège de vice-président une modification de notre tactique habituelle, éprouvée, et espèrent que le congrès se prononcera définitivement contre ces tendances à la modifier qui apparaissent toujours de nouveau. Les camarades désapprouvent formellement la manière de procéder du camarade Bernstein dans la question de la vice-présidence.

109 bis.Conférence de la circonscription Nieder-Barnim : Les camarades réunis se prononcent nettement contre les efforts de certains camarades, qui tendent à détourner le parti de sa tactique éprouvée, et à obtenir par des concessions aux partis bourgeois de prétendus succès, qui ne seront certainement que de faux succès. De plus, la réunion espère que le congrès prendra nettement position contre les camarades qui estiment que tout en étant socialistes ils peuvent déposer leurs élucubrations dans des feuilles bourgeoises qui ne sont pas soumises au contrôle du parti ou ne peuvent pas être suivies par les camarades. La réunion espère que l’on dise d’une manière non équivoque qu’il ne peut être question de tels camarades pour des postes de confiance dans le parti.

  1. Camarades de Francfort-Lebus : La conférence de la circonscription exprime le désir que l’union et l’entente parfaites entre les camarades qui se sont manifestées pendant la lutte électorale continuent à régner dans les débats et décisions du congrès, et que l’on discute en premier lieu les revendications importantes, capitales pour les intérêts du prolétariat, au lieu que la question relativement très secondaire de la vice-présidence prenne une grande partie du temps précieux du congrès.

  2. Camarades de la deuxième circonscription saxonne : Considérant que la tactique de nos adversaires dans les communes rurales devient brutale, considérant en outre que nos adversaires disposent pour la grande majorité des propriétés telles que maisons, domaines et fermes et portent un préjudice considérable à nos camarades qui font ouvertement de la propagande ou représentent le parti comme hommes de confiance, en ce sens que messieurs les propriétaires donnent simplement congé à leurs locataires et que ceux-ci ne peuvent que difficilement trouver un logement dans la localité, — nous proposons que le parti s’efforce, dans les cas semblables, d’acquérir des maisons ou de prendre des fermes sous sa propre régie.

  3. Camarades de Brême : Le congrès recommande aux groupes socialistes ou aux diverses circonscriptions d’établir des dépôts où seraient réunis et classés toutes les feuilles volantes socialistes ou adverses concernant les élections au Reichstag, les articles de journaux importants, de même que tous les actes et publications importants pour la circonscription.

Le comité directeur est prié de donner au besoin des instructions aux circonscriptions pour l’organisation de semblables archives.

  1. Camarade Erbe, de Hambourg : Résolution A. Le congrès élit une commission de dix personnes chargée de préparer des projets de loi.

La commission fait connaître au moment opportun sur quelle question un projet est préparé. Tous les camarades fournissent les matériaux nécessaires (observations, renseignements, vœux, etc.) à la commission ; celle-ci les classe et soumet au groupe parlementaire à fin de discussion le projet qui en sera sorti. Après cette discussion, le projet est présenté comme motion au Reichstag, afin d’amener le gouvernement à s’occuper des tâches nécessaires de notre époque.

Comme premier travail nécessaire je propose : transformation de la loi sur la maladie, les accidents, la vieillesse, les infirmités en une loi se complétant elle-même et comprenant une assurance contre le chômage et une administration absolument uniforme. Réglementation uniforme par une loi d’empire : des écoles, constructions et logements, peines et prisons, et du travail dans les prisons, etc.

La commission devra aussi prendre en main la protection légale dans les affaires du parti, afin d’obtenir une plus grande uniformité dans les jurisprudences si différentes.

Résolution B. La presse du parti étant trop exposée à des variations possibles du prix du papier, je demande au comité directeur de créer soit lui-même soit avec l’aide de coopératives dans les circonscriptions arriérées, en particulier dans les domaines du Centre, des fabriques de papier lui appartenant, afin de fournir à la presse du parti du papier convenable, de lui procurer plus d’indépendance, et aussi de montrer qu’un parti du programme est réalisable dès aujourd’hui et de rendre plus sûre telle ou telle circonscription.

  1. 86 camarades de Flensbourg : Considérant qu’à côté des sources sociales de l’alcoolisme, les coutumes de boisson (anniversaires, bienvenues, etc.) et les notions insuffisantes des masses sur les effets nuisibles des spiritueux en sont les causes, le congrès recommande à la presse du parti et aux camarades l’étude de la question de l’alcool. Le congrès part de cette considération que l’argent dépensé pour les boissons alcooliques serait beaucoup mieux employé à la lecture qui développe l’instruction et la civilisation, et que tout endiguement de l’alcoolisme comporte une augmentation de la puissance combative du prolétariat.

  2. Camarades de Geesthacht (Hambourg III) : Si les syndicats soumettent au Reichstag, aux Landtags, aux administrations municipales des pétitions, des motions qui sont favorables aux syndicats et ne sont pas en désaccord avec les principes du parti, les camarades envoyés par le parti dans ces assemblées sont tenus de les défendre.

Motions parvenues ultérieurement ou présentées pendant les débats

  1. Camarades de Hausham : Le comité directeur est chargé de publier sous peu et au prix le plus bas possible une brochure contenant tous les succès et améliorations que le parti a obtenus sur le terrain économique ou social au Reichstag aussi bien que dans les Landtags et les municipalités.

Il faudra joindre à la brochure un tableau montrant la force du parti relativement aux autres partis.

  1. Camarades de Kiel : Ajouter au rapport annuel pour le congrès un court résumé de l’organisation (nombre des membres) et de la situation financière des diverses provinces ou États confédérés.

  2. Conférence de la circonscription de Dusseldorf : Ajouter ce qui suit au deuxième alinéa du paragraphe 2 des statuts d’organisation :

Le comité directeur a le devoir de convoquer le tribunal arbitral le plus tôt possible, mais au plus tard quatre semaines après déposition de la demande d’exclusion.

Les camarades qui refuseraient de se soumettre au tribunal arbitral seraient considérés comme exclus.

119.Conférence de la première circonscription de Nassau : Le congrès demande au comité directeur de publier annuellement après la clôture de la session du Reichstag une feuille volante où sous une forme concise sera exposée l’activité du Reichstag et la position prise par le groupe socialiste dans les projets de loi les plus importants. Cette feuille devra être délivrée aux circonscriptions au prix de revient ou, sur proposition, gratuitement.

120.Camarades de Lueckenwalde : Afin de ne pas faire du parti une maison de refuge pour les éléments faillis de la bourgeoisie, et empêcher le trop grand accroissement du nombre des intellectuels dans le parti, que le congrès décide :

« Aucune fonction publique du parti, ni comme rédacteur ni comme orateur, aucune fonction rétribuée ne sera confiée à aucun camarade, à moins que celui-ci n’appartienne au moins depuis deux ans officiellement au parti comme membre des comités électoraux ou des groupes socialistes dont il s’agit. »

121.Conférence de la circonscription Kolberg-Koeslin-Bublitz : Le groupe socialiste est prié d’agir en sorte qu’aux prochaines élections au Reichstag les commissaires électoraux soient invités à ne pas diviser les districts électoraux, surtout à la campagne, en districts de moins de trois cents électeurs.

122.Camarades de Zabrze : Les camarades de Zabrze et environs invitent le comité directeur à ne laisser paraître qu’un seul journal polonais-allemand pour toute l’Allemagne.

123.Camarades de Nuremberg : Tenir le congrès de 1904 à Nuremberg.

124.Camarades de la circonscription Dortmund-Hoerde : La conférence de la circonscription Dortmund-Hoerde propose de tenir le prochain congrès à Dortmund ou dans un lieu voisin.

125.Thomas, d’Altona, et 24 camarades : Tenir le prochain congrès à Brême.

126.Camarade Franz K. A. Weinert, de Hambourg : Le congrès de Dresde se déclare pour la continuation de la lutte en vue d’obtenir la liberté absolue de douane dans la politique économique du pays ; il faut continuer avec force et énergie la lutte contre la politique douanière organisée par la classe dirigeante pour son propre enrichissement et aux dépens du peuple des travailleurs.

On en appellera au peuple afin qu’il prenne lui-même la direction de ses destinées au moyen de son organisation politique et économique de combat, et fasse exécuter sans retard des réformes dans le sens du socialisme sur le terrain économique et politique, pour parer utilement à la misère sociale (chômage).

Le congrès décide que les camarades de partout devront organiser une propagande intense dans les milieux ouvriers. Il faut, afin de fortifier les groupes socialistes, convoquer partout de grandes réunions populaires avec le même ordre du jour : le tarif douanier allemand, les traités de commerce, le libre-échange et discussion. Toute notre presse politique devra soutenir cette propagande et chaque citoyenne, chaque camarade a le devoir de poursuivre dans son milieu cette propagande oralement, d’appeler l’attention sur cette réunion et d’engager à y assister.

Il est fait de même un devoir aux citoyennes et camarades de travailler partout de la façon la plus énergique à fortifier les syndicats libres et les organisations coopératives fondées et dirigées par des ouvrières et ouvriers et de faire en leur faveur une propagande intense, uniforme et méthodique. Pour atteindre ce but il faudra organiser également des réunions publiques sur le même sujet : tarifs douaniers, traités de commerce, libre-échange et discussion, et ici également la presse syndicale devra seconder cette propagande. Chaque citoyenne et chaque camarade devra se consacrer sérieusement à la propagande orale.

127.Motion du camarade Franz K. A. Weinert, de Hambourg : Nommer une commission de treize membres, afin de créer une fabrique de papier sur les fonds du parti, qui fournirait les quantités de papier nécessaires aux imprimeries politiques et syndicales. La commission ferait au prochain congrès son rapport sur les travaux préparatoires. La motion présente a pour but de faciliter les moyens de fournir du papier meilleur et meilleur marché. De plus cette fabrique du parti pourra produire un bénéfice appréciable, qui ne sera pas une source de revenus négligeable pour le prolétariat combattant.

128.Paeplow, de Hambourg, et 22 camarades : La collaboration littéraire (1) de camarades à des journaux et revues capitalistes (bourgeois) est incompatible avec les intérêts du parti.

Des exceptions à cette règle ne sont admissibles que s’il s’agit de revues qui traitent exclusivement de questions artistiques ou techniques.

Le comité directeur a la tâche ferme de veiller à l’exécution des principes ci-dessus et de relever de la manière la plus formelle les infractions possibles et de proposer au besoin l’exclusion des membres du parti coupables de ces infractions.

(1) La collaboration littéraire ne comprend pas les comptes rendus des réunions ou des tribunaux. — Note du texte.

129.Résolution. Conférence de la circonscription Dortmund-Hoerde : Il va de soi que le groupe doit réclamer le poste de premier vice-président et accepter toutes les obligations en résultant qui sont imposées par le règlement. Mais la conférence repousse avec indignation l’hypothèse d’acheter ce poste par l’acceptation des obligations de cour. Si toute démonstration monarchiste en soi est inadmissible dans le parti, elle l’est doublement après les discours d’Essen et de Breslau. La conférence voit dans ces propositions une nouvelle manifestation de ce courant revisionniste qui tend à embourgeoiser le parti et à le chasser du terrain de la lutte de classe prolétarienne et révolutionnaire. La conférence condamne ces tendances formellement, et espère que le congrès prendra une attitude semblable.

130.Résolution Bebel, Kautsky, Singer : Le congrès invite le groupe à s’en tenir dans la question du siège de vice-président et de secrétaire au Reichstag à sa conduite habituelle, — refus de toutes les obligations non prescrites par le règlement.

Le congrès condamne de la façon la plus formelle les tendances revisionnistes qui prétendent modifier notre tactique passée, éprouvée, victorieuse, reposant sur la lutte de classe, et mettre à la place de la conquête du pouvoir politique par la défaite de nos adversaires, une politique d’avances à l’ordre de choses établi.

La conséquence d’une telle tactique revisionniste serait de remplacer un parti qui travaille à transformer le plus vite possible la société actuelle bourgeoise en une société socialiste, qui est donc révolutionnaire au meilleur sens du mot, par un parti qui se contenterait de réformer la société bourgeoise.

Le congrès condamne en outre toute tentative pour pallier les antagonismes de classe afin de faciliter un rattachement aux partis bourgeois.

Le congrès espère que le groupe usera de sa puissance accrue par le nombre de ses membres comme par le puissant accroissement des masses électorales derrière lui, pour défendre conformément aux principes de notre programme, avec toute la force et l’insistance possibles, les intérêts de la classe ouvrière, pour réclamer de même l’extension et la garantie de la liberté politique et de l’égalité de droits pour tous, pour mener avec plus d’énergie encore qu’il n’a été possible le combat contre le militarisme et le marinisme, contre la politique coloniale et mondiale, contre l’injustice, l’oppression et l’exploitation sous toutes leurs formes.

131.Motion additionnelle des citoyennes de Leipzig à la motion 85 : Que le groupe du Reichstag réclame avec la même énergie :

  1. L’interdiction absolue de tout travail industriel aux enfants de moins de quatorze ans.

  2. Une réduction de la durée du travail pour les ouvriers ou ouvrières non adultes, conformément aux revendications de la conférence féministe de Munich.

132.Quarck : Le congrès déclare que la collaboration de camarades à des organes autres que ceux du parti doit être en général condamnée et que les camarades s’occupant de littérature doivent éviter de fortifier les adversaires par leur collaboration. Comme il n’est point possible d’établir de lois pour les exceptions à cette règle, la décision devra dans chaque cas particulier être laissée au tact politique des camarades s’occupant de littérature ou prise au besoin par les organisations du parti en suivant la voie hiérarchique habituelle.

133.Karl Schwarz et 20 camarades : Le congrès charge le comité directeur d’étudier la question de savoir si en réunissant les fonds il serait possible de créer des locaux de réunion. On souhaite vivement que le comité directeur agisse en ce sens pour venir en aide surtout dans les provinces de l’est.

134.W. Gewehr et 23 camarades : Le congrès décide de s’abstenir au congrès actuel d’une revision des statuts d’organisation et de charger les contrôleurs de concert avec le comité directeur de présenter au prochain congrès un projet de modification des statuts d’organisation. Les motions 18 à 39 et 41 sont renvoyées au comité directeur pour lui servir de matériaux.

135.Herbert et 23 camarades : Tenir le prochain congrès à Stettin.

136.Résolution Grunwald et 20 camarades : Le congrès exprime à l’unanimité au groupe son entière reconnaissance, son approbation, ses remerciements exprès pour les mesures prises contre les tarifs de famine au Reichstag, en particulier pour l’emploi énergique de l’obstruction.

137.Molkenbuhr : Le congrès charge le comité directeur d’agir auprès du comité international d’Amsterdam, afin que celui-ci établisse les revendications communes, que les ouvriers de tous les pays doivent adresser aux législateurs.

138.Friedeberg : Le congrès recommande au comité directeur de mettre la question de la grève générale à l’ordre du jour du prochain congrès.

139.Docteur Robert Michels et 24 camarades : Le congrès désapprouve de la façon la plus formelle la conduite du camarade Wolfgang Heine dans sa déclaration du Vorwaerts du 12 août 1903 où il est dit textuellement :

« La raison de ce bruit est simplement que les camarades de Marbourg qui ont voté pour l’abstention sentent qu’ils se sont discrédités. Je comprends que cela les contrarie, mais ils devraient, au lieu de chercher misérablement un bouc émissaire, trouver en eux-mêmes la raison de leur situation pénible, et se montrer reconnaissants à celui qui leur aurait épargné de se discréditer eux-mêmes et tout le parti encore beaucoup plus, en aidant un réactionnaire à obtenir un siège au Reichstag. »

Par là le camarade Heine a prétendu que les camarades de Marbourg et tout le parti s’étaient discrédités en se conformant à une décision du parti.

La conduite du camarade Heine est d’autant plus condamnable qu’il a eu le manque de tact d’intervenir en faveur d’un de ses amis, adversaire politique de notre parti, en lui transmettant par télégraphe une note du Vorwaerts dirigée contre l’organisation locale socialiste de Marbourg.

140.Bebel, Kautsky, Singer : Modifier ainsi qu’il suit le premier paragraphe de la résolution 130 :

« Le congrès demande que le groupe fasse valoir ses droits à occuper un poste de vice-président et de secrétaire par des candidats pris parmi lui, mais refuse d’accepter les obligations de cour ou autres non prévues par la constitution de l’empire ou le règlement du Reichstag. »

141.C. Legien : Effacer dans la résolution 130 les deux mots « revisionnistes » et mettre dans le dernier paragraphe « politique de puissance mondiale » à la place de « politique mondiale » et ajouter au dernier paragraphe « et à travailler énergiquement à l’achèvement de la législation sociale et à l’accomplissement des missions politiques et civilisatrices de la classe ouvrière ».

142.J. Timm et 22 camarades : Motion de modification à la résolution 130. Remplacer dans le dernier paragraphe le passage depuis « les intérêts de la classe ouvrière » par :

« Utiliser la force infinie du principe démocratique et socialiste pour la législation actuelle. A cette fin il faut élaborer des projets de loi sur les grandes missions sociales, politiques et civilisatrices de la classe ouvrière ; il faudra y ajouter des exposés des motifs et mémoires étendus, et prendre soin d’organiser dans les masses profondes de la classe ouvrière une propagande puissante pour les propositions du moment, afin de contraindre les législateurs et le gouvernement à renoncer sur ces terrains au travail inutile de rapiéçage. Parmi les questions qui devraient être traitées en première ligne par de semblables projets de loi positifs et socialistes, il faut citer : la journée de huit heures, le droit de coalition, réforme des finances de l’empire, réforme militaire (mauvais traitements), responsabilité ministérielle, loi scolaire de l’empire, revision du droit pénal.

« Il faut poursuivre la lutte contre le militarisme et le marinisme, contre la politique coloniale et de puissance mondiale, contre toute politique douanière et commerciale par laquelle la vie du peuple serait empirée, pour l’extension et la garantie des droits du peuple dans l’empire, les États et les communes. »

143.Amendement Wurm et 40 camarades à la résolution 130 (à ajouter au paragraphe 3) : Aussi le congrès est-il persuadé, à l’encontre des tendances revisionnistes, que les antagonismes de classe ne s’affaiblissent pas mais deviennent plus aigus et déclare :

« 1. Que le parti décline la responsabilité de la situation politique et économique reposant sur la production capitaliste et refuse pour cette raison tous les crédits de nature à maintenir la classe dirigeante au pouvoir.

« 2. Que la social-démocratie ne peut pas rechercher une part de gouvernement dans la société bourgeoise. »

144.Motions de modification Stadthagen et 22 camarades :

  1. Résolution 130, dernier paragraphe, insérer après « derrière lui » : « pour éclairer aujourd’hui comme autrefois sur le but de la social-démocratie ».

  2. Résolution 140. Après « de cour », continuer ainsi : « accepter des obligations ou se soumettre à des conditions qui ne sont pas justifiées par la constitution de l’empire ».

Députés au Reichstag

PRUSSE

Haase — Koenigsberg. Fischer — Berlin II. Heine — Berlin III. Singer — Berlin IV. R. Schmidt — Berlin V. Ledebour — Berlin VI. Stadthagen — Nieder Barnim. Zubeil — Teltow-Beeskow. Peus — Westhavelland. Braun (1) — Francfort-sur-l’Oder. Koersten — Randow. Herbert — Stettin-ville. Tutzauer — Breslau-est. Bernstein — Breslau-ouest. Sachse — Waldenbourg. Kuehn — Reichenbach. Pfannkuch — Magdebourg. A. Schmidt — Calbe. Kunert — Halle. Thiele — Weissenfels. Mahlke — Flensbourg. Elm — Ottensen. Legien — Kiel. Frohme — Altona. Lesche — Lauenbourg. Meister — Hanovre. Hué — Bochum. Boemelburg — Dortmund.

(1) Braun, invalidé, a été remplacé par Bassermann, le leader du parti national-libéral.

Schmidt — Francfort-sur-le-Mein. Meist — Lennep. Molkenbuhr — Elberfeld. Scheidemann — Solingen.

BAVIÈRE

Birk — Munich I. Vollmar — Munich II. Ehrhart — Spire. Suedekum — Naremberg.

SAXE

Fischer — Zittau. Sindermann — Loebau. Kaden — Dresde. Gradnauer — Dresde. Horn — Dresde-campagne. Nitzschke — Meissen. Fraessdorf — Pirna-Sebnitz. Schulze — Freiberg. Gruenberg — Doebeln. Lipinski — Oschatz. Motteler — Leipzig-ville. Geyer — Leipzig-campagne. Schoepflin — Borna-Pegau. Goehre (1) — Mittweida. Schippel — Chemnitz. Auer — Glauchau. Stolle — Zwickau. Goldstein — Stollberg. Rosenow (2) — Zschopau. Grenz — Annaberg. Hofmann — Auerbach. Gerisch — Plauen.

(1) Goehre, ayant démissionné, a été remplacé par un socialiste. (2) Rosenow, décédé, a été remplacé par un conservateur antisémite.

WURTEMBERG

Hildenbrand — Stuttgart. Sperka — Boeblingen. Schlegel — Esslingen. Lindemann — Goeppingen.

BADE

Eichhorn — Pforzheim. Geck — Karlsruhe. Dreesbach — Mannheim.

HESSE

Cramer — Darmstadt. David — Mayence.

MECKLEMBOURG

Herzfeld — Rostock.

SAXE-WEIMAR

Baudert — Weimar.

BRUNSWICK

Blos — Brunswick.

SAXE-MEININGEN

Reisshaus — Sonneberg.

SAXE-ALTENBOURG

Buchwald (1) — Saxe-Altenbourg.

(1) Buchwald, invalidé, a été remplacé par un conservateur agrarien.

COBOURG-GOTHA

Bock — Gotha.

SCHWERIN-RUDOLSTADT

Hofmann — Schwerin-Rudolstadt.

REUSS

Foerster — Reuss (branche aînée). Wurm — Reuss (branche cadette).

LUBECK

Schwartz — Lubeck.

BRÊME

Schmalfeldt — Brême.

HAMBOURG

Bebel — Hambourg I. Dietz — Hambourg II. Metzger — Hambourg III.

Situation financière des journaux et revues

De juillet 1902 à juillet 1903 (1)

Vorwaerts :

RECETTES

Abonnements par les bureaux — 538.965,65 Abonnements par la poste — 55.266,70 Insertions — 192.853,20 Excédent de la vente des brochures par les bureaux — 1.909,30 Total — 788.994,85

DÉPENSES

Frais divers — 41.546,40 Abonnements aux journaux — 1.134,80 Feuilleton — 10.946,15 Rédacteurs — 54.947,45 Collaborateurs : politique — 30.694,10 réunions — 4.001,05 chronique locale — 13.523,35 Dépêches et nouvelles parlementaires — 5.029,15 Neue Welt — 33.100,05 Salaire du personnel — 16.011,15 Loyer — 13.247,50 Frais de tribunaux — 4.662,85 Bibliothèque de la rédaction — 1.964,30 Note de l’imprimerie — 486.547,90 Total — 716.656,20

Bénéfice : 72.338,65

(1) Toutes les sommes sont en marks.

Die Gleichheit :

Recettes — 4.682,04 Dépenses — 7.692,48 Déficit : 3.010,44 (inférieur de 1.470 marks à celui de l’année précédente).

Die Neue Zeit :

Recettes — 29.308,83 Dépenses — 36.568,89 Déficit : 7.260,06 (inférieur de 3.000 marks à celui de l’année précédente).

Der Wahre Jacob (illustré) :

Recettes — 158.671,75 Dépenses — 134.004,17 Bénéfice : 24.667,58 (supérieur de 4.643 marks à celui de l’année précédente).

Situation de la caisse du parti

Du premier août 1902 au 31 juillet 1903 (1)

RECETTES

Recettes générales — 442.055,41 Compte de prêts — 97.646,25 Intérêts — 16.041,05 Bénéfice du Vorwaerts — 72.338,65 Recettes diverses — 165,87 Total — 628.247,23 En caisse le 31 juillet 1902 — 6.786,35 635.033,58

(1) Toutes les sommes sont en marks.

DÉPENSES

Propagande générale — 67.949,57 Propagande électorale — 282.058,05 Secours — 16.252,48 Procès et prison — 2.124,10 Reichstag — 33.451,50 Rétributions et administration — 17.029,65 Compte de prêts — 103.046,17 Secours aux journaux — 31.286,58 Dépenses diverses — 1.013,78 Total — 554.211,88 Capitaux placés — 52.718,86 En caisse le 31 juillet 1903 — 28.102,84 635.033,58