Les frères ennemis
s Beta Histoire de Pantone ie oise LEQue et 000 | a) Langue et littérature allemandes… 42 b) Langue et littérature anglaises… 43 c) Langues et littératures romanes… 4h | ; I. Langue et littérature françaises … 44 ; II. Langues ei littératures italiennes et espagnoles 45 É: III. Langue et littérature provençales… 45 % IV. Langue et littérature portugaises… 46 SL d) Langues et littératures slaves… 46 Ë 9° Sanskrit et linguistique comparée… 47 ÿ Indianistes et indo-germanistes. … 47
É Philologie celtique; archéologie préhistorique; antiquités mexicaines; phonétique générale et expé-
| Deuxième section. — Les Facultés des Sciences Rs. 5 _ françaiseset les Philosophische Fakultaeten d’Alle- TÉREATE . 1h
FR 42 Landwirthschaft et Économie agraire…\ 56 Re à | Doubles emplois à Paris, et assimilations… 56, 20% Fe | Allemagne 1904. — Tableau statistique. — Facultés et
de philosophie; section des sciences mathématiques, re Ra physiques et naturelles; personnel enseignant. 58et59 2 à France 190%. — Tableau statistique. — Facultés des è 1 Sciences et Écoles spéciales; personnel enseignant. 6oet6r #0 | Chimie. 21/25..22- nice vien ace miel nee ee ere OS ne 5° Minéralogie, géologie, paléontologie… 64 Fe ÿ
ru enseignant des Facultés des Lettres et de ts 4 es Nous avons donné le bon à tirer après corrections Mt | pour deux mille exemplaires de ce neuvième cahier ÿ 1e et pour seize exemplaires sur whatman le mardi ‘4 en Ce cahier a été composé et tiré au tarif des ouvriers syndiqués LAS
Il est impossible de suivre honnêtement le mouve- _ … ment littéraire, le mouvement d’art, le mouvement politique et social si l’on n’est pas abonné aux Cahiers 5
Pour savoir ce que sont les Cahiers de la Quinzaine, il suffit d’envoyer un mandat de trois francs cinquante à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 5 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième 254 arrondissement. On recevra en spécimens six cahiers : de la cinquième série. ; 3
Pour savoir “i a paru dans les cinq premières ES séries des cahiers, 1900-1904, envoyer un mandat de cinq francs à M. André Bourgeois, méme adresse; on à recevra en retour le catalogue analytique sommaire, . 1900-1904, de nos cinq premières séries, premier cahier - x de la sixième série, un très fort cahier de XI1+40o8 pages très denses, in-18 grand jésus,marqué cinq francs.
Pour s’abonner à la septième série des cahiers, qui est la série en cours, envoyer en un mandat à M. André Bourgeois, même adresse, le prix de l’abonnement; on 5 recevra les cahiers parus et de quinzaine en quinzaine, & …_. leur date, les cahiers à paraître de cette septième série. =
Voir à l’intérieur en fin de ce cahier les conditions et EE le prix de l’abonnement.
Nous mettons le présent cahier dans le commerce; neuvième cahier de la septième série; un cahier jaune … … de XXIV + 108 pages; in-18 grand jésus; nous le 5
les frères ennemis
paraissant vingt fois par an | 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée
Nous avons publié dans nos éditions antérieures et nes dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un Si ; : grand nombre de documents, de textes formant dos-. à du
7e si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles, ; PRE romans, drames, dialogues, poèmes et contes; — un HU
A si grand nombre de cahiers d’histoire et de philoso- EUR phie ; et ces documents, renseignements, textes, dos Na
, siers et commentaires, ces cahiers de lettres, d’histoire 1
î et de philosophie étaient si considérables que nous ne #4 pouvons pas songer à en donner ici l’énoncé même le. À plus succinct; pour savoir ce qui a paru dans les cinq 13 |
: premières séries des cahiers, il suffit d’envoyer un man- He | dat de cinq francs à M. André Bourgeois, administraæ ta , teur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, ra VAS
Paris, cinquième arrondissement ; on recevra en retour 10e
| le catalogue analytique sommaire, 1900-1904, de nos fe ÿ Ce catalogue a été justement établi pour donner, : 4
2 autant qu’il se pouvait, une image en bref, un raccourci, ; #4 une idée, abrégée, mais complète, de nos éditions anté- …— rieures et de nos cinq premières séries ; tout y est classé
dans l’ordre ; il suffit de le lire pour trouver, à leur FA
place, les références demandées. NY
Ce catalogue, in-18 grand jésus, forme un cahier NE très épais de XII+-/08 pages très denses, marqué cinq …
ë francs ; ce cahier comptait comme premier cahier de la : À ï - sixième série et nos abonnés l’ont reçu à sa date, le A 2 octobre 1904, comme premier cahier de la sixième Ê | série; toute personne qui jusqu’au 31 décembre 1905 À ÿ - s’abonnaiït rétrospectivement à la sixième série le rece- à _ vait par le fait même de son abonnement, en tête de la ; À série; nous l’envoyons contre un mandat de cinq francs Re _ àtoute personne qui nous en fait la demande. 3 k Pour amorcer tout travail que l’on aurait à commencer ï dans notre premier catalogue analytique sommaire, consulter le petit index alphabétique provisoire que nous ë avons établi de ce catalogue analytique sommaire. * fi Ce petit index alphabétique provisoire, in-18 grand 4 Jésus, forme un cahier très maniable de XII + 60 pages À 4 très claires, marqué un franc; ce cahier comptait NE : comme premier cahier de la septième série et nos L à abonnés l’ont reçu à sa date, le premier octobre 1905, ! KL: comme premier cahier de la septième‘série; toute fr personne qui s’abonne à la septième série, qui est la . série en cours, le reçoit, par le fait méme de son abonne- UT: \i ment, en tête de la série; nous l’envoyons contre un ‘ | He mandat de un franc à toute personne qui nous en fait | jh la demande. | “ae Pour la sixième série, année ouvrière 1904-1905, et è 5% en attendant que paraisse le catalogue analytique sommaire de nos deuxièmes cinq séries, 1904-1909, on Dr peut consulter, — provisoirement, — la petite table RUES ( 1 . analytique très sommaire que nous avons publiée en fin A de ce cahier index. 4
a en vente à la librairie des cahiers | Me: fs Jérôme et Jean Tharaud, — Le Coltineur débile : 41130 % VÉchafaudage, la Merveille, sur les routes, la PPT Par
de Détresse>. 11700000 2% deux francs 0 ces RTC Dingley, Yillustre écrivain… un franc 140 4 te premier Cahier de Noël; cinq contes : du moine G ‘Te Fe qui voulut voir Notre Dame; l’image; les trois D. rs roses de Notre Dame Sainte Marie; du cierge qui LR ETS 3 vint se poser sur la viole de Pierre de Syglar; du £ De &
clere qui priait Notre Dame pour sa luxure, un franc 196 ETS pres
74 Henri Lebeau, Jérôme et Jean Tharaud, — Moines de APE 4, Jérôme et Jean Tharaud, — les hobereaux, — histoire ë 2 F5 HS vraie; — et trois annonces d’éditions chez Pelletan.. _ si ñ un franc Re 5 — — Contes de la Vierge, dans le deuxième Hu SPS È a Cahier de Noël, où sont les trente reproductions ST 5 __ d’œuvres : Renaud lutte avec les mauvais anges; la #7 1 2 STE |: Vierge aux colombes, — ou la Vierge ennemie £ MARS)
d’orgueilleuse vertu; les trois ducats; la Vierge aux 1 ANT
Wa voleurs; la Vierge aux oiseaux; celui qui fit pleurer FES Le £ la rose; la jongleresse qui fut en danger d’être VE A Ÿ noyée; la statue de Dionysos … vingtfrancs Lie
DR les frère D
M vint s’établir à Genève dans les premières années du seizième siècle. Sa femme étant morte en couches après avoir mis au monde un garçon, il emporta le nouveau-né hors des murs et ne dit à personne ce qu’il avait fait de l’enfant. A quelques mois de là, il épousait en secondes noces la fille d’un bourgeois de Fribourg, qui lui donna un autre garçon. Et cette fois encore, aussitôt que sa femme fut accouchée, il commanda de seller son cheval, et, son fils chaudement roulé dans son manteau, il sortit de la ville.
4 Ê Jérôme et Jean Tharaud 37 N SR / On imagine le désespoir de la jeune accouchée k 4 quand messer Guido revint à la maison sans ramener ; ? l’enfant. Elle pleura, gémit, accabla son mari de : ” questions et de reproches. Le banquier, impassible, l’assura que son fils était en de bonnes mains et - refusa de s’expliquer davantage. ë FA Comme si d’avoir été dépossédée de son fils avait | tari en elle la source de la vie, la femme du Padouan HU n’enfanta plus. Cependant le banquier faisait de fréquents voyages loin de Genève, et quand il rentrait à la maison, il ne manquait guère de dire : | — Barbe, j’ai vu votre fils: il est beau et gaillard. | On ne peut voir plus bel enfant. Avec une curiosité insatiable elle s’informait de k la couleur de ses yeux, et s’il ressemblait à un enfant de Fribourg ou de Padoue. | — Il ressemble à un ange, répondait messer Maisil remarquait non sans tristesse que jamais et elle ne s’inquiétait du garçon qu’il avait eu de son L : Souvent elle suppliait son mari de l’emmener dans | i un de ses voyages; il refusait toujours, alléguant J î û
l’insécurité des routes, dangereuses même pour les : N., postes du roi de France. & Or, un matin que Guido Moroni surveillait le à barnachement de son cheval, il dit à sa femme : : 1 — Barbe, vous aurez ce soir une grande joie. de À ces mots elle se réjouit grandement, car elle ne 4 douta plus qu’elle allait voir son fils, et tout le ae reste du jour, elle occupa sa pensée et ses mains à En. préparer la chambre de l’enfant. # Messer Guido revint à la tombée de la nuit. Deux à petits garçons l’accompagnaient. De quel regard RS: Barbe Moroni les enveloppa tous les deux ! Lequel S était son fils? Ils ressemblaient l’un et l’autre au 4 Padouan et on eût pu les croire nés de la même ne femme. Elle interrogea des yeux son mari, qui se (or contenta de sourire. hé — Merci, dit-elle, d’avoir tenu votre promesse; h mais, je vous prie, lequel de ces beaux garçons est VERS — Je m’étonne, répondit le banquier, que vous ÿ n’ayez pas encore deviné les raisons de ma conduite. . fs Si je vous ai sevré de votre fils, ce n’est ni cruauté, f? ni fantaisie, mais plutôt prudence et bonté. Savez- es
Jérôme et Jean Tharaud AE à
AL vous rien de plus triste qu’une enfance sans caresses ? 3 Fi Je n’ai pas voulu que le premier né de mes fils à ñ ignorât la douceur des baisers maternels. Donc, | votre amour, s’il vous plaît, ne distinguerapasentre , nos deux enfants. Ils sont, au même’titre, vôtres. Barbe Moroni resta quelques minutes sans voix : Eu — Ah! s”écria-t-elle enfin, vous êtes barbare ! A | sa naissance, vous m’avez enlevé mon fils. Je l’ai j enfanté dans la douleur, et je n’en ai pas joui. Vous m’annoncez enfin que vous allez me le rendre! Et vous me poussez deux inconnus dans les bras et ) vous me dites : « Choisis! » — Je ne vous dis pas « choisis ». Je vous demande 5 de les aimer également tous les deux. | — Mon fils ! dites-moi quel est mon fils ! ; | Elle avait saisi son mari par le col de son manteau et le suppliait âprement. 4 Le banquier lui prit les mains et répondit, du ton dont il discutait avec les marchands : ; — Laissez ces cris, ma bonne. J’ai tenu plus que ; mon serment. J’avais promis de vous ramener un enfant. Je vous en ramène deux. De quoi vous plai- 3j gnez-vous ? L
UELQUE temps, Barbe Moroni espéra que la O voix du sang lui crierait celui qui était la chair de sa chair. Maïs la nature fut muette. En vain, cherchait-elle une révélation dans les paroles, dans les yeux, dans les gestes des enfants. Un jour, elle croyait retrouver son regard dans celui de Jean-Baptiste ; un mouvement d’Ami lui donnait aussitôt une certitude contraire. C’est pourquoi la tendresse dont elle enveloppait les garçons était changeante et soudaine comme ses pensées. Elle , ne cessait de tourmenter le Padouan pour qu’il lui livrât son secret, mais il restait impénétrable. Un temps, ses affaires périclitèrent ; il les rétablit par un excès de travail qui compromit sa santé; Barbe mit à profit cette faiblesse et, s’asseyant, un soir, | au chevet de son lit : — Mon très bon, mon très doux seigneur, voici » 3 13
ï Jérôme et Jean Tharaud FR ‘1 déjà quatre ans passés que vous m’avez présenté ; 4 nos garçons. Dieu vous bénisse pour la joie que fc vous me fites! Je les chéris, sur mon âme, autant ï l’un que l’autre, et vous me rendrez cette justice É que j’ai toujours partagé entre eux, par égale moitié, eu la brioche. Ne me ferez-vous pas enfin la grâce de ca Là me dire qui, de Jean-Baptiste ou d’Ami, est mon ï is fils? Je vous jure, par mon salut éternel, que je continuerai de ne pas les distinguer dans mon s | Messer Guido arrêta sur sa femme son regard ni — Puisque vous ne vous lassez point, lui dit-il, # | de me tourmenter nuit et jour, vous allez être satis- A ce moment la porte s’ouvrit et Jean-Baptiste | ‘ — Voici votre fils, dit messer Guido. F Elle se jeta sur l’enfant, le dévora de baisers. Comment n’avait-elle pas vu que Jean-Baptiste était sa vivante image? N’avait-il pas ses dédains, ses colères muettes, cet amour natif des prières, des méditations et des choses de l’âme ? Ami était le fils |
ÿ: de l’étrangère ; il tenait de l’autre femme sa violence, | ê sa légèreté, son goût des objets riches et brillants, cette sensualité italienne qui éclatait déjà dans ses yeux. Jean-Baptiste eut toute son âme, toutes ses pensées, tout son cœur. { | En apparence, Barbe Moroni avait, pour les enfants, les mêmes soins; un étranger aurait pu croire qu’elle ne distinguait pas entre eux, mais le banquier sentait une différence infinie dans les baisers qu’elle donnait à ses fils. Ami souffrit de ne plus être aimé; c’était un tempérament câlin, dok miné par les signes de Saturne et de Vénus; il fut pareil à une fleur qui se replie quand vient la nuit. L’antipathie instinctive qui divisait les deux frères | fut accrue chez l’un par l’orgueil d’être le plus aimé, chez l’autre par la jalousie et la déception, tellement | ù que le Padouan ne put supporter plus longtemps | l’injustice de sa femme. | — Vous vouliez connaître votre enfant, lui dit-il, j’ai fait une épreuve. Elle ne vous a pas été favorable. Quand vous me suppliez si ardemment, 1 l’autre soir, de vous nommer votre fils, nous avons va 1 entendu des pas dans le couloir et je me suis dit
à cpu Jérôme et Jean Tharaud ‘5e en moi-même : « Quel que soit l’enfant qui vienne N ouvrir la porte, je dirai : Cet enfant est le vôtre. à ne Or ce fut Jean-Baptiste qui ouvrit la porte etje 1 fe vous dis : « Voici votre fils. » Mais la vérité vraie, a vous ne la connaissez pas. US È Barbe baissa la tête et pleura. Elle se reprità “4 chérir Ami avec une passion d’autant plus vive 4 qu’en lui dérobant, un temps, sa tendresse, elle | redoutait de s’être volée. Cependant, en dépit de à l’équité des baisers maternels les enfants conti- di 4 nuèrent de se détester et, à mésure qu’ils gran- tk ta de raisons précises de haine. | te
Ls vivaient librement dans les rues d’une Genève
Il joyeuse, libertine et guerrière. C’était le temps où surgissaient dans la ville les premiers Annonciateurs de la Réforme, gais et hardis messagers. Charme de tous les printemps ! Aube de la liberté ! Saint affranchissement de l’âme! Enivrement spirituel qui se confondait chez les fils du Padouan avec l’ivresse de leur jeunesse ! Ils furent les premiers fidèles de ce Froment qui avait jeté cet appel sur
les murs de Genève :
« Il est venu homme en cette ville, qui veut ensei- | gner à lire en français, dans un mois, à tous ceux et celles qui voudront venir, petits et grands, hommes et femmes, même à ceux qui jamais ne furent en | école; et si, dans le dit mois ne savent lire et écrire, | ne demande rien de sa peine. Lequel ils trouveront \ en la grande salle de Boyttet, près du Molard, à
Ki Jérôme et Jean Tharaud M. f maladies pour rien. » $ È Affections de l’âme et non du corps, que guéris- | | sait Froment, avec le seul baume du pur Évangile. Et ül n’ouvrait d’autre livre que le livre de son cœur. Homme brave et bon compagnon, prêcheur clandestin qu’abrita longtemps la discrétion des foyers domestiques ! Prêcheur de cheminée ! Un jour vint où les maisons furent trop étroites pour enfermer l’âme de Froment; elle se répandit par les rues et n° les carrefours, et l’on n’entendit plus dans Genève 4 que les cris des prêtres et des femmes enragés contre le prêcheur d’idées nouvelles : « Au Rhône! | Au Rhône! Tue! Tue! » Fuite des Luthériens entre | les échoppes où les chanoines vendaient des indulk gences et logeaient leurs mules; abri précaire du x ghetto ! Triste hospitalité du quartier des belles filles, — asile peu sûr, car des Madeleines impé- | | nitentes y retenaient toujours dans leurs bras quelques chanoines si blessés de Vénus qu’ils semblaient proprement revenus de la guerre. Courses nocturnes sur le lac! Rude accueil des montagnes! Ami, tantôt faisait le guet, tantôt servait de gaide, ;
ee rame. Un amour ingénu des coups, ne
A que des sermons, l’engageait dans la suite du out nouveau prophète; il était tour à tour le lac 10 aus voluptueux ou le Rhône héroïque ; il avait la gaieté ER %, __ batailleuse de Genève, la ville des seigneurs et des AE _ riches marchands, des filles et des auberges, la “à _ Vierge folle de son corps. “ A À Son frère demeurait dans sa chambre, lisant les Le Écritures et prêchant les serviteurs à qui son humeur #i) pan triste inspirait un étonnement mêlé de crainte. | ire Barbe Moroni leur partageait son cœur. 404
R, les gens de Genève inclinaient chaque jour plus à l’Évangile et, cette année-là, on proclama à son de trompe une grande dispute théo- L. logique, devant la Seigneurie, entre Papistes et Luthériens. Au cœur même de la Cathédrale, les R
- prédicants soutinrent que la messe ne servait pas au salut, que c’était idolâtrie d’adorer les images et autres inventions humaines, que les saints ne sont pas nos avocats, que les traditions papales étaient pernicieuses, que le salut ne se vend pas, mais que le sang du Christ avait assez coulé pour racheter U tous les péchés du monde et que Dieu, notre père À céleste, promettait à chacun le pardon de ses fautes, ke sous la condition d’une foi sincère. Les prêtres dirent qu’ils ne savaient rien répondre, : | mais qu’ils étaient simples, qu’ils avaientaccoutumé de vivre comme leurs pères leur avaient appris, et
qu’ils croyaient fermement que le précieux corps de Jésus-Christ, en chair et en os, était en l’hostie autant que dans le ventre de la bienheureuse Vierge Marie et sur l’arbre de la vraie Croix; ils suppliaient qu’on les laissât vivre dans le service où ils avaient été ci-devant, et, s’ils avaient commis des fautes, ils
Alors tout le. monde s’écria :
— Ce sont consciences de renard qui se confessent d’avoir abattu la rosée avec la queue en passant parmi les prés, mais non pas d’avoir mangé la volaille du pauvre homme!
Les prêtres restèrent confondus. Les enfants euxmêmes les huaient! Ami menait le branle. Ce fut un beau massacre. On déniche les Christs, les Vierges et les Saints. N’est-il pas écrit dans la Loi : « Tu mettras bas les idoles par toute la terre » ! Mille supercheries papistes imaginées depuis des siècles furentdévoilées en une heure. Le crâne de saint Pierre n’était qu’une pierre ponce; la voix de saint Pantaléon, un courant d’air dans un tuyau de grès; on découvrit dans les sacristies les écrevisses quele
\ bedeau lâchait, la nuit, par l’église, des chandelettes
_ allumées sur leur dos, pour faire accroiïre aux gens Fe 4 WE simples que les âmes du purgatoire venaient ré- À HR clamer des messes. Ami enlève au tabernacle les “GR ED hosties consacrées, et les jetant à son chien Barbet : por d ii 19 « Si ce sont vrais dieux, elles ne se laisseront pas HA. manger par mon chien! » Les dalles des tombes :c furent descellées : on les donna aux lavandières, Ne et les trois pierres d’autel furentréservées, pour son és gibet, à Monsieur le bourreau. 247108 4 On remit les églises aux prêcheurs. Les offices de Es Rome ne se déroulèrent plus dans leur pompe
PUS dorée. Des murs nus, une grande ombre, une . 4 Ka à foule en deuil, quelques flambeaux, un homme dans $ à : 54 une chaire. Ce fut l’Eglise réformée. PLATS % Les prêtres et les moines furent chassés de la ville; les nonnes les suivirent, accompagnées 4 ‘at jusqu’aux portes par les Syndics et les Sei- .
pe gneurs qui les menèrent à leur bras, comme des 14 :
EULE, de toutes les religieuses de Genève, Marion de Penneroz, fille d’un petit seigneur : savoisien, voulut demeurer dans la ville. On la crut conquise au culte nouveau; mais les pieuses per- | | sonnes qui s’intéressaient à son âme furent bientôt a désabusées. Ayant été trois mois la maîtresse du +00 Prince-Evèque, elle était initiée à toutes les déli- D catesses de la volupté. Pourtant elle n’avait encore ï jamais aimé. Quand la destinée fit passer Ami sur APE 1 son chemin, elle frémissait comme une fleur qui , | guette le pollen dans le vent. Il la rencontra dans ie une compagnie de jeunes hommes et de femmes. À | Aussitôt éclatèrent les bourgeons de la forêt endor- 4 4 mie de son cœur. # | Les trompettes et le tambour purent sonner et battre, la nuit, appelant les citoyens aux remparts, \ quand Ami tint Marion dans ses bras, il oublia |
Jérôme et Jean Tharaud LR. ! les querelles des églises, les dangers de la patrie, la défense de la liberté. e Or, un soir que, penché sur elle, il cherchait dans les yeux de sa maîtresse le mystère que les femmes ne livrent jamais, sans doute parce qu’elles ne le possèdent pas, un homme entrait dans la ville, fuyant les bûchers de France. Calvin allait à Bâle. Il s’arrêta à Genève pour y dormir une nuit. Il | y demeura sa vie. Dans son manteau de fugitif, = il cachait les rêves des Flandres maussades, les | colères de l’Allemagne, la logique des juristes de France, une morale sans grâce, une foi nouvelle, un monde soumis à la fatalité, un dieu inflexible et dont on ne comprenait pas la justice. Genève était la ville des danses, le soir, devant les portes, des chansons, des auberges, des brocarts, des soies, des draps d’or, une foire, une fête continuelle, — embarquements sur le lac, festins aux flambeaux, innombrables filles de joie, Cythère sur la route des marchands italiens, allemands, français, flamands, turcs, arabes, qui s’y rencontraient pour le commerce et l’amour. Sous la main décharnée du Picard, elle devint un séminaire de martyrs, le
cœur des églises réformées. Dans ces sublimités, - elle oublia la joie de vivre et la grâce. Le visage | qu’elle penche sur les eaux vives de son lac perdit le sourire. Par ordre de la Seigneurie, interdites les chansons et les danses lugubres et vaines, les draps magnifiques tissés de péchés, les chausses chapelées, les modes absurdes et charmantes ; fermés au bourgeois de Genève, l’Écu d’argent, la Cloche renversée, la Table ronde, le Flacon d’or, l’Aigle noir, l’Échiquier, le Mouton blanc, la Sardoine, le Vairgris, la Renarde, la Sirène d’écume, nobles auberges, tavernes chères aux francs buveurs ; espionnées les boutiques des apothicaires, rendez-vous des | oisifs, des politiciens et des gourmets autour des oublies au musc, des flacons d’hydromel et d’hypocras ; déchue de sa royauté, plus vieille que celle du roi de France, la Regina majoris ordinis civitatis genevensis, préfète du quartier des filles. Trois cents ribaudes furent expulsées, en un jour, de la ville. Huit traits de corde pour tout bourgeois qui vivrait en concubinage. Les rues, où ne passaient ( que des gens vêtus de noir, résonnaient du chant des psaumes, des tambourins et des trompettes.
, RUES Jérôme et Jean Tharaud le HE _ Genève attendait, à toute heure, l’assaut des puise 20 sances papistes. Mais Dieu faisait le guet. : A: Jean-Baptiste aimait cet homme toujours mou Ne. rant, cette ombre de corps, ce jardinier mystique :
qui greffait sur les âmes les roses du sacrifice. Il ln à
a: respirait dans sa doctrine des soufiles venus du 2 Nord, les fleurs desséchées de la discipline inté ÿ : ê rieure et Calvin lui dispensait en retour cette ten- “es #0 dresse ardente et glacée qu’il réservait à ses dis- 1e ASS ciples, — graine mystique qu’il semait à tous les 3 vents du monde pour la propagation de sa foi, et 4 F d’où levaient des moissons. è de Mais son frére exécrait dans le dur régent de sa £ ÿ patrie l’homme qui aurait tenaillé les seins mêmede F i Vénus. La nuit, avec de gais compagnons impatients pa: de la tyrannie, il courait les rues, rossant quelqu’un 4 de ces Français dont la religion fanatique corrompait Fs 4 la gaie tradition de Genève; il lui tirait la cape des à É épaules ou bien, dans la ruelle déserte qu’éclairait k à la pâle lueur de la lampe de Calvin, il chantait : : % Vers toi, Marion, mon cœur monte! X
- en dérision du psaume de Marot : * HS “4 Vers toi, mon Dieu, mon cœur monte! . vi “4
4 i Sa mère redoutait pour lui les châtiments que 5 à la Seigneurie réservait aux libertins. 4 à Le conseiller Pierre Ameau avait dû faire amende à À _ honorable devant la maison de ville, à genoux, tête 1 4 nue, une torche au poing, et confesser à claire ü À et haute voix que, contre Dieu, vérité et raison, 5 à il avait soutenu que maître Jean Calvin, ministre 5 ; : ‘Re de l’Église de Genève, annonçait une fausse doc- M: ; trine en la dite ville, qu’il en criait merci à messei- 0: gneurs de la justice, de même qu’au dit sieur Calvin. | à Un autre familier d’Ami, accusé d’avoir écrit un ‘ livre plein d’exécrable malice où il traitait Moïse de sorcier, David, les Prophètes et les Apôtres de ” | 3 séducteurs, eut la tête lancée. de dessus les épaules ds au lieu dit du Champel, et son corps fut cloué à la 7 à porte Baudet, la tête entre les jambes. 3 | __ Jean-Baptiste reprochait à son frère de damner ; 2 son âme avec une femme doublement maudite, è _ courtisane et papiste, mais l’autre répondait : 34 4 —Tu as trop écouté maître Calvin. Il y a des si À paroles qui consument. Tes oreilles sont fermées au à plus beau chant de la vie ; tu ne peux pas entendre F.
g la musique de mon cœur. \
R il arriva que le jour de Pâques, lorsque 3 O dans Saint-Pierre Ami s’approcha pour la É | communion, Calvin lui refusa la Cène comme à un l impie et un luxurieux. Abandonné de Dieu, Ami ; courut chez sa maîtresse. « à La nuit tombait sur eux, étoilée comme leur cœur. } Saint-Pierre, accroupi dans le troupeau des maisons brunes, pareil à un berger enveloppé d’une mante À ! usée par les pluies, les couvrait de son ombre, et | ils se serraient l’un contre l’autre, les lèvres jointes ; et les membres mêlés. Le lendemain, cinquante filles demeurées dans Genève furent chassées de la ville. Elles restèrent 1 exposées deux heures sur la place du Bourg du Four, | | en chemise, mitrées, le bras levé, le poing lié au barreau d’une échelle. Au milieu des ribaudes, Ami | reconnut sa maîtresse : tout le sang de sa vie reflua £
| dans son cœur. Elle avait la tête tournée vers lui et semblait le voir; son corps se tourmentait sur l’échelle : rage, humiliation, désir de cacher aux regards de cette foule hypocrite une beauté réservée à un seul. Les petites gens de Saint-Gervais, des corroyeurs, des bateliers, se ruèrent sur le guet; ‘: Ami s’élança à la rescousse. On les dispersa dans les ruelles de la Fusterie. Ils se rallièrent, revinrent à l’assaut ; les filles n’étaient déjà plus sur la place ; les hallebardiers les poussaient vers la porte Baudet. $ Ami courut après sa maîtresse. Quand il arriva au rempart, la herse s’était levée sur la dernière +
Pour voir encore une fois Marion, il monta dans
la tour de Saint-Pierre, jusqu’à la chambre vide des | cloches. Au loin, les exilées s”égrenaient sur la route, vers la frontière de France. Il cherchait en vain à distinguer parmi elles un corps qu’il connaissait
| si bien. Le jour n’était plus retenu que par des anneaux de rubis et d’émeraude aux aiguilles des
À glaciers ; la nuït et la douleur engourdissaient son
courage, et il lui semblait qu’une rose s’effeuillait
À dans son cœur.
Re Jérôme et Jean Tharaud , ou 6 PACS Soudain le chant d’un psaume monta vers lui. _ Fa Ils chantaient, les bourreaux de Marion ! Ivre de fureur, il dégringola l’escalier de la tour. Dans É. l’église, qui s’était emplie de fidèles pour le prêche à 4 du soir, Calvin, malade, commençait à parler. Jean- BE ‘4 Baptiste l’écoutait, assis à ses pieds. Ami fonça sur “4 pe le dominateur de Genève et, tirant l’épée : 48 5 — Scribe et pharisien hypocrite, sépulcre blan- dr 25 Il n’en dit pas plus long. Son frère, d’un coup U d’épée dans la gorge, l’étendit sur les dalles. 2% À: Dans la nuit, le meurtrier frappait à la porte de # Dei) Calvin. Le maître et le disciple se regardèrent longY: temps en silence. 154 À : — Où vas-tu? demanda Calvin. ‘4 pe Jean-Baptiste cita les champs les plus féconds de “4 D martyrs : la France, la Hollande, l’Écosse. Calvin À _ attira la tête de son disciple sur sa houppelande el. fourrée; Jean-Baptiste sentit sur ses joues la caresse à de cette barbe qui se tordait au menton de Calvin 2 Fr comme une flamme. Li 5 La même nuit, il sortait de Genève par cette _ Bu porte Baudet où étaient passées les ribaudes.
on partait seul, sans manteau, sans argent, sans : 1 tu bâton, avec, pour tout réconfort, l’Evangile et les ne #3 L serait vain de rapporter ici la douleur de 1 Nb A Barbe Moroni quand on lui ramena un corps AU inanimé et qu’on lui apprit le nom du meurtrier. FER 5h Du mort ou du vivant, lequel avait-elle porté? Mais lorsque le Padouan voulut lui révéler son _ secret, elle refusa de l’entendre, disant : 40 0 — Je veux bien pleurer, mais je ne veux pas ES
| EAN-BAPrisTE fut l’apôtre des Cévennes déso- | | J lées. La prière qui monta vers Dieu des landes cévenoles et des bois de châtaigniers, les psaumes ; de Marot furent appris sur ses lèvres. Il était le sel, l’esprit vivifiant de cette terre, le feu qui court, | la nuit, dans les campagnes désertes, la voix qui | murmurait aux oreilles des bergers dans le vent : | A toi, mon Dieu, mon cœur monte ! 1 Toujours fuyant devant les gens du roi de France, les pâtres le cachaient dans leurs huttes, les charbonniers dans leurs ventes, les paysans dans leurs Un soir, les archers du Roi entourèrent la ferme qui lui donnait asile; il put s’enfuir dans un champ d’avoine, et, un moment, il se crut sauvé; mais un À oiseau, voyant une proie dans cet homme immobile, . le dénonça aux archers en traçant dans l’air, au- ;
dessus de sa tête, des cercles d’un vol étouffé. Ils
; entrèrent dans le champ : on le prit au gîte, comme un lièvre, le hardi Annonciateur de la parole de
n Guido Moroni et sa femme ignoraient le destin de leur fils. Le jour de Noël, ils se rendirent au prêche dans Saint-Pierre. Calvin, les joues creusées de rides, la bouche amère, le front et les tempes serrés dans sa calotte noire, lisait, de sa voix toujours puissante, les nouvelles qui lui étaient parvenues de ses églises : énumération monotone de martyres, — büûchers, femmes enterrées vives. Puis il se tut. On crut qu’il avait épuisé le martyrologe; un soupir sortit de toutes les poitrines; mais après un | long accès de toux il reprit sa lecture et il raconta le supplice de Jean-Baptiste Moroni, brûlé vif aux Dans les derniers rangs des fidèles, une femme
__ poussa un cri. Une sombre terreur saisit la foule assemblée. Alors une voix s’élança :
| A toi, mon Dieu, mon cœur monte !
| Et l’église, soulevée, bondit au ciel surce dl bant
__ Quand Guido et Barbe Moroni furent rentrés dans leur maison vide, le Padouan dit à sa fl SLT
70 C’est trop de deux enfants à pleurer; au M vais-je vous dire lequel était le vôtre. 1 La 5:
104 Barbe Moroni lui prit les mains : NS D: — Gardez votre secret, dit-elle, ils ne sont plus __ qu’une flamme dans mon cœur. FRIC
Vient de paraître : Re
In-4° & in-8°, imprimé par Lahure, tirage à la presse à bras, 14 Deux exemplaires, — N° 1 et 2, — sur whatman, contenant Fe Yun tous les dessins originaux; l’autre un dessin original Es sur chacun des faux titres, plus une double suite d’épreuves “à ë 12 exemplaires, — de 3 à 14, — sur japon ancien, contenant ; a une collection d’épreuves d’artiste de toutes les gravures, ne _ 25 exemplaires, — de 15 à 39, — sur chine, au prix net à #4 _ 186 exemplaires, — de 4o à 225, — sur vélin à la cuve des ne. Ë Il sera tiré en outre : ar Le 5 collections d’épreuves d’artiste signées, sur japon, au j k _ 10 collections d’épreuves d’artiste signées, sur chine, au it
En outre, Jérôme et Jean Tharaud collaborent assez < régulièrement, chez Pelletan, à l’Almanach du Bibliophile. <
Paraît en outre régulièrement chez Pelletan, et en k vente à la librairie des cahiers, sa :
Bibliothèque sociale et philosophique
Came MoniEr. — Résumé de Sociologie.
Emize CoRRA. — La Philosophie positive.
— Les Devoirs naturels de l’homme.
| — Pour le Prolétariat, 2 volumes.
Pour paraître successivement :
Emice CorrA. — L’Education positive.
CAMILLE MonIER. — Exposé populaire du Positivisme.
DescaRTEs. — Discours de la Méthode.
D’HozBAcx. — Catéchisme de la Nature.
AuGustTe ComTte. — Discours sur l’Esprit Positif.
D:° Pauz Duguisson. — La Morale théorique.
Il est tiré, de chaque ouvrage, quelques exemplaires à réimposés et numérotés, sur papier de Hollande.
rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. < Nos Cahiers sont édités par des souscriptions mensuelles régulières et par des souscriptions extraordinaires ; la souscription ne confère aucune autorité sur + À la rédaction ni sur l’administration ; ces fonctions Nos Cahiers paraissent par séries; une série paraît dans le temps d’une année scolaire, d’une année ouvrière, d’octobre-novembre à juin-juillet ; l’abonnement se prend pour une série. | On peut souscrire cet abonnement à tout moment de l’année, mais l’abonnement ainsi souscrit est, de droit, valable pour la série en cours, et pour toute cette série. Prix de l’abonnement, pour chaque série annuelle pendant le cours de cette série : naire… } Autres pays de l’Union postale uni- Abonnement sur whatman… cent francs pour tous pays Les exemplaires sur whatman, tirage non réimposé, sont numérotés à la presse et imprimés au nom du souscripteur ; le tirage à part sur whatman a commencé de fonctionner au premier janvier 1906 ; les inscriptions pour cet abonnement particulier sont reçues en À tout temps et reçoivent un numéro d’ordre déterminé automatiquement par le rang même qu’elles occupent dans l’ordre de l’arrivée, les numéros les plus bas venant naturellement aux inscriptions les plus anciennes; c’est | ce numéro d’inscription qui devient automatiquement le _ numéro du tirage réservé à chacun des souscripteurs ; l’édition sur whatman est strictement limitée au
, Pour tout changement d’adresse envoyer soixante + centimes, quatre timbres de quinze centimes. : Nous engageons nos abonnés de certains pays à nous demander un abonnement recommandé ; tous les cahiers de l’abonnement recommandé sont empaquetés à part et : recommandés à la poste ; la recommandation postale. : _ . comportant une transmission de signature, garantit le destinataire contre certains abus; pour cette recommandation, pour tous pays, en sus, cinq francs. i Automatiquement et sans augmentation de prix les exemplaires sur whatman sont tous recommandés et envoyés aux souscripteurs dans des enveloppes-sacs. L’abonnement ordinaire cesse de fonctionner pour chaque série au plus tard le 31 décembre qui suit l’achèvement de cette série; ainsi du premier octobre au 31 décembre 1905 on pouvait encore avoir pour vingt francs les dix-sept cahiers de cette sixième série complète. A partir du premier janvier qui suit l’achèvement d’une série, le prix de cette série est porté au moins au total des prix marqués; ainsi à dater du pre- ; mier janvier 1906 la sixième série complète se vend Adresser à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, à cinquième arrondissement, toute la correspondance sans aucune exception. N’oublier pas d’indiquer dans la correspondance le numéro de l’abonnement, comme il est inscrit sur l’étiquette, avant le nom. Nous ne répondons pas des manuscrits qui nous sont envoyés; nous n’accordons aucun tour de faveur pour la lecture des manuscrits; nous ne lisons les manuscrits qu’à mesure que nous en avons besoin ; les œuvres que nous publions appartiennent aux cahiers, du seul fait de cette publi- | cation, en toute propriété littéraire, sans aucune réserve, ; et sans autre signification ni contrat; les manuscrits ; non insérés ne sont pas rendus.
Si j’avais quelque souci de ma réputation littéraire, je à me garderais de mettre de ma prose après un conte des b Tharaud. Mais je n’ai aucun souci de ma réputation Il faut d’ailleurs que je me dévoue. Les contes et nou4 velles ont toujours, par leur nature même, une certaine } incompatibilité de voisinage. Mais les contes et les nou- % velles de Tharaud ont une sorte de force brève et de , - brièveté forte telle qu’elle ne supporte absolument plus : aucun voisinage. Ou plutôt c’est le voisinage qui ne la 4 supporte pas. Parce qu’elle est mortelle pour ce voisinage. Toute prose paraît faible et plate ou plutôt devient réellement faible et plate après la prose de ces | à Ces contes et nouvelles sont même si marqués, ils ont Wu chacun une force brève, une brièveté forte si personnelle et si originale qu’ils ne peuvent pas même voisiner , entre eux. L’une fait tort à l’autre, et je préviens les \ éditeurs futurs qu’il serait extrêmement difficile de faire L avec les Tharaud un volume de trois contes. Ces p contes-ci ont chacun une personnalité, une originalité si
marquée, si impérieuse, qu’elle n’admet pas même ë le partage, avec nulle autre, du papier du même volume, qu’ils ne peuvent coucher ensemble sur le papier du même volume. ; Il faut donc se résoudre à n’en mettre qu’un dans un cahier et à lui donner le titre et le commandement suprême du cahier. Mais comme il est vrai d’autre part que cette force est brève, et comme il faut pourtant qu’un cahier ait un certain nombre de pages, pour qu’il fasse un dos chez le brocheur, pour qu’on puisse avoir imprimé un titre sur ce dos, en un mot pour que le cahier ait un peu de main, je me vois contraint de publier de la prose française après ce conte de Tharaud, et comme il ne faut jamais sacrifier personne, que soi, : je ne vois guère à mettre ici que de la prose, ordinaire, | de gérant. C’est ce qu’il y a de plus prudent aussi, car entre de la prose littéraire et de la prose littéraire une comparaison s’établirait forcément, qui serait désastreuse pour la deuxième. Tandis qu’il ne peut s’établir 1 aucune comparaison entre de la prose littéraire et de la prose de gérant, ni par suite se produire aucun désastre pour le gérant. Comme réserve dernière, et pour ne point avoir à sauter une cascade trop brutale, par simple mesure d’hygiène intellectuelle ne pas lire le même jour le conte qui précède, et les gérances qui suivent. De même qu’il faut avoir une automobile ou aller à pied, comme je fais, de même il faut écrire comme Tharaud, | ou écrire à pied. Nul n’aurait jamais la cruauté de faire quelque reproche littéraire que ce soit à un pauvre gérant qui fait honnêtement et petitement son métier de quinzenier. Ceux qui écrivent mal, ce sont les perpétuels | hommes de talent, les taximètres. à
Nos abonnés ont reçu, tous et sans aucune exception, sous leur étiquette même des cahiers, l’annonce de l’Union pour la vérité, association déclarée, siège social:
6, impasse Ronsin, 152, rue de Vaugirard, Paris, quinzième arrondissement. Plusieurs m’ont écrit pour me | _ demander quelques renseignements, et, très amicale- ! ment, ce que cela signifiait.
Pour les renseignements proprement dits, je renvoie au Secrétaire de l’Union, comme le porte ce petit | bulletin d’annonce lui-même. |
Cela signifie que nous avons d’excellentes relations confraternelles avec notre collaborateur M. Paul Desjardins. Et ayant ces excellentes relations confraternelles, nous avons avec lui fait un échange amical : nous avons échangé nos abonnés. On nous pardonnera ce rétablissement de l’ancien esclavage. Et autant que nous on s’en réjouira. M. Paul Desjardins n’a jamais cessé de faire à ces cahiers dans son milieu, dans l’ancienne Union pour l’action morale, dans les publications de | cette Union, il ne cessera point de faire à nos cahiers, dans cette nouvelle Union, dans les publications de cette Union nouvelle, une publicité légitime. Et nous aussi nous ne cesserons point de faire à tout ce travail,
à tout cet effort, une publicité confraternelle, sous la forme la plus simple, qui était de lui remettre un jeu d’envoi de nos cahiers, un jeu d’étiquettes complet.
Nos abonnés se réjouiront avec nous que nos relations confraternelles avec tous nos confrères soient nées et demeurent excellentes. Autant qu’il dépendra de nous, elles continueront telles. Je lis dans ce petit bulletin bleu d’annonce que cette nouvelle Union éditera des publications non périodiques et une correspondance
- régulière imprimée. J’en suis très heureux et ne m’en 1 effraye aucunement. On n’a jamais eu ici, on n’a jamais be: eu dans ces cahiers Fidée mesquine de quelque concur- ‘4 D’une manière générale on se réjouira que nos rela- ‘ tions confraternelles avec tous nos confrères soient 210 aussi excellentes. On y verra une preuve que nous 5 n’avons jamais été, comme un certain nombre de nos ‘4 anciens camarades, normaliens politiques et politiciens 4 parlementaires, voulaient le faire croire, un être inso- à ciable et une institution condamnée. - F Nous recommencerons cet échange d’abonnements aussi souvent qu’il se présentera des occasions hon- 134 nêtes; nous demandons à nos abonnés de donner f: audience, de vouloir bien faire le meilleur accueil à ces sortes de communications. 5 ï Romain Rolland. — Jean-Christophe. — Notre vieil :
: abonné M. Gabriel Monod veut bien me demander
pourquoi les deux premiers Jean-Christophe, l’aube et À
le matin, qui valaient deux francs l’un dans l’édition +
des cahiers, qui en est la première édition, valent )
aujourd’hui et sont marqués trois francs cinquante.
Dans cette même édition. Mon cher maître, ils vaudront à
beaucoup plus quand ils seront définitivement en voie 4
d’épuisement. Et ils vaudront un prix infini, révérence 1
garder et mathématiquement parlant, quand ils seront |
définitivement épuisés, en langage ordinaire quand il 4
| n’y en aura plus, en mathématique langage quand il y 1
M. Gabriel Monod, dont je m’honore d’être un ancien k
élève dans l’ancienne école normale, était, je pense, un ;
de ces anciens abonnés qui se sont un peu demandé quelquefois si j’avais bien les qualités requises d’un : administrateur ; l’événement les a rassurés ; ma réponse : 1 aujourd’hui achèvera de le rassurer. Je serais un mauvais gérant, je conduirais mal cette gérance et la gestion de ces cahiers dont j’ai la charge et la responsabi-
- litési je négligeais pour eux cette plus-value commerciale régulière que donne en matière d’édition l’épuisement même ou la simple menace de l’épuisement. Tout ce que l’on peut nous demander et tout ce que nous rendons en ï effet, c’est de ne pas spéculer sur l’épuisement de nos collections. Et en effet nous ne nous livrons à aucune spé- ; culation aucune. Quand une série vient en voie d’épuisement nous la portons au prix global de cent francs. Quel que soit ensuite le degré de l’épuisement, et quand même il menacerait de devenir total, et quand même il devient total, et quand même il a été total et qu’ensuite par quelque hasard nous pouvons reconstituer une série ou qu’il nous en revient, une, par quelque fortune, même alors nous maintenons à la même somme de cent francs le prix d’épuisement de cette série, nous n’élevons jamais au-dessus de cette somme ce prix d’épuisement, qui devient ainsi comme un prix maximum et un prix fixe d’épuisement ; nous ne profitons jamais des circon- | stances d’épuisement pour spéculer, pour jouer avec les _ prix, sur les prix de nos séries. Nous ne jouons pas davantage avec les prix de nos exemplaires. Pareillement en effet nous n’avons jamais élevé au delà de douze, de huit, de seize, et peut-être de vingt francs, le : prix marqué d’épuisement des exemplaires qui nous venaient en épuisement, quel que fût le degré de cet
j Sous cette réserve, sous cette seule réserve que nous ne jouons pas à la Bourse, que nous ne spéculons pas, - — et encore je ne sais pas jusqu’où nous n’en aurions 34 ; pas le droit, — et peut-être le devoir, — mais il est bien
difficile de se débarrasser de tous les scrupules, et de tous les préjugés, — et d’être conséquent avec soi-même, avec ses principes, avec ses méthodes, — sous cette
seule réserve que nous ne faisons jamais de spéculations 1
sur les prix d’épuisement des cahierset des séries quivien- | draient à épuisement, sous cette seule réserve je main-
tiens qu’il est évident que je serais un mauvais manda-
taire, un mauvais administrateur, un mauvais gérant, ;
que je trahirais administrativement ces cahiers et que
littéralement je les dépouillerais si artificiellement je |
négligeais de considérer, d’évaluer, de faire entrer en
ligne de compte cette plus-value commerciale, naturelle, . ;
régulière, normale qu’apporte aux éditions sérieuses le -
vieillissement, la rareté, la menace de l’épuisement, |
l’épuisement. |
J’ai dit une fois pour toutes, et j’ai commencé d’expli- î
quer un peu, mais je me réserve d’expliquer aussitôt | que je le pourrai aussi profondément que je le pourrai
que nous ne pouvons pas, que nulle entreprise, que j
nulle institution communiste ne peut être forcée de se tenir au moins au niveau des prix courants par l’extré-
mité où elle donne, où elle paie, et se forcer à se tenir
au-dessous des prix courants par l’extrémité où elle ÿ
reçoit, où elle vend. Cette question s’était posée particu- ;
lièrement pour nos éditions sur whatman et notamment L
pour nos abonnements sur whatman. Elle se pose ;
particulièrement pour le prix de vente particulier que 4
nous avons nommé prix d’épuisement de ceux de nos #
exemplaires et de celles de nos séries qui viennent à épuisement. Elle se pose généralement pour toutes les opérations de vente et d’achat que nous faisons, nous. Elle se pose généralement et totalement et universellement et sans aucune exception pour toutes les entreprises et toutes les institutions, pour tous les achats et pour toutes les ventes, pour toutes les opérations d’achat et de vente, pour toutes les opérations économiques non seulement de toutes les entreprises et de toutes les institutions, mais de toutes les vies. Elle se pose par conséquent pour toutes les minutes de toutes les vies. Nul n’y peut échapper un seul instant. Et ceux qui font semblant d’y avoir échappé, ceux qui n’y pensent pas ou font semblant de n’y penser pas, hypocrites ou imprudents, comédiens ou étourneaux, faux-semblants ou faux-pensants, avantageux des deux ordres, joueurs ou étourdis, ceux qui font semblant d’y avoir ainsi échappé sont en réalité ceux qui préliminairement, en principe, et par définition, ceux qui y sont le plus irrévocablement
Et ce sont aussi ceux qui plus ou moins délibérément rejettent sur les épaules des autres leur part indivi- | duelle, leur part d’homme du commun fardeau. Comme je regrette, moi le premier, comme je regrette que tant de manifestations, que tant d’agitations tumultueuses nous détournent sans cesse de commencer tant d’importantes et même de capitales études. Pour moi je suis assuré que rien ne serait aussi utile, que rien n’est aussi important, aussi capital en économie que l’étude 1 économique poussée aussi profondément que nous le
pourrions d’une situation familière, prochaine, d’un
budget familial, d’un budget d’institution privée, bien ie connue, familiale et familière, analysé sincèrement, # entièrement, sans aucun masque et sans aucune cache, , ni aucun détournement et sans aucun mensonge et sans . Le jour où l’on voudra obtenir quelque éclaircisse ; ment de réalité dans les inextricables matières politi- | ques, économiques et sociales, ce n’est point en manipulant fiévreusement et sans fin des statistiques frelatées, fausses, officielles, inépuisables, que l’on aboutira | jamais à quelque aboutissement, mais c’est en prenant d à quelques faits très simples, comme d’acheter deux sous | de pommes de terre frites, et en essayant de les péné- k trer d’intuitions de plus en plus profondes.
Je suis assuré qu’en prenant comme exemple, comme é exemplaire et comme point de départ une opération ; : aussi simple que d’acheter deux sous de pommes de É terre frites et en se proposant de la décomposer en ses éléments économiques, de la pénétrer par des intuitions successives que l’on essayerait de faire de plus en plus Ë approfondies, alors on obtiendrait des résultats. t Mais seulement alors. 4 Car il est parfaitement évident que nos grands docteurs, avec leurs statistiques, ne savent rien. Prendre par exemple une simple journée d’ouvrier, sa j paye, son budget de ménage, et décomposer tout cela. 1 Décomposer notamment sa paye, et voir en détail d’où i vient cet argent. Décomposer notamment son budget de ; dépense et se demander où va exactement, dans le 1 détail, cet argent. 1 Je suis assuré, Lagardelle, par exemple, que s’il nous ; donnait une étude complète et aussi approfondie qu’il |
-_ pourrait de toute l’histoire propre du Mouvement | gd Socialiste depuis sa fondation et depuis même avant sa À fondation, de ses tribulations financières, de ses amitiés et de ses inimitiés économiques, de ses guérres économiques, de son administration, de son mécanisme, de sa gérance, de sa gestion, de sa fabrication, de ses abonnements, de tout, en toute sincérité, sans aucune réticence, il nous donnerait un monument unique, et je ï me précipiterais pour le relire. Il est vrai qu’il serait » contraint, par ce travail de réalité, d’écrire quelquefois plusieurs lignes de suite sans y intercaler ces mots ; sacrés : de classe. Mais nous finirions par nous en consoler, et peut-être même que nous nous y habituerions. Ce qui revient à dire tranquillement que tous les articles que l’on peut mettre dans une revue, notamment les articles de théories économiques, ne vaudront jamais une bonne histoire économique de la revue ellemême. Seulement, c’est justement cela qu’on ne nous donnera | pas. On nous donnera tout, excepté cela. Pareiïllement Jaurès, plus que tout autre je suis assuré que si Jaurès nous donnait une étude complète et aussi approfondie qu’il pourrait, entièrement et parfaitement sincère, — mais n’est-il pas devenu incapable de toute ; sincérité, — de cette aventure que l’on peut nommer | sans exagération le désastre de l’Humanité, désastre matériel autant que moral, s’il nous disait tout, il nous 1 donnerait, lui aussi, un monument unique, infiniment D: supérieur à toutes les éloquences du monde, parce que Ÿ d’abord il serait un monument de réalité, Et cette occuja ñ
pation qu’il se ferait aurait au moins ce premier résultat - | et cet avantage que nous n’assisterions plus à ce spectacle, à ce contraste grotesque, d’un homme qui prétend gouverner les deux mondes, au moins par le moyen de ; ses conseils et par le ministère de ses exhortations et par la permanente menace de ses objurgations, et qui _ dans son propre pays, où il règne, dans sa propre capitale, où il fut maître souverain, lui-même ayant disposé de capitaux relativement formidables, — étant A donné ceux dont il avait besoin, — ne peut pas faire . vivre un petit quotidien ordinaire. ! ; : Pour moi, si tant d’agitations tumultueuses voulaient | nous laisser quelque répit, si tant de démagogies con- £ courantes consentaient à nous laisser quelque respiration, c’est à de telles études que je me mettrais en : devoir de me précipiter immédiatement, parce que la vie est brève. Et sans être plus malin qu’un autre je me 1 fais fort, par la seule valeur, par la seule vertu de ces | principes et des méthodes je m’assure que je mettrais à : jour quelques résultats qui ne seraient pas négligeables.
Je n’irais point manipuler des statistiques étrangères, frelatées, inconnues, inintelligibles. Mais c’est en pre- | à nant tout bonnement l’exemple de ces cahiers que je me d charge de mettre au jour de ces résultats. Parler de ce É que l’on a fait et que l’on connaît, de sa propre expé- ‘0 rience, de cette expérience personnelle en un sens | geable, au lieu d’aller quémander pitoyable des exemples b étrangers, inconnus, ce n’est pas seulement la grande règle de modestie, c’est encore, et bien plus essentielle- ;
ment, la grande règle de méthode, de toute méthode. Je
prendrais uniquement les cahiers, l’exemple de ces cahiers, je conterais leur histoire politique, économique et sociale, je procéderais, autant que je le pourrais, par prenant le prix de cet abonnement ordinaire, vingt francs, et en essayant de le décomposer de proche en proche, de montrer ce que signifie cette somme, ce qu’elle représente, ce qu’elle vaut, d’où elle vient, où elle va, comment elle se distribue, ce qu’elle devient
dans notre manutention, comme elle se décompose ici et se recompose ailleurs, comment elle se filtre, on aurait du travail et des résultats pour quelques années devant soi. Et il y aurait des cas particuliers et des différenciations. Par exemple comment et pourquoi nous avons été conduits à mettre à vingt-cinq francs l’abonnement pour les autres pays de l’Union postale universelle; ce que représente à son tour, ce que vaut, ce que signifie exactement cette augmentation, cette différence
de cinq francs; comment derechef se distribue le prix de cet abonnement étranger; et comment se distribue le
prix de notre nouvel abonnement sur whatman; études éminemment comparatives, et je ne dis pas seulement instructives, mais primordiales. Et sans lesquelles on ne fera rien.
Telles seraient les études préliminaires où nous commencerions de précipiter nos soins si tant de démagogies nous laissaient quelque repos, si tant de faiblesses
nous laissaient quelque paix, si tant de lâchetés nous laissaient quelque répit, si tant d’agitations tumultueuses ; nous laissaient quelque loisir et quelques moyens et ) quelque espace de véritable travail. Tant qu’on n’aura
Charles Péguy Hi) je | pas fait de ces essais d’approfondissements successifs, # | de plus en plus profonds, de plus en plus poussés, par
. les voies de l’analyse, et, autant qu’on le pourrait, par ’ .. les voies de la simple intuition, de cas très simples, très l premiers, très au commencement, au point d’origine, de 1 mécanismes très simples, de fonctionnements très sim- : ples, très connus, connus personnellement, par une F4 expérience personnelle, on s’imaginerait en vair que l’on ë
_ peut commencer même à se reconnaître et à tâcher de |
se diriger dans tant d’inextricables et jusqu’ici nulle-
ment reconnus encore problèmes politiques, économiques ;
et sociaux. Ces pénétrations de cas simples sont préli- à minaires; elles sont au commencement de tout; elles À sont avant le commencement de tout; elles sont inévita- È bles; elles sont indispensables; elles sont au seuil, et au à commencement du seuil, et sur la première marche du ( seuil, et avant le seuil, comme ce tapis de pourpre sur l
- lequel il fallut bien que marchât Agamemnon. Tout ce que je puis et tout ce que je veux dire, avant 1
de retomber, — et pour quel temps de travail, — dans ;
ces lourdes agitations tumultueuses de tant de démago- . gies présentes, ce qui résulte pour moi d’une expérience | personnelle déjà longue, c’est que la première décou- à verte que l’on ferait serait sans aucun doute qu’en î | - matière économique il n’y a aucun miracle. F Aucun miracle économique : ce résultat paraît déri- Ë
soire et tout le monde vous dira qu’on le sait bien ; d’avance et qu’il n’était pas nécessaire de parler si à longtemps et de faire tant de circonlocutions et qu’il ne | 1
serait pas nécessaire de procéder même à une seule ana- >
lyse ni à une seule intuition pour en arriver seulement
là. Il n’en était pas besoin, dites-vous. S’il n’en était fr
ï pas besoin, si tout le monde sait bien d’avance qu’il n’y
- a aucun miracle économique, et peut-être aucun miracle
F social, comment se fait-il donc, citoyens; citoyens et
camarades comment se fait-il que tout le monde parle
perpétuellement comme si le miracle économique était non seulement possible, mais perpétuel; comment se fait-il que presque tous les discours politiques parlementaires, presque sans aucune exception, et par discours politiques parlementaires j’entends éminemment et plus que tous autres et ceux-ci sans aucune exception les discours des congrès socialistes nationaux, locaux, et internationaux et tous les discours électoraux et tous les discours des meetings et des assemblées, qui revien- | nent au même, qui sont eux-mêmes des discours électoraux, et tous les discours des grèves, qui reviennent au même, qui sont eux-mêmes des discours électoraux, comment se fait-il enfin que tous les articles de tous les
ñ journaux, presque sans aucune exception, comment se
fait-il que tous ces articles et que tous ces discours,
| ensemble et indivisément ceux du Mouvement Socia-
É liste et ceux de l’Humanité, qui se rejoignent ici et
| coïncident, indivisément reposent sur ce postulat uni-
versel inavoué : que perpétuellement il y a un perpétuel
temps de le leur dire, ce temps que je vole à nos déma-
gogies bimensuelles, — d’une expérience personnelle
déjà longue, il résulte jusqu’à l’évidence qu’il n’y a aucun
ÿ . miracle économique. Cela, un miracle économique, cela
4 ne s’est jamais vu.
‘1 Un député peut demander à la fois qu’on accroisse les À charges du budget de l’État et qu’on diminue les impôts ;
un conseiller municipal peut demander à la fois qu’on accroisse les charges du budget de la ville et qu’on diminue les impôts; nous sommes ici en plein miracle : économique politique parlementaire; Lagardelle et Jau- ki rès, qui se rejoignent ici, ici coïncidants, peuvent demander à la fois que la production industrielle diminue et que la condition des travailleurs soit améliorée, sans toutefois que les intérêts du consommateur aient à en souffrir ou soient lésés aucunement; nous sommes ici | dans le grand miracle économique politique socialiste parlementaire professionnel ; Jaurès et Lagardelle, qui se rejoignent ici, ici coïncidants, peuvent demander que | la France dans le monde soit diminuée, ou, autant que ï possible, supprimée, à la limite, et que pour autant la liberté grandisse dans le monde: c’est que nous sommes ici en plein dans le grand miracle économique politique c’est que tous également, députés, conseillers municipaux, Lagardelle et Jaurès, Jaurès et Lagardelle, tous également ils sont, au fond, de la même race, ils ne
sont pas des producteurs et des industriels, mais | des miraculaires, des miraculés et des miraculeux, tous | également ils sont également des politiciens, également ils sont particulièrement des parlementaires, également | ils sont professionnellement des démagogues. Également ils ont besoin du miracle, pour vivre, ils ne vivent que ÿ | du miracle. La démagogie est essentiellement une exploitation de l’idée du miracle. Un démagogue se reconnaît essentiellement et se distingue à ceci : qu’il exploite l’idée du miracle, une croyance plus ou moins consciente en quelque miracle plus ou moins inavoué. Tous ces politiciens parlementaires démagogues ex-
ploitent plus ou moins confusément le postulat plus ou moins inavoué, — inavouable, — de quelque miracle temps de le leur dire, il n’y a pas d’exemple que l’on ait vu un miracle économique; c’est peut-être la seule matière du monde où la célèbre loi de la conservation de la matière fonctionne hermétiquement, où il n’y ait absolument aucun merveilleux; du moins, où l’on en soit absolument assuré; ce que l’on met quelque part, en économique, il faut l’avoir pris ailleurs; l’argent que l’ont met quelque part, ii faut l’avoir pris, ou il faut : en avoir pris au moins autant ailleurs; — je dis au moins autant, — parce que le transport d’argent, sous | quelque forme qu’il se manifeste, entraîne une perte | nécessaire, comporte une déperdition, inévitable, qui
- correspond assez en économique à ce qu’est le frottement dans la science et dans les arts et dans les métiers de la mécanique. Il est assez fréquent, — ou plutôt il était assez fré- quent, — car une certaine éducation commence à se faire, même dans le public, venue justement de notre public, — il était assez fréquent que ce fussent les mêmes personnes qui d’une part me demandaient chaleureusement si j’étais un bon administrateur et qui d’autre part me demandaient, non moins chaleureusement, mais pour eux, quelqu’une de ces odieuses faveurs gouvernementales particulières qui ruinent, qui trahissent, qui dépouillent, qui vendent une institution. L’un voulait \ bien ne pas payer son abonnement. Ne pas payer comme tout le monde, rêve de tous nos Français. C’est ce qu’on 4 nomme le service, ou l’échange, mort de toutes les
revues. L’autre voulait bien payer, mais payer moins
cher que les autres, ou payer plus tard, beaucoup plus
j tard, si tard que ce dût finir par être dans l’autre monde. Les militants surtout se dépassaient dans cette émulation de zèle. Une conversation avec un militant _ commençait généralement ainsi : Æh bien, mon pauvre k Péguy, comment que ça va marcher, ces cahiers. Un temps, puis: Alors tu penses vraiment que ça va marcher. Un temps, puis : Tu crois vraiment que tu as les qualités d’un bon administrateur. Un temps bref, puis : tu diras à Bourgeois que je ne peux pas payer mon | abonnement. Le parti. La caisse du parti. Cotisations. Entre nous, elle n’en voyait pas lourd non plus, de cotisations, la caisse du parti. Pauvre. Les grèves. Camarades. Militants. Les souscriptions. Il faut que je pare à encore mon voyage pour aller au congrès de Lunité sur ; Tarn et Garonne. Je suis délégué de la Fédération du | | Spitzberg unifié. Quand le camarade Uhry partait pour | le congrès de Lunité sur Meurthe-et-Moselle, je puis vous assurer que ce n’était pas de la petite bière. Le rêve de tous ces socialistes forcenés, qui nous ; saturent de raisonnements et d’enseignements impérieux 4 sur le fonctionnement de l’économique, était, particuliè- É rement pour nous, mais généralement pour tout, de ne 1 pas payer leur abonnement, c’est-à-dire de recevoir un ; objet fabriqué, de toucher de la valeur, ayant elle- ; même incorporé un certain nombre de valeurs, et de ne = 1148 pas acquitter le montant de cette valeur. La voilà bien, la théorie définitive de la valeur. Il est inutile de la chercher plus longtemps. Leur théorie de la valeur, c’est à de ne pas payer. Et c’est là-dessus qu’en définitive et ë qu’en pratique ils se trouveront tous toujours d’accord. Fa
L’indication limite fut naturellement donnée par un jeune Ni savant limite, par mon vieux et bon camarade Bourgin, à Hubert Bourgin, le même qui depuis a si proprement L assassiné Proudhon. Mon pauvre Péguy, me dit-il, — 4 j’ai encore le son de sa voix dans les oreilles; il était ë doux, bon, bénin, bénin, bienveiïllant, bienveïllant, charitable, si ce mot chrétien n’offensera pas sa laïcité parfaite, sa laïcité limite elle-même, mielleux comme un | miel, sucré comme une confiture et pâteux comme une pâtisserie, mais, révérence garder, comme une pâtisserie chimiquement laïque, laïquement scientifique; oh! le parler doux, moite, tiède, moiteux, enveloppé et : délectable; — mon pauvre Péguy, me dit-il, tu connais mon amitié pour toi; et tout ce que nous t’en disons, c’est pour te sauver d’une aventure lamentable, pour te $ tirer du grotesque : tu es l’homme du monde le moins fait pour diriger une revue. Ce qui donnait à cette prophétie un poids énorme, et ce qui fait que je suis un criminel de ne l’avoir point réalisée promptement, c’est : que ce prophète était déjà en passe de devenir un de nos sociologues les plus éminents, le sociologue n’étant pas moins naturellement éminent que l”économiste n’est distingué. Puis, toujours pour mon bien, et innocemment pour la vérification de cette aimable prédiction, premièrement on la répandit un peu partout, non plus seulement scientifiquement, ce qui ne serait rien, mais savamment, deuxièmement il entra, par un effet de ce | même dévouement, dans cette association amie de | boycottage fraternel qui commit deux crimes, dont le . premier fut de nous vouloir étrangler, et le deuxième j \ de ne point y réussir. Ici j’ai un remords, ou un scrupule, mettons un repen-
: tir, enfin ce qu’il ne faut jamais avoir; jene me rappelle pas si exactement il a dit l’homme le moins fait, ou Le |
plus incapable, ou le moins capable; cette indistinction ù d’oubli est très curieuse, étant donné comme j’entends nettement et distinctement le son calfeutré de sa douce voix; mais je suis parfaitement assuré que nous n’avons le choix qu’entre ces trois lectures; et je suis assuré qu’il a dit : diriger une revue. De cette voix capitonnée inoubliable. Entraîné par ses habitudes déjà prises de jeune autoritaire, il a dit : dirigé. Une revue ne se dirige pas. Elle s’organise, elle s’administre, comme tout. Comme tout ce qui existe, c’est-à-dire comme tout ce qui vit, elle s’organise. Comme tout ce qui existe, c’est-à-dire comme tout ce qui est économique, elle s’administre.
Ne pas payer comme tout le monde : rêve de tous nos Français, de tout homme distingué. Avoir un privilège, rêve de tout égalitaire, particulièrement de tout égalitaire français. Se soustraire aux justes répartitions des responsabilités économiques : le rêve de tous ces : socialistes professionnels qui nous enseignent à tour de bras le matérialisme économique de l’histoire. L .
De ce mal, de cet abus, de cette commune et univer- à selle prévarication sont mortes tant de coopératives de $ production et de consommation qui pouvaient et } devaient vivre; qui ne demandaient qu’à vivre; et plus elles se prétendaient solennellement et bruyamment 5 socialistes, plus ce mal, d’égoïsme essentiellement bourgeois, y sévissait. De ce mal travaillent et meurent tant de coopératives qui ne sont pas complètement mortes. 3 De ce mal travaillent et souffrent tant de coopératives Î qui ne sont pas complètement moribondes. C’est une F extension particulière, particulièrement dangereuse, de
Ja manie politique parlementaire ; les administrateurs et É les gérants se comportent comme s’ils étaient des députés; les coopérateurs se comportent comme s’ils étaient des électeurs. Malheureusement le résultat n’est pas le même. Et il ne peut pas être le même. Comme les députés ét leurs électeurs, ils sont liés non par les liens organiques d’une administration vivante, mais par les liaisons dangereuses de l’odieuse popularité. Les gérants et les administrateurs, comme les députés, veulent être populaires. Les coopérateurs, comme les électeurs, . veulent qu’on leur soit populaire. Les gérants et les administrateurs, comme les députés, veulent plaire. Les coopérateurs, comme les électeurs, veulent qu’on leur $ plaise. Mais le résultat n’est pas et ne peut pas être le : même. Le député, lui, tire sur toutes les autres circonscriptions, il a à tirer sur toutes les autres circonscriptions ; il a de quoi tirer; ce qu’il essaye de mettre au pillage, ce sont les autres circonscriptions, c’est le pays tout entier; il a de la marge, parce que le pays a montré, après tant de pillages de tous les régimes, qu’il avait la vie dure, Tandis que le coopérateur, lui, il n’a que sa coopé- rative, il n’a à tirer que sur sa propre coopérative, il ne peut mettre au pillage que sa propre coopérative. Et naturellement ce sont des organismes beaucoup plus frêles. Je suis devenu, je suis un bon administrateur parce que j’ai patiemment éliminé de ces cahiers jusqu’au moindre soupçon de ces faveurs gouvernementales ; un | bon administrateur est un homme qui ne connaît point d’amis; un bon administrateur, un bon gérant, comme un bon ministre, est un être essentiellement désagréable et impopulaire qui défend les intérêts communs
durables d’une institution contre la ruée infatigable des ; J’ai mis la dernière main à ma réputation d’adminis- ie À
trateur au commencement de cette septième série quand 4
de ma blanche main je rayai définitivement : rayer, 4
radier pour les scientifiques, — plus de cent quatre- |
vingts de ces infatigables, onéreux; et comme il est quelquefois bon d’émonder un arbre vigoureux, et de :
couper les gourmands, cette opération a été immédia-
tement récompensée, puisque Bourgeois nous rend à
, compte que du premier octobre au 31 décembre du commencement de cette septième série il est entré aux :
cahiers plus de soixante abonnés nouveaux, sérieux. Et
douze ou quinze pendant les seulesvacances dunouvelan. à
ï Dans le cas particulier de l’épuisement, de librairie et . d’édition, il est évident que je ne puis sans dépouiller littéralement les cahiers les déposséder de cette valeur 3 économique et sociale croissante qui leur vient naturel-
lement de leur graduel épuisement. J’ajoute que cet 1 accroissement graduel de valeur est légitime économiquement, dans la théorie économique la plus stricte, la plus industrielle, au moins pour une certaine part,
assez considérable, parce que ces exemplaires d’ancienne installation incorporent peu à peu des frais régulière-
ment tombants de magasinage, de loyer, d’impôt, de | | toute administration. È | Particulièrement pour les quelques exemplaires du ; Jean-Christophe qui nous restent, il nous devenait É
| impossible de continuer à les vendre deux francs dans à le même temps que la librairie Ollendorff mettait en FL
‘ vente sa nouvelle édition, à trois francs cinquante; il ë c’était pour nous une question de bonne tenue envers A l’auteur même et envers ses nouveaux éditeurs. Je ne puis que le répéter, et il faudra que les lecteurs l en prennent leur parti. Nos éditions des trois Jean- Lys Christophe (l’aube, le matin, l’adolescent) se vendent si Ki rapidement que dans quelques jours elles seront en | voie d’épuisement. Elles ne seront jamais réimprimées. ’ Aussitôt qu’elles seront officiellement en voie d’épuisement, constaté, les quelques exemplaires qui nous | resteront seront portés aux prix marqués de huit, douze, seize ou vingt francs l’un. Ceux de nos abonnés qui ont prêté leurs exemplaires ou qui les ont donnés, | à — cela revient pratiquement au même, — feront bien de se recompléter avant l’instant fatal. A partir du moment où nos exemplaires seront annoncés, dénoncés, | déclarés, proclamés en voie d’épuisement, nous ne FER mettrons plus en vente que les exemplaires des éditions Ollendorff. Mais ces exemplaires des éditions Ollen- j dorff continueront de figurer à nos catalogues et index, $ à la suite et pour ainsi dire en remplacement de nos propres éditions ; et nous continuerons de demander à , nos abonnés de vouloir bien les commander à M. André | Bourgeois. D’une manière générale, adresser toute commande de librairie à M. André Bourgeois, administra- ! teur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, ; : Paris, cinquième arrondissement. Toute commande de - | librairie adressée à M. André Bourgeois reçoit satisfac- ; tion par le retour du courrier. k Pareïllement il a été entendu entre M. Romain ; Rolland et nous que les épisodes à venir du Jean-
2e Christophe, — je me sers de ce mot d’épisode comme
grec et sans rien de ce qu’il implique chez les modernes
de fragmentaire, — paraîtront d’abord et une seule fois
en cahiers, un certain temps avant de paraître en
librairie; les personnes qui voudront avoir de cette
k, première édition feront donc bien de s’abonner aux ; Cahiers de la Quinzaine.
Au moment où nous mettons sous presse, M. Bourgeois
nous rend justement compte qu’il a pu récemment, par
le complément de quelques rentrées individuelles,
É reconstituer une première série complète. Conformé- ment à ce que j’écrivais ci-dessus, nous mettons en vente cette première série complète au prix de cent francs, qui est le prix fixe de l’épuisement pour les
La dernière première série qui nous restait avait été vendue il doit y avoir huit mois, en mai je pense, à notre collaborateur M. Charles Richet; pendant ces huit mois d’intervalle, entre la sortie de cette dernière première série, et la reconstitution d’une nouvelle première série par le moyen de rentrées individuelles, nous avons donc été nous-mêmes incapables de mettre en vente, au bureau des cahiers, même une seule collection complète des cahiers ; nous le pouvons aujourd’hui: 1 aujourd’hui, et jusqu’à ce que cette première série nous soit de nouveau enlevée, nous sommes en situation de mettre en vente une collection des cahiers absolument complète, aux prix du catalogue, — sans nous interdire cependant de mettre en vente les séries séparément, à ces mêmes prix du catalogue. | Ainsi, de même que je n’avais pas pu, dans un précé- 66 4
dent cahier, qui est je crois l’avant-dernier, donner $ quelques détails de fabrication industrielle à propos d’une vraie coquille sans glisser malgré moi à toute une théorie, à tout un commencement d’analyse de la production, du travail et de la fabrication industrielle, de même aujourd’hui, ayant à répondre à notre maître M. Gabriel Monod et à lui donner un simple renseignement de l’administration de ces cahiers, je n’ai pu le faire, je n’ai pu lui donner un commencement de rensei- $ gnement sans glisser malgré moi à toute une théorie, à tout un commencement d’analyse de la consommation, communication, de la relation économique. C’est que
F tout se tient en pareille matière et qu’il est véritablement pénible d’entendre partout autour de soi parler et traiter d’aussi graves questions sans aucune préparation, sans aucune entente, sans aucune attention, sans Ë aucun débat, sans aucune connaissance. Tout le monde croit s’y connaître ou fait semblant de s’y connaître, et lon en parle sans aucune compétence. On les traite en i général, ou plutôt on en parle, comme si elles n’existaient pas, par elles-mêmes, ou comme si tout le monde s’y connaissait, d’avance, comme si elles étaient des sortes de petites formalités préjudicielles dont on se débarrasse le plus rapidement possible, généralement par prétérition, avant de commencer la conversation véritable. Je maïintiens au contraire que ce sont elles qui sont la conversation véritable, la seule conversation sérieuse et véritable, et qui font le tissu ordinaire de nos vies, et que ce sont toutes ces démagogies qui sont des hors-d’œuvre, et que rien n’est aussi important dans la vie d’un homme et aussi préliminaire que ,
5 l’établissement de son budget familial, et que rien n’est aussi important et aussi préliminaire dans la vie d’une institution que l’établissement de son économie, et que j } dans toute la vie d’un peuple et dans toute la vie de toute l’humanité rien n’est aussi capital que l’éta- \ ; blissement d’une saine, honnête, ordinaire, humaine | Économie qui d’ailleurs serait simple.
- Avant de retomber, par naturelle faiblesse, à la discussion de nos actuelles démagogies, et puisque aussi | bien je suis occupé à donner réponse à notre maître M. Gabriel Monod, je me rappelle à présent que je suis resté sous le coup d’une rectification assez dure que M. Gabriel Monod m”envoya au cours de la série précé-, dente et que je me suis hâté de publier aussitôt que je | l’eus reçue, dans le dixième cahier de cette même pré- cédente sixième série. Naturellement ïil ne s’agissait point d’une rectification à ce que j’avais dit, mais, si je : puis dire, d’une rectification au fait que j’avais publié une lettre de M. Gabriel Monod à M. Bouglé dans le dossier que nous avions établi de la délation aux Droits de l’Homme. Le texte même de la lettre n’était pas et ne pouvait naturellement pas être mis en cause. Avant toute réponse de ma part et toute rectification 1 nouvelle à cette ancienne rectification, je dois commencer par mettre hors de cause notre collaborateur | M. Bouglé. Le seul tort de M. Bouglé fut de ne pas faire lui-même son cahier, de ne pas établir son dossier luimême, auquel cas il va de soi que je me fusse interdit ; d’aucune sorte. La mienne moins que toute autre. C’est x
une règle, c’est un principe d’institution absolu dans ces j cahiers, et qui depuis le commencement de notre exer- #4 cice n’a souffert absolument aucune exception, que É l’auteur du cahier est souverainement maître dans son fi cahier. Si donc Bouglé m’avait apporté un cahier fait, ÿ on peut être assuré que je n’y eusse introduit aucune 4 collaboration, aucune décision d’aucune sorte. Mais À Bouglé n’avait ni le temps ni les moyens de faire son À cahier, parce que l’on était, je crois, en pleines vacances À de janvier, et qu’il avait fort à faire de circuler entre À Toulouse et Paris, et retour, et de circuler dans Paris même. J’eus le tort, beaucoup plus grave, de lui dire, | comme gérant, que je ferais le cahier à sa place. En fait ce cahier fut improvisé, comme le demandait l’immi- ” nence du danger que la délation gouvernementale fai- f sait courir à la République. Sans parler, naturellement, Z du danger civique et moral, du danger de scandale et de démoralisation dans les âmes des simples citoyens.
Trouvant dans un dossier constitué en toute hâte, 14 sans moyens d’enquête et de communication, — puisque tous les moyens d’enquête et de communication et même les ressources financières étaient précisément aux mains du Comité central de la Ligue française pour la défense des Droits de l’Homme et du Citoyen, contre lequel il fallait s’inscrire, — une lettre, — personnelle ? — de M. Gabriel Monod à M. Bouglé, je publiai, sans aucune hésitation, cette lettre, à sa place non concertée dans un dossier que l’on m’avait apporté
Préalablement je pourrais opposer ici à M. Gabriel Monod, je pouvais lui répondre que pendant une affaire } qu’il n’a sans doute pas oubliée nous ne nous sommes
1 ( ‘ jamais fait faute, nous ne nous sommes jamais privés 0 d’utiliser, de publier toutes les lettres de nos adversaires qui tombaient entre nos mains, sans nous occuper de % savoir qu’elles fussent personnelles ou impersonnelles, .
- privées ou publiques. Et le traitement que nous avons
M fait subir à nos adversaires, s’il était juste, il n’y a
aucune raison, — au contraire, — pour que nous ne
nous l’appliquions pas à nous-mêmes. À plus forte raison. Et je crois bien me rappeler que dans cet exercice
M. Gabriel Monod lui-même excellait. Je pourrais donc
lui opposer son propre exemple, je pourrais lui opposer s
cet admirable précédent, si au contraire depuis quelque
temps, après tant de capitulations signées, après tant
de faux, tant de mensonges, tant d’amnisties, tant de ÿ
forfaitures, tant de trahisons commises par d’anciens +
dreyfusistes notoires, anciens membres de notre ancien 4
État-Major général de l’armée, les doutes les plus sérieux, Ë
— comme les plus lents, — mais j’ai une intelligence Î
naturellement lente, — ne m’étaient venus, —bien tard,
— sur la correction de plusieurs de nos démarches, de ?
plusieurs des démarches que nous fimes pendant cette à
Je dirai donc deux mots de la question en elle-même, 4
et sans m’en référer à cet illustre précédent. Quelquesuns de nos plus anciens abonnés se rappellent peut-être L
encore un certain nombre de démonstrations que je
m’efforçai de faire, dans les deux ou trois toutes
premières séries des cahiers, sur cette question difficile ne.
des personnalités. Le sophisme que nous pouvons nommer sophisme des personnalités est un sophisme si
universellement répandu, et qui réussit, qui pullule si # parfaitement aux démagogies que je ne pouvais manquer »
de m’y heurter dès le commencement du déblaiement de rs toutes sortes, déblaiement intellectuel et moral, qui fut, entre autres, la raison d’être toute première de ces Je ne me rappelle pas jusqu’où je poussai alors ma démonstration; — nous avons eu depuis à faire face à tant de démagogies successives, incessamment nouvelles, incessamment renaissantes; — mais enfin c’est à ces précédentes études, à ces précédentes recherches, que je demande que l’on rattache aujourd’hui les quelques mots que je pourrai dire de cette importante question de méthode. Et ici encore par un nouveau circuit je me retrouve moi-même au demi-tour, s’il est vrai que nous constatons par ce nouvel exemple qu’en morale, comme en économique, et tout autant qu’en matière de fabrication industrielle, ces simples exemples, ces simples cas de l’action journalière posent les cas généraux et les problèmes les plus graves de la morale et de l’action, et que réciproquement on ne_peut rien entendre non plus à ces problèmes les plus graves à moins d’avoir vécu et débrouillé pour sa consommation personnelle ces cas à journaliers apparemment simples, avant de les avoir analysés, avant d’avoir essayé de les pénétrer d’analyses, d’intuitions de plus en plus approfondies, les plus approfondies que l’on pourrait. Ce que je nie absolument, c’est qu’il soit possible d’introduire une distinction valable, une distinction utile à cet égard entre le personnel et l’impersonnel. Ce qui 6 trompe ici communément, ce qui fait une espèce de ( faux recouvrement, c’est qu’il y a en réalité, c’est qu’il J y a de toute antiquité mentale une distinction parfaitement valable, parfaitement utile, parfaitement fondée
entre le public’et le privé. Mais ce que je nie absolument, c’est que premièrement le personnel coïncide exactement avec le privé, deuxièmement que en oppo-
- sition ou en résidu l’inpersonnel coïncide exactement avec le public, troisièmement, et en forme de consé- quence et de conclusion, que la distinction du public d’avec le privé coïncide exactement avec une distinction è de l’impersonnel d’avec le personnel. Quand vous écrivez à votre ami pour lui demander des nouvelles de sa femme et de ses enfants, pour lui donner des nouvelles de votre propre famille, pour lui
: prêter ou pour lui emprunter quelques louis qui feront l’un de vos deux termes, pour lui annoncer, professeur, que vous avez ou que vous n’avez pas beaucoup de répétitions de géographie philologique, enfin que vous avez trouvé une place pour votre jeune frère, qui est ingénieur, mais qui n’est pas sociologue, vous faites une opération privée, une opération de l’ordre privé; 6 votre lettre est une lettre privée, nullement communicable, nullement publiable, à moins de votre consentement formel; et ce consentement même, ou cet ordre, de la publier, vous-même ne le donnez que pour des raisons
| privées, ou pour des raisons littéraires, — non point
| pour des raisons publiques, — si vous voulez faire votre petit monsieur le marquis de Sévigné; dans ce dernier cas vous appartenez à la race détestable des épistolaires ; vous êtes haïssable; vous travaillez dans ce genre faux qui consiste à faire pour le public des lettres comme si elles étaient des lettres privées.
D’ailleurs et dans un tout autre ordre, différent et indépendant du premier, pour ce qui est de la personnalité, si vous êtes quelqu’un, si vous êtes, si vous
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existez, si vous savez être, et seulement regarder, publique ou privée votre lettre sera personnelle, comme tout.ce que vous faites, comme tout ce que vous êtes est toujours personnel, quand même vous ne le voudriez pas; votre lettre vous traduira; votre lettre vous trahira; elle sera de vous, quand même vous la renieriez; elle sera votre enfant, votre œuvre, quand même vous la renonceriez ; elle portera votre signature, quand même vous eussiez voulu, quand È même vous eussiez cru la faire cent fois anonyme et nuile. À mesure que vous cessez d’exister, à mesure que vous diminuez d’être, à mesure que vous cessez de comprendre, de voir, de savoir même regarder, publique ou privée votre lettre devient de moins en moins personnelle, ou, si vous préférez parler le langage contraire, elle devient de plus en plus impersonnelle, mais ce ne sera là que le commencement du progrès de votre grandeur. Quand enfin vous ne comprendrez plus rien du tout, quand vous ne serez plus, rien, quand vous n’existerez plus, quand vous n’aurez plus ni aucun nom ni aucune ’ forme, quand vous ne saurez plus ni entendre, ni voir, ni seulement regarder, quand vous n’aurez plus la force de regarder, quand vous serez muet comme une carpe, aveugle comme une taupe, et sourd comme un pot, quand les sourds-muets de naissance et quand les aveugles professionnels avec leur petit chien vous feront honte et vous renieront et vous en remontreront, quand vous serez enfin devenu un homme inexistant, à la limite un homme nul, un zéro d’homme, à cette limite vous aurez atteint l’autre limite aussi, la limite où vous serez sacré non pas seulement grand homme, non pas seulement, ce qui pour eux est infiniment plus, grand
Fe savant, mais le savant limite, le savant modèle, étant é Fe. _ celui qui au suprême degré avez atteint à cet imperER sonnalisme objectiviste que l’on s’obstine, je ne sais 23 pourquoi, sinon par je ne sais quelle indécente plaisan4 terie, que l’on s’obstine à confondre avec le non moins 4 à : pur objectivisme impersonnaliste. Le Fr Voilà ce que c’est que la personnalité. 44 Br; Mais si vous êtes membre ou fondateur d’un comité 2” de la Ligue française pour la défense des Droits de 4 < T Homme et du Citoyen et que vous écriviez à un délégué 8} e président de section, à Toulouse, et, ce qui est plus # Ë & important, à un délégué moral important et respon- % sable, qui répond pour vous, garantie et autorité, L grande autorité morale, comme vous un des véritables nt : me, fondateurs de la Ligue à Paris et dans les départements, % < ; sur la question de savoir quelle sera l’attitude et quelle 3 à 1 est enfin la situation de la Ligue envers la délation gou- #4
vernementale, ce que je nie absolument, c’est que votre
lettre, personnelle ou non, puisse être une lettre privée. : Quand même vous la mettriez sous un triple sceau, % quand même vous la feriez porter à destination par un 2 messager à vous, ce qui vous mettrait immédiatement À en état d’infraction aux lois qui régissent le service des é postes pour le transport des messages, ce que je nie a absolument, c’est que, venant de vous, allant à lui, É o portant sur un tel sujet, traitant une telle matière, … Der votre lettre puisse être une lettre privée, que cette opé- À ration que vous faites en lui envoyant cette lettre soit Se une opération privée. Votre opération est publique, F votre lettre est publique, essentiellement publique, publique entièrement, que vous le vouliez ou non,et
3 quoi que vous fassiez. Toutes les précautions super2. ficielles, toutes les formalités, tous les déguisements Fa matériels n’empêcheront pas qu’elle soit publique. Ce R qui revient à dire qu’en matière publique, matière comme était cette question capitale de la délation gouvernementale organisée, d’un homme public à un homme public, il ne peut pas y avoir de communication ’ : qui ne soit une eommunication publique. Tout au plus pouvez-vous dire qu’elle n’était pas officielle, et vous introduisez par là un nouvel ordre de distinction. Nous sommes ainsi conduits, par vous-même et par la réalité, nous sommes ainsi conduits à reconnaître, à ; cet égard, au moins trois ordres de distinctions, trois | distinctions fonctionnant dans trois ordres différents, sur trois plans différents non parallèles. | Nous sommes conduits à reconnaître, à distinguer J lune de l’autre trois distinctions que l’on confond pour ainsi dire toujours dans presque tous les débats, ce qui à ; permet d’embrouiller les questions, ce qui permet aux à responsabilités de s’évanouir, de s’esquiver, ce qui É permet aux démagogies de réussir : la distinction F de loficiel et du non-officiel, première distinction; deuxième distinction, la distinction du public et du Ê privé; troisième distinction, la distinction du personnel et de l’impersonnel. Ni ces distingués ni ces distinctions ; ; ne se recouvrent. Chacune de ces distinctions fonctionne | pour son compte, joue dans son ordre et sur son plan, Le. sans commander le jeu, le fonctionnement des deux D 1 Nous sommes ainsi conduits, par vous-même et par la _ réalité, nous sommes ainsi conduits à considérer séparé- 4 ment trois ordres de distinctions qui jouent séparément, x |
sans préjudice de tous autres; peu importe l’ordre où nous les mettrons elles-mêmes, puisque justement elles jouent séparément; l’important est de reconnaître que non seulement elles ne coïncident pas, mais qu’elles sont différentes et jouent séparément, différemment, sur des | plans différents non parallèles; ni le personnel ne coïncide avec le privé, ni ni l’un ni l’autre ne coïncident avec le non-oficiel ; et il y aurait encore à faire la distinetion du particulier et du général, qui se distingue ellemême des trois autres; et de l’individuel et du collectif, qui se distingue elle-même encore des quatre autres, des quatre premières; et du singulier et du pluriel, qui des -cinq autres; et du propre et du commun, qui des six autres; mais pour aujourd’hui tenons-nous-en à la : distinction de nos trois premières distinctions et de leurs $ distingués eux-mêmes; la non distinction, la confusion : de ces trois premières distinctions et de leurs distingués 4 eux-mêmes est une des plus grandes causes de trouble | qu’il y ait aujourd’hui dans les esprits; et c’est ce trouble à “ qui ouvre les voies à tant de démagogies tumultueuses; distinguons; distinguons, comme le disait un prince- ; évêque de la troisième République, je veux dire un À prélat qui était devenu député; je distingue afin de ne : point demeurer dans la confusion; en face de nos trois premières distinctions de distingués, distinguons bien 4 les distingués antagonistes, distinguons bien que ni l’impersonnel ne coïncide avec le public, ni que nilun ni l’autre ne coïncident avec l’officiel; et par voie de conséquence distinguons enfin, et tenons-nous-en là pour aujourd’hui, que ni la distinction du personnel d’avec l’inpersonnel ne coïncide avec la distinction du privé d’avec le public, ni que ni l’une ni l”autrene
coïncident avec la distinction du non-officiel d’avec l’officiel.
Une opération est officielle quand et dans la mesure où l’opérateur, l’auteur de cette opération, agit en son office ; elle est non-officielle quand et dans la mesure où l’auteur n’agit pas en son office. De la main gauche, elle est officieuse quand l’auteur de cette opération est un personnage officiel qui n’agit point en son office.
Une opération est publique au sens et dans la mesure où la matière de cette opération est publique; elle est privée au sens et dans la mesure où la matière de cette opération est privée.
Une opération est personnelle au sens et dans la mesure où l’auteur de cette opération existe, est personnel, est une personne; un être; elle est impersonnelle au sens et dans la mesure où l’auteur de cette opération n’existe pas.
[Je ne donne pas ceci pour une définition; ni pour un ensemble de définitions, enfin pour être de l’ordre des définitions; je ne sais pas, je ne veux pas savoir ce que
c’est qu’une définition, que la définition, scolaire; la définition qui s’interdit d’employer, de faire intervenir même souche, de la même race, un mot de la même racine, se condamne automatiquement par là même à remplacer le mot juste par une injuste périphrase, le mot propre par des circonlocutions impropres. Tel n’est, tel ne saurait être ni le sens, ni l’objet, ni la forme d’une | définition véritable, qu’il vaudrait d’ailleurs mieux nommer une distinction. Le besoin d’une définition, ou , d’une distinction, ne se fait vraiment sentir que quand
LA il y a doute, hésitation, scrupule surlesens ou sur l’usage ES 5 d’un mot, les doutes et les hésitations de sens n’étant elles-mêmes, au fond, que des hésitations d’usage, 4 BE puisqu’un mot n’est qu’au sens et dans la mesure oùil ë. vit, puisqu’il n’existe qu’au sens et dans la mesure où il 6 2 sert, où il travaille. Il ne faut jamais faire une défini 2 tion, introduire une distinction par désœuvrement, ni é pe par exercice, — ni pour s’amuser, ni pour s’exercer, 2 | comme d’ailleurs on ne doït généralement rien faire, — à “6 et on ne peut généralement rien faire de bon, —nipoue ne
s’amuser ni pour s’exercer, — mais seulement quand et 3
a dans la mesure où dans le travail et dans la viele js besoin s’en fait réellement sentir. Quand donc le besoin “4 | de d’une définition, d’une distinction se fait véritablement 4 É et réellement sentir, par exemple pour déméler et vider 3 + quelque erreur, et, par exemple plus particulier, pour Ee. essayer de déméler un peu et vider de son contenu M à d’erreur quelque erreur de quelque démagogie, alors, f mais seulement alors, on peut, et quelquefois on doit ; essayer de donner quelque définition, ou plutôt d’intro5 duire quelques distinctions; et l’effort que l’on peut faire É alors ne peut consister qu’en ceci : fabriquer, monter, ti — un peu artificiellement, je l’avoue, — un petit mécape nisme, un petit rouage, imitant autant que possible un +4 2 petit organisme naturel, où le mot intéressé entre et joue £ autant que possible naturellement. Par conséquent, loin qu’il faille s’interdire de mettre le défini dans la définir É tion, ou au moins quelqu’un de sa famille, qui se fasse à en quelque manière son garant, au contraire, si vous ne : à d mettez pas le défini dans la définition, si le défini n’est À | pas présent dans la définition, vous n’êtes plus assuré « Ê de rien, alors; vous ne savez plus du tout si votre défiKe: RE
à Fe _ nition est bonne; et même vous êtes assuré qu’elle est 5e É mauvaise; vous ne savez plus du tout comment votre me. _ définition se comporte envers le défini qui était à définir; 15 ‘4 et même vous êtes assuré qu’elle se comporte mal ou s 4 plutôt qu’elle ne se comporte pas du tout, puisque le me: défini n’est plus là, pour dire ce qu’il en est, pour dire | % 8 ce qu’il en pense, puisqu’il n’est pas présent à la défini- Pt. ÿ tion, puisqu’il n’est pas, puisqu’il ne joue pas dans la 4 _ définition; puisqu’il n’entre pas dans la définition, de comment sauriez-vous s’il est content d’elle; puisqu’il à Ë ne joue pas en elle, puisqu’il n’a aucune relation avec : % ne. elle. Dans les exemples que j’ai donnés, ce qui impor- x 52 = tait, ce qui faisait la définition, la distinction, c’était ces Le d mots et ces considérations de matière et de destina- ÈS tion, de forme, d’auteur. Dès que ces mots étaient : 7
donnés, et ces considérations, la définition était faite, la ‘4
distinction acquise, il n’importait pas que les mots à ne 4 définir fussent dans la définition, dans la distinction, ou “4 ! plutôt il fallait qu’ils y fussent, pour voir un peu comme B ils se comportaient, à présent. Fe à Je ne prétends pas épuiser en si peu de mots cette à RE 1 question difficile de la définition et de la distinction; ee ; mais j’en ai pu dire assez pour me permettre d’avancer 54% 4 un peu dans l’examen des exemples qui se sont trouvés ; 0% , En résumé la question de personnalité est une ques- ER: tion d’auteur; publique ou privée, oflicielle ou non-off- CS ? cielle, une opération est personnelle au sens et dans la 3 * ; mesure où l’auteur de cette opération est une personne ; 152 ; elle est impersonnelle au sens et dans la mesure où l’au- La teur de cette opération n’est pas une personne; Si Vous . Ée
É Fe Charles Péguy 7 et” “ êtes une personne, vous ne pourrez rien faire, vous ne E° ” | pourrez pas acheter une carte postale de deux sous 3 sans que votre opération soit personnelle; si vous n’êtes Le pas une personne, vous pouvez tout faire, vous pouvez se écrire un discours sur l’histoire universelle : votre opé- ration ne sera personnelle jamais. + ; La considération d’oficialité est une considérationde ; forme; personnelle ou impersonnelle, publique ou “4 privée, une opération est officielle quand l’auteur de £ 2 cette opération agit en son office: elle est non-officielle quand l’auteur de cette opération n’agit pas en son + : office ; elle est seulement officieuse quand l’auteurestun :
- personnage officiel, mais qui n’agit pas en son office. Fe La considération de publicité est une considération de 5 è matière et de destination; personnelle ou imperson- 4 nelle, officielle, officieuse ou non-officielle, une opération ss est publique au sens et dans la mesure où la matière de F
- cette opération est publique, et où cette opération 4 | s’adresse au public; elle est privée au sens et dans la 5 mesure où la matière de cette opération est privée, et ù où cette opération s’adresse au privé. à : L Cela étant, il suffit de faire jouer les vieux mécanismes “4 : de l’ancienne logique formelle, ou, comme on dit … 3 ; aujourd’hui prétentieusement, les — prétendus now veaux — mécanismes de la — soi-disant neuve — logique L. É mathématique pour obtenir, comme par enchantement, 3 en leurs parfaites formules, tous les cas particuliers. S. Il suffit de faire jouer la formule N—22, où N est le 4 nombre cherché des combinaisons possibles, — ou à existantes, — enfin mettons des combinaisons logiques, : — pour ces gens-là il n’y a aucune différence entre le
logique et le réel, et d’ailleurs, s’il y avait quelque diffé- rence, entre les deux, ce serait le réel qui aurait tort, et , le logique, raison, — a, le nombre donné des considéra-
tions élémentaires initiales, et 2 le nombre donné uniforme des parties élémentaires contradictoires complé- mentaires entre elles en lesquelles se divise chacune de
ces considérations. :
Dans ces exemples particuliers que nous avons trouvés sur le chemin de nos recherches, 2 signifie et représente que nous avons affaire constamment à des paires, que nos considérations élémentaires marchent
par paires, en forme de paires, qu’elles se décomposent
entre elles deux, — une réserve étant faite seulement sur et pour l’officieux, qui s’intercale subsidiairement entre l’officiel et le non-ofjiciel; — et a vaut 3, puisque nous n’avons voulu considérer pour aujourd’hui et retenir que trois de ces groupes, trois de ces paires.
Faisant donc jouer cette formule, que l’on eût dite autrefois de logique formelle, mais qu’aujourd’hui nous dirons péremptoirement de logique mathématique, —
on voit que je suis fou d’orgueil aujourd’hui, et que je ne vais à rien moins qu’à vouloir me faire passer pour le meilleur élève de l’honorable M. Couturat, — faisant jouer cette formule, une des plus simples qui se puissent présenter dans ces enseignements admirables, nous obtenons immédiatement, mais astucieusement, que dans cet exemple particulier, par le jeu de trois paires venues de trois ordres de considérations, nous obtenons
- huit cas particuliers, huit combinaisons tout élémentaires.
e & a) ou première combinaison élémentaire : opération ss personnelle publique officielle; exemples : quand um “2 chef de gouvernement, qui est une personne, accomplit, Es en son office, un acte de son gouvernement, ou simple- 3 : ment quand un électeur quin’est pas une bête va voter; és : b) ou deuxième combinaison élémentaire : opération é à #. Æ personnelle publique non-officielle : quand un chef de 5 er gouvernement, qui est une personne, accomplit, en 4 ee * matière publique, une opération qui n’est pas officielle, 2. : par exemple parce qu’elle n’est pas officiellement 3 7208 avouable; ou simplement quand un électeur, qui n’est # re LE pas une bête, exerce, en matière publique, une action Fe qui n’est point de forme officielle; 124 3 Ke b) ou combinaison subsidiaire à la deuxième combi- À pus officieuse : quand un chef de gouvernement, qui est une : personne, accomplit, en matière publique, un acte offi- à
; cieux, comme d’envoyer une note à un journal officieux;
: ce qui serait un acte officiel serait par exemple de faire 4 24 insérer un décret au Journal officiel: dans ce cas parti- FE 8 culier la distance qu’il y a du Journal officiel aux jour 4 naux officieux, aux journaux inspirés, représente et
“4 lofficieux; ou, si l’on veut, cette distance apparaît dans FE un exemple encore plus resserré, par la distance qu’ily
2 FACE a, dans le même Journal officiel, entre la partie officielle
et la partie non-officielle; plus simplement ily a opéra-
6 tion personnelle publique officieuse quand un électeur
ê qui n’est pas une bête fait en matière publique une opé- F # Es ration de forme officieuse, comme de fonder un journal
7 20
= c) ou troïsième combinaison élémentaire : opération 4
personnelle privée officielle : quand un père de famille, co S :
: qui est une personne, envoie dans la forme officielle Ra ne son consentement au mariage de son fils; ou quand, :\S 5 : étant le même, il fait son testament; #2 $ d) ou quatrième combinaison élémentaire : opération Ÿ és ; personnelle privée non-officielle : quand un père de à ‘ famille, qui est une personne, donne à son fils des con- ; à seils ou des renseignements sans aucune intervention 7 | formelle de la paternelle autorité ; Ù “4 2 d) ou combinaison subsidiaire à la quatrième combi- : 4 cieuse : quand un père de famille, qui est une personne, Dé 2 engage avec son fils une conversation de forme off- k | €) ou cinquième combinaison élémentaire : opération 0 impersonnelle publique officielle : un chef de gouverne- e. ment, qui n’existe pas, accomplit, en son office, en sa ‘4 3 qualité officielle, un acte de son gouvernement; plus 2 ne simplement un électeur, qui est une bête, — il y en a, — à
- f) ou sixième combinaison élémentaire : opération 3 4 impersonnelle publique non-officielle : un chef de gou- PS” : vernement, qui n’existe pas, accomplit, en matière #
- publique, un acte non-officiel, par exemple un acte in- ie avouable; simplement un électeur, qui est une bête, — il at \ : y en a encore, — entreprend de convertir à ses idées Hi S son voisin de campagne; BR es f) ou combinaison subsidiaire à la sixième combi- < ]
officieuse : un chef de gouvernement, qui n’existe pas, 4 exerce, en matière publique, et à destination du public, de une action officieuse; plus simplement un électeur, qui |
est une bête, — il y en a toujours, — fonde un journal 1
g) ou septième combinaison élémentaire : opération
impersonnelle privée officielle : un père de famille, qui : 3
n’existe pas, envoie à son fils, pour son mariage, dans ;
les formes consacrées, son consentement; ou ce père de ’ famille, étant le même, fait son testament; ou il écrit 3
h) ou huitième combinaison élémentaire : opération 4
. impersonnelle privée non-officielle : un père de famille, 4 qui n’existe pas, donne à son fils des conseils ou des 4
S renseignements sans faire intervenir officiellement nisa E.
qualité ni son autorité paternelle ; À
| h) ou combinaison subsidiaire à la huitième combi- À
officieuse : un père de famille, qui n’existe pas, engage Ne.
avec son fils, en matière privée, une conversation de Ë:
La formule que nous avons développée n’est elle-même ‘4
qu’un cas particulier d’une formule plus générale; nous x
avons pu appliquer cette formule particulière parce que “4
nous n’avons envisagé que des combinaisons doubles, Ne
des combinaisons où les thèses élémentaires faisaient #
des paires, allaient par deux; c’est ce que signifie le 2 æ
qui vient en tête de notre formule; si nous avions eu 4
affaire à des combinaisons triples ou quadruples, et ainsi de suite à volonté, inégalement, à des tri- et quadripartitions et ainsi de suite irrégulières, nous eussions eu à multiplier à chaque fois, pour chacune des combinaisons données de plus, par le nombre de thèses possibles incluses dans cette combinaison, puisqu’elles jouent séparément, les combinaisons; ainsi généralement une combinaison C donnant n alternatives, une combinaison C? donnant r’ alternatives, et une combi. 4 naison C” donnant n” alternatives donneront un nombre de combinaisons élémentaires ou de cas particuliers
N=nn n’: si nous avions envisagé en outre la
distinction du singulier et du pluriel, nous eussions eu ù déjà seize combinaisons élémentaires ou cas particuliers; si la distinction de l’individuel et du collectif, : trente-deux ; si la distinction du propre et du commun, , soixante-quatre; et ainsi de suite.
Avant d’utiliser en bref pour ma réponse la reconnaissance que nous venons de faire de toutes ces distinctions, je veux mettre le comble à ma gloire aujourd’hui en en dressant de ma main un tableau; ce tableau ne sera pas moins que synoptique; il est temps que moi aussi je dresse des tableaux, en attendant des statistiques; et que je donne à nos excellents compositeurs ordinaires l’occasion de dessiner une fois de plus quelqu’une de leurs savantes typographies :
% On voit mieux ainsi comment les discriminations se ; = font par paires; dans ce cas où toutes les combinaisons ; primitives elles-mêmes vont par paires; si nous n’avions ; considéré que deux paires, nous pouvions établir un tableau beaucoup plus simple, sans répétitions ni 2 accolades, parce que nous eussions pu procéder par 24 | bandes perpendiculaires, horizontales et verticales; < | notre tableau eût ressemblé à une table de Pythagore; SFR et en effet il eût représenté et entraîné une simple multiplication; aussitôt qu’on attaque la troisième paire, on | pe peut plus procéder que par accolades et répétitions; notons seulement que les trois paires jouant séparé- ment, selon que l’on commence et que l’on continue par telle ou telle paire, et selon qu’on place les hypothèses dans les accolades, on peut établir à volonté, par application d’une autre formule, en tout (1X2X3) (2X2° X22°) tableaux de procédure différente qui reviennent exacte- : ment au même.— Si l’on fait entrer en ligne de compte les officieuses au même titre que les deux autres du même ordre, on arrive à une formule beaucoup plus DE compliquée que la plupart de nos abonnés établiront sans peine; j’avoue que je n’ai pas pu y parvenir; j’ai | même quelque inquiétude pour ma précédente formule SAS | et je serais heureux que quelqu’un de compétent me rassurât; il est vrai que je ne me suis pas chargé pen- 107 dant un interim d’enseigner la logique mathématique ç aux auditeurs du Collège de France. Ces définitions étant faites, ou plutôt ces distinctions étant acquises, ou plus simplement ces distinctions | : étant simplement constatées, qui, je l’espère, nous ser_ viront souvent, je m’en sers tout de suite et je réponds
| dans la forme à M. Gabriel Monod. D’abord, et pour nous débarrasser de cette incidente, il me reproche, autant que je me rappelle, de n’avoir pas entièrement publié cette lettre que je publiais. C’est un grief qui fait toujours beaucoup d’effet. Ma réponse n’en fera pas autant. Il dit vrai. Je n’ai pas entièrement publié cette ; lettre. Je pourrais me le reprocher. Mais ce n’est pas à -_ que je n’ai pas publiée, une toute petite phrase, était une phrase qui lui eût paru beaucoup moins publiable + encore que le reste de la lettre, puisqu’il y s’agissait d’une candidature que l’on posait de M. C. Bouglé à ne une chaire de Sorbonne, je crois, une chaire existante, 3 ou une chaire qui était à créer, je ne me rappelle plus. : Or nous sommes dans une situation d’esprit malheu- 4 reusement à laquelle je me conforme par faiblesse, mais 4 à laquelle je ne souscris pas dans le fond de ma 4 conscience, par laquelle nous sommes de plus en plus ‘4 tentés de considérer l’attribution des charges publiques q comme une distribution d’affaires privée. à Sur tout le reste de la lettre, que j’ai publié, je “4 réponds à M. Gabriel Monod dans la forme qu’en effet ne cette lettre était sa lettre, qu’en effet cette lettre était À personnelle; cette lettre était personnelle, comme tout J ce que fait M. Gabriel Monod, parce que son auteur a 4 de la personnalité, est une personnalité. à Mais ce que je nie absolument, c’est que cette lettre, 4 personnelle, fût une lettre privée, c’est qu’elle fit une Be opération privée; sur une matière publique essentielle- #4 ment, comme était alors ce danger politique, civique et 3 moral de la délation gouvernementale organisée, ce que 3 je nie absolument, c’est que d’un citoyen à un citoyen,
-
d’un simple citoyen même à même un simple citoyen, il puisse y avoir une seule communication, une seule opé- ration qui ne soit pas une opération publique, de quelque manière qui soit une opération privée. Nous l’avons dit assez souvent pendant l’affaire, et si je me permets ici de me référer à cet illustre précédent, c’est que sur ce point particulier nous avions cent fois raison : dans ces grands débats de salubrité publique, nul citoyen, nul simple citoyen même ne peut, à moins d’avoir lui-même renoncé à toute qualité civique, à moins de perdre lui-
-
même tout droit de cité, à moins de se décapiter lui-même de sa tête de citoyen, nul citoyen, nul simple citoyen ne peut se dérober, ne peut se soustraire à la responsabilité civique de prendre publiquement une
Si nul citoyen, nul simple citoyen ne peut se soustraire au rigoureux devoir de prendre une situation civique dans les grands débats de la cité, quel ne sera pas le devoir d’un homme comme M. Gabriel Monod; c’est à nous, au contraire, c’est à nous à nous retourner ici, et à demander à notre maître, et à regretter qu’il ne fût pas intervenu plus tôt dans ce débat de la délation lui-même par une publication de lettre officieuse et même officielle.
? Officieuse, car M. Gabriel Monod s’est fait dans le public depuis un assez grand nombre d’années, — par ses interventions nombreu$es dans les questions publiques, par ses articles, discours, lettres, interviews,
‘ enfin interventions de toutes sortes, comme était tout récemment encore sa situation prise dans l’affaire de la candidature Scheil au Collège de France, — une situation morale singulière, il s’est constitué une sorte de
= magistère officieux qui apporte avec lui beaucoup Fe d’honneur, mais qui entraîne avec lui une lourde responsabilité. Quand un homme a une fois commencé à : exercer ce magistère, il ne peut plus s’arrêter, jamais, il ne peut plus, sous aucune forme, donner sa démission. | Nul n’est tenu, — pratiquement, — d’être prophète Û en son pays; mais une fois que l’on s’est plus ou moins consciemment conféré ou fait conférer cette sorte de magistère oflicieux, on ne peut plus, jamais, sous . aucune forme, démissionner. Le président de la République peut démissionner. M. Gabriel Monod ne démis- < sionnera jamais d’avoir été, d’être Gabriel Monod. : ; On peut entrer ou n’entrer pas dans la vie publique, attirer sur soi l’attention du public, s’imposer à l’atten- … 4 tion du public; — je dis qu’on peut entrer ou n’entrer < pas pour simplifier, parce que là aussi il y aurait à voir, ‘à mais mettons pour aujourd’hui qu’on peut entrer où Se n’entrer pas; — mais une fois que l’on s’est, aussihonorablement, imposé à l’attention du public, on n’est plus libre; on n’est pas libre de s’en aller; de continuer ou de ne pas continuer; un officiel peut encore démissionner, — justement parce qu’étant officiel il peut donner une démission officielle : — un officieux ne le peut pas. è La haute autorité morale qui s’est attachée au nom $ de M. Gabriel Monod lui a ainsi conféré une magistrature, d’autant plus indélébile qu’elle est officieuse; une ; magistrature dont il demeure éternellement prisonnier; É et quand il n’est pas là, son absence est publique, et quand il ne parle pas, son silence publiquement parle … pour lui. Combien de fois ne nous avait-on pas dit, 3
combien de gens ne nous avaient-ils pas dit : La preuve A qu’il n’y a rien de répréhensible dans la délation gou- 4 vernementale organisée, c’est que Gabriel Monod n’a ée rien dit. Ainsi quand ces grands témoins ne veulent pas dé témoigner, quand il refusent ou quand ils récusent leur st propre témoignage, leur silence même est interprété et Ta _ travaille contre eux et témoigne pour eux. Parce qu’il y à, a une sorte d’hypothèque perpétuelle sur eux, et indé- :
- lébile, de tout ce public dont ils ont une fois acquis, Fe dont ils possèdent l’attention. | Nous étions donc fondés à espérer recevoir de notre maître, dans ce pénible débat de la délation gouvernementale organisée, un enseignement officieux, un témoignage officieux, un témoignage moral, ou, comme on dit dans les procès, — puisqu’en effet il s’agissait d’un procès, — plus précisément un témoignage de moralité; nous avions le droit d’attendre cet enseignement, nous avions hypothèque constituée sur ce témoignage; et S donc c’est nous qui ne l’ayant pas reçu, quand nous Vattendions, avons été maltraités.
Je vais plus loin; nous étions en droit d’attendre de ne notre maître, nous étions en droit d’escompter une manifestation officielle. Ce que nous faisions n’avait rien de sournois, rien d’occulte, rien d’inavoué. C’était une démarche toute ouverte et toute publique, toute officielle elle-même. M. Gabriel Monod occupait une haute situation à la Ligue, non pas seulement, comme partout ailleurs, une haute situation morale, mais une
{ haute situation personnelle, une haute situation pour , ainsi dire corporative et historique; il ne me démentira . pas si je dis que cette situation dépassait de beaucoup sa situation locale dans la section de Versailles. Comk
2 bien de fois ne nous at-on pas dit : La preuve que la : ÿ Ligue n’est point sortie de ses lignes et ne manque pas ae à sa mission, la preuve que le Comité central a raison, & Le c’est que Monod n’a pas démissionné. 4e Lez. Sur le fond même je ne vois pas ce qui rendait incom- 3 = municable, au public, impubliable, cette lettre person Ë pelle publique non-officielle. Je ne fais point à M. Monod à % l’injure de lui attribuer cette grossière distinction vul- É os gaire, pratique, mais populacière, que les lettres confusé- à 3e ment personnelles, privées, non-oflicielles, — car ces C trois caractères ne se distingueraient pas, — seraient É £ des lettres où on dirait sa pensée et que les lettres confusémentimpersonnelles, publiques, officielles, — car ces trois caractères ne se distingueraient pas, — seraient * 4 : des lettres où on ne dirait pas sa pensée, soit qu’on la masquât, soit qu’on l’altérât; ou simplement que les cielles seraient des lettres où on dirait le fond desa ; pensée tandis que les lettres indistinctement imperson- 4 ; nelles, publiques, officielles seraient des lettres où on A ne dirait que le dessus de sa pensée; dans ce que j’ai 4 | publié de la lettre de M. Gabriel Monod je ne vois, autant que je me rappelle, que deux parties. 4 Dans l’une de ces parties l’auteur indique, en termes 4 t fort modérés, ce qu’il pense de la Ligue et du Comité central; je ne pensais pas que nulle difficulté dût venir n. | de cette partie; M. Gabriel Monod comptait des amis, ë peut-être beaucoup d’amis, dans la Ligue et particuliè- : rement dans le Comité central; qu’est-ce à dire, et ne sait-on plus enfin ce que c’est que l’amitié. 4
Pour moi je ne sais point ce que c’est qu’une amitié qui se poursuivrait dans l’erreur et dans le crime; je suis assuré que ce ne serait point là une amitié véritable; je crois au contraire que tout l’effort d’une amitié digne de ce nom doit porter à disputer, fût-ce violemment, à arracher un ami à ce que l’on croit être l’erreur ou le crime. Dans l’autre de ces parties l’auteur marque, un peu plus violemment, sa réprobation, parfaitement justifiée, hâtons-nous de le dire, pour ces anciens politiciens antidreyfusistes qui s’étaient fait une arme politique nouvelle d’une maladresse gouvernementale, d’une erreur et d’un crime; il est parfaitement vrai que ces diables devenus ermites avaient, moins que tous autres, qualité pour feindre d’être devenus de vertueux moralistes et pour essayer d’utiliser ainsi cette maladresse d’un gouvernement ennemi, cette erreur et ce crime; je ne < prévoyais pas qu’il pût venir quelque difficulté de cette partie; je n’y avais même pas pensé; je ne pouvais pas même supposer que des relations suivies avaient continué ou s’étaient renouées entre les membres les plus éminents de notre État-Major et quelques-uns des membres les plus notoires de l’État-Major ennemi ; nous autres petites gens nous avions coupé tous les ponts derrière nous; on nous fait voir, on nous fait savoir aujourd’hui qu’il n’en avait pas été de même pour les grands seigneurs de nos armées; c’est toujours la même histoire, l’histoire de toutes les guerres; les simples Je ne pouvais imaginer et j’ai, comme on dit, été
5 _ péniblement impressionné d’apprendre que pendant ce si temps nos grands chefs, comme tous les grands chefs % de tous les temps, songeaient encore à ménager des LS a relations académiques et mondaines; on a bien tortde se dire que les États-Majors ne pensent pas aux communi- 3 à cations. Ils ne font que cela, d’assurer leurs communi- # 4 Silencieusement je pense à cette affaire où nous avons 4 Fe laissé les cadavres défigurés de quelques-unes des ami- . tiés qui nous étaient les plus chères; dans le désastre de
nos espérances et dans le silence de cette retraite je me |
à rappelle cette affaire qui pour nous pauvres gens brisait les familles comme paille, brisait comme un fétu nos = - chères amitiés de petites gens; rien ne comptait plus;
Ê moi-même j’avais des amis de ma toute première enfance, des amis éprouvés, de ces amis que rien ne peut remplacer, que nul ne peut imiter, car nul ami
5 nouveau n’apportera plus la commune joie et la mémoire | commune des mêmes regards d’enfance, la même vue et . À : le même regard des mêmes paysages de Loire; nul ami nouveau n’apportera les anciens yeux; les yeux qui ont à è vu, en un temps que nul ne refera, les mêmes paysages 4 . ensemble; j’avais, comme tout le monde j’avais de ces è amis éternels; quelques-uns s’engagèrent dans la voie ; qui était selon nous la voie de la tentation; et par là 4 voie de la tentation la voie de la perdition éternelle; je 2 fis pour les arracher de cette voie de la tentation, qui ; était pour nous la voie de l’erreur et du crime, des efforts désespérés. Quand nos efforts demeuraïent vains, quand nos passions amicales demeuraient frappées de ; É stérilité, nous brisions. Nous rompions un parentage, 4
_ une amitié de vingt ans, nous qui n’avions guère passé XIE vingt-cinq ans, nous brisions avec une sorte d’ivresse 358 ss _ farouche, d’amertume âpre, comme nous nous fussions 2 nn rompu le bras droit : Si ta main te scandalise, coupe- 208 je A la. Nous nous fussions arraché un frère. ÈS De Cependant nos bons collègues des différentes Acadé- _ mies trouvaient le moyen de ne point couper ou plus tard de rétablir le lien académique et mondain qi | unissait entre elles leurs précieuses personnes. pc Le père n’était plus rien pour le fils; le fils n’était 5 plus pour le père; le frère ne connaissait plus le frère, | mais nos collègues de l’Académie des Inscriptions et MA a Belles-Lettres et nos collègues des Sciences morales et : 452 _ politiques étaient toujours nos collègues. x ; 34
SES Notre catalogue analytique sommaire; notre : 25 sut _ petit index alphabétique provisoire du catalogue :%4 analytique sommaire ; notre petite table analytique a F4 F nu provisoire très sommaire de notre sixième série .. 2 CR Le Pdnadame Sonia Darbell 2350 Teens 5 cs Du même auteur, en vente à la librairie des FR 48 Or/lesrens de (fenêpé:s 12 00e 20 AR: “HTTNES Seule, de toutes les religieuses … … 93 DRE
_ dixième cahier de la septième série
#2 ‘ Saint-Germain, Paris, vient de paraître : Jérôme FL “à 7 et Jean Tharaud, l’ami de l’ordre, épisode de la ë ” ne Chez le même, Almanach du Bibliophile et Biblio- Re 18 thèque sociale et philosophique à soïxante cen- 2 es Vannonce de l’Union pour la vérité; M. Paul Des- / RER jardins; l’ancienne Union pour l’action morale; :