VII-15 · Quinzième cahier de la septième série · 1906-05-05

Les cahiers d'Arnold Scherer

Charles Péguy

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Il est impossible de suivre honnêtement le mouve- ment littéraire, le mouvement d’art, le mouvement politique et social si l’on n’est pas abonné aux Cahiers de la Quinzaine.

Pour savoir ce que sont les Cahiers de la Quinzaine,

il suffit d’envoyer un mandat de trois francs cinquante à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. On recevra en spécimens six cahiers de la cinquième série.

Pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières séries des cahiers, 1900-1904, envoyer un mandat de cinq francs à M. André Bourgeois, même adresse; on recevra en retour le catalogue analytique sommaire, 1900-1904, de nos cinq premières séries, premier cahier de la sixième série, un très fort cahier de XI1+408 pages très denses, grand jésus, marqué cinq francs.

Pour s’abonner à la septième série des cahiers, qui est la série en cours, envoyer en un mandat à M. André Bourgeois, même adresse, le prix de l’abonnement; on recevra les cahiers parus et de quinzaine en quinzaine, à leur date, les cahiers à paraître de cette septième série.

Voir à l’intérieur en fin de ce cahier les conditions et le prix de l’abonnement. “4

Nous mettons le présent cahier dans le commerce; quatorzième cahier de la septième série; un cahier blanc de XVI 164 pages; grand jésus; nous

le vendons trois francs cinquante.

les cahiers Arnold Scherer paraissant vingt fois par an 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

ai Nous avons publié dans nos éditions antérieures et

1 dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un Si

ï À grand nombre de documents, de textes formant dos-

si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles,

il: romans, drames, dialogues, poèmes et contes; — un

3 si grand nombre de cahiers d’histoire et de philoso- )

‘Lee phie; et ces documents, renseignements, textes, dos-

es siers et commentaires, ces cahiers de lettres, d’histoire;

et de philosophie étaient si considérables que nous

pouvons pas songer à en donner ici l’énoncé même le

plus succinct; pour savoir ce qui a paru dans les cinq

premières séries des cahiers, il suffit d’envoyer un man-

dat de cinq francs à M. André Bourgeois, administra-

A teur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée,

Paris, cinquième arrondissement; on recevra en retour

le catalogue analytique sommaire, 1900-1904, de nos

à Ce catalogue a été justement établi pour donner, autant qu’il se pouvait, une image en bref, un raccourci,

une idée, abrégée, mais complète, de nos éditions anté-

rieures et de nos cinq premières séries; tout y est classé

dans l’ordre; il suffit de le lire pour trouver, à leur

place, les références demandées.

! Ce catalogue, grand jésus, forme un cahier

je très épais de XI1+/08 pages très denses, marqué cinq

francs; ce cahier comptait comme premier cahier de la À sixième série et nos abonnés l’ont recu à sa date, le si 2 octobre 1904, comme premier cahier de la sixième SE série; toute personne qui jusqu’au 31 décembre 1905 s’abonnait rétrospectivement à la sixième série le rece- vait, par le fait même de son abonnement, en tête de la #3 série; nous l’envoyons contre un mandat de cinq francs à toute personne qui nous en fait la demande. à Pour amorcer tout travail que l’on aurait à commencer ‘is dans notre premier catalogue analytique sommaire, con- à sulter le petit index alphabétique provisoire que nous; avons établi de ce catalogue analytique sommaire. Ce petit index alphabétique provisoire, grand Jésus, forme un cahier très maniable de XII 60 pages très claires, marqué un franc; ce cahier comptait “#4 comme premier cahier de la septième série et nos abonnés l’ont reçu à sa date, le premier octobre 1905, comme premier cahier de la septième série; toute personne qui s’abonne à la septième série, qui est la: série en cours, le reçoit, par le fait même de son abonne- ment, en tête de la série; nous l’envoyons contre un mandat de un franc à toute personne qui nous en fait la demande. Pour la sixième série, année ouvrière 1904-1905, et à en attendant que paraisse le catalogue analytique som- maire de nos deuxièmes cinq séries, 1904-1909, on peut consulter, — provisoirement, — la petite table analytique très sommaire que nous avons publiée en fin de ce cahier index.

Arnold Scherer naquit le 17 août 1853; il mourut à ne Menton le 8 janvier 1873. Les extraits de journal qu’on lire furent donc écrits par un garçon de dix-sept: ans. Pour tout autre, ces dates seraient une excuse. #8 Elles ne font, ici, que souligner une maturité précoce ‘AR et, en quelque sorte, inquiétante. Il paraît certain, en à SE ; effet, que les émotions de l’année terrible, dont vibra ne. ; cet enfant exalté, déterminèrent la maladie qui, deux ans plus tard, l”emporta. Il était fait pour les ressentir dans toute leur force et leur étendue. Élevé dans un milieu austère, où les seules passions régnantes étaient la pensée et l’étude, il s’était préparé par l’histoire au 5 Je sens de la chose publique. IL y avait en lui un orateur, un poète et un écrivain. Il révéla ces facultés pendant. » l’invasion elle-même, devant les enfants de l’école ASUS primaire de Versailles, qu’il entretint de Jeanne d’Arc, VIS et dans une modeste feuille locale où il fit ses débuts de nn. journaliste. Le reste de son temps se passait aux ambu- ‘ris à lances et dans la rue. Il écrivait, en rentrant chez lui, ses impressions dans ces notes. Minutes de fièvre qui 1 mürissent, qui vieillissent plus que des années! La com- 118 à . motion qu’Arnold en garda, j’en trouve la trace en des À:

papiers trop intimes pour être imprimés, dont je détache

Je suis très ambitieux, écrit-il en février 1872. Ma pensée entière, la voici (et je n’ose songer au cas où elle ne serait pas réalisée). Je compte être un jour, vers ma quarantième

: année, un ministre influent dans mon pays. Je serai au pouvoir le représentant d’un système large et grandement conçu, dont je poursuivrai la réalisation avec vigueur et persévérance. Mon idée, c’est l’extirpation, la ruine graduelle du catholicisme. Mon programme sera radical et complet. Je ne m’arrêterai devant aucune hardiesse dans la conception générale, mais je serai plein de ménagements dans la pratique. Je serai juste, mais impitoyable, et je mourrai à un âge avancé, laissant une grande œuvre commencée, développée même: la libération de mon pays …

A côté de ce rêve de pouvoir, je fais un autre songe, celui d’une courte vie, bientôt brisée par une mort violente. Mourir criblé de balles sur un champ de bataille d’Alsace, voir en mourant la flèche de la cathédrale de Strasbourg, et une colonne de Prussiens en retraite sur le Rhin, c’est

enviable..….. L’un ou l’autre!

N”est-il pas frappant de trouver dans ces lignes, sous une forme dont les circonstances doivent faire excuser la rudesse, la double pensée qui, aux yeux de l’histoire, sera, selon toute apparence, la marque de la troisième République? L’un ou l’autre! Nous n’avons accompli, en vérité, ni l’un ni l’autre. Arnold Scherer, en mourant jeune, a moins perdu qu’il ne pensait. Y eût-il changé quelque chose? La question peut paraître enfantine. Cependant Bersot, sur sa tombe, qui ne parlait pas à la légère, dit ces émouvantes paroles:

Quand on réfléchit aux dons qu’il tenait de la nature, à la puissance du travail et d’une direction comme celle qu’il recevait, on se demande, et c’est l’éloge singulier de ce

A jeune homme de dix-neuf ans, ce que le pays aussi a peut- Telle fut cette destinée, plus touchante d’être si brève, pareille à ces marbres brisés que, malgré leur BRL! _mutilation, on sent animés d’un beau rythme. Elle évoque ces vers de Sully-Prudhomme, ces vers poignants de l’homme d’étude aux conscrits tombés sur le champ VAS : de bataille: Nous lutterons aussi, nous qui sommes restés, à O fils des paysans vainement économes!.… Et peut-être aurons-nous nos blessés et nos morts.

  • De ces morts fut Arnold Scherer. Il mérite qu’une: METRE main pieuse grave son nom sur un petit livre, comme DEA sur une urne funéraire. Puisse-t-elle arrêter le pas- 14 )

Discours de M. Ernest Bersot RER. prononcé sur la tombe d’Arnold Scherer à le 17 janvier 1873, à Versailles Arnold Scherer a désiré qu’un ami de la famille quelques mots sur sa tombe; il nommé; je viens.…

  • selon son désir. Quelque pénible que soit ce devoir, je A ne le remercie d’avoir pensé que je l’accepterais, et que à douze années où nous avons vécu si familièrement ensemble ont créé entre nous une affection sur laquelle, +40 vivant ou mort, il pouvait compter. De: Il était le 17 août 1853; il n’avait pas encore à vingt ans. Qui ne connaissait, dans la ville et à l’École je de Droit, ce grand jeune homme à la figure charmante, À à la physionomie franche et fière, avec des yeux où. ‘en éclataient l’intelligence et l’esprit? Ce que nous savons, @>. nous qui l’avons connu de plus près, c’est que dans ce Jeune homme il y avait un homme, capable de bien: porter un beau nom. Il était fait pour la vie politique il en avait l’instinct et les facultés; il préparait par de fortes lectures, car il n’entendait pas la prendre médiocrement. Il fit son modeste début d’orateur pen- dant l’invasion, devant les enfants de l’école primaire de Sèvres, interrompu de temps en temps par le bruit 4 A des batteries voisines; il leur parla et très bien de ‘ji

discours de M. Ernest Bersot

Jeanne d’Arc, de ceux qui, ayant foi en leur pays, ont; réussi à le sauver. Plus tard, ce fut devant les enfants des écoles primaires de Versailles, à la même table où son père venait de s’asseoir. Il avait déjà fait ses débuts, modestes aussi, dans le journalisme, avec un vrai talent: de polémiste. C’étaient les premiers jeux d’une puissance qui aurait marqué un jour.

Qu’on ne pense pas que la politique l’eût pris tout entier; quelque vocation qu’il eût pour elle, il y avait place dans ce jeune homme bien pour tous les goûts élevés qui vont si bien à cet âge: il était amoureux de la littérature et surtout de la poésie, dont l’éclat l’éblouissait; il nous lisait ses poètes favoris, et les accents de cette lecture nous donnaient comme la vibra-

; tion de cette âme naïve.

Elle s’épanouissait sans contrainte; personne n’a été élevé plus librement qu’Arnold: il avait près de lui le meilleur des maîtres, un maître respecté et adoré, de qui il apprenait par quelles études, par quelle sincérité, par quelle droiture et quelle fermeté de caractère on acquiert la considération et l’autorité. Son plaisir était dans sa famille, dans cette petite société de frères et de sœurs intimement unis, où, comme l’enfant le plus Jeune, il était l’enfant chéri et gâté, sans danger, de tout le monde, et l’enfant le plus tendre et le plus caressant. Il ne lui venait pas à l’idée de mal user d’une liberté qui lui était familière, et il avait, pour se maintenir, les bonnes passions, qui préservent des

Il aurait fallu à cette âme ardente, au moment où LA

  • s’opérait le travail dangereux de la croissance physique, un régime de calme, d’apaisement, que les événements:#4 ne lui donnèrent pas. En quelques mois ce furent les luttes électorales de 1869, les promesses du 2 janvier, le plébiscite, la guerre, la dispersion des familles. Arnold demanda et obtint de rester à Versailles; il y vit de près l’histoire avec ses poignantes tristesses. 710) Ils n’oublieront jamais, ceux qui ont été réveillés par. le canon du 19 septembre, et qui, courant au bruit, ont Le ou pour la première fois l’affreux ouvrage de la guerre; ils étaient pris, de ce moment, d’une pitié insatiable pour les maux que les hommes se font dans leurs jeux cruels. Arnold pressait pour qu’on le laissât De aller dans les ambulances, au plus loin: les bonnes volontés qui se proposaient de toutes parts rendaient la sienne inutile; je lui offris, et il l’accepta avec joie, un moyen de servir. La Société internationale était sur (EU pied; M. Horace Delaroche, son président, me chargea à de la correspondance avec les familles des blessés et des prisonniers; j’invitai Arnold à m’aider; il me remercia avec effusion et se mit à l’œuvre. Il était tou- chant de le voir, avec son frais visage, au lit des pâles blessés, se penchant sur leur bouche pour entendre leur #0 nom, le nom de la ville ou du village où ils étaient nés, s’ils avaient encore un père ou une mère à qui ils vou-? miel laient écrire, et ce qu’il fallait leur écrire pour ne pas les inquiéter. Encore étaient-ce les meilleures heures, celles où on

HAL agissait, où on était bon à quelqu’un. Au sortir des À

; ambulances, on retrouvait l’invasion dans les rues, dans

sa maison, les nouvelles contradictoires du reste de la

France, les craintes, les espérances, les déceptions, jus-

qu’à la déception finale, dont nous touchons l’anniver-

(es saire; on se reposa de la guerre étrangère par la

il guerre civile. A

C’est souvent, hélas! un dur métier d’être Français

et d’aimer son pays. Arnold à pas résisté: la vie

morale, trop intense, troublait le développement phy-

sique; il perdait l’appétit, le sommeil et les forces; il

À languissait. Nous convinmes avec ses parents de le

4 ménager, de faire semblant de prendre légèrement ce

2 qui se passait, pour le mettre à notre ton. Cependant

on consultait les médecins, on essayait à deux reprises

2 de l’air de la mer, qui une première fois lui rendit de

à la force, l’autre fois ne réussit point, et on essaya,

comme dernier remède, du climat du Midi; mais cet air

même ne pouvait plus rien pour le sauver; il le ranima

un moment, et après l’endormit comme le voilà.

a Je ne dirai pas ce que cette perte est pour quelques-

À: uns: je dirai certainement ce que pensent en ce moment

14 ceux qui ont connu Arnold. Quand on réfléchit aux

dons qu’il tenait de la nature, à la puissance du travail et d’une direction comme celle qu’il recevait, on se

demande, et c’est l’éloge singulier de ce jeune homme!

de dix-neuf ans, ce que le pays aussi a peut-être perdu.

Dieu seul le sait, car il sait seul quels fruits auraient

ni donnés les fleurs de ce riche printemps.;

Ayons confiance: tout n’a pas péri de ce noble enfant. - Le) Osons passer par delà les apparences. Non, la pure et à vive flamme qui a été assez forte pour dévorer ce corps #00 nest pas éteinte; l’indestructible société de la famille et; de l’amitié subsiste; la mort a beau nous envelopper de LA sa nuit, ceux qui s’aiment et se cherchent sauront bien A: Adieu, Arnold. Blessés français, qui reposez dans ce À cimetière, vous connaissez cet enfant; recevez-le, c’est un des vôtres, un blessé comme vous. Pour. vous, mes Li. bien chers amis, qui étiez réservés à une si cruelle a A nous ne sommes tous venus que pour vous dire combien a ne nous sommes touchés du coup qui vous frappe; pourtant écoutez notre prière. Lorsque vous serez tentés de vous a décourager, songez qu’Arnold est qui vous supplie Dre de ne pas vous laisser abattre; songez qu’il y a encore ni autour de vous de fidèles amis, des parents qui par- tagent votre chagrin, qu’il vous reste des enfants et des petits-enfants, à qui vous devez donner le bonheur que 4: a vous n’avez plus; que vous vous restez l’un à l’autre;; nn. que vous, mon ami, vous appartenez aux affaires K.: publiques, que vous leur devez, avec votre part, la part pre. d’Arnold, et qu’il y a encore beaucoup à faire pour la ne vérité et la liberté. Vous avez tous les deux la douleur HA: généreuse qui se modère par peur de la douleur que À l’on sent près de soi; puissiez-vous étre récompensés de Ne votre bonté, et puisse la paix rentrer un jour dans vos ne

des cahiers d’Arnold Scherer

Journal de l’invasion à Versailles. (1870) Ga”:

1870 Jeudi 15 septembre. Je commence aujourd’hui A mon journal de siège — J’y inscrirai jour par jour ce NE. que je verrai entendrai à Versailles pendant la durée

du siège de Paris par l’armée Prussienne Ce matin, j’ai reçu une longue lettre de Feray, de Es Granville; je lui ai répondu sur le champ. M. Nefïtzer a déjeuné avec nous. Après déjeûner, j’ai été chez les Feray, faire une commission que Paul me demandait de faire; jai aussi été à la Mairie avec M. Barbu, conseiller Hi: municipal. Puis j’ai été lire l’Oficiel aux bureaux de à l’Union libérale, (qui suspend sa publication.) Rien de nouveau ce matin: on dit que les communications avec 4 se) Lyon sont coupées. Je ne recevrai donc plus de lettres

d’Ordinaire — Les Prussiens sont à Mormant, Clos- ne Fontaine, dans le dépt. de Seine Marne. Travaillé un peu. (histoire de la Prusse.) Sorti pour FEI aller à la Poste. Rentré: fait ma toilette. Sorti à ‘ei 6 avec mon père pour aller diner chez M. Charton. A Il y avait M. Charton, leur fils, le frère de a.

je les cahiers Arnold Scherer

diner, j’ai été à la Préfecture avec ces messieurs. Puis

j’ai été retrouver mon père M. Nefftzer au café Chapuy

— Après quoi, nous nous sommes promenés de long À

à en large, causant discutant avec Nefftzer, sous les;

arbres qui bordent la place d’Armes, jusqu’à

passées. Rentré à 11 h. 1/2. des Contemplations de

V. Hugo, avant de m’endormir.

toujours la Prusse de Chevalet. M. Nefftzer est venu avant déjeùner. Il quitte décidément Versailles pen-

dant le siège. Déjeûné. Après déjeûner, travaillé au jardin — Les Prussiens sont signalés à Joinville: ce : je doit être Joinville le Pont — Ce pauvre Henri

donc avoir affaire à eux — dans la Revue du

15 sept. la 3° partie de Césarine Dietrich, de George

Sand. Commencé, dans la même revue, l’article de

Renan sur la France l’Allemagne. Tout à coup, à

2 heures, un coup de sonnette. Henri paraît à la porte.

Je ne croyais pas le voir de longtemps. Il est toujours

? à La Faisanderie, près Joinville le Pont, ils ont . hier une forte alerte. Les Prussiens sont à 2 ou 3 lieues

: de là. On a fait sauter le pont de Joinville. Causé;

, jasé avec Henri jusqu’à 6 heures — Diné. Reconduit

ï combat entre spahis uhlans dans la plaine de

; Denis. Rentré à 9 h. 1/2. M. Lesourd est venu pour

faire la connaissance de mon père, présenté par

M. Bersot. En rentrant, je l’ai rencontré qui s’en allait

— Fini le très bel article de Renan. Couché vers onze

heures — (Les communications sont coupées entre

la préfecture de Versailles la sous-préfecture de “4

Samedi 17 sept. Levé à 8 1/4. un article Bis de Xavier Raymond la Revue des 2. Mondes sur SA les fortifications de Paris, qui m’a tout remonté — (4 Déjeûné. Travaillé au jardin. Arrivée des journaux. L’ennemi est à Dammartin. (Seine Marne.) Seine Oise, à Pierrelaye, plus près de Paris que Pontoise, à Juvisy, sur notre rive de la Seine; ils ont passé la rivière à gué. On se bat à Athis, près de Juvisy. la réponse de Renan à Strauss, dans le Journal des Débats — Je l’aime mieux encore que son À article de la Revue des 2. Mondes — Écrit à Jeanne Travaillé: toujours cette maudite Prusse: j’en suis à Fr. Guillaume IV. Sorti après avoir commencé ME un article de M. du Camp sur Bicêtre la Salpétrière. La ville est en émoi — Les Prussiens approchent — +4 Je rencontre le maire, M. Rameau, qui m’annonce leur; si arrivée dans deux heures d’ici. A leur arrivée, les portes de la ville doivent être fermées: s’ils sont en petit nombre, on n’ouvre pas; s’ils sont en nombre, on leur demande d’envoyer un parlementaire à la mairie. Pour À . le moment ils sont à Clamart. Ils seront sans doute À ici avant la nuit — Un avis que le maire fait tambou- il riner dans la ville, prescrit d’éloigner les chevaux dont les Prussiens peuvent se servir pour le transport de leur matériel. Fini l’article de Maxime du Camp avant diner. Après dîner, M. Bersot est venu: il nous apporte lOfficiel, qui fixe les élections municipales au 25 au à 28, sept. l’élection des maires au 29, les élections pour la Constituante au 2 octobre — On donc voter sous ï à

4 les cahiers d’Arnold Scherer À le canon Prussien — Ce sera très beau très digne de : répondre ainsi aux insolences du Roi Guillaume, qui À ; refuse de reconnaître la République commeun gouverne Nous allons avec M. Bersot à la préfecture. Nous y à ; trouvons M. Lefèvre-Pontalis un autre Monsieur, maire d’une commune de $. Oise — M. L. Pontalis ù est en train d’exposer à M. Charton la marche de lennemi son arrondissement, le mauvais effet produit par certaines mesures prises par Kératry pour 1 la défense; il lui demande aussi des instructions pour le sous préfet de Pontoise. Il parle avec une volubilité extraordinaire, une perfection prodigieuse, mais fatigante. Nous rentrons à 10 h. Je me couche vers: 10 1/2: je commence mon lit, un article de Leroy-Beaulieu sur les ressources respectives de la; France de la Prusse Dimanche 18 septembre. Nous sommes réveillés à 7 h. 1/4, mon père moi, par la générale, que le tambour de la garde nationale bat dans les rues, pour À -annoncer l’approche de l’ennemi — Ce n’est que le À À tambour qui appelle les gardes nationaux à l’exercice ;. — Sorti un moment avant déjeûner: pas de nouvelles — Après déjeûner, je me promène avec mon père le bois de Satory. Les dernières nouvelles les signalent à Villeneuve Georges, Choisy le Roi, Clamart. Cela À ; se rapproche de nous — A 1 h. je vais voir M. Bersot; chez lui, je vois M.M. Deroisin Lebourdais. Je vais sans doute être attaché, à partir de demain, à la rédac- tion de l’Union libérale démocratique de Seine À Oise. Je vais à la Préfecture avec M. Bersot à 3 belle à

circulaire de Favre à l’Officiel. A 4 h. le commissaire central de police vient annoncer l’arrivée de 3 cavaliers. (hussards de la mort.) Je sors avec M. Saglio. Foule immense devant la Mairie: concursatio trepidatio: RU: Les grilles sont fermées: des Gardes nationaux empêchent ne d’approcher — Au bout d’un instant; M. Délerot sort A. de la mairie, nous raconte que ces 3 Prussiens, (1 ad- judt. 2 soldats.) sont arrivés par la porte du Cerf; Volant, sans opposition, le pistolet au poing, sont venus jusqu’à la mairie: (ce sont les avant-coureurs d’environ 6 régiments qui sont la vallée de la Bièvre.) Arrivés à la mairie, on fait entrer l’adjudant de pour parlementer avec le Conseil municipal, les deux de, hommes restent à la porte, le pistolet au poing et le sourire aux lèvres — Un homme donne une poignée de

main à un de ces Prussiens: L’adjudant demande s’il y SUN a des troupes dans la ville, si l’on a l’intention de ne résister. On lui répond qu’il n’y a qu’une garde nationale,: disposée pacifiquement: mais on refuse de traiter avec

  • lui: il repart pour aller chercher un officier supérieur. Ce sera pour ce soir. M. Délerot, M. Saglio moi nous allons à la Préfecture raconter les faits au préfet. Je fais mes adieux à Jules Charton qui part pour Tours, comme chef de cabinet de Laurier — Je rentre chez 1126 moi, annoncer cela à mon père, manger un morceau Ne — J’écris ces lignes à 5 h. Je vais ressortir, sans doute pour être témoin de leur arrivée — Pauvre 10 h. 1/2 Je rentre avec mon père de chez M”° de Charnacé — Les Prussiens ne sont pas venus; il paraît à que les choses se sont mieux passées qu’on ne l’avait dit. Douze d’entre eux sont restés à la grille: mais on a ne

les cahiers d’Arnold Scherer “4 tort de laisser entrer même trois d’entre eux, sur- tout le pistolet au poing. La foule attend toujours de- : vant la mairie. M. Charton a quitté la préfecture de bonne heure se promène devant la mairie; mais sa : tâche n’est pas encore finie, quoiqu’il ne corresponde plus qu’avec Mantes Rambouillet. Le directeur du télégraphe a fui, emportant les bobines avec Jui: son état de panique est tel qu’il n’a pas achevé de transcrire une dépêche adressée à M. Charton par le ministère — On organiser un service de piétons — Demain je serai installé à l’Union libérale par M. Délerot. Après diner, nous allons chez M. Charton, puis chez M°° de Char- Lundi. 19 sept. 1870. Ce matin à 7 h. mon père m’a réveillé. On entendait une vive cannonade du côté de Meudon, Vélizy Clamart. Je m’habille à la hâte, je cours avec mon père au plateau Satory. Nous ne voyons n’apprenons rien. Je vais à la mairie, où la garde nationale est convoquée. Deux Prussiens sont venus dans la matinée pour parlementer. Le maire s’est transporté aux grilles, confère avec des officiers prussiens. C’est le général von Kirchbach, le g*! von Stollberg qui demandent le passage — Les conditions proposées sont excellentes. Respect des personnes, à propriétés, monuments objets d’art — Logement des troupes dans les casernes—Pas de contribution de guerre. ) Réquisitions en nature pour 30000 hommes. Maintien À de la garde nationale armée, sans cartouches. — Occupa- tion par les Prussiens des postes extérieurs. Ambulance prussienne à Versailles pour les blessés de la bataille.: Je vois arriver encore un officier Prussien un soldat. À

On parlemente — M. Delaroche, (Horace) est envoyé au A général: il revient. Les Prussiens se retirent. Je rentre déjeûner — Après déjeûner, je sors avec mon père: nous voyons des cavaliers Prussiens à la grille de Satory. Je vais à l’Internationale, rue des Réservoirs porter de Le bruit court que le Ducrot a battu les Prus- ‘Fi siens — La fusillade la cannonade, après avoir duré 17 À jusqu’à 10 h. environ, ont cessé. 5° corps part pour aller porter la capitulation au prince “4 Royal. Mêmes conditions que plus haut. C’est la 3° fois que les parlementaires viennent aujourd’hui — Je vais au Journal avec Tassin — Je vois M.M — Jeannin Lebourdais — Quelques diflicultés au sujet de la rédac- 1600 tion: h.je commence à rédiger un bulletin politique. A On m’annonce le commencement du défilé Prussien — ( Je cours à la place d’armes. De 2 h. jusqu’à 5 h. 1/2, ils n’ont cessé de défiler sur la place d’Armes, traversant la ville pour aller à Germain — A 5 h. l’arrière- garde bivouaque sur la place d’Armes les avenues — A Ce défilé a été douloureux — Il a passé environ 40, ou +20 50 000 h. Les bruits sont contradictoires sur le résultat “4 de la bataille du matin. Des voitures de blessés arri- À vent. Dans le défilé, on acclame les prisonniers fran- çais. Les Prussiens jouent notre Marseillaise. C’est triste! Après avoir fait mon article au bureau du Jour- “1 nal, je vais à la mairie, puis à l’Internationale — Je dine avec mon père M. Délerot chez M. Bersot, qui a passé sa journée aux ambulances. Il est très ému. Après diner, AIT nous visitons le bivouac Prussien, place d’Armes. Les (4 réquisitions continuent, Environ 2000 h. bivouaquent 23 1,724

les cahiers d’Arnold Scherer ici: Pas de désordre: mais les subsistances vont bientôt 1 devenir pénibles — Nous allons à la mairie, puis chez ;; M. Charton, qui reste encore en fonctions — Je rentre à 10 h. j’écris ces quelques lignes à la hâte avant de me coucher. Je finis, dans mon lit, l’article de Leroy- - Mardi 20 sept. Je me lève à 1/2. J’entends les à tambours. C’est un nouveau corps Prussien qui défile dans la Rue Satory. Cela dure terriblement longtemps. Les Prussiens veulent, paraît-il, prendre Paris par la ; famine. Ce matin l’investissement doit être complet. — Les Prussiens ont bivouaqué cette nuit sur la place mal d’Armes: ils sont en général polis, paient tout ce qu’ils prennent, sauf le pain, le vin la viande, pour lesquels ils donnent des bons, payables par la municipalité. La convention est cependant violée, car ces Prussiens avaient promis de passer par la ville sans s’y arrêter — Mais jusqu’ici pas de scènes regrettables. Un officier hier soir, à la mairie, a donné une giffle énorme à un sous-officier impoli envers un bourgeois — Mon père a avant-hier une lettre de Tours, retardée. Depuis hier, plus de journaux de Paris. Nous ne savons rien. Plus de trains pour Paris — Isolement complet, sauf avec Mantes Rambouillet, ce dé- partement. Avant-hier, j’ai aussi reçu une lettre de Feray, de Granville, par la ligne de Bretagne — Avant déjeûner, je fais un article pour le Journal, sur les prochaines élections. Après déjeûner, je sors avec mon père: nous allons à la Mairie: les Prussiens sont partout. Nous entrons avec M. Délerot à la Préfecture. La capitulation d’hier n’a pas été ratifiée par le Prince

Royal, qui a déclaré ne pas pouvoirtraiter avec une ville ouverte. La garde nationale sera désarmée, no. À nous serons à la discrétion du vainqueur — À Un capitaine de gendarmerie entre, le cigare à la 4 A bouche, dans le cabinet de M. Charton pour s’occuper; “EN des logements. La préfecture devient la résidence du nan prince royal. Un déjeûner de 25 couverts est com-: mandé pour l’État Major. M. Charton quitte la préfec- NUL! ture. Un gendarme barbu est déjà posté à la porte du vestibule — Je rentre chez M. Délerot avec lui, nous passons devant le bivouac Prussien, en face le Lycée. Je reporte à la mairie le fusil de M. Délerot: De toutes parts les gardes nationaux vont déposer leurs armes. Je vais au Journal. Je corrige des épreuves: à 4 h. 1/2 ment où le Prince Royal vient d’entrer à la Préfecture L’insolence des Prussiens croît de minute en minute. Des arrestations s’opèrent. Ils sont brutaux bêtes. La terreur règne. On crie « Vive la France » sur le passage des prisonniers: Les Prussiens s’y opposent. Le maire envoie au Journal, pour en arrêter le tirage. je Toute vie locale disparaître. Un commandant de place, installé à la mairie, préside le Conseil municipal: \ik à abattement, consternation partout — Comment vont se ne. faire les élections? Je rentre dîner, je me couché avant dix heures, La 164) discipline Prussienne, leur ordre, leur régularité pédan- ï En tesque machinale produisent des effets merveilleux comme précision: mais les hommes sont lourds, gros- Nr. siers, sans finesse ni élégance, laids, petits; — une vilaine race! Oh! que les Français leur sont supérieurs, malgré LAN leur civilisation tant vantée!; à

les cahiers Arnold Scherer Les rapports continuent à être vagues sur le combat d’hier — Mais le fort de Châtillon a été pris par les Prussiens; les mobiles se sont sauvés, en déroute, lais-

On a entendu le canon aujourd’hui à diverses reprises, dans la direction de Germain —

Mercredi 21 sept. 1870. Rien de nouveau — Le bruit court d’une bataille au Mont-Valérien, ou à S’-Germain. J’ai passé ma journée, soit à l’Internationale, soit chez M. Bersot, pour travailler au Journal, qui reparaît Vendredi soir. Passage de troupes Prussiennes: les uns arrivent, (on ne sait d’où, — de tous côtés!) les autres s’en vont vers Germain. MM. Délerot Bersot dînent chez nous —

Nous n’avons pas de garnisaires encore — mais notre

Jeudi 22 septembre 1870. Levé h. du matin, pour aller m’inscrire à l’Internationale pour le service des ambulances. M. Léon de Bussière. Après déjeùner, travaillé au Journal. Été ensuite chez M. Bersot, pour

! organiser le service de la correspondance avec les familles des blessés. M. Bersot a été chargé en chef de! ce service par M. Horace Delaroche, je lui ai été adjoint sur sa demande. Nous avons écrit une vingtaine de lettres; et de 3 h. à 5 h. nous avons parcouru les salles de blessés de l’hopital militaire de Versailles: on nous a très bien reçus: les blessés ont été très contents de nos offres de service, pour écrire à leurs familles — Puis nous avons été à l’Internationale, rue des Réser- voirs — Après diner, je suis allé chez Albert Joly, pour parler avec lui des élections municipales.

Les Prussiens ont posé un télégraphe le long de la Rue des Réservoirs, de la Place d’armes, etc — Ils ont Ds:

établi un bureau de poste, avenue de Paris, 26. Ils reçoivent les lettres ouvertes, ne contenant pas de poli- À Léopold de Hohenzollern est ici: je l’ai hier C’est un grandbel homme, en rouge et noir, comme tous j. ) les officiers supérieurs et généraux. Pas encore de soldats chez nous. Il y en a une multi- tude chez M. de Buisseret — rue d’Anjou Un certain nombre de caissons sont partis ce matin à par la rue des Réservoirs. Par contre, des Prussiens sont encore arrivés dans la journée — P:, Pas de nouvelles de Paris, ni même des environs — CE Pas de départ d’ambulances. On dit que les Prussiens “44 ne veulent pas laisser partir d’ambulances, pour qu’on nn, ne sache pas les pertes qu’ils ont faites.

Journal, puis chez M. Bersot, au service de la corres-! pondance. Eté à l’Internationale, et au bureau de poste “#4 de l’avenue de Paris. Après diner, nous avons été chez *NISN M. Charton. Nous y avons M.M Délerot Bersot. de. Le canon a grondé dans la direction de… toute la journée. Il est impossible de préciser: peut-être Ger- #2 Deux ballons nacelle) ont passé aujourd’hui au- dessus de Versailles, dans la direction de Dreux, à peu M. Boullin-Saint-Amand, est parti pour Tours, chargé je de recueillir de l’argent pour l’Internationale. Je l’ai chargé d’une carte pour ma famille. De.

à les cahiers d’Arnold Scherer Pas de départ d’ambulance: pas de nouvelles de

Paris ni des environs: sauf quelques cancans absurdes.

Les réquisitions deviennent exorbitantes. La ville doit nourrir 60 000 h., tout le corps d’armée: on demande

À 180 000 chemises de flanelle, etc. Le maire ne sait plus

1 que faire. Il est à bout — Les Prussiens, logés chez les

; habitants sont, en général, assez polis agréables, sauf

un certain nombre: quelques-uns s’installent sans façon,

prennent le vin de la cave, &. Chez M. C. Fontaine, ils

ont fait déménager les propriétaires, du 1° qu’ils occu-

paient, au second, qui était vide, qui était absolument

semblable au premier. Nous n’avons pas encore de garnisaires. Il y en a abondamment chez M. de Boutray,

je Demain, sans doute, partira une ambulance —

Samedi 24 septembre. Départ de 3 ambulances. (Sèvres, Fresnes et Villeneuve Georges.) Le canon toute la journée —

Travaillé avec M. Bersot. Visité l’ambulance de Montreuil (M. de Romanet.) Été à l”Internationale — Le soir, réunion politique à l’Union, pour arrêter une liste de candidats pour la Constituante. MM. Bersot, Joly, Char-

4 ton, Mainguet, de Montfleury, Laurent Hänin, Lebour-

dais, Délerot, G. Fontaine et Barbu en étaient, ainsi que mon père. Rentrés à 10 h. Pas encore de Prussiens chez nous. Rien de bien nouveau: sauf des

intrigues cléricales ignobles pour les élections municipales de demain.!

Dimanche 25. Élections municipales: on vote beau- coup, plus qu’on n’avait osé l’espérer. C’est bien

M. Rameau me donne des nouvelles de Paris — On résiste A A

bien, paraît-il: nous apprenons qu’un engagement a a

lieu, près de la redoute de la faisanderie — Henri aura

donc les Prussiens. Toul est rendu depuis deux jours, ainsi que Phalsbourg.

Réquisitions absurdes — Une selle n’ayant pas été

remise à temps, (parce qu’on n’avait en trouver,) la ville est condamnée à 2000 fr. d’amende pour le len- demain matin. Monstruosités Prussiennes: vols; pil-

  • lages: viols. (d’une vieille femme de 80 ans à Bièvres) Ordre de livrer les fusils de chasse —

Je vais chez M. Bersot après déjeuner: je vais ensuite a à l’Internationale, puis au vote — Après diner, nous allons chez M. Charton, qui est seul avec M. Saglio,

par suite du départ de M”° Charton pour Grandville. —

Après cela, à 11 h. du soir, nous passons à la Mairie.;

Le dépouillement n’est pas achevé, mais les 30 noms de la liste libérale passeront à une grande majorité —. à

Ce matin, avant déjeûner, j’ai continué la Prusse:

(Affaire Danoise) — Canon tout le jour, plus ou moins. Lundi. 26 sept. Dépôt des armes à feu à la Mairie. Travaillé au journal, où j’ai trouvé une réponse du (2 Bulletin Religieux à mon article de l’autre jour Travaillé avec M. Bersot. Été à la poste — à l’Inter-

Le résultat des élections municipales est très bon — 14]

Toute la liste démocratique passe à une immense majo-

rité. Les élections législatives sont permises par les

Dîner chez M. Bersot avec M. Délerot. Après dîner, en À

allant chez M. Charton, nous rencontrons Albert Joly,

les cahiers d’Arnold Scherer qui nous annonce de graves nouvelles. Les négociations pour la paix sont rompues — La Prusse demande l’Alsace ! et la Lorraine avec Metz, Toul, Strasbourg: en outre Le l’occupation du Mont-Valérien; mais non pas comme bases de paix; comme bases d’un simple armistice — Devant ces prétentions, le gouvernement de Tours fait un appel à la France, déclare une guerre à mort, retarde indéfiniment les Élections générales, annule d’avance : les Élections municipales, (par un décret daté du 24 sep- : tembre.) C’est bien grave bien triste — Nous restons jusqu’à 10 h. chez M. Charton, puis nous allons boire une tasse de thé chez M. Bersot, et nous rentrons à ; 10 1/2 ou 11 Avant de m’endormir, je relis le fameux , Discours de Thiers sur l’Allemagne, à la veille de Mardi 27 sept. Le conseil municipal élu dimanche, et annulé par le décret annoncé hier, a été néanmoins installé aujourd’hui, comme municipalité provisoire, par M. Loriot de Rouvray, présidt. du conseil de pré- fecture, préfet par délégation de M. Charton. Mon père a été au conseil de 1 heure à 5 — À J’ai été au Journal avant déjeûner; après, à la Mairie — J’ai travaillé chez M. Bersot jusqu’à 5 heures. Été à l’Internationale — Diné. Resté à la maison la soirée. Il paraît, d’après les nouvelles d’aujourd’hui, que l’armée de la Loire marche vers Paris. Le bruit court d’un combat heureux au Mont Valérien au bois-de; : boulogne — 20 000 bavaroiïis auraient été massacrés par Strasbourg a fait une sortie très heureuse et a repoussé victorieusement un assaut formidable — Paris tient

bien: mais le siège en règle ne paraît. pas encore com- mencé jusqu’ici — On prête de divers côtés aux Prus- siens le plan de prendre Paris par la faim —; Mais il faut se défier de tout ce qui se dit: Les Prus- siens font circuler de leur côté les canards les plus absurdes, et les Français imaginent ce qui leur plaît — On a entendu distinctement le canon ce matin — On a enterré ce matin M. Génie, ancien secrétaire de On a fusillé hier ou ce matin un franc tireur; qui avait tiré sur les Prussiens sans uniforme — Les Prussiens sont allés à la mairie requérir des fossoyeurs; c’est ainsi qu’on l’a su. L’histoire de la Selle idéale, rêve d’un officier Prussien, dont on n’avait trouver la vivante réalisation dans tout Versailles, s’est dénouée très doucement. . M. Rameau a donné avis à l’aide de camp du Prince Royal qu’il donnerait sa démission si pareille chose se l’amende: on n’a rien dit, l’affaire s’est ainsi terminée — Le Commdt. de place lui-même, M. de Gottberg, a trouvé le procédé indigne — C’était le fait d’un intendant voleur — Les intendants Prussiens le sont, franchement — Ils revendent en détail, ce qu’ils ont obtenu gratis par voie de réquisitions: Le gaspillage est affreux — Au lieu d’attacher au cou des chevaux des sacs d’avoine, ils répandent les sacs à terre, en un tas, sous les pieds des chevaux, les ruisseaux, n’importe où. De sorte que le cheval mange la moitié du tas, et que le reste est gaspillé — Hier a lieu une revue, une distribution de croix, la cour du Château.

les cahiers d’Arnold Scherer Mon père a fait aujourd’hui la connaissance du Sheridan, qui est avec l’armée Prussienne — 11 demeure aux Réservoirs. Hier, il a Gustave d’Alaux, corres- pondant militaire des Débats, qui revient de Sedan. On dit le prince de Würtemberg blessé. environ 5 ou 6 000 soldats fixes. Maïs il est difficile de calculer tout ce qui a passé par la ville depuis le Probablement entre 100 et 200 000 hommes — Le défilé du Les appréciations varient beaucoup sur le décret d’ajournement des élections: peut-être le blâme dominet-il, mais il y a une donnée qui nous échappe forcé- ment: Nous ne savons pas tout. On parle d’une cireulaire de Favre tombée du ballon — Un troisième ballon a passé le 24. l’un des trois est tombé à Triel, et a failli être Pris par les Prussiens, (son contenu.) Mais les français ont emporté en bateau dépêches journaux les ont sauvés. D’ici à quelques jours, les choses seront probablement plus nettes. Jourdier partir pour Tours —: Mercredi 28 sept. J’ai passé presque toute ma À journée au Journal, à l’Internationale, chez M. Bersot Les nouvelles sont: la prise de Strasbourg, (27) annoncée par l’autorité Prussienne: l’approche de l’ar- mée française, celle de la Loire, qui est dit-on à Trappes: la reddition de Toul, (le 23.) après une admirable sortie des Français. L’armée Prussienne est démoralisée; la nouvelle de la prise de Strasbourg, n’est peut-être qu’un faux bruit destiné à la remonter. Versailles peut-être devenir le

théâtre d’un combat entre l’armée de la Loire les

Prussiens, pris à revers par une sortie de Paris. Le soir, après dîner, nous avons été chez M. Charton où nous avons M.M. Bersot Délerot — Paul Reclus, a un jeune homme d’une 30% d’années, frère de Élie d’Élisée Reclus, est arrivé pendant notre visite, en cos- de tume d’ambulancier; il fait partie de la fameuse ambu- lance de la Presse Parisienne, faite prisonnière par les Prussiens, promenée par eux à travers plusieurs villes Allemandes, Mayence, Cologne, Coblenz, etc — Il venait d’arriver à Versailles, demandait un gîte à . M. Charton. Il est reparti au bout de qques moments pour aller chercher Adolphe d’Espine, qui faisait partie: de la même ambulance, qui venait également loger: chez M. Charton. En nous en allant nous les avons ren- contrés qui revenaient. Ils nous ont abordé, sans nous reconnaître pour nous demander leur chemin — d’Espine

a poussé un cri de surprise en me reconnaissant! Plus

tard nous avons rencontré d’autres ambulanciers à

cheval, qui cherchaient un hôtel —:;

qui nous raconte plusieurs choses intéressantes sur son de: voyage. IL nous donne quelques nouvelles du dehors,

sur l’organisation des francs-tireurs, sur les combats

autour de Paris, sur l’état moral politique de la

France — Enthousiasme dans le midi, qui envoie d’admi-

rables corps de francs-tireurs. Les Prussiens redoutent

énormément la guerre de guérilla: ils ne craignent à

guère que cela. pee

Ils ont été fortement battus le 23 septembre, à Mon- À

tretout, je crois. il

les cahiers d’Arnold Scherer 4 5 Deux ballons ont encore passé aujourd’hui; M. Jeandel, directeur rédacteur unique du Journal. de Versailles a été arrêté, comme il entrait au conseil pi:; municipal, par un officier Prussien. Ses articles avaient: déplu à l’autorité Prussienne, il a été menacé de 15 ans de forteresse. Mais une démarche du maire: auprès du Royal, le sauvera probablement. La ville est très émue de tout cela— é J’ai passé ma journée comme à l’ordinaire au Journal, à chez M. Bersot à l’Internationale — M.M. Délerot Bersot ont diné chez nous.

! Vendredi 30 septembre. Encore deux ballons.

  • Bataille au sud de Paris à Dans la matinée, j’ai été au Journal, chez M. Char- ton, voir Ad. d’Espine. Après déjeûner, nous avons enterré dans la cave une caisse d’argenterie. Les Prussiens ont frappé tous les départements de France d’une contribution de guerre d’un million, pour; ; dédommager les Allemands expulsés. Quel monstrueux; ; prétexte! Versailles devra payer sur ce million, 400 000 fr.

sera responsable du reste —

Il est probable qu’on lancera le non possumus, alors.

J’ai été au Journal, puis chez M. Bersot puis à l’Inter- j’ai dit adieu à d’Espine, qui allait partir avec son Après diner, nous avons été chez M”° de Charnacé, À le rapport de Jules Favre à ses collègues, un mani-. feste à l’Allemagne, tombé du ballon de ce matin.

Le gouvernement Prussien a manifesté aujourd’hui l’intention de nommer un préfet Prussien; la question est maintenant de savoir si notre municipalité républi- EXT caine, consentira à devenir municipalité Prussienne, ou: 1108 si elle donnera sa démission —; déjeûné ce matin avec nous. J’ai passé ma journée ne comme à l’ordinaire entre l’Internationale le Journal. La situation de la municipalité devient de plus en plus grave. Devant les exigences des Prussiens, devant la y nomination d’un Préfet Prussien, elle sans doute être 3 séances du Conseil municipal: Se M. Rameau est très souffrant, de la vessie. Il y a en +4 France un vif mouvement de colère contre Versailles, qui nourrit l’ennemi au détriment de la défense natio- Le bruit court d’un grand succès des Français à Dimanche 2 octobre. Ma journée se passe comme à l’ordinaire, Les nouvelles de Paris sont consolantes. (00 On a le dôme des Invalides illuminé hier soir. C’est peut-être pour ce succès de Denis, où l’on parle d’en- ne On raconte ainsi l’affaire de Vendredi matin. Deux Bicêtre— La sortie de Meudon, une fois la Seine passée, “Ca aurait son pont de bateaux détruit, une chaloupe ; cannonière engravée par le feu des Prussiens établis à : Sèvres. Voyant cela, les Français auraient donné la

À les cahiers d’Arnold Scherer 4 main à ceux de Bicêtre, auraient enlevé tous les 1 avant-postes Prussiens placés au sud de la ligne des; forts. De l’Hay Chevilly, les avant postes Prussiens É ont reculé jusqu’à la Croix de Berny à la Belle-Épine, aux deux intersections de la route de Chatenay, La Fresnes, avec les routes qui convergent du Sud sur Le soir, nous allons chez M. Charton, qui nous fait ses 3 “rE adieux. Il part demain pour Tours. Il nous a prêté des journaux de Tours, l’Union, 44 le Moniteur, devenu bulletin officiel du Gouvernt. de Tours. Ce Moniteur contient dans un supplément, le ne rapport admirable mais navrant de J. Favre — Je à n’aurais jamais cru que l’Union, put me faire tant de ; Lundi 3 oct. Rien de nouveau. Journée ordinaire. Installation du nouveau préfet. Entrevue avec le : Conseïl Municipal — Diné chez M. Bersot, avec M. Déle- Mardi 4 octobre. Le matin, avant déjeûner, conférence 4 à l’Union, au sujet des exigences du Préfet, M. de Brauchitsch, qui demande l’engagement de reproduire à tous les actes toutes les communications administra4 tives. On répond que devant ces exigences, on cesse de

J’ai été, comme à l’ordinaire, chez M. Bersot, à l’Internationale. Rhume épouvantable. Couché de bonne Mercredi 5 octobre. Nouvelle conférence à l’Union. M. de Brauchitsch désire entamer des négociations. Il

est blessé de la réponse qu’on lui a faite, vexé de la suppression volontaire du Journal. Mon père M. Bersot a sont délégués auprès de lui pour causer négocier — Le Il finit par céder. Le Journal paraîtra donc, et sans prendre aucun engagement au sujet des actes ofliciels. . Conseil municipal. — M. Lefèvre Pontalis, arrivant de #4 Tours, est admis à conférer avec les Messieurs du Conseil: il annonce que les élections se font le 16 octobre, de définitivement. Les Prussiens renoncent aux 400 000 fr.; exigés de Versailles. (Canon ce matin) Arrivée du roi de Jeudi 6 octobre. Rien de nouveau — Voici les bruits qui courent. La redoute de Montretout aurait été reprise hier par les Français: le château de Saint-Cloud (aile de Valois) brûlerait. — La dépêche suivante de Gam- à betta aurait paru à l’Officiel, serait affichée dans les jours, il n’y a plus lieu de désespérer. Les Prussiens ont je été battus dans toutes les rencontres. Les armées de Le l’Ouest du Rhône marchent à grands pas: l’armée à de la Loire sera prête dans dix jours. Elle est formi- « On dit aussi avoir 200 000 h. au Mans. Vendredi 7 octobre. Rien d’extraordinaire — Entre- vue entre M.M. Rameau de Bismarck. M. de Bismarck annonce à M. Rameau que les élections n’auront pas lieu: il lui montre un décret du Gouv: de Paris, les ren- voyant. M.M. Bersot Délerot ont diné chez nous. Samedi 8 octobre. Rien encore de bien saillant, La ville de Versailles est exemptée de 400 000 fr. par le roi

310 les cahiers d’Arnold Scherer de Prusse — Je recois, au Journal, un Prussien, très

poli, secrétaire du Préfet, qui demande l’insertion de la A réponse de Bismarck à la circulaire Jules Favre — Je

cours chercher M. Bersot, qui après quelques mots

d’explication, chez le préfet.; 4 4304 Dimanche 9 octobre. Le résultat de l’entrevue a été LE bon — Nous n’insérerons rien. — Passage de troupes

15 pendant 1 heure ce matin. Rien de nouveau. Engage-

Lundi 10. Nouvelles difficultés au sujet du Journal. Je

Bi: les raconterai dans un mémoire avec les pièces à l’appui

; ges — Diné avec M. Lebourdais chez M. Bersot. Délerot est

malade. On parle d’une affaire près de Saint Cloud Ville

il a d’Avray — Je vais avec d’Alaux chez le père Gaga-

rin, jésuite. Il est très aimable me prête des journaux.

Mardi 11. Arrivée de neuf Prussiens chez nous.

Un major, (von der Mülbe) un adjudant (graf Kospoth.)

à un sergent avec 2 hommes, formant un bureau, plus

es Le major l’adjudant dînent avec nous. Ils sont assez-

É bien. Ils étaient auparavant l’un, chez M®° Ameille, (dont

le mari le fils sont prisonniers depuis Sedan) l’autre chez M. Delaunay, directeur des Postes — Le Journal paraît aujourd’hui pour la dernière fois: J’ai été à l’Internationale, où j’ai M.Boullin Saint Amand, qui Mercredi 12. On se bat entre le Mont-Valérien et Saint Cloud. M. Tavernier est arrivé de Marly, nous

4 à Une ambulance Anglo-Américaine, est arrivée à Ver-

  • sailles, avec 2 nègres un singe. Us: Le major l’adjudant ne dineront plus avec nous — ils diîneront au petit Vatel ou aux Réservoirs, avec le à corps d’officiers — Ils sont polis. Wa. J’ai été à l’Internationale à l’hôpital militaire. a aussi à la Bibliothèque, au bureau de l’État civil. EE. Passé la soirée chez M. Bersot, avec M. Délerot. Jeudi 13. Bonnes nouvelles. Une circulaire de À Gambetta, datée de Tours, sur la situation de Paris. Gambetta est ministre de la guerre à Tours. Sa circu- laire est très belle — Expulsion des habitants de Garches. On dit, d’une façon à peu près certaine, A que les Prussiens, maîtres d’Orléans en ont été chassés AUS par les français. 5 000 bavaroïs auraient péri. Gustave d’Alaux dine avec nous. SNS ï Été chez le P. Gagarin. Un brave homme, très- Vendredi 14. Pas de nouvelles. L’affaire d’Orléans ‘tes 4 semble mise en doute. Été chez le Père Gagarin —; à Un général français, (d’Etat-Major) est arrivé aujour- NE d’hui au Quartier-Général. On ne sait pourquoi — Le Le conseil municipal a voté une réponse à la proclamation ne de Gambetta. M.M. Bersot Délerot dinent chez Samedi 15. Rien de nouveau. On continue à com- menter l’arrivée du g‘! français. C’est, dit-on, le général A Le Boyer, venant de la part de Bazaine — Il demeure dans En la maison d’Agnan, rue Satory. Il est gardé étroite-

les cahiers Arnold Scherer à au Dimanche. 16. Rien de nouveau — Mac-Lean dîne avec nous. — la Centralisation. Déjeûné à h. Été voir Mac-Lean: il m’a annoncé la prise de Soissons. le Royal, partant pour S‘-Germain, Promené avec Délerot. Passé à la mairie. Barbu, qui m’annonce que la conduite du Conseil municipal de Versailles est pleinement approuvée à Tours. Le nonce du Pape est à Versailles, (Chigi) Travaillé: jusqu’à 3 heures. Eté chez Mac Lean; à l’Internationale. Proclamation de Gambetta: très-encourageante. Diîné chez M. Bersot avec M. Délerot. Le g°! Boyer est reparti hier soir à 9 h. en voiture ne Mardi 18.‘Pas de nouvelles du dehors. Mais à Ver-; sailles, arrestation de M. Lesourd, hier soir à Il a passé la nuit dans une cellule infecte, à la maison d’arrêt, Rue Saint-Pierre: ce matin on l’a expédié sur Corbeil. Son sort n’est pas encore réglé. À Aujourd’hui jour de naissance du Prince-Royal — Les à È eaux ont joué. J’ai le roi, gros homme à la figure enluminée, le Royal, Bismarck le major de M. Bersot est venu le soir. À Mercredi 19 oct. 70. 11 y a aujourd’hui un mois que les Prussiens sont à Versailles, que l’investissement est complet autour de Paris. Ce soir, les troupes, sont, paraît-il, consignées. On craint quelque chose. Déjà, depuis plusieurs jours, les

Prussiens paraissent inquiets. Ils se lèvent de bon matin: les officiers bouclent leurs valises; on est même venu les réveiller la nuit, dans plusieurs mai- M. Lesourd est parti pour Mayence, où il sera prison- nier sur parole. Un officier Prussien, arrivé à la mairie, dit à l”Em-; ployé, chargé du service des logements, de réserver les plus beaux logements, parce qu’il y avoir un M. Journault de Sèvres, est venu à Versailles — Jeudi 20 oct. La nouvelle d’un congrès se confirme: mais ce n’est pas en vue de la paix; c’est un congrès de princes allemands, sans doute pour achever l’unité de à l’Allemagne. On se bat à Dreux, dit-on. Il y a trois jours, on aurait battu les Prussiens à Villejuif. Lettre de mon oncle Eugène du 8, annonçant qu’Eugène Mallet était en bonne santé à Épinal, le 4 de; ce mois. J’ai travaillé chez M. Bersot, j’ai été à l’Internationale. Hier soir, il y a un incendie rue des Chantiers, annoncé par une cloche à la main, sonnée les rues. Dès 8 heures, le canon tonne dans la direction de la Celle Saint-Cloud, jusqu’à 9 h. On suppose que c’est une simple attaque sur le Mont-Valérien. Je sors un instant avant déjeûner. Après déjeûner, visite de M. Hottinguer, en uniforme de chevalier de Saint-Jean. Lettre de ma

) les cahiers d’Arnold Scherer A je vais chez le Père Gagarin, où je reste jusqu’à 2 h. passées. En sortant de chez lui, j’entends une ï canonnade diabolique, toujours de ce côté. On m’apEu prend qu’elle a repris depuis une heure environ. Je cours à la mairie. Partout dans les rues, les Prussiens sont à en proie à la plus vive agitation. Fantassins, cavaliers, à artilleurs courent chevauchent de tous côtés. C’est une alerte: à la mairie, où l’intendant fait une distribution d’ustensiles aux soldats, une sonnerie retentit, les voilà tous partis. De tous côtés arrivent des batte- à ries d’artillerie, des pelotons d’infanterie, des corps de cavaliers qui partent précipitamment. Des officiers d’ordonnance partent aussi à bride abattue par la rue des Chantiers pour aller prévenir le Prince-Royal; le canon tonne toujours. A la préfecture, de Moltke arrive en voiture repart bientôt de même. Le roi le prince royal partent aussi. Les versaillais sont émus, comme on peut bien le penser: partout se forment des groupes, sur les avenues sur les boulevards principalement à Il ne reste plus que quelques bataillons massés sur la À place d’Armes, comme réserve, deux canons braqués ( sur l’avenue de Paris. A l’Internationale, on prépare des ambulances. On : m’indique une maison d’où on peut voir par une lucarne, … une partie de l’affaire. (n° 81 Rue de la Paroisse.) Je grimpe en toute hâte, je vois devant moi, une lignede bois; (les bois des Hubies, tous ceux qui sont au sud de Jardy,) en deça des bois, une grande plaine. La bataille est à deux lieues de Versailles à peine; c’est une sortie considérable, appuyée par les canons du Valérien. Audessus du bois, on voit paraître à chaque

instant les obus qui éclatent en fumée blanche. Ce ; matin, nous dit-on, la fumée blanche paraissait à NE l’extrême droite du spectateur; maintenant elle est en:1510

face de nous, juste au nord de Jardy. La ligne de NES bataille s’étend probablement jusqu’à Beauregard la

Dans la plaine située en deça des bois, nous voyons Le

des cuirassiers blancs en déroute. Ce matin on a

des cavaliers des fantassins débandés, assez nom- ai breux. Le canon tonne plus rarement plus faible- ment, de temps en temps pourtant il se rapproche; à À

5 b. 1/2, tout est fini; alors les nouvelles commencent à arriver; les cancans de pleuvoir. A demain les détails

M.M. Bersot Délerot dînent chez nous. Le soir, la

ville est déserte, plus encore qu’à l’ordinaire, les

Prussiens ne se vantent pas.: Samedi 22. Le combat a lieu entre Bougival,

La Celle Saint Cloud, le bois des Hubies, Jardy, Garches.

  • et Rueil. Ducrot avait fait une sortie au nord, puis s’était

rapproché graduellement du Mont-Valérien, de là, était parti pour Bougival. Les soldats ne s’attendaient

pas à une affaire aussi importante; ils n’avaient que 30 cartouches. Il paraît que les Français ont occupé Bougival, s’y sont établis: ce qui explique pourquoi

les Prussiens ont fait un certain nombre de prison-

niers en enlevant la position. Les français ont surtout y perdu du monde dans la retraite.

J’ai arriver les prisonniers français; il yen avait

52 ou 53, pas plus. Un capitaine de ligne, un lieutenant

de mobiles, deux francs tireurs, un ou deux soldats de

les cahiers d’Arnold Scherer mobile, une demi-douzaine de zouaves, le reste, troupes de ligne. Coups de plat de sabre aux spectateurs. On nous a aussi pris deux canons — Les Prussiens avouent 500 blessés tués de part d’autre. Ils diminuent donc évidemment leur chiffre; qu’il faut porter à 7 ou 800. Un nombre égal de prisonniers de chaque côté: ce qui veut aussi dire pour les prussiens, 100 pour les français— Ils s’étaient d’abord ( vantés de 2 000 prisonniers, puis de 100, cela se ré- Entretien, hier soir, de Bismarck avec le Maire. Il lui a témoigné son déplaisir de l’attitude de la population, pourtant très pacifique: ils ne veulent pas être regardés, quand ils partent à la hâte: ils ne veulent pas d’attroupement — Dimanche 23. Visite de M. Hottinger le matin — à Déjeûner, notre major nous annonce son départ pour Un arrêté de Voigts-Rhetz, annonce que, lorsque le signal d’alarme est donné, les hommes doivent rester ou rentrer chez eux. — Sans quoi, après sommation, on tire sur les passants. Sorti avec mon père: été à la mairie. Nouvelle visite .. de M. Hottinger avant diner — Gustave d’Alaux a diné chez nous — Lundi 24 oct. Départ du major Prussien, de la plus grande partie de nos garnisaires. Il reste l’adjudant

  • 2 hommes: l’adjudant est souffrant d’une fluxion. J’ai travaillé assez longtemps aujourd’hui. Sorti à 4 h. Assisté à un immense enterrement mili44

taire Prussien; au cimetière N. Dame: 3 colonels, des officiers bavarois; en tout onze cercueils: musique mili-: à taire splendide: un premier cortège de trois cercueils, col. Prussien 2 off. Bavarois) escorté de dragons bleus, a descendu la rue Satory en jouant une marche funèbre admirable: je n’ai jamais entendu de plus belle musique de ma vie. Une puissance une plénitude Arrivé à la place d’Armes, le cortège a fait halte, un autre cortège, de trois cercueils aussi, (dont 1 colonel ou général,) est descendu du château, Dans le premier, les 3 cercueils étaient en bois blanc, sans drap, couverts de fleurs de couronnes, avec les casques des; défunts. Dans le 2 cortège, le cercueil du colonel était couvert d’un drap noir, chargé de fleurs; un officier marchait devant, tenant un coussin de velours, orné de fougère, sur lequel étaient posées les décorations du défunt. Les 2 autres cercueils étaient couverts d’un simple drap blanc — En partant de la place d’armes, la musique du 2“ cortège a joué la marche funèbre de Chopin, d’une façon Un autre cortège a encore rejoint les 2 autres au cimetière. . Les troupes ont tiré à deux reprises, trois salves de Deux services ont été faits sur la tombe: l’un protestant, l’autre catholique, tous les deux en allemand. Deux pasteurs un prêtre ont parlé sur cette fosse ouverte, où onze officiers allemands dormaient. L’un des pasteurs a fini son discours par cette belle prière: « que le Seigneur vous maintienne en paix

les cahiers d’Arnold Scherer en prospérité; » le dernier mot de sa prière se trou- vait être Frieden, à ce moment la musique a joué une À mélodie si douce si voilée, que tout le monde était res Retour de notre ambulance de Dreux — Diner chez M. Bersot avec M. Délerot. À Après diner, nous sortons pour admirer une splendide à aurore boréale — Je n’en avais jamais avant. LE Nous avons aujourd’hui des Zndépendances Belges. à ) Nous voyons en somme beaucoup de journaux, anglais, Désagrément à la mairie entre un lieutnt de police Prussien des conseillers, à propos d’une réquisition. de è. Le Prussien, fou de colère, dégaîne — Puis il cher-! 1 cher des soldats du poste, fait emmener MM. Laurent À Hänin, de Montfleury Albert Joly — Ils sont relächés Mardi 25. Départ de notre lieutenant Prussien, assez souffrant, avec son brosseur

  • Rien de nouveau du tout. Travaillé &lu des journaux — à Mercredi 26. Bonnes nouvelles de Bazaïne. Il aurait fait une sortie heureuse pour se ravitailler. Bonnes nouvelles de Dreux de Châteaudun. M.M. Bersot, Délerot Gustave d’Alaux viennent le Jeudi 27. Nouvelle de la prise de Metz — Sérénade Réquisition de 6 000 couvertures pour les soldats; les

conseillers municipaux vont en quêter chez les habi-

Vendredi 28. Rien de nouveau. MM. Bersot Délerot à diner — Un ballon —

Samedi 29. Arrivée de Lefèvre Pontalis, de Tours,

Il a Thiers, Grévy, Gambetta, Crémieux, Glais-

Bizoin, Fourichon. Gambetta Glais-Bizoin sont «

contre la paix les élections, Les autres pour, surtout cit;

par Versailles, est rentré à Paris. Visites de M.M. Ephrussi, de Paris, Hoff, de la

Dimanche 30. Thiers a passé quelques heures ici me ce matin. Il a déjeûné aux Réservoirs avec Horace Wet Delaroche. Il est reparti dans la journée doit revenir

Lundi 31 octobre 1870. Travaillé — Visite de

M. Epbrussi. Visites de M.M. B. S‘-Hilaire, Welten —

Thiers est arrivé à Versailles, de retour de Paris, on

ne sait rien de nouveau — EN

Le soir, canon, énergiquement. Nous dinons chez

M. Bersot, avec M. Délerot. Barbu vient le soir. à

Mardi 1°” novembre. Le temps est de nouveau au

beau — Le canon a tonné toute la matinée. Été chez %.

Frédéric Charles Fritz Wilhelm sont nommés maré- «

les cahiers Arnold Scherer chaux par un décret du 28; je crois. Thiers est toujours Mon père a M. Thiers Paul de Rémusat Mercredi 2 novembre. Rien de nouveau — sauf l’arrestation de M. de Raynal, substitut, ce matin: on

  • ignore les motifs. Mon père a été passer la soirée chez Thiers: moi à l’Internationale. — Depuis vendredi soir,! le canon tonne jour nuit, avec des intermittences: on l’entend plus la nuit que le jour. Jeudi 3 novembre 1870. Le canon continue. Rien de nouveau. Dîner chez M. Lebourdais avec MM. Délerot Vendredi {. Rien de nouveau. M.M. Délerot Bersot dinent chez nous — G. d’Alaux dans la soirée. Samedi 5. Encore rien — Mon père voit Thiers, qui partira probablement lundi. Il a été ce matin à Sèvres, il a eu, de l’autre côté de la Seine, une entrevue avec à qqun de Paris — Il a sauté en bateau, trompant la sur- veillance des Prussiens, puis il est tranquillement |. revenu — (Tous nos Prussiens reviennent pour 4 jours) Arrestations de M.M. Albert Harel, substitut, Thiroux, dir. des Postes. Nouvelles de Metz, par Mac-Lean —: Nouvelles des troubles de Paris, suivis d’un plébiscite, qui a donné 300 000 voix au gouv‘ contre Le Préfet a défendu à la magistrature de rendre la justice autrement qu’au nom de Napoléon III Dimanche 6. Sortis après déjeûner, après une visite

— Travaillé — G. d’Alaux à diner. Après dîner, mon père chez Thiers, revient à 11 h. avec de mau- vaises nouvelles. Les négociations sont à peu près rom- NE: Lundi 7. Les négociations sont rompues. Thiers; est parti. On a refusé à Cochery un sauf-conduit pour aller faire une dernière tentative à Paris. (un factionpaire Prussien blessé la nuit.) Visites de Rosseuw Hilaire de Lean. Dîner chez M. Bersot, avec M. Délerot. Barbu est venu le soir. M. Thiroux est relâché sur parole. Mardi 8. Cochery est resté à Versailles. Il est aux arrêts pour 3 jours ne doit communiquer avec personne — M. Thiroux est de nouveau arrêté — Canon le soir. Lettre de ma mère par M. de Rauch.: Mercredi 9 novembre 1870. Ce matin à 7 h. départ de MM. de Raynal, Harel Thiroux pour Minden, Le soir M.M. Hoff, G. d’Alaux, Délerot, Bersot. Jeudi 10. Forte tombée de neige — Rien de nouveau. Arrivée des principicules allemands. Sortis assez tard — (amende de 2000 fr. indemnité 2000 fr. récompense . pour la sentinelle blessée. Vendredi 11 nov. 1870. A 4 h. du matin canonnade épouvantable, mais courte. Réquisition de 6000 chemises, Le congrès des plénipotentiaires allemands continue: d’autre part, les ducs d’Oldenbourg, de Bade, de Mecklembourg, arrivent un à un, on parle d’une séance solennelle du Reichstag, qui se tiendrait au

les cahiers d’Arnold Scherer château de Versailles, qui proclameraït Guillaume de Prusse, empereur d’Allemagne. Mais c’est loin d’être “7 On sait que la ville de Versailles a été requise de payer 2000 fr. d’indemnité au soldat blessé l’autre nuit, À rue des chantiers, 2000 fr. à titre de récompense à celui qui dénoncera le meurtrier. Vive discussion dans le Conseil municipal. M. Rameau refuse de signer l’affiche promettant ces 2000 fr. Elle est signée par M. Lasne, Il paraît que la ré-arrestation de M. Thiroux, son envoi en Allemagne (ainsi que M.M. de Raynal Harel, “EM viendrait d’un désaccord entre le Préfet Prussien de Voïigts-Rhetz, le command! la place — Le préfetavait ordonné la mise en liberté provisoire de M. Thiroux von Voigts-Rhetz l’a fait de nouveau arrêter — Le motif A de l’arrestation c’est que M. Thiroux avait adressé à ; ses employés une circulaire pour leur rappelér l’art du code pénal. Le préfet Prussien qui avait, posté- “0 rieurement à cette circulaire, demandé à M. Thiroux son concours, se l’était refuser, l’avait révoqué: mais qu’après la révocation de celui-ci, quoique la circulaire À eut été écrite avant. Il l’a alors fait arrêter. On a tiré M. Thiroux le lendemain, de sa cellule infecte, on l’a fait comparaître devant le préfet, pour procéder à l’instruction; le préfet lui a reproché d’avoir adressé À une circulaire à ses employés, en qualité de directeur des postes, alors qu’il était révoqué. M. Thiroux a répondu qu’il avait adressé la circulaire avant. Le pré- fet a alors répondu: Monsieur, vs. savez bien que les À employés Français sont révoqués par le seul fait de

occupation allemande. Thiroux a allégué comme preuve

. du contraire: 1° La demande de concours à lui adressée. et 2° La révocation en forme dont il avait été l’objet. Le #4 préfet s’est fâché, lui a dit qu’il ne comptait pas discuter Me avec lui, l’a renvoyé en prison. Puis le lendemain, il l’a mandé lui a fait savoir qu’il était libre, à condition 1 “es matin, Thiroux a promis le lendemain matin, il a été arrêté. Le surlendemain à 7 h. il partait pour Minden.

Aujourd’hui, longue visite de Gustave d’Alaux; je

travaille avec lui. MM. Délerot Bersot dinent chez nous — Canon AU Samedi 12 novembre. Visite de Lean — Bonnes ‘#4 nouvelles d’Orléans, qui est repris par les Français. Les Bavarois ont perdu 2 canons à Artenay. Les “ESS Prussiens sont furieux contre von der Tann — Deux divisions sont parties Lundi pour Chartres. Je travaille jusqu’à 2 heures. Je sors à avecmon père. Je vais à la mairie. M. Délerot m’apprend que Hoff s’est suicidé, que M. Passa l’a enterré ce matin — TA Plus tard je vais à son hôtel avec mon père nous A apprenons quelques détails. Ce pauvre garçon avait À. écrit dans la gazette d’Augsbourg, dont il était corres- ni. pondant, que les journalistes anglais étaient mieux à traités à Versailles que les journalistes allemands. M. de Bismarck se fâcha, lui signifia l’ordre de . retourner en Allemagne. Le malheureux fut pris d’un accès de désespoir, s’empoisonna. Le mercredi, il A prenait le ‘thé chez nous, empruntait même un livre à

les cahiers d’Arnold Scherer à mon père — Le Jeudi à 4 il faisait demander une; voiture, qu’on n’a pas lui trouver; il parut ne pas 5 s’en inquiéter, à 5 h. 1/2 il rentra chez lui. A 7 heures, un de ses amis venait le chercher, on frappait à sa porte, il ne répondait pas. Onle crut sorti. A 4 heures 1 du matin, la fille de l’hôtel voyait sa chandelle qui brûlait encore dans sa chambre. A 7 h. du matin, il ne à sonnait point, comme d’habitude, pour son café; on entra dans sa chambre. Il était étendu mort sur son lit, tout habillé, sa fiole de poison à côté de lui. Un grand nombre de familles anglaises ont quitté Paris sont arrivées aujourd’hui à Versailles. Les Dimanche 13 nov. Rien de bien nouveau — Capture d’un 3° ballon, avec 3 aéronautes — Lors de la capture; des 2 ballons précédents, on a tenu un conseil de À guerre, pour savoir ce qu’on ferait des aéronautes — Bismarck a demandé énergiquement qu’on les fusillât. Mais le conseil a décidé simplement qu’on les enverrait à Hoff s’est empoisonné avec de l’arsenic. Le pauvre. garçon était, dit-on, d’une bonne famille de Mannheim Lewyssohn, son ami, est parti l’Allemagne — Il a beaucoup souffrir. Son corps était, paraît-il convul- sionné — Ses yeux ouverts, une jambe, pendant hors À du lit — un couteau ouvert, à côté du verre Gustave d’Alaux à diner. Été chez de Charn’acé Lundi 14 nov 70. Il y a une quinzaine de jours, À les Prussiens ont renoncé, (ec à d. le Royal) à

650 000 fr. qu’ils réclamaient pour réquisitions non fournies, pour le corps d’armée du prince héréditaire. te

Les Prussiens qui sont la maison Deffaudis ont mis hier le feu à la cheminée la 2° fois, se sont saoulés avec 5 ou 6 officiers de leurs camarades, ont À fini par mettre à la porte le concierge et sa femme —

Visite de Gustave d’Alaux — Dîner chez M. Bersot avec M. Délerot. Barbu venu le soir. La défaite des Prussiens à Orléans se confirme. Les français sont

Mardi 15. On prétend qu’il y avoir aujourd’hui ou demain une grande bataille à Etampes — Ed. Valentin, préfet du Bas Rhin, a été fusillé à Wiesbaden

,

Mercredi 16. On flaire une bataille qui approche dans le voisinage. Les Français, sont, dit-on, à Etampes, à Houdan. Pas de nouvelles positives: on les signale; aussi à Dammartin. Les Prussiens sont inquiets. Alertes la nuit plusieurs maisons — Ils ont ordre de se tenir prêts. Ils font partir leurs convois, la ville est pleine de

chariots, de foin, de troupeaux de bœufs de moutons —

Le préfet de Brauchitsch a écrit au conseil municipal

pour lui communiquer un rapport d’un sieur Baron, qui, prévoyant le jour, où par la capitulation de Paris, la ville de Versailles se trouverait affamée, conseille au À

Préfet, chargé des intérêts de la ville, de forcer celle-ci à faire un grand magasin, que lui, Baron, se chargerait y de fournir des denrées nécessaires. — ces marchandises qu’il dit être nécessaires, qui ne sont pas celles on a réellement besoin) il faudra les acheter à

les cahiers d’Arnold Scherer au prix indiqué par lui — En outre, il ne pourra pas les livrer à Versailles — Elles seront remises à Nogent J’Artaud, près de Château-Thierry, d’où la ville devra JATUES les faire venir ses risques périls) D’après l’état fourni par Baron, on peut juger que ces marchandises se montent environ à 5 ou 600 000 fr. Un quart du prix devra être payé immédiatement le reste lorsque les Es marchandises arriveront à Nogent l’Artaud, —(Or, elles y sont, on les [a] vues: donc, il touchera le tout immé- Ainsi 1° La ville sera contrainte à s’approvisionner de marchandises dont elle n’a pas besoin. 2° Elle courra le risque de les voir pillées de Nogent l’Artaud à Versailles. 3° Elle paiera les marchandises au prix Des indiqué par Baron. 4° L’autorité Prussienne obtiendra mi: gratis, sous forme de réquisitions, les marchandises livrées à Versailles. 5° En cas de départ des Prussiens, le magasin sera pillé — ; Enfin, si la ville objecte sa pauvreté, Brauchitsch fera reparaître son banquier Juif de Francfort, Betzold, dont les propositions d’emprunt ont déjà été repoussées une rère fois. (IL est évident que Brauchitsch est associé à à ; Baron à Betzold) Le mot forcer (la ville) revient plusieurs fois le rapport de Baron. à Cependant aujourd’hui Jeudi (17 nov. 1870) un concurrent, s’est présenté, offrant de livrer des marchan- È dises à meilleur prix que Baron, de les amener lui- même à Versailles, de Nogent l’Artaud. Il est probable “que c’est encore un tour de Brauchitsch.— Rien de nou- LE veau, sinon la confirmation des nouvelles d’Orléans. Promené les bois avec mon père, M.M. Housay,: Mainguet Barbu; D’alaux le soir — À

Journal de l’invasion à Versailles — (1870-1871) Jour du départ des troupes Prussiennes.: Vendredi 18 novembre 1870. Rien de nouveau, à sauf la reprise de Dreux par les Prussiens, sur 6 ou 8 000 mobiles, M.M. Délerot Bersot dinent chez nous. Commencé un travail sur la décentralisation. de nouveau. L’affaire de Dreux semble se réduire. On s’est battu à Châteauneuf — Dimanche, retour de Lean. Promené avec Joly. On dit que Houdan est A a Lundi 21 novembre. Nous apprenons ce matin que notre adjudant a été blessé à la tête, à Vaucres-. me. son —Le mont-Valérien, fait, paraît-il, un feu d’enfer — Le major a renvoyé son cheval à Versailles pour le mettre mn: en sûreté — On dit que avons été battus à Chà- teauneuf. — A 7 h. du soir, inauguration des cours ps: d’adultes, à l’école de la rue Saint Simon — Discours : de M.M. Rameau Bersot.

les cahiers d’Arnold Scherer La Russie a dénoncé, il y a déjà qques jours, le traité de Paris de 1856. Mardi 22 nov. Rien de bien nouveau. Je vais voir le P. Gagarin, qui me dit qu’Odo Russell a été ici. IL paraît qu’une coalition se formerait contre la Prusse 4 la Russie, entre la France, l’Angleterre, l’Autriche, l’Italie, la Turquie la Pologne. Le soir, nous allons avec mon père, au cours d’adultes, où mon père fait une lecture, avec commentaires, d’un 3 chapitre de de Saussure sur Chamonix. Mercredi 23 nov. On parle d’une affaire à Rueil, d’une autre à Dreux, d’une autre à Châtillon sur Seine, où nous aurions été heureux. Mais rien de positif. Nous diînons chez M. Bersot, avec M. Délerot. M. Barbu vient après diner. Nous allons tous entendre le cours de géographie commerciale de M. Pigeonneau à l’école, rue Simon — Rentrés à 11 — Jeudi 24. nov. Rien d’important, On parle d’une affaire à Artenay. un journal allemand la note de Thiers sur ses entrevues avec Bismarck. Suite de l’affaire Baron-Brauchitsch — Tripotages de M. Dietz dans l’affaire — — Vendredi 25 novembre 1870. Le Moniteur Prus sien constate la présence d’Odo Russel à Versailles — paraît que les journaux anglais ont embrassé chaudement la cause de la France — Changement de front complet. On dit que les français jettent des ponts à Bezons à Chatou — On dit aussi que Vernon, (Eure) aurait résisté aux Prussiens: on aurait massacré pris beaucoup d’hommes 3 canons — (les francs-tireurs.)

Après dîner, j’ai été à l’école S’-Simon, où Anquetil a à des lettres Persanes, où Colomb a fait une bonne leçon sur les Gaulois: (c’est le commencement de son Ni cours d’histoire de france) — d’Alaux le soir —

Samedi 26 novembre. On parle de l’arrivée de Thiers. Le Moniteur Prussien annonce la conclusion définitive du traité qui unit Bade, la Bavière Hesse Darmstadt, à la Confédération du Nord. Le

On annonce une grande bataille pour aujourd’hui ou demain entre Tours Orléans —

On s’est battu, dit-on, à Sèvres à Cloud —

M.M. Bersot Délerot ont dîné chez nous — Après diner, j’ai été avec: M. Délerot à une leçon de Dietz fils,

(rue Simon) sur les écoles dans l’antiquité.

Entre onze heures minuit, canonnade assez forte —

Dimanche 27. La cannonade a repris ce matin entre 6 7 heures. — (J’apprends qu’elle a duré toute la nuit, depuis 10 h. jusqu’à 7 h.) La canonnade conti- nue faiblement dans le lointain, probablt. au Sud de 1$

Promené avec M. Délerot, à la butte des Moulins —

Canon faiblement tte la journée toute la nuit —

Lundi 28. Canon faiblement la journée. d’Alaux: à diner. Le soir, leçon de M. Girardin sur Lafontaine,: aux cours d’adultes. Pas de nouvelles positives —

Canon toute la nuit —

Mardi 29 novembre. On conjecture que le théâtre; des engagements qui durent depuis 3 nuits 2 jours, est Sèvres, Meudon, Bellevue —

4 les cahiers d’Arnold Scherer POMEN TES

LE Je devais aller à Sèvres, avec Délerot Albert Joly,

; pour y faire une leçon sur la liberté, à l’école de

à Sèvres. — arrivés au coude de l’avenue de Paris,

ES avons rencontré des femmes qui nous ont dit qu’il

4 était inutile de continuer. L’alarme avait été donnée

3 fois ce matin sur la route de Viroflay à Châville

les français, qui occupaient la Manufacture de

Sèvres, étaient, disaient-elles, dans les boiïs de

Châville. Elles avaient entendu leurs clairons sonner la

A Nous rebroussons chemin nous allons à l’Interna-

tionale. Les Prussiens sont en mouvement l’ons’at.

Fur tend à ce qu’ils sonnent l’alarme d’un moment à l’autre.

A l’Internationale, toutes les voitures sont convoquées

a pour être dirigées, d’après les instructions Prussiennes

4 sur Villeneuve le Roi ou sur Saint Germain. {au crayon]

; (Ceci est expliqué plus tard, par la canonnade de Gen-

144 nevilliers la sortie de Choisy le Roi):

Le canon qui avait cessé ce matin reprend, mais fai-

A blement: les Prussiens rentrent dans le calme: les

voitures rentrent chez elles après avoir attendu 3 heures

à l’ordre de départ. La journée est tranquille.

Le soir, mon père continue ses lectures sur les Alpes

le Mont Blanc, à l’école des adultes — Nous recon- à

1 duisons d’Alaux Délerot chacun chez lui —;

Le Moniteur Prussien constate des engagements vic-;

torieux pour les Prussiens de divers côtés, mais aucun succès extraordinaire — il y a une dépêche de Fréd-; Charles, ce qui prouve qu’il n’est pas pris, comme on

? l’avait dit,

à En rentrant chez nous vers 11 heures, nous enten-

y dons 5 ou 6 coups de canons espacés

Mercredi 30. Le canon a tonné violemment toute la nuit. Ce matin, j’ai été, après déjeûner, à la grille de 1118 l’avenue de Paris; j’ai entendu le roulement inces- \NÈNSE sant des mitrailleuses, entremêlé de canon Vers 1 h. le canon s’est à peu près tu, les mitrail- leuses seules grondaient — à 2 h. le canon a repris AS avec force jusqu’à 3 h. 1/2, où j’écris ces lignes. Entre quatre cinq heures, tout s’est apaisé — Nous avons dîné chez M. Bersot avec M. Délerot au On annonce une défaite de l’armée de la Loire, une.: AS défaite de l’armée du Nord. Celle-ci est certaine, mais ‘ei

  • celle de la Loire mérite confirmation. ‘oi Leçon de M. Pigeonneau aux cours d’adultes. A pis Jeudi 1°” décembre. Rien de nouveau, sauf les nou- on velles de source Prussienne sur l’affaire de Beaune la Rolande, qui paraissent très exagérées. — Qques pour coups de canon isolés. d’Alaux le soir Paris, vers L’Hay le 30, vers Champigny. Vendredi 2 décembre — Jour anniversaire du coup AS Londres, pour régler le conflit anglo-russe. L’affaire de Beaune la Rolande n’a pas été une défaite pour nous. L’affaire du 30 n’ont pas non plus été mau- ‘os On continue à affirmer que le Fréd Charles est si On parle d’une victoire des Français près de Longju- meau, d’une autre à Méréville —. 1) M.M. Délerot Bersot dinent chez nous.

À les cahiers Arnold Scherer: Le canon a un peu tonné aujourd’hui beaucoup daps la nuit (du 2 au . Samedi 3 décembre. Ce matin à 11 h. nous nous moi pour Sèvres, où Délerot nous a rejoints. Nous 4 ï avons déjeùné chez M. Journault, maire de Sèvres, avec 2 ou 3 conseillers municipaux. Après quoi, j’ai 4 été faire, assisté de tous ces dignitaires, une conférence ; aux élèves de l’école de Sèvres (garçons filles). Je 16 leur ai parlé pendant près d’une heure demie de l’in-: dépendance nationale, je leur ai raconté les histoires de ) Washington, de Guillaume Tell, de Jeanne d’Arc. — Nous sommes revenus à 5 h. à Versailles — Nous avons entendu les canons français Prussiens dialok guer tout le long de la route, allant revenant — On signale les Français à Bonneval à Châteaudun. — On parle de nouveau d’un succès à Longjumeau — Enfin, on les signale aussi à Malesherbes. — On dit aussi que Garibaldi est près de Fontainebleau — La situation paraît assez bonne — On reprend courage — Hier matin un ballon a passé ici — . Dimanche 4 décembre. On annonce une victoire de Ducrot sur la Marne — Les français seraient à Brie Comte Robert à Villeneuve Georges. — L’armée du Nord n’est pas en déroute; elle s’est simplement repliée sur Arras après l’affaire de Villers Bretonneux. l’indépendance belge du 30. La situation paraît bonne — (Lettre de ma mère par poste prussienne J’ai aujourd’hui une douzaine de personnes attroupées devant une affiche en langue allemande, annonçant

l’établissement d’un magasin d’objets militaires — Les bons Versaillais étaient occupés à compter les lettres d’un mot qui en avait bien 20 ou 30 — C’était le mot: 7310 M.M. Délerot d’Alaux sont venus le soir. Lundi 5. Qques coups de canons isolés hier soir ce matin — Grandes nouvelles — Orléans est repris par les Prussiens, mais Ducrot occuperait la vallée de la Marne, ravitaillerait Paris, donnerait la main à; l’armée de la Loire — Nous dinons chez M. Bersot avec Délerot. Après diner, nous allons entendre une leçon de Dietz, sur le Misan- Mardi 6. Triste journée, la plus triste que nous ayons eue depuis la prise de Metz. Orléans.a été repris, mais après une défaite d’Aurelles de Paladines. Ducrot est rentré à Paris. J’ai arriver une batterie française, prise, dit-on près Mon père a Odo Russell W. H. Russell, corres- pdt, du Times — J’ai faitlune visite à Lean, chez qui j’ai un g*! américain, Duff, qui m’a prêté des! Mon père est très triste découragé — Il a fait une troisième leçon à la rue Simon, ce soir — à La situation paraît grave, Paris ne pouvant plus se ravitailler, l’armée de la Loire étant battue, ainsi que celle du Nord — Comment tout cela finira-t-il? Il y a des moments où l’on devient fou. « On a envoyé un parlementaire à Trochu, pour lui

annoncer la bataille d’Orléans, pour l’inviter à ne Dee envoyer un commissaire sur les lieux pour se convaincre

a de la situation, pour conférer avec le gouvt. de Tours. On parle aussi d’armistice — Mais le canon, qui continue

3500 à tonner de loin en loin semble démentir ces bruits.

34 4 Mercredi 7. On reçoit des nouvelles un peu meil-; leures — Orléans serait repris — Paladine n’aurait pas

assisté à la bataille avec le gros de l’armée. Gambetta a été blessé, dit-on. Le soir, après la leçon de Pigeon-

108 neau, M.M. Bersot Délerot prennent le thé chez

ï ‘és Jeudi 8. La situation paraît de nouveau moins bonne.:

Fox Les Prussiens deviennent monstrueux. Hier, ils ont 4 150 demandé la liste de tous les hommes de 20 à 45 ans, susceptibles de faire partie de la levée en masse, mena-

4 (ie çant d’une amende les familles de ceux qui se dérobe-

te; raient clandestinement. Aujourd’hui, 4 omnibus, par MAT. eux demandés, n’ayant pas été fournis à temps, ils ont

12 mis en prison l’employé, chargé du service des voitures,

ont envoyé dix garnisaires chez Rameau, Rémont,

Verlhac, Jeandel Riché, membres de la commission

des charrois.

J’ai été 2 fois chez Lean. Hier, j’ai fait la con-

É 2 naissance du g*! américain Duff. — Les nouvelles sont

“0 vagues — d’Alaux dîne avec nous —

ne Vendredi 9. On prétend que Ducrot serait dans le

ff. br: Nord. — Sauf cela pas de nouvelles — M.M. Bersot

740 Délerot dinent chez nous — Leçon de Colomb, le soir,

Samedi 10 déc. Albert Joly est père d’une SET petite fille — Pas de nouvelles — Je lis l’Indépendance 5 du 7 déc. Leçon de M. Girardin sur La fontaine. Dimanche 11 déc. On dit que la situation de l’ar- sal mée de la Loire devient meilleure. Nous lisons l’Zndé- +3 pendance belge du 8. Pas de nouvelles importantes — qe: Les Allemands sont à Beaugency à Vierzon — M. Déle rot dine chez nous Lundi 12 déc. 1870. Pas de nouvelles — Nous ce y dinons chez M. Bersot. Leçon de M. Girardin — Mardi 13. Deroisin Laurent Hänin sont arrêtés, puis relâchés sur parole, pour avoir signé des passeports — Nous apprenons la mort des 2 fils de M. de Bussierre, d’Olivier Godard. Leçon de mon père aux adultes. Mercredi If. Nous avons régulièrement l’/ndé- 1% pendance belge, par M. Délerot qui la reçoit. J’aivules des 7, 8, 9, 10, 11, — belle circulaire de Chaudordy — À à Il paraît que le Chanzy a vigoureusement ré- sisté à Beaugency. J’ai fait ce soir, (mercredi) une confé- ê 1 à rence aux cours d’adultes sur le Vésuve Pompéi — es MM. Délerot Bersot ont pris le thé chez nous — fil Ne Jeudi 15. Indépendance du 12 — Chanzy, paraît-il,; pre fait sa jonction avec l’armée du Nord On a recu des nouvelles de MM. de Raynal, Thiroux, AU Harel, il y a déjà 8 ou 15 jours — Thiroux était souffrant — LA Ils étaient, non pas internés à Minden, mais en prison. a Depuis, on a obtenu des améliorations, par l’aide de a camp du duc de Saxe Weimar, (M. de Beust.) bis-

les cahiers d’Arnold Scherer 1 billes entre Bismarck de Moltke — Hier 4 lettres de Vendredi 16. Brouille entre Deroisin le conseil — de à — Hier, mort du — Brecoster, d’une apoplexie fouk droyante Histoire du nommé —, concierge de M. de Roon, 4 min de la guerre — Celui-ci écrit au maire pr. lui faire é part de la situation intéressante du dit concierge, ancien militaire, le somme de lui faire donner des secours. M. Rameau fait venir —, qui nie énergiF quement avoir demandé l’intervention du ministre de la guerre, refuse tout secours — Nouvelle lettre de de ï Roon: nouvelles dénégations, nouveaux refus du con- à cierge — 3° lettre plus impérative, 3° refus du concierge, qui finit par avouer au maire que sa femme, cuisinière du ministre, mais ne touchant pas de gages, aura probablement inventé ce moyen de se faire payer ses gages, moyen économique que de Roon aura été charmé M.M. Bersot Délerot dînent chez nous — Leçon de Samedi 17 décembre. Funérailles d’Olivier Godard, mort à la suite des blessures reçues au combat de Champigny. Il avait 27 ans était déjà lieutenant. Il était engagé volontaire. Une foule immense assistait à son enterrement. 18 conseillers municipaux — Le maire tenait un des cordons du poële: les autres étaient tenus par — le docteur Fropo, de Nansouty le co- : lonel Michel. M. Rameau a parlé sur la tombe ainsi À que le Dr. Fropo. Plusieurs officiers Prussiens assistaient

un peloton Prussien une musique Prussienne précé- daient le convoi, ainsi qu’un peloton d’infirmiers fran- tes çais — Le cercueil était couvert d’un drapeau tricolore Le canon à repris depuis hier par intervalles — Le É à soir, j’ai fait une conférence aux cours d’adultes, rue Saint Simon, sur Herculanum Pompéi: j’en ai été bi. plus content que de la rère, Dimanche 18 déc 1870. Aujourd’hui, la députation A du Reïichstag, chargée de présenter au Roi de Prusse l’adresse l’invitant à prendre le titre d’Empereur d’Alle- magne, arrivée avant hier, a porté l’adresse à la Préfec- ture. J’ai les députés monter en voitures aux Réser- Fr: voirs: et quelles voitures! d’effroyables carrioles! des se fourgons de poste, sales, crottés! Et les députés! quelque chose entre les soldats de Soulouque les he: gardes nationaux de l’Empire — des pantalons à sous- à pieds blancs ou gris très clair, avec une grande bande à d’or, un frac brodé, noir, bleu, (l’un d’eux rouge écar- late) un chapeau de général à plumes blanches, l’épée RCE au côté, de grandes épaulettes d’argent. Une vraie charretée de carnaval! le drapeau de la confédération a été hissé sur la Préfecture pendant la cérémonie, à baïssé ensuite — Tous les hobereaux étaient en l’air — À Conférence ennuyeuse de M”° hommaire de Czell. . Pas de nouvelles — Retour de Barbu — Un directeur des postes de Seine Oise est nommé Il est bon de noter, en passant, que la Préfecture de rar

les cahiers d’Arnold Scherer

Versailles est divisée en 4 bureaux. Bureau des contri1h 5 butions — id. de la voirie — de la police — du MoniCR teur officiel.

Avant-hier, réquisition de la part du quartier général se: du prince Royal, de douze grands arbres de Noël — si ‘Vu des numéros intéressants du Pall Mall, contenant 1 un bon article sur les chances de la guerre, que j’ai traFe duit, et des lettres très bien faites sur la guerre au point : de vue politique moral — Une batterie française est à Meudon, capable de tirer sur Versailles — Nous allons donc être bombardés inces-

La Prusse persiste l’affaire du Luxembourg —

Les Anglais qui sont ici sont très émus de l’arrestation 14 du capitr Hozier de ses collègues à Étampes, où ils ont été pour ainsi dire, mis au secret — ; Chanzy au Nord dela Loire, mais onnesait où, au juste — Le canon a tonné un peu cette nuit, toute la journée d’aujourd’hui par intervalles. Demain lundi, il aura : trois mois que nous sommes envahis; les Prussiens sont entrés à Versailles le lundi, 19 septembre — Lundi 19. Trois mois! — Pas de nouvelles — Visite de G.D — 2 lettres, une de Jeanne de ma mère, l’autre de À ma tante Catherine — Dîner chez M. Bersot, avec Délerot. Barbu le soir. Leçon de Girardin sur Lafontaine. Mardi 20. Rien de nouveau. Duff Lean — Bruits vagues — Arrivée de 150 marins Prussiens — Assez 1 forte canonnade la journée surtout le matin —

  1. Mercredi 27. On a vu, lundi soir, une vive lumière, Hal “SO tantôt blanche, tantôt rouge, audessus de la Préfecture — Les uns ont cru que c’était une lumière électrique, les 14 à autres un feu. Ceux-ci avaient raison — Il paraîtqueles : députés du Reichstag ont été lundi à Saint-Cloud qu’on “AV leur a donné le spectacle de l’incendie de 120 villas —On a entendu le canon aujourd’hui mercredi surtout dans la nuit dernière une assez forte canonnade — ce On a fait des perquisitions dans presque toutes les (24 maisons du quartier Saint-Louis dans beaucoup de mai- sons des autres quartiers de la ville. On est venu chez nous entre autres: 1 oflicier, 1 gendarme plusieurs soldats: on a placé des soldats à la porte sur le palier, à j’ai fait le tour des chambres avec l’officier le gen- darme — L’officier était poli même assez aimable, il a:
  • fait sa tournée d’une manière pr. ainsi dire dérisoire: A il n’est pas entré dans la cave, ni au rez de chaussée, ne ni au jardin les soldats ont sommairement regardé toutcela— cela n’a pas duré dix minutes. Il a un sabre je de cavalerie ayant appartenu au frère de ma mère, après avoir constaté qu’il n’était pas aiguisé, il l’a remis on à sa place — J’ai aussi accompagné des soldats Prussiens dans une perquisition chez ma tante, 18, avenue de Sceaux: on à faire sauter la gâche: c’était un ser- PO. gent, qui a été poli; les soldats ont regardé le portrait #2 de Garibaldi, qui les a beaucoup attirés — Dans la même AS maison, ils ont fouillé la cave, ont même sondéles murs de la cave— Ils ont trouvé dans l’appartement de

nier en Allemagne, des épées, qu’ils ont emportées;

Cela a motivé l’arrestation du beau père du propriétaire,

un monsieur assez âgé — Le quartier Louis était blo-

les cahiers Arnold Scherer qué par toutes les issues — Il fallait, pour passer, une permission des officiers qui dirigeaient les perquisitions— de De gros groupes de soldats en petite tenue, mais armés ; de leurs fusils se tenaient de loin en loin, détachaïent de temps en temps qques hommes pour fouiller les 4 maisons. Des patrouilles de dragons, assez fortes parcouraient les rues pdt tout le temps — A l’Internationale, le chef de la Police du Roi, Czerniski, le même qui avait dégainé contre les conseillers municipaux, a dirigé les perquisitions, fait odieux, ; inouï, la neutralité de l’Internationale. On a du reste, été aussi grossier que possible — Au lieu d’attendre qu’on vint ouvrir la porte de la cave, ils ont forcé la serrure, 4 emporté 8 bouteilles de vin destinées aux blessés— Ils . ont aussi perquisitionné le magasin à linge, tenu les membres de l’Internationale prisonniers les bureaux 4 pdt. 1 1/2. M. Delaroche a protesté auprès du Putbus, ce qui équivalait à rien du tout — On a 18 ‘aussi été chez Duff Lean — Résultat des perquisitions ds. la ville — Environ ou 200 arrestations, dont une dizaine seulement mainte- volvers — La ville a été frappée de terreur par tout cet appareil. Les Prussiens craignaient, dit-on, une conspi- ï ration contre le roi Bismarck, ils cherchaient autant des hommes, des francs-tireurs cachés, que des armes. ; Leurs perquisitions ont été bêtement faites — La plupart des officiers paraissaient ne pas savoir ce qu’ils venaient chercher, ont fait des recherches dérisoires. D’ailleurs, beaucoup d’armes pouvaient être cachées en dehors des maisons; beaucoup de francs tireurs, si francs tireurs ; il y pouvaient être à se promener dans la ville —

Chez nous, un des soldats a oublié la baguette de son +51 Pas de nouvelles — M.M. Bersot Délerot le soir. Delaroche, Lean, &. à de Jeudi 22 Déc. 1830. Les Prussiens avaient annoncé avant-hier soir un succès vers Nuits — Ce sont eux au contraire qui ont été battus; ils ont évacuer Nuits Dans la nuit dernière — (de mercredi à Jeudi) une Sèvres, mais sans grand dommage pour les Prussiens, qui n’ont que 8 blessés — une vieille femme a été tuée — 500 bombes environ sont tombées la ville — Les: Prussiens ont très peur — Journault son adjoint se sont promenés toute la nuit au milieu des bombes — “ke J. qui est venu aujourd’hui à Versailles, a essayé de PAG faire passer à Trochu un avis, portant, qu’à moins de plans particuliers, qu’il ne peut pénétrer, le bombarde- ment de Sèvres ne fait aucun mal aux Prussiens, peut causer de graves dommages à la ville, qui a déjà subi environ 2.009.000 de pertes: Des objets d’une valeur d’environ 2 000 000 sont accumulés à la mairie, “47 La ville de Versailles a été taxée aujourd’hui d’une amende de 50 000 fr. par herr von Brauchitsch, préfet de Seine Oise, député au Reichstag, gendre de M. de Roon, pour n’avoir pas encore rempli le fameux maga- sin, (voy. plus haut.) les marchandises sont en route, [ESS sont arrêtées par la Commission des lignes Prus- ta siennes. Si, au 5 Janvier, le magasin n’est pas fourni, la #2

les cahiers d’Arnold Scherer

Czerniski est venu aujourd’hui voir Delaroche à l’Internationale lui a annoncé que dans 3 jours, la

Société devait être dissoute, par ordre supérieur: le prétexte est, que l’Znternationale ne rend plus de services — C’est le comble! Il ne reste plus qu’à fusiller le cu, conseil municipal à déporter les membres de l’Internationale —

! Demain, j’aurai des détails sur l’entrevue. Je sais seulement, que les membres de l’Internationale domiciliés 1 à Versailles, pourront, si bon leur semble, être conduits ; aux avant-postes, pour regagner la Société centrale française: les membres non domiciliés ici, devront

Ce soir, par moments, une très-vive canonnade, qui

ne dure qu’un instant, avec une très grande intensité,

ï puis qui reprend cinq ou dix minutes après — C’est peut

être le bombardement de Sèvres qui recommence — Mais

on dirait plutôt que le son vient du côté de Vélizy. Par moment, il semble venir de 2 côtés à la fois —

On dit que Gambetta a été frappé d’aliénation mentale: d’autre part, on prétend que Thiers est ministre de la

Vendredi 23 décembre 1870 — Hier, Czerniski est venu comme je l’ai dit, intimer de la part des autorités supérieures l’ordre de dissolution à M. Delaroche, qui a immédiatement cessé ses fonctions, tout en allant protester auprès du Putbus — Celui-ci a paru très désolé, a dit à Delaroche qu’il devait y avoir un malentendu — Il l’a prié de venir causer avec lui le lendemain matin — Ce matin Putbus a tenu le même lan-

gage, a dit qu’il conférerait avec les autorités supé-

rieures, a remis la réponse à l’après midi — Il est en effet venu à 6 h. Delaroche venait de quitter: VAR sais pas la suite — toujours est-il que ce matin, TA Voigts-Rhetz a écrit un billet très poli à M. Delaroche, lui disant qu’il avait appris que la Société Internatio- À nale avait l’intention de se transporter sur la Loire, pour y soigner les nombreux blessés français, il priait M. Delaroche de lui remettre les cartes contresignées Putbus, qui étaient portées par les membres du comité Qi. — Delaroche à répondu que son intention n’était nul- Put. lement de se transporter sur la Loire, ayant été nommé à Versailies par le ministre de la guerre — que chacun LA des membres du comité ferait ce que bon lui semble- rait, que pour lui, il comptait garder sa carte, qui lui 3 Et appartenait, qu’il permettait seulement que la signa- AS D’autre part, les ambulances particulières sont accou- rues se mettre sous la protection de Putbus, qui a été “VUS vexé d’avoir tout cela sur les bras, désolé de toute l’affaire; l’un des chefs d’ambulance, M. de Romaneét, chef d’ambulance de Montreuil, dames de la Retraite, “10 a été de Putbus à Voigts-Rhetz, de Voigts-Rhetz à si Forster (sous-préfet) qui tous se sont montrés désolés, ont déclaré qu’il devait y avoir malentendu. — A demain des détails nouveaux La folie de Gambetta n’est pas confirmée. Canonnade de. assez forte avant dîner — Et entre 10 11 heures Il y aurait une sortie au nord M°Lean, Delaroche — Visite de M®° Labouchère SNS de Jouy — M.M. Bersot Délerot à diner. D’alaux le soir — On annonce une conférence à Londres pour le à Le

les cahiers d’Arnold Scherer 12 Janvier — Pas d’autres nouvelles — Rien d’impor- Samedi 24 déc. Nouvelles d’une sortie au nord de è Paris — Canon assez fort la nuit dernière aujourd’hui Ce matin, visite de Putbus à Delaroche, le priant de À reprendre ses fonctions — Delaroche demande une invita- tion écrite. Stieber, chef de la police, la lui apporte, se confond en excuses — De même Voigts-Rhetz, qui. vient voir Delaroche qque temps après — Qui trompe-t-on ; ici? L’ordre de dissolution émanet-il de Stieber? ou de Voigts-Rhetz? ou des autorités supérieures? Et l’annulation de cet ordre; de qui est-elle venue? De Bismarck? de Voigts-Rhetz? de Putbus? ou d’une intervention étrangère? Enfin, quel est le rapport entre les perquisitions de mercredi l’ordre de dissolution de Jeudi? Toujours est-il que l’Internationale est rentrée en fonctions — D’Alaux à diner — Rien de nouveau — Lean, Dimanche 25. Jour de Noël. Nouvelle d’une bataille indécise près d’Amiens — Canon toute la nuit la journée — On parle de sorties — Lean, Delaroche À — Été avec mon père chez Émile Deschamps. froid très vif — Dîner chez M. Bersot avec Délerot — Lundi 26. Canon toute la nuit, tte la journée — Pas de nouvelles — La situation du conseil municipal devient grave — On s’attend pour demain à une démis: sion collective, le préfet exigeant l’amende de 50 000 fr. 5 jours, celle de 75 000, si les marchandises

du magesin n’arrivent pas; Peut être après demain, les ne: conseillers seront-ils en route pour l’Allemagne… “ie — Interrompu par l’arrestation de d’Alaux — Mardi

31 déc. délibération du conseil. Refus de payer Arrestation de Rameau, Mainguet, Lefebvre, Barrué- Janvier. On entend le canon plus ou moins tous ces jours. Janvier. Perquisition faite chez nous par Czer- Du 27 novembre au 4 Janvier, mon journal a été déposé chez le Père Gagarin; du 4 Janvier au 15 février, on. chez M. de Cappot. Mercredi 15 février 1871. L’interruption de mon., ne journal et sa mise en sûreté ont été motivées 1° Par la +. situation dans laquelle se trouvaient placés les conseil- lers municipaux, sous le coup d’une arrestation ou d’un 2 À envoi de garnisaires — 2° Par l’arrestation le procès (2 (devant le conseil de guerre du 5° corps,) du G. d’Alaux, « (12 qui avait entre les mains des extraits de ce journal — D’Alaux a été jugé comme prévenu d’espionnage {1 d’excitation à la guerre de broussailles. Il a été défendu

4 les cahiers d’Arnold Scherer Mans par mon père acquitté — Maintenant tout danger étant passé, je reprends ce journal. Que de choses se sont passées depuis le 4 Janvier! Le bombardement de Paris, la capitulation, l’armistice, Ne précédés de ces visites de Jules Favre à Versailles, du ! À 23 au 28 Janvier, cette semaine de la Passion de Paris; À une que de tristesses, que de deuil! Le désastre de baki, ceux de Faidherbe de Chanzy auparavant! Il faut d’abord que je dise comment l’affaire du à magasin s’est terminée. M. Rameau avait été arrêté le 31 déc, ainsi que ses collègues — Au bout de six jours, 4 ils furent relâchés, voici comment. Le préfet fit venir : chez lui les syndics, les voyant plus faibles que la municipalité, il les menaça de l’envoi de 10 garnisaires 1 (it chez chacun d’eux si la somme n’était pas payée. AusDA sitôt, ces vertueux commerçants payèrent l’amende, le préfet, qui se sentait engagé dans une mauvaise ral affaire, tenant d’ailleurs ses 50 000 fr. s’inquié- tant peu d’où ils venaient, des syndics ou de la ville, relâcha les 4 conseillers municipaux. À Il est bon de dire que le lieutnt. de police Heppi, venant qques jours après, à la mairie, dit, sans se gêner, à ceux qui étaient là, que le préfet avait été pur vivement blämé en haut lieu pour cette déplorable affaire, que si ce n’eût pas été devant l’ennemi, on 1 l’eût cassé. Autre trait: On sait quelle est l’inimitié qui existe 31 entre le préfet le général commdt. la place. Elle se manifesta d’une façon curieuse, par une longue visite faite par le général Voigts-Rhetz, le 1% Janvier, au. Depuis, les marchandises sont arrivées

Jeudi 16 février. Je continue mon résumé très rapide À “5 des principaux événements depuis le 1° Janvier — Et A Versailles, il n’y a rien d’important, sauf les élections la campagne électorale, menée rondement en 8 jours, pour laquelle nous avons ressuscité VUnion Libérale. La liste démocratique a passé tout entière, sauf 3 noms — Voici les noms de nos députés Graduellement, nous recevons, un à un, les résultats 4 À du vote à Paris dans les départements. es. La capitulation de Paris a été comme un immense gens qui avaient passé à Paris la durée du siège, des: Fes . gardes nationaux de Versailles &. Puis ont com- mencé les défilés d’émigrants, réfugiés à Paris, ren- trant chez eux, pour y trouver le plus souvent la ruine la destruction. Au commencement, avant l’occupa- TA tion de Versailles, par les Prussiens, avant l’investisse- ment de Paris, on voyait aussi le défilé des émigrants, ) né. mais d’un caractère bien différent. Alors, c’étaient des familles entières, entassées dans une charrette, qlque- à ne fois perchées au sommet d’une voiture chargée de: hi? foin, abritées là-haut, par un grand parapluie de de famille; il y avait des files interminables de familles émigrant ainsi avec leurs bœufs, leurs vaches, leurs moutons, de Brie, de Lorraine &. &. Aujourd’hui, ce sont des bandes de voyageurs à pied, hommes femmes, (qquefois une ou deux voitures dans le cortège, le sac sur le dos, pal.

È les cahiers d”Arnold Scherer des bottes aux pieds, le bâton à la main, qui traversent la ville, escortés de soldats Prussiens, pour 4 s’assurer qu’ils ne séjournent pas dans la ville — Il faut que je note ici un fait caractéristique qui s’est passé ici vers le commencement de janvier — un vol avait été commis par un soldat prussien logé dans la maison DU du beau-père de M. [X…] Mainguet conseiller municipal. M. de Hatzfeld, secrétaire de Bismarck, qui avait occupé la maison en question, prit intérêt à la chose et répondit à M. X… qui était venu se plaindre auprès de lui, qu’il fallait s’adresser à M. Stieber, chef de la police; mais ajouta-t-il, ne craignez pas de lui donner la pièce. M. X.. se récrie. Non, non, dit Hatzfeld, en souriant, ne craignez pas. Il commencera par refuser, mais insistez il acceptera. M. X… donc trouver Stieber, agit conformément aux instructions de Hatzfeld. Le vol est avéré; il se montait à une valeur de plusieurs milliers de fr. Le soldat avait forcé un tiroir volé son contenu, montres, argent &. &. On trouve les objets dans sa paillasse! lui-même avoue, se jette en pleurant aux pieds de la bonne, en la suppliant de ne pas le dénoncer: L’instruction se poursuit; mais il est probable que M. X… n’avait pas promis assez au sieur Stieber, ou que le soldat lui avait promis davantage, car un beau matin Zernicki se rend chez M. X.., lui demande comment il a osé faire arrêter ce soldat, comment il pouvait certifier que ces … objets lui appartenaient &. [ajouté Erreur! Le domes- tique, (George Stremer.) resta en prison, Stieber M. de Hatzfeld partagèrent les bijoux — [du premier texte:] Enfin le soldat fut relâché les objets volés ne furent jamais rendus.

Demain, je vais à Paris. Je continuerai régulièrt. mon journal à partir de ce moment à Vendredi 17 février. Samedi 18 février. 2 jour- À nées passées à Paris, surtout avec Henri; rien de bien remarquable. Vu, en passant, les maisons de Saint Cloud incendiées, tout le pays abimé L’aspect de Paris actuellement ne diffère de son aspect habituel que par le grand nombre de troupes qu’on y voit, par ne: une certaine absence de voitures.: 2208 Je note qques traits oubliés dans les pages qui précèdent. Il faut rappeler qques exemples de réquisi- 6 À tions extraordinaires: réquisition faite par un officier de: d’un collier d’une chaîne pour son chien: id, de la part de Bismarck, de 6 verres à Champagne, de plu- sieurs nappes serviettes — d’une chaise longue d’une 3,60 chaise percée pour le même: de plumes, porte-plumes, encriers, fournitures de bureau pour le congrès des Aujourd’hui, dimanche 19 février, il y a à la mairie une réunion de maires du département, au sujet d’une contribution de 10 000 000 imposée au département, ne à de Seine-&-Oise par le Gouv’ G:! du Nord de la France se M. de Fabrice. Tous ont déclaré qu’il leur était impos- #0 sible de payer. A la veille de la paix! — Autre trait Prussien. Il y a environ 15 jours, la LA) ville de Versailles fut requise par le commissaire civil de payer les contributions indirectes, soit 150 000 fr. par LA mois. — (Elle paie déjà 150 000 environ de contributions De directes.) On est allé réclamer; mais il a répondu que les journaux le gouvernement de la défense natio-

les cahiers. d’Arnold Scherer À nale ayant maintes fois répété que les richesses de la Don France étaient inépuisables, on n’avait qu’à s’exécuter. à Les nouvelles de Bordeaux nous font voir la paix pis comme certaine — Thiers estnommé président du pouvoir Samedi 25 février 1871. La situation redevient de nouveau tendue. Les négociations pour la paix n’ont pas encore abouti. La municipalité est de nouveau sous le coup de mesures de rigueur. Par coupable ineptie eus des adjoints, qui ont révélé à Nostiz-Wallwitz, commis- saire civil, qu’il y avait 100 000 fr. en caisse, 100 000 fr. ont été payés, (mardi) avec promesse de payer samedi À 230 000 fr. Le conseil municipal a pris à l’unanimité à (moins les 3 adjoints M.M. Denis Angé, qui se sont 1 abstenus) une délibération par laquelle il refuse les 230 000 francs. Que va-t-il s’en suivre? Hier, Vendredi, visite du P. Hyacinthe, retour d’An- Samedi — (25 fév.) hier soir, les négociations n’avaient pas abouti. Thiers est revenu aujourd’hui — cipalité — de nouveau le père Hyacinthe, causé ! assez longuement avec lui sur l’avenue de Paris. Il ; est beaucoup plus bourgeois que je n’aurais pensé en 4 politique. Il n’a rien de mystique, rien d’exalté. Il cause 4 froidement, avec une certaine réserve, émettant des y opinions très modérées terre-à terre. jusqu’à Sèvres, où j’ai passer en voiture Thiers

jusqu’au fameux pont de Sèvres, dont une arche est

rompue, où l’on sonnait au parlementaire. Puis j’ai a

pris par la Porte du Mail l’avenue de Breteuil, j’ai TU

visité les écuries du château, qui ne sont pas brüûlées, “vi mais détruites, démolies, crénelées à coups de haches &. Il restait qques stalles intactes, quatre noms À de chevaux écrits sur des plaques de tôle peinte. Les casernes sont absolument brüûlées, il ne reste que De les murs quelques pignons; tous les planchers, et les escaliers sont effondrés forment un immense tas de pa. décombres. De j’ai été au château qui est ds. le AVIS .même état. Ce qu’il y a de plus saisissant, c’est 1 Je le contraste entre l’élégance de ce qui subsiste, de ces terrasses, de ces balcons, de ces bas reliefs et de l’hor- LA reur profonde de l’incendie de l’écroulement. C’est à grand’peine qu’on grimpe à travers ces décombres, ces plâtres, ces marbres, ces ferrures fondues tordues; ces morceaux de vitre brisés fondus par la chaleur À de l’incendie. Péle mêle horrible; un torse de statue ‘EM gisant brisé ds. une cuisine, où l’on reconnaît encore le fourneau. Le grand escalier est en train de tomber,

la balustrade est toute rouillée, le palier qui n’est Ne plus soutenu cède peu à peu. Audessus de ce palier est ‘TES

un charmant bas relief fortement écorné. Deux statues TER

de bronze sur la terrasse quelques statues de marbre: à dans des niches sont à peu près intactes. Des vases à fleurs brisés jonchent une pelouse — Pendant tout le À 4 (is temps de ma visite au château, j’avais l’impression d’une HAL: grande vengeance, du feu du ciel, Sodome Gomorrhe. LA On aurait dit que ce repaire d’une famille maudite, ce

lupanar, cette tanière d’où le bandit son fils sont partis; je

les cahiers d’Arnold Scherer pour la guerre, ce palais où a été commis le 18 maire, devait être détruit par l’étranger. Maintenant le charme est rompu, le feu a tout purifié! Du château j’ai été à la Lanterne de Diogène, qui n’est plus qu’un tas de pierres. Elle était exposée, d’une part aux, batteries du Point du Jour, d’autre part, au feu du mont Valérien. Au bout d’une longue avenue qui part de la Lanterne, dont tous les arbres presque, sont abattus, les Prussiens avaient fait des travaux pour une batterie qui n’a jamais existé; il n’y a pas traces de canons, pas traces de roues: De cet endroit on voit très bien Montretout le Mont-Valérien, mais les embrasures de cette batterie future, n’étaient pas dirigées ds. cette direction: elle n’était donc pas préparée pour une sortie, mais bien pour le bombardement de Paris. De la Lanterne, j’ai très bien distingué Issy, avec ses casernes percées effondrées, le drapeau allemand flottant audessus, Bicêtre, avec son toit rouge de briques, la redoute des Hautes-Bruyères ses terrassements jaunes, enfin la Tour de pierre, où s’étaient avan- cées les dernières batteries allemandes, les plus rapprochées du fort d’Issy. Je suis ensuite redescendu vers le château de j’ai été dans la ville même, qui est plus triste à voir que le château. C’est à cela que doit ressembler Pompéi, en moins lugubre; l’Église seule n’a pas souffert quoique les Prussiens aient essayé d’en brûler la porte qui est à moitié carbonisée. Mais la Tête-Noire, toutes les rues qui y aboutissent sont bourrées de décombres, bordées de grands pans de murs qui menacent ruine. Déja qques habitants sont revenus : travaillent à déblayer — On entend partout des cris

d’imprécation contre les Prussiens, qui ont brûlé Saint Cloud le lendemain de la convention de Versailles — Dre Je suis revenu à Versailles par la route de Ville On dit la paix à peu près faite, avec l’abandon de Vendredi 10 mars. Le départ des Prussiens, an- noncé pour demain, est contremandé, par suite de l’en- LA combrement des trains. Le Roi, le P‘, le Bismarck, de Moitke, Brauchitsch le général, sont partis — À Dimanche 12 mars. hier soir, retour de ma mère de Jeanne. Henri est souffrant à Paris. +10 A départ des derniers Prussiens (sauf qques à ambulanciers) À 4 heures, arrivée réception par le Ne: maire (de retour de Bordeaux) de l’avant garde des de troupes françaises. A 6 h. arrivée du 119° de ligne. Elles vont camper à Satory— Temps radieux: tout Versailles est sur l’avenue de Paris: allégresse universelle, mêlée DE de-tristesse. Drapeaux tricolores — La garde nationale et les pompiers occupent tous les postes. Des pompiers arrêtent désarment, puis re- lâchent bientôt, un Prussien retardataire. A Lundi 13 mars. Retour du bataillon d’honneur de! la garde nationale de Versailles. Mardi 14. Arrivée de M. Thiers, à pied, de la « gare des Chantiers à la Préfecture, suivi du seul Bar- thélemy Saint Hilaire. Le drapeau tricolore hissé sur la Préfecture. te

les cahiers d’Arnold Scherer Mardi 2 mai. Été à Montretout avec M. Crawford. le duel d’artillerie entre Issy, le point-du-jour, À Vanves, d’une part, Bellevue, Breteuil, les Moulineaux, Châtillon, d’autre part. Vue admirable. Vendredi 26 mai. Et aujourd’hui, les palais, les monuments, les Églises, les bibliothèques ont brûlé. Paris est découronné, Paris, la cité Sainte, ce peuple invincible de Priam; renaîtrons-nous de nos cendres, ou sommes-nous condamnés à pourrir à nous dé- composer au soleil des temps nouveaux? O France, France, où vas-tu? que vas-tu devenir? Je me souviendrai toujours du tambour qui a retenti mercredi dans les rues à 9 h. du matin, convoquant les ( pompiers pour aller éteindre Paris brûlant. Jamais je n’ai douleur pareille, pareille consternation: car; qui sait si la France ne meurt pas quand Paris meurt!.. ; Il vaut mieux n’y pas penser, cela est trop douloureux — Dans la salle des Pas-perdus du palais-de justice, la; pierre des escaliers est brisée, fendue, écornée; elle n’a plus l’air d’une pierre taillée, mais d’un roc brut. Le plafond est tout noir de fumée. Du côté de la cour de Cassation un monceau de décombres — Jeudi 8 Juin. Séance de l’Assemblée Nationale. Jeudi 15 Juin 1871. Dans le train de Paris à Ver- É sailles, (rive gauche) de 3 heures 5 minutes, dans un compartiment de r”° classe, je vois entrer un monsieur ; de 45 à 50 ans, mis avec simplicité, mais non sans une hi, certaine élégance soigneuse. Sa figure est insignifiante, son nez long pointu, ses lèvres un peu pincées. IL à ; porte de gros favoris roux entremélés de quelques fils » Ai

blancs: son œil est froid terne. C’est un banquierin but telligent, ou peut être un avocat de 3° ordre, en tout cas un mari ennuyeux ennuyé. (Hs mar s’étend mollement, s’enfonce dans un coin, en je ! allongeant ses jambes sur la banquette opposée. Il tire de sa poche un tout petit livre relié en maroquin brun, A doré sur tranche, papier satiné. Il l’ouvre se met +100 1 à lire. C’est un livre d’heures… Voilà la France! Ce monsieur a entendu dire par des niais ou des fanatiques que ce qui a perdu la France, c’est l’absence à de foil. —. Moi, du moins, se dit-il avec un légitime orgueil; moi, du moins, je suis innocent des malheurs . de ma patrie. Je suis marguillier de ma paroisse, tous ot, les dimanches je suis assis au banc d’œuvre; aux pro- confesse communie’ régulièrement. La foi fût elle morte en France, elle vivrait encore dans mon cœur. Pendant dix minutes, il lit son livre d’heures, se NL. disant toujours: C’est par la foi qu’il faut sauver la: À France! Travaillons à cette œuvre dans la mesure de je À nos forces. Au bout de 10 minutes, un large baïllement contracte BAL A sa figure; il remet son livre dans sa poche, tire un ; cigare un figaro — Beaucoup de gens comme ce monsieur, la France sera sauvée — — — — — — Instrument de crime de perdition, artisan de révolution, ennemi du progrès, ennemi du juste, du beau, du vraï, ennemi de la nature, ennemi du corps

les cahiers d”Arnold Scherer humain et de la pensée humaine: O prêtre, c’est toi qui as fait de nous ce que nous sommes! C’est toi qui as distillé dans nos veines ce poison du fanatisme dogma- tique. qui a rendu possible un Robespierre! C’est toi qui as excité dans le peuple la soif du sang, la faim de chair humaine! C’est toi qui as préludé aux massacres de septembre aux massacres de 1871 par la SaintBarthélemy, à la guillotine par le bûcher, à Louis XVI par Jeanne d’Arc, au tribunal Révolutionnaire par l’Inquisition. C’est toi qui as le plus pur de notre sang, qui veux encore aujourd’hui saigner notre pauvre Malheur à toi! sois maudit devant les hommes que tu étouffes devant l’être inconnu dont tu profanes le mystère! sois maudit par l’intelligence que tu éteins, par la volonté que tu brises, par l’âme que tu détruis, par le corps que tu corromps! Sois maudit, par la terre que tu souilles, par le ciel, que tu; nous a cité le mot suivant de Taine: « Si le Rhin d’un côté, la Vistule de l’autre, débordaient submer- geaient l’espace compris entre eux, j’en serais enchanté. » Il faut reconnaître que la guerre a servi à quelque chose, puisqu’elle a réveillé chez un homme comme Taine la fibre patriotique française, jusqu’alors profondément endormie.

Dimanche 17 décembre 1871 — J’ai aujourd’hui 4% Albert Joly, j’ai causé avec lui de Rossel. Tout ce qui

concerne cet homme extraordinaire a trop d’intérêt De pour que je ne recueille pas ici ces impressions du défenseur de Rossel, impressions assez fraîches, puisque trois semaines ne se sont pas encore écoulées depuis la a mort de Rossel. (28 novembre, mardi.) À Nous nous mîmes à causer de la récente publication “4 faite par Amigues des papiers posthumes de Rossel — regrette beaucoup. Elle est fâcheuse pour sa mémoire —; Savez-vous, ajouta-t-il, ce qui m’est arrivé au sujet des papiers de Rossel? — Non — « Eh bien! dit-il, supposez la À chose du monde la plus abominable la plus odieuse, À vous ne devinerez pas encore ce qui m’arrive. La fa- #4 mille de Rossel, pour me récompenser sans doute de mon dévouement pour lui, m’accuse d’avoir volé ses papiers,; d’avoir contribué, avec Barthélemy Hilaire, à le faire fusiller. » J’avoue que je tombai à la renverse. à Joly continua m’expliqua ce qui suit: Dimanche der- nier, la famille Rossel vint quatre fois chez Joly sans le trouver. Enfin Mr: Joly, pensant qu’on avait peut-être besoin de son mari, courut chez eux. Ayant demandé à Mr° Rossel ce qu’elle désirait: « Ce n’est pas à vous à que j’ai à parler, répondit M®* Rossel, la mère: Cepen- dant je puis vous dire ce que j’aurais dit à votre mari — Votre mari est un voleur! Il a gardé, pour spéculer ensuite sur leur valeur, des papiers de notre fils. Notre fils avait beaucoup écrit, nous ne retrouvons pas tout. Votre mari les a gardés — Il a d’ailleurs, contribué à le faire fusiller, ainsi que M. Barthélemy Hilaire, qu’il voyait souvent, à qui il a livrer ces papiers. Je.

les cahiers d’Arnold Scherer pipe Joly, après avoir exprimé son étonnement d’une pareille scène, qu’elle attribuait, dit-elle, à la douleur 1 extrême de cette famille, expliqua comme quoi son mari à n’avait entre les mains que des notes de plaidoirie, des; notes intimes, destinées à la défense de Rossel devant sit le Conseil de guerre — La famille persista dans ses accusations — Le lendemain, Joly écrivit au père de Rossel une lettre dont voici la substance: « Je vous 10 pardonne, en songeant à votre douleur, une ingratitude sans nom, qui déshonorerait le nom de votre fils si elle

devenait publique: mais ce que je désire avant tout, c’est qu’il n’y ait sur sa tombe aucun scandale — »; « Il en a été de même du reste, me dit Joly, avec le pas- À teur Passa— Le gouvernement avait permis à M. Passa de À conduire le corps à Nimes, sans passer par Paris. Ce! à qui aurait donné au transfert, opéré d’ailleurs par les soins d’un homme en qui l’on pouvait avoir confiance, un certain caractère religieux non politique. La; : famille ne voulut pas y consentir déclara qu’elle ne ; quitterait Versailles que quand elle pourrait emmener

Br: le corps, en traversant Paris. » À Le père de Rossel, me dit Joly, est un brave homme, franc, loyal bon: Mais il est faible, très-faible — Sa femme le domine. Elle est énergique, ambitieuse; elle À veut faire du bruit autour du nom de son fils; elle ne ne veut pas que sa mémoire dorme en paix. À “0 — « J’ai déjà entendu dire, lui dis-je, qu’elle avait à exercé sur lui une mauvaise influence, l’excitant l’ai- À grissant, lui inoculant sa propre ambition — « Cela. est possible, me dit-il. Voilà d’ailleurs quatre mois que je suis en dissentiment avec elle: tandis que je n’efforçais de tout assoupir, de tout atténuer. Elle, au

contraire, allait partout, disant les grandes choses que

! son fils ferait quand il serait gracié, comment il réorga- Me niserait l’armée, C’est ainsi qu’elle parla à M. Thiers,!VÈQESS qui dit à Joly: « Faites que M”° Rossel ne parle plus ï ainsi: si elle entretenait sur ce ton les membres de la commission des grâces, ceux-ci, qui veulent le tuer

justement en prévision du rôle qu’il pourrait jouer un jour, persisteront à vouloir sa mort. » — « Elle a contri-: 1102

bué involontairement, dit Joly, à faire fusiller son fils. »

— « Quant au père, continua-t-il, il dit regretter ce “1 qui est survenu entre nous. Le jour de la mort de; ta Rossel, j’allai avec lui chercher le corps au cimetière

Louis, le conduire à l’hôpital, le faire embaumer. IL m’embrassait avec effusion. Mais il est dominé par sa #4 femme. La sœur de Rossel est de la même nature que 2 TE

— « Et que disent-ils de M. Thiers? » dis je. — « Ils l’assassineraient, me dit Joly. Leur colère, leur haine contre lui irait jusque » — « Quant à Amigues, me dit-il, en réponse à une question de moi, qui croyais NC. Amigues, ami intime de Rossel, Amigues ne l’a jamais

s’est fait livrer les manuscrits, en exploitant le désir de bruit de M”° Rossel, les a publiés. Quelques jours FEI avant l’exécution, Amigues a été conduit auprès de Rossel par la famille — C’est la seule fois qu’il l’ait ne

— et maintenant Amigues se fera nommer député, sous le patronage du nom de Rossel, comme gardien en de sa mémoire! — APT « Rossel m’avait donné une histoire de la Commune,

écrite par lui, en me recommandant formellément de ne à je pas la publier. Il y a des choses fâcheuses pour lui,

les cahiers d’Arnold Scherer que ceux-là seuls qui ont causé avec lui, qui connais- saient l’État de son esprit, peuvent comprendre À dans leur vrai sens. Quinze jours avant sa mort, sa À famille me demanda ce manuscrit, pour le lire. Je le; prêtai, il ne m’a point été rendu, il a été, à ce que je crois, publié dans ce volume. Le manuscrit portait 4 une dédicace. « A mon dévoué défenseur, » de la main de Rossel. » Je quittai Joly, le retrouvai plus tard dans la journée. « J’ai appris, me dit-il, que la famille Rossel avait quitté Versailles ce matin avec le corps. Le gouvernement n’a pas voulu permettre que le corps passât par! Paris. On ira rejoindre la gare d’Orléans. » Nous en; È vinmes à causer de nouveau du caractère de Rossel des mobiles de son action — « J’attribue deux tiers, me dit Joly, à sa haïne contre l’armée, un tiers à son zèle patriotique. » Je lui demandai de s’expliquer sur cette haine pour l’armée. « Oui, me dit-il, depuis Metz, il exé- crait l’armée; il ne voulait plus continuer à servir dans un corps régulier; pendant la guerre même, il ne voulut À pas commander un corps régulier. Son désir était de lutter, de commander une lutte contre cette armée détestée. Il ne se gênait pas pour traiter ses juges d’assassins, ete. — « Maïs, lui dis-je, comment concilier ceci avec cette dernière parole, transmise au colonel Merlin, à que les journaux ont rapportée? Comment at-il lui dire qu’il n’avait fait que son devoir en le condamnant, qu’il voudrait pouvoir lui serrer la main? « Oh! « me dit Joly, il ne faut pas chercher le vrai Rossel dans ses derniers moments. C’était un homme qui venait de communier, de se préparer à la mort, qui voulait être: évangélique. Ce n’est pas Rossel.,

Je le questionnai ensuite sur la sincérité du patrio

tisme de Rossel. Il dit qu’il y croyait, sans nier ce qu’il ne. y avait en lui de personnel d’ambitieux: « peut être, ajoutait-il, l’esprit de contradiction contre une armée des chefs qu’il haïssait, l’a—il enfoncé plus avant dans TE ses opinions peut-être chimériques, sur la possibilité de #10 la résistance. Son plan, d’ailleurs, n’était pas de se ser- ‘is vir de Paris pour combattre les Prussiens, mais seule- ment pour rompre le traité. Cela fait, il espérait provo- a. quer un grand mouvement national, prolonger la lutte. dans les Cévennes. Il fut, d’ailleurs, désillusionné, dès le second jour sur les vraies tendances de la Commune. Il était trop tard pour revenir. Il resta, dans l’espoir de Ori conquérir une grande autorité même de se substituer nie à la Commune. Le Je lui citai des traits de l’enfance de Rossel, racontés a

Flèche; Des traits d’obstination, de froide volonté. Je lui citai ce mot surtout: « Jamais personne, disait le hi: camarade de Rossel, ne m’a fait mieux comprendre, À à comme volonté, comme intelligence, ce que devait. ‘al être Napoléon I. » Joly fut vivement frappé de cette comparaison, de sa justesse. « Je suis convaincu, dit- il, que si Rossel eut vécu, si les événements n’avaient pas brisé sa carrière, il fut arrivé à dominer: il avait d’ailleurs, de Napoléon la froide dureté; il présida si sévèrement la Cour Martiale, que la Commune fut forcée un de le révoquer. cela lui était indifférent: il agissait Ai ainsi avec un plein calme, un complet repos d’esprit. IL {17.00 était froid réservé dans la conversation, quoique avec moi dans des relations amicales, je lui ai toujours trouvé une certaine dureté. Ce n’est que le matin de sa

les cahiers d’Arnold Scherer 4 mort que je l’ai trouvé réellement expansif affectueux À [Jamais je ne l’ai emporté: froid même quand ses à 4 paroles étaient empreintes de violence était entier absolu; de plus d’une ambition froide. Ainsi, après sa À première condamnation, le colonel Merlin me prévint que s’il voulait prendre l’engagement écrit de ne pas rentrer en France de dix ans, tous les juges du conseil de guerre étaient prêts à signer un recours en grâce, ce. qui équivalait à lui sauver la vie. Sa peine eût été la déportation dans une enceinte fortifiée, son engage- à ment ne lui eut pas même imposé l’obligation de ne pas À chercher à s’échapper. Je courus le trouver lui ; annonçai qu’il était sauvé— Comment cela? — me dit il. — Je lui expliquai quel était l’engagement qu’on deman- dait de lui — Il fit aussi[tôt] un calcul intérieur. Vingt.; sept dix font trente sept, dit-il: nor, je n’accepte pas. Trente sept ans, ce serait trop tard pour rien com- mencer. J’aime mieux qu’on me fusille. » Je demandai à Joly, s’il le croyait protestant fervent il me dit qu’il n’avait jamais chez lui de traces de 4 ferveur: il avait le sentiment religieux, mais il n’a pas chez lui de ferveur. Cependant, cela pouvait exister. Je lui citai plusieurs traits de Rossel, à l’époque de sa À garnison à Bourges, qui le montraient comme un gai; 5 compagnon, sur qui la jeunesse prenait des droits, non comme un être immaculé, sans vices. Joly parut étonné, dit qu’il se le figurait ainsi, immaculé sans À Je l’interrogeai aussi sur les opinions politiques de A Rossel. En particulier, je voulus savoir si, selon lui, Rossel était républicain avant le dix-huit mars, ou du a moins, s’il avait conscience de son républicanisme, si ce

républicanisme, au lieu d’être une cause,n’avait pas été à chez lui un résultat. Joly confirma pleinement mes sup- “St à À positions. Je lui citai cette phrase tirée des Derniers Jours, publiés par Amigues, où Rossel prédit aux ré- publicains qu’ils se repentiront un jour de ne pas avoir fait comme lui au 18 mars; où il déclare qu’en politique,; il faut toujours se mettre avec le parti le plus extrême, À que, dans une guerre civile, tout citoyen doit prendre parti — « Jelui ai souvent entendu développer ces idées, 1100 dit Joly, mais je crois qu’elles étaient plutôt le résultat des réflexions qu’il faisait sur sa conduite, que les mo- « ; tifs de sa conduite. Ce sont des principes formulés: après coup, mais dont il n’avait pas conscience au mo- ment d’agir, qui ne l’ont pas poussé vers sa résolu- ‘Frs tion — Au fond, il n’était pas républicain; il était ennemi ni du socialisme, qu’il n’avait guère étudié, qu’il n’ai- mait pas. Il était démocrate, ou plutôt égalitaire, en toutes choses aussi bien que pour le service militaire ou pour l’instruction publique. L’égalité dans tous les ordres de faits. — Joly l’avait après sa mort, à l’hopital militaire, où on l’avait embaumé. Il n’avait pas la force d’assister À ‘HN à l’exécution, l’avait quitté au moment où il montait dans la voiture. Il le retrouva nullement défiguré. La

  • balle qui avait atteint le menton n’avait laissé qu’un 1114 petit trou noir. « Sa mort a été belle me dit Joly humain, vrai, courageux, sans se soucier de l’effet DEN 1 qu’il allait produire — C’est ainsi que je voudrais

les cahiers d’Arnold Scherer

Académie Française. Élection du décembre : 1871. Dans la séance où les titres de M. Littré ont ï été discutés, M. Guizot, qui l’avait combattu jadis vive- ment, l’a défendu, avec assez d’ardeur contre Mgr. Dupanloup. M. Mignet s’est échauffé, a malmené M. de à Falloux. Enfin M. Thiers raconte à mon père que l’évêque! ï d’Orléans l’ayant pris à partie, a fini par lui dire: « S’il; était de la droite, vous ne le soutiendriez pas! » « Monseigneur, a répondu M. Thiers, je ne souffre pas à À qu’on me parle de cette manière. D’ailleurs, si je ne suis pas catholique, j’ai servi la religion. » Mot admirable de naïveté! Napoléon l’aurait dit, après avoir signé le Concordat. Mercredi, 3 Janvier 1872. J’ai dîné hier soir chez . M. Cochin, préfet de Seine et Oise. M. Grévy est venu À À le soir. C’est un vrai homme de gouvernement. Il a les goûts purs corrects de Napoléon de M. Thiers. Il aime Racine le 17° siècle, il ne peut pas souffrir Victor Hugo, à qui il reproche « le travail sur le mot dans le 18° siècle, il ne tolère que Voltaire, dont il récite un madrigal. Tous les autres, Diderot, sont des cor- À rupteurs de la langue, à ses yeux. Il émet cette opinion monstrueuse que la poësien’ade ; raison d’être, qu’à condition d’être une musique. Il n’est pas assez exempt de banalité pour s’empêcher de die en parlant de la poésie, « qu’elle doit être le vétement d’une belle pensée. » Il parle beaucoup de Victor Hugo, auquel il paraît À antipathique par nature. Il cite un mot que Victor Hugo lui adressa, vers 1850, dans une réunion de la gauche de l’assemblée; quelques membres s’étant retirés pour

rédiger un procès-verbal de la réunion, plusieurs projets de compte-rendu furent examinés. L’un que M. Grévy proposait d’adopter, lui paraissait donner assez bien l’idée de la séance. « Jeune homme! lui dit Victor Hugo; de l’idée n’est rien: le mot est tout! »;

Il cause longtemps bien, d’abord debout, le chapeau 1130 à la main, derrière un fauteuil auquel il s’appuie des mains, puis assis dans le même fauteuil, penché en À arrière, les bras étendus, la tête renversée; mais tou- à jours d’une voix très-faible, comme pour mieux se faire à écouter, ou pour donner du poids à ses paroles. Toujours une nuance de banalité, sinon de vulgarité. Il paraît au courant de la littérature française. Il est au total, agréable, causeur intéressant; l’air d’un homme qui sait il ce qu’il veut, qui se ménage pour l’avenir

M. Thiers sur Henri IV. (1871.) Après avoir fait de lui un pompeux éloge un portrait brillant: « Quel homme admirable! s’écrie-t-il: il a rester protestant: en devenant catholique! » (Raconté par M. de Pres- sensé, qui l’a entendu lui-même.) — Rien ne me répugne plus que d’être obligé de me confesser à quelqu’un qui ne partage pas mes manières de voir, que je sais devoir être choqué ou peiné des à choses que je lui dirai. Cela n’est arrivé l’autre jour À avec Denys Cochin, qui m’a amené malgré moi à lui faire une profession de foi très-peu orthodoxe — février Lundi 4 février 1872. Passé la soirée d’hier, dimanche, chez la famille Charton.

PAÉAUEEN les cahiers d’Arnold Scherer TE Février 1872. Course à Auteuil à Cloud avec ‘As Mars. 1872. Jeudi 14 mars. la 31° représenta SAR froide mais belle intéressante. Geffroy (Salluste) « à Sarah-Bernhardt, (la Reine) très-bons — Mélingue, _gaire médiocre dans Don César. Lafontaine, détes- table dans Ruy Blas Mardi 19 mars. les Noces de Figaro à l’Opéra Comique, avec Miolhan dans le rôle du Page, À Der. Cico, (Suzanne) Marie Battu, (la Comtesse) Les 4 hommes très-mauvais. Ne Mercredi 20 mars. l’exposition des œuvres de Hénri Regnault. Revu le Portrait de Prim, Salomé, le a portrait d’une Espagnole en rose — Fait connaissance À Ron avec l’Exécution sans jugement, le reste — me Vendredi 22 mars. Vu, au Palais-Royal, Tricoche à Cacolet, de Meilhac Halévy, joué par Brasseur, Pit Mardi 26 mars. aux Français, Christiane de à Gondinet, jouée par Delaunay, Coquelin, Febvre, interpellations de M. Rouher sur les marchés passés. pendant la guerre — Entendu Rouher, (2 fois) le duc : d’Audiffret-Pasquier, Gambetta, le duc de Broglie 2 mai 72. Gambetta Challemel chez Ordi

Trouville. Sept. 1872. M’y voici encore, toujours

pourmasanté. J’ai passé le mois de Juillet à me soigner d’une irritation d’entrailles qui m’a considérablement:104 4 affaibli et amaigri — Mais je reprends ici des forces, len- tement graduellement. Mon père, ma mère Jeanne à sont ici, ainsi que ce pauvre Henri, qui vient encore d’échouer à l’agrégation. Je prépare mon mon 11108 3° examen de droit. ‘Hi Commodités du travail. 1° Livre pour les fragments Not 2 Répertoire alphab. pour les lectures Liste des livres lus. RARE A 4° Recueil des sources à consulter sur chaque sujet 5° Petit livre pour notions pratiques usuelles — ‘ii 6° Livre-recueil de faits observés, détails de mœurs É renseignements curieux. (avec table.) 7° Recueil de conversations remarquables, avec ou fil (1 sur des hommes intéressants. Mots curieux Seti ! 8 Chemises logiquement classées, contenant des “0 : notes ou documents divers. (avec répertoire) à 9° Cahiers de notes de rédactions pour cours 7) 10° Pensées intimes détachées. ‘VAR

14 [annexée à ces cahiers la liste imprimée ci-après] CAR de Résultät des Elections Municipales du 25 Septembre 1870 tu

pie à madame Edmond Scherer A du J’ignore complètement quand cette lettre t’arrivera, et je à DE:: ne suis même pas sûr qu’elle te parvienne; l’ennemi peut ICE À raccnté notre alerte d’hier matin; aujourd’hui ç’a été plus SUR réel. Je étais levé à 7 h. et je lisais tranquillement, 7140 quand tout à coup j’ai entendu une canonade éloignée ‘en assez vive. J’ai couru éveiller Arnold, et #00 … sommes rendus tous les deux à la grille Satory qui était fermée, où on a donné quelques renseignements. Tu peux penser si les canards se croisent. Tout pesé, je . suppose que l’affaire est du côté de Châtillon, vers Clamart, MARUE. msje ne sais trop si c’est une attaque des forts ou une RUES . rencontre des troupes. J’incline pour le premier parti, je QE: veux dire pour une attaque par les Prussiens de quelque 1 SÉce position française. En ce moment la canonade a cessé. Je Ro, viens de rentrer pour faire ma toilette. Arnold a poussé jusqu’à la Mairie où il passe une partie de ses journées. Tu ne croirais pas qu’il est chargé en ce moment de faire a l’Union libérale, tout le monde étant occupé ailleurs. Cette vie publique anticipée, ce journalisme précoce, ces habi- Ta tudes de parlage et plus ou moins de flänerie, tout cela ne me plaît pas assurément, qu’y faire? On ne peut faire FRE travailler un jeune homme en de pareilles circonstances, et, +4 au fond, il vaut mieux qu’il soit occupé d’une manière après A à tout instructive. Il voit le monde, la vie, les hommes, — il

à 1; choc des opinions et des passions, — et n’est-ce pas de cela 1 que l’expérience se compose. DA. “008 J’ai hier une surprise après diner; on m’a apporté une 74 lettre de toi et deux journaux de Genève. Ces derniers me 4 à prouvent que tu peux encore correspondre avec Louise, et ï ta lettre qui n’était en retard que de 30 heures (c’est celle De du 16) montre que tout chemin n’est pas fermé entre V{er- « A sailles] et Tours. Au reste, la poste est vraiment digne 4 d’éloge pour la peine qu’elle prend à réorganiser ses ser- A vices à mesure que la guerre les désorganise. Sot que je suis! J’oubliais le grand événement d’hier. Les Et Uhlans sont venus à V.[ersailles], aunombre detrois; onles RAA a reçus à la porte de Buc, conduits à la Mairie, puis voyés en leur disant qu’on ne voulait traiter qu’avec un ; général. Le fait est qu’ils ne sont venus que pour voir si la ville avait l’intention de se défendre. Il paraît que l’on m’a mis sur la liste pour les élections municipales qui vont se faire dimanche prochain. J’ai ren- contré Louise Laval l’autre jour, devant son couvent. Elle avait très peur et voulait absolument me faire décider pour ù elle s’il valait mieux qu’elle restàt ou qu’elle se retiràt en Bretagne près de sa sœur. Je lui ai dit qu’elle ne courait aucun danger. Je t’envoie un billet qu’on a laissé ici pour - Hier après diner, avons été voir Charton que 3 avons trouvé seul avec sa femme, jouant aux échecs. Il a quitté la préfecture. Son fils est à Tours. Il assez bien, et 4 compte donner sa démission aujourd’hui ou demain pour se présenter à la Constituante. De avons été chez Et de Charnacé. Adieu, chérie. Ta lettre d’hier me faisait “4 un singulier effet: tu parlais du regret d’être partie si tôt, …

  1. de l’envie de revenir, et cela m’arrivait justement au mo- ment où toutes les craintes se réalisaient. Je suis joliment 4 content que tu ne sois pas là, je l’en réponds. à 3 Mardi matin, 8 h. 1/2. Quelle journée que celle d’hier, mon enfant! Le matin done, cette canonade, qui a duré

À environ trois heures, et au bruit de laquelle les ambusg

lances ont couru vers le champ de bataille pour ramasser les blessés. Bersot s’y est joint. On s’est battu depuis Vélizy jusque vers Meudon et Clamart. n’a pas été une bataille proprement dite, une suite d’engage- RES . ments. On ne dit pas qui a l’avantage. Il y avait à à deux ou trois cents blessés à ramener. ce n’est pas

  • de cela que je voulais parler. De bonne heure un parle- mentaire s’était présenté pour traiter du passage d’un corps d’armée; on s’entendit assez vite et à de bonnes condi- tions: la garde nationale garderait ses armes, mais sans ._ munitions; point de contribution de guerre; les soldats et 1104 même les officiers devaient être logés dans les casernes, si possible; si nécessaire, les officiers et même les soldats chez les habitants. Vivres de marche et fourrages, expres- LCR sions peu vagues, il me semble, et par lesquelles je ne EE, sais s’il faut entendre la nourriture d’un corps pendant une occupation. Quoi qu’il en soit, l”arrangement signé (il est honorable pour la ville, d’autant plus qu’on ne pouvait résister, elle était obligée de tout accepter) les troupes sont PE: entrées vers 1 h. Ce n’étaient pas celles qui devaient occuper Versailles, d’autres qui allaient prendre position à Bou- gival et Germain, donner la main à celles qui venaient de Pontoise, et compléter ainsi dès hier l’investissement de Paris. Je conclus de que le projet des Prussiens est d’affa- mer la ville. je reviens: le défilé de l’ennemi a duré au moins quatre heures. J’ai assisté à la plus grande partie, sa sur la route de Paris, entre la rue des Chantiers, par laquelle ils arrivaient, et la rue Pierre dans laquelle ils s’en- gageaient. De l’infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie: 5 à des musiques affreuses, fifres et petits tambours. Un régi- 4 À ment a le mauvais goût de jouer la Marseillaise. Mon amie, je ne pourrai jamais te dire ce que j’ai éprouvé pen- 12448 dant ces cruelles heures. Les larmes me sont venues bien Ni) » des fois aux yeux. Je pleure encore en t’écrivant. C’était le 102) deuil de la patrie. Quelques prisonniers français dans ces rangs: les avons salués, acclamés. Toute la ville était . naturellement pour regarder, et naturellement aussi bien des légèretés, des rires, un ignoble empressement: cependant _en général une certaine dignité, et et des cœurs gros

AS comme le mien. Il semblait que cela ne finirait jamais; À

pisse il a bien passé mille hommes; on sentait que c’était … tout un peuple qui s’était déversé sur ns, — non pas une armée, des hordes. Tous jeunes, sales, fatigués, — vi- EN laine race du reste, traits pesants, une nation de cordonait ï niers. Quelle différence avec les nôtres! Je parle des soldais ; seulement, car les officiers, au contraire, avaient bonne façon, un tout autre type; c’était même l’un des traits curieux de ce spectacle que la différence des deux classes. Cinq mille hommes environ sont restés à V.[ersailles] et ont bivouaqué sur la place d’armes, y ont fait cuire leur souper, puis se sont étendus leurs manteaux la nuit. à avons traversé ce bivouac le soir, avec Bersot et Délerot; A avons dîné chez Bersot, bien ému de sa campagne de la Dre Les deux gares sont fermées, la poste ne plus, on n’aeu hier ni lettres, ni journaux, sommes coupés du monde, en On me dit pourtant qu’on tâchera de faire un départ par 1 jour, et c’est pourquoi j’ajoute cette page à ma lettre et je ni “04 risque le tout. Adieu tous, je vous embrasse. Aujourd’hui

  1. nous aurons le corps qui doit rester ici. Oh! ce 19 septem- bre, quelle date cela faire dans mes souvenirs! “170 À P. S. Au moment où j’écris, le défilé commence, ils ar- À rivent par Satory. it} Ma bien aimée femme, il Voici enfin et pour la 1° fois une occasion sûre, et j’en pro 1 fite avec joie. Comme plusieurs de mes lettres ont évidem- ment été retenues, et comme je ne sais l’arrivée d’aucune, For y faudra bien que je répète les choses que je l’ai déjà dites. Voici d’abord l’histoire de ma correspondance. Tu as reçu une lettre du 20 sept. Je t’ai écrit, depuis lors, le 22 une lettre hi} fermée et encore confiée à la poste française, puis le 28, le 4 et le 28 des billets envoyés par la poste prussienne. Le tobre, je reçus, par voie inconnue, une lettre d’Eugène, qu, me prévenait de ton départ pour Genève; alors le 7, j’écri :4 comprendre que je savais ce départ. Ne comprenant que

NE trop bien que la poste prussienne était une sorte de souri- A cière, je m’en tins jusqu’au jour où ils annoncèrent que STE . Je service était réorganisé, et qu’on pouvait même rece- voir des réponses. Je t’écrivis alors le 14 du courant, le 1 et enfin hier, le 21. Voilà le compte exact; tu verras parlà 4 combien il ten manque. Quant à Louise, je lui ai écrit le 23 sept. et les 1” et 7 octobre. J’ajoute que j’ai pu, par une voie obligeante, envoyer deux fois quelques lignes à LA 5] Estelle. Je passe aux lettres que j’ai reçues; le compte en est (it A bientôt fait. D’abord celle d’Eugène du 3 oct., reçue le 6, é Et m’annonçant ton départ, et indiquant assez par ses termes que n’aviez rien reçu de moi; je lui ai répondu le dès que la confiance m’est un peu revenue sur la poste alle- ‘ne ï. mande. Avant hier, le 20, j’en ai reçu une 2“, (du 8 oc- tobre) toujours par voie mystérieuse, me disant qu’il avait à des nouvelles d’Eugène Mallet, lequel était à Épinal le 4, 1008 allait comme Le Pont-Neuf, et n’avait d’autres souffrances ‘ts que ses inquiétudes pour ses parents. Il avait Charton \4 ni qui lui avait donné de nos nouvelles. J’en ai de lui, de 1 mul mon côté, outre ces deux lettres par un ou deux voyageurs, #1 dont lun avait aussi Jeanne, mais c’étaient des nou- ; velles sans détail. Enfin, j’ai avant hier une lettre de Katie, 3 ‘NI ( de Trutt., la seule que m”ait transmise jusqu’ici la poste alle- (1 ; mande. Cette administration prend les lettres, les fait payer , et ne les envoie pas; et Dieu sait cependant si les miennes AUre. étaient innocentes et insignifiantes. Enfin, hier, j’ai reçu {10 4 la 1” et seule lettre de toi que j’aie eue depuis le 18 sep- ARTE, tembre (datée du 16)! Tu peux penser quelle joie! Elle était accompagnée d’un billet de M°* Favre, qui n’explique pas la voie dont elle s’est servie, parle seulement d’un M. d’Iver- TUE nois; bref, tout en m’exhortant à répondre, ne m’indique pas . les moyens de le faire. C’est un inconnu qui a laissé les deux IRAN ï lettres (ouvertes) à la cuisinière. Je ai répondu tout de suite, hier, je fais comme si je ne t’avais rien dit, ? puisque je ne sais si mes lettres l’arrivent mieux à Genève AN, qu’à Tours. En effet, ta lettre reçue le 21 est du 4! et à cette A À date, je ne savais même pas que tu fusses en Suisse. Avee quelle émotion j’ai revu ton écriture! Je t’assure qu’il y a NES 45 des moments où le cœur se gonfle joliment dans cette sépa-

plaudir de te savoir au loin, et quand je t’ai sue partie pour Genève, cela a été une immense satisfaction. Le fait est que jusqu’ici il n’y a ni souffrance, ni péril, mais il y De LA a énormément d’inconnu dans la situation. Versailles peut 4 à être pris et repris; hier, par exemple, il y a une forte 9 sortie de Paris, et l’on s’est battu vers La Celle. Puis, si le Ne siège se prolonge, si on le prend par la famine, il y aura des 1 à mauvais moments à passer; le pays s’épuisera, et au jour de je la paix il y aura ces 2 millions d’hommes à nourrir avee SA rien. C’est si vrai que je prévois pour ce cas là, la néces- sité pour nous-mêmes de quitter la place. Mais tout cela est ae: encore éloigné, et Paris, j’espère bien, ne pense pas à se Las rendre. Tout le monde est animé et très patriote ici, quoique dans les mains de l’ennemi. J’en viens maintenant à notre histoire, jour par jour. La ae: À dernière lettre que tu as reçue était.du 20 sept., le len- (519 demain du jour où les Allemands sont entrés dans la ville; à ce moment on vivait sur la place publique, et la place 8 publique était l’avenue de Paris, devant la Mairie. Impos- 4 sible de rien faire; depuis lors, je me suis remis au travail “4 et je lis beaucoup. Le 20, arrivée du prince royal. Les jours idée suivants réunions pour l’Union libérale, pour les élections À municipales et autres, etc. avions dès ce moment pris Le l’habitude de dîner, chaque semaine, le lundi chez Bersot, et 2 le vendredi chez moi, avec Délerot en 4*; cela dure toujours, et est très agréable. Le soir on se voyait chez. Charton, avant son départ. Le dimanche, 25, élections muni- cipales; on m’avait porté sans me demander mon avis, sans 5 me le dire même; j’ai été élu avec toute la liste libérale, un conseil très bien composé. J’ai accepté sans hésiter; il y À Les avait des difficultés, des dangers, on n’est pas libre de refu- 4 ser en pareilles circonstances. La 1° séance eut lieu À ù ensuite le 27, et depuis lors tous les jours, 2 jusqu’à 5 ou à 1 6 h. Quelquefois 3 séances par jour. Et des commissions! Le Tu ne peux te faire une idée de la Mairie, envahie toute la journée par des militaires qui viennent demander me des logements, des vivres, toute espèce de choses. Un jour, De er, c’est 180 mille chemises de flanelle, un autre jour 150 ton-

peaux de vin, un 3 une contribution de guerre de a 4 400.000 fr. Le conseil a été très digne et ferme, au total, Et faisant le nécessaire pour empêcher qu’on ne pillàt les ma- b. gasins ou les habitants, refusant net les demandes

  • ADS extravagantes. Ah! quelle vie et quel apprentissage! Bersot! 4% et Délerot sont aussi du Conseil et naturellement ne. sommes assis près les uns des autres. Rameau est maire et » à le s’en acquitte très bien. IL s’est trouvé plus tard que les élec- tions ont été invalidées, la difficulté a été tournée. NI étions aussi préparés pour les élections à la Consti- “4 tuante; j’étais aussi porté, avons à temps qu’elles étaient contremandées. Je n’en serai pas moins nommé probablement la prochaine fois. L’Union occu- 3 (11 4 pait aussi beaucoup; Arnold en était devenu la cheville ouvrière, il y mettait même des articles. J’en ai fait un, très

fort, contre les tentatives de restauration impériale. “(0 n’avons pas tardé à être inquiétés et ennuyés par Le. l’autorité allemande (il y a un préfet prussien) qui vou- lait imposer des documents, des articles. Une rère a fois, j’ai été avec Bersot, à la préfecture, pour déclarer que n’en ferions rien; une 2° fois, avons préféré (1: “4

  • cesser de paraître. Arnold depuis lors s’occupe avec Bersot de la correspondance des blessés, puis, comme il a beaucoup de temps de reste et flänerait trop, j’ai insisté pour qu’il reprit ses études; je lui ai indiqué des lectures à faire, des travaux, et cela va. Il est très gentil et m’est d’un ( ni) immense secours et consolation. Le 27 sept. j’ai la mA visite d’un M. Mac Lean, un américain, qui était ici avec le . général Sheridan et me connaissait de nom; j’ai fait alors la connaissance de Sheridan, il est parti; Mac Lean est #51 encore ici et a dîné une fois avec ns; il est instruit et très bien. : Il m’a prêté des journaux, ce qui est un grand point. Le 28 à avons Adolphe D’Espine, arrivé avec son ambu- à lance; il allait bien, venait de Rouen, et est reparti deux jours après. Une autre connaissance que avons faite est celle de Gustave d’Alaux, qui avait été à Sedan comme correspondant des Débats, et que je connaissais par des articles dans la Revue des deux Mondes; très bon enfant, pas poseur; il a déjeuné et dîné avec nous. Le 2 Oct.

Charton et Saglio sont partis, ce qui a réduit notre cercle; Délerot voulait s’en aller aussi, lui avons fait com HA: prendre facilement que son devoir était de rester au poste. Le pauvre garçon est sans nouvelles des siens, qui sonten Bretagne. Je vois quelquefois M°° de Charnacé. Pendant les 5 3 premières semaines, bonheur relatif; je ne sais par ‘ti … quelle chance, n’avions pas de prussiens dans la maison; mais le 11 oct. il y a une nouvelle invasion dans la ne ville, et notre sort a bien changé; avons du 1* coup 2 officiers et 7 soldats! Trois de ces soldats tien à nent un bureau de bataillon, que j’ai installé dans la chambre ta de Lucien, en bas; la porte de la maison reste ouverte tout le jour; on entre et on sort comme dans un corps de garde. J’ai donné aux deux oflic. ta chambre et celle de Jeanne, RH. de six soldats couchent pêle mêle dans les deux chambres d’amis sur des matelas, le 7* dans le bureau en bas. À Les offic. déjeunent avec nous, dînent dehors la plupart du temps; ils sont polis, quelle joie: quand üils s’absentent! Quel soulagement quand ils quittent la cham- 8 bre! Le salon est resté intact, ils n’y entrent pas. Nous ne a ù nourrissons pas les soldats, ils cuisent leurs victuailles dans la cuisine; Ernestine les gronde, les chasse, et s’en tire 7-4 encore assez bien, mais elle gémit sur leur désordre et leur es. hi: saleté. Au total, cela bien; c’est une misère, à laquelle on se fait comme à tout. D’autres ont bien plus à RO: souffrir, les maisons abandonnées surtout sont très mal NE traitées. Ah! tu peux dire à M°° Favre que je ne suis pas UN converti! Juste ciel, quelle race! Depuis qu’ils sont arrivés, 3 leur présence est notre grande occupation et préoccupation; À 5 41 comptons les jours; on dit qu’ils partiront lundi. (4. avons arranger tout, vos chambres en particulier, tout enfermer dans les armoires. J’ai mis toutes tes affaires dans ton cabinet de toilette, dont j’ai pris la leave! je me hâte de finir. Hier matin grand étonne à ment, Hottinguer entre en uniforme, avec la croix de Jean, une belle barbe blanche; il veut m’embrasser, je RES l’arrête, je parle de méprise, enfin il est obligé de décliner #4

4 son nom! Il arrive de devant Metz (comme hospitalier), et il yretourne demain. C’est lui qui se charge de cette lettre. Il a m’indique la voie suivante pour ta réponse: envoie-la à sa À femme, Hottinguer, à Belair, en y joignant un motpar lequel tu lui expliqueras que j’ai son mari, et que, d’après 211160 ù ses instructions, elle doitenvoyer ta lettre à Versailles, à son Du beau-frère, lequel est dans l’armée prussienne, en le priant Ni de me la faire tenir. Comme M. de Rauch (je crois que c’est le nom), est au quartier général, cela pourra durer aussi longtemps que le restera ici. J’avais pensé à M. de Roeder et à l’intervention de M°*° Favre; cela n’est peut- être pas à dédaigner, parle-lui en. Fais-lui aussi mes amitiés, remercie-la affectueusement de sa lettre, et excuse- mous moi de ne pas y répondre pour le moment; tu lui raconteras pee. moi-même mon histoire. Comme elle doit être heureuse des européen! Il y a des militaires chez ta sœur Louise, ana chez Katie, mais depuis hier deux français, des réfugiés des sa 1} environs de Paris; je les ai mis dans des chambres de do-! mestiques, qu’il a fallu faire ouvrir, n’en ayant pas la clef. Je suis très content d’Ernestine, impossible d’être plus honnête, SEE plus laborieuse, plus dévouée; l’ouvrière est à demeure pour l’aider, depuis que les Prussiens sont ici. Georges est revenu à V.[ersailles] et a limpudence de se présenter chez moi; je l’ai pris par les épaules et l’ai jeté hors de la chambre. Pas de nouvelles d’Henri. En général, aucunes nouvelles, de rares journaux, point de communications avec Paris. Adieu, ma chérie; quel bonheur d’avoir t’écrire. Je voudrais mettre ici, dans un mot, toute la tendresse de mon cœur pour toi, nos filles, Lucien, avec des amitiés pour tout le monde à Presinge. Your own he: Y Ma chère femme, je veux te donner une idée de nos jour- “AN nées; c’est la meilleure manière de te mettre au fait au as

courant de notre genre de vie. J’ai insisté pour qu’A* se He, levàät un peu de bonne heure; il se lève donc vers 7 h. et 1 commence tantôt par sa toilette, tantôt par ses lectures. Moi, qui veille assez souvent et assez longtemps pour fiter de la chaleur du feu et de la clarté de la lampe, je ne ; suis guère sur pieds avant 8 h. surtout maintenant qu’il fait froid pour tout de bon. J’allume tout de suite mon feu, le seul de la maison avec celui de la cuisine; vient alors s’y chauffer; en général il se tient le matin, le soir, et la plus grande partie de la journée dans mon cabinet. Les deux salons naturellement sont abandonnés, et je n’ai fait remettre aucun tapis. À 10 h.le déjeuner, comme jadis. Aussitôt après, quand il fait beau et quand l’absence des; Prussiens, laisse la liberté de nos mouvements, nous vaquons au soin de la maison et du jardin; nous nous occupons des bûches, scions du bois, montons des fagots de la cave; nous ratissons et enlevons les feuilles mortes; ce matin nous avons rattaché le lierre à la muraille. y a des jours où nous mettons en ordre, tantôt le grenier, lantôt! le cabinet des lampes, etc. Nous essayons d’alléger la tâche d’Ernestine, qui même ainsi n’a pas mal à faire, au moins 3] dans la matinée. C’est une fameuse bonne fortune que d’avoir trouvé cette femme, juste au moment où tu partais et où avions besoin d’une personne de bonne volonté. Elle est très bonne cuisinière, très honnête et économe, prête à tout faire, d’une propreté superstitieuse et qui la rend bien malheureuse en ce moment: les Prussiens la désespèrent, car ce sont bien les êtres les plus sales qu’on puisse voir, véritablement une autre race que nous, aucune notion, aucun goût d’ordre ou de soin. Le seul défaut d’Ernestine peut-être c’est un peu de susceptibilité, mais cela ne paraît pas quand on sait la prendre, et nous faisons excellent mé- Quand les Prussiens sont ou qu’il pleut, nous allons tout de suite dans mon cabinet, où nous passons le temps à diverses choses. Vers 11 h. 1/2 ou midi on se rend au travail; A‘, sur mon conseil, s’occupe avec beaucoup de suite et de zèle d’un travail sur la décentralisation: il a déjà fait beaucoup de lectures, et il se mettre un de ces

jours à la rédaction. Il prendra ensuite un autre sujet. Er. Je suis très content de lui, après avoir un moment à de grande sollicitude: je craignais qu’il ne perdit tout à fait le goût et l’habitude du travail, qu’il ne sût plus rien faire que courir les rues et aller aux nouvelles, d’autant ( plus que mes exhortations étaient restées sans effet. Je lui ai donc parlé de nouveau, avec beaucoup de force, il y a 15 jours ou 3 semaines, et depuis lors il a tout à fait changé de conduite; il me semble qu’il est depuis lors bien plus satisfait de lui-même, et par suite de moi; il me montre: une grande tendresse, me couvre souvent de baisers: c’est Se une irmense consolation qu’un fils comme celui-là dans les circonstances où sommes, et en général dans la vie. Je me dis souvent en gémissant de nos maux qu’ils auront au. moins ce bon côté, de le tremper, de purifier cette atmosphère dans laquelle il doit grandir et vivre. Il prendre, j’espère, des habitudes de sérieux, de travail, d’économie. Mais je reviens à ma journée: j’ai aussi mon travail à moi depuis quelque temps; au commencement je me bornais à lire et à prendre quelques notes en vue d’articles futurs; mais. depuis que je me suis chargé de cette correspondance. américaine, j’y donne le meilleur de mon temps; je m’y applique beaucoup, je ne lis plus que de l’anglais pour me remettre en haleine, enfin je crois que cela et que cela ira. Mac Lean m’a fait compliment dès la première lettre: de « how prettily you write english m’a-t-il dit. Il est très: bien ce jeune homme, et nous le voyons assez. Il y a Conseil municipal trois fois par semaine, et les séances sont à 2 h. elles durent bien jusqu’à 5. Les autres jours, allons ; tout de même à la Mairie et moi, on s’y réunit un peu comme dans un club, on nous dit les nouvelles; est par-; tout admis comme moi-même. Le soir, quand sommes seuls ensemble, lisons, causons, parcourons des journaux; car en avons quelquefois, des journaux, des anglais, des allemands, l’Indépendance belge. Mais ne sommes pas très souvent seuls. Le dimanche, par exemple, avons ce pauvre D’Alaux, qui est ici sans ressources, dans une misé- À rable chambre d’auberge, ne pouvant rentrer à Paris, et à qui un bon dîner et un bon feu font grand plaisir. Le lundi,

dînons de fondation chez Bersot avec Délerot, et le vendredi - De ces deux diînent chez nous. Puis il y a des extras; ainsi 3 mercredi dernier Bersot, Délerot et d’Alaux se rencontrèrent ici je leur donnai une tasse de thé. Il s’y trouva aussi un jeune allemand, dont je tai parlé peut-être, nommé Hoff, correspondant de la Gazette d’Augsbourg, et que j’avais jadis au Temps. C’est une tragique histoire; vingt quatre; heures après le moment où il buvait ainsi une tasse de thé avec nous et cherchait à prouver que la guerre actuelle était pour le bien de la France (,on le laissa dire, personne ne prit la peine de lui répondre), il était étendu sur son lit, dans son auberge, mort de l’arsenic qu’il avait pris! Il paraît qu’il s’était plaint dans la Gaz. d’Augsb. du peu d’égard que l’autorité allemande avait pour les correspon- dants de journaux allemands; dessus ordre à lui donné de - quitter Versailles, ordre qui lui fut si sensible qu’il s’empoisonna. C’est Passa qui l’a enterré hier matin. Je lui avais prêté des livres, je ne sais si je pourrai les ravoir. — M. d’Iver-; nois qui m’avait une fois transmis une lettre de toi et une: de M°° Favre, est venu ici l’autre jour; l’a reçu; il s’est ; excusé de n’être pas venu plus tôt, et s’est déclaré prêt à À transmettre ma réponse, ouverte, bien entendu, « son devoir - étant d’en prendre connaissance ». Tu peux prévoir si l’offre m’a tenté; je l’ai trouvée passablement impertinente, car, enfin, dès qu’il s’agit d’une lettre ouverte j’ai la poste. Jai À été voir hier les Léon de Bussierre, c’est à dire M. M° et leur fille, M** de Bammeville. Ces dames ont été très accueillantes, exprimant le désir que je revinsse. Il paraît que M:* de Mimont, qui est à Dinar, est gravement malade. — On rouvrir les cours du soir pour jeunes adultes; A nous en occupons, Bersot, Délerot moi; je ferai à quelques lectures. Nous avons de grands projets de toutes sortes pour la régénération de Versailles. Je fais enrager Arnold en lui disant que je compte devenir un Cincein- natus, que la blouse et les sabots sont le véritable costume È démocratique, qu’il faut se rapprocher du peuple, ete. me taquine souvent, ce garçon; je lui dis alors que je técrirai tout. Je lui ai trouvé un nom: je l’appelle mon

Ê Jeudi, 17. — Je continue, quoique je ne doive pas avoir d’occasion de quelque temps. Mac Lean qui me les fournit ou me les indique, est parti pour Orléans où il veut voir 5 de près les événements militaires. On n’a pas idée de ces à. 1 journaux américains et des dépenses qu’ils font pour être renseignés. La N. Y. Tribune a déjà payé plus de 300 000 francs depuis le commencement de la guerre, pour (ne dépêches télégraphiques seulement. Aussi Mae Lean a-t-il Le Lai son cheval, et se met-il à chaque instant en campagne. Il y si a avec lui à l’hôtel un correspondant du Daily Telegraph, lord Adam. Puis nous possédons Russell, du Times, qui a et à avec lui tout un équipage et un train de maison, six che-: vaux, 75 000 francs par mois de traitement, dil-on. Sais-tu de qui nous avons aussi aux Réservoirs? Home, le spirite! 3 américain. Je ne sais quel métier il fait ici. J’ai été le voir; Jautre jour pour lui remettre un de mes articles à faire passer en Amérique; c’est Mac Lean qui me l’avait indiqué; , « can’t say, (Home) looks much a gentleman. » Cette correspondance américaine m’occupe toujours beaucoup, ce qui est déjà une bien bonne chose, puisque le travail seul: peut faire prendre en patience les tristes événements où nous nous trouvons. Je ne sais pas encore ce que j’en tire- de : rai pécuniairement, mais je compte me bien faire payer; Es ù dit de fixer moi-même les conditions. J’en suis à ma cin- quième lettre; j’écris maintenant aussi facilement et aussi ®.

  • vite en anglais qu’en français; toutefois je recopie. Hier soir Bersot nous a apporté un numéro du Journal des Dé- bats, du 10 novembre. Je ne sais qui le lui avait prêté. a été une vraie surprise, nous le relournions comme une curiosité, comme un débris antédiluvien. C’était le premier que nous voyions depuis le siège; rien n’est changé dans. l’apparence extérieure. Il y avait un article de Renan en « tête; le ton général était peu favorable au gouvernement, et le tout semblait pencher à la paix. Il est évident que la viande commence à manquer, les munitions même, s’il faut en croire un avis d’après lequel on recueille le salpêtre sur: les murs des caves. J’ai été appelé l’autre jour chez le com- missaire de police prussien par suite d’une plainte de à

À Georges qui, furieux d’avoir été mis à la porte, avait voulu - se venger, prétendant que je l’avais appelé chien de Prussien, cb) et réclamant huit jours de gages, sous prétexte que je l’avais Br. renvoyé sans délai. J’ai expliqué quel était ledit Georges, et DE, je ne pense pas que l’affaire ait de suite… There have them both on table, the poor girls, the “HE weather very variable late, but milder and to-day De. 3 ï Dimanche 20, 11 heures du soir. — J’aurai, je crois, une De occasion demain, je ferme done ma lettre; j’en attendsune les de toi avec bien de l’impatience. L’avenir est plus obscur et À incertain que jamais. Nous ouvrons demain des cours d’adultes, le soir, j’y ferai des lectures. J’ai reçu une lettre “4 de Katie relative à ses affaires. Adieu, je t’embrasse ten- à drement, ainsi que mes chères filles, Lucien, la petite. Comme dit Catherine, il semble qu’on ne s’est jamais tant ES … J’ai oublié de te dire que le Vendredi, ar, la ville a été À dans un fameux émoi à l’occasion de cette sortie quia É poussé jusqu’à Bougival; tout le monde était dans les rues, “4 4 -on s’enivrait du son du canon. On a enterré ici hier deux colonels allemands, Arnold y était, la musique militaire jouait la marche funèbre de Chopin; il prétend qu’il n’a ja- mais rien entendu de plus beau. Du reste, il est dé: fendu à l’avenir de sortir de chez soi en cas d’alarme, autrement on nous tirera dessus; c’est affiché. Hier, lundi, è le major est parti avec la plupart des soldats, etce matin À l’adjudant qui était resté un jour de plus à cause d’une à

fluxion. Nous nous sommes séparés poliment; ils ont été civils, nous sommes restés froids, faisant notre devoir, par- lant de la pluie et du beau temps, nous renfermant dans un silence complet dès qu’il s’agissait de la guerre. C’étaient des gens bien élevés, mais sans instruction ni conversation. Nous avons toujours parlé allemand. Quel débarras que de ne plus les voir! Il y avait jusqu’à 10 soldats faisant leur cuisine au feu d’Ernestine! Deux ou trois couchaient à côté, chez M. Jousselin! Les chambres des soldats sont dans un état de saleté dont tu ne peux te faire une idée. Heureusement que les officiers étaient propres et ne fumaient pas; Le aussi vos chambres ont été épargnées.…..

Luciennes je crois, été assez épargné. Jouy abiîmé, pillé, dit-on. Il n’y a pas beaucoup d’excès ici, mais au dehors c’est tout autre chose. Nous avons une scène tragicocomique hier, au Conseil Municipal; nous sortions de séance quand nous avons assisté à l’emportement d’un lieutenant de police, qui demandait quelques kilos de bougie et ne les obtenait pas assez vite; il y eut un moment où il nous menaça tous, tira même son épée; il finit par en faire emmener 3 en prison, mais ils furent relächés aussitôt. Je suis resté tout le temps parfaitement de sang-froid, souriant de cette folle violence qui ne pouvait mener à rien. Nous à donnons ce que nous pouvons, nous avons déjà dépensé à plus de huit cent mille francs, mais quand il n’y aura plus rien leur colère ne leur fera pas trouver ce qui n’existe pas. Le pain et la viande ne sont pas très cher, parce qu’on en chercher au loin; les légumes sont très bon marché,: parce que les jardiniers ne peuvent plus vendre à Paris; mais il n’y a plus de sel, de café, de sucre, d’huile, de char- bon. Heureusement que j’avais fait des provisions. On est ruiné, on vit à crédit, et l’on s’en tire encore assez bien. Nous sommes pleins de courage, sinon d’éspoir. Pourquoi, .…. écrit-elle « que je dois bien souffrir de voir la France s’abandonner ainsi elle-même Je ne vois pas qu’elle s’abandonne du tout; elle a été trahie, elle est sans direc- tion, sans ressources, ruinée, rayagée, mais l’esprit de ré- sistance est encore très vif. Je lis beaucoup, plus que je n’avais fait depuis longtemps, et de grands ouvrages: beau-

l’Histoire de ma Vie de G. Sand, que m’a prêté Délerot. a des choses très intéressantes. Montaigne, encore, et un ou : vrage allemand de philosophie. Il y a du courage à moi, à ne lire de l’allemand, car le germanisme n’est pas en faveur FRE parmi nous; si tu savais comme les plus tolérants, les plus à séduits jadis (Délerot, par exemple) sont en réaction à cet égard! comme nous sommes redevenus français, et, dans la ruine même, dans la comparaison forcée avec nos vain queurs, pénétrés de notre supériorité de race! Jamais je n’avais autant senti la différence. On les voit en beau à distance, mais de près!.. Oh! que le cœur est gros quelquefois, mais bast, il faut du courage, regarder en avant, recommencer la vie sur de nouveaux frais, et suis tout prêt. Je compte être de la Constituante quand on fera des élec- ne tions, et, ma foi, tâcher d’être utile au pays.; Vendredi, 28… Hier quelle journée! Je comptais rester tranquille; on avait résolu de ne plus avoir Conseil que 2 fois par semaine. Ah! bien oui! Après le déjeùner, j’étais avec Arnold au jardin à râtisser les feuilles mortes et recueillir du bois, quand on vient me prévenir qu’ily aura Conseil à midi et pour chose très importante. J’y vais, avec Arnold, me préparant à tout, comme toujours, prenant . mes petites précautions, donnant mes instructions à ce pauvre garçon pour le cas où un malheur m”arriverait. È Enfin nous arrivons et j’apprends qu’il s’agissait de 6000 ? couvertures à fournir aux Prussiens dans les 24 heures, si 4 sinon chaque conseiller recevrait 40 hommes dans sa 4 maison! les magasins de la ville ne pouvaient en À fournir 600. Il fallut donc aller faire la collecte des cou vertures chez les habitants; je pris un des côtés de la rue royale, et là, pendant 3 heures, accompagné d’un collègue, j’ai été de maison en maison, d’appartement en apparte- : ment, racontant la même lamentable histoire, dépouillant ; ces pauvres gens, — suivis d’une charrette où nous entassions les objets recueillis! J’avais honte de moi-même, je me fais 114 Lex

4 sais l’effet d’un malfaiteur. Pourtant en rentrant j’ai passé ESS 4: près d’un groupe de femmes où l’on disait: « Oh! ils sont très bien, ces messieurs, ils sont très bien! » J’ai été chez M°° D…, dans notre ancienne maison, etc. Le soir, nous Le 4 sommes retournés à la mairie où la grande galerie avait È air d’un bazar; des couvertures de toutes sortes entassées; des ouvrières et des tapissiers y passaient la nuit. Ce matin À onessaie d’un autre système, et l’on invite au son du tam- À 3 bour les habitants à porter eux-mêmes leurs couvertures à; la Mairie. Pour ma part, j’en donne deux, une de coton et; une grise de laine, Au reste, nos hôtes, les Prussiens, nous en ont volé une de laine, et coupé une de coton en lanières pour s’en faire des vêtements chauds par-dessous. Tu te si récrirais, mais nous sommes endurcis; rien ne nous fait plus. Hélas! les tristesses n’étaient pas finies; ce même à 5 soir, hier, nous avons appris la reddition de Metz, etentendu la musique et les hurrahs de ces tristes vainqueurs. J’ima- gine que ce nouveau malheur avoir une influence consi- dérable et hâter la fin de la guerre… Thiers est ici depuis trois jours, en pourparlers avec Bismarck pour un armi- stice, lequel serait destiné à faire les élections. Tu peux te figurer l’intérêt qui s’attache à ces négociations. Il vient de #3 faire trois mille lieues, ce qui l’a un peu fatigué, moins cependant que ces discussions si difficiles et délicates avec un adversaire exigeant. J’ai été le voir avant-hier dans la Ne journée, j’ai passé hier la soirée chez lui, avec lui et ses Oct… Sais-tu ce que je lis avec rageet délices.? L’his- toire de ma vie, de G. Sand. Je n’en avais jamais une ligne, et je n’en avais jamais entendu parler; j’ignore com- ment et pourquoi, car c’est un pur chef d’œuvre, du plus vif, à intérêt, rempli de choses charmantes — et touchantes — c’est écrit avec le plus grand tact, aucune confidence fâcheuse, une jeune fille pourrait le lire, et quel talent! C’est bien supérieur à tous ses romans. Je suis sous le: charme et j’en rêve. On a rarement une bonne fortune de ce genre en fait de lecture. Il y a 10 volumes, j’en suis Loue

PES Lundi 7; Nov. Le cœur plein de tristesse! Ce qui me Es +448 navre, c’est que Thiers est reparti ce matin, sans avoir réussi dans sa mission. Donc point d’armistice, point d’élec- PAuEe tions, point de gouvernement régulier, point de paix. C’est la continuation d’une guerre sans espoir et qui conduira à à ne des désastres; c’est surtout la dissolution de la France qui AS s’en aller en morceaux. Je m’aitends à voir une grande révolte contre un gouvernement incapable et violent; chaque 242 province, chaque département tirera à soi. Et en attendant “CRE le siège de Paris durer, notre position s’aggraver, notre D”: séparation se prolonger indéfiniment. Mais les douleurs … personnelles n’ont pas le droit de compter en ce moment. … La patrie, la patrie, ah! voilà ce qui mérite toutes nos 1 larmes! J’ai beaucoup Thiers tous ces jours-ci, presque tous les jours pendant la semaine qu’il a passée ici. 2 m’écrit: « dans tous les cas, ceci trempe les carac-. tères. » C’est vrai, et j’espère qu’Arnold en profitera. Il. 8) des moments où nous nous embrassons nous deux avec “#3 une tendresse que double l’émotion secrète de nos cœurs… Nous avons donné le bon à tirer après corrections pour deux mille exemplaires de ce quinsième cahier mots et pour treize exemplaires sur whatman le mardi « É #4 Ce cahier a été composé et tiré au tarif des ouvriers syndiqués

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à rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement.! Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men- +8 : suelles régulières et par des souscriptions extraordi- 6 naires; la souscription ne confère aucune autorité sur la rédaction ni sur l’administration; ces fonctions Nos Cahiers paraissent par séries; une série paraît à dans le temps d’une année scolaire, d’une année ouvrière, d’octobre-novembre à Jjuin-juillet; l’abonne- ment se prend pour une série. .: On peut souscrire cet abonnement à tout moment de l’année, mais l’abonnement ainsi souscrit est, de droit, valable pour la série en cours, et pour toute cette série. Prix de l’abonnement, pour chaque série annuelle pendant le cours de cette série mare… ) Autres pays de l’Union postale uni- Abonnement sur whatman… cent francs pour tous pays Les exemplaires sur whatman, tirage non réimposé, ; sont numérotés à la presse et imprimés au nom du souscripteur; le tirage à part sur whatman a commencé Ne de fonctionner au premier janvier 1906; les inscrip- tions pour cet abonnement particulier sont reçues en tout temps et reçoivent un numéro d’ordre déterminé automatiquement par le rang même qu’elles occupent dans l’ordre de l’arrivée, les numéros les plus bas venant naturellement aux inscriptions les plus anciennes; c’est? ce numéro d’inscription qui devient automatiquement le numéro du tirage réservé à chacun des souscripteurs; l’édition sur whatman est strictement limitée au

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