Les deux Congos
« les deux Congo » DEVANT LA BELGIQUE Ré.
L : ns |. paraissant vingt fois par an x 0 _B, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée
È “ de les deux Congo He
10 pe Nous avons publié dans nos éditions antérieures et. EM dans nos cinq premières séries, I1900-190/, un si. er à grand nombre de documents, de textes formant à ns $
He si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles, M
de | romans, drames, dialogues, poèmes et contes; — ar À
1408 si grand nombre de cahiers d’histoire et de philoso-w SU phie; et ces documents, renseignements, textes, dos=M re siers et commentaires, ces cahiers de lettres, d’histoire a et de philosophie étaient si considérables que nous re is RuLS pouvons pas songer à en donner ici l’énoncé même le à À plus succinct; pour savoir ce qui a paru dans les cinq. # FE premières séries des cahiers, il suffit d’envoyer un manSe . s ; . 2 Se En À He dat de cinq francs à M. André Bourgeois, administra- “ÿ RD teur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, | ls RE Paris, cinquième arrondissement ; on recevra en retour BAS le catalogue analytique sommaire, 1900-1904, de nos
ÿ à Ce catalogue a été justement établi pour donner, Ro ï autant qu’il se pouvait, une image en bref, un raccourci, ne ne une idée, abrégée, mais complète, de nos éditions anté- « LE rieures et de nos cinq premières séries ; tout y est classé mA A dans l’ordre ; il suffit de le lire pour trouver, à leur 0 place, les références demandées. ANS Mr. Ce catalogue, in-18 grand jésus, forme un cahier , d très épais de XI1+408 pages très denses, marqué cinq
fran s ; ce cahier comptait comme premier cahier de la #3 sixième série et nos abonnés l’ont reçu à sa date, le ! D octobre 1904, comme premier cahier de la sixième # sé ie; toute personne qui jusqu’au 31 décembre 1905 “s’abonnait rétrospectivement à la sixième série le rece- RE vait, par le fait même de son abonnement, en tête de la sér ie; nous l’envoyons contre un mandat de cinq francs ; 5 àtoute personne qui nous en fait la demande. Ë Ms … Pour amorcer tout travail que l’on aurait à commencer { dans notre premier catalogue analytique sommaire, con- sl _ sulter le petit index alphabétique provisoire que nous avons établi de ce catalogue analytique sommaire. + Ni Ce petit index alphabétique provisoire, in-18 grand 19 jésus, forme un cahier très maniable de XII + 6o pages très claires, marqué un franc; ce cahier comptait 4 comme premier cahier de la septième série et nos À ab onnés l’ont reçu à sa date, le premier octobre 1905, î a comme premier cahier de la septième série; toute … personne qui s’abonne à la septième série, qui est la … série en cours, le reçoit, par le fait même de son abonne- L ment, en tête de la série; nous l’envoyons contre un j
- mandat de un franc à toute personne qui nous en fait ; _ la demande. e 1 Pour la sixième série, année ouvrière 1904-1905, et “SJ | en attendant que paraisse le catalogue analytique som- | maire de nos deuxièmes cinq séries, 1904-1909, On ‘
- peut consulter, — provisoirement, — la petite table ‘ analytique très sommaire que nous avons publiée en fin | _de ce cahier index.
les deux Congo 14 10 2108
| 1 Il a été tiré de ce cahier treize exemplaires sur :: 1008 swhatman ainsi distribués : ie \ 0 premier exemplaire de souche, exemplaire du gérant; NS deuxième exemplaire de souche, exemplaire de l’ad-. PS troisième exemplaire de souche, exemplaire de lim- RS et dix exemplaires d’abonnement, numérotés de t. Dei: Tous nos exemplaires sur whatman sont numérotés bi à la presse et imprimés au nom du souscripteur; nos Je tirages d’exemplaires sur whatman sont rigoureusenn ment limités au nombre d’abonnements à chaque à ( Mn siant souscrits; nous ne vendons point d’exemplaires ‘4 LA sur shatman en dehors de l’abonnement: l’abonneme nt. NN sur whatman à cette septième série est de cent Jrancs : KE ne pour tous pays. ne ‘4
Des mêmes auteurs, et dans le même sens, en vente à la librairie des cahiers : Ÿ Sixième cahier de la septième série, un cahier jaune Pierre Mizze. — le Congo léopoldien, — avec une préface de E. D. MoreL; — préface; — Pierre Mille, l’enfer du Congo léopoldien: — les témoignages, dépositions; témoignages non communiqués à la Commission pendant les séances: règlements établis par la Commission, visite de M. Malfeyt, Haut Commissaire Royal, et ce qui en résulta; les règlements et la visite; ce qui fut dit et fait après le départ de la commission; renouvellement du règne de l’oppression, des outrages et des massacres; le système des otages; lois et faits. On trouvera notamment en tête de ce cahier : | un simple extrait de ce premier petit index alphabé- et un simple extrait de cette première table analytique très sommaire.
Ex Voici déjà deux cahiers que nous publions sur la .VReN question des deux Congo; et elle a pris encore un tel ET ‘à _ développement que nous en éditons aujourd’hui un He: _ En Belgique, l’entrée dans la lice, la conversion à RS, _ notre cause, pourrait-on dire, des missions catholiques, (+20 44
_ le livre de M. Cattier, si désastreux pour l’honneur du JT \ ‘roi Léopold, l’interpellation de M. Vandervelde; en Es
- France la discussion du budget des colonies, l’interven- NA:
tion de MM. Rouanet, Le Hérissé, Lucien Hubert, Fes -
_ Caiïllaux surtout, — ont produit au jour de nouveaux Na: …_ documents, modifié la situation. Et puisque nous avons {T8 _ intéressé nos lecteurs à cette affaire du Congo, puisque AA ‘4 1 ee commencé à vouloir la leur faire com- Fate ‘1 prendre, il faut bien que nous leur soumettions les plus _ caractéristiques de ces documents, que nous définis- NN sions la situation nouvelle. à “FR Pour ce qui est de la France, c’est une tâche qui (22 | revient de droit à M. Félicien Challaye. Le Cahier 4 +. Ye 9 les deux Congo. —1. A
dont ïil est l’auteur a servi très utilement la cause, à non seulement de l’humanité, mais aussi des véri- ; tables principes de la colonisation. Et il a réalisé EU tout ce qu’on pouvait attendre d’un homme très droit, La très sage, et le plus simplement courageux que je “A M. Félicien Challaye a fait partie de la mission que dirigeait Savorgnan de Brazza. De tous les membres de cette mission il est le seul que ses fonctions officielles | n’obligeassent point au silence. Il a donc parlé; il a révélé l’horrible état où se trouve une colonie livrée à la rapacité de quelques intérêts particuliers, pour la plupart ; étrangers; il a fait à Paris et en province un très grand | nombre de conférences ; dans les journaux et les revues, il a dit de la vérité tout ce que ces journaux et ces | revues lui en ont laissé dire; et pour la faire connaître tout entière, il a écrit le cahier qu’on a lu. Chose admirable, injurié, calomnié, demeurant sans peur, il n’a rien retranché à son témoignage, ni à ses conclusions. Il est aussi resté sans nulle haïne, et n’y a rien ajouté : la bataille ne lui a pas fait perdre son sang-froid. Rien n’est plus rare. Mais ainsi le programme des réformes que présente M. Challaye n’était qu’un programme minimum, et c’est ce qu’il faut toujours, en le lisant, à porter dans l’esprit. C’est à lui qu’incombe la tâche d’indiquer, — et l’on connaît son énergie et sa netteté, — ce qu’il faut penser de la discussion à laquelle a donné lieu, à la Chambre, l’interpellation sur le Congo Français. Mais je ne puis m’empêcher d’en dire moi-même ici quelques mots. À Et d’abord, il est bien certain que si M. Clémentel a
paru triompher des adversaires des sociétés conces- A AE, sionnaires et du régime actuel du Congo Français, il ne ge 5 Ja fait qu’en battant en retraite, — de quoi je ne suis 3 14e pas sûr qu’il ne se soit trouvé fort satisfait : car, en ne 4 -_ proposant que des réformes accessoires qui laissent Se subsister l’iniquité fondamentale, j’aime à penser qu’il Ad +4 . parlait à contre-cœur, et désirait mieux. Mais enfin, le Ê _ fait est qu’il a battu en retraite ! Le Quelles étaient ses propositions ? # _ Ne pas toucher au droit exclusif que s’attribuent les 136 À] k sociétés concessionnaires de prendre aux indigènes, en -_ neleur payant que leur travail, et non la valeur de la 5 _ matière première, tout le caoutchouc croissant sur leur | j 3 4 concession, sauf celui qui est récolté sur les « réserves » F È ‘à reconnues à ces indigènes. j Tu : Instituer un corps de contrôleurs, chargé de surveiller Liv Le __ les agents des sociétés. k ‘3 Remplacer l’impôt en nature par l’impôt en argent, et )
. _ « autant que faire se pourrait » obliger les sociétés à ‘4 à à payer en argent, et non en nature. ‘t __ Renvoyer au Congo, comme commissaire général, 4 _ M. Gentil, publiquement lavé des accusations portées : _ contre lui. “23 Ne pas publier le rapport de la Commission nommée, % ne en apparence, « pour rédiger le rapport d’ensemble que à Ne M. de Brazza n’avait pu écrire », en réalité pour contrô- ‘ ler les rapports rédigés par les membres de cette mis- € À ee. motifs pour ne pas publier ce rapport : le premier était 4 …_ que le Ministère des affaires étrangères y voyait les 4 ce plus graves inconvénients, — ce qui était d’ailleurs F . implicitement reconnaître que la publication de cette
pièce prouverait la violation, par la France, des ù
dispositions de l’acte de Berlin. — Le Ministre allé- ‘ a
guait en second lieu que certaines sociétés conces- l tu
sionnaires poursuivraient le gouvernement pour diffa- È ri
Examinons ces propositions : AL. ;
La création d’un corps de contrôleurs des sociétés if ,
concessionnaires, la suppression de l’impôt en nature, ,
la substitution progressive du paiement des indigènes
en argent au lieu du paiement en marchandises, était 4
demandée par la mission Brazza. Il n’y a donc pas à ‘4
Mais sur l’affirmation, par M. de Lanessan lui-même, D
qui avait rédigé le rapport d’ensemble sur les travaux f
‘ de la mission Brazza, que cette pièce ne contenait rien ‘11
qui ne fût déjà connu, M. Clémentel a déclaré qu’il ne à
s’opposerait plus à ce que ce rapport fût publié et com- ne
muniqué à la Commission des affaires extérieures. ë Ÿ
Il est certain que si celle-ci insiste, elle aura toutes à
les autres pièces qu’elle voudra. Il faut donc qu’elle Lt
Pour M. Gentil, ce n’est pas à lui que je fais la $
guerre. Je serai moins dur pour lui que n’a été M. Chal- Ke
laye. Ce serait une question de savoir s’il pouvait admi- a
nistrer le Congo autrement qu’il ne fit; une autre question, que je ne me chargerai pas de résoudre, de savoir
si même M. de Brazza sans argent, avec des troupes #
insuflisantes et un corps d’administrateurs réduit à l’état KES
de squelette, aurait mieux fait; et enfin, pour les circu- 4
laires et les arrêtés qu’on lui reproche, jusqu’à quel a Ven
point n’était-il pas couvert par ses instructions, ou trou- A
blé par des suggestions venues de Paris? M. Étienne a |
rendu de grands services, jadis, à la cause coloniale. ; ; __ Mais n’a-t-il rendu que des services à celle du Congo? à
; Fe Il y à, j’en suis convaincu, pour acquitter M. Gentil, We
i | 00 beaucoup de raisons que nous connaissons, et beaucoup 1
ce d’autres encore que nous ne connaissons pas. Mais 4
enfin, malade et probablement mal renseigné, M. Gentil :
“208 n’a pas su repousser, avec une netteté suflisante,
08 durant la campagne menée contre lui avec vigueur par 1
_ M:Rouanet, l’appui compromettant des sociétés conces-
… sionnaires. Aura-t-il, revenu au Congo, l’autorité néces- A:
saire pour les surveiller et les faire obéir? Enfin si #
quelques faits répréhensibles se commettent encore dans oi
LE ce Congo si troublé, qui donc en sera rendu respon- NS
.. sable? Lui et le gouvernement qui l’aura renvoyé. Si
À _ M. Gentil voulait bien croire à ma bonne foi, — mais je #|
—_ conviens qu’on à toujours le droit, après tout, de se 3
a la refuser à croire ses adversaires sur parole, — je serais 4
tout prêt à lui dire : « Si on vous a attaqué personnelle- su
ment, ona eu tort. Mais c’est maintenant dans l’intérêt oi
- même du Congo, de cette colonie que vous aimez plus j “ que nous encore, que nous vous demandons de ne pas “_ faire de votre retour à Brazzaville une question d’hon- ‘ M neur. Car votre honneur est bien lavé. » M. Gentil fera À à ce qu’il voudra : lui seul est bon juge et il ne faut pas ; 1 “ influer sur sa décision. Et c’est tout au plus s’il est \ 14 … permis de remarquer que M. Clémentel ayant promis. si Me. de retarder son départ, de façon qu’il puisse être f _ entendu par la Commission des affaires extérieures, j “le Congo continue à manquer d’un grand chef respon- ÿ sable : cette situation ne saurait durer sans inconvé- t … Enfin, le projet de M. Clémentel ne touchait pas aux
droits exclusifs des sociétés concessionnaires. Mais il + n’a pas repoussé formellement la solution proposée par 4 M. Caïllaux, celle du cantonnement. M. Challaye expli- 4 quera dans le détail en quoi elle consiste. On peut dire 3, en un mot qu’il s’agit d’abandonner en toute propriété aux sociétés une partie de leur concession, à condition : qu’elles renoncent à leurs droits sur le reste. M. Clé- 4 mentel a répondu, — et il était dans le vrai, — que cette ‘ solution était fort bonne, mais nécessitait le consentement des concessionnaires, qui sont en possession d’un 4 contrat : et je crois qu’un accord sur cette base avec À certains de ces concessionnaires, sinon tous, n’est pas 4 impossible. J’indiquerai d’ailleurs avec ingénuité le |
meilleur moyen de s’entendre avec ces sociétés : c’est d’exiger d’elles férocement l’exécution des clauses de leur cahier des charges. Je déclare avec cynisme qu’il vaut beaucoup mieux leur rendre la vie extrêmement dure que de faire prononcer leur déchéance. L’institution d’un corps de contrôle des sociétés concessionnaires, qi définitivement arrêtée par M. Clémentel, serait à cet égard une bonne chose, — si les contrôleurs n’étaient très loin du Ministre, là-bas, sous l”Équateur, et les ÿ directeurs des sociétés concessionnaires, à Paris, tout Ÿ
Il faut aborder maïntenant une question plus grave “4 encore. Lors de la discussion du budget des colonies à 3 la Chambre, elle a été mystérieusement réservée. IL paraît que c’est par patriotisme. On prend une mine | discrète et l’on vous dit à voix basse : « Pour l’amour de la France, ne parlez pas du Congo Léopoldien, et ne
| We. comparez pas le Congo Français au Congo Léopoldien: . Fe: les méthodes administratives, les procédés d’exploitaDe” tion commerciale, n’ont rien de commun! » k Et voilà, d’une façon évidente, bien qu’implicite, qui D: condamne le régime du Congo Léopoldien! Mais c’est 4 qu’on craint aujourd’hui, et terriblement, que les puish sances signataires de l’acte de Berlin, —lequelinstituait le SAS E4 régime de la liberté commerciale dans le bassin conven- ‘4 tionnel du Congo, et fixait pour les noirs un minimum de de garanties, — ne soient convoquées, par l’Angleterre, , par les États-Unis, ou par ces deux États conjoints, “4 pour examiner si les prescriptions de cet acte n’ont pas M Or elles ont été violées. Et le Congo Léopoldien, son 4 ; souverain, les compagnies dont il est le fondateur et le É bénéficiaire, ne sont pas défendables. Mais du moins, | que le Congo Français ne soit pas entraîné dans cette j déroute! Voilà ce que signifie l’attitude actuelle. Ë Cette attitude n’est pas tenable. IL n’y a que trop
- _ d’analogie entre le régime du Congo Léopoldien et : : le régime du Congo Français. Lisez ce qu’a dit [LR Dans la région de la Lobaye, où vivent 800.000 indi- È gènes, il n’y a pas un seul poste de l’administration. | C’est la compagnie concessionnaire qui administre le Ë pays, sans aucun contrôle de l’État. Sont-ce là, oui ou
- non, les procédés du Congo Léopoldien dans les “ régions qu’il a concédées à de grandes sociétés privilé- j Dans le territoire de la Haute-N’Gounié, la société _ concessionnaire entretenait des miliciens, — prêtés par fe la colonie, dit-elle. — En tous cas, il n’y avait sur
place aucun agent de l’État pour donner des ordres 24
à ces miliciens. Ils ne relevaient que de la société. : Ve
Est-ce, oui ou non, la même chose qu’au Congo Léo- “4
8 On rassemble des femmes dans un village, créé tout os à exprès, dans l’espoir d’y faire venir des hommes. Le ‘ ss
négrier se transforme ici tout naturellement en entre- : > | preneur de lupanar. Les hommes viennent. Mais on +3 MD les accable de telles corvées qu’ils cherchent à fuir: On _ les rattrape et on les met en prison, en portant ce | motif : « S’est évadé d’un village de liberté. » Est-ce, ‘
oui ou non, la même chose qu’au Congo Léopoldien? À
| . Mais je me trompe : il y a ici une plate sottise en #
| Une société crée à Brazzaville une usine pour broyer î des racines contenant du caoutchouc. On force les +R
; indigènes à aller chercher ces racines et à les porter “ 4 à l’usine. Est-ce, oui ou non, la même chose qu’au ; Ë £
| Le 19 mars 1903, M. Gentil envoie à ses administra- 4 û teurs une circulaire qui contient ces mots : « Je me S baserai, pour vous noter, surtout sur les résultats que #
vous aurez obtenus au point de vue de l’impôt indi- ci
gène, qui doit être pour vous l’objet d’une constante +
Cet impôt, M. Gentil, sur une pression venue indirec- +5
tement des sociétés concessionnaires, — et dont il n’est We peut-être pas lui-même responsable, car il ne serait pas 4
difficile de dire quel en fut l’instigateur à Paris, — finit ; }
par décider qu’il serait perçu en nature, c’est-à-dire en à
} caoutchouc. Est-ce, oui ou non, la même chose qu’au F4
M Je sais très bien ce que je risque en prenant cette | Ut attitude, et j’entends déjà ce que diront ceux qui se k 4 12 croient, dans cette affaire, les politiques : « C’est très ; ‘#4 . vrai, mais pourquoi le dites-vous ? Voilà des aveux 7 “2 dont on ne manquera pas de se servir contre la France, À ‘À si, pour celles de ses possessions coloniales qui font (; ‘2 partie du bassin conventionnel du Congo, elle est forcée À de venir écouter ce qu’on dit, et parler pour elle, devant 1 ta un tapis vert international. » Touchante ingénuité de ces ” D politiques ! Comme si les gens ne savaient pas toujours ‘à . ce qu’ils ont intérêt à connaître, et comme si tout hi “ ce que je viens de dire n’était pas le secret de Poli-
à ; Ce n’est pas une raison, parce qu’il s’agit de choses | h africaines, pour avoir une politique d’autruche. Il faut k
une forte dose de naïveté ou d’aveuglement pour ne se
j point apercevoir que le bassin conventionnel du Congo ÿ A est un, et que si les puissances signataires de l’acte de 5 x Berlin se décident à se réunir en conférence, afin de ji “ … : décider si le roi Léopold a ou non manqué aux engage- F À 4 ments qu’il avait pris, nous serons forcés d’y aller pour ÿ ps notre part du bassin conventionnel, n’eussions-nous rien h à nous reprocher. La question du Congo Français se é È posera à cause du Congo Léopoldien et non d’une autre ‘
Ù manière. Et une fois l’affaire sur le tapis diplomatique, à Ë la France n’aura le droit de refuser d’aller plus loin 544 ! : que sa volonté et ses intérêts ne le lui permettent,
} que si elle a fait, d’avance, toutes les réformes !, suffisantes. Et on ne lui demandera pas trop, pour beauk coup de raisons, dont quelques-unes sont du domaine À de la politique extérieure générale. Telle est l’exacte |
mentel avait envoyé au Congo M. de Brazza : je compte bien qu’on ne fera pas faillite au testament de ce grand | homme. Et c’est pourquoi il ne saurait être question $ | de demander purement et simplement soixante-quinze millions au Parlement pour des travaux publics au ; G — et qui, s’ils constituaient la seule réforme accom:- plie, ne serviraient qu’à améliorer la situation financière des sociétés congolaises, c’est-à-dire des coupables, et à faire monter leurs titres sur le marché. : Ce n’est pas, je l’espère, pour cela que M. de Brazza est mort, ni qu’on a fait mourir un nègre de l’effroyable façon que vous savez, sans compter bien d’autres qui périrent aussi affreusement, sans qu’on le Le principe des grandes concessions est condamné dans son essence. Dans un excellent ouvrage, M.G. Fran- çois vient de déclarer que ni pour le coton, ni pour le cocotier, les grandes concessions ne pouvaient réussir au Dahomey, et que toutes celles qui avaient été concédées en 1900 avaient dû être retirées. IL en donne les motifs les plus convaincants, avec une grande clarté. (1) IHya quelques années, les efforts généreux de M. Ballay, alors gouverneur général de l’Afrique Occidentale, et de plusieurs grands négociants, ont empêché qu’il en fûtaccordé au Soudan et en Guinée française. Il faut citer ici M. Émile Maurel, de Bordeaux, et M. Bohn, administrateur-directeur de la Compagnie française de l’Afrique Occidentale. Celui-ci écrivit alors une brochure qui reste un | modèle de sens pratique et de clairvoyance, en même ï (1) Notre Colonie du Dahomey, par G. François. Larose, éditeur.
144 temps que d’humanité. Nous autres, qui parlons ou
% _ écrivons en ce moment, si nous manquons peut-être à
( À - gagner en n’étant pas du parti de nos adversaires, nous 4 ‘4 n’avons du moins rien à perdre. Mais quand nous ren- l 4 controns des hommes d’affaires qui n’hésitent pas à se 1 ranger de notre côté, il faut les saluer respectueu-
< D’autre part, M. Challaye a expliqué pourquoi il 1 pense qu’on ne peut actuellement supprimer toutes
in . les sociétés concessionnaires du Congo, mais seule- F à ment quelques-unes. Notre peuple ne s’est pas encore
put élevé à un état d’esprit assez révolutionnaire pour
Et admettre que la communauté politique ait le droit de | } ; rompre un contrat, même injuste. Quant à supprimer | né les concessions en indemnisant les concessionnaires, 4 ; c’est une solution inadmissible. On ne saurait dépouiller
des millions de travailleurs français pour réparer l’er- 7 00 Lu. reur commise par leurs gouvernants. Et c’est égale- à
L ment ce que paraît penser M. Caillaux. D t Et maintenant, n’avons-nous pas épuisé la patience | des lecteurs des cahiers de la quinzaine? Je ne le pense : ri pas. Ils savent que, lorsqu’il s’agit d’humanité, c’est : f un devoir absolu de ne pas lâcher. Nous ne lächons s k pas, voilà tout. Et il y a même des jours où je songe d que nous ne faisons pas encore tout ce que nous ; | Ê devons, tant nous avons affaire à forte partie. Réflé-
è chissez, en effet, que contre nous agissent et parlent è & des hommes qui ont un intérêt direct, un intérêt
al d’argent à ce que subsistent les monstrueux abus des
deux Congos. Le premier de ces hommes est le roi Léopold, auquel, en quelques années, le seul domaine de la couronne a rapporté 80 millions. Les autres, ceux qui sont en France, assiègent à toute heure les bureaux s des gazettes, les antichambres des hommes politiques. Le Congo, c’est leur affaire, dont ils vivent. Et pour lutter contre une coalition si forte, nous sommes bien pauvres et petits. Mais nous avons pour nous l’évidence, qui est claire, et la justice de notre cause, qui est cer- À taine. Encore quelques mois, et toute la France intelligente saura, non seulement ce qu’on a fait au Congo, mais ce qu’il y faut faire. Et comme nos exigences sont sages, politiques, modérées, nos adversaires n’auront qu’à céder de peur de tout perdre.
Des mêmes auteurs, et dans le même sens, en vente |
à la librairie des cahiers :
Douzième cahier de la septième série, un cahier jaune
de 120 pages ; in-18 grand jésus… deux francs FÉLICIEN CHALLAYE. — Le Congo français, — avec
le portrait de Pierre Savorgnan de Brazza; — Pierre : Savorgnan de Brazza, les derniers jours de M. de
Brazza; le Congo français: les indigènes du Congo | Français, quelques remarques psychologiques et socio-
logiques; le commerce et l’agriculture au Congo Fran- : çais, les Compagnies concessionnaires et la situation des indigènes; tableau des Compagnies concessionnaires accordées en 1899-1900; l’administration et la poli-
Dans le Douzième cahier de la septième série, j’ai
cherché à décrire la situation actuelle du Congo Fran- :
çais et à établir le programme des réformes indispensables. Depuis que ce Cahier a été écrit, le Ministre des
Colonies, M. Clémentel, a fait paraître des décrets ?
réorganisant le Congo et envoyé au commissaire géné- { “
ral des instructions ministérielles prescrivant la politique 7
nouveile à suivre (11 février 1906). Puis la Chambre des 1
Députés a discuté diverses interpellations sur l’état de !
la colonie ;-elle a entendu les interpellateurs, MM.Roua- (
net, Le Hérissé et Hubert, le Ministre des Colonies, enfin F
MM. Caillaux et Jaurès (séances des 19, 20 et 21 février L
: De ces deux événements, que résulte-t-il pour le si
ÿ Congo? Qu’a-t-on fait ou que fera-t-on, pour éclairer ÿ
Vopinion publique en France, pour améliorer le person- 4
nel, pour réformer les méthodes d’administration et le
régime économique de la colonie?
M. Clémentel ne s’est décidé à faire publier, avant la
séance de la Chambre, ni les rapports de la Mission de ÿ
Brazza, ni le rapport d’ensemble de la Commission instituée sous la présidence de M. de Lanessan. Rouanet #4) a protesté contre ce parti pris de mystère et de silence: HE | , Ce débat s’engage dans des conditions de contrôle, d’exa- 4 ns men et d’information qui sont la négation même du régime 4 Pourquoi ces documents n’ont-ils pas été publiés ? GR | D’abord et surtout parce que léur publication permet- / t trait de porter le jugement le plus sévère sur le régime * | des Compagnies à monopoles. D’après le compte rendu #1 analytique du Petit Temps (daté 20 février 1906), on. M. Clémentel aurait dit à Rouanet, à propos du rapport 1 | Les choses dont vous me parlez ne devraient pas être è portées à la tribune. J’ai montré à diverses personnes, à + fe M. Deschanel notamment, ce rapport, dont la publication M Cette phrase naïve a été supprimée dans le compte de. ï rendu sténographique officiel revu et corrigé. Mais que | i cette explication soit la bonne, c’est ce qu’atteste le 1 à témoignage de Rouanet, disant à M. Clémentel : AA aie Pour ne pas publier les documents, vous m’avez dit 5 As d’abord que le Ministre des Affaires étrangères s’y opposait; } e puis vous m’avez dit que vous ne pouviez pas publier ces & | documents parce que leur publication était de nature à per- # | mettre aux Compagnies concessionnaires de formuler contre 4 les constatations faites par M. de Brazza et la Commission { ; des gouverneurs des revendications contre l’Etat. Je vous | x demande, messieurs, si maintenant une Chambre française } (à) Journal oficiel du 20 février 1906, page 806. x
… ne peut plus avoir, sous formede documents parlementaires, 1 Re de documents officiels, les constatations faites par une Com- Eu mission, sous prétexte que des Compagnies concessionnaires 520 trouvent que les conclusions auxquelles sont arrivés les (LR _ fonctionnaires et la grande Commission sont de nature à ‘47 ) porter tort à leurs intérêts et à leur crédit. {Très bien! très “34 _ bien! à l’extrême gauche) ÿ +4 Et plus loin : ei
- M. le Ministre des Colonies. — J’ai déjà une demande #3 ” . oflicielle, de la part d’une Compagnie concessionnaire, de dé pi Âé . communication d’un rapport dans le but de poursuivre. J’ai 4
- refusé cette communication. Sr. É M. Gustave Rouanet.— Voilà une théorie gouvernemen- Se … tale nouvelleetétrange! Ainsi, monsieur le Ministre, si vous FO . publiez au Journal officiel un document, le Gouvernement | . français pourrait être poursuivi par les Compagnies conces- 1 Th : 4 M. le Ministre des Colonies. — La Compagnie m’a V4
- demandé communication du rapport de l’inspecteur. 151 1 M. Maurice Viollette. — Alors c’est du chantage! FR TR M. Gustave Rouanet. — Et vous avez capitulé devant un À à à Au cours de la troisième séance, M. Clémentel déclara S4 | © qu’il transmettrait le dossier du Congo à la Commission 70 . des affaires extérieures et coloniales, et que cette Com- “4 . mission, après avoir entendu le Ministre des Colonies et Lu: le Ministre des Affaires étrangères, jugerait si la publi- Ke _ cation de tous les documents est possible. Jaurès, après co _ Rouanet, insista pour que la lumière fût faite, sans “TR aucune réserve. M. de Lanessan déclara. qu’il n’y a + … aucune bonne raison pour cacher au public le rapport 1 | (1) Journal ofiiciel du 20 février 1906, pages 862-863. #3
de la Commission présidée par lui. Alors M. Clémentel ss | se résigna à accepter la publication à l’Oficiel du e
rapport de la Commission de Lanessan. Il faut espéree nn que son successeur se considérera comme engagé par : (3 cette promesse, et qu’il la tiendra bientôt. 2) 10 p Rouanet demandait en outre à la Chambre d’ordorner : 4 l’impression de tous les documents, y compris les rap- p ports de la Mission de Brazza. La Chambre, par 335 voix ë contre 152 sur 487 votants, s’est bornée à adopter l’ordre À | du jour pur et simple accepté par le Ministre des i En ce qui concerne le haut personnel administratif, y M. Clémentel a décidé, avant la séance de la Chambre, 5 de renvoyer au Congo M. Gentil, comme commissaire général, avec des pouvoirs plus étendus. Cette mesure me paraît regrettable. Il est possible que M. Gentil se | soit justifié des accusations de violences et de crimes. portées contre lui : la preuve est difficile d’actes accom- à plis en pleine brousse, il y a des années. Et il faut beaucoup pardonner aux explorateurs, placés souvent dans des situations inextricables. Mais l’administration dun pays pacifié n’est pas l’exploration d’une terre inconnue. inauguré au Congo une politique de fiscalité brutale, (1) La majorité comprend la plupart des radicaux, les progressistes, la droite et M. Gérault-Richard. La minorité comprend les socialistes, un certain nombre de radicaux et de radicaux-socialistes (MM. Pierre Baudin, Berteaux, Henri Brisson, Guieysse, Henri Maret, Camille Pelletan, etc.), enfin quelques individualités isolées de différents partis. Plusieurs députés n’ont pas pris part au vote (MM. Caillaux, Paul Deschanel, Gaston Doumergue, de Lanessan,
_ subordonnant tout au prélèvement de l’impôt, sacrifiant 6 1: . toute préoccupation de justice et d’humanité à l’égard 1 — des indigènes. Il reste responsable d’avoir projeté 168 . l’établissement d’une forme d’impôt qui aurait soumis 1 . définitivement les populations à la tyrannie rapace des L. …… C’est pour ces raisons d’ordre administratif qu’il ‘# F,. eût été sage de symboliser un changement de régime ke … par un changement de personne. — Sauvé par les puis- ‘ÿ “. sants concessionnaires, dont l’influence s’est exercée 4 … énergiquement en sa faveur au Ministère et dans la 4 …— presse, M. Gentil sera plus que jamais leur homme-lige. 5 IL est à craindre que le mauvais esprit de l’adminis- : 4 —_ tration ancienne rende inefficace l’application des meil- É (1) Pour diminuer la responsabilité personnelle de M. Gentil, on (64 a cité les circulaires par lesquelles il recommande à ses subordon- h. — nés l’emploi de moyens humains. Mais Rouanet a justement fait L’5 remarquer qu’il y a au Congo deux sortes de circulaires adminis- 4 … tratives: les unes recommandent la douceur à l’égard des indigènes; D: publiées par les journaux, elles ont pour objet de tromper l’opinion s % — publique; mais elles ne sont pas appliquées; les autres, parfois Fe confidentielles, contraignent les petits fonctionnaires à des besognes 4 “qui les obligent souvent à traiter durement les noirs, subor- À donnent, par exemple, l’avancement des administrateurs à l’exacte . 4 ibn . perception de limpôt; elles sont toujours sanctionnées par des ’ # actes précis, récompenses où punitions. — Les Compagnies conces- LE mn. sionnaires emploient elles aussi la même méthode hypocrite des 110 “doubles circulaires. (Voir Douzième cahier de la septième série, Ki …. pages 63-64) Nous découvrons ici limitation de procédés appliqués st ! va | ‘au Congo Belge : au Congo Belge « le Gouvernement ne manque Sn …_ point de prendre sur le papier les mesures les plus humanitaires et 1 de lancer les circulaires les plus louables. Mais il ne poursuit , d’autre but, en le faisant, que de se forger des arguments à Le …._. opposer à ceux qui le critiquent. L’intention d’appliquer les circu- 34 “ | laires n’existe pas au moment où on les signe. On ne tient nulle- à “ment la main à leur exécution ». (Félicien Cattier. Etude sur la situation de l’Etat Indépendant du Congo, Bruxelles, Larcier, 1906, ÿ
x PA Cependant il se pourrait que M. Gentil, s’il retourne 75% Fe au Congo (ce quisatisferait son amour-propre), n’y reste ES: ïè (comme l’ont dit certains journaux) que quelques TR \ mois. Puis le danger résultant de son maintien à la tête ke _ de la colonie est atténué par le choix excellent de deux RE Ne teur en chef des colonies, promu au grade de gouver- nu ;
ù neur, nommé secrétaire-général du gouverneur-général; 24
n. M. le docteur Cureau, administrateur en chef des F3 a Re colonies, chargé de l’administration du Moyen-Congo. de LA, 24 Ces deux fonctionnaires ont laissé au Congo une réputa- ui. U tion parfaite, de compétence, de justice, de ferme ne 4 5) s douceur. nee ce En ce qui concerne les réformes administratives déci- me EN fi dées par M. Clémentel, que penser de l’œuvre accomplie? 14 ë Le Congo sera désormais divisé en trois colonies 5440 | administrativement et financièrement autonomes : le à Gabon (accru de la région côtière qui en est le prolon- it de gement naturel), le Moyen-Congo, l’Oubangui-Chari- 54 Tchad. Le Gabon continuera à être placé sous l’auto- fe Ke PE: rité d’un lieutenant-gouverneur; le Moyen-Congo sera Re ‘ dirigé par un administrateur en chef des colonies 4 ‘a
- faisant fonction de lieutenant-gouverneur; l’Oubangui- . 5:10 Chari et le territoire militaire du Tchad seront placés w sous l’autorité d’un lieutenant-gouverneur. Dans chaque DS me colonie, un Conseil d’administration assistera le gou- + … 4 verneur. (1) Quant au commissaire-général du gou- ER
- vernement, dégagé de l’administration directe du PUR
Moyen-Congo, il sera désormais « investi de fonctions ni ‘4
n de gouvernement plutôt que d’administration » et aura A ti pour rôle « de donner une commune impulsion aux k 4 : “4 différentes parties de l’Union Congolaise: ». (1) Les NA à _ trois colonies auront chacune un budget local; il sera 5 a créé un budget général pour l’ensemble de la colo- |A 11 _ Trois nouvelles justices de paix à compétence étendue nt ps _ seront créées à Fori-de-Possel (la capitale de La nou- 5,00 . velle colonie de l’Oubangui-Chari-Tchad), à Ouesso et NL 5 . Le Ministre annonce un emprunt de 75 millions affecté : 18 . ration des voies fluviales. La métropole garantira cet Le
. emprunt et aidera la colonie à en payer les annuités ! 4 nd intérêt et de remboursement. Le budget de l’État dis- 520 | posera en faveur de la colonie d’une somme de AU = 1.500.000 francs se décomposant ainsi : “x … Économie résultant d’une modifica- ï Bh _ tion des effectifs et du ravitaillement ny … (n) Instructions Ministérielles du 11 février 1906. ne (2) 1 y a lieu de remarquer que les budgets locaux ne dispose- 1200 . ront que de ressources minimes, tandis que le budget général dis- ont -… posera de ressources considérables (subvention métropolitaine, NUS droits de douane à l’entrée et à la sortie, produit des terres doma- + LAN …_… niales, c’est-à-dire redevances des Compagnies concessionnaires). A “La décentralisation administrative ne s’accompagne pas d’une MAR.
- ” décentralisation financière. — Il n’est pas question dans les 7n- #00
- … structions Ministérielles de la création, pourtant si utile, de budgets (F0 LA _ () Instructions Ministérielles du 11 février 1906. è a a PAIE 29 les deux Congo. — 2. LR
Le Ministre laisse au gouvernement local le soin de ; à déterminer l’ordre des travaux à accomplir. ê Fi
Il est à craindre que le gouvernement local, soumis à ‘0 l’influence des concessionnaires puissants, n’utilise M surtout l’emprunt annoncé à doter quelques Compagnies Ë de moyens de communication et de transport utiles à À elles seules. (1) Le Parlement ne devra voter l’emprunt ; |
| que pour un certain nombre de travaux publics d’intérêt | général, nettement spécifiés. — IL est à craindre aussi | que des travaux publics considérables, exigeant une 4 main-d’œuvre énorme, n’imposent une charge nouvelle, et écrasante, aux malheureuses populations du Congo, ; du moins dans bien des régions. Avant d’arrêter un 3 plan, il importera de déterminer sur place la possibilité de recruter les travailleurs nécessaires; il faudra avoir soin de proportionner l’œuvre à entreprendre aux forces du pays.
Aïnsi, de minutieuses études devront précéder l’effort pour réaliser, sans précipitation, le programme des | travaux publics nécessaires au développement économique de la colonie. 1 j
Au point de vue de la politique indigène, le Ministre demande, à juste titre, le développement du service sanitaire et de l’instruction professionnelle des noirs. L’une de nos préoccupations essentielles au Congo plus ; encore peut-être que dans nos autres grandes colonies, doit : (1) J’ai déjà signalé le fait que le chemin de fer projeté N’Djolé- 0 concessionnaires, dont lune ne paye aucune redevance à la
colonie. (Douzième cahier de la septième série, page 89) ;
Sat être de protéger l’indigène dans la vitalité même de sa race. 14 à M: Des conditions d’existence déplorables, l’ignorance, la bar- ‘ht … barie font que la mortalité atteint parfois des proportions #4 . effrayantes; on peut même craindre un dépeuplement 21500 , “4 rapide de tout le bassin du grand fleuve africain, tant sont 40 terribles les ravages exercés, dans ces malheureuses popu- Le
- Jations primitives, par les fléaux naturels et par les AU: e Le Ministre constate que « rien n’existe encore » au :
- point de vue de l’assistance médicale. Et il attend de ‘4
:1 « l’esprit d’initiative » du commissaire-général « des « Eh
4 10
Au point de vue de l’enseignement, le Ministre recon- fe
—_ naît qu’il est souhaitable de créer des écoles officielles <13
‘0 donnant une instruction « surtout professionnelle et ;
‘4 technique » et apprenant le français aux noirs. Mais ne
— il compte particulièrement sur l’action des Compagnies BR
Ré _ Jai insisté auprès des Sociétés concessionnaires pour : ja
qu’elles créent chacune dans son ressort des écoles élémen- 3
_ taires dont l’influence leur sera d’ailleurs en premier lieu É
P* _ profitable. Elles pourront y trouver les ouvriers dont elles
CALE Projet extrêmement. dangereux, inacceptable à qui F -. connaît l’esprit bassement mercantile des Compagnies ka 14 d’école, abuseront de leur autorité pour exploiter sous 4 une forme nouvelle les populations qu’ils tyrannisent Qi déjà si lourdement : ils obligeront les enfants des indi- : M gènes, sous prétexte d’instruction professionnelle, à D …. (1) Anstructions Ministérielles du 11 février 1906. A % F2 (2) Instructions Ministérielles du 11 février 1906. A 3
faire gratuitement les outils, les machines, les bâtiments û dont la Compagnie a besoin; sous prétexte d’enseigneMi ment agricole, à créer gratuitement des plantations … 24 pour la Compagnie. Qu’on n’augmente, sous aucun pré
- texte, même pédagogique, les droits et les pouvoirs des qu A Compagnies concessionnaires! Il faut que l’Etat, Ii À seul, ajoute ses nouvelles écoles aux écoles anciennes De “ .des Missions. 5 Fi f# La réforme de l’impôt indigène serait tout à fait LA satisfaisante si M. Clémentel s’était décidé à supprimer LES fe & ceux des impôts locaux qui sont le plus vexatoires et le : & à _ ) plus scandaleux. (1) à “ES su En ce qui concerne l’impôt de capitation, le Ministre 4 le projet de M. Gentil associant l’État et les Compagnies +4 de M. de Brazza, qui « a stigmatisé cette manière de ‘18 Ke procéder ». Critiquant, sans la nommer, une circulaire (0 célèbre de M. Gentil, il déclare que ‘la perception de 5 É, l’impôt « ne devra plus être le principal souci de l”admi- 210) ; nistration ». (2) Il admet que l’impôt de capitation ne s 2 | soit pas prélevé dans toute l’étendue de la colonie : le = : Ee commissaire-général pourra exempter d’impôt telle ou FR k telle région, pour des considérations soit économiques APS Er (mauvaises récoltes), soit politiques (état de trouble ou LE ï À a (1) Voir Dousième cahier de la septième série, page 94. 1790 {a (2) Instructions Ministérielles du 11 février 1906. Il est remarquable +4 3 que M. Le Hérissé, qui s’est fait à la Chambre lavocat de FE M. Gentil, ait nettement condamné sur ce point la politique de son 54 client : « Je déplore profondément qu’on ait décidé que les admi- TES nistrateurs seraient chargés d’établir l’impôt sur toutes les popula- DR: tions de leur territoire, et qu’on leur ait fait sentir que plus ils D Ÿ pourraient faire rentrer d’impôt, plus leur avancement serait DRUGeS rapide. » (Journal officiel du 22 février 1906, page 914) en
_ d’inquiétude dans la région). Il souhaite que l’impôt soit sl … perçu de préférence en numéraire, et demande que ‘ah …. l’administration, pour répandre l’argent dans le pays, # L_ paye en argent les salaires de ses employés noirs. Par Ni une initiative très heureuse, le Ministre décide que les ji indigènes apportant du caoutchouc pour l’impôt à l’admi- à 14 nistration, recevront d’elle, en récompense, une petite “4 11 . somme d’argent; les prix, tout à fait insuflisants, payés he hi jusqu’ici à l’Etat par les Compagnies concessionnaires 4 “_ pour le caoutchouc rétrocédé, seront majorés d’une } _ somme de 5o centimes à’1 franc partout où le prix de a revente du caoutchouc n’atteint pas 3 francs le kilo- nie — gramme; le produit de cette majoration sera intégrale- ‘4 ment versé au contribuable au moment où il apporte du ) …. caoutchouc à l’administration. Un double résultat sera : … atteint : « cette rémunération constituera aux yeux de Me “_ lindigène une sorte de prime pour le paiement de e, … l’impôt et sera de nature à faciliter la diffusion du Le Ministre décide enfin la suppression du portage ; obligatoire, auquel, dit-il, les indigènes « préfèrent la ; _ mort ». La plus grande partie du ravitaillement destiné Ë
- aux troupes du Tchad passera désormais par la voie ® … Niger-Bénoué-Toubouri, plus rapide, plus économique, DA. L et ne nécessitant pas l’emploi de porteurs humains. à
- Pourlereste, l’administration aura recours à des porteurs HA « volontaires recrutés entre l’Oubangui et le Chari, aux- 1e px (1) Instructions Ministérielles du 11 février 1906, et discours de ) _ M: Clémentel à la Chambre des députés (Journal officiel du #1 | approuvé cette réforme de l’impôt. Interrompant M. Clémentel, il a ns dit: « Cest le désaveu de la politique de M. Gentil. Je vous en ‘3 félicite. » (Journal ofjiciel du 22 février 1906, page 993) :
quels elle devra payer « un salaire rémunérateur ». D. Enfin plus tard on établira un chemin de fer Decauville 4 entre Fort-de-Possel et Fort-Crampel. (1) : Telles sont les réformes décidées par M. Clémentel, à au point de vue de la politique indigène, sous l’inspira- 4 j tion des rapports de la Mission de Brazza. Si elles étaient intégralement réalisées, elles diminueraient dans une large mesure les vives souffrances des noirs du | Congo. Il est regrettable qu’elles ne soient pas accom- #4 pagnées de réformes économiques améliorant le détes- É table régime des grandes concessions. x | Mauvaises journées pour les Compagnies concession … ? naires que celles des 19, 20 et 21 février. Devant l’opinion È publique, leur cause est bien compromise. À la Chambre, nul n’a osé les défendre contre de rudes attaques : ni ÿ M. Étienne, sous l’inspiration duquel elles se sont ; constituées, ni M. Guillain, qui a signé les décrets les NM geot, nommé tout récemment président du Conseil d’administration de la Haute-Sangha. M. Clémentel, qui a subi si docilement leur pression, n’a rien dit * d’efficace en leur faveur. Au contraire tous les orateurs L ont reconnu leurs inconvénients ou leurs dangers : à : Rouanet, Jaurès, M. Hubert, et même l’un des principaux 1 représentants du groupe colonial, le défenseur de 4 l’administration congolaise, M. Le Hérissé. Surtout J M. Caillaux, dans un bref discours d’une admirable ; netteté, a fait une forte et décisive critique de ce régime. #; (1) Instructions Ministérielles du 11 février 1906. *
- Que ce discours ait gêné et inquiété les Compagnies ‘5 …— concessionnaires, c’est ce qu’un petit fait révèle : : . l’organe de ces Sociétés, la Dépêche coloniale, dans le “A …. compte rendu analytique très complet qu’elle a donné } _ des séances de la Chambre, a purement et simplement û bi: omis l’intervention de M. Caïllaux ! (1) ‘3 4 On a signalé, # la Chambre, l’immoralité de ces 4 4 sociétés, dont les bénéfices disparaissent on ne sait où. 1 —_ Rouanet a emprunté à l’un des rapports remis au h, Ministre un curieux calcul. Le rapporteur compare des
…— et même main-d’œuvre, au Congo Français et au Congo | — Belge; il prend les frais de production des Belges | ‘4 comme base, les double pour se montrer généreux, et, % — tenant compte du prix de vente de l’ivoire et du caout- 11 chouc, établit que dans ces conditions « les bénéfices 1 —. des maisons françaises devraient être de 8.417.000 à 4 francs ». Or ils ne sont que de 1.964.000 francs. Soit une L …. différence de 6.453.000 francs. — « Le rapporteur n’a pas demandé, ajoute Rouanet, où Ë » _ est passé le reste, mais il a indiqué qu’il y avait là une } Tous les orateurs ont signalé le fait que les Compa- É … gnies concessionnaires diminuent au lieu d’accroître la 3 …. richesse du pays. M. Le Hérissé a dit que certaines , | exploitent les forêts « dans des conditions d’impré- ’ … (1) Dépêche coloniale du 22 février 1906. « Après le Ministre des À colonies, M. Jaurès prend la parole. ».… Ce
2 (2) Journal officiel du 21 février, page 892. — M. Hubert a de son D
-
côté signalé le fait que les concessions prétendent avoir perdu fs
-
y’millions au Congo:« Il est fort possible qu’une bonne part de ces F, “_ 94 millions soit restée en France et notamment à Paris. » (Journal UE officiel du 22 février, page 920) J
voyance inouïes… Elles ont presque rasé ces forêts. »(1) M. Caïillaux a clairement exposé à la Chambre comment - 4 « les produits récoltés par les Compagnies concessionnaires proviennent non de la mise en valeur du sol, mais de l’évulsion, de l’arrachage »; cominentles précau- n M Ÿe tions prises par l’État « ne sont pas observées »; comxt ment il en résulte « que la colonie est dévastée ». (2) Fo ï Tous les orateurs ont signalé les torts graves dont se ee rendent coupables les Compagnies concessionnaires à nn M i l’égard des indigènes. Rouanet a cité les violences de À quelques-uns de leurs agents. M. Le Hérissé a déclaré que « les populations indigènes se sont trouvées pressumr rées presque en même temps et par les agents du fisc + à qui venaient leur réclamer le montant de l’impôt, et par les Sociétés concessionnaires nouvellement installées et L l pressées de réaliser des bénéfices ». (3) Il a reconnu que | dans l’esprit des concessionnaires, l’administration si devait « employer tous les moyens, même la force, pour À leur recruter des travailleurs ». (4) Il a signalé « ces Î abus monstrueux qui consistent à payer des gens avec ; des produits industriels dont ils ne peuvent faire aucune espèce d’usage » et que les Compagnies leur rachètent ensuite à vil prix. (5) Citant, à titre d’exemple, la révolte (1) Journal officiel du 22 février 1906, page 916. h. (2) Journal officiel du 22 février 1906, page 924. — Le Ministre s’est ‘1 borné à répondre que toutes les Compagnies prétendent avoir fait des plantations ! Le (3) Journal officiel du 22 février 1906, page 973. Fe (4) Journal officiel du 22 février 1906, page 915. « C’était là, ajoute d. M. Le Hérissé, une conception absolument fausse du rôle qui : incombe à nos administrateurs. » (/d. page 915) et ailleurs : « Nos ’ administrateurs ne sont pas là pour faire les affaires des Compa- di gnies concessionnaires, (très bien! très bien! à gauche), mais pour de défendre d’abord les intérêts de l’Etat. » (/d. page 914) VHS $ (5) Journal officiel du 22 février 1906, page 914. 7.
_ de la Lobaye provoquée par les agissements de la 4 à - Compagnie, il a lu une lettre, adressée au Ministère des 1 de colonies par M. Gentil, dans laquelle celui-ci constate k id que « les centres hostiles encore existants se trouvent !
dans le voisinage immédiat des factoreries », ce qui l
À + démontre le « rôle néfaste joué par les agents commer- j \ ciaux dans cette région où l’absence de tout contrôle et de toute autorité leur a permis de se livrer aux pires qi fe M. Caïllaux surtout, découvrant les causes profondes . ! ” du mal, a montré qu’ « il y a une connexité indisso- 4 {f luble entre le régime économique adopté dans tout le 7 bassin conventionnel du Congo et le traitement des … indigènes ». Les Compagnies concessionnaires, « pres- 1 s sées de s’enrichir », exigent que leurs agents « aïllent ti vite, très vite, qu’ils fassent travailler l’indigène le | plus possible. Le meilleur moyen de l’habituer au tra- ï vail serait précisément de lui créer des besoins… Oui; ÿ mais cela prend du temps, beaucoup de temps; et l’im- ÿ Ÿ portant c’est, — n’est-il pas vrai? — de distribuer des À ; dividendes tout de suite… On commence par inciter | l’indigène au travail, puis on veut l’y contraindre. Pour ul y parvenir, on abuse, et des abus aux atrocités que l’on | franchit ». (Applaudissements) Et M. Caïllaux montre, £ en particulier, comment l’organisation actuelle de l’impôt À profite aux Compagnies concessionnaires : « L’indigène ÿ fournit, à titre d’impôt, une quantité de caoutchouc qui représente cinq ou six fois, parfois dix fois la valeur de j ‘ l’impôt. L’État ne perçoit que ce qui doit lui revenir; la | (1) Journal officiel du 21 frévrier 1906, page 896. à
ÿ société concessionnaire retient le surplus. Elle encaisse TR les quatre cinquièmes, les cinq sixièmes, quelquefois CAT 10 les neuf dixièmes de l’impôt total réellement exigé. ». de. É Enfin M. Caïllaux, après Rouanet, a fait une brève 50e F Fa allusion aux « graves embarras diplomatiques » et aux # __ « fächeuses surprises » qui peuvent résulter du régime
des grandes concessions. (2) ï 2
Her. Ainsi, au Parlement, tous les orateurs ont pu signaler. FL 1 les dangers du régime des grandes concessions sans Fe d’appliquer le Ministre à de si grands maux unaniva _ mement constatés? M. Caïllaux répond : « des demibe. mesures ». (3) HR ;À ve D’abord M. Clémentel a promis de ne donner aucune 1 Fo nouvelle concession. (4) S’il était resté ministre, aurait Re: il tenu cette promesse? Ses successeurs se considére- me h 1 ront-ils comme engagés par cette parole? L’expérience Ft ru du passé justifie pour l’avenir tous les doutes, toutes les | “a re déclaré (tous les auditeurs s’en souviendront) qu’il ma nn Ln personnellement jamais accordé de concession. La Dr. hrase est supprimée dans le compte rendu sténogra- : Ë - … phique, revu et corrigé. M. Clémentel avait oublié sans es à doute, il a dù se rappeler ensuite que le Journal 204 . officiel du 27 mars 1905 renferme un décret de conces- … %k sion signé de son nom : la Compagnie N’Goko- A”ÿ à mn Sangha, résultant de la fusion de deux sociétés voi 4 (1) Journal officiel du 22 février 1906, page 924. “LENS ge (2) Journal ofiiciel du 22 février 1906, page 924. {ro 4, (3) Journal ofiiciel du 22 février 1906, page 925. DRE © 4 (4) Journal officiel du 22 février 1906, page 923. ET CS À
4 sines, (1) reçoit, à la suite d’une entente avec la Société
À + d’exploration coloniale, une vaste concession, que cette !
Société avait auparavant demandée au Ministère. (2) à
73 M. Clémentel déclare qu’il veut « développer le ser- :
fe vice du contrôle » des Compagnies concessionnaires ; il
“ les rappelle à l’exécution du Cahier des charges en ce
Ne qui concerne la replantation du caoutchouc. (G) — |
—.… Rouanet a fait sentir à la Chambre la vanité de cette ;
réforme, l’insuflisance de cette solution : de Lorsque M. Lebon, Ministre des colonies, qui avait pour chef de cabinet M. du Vivier de Streel, aujourd’hui admi- ’ à nistrateur de six compagnies concessionnaires. M2 M. Gustave Rouanet. — …..le Ministre des colonies ”# ‘ d’alors n’avait-il pas prévu les nécessités du contrôle 2… ; dE Etes-vous le premier, monsieur le Ministre, à instituer ce | _ contrôle? Si vous n’êtes pas le premier c’est donc que les | contrôles antérieurs ordonnés n’ont pas été opérés, n’ont pas fonctionné, c’est donc que les compagnies ont été favo- —_… risées au Congo, au détriment des intérêts de la France, au — détriment de sa réputation, au détriment de son honneur. , LS {Très bien! très bien! à l’extrême-gauche) (4) LY M. Le Hérissé a d’ailleurs discrètement indiqué les ël difficultés du contrôle des Sociétés. IL faut lire entre les j lignes de son discours, et comprendre ce qu’il veut dire, Lis (1) La Compagnie des produits de la Sangha et la Compagnie de ; À la N’Goko Ouesso (numéros 4 et 36, au tableau publié dans le dou- … zième cahier de La septième série, pages 96-79). 4 1 () L’histoire détaillée de cette concession (la plus récente des “concessions congolaises) serait fort curieuse : on y verrait M. Clé- - qu mentel, au nom de l’Etat, faire, sous de fallacieux prétextes, un À _ magnifique cadeau à M. William Guynet, délégué élu du Congo au K _ Conseil Supérieur des Colonies. 1e . (6) Instructions Ministérielles du 11 février 1906. Le (4) Journal oficiel du 21 février 1906, page 891.
quand il demande au-Ministre de choisir les contrôleurs 4 des Compagnies parmi les administrateurs « les plus 4 À honnêtes et les plus droits »; il ajoute : QU ï Ils auront une mission très difficile à remplir; ils ont ‘3 besoin d’avoir l’esprit d’indépendance indispensable si vous M voulez qu’ils remplissent correctement leur mission. (1) à M. Le Hérissé aurait dû ajouter que les contrôleurs de 21 L ces Compagnies, pour faire œuvre utile, devront être ne des héros! Tous les Congolais savent quelle influence À exercent les concessionnaires sur la haute administra- ‘4 tion de la colonie, sur les politiciens et les journalistes M de la métropole, sur les bureaux du Ministère ; (2) is ‘a connaissent le fait incontestable que des administra- ne. teurs ont été déplacés ou rétrogradés pour avoir tenté F4 de s’opposer à une Compagnie puissante. Seront-ils 1 Ù assez désintéressés, assez audacieux, pour risquer à 4 leur tour de subir pareilles disgrâces? 118 Il en sera ainsi tant que le Ministre, par des instruc- +4 tions très nettes, ou le Parlement, par un vote formel, ne n’auront pas condamné officiellement le désastreux 4 | i régime des grandes concessions. 04 1 Le Ministre n’a menacé les Sociétés concessionnaires a | de déchéance qu’en termes vagues et seulement, semble- ‘4 t-il, pour les violations du cahier des charges qu’elles ‘TR (1) Journal officiel du 22 février 1906, page 916. 2 À (2) L’administrateur-adjoint des colonies actuellement chargé du :(S bureau des concessions au Ministère, est un ancien directeur en 44 Afrique de l’une des Compagnies les plus cyniquement cruelles du 15 Congo Français; il a figuré jusqu’à lan dernier au Conseil d’admi- 0 nistration de cette Société (alors même qu’il avait déjà pris ses 4 fonctions au Ministère). C’est, dit-on, l’influence de quelques LA concessionnaires connus, qui lui a fait obtenir tout récemment la croix de la Légion d’honneur (promotion des explorateurs). #
10 pourraient commettre dans l’avenir. Il n’a promis de _ faire prononcer la déchéance pour leurs fautes passées, | ni des Compagnies qui n’ont pas « augmenté progressi4 vement la mise en exploitation des terres », ni de celles … qui ont recouru « à la violence ou à des actes ayant …. causé l’exode ou la révolte des indigènes ». (1) Ve Une réforme contribuerait puissamment à améliorer a la condition des noïrs : le payement en argent rempla- à LE çant le payement en marchandises. (2) Le Ministre n’a By pas promis d’imposer cette obligation aux Sociétés & . concessionnaires, comme il aurait pu le faire par un 5 … nouveau décret sur les conditions du travail. (3) IL s’est borné à exprimer un vœu platonique en faveur de à | cette solution. - 4 FS - Pour que l’introduction du numéraire soit utile aux ‘ un indigènes, il est absolument indispensable que des é 12 maisons de commerce libres puissent s’établir partout. ’ 0 Que ferait le noir de son argent, s’il ne pouvait acheter ë à des comptoirs fournis de marchandises variées, et ) (4 vendant à bas prix par suite de la concurrence? (4) ; AE M. Clémentel ne s’est pas engagé, comme il aurait dû et | FX pu le faire, à modifier les Instructions Ministérielles de Lo M. Guillain qui interdisent aux non-concessionnaires f _ (en dépit de toute justice et en violation des traités) : À (1) Cahier des Charges. Article 31. | ‘h _ (2) Voir Douzième cahier de la septième série, pages 30-72. É, (3) M. Le Hérissé lui-même et M. Hubert l’ont demandé. (Journal -
À 1e officiel du 22 février 1906, page 914, page 916,page 921) M. Le Hérissé a Fo a demandé à juste titre (sans obtenir aucune promesse du Ministre), | Ne que le décret réglant les conditions du travail soit modifié : « Les PA
[ve garanties données aux colons furent singulièrement exagérées. » F4ù (4) Cf. Félicien Caitier. Etude sur la situation de l”Étut Indépen- »} . dant du Congo, pages 96-97.
d’établir des factoreries sur les terrains concédés et 400 même sur les terrains réservés aux indigènes. A EE C’est en vain que M. Le Hérissé, reprenant les termes = de la Commission d’enquête, a demandé au Ministre # “4 d’assurer « en face des sociétés, la concurrence bienfai- 4 sante des exploitations libres ». (1) C’est en vain que 4 M. Caïllaux surtout a proclamé l’absolue nécessité « de ED. transformer, de faire évoluer le système ». Il a invité le 1 Ministre à imiter ce qu’ont fait les Allemands au Came- { À roun : ayant reconnu les inconvénients des grandes È concessions, « ils ont effectué une opération analogue à L ce qu’on appelle, en matière forestière, le cantonnement. Ne. Cela consiste, on le sait, à transformer un droit d’usage CT sur toute une forêt, en la pleine propriété d’une partie des *. 00 bois ». (2) L’Etat Français pourrait de même abandonner { aux Compagnies, en pleine propriété, une partie du terri- 2 toire concédé et rendre le reste du.pays au commerce 14 libre. — M. Caiïllaux a montré que deux politiques s’op- 4 posent au Congo; d’une part « la politique de contrainte, À pour employer le terme le plus doux, qui est au-dessous ‘4 de la vérité… la politique dutravail forcé, la politique ‘4 de la mise en coupe réglée du sol »; d’autre part « la °° politique commerciale, la politique de liberté », poli- 4 » () Journal officiel du 22 février 1906, page 916. < É (2) La Société du Sud-Cameroun, par une convention passée avec 4 le gouvernement à la date du 19 août 1905, renonce à une conces- à sion de 81.000 kilomètres carrés, pour recevoir une propriété de 15.000 kilomètres carrés (soit la sixième partie du territoire concédé). SA La zone ainsi déterminée est inhabitée, réellement vacante. La D Compagnie a dû accepter une clause stipulant que si, contrairement . à toute attente, des indigènes habitent cette zone, il sera établi “a pour eux, aux frais de la Société, des réserves dont la superficie et ; les limites seront fixées par l’Administration. (Félicien Cattier. 4 Etude sur la situation de l’Etat Indépendant du Congo, page 41) £
| 2 | tique de progrès méthodique et de sagesse patiente; 1
Ro il a demandé à M. Clémentel d « évoluer nette- ! ‘4
: _ ment, fermement.…., vers la politique de liberté com- %
De … M. Clémentel s’est borné à répondre que la solution ‘4
ne, du cantonnement pourrait bien être la meilleure; mais k
que l’État est lié par les contrats passés avec les Compa- he
Nr. g#nies; il a dit avoir proposé aux Sociétés une revision 4
du Cahier des Charges, sans expliquer en quoi consiste- |
D irai cette revision. IL n’a pas osé s’engager, comme le |
Na Bi lui demandait en termes si forts M. Caïllaux, à faire ! ;
— évoluer dans le sens d’une honnête liberté commerciale 4
ee 1 linjuste régime des grandes concessions. î ’
L ER D’où viennent ces hésitations, ces scrupules, ces timi- |
…. dités? L’explication est difficile. La seule certitude, À
M: c’est que les concessionnaires du Congo continuent à é
CA exercer au Ministère l’influence la plus directe, la plus | |
puissante, la plus décisive. AE
4 Un fait saisissant l’a démontré, révélé par Jaurès en
10 un bref discours qui a stupéfait la Chambre. Ë
‘à fe Les noirs des environs de Brazzaville commençaient
1 ï . à payer l’impôt en argent, quand l’administration les pu 4
. invita, ou peut-être les obligea, à le payer en herbes à hi
_ caoutchouc : il s’agissait d’alimenter une usine appar- à
“tenant à M. William Guynet, délégué-élu du Congo au
de # Conseil supérieur des Colonies. M. de Brazza, à son
“44 passage, s’étonna, s’informa auprès de M. Gentil, apprit |
1 de lui que les noirs restaient libres de payer l’impôt en mul
| argent; alors il lui demanda de faire comprendre aux
chefs de villages que les indigènes gardaient le droit de 74
La PR (x) Journal officiel du 22 février 1906, page 995. +
s’acquitter de leurs contributions comme ils l’enten- 1
daient, en numéraire ou en nature. 1x
« il a suffi qu’à Paris le même M. Guynet, concession nn M
paire des usines, (1) fit une démarche au ministère des af
colonies, pour que le Ministre des colonies, sans attendre le ve
moindre avis de son gouverneur, détruisit par dépêche Par- 4
rangement intervenu entre M. Gentil et M. de Brazza, et tn
imposat d’oflice le rétablissement du payement en nature, du
| payementen caoutchouc/Exclamations à l’extrême gauche). DE
Paris, 30 juin 1909. Gouverneur Brazzaville. Je suis saisi He.
M. le Ministre des Colonies. — Délégué élu… je
M. Jaurès. — … concernant caoutchouc herbe, qu’il 4
Û attribue à modification apportée dans payement impôts; j:
prière maintenir régime antérieur à arrivée de Brazza ÿ 1
jusqu’à ce que vous informe nouvelle mesure que jugerai
Jaurès constate que M. Gentil lui-même protesta Hu:
contre ces brusques changements de politique, inexpli- Ê,
cables et déconcertanis. Et il termine : “à
Monsieur le Ministre des colonies, je vous pose cette 1
question précise : Vous deviez savoir que le payement én 4
nature est l’occasion des pires vexations pour les indigènes, É
; que par là on les exploite, on les vole, on les tient et les j
réduit à un véritable esclavage; vous deviez donc vous 14
réjouir de ce que dans la région de Brazzaville le payement Ÿ
en argent avait remplacé le payement en nature; vous À
deviez tout au moins attendre que M. Gentil, qui n’est pas s 4
préoccupé de conceptions systématiques, vous signalât le 4
(:) Plus exactement, M. William Guynet est à la fois concession- F
| naire (Société de l£kéla-Kadéi-Sangha, fusion des sociétés n° 5 et a.
10 du tableau publié dans le Douzième cahier de la septième série) — (3
et principal intéressé dans la Société générale des produits d’extrac- À
tion du caoutchouc, propriétaire de lPusine de Brazzaville, qui n’est 4
pas une Société concessionnaire. 4
4,
È è péril. Eh bien! vous n’avez pas attendu le rapport de de à |: Brazza; vous n’avez pas attendu une demande de M. Gentil.
i Il a suffi qu’un établissement concessionnaire, dont le chef j Le est délégué au ministère des colonies, il a sufli, en tout cas,
ER qu’un homme résidant à Paris vous demandât de révoquer
LA larrangement humain intervenu à Brazzaville pour que
AS vous le révoquiez, que vous le suspendiez par dépêche. Je
re vous demande ce que peuvent penser les indigènes, s’ils
LE ont, toutefois, dans l’état d’accablement où on les meurtrit,
Es la force de réfléchir, que penseraient-ils de nous s’ils savaient
Û ces choses, et quel crédit pouvons-nous faire à une politique
Ex qui parle d’humanité, de civilisation, de progrès, et quirétablit
V4 sur les indigènes le pire système d’exploitation ? /Applaudis-
} sements à l’extrème-gauche et sur divers bancs à gauche) (1)
$ Le Ministre s’est borné à répondre qu’il ne savait pas
alors que M. Guynet était concessionnaire ou proprié-
taire de l’usine (affirmation d’une audace vraiment stupéfiante, rayée d’ailleurs du compte rendu officiel);
{ qu’en tous cas il l’a écouté comme délégué-élu de la
HA colonie; enfin qu’il est revenu depuis sur sa détermina-
4 tion, et que maintenant « l’usine est ruinée ». (2)
É ; (x) Journal officiel du 22 février 1906, page 926. J
k (2) Journal officiel du 22 février 1906, page 926. M. Guynet a
La adressé à la Dépêche Coloniale (28 février 1906) une lettre où il pro-
#0 teste contre les affirmations de Jaurès. La lettre débute ainsi :
! « Jaurais laissé volontiers passer sans protestation les assertions
: de M. Jaurès, si elles ne constituaient réellement un tissu
4 dinexactitudes si flagrantes qu’il m’est facile de reconnaître dans
\ la documentation de l’éminent rhéteur l’intervention du jeune
EE Ë Africain Challaye. » M. Guynet défend ensuite le système d’impôt ; MR qui alimentait son usine, affirmant (ce qui est une erreur) que les
à indigènes en étaient « très satisfaits ». Il invoque son droit d’inter-
pur venir auprès du Ministre : « Le suffrage universel me confère les
4 . mêmes droits et les mêmes devoirs qu’à M. Jaurès. » Délégué élu É “4 du Congo au conseil des colonies, « revêtu de ce mandat depuis
(740 onze ans bientôt, je l’ai rempli en donnant l’impression à tous les
4 ministres qui se sont succédé depuis M. Chautemps que j’ai tou-
à jours été exclusivement animé, dans toutes mes démarches, des
b \ intérêts généraux de ma colonie et du bien public ». l a 45 les deux Congo. — 3.
L’incident révèle, en tout cas, la subordination du ministre servilement soumis au plus influent des concessionnaires : la lâcheté ministérielle était toute prête à _ sacrifier l’avenir de la colonie, le progrès et la vie même Re. des indigènes, à de misérables intérêts d’argent. Telle est la situation actuelle. En somme, du bon et ‘ du mauvais. Des réformes politiques qui seraient, dans l’ensemble, satisfaisantes, si l’administration locale les | accomplissait telles que les souhaite la métropole; mais il est douteux qu’elles soient réalisées exactement, dans } un esprit d’humanité et de justice, tant que le haut per- % sonnel de la colonie ne sera pas changé. Des réformes économiques de pure apparence, qui n’amélioreront pas le déplorable régime des grandes concessions. Aucun . | effort pour rétablir, même dans la plus faible mesure, cette liberté de commerce que la France s’était engagée, : par l’acte de Berlin, à maintenir absolue. ! La campagne entreprise pour éclairer, animer l’opinion publique, n’a pas été tout à fait vaine; mais ses résultats sont encore médiocres et insuffisants. Tant que le problème de la liberté commerciale ne sera pas résolu, — même d’une solution provisoire et partielle, — la question du Congo continuera à être posée.
en vente à la librairie des cahiers Ni: Autour du monde, par les Boursiers de voyage de | l’Université de Paris (Fondation Albert Kahn). — | Pages 109-145 : L’Indo-Chine Française, par FÉLICIEN | Au Japon et en Extrême-Orient, par FÉLICIEN Et du même auteur aux Cahiers de la Quinzaine : » Pages n’est plus mis en vente que dans les collections complètes de la troisième série: #1… 6e RES — — la Russie vue de Vladivostock, journal — — impressions sur la vie jJaponaise… — — Second courrier d’Indo-Chine, un france 205 | — — impressions sur Java, — fragments de : _ — la France vue de Layal… deux francs 341 ,
en vente à la librairie des cahiers ; PIERRE Mirce. — De Thessalie en Crète, — impressions de campagne avril-mai 1897, — avec 16 gravures Prerre Miice. — Au Congo belge, — avec des notes | et des documents récents relatifs au Congo français, | Et vient de paraître, en vente à la librairie des cahiers : Prerre Mizee. — Sur la vaste terre; — Ramary et homme d’État; la précaution inutile; Kidi; le dieu; la = vengeance de madame Murray ; les Chinois; l’aveugile.
On ne saurait trop répéter que la question du Congo Léopoldien a été, en Belgique, quelque chose de fort . … analogue à l’affaire Dreyfus. Il y fut longtemps consi- … déré comme une trahison contre la Belgique de dire que le roi Léopold et ses agents avaient commis et . commettaient tous les jours, au Congo, des crimes qui ” outrageaient l’humanité, et que ces crimes étaient, non . l’acte de quelques individus déséquilibrés, mais le résultat d’un système. Pour nos nationalistes français les défenseurs de Dreyfus étaient payés par les Juifs. ; Pour la majorité des Belges, les accusateurs du roi « . Léopold de Belgique étaient payés par les marchands à de Liverpool : le rapport de la commission d’enquête a … porté un premier coup à cette opinion ingénue. Il com12 mençait et finissait par un éloge adroit et courtois de . l’œuvre accomplie au Congo, et les réformes qu’il pro- … posait n’étaient peut-être pas suffisantes. Mais le corps & même de ce rapport constitue un formidable réquisi51 |
toire; ni M. Morel en Angleterre, ni en Belgique les |
socialistes, ni en France nous-mêmes, n’avions dénoncé |
si cruellement les vices du système. Et après cette s
publication, comme il fallait s’y attendre, les événements se sont précipités. Me
Les missions catholiques ont pris parti contre l’État
. Indépendant. La composition de la commission chargée
d’introduire des réformes au Congo a produit un eftet
détestable. M. Félicien Cattier, professeur à l’Université de Bruxelles, membre associé de l’Institut colonial:
; international, a publié sur la situation de cet État un
livre qui a fait l’impression la plus profonde. Enfin
l’interpellation de M. Vandervelde à la Chambre Belge,
si elle n’a pas eu de résultat immédiat, — elle ne pouvait
en avoir, étant donnée la force respective des partis, —
a contribué a ouvrir même des yeux qui voulaient ;
Les missions catholiques avaient, jusqu’à ce jour, (
plaidé la cause du roi Léopold; et dans les moments
difficiles, quand les accusations devenaient trop nombreuses, trop directes, et que la vérité devenait trop
) gênante, le Roi-Souverain avait toujours du moins:
trouvé, — jusqu’en Amérique, — quelques évêques ou |
même un cardinal, pour vanter « son œuvre de civilisa6 tion ». Car la rivalité confessionnelle portait l’élément
catholique, au Congo, à contrecarrer les efforts des
protestants; et ils espéraient de plus obtenir de la sorte
un traitement de faveur, des concessions privilégiées,
échange de leur alliance, ou de leur silence. Mais les :
ù missions catholiques ont été déçues. Les lecteurs de ces
\ ÿ Cahiers sont, je suppose, trop indépendants pour ne pas 4
… reconnaître qu’il y a dans le christianisme, quelle que
a soit sa forme, un principe supérieur à la triste férocité |
Ê des égoïsmes humains. Il y aurait des chances pour
14 - qu’un État Jésuite, un nouveau Paraguay, établi chez
pe N les nègres, fût abrutissant, mais non pas cruel. Enfin,
ES tous les gouvernements coloniaux redoutent les mis-
à - sions, catholiques ou protestantes, parce qu’elles s’ef_ forcent toujours de soutenir leurs prosélytes contre
be l’administration et de les faire échapper, — même par la
F1 fraude, — aux taxes et aux corvées, afin de bien prouver
te à ces convertis qu’il y a le plus grand intérêt, même
: terrestre, à être candidat au bonheur céleste, L’État
k Indépendant persista donc à se méfier des missions :
j catholiques, malgré les services qu’il en avait reçus. je
! Après la publication du rapport de la commission 4
| L d’enquête, il avait été obligé de créer une commission ;
| 0 de réformes. Et l’objet de cette commission de réformes,
F4 cela est bien entendu, est d’enterrer les réformes ! Mais %
L les membres peuvent en tirer des avantages particuliers. )
Les missions catholiques croyaient donc avoir mérité 2
[as qu’on appelât l’un des leurs, monseigneur Roëlens, ou le
… - père De Vos, à participer aux travaux fructueux de la
k commission : il n’en fut rien. Alors les écailles leur tom- 3
it. bèrent des yeux. Ne pouvant obtenir de vivre mieux
LA . que les missions protestantes, elles s’aperçurent qu’il > |
& . fallait au moins pouvoir vivre, tout simplement, et faire
Ge vivre leurs ouaiïlles, qu’on massacre d’un coup, ou qu’on D
fi fait mourir de faim lentement, en leur enlevant les fruits
Le de la terre sur laquelle ils sont nés. Elles ont donc 15
F2 découvert à leur tour l’acte de Berlin et protesté dans fo
4 les termes les plus vifs.
Voici un extrait du numéro du 25 décembre der- K nier du Mouvement des Missions catholiques du Al La Conférence de Berlin, dans la charte constitutionnelle #4 de l’État Indépendant, avait prévu que les indigènes con- 74 serveraient la propriété de leurs terres. Les délégués des 4 puissances avaient surtout en vue le développement écono-, + mique et moral de ces populations. Il fallait pour y aboutir 4 leur permettre d’exploiter librement les produits locaux, en 1 leur en montrant la valeur et surtout en leur enseignant les 4 ; modes d’exploitation et d’utilisation. ; x Impossible, en dehors de cela, de réaliser cette liberté L complète dont le commerce devait jouir dans tout le bassin S du Congo. (Chapitre premier) L Ce fut bien l’interprétation donnée par l’État à cette | clause, pendant les premières années de sa gestion. Ce # régime prévalut jusqu’en 1891. Quoi qu’on en ait dit, il y eut, ? durant cette période où le nègre recueillait librement l’ivoire et le caoutchouc, pour les vendre aux sociétés qui avaient l des factoreries au Congo, un mouvement d’affaires sérieux 4 et d’une prospérité toujours croissante. $ Pourquoi cette législation fut-elle brusquement réformée À en 1901? Réponde qui pourra! Sans doute, nous ne contes- È tons pas la légitimité du principe qui attribue à l’État 4 la propriété des terres vacantes. On le retrouve dans la législation de la Belgique et de tous les pays civilisés. Le principe est d’une légitimité indiscutable, mais quelle sera son application ? à Le rapport nous édifie pleinement à cet égard et nous y renvoyons nos lecteurs (pages 150 à 154) pour qu’ils se fassent une idée exacte du régime établi là-bas en 1891, régime nt. qui en arrive progressivement à supprimer toute liberté | individuelle (page 152), à étouffer toute évolution et tout | progrès économique (page 152), à instaurer les plus criants j Cette situation, la Commission ne s’en cache pas, n’a que trop duré, elle ne peut se continuer davantage.
H Aïnsi les missions catholiques, qui jusqu’ici l’avaient È nié, le reconnaissent : le rapport de la Commission d’enquête constate que le régime actuel du Congo Léopoldien supprime toute liberté individuelle, étouffe f toute évolution et tout progrès économique, enfin instaure les plus criants abus. Ces Jésuites, ces Pères “Blancs, ces Rédemptoristes, ces Trappistes et ces Pré- montrés ressemblent ainsi de fort près aux Saxons qui, … en 1813, commençant la bataille de Leipzig aux côtés de Napoléon, la terminèrent contre lui! Mais ils ne mentent point :le rapport avoue tout cela. + 11 avoue que les indigènes ont été privés de leurs droits sur le sol et les produits du sol. Il avoue qu’ils ont été privés de leur liberté individuelle. Il avoue qu’ils sont soumis à des taxes oppressives et illimitées, perçues par la force brutale, imposées par la dévastation, le pillage et l’assassinat. Ce rapport en effet est, comme … je l’ai dit, un sandwich. Au milieu, les horribles constatations que je viens de dire. Par-dessus, une phrase pour louer le roi Léopold d’avoir fait parcourir le Congo par des bateaux à vapeur et des locomotives qui ne servent qu’à lui et ses actionnaires, non pas aux …_ nègres. Et tout en bas, une autre phrase félicitant ce souverain vertueux de n’avoir pas du moins payé avec des bonbonnes d’eau-de-vie le caoutchouc qu’on lui Il est parfaitement vrai qu’il ne le paye point avec … des bonbonnes d’eau-de-vie : il ne le paye pas du tout! | & Et il est excessif de le louer méme de cela : car l’acte “de Berlin a interdit formellement l’importation de l’alcoo] dans le bassin du Congo! Mais sans doute les rapporteurs, voyant qu’il avait violé toutes les autres
clauses de cet acte, se sont émerveillés qu’il eût res-
jà J’ai dit tout à l’heure que la Commission instituée par D
fi le roi-souverain pour trouver un plan de réforme sur les M
ii bases indiquées par le rapport avait pour objet réel M
| d’étouffer ces réformes. Personne n’en peut douter d’après sa composition.
NE On y voit, il est vrai, M. Van Maldeghem, président M
4 de chambre à la Cour de cassation de Belgique, magis- |
2 trat distingué, intègre, et qui peut, je n’en doute point,
k juger dans un esprit de justice. Mais ne sera-t-il pas le
seul? Car, à ses côtés viendra siéger M. Liebrechts, le
FA même Liebrechts qui a, sinon conçu, du moins appliqué le régime des primes accordées aux fonctionnaires du
; nomique » de leur province. (Lisez : selon le nombre de
se tonnes de caoutchouc extorquées aux indigènes.) Le
We même Liebrechts qui organisa les opérations de guerre
qui coûtèrent la vie à des milliers de nègres! Et voici
F comment le Peuple de Bruxelles apprécie la plupart des
( autres choix. Ily a, dit-il: . î
: M. Droogmans, qui a mis sur pied la belle organisation du domaine de la Couronne et du domaine privé;
j M. de Cuvelier, secrétaire général du Département des Affaires étrangères, responsable de cette singulière organisation de la justice qui arrêtait net les poursuites que de petits substituts naïfs voulaient intenter contre les blanes :
À massacreurs des indigènes;
M. Arnold, directeur général au Département des Finances, un comparse qui a toujours obéi aveuglément à ses chefs et continue à observer la discipline que lui a inculquée son
’ M. Fivé, ancien inspecteur d’État, explorateur de salon,
Fi qui avait mission de signaler les abus de l’administration 1
’ Congolaise et n’a jamais rien vu, rien entendu ; j
pe Ajoutez à ce salmigondis, quelques coloniaux obscurs et \v’
\ sans expérience, MM. Chenot et Tombeur. Ajoutez M. Gohr, ;
mission assurée, leurs votes certains, tout danger écarté. « 7°
a / Quant à MM. de Hemptinne, Mols et Davignon, c’est sans N
f doute leur grande compétence des affaires coloniales qui les ’
k a désignés pour collaborer à la grande œuvre régénératrice. ;
fr En réalité, les deux premiers y représentent les intérêts de
1 nous assure, n’y représente que le vif désir de devenir
J’ignore si M. Davignon a de ces ambitions nobiliaires. ‘
Mais il y a un fait que je puis aflirmer : c’est que, dans Gé
une conversation que j’eus avec lui, M. Mols reconnut
É que les agents de la Compagnie l’ABIR, dans laquelle à
ë il est intéressé, avaient commis des excès effroyables. ‘
{ Mais il ajouta ingénument : « Je ne comprends pas k
| quel intérêt vous avez à le dire! Cela ne profite qu’aux
fu M. Mols appartient évidemment à la catégorie, d’ail- |
. leurs très nombreuse, des gens qui se demandent tou- ‘À
| jours quel intérêt matériel on peut bien avoir à prendre :
’ une attitude déterminée. Je lui répondis que je ne me
à souciais de rien, que de savoir la vérité, et de la dire. À
Cette conception parut l’étonner. Je suppose qu’il me
trouva bien sot : M. Mols est un homme très intelligent, j
s et, je ne puis que le souhaiter pour lui, un capitaliste
k très prospère. C’est bien le moins.
ÿ J’ajoute que l’État du Congo, pour la besogne qu’il À
$ exige des membres de la commission créée par lui, na | ji
fr pas eu confiance dans ses plus anciens et distingués ;
[‘i serviteurs. Tous ceux qui, par la dignité de leur attitude
ou par leurs tendances humanitaires, ont encouru le | -déplaisir du roi-souverain : le commandant Dhanis, MM. Roget et Lemaire, coupables d’avoir refusé de se … souiller les mains et les poches de l’argent des primes sur le caoutchouc; MM. Thys, Cambier, Delcommune, coupables de ne point partager en toutes choses l’opinion du gouvernement, — ont été impitoyablement
Ces choses n’avaient pas été sans laisser quelque inquiétude dans la conscience publique; et la mauvaise impression produite n’était pas dissipée quand parut l’ouvrage de M. Félicien Cattier: Étude sur la situation de l’État indépendant du Congo. Le scandale fut éclatant. . me La publication du rapport de la Commission d’enquête, écrit M. Cattier, a transformé, comme par un coup de $ baguette magique, la nature de la question congolaise et = l’orientation des discussions que celle-ci a suscitées. 4 Quiconque eût allégué, il y a un an, la dixième partie des ji faits définitivement établis, se fût exposé à des poursuites. £ , .… Le rapport de la Commission d’enquête a sonné le glas de la politique coloniale suivie au Congo; ses plus aveugles défenseurs s’en apercevront avant longtemps. C’est en vain qu’on essaiera de temporiser, de recourir à des demi- | x mesures ; la mainmise sur les terres des indigènes, la mono- : ; polisation des produits du sol, l’impôt en travail, l”absolu- £ tisme sont condamnés à disparaître. Aux maux constatés, il faut se hâter de trouver des solutions intégrales. .… J’ai la ferme croyance que, non seulement le Congo est ; utile et nécessaire à la Belgique, mais encore qu’elle n’y É S pourrait renoncer sans encourir une grave déchéance : morale, sans formuler un dangereux aveu d’impuissance. L’annexion immédiate m’est bientôt apparue comme la seule issue honorable à la situation actuelle. Elle s’imposera
n° demain, dans des conditions difliciles pour la dynastie,
É lorsque s’ouvriront les successions aux trônes de Belgique
“_ ct du Congo. Elle peut être réalisée aujourd’hui sans
F On remarquera que ces conclusions sont exactement
& celles de notre cahier sur le Congo Léopoldien : et
_ j’afirme que j’ignorais complètement le travail de
| M. Cattier. Mais ce n’est pas tout : M. Cattier signale,
| dans certains passages du rapport de la Commission
L. d’enquête, « des passages qui présentent le caractère
d’une interpolation » et « une plume plus lourde que
celle du rédacteur » : opinion qui n’est pas flatteuse
pour les talents littéraires des amis du roi! Il dénonce,
comme nous l’avons fait, la suppression des procèsverbaux rédigés au cours des audiences de la Commission d’enquête. « La pitié humaine, dit-il sévèrement, a
besoin pour se mettre en mouvement de faits précis et
concrets. La constatation des crimes les plus atroces,
faite en termes généraux, n’excite point l’émotion. La
8 Commission a peut-être ainsi mis en péril l’utilité de son
œuvre. Elle a en tous cas retardé l’heure de la
L Quant aux constatations de la Commission, M. Cattier les résume de la façon suivante :
1° L’indigène, à raison des nombreux déplacements
qui Jui sont imposés, voit la majeure partie de son
L temps, absorbée par la récolte du caoutchouc. (1) Sa
| mortalité dans ces conditions est considérable ; |
ÿ 2° Les indigènes pendant la récolte du caoutchouc,
$ (:) Rapport de la Commission d’enquête, page 192.
sont obligés de vivre dans la forêt par trop petits
groupes ou isolément : ils deviennent la proie des
3° Pour cette récolte, on ne tient pas lieu des saisons: (
les indigènes doivent travailler dans la forêt inondée, ‘
dans l’eau jusqu’à la taille; L
ù 4° Pour s’assurer la possession des parties de forêt les = plus riches en caoutchouc, les diverses tribus se font la 41 guerre et s’entre-détruisent; “à
5° Les femmes, quand elles sont loin de leurs maris, se 4 font avorter, afin de pouvoir fuir les soldats de la Force 4
publique, quand leur village est attaqué pour n’avoir É:
pas fourni assez de caoutchouc. Ce seul fait en dit plus à
long que tout le reste ; (2) ‘00 6° Au cours de ces expéditions, un très grand nombre 4
de noirs sont assassinés chaque année par les agents et ë
soldats de l’État; (3) 4
7° Le moral des noirs est déprimé. La population ‘1
mène une vie fiévreuse, agitée, tremblante, toujours #)
prête à fuir dans la brousse pour échapper aux ‘À attaques et aux pillages de la force publique; (4) à & Les gardes-forestiers noirs commettent un très 4 grand nombre de meurtres. (5) Les missionnaires pro- M testants entendus ont dressé de formidables actes E d’accusation, et fait comparaître devant la commission M.
B une multitude de témoins noirs, qui sont venus dire que $ _ ces agents de l’État ou des Sociétés réclament des à re femmes et des vivres, non seulement pour eux, mais a pour leurs parasites, et tuent sans pitié ceux qui font F mine de résister à leurs exigences et à leurs caprices. N Leur action a été particulièrement cruelle et sanglante | dans le domaine de la Couronne, propriété personnelle 4 du roi Léopold; à | 9° Le directeur de l’Abir, en reconnaissant ces faits, l a ajouté tranquillement « que les sentinelles étaient un mal, mais un mal nécessaire »; | 10° Un magistrat belge, qui fut quelque temps directeur du bureau de la presse de l’État du Congo a soutenu cyniquement que « quand même il serait prouvé que le système du travail forcé est celui qui prête le plus aux abus, quand même il serait prouvé qu’il est À caractérisé par le taux le plus élevé de criminalité coloniale, encore faudrait-il l’approuver et l’appliquer parce qu’il est nécessaire ». L’auteur de cette phrase étonnante s’appelle M. Henri Rolin. Les marchands de nègres donnaient exactement la même excuse en faveur de l’esclavage. Je me permettrai de faire observer qu’aujourd’hui les lois maritimes enjoignent de pendre È les négriers. C’est inquiétant pour ce M. Rolin. W Voilà les faits que constate le rapport de la commist sion d’enquête. Partout c’est le système en soi qu’il Fa dénonce, un système qui produit le crime, naturellement, comme un arbre porte des fruits. Cela n’empêche pas la Dépêche Coloniale, en France, d’affirmer que cette commission n’a signalé « que des défaillances : 61 les deux Congo. — 4 MEN RE
Mais M. Cattier a dénoncé un fait plus grave : c’est 4
la décision, prise par le roi Léopold, souverain absolu 1
du Congo, sans ,;parlement ni contrôle d’aucune sorte, 4
de se créer un « Domaine de la Couronne » qui consti- “00
tue sa propriété personnelle, et dont il touche tous les
revenus, sans jamais publier aucun compte. Ce domaine, i
grand comme la moitié de la France, mesure 298.375 |
kilomètres carrés, et contient un tiers de la zone caout- i
rapportées au roi Léopold l’exploitation de cetteimmense
propriété? Il n’a publié aucun document permettant de 4
le connaître. Mais M. Cattier arrive à une évaluation |
approximative au moyen du calcul suivant : depuis 2)
10 ans, la quantité de caoutchouc exportée par l’État du 4
Congo a été de 41.195 tonnes. La production du ‘4
Domaine de la Couronne a été là-dessus de 28 o/o, soit Ne
11.534 tonnes, ce qui, à 7.000 la tonne, représente une 1
somme de plus de 80 millions. D’après d’autres calculs,
M. Caittier se croit autorisé à estimer que le profit net ;
a dû être, pour le roi Léopold II, un peu supérieur à
70 millions de francs.
Or les budgets ordinaire et extraordinaire de l’État. à
du Congo montrent un déficit de 27 millions de francs. 1
S’ils avaient bénéficié des revenus du Domaine de la 1
Couronne, ces budgets seraient au contraire en excé- j
dent. Qu’a donc fait le roi Léopold de cette fortune ? En À
partie, elle lui a servi à acheter des propriétés foncières 1
. (M. Cattier en donne la liste, qui est très longue, et 1
publie les noms des notaires chez lesquels les actes ont
été passés), principalement dans les arrondissements de
Bruxelles et d’Ostende. Le reste aurait été employé : 4
1° à la construction du palais de Laeken, qui a coûté À
É quantenaire, à Bruxelles; 3° à la création d’une École À 24 coloniale à Tervueren; 4° à la création d’un bureau de k a la presse, qui distribue des subsides à la presse belge -_ et‘étrangère et publie des journaux et des périodiques À chargés de défendre le Congo contre ses détracteurs. L M. Cattier précise cette accusation grave : Enivré, dit-il, par l’absolutisme congolais, grâce auquel A, k il a pu façonner le Congo selon son génie particulier, et les & tendances de son caractère, le roi a senti lourdement les ; entraves du gouvernement représentatif. Il a secoué le joug | | du Parlement au détriment des indigènes d’un territoire : dont la superficie égale près de dix fois celle de la Belgique… Le domaine du Congo a fourni les fonds nécessaires pour endormir la conscience nationale. | Les journaux qui défendent la politique congolaise du roi Léopold protestèrent de leur désintéressement. Mais bientôt il fut révélé que l’un d’eux, le Petit Bleu, avait touché 9.000 francs de l’État Indépendant par mensualités de 500 francs. Un officier de l’armée congolaise, le ; commandant Lemaire, administrateur du journal, ayant { acquis la preuve de ce fait, s’en était indigné et avait forcé Le Petit Bleu à restituer ; et le gouvernement de l’État ayant refusé de reprendre la somme, celle-ci avait été versée à des œuvres de bienfaisance. C’est alors que M. Vandervelde, membre de la : | Chambre des députés de Belgique, demanda à interpeller le gouvernement : « 1° au sujet des devoirs qui 9 incombent à la Belgique comme puissance signataire de Ê l’Acte de Berlin de 1885: 2° des inconvénients qui Ÿ résultent, pour la Belgique, du régime de l’union personnelle avec l’État Indépendant du Congo; % de la
mise à la disposition de cet État d’officiers et de fonc- 4 ’ tionnaires salariés par la Belgique. » au: La discussion de cette interpellation a rempli les trois #
séances des 20, 27 et 28 février ainsi que celle du +14 2 mars. Nous ne pouvons citer que les passages les pt plus caractéristiques des discours prononcés. ue: Après avoir rappelé l’intervention récente des mis. C’est une erreur de dire qu’on n’a pris possession que À des terres vacantes; on a pris aux nègres leurs propriétés 4 collectives, absolument comme si, en Ardenne ou en Cam- 5 pine, on prenait aux habitants les communaux dont ils < vivent, en ne leur laissant que leur habitation. Ki On a été jusqu’à interdire.-aux indigènes de sortir de leur #0 village sans une autorisation de l’autorité ! Qu’est-ce cela Eu sinon le servage ? tes On nous a appris à l’école que, sous l’ancien régime, les % serfs étaient attachés à la glèbe. N’est-ce pas la même ‘el chose ? N’est-ce pas la spoliation que ce fait d’enlever aux À indigènes les biens sur lesquels ils exerçaient leurs droits ? Voici, d’ailleurs, à cet égard, l’avis du père Cus, le mis- « sionnaire bien connu : a « Quels sont les droits terriers des indigènes ? Beaucoup, à aujourd’hui, tranchent à leur aise ces questions. x: € Il-faudrait aller les étudier sur place. Tous ceux qui ne 4 l’ont pas fait, je les récuse, fussent-ils professeurs de droit. Fe Les sauvages du Congo ne sont pas précisément des no- ni mades et, sans avoir la notion de la propriété individuelle, k ils ont la propriété collective. Là où nous vivons, c’est au } 24 moins le cas. ht: « — Alors l’Etat n’a plus rien ? è « — Je vous demande pardon et je désire vivement que 8 l’on sache exactement notre pensée. Il y a au Congo beau- 0 coup de terrains que l’on peut appeler sans maîtres. L’Etat C2 s’en empare et fait bien. Ce n’est pas tout. Il y a beaucoup 4
Aù d’autres terrains sur lesquels les noirs, formant des collec- ’ ! tivités, peu nombreuses du reste, revendiquent des droits
) exclusifs. Est-il juste, est-il sage de s’en emparer gratui4 tement ? »
À Cette transaction qu’on a faite dans toutes les colonies ; À africaines, au Congo français comme au Kamerun et en ; Nigérie, on a toujours refusé de la conclure avec les indi-
gènes. Le Mouvement des Missions catholiques le constate,
È et cette revue déclare même qu’on refuse systématiquement
| aux missionnaires le droit de s’établir dans la région où
lon exploite le caoutchouc.
C’est donc bien la confiscation pure et simple des commuki nautés de villages. Et cela existe depuis longtemps, puisque Va M. Camille Janssens, alors gouverneur du Congo, préféra
donner sa démission plutôt que d’appliquer pareil régime.
On assure même qu’il existe à cet égard, au département des
ROUE affaires étrangères, un rapport singulièrement intéressant !
Tous les fruits appartiennent au domaine : ceux qui
vendent du caoutchouc sont des voleurs; ceux qui en achètent sont des receleurs !
I y a plus fort: On a imposé le travail forcé aux nègres, | auxquels on impose quarante heures de travail par mois!
: Jusqu’à ma dernière interpellation, l’arbitraire le plus absolu régnait encore à cet égard; on exigeait des quantités variables de caoutchouc des indigènes. Aujourd’hui une loi est intervenue fixant l’impôt-travail à quarante heures par mois ; mais partout cette loi est outrageusement
4 violée! Lisez, à ce propos, le rapport des commissaires et vous serez édifiés !
Il y à quatre espèces de corvées : d’abord, celle des ara-
chides, qui est assez peu importante, Quant à celle du por-
‘ tage, on sait qu’elle a coûté la vie à des milliers d’indigènes
k lors de la construction du chemin de fer des Cataractes. Mais ce travail a eu du moins pour résultat de permettre
$ lexploitation de cette région et d’y supprimer le portage.
Le Dans d’autres régions, notamment dans l’enclave du Lado,
L: Ï la corvée du portage existe encore et a les conséquences les
À plus terribles. ÿ à
Vient ensuite la corvée des vivres, qui consiste notam-
65 les deux Congo. — 4.
2 ment dans la plantation du manioc, sa récolte et sa cuisson: 5 ce sont là travaux ménagers qui ne présentent pas d’incon- F vénients. Cependant, cette corvée est très pénible dans d’autres régions, à Léopoldville notamment, où des indi- Ù gènes doivent, aller et retour, faire tous les douze jours 1 ‘jusqu’à 160 kilomètres pour alimenter les camps militaires et y porter pour 1 fr. 50 c. de pain! Que dirait-on en Belgique si les gens de Huy, de Dinant ou de Waremme, par exemple, devaient tous les douze jours, venir à pied à Bruxelles pour payer au ministre des finances 1 fr. 50 c. d’impôt ? Quant à la récolte du caoutchouc, on sait combien elle est « Dans la plupart des cas, en effet, il doit, chaque quinzaine, faire une ou deux journées de marche et parfois davantage, pour se rendre à l’endroit de la forêt où il peut trouver, en assez grande abondance, les lianes caoutchoutières. Là, le récolteur mène, pendant un certain nombre de 3 jours, une existence misérable. Il doit se construire un abri improvisé, qui ne peut évidemment remplacer sa hutte; il n’a pas la nourriture à laquelle il est accoutumé, il est privé de sa femme, exposé aux intempéries de l’air et aux attaques des bêtes fauves. Sa récolte, il doit l’apporter au poste de l’État ou de la compagnie, et ce n’est qu’après cela qu’il rentre dans son village, où il ne peut séjourner que ; deux ou trois jours, car l’échéance nouvelle le presse. Il . en résulte que, quelle que soit son activité dans la forêt caoutchoutière, l’indigène, à raison des nombreux déplacements qui lui sont imposés, voit la majeure partie de son temps absorbée par la récolte du caoutchouc. « Il est à peine besoin de faire remarquer que cette situation conslitue une violation flagrante de la loi des « quarante heures. » Que répondront à cela ceux qui soutenaient ici que c’étaient là des prestations légères? On comprend que les indigènes se soulèvent contre ces corvées intolérables et y opposent un véritable mauvais vouloir. On dit, pour réfuter ces critiques, que les nègres sont payés de leur travail. Voyons comment on les paye! C’est en nature, — car le truck-système règne au Congo. Et
quand les indigènes regimbent, on leur applique la chicote, ce fouet terrible en nerf d’hippopotame qui leur déchire les chaïirs jusqu’au sang! On leur prend des otages, système inauguré par le général baron Wahis, actuellement encore
-_ gouverneur au Congo. On impose des travaux lourds aux
… chefs, et on soumet les travailleurs à la surveillance des « capitas », ces soldats noirs dont le rapport parle en ces
« D’après les témoins, ces auxiliaires, surtout ceux qui sont
L détachés dans les villages, abusent de l’autorité qui leur a été confiée, s’érigent en despotes, réclament des femmes, des vivres, non seulement pour eux, mais pour le cortège de parasites et de gens sans aveu que l’amour de la rapine ne
- tarde pas à associer à leur fortune et dont ils s’entourent comme d’une véritable garde du corps; ils tuent sans pitié tous ceux qui font mine de résister à leurs exigences et à
l .… Mais, me répondra-t-on, ces faits nous inspirent la mème horreur qu’à vous; seulement, l’État Indépendant du Congo n’en est nullement responsable: il a toujours puni ceux qui les commettaient; il a publié d’innombrables circulaires dans lesquelles il enjoignait à ses agents de se conduire avec humanité.
A cela, messieurs, je réponds que l’État Indépendant est . responsable d’abord parce qu’il a toléré ces faits, ensuite parce qu’il les a encouragés, enfin parce qu’il en a profité : le général baron Wahis notamment a lancé une circulaire M engageant les agents de l’État à prendre des otages ! A côté } de cela, il y avait les primes, remplacées aujourd’hui par
des pensions qu’on ne s’oblige du reste pas à payer: pour les obtenir, il faut avoir recueilli beaucoup de caoutchouc. | Un fait plus grave, c’est que l’État n’a pas hésité à M rétablir la traite des nègres pour recruter les soldats. — Voici le texte d’une instruction adressée par M. Van Eet- | welde, il y a quelques années, à des officiers qui partaient D pour le Congo : 3 M « Il sera alloué par l’Etat, pour chaque enrôlé, une prime M d’engagement fixée comme suit : « 90 francs par homme sain et vigoureux et jugé immé- | 6
4 diatement apte au service militaire, la taille dépassant 4
« 65 francs par jeune homme ayant au moins 1”35; D:
& 15 francs par enfant mâle. Ces enfants, qui devront *
avoir une taille minimum de 1”20, devront être suffisamment
forts pour supporter les fatigues de la route. Eee
« La prime sera portée à 130 franes pour les hommes
« La prime ne sera due que pour ceux qui auront été
: livrés au chef-lieu du district. »
C’était un des systèmes de recrutement; l’autre consistait M
à donner aux officiers une prime d’autant plus forte que ‘4
le prix payé pour le nègre avait été moindre. : 4
Depuis plusieurs années, on n’a plus recours à ces pro
cédés, car les nègres se sont vite aperçus des avantages que
leur procurait leur enrôlement dans la force publique. L’un
d’eux n’a-t-il pas déclaré à un consul anglais : Pourquoi je
me suis fait soldat? C’est bien simple. J’aime mieux être
du côté des chasseurs que du côté du gibier ! à 54
L’État Indépendant est responsable de ces crimes, car il hs
en a profité, avec les sociétés concessionnaires et le Domaine de la Couronne. Indépendamment des bénéfices réa-
; lisés par la colonie, il y en a qui l’ont été par des partieu M liers, notamment par la Société anversoise du commerce du A Congo et par l’Abir. Et l’État est intéressé pour moitié dans | ces bénéfices. à
Or, la première de ces sociétés donne un dividende n « annuel » de 425 francs par action de 500 francs. /Excla- # mations sur les bancs socialistes) Cette société est présidée ! par notre ancien collègue, M. De Browne de Tiège, que je regrette de ne plus voir à son banc, car je lui demanderais M
; s’il prétend encore que tout ce que nous disions n’était que
Et si de la Société anversoise du commerce du Congo, nous passons à l’Abir, nous voyons que cette société fut È fondée en 1892, au capital de r million. Mais sur ce capital ; il ne fut versé que 232.000 francs. Or, en 1900, les actions M de cette société, si modeste au début, rapportaient 2.100 francs de dividende et cotaient 25.250 francs; en 1903, elles
4 Moici comment ces bénéfices ont été reeueillis; je cite le _ rapport de la Commission d’enquête : Êr = « Il n’a guère été contesté que, dans les différents postes en. de l’Abir que nous avons visités, l’emprisonnement de à femmes otages, l’assujettissement des chefs à des travaux “ serviles, les humiliations qui leur étaient infligées, la chi- : … cote donnée aux récolteurs, les brutalités de noirs préposés “à la surveillance des détenus, ne fussent une règle habi- È Nous connaissons les administrateurs et je suis convaincu VA qu’ils n’infligeraient pas personnellement des tortures à … leurs semblables. Mais ils ne se sont pas gènés pour empocher cet argent qui sentait le sang et le massacre! 6 M. Vandervelde reproduit ensuite les révélations de _ … M. Caïtier sur l’emploi fait par le roi Léopold des bé-
- néfices que lui rapporte le domaine de la Couronne, ù
et sur le rôle joué par le bureau de la presse. Comme
… il fait allusion aux services que rendit, dans ce bureau,
un magistrat belge, M. Van den Heuvel, ministre de la
ë justice, l’interrompt :
É M. VAN DEN Heuvez, ministre de la justice. — Accusez-
“ vous un juge d’avoir distribué de l’argent à la presse ? Ma
} i question est précise, je pense.
| ‘ M. VANDERVELDE. — J’ai l’habitude de dire ce que je veux
« dire. /{nterruptions à droite) J’ai constaté l’existence d’un
—_ Bureau de la Presse; ensuite j’ai constaté qu’à un certain
; moment un magistrat belge a dirigé ce Bureau; enfin, j’ai
—… constaté qu’un journal de Bruxelles avait été acheté par ce
ra Bureau : vous ne me ferez pas dire autre chose, et c’est bien
| vos paroles une équivoque perpétuelle. /Nouvelles protesta- {
« tions sur les bancs socialistes) Si vous accusez quelqu’un, _ dites-le catégoriquement !
M. VANDERVELDE. — Quelle que soit l’importance épisodique de ce débat sur l’existence d’un Bureau de la Presse,
ce qui domine tout, c’est l’institution de ce fameux Domaine r$
M. VAN DEN Heuver, ministre de la justice. — Vous vous
dérobez de nouveau ! /Bruit)
M. Loranp. — C’est vous qui vous dérobez. {Le bruit %
mis la résurrection d’un pouvoir personnel qui fausse notre
On allègue que l’argent du roi profite à la Belgique et que
ses biens nous reviendront. Mais, à côté de ces cadeaux, il 1
y à d’énormes sacrifices. On nous vante les 5 millions de 4
l’arcade monumentale du Cinquantenaire, que les députés à
ruraux refusaient de payer et que le roi a déboursés, mais,
en échange, on lui a donné le tunnel de 3 millions et demi °4
qui doit conduire son train royal jusque dans la cour de ÿ
son château de Laeken. ‘4
On allègue encore qu’à la mort du roi il nous léguera des F
monuments; mais à côté de cela, on nous demande des “4
sacrifices dont il faut tenir compte, notamment le prêt sans à
intérêts de 32 millions fait au Congo. $
Et si le roi nous lègue le Congo pour après sa mort, c’est
à condition que nous reprenions ses dettes. En réalité, 4
nous courons le gros risque d’y perdre, et le roi échappe à n
tout contrôle : il peut dépenser 30 millions à Laeken : c’est k
la Belgique qui finalement payera. À 14
Nous avons déjà parlé des finances du Congo et, par la 4
faute du gouvernement, nous sommes très mal renseignés. 4
Naguère, en échange du prêt de 32 millions consenti au L
Congo, la Belgique pouvait se faire renseigner sur la situa- #.
| V tion financière du Congo; mais, en 1900, malgré l’opposition E
de MM. Beernaert et De Lantsheere, ce contrôle fut sup- $
primé par le parlement à la demande du gouvernement. À
La dette congolaise s’élevait, en 1898, à 2.283.000 francs;
… 1905, 80.631.000 francs! /ÆExclamalions sur les bancs socialistes) Et à ce chiffre, il faut ajouter les 32 millions prêtés par la Belgique et 50 millions, produit net de l’emprunt à lots de 150 millions. Au total donc, c’est à 130 millions que se chiffre la dette actuelle du Congo et cette dette, le cas we échéant, devra être reprise par la Belgique. Ces chiffres, me dira-t-on, ne sont que des évaluations. Soit ! Qu’on nous donne alors des chiffres plus précis. Ces … 130 millions prêtés au Congo n’ont pas servi au développement de la colonie. Le déficit de celle-ci est, dit-on, de 27 millions. Restent donc 103 millions dépensés à autre chose qu’à l’outillage de la colonie. On a vu des États emprunter pour leurs colonies, mais on n’a jamais vu un État colonial emprunter au compte de la colonie pour faire . des travaux en Chine ou ailleurs! /On rit.) On me dira que j’oublie la contre-partie de la dette : il y a l’actif de l’État, son portefeuille qui rapporte un peu moins que l’intérêt de la dette publique; mais les valeurs sont presque toutes des actions de sociétés congolaises. Tout va bien aussi longtemps qu’on exploite intensivement le Congo, mais lorsque l’ivoire, le copal et le caoutchouc manqueront et que la population nègre aura été décimée, nous aurons tous les désavantages des bénéfices des autres. Telle est la situation financière et elle doit nous préoccuper, car la prospérité passagère et factice du Congo +. dépend du sort qui est fait aujourd’hui aux indigènes. Or, ce sort est maintenant connu et il ne peut être maintenu. Comme tout Etat absolu, comme la Russie par exemple, le Ë Congo sera impuissant à se réformer; on devra donc ou le réformer ou le mettre à la réforme. /Très bien! à l’extrême t La Commission d’enquête estime que le travail forcé peut tre maintenu et c’est aussi l’avis qu’exprime M. Rolin, dans la Revue de l’Université de Bruxelles. À M. Rolin, j’oppose —_ l’avis du Congrès de sociologie coloniale de Paris, qui s’est ÿ prononcé en faveur du travail libre. Dans son article, “ M. Rolin m’a pris à partie et m’a traité de radical. Si c’est être radical que de trouver le servage intolérable, la corvée criminelle et les expéditions punitives atroces, je me félicite
de l’être et M. Lorand sera certes de mon avis. {Nouvelle …
Enfin M. Vandervelde conclut ainsi: En
On a iancé ces jours-ci l’idée d’une conférence internationale Ë
; et on met la Belgique dans l’alternative de l’annexion ou de ñ
provoquer des réformes sérieuses, füt-ce par le fait d’un Û
congrès international. Plus que tout autre, nous avons un {
intérêt moral, politique et financier, à ce que des réformes
Bien, des faits ne se seraient pas produits en ces derniers |
temps si l’absolutisme congolais n’avait pas prévalu sur les !
principes constitutionnels qui doivent guider les actes ;
du souverain. Il y a, en ce moment, des conflits entre PAngleterre et le Congo : de là peut surgir une situation K
; difficile vis-à-vis d’une des puissances garantes de notre
Objectera-t-on que nous sommes désarmés ?.… Il n’en est
rien ! Nous avons des moyens d’action; nous sommes signa-
taires de l’Acte de Berlin dont le Congo viole l’article 6. En s
outre, c’est du Parlement que le roi tient l’autorisation de ‘à
régner sur le Congo. Enfin, nous prêtons à l’État Indépen- #
À dant nos officiers et nos fonctionnaires. Ce n’est donc pas le À
pouvoir d’agir qui manque au gouvernement, c’est la volonté ‘4
Je n’attends pas, il est vrai, grand chose de ce gouverne- W.
ment qui n’a eu que des complaisances pour le souverain ‘à
de l’Etat Indépendant. Mais si une éventualité se produisait E
demain, ce qui est possible, car tous nous sommes mortels,
nous devrions immédiatement nous prononcer sur lan- À
nexion. Or, nous n’aurions aucun renseignement pour nous 4
faire une opinion et rien ne serait organisé du régime colo- |
Il y a quelques années, le gouvernement a déposéun projet 4
| à cet égard, mais il est enfoui dans les cartons de la Chambre 4
et on n’en a plus jamais entendu parler. Il est allé rejoindre .
le projet tendant à employer les millions de la Caisse 4
d’épargne à des entreprises exotiques. Nous ne savons pas ‘4
72 4
encore si, en cas de reprise, on maintiendra l’absolutisme royal, ou le droit de contrôle!
La reprise a aussi sa gravité, quant à nos finances. J’estime qu’une enquête parlementaire s’impose pour examiner les conséquences financières et les réformes à réaliser au
Je suggère tout ceci à la Chambre qui reconnaîtra que ces
considérations sont modérées. J’espère que le Parlement les
- Dans ma pensée pareille décision ne préjugerait en rien l’annexion ou le refus de l’annexion; mais il faut avant tout que nous soyons fixés sur les conséquences de fait de la reprise. En tout état de cause et en parlant ainsi, je ne parle qu’en mon nom personnel, toute solution sera à mes yeux
J’espère que, en me répondant, on ne cherchera pas de dérivatif en m’accusant, par exemple, de manquer de patriotisme. Le vrai patriotisme exige non pas que les abus soient célés, mais dissipés.
Quand nous interpellions jadis, on avait le droit de ne pas nous croire et de suspecter nos intentions; mais aujourd’hui on doit nous croire, car des documents officiels nous ont
_ donné raison. Je fais surtout appel aux catholiques. Qu’ils se dégagent de leurs attaches gouvernementales pour n’écouter que l’appel de leur conscience! En présence des faits dénoncés par les ministres de leur culte, ils ne peuvent rester impassibles! Craignez qu’on dise un jour de vous avec l’Ecclésiaste : « Tu as tout refusé à ton frère, tu ne l’as pas secouru, donc tu las tué! » /Applaudissements à l’extrême gauche)
M. de Favereau, ministre des Affaires Étrangères,
| répondit le premier et ne fut pas heureux : il fit reproche à M. Vandervelde « de s’associer à une abominable campagne dans laquelle des adversaires systématiques du Congo ont trop souvent dénaturé les faits, et parfois n’ont pas reculé devant la calomnie ». Et comme,
DE les deux Congo. —5
en dehors des citations qu’il fit du livre de M. Cattie, lequel tire à peu près tout ce qu’il a dit du rapportde …— la commission d’enquête, M. Vandervelde n’a guère 4
invoqué d’autre témoignage que celui de cette même commission, seule celle-ci, désignée bien malgré lui par 1% le roi Léopold lui-même, serait responsable de ces ‘4 calomnies. L’embarras de M. de Favereau était si A visible que l’abbé Daëns, chef du parti démocrate ; — Remettons la discussion à demain, le ministre n’est ; pas armé pour répondre! s À M. l’abbé Daëns y mit de la courtoisie : il aurait pu | dire que le roi Léopold n’était pas, pour les besoins de À son gouvernement, armé d’un ministre des affaires étrangères à la hauteur de ses ambitions. 1 M. Verhaegen, dans la séance du 28 février, prononça un brillant discours, dans lequel il prit la défense des 4 missions catholiques. Il déclara s’associer à la propo- É sition de M. Vandervelde, qui avait demandé qu’on discutat le plus prochainement possible le projet de loi À du 7 août 1901, mais repousser l’enquête, qui en ce. _ | moment serait prématurée. 4 M. Bertrand a critiqué la politique financière de l’État Au point de vue financier, k | l’État Indépendant a k : passé par trois périodes : la période de prudence, de 1885 à F : prodigalité, depuis 1901. Au cours de la période de tutelle, 4 lEtat Indépendant viola de façon flagrante la convention û passée avec la Belgique et en vertu de laquelle il ne pouvait k:
| contracter aucun emprunt sans l’autorisation des Chambres
\ belges. En effet, il emprunta clandestinement environ | ; 6.500.000 franes à M. de Browne de Tiège et eet emprunt fut ‘
ra remboursé par le trésor belge.
LA Voilà done 31.500.000 francs prêtés par la Belgique sans
k intérêt. C’est un cadeau annuel de 1.200.000 francs !
À garantie, débute par un emprunt de 50 millions à 4 0/0,
U contracté le 15 octobre 1901.
Qui Le 1° février 1904, c’est un nouvel emprunt de 30 millions
& . à 3ojoet ce dernier emprunt est pris ferme par un syndicat
_ de banquiers au taux de 72 o/o seulement.
Au total, 80 millions d’emprunts en trois ans!
- Ce n’est pas tout! En même temps, on crée en 1901 une | k ; dette indirecte de 25 millions, résultant de la constitution
…_ par M. Empain de la Compagnie des chemins de fer des
‘ Grands Lacs, dont deux membres de la droite sont adminis- à Les banquiers ne doivent pas avoir confiance dans l’État
4 du Congo puisqu’ils traitent avec lui sur le pied de 75 0/0 de
he la valeur des titres.
4 L’État n’a jamais publié de comptes et, dès lors, il est
LA bien difficile de voir clair dans sa comptabilité. M. Vander- : fi velde a cependant pu calculer, d’après les chiffres fournis Li par M. Cattier, que la dette du Congo est de 105 millions.
a M. de Favereau a dit que c’était faux! Mais, mis en | À demeure de le prouver, il a déclaré qu’il ne connaissait pas | ù le chiffre exact ! Comment peut-il dire alors que les chiffres
M de Vandervelde sont faux, s’il ne connaît pas les vrais ? l
À M. Wogsre prononça ensuite un long discours. IL
LA commença par faire l’éloge des progrès réalisés par
a l’État Indépendant du Congo. de « La contrainte,
Li : est parfois nécessaire chez des peuples _ comme ceux du Congo. » ‘
Il dit que les abus ont été exagérés et qu’ils sont iné- “7° vitables dans un pays aussi vaste que le Congo. È « J’ajoute qu’au début le personnel n’était pas toujours De: de choix : beaucoup n’avaient pas confiance et il a bien fallu 1 faire appel à tous les hommes de bonne volonté; mais le “À ñ personnel s’est successivement épuré et s’épurera encore. » À Nous devons à la mémoire des Belges qui se consa- } crèrent, dans les débuts, à l’œuvre du Roi, de protester À énergiquement : le personnel blanc des débuts fut peut- j être le plus pur, le plus dévoué, le plus enthousiaste, le plus désintéressé dont jamais colonieait disposé. J M. Woeste défendit ensuite le régime foncier et le 4 régime de l’impôt en travail. Il continua en ces termes : F: Le Congo a été créé pour l’expansion de la Belgique; dès À lors, celle-ci doit recueillir le prix de ses efforts dans une s mesure légitime et par un partage équitable. F On nous parle, à cette occasion, de l’annexion du Congo (20 à la Belgique, mais cette question n’est pas posée. 1 M. Masson. — Elle peut l’être demain. -4
M. Wozste. — En 1901, les alternatives dans lesquelles pourrait se trouver la Belgique étaient indiquées nettement “4 dans une lettre écrite par M. le baron van Eetvelde à 4 M. de Smet de Naeyer. Et dans la lettre que le souverain du Congo m’a fait l’honneur de m’adresser le 11 juin 1901, il ‘4 précisait encore sa pensée : À | « L’Etat Indépendant du Congo, écrivait-il, si l’annexion L’ était votée actuellement, c’est-à-dire avant l’heure où elle À pourra donner à la Belgique tout le profit que je veux qu’elle | lui assure, se refuserait naturellement à continuer son F. administration, à participer à une sorte de gouvernement ; | mixte, qui, en pratique, serait un véritable chaos et ne pro- | duirait, tant au point de vue intérieur qu’au point de vue | extérieur, qu’ébranlements, inconvénients et mécomptes. 3 Peut-on concevoir qu’on veuille annexer un État eten même ’
; temps le charger de continuer pendant plusieurs années sa Le tâche ad interim? Car, on le reconnaît, la Belgique n’est ; pas prête et n’est pas en mesure de remplacer actuellement F l’administration existante. » 53 Et plus loin : £ « La donation à la Belgique d’une notable partie de mes Û biens, la faculté donnée spontanément à la Belgique de pos- û séder le Congo quand elle le voudra, ma demande actuelle À à la Belgique de ne l’annexer que quand il sera absolument productif, sont des faits qui manifestent clairement, dans ve tout son désintéressement, mon inébranlable et royal atta4 chement au pays au service duquel j’ai consacré ma vie. x « Je n’ai jamais recherché ni remerciements ni applauh dissements. Je vise à assurer à mon pays le fruit entier de ÿ’ mes efforts, et nulle calomnie ne pourra m’empêcher de résister à tout ce qui irait à l’encontre de ce patriotique A la suite de ces déclarations, la Chambre vota l’arrangement qui lui était soumis et en vertu duquel elle ne devait ë reprendre le Congo que lorsqu’il serait entièrement pro- ; Certes, le Roi pourrait nous offrir dès à présent le Congo; x mais l’annexion ne peut plus se poser pratiquement, car \ nous ne sommes plus en face que du testament. { M. Vandervelde a cependant proposé une enquête parle- À mentaire sur le Congo; ce serait notre droit si le Congo nous j appartenait, mais c’est une nouveauté sans précédent dans Ÿ lhistoire des peuples que de proposer d’aller enquêter dans un État qui n’est pas nôtre. ÿ Le lendemain, 28 février, M. Lorand prononça un h important discours, dont voici les parties principales. “Ii rappela que bien longtemps on avait nié les faits, qui _ aujourd’hui sont patents. | M. LoRAND. — À nos protestations, on opposa d’abord un i démenti catégorique; puis, devant la flagrance des faits on déclara que ce n’étaient que des abus individuels et qui
Pierre Mille ti ne étaient réprimés avec la plus grande rigueur. Or, mainteæ
- nant, il est avéré que ces abus étaient dus non pas à des | défaillances individuelles, mais avaient pour cause le sy- ù En vain avons-nous demandé à maintes reprises la com- 1 munication des jugements du tribunal de Boma; or nous 4 les refusait systématiquement et cela se conçoit, alors que ; nous savons aujourd’hui que ce tribunal avait proclamé à \ l’illégalité patente du système d’impôts qui sévissait au | Quand on parle du Congo, il est entendu qu’il faut tou- * jours rendre hommage à quelqu’un. À mon tour, je rendrai hommage aux membres de la Commission d’enquête; mais Ÿ il me sera cependant permis de constater qu’ils ont atténué . autant que possible leurs constatations pour ne pas faire À trop crier, Or, malgré ces atténuations, le rapport est acca- à blant.. (M. le Ministre des finances hausse les épaules) n’en déplaise à M. le Ministre des finances. À M. Félicien Cattier, qui est un colonial convaincu et un monarchiste, n’a eu qu’à puiser dans ce rapport pour don- ; ner un véritable coup de massue à l’État Indépendant. | S’il est un reproche que je me fais parfois, c’est d’avoir
eu trop d’indulgence pour le Congo. Mais, dès qu’on en
parlait ici, on vous accusait, même dans la presse, de vou- à
loir faire le procès au Roi! À
Me croyez-vous donc animé d’une haine personnelle e
contre le Roi? Je me suis toujours borné à apporter ici des À
! faits vrais. Le seul reproche qu’on puisse nous faire, c’est \
que nous n’ayons pas suflisamment parlé du Congo. Cette AS
; affaire du Congo a été pour nous à un moment donné ce | qu’a été en France l’affaire Dreyfus, et tous ceux qui ont j attaqué le Congo ont été, eux aussi, accusés de trahison et c4 de crime de lèse-patriotisme ! 4
Jeter le mépris sur tous les étrangers qui réclament des y réformes au Congo, est vraiment trop facile et trop injuste.
ï Parmi ces étrangers figure notamment M. Fox Bourne, qui } est un homme d’une haute honorabilité. Quant à M. Morel, 4 qu’on accuse volontiers de faire campagne contre le Congo, | tous les coloniaux que j’ai pu consulter attestent son hono-
de marchands de Liverpool, leur président, dit M. Jones, in 7 : consul du Congo, secrétaire d’une ligne de navigation à IE “al _ destination du Congo, est un congolais convaincu ! A 1 A4 Avec beaucoup d’ardeur et d’habileté, M. Woeste a plaidé pe
| hier pour le Congo; mais il a plaidé à côté. Il nous a dit : 74 _ « Tout ne peut être fait en un jour. » Assurément ! Mais Le -_ si d’incontestables progrès matériels ont été réalisés au R: vi Mars, il n’en est pas moins vrai qu’on y met en pratique 74 un système abominable d’exploitation ouvrière des nègres. si 4 . La Commission d’enquête le reconnaît. i FC Der _clare que les principes juridiques appliqués au Congo ne } 4 peuvent être critiqués. Elle se borne à constater quelques 4) 4 ke abus que nous n’avons jamais déniés d’ailleurs. à 4 %. 4 x M. LoranD. — Si vous saviez qu’il y en avait, vous auriez 44 _ bien fait de le dire plus tôt! eo 4 M. 0e Suer pe NAEYER. — Nous n’avons jamais nié qu’il 54 _ y ait eu des abus individuels. à M. LoranD. — Pardon! Il s’agit des abus résultant du ‘10 “régime. C’est ainsi que la Commission d’enquête constate ‘14 que la liberté commerciale n’existe pas au Congo, alors “a
- que l’Acte de Berlin a prescrit le respect de cette liberté. 4 %4 _… On a vraiment trop abusé de certains mots dans cette Papa question du Congo! N’a-t-on pas aussi comparé les cruels pos We We gardes noirs, dont les crimes ne se comptent plus, à nos e D: = paisibles gardes champêtres? Si ces abus perdurent, c’est ST bg | sous la propre responsabilité de notre gouvernement qu’ils RE ‘ a On n’a pas reconnu à ces malheureux noirs, nos frères 24 9 n somme toute, les droits les plus élémentaires de l’humanité. t ‘0 A 142 BeERNAERT. — C’est abominable! 4 ……. M: Lorann. — On objecte que la corvée remplace la Ne: … monnaie chez les nègres; or, la corvée au Congo est une MS #3 honte pour ceux qui l’exigent! #0
Belgique ne peut partager la honte des crimes que l’enquête ‘4 a constatés. /Très bien! à l’extrême gauche) + 404 M. Loranp. — Les agents touchaient des primes d’après 4 le rendement des impôts. L’État Indépendant d’abord a nié; mais il mentait! Ces primes ont existé; elles ont été bientôt E. transformées en bons points, puis en pensions de retraite. - | J’ai parfois pu consulter des dossiers à ce sujet, maison Œ ne me les laisse malheureusement pas longtemps. Cependant 4 j’en ai encore un ici à la main et j’en parlerai tantôt. L’État Indépendant a imaginé également d’accorder à ses agents des points, à la fin de leur service, des « bons points », k proportionnés à la quantité du caoutchouc recueilli par les indigènes : cela devait engendrer des abus. ; 1 On a fait la loi des quarante heures; or, les nègres ne Ë peuvent travailler plus de huit heures par jour dans la forêt tropicale : quarante heures représentent cinq jours de travail intensif par mois. Mais il ÿ a plus, la loi des qua- | ‘ M. DE SMET DE NAEyER. — Nous réprouvons ces violations ! /Exclamations sur les bancs socialistes) 4 M. Loraxp. — Demandez alors à l’État du Congo de réprimer et dites-lui qu’il n’aura plus un officier, ni un ; fonctionnaire belge tant qu’il n’aura pas mis fin à tous ces ) abus! /Très bien! à l’extrême gauche) A La Commission d’enquête constate que la loi des quarante 1 heures est appliquée de telle façon que le malheureux nègre ! n’a que deux ou trois jours de répit par mois. Et encore à est-il obsédé pendant ce court délai par la pensée de devoir À repartir dans la forêt, où il souffre mille privations et F court mille dangers. N’est-ce pas abominable? ; Vous le réprouvez, dites-vous, et j’en suis heureux; mais E mettez vos actes à la hauteur de votre réprobation. Il faut à que cela cesse de suite. /Très bien! sur les bancs socialistes] È Et qu’on ne dise pas que l’État Indépendant n’a pas d’ar- ÿ gent. Il n’a qu’à ne pas l’employer à des travaux somp- , tuaires en Belgique, des palais somptueux et parfaitement Quant à l”abominable campagne de calomnies à laquelle
#4 nous nous associerions, elle n’existe que dans l’imagination | l des ministres. Les abus, sont patents, ils crèvent les yeux ; *; et on ne voit pas d’autre part ce que l’État a fait pour amé- A : liorer le sort des nègres; au contraire, on dépeuple le ’ 2: Congo, on extermine les nègres. se . La Commission d’enquête constate qu’une grande partie » ; de la population a disparu, pour diverses causes, dont les ; maladies importées par les blancs et auxquelles les nègres $ \ résistent difficilement, telle la variole. FR La politique coloniale a eu le plus souvent pour consé- Û quence de faire la solitude autour d’elle, mais jamais cela ; 4 n’a été aussi frappant qu’au Congo. CR É Il’y a les autres formes secondaires de l’impôt, mais la 7 récolte du caoutchouc est le principal impôt. , : représentent 85 o/o des exportations. + M. Loranp. — La corvée du caoutchouc représente au Congo 53 o/o de l’impôt, tandis qu’elle ne représente que 19 0/0 dans les possessions allemandes et 2 ou 3 0/0 ailleurs. : .. Ce n’est pas tout : il y a la partie la plus horrible du { système, la contrainte. On l’a comparée à la contrainte … elle consiste d’abord dans la surveillance de la « sentinelle » - U qui vole, qui viole et qui tue, et ensuite dans les cruelles we et dévastatrices « expéditions punitives ». À que ces expéditions frappent indifféremment les coupables À et les innocents. ; M. LorAnD. — Trop souvent, ces expéditions « amarrent » { — quel abominable mot! — les femmes et les enfants et | À parfois les laissent mourir de faim, comme cela s’est vu ë … dans la Mongala! S Ê La Commission d’enquête déclare que ces expéditions Re …—… punitives « dégénèrent le plus souvent en massacres accom4 pagnés de pillages et d’incendies; qu’elles dépassent donc ñ toujours le but et confondent dans une même répression , les innocents et les coupables »! j Ces militaires, dit-elle, se sont crus à la guerre; ils ont en 81 les deux Congo. —5.
pris du butin et des femmes. « Si l’on peut plaider enleue M faveur les circonstances atténuantes, il faut admettre la res |: ponsabilité pleine et entière des chefs. » FU M. Lorand cite la lettre suivante, écrite par un fonc tionnaire de l’État Indépendant : A « Monsieur le chef de poste, h ï } « Décidément ces gens d’Inoryo constituent une bien ‘1 vilaine engeance. Ils sont venus couper les lianes à caout- bi. chouc à Huli. Nous devrons taper sur eux jusqu’à soumission ÿ absolue ou extinction complète. C’est dans cette prévision K que j’envoie mon boy rappeler son père pour lui épargner ‘2 Ÿ un réveil désagréable, Prévenez encore une toute dernière - M fois les gens d’Inoryo et mettez au plus tôt votre projet à : d exécution de les accompagner dans le bois, ou bien rendez- ; vous au village avec une bonne trique. Au premier chim- (e bèque adressez-vous au propriétaire : « Voilà un panier, tu ‘5 vas le remplir de caoutchouc. Allez, file dans le bois et 1 ; tout de suite, et si dans huit jours tu n’es pas revenu 114 avec les 5 kilogrammes, je flambe ton chimbèque ! » et vous . Vo _ flambez, — comme vous l’avez promis. La trique servira +4 à chasser dans les bois ceux qui ne veulent pas quitter Île ‘. : village. En brûlant une à une, je crois que vous ne serez à pas obligé d’aller jusqu’au bout avant d’être obéi. 4 « Prévenez-les que s’ils coupent encore une liane, je les 4 exterminerai tous jusqu’au dernier. » /Mouvement) 3 , Voilà les procédés! j 1 Quel souci voulez-vous qu’aient encore les agents subal- 4 ternes des proclamations humanitaires publiées dans les ÿ bulletins ofliciels, alors qu’ils reçoivent de telles instructions | M. LorAnp conclut ainsi : à | Ces abus doivent trouver iei une sanction publique. 4 M. de Smet de Naeyer et toute la droite flétrissent les s abus… Il n’y a que M. Woeste qui n’ait pas fait entendre : 0 sa voix pour les flétrir, mais on se passera cette fois encore . de M. Woeste. /Rires à l’extrême gauche) ÿ |
Da Mais , dit-on, le Congo est un État Indépendant et le ALP gouvernement n’y peut rien ! Or, il nous est si peu étranger ENT mé que le gouvernement prend constamment la défense de son 110 ns ‘administration et que les discours dont l’État Indépendant 14 _ fournit le texte au ministre des affaires étrangères sont des 7 TOR
communiqués comme ceux qui traînent dans sa presse et #4
jusque sur les tables des wagons-lits. /On rit) “3 Nos diplomates à l’étranger emboîtent, paraît-il, le pas 0 F pr à nos ministres et proclament que tout est calomnie. Quant F 3 #2 de . au gouvernement, il prête au Congo ses magistrats, ses ” 1 nr fonctionnaires qu’on emploie au Bureau de la Presse, à “ris l’administration, et aussi nos ofliciers, détournés ainsi (lu 1 x _ noble métier des armes pour faire celui de récolteurs de es. A caoutchouc. Mais cette fois la coupe est pleine; elle Fa Ai … déborde. Vous avez tort de refuser d’écouter l’indignation 63 ÿ _ Jene comprends pas que le gouvernement ne dise pas LA _ au Congo: « Voilà assez d’abus! Ils crient vengeance; ils ee -_ doivent disparaître sur l’heure, sinon vous n’aurez plus la PE. eo” collaboration de nos ofliciers, de nos magistrats et de nos à y ‘1 | Si c’est cette déclaration-là que vous avez à nous faire, Nr 3 2 | vous aurez rempli tardivement votre devoir; mais, si vous FU ne la faites pas, vous porterez la plus grave atteinte à EUY …_ l’honneur de la Belgique! /Applaudissements à l’extrême- la 4 . gauche. — L’orateur recoit les félicitations de ses amis poli- Re “…. M. de Smet de Naeyer, ministre des finances et des 708
travaux publics, qui parla ensuite, se borna à soutenir, 08 1
5e . comme toujours « qu’il n’y avait eu au Congo que des 2 Ne À #4 % erreurs et des crimes individuels ». Et il ajouta que la |. Commission d’enquête avait proclamé hautement : ‘58 À RCE, 1° Le droit de l’État de s’approprier les terres vacantes; É à … 2’ Le droit et la nécessité pour l’État d’exploiter lui-même CAE ER b: les forêts et les terres de ses domaines ; i 2h
3° La légitimité et la nécessité d’établir l’impôt en travail; CT f° La légitimité et la nécessité d’appliquer la contrainte. x Il ajouta que la Commission fondait toutes ses appré- e
ciations sur cette constatation initiale : « Toute produc- à tion, tout commerce, toute vie au Congo n’est actuelle- 24 ment possible et ne le sera pendant longtemps encore 4 qu’avec le concours de la main-d’œuvre indigène. » ï h Enfin, que le rapport justifiait la contrainte au travail ‘4 par l’indolence atavique de l’indigène. 4 ‘ Il est évident que si c’est là tout ce qui résulte, pour : le ‘gouvernement du roi Léopold, des constatations E faire, qu’à attendre la disparition, soit des indigènes, 4 soit du caoutchouc, soit de ces deux facteurs du pro- j blème. Mais la Commission a dit tout autre chose, et 4 les faits sont fort différents. C’est ce que veut répéter 4 M. Vandervelde, qui prit une dernière fois la parole, en À insistant une dernière fois, après M. Colfs, pour que les 1 officiers belges ne fussent plus autorisés à faire le métier k
- de garde-chiourmes. Il cita une circulaire du comman- Ë dant Verstraëten, commissaire général du district de 1 « J’ai l’honneur de porter à votre connaissance qu’à partir 4] du 1° janvier 1899, il faut arriver à fournir mensuellement ; 4.000 kilogrammes de caoutchouc. - « A cet effet, je vous donne carte blanche. Vous avez 4 donc deux mois pour travailler vos populations. Employez + d’abord la douceur et, s’ils persistent à ne pas accepter les É impositions de l’Etat, employez la force des armes. » /Excla- 4 Et ce ne sont pas là des faits isolés! J’ai déjà cité naguère ‘2 la circulaire offrant des primes pour le racolement des sol- H dats de la force publique. M. Woeste estime que c’est exac- 4 84 4
tement ce qui se passe en Belgique pour les volontaires. 4 Voici une lettre du commandant Sarrazin qui va répondre à A l’honorable membre : Ë « Le chef Ngulu de Wangata est envoyé dans la Maringa $ pour m’y acheter des esclaves. /Nouvelles exclamations) ; signaler les méfaits que celui-ci pourrait commettre en ra Je le demande. Pouvons-nous prêter des ofliciers belges $ au Congo pour acheter des esclaves et lancer des menaces tendant à exterminer les nègres jusqu’au dernier? Prèter Ra ainsi des officiers au Congo ce n’est pas développer l’esprit militaire dans l’armée belge; c’est au contraire la déshoLS norer! /Très bien! à l’extrême gauche) $ La discussion se termina dans la séance du 2 mars. ‘! | La Chambre avait à choisir entre trois ordres du jour. Le premier était présenté par M. Beernaërt, membre de la droite, il était ainsi conçu : ‘ « La Chambre, pénétrée des idées qui ont présidé à la à fondation de l’Etat Indépendant du Congo et inspiré l’Acte k de Berlin, rend hommage à tous ceux qui se sont consacrés ; à cette œuvre civilisatrice; ) « Et vu les conclusions de la Commission d’enquête in- à stituée par l’État du Congo; ‘ « Confiante dans les propositions qu’élabore la Commisdi sion des réformes comme dans la suite qui leur sera donnée, « Passe à l’ordre du jour, et décide de procéder sans re- Ÿ tard à l’examen du projet de loi du 7 août 1907 sur le gouvernement des possessions coloniales de la Belgique. » , | Le second, présenté par M. Masson, de la gauche, _ appuyé par MM. Vandervelde, Janson, Neujean et — Mechelynck, était rédigé en ces termes :
« La Chambre, prenant acte de la constitution d’une Com-
; mission de réformes à la suite des constatations faites par
la Commission d’enquête instituée par l’État Indépendant : ER du Congo et attendant les effets de cette mesure; TT « Estimant qu’avant toute discussion sur la reprise évens … À tuelle du Congo, la Belgique doit être mise à même d’appré- 8) cier toutes les conséquences qui résulteraient de l’annexion, qe, sans préjuger le principe de celle-ci; : ‘4 ! Q Et qu’à cet égard, il y a lieu notamment pour le gouver- 14 È nement de réclamer à l’État Indépendant du Congo commu nication de tous documents, comptes et rapports de nature T4 à éclairer le parlement, A” « Exprime le désir de voir convoquer sans retard la sec- Fr à tion centrale chargée d’examiner le projet de loi du 3 août , 1901 sur le gouvernement des possessions coloniales de la 4 a Belgique et passe à l’ordre du jour. » ‘à Le troisième était présenté par un autre socialiste, Le « La Chambre, considérant que de graves abus se pro- 5 duisent au Congo; considérant que, malgré les promesses We. réitérées, il n’y a pas été porté remède; considérant qu’il Re résulte du rapport de la Commission d’enquête que « les 3 militaires dirigeant les expéditions contre les indigènes se nN sont crus à la guerre, ont agi comme à la guerre et que % c’est bien ainsi, d’ailleurs, que l’entendaient leurs chefs », 3 k sans que l’autorité supérieure les en ait même dissuadés, 4 « Invite le gouvernement à suspendre l’autorisation pour We des militaires belges de s’engager au Congo jusqu’à la mise a. : en vigueur d’un nouvel état de choses compatible avec la q SOJA dignité de l’armée belge et passe à l’ordre du jour. » {Très + bien ! sur les bancs socialistes) “4 L’ordre du jour de M. Beernaërt fut adopté à l’unani- » | mité. Celui de M. Masson contenait une proposition 1 additionnelle : une demande d’enquête parlementaire E sur les méthodes administratives et commerciales de 4 l’Etat Indépendant du Congo. La veille, M. Masson ; M avait décidé, d’accord avec son parti, de remplacer le Fa.
| _ mot: « réclamer » une enquête par « demander » une 4 | 04 enquête. Ainsi la sommation au gouvernement de l’État ) ts 1 - disparaissait, il ne restait qu’une invitation, et il est ( pu presque certain que la Chambre, émue par tant de révé- !
- Jations, aurait, avec cette atténuation, voté l’enquête. | \3a …. Cest pourquoi les ministres refusèrent la modification. + | # La partie hésitante de la Chambre ne pouvait « récla- Ÿ . mer » l’enquête. L’ordre du jour de M. Masson fut RES, _ donc repoussé, mais obtint la minorité imposante de À at) 6o voix socialistes et libérales, contre 86 voix catho- 44
- Jiques; quant à celui de M. Colfs, il fut repoussé par À
fe 89 voix, contre 26 et 54 abstentions. 4
ht: En apparence, les défenseurs de l’État Indépendant ‘
du Congo paraissent avoir triomphé à la Chambre 1
_ belge, comme au Parlement français les défenseurs des
. Sociétés concessionnaires : mais, dans les deux cas, ce 4
| n’est qu’une apparence. ? 5
Le Dans les deux pays, et c’est un bien grand point, ÿ:
À opinion publique est éclairée. On sait fort bien qu’il ne LUS
…_ s’agit point « d’erreurs indiviudelles » mais de crimes 4
. inhérents à un régime qu’il faut détruire : je répète que
tout le monde le sait! (3 | ‘a En second lieu, le meilleur, le seul argument des L &: ministres du roi Léopold a été celui-ci : « La Belgique ÿ n “ est un État, l’État Indépendant du Congo en est un il autre. Nous sommes le gouvernement de Belgique, nous x “ ne sommes pas le gouvernement du Congo. Tous les A 4 liens entre la Belgique et le Congo ont été coupés je. _ depuis 1901. Qu’est-ce donc alors que vous venez nous 74
demander? Nous n’avons rier à dire, nous ne sommes 1 pas responsables, nous ne devons pas vous écouter. » Ÿ4 Et cela est bien vrai. La Belgique est toujours là pour fournir au roi Léopold des officiers, des magistrats, des ‘4 fonctionnaires, de l’argent pour son royaume personnel du Congo. Mais quand il faut rechercher les responsa- HE. bilités, la Belgique n’a plus aucun moyen, aucun droit 114 de contrôle. & Les choses en sont là. Pour la Belgique, c’est une pos- 4 ture humiliante. Pour le monde civilisé, c’est une situa- “00 tion intolérable. Il n’y a donc qu’une solution : l’appel ne. de la cause devant les puissances signataires de l’Acte ‘à | de Berlin. le, Il en résulte que tôt ou tard la question du bassin conventionnel du Congo se posera devant une assem- A.
rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. 0:
Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men- ee
suelles régulières et par des souscriptions extraordinaires ; la souscription ne confère aucune autorité sur ‘&l
la rédaction ni sur l’administration ; ces fonctions k
Nos Cahiers paraissent par séries; une série paraît $
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ment se prend pour une série. 4
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l’année, mais l’abonnement ainsi souscrit est, de droit, . k.
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