VIII-5 · Cinquième cahier de la huitième série · 1906-12-05

De la situation faite au parti intellectuel

Charles Péguy

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de la situation faite . dans le monde moderne paraissant seize fois par an 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

« Nous avons publié dans nos éditions antérieures et dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un Si grand nombre de documents, de textes formant dossiers, de renseignements et de commentaires; — un si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles, romans, drames, dialogues, poèmes et contes; — un si grand nombre de cahiers d’histoire et de philo- ni] sophie; et ces documents, renseignements, textes, dossiers et commentaires, ces cahiers de lettres, d’histoire et de philosophie étaient si considérables que nous ne pouvons pas songer à en donner ici l’énoncé même le plus succinct; pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières séries des cahiers, il suffit d’envoyer un mandat de cinq francs à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement; on recevra en retour le catalogue analytique sommaire, 1900-1904, de nos cinq premières séries. Ce catalogue a été justement établi pour donner, autant qu’il se pouvait, une image en bref, un raccourci, une idée, abrégée, mais complète, de nos éditions anté- rieures de nos cinq premières séries; tout y est classé dans l’ordre; il suffit de le lire pour trouver, à leur place, les références demandées. Ce catalogue, grand jésus, forme un cahier très épais de XI1+-408 pages très denses, marqué cinq

francs; ce cahier comptait comme premier cahier de la SE:

. sixième série et nos abonnés l’ont reçu à sa date, le DU. 2 octobre 1904, comme premier cahier de la sixième 154 À

série; toute personne qui jusqu’au 31 décembre 1905

s’abonnait rétrospectivement à la sixième série le rece-

… vait, par le fait même de son abonnement, en tête de la LA

! série; nous l’envoyons contre un mandat de cinq francs

“…. àtoute personne qui nous en fait la demande.: NE PU. Pour la septième série, année ouvrière 1905-1906, et De attendant que paraïsse le catalogue analytique som- Ne: maire de nos deuxièmes cinq séries, 1904-1909, on

peut consulter, — provisoirement, — la petite table analytique très sommaire que nous en avons établie et

que nous avons publiée en fin du premier cahier de la “NE

Pour amorcer tout travail que l’on aurait à commencer

dans notre premier catalogue analytique sommaire, con- Re. sulter le petit index alphabétique provisoire que nous avons établi automatiquement de ce catalogue analy- Dex

tique sommaire dans l’index total de nos éditions anté- He.

rieures et de nos sept premières séries, même premier na. cahier de la huitième série. a

dans le monde moderne LE À Renan n’ignorait pas tout cela. J’entends qu’il n’igno- L. rait pas ce que c’est que l’appareil scientifique des \2732 sanctions modernes. Il avait connu sans doute ces À inimitiés de séminaire, qui ne doivent point le céder 4 à des inimitiés d’école normale, étant les unes et les autres des inimitiés d’internat. Il avait connu sans #4 doute quelques-unes de ces inimitiés de prêtres, qui ne ; doivent en rien le céder à des inimitiés de savants, \242 L. étant les unes et les autres des inimitiés de prêtres. Il faut noter pourtant que généralement l’Église l’avait H. ménagé, le ménagea pour ainsi dire constamment, au 4 moins dans les relations personnelles. Dans les temps À #4 4 modernes l’Église n’a pour ainsi dire jamais maltraité 3 grossièrement aucun de ceux qui l’ont quittée décem- ‘HE 4 ment. Elle a mis souvent une sorte de courtoisie, de “11 politesse, presque de coquetterie et de mondanité, à les BAR, : ménager, à parler d’eux honorablement, quelquefois à ne nr: les traiter presque favorablement. Ils sont encore ses À enfants, bien qu’ils se soient faits prodigues. Ils sont

ses anciens enfants. Elle a pour eux les sentiments je 1) d’une sorte d’ancienne et honoraire maternité. Une DE maternité un peu sèche, les maternités lactées ayant +1 loujours comme une arrière-pensée païenne. Ainsi :14 elle est liée à eux, elle demeure attachée à eux par une ne sorte d’entente secrète, une qualité particulière, unique, (fi ne rare, d’ancienne intelligence conservée, aromateuse, Dee 4 essentielle, un peu capiteuse, une connivence, d’encens, 4 de sacristie, de tabernacle, d’armoire et ensemble Un - à d’autel, de linge blanc frais pur et de pauvre vieille A 4 Ai. dentelle jaunie, de vieille armoire de grande famille, un commun souvenir qui de la commodité mobilière et usagère du sacristain jusqu’à la divine autorité du prêtre, « ; une collusion, une entente particulière par-dessus la ? ne tête du public, du vulgaire, des tiers, particulièrement à 1 par-dessus la tête de ceux qui sont les plus vulgaires de 0 tous ces tiers, et qui certainement n’y comprennent plus ; rien du tout, par-dessus la tête de ceux qui se sont faits hautement les partisans, les protecteurs, les intronisa- 15 teurs improvisés du déporté dans sa nouvelle religion. A 1:10 A quel point l’Église a ménagé Renan, j’entends natu- ‘FR rellement la vraie Église, la seule qui soit qualifiée, la 2 dotale, enfin la seule qui soit autorisée, et non point naturellement toutes ces bandes démagogiques de Du: 0 journalistes cléricaux, qui sont encore pire, s’il était possible, que les bandes symétriquement démagogiques ne 4 ni! des journalistes anticléricaux et aujourd’hui anticatho- bi: liques, — à quel point la seule vraie Église a ménagé de Renan, la sortie de Renan, l’évacuation de Renan, la 1 transition et l’aménagement de Renan, les premiers pas #0

AU PARTI INTELLECTUEL » et les premiers établissements de Renan dans la vie; ; laïque, toute son installation dans la vie de tout le

4 monde, — ensemble pour qu’il n’y eût aucun scandale,

4 ou au moins pour qu’il n’y eût que le moins de scandale,

et aussi par un effet de cette sorte d’affection continuée ) 1 que nous avons dite, enfin tout ensemble par une appliVA cation d’une politique sage et d’une affection sentimen- 4 tale sagement politique, et aussi d’une politique affec- à tueuse, il faut le dire, et même par une affection sincère 4 continuée sincèrement, — à quel point enfin la seule 4 vraie Église et la seule qui compte et qu’il faille juger : ou qu’il soit important ou intéressant de juger a ménagé

Renan et l’a presque protégé, nous le savons par les

confidences de lui-même Renan toutes les fois qu’elles

sont un peu sincères, — et pour qui sait le lire il n’y a

1 aucun doute sur ce point, les preuves en sont abon-

dantes au point qu’il y en aurait presque trop, — nous

; le savons par tous les textes et par la bonne tradition,

; — nous le savons par tous les témoignages des tiers toutes les fois que ces tiers n’ont pas été aveuglés par la M. passion politique ou, aveuglement plus grave encore, par cette sorte si particulière d’hébétude mentale, ou; 4 d’habitude, intellectuelle, qui fait que l’on croit que tout - “4 est ami chez les amis apparents, et que tout est ennemi

hi: au contraire chez les ennemis apparents et officiels et

4 classés, et que l’on ne voit pas ni les fissures qui: naissent au cœur des apparentes amitiés, ni les corres-

2 pondances profondes qui lient par en-dessous des ini-

En quoi faisant l’Église n’avait d’ailleurs aucun mérite particulier à l’égard de Renan, car elle ne faisait

1 que suivre à son égard, et à cet égard, sa politique À générale, au moins sa politique générale comme elle a nous apparaît dans les temps modernes, peut-être sa à 1 plus ancienne et traditionnelle politique générale. Nous À sa voyons par tous les scandales que les journalistes et À les journaux et l’État essaient de lui susciter aujour- 4 d’hui, aujourd’hui que le gouvernement de l’État, sinon ce ministère même fonctionnant comme tel, à entre- à : ï pris de la persécuter, et que les journalistes et les journaux et ensemble le gouvernement de l’État ont par 47 des moyens démagogiques entrepris de la déshonorer, 5 — nous voyons combien toute sa politique est au. contraire une politique d’apaisement, je dis dans cet à ordre particulier, une politique de sagesse et de pacifi- à 4 cation, d’étouffement plutôt et de passement d’écritures À 4 +18 par profits et pertes, une politique d’effacement du. sa scandale et de qu’il soit bien entendu que c’est une he, affaire arrangée, et que l’on n’en parlera plus, une poli- 1 tique de mutuel honneur et de modestie et de silence, avec le minimum de foudres et d’excommunications, À mineures, de fulminations, comme les nommait Clemen- De sorte que l’on pourrait bien plutôt lui reprocher de manquer de dignité, que de bonté, de bonté Ï humaine, comme on bêle aujourd’hui, lui reprocher de manquer d’un certain sens et de la revendication de Ne sa propre grandeur. C’est en somme aujourd’hui, et d’un mot, c’est pro-

prement la politique de Néarque. Tel est en effet le retentissement de ces grandes œuvres du génie fran- Ke] ï çais, à toutes distances, à des distances infinies, que

ù de plus juste, que de reprendre, aujourd’hui comme hier comme demain comme toujours, que de simpled, ment reprendre un nom propre de l’un de ces personj nages éternels. Et même et autant de l’un des moindres 74 personnages, de l’un des personnages mineurs. Les personnages mineurs convenant mieux encore, peut-être, aux situations mineures et basses. Comme Sont les situations d’aujourd’hui. « Le Dieu de Polyeucte et celui de Néarque « De la terre et du ciel est l’absolu monarque, Mais tout de même il y a la politique de Néarque, et pour parler ainsi, et l’on me pardonnera ce que je vais dire, la politique de Polyeucte. En cet ordre particulier ; du scandale individuel et de l’individuelle apostasie, au D. moins moderne, l’Église, au moins moderne, aujourd’hui ï ne procède évidemment plus que par la politique de Il ne commande point que l’on s’y précipite. On ne peut évidemment dire qu’elle s’y précipite. Et encore: Il suffit, sans chercher, d’attendre et de souffrir. Mais dans ce temple enfin la mort est assurée. Et encore: Par une sainte vie il faut la mériter. Et la politique très précisément mise en méthode: Ménagez votre vie, à Dieu même elle importe: Vivez pour protéger les chrétiens en ces lieux,

;. La politique religieuse. La peur de la persécution: \aie de see (3 Je ne puis déguiser que j’ai peine à vous suivre. Sous l’horreur des tourments je crains de succomber. se; 2198) Rien ne paraît singulier, quand on s’y arrête, comme . ce mélange de la politique et du religieux. Mais il faut 7 bien vivre. Et les acteurs de ces drames divins sont des A. A 4 #1 hommes. La modestie; argument de psychologie, ordi- de 244 3 paire, et de morale, et de moralité, usagère, journa- lière, très profond, très frappant, atteignant loin; le ne à célèbre argument de la modestie et de l’humilité contre 4 l’orgueil; des devoirs ordinaires, des devoirs de famille, ordinaires, et comme séculiers, des devoirs d’état contre les devoirs extraordinaires ou d’élection ? ù Qui r’appréhende rien présume trop de soi. 20) -W° Le théologie; argument culminant, particulièrement ne bien situé, à la culmination du débat: de 4 5 Dieu même a craint la mort. a Pour l’effacement du scandale au moins individuel au moins moderne l’Église aujourd’hui ne procède plus que par la politique de Néarque. Nous le voyons par tous “PR ces scandales qu’on lui fait, par tous ces scandales machinés, truqués, qu’on lui veut jeter dans les jambes, que l’on réussit quelquefois à lui jeter dans les jambes, NE qu’une presse démagogique et un sous-gouvernement non moins démagogique et astucieux et facétieux veut 5300 10 lui jeter sur‘le chemin de sa destination.; à À il Agrémentés de quelques semis de véritables escrocs. à à ne Je dis sous-gouvernement parce que tout le monde Sait que toutes ces machinations grossières de scandales à

1 ne viennent point tant du gouvernement, surtout de celui à ) 4 que nous avons failli avoir, que d’un sous-entourage, à 4 d’un gouvernement occulte, qui travaille en-dessous, #0 . d’un sous-personnel d’intrigue et de bassesses que tout le monde nomme. Dans l’ordre du scandale individuel et de l’indivi- 4 duelle apostasie, l’Église ne répond aujourd’hui que par 4 3 la politique de Néarque. Nous le voyons par la réponse 4 qu’elle fait à tous ces scandales artificiels. Nous l’avons È éminemment par la réponse qu’elle a faite au der- 1) (4 nier ou à l’avant-dernier de ces scandales, en attendant le prochaïn, qui fut aussi le plus retentissant. Loin de k. procéder par anathèmes et retentissantes excommunica- 4 tions, qui eussent été des réponses homothétiques, égales NE 4 ou équivalentes en scandale, qui étaient peut-être de 4 son devoir, il est évident au contraire que l’on a immé- 1 diatement négocié, payé sans doute, car on a immédiate- 4 ment obtenu ce résultat singulier, on est arrivé immédia- 4 tement à ce résultat singulier, commode pour tout, et pour tout le monde, et aussi, comme il fallait, pour la curiosité, . de la foule, de tout le monde, pour la frivolité, pour la “64 curiosité du scandale, mais enfin commode pour tout 4 excepté, comme par hasard, pour la seule démagogie, bi. anticatholique, même anticléricale, à ce résultat singu- À 4 lier que les mémoires d’un scandale formèrent un récit ne tout particulièrement édifiant, un feuilleton générale- 3 ment écrit dans un langage pieux. Ainsi tout le monde, sauf eux, y trouvait son compte. “al Il y avait bien journalisme, feuilleton, reportage, inter- DE 4 view, témoignages, et confessions sensationnelles. Mais À Ne tout cela était pieux, très exactement édifiant, la faute et le repentir, le péché puis la contrition, le désolement HAS

et le désarroi du pécheur, la détresse, les consolations durite, enfin tout à fait une histoire pour pensionnats. 6 Et le repentir jusqu’au sein de la fente CREME un peu 14 niais, peut-être un peu conventionnel, mais très tradi- qu. tionnel, très comme il faut, il n’y a que ce mot: très À é édifiant. Sans pourtant donner l’éveil. a Je dis payé, parce que tout cela est enroulé dans des 4 combinaisons avec un journal dont il ne faut point dire à qu’il est vénal, mais dont il faut écrire qu’il est la vénalité même, la perpétuelle et totale vente, en gros à et au détail. ne politique de Polyeucte. J’entends par que loin de: de reprocher à l’Église d’avoir maltraité ce Renan, et tant ne d’autres, un catholique véritablement croyant, et géné- 4 ralement un chrétien serait beaucoup plus fondé à reprocher à l’Église d’avoir pour ce même Renan, 1] plus que pour tant d’autres, de lui avoir montré, mani- » festé je ne dirai pas trop de ménagements, — on n’en a jamais assez, quand on est un gouvernement, — mais 1 une trop grande estime, au sens, étymologique, où estime implique mesure, je veux dire une estime de É trop, pluris, une estime à trop de valeur, une trop grande estimation. Je maintiens que toute la conduite À ultérieure de l’Église à l’égard de Renan et même sa qur conduite immédiate, et même anticipée, antérieure, je 118 veux dire sa conduite au moment de la séparation et même dans les lentes préparations de l’éloignement, que toute cette conduite suppose admise une hypothèse, A

: accordé un postulat, qui par un singulier retournement ; se trouve être précisément celui-ci: que l’histoire, laïque, moderne, a une importance, une vérité, absolue, 1 une réalité, métaphysique, une primauté, une supré- matie, une primatie, un primat, un principat et Renan comme prince des historiens toute une principauté de gouvernement absolu que dans nos recherches pré- é sentes et ultérieures nous verrons justement qu’ils n’ont

Et ce n’est peut-être pas la première, mais assuré- ment ce ne sera pas la seule fois que nous rencontrerons, tout au courant de ces longues recherches, que l’Église moderne a dans ces débats une situation beaucoup plus moderne que chrétienne, quelquefois toute moderne, et nullement chrétienne, et que est tout le secret de sa faiblesse présente. Je maintiens qu’allant plus loin, au moins dans le sens du social, un véritable catholique, véritablement: croyant, généralement un véritable chrétien, — car il y à a aussi ce que je me permettrai aussi de nommer la; politique de Pascal, — serait beaucoup plus fondé à reprocher à l’Eglise d’avoir pour ce même Renan,; 1 d’avoir montré, d’avoir manifesté pour ce même Renan, outre tous les effets de cette politique de Néarque,.; beaucoup trop de ce respect que dans les temps modernes! au moins, et peut-être dans tous les temps, elle n’a #1 jamais cessé d’avoir pour les puissances temporelles. Ou plutôt et ensemble et sans même les séparer beau- coup, Renan était pour elle et une puissance intellec-! tuelle, et une puissance temporelle; et une principauté À

intellectuelle, et une principauté temporelle; tout cela se résumait, se ramassait, se recoupait dans la chaire du Collège de France et dans la situation, non moins officielle, plus officielle encore peut-être, en ce temps, de grand auteur à nombreux sept cinquante grandement d’un grand public par le ministère d’un grand éditeur. En ce temps le Collège de France avait une situation de principauté intellectuelle et temporelle ensemble, une puissance d’esprit et une puissance d’État ensemble, et d’institution, et de tradition, et d’antiquité, une grandeur de gouvernement mentale, morale, et sociale, dont nous ne pouvons plus avoir aucune idée. Comme en ce temps un grand auteur, un sept cinquante, — on en avait beaucoup moins abusé, — un grand public, — il y en avait un, — un grand éditeur, — il y en avait, — exer- çaient une sorte de magistrature spirituelle et temporelle que nous ne pouvons même plus imaginer.

La preuve en est aujourd’hui que, somme faite, les différentes manifestations des catholiques et particulièrement des différentes autorités de l’Église contre Renan l’ont beaucoup moins diminué que n’ont en quelques années diminué sa mémoire les manifestations saugrenues organisées autour de son nom par les politiciens de l’anticatholicisme.

L’Église, elle, n’avait point, au fond, cessé de le traiter

Parce que l’Église et lui, au fond, continuaient à tra-

… vailler dans la même partie. Et eux au contraire étaient Le

  • si étrangers à tout cela.:UR Tu es christianus aeternum: Renan le lui a bien à rendu. Les personnes qui savent lire un texte, — elles À se font de plus en plus rares depuis l’envahissement des 2 méthodes prétendues scientifiques, — les personnes en à. particulier qui savent encore lire les textes si difficiles 3 de Renan, j’entends particulièrement les textes, beau- 4 coup moins nombreux qu’on ne le croit généralement, à où il nous laisse apercevoir quelque peu de sa pensée, 1 et même quelque entre-aperçu de son arrière-pensée, men À n’ont aucune hésitation sur la question de savoir à qui.:458 Renan pensait quand il écrivait un peu de sa pensée. Le Pensait-il à ses nouveaux amis, à ses partisans, hommes 4 vulgaires et grossiers pour un ecclésiastique aussi ancien que lui, aussi afliné, hommes terre-à-terre 4 surtout, et vraiment incapables de toute métaphysique, “1 ; pour un homme demeuré aussi profondément religieux À À n’écrivait point pour eux. Au fond ils n’étaient point, ils A ne devaient jamais être de sa famille mentale et senti-. 4 mentale. Ils étaient étrangers, comme trop grossiers et 2100 vie nouvelle, continuation, beaucoup plus que ne le me È pouvaient croire ces partisans grossiers, de son ancienne 4 et de sa première vie, beaucoup trop grossiers pour lui, 1 nouveaux, vulgaires et immétaphysiciens. Il n’écrivait ne 7 pour eux que ses écritures superficielles et grossières, La ses histoires. Et encore, dans ces écritures grossières même, dans ces histoires, combien de précautions, #34 combien de sous-entendus, combien d’avertissements, as combien de regards d’intelligence adressés aux autres,

: 10 aux catholiques, et aux anciens catholiques, générale- à à ment aux chrétiens. Comme il semble leur dire: Vous 7 voyez ce que j’écris, parce qu’il faut bien écrire HAS 48 tout le monde, et pour le monde, mais vous qui me OU connaissez, à ce signe, inaperçu des autres, qui n’y HIT se À entendent rien, à ce signe faites attention que profondé- ne ment je suis demeuré des vôtres et que les méditations de la vie intérieure ne me sont point devenues insoup- À CE çonnées. Je vis dans le siècle et je parais écrire pour 10 le siècle. Il faut bien que chacun mange le pain tempo- « 10 rel. Maïs vous qui me connaissez et qui savez me lire, vous ne vous y trompez point. Je ne vous y trompe Nous ne nous y sommes pas trompés: les Panbéotiens redoutables de la Prière que je fis sur l’Acropole, nous on (AP les avons reconnus: ce sont très exactement les inaugurateurs du monument de Renan à Tréguier. Tout A le monde l’a entendu ainsi. Et la ligue de toutes les sot- ! tises, à Eurhythmie, quelle était bien la ligue ultérieure À à laquelle pouvait penser le prophète Renan? Voilà pour qui justement il écrivait, j’entends qu’il “4 écrivait profondément et intérieurement, une écriture à n. perpétuellement sous-jacente, voilà pour qui juste il sous-écrivait perpétuellement, pour qui quelquefois il a à 2) écrit en clair: catholiques, anciens catholiques, et généralement chrétiens. Juifs aussi, premièrement Juifs, antérieurement Juifs, et subsidiairement, qui sont les ! témoins et les figurateurs, les serviteurs de la première A. loi. Serviteurs de la première et de la deuxième Alliance, de l’ancienne et de la Loi nouvelle, voilà pour qui juste-

14 ment il écrivait. Nullement pour les modernes, comme tels, et faisant leur fonction de modernes. est le secret de sa vie et le secret de son œuvre, si inquié- : tante, autrement, — si inquiétante ainsi déjà, — et si! É incompréhensible. Tout à fait incompréhensible autre- À ment, si incompréhensible ainsi déjà. Le secret de son style même, du style qui de lui autant que de personne est de l’homme même. Je défie qui que ce soit, moderne, lisant comme un moderne et feignant de n’entendre que À dans le sens moderne, d’affirmer qu’il tient à chaque instant toute la pensée de Renan, la pensée extérieure et ensemble et aussi bien la pensée antérieure. Il est; évident au contraire, si moderne l’on veut lire en moderne et feindre de n’entendre que dans le sens moderne, que l’on n’entend pas tout, que l’on a des manques incessamment, et, comme par hasard, juste- ment aux endroits où il ne faudrait pas avoir de manques, parce que ce sont les points les plus intéres- À sants, les points capitaux, les passages essentiels. Ce À - qui revient à dire que l’on se rend assez rapidement compte, si l’on est sincère, que lisant ainsi, on n’y ; entend plus rien du tout. J’attire sur ce point toute l’attention du lecteur sincère: dans toute l’œuvre de Renan, sans aucune exception, il court tout au-dessous de l’œuvre comme un sous-entendu perpétuel. Et ce sous-entendu perpétuel le 1 aboutit de loin en loin à la surface comme à des points 1 d’émergence. Et il se trouve, comme par hasard, que ce : sont ces points d’apparition comme involontaire qui se 1 reconnaissent aussitôt comme des points essentiels, capi-

ù taux, comme étant, eux seuls, ces points de discernement. où un lecteur averti attend une œuvre et un homme. Combien tout cela n’est-il pas plus vrai encore, et LAS plus vérifié, non plus des passages, mais des quelques 10 œuvres où Renan fait presque profession de nous dire, de nous dévoiler, de nous révéler un peu de ce qu’il #4 40 pense, de ce qu’il arrière-pense, dans ses dialogues et 4 fragments philosophiques, dans ses drames, et notam- CNE 4 ment, montant de degré en degré, dans ses certitudes, 51308 probabilités, réves; car on ne s’y est point laissé trom- 4 ki: per, ici non plus, et sous les déguisements décroissants 08 des personnages, ce sont quelques-unes de ses arrière- pensées qui se démasquent de plus en plus, à des plans a! de niveaux de plus en plus élevés, le supérieur devenant 708 inférieur à son tour à mesure qu’il avance etqu’ilmonte nn. À et cédant aussitôt à un supérieur encore, et loin que ce soient les certitudes qui décroissent, au contraire ce à AU sont les certitudes qui croissent de certitudes en proba- ‘. bilités et de probabilités en réves. Je défie qui que ce mn. ; soit, non catholique, non ancien catholique, et générale- ment non chrétien, et antérieurement ou subsidiairement 4 non juif, d’entendre rien, d’intercepter quoi que ce soit, … Le comme moderne, lisant comme moderne, enfin ne recueillant qu’au titre de moderne, à ces œuvres confes- a Et, d’ailleurs, comme on reconnaît aisément que ces 4 œuvres véritablement confessionnelles sont en fin les œuvres de la confession propre de Renan. Le style même: il y a dans toute l’œuvre de Renan À À des ‘phrases, des mots, des formes de phrases, des

dE. expressions qui courent en-dessous et qui parfois affleurent, qui sont du langage catholique même et 1208 À généralement chrétien, qui ne peuvent s’adresser qu’à des catholiques mêmes et généralement à des chrétiens,; : qui ne peuvent être entendues que de catholiques 4 mêmes et généralement de chrétiens.. Particulièrement ces œuvres, qui sont littéralement 4 confessionnelles, sont bourrées de ces expressions. Il méprise les modernes. On sent qu’il méprise les 4 modernes. À un certain ton, qu’il et qui est délibéré. Il est plein d’expressions, voulues, de formes, intention- 1 nelles, qui leur passent par-dessus la tête, qui de toute façon leur demeurent inaccessibles. Qui leur sont et “1 3 leur demeurent insaisissables, et, comme on dit, litté- Men E. ralement, impensables. Etant du style de la vie inté- A 4 rieure, et même, techniquement, et particulièrement, du a 4 style de la vie spirituelle.: A ce style, à des emplois qu’il fait de ce style, à l’idée HAT à emploi, à la lente ascension, et au brusque surgis- sement de certains mots, on sent que ces modernes sont pour lui des partisans, grossiers, lui qui n’était ne 4 ‘pas grossier, au moins dans le même sens. Nos modernes, qui n’ont jamais rien ignoré, de tout . ce qu’ils avaient à savoir, et ensemble de tout le reste, pouvaient n’ignorer pas le mépris où les a toujours je 4 tenus Renan leur fondateur. Mais, fût-on moderne, il: 3” à est toujours pénible, de prendre connaissance, fût-elle Ne scientifique, d’un mépris, füt-il justifié, dont on est Rs. 4 l’objet. Combien n’est-il pas plus désagréable, pour les he:

:10 sectateurs d’une secte, fût-elle une secte laïque, de po, prendre connaissance du mépris autorisé, du mépris ANA -46 paternel et inaugural, du mépris originel, du mépris gouvernemental, du mépris originaire, initial, du mépris nn. enfin où son inventeur l’a tenue. Nos modernes, qui ne 4 sont naturellement point clairvoyants, ont tout fait ici, tout ce qu’ils ont pu, pour aveugler encore ici leur à Nos modernes ne pouvaient naturellement point ne à 1 ignorer ces œuvres de Renan, compromettantes, et 10 dans tous ses autres ouvrages ces passages compromet- 4 tants. Mais comme les modernes expliquent tout, ils pee 4 n’ont point manqué d’expliquer des œuvres et des pas- #4 4 sages qui n’entraient pas précisément dans leur politique, A 4 n’étant pas uniquement des œuvres et des passages de défense républicaine. Et comme les modernes sont naturellement très malins, ils n’eurent point de peine à « Ni ; si trouver ces explications, qui sont naturellement des 240 explications définitives. Et comme les explications que …. 18 nous donnons du monde nous ressemblent toujours,nos » à 14 modernes ont donné de ces œuvres et de ces passages 0 des explications modernes. C’est-à-dire grossières, pri- a 4 maires, notoirement, grossièrement insuffisantes. Ils ne ont dit. ne. À Tantôt ils ont dit que c’était par habitude; et cette explication par l’habitude serait parfaitement recevable, 1 ) ï ges au moins pour une partie, et pour une bonne partie, si Pia ce mot même d’habitude ils ne l’avaient entendu en un 4 grossier sens moderne, au sens d’une habitude scolaire,! 0 d’un pli intellectuel, d’une sorte de manie, profession- 2:40

À nelle, plus que professionnelle, professorale, univer- sitaire, à l’extrême limite, et en lui faisant, à lui À Renan, beaucoup d’honneur, d’une manie d’homme de À cabinet, d’homme de bibliothèque et d’écrivain, au sens À ; d’une troisième et peut-être d’une cinquante-et-unième; Fe. nature, nullement, comme ils devaient, au sens profond des naturalistes, des physiologistes et des moralistes, au sens, qui eût été vraiment moderne, étant vraiment scientifique, d’une habitude organique et mentale, d’une 3 deuxième et peut-être d’une première nature. Et peut- A être comme une fantaisie habituelle d’homme de lettres. Car il ne suffit point de dire que si lhabi- DUR 3 tude est une deuxième nature, la nature n’est peut- être qu’une première habitude: il faut peut-être aller À 3 jusqu’à dire que lhabitude elle-même est une pre- à ! mière nature. On nous pardonnera d’employer ici

  • une expression grossière, mais pour noter une explica- Ta É tion grossière il est inévitable, il est juste, — car il est ï propre, — d’employer une expression grossière elle- : même: ils pensaient naïvement, et grossièrement, que 1 leur inventeur-fondateur était, — disons le mot, — un à défroqué qui avait gardé quelques plis de son froc. Ils 3 ont une certaine habitude, eux-mêmes, puisque nous en sommes à ce qu’ils nomment habitudes, — ils ont une certaine habitude, aujourd’hui, depuis le commence-; Le À ment de leur triomphe, et à cette heure, depuis le com- °:04 4 mencement de la grande misère temporelle de leur ; ennemie l’Église, d’avoir avec eux, parmi eux, aspirant il 1 de gouvernement, obtenant les places de commande- 4 ment, un contingent croissant de ceux qu’ils nomment ES 4 communément, et grossièrement, des défroqués. RE.

Renan, dans cette hypothèse, comme on dit, serait un Non seulement un défroqué, mais il serait le prince et l’ordonnateur, l’ordinateur des défroqués, le premier de tous, le premier en date et le premier en dignité, ; l’inventeur du genre et en même temps, du même genre, la plus grande illustration, le plus illustre exemple, car il seraït enfin Renan le fondateur, l’initiateur, l’instau-; rateur, instauratio magna, celui qui le premier fit la plus grande opération laïque, laquélle est naturellement la plus grande aussi de toutes les opérations humaines, ny. laquelle est naturellement, étant donné un clerc, d’en faire un laïque, celui qui le premier fit la grande renon-: ciation, celui qui le premier fit, et cela sur soi-même, la plus grande opération, celui qui donc en fut récompensé, comme de juste, par la plus grande récompense temporelle, par le plus de gloire, par le plus de gouvernement, par le plus de postérité intellectuelle. Ne croyons pas, n’allons pas nous imaginer qu’en intronisant Renan comme le prince, comme le Défroqué en chef, ils aient aucunement l’intention de le dimi- puer. Au contraire. Fils intellectuels de Renan, postérité: innombrable, ils ont parmi eux croître et embellir une telle puissance, un si nombreux contingent, une telle race de défroqués authentiques, officiels, et pour ainsi dire confessionnels, dans le laïque, ils ont ces défroqués envahissants et montants recevoir ou prendre un tel gouvernement, un tel commandement parmi les puissances politiques et parlementaires, qui sont à leurs yeux les puissances essentielles, qu’ils croient au conträire avoir grandement augmenté Renan quand ils

ont fait à ce grand historien l’honneur de le considérer “4 ; comme l’auteur et comme l’initiateur, comme le père et a À l’éditeur de cette engeance. L’éditeur étant, bien entendu, responsable. Et tout ceci étant une opération de révé- rence et de vénération. En faisant ainsi de Renan le chef des défroqués, — “3 4 on n’avait point encore inventé les schismatiques, et j’avoue qu’à présent qu’on a fonctionner les schis- matiques, on se sent pris d’un vieux respect pour ces p:: A vieux défroqués encore naïfs, pour ces anciens défro- qués de l’ancienne génération, qui eux au moins s’en: nu: allant de la maison ne prétendaient point emporter les É meubles, — ils croient bien lui attribuer, lui restituer une partie, la meilleure, de son salaire temporel, celle qui vaut À 1 mieux que la gloire même, et qui d’ailleurs se confond : pour sa plus grande part avec la gloire, pare qu’elle en Ur: fait partie intégrante: une part dans le gouvernement des (; À hommes et des sociétés, une part dans le gouvernement: ne 8 politique parlementaire. C’est comme si, rétrospective-! ; ment, on le nommait ministre. Ambassadeur de la ne je République auprès des Puissances réactionnaires, prin- 4 cipalement auprès des Puissances ecclésiastiques. Une 2:14 sorte d’ambassadeur extraordinaire et de ministre plénipotentiaire de la grande République du Monde moderne et de la Science: infaillible et définitivement À rassurée auprès des Puissances occultes, définitive- à ment vaincues, secrètement redoutées, auprès des Gou- 11 +6 vernements réactionnaires, auprès des Commandements catholiques, auprès des Dominations de la viereligieuse, . auprès des Trônes et des Puissances, auprès des Vertus, te À auprès des Intuitions, Domajnes et toutes Royautés que de droit de toute la Vie intérieure. Il sera reçu encore

à dans le monde des Principautés, mais au titre étranger,; République aux armées. Il sera leur grand représentant, leur grande autorité, celui sous lequel ils se couvriront : contre les Puissances redoutables. Il est le patron du 1208 grand Village moderne contre le toujours nouvel Ennemi. Je dirais qu’il est le grand Totem, si ce m’était ici un mot dont nous avons éprouvé qu’il ne 0 faut jamais user qu’avec la plus grande circon- De Ne spection. Par cette investiture ils n’entendent nullement, le diminuer. Mais ils veulent le restituer, au contraire, 4 Jui conférer le plus grand honneur qu’il y ait chez eux, 10 dans leur pays, dans le pays de la Science. Ils ont les défroqués subsidiaires atteindre chez eux et parmi La à eux à de telles fortunes qu’ils ne croient rien pouvoir :1 imaginer de mieux, de plus flatteur, de plus populaire, 1 pour l’ancêtre, le grand homme, que de se le repré- 11% comme le défroqué en chef. Tel fut exactement le sens a 13 et la valeur de l’inauguration du monument de Renan é à Tréguier. Et cette inauguration n’était elle-même que 14 le point d’aboutissement d’une longue et laïque introni- À É sation, introduction, de tout un cheminement elle-même. Elle était entièrement, intégralement, dans cet ordre 12 de pensées et de célébration. C’était littéralement une. (2 intronisation, bien plutôt, beaucoup plus qu’une commé- A :\ai moration. Ou tout au moins il s’agissait de faire atteindre à la mémoire de Renan une fortune capitale, Wi, une fortune qui fût la première dans l’ordre des fortunes A atteintes par ceux que l’on tenait à considérer comme Es a 14 ses élèves, comme ses simples imitateurs. ! À On se rattrapait sur sa mémoire et sur la glorification on

de sa mémoire, puisqu’il était malheureusement mort “4 de sa personne avant le triomphe et avant la fête. À C’était d’ailleurs plus sûr, car on pouvait lui faire, à sa mémoire, de ces apothéoses que, vivant, il n’eût peut- 6% 1 être pas laissé passer tout de mème. On pouvait lui 4 attribuer des propos et des sens que vivant il n’eût sans EN On pouvait lui dire, et lui faire dire, ce que l’on vou- 4 À 4 lait. On était sûr, au moins, qu’il ne répondrait pas, 4) Cette idée, particulièrement, était celle de ces imita- 1 teurs eux-mêmes, qui souvent, — et très souvent en 1 toute conscience, en toute sincérité, — s’autorisaient de sue À son exemple, de cet illustre, de ce premier précédent Je fais, disaient-ils naïvement, je fais la méme chose nr. 1 que Renan. Ainsi parlaient ces pauvres enfants. Un prêtre s’aperçoit-il que sa foi se supprime avec la hi: suppression du budget des cultes, du même geste et d’un seul mouvement, vite je fais la méme chose que Renan. Il est ainsi devenu le patron de ceux qui ne veulent plus avoir de patrons. Saint Renan, — non pas ‘AT l’ancien, le catholique, mais le nouveau, — saint Renan, priez pour nous: c’est une affaire entendue, et entendue 9 pour l’éternité. Tant qu’il y aura une France, et un clergé français, toutes les fois qu’un clerc sortira du À clergé, pour n’importe quelle raison, il y aura toujours à 1 un imbécile qui ouvrira la bouche et dira: Il fait la #4 méme chose que Renan. À À Et pourtant il y a aujourd’hui deux raisons pour-qu’ils ne fassent pas la même chose: la première, l’ancienne,

est qu’ils ne sont point Renan; la deuxième, la nontt Rue velle et récente, est que Renan ni les hommes deson “1 temps et de sa formation n’eussent jamais imaginé 1.0 de 1 même de se faire schismatiques. Tant il est vrai qu’à mesure que l’on vieillit, et que le monde vieillit, on

“4 14 découvre toujours que l’événement est plus fort que … 1 vous, devient toujours plus fort que ce que l’on imagi- HE: nait, se redouble, se bat lui-même, se multiplie. Se formation de Renan, quand ils se mettaient dehors, ne 108 prétendaient point en même temps être dedans… 4 (4 1 ni comme ils ont noté, ce qui n’était pas difficile à ni: voir, qu’un très grand nombre de ces démissionnaires et presque de ces permissionnaires avaient gardé ce 1 taines habitudes, certains plis de leur ancien ministère, 14 on pourrait presque dire de leur ancien métier, certains RU: plis professionnels, certaines expressions, un certain 1 style, un certain goût du commandement, certaines “1 manies, une passion de l’autorité, un appétit du 3 gouvernement, ou, au contraire, ou bien au contraire GE: 3 tout ensemble, et l’un portant l’autre, l’un masquant 1 l’autre, une certaine mansuétude, une certaine souplesse ecclésiastique, un certain velouté, une certaine tendresse 55410 “1 molle, une certaine pâte, une certaine confiserie épisco- pale, 13 Font singulier ou DE bus

dé. singulière continuation, ce sont ces anciens légers dé- RUE fauts de métier que tout tranquillement ils s’imaginent : retrouver dans Renan; comme ils n’ont pas cessé de

À les trouver dans les heureux successeurs, ils ne cessent “40. point non plus de les retrouver dans Renan le père; et A à 100 ils ne manquent pas de les lui pardonner, car ils sont ni

bons enfants, gais, joviaux, et ils sont secrètement honorés d’avoir dans leur monde des personnes aussi 5540

3 bien élevées que des curés, ce qui les change, comme ils 4 ont coutume de pardonner, car ils sont bons garçons, ni Le à comme ils en ont pardonné bien d’autres à ses inégaux héritiers. Ne faut-il pas d’ailleurs et n’est-il pas très bon

qu’un ambassadeur ait le ton des puissances étrangères 4 auprès desquelles il est accrédité. Et ne faut-il pas LE k. montrer à ses ennemis qu’on est aussi bien élevé qu’eux. Que deviendrait toute la vieille politesse française cratisée. Renan, dans cette hypothèse, n’est plus qu’un exemple, un cas particulier, premier, éminent, de ce de à 4 que l’on peut nommer selon eux la persistance du! caractère ecclésiastique chez les défroqués, ‘chez les

messieurs prêtres, chez les anciens ecclésiastiques. Renan, qui ne fut pas seulement l’initiateur de cette 4°: opération, mais qui dut à cette opération de devenir un 4 grand seigneur selon le siècle, un prince de la Science, à quisans cette opération fût assurément devenu un prince É de l’Église, avait quelque droit de rester un prélat. Re: de Telle est leur explication que l’on peut nommer l’expli- 4 cation par l’habitude. C’est une excuse autant qu’une

; Ils ont dit tantôt, ils ont dit aussi, —et ce sera l’excuse: et l’explication par l’intérêt, — que si Renan avait con- servé dans beaucoup de ses passages et dans quelques- unes deses œuvres ces certaines formes ecclésiastiques, En

4 c’était par prudence, par l’effet d’une prudence élémen- A de.

taire, d’une sagesse filleule de celle du vieil Ulysse, cet ne. autre navigateur, ce Grec Breton mâtiné de Normand,

que c’était en somme pour sauvegarder ses plus simples « 15 intérêts. Ils savent leurs dates. Ils savent leurs filia- “4 PL: tions. Ils n’oublient point que si Renan est leur initia- ni A teur, cela veut dire par définition qu’il avait commencé avant eux, avant tous les autres, en un tempsoüçane rapportait pas encore, où commençait à peine à rap- porter insensiblement, avant tous les autres eux, qu’il Dial fut le premier, en un temps difficile. Étant donnés ces ni 1 grands exemples de prudence que nous avons donnés “EM; nous-mêmes, pensent-ils, en un temps où notre domina- tion paraît de toutes parts assurée, considérant ces À 110 nobles exemples de sagesse, que nous avons fournis, « 1 ces précieux exemples de retenue, de nos précieuses per- 4 à 1; sonnes, dont quelques-uns se haussèrent jusqu’à la là: 1 cheté, notamment ce grand exemple de circonspection À que nous donnâmes dans cette illustre affaire où nous À n’abandonnâmes la justice et la vérité que rigoureuse- ne ment pendant le temps où elles coururent un véritable 13 danger, quittes à nous précipiter à leur secours, à leur 1 défense avec frénésie, avec une véritable sauvagerie, aussitôt que nous eûmes acquis l’assurance que quelques tu 104 sots les avaient définitivement tirées d’affaire, il n’est 1 pas étonnant que notre maître, en des temps moins conservé certaines formes qui plaisaient aux anciennes: même, au moins à sa sécurité sociale et professorale, que ces anciennes clientèles, — cléricales et sans doute réactionnaires, mais il faut bien vivre, — le cou- 10 vrissent au moins de leur indifférence et presque d’un reste de fidélité. en

É à Ils parlaient ainsi, méconnaissant leur maître. Ils “4 peuvent croire qu’ils font la même chose que Renan, mais nous avons, nous aussi, une assurance; nous ne avons l’assurance, nous, que Renan ne faisait pas la 4] même chose qu’eux, ou du moins qu’il ne faisait pas; À seulement la même chose qu’eux. Hi.

À Je ne nie pas cette explication par l’intérêt. Je crois À qu’elle est vraie en elle-même. En outre elle est vraie, parce qu’on l’a dit, parce qu’on l’a donnée, parce qu’on a dit qu’elle était vraie, parce que ce sont eux qui Es 1 l’ont dite et donnée: ainsi elle est vraie au sens À beaucoup plus intéressant, au sens et dans la mesure À où les plus misérables tares des descendants sont °3 À représentées, sont incluses, existent en fait, sont en ï germe dans les œuvres des ascendants, füt-ce dans les « plus grandes. œuvres des plus grands ascendants, pro- REX viennent d’elles, tout de même, et par conséquent au Nes ) sens et dans la mesure où les pères en réalité sont res- ponsables des fils, où tous les ancêtres sont respon- Le sables de tous les descendants, les fondateurs des héritiers, les maîtres des élèves. Les fondateurs, des A È empires; et les maîtres, des chétives écoles. Il est évi- dent en effet que quand un fils parle mal, pense mal 4 de son père, un élève de son maître, une école de son scholarque, un empire de son fondateur, ils ont raison, me A É ils disent vrai. Quoi qu’il en soit, ou qu’il en paraisse être par ailleurs, en vérité. En réalité. Car en un sens il est 1 inévitable, il est automatique, il est infaillible qu’ils de aient raison, qu’ils disent vrai. Ils ont raison, quand; 4 même ils auraient tort. Ils disent vrai, quand même ils #4

mentiraient, ou quand même ils feraient erreur, quand 1 même ils se tromperaient, et quand même ils trompe- A 4 raient. C’est une question qui a été fort agitée que de “0 savoir à quel point et dans quel sens le père est respom 10 sable du fils, le maître de l’élève, généralement le pre À on. mier, l’inventeur de ses imitateurs, et tout auteur de toute sa filiation. Sans entrer dans ce débat, qui nous nuit acheminerait à d’autres études, et de cette controverse il di. ne retenant que les quelques parties qui se trouvent sur 4 le passage de notre cheminement, je maintiens que lorsqu’un fils parle mal, pense mal de ses père et mère, un élève de son maître, il faut bien qu’ils aïent raison, 10 en un certain sens, quand même ils auraient tort, il à. faut bien qu’ils disent vrai, en un certain sens, quand on. même, inconsciemment ou sciemment, ils diraient faux, 1 ils feraient ou commettraient erreur. Car s’ils disent \0 faux, s’ils se trompent ou s’ils trompent en ce sens que ( leur auteur n’était point comme ils se le représentent ou À 1 comme ils nous le représentent, par conséquent en ce 0. sens que la représentation, que l’image qu’ils ont ou à qu’ils donnent de leur auteur n’est point exacte, conforme SHAAES à la réalité, quand un fils parle, pense mal de son père 1! charnel ou de son père intellectuel, en dernière analyse 4 il a raison, il dit vrai, en ce sens beaucoup plus intéres- sant, beaucoup plus profond, infiniment plus réel, étant 104 infiniment plus vivant, que ce père et que cet auteur ) mérite profondément que nous ayons de lui, réellement, ne il que notamment ses fils et que ses produits eussent de lui cette image et cette représentation, puisque juste- Ne: À ment il a cette tare, profonde, puisque précisément “. il a véritablement commis ce crime, d’avoir une descen-; : dance qui en viendrait à parler mal, à penser mal de

Le _Ini. En ce sens toute accusation portée contre un père Du. À par ses fils porte, car il est coupable au moins de ce crime le plus grave, le plus essentiel de tous: préci- à sément au point de vue de la paternité, de la descen- dance, de la génération, de la filiation: d’avoir pro- duit des fils qui porteraient cette accusation contre 1 lui, qui porteraient la parole contre lui, ou obscurément

qui porteraient la pensée. Lever la main sur son père, “AN

disaient les vieilles gens. Lever la parole sur son père, 4 dirons-nous, et simplement lever la- pensée. Tout

4 père sur qui son fils lève la main est coupable: d’avoir

fait un fils qui levât la main sur lui. Réservant donc, “18

laissant donc de côté cette question générale de savoir À à quel point et dans quel sens l’auteur sera généra-

lement responsable de ses produits, nous nous en tien- drons pour cette étude que nous avons commencée à

cette constatation que nous avons faite que, au sens que

4 nous avons dit, toute inscription prise par un descendant

4 contre un ascendant est valable, par elle-même et

  • par cela même, et qu’elle est en ce sens une in- scription éternelle. Très exactement et limitativement en ce sens que l’auteur est coupable, comptable et responsable de ce qu’il soït sorti de lui un produit qui ne le respecterait point. En ce sens, toute allégation +54 à À sortie de la descendance remonte infailliblement jusque LV. dans l’ascendance, au cœur de l’ascendance, et vaut. . Elle a une valeur d’interprétation, de signification, de
  • signe, de symbole, et aussi et surtout de représentation, Ne une valeur symbolique infiniment plus importante, plus 4 intéressante, plus dangereuse qu’une valeur directe, et,

pour qui sait, plus redoutable. Elle a une valeur délé- guée, qui remonte à l’auteur de sa délégation. Rien “00

n’est mortel pour une ascendance comme ces témoi- ï gnages de tare intérieure qui sortant pour ainsi dire de À ne l’intérieur même de la race remontent vers le passé des Du; profondeurs inconnues de l’avenir. D’un avenir qui À 5 pour eux était l’avenir et qui pour nous est devenu me. rapidement le présent. Car on vieillit, vite. Rien n’est À 0 mortel pour une mémoire comme ces lèpres qui partant du bourgeon censément le plus éloigné ressortent, ayant remonté par un cheminement intérieur à rebours, jusque sous l’écorce du tronc. Singulière, mystérieuse à broussement de l’arborescence qui par la canalisation il ï de la sève remonte obscure du plus petit bourgeon le” 1 plus éloigné, le plus inaperçu, jusqu’aux artères maïi- tresses du tronc, premier, des grosses racines, pre- à mières, éclatant et crevant de l’écorce, comme éclate- rait et crèverait une maladie de peau de l’arbre, à manifestation et témoin de la tare intérieure inex- D. piable. Cette sorte de reniement à distance, et par à soi-même, cette sorte de reniement par soi-même à 4 distance, par soi-même représenté par un autre, soi- ï même, par un autre sans doute, mais enfin par celui qui. 34 à cette date aura peut-être ou paraîtra peut-être seul 2 avoir qualité pour vous représenter, pour parler en à ï votre nom, pour être vous, en ce temps-là, par celui qui peut-être aura seul, en ce temps-là, la parole, et qui la portera, cette renégation est le plus épouvantable châti- à ment, temporel, qui puisse atteindre un auteur, véreux; À 10 c’est un châtiment automatique, mécanique, une preuve, par le fait posthume ultérieur, qu’il est véreux, en effet, A qu’il avait une tare secrète intérieure, qu’il avait réussi il jai à masquer aux regards de ses contemporains, qu’il

De. » n’avait peut-être pas vue, qu’il ne connaissait peut-être Ai

pas lui-même, que ses proches les plus proches ne con- naïssaient point, qu’il réussissait peut-être à se masquer (24

à lui-même, inconsciemment ou consciemment, inno- cemment ou non, mais qui, par le seul événement du temps, par le seul écoulement de la durée, par le seul

développement, par la seule floraison, par le seul bour-

geonnement, par la seule arborescence et par le

seul éclatement de la race comme un poison non pas

inoculé mais indigène et qui se révèle enfin, qui se

décèle ouvre enfin la tige, se fend à l’extérieur, ouvre

au dehors les secrets anciens, brusquement jaillit

! en une postérité, en un peuple d’accusateurs. Il y

a un phénomène singulièrement poignant, une

sorte de réponse, moderne, à cette opération, qui

était capitale chez les anciens, de la malédiction pater-

nelle. C’est une sorte de malédiction filiale, qui ( remonte. C’est vraiment une opération réciproque,

homothétique, antagoniste, de l’ancienne malédiction paternelle. Cette ancienne malédiction paternelle était PRE une opération qui sommairement consistait en ce que que É le père faisait appel, contre sa propre descendance, et LE

avec une autorité d’autant plus puissante que c’était lui

. le père et que c’était sa propre descendance, par une ; application, par un retournement de son autorité pater-

nelle, par une application retournée, dans l’insuffi- es sance de ses moyens paternels propres, à des puis- sances extérieures. Symétriquement cette nouvelle malé- diction filiale, cetle réprobation moderne est une opération qui consiste à ce que le fils prouve, et . réprouve, contre le père, et avec une autorité d’autant plus poignante et d’autant plus monstrueuse que c’est

40 celui-là est son propre père et ten RAS cela: à des puissances 11,70 Pate: traire, à des AU EN intérieures, aux TU lui sont com- cisément aux pul: nas 1 profonde ù communauté, puisqu’il ni génération, et cesont elles … par une trahison monstrueuse, 11 qu’il retourne contre lui, par un lonté,sansinten HA: ise volon! ni À ne sans effort pourtant, sans mauvais suffit qu’il tion, sans volonté peut-être des puissances À 1 min agisse par une simple mani Hipas tion du IAE Et c’est ce qui fait cette; 1 qu’elle n’est point ni aître pour triom- A. : lue. Qu’elle n’a qu’à par 1 d’être voulue. là, de l’ancien au moderne, un LUM: ement du sen ne retournement, tout un xhperS est plus le sang des. 4. minent les responsabilités. Ce 7 es, qui retombe sur ne pee en: sang des ebfante : 0 les enfants; c’est éinés: rémonté versé, à iginelles, et qui avoue, qui dénonce sa source, qui) trahit je réprouvé dans ses isième et jusqu’à la ving 1 (1 génération. Mais c’est la jusque eds 1 contraire qui remonte et À cette ation ne à de l’auteur cette contre-malé contre-indication ( Un Vanne Quand un fils parle mal à ère, je suis blessé dans mes sentim +4 118 de ses père et mère, AU

les plus profonds, j’ai l’impression d’une impudeur, peut-être la plus grave de toutes, et d’une indécence; mais moderne je l’en crois: car ils sont coupables, d’avoir ce fils, qui dît cela. C’est toujours une mauvaise note, pour une maison, que d’être divisée . contre elle-même, et que de recevoir perpétuellement? des démentis intérieurs. Mais nulle note n’est aussi mauvaise que pour un père d’avoir introduit dans le monde sa propre condamnation, elle-même intérieure.; Car si une maison divisée contre elle-même périra, que sera-ce de cette division à distance qui anime contre un auteur aboli des descendances de tares et des survivances de responsabilités, qui anime contre un auteur, à l’heure même où il ne peut plus se défendre et protester, des protestations dès lors indiscutables et qui jamais plus ne seront discutées. Il y a un phénomène moral troublant du même ordre que le phénomène moral si connu et pour ainsi dire parallèle à ce phénomène moral si connu, sur le- quel nous ne pouvons pas nous arrêter aujourd’hui, par lequel un bienfaiteur est toujours, en un sens profond, responsable d’une ingratitude consécutive. Comme il à a fait le bienfait, il a fait l’ingratitude aussi, dedans le À bienfait; il a fait un bienfait véreux, déjà tout rongé en dedans du ver d’ingratitude, au moment originaire : même, au moment où il naissait bienfait. Et, à dire je 4 vrai, la responsabilité de l’ingratitude ultérieure n’est 1 elle-même qu’un cas particulier de cette sorte de respon- , sabilité générale que nous avons rencontrée sur notre chemin, car le bienfaiteur, l’auteur d’un bienfait, est; aussi, est en cela même l’auteur de celui qui recoit le

11% mot d’auteur, que je crois que j’ai reconnu dans un

Ils sont coupables, d’avoir ce fils, qui parlerai 710 ainsi. En ce sens et dans cette mesure quand les mo-

00 dernes, héritiers innombrables de Renan, eux-mêmes

NE introduisent dans le débat une certaine idée de Renan, 10 qu’ils ont ou qu’ils font semblant d’avoir, — et qui. d’ailleurs est en elle-même vraie ou fausse, — par le jeu 13 de cette singulière équivalence que nous avons dite, par; DU: l’opération de ce singulier report de responsabilité, que de nous avons approfondi un peu, nous pouvons, nous! 0 devons les en croire, et l’auteur lui-même Renan est 118 responsable de cette idée, füt-elle grossière, qu’ils ont À 104 - de lui ou que du moins ils manifestent. Les grossièretés que les modernes ont prêtées à Renan, qu’ils ont vues

4 ou qu’ils ont mises dans Renan, quand même elles n’y 1 seraient pas, — quand même elles n’y seraient pas textuellement, ofliciellement et présentement, — elles y! « 4 sont tout de même, elles y sont profondément, d’autant plus réellement, cela équivaut, cela fait une équiva1 lence, revient au même que si elles y étaient, ou, comme … À ù disent les scientifiques, mais en un sens beaucoup plus FER réel, fout se passe comme si elles étaient, ou plutôt 40 elles y sont réellement, plus réellement que s’il avait;

10 mis ces grossièretés en épigraphe, étant plus profondes, 310 qu’une épigraphe, car il faut, pour qu’aujourd’hui elles sortent et manifestent, qui ait fait, qu’il ait eu, qu’il CONS ait commis cette grossièreté beaucoup plus profonde, ni . cette grossièreté essentielle, cette grossièreté mère d’avoir donné la naissance à ce peuple de grossiers qui

  • Jui attribueraient un jour ces grossièretés, qui seraient A He) assez grossiers pour les lui attribuer; en ce sens et dans ne.;
  • cette mesure la cérémonie de l’inauguration du monu- ES
  • ment de Renan à Tréguier elle-même, bien qu’elle soit à ni en un sens tout ce que l’on peut imaginer de plus
  • étranger, de plus hostile même et de plus contraire au #4 caractère, au style, à la personnalité même de Renan, par aïlleurs en cet autre sens elle n’est que le cou- 3% . ronnement de toute une vie et de toute une mémoire, 7 de toute une postérité, la mémoire prolongeant la vie “14 , et la postérité prolongeant la mémoire, elle n’est que le A. point d’aboutissement d’un cheminement continu dont le L. a
  • point d’origine était à l’intérieur de Renan lui-même et Ne à quine devait éclater pleinement qu’à cette date; après lui; encesenset à ce point Renan est responsable des grossiè-.*a retés modernes ultérieures, y compris toutes celles qui RCA . culminèrent dans cette gouvernementale cérémonie; en Nr: ce sens et dans cette mesure, nous proposant d’analyser, 4 d’interpréter, de lire ce livre de fondation de la super- ne stition de la science moderne que fut l’Avenir de la en » Science, nous ne pourrons pas négliger, nous ne devons
  • pas un seul instant perdre de vue les explications, les à kb. lectures, les interprétations, fussent-elles grossières, Eee qui nous assaillent montant de toutes parts de ces Nous ne devons pas perdre de vue l’explication par Ra: l’intérêt. D’une part c’est une explication qui est vraie De:
  • en elle-même. D’autre part, et ceci est presque plus {70 intéressant, c’est une explication qui est vraie comme. ‘va représentation d’une tare ancestrale intérieure. Ainsi 1:10

entendue, en ces deux sens, au sens intrinsèque, et au À , sens d’une représentation de la responsabilité, cette À

explication par l’intérêt est nécessaire, mais elle ne ‘il suffit pas. Elle est même fort loin d’être suffisante. À Nous ne devons pas perdre de vue l’explication par l’habitude. D’une part c’est une explication qui est 4 vraie en elle-même, même au sens grossier où nous la proposent les gens qui en sont les incitateurs. D’autre

part, et ceci est décidément plus intéressant, c’est une

explication qui est vraie comme représentation d’une

4 tare ancestrale intérieure. Ainsi entendue, en ces deux sens, au sens étroit intrinsèque, et au sens étroit d’une: représentation de la responsabilité, cette explication par l’habitude est nécessaire, mais elle ne suflit pas. Elle est même fort loin d’être suffisante. Mais dans leur commune exactitude générale en ces deux sens, dans leur nécessité générale commune en ces deux sens, dans leur commune et générale insuffsance en ces deux sens, dans leur étroitesse et dans leur faiblesse même ces deux explications, l’explication par l’habitude et l’explication par l’intérêt diffèrent profondément, apportent, présentent d’elles-mêmes une différence profonde en ce sens que la deuxième, l’explication par l’intérêt demeure, comme il fallait s’y attendre, puisque c’est une explication par l’intérêt, une explication étroite et infertile, tandis que la première, l’explica-

tion par l’habitude, étant une explication d’origine organique et particulièrement psychologique, ouvre, à

qui veut remonter à sa source, tout un courant, tout un … fleuve d’explication beaucoup plus intéressante et beau- À coup plus profonde. Je retiens cette explication par l’habitude. Mais je ne . la retiens pas seulement, je ne l’entends pas seulement en ce double sens étroit, au sens d’une êxactitude directe, et au sens d’une représentation de responsabilité paréquivalence. Nous ne l’entendrons pas seulement en ce double sens étroit, mais je lui restitue toute sa force … première, toute sa puissance et sa singularité originelle. Oui c’est par habitude que Renan continuait, c’est par habitude que Renan a mis ou a laissé dans ses œuvres;

  • tant d’expressions de la vie spirituelle, et que même il a fait expressément plusieurs œuvres qui sont proprement des œuvres de la vie spirituelle, c’est par habitude : qu’il a continué comme il avait commencé; mais ce « n’était pas seulement par une habitude professionnelle, par une habitude de métier; c’était par une habitude beaucoup plus profonde, par une habitude intellectuelle, 3 intérieure elle-même, morale, mentale, psychologique
  • de toute sa psychologie, par une habitude organique, elle-même ancestrale. Par une habitude sentimentale en- fin, de toutes les plus profondes, et les plus essentielles. Ces mansuétudes mutuelles de l’Église et de Renan, ces échanges et ces communications de mansuétudes, et non pas seulement de politesses, par dessus nos têtes, ne peuventrecevoir une autre explication. Renan, depuis le com- …. mencement de ses ancêtres, et à plus forte raison depuis 4 son commencement à lui, ou pour parler exactement,, 1 depuis son commencement, depuis son ancien, depuis
  • son premier commencement en ses ancêtres et depuis

à é 14? son propre deuxième commencement en luimême avaît 1: 1 reçu, avait conçu cette habitude indélébile de parler, de “10, penser un certain langage de la vie spirituelle; non pas séminaire breton, depuis quelque petite cure de village :52 départemental, depuis son baptême et depuis quelque tr, destination à l’état ecclésiastique, mais de beaucoup LA plus loin, depuis les parents barbares etles plus anciens 4 ancêtres Cimmériens. Nul ne se détache entièrement de … Ni telles habitudes, ainsi entendues, ainsi reçues, ainsi No: conçues, aussi profondes, aussi organiques, aussi dr. tenantes à la vie elle-même, nul, à moins de couper sa ; vie, cette même vie elle-même, les racines de sa pensée,

1 de sa conscience, de toute sa vie, de toute son exis- 1 tence, de tout son être et de toute sa raison d’être,; 1 de sa personne et de ce qui est beaucoup plus profond à que même la personne. En admettant même que cela; nai: soit possible, ce que nul ne croira. Renan ne tenait 10 aucunemerit à s’en détacher entièrement ainsi, Ce serait une opération proprement monstrueuse; et Renan avait 0 assez de goût pour aimer le naturel en ce qu’il est tout: ennemi d’une opération monstrueuse. Et puis enfin il pensait à lui-même, à son avenir, à son intérêt, à son utilisation, à ses progrès, à ses intérêts, à sa réussite. Il avait pour tout cela, pour lui-même Renan, une no. attention inquiète, une douce et bonne et molle pitié, une : 4 piété même, une pitié piété ecclésiastique aux joues molles et flasques et redoublées, une tendresse pieuse, À : 08 une affection émue. aurait fait du tort à Renan, et de 4 il n’avait point un tel goût de l’injustice qu’il eût 51 consenti à faire du tort à Renan. Qui était un si bon À homme, et si intéressant. Cette opération aussi fait mal,

beaucoup de mal. Et n’ayant point l’âme insensible, il 7400 La eût fait beaucoup d’autres choses, plutôt que du mal; . à M. Renan. Renan n’avait nulle envie de couper:

. les racines qui alimenteraient la vie de Renan, la

… gloire et les talents de Renan. Ses bonnes et ses mauvaises qualités, qui étaient également nombreuses, nu. _. et qu’il aimait également, le défendaient également,

conspiraient à le garder contre toute tentation de . procéder à une opération aussi entière. Il faut voir, il faut un peu considérer quelle était alors la situation “24 à de Renan, sa situation mentale et surtout sa situation » sentimentale. Conservateur, profondément et nativement … conservateur, non point conservateur de la révolution, ns: comme ces autres, mais conservateur de la conserva- à tion, ennemi de toute nouveauté, de tout moderne, rie — carilest singulier, mais il est vrai, et d’ailleurs ce ne serait pas la première fois que ce phénomène se A serait présenté dans l’histoire, — que ce père de tous

  • les modernes était l’homme du monde le plus ennemi MA:
  • de tout ce qui ressemblait à du moderne, conservateur RH. par habitude elle-même et par naissance, né, demeuré Es conservateur, timide, pour ne pas dire peureux de tout (2 … changement, à plus forte raison de toute révolution, pe”
  • sociale ou simplement politique, et morale même ou #02 4 mentale, Breton certes et non point déjà Bleu de Bretagne, il conservait, il aimait toute habitude; et NE. 4 comme il aimait beaucoup Renan, par modestie, entre der
  • toutes habitudes, avec une prédilection singulière il 1140 … aimait, il conservait les siennes. Et quand même il ne ni 5% . les eût pas aimées et conservées naturellement et ._ par habitude, il était trop intelligent pour ne pas

ne alimentaire cette religion, qu’il allait quitter ou qu’il

venait de quitter, continuerait à fournir à la consom-

mation de son talent et ainsi à la préparation de sa

Les soldats, disait sensiblement l’ancienne théorie,

de procurent leur succès et préparent leur gloire, (de leurs

  1. chefs militaires). L’Église, dans ce système, le catholi- cisme, le christianisme recevait l’honneur de continuer;

2 à être chargé de procurer le succès et de préparer la à

Je gloire du chef exégétique.

D’une part il était assez intelligent, il avait assez le

sens des réalités, des conservations, des origines et

des alimentations pour savoir que généralement il est

il extrêmement dangereux pour un talent et pour une

À gloire de se couper de ses racines anciennes; cette

opération étant radicalement impossible, par définition,

1 pour un génie; lui particulièrement il était assez

dé. intelligent, il avait assez le sens de soi-même, de

son talent, de sa valeur, de ses moyens, de sa con-

servation, de ses origines, de son alimentation, de sa

1 continuation, de sa gloire à préparer, de ses limites

aussi pour savoir qu’à lui plus qu’à personne il était

à extrêmement dangereux de couper ses racines alimen-

taires. Car nul homme autant que lui n’était nourri de

à ses plus anciennes racines. Et il ne l’ignorait pas. Car

il était intelligent. D’autre part il connaissait parfaite-

1 ment tout l’avantage, toute l’immense supériorité que le

maintien d’une certaine vie spirituelle dans son arrière-

opération mentale, dans son arrière-pensée, traduit,

exprimé par le maintien d’un certain langage de la vie

à spirituelle dans son arrière-style, dans son arrière-

écriture, dans son arrière-langage, lui donnerait sur ses

nouveaux amis, Sur ses nouveaux partisans, sur ses à Et il n’est point certain, le malicieux vieillard qu’il ! avait toujours été, que de toutes les supériorités qu’il À prétendait obtenir ce ne fût point celle-là, cette*supé- riorité sur ses disciples et sur ses amis, et aussi sur ses survivants successeurs, qui secrètement ne lui fût pas à le plus agréable. Qu’on repense à un certain ton, pré- tendûment détaché, dont il parle de sa propre mort, et de la continuation des autres. Je me disais que le vieux manuscrit serait publié après ma mort. et que de ; peut-être viendrait pour moi un de ces rappels à l’attenx tion du monde dont les pauvres morts ont besoin dans la concurrence inégale que leur font, à cet égard, les Il y a deux sortes d’amis: ceux qui veulent l’em- È porter sur leurs amis, se faire supérieurs à leurs amis, commander à leurs amis, primer, dominer, exercer sur ; leurs amis une autorité de commandement, commander en gloire et commander en domination: ce sont les amis: selon le siècle, et, à dire le vrai, ils ne méritent même point, en aucun sens ni d’aucune façon, le nom d’amis; car ils sont ennemis au contraire, infiniment plus 3 ennemis que les véritables et les simples ennemis; les autres ne pensent pas même à se comparer à leurs amis, parce qu’ils savent que l’émulation même est mau- vaise et que ce que l’on nomme de ce nom d’émulation

0 n’est jamais que le déguisement de l’envie originelle et #4 4 de de la vieille jalousie; ceux-ci ne pensent pas à se faire 4 supérieurs, à exercer une autorité de commandement, Us. une gloire de domination: ils n’y pensent même pas; car ils pensent à se réjouir du bonheur de leurs amis; À ou plutôt ils n’y pensent même pas et c’est tout naturel pu: lement et spontanément, inconsciemment et bonnement, pi: sans y penser, tout communément qu’ils sont heureux no. dans le bonheur de leurs amis; tout innocemment; à ceux-ci sont les amis intérieurs, les amis selon la règle À de l’amitié, les véritables amis, les simples et les seuls qui soient dignes de recevoir ce nom d’amis. 18 il est malheureusement certain que Renan appar- tenait à la première sorte; comme il était devenu un À clerc selon le laïque, il avait toujours été un ami selon si le siècle; et voilà ce qu’il ne faut jamais oublier quand 1 1 on aborde, comme un livre plein d’enseignements et de renseignements, l’Avenir de la Science. Le « 9 4 Il y a deux sortes d’hommes, ceux qui veulent avoir A des partisans et ceux qui ne veulent pas avoir des tisans, ou du moins qui ne se proposent pas uniquement … « La d’avoir des partisans; les premiers veulent exercer une a autorité de commandement, une gloire de domination 4 sur des hommes qui ainsi deviennent des partisans et È par eux sur le reste du monde; ceux-ci sont les chefs de =. 11 parti; et il y a des partis intellectuels comme il y a des partis politiques; et les partis intellectuels, — politiques Le eux-mêmes, — sont beaucoup plus dangereux que les À partis politiques, — propres, — parce qu’ils atteignent:

l’homme beaucoup plus profondément; les autres ne Ne: A redoutent rien tant que de devenir hommes de parti, si ce n’est ce qu’ils redoutent beaucoup plus encore, ce à 4 qu’ils redoutent le plus: de devenir chefs de parti. il est malheureusement certain que Renan appar- tenait à la première sorte; la cérémonie de l’inaugura- ne tion du monument de Renan à Tréguier, accomplie 4 essentiellement comme une fête de parti, comme une cérémonie gouvernementale, n’a fait, en ce sens, que 4 traduire, comme un couronnement de fait, comme un À A aboutissement suprême extérieur, en un langage parti- 1508 culièrement grossier, une tendance, un esprit originel 2#4 intérieur invincible. Renan était profondément un s. homme de parti et ne demandait qu’à devenir un chef 4 de parti, de parti intellectuel et peut-être bien, Dieu ‘LR à aidant, de parti politique, — on n’a pas oublié sa can- 4 didature libérale indépendante sous l’Empire, en mai- “(04 3 juin 1869, dans une certaine circonscription de Seine-et- Marne, je crois que c’est dans la circonscription où il y avait Lagny, — et l’on ne sait jamais jusqu’où les ce hommes de ce temps et de cette génération, les intellec- 4 tuels d’avant le mot, les fondateurs et les pères intel- 4 lectuels, après et pendant les exemples retentissants de Lamartine et de Hugo, de tant d’autres, étaient ambi- 1 tieux, convoiteux non pas tant peut-être de la puissance plutôt il était d’autant plus volontiers un homme de {Kai À parti que c’est le bon moyen pour devenir ce qu’il ne demandait qu’à être: un chef de parti: voilà ce qu’il ne À faut jamais oublier quand on aborde l’Avenir de la URU Science: que ce livre est un livre de parti, un livre Le. 4 d’homme de parti, et, sourdement, un livre d’homme de

il parti qui ne demandaït lui-même qu’à se faire des par-

tisans, qu’à devenir chef de parti. Qui ne demandait pas seulement à devenir lui-même partisan, mais qui ne À

demandait qu’à se recruter des partisans, fonder un parti, se faire le fondateur et le chef, statutaire, d’un parti. Enrôler des jeunes gens, la plus vieille et la plus

chère ambition, la plus secrète convoitise ecclésiastique. à

Il y a beaucoup plus de ressemblance, beaucoup plus une toute proche, une étroite parenté entre l’ambition intellectuelle et l’ambition politique, entre les partis

intellectuels et les partis politiques, entre la passion du à

à commandement intellectuel et la passion du comman-

dement politique; ou plutôt il n’y a pas seulement des affinités, une affinité générale entre l’autorité du: commandement intellectuel et l’autorité de commande-

ment politique, il n’y a pas seulement entre elles deux ce goût singulier, cette convoitise commune, cet appétit

commun de toute autorité de commandement, si répandu dans nos démocraties, mais nous voyons par tout ce

; qui aujourd’hui se passe autour de nous que la convoitise de la domination intellectuelle est la même que la

convoitise de la domination politique, et du gouverne-

ment. Non pas seulement qu’elle en est un cas particulier, mais qu’elle est la même, plus approfondie encore,

ï infiniment plus inquiétante et plus dangereuse, étant

inquisitoriale et pour ainsi dire plus intérieure, étant

à plus essentielle et pénétrant aux racines mêmes des

; libertés intérieures, pour les’atteindre. Qui en douterait,

il n’aurait qu’à regarder un peu ce qui se passe autour

de nous. Car c’est pour cela, c’est par un effet de cette

Ù parenté, de cette unité, de cette continuité, de cette

identité, entre l’autorité de commandement intellectuel et l’autorité de commandement politique parlementaire et gouvernemental, que tant de jeunes gens autour de nous, et tant d’hommes faits, passent aussi aisément, et d’une marche continue, de leurs tentatives de domination intellectuelle, à des réalisations de dominations politiques. Tout le parti jaurésiste notamment est ainsi fait de vieux jeunes gens intellectuels, particulièrement de vieux normaliens célibataires vieux jeunes gens intellectuels bien conservés qui vendraient leur âme premièrement pour ne pas faire leur classe, dans un département, deuxièmement pour exercer, pour chiper une parcelle de pouvoir politique sur les serviles Fran- ; çais. Il faut croire qu’il y a dans l’exercice de la domination politique une jouissance, une sorte de délice aux hommes de travail et d’œuvre. La preuve en serait encore dans la facilité, dans la continuité avec laquelle nous voyons que partout autour de nous les partis intellectuels, eux-mêmes, considérés globalement et comme partis, les partis intellectuels tout faits, les partis intellectuels en bloc deviennent des partis politiques, se transforment en partis politiques, ou plutôt, car c’est leur véritable, leur intérieure et leur finale forme, se forment, s’informent en partis politiques. Et particulièrement enfin, et individuellement, c’est pour cette raison que nous avons depuis quelques années et que nous voyons tous les jours autour de nous davan-; à tage tant d’intellectuels, — tant d’universitaires, notam2 ment, — aussi aisément, aussi continûment devenir des 4 politiciens, notamment se porter candidats aux élecke tions parlementaires, et quelquefois y réussir, — je ne

+4 parle pas des élections municipales, — ce qui ne leur je fs. 113 arriverait jamais, et dont ils ne courraient aucun Eure risque, s’ils étaient proprement, purement des intellec- 4 tuels. On croyait, ils croyaient peut-être eux-mêmes qu’ils étaient des intellectuels, de purs intellectuels; ils 47 parlaient de la politique avec un certain dédain, sur un; ne certain ton; ils étaient des messieurs intellectuels, des /. 1 professionnels de l’intellectualité: au premier usage, au 4 premier voyage on les découvrait, on les reconnaissait 1% et eux-mêmes ils se découvraient, ils se reconnaissaient, ils se saluaient politiciens dans l’âme, politiciens de vieille date et de vieille souche, familiers et vieilles À . troupes de la politique, politiciens chez eux et à la coule, politiciens d’avant toujours et non pas même seulement par vocation, mais politiciens nés, — égarés, : passants, véritablement étrangers aux pays propre- 1 ment intellectuels. Sans avoir jamais rien appris de la 0 politique, d’instinct ils la savaient toute, la politique. Car ce n’est point par une conversion, ni par un saut, mais c’était par un passage immédiatement continu, ou 48 plutôt c’était par un retour sur soi-même, par une ren- he, trée en soi-même et dans leur véritable nature, par une retrouvaille de soi qu’ils se rendaient de leurs prétendus à é pays de travail intellectuel à leurs véritables patries De cette connexité de la domination intellectuelle et 10 de la domination politique, parlementaire gouverne-? “4 mentale, venue de leur profonde unité, manifestation à extérieure, déjà grossière, et un peu superficielle, de 14 leur identité même, de leur communauté de source pro- À

fonde comme étant une communauté de vice, nous à venons justement d’avoir une illustration la plus écla- tante. Il avait été mille fois entendu, promis, juré, mis sur les programmes, ce qui n’est rien, mis sur les à affiches, dans les journaux, dans les brochures, dans lesrevues, dans les livres, dans les déclarations et dans les pactes, les plus solennels, qu’aussitôt que le parti intellectuel serait parvenu au gouvernement de la Répur- À blique, à la domination de l’État, son premier soin serait d’assurer la neutralité, philosophique, religieuse, l’État de cette République. Il ne devait plus y avoir ni philosophie d’État, ni religion d’État, ni métaphysique à d’État. De même qu’après le triomphe du dreyfusisme il ne. 1 ne devait plus y avoir de raison d’État. ne Il faut à ce titre considérer comme un des plus grands événements du temps présent non point le discours de M. Viviani, le nouveau ministre du travail, récemment “5 .: affiché sur nos murs, mais tout un passage de ce Un peu déshabitué de la tribune après, je crois, huit A années d’absence, demeuré juvénile, très allant, et ami 5 de la période oratoire et de la littérature éloquente Due 7 parlementaire, an besoin fleurie, le nouveau ministre du 1% nouveau ministère a fait ce que n’eussent point fait À beaucoup de ses nouveaux collègues, beaucoup de ses amis, politiques ou amicaux, ce que n’eût point fait un ner È homme infiniment plus avisé comme son collègue de .! llnstruction publique et des cultes, un homme ïinfF niment plus délié comme son collègue de l’Intérieur et président du conseil. ‘is à Ce que ni Briand ni Clemenceau n’eussent fait jamais,

: c’est précisément cela que M. Viviani a commencé par wi, faire, s’est empressé de faire pour son commencement de ministère, pour son installation, et aussi pour sa rentrée à la tribune: démasquer ses batteries, parlant au nom du parti intellectuel, révéler, dénoncer, victo- rieusement annoncer l’arrière-pensée du parti intel- à Un très grand nombre d’intellectuels avaient déjà mangé le morceau. Maïs aucun d’eux n’avait jamais NE encore parlé au nom du gouvernement, officiellement et À comme étant un membre du gouvernement.: Les catholiques avaient souvent dit que telle était 4 l’arrière-pensée du parti intellectuel, et même une pensée qui n’était plus arrière du tout. Mais ils avaient tant menti, comme parti politique autoritaire, quand ils étaient eux-mêmes le parti de gouvernement, que l’on Ù ne pouvait croire qu’ils dissent vrai depuis qu’ils étaient devenus non point tant une minorité, au moins électo- À rale, persécutée, qu’une minorité, au moins électorale, destinée, dans l’intention du parti intellectuel, à subir 4 la persécution. Pour la première fois depuis que Renan a jeté, a posé les tout premiers tracés des statuts de la domination du parti intellectuel un ministre de la République, un secré- taire d’État, parlant officiellement et formellement en son nom et au nom du Gouvernement à la tribune de la Chambre, aux applaudissements d’une immense majo- (1 rité, dans le silence mal averti. de toute la minorité, applaudissements ratifiés et silence souligné par un affi- chage voté lui-même à une énorme majorité, pour la première fois un membre du Gouvernement est monté

: proclamé, solennellement, non seulement que le parti intellectuel se proposait d’asseoir sur le monde une mais même qu’il y avait réussi pleinement. Cette déclaration, officielle, cette solennelle procla- : mation est d’autant plus intéressante, si elle n’était pas d’autant plus imprévue, que M. Viviani n’étant point à proprement, originairement, un intellectuel, on peut 3 considérer cette annonciation comme la manifestation, à comme le manifeste d’un ralliement, d’autant plus signi-, ficative. M. Viviani a vraiment porté la parole pour le parti intellectuel, s’est vraiment fait le porte-parole du Cela n’a pas suffi, a dit le nouveau ministre, et alors

nous nous sommes attachés à une œuvre d’anticléri-

calisme, nous avons arraché de l’âme du peuple la croyance à une autre vie, à des visions célestes déce-

vantes et irréelles.

« C’est ici, dit à son tour le Matin, que le talent de

M. Viviani a trouvé sa preuve, si tant est qu’il eût

besoin de preuve. Car pas une protestation ne s’est élevée à droite quand le ministre du travail a dit cette ù chose formidable, formidable si lon songe que c’estun ministre qui l’a dite, même après la loi de séparation. » Je vous crois, Ô Matin, que ce fut formidable. Vous ‘avez la langue trop longue, vous aussi, comme un ministre du travail, ô courriériste parlementaire, simple journaliste officieux. Oui je vous crois, Ô journal et jourh naliste, que ce fut formidable, même et surtout après la loi de séparation. Car cette annonce fait tout le contraire

d’une séparation. Nous ne saurionstropnous applaudir ; ici que le grand journal du matin ait été plus perspicace à ne +30 que nos députés parlementaires. Qui ne semblent point s’être alors aperçus, alors ni depuis, que ce fût formi- dable. Pas même ceux de la droite, qui n’ont protesté que ; par habitude fatiguée, sans conviction. Ils sont telle- À ment gauches et mal habitués de n’avoir plus le gou- vernement qu’ils ne savent plus rien reprocher au gou 1 Une déclaration ministérielle aussi officiellement, aussi 108 souverainement faite à la tribune, dans une séance À aussi pleine, aussi attentivement attendue et suivie, une 150 proclamation faite par un ministre dans ces circon- stances et dans ces conditions, dans tout le plein exer- À cice de son ministère, a par tout cela même une pre 100 mière solennité, une première valeur de solennité. Une déclaration ministérielle faite pour la création d’un ministère, dans toute la pleine et solennelle inau- guration d’un ministère, d’un département ministériel nouveau, a comme une deuxième solennité, une deuxième :30 valeur de solennité. Parce qu’elle marque un com- À Une déclaration ministérielle aussi solennellement 1008 affichée, — si prodigue d’affichages que la Chambre se fée soit montrée en ces derniers temps, et qu’ordinairement À elle se montre au commencement d’une session, — par le fait d’un vote aussi marqué, par l’effet parlementaire LE 24 des suffrages d’une aussi importante majorité, a commé une deuxième double solennité, une deuxième double 14 valeur de solennité. Elle n’engage plus seulement l’au- Je torité ministérielle, gouverneméntale et la responsabi-; lité. Elle engage tout ensemble, tout également, l’auto-

…_O rité parlementaire et législative et la responsabilité. La À Chambre s’y engage, formellement, et non plus seule- +23 ment le ministère. 1 « M. René Viviani, ministre du travail. — Nous avons 4 dit à l’homme qui s’arrête au déclin du jour, écrasé sous le labeur quotidien et pleurant sur sa misère, nous Re.

lui avons dit qu’il n’y avait, derrière les nuages que +.

À poursuit son regard douloureux, que des chimères à À à À célestes, et d’un geste magnifique nous avons éteint, dans le ciel, des lumières qu’on ne rallumera plus. ne on « Maintenant, l’œuvre commence aujourd’hui; car que à

4 répondrez-vous à l’homme, à qui nous avons arraché sa 4 1% foi, à qui nous avons fait le ciel vide, qui reste humilié

tous les jours par le contraste qui fait de lui à la fois +0

Je ne le lui fais pas dire. Et enfin plus loin

A ceux qui disent qu’un pays sans idéal religieux est

; en voie de décadence, répondez qu’un pays n’est pas en

4 décroissance s’il augmente la valeur morale et sociale

4 de l’individu. ES

À Je prends ce texte dans le Matin du vendredi9, À à.

  1. novembre, et je crois que je puis l’y prendre sans dan- ; ger, s’il est vrai que Le Matin est devenu l’organe off-

cieux de ce nouveau gouvernement à un point que l’on

04 n’avait jamais atteint peut-être. Il n’est donc point sus-

À pect d’avoir voulu jouer un mauvais tour au nouveau F. De

. ministre. Il ne tend au contraire, tout son effort ne tend, #4

4 dans ce numéro et dans les numéros environnants, tout son effort, toute sa combinaison, toute sa présentation, 1 ne tendent qu’à le faire mousser, comme ils disent. Ils appuient dans son propre sens. Tout permet donc de à ; croire que nous avons ici, dans le Matin, le texte origi-! naire, le texte premier et le plus exact.

ne Même texte dans le Petit Temps daté du même jour au soir, ce qui beaucoup plus simplement me fait croire

que ce texte est tout bonnement le texte analytique distribué aux journaux, par les services officiels je crois,

1 même texte, — sous cette réserve cependant, et ce à Ne détail m’intéresse, qu’après la phrase des becs de gaz qu’on ne rallumera plus, après les applaudissements prolongés à gauche, le texte du Petit Temps porte à Vives réclamations à droite. J’ose conjecturer que ce 4 n’est point le Petit Temps qui a inventé ces Vives récla- mations à droite, qu’elles étaient en effet dans le texte, A que la droite s’est tout de même aperçue qu’on venait: À de lui dire quelques mots, et que c’est le Matin qui les À a supprimées, sans doute parce qu’elles tenaient de la à place, peut-être parce qu’elles offusquaient la magnifi- cence du geste de l’éteigneur. Car enfin: Comme enfin une innovation dans le mouvement ne peut jamais aller sans une innovation dans la forme . correspondante, et réciproquement, il faut noter que c’est ici aussi la première fois depuis que le monde existe qu’un romantique nous présente comme étant à magaifique un geste qui consiste à éteindre des lu- 14 mières. d’un RENE RARES nous avons éteint, dans le ciel, des lumières qu’on ne rallumera plus. Ceci est nouveau, dans le verbe, et cette nouveauté dans le verbe ne fait que souligner, représenter,

comme il arrive toujours, une correspondante nou- veauté, dans le geste, une innovation du geste lui-: à même. Le vieux père Hugo et à sa suite un nombre incalculable de romantiques avaient bien fait profession de tirer pour la joie de nos regards et pour l’éblouisse- ment de nos yeux un nombre incalculable de métaphores du pacifique métier d’allumeur de réverbères, devenu avéc le temps et par le progrès de la civilisation le mé- de becs de gaz. Hugo menant la grande bande et “4 sarabande des romantiques nous avait bien habitués à cette spécialité de métaphores. Et dans la grande il en avait tout un rayon. Mais ils nous avaient. habitués aussi à distinguer nettement entre les deux parties également honorables de cet honorable métier. Les allumeurs de becs de gaz allument quand il faut. Mais ils éteignent aussi. Quand l’heure est venue. ne. Les grands romantiques avaient soigneusement distin- gué, trié entre ces deux opérations, ces deux parties à du métier de cette honorable corporation. Retenant pour eux les fonctions d’allumeurs de ces becs de gaz que dans leurs métaphores ils nommaient générale- à ment étoiles, soleils, phares, et autres rimes glorieuses, à cause de fanfares, ils réservaient dédaigneusement et haineusement, d’une haine au moins romantique, la deuxième opération, l’opération contraire, d’éteigneur de ces mêmes becs, pour les rois, les prêtres, les papes, et autres princes de la nuit. C’est alors que Hugo faisait rimer ombre avec sombre, et ensuite ombres avec sombres, et quelquefois, plus heureusement, avec

40 décombres, car il n’était pas comme nos jeunes hommes, que je ne veux point appeler des jeunes gens, pour dus ne point me faire assassiner, et il respectait la règle 71. du pluriel. C’est alors qu’il faisait sortir et qu’il fai- :10 sait donner les rimes des ténèbres. Les esquadrons 0 volans des hussards de la mort. Hugo, lui person- 10 nellement, en avait-il assez allumé, de lumières, et 10 ses damnés ennemis en avaient-ils assez éteint. Il sui-

vait ainsi le bon sens d’ailleurs, comme il faisait vent, le sens vulgaire, le sens commun; qui faisait sa Ne force; car ces hommes, ces fonctionnaires, ces ouvriers ne municipaux, ces honorables syndiqués nos maîtres, 14 qui également allument et également éteignent, nous- 110 mêmes, nous les nommons allumeurs seulement, allu- : meurs de becs de gaz; par une espèce de pudeur et de révérence; et nous n’avons point la pensée de les nom-

mer au contraire éteigneurs; bien que ce fût juste et ni que ce soit également leur métier, l’autre partie, la à partie contraire de leur métier; ni tout au long de leur à 108 titre messieurs les allumeurs puis éteigneurs de becs À de gaz; comme le demanderaïit une saine logique, 1 équitable; nous aurions honte, pour eux, de les nommer ni éteigneurs de becs de gaz; nous préférons, si je puis à dire, laisser eela dans l’ombre. Pour la première fois 11 dans l’histoire du verbe, dans l’histoire de la métaphore Ne ï française, et peut-être de toute la métaphore, la vieille et 1 toujours bonne métaphore vieille et jeune romantique

+141 a été retournée. Il s’est trouvé un homme assez hardi,

A un révolutionnaire pour faire cela. Et c’est le contraire, à c’est le geste de l’éteigneur qui a été hautement revendi51 qué parle poète comme un geste qu’il a proclamé magni- 45 fique. Il y a un événement d’une portée incalculable.

: Nous lui avons dit qu’il n’y avait, derrière les nuages . que poursuit son regard douloureux, que des chimères À célestes, et d’un geste magnifique, nous avons éteint, dans le ciel, des lumières qu’on ne rallumera plus. nn: Mais nous-mêmes aujourd’hui soyons historiens. À nous la confrontation des textes. Faisons jouer l’appa- reil critique. Reportons-nous au Journal officiel, nu- à méro du même vendredi 9 novembre. Non point que le À te texte du Journal officiel soit de soi un texte plus à authentique. Souvent au contraire il est moins authen- tique, étant le texte que l’orateur a revu plus à loisir,; ; qu’il a corrigé sur épreuves, qu’il a établi à tête plus LOIR : reposée. Ainsi le texte du Journal officiel, qui est celui #04 4 que l’on affiche en cas d’affichage, loin de donner , authentiquement, au sens de réellement, ce qui a été dit en séance, ne le donne que authentiquement au es. : sens de officiellement et non point au sens de réelle-; ment. Nous n’avons point ce qui a été dit réellement 1208 en séance, mais ce que le soir, lisant ses épreuves à À l’imprimerie, ou dans un bureau, l’orateur veut qu’il soit publié officiellement qu’il ait dit. le texte du Journal officiel, pour le passage que 4 nous avons retenu, est non seulement plus complet, ce pe: qui est naturel, mais plus explicite encore et plus À marqué que ce texte que j’ai conjecturé être un simple texte analytique. Et de cette explicitation et de ce {0 marquage on doit féliciter également et l’orateur et ne: le ministre. On doit aussi l’en remercier. Avec Lui 4 au moins nous savons je ne dis pas seulement même 3% où nous allons, car lui-même il ne parle qu’au “ré passé, mais où nous sommes allés, où nous sommes

1324 Cela n’a pas suffi. Tous ensemble, par nos pères, par 11 nos aînés, par nous-mêmes, nous nous sommes attachés à a dans le passé à une œuvre d’anticléricalisme, à une œuvre d’irréligion. Nous avons arraché les consciences 10 humaines à la croyance. Lorsqu’un misérable, fatigué; 010 du poids du jour, ployait les genoux, nous l’avons 4 1 relevé, nous lui avons dit que derrière les nuages il Ni 4 avait que des chimères. Ensemble, et d’un geste Que: magnifique, nous avons éteint dans le ciel des lumières La 1 qu’on ne rallumera plus! (Vifs applaudissements à 0 gauche et à l’extrême gauche) Les applaudissements sont devenus vifs, de prolongés on: qu’ils étaient, et ils se sont étendus à l’extrême gauche; 1108 mais les vives réclamations à droite sont tombées, à 50 comme dans la version du Matin. C’est une compen- Quw’est-ce que vous voulez répondre, je vous le deM; mande, à l’enfant devenu un homme qui a profité de De. l’instruction primaire complétée d’ailleurs par les

ne œuvres postscolaires de la République, pour confronter 11 sa situation avec celle des autres hommes? Qu’est-ce

35 que vous voulez répondre à un homme qui n’est plus

un croyant, grâce à nous, que nous avons arraché à la

foi, à qui nous avons dit que le ciel était vide de justice

Rs. (Applaudissements à l’extrême gauche et à gauche)

quand il cherche la justice ici-bas?

À M. Lasies. — Très bien! très bien!

1 ceux qui disent que la hardiesse dans les réformes

sociales précipite un pays dans la décadence économique

et financière, qu’un pays n’est jamais en décroissance

quand il augmente la valeur morale et la valeur sociale

de ses enfants! (Applaudissements)

Ici la variante. est importante. Mais la déclaration de

prise du pouvoir du parti intellectuel est alors assez à

acquise. Que ce soit le parti intellectuel qui soit entré

dans le pouvoir, ou plutôt, ici du moins, le pouvoir qui

soit entré dans les vues du parti intellectuel. On com- à

prend que M. Lasies ait trouvé que c’était Très bien!

très bien!

Dans le grand grand discours du lendemain, même

vendredi, et qui reçut également les honneurs de l’affi-

chage, bien qu’il dît très exactement le contraire, et

même qu’il fût fait très expressément pour cela, qui

reçut tout de même les honneurs du même affichage,

car affichage parlementaire sur affichage parlemen-

taire vaut, un homme d’État infiniment plus homme

d’État, un homme de gouvernement infiniment plus sou- À

cieux de ses responsabilités, un homme aussi infiniment

plus habile et plus avisé, sinon plus souple, un homme

; dont nous avions mesuré depuis dix ans dans les congrès (ae

4 socialistes, mais dont les partis bourgeois ne connaissent

1 que depuis quelques années le prodigieux talent parle-

4 mentaire, un homme qui est réservé peut-être aux À

fortunes parlementaires les plus hautes, et peut-être,

. dans ce genre, les plus méritées, un homme qui de rap-

à porteur premièrement de la loi de séparation en est 1 devenu par le fait et par sa propre prise de possession

comme l’auteur, au moins général, au point qu’on dira

Le peut-être la loi Briand comme on dit la loi Waldeck153 Rousseau, un homme qui d’ailleurs mesurait ainsi, lui aussi, sa propre responsabilité, un homme qui ménage 10: l’avenir, qui mesure l’avenir, qui escompte l’avenir, un De homme qui enfin travaille pour aujourd’hui, et pour : 4: plus tard, et pour beaucoup plus tard, et non pas seule- 15 ment pour aujourd’hui, qui ce jour-là aussi travaillait te 14 dans sa propre partie et dans le domaine de sa propre » 10 responsabilité où il est devenu compétent, qui avait 114 plus à parler en l’air et dans la zone des métaphores et À :<\e des lumières, mais qui avait la responsabilité d’agir ; dans la grise région des réalisations et des faits, le len- demain vendredi le ministre des cultes essayait de rattraper, autant qu’il pouvait, la déclaration procla- 110 matoire de M. Viviani. Sur l’administration des 14.. différent$ cultes, et notamment du culte catholique, sur; 0 la neutralité formelle de l’État en forme de cultes et plus profondément sur ce qui est représenté par cette ‘in neutralité formelle, sur la neutralité matérielle de l’État À en matière de religion, de métaphysique et de philoso- 1 phie, le ministre du-traitement-que-l’État-fera-subir-à-la- à Le prière, j’entends à la prière qui ne sera pas dite sur l’Acropole, a prononcé des paroles excellentes. Parlant 114 au nom de tout le gouvernement, et non plus seulement, 1 comme le précédent ministre, sur ce point, en son nom À 11%; personnel, et aussi parlant sur des résolutions de poli- je tique prochaine, pour des décisions de gouvernement immédiat, il a sensiblement réussi à dégager le gouver- Il a recloué au mur la vieille déclaration des Droits pi) à 1 de l’Homme et du Citoyen, que le précédent orateur, à dans son mouvement, procédant comme un simple

4 à congréganiste et comme un Vendéen, avait, somme +4 toute, foulée aux pieds. Décrochée de l’autre côté, foulée du pied gauche, mais enfin décrochée aussi, foulée +18 4 aussi au pied. Mais considéré comme une déclaration par adoption, par endossement, comme une proclamation de prise de l’a

  • pouvoir du parti intellectuel, ce discours de Viviani, dans FER ce passage que nous avons retenu, demeure entier. à Tout y est dans ce discours, dans ce passage; rien n’y manque, et pas même la destination, dans l’intention 1100 À du parti intellectuel moderne, de l’enseignement pri- à maire et des œuvres post-scolaires. De la troisième République, pour achever de parler comme eux. Hi. Faut-il rappeler ici, une fois de plus, faut-il rappeler por encore une fois dans ce pays, et nos Français ne se rap- MA; pelleront-ils jamais eux-mêmes, jamais tout seuls que 4 les négations métaphysiques sont des opérations méta- #4 4 physiques au même titre que les affirmations métaphy- ; siques, souvent plus précaires, ou, pour parler exacte- 4 ment, que les négations étant, généralement, et généri- #3 14 quement, des affirmations, retournées, étant une sorte “440 4 particulière d’aflirmations: les affirmations négatives, particulièrement les négations métaphysiques sont des 4 affirmations métaphysiques, retournées, une sorte parti- Oh culière d’affirmations métaphysiques: les affirmations métaphysiques négatives, souvent plus précaires, si are possible, que les affirmations métaphysiques pures, que RE: les affirmations métaphysiques proprement dites, affir- 1150 matives, affirmantes. Positives. de à ;. Ainsi faut-il rappeler pêle-mêle et en bref, pour ‘#20

prendre date, encore une fois, que la croyance en Dieu ? est une opération, une opinion métaphysique, religieuse ni que même pour compter juste il y a la croyance en;

Dieu, en un seul Dieu, qui est une croyance métaphy- sique, religieuse. Croire en un seul Dieu, qu’il y a un

Dieu, mais qu’il n’y en a pas plusieurs, c’est faire une a. opération métaphysique, religieuse, variable elle-même et différente, différente de soi-même, c’est en réalité en À faire déjà plusieurs, selon qui est ce Dieu, unique. Et il;

Dieux, uniques. Réciproquement croire qu’il n’y a pas À 4 un Dieu, mais plusieurs, c’est encore faire une opération 4 métaphysique, religieuse, différente de la première, bien qu’elle soit peut-être un peu de la même famille, Me variable elle-même et différente entre elle-même, c’est faire une multitude en réalité d’opérations métaphy- : siques, religieuses, autant que vous ferez une multitude : non seulement de ces dieux pluriels à l’intérieur de À chaque mythologie polythéiste mais de ces mythologies

3 polythéistes mêmes. Contrairement croire qu’il n’y a ni

un Dieu ni plusieurs, c’est faire en face, en contraire, en 4 réplique, une opération métaphysique, religieuse, ou ; plutôt c’est faire en une seule, sous le vêtement d’une 6 seule, une multitude d’opérations métaphysiques, reli-; 4 gieuses, autant qu’il y a d’opérations positives dont on à fait ainsi les négatives, autant qu’il y a d’opérations à À affirmatives dont vous faites ainsi les répliques. Pour parler le langage de l’école, faut-il donc rappeler que l’athéisme est une philosophie, une métaphysique, qu’il peut être une religion, une superstition même, et

monde, un système, ou plutôt, et pour parler exacte-!

ment, qu’il est ou qu’il peut être plusieurs et beaucoup

de tout cela, au même titre et ni plus ni moins que tant de théismes et tant de déismes, tant de mono- fre théismes et tant de polythéismes, et de mythologies, et de panthéismes, qu’il est une mythologie, lui aussi, comme les autres, et, comme les autres, un langage,;

et que tant qu’à faire et puisqu’il en faut,ilyenaeu

de plus intelligents. Pareillement de la croyance à la vie éternelle. Croire

à une vie future, de justice réparatoire ou de béatitude, À

ou de toute autre indication, c’est faire une opération rieures, comme tant d’humanités y ont cru, et aussi à;

: plusieurs vies antérieures, ce qui en est le complément; naturel, et ce qui en fait comme l’équilibre attendu, croire à une indéfinité d’autres vies, antérieures et ultérieures, c’est faire une autre, c’est faire d’innom-;

Mais croire au contraire que cette mort temporelle

a une valeur absolue, essentielle, totale, métaphysique,

! religieuse, parfaitement annulante, c’est faire encore à une autre, encore une multitude d’autres opérations EN ; Infiniment plus inintelligibles, plus inconcevables, 4 plus impossibles encore à se représenter même. Hypo- 4 thèses infirmes, comme toutes les autres, parce qu’elles : sont, comme toutes les autres, de pauvres opérations à ! humaines. Hypothèses encore infiniment plus infirmes. Faut-il donc rappeler que la métaphysique et la phi- losophie et que la religion intellectuelle et que la super- stition du parti intellectuel moderne est une métaphy- À à sique, une religion, une superstition de plus, comme À

n. tant d’autres, après tant d’autres, — avant tant d’autres, A ï — dans l’histoire de tant d’humanités. À Dar Je ne dis pas seulement et globalement dans l’histoire de l’humanité. Croient-ils donc, après tant d’autres, comme tant d’autres, — avant tant d’autres, — qu’ils à 4 ont dit le dernier mot de Vhistoire de l’humanité, qu’ils:; ont mis le point final à l’histoire de toute la pensée Faut-il ici rappeler tant de métaphysiques et tant 10 de philosophies, tant de religions et tant de supersti- Me tions, faut-il citer tant d’humanités abolies ou vivantes, faut-il prévoir tant d’humanités éventuelles, ou quel- a si ques-unes de ces humanités, faut-il redemander à un 140 toires de quatre ans? Pour moi je lui en redemanderais bien deux ou trois, “10 pour commencer, parce que c’est bien agréable à lire Da. en épreuves, beaucoup plus que le meilleur des discours On peut penser personnellement, comme je le pense, 14 que cette métaphysique du parti intellectuel moderne ï est une des plus grossières que l’humanité aura jamais à connue, qu’elle est infiniment plus sommaire et plus 4! barbare, au sens hellénique de ce mot, que les toutes A 1 premières cosmogonies helléniques, ou plutôt qu’elle l’est, et qu’elles ne l’étaient point, qu’elle remonte cuil comme réactionnaire très au delà des premiers Eléates’ « et qu’elle eût semblé toute grossière et inintelligente et sommaire et arriérée à Thalès le Milésien, comme à si tous ces premiers Joniens, pour ne point me référer à É ces Pythagoriciens admirables. On peut penser, comme je je le pense personnellement, que les auteurs et que les

4 sectateurs de cette basse et grossière métaphysique +4 5 du parti intellectuel moderne, inintelligente, eussent été 14 dénoncés, méprisés comme barbares, comme n’ayant non seulement aucun sens de la beauté, mais comme n’ayant pas même, au fond, le sens de la nature, non pas seulement dans les écoles d’Athènes, comme

n’ayant pas même une idée des questions qui se posent,

et s’ébrouant dans des questions qui ne se posent pas, . mais avant le commencement de la grandeur d’Athènes ; dans toutes les cités colonies des côtes ioniennes, età - à l’autre bout du monde, de ce monde grec, dans toutes les cités colonies des côtes de la Grande-Grèce, des côtes siciliennes et déjà des côtes italiennes. Je ne parle; pas des anciens Juifs, qui eussent commencé, comme entrée en matière, par les passer au fil de l’épée, ei. comme impurs, et désagréables au Seigneur. Car on ne saura jamais à quel point ce vieil Israël était un peuple; militaire. Mais n’est point le débat. Les intellectuels modernes, le parti intellectuel moderne a infiniment le droit d’avoir une métaphy- 74008 È. sique, une philosophie, une religion, une superstition À tout aussi grossière et aussi bête qu’il est nécessaire Br: 1 pour leur faire plaisir, j’entends sinon le droit civique,; 04 du moins le droit social, politique, enfin le droit légal. 1:15 à Cela ne nous regarde pas, j’entends sinon comme È citoyens, du moins comme contribuables, comme élec- À teurs. Étant mis de côté préalablement, et par défini- me 1 tion, à quel point cela nous regarde comme hommes,;: 4 comme philosophes, et comme métaphysiciens nous- À mêmes. Mais ce qui est en cause et ce dont il s’agit, ce qui est le débat, c’est de savoir si l’État, moderne, a le ; droit et si c’est son métier, son devoir, sa fonction, son

Phil office d’adopter cette métaphysique, de se l’assimiler,

  • de l’imposer au monde en mettant à son service tous ) les énormes moyens de la gouvernementale force. ! Il y a tant d’autres humanités, tant d’autres méta- physiques, tant d’autres philosophies, tant d’autres reli- gions, tant d’autres superstitions. Faut-il rappeler seu- à lement que la métaphysique intellectuelle, que la philo- sophie intellectuelle moderne, que la religion, que la superstition du parti intellectuel moderne directe- à ment à peu près contre tout le monde, contre tout le à monde acquis et qui a fait ses preuves, différentes, È contre toutes les humanités vraiment dignes de ce nom,! contre toutes les humanités intéressantes et qui aient vraiment vécu, allant directement contre toute la desti- A nation du peuple d’Israël, — et par même allant aussi (4 beaucoup contre les Juifs, — car il est bien difficile, de quoi qu’en veuillent faire croire certaines apparences modernes, — il est bien difficile d’aller directement contre la destination du peuple d’Israël et de n’aller pas nommément contre les Juifs; allant directement contre toutes les cités et les écoles helléniques; allant directe- 4 ment contre tous les peuples chrétiens; allant également contre les Juifs et contre les Chrétiens; parmi les chré- à tiens allant également contre les négligeables schisma- tiques, mais allant également contre toutes les sortes de protestants et contre les catholiques; allant également contre ceux qui sont de plusieurs sortes et contre ceux qui ne sont que d’une sorte; et parmi les philosophes, à ) race méprisable peut-être, et négligeable parce qu’ils ne sont pas des peuples, allant également contre: À les platoniciens, contre les cartésiens, el, contre les À

kantiens; sans compter la philosophie que l’on voit Dans le langage de l’école allant également contre tous les théistes et contre tous les déistes, dont les sortes sont innombrables, contre tous les monothéismes, tous les polythéismes, toutes les mythologies, tous les C’est-à-dire allant à peu près contre tout le monde, contre tout ce que l’on a et connu d’un peu propre, depuis qu’il y a un monde, et d’un peu intelligent, allant certainement contre des morceaux d’humanité qui sont au moins de gros morceaux et dont le moins que l’on puisse dire est que nul ne peut les traiter comme négligeables. Et que tout de même on ne peut pas à compter subtiliser d’un tour de main. Le parti intellectuel moderne a cent fois le droit. d’avoir ainsi une métaphysique, si basse qu’elle nous: paraisse, et d’aller ainsi, aussi intrépidement, contre tant de considérables humanités. Ce qu’il s’agit seule- À ment de savoir, ce qui est seulement en cause et en débat, c’est s’ils réussiront à fonder par l’usage et par ; l’abus des moyens gouvernementaux le règne souverain 14 de cette métaphysique. Il ne s’agit pas de savoir ce que vaut cette métaphy- à sique et cette religion. Il ne s’agit pas de le savoir ici. MES Quand même elle serait excellente, — et il n’y a pas de; 4 métaphysique excellente, en ce sens, il n’y a pas, paf à définition, de métaphysique universellement démon- à table, et ainsi politiquement et socialement valable, — quand même, ce qui est impossible, cette métaphy- 4 sique serait excellente, ce qui est impossible de toute;

ne impossibilité, de droit et de fait, à cet égard, etence 1100 sens, — quand même alors l’État n’aurait absolument ni de nous l’imposer par les moyens qui lui sont Ni d’en faire une partie intégrante et constitutive de; l’État, ni de s’en faire le ministre exécutif et le bras Quand,donc aurons-nous enfin la séparation de la Métaphysique et de l’État; mais pour de bon, cette fois 198 la vraie, la bonne séparation; non pas toujours la séparation de la Métaphysique électoralement, politi- quement la plus faible, en politique parlementaire, au profit et pour l’établissement gouvernemental de 1 la Métaphysique électoralement, politiquement la plus 708 forte, en politique parlementaire, mais définitivement la séparation de la métaphysique, forte ou faible, sans

  • acception, et sans exception, même électorale, même politique, et même parlementaire. Quand donc nos Français ne demanderont-ils à l’État à ni et n’accepteront-ils de l’État que le gouvernement des valeurs temporelles? ce qui est déjà beaucoup, et peut. être trop; quand donc refuseront-ils de recevoir des 7 1 mains de l’État ce qui n’est aucunement du domaine de 4 1 l’État? Quand donc l’État lui-même fera-t-il son métier, 1 qui est déjà si vaëte, et si difficile, et si lourd pour les sociétés modernes, et dont il s’acquitie si mal, et s’en 14 1! tiendra-t-il rigoureusement, honnêtement, aux limites; et aux conditions de son métier. Quand donc notre État, qui a déjà tant de métiers, qui

114 fabrique des allumettes et qui fabrique des lois, qui fabrique du transport par chemins de fer.et des règle- Le D. ments d’administration publique, non sans peine et souvent sans quelque embarras, qui s’aperçoivent, 8 laissera-t-il en paix définitivement les consciences et; A comprendra-t-il que ce n’est pas son affaire que de nous; y fabriquer de la métaphysique. “0 à Quand donc l’État, fabricant d’allumettes et de contra3 ventions, comprendra-t-il que ce n’est point son affaire que de se faire philosophe et métaphysicien. Il y en a déjà bien assez, qui sommes métaphy- Se Nous avons le désétablissement des Eglises. Quand PAU. aurons-nous le désétablissement de la métaphysique. À Quel onze ou douze décembre, puisqu’on nous parle; cembre de quelle année du temps nous apportera le “ei désétablissement de la métaphysique. he. Quand un ministre à la tribune enfin comprendra-t-il que ce n’est pas son affaire, comme ministre, de nous 1 faire un enseignement ni une imposition de métaphy- BRAUN HAue; et quil a tant d’autres choses, utiles, à nous dire et à faire. ; Nous n’avons plus de catéchisme d’Etat. Il n’y a pas PAU très longtemps et nous devons nous en féliciter sans de: aucunes réserves. Faudra-t-il, Pulligny, que ce Monde Êe. sans Dieu qu’ensemble nous éditâmes d’un bon accord,

vous traducteur parce que telles étaient sensiblement à vos opinions, moi éditeur comme l’essai le plus inté- AANE ressant dans ce genre à l’initiativeprivée,faudrat-il 7 que ce Monde sans Dieu, par un retournement que saut 14 sans doute vous n’escomptiez pas, devienne à son tour te. un nouveau catéchisme gouvernemental, enseigné par les gendarmes, avec la bienveillante collaboration de 2 7 messieurs les gardiens de la paix?