VIII-7 · Septième cahier de la huitième série · 1907-01-05

Les sonnets de Shakespeare. I

Marie Garnier

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4 6 1 & ux êtres les plus beaux nous demandons des fils, FE Fe Au lis dela beauté d’éterniser sa gloire, FU js D Et, puisque cède au Temps l’albe candeur des lis, Ka 14 Que de blancs héritiers nous gardent leur mémoire ! % ik Toi, concentrant ta vie au foyer de tes yeux, à 00 ? Tu nourris ton feu clair de ta propre substance, AA: ‘4 Et ton doux ennemi, ton moi pernicieux, he 1 Fait lever la famine aux champs de l’abondance. D “14 De la terre féconde ornement tendre et frais, k f: hi: Seul et brillant héraut du printemps qui se pare, ë 24 : Pourquoi celer ta sève en tes bourgeons jeunets, S “ 1 ; Méchant, qui se gaspille en jouant à l’avare ? 1 TER 2 Oh! prends pitié du monde ou sois-en le bourreau : ‘4

Dévore son espoir, pourvoyeur du tombeau! #1

Lis Lorsque quarante hivers, assiégeant ta jeunesse, LP 10 De menaçants fossés auront creusé ton front, L 1 Ils feront un haillon sans fierté, sans noblesse ET vo Du fier et noble corps que tous croyaient fécond. “a Et si l’on te demande où gisent tous tes charmes, 3 il te Et l’ancienne vigueur de tes jours défleuris, M 0 Oser montrer tes yeux ravinés par les larmes 4 ‘He Sera te mettre en butte à l’affront qui meurtrit. 1 4 8 6. do Combien plus de louange orneraït ton courage À 4 Si tu pouvais répondre : « Il est, ce fils, à moi; #1 n ! Il vient solder mon compte, excuser mon grand âge, » Qu A — Fils dont la beauté veut qu’il soit sorti de toi! 1 1 Ah! ce serait renaître et sentir aussitôt ; Ee Dans le gel de ton cœur refluer un sang chaud! É

‘6 Regarde en ton miroir; réponds à sa prière ‘10e 4 Que le temps est venu de refondre tes traits 44 D? Car tu frustres ton siècle et l’espoir d’une mère + 0 É 1 En ne restaurant pas la tour d’un tel palais. !: 77

Il n’est vierge si belle, aux flancs restés en herbe, #* 4 ï

Qui dédaigne les soins de ton fécond labour; 14

F. Il n’est homme si fou qui veuille, par superbe, 14 ï Pt Être sourd à la vie, être mort à l’amour! ‘1 _ : Ta mère vit en toi : ta fièvre, c’est l’appel . 4 De son premier avril qui voudrait refleurir : Re

7h Au vitrail entr’ouvert par l’âge au doigt cruel, . fa Ki Tu verras tes fruits d’or se gonfler et mûrir. Fa

al Mais si tu vis et veux ne pas laisser de trace, ; hi: pe Meurs et scelle au tombeau ton image et ta race! à 14

nc 1 _ les sonnets de Shakespea CR À h’ Prodigue de ton charme, Ami, pourquoi répandre 1 à ) Sur toi, toi seul, le legs divin de ta beauté? } nn La Nature nous prête et c’est pour nous reprendre! F à Généreuse, elle veut la générosité. oh Alors, mon bel avare, à quoi bon mésuser ei Des largesses qu’on fit pour que tu fusses large ? Usurier sans profit, pourquoi thésauriser La vie, et refuser d’en accepter les charges ? Tu vis sans vivre en ne traitant qu’avec toi-même : Û C’est ton doux être, Ami, que je te vois duper ; Et, quand la Mort viendra jeter l’appel suprême, Comment solder ton compte, ou comment la tromper ? Ta stérile beauté rentre avec toi sous terre, l Elle qui, fécondée, eût fait ta légataire.

À Les Heures qui, de suaves rayons tissèrent “- À Ce regard plein d’amour qui rive tous les yeux, WE 10 M Deviendront les tyrans de leur œuvre si chère 100 ‘à Et raviront sa grâce à ton front gracieux. 1 EE ‘48 Le vieux Temps sans repos sur les vents de l”Hiver 5300 He Traîne l’Eté pour le souiller et le confondre ; D. Le gel fige la sève, abat les grands troncs fiers ï F % Et la beauté s’enneige et la vigueur s’effondre. AE ‘1 Alors, si l’Été sage avait point distillé } 4 Re La sève printanière au cristal des fioles, F0 14 Le suc de la beauté serait annihilé, AFER Ru Elle et son souvenir — sombrés aux nécropoles. A Re Elles bravent l’Hiver et le trépas commun HU: Er Les plantes dont l’Amour a sauvé le parfum. g Pi €

|, les sonnets de Shakespeare FE PEU Ne laisse pas l’Hiver, de son doigt décharné, REX ‘10 Dessécher ton Eté sans distiller ta sève; un a) Embaumes-en la vie avant qu’il soit fané; | ‘14 1114000 Crains le meurtre de soi pour la beauté trop brève : COURS At L’usage et non l’usure, Ami, paye en bonheur ft: Celui qui volontiers verse au jour dit la somme : ; 14 8 #4 . Crée un autre toi-même, et, décuplant ton heur, FM A 1 Décuple et ton image et ta puissance d’homme ! HE Ru Et si par dix enfants ton être est répété, LS 10 Plus heureuse dix fois sera ton âme heureuse : AN: w 4 Tu renaîtras vivant en ta postérité, 144 110 Quand viendra te faucher la mortelle Faucheuse. à pi Fe Ne fais pas l’obstiné : ne prends pas, toi si beau, L’ } É 3 Pour héritiers la Mort et les vers du tombeau! ru

._ Vois! quand à l’Orient la lumière dorée es. _ Lève son front brûlant, le regard des mortels 4 », i AN “ Monte pour saluer sa majesté sacrée 11 _ Et rendre un humble hommage au jeune dieu du ciel. 17102 _ 1 gravit les hauteurs des cieux et de la gloire, 154

  • En son midi, pareil à l’homme mûr et fort : A. _ Les regards éblouis adorent la victoire M _ Du pèlerin nimbé de sa poussière d’or. ‘00 __ Mais, tombé du zénith, son front défait vacille, LE _ Comme un vieillard déchu dans le soir et la mort : 5 “ Et de l’astre impuissant, l’œil, autrefois servile, 34 _ Sans respect se détourne, et sans regret s’endort. 5 _ Il sonne, le midi de ta jeunesse altière! — É ‘% _ Sans un regard, ainsi tu meurs si tu n’es père. :‘4

{1 les sonnets de Shakespeare _ ‘. À HA) Pourquoi, vous, ma Musique, entendre avec douleur 4 ’ ne La musique ? le doux au doux fait-il la guerre ? 110 Wen Pourquoi chérir l”émoi qui fait couler vos pleurs A | À Ou goûter le nectar au fond de l’urne amère ? au t A Si le juste concours des sons harmonieux s oi Suavement fondus te cause une agonie, Al Y C’est qu’il te gronde, en ses sanglots mélodieux, an hi De perdre un pur solo promis aux symphonies. } 418 -_ Vois la corde vibrer ainsi qu’une épousée Ua, Wu Et toutes de frémir en un accord vainqueur : hi } C’est la Femme, et le Père, et la chanson jasée ne ( De l’Enfant vient s’y fondre en un tout-puissant chœur! Et leurs voix sans parole en un seul cri résonnent : (A 1 « Restant seul, tu n’existes plus, tu n’es personne! » j |

4 , 18 Pourquoi te consumer en ton isolement ? « LS À Craindrais-tu de mouiller l’œil profond d’une veuve ? 4 Si tu meurs sans un fils, ah! c’est le monde aimant ‘ ‘ Qui toujours va pleurer sa peine toujours neuve. ; ; b. Ta veuve, c’est la Terre, inconsolablement. 4 A la plus humble femme, une amour ranimée ie LE: Donne de rallumer aux yeux de son enfant ie 1 Le feu pur qui brillait en la prunelle aimée. 4 4 Admire : un vrai prodigue au monde est un trésor ù ÿ { Qui toujours se déplace et qui se multiplie; se Ë Mais la beauté qu’on n’use est escarcelle d’or + 4 Que son maître d’un jour dilapide et spolie. Fe 4 Aucun amour humain n’habite en ce cœur las $ 4 Qui contre soi descend au meurtre le plus bas. “is

Ha NE Avoue, ingrat, que c’est n avoir aucun amour \ Qi

|: 1100 Que de montrer pour soi si mince prévoyance ; a

HAS \ Mais il est clair que toi, tu n’es qu’indifférence. Si ‘a À at Que tu tournes sur toi l’effort de ta folie 4 a Pour abattre ce phare illustre et lumineux 4 ) (1 | Que devrait étayer ta suprême énergie. ; RARE pi O change, que je change ! — Amour en toi doit-il è et We, Payer plus lourd loyer que la Haine sordide ? u (5 Loge en ton cœur l’alme bonté de ton profil ; 4 vi Qu’elle t’émeuve au moins sur ton propre homicide ! 4 “1 Crée un autre toi-même, Ami cher, si tu m’aimes, 1 Qui couronne ton front de renaissants diadèmes. +

Quand viendra ton déclin viendra d’un pas égal “X4 £ Le soleil de ton fils qui dans le ciel se lève; 34 É2 La sève de printemps qui fut son sang natal \ 4: 2 Reste à jamais ton bien quand ton printemps s’achève. f k | Ici, vivent sagesse et progrès et beauté, De: ‘# Et là, c’est la vieillesse absurde et décrépite. 44

Que tous pensent de même, adieu l’humanité! Afal à

Ÿ Au bout de soixante ans le monde est en faillite! 1 : i Laisse ceux que Nature a mis hors de sa loi, ‘2

\ Laids, grossiers et rugueux, périr sans descendance; és |

‘à Vois ceux qu’elle a comblés : elle t’a fait leur roi, “4

j D’un opulent amour chéris cette opulence! K # 4 ; Tu es le sceau royal choisi, sculpté par elle } 116 4

4 Pour que vive à jamais cet unique modèle. Na

SUR AMEN _ les sonnets de Shakesp Are ren \

pes Quand au cadran je suis l’àäpre marche du temps, JU mc Ou vois le jour périr sous la nuit angoissante; on:

441 14

ne Quand, à pleurer les lilas défunts, je comprends x

ne Que le jais des cheveux de fils pälis s’argente; 18

24 Quand les arbres géants, de feuilles dépouillés, à 1

L so Ne prêtent plus leur dais aux vaches assoupies ; D

à. # Et que les trèfles verts, en gerbes tortillés, ï

L Passent sur leur brancard, face hirsute et blèmie; ‘4

“4 Alors, cher, ta beauté me revient à l’esprit, +4

h î Qui doit sombrer aussi dans le commun naufrage; ‘

4 à Nos parfums et nos fleurs cèdent au temps maudit: . 1

pal D’autres, du même pas, commencent le voyage. ) ‘4

‘ Contre la faux du Temps rien ne peut nous défendre : l

ji Seuls la bravent nos fils quand elle vient nous prendre. 0

O cher! tu ne l”appartiens pas : tu n’es ton roi L

| Qu’au long des chers sentiers du vallon de la vie; À s1

Ii faut te prémunir d’un fatal désarroi a

En léguant cette image à toi-même ravie.

; Alors, cette beauté, que tu n’as qu’à loyer, 1174

N’aura jamais de terme, et tu seras toi-même ï

À Encore, et tu verras la Mort sans t’effrayer, 4

Un fils aimé sauvant cette forme qu’on aime!

Quoi! laisser ce manoir de son haut rang d’honneur ñ

À Par esprit indolent tomber en déshérence! È

i Quoi! le livrer aux mains de l’hiver rançonneur, 2

| A l’éternelle mort de la froide impuissance ! f

Ah! ce serait folie, et toi, Will, ma hantise, à

Dis-toi : « J’avais un père. » — et que ton fils le dise!

a PNR _les sonnets à e Shakespeare. 10 ut. Point ne sais les secrets de la nuit étoiïlée IL SPAS À k * Et pourtant je me sens astronome et devin, 1 CEU | Non pour prédire aux champs le sec ou la gelée, @ A À Peste noire au bétail ou disette au moulin, ; 1 AR Ni la bonne aventure à chacun de nos mois, 4 x Ce qu’il porte en ses flancs, pluie, ouragan, tonnerre, (À ÿ Ni le destin mouvant des princes ou des rois : pa Le ciel ne me révèle aucun de ces mystères. wi l k À Mais, au fond de tes yeux, mes doux astres constants, dt 4 À J Je lis une promesse et plus sûre et plus fière, è ‘. 1] C’est que le Vrai, le Beau triompheront du Temps, ae û ; La Vie, et non la Mort, étant ton héritière. | “a ÿ} « Ta fin sera la fin du Beau comme du Vrai! » 1 : 1

_ Chaque être sur la terre a sa fixe croissance / j 4 Et ne connaît qu’un temps l’ivresse de juillet; 1 % Le monde est une scène où de vains acteurs dansent Le ‘à Sous le feu de soleils à lascendant secret. ‘1 “33 . De même qu’un arbuste, un homme lève et pousse, ; à _ Vert, éclate de sève et, mûr, déjà périt : d % Il sent la même brise ou très àpre ou très douce, 15 4 À Et de son lustre éteint le souvenir se rit. cat 54 Au vacillant flambeau de l’inconstance humaine, LS. ÿ é Je vois ton sang bondir en sa bouillante ardeur, À , __ Etle Temps meurtrier débattre avéc la Haine 110 2 1 Ex Quelle nuït éteindra le jour de ta splendeur. ÿ Her: î 1 _ Us frappent! Mon amour accepte la bataille, ve L: Hs Eït j’insère une greffe au creux de ton entaille! : S

NAN les sonnets de Shakespeare & HU: NN ti ’ Il te faut cuirasser et ton cœur et ton bras ÿ 1 À Pour disputer au Temps tes dépouilles opimes. RS “a Arme-toi, contre la ruine et le trépas, NN 7 De glaives mieux trempés que mes trop faibles rimes. A Eu Debout sur ton midi, sommet des heures d’or, 4 { Tu peux voir, vierge encor, maint courtil en jachère ‘4 À fie Aux couleurs d’un portrait préférer le trésor 4 | A De tes vivants semis et de ta pépinière. 20 | La’ vie, aveugle Ami, seule peut réparer ce Les brèches de la vie, et ma plume écolière, is NS Humble stylet du Temps, ne saurait célébrer || Le fonds ni les dehors de ta splendeur entière. | À

N Perds-toi pour te trouver, mon artiste indolent,. U Tu vivras, buriné par ton propre talent ! ; À

wi Dans les temps à venir, qui donc croira mes vers E’ Même éclairés du haut fanal de ton mérite ? É Eux qui, Dieu sait ! ne sont que sépulcres déserts 4e Vidés de cette vie où ta beauté palpite ! À Si je savais tes yeux écrire et leur splendeur, ‘108 Et d’une grâce-égale enluminer ta grâce, Nos neveux se diraient : « Il nous‘ment, ce chanteur, k Dieu jamais à nos fronts perle pareille enchâsse ! » Fi Alors, mes chers feuillets, par l’âge tout jaunis,

On les mépriserait comme une bonne vieille ,

Fe. Qui dit long mais peu vrai; ton juste éclat terni } Serait d’un vieux conteur la trompeuse merveille. ; 14 Songe que si tes fils renforçaient mes concerts, LE ‘1 Doublement tu vivrais en eux comme en mes vers!

Po. Comment te comparer aux matins de l’Eté? Ar. 40 Ta grâce est plus aimable et ton humeur plus douce : NM: ci 5 Son vent rude abolit le bourgeon velouté, D - Me, Et de trop près l’Hiver le talonne et le pousse. 10 ï (4 : Souvent l’or de son teint se tache et se ternit Si.

“04 Æt le feu de son œil souvent brûle et dessèche; 4 nS Hier franc et rieur, à peine s’il sourit 54 ne Aujourd’hui, tant le sort changeant le rend revêche. 81 mie Mais toi, point ne verras se flétrir ton printemps, #1 #6 Nise famer jamais tes beautés immortelles ; S 4 ‘44 Voyant croître en mes vers tes bourgeons éclatants 1 qi La Mort doit s’avouer sa défaite éternelle. 10 HE Tant que vivra le monde, et l’amour et l’envie, “EN

14 ” Vivront ces vers, et ces vers-là donnent la vie! ki

E. O Temps, ronge au lion ses ongles acérés, Fe Pousse la Terre à dévorer sa propre race; 111 D: Brise au tigre cruel ses crocs de sang lustrés; EU 14 Sur l’orgueilleux phénix de cent ans, fais main basse. ë \ 24 Qu’en l’œil pur des saisons, les rires et les pleurs %k é u Passent quand passe, à Temps, ta grande aile rapide; LE Rad: Chasse de l’univers les parfums et les fleurs : “4 58 Soit, mais je te défends crime de régicide ! “à VA Point ne laboureras le front de mon ami; à 14 Point ne le rayeras de ta plume alouvie; 1 4 Tu laisseras intact et toujours raffermi ; À x Ce moule de beauté renaissante et de vie! Hi 418 Frappe à ton gré, Vieillard, épuise ta rancœur : 408 1e Mon Amourpar mes vers sera toujours vainqueur ! 4

\ La Nature t’a peint un visage mignard } ÿ : De femme, à toi, mon maître et ma maîtresse aimée; 4 1h Un cœur de femme aussi, mais inapte au grand art & 1j Des mobiles humeurs de mensonge embrumées ; F al Un œil plus lumineux et sans émois trompeurs, À +1 Et qui dore l’objet qu’il baigne de ses flammes; — 1 sa) Pour la couleur, homme tu es, roi des couleurs, à | Roi qui sais ravir l’homme et fasciner la femme. . À Femme au premier projet de Nature en travail, ah à S’éprenant de son œuvre, elle te voulut prince : d Elle t”enlève à moi, t’ornant d’un mâle émail, à or Et le trait, qui parfait son chef-d’œuvre, m’évince. | ù Puisqu’elle t’a moulé pour le plaisir des femmes, | Le De ton amour j’ai la lumière, elles les flammes. 4

‘4 La Muse qui m’émeut n’a rien de cette Muse | 0 Qu’aiguillonnent aux vers d’illusoires attraits : E Pour azurer ses dieux, il n’est ciel qu’elle n’use; V4 De tous les héros morts le sien garde les traits. î 3% Fière de l’accoupler au soleil, à la lune, si Elle entasse pour lui les perles de la mer, L 4 Les fraîches fleurs d’avril et les rares fortunes je

Que de son dôme immense enclôt l’orbe des airs. b

Dr Sincère en mon amour, oh! que ma voix sincère 3 à En toi chante un ami bel autant que l’enfant ; 8 Qui rit au sein laiteux que décache une mère; — # ‘À Mais moins qu’un cierge d’or dans le ciel triomphant. je Qu’il chante, ce chanteur qui de ses vers s’enivre: de

#0 En mon miroir comment lirai-je ma vieillesse il VAN : Tant que Jeunesse et Toi vous serez frère et sœur ? HE: : (0 Mais, quand le Temps te creusera de sa tristesse, 10 0 } La beauté radieuse, Ami, qui illumine 3 ‘4 % PLUMES Est aussi le manteau visible de mon cœur, * AR : Et, si tu vaines le Temps, je serai son vainqueur. 3 V0 Pour te garder à mon amour, veille toi-même, CPR: pur Comme, en ton nom chéri, je veille aussi sur moi; # 1 Vois, je berce ton cœur sur mon souci qui aime, 110 ê à Comme un fils de son lait, la nourrice en émoi. p ! RL î Mon cœur navré, le tien connaîtra l’agonie : 14 1 gai Tu me donnas un cœur qui point ne se renie. it

  • Comme un acteur novice, inhabile au succès, ir #4 Perd le fil de son rôle en entrant sur la scène; F4 4 5 Lo Comme un fauve irrité dont la rage en excès 14 : Fe Affaiblit dans son cœur la force de sa haine; G2 ù De Ainsi, pauvre en sang-froid, je ne puis célébrer 2
  • ñ Le cérémonial parfait de l’âme intime : ‘ 1 D. Sous le fardeau trop lourd je sens l’esquif sombrer if 3 Et mon amour trop fort dans sa force s’abime. 1 # 4 é Héraut fier et muet de mon cœur éloquent, : “ Que mon livre te parle en fidèle interprète! #4 { Ê Mieux que certaine ardeur d’un discours plus ardent, @) $ de Qu’il plaide l”amoureux objet de sa requête! À …_ _ Entends ce que t’écrit l’amour silencieux : ;

C’est d’un amour subtil d’entendre avec les yeux. %

® # (1) Les sollicitations dont l’ami est déjà en butte de la part de la Fe

ONE les sonnets de Shakespeare IEP Mon œil, jouant au peintre, a fixé radieuse ! 1 Ta beauté sur la toile immense de mon cœur, $ n Et mon corps est le cadre où l’âme ingénieuse 4 100 ï none Traça la perspective en artiste vainqueur. : } Au travers de ma chair amollie et fondue, 5 À - Vois ta fidèle image issir de son émail, 1 fl Aux murs de ma poitrine à jamais suspendue : ; ji Le cristal de tes yeux en forme le vitrail. F

Mystérieux bienfait qu’entr’échangent nos yeux! MN | Les miens ont peint tes traits, les tiens sont les fenêtres 1 KE Du palais de mon cœur par qui, du haut des cieux, | (y Le soleil amoureux descend pour se repaître. 1 | | Ah ! si l’œil possédait ce pouvoir serutateur ! — À Mais il peint ce qu’il voit sans connaître les cœurs. |

à . Laissons tous les heureux que leur étoile enchante FFÈR _ Se targuer de leur rang et d’honneurs peu discrets ; F A Le Sort me refusant ces clameurs triomphantes, ue ‘4 Ignoré, je jouis de mon heur en secret. ] 4

‘à Au grand soleil, comme un souci, son juste emblème, 4

Le favori d’un prince étend ses feuilles d’or; ‘1

| Mais, au moindre nuage, il crispe son cœur blême RUE:

_ Avec deuil, le héros fameux de cent victoires ‘ __ Voit, au premrier échee de son bras affaibli, De. _ Tous ses exploits sabrés du livre de la gloire ‘# _ Et tous ses durs travaux, descendre dans l’oubli. ÿ ]

. Aiïimant autant qu’aimé, j’ai, moi, l’heur ineffable 2 i De river l’immuable au cœur de limmuable. rl

LAINE les sonnets de Shakespeare à Ni TU Seigneur de mon amour, ta royale accolade ne fl M ù Enchaîna mon devoir à ton droit suzerain : A 1 En ces vers, ton vassal t’envoie une ambassade, is que \ Humble hommage d’esprit à l’honneur souverain ; ‘4 Re } Honneur si grand, que mon esprit, pauvre en parure, { à j Va manquer du pourpoint des mots et sembler nu; À A \ Mais j’escompte l’accueil de ta riche nature # ra Où, tout nus, mes pensers seront les bienvenus. ‘ ke 12 Puis, l’astre bienfaisant qui pointe mon aiguille D M Par son doux ascendant sur ton pôle aimanté Ni Vêtira de velours mon amour en guenille | ’ Pour qu’il soit digne, Ami, de tes almes bontés., 74 ‘4 À Alors, je te crierai l’amour que je te porte! 4 ee Ce soir, humble et sans voix, je m’assieds sous ta porte… |

ne re anog | du

Accablé de fatigue, au lit je me retire, 5 3% Asile reposant du vagabond lassé; A … Mais je reprends ma route en ma tête en délire a ‘1 Et mon esprit s”épuise en mon corps harassé. 4

‘2 _ Alors mon âme en peine erre vers ta demeure 1 584 Et vers toi s’achemine en pèlerin dévot: né È _ Elle tient mes cils lourds ouverts au fil de l’heure 1 | Et je fixe la nuit, nuit des yeux toujours clos; À e

“. Ma vue imaginaire et mes regards sans vue 1% 4 Font rayonner ton ombre, — étincelant joyau, ; ra Agrafé dans le crêpe épais et lourd des nues, ee …. Qui rend la nuit plus jeune et son grand deuil plus beau. %

A -Le jour, sans nul repos mon corps pour moi se lasse, 24 È Et, la nuït, c’est pour toi que mon cœur se harasse. > f

les sonnets de Shakespeare NE Comment porter un front qu’aucune ombre n’assiège 274 Yi uand on est si longtemps sevré de tout repos rate ï 0 Quand le lourd poids du jour jamais la nuit n’allège, [ONE Et qu’à ces jours les nuits ajoutent leurs fardeaux ? k: 4 RE Ces Pouvoirs ennemis signent une alliance 4 0m Et s’étreignent les mains pour triompher de moi, 51 2 L’un par son dur labeur, l’autre par la souffrance 10 \ OPA Que n’inflige un labeur qui m’éloigne de toi. TS ; TER Pour l’attendrir, je dis au Jour tes mille grâces “4 SA Et que tu l’éclairas quand le ciel l’assombrit : ; ‘HP Pour le flatter je dis au Soir qu’aux bruns espaces, ÿ | M Tous les astres éteints, tu redores la nuit. ” ‘1 HA Ainsi, chaque journée allonge ma torture “4 18 Et chaque nuit remet au vif l’âpre blessure. : ‘9

4 En disgräce avec tous, les hommes et les dieux, LAON +4 Tout seul parfois pleurant ma fortune proscrite, LL fÈ Et jetant mes vains cris à l’orbe sourd des cieux, FAR D Je vois ce que je suis et ma tâche maudite. D ‘0 Je voudrais ressembler aux riches en espoir, “4 ÿ À ‘& Posséder leurs amis et leurs traits pleins de grâce; » +100 Le J’envie à l’un son art, à l’autre son pouvoir : 1 000 % Ce qui me plaît le plus alors le plus me lasse. “8 44 Pourtant, dans ces pensers d’universel mépris, Al

  • (4 S’il se tourne vers toi, mon cœur chante Noël! à F4

A l’aube, l’alouette, ainsi, des chaumes gris, 45

5 . Monte et s’en va chanter à la porte du ciel! ‘ _ L’appel de ton amour n’est parfait réconfort : DS t ._ Je me rirais d’être monarque au sceptre d’or. € 4

‘2/0 ‘Quand je fais comparoir les images passées pi À D Au tribunal muet des songes recueillis, : : “4 5e 748 Je soupire au défaut des défuntes pensées, Pa (18 ï Pleurant de nouveaux pleurs les jours trop tôt cueillis. :1 140 Des larmes oublieux, mon œil alors se noie % Ni À : , Pour les amis celés dans la nuit de la mort, “4 1 Rouvre le deuil de l’amour morte et s’apitoie DA tir Au réveil sépulcral des intimes remords. 15e 0) Je souffre au dur retour des tortures souffertes, “#70 ‘AUS Je compte d’un doigt las, de douleur en douleur, 0 RUE, Le total accablant des blessures rouvertes : de ‘4 5 Et j’acquitte à nouveau ma dette de malheur. # Vu Mais alors si mon âme, Ami, vers toi se lève, 7 mt Tout mon or se retrouve et tout mon deuil s’achève. Or

1.3 Ton sein s’est enrichi des amours abolies +4 F ‘# Que l’absence ruine aussi bien que la mort : à b ‘4 Les amitiés, que je croyais ensevelies Rte, M Y sont avec l’Amour et tout son cher trésor. 40 14 Que de pieux sanglots et de larmes funèbres, fi 44 Quelle rente payait l’amour religieux LS 4 Que je vouais aux morts perdus dans les ténèbres \ “Ne bi: Et retrouvés vivants dans le ciel de tes yeux ! : 4 ‘4 Tu es le mausolée où mes amours passées HA ‘10 Suspendent les drapeaux de leur gloire au linceul: W 1 Chacune a livré sa part de ma pensée AE. *& Et mon amour total esi acquis à toi seul. « 43 » Les traits que j’adorais se prennent à renaître, 2e #3 | Et toi qui les as tous possèdes tout mon être! T0

VIT Si jamais, survivant au jour très satisfait, Mer: à ‘1 { Tu viens à retrouver ces jaunissants feuillets, FR AT Ces pauvres méchants vers d’un amour éphémère, #11 AE ù Compare-les aux vers mieux travaillés du jour : ‘#4 Me Chaque nouveau chanteur couvrant leur harmonie, Le EU ; Sinon pour leurs accords, lis-les pour leur amour, % ou Tout dépassés qu’ils soient par de plus hauts génies. ” Daigne alors m’accorder ce mot affectueux : #4 t’AAE « Volant encor le vol montant d’une décade, ‘4 :. (1 Sa Muse lui donnait un fils plus fastueux Ar: 4 D. El plus digne d’orner une illustre pléiade. e. en AU Comme l’art a grandi des poètes du jour, 1 ‘ati Je lis eux pour leur style et lui pour son amour. » ‘4

#4 B° des matins j’ai vu la gloire de l’aurore “48 ” Caresser les sommets de ses regards royaux, VE 18 Sa face d’or baiser le pré vert qui se dore, À *È : h. Et, céleste alchimiste, empourprer les ruisseaux ; EU

Puis, tout-à-coup, laisser le plus vil des nuages “TR Le: Chevaucher, ombre abjecte, au ciel pur de sôn front, AUS ; rh h= Au monde abandonné cacher son clair visage, 3 ‘É ne Et, furtive, en l’ouest enfouir cet affront. 304 É: Un matin, tout ainsi, le soleil de mon âme Eee. 4 Triomphant et splendide illumina mes cieux; +4

Hélas, une heure après se mourait cette flamme LR

À Sous ie poids étouffant d’un masque nébuleux. “1 4 _ J’aime et suis sans dédain : oui, mon soleil se cache, : LYS 0 Mais le soleil du ciel n’est pas non plus sans tache. FR

40 Ah! pourquoi me promettre une belle journée, Er ÿ % st Et me laisser sortir sans l’abri d’un manteau, LA ‘HN Î Pour en chemin permettre aux brumes acharnées LP 1 D’obscurcir ta clarté d’un ténébreux rideau ? HAN 8 Vois : il ne suffit pas que tu perces la nue 1 J Pour sécher l’eau du ciel qui vient battre ton front : ï “4 Comment bénir la main sur mes maux étendue k nt Qui guérit la douleur, mais sans guérir laffront ? D: ne Tes regrets ne sauraient refermer ma blessure. 21% DE Tu te repens, c’est vrai; mais je souffre toujours; me al \ Pour qui geint sous la croix d’une intime torture, fi Dal TU Le remords du coupable est un faible secours. fn À ( Oui; mais tes pleurs d’amour sont perles précieuses, “1 4 À Richissime rançon des heures douloureuses. É # 13 54

4 13 (à Ne pleure plus, Ami, sur ta faute passée : & N #4 Comme le fier soleil, la lune est éclipsée A Et le chancre hideux mord le bourgeon mignard. î PR f Tout homme est criminel et je le suis moi-même, 1 ÇSR

De mes comparaisons autorisant tes torts; h de)

| Je me corromps à te verser ce frais baptême NUS d Qui porte à tes péchés confus ces réconforts. ne #4 Au crime de tes sens, c’est moi qui trouve un sens, on 5} L Qui change en avocat ton plus rude adversaire, M à Et, plaidant contre moi, me condamne aux dépens : # ‘121 1 La guerre est telle entre l’amour ét la colère, 1 LE

Qu’en ces discords civils, je suis pour le voleur, À (gi

_ L’amer et doux bandit qui n’a pillé mon cœur. cé F4

0 AISSE-MOr confesser qu’il nous faut rester deux (54 x 14 Bien qu’unis en un seul d’une amour indivise: ie Ainsi je porterai mes stigmates hideux 3 (ét 1 i Seul, sans ton aide, afin que seul les coups me visent. NET fs Ils ont, nos deux amours, la même dignité, 7 {1288 Encor que séparés de volontés fatales 1 5 x Qui, sans changer en rien leur aimante unité, à ae 5) Dépouillent leur bonheur des minutes vitales. fi LOIR ! Il ne m’est plus permis de te connaître au jour, D: | 40 De peur que mon péché ne te soit une honte; De, | pa Cesse en public aussi d’honorer ton amour, 14 4 ii Que cet honneur ne soit pour ta gloire un mécompte. 5 Ye Ne le fais plus : c’est mon désir expiatoire : mn, nn: Tout ton être étant mien, mienne est aussi ta gloire. Ki:

4 3 Un père prend plaisir, anémié par l’âge, d: #2 A voir son fils bondir sous le flux du sang fort; +102 1 À : Ainsi, rendu boiteux par le Sort et sa rage, PA À Je puise en ta vigueur mon plus cher réconfort. ee 14 Tous ces dons, anoblis de servir sous ta loi, ta # à Siégeant, couronnés d’or, au front de ta puissance, je “0 Je greffe mon amour au tronc de l’arbre-roi. ï ma.

Dès lors, je marche droit, j’ai rang, force et richesse AU

À Et ton sang vigoureux m’infuse une vigueur l # 14 Qui vient de tous tes biens enrichir ma détresse SIA Fe E bi Et faire sur ma nuit rayonner ta splendeur. Ë 4 ë : Pour toi, le don suprême est le don que je veux : M: 3 5

0 De toute invention ma Muse est dispensée met. M ; Tant que vivra l”Ami qui verse à mon esprit Al

h # Le suave argument de sa haute pensée, EN 111600 Inaccessible au vol des vulgaires écrits. 4 0 Donne-toi le merci de ta reconnaissance À

Y 50 S’il reste de mes vers rien qui vaille un regard; $ :4 1 Connaît-on le muet qui n’ait de l’éloquence Ne

‘1 Quand sur lui tu répands les flots sacrés de l’art? a

” { : Sois la dixième Muse, Ami, dix fois plus tendre Nr a à Que les Neuf d’autrefois, chères aux ménestrels, “+1 te ïà Et donne à ton poète aimé, pour le défendre ‘4 h 1} Des embüches du Temps, les nombres éternels. Ni L 1 À Si mon humble vers plaît à ces jours curieux, = mA) A moi la peine, à toi le laurier glorieux! É 14

4 12 1 Comment ai-je le front de chanter ta valeur D. D Puisque tu es, Ami, le meilleur de moi-même ? fe à Au feu le feu jamais n’ajouta de chaleur Pa 4 Fût-ce pour cela seul, nous vivrons séparés, rte

  • Et nos deux fleurs d’amour délaisseront leur tige ; C (7 4 à Alors je te paierai mes éloges dorés, V2 Le Légitime tribut que ton mérite exige. | 54 k 4 Absence, à quels tourments tu nous ferais souffrir, “14 À ” Si ton loisir amer n’offrait la douce ivresse \ Er 4 De l’amour qu’on rappelle au cœur pour le fleurir : % 4 ES Et pour le décevoir d’une vaine caresse; on. 4 _ Et si tu n’enseignais à doubler l’être aimé, ge 5 Qui, bien qu’absent, paraît, par nos chants exhumé. 1

(NN P RENDS toutes mes amours, cher Amour, prends-lestoutes: de 1 0 Qu’as-tu de plus alors que tu n’avais avant? LA LI 18 Aucun sincère amour, cher Amour, ne s’ajoute pie 4 210 A mon amour total, fleuve sans affluent. RAT ‘1 Si par amour pour moi tu me prends mon Aimée, | x 3) | Je ne puis te blâmer d’user de mon amour; CR À hi Mais, si tu te trahis, que ta chair soit blämée oh Re De goûter malgré toi ce caprice d’un jour. ‘ F, 11 Ton larcin, doux Voleur, ma pitié le pardonne 1 _ Au méchant ravisseur de tout mon pauvre avoir; ‘ |A Et pourtant l’Amour sait combien plus empoisonne Fi VS Le venin de l’Amour que la Haine au fiel noir. Dr. D Par la grâce lascive, où l’horreur même est belle, 4 ns (4 Tue un cœur que ta loi sait n’être pas rebelle. “à

É: Tous ces mignons péchés que commet le caprice : % 4 Quand je me trouve absent de ton cœur oublieux ie Es. -Voni bien à ton printemps, à ta beauté complice, F4 4 D Car la tentation suit tes pas en tous lieux. à de { é Être si tendre, c’est vouloir qu’on vous séduise; “560 4 Être si beau, c’est inviter aux doux assauts ; — É Ge f. Quel fils de femme fuit femme qui le courtise LICE 5108 Et, par dédain, la force à brûler ses vaisseaux? ns.

Hélas ! ne pourrais-tu me laisser ma conquête ee

% Et gronder ta jeunesse erranie et ta beauté De. k Dont la fougueuse ardeur te jette à des tempêtes 44 Dies ; Où tu dois déchirer à la fois deux traités : He) FE: Le sien, car tes attraits à tes lèvres l’entrainent; :0 de Le tien, car tes attraits à me tromper t’amènent. 40

( : Qu’Elle soit à toi, Will, n’est pas tout mon chagrin, ; 0 LS Et pourtant je l’aimais d’un cœur tendre et farouche; #10 M: Mais qu”Elle te possède est le pire destin ANT 24 Et la perte d’amour qui de plus près me touche. Net nu O mes chers offenseurs, je veux vous excuser! ms. DA Toi, si tu l’aimes tant, c’est parce que je l’aime; 8 ‘1 C’est par amour aussi qu’Elle a pu m’abuser 11 ut En te laissant l’aimer par amour de moi-même. à: il ). fi Te perdre, c’est un gain pour mon cœur amoureux; ‘0 À 4 . La perdre, c’est un gain pour ton cœur qui s’en loue; 4 ‘a Si je les perds tous deux, ils se trouvent tous deux, Ne. 18 ie Et tous deux par amour sur cette croix me clouent. b i9 Mais nous ne faisons qu’un, à flatterie extrême : VE a En aimant mon Ami c’est toujours moi qu”Elle aime. A

y Ù ( EST quand mes yeux sont clos qu’ils regardentlemieux, +3 f Car ils ne voient au jour qu’objets dont ils n’ont cure; : i En leur rêve endormis te contemplent mes yeux, LE, \ Feux obscurs transperçant de leurs feux l’ombre obscure. Le F Toi dont le clair fantôme illumina la nuit, LT È Quelle clarté splendide éblouirait la nue 6 454

4 Si tu voulais au jour montrer ion jour qui luit None

J Dans l’ombre et te révèle à mes regards sans vue! dt 18 OR! si mes yeux, comblés de tes rayons bénis, ‘Ja É Al Pouvaient te voir surgir dans la lumière vive, PQ 4 4

Toi qui, dans la nuit morte, apporte aux yeux ternis ‘: 11728

| Le fantôme imparfait d’une beauté fictive! 1084

ni . Quand tu n’y parais pas, les jours me sont des nuits; ’$ Ge .. Mais les nuits sont des jours quanA ton ombre m’y suit. tes

Si ma pesante chair était toute Pensée ? sue _ L’espace injurieux ne saurait l’arrêter, Al _ Et, malgré la distance, elle serait lancée AA _ Par son propre désir où tu veux habiter. : Yi D En foulant les rochers des confins de la terre, ‘3 10 Je serais près de toi, car d’un bond, sans effort,
d Lf La Pensée a franchi les montagnes altières Ai ‘4 ù Sitôt qu’elle a conçu le but de son essor. 24 4 A De n’être pas Penser la pensée assombrie , a : 140 Me tue en me rivant à mon logis lointain, 40) FIRE A ma souffrante chair, de terre et d’eau pétrie, ARE: % ie s Qui doit subir le bon vouloir du Temps hautain, | x” | Sans jamais recevoir de ces deux éléments x D. 140 Que des pleurs, lourds témoins d’un double enchaînement. 10

i Les autres, l’air léger, le feu purifiant, 1128 ( É Vers toi volent toujours, où que mon être vive; ru 1 58

L’un est Penser subtil, l’autre Désir fuyant, Lee

ÿ ; Quand ces vifs éléments partent dans les hauteurs, d à P: Ne : En mission d’amour, vers l”Ami qui m’oublie, 14 î Mon être, abandonné de ses deux sauveteurs, DE. 4 Sombre au fond de la mort sous sa mélancolie. ‘2 el Gi I retrouve la vie en retrouvant les deux P ’ 103 Rapides messagers que ton cœur lui renvoie : De: 1 Ils viennent d’arriver, me font le conte heureux 3e UN ; De l’heureuse sdhté qui me comble de joie! Se 1 Joyeux enchantement qui par trop peu subsiste, 6° ‘TS Car je te les renvoie et redeviens tout triste … ARE :

HR \ Et mon œil et mon cœur sont en lutte mortelle Let

\ ; Ho Pour partager le cher butin de tes regards : 3 1 LU L’œil veut au cœur cacher le profil qu’il cisèle, : mer \ à ani Le cœur ravir à l’œil l’usage de sa part. AC Ve Mon cœur prétend qu’en lui tu fixas ta demeure, ‘4 Do Coffret que ne força jamais œil déloyal; 4 d\ We Mais l’accusé soutient que ce n’est là qu’un leurre oi k al Et qu’en lui éu peignis ton visage royal. 130 a Le Pour juger ce procès, convoquant les Pensées, Eau 4 f Tenanciers de mon cœur, j’en formai le jury : 54 al 108 Dont le verdict fixa les parts controversées 44 11 Et de l’œil lumineux et du cœur attendri. à ‘4 Et mon œil eut pour part ta forme et ta couleur, An. a , Et mon cœur eut l’intime amitié de ton cœur. à

4 Une ligue entre l’œil et le cœur est formée, 3 \ hi: . Pour échanger en paix des bienfaits mutuels : Ge: » L 378 A) La vue est-elle en pleurs, d’un regard affamée”? 2 Le cœur étouffe-t-il de ses soupirs cruels ? M M Mon œil, qui se repaît de ta face en lui peinte, ‘25408 A ce festin d’azur invite l’amoureux ; THE Tantôt, à ses pensers d’amour, le cœur sans feinte th Donne à mes yeux leur part, en hôte généreux. VF à Soit grâce à mon amour ou grâce à ta peinture, is Re

  • Absent, tu m’es présent à toute heure du jour : ‘64 \ C’est en vain que tu fuis, mes pensers te capturent 4

Et, gardant ses gardiens, je garde mon amour. SR

à S’ils tombent au sommeil, l’Astre peint de mes cieux At; / - Réveïlle pour ma joie et mon cœur et mes yeux. 1

1 J’ai pris le soin de mettre, en partant en voyage, MEUN 11 M Mes plus menus bijoux sous de très forts verroux; pi. 1 En un repos tranquille ils sont, pour mon usage, 145 \IERR Sauvés des ravisseurs par des gardiens jaloux. fs bel fn Toi, près de qui joyaux ne sont que bagatelles, | e ‘4 mi 1) Toi, suprème délice et suprême douleur, : 10 & Ve L: Toi, le plus cher souci qui toujours me harcèle, ; ‘1 Toi, je te laisse en proie aux plus abjects voleurs! * ITR (0 Toi, point ne t’enfermai dans aucuns de mes coffres, ne < À mt. Sauf en celui qui, sans t’avoir, te tient pourtant, ds 0 Le tiède et doux coffret que ma poitrine t’offre RM: CIRE D’où tu sors à ta guise, en tous lieux, en tous temps. r 00 J’ai peur qu’en cet écrin même lu ne sois pris: *.
} je .. L’Honneur fait le larron pour ravir un tel prix! à

ë Contre le temps, s’il doit venir, où mes défauts * FF En toi ne trouveront qu’un sourcilleux comptable, 24 Où, voulant arrêter la dépense et le taux, “2 +15 » V2 Tu les contrôleras d’un œil impitoyable; 1 700 Contre le temps, où le rayon de tes clairs yeux L 3 à A peine saluera ma figure étrangère, : SA Où ton amour, changée en son contraire odieux, 508 Alléguera raisons de convenance amère ; 7 a | Contre ce temps, je veux déjà me retrancher ; T4 Dans le pauvre rappel de mon faible mérite, FER Et je veux contre moi dès maintenant marcher D: | - Pour te garder le droit dont ta cause profite. #4 1 Toi, pour m’abandonner, peux invoquer les lois; AE 4 Pour t’aimer, je ne puis trouver de raison, moi! fi 4

M0) les isonnets de Shakespeare 0000 ï Y° 108 Je traîne en route un cœur pesant comme un plomb vil VE DU Et quand mon lent effort à l’auberge m’amène, E le ‘Aa Mon gémissant repos soupire à mon exil : A À en « Loin de l’Ami, chaque mille franchi Ceñtraine ! » 7 pi 04 Accablé de mon deuil, mon cheval douloureux \l HT Succombe pesamment sous ma lourde tristesse : Ra ù à » Un sympathique instinet murmure au malheureux F or Qu’en n’éloignant de toi j’abhorre la vitesse. su ÿ ïè L’éperon que ma rage enfonce dans ses flancs Fate fr De son sang les rougit sans presser son allure; {à M Et le pauvre y répond de sourds gémissements FUI W Plus déchirants pour moi que pour lui sa blessure; 1 fe .Qu’en avant est ma peine et ma joie en arrière! Et

4 Voici comment l’amour peut pardonner l’offense | 44 De ce pas lent et languissant, quand je m’en vais : 74 Ft Comment fuir au galop l’attrait de ta présence? L F ‘à Mais, au retour, comment t’absoudre, à pauvre bête, ÿ 1 Quand l’éclair le plus vif semble toujours trop lent, à à #3 Quand j’éperonne en vain les flancs de la tempête, SE 16 Et me sens immobile en son vol affolant! 4e te Il n’est point de cheval dont la course dépasse pi: % La course du Désimné de l’amour parfait : 4 {A Idéal, il hennit et dévore l’espace ‘4 1 Par amour excusant ma rosse et son méfait : HÉTE ÿ 14 . 25 ‘# AE « Puisqu’en quittant l’Ami, tu marchas à ta guise, À L’ONR se Garde ton amble égal : moi, j’ai l’aile des brises! » :

n Je ressemble à ce riche, auquel sa clef bénie DAS; eu Verse la volupté d’un suave trésor, Es 2018 Suprème bien qu’avec prudence il se dénie j NAS h Wa Pour n’en pas émousser l’exquis aiguillon d’or. s: 10. je Les fêtes ont gardé leur grandeur solennelle, ÿ di AN Grâce au retour discret de leur vol coutumier, À î É Pareilles à ces feux espacés qui ruissellent ‘4 54 Des rubis souverains d’un opulent collier. M * ‘. ci Le temps, qui loin de moi vous garde, est ma cassette D

#9 Orgueil emprisonné qu’on étale et qu’on fête \ Ur

| ‘ En des jours éclatants pour en dorer l’éclat. F1 de Béni sois-tu, joyau dont le haut prix embrase M. 1 Qui te cherche d’espoir, qui Va trouvé d’extase! À “4

3 ‘ D: quel limon subtil fûtes-vous donc pétri, 7 A Vous qu’escortent partout des visions sans nombre; 8 _ - Tout homme n’a qu’une ombre et vous, grand favori, FES À ne Qui n’êtes qu’un pourtant, prêtez à tout votre ombre. pE Re Que l’on peigne Adonis, sa peinte royauté #23 1 N’est de vos traits royaux que la pâle copie; : nur à. Qu’on mette au front d’Hélène un astre de beauté, À 4 Et c’est vous que revêt le péplos d’Olympie! 1

Qu’on parle du Printemps, de l’Automne fécond, de k

1 # L’un n’est que le fantome obscur de votre flamme, 1 _ L’autre a l’or généreux de votre cœur profond, : _ Et chaque être béni nous reflète votre àme! Le _ Vous possédez de toute grâce une parcelle, 7,180

  • ae Vous seui avez, sous le soleil, le cœur fidèle ! ‘ *é

Nr, Oh ! combien la beauté nous apparaît plus belle 2 su 40 _ Quand pour pur ornement elle a la vérité. 9 1 \ Le pénétrant parfum que la rose recèle Ya 720 Embellit à nos yeux sa grâce et sa beauté. Foi te ‘ Sans parfum, l’églantine a la même richesse 5 mil Que la pourpre embaumée au cœur plissé des roses, vi b Et même feuille et même fleur et même ivresse S’il ! Ÿ Quand, aux souflles de Juin, ses boutons se déclosent, ‘y 2 Mais pour seule veriu n’ayant que l’apparence, 1 1 Elle vit sans amant et sans respect s’endort; ’ ‘4 #1 Tout entière elle meurt. Les roses, pure essence, LA L Font un exquis parfum de leurs exquises morts ! 4 1h Ainsi doit se faner la rose de ta vie; ; j 4 de Mais ton vrai cœur, je le distille en poésie ! Re”

À Ni le marbre au grain dur, ni l’or des mausolées & 4 Royaux ne survivront à mes sonnets puissants : ; 4 A Les lettres de ton nom y brilleront coulées re ‘4 En un métal sauvé des souillures du temps. ”.<

4 ouragan de la guerre a brisé les statues, AE 4 Le brandon de l’émeute a brûlé les cités, 1 f Mais le feu qui détruit, ni le glaive qui tue x H à k Jamais n’entameront ton immortalité. : je : où Calme tu marcheras, et ton nom résistant Les ‘ Passera tout entier aux mortels qui s’enchainent Ë |. Es Pour mener l’univers jusqu’à la fin des temps. + Ke ‘4 Oui ! tu te dresseras à son appel suprême; 30 Mais jusque-là vivras en un monde qui t’aime. k à

ve AE Garde-lui tout son fil, comme une faim d’enfant LP Ye Qui, du pain d’aujourd’hui pleinement assouvie, k ‘1% 4 “ e Retrouvera demain ses aiguillons puissants. HU <a Et clos-les sous le faix des festins endormants; ; 14

  • 7 | Mais n’en étouffe point la tendre frénésie A l a Sous la torpeur sans fin des assoupissements. ÿ 4 \ Que notre triste exil soit comme un large fleuve ‘4 LE Qui sépare la rive où-viennent chaque jour ‘4 1 # Plus béni sourira le moment du retour ! sn ; ! Notre exil’est encor l’hiver sombre et morose % Ds. Qui donne un triple charme à la saison des roses. NUS

4 Qu”ai-je autre chose à faire, humble et soumis esclave, Le.

- Qu’à guetter le caprice ailé de vos désirs? ‘à

LL Le vaisseau de mes jours sans vous n’est qu’une épave sf: He % Et mon service est vain s’il n’est votre plaisir. Dei

Et je n’ose gronder les heures mortifères Ée

i Si lentes à vous rendre à moi, mon souverain ; # “4 3. Ni trouver l’absence àcre à mes lèvres amères ve. F Quand vous abandonnez le serf à son chagrin. :33 “ Et je n’ose darder au but de vos voyages 115 RC: Le doute empoisonné de mon souci jaloux; ; % + 4 Je ne pense, figé dans mon trisie servage, £ <o ‘à Qu’à ce bonheur lointain qui chevauche avec vous. À Un

74 L’amour est fou : le mien à ce point vous révère 3e 4 Qu’en vos actes obscurs il ne voit que lumière. à a

b dat | les sonnets de Shakespeare M 11 me défend, le dieu qui me fit votre lige, VI 1 De peser en esprit le temps de vos loisirs, $ D LIN De demander raison des heures qui m’affligent, 4 a Moi, le vassal soumis à votre bon plaisir. We Pau Sur un signe de vous, puissé-je en patience, 2 JA Moi, le féal captif de votre liberté,
n Souffrir, apprivoisé, la prison de l’absence 32 Ai Sans trouver un grief contre votre bonté ! Re : V Suivez donc votre humeur d’après le privilège ; si) tt D Que vous donne la charte où vous êtes absous +3 vi De tout ce qui vous plaît : assez il vous protège “5 où Pour vous pardonner mème un crime contre vous. 202 i ’ Je dois attendre, alors qu’attendre est un enfer, TR wi) . Sans vous blâmer de ces plaisirs, bons ou pervers. 4 1

‘4 S” n’est rien de nouveau, si tout est renaissance, F À ks Nos cerveaux en travail, dupés et condamnés, “4 Î .__ Portent, comme un fruit mort conçu dans la souffrance, RO 3 L’illusoire fardeau d’un enfant déjà né. 4 % Que je voudrais voir en l’histoire au clair mirage f 3 Qui réfléchit le cours de cent lustres passés, ‘3 Tous les anciens portraits où vécut votre image ÿ$ Depuis l’âge où l’esprit en signes s’est tracé ! DE | Lors, je pourrais savoir comment la lyre antique } “2 fi Chanta le merveilleux accord de votre face; RU | 4 Si nous sommes les rois, si les Anciens abdiquent, 7 4 Ou si le temps en marche a laissé l’homme en place. #4 | Mais à des dieux moins beaux les harpes en allées : ji A: Égrenaient le tribut de leurs strophes aïlées ! A:

SE Les flots s’en vont mourir aux rives caillouteuses ; ME f MMS: Nos minutes, comme eux, se hâtent vers leur fin : AR mt L’une glisse après l’autre én sa course onduleuse — fl

M Charge de combatiants qui roule à son destin ! à } Ve L’homme émerge en ce monde, océan de lumière, ÿ à NU Rampe au midi doré qui couronne son front, 140 \ TRES Combat le croissant noir d’éclipses meurtrières 18

50 Et le Temps qui donna ruine tous ses dons ! sa LUE Creuser au front du Beau parallèles de mort, à ‘1 | 14 1 Se repaître en pillard des suprêmes richesses : D. FA “ Rien ne résiste au fer de sa faulx sans remords. FA Dre Au ciel de l’avenir, malgré sa main cruelle, Fa ER 4 \ Ta gloire avec mes vers s’envole à tire d’aile ! 4

Le 55 toi qui le veux, quand ton errant fantôme j (3 4 Aux tourments de la nuit soulève mes cils lourds ? 1 _ Est-ce toi qui le veux, quand le sommeil qui chôme Rare _ Me laisse en proie aux masques faux de mon amour ? 3 _ Est-ce ton âme, Ami, qui de si loin s’élance r *: À | Et tâche à pénétrer mes heures de loisir ï 3 ï É . Pour épier mon geste et jusqu’à mon silence, Ë _ Fond de ta jalousie et thème à tes soupirs ? ? (È | Mais ton amour, si fort soit-il, n’a point ce zèle : Le | . Non! c’est le mien qui seul reste les yeux déclos; s 1 MW C’est mon fidèle amour qui, päle sentinelle, 3 | | Veille au chevet du mort vaincu qu’est mon repos ! é É Pour toi je veille et toi, tu veilles sans regrets : È . Loin, loin de ton ami, mais d’autres cœurs trop près ! #

  • No _ les sonnets de Shakespeare ï Due L’amour de ma personne envahit et possède 12 ee! Mes yeux, mon corps, mon âme : iltient tout en FT 48 A Contre ce mal rongeur il n’est point de remède ton À 10 Tant il pénètre avant dans le sol de mon cœur. AA 216 on visage, il me semble, a la suprême grâce; FE
  1. . Ma forme a l’idéale et vierge pureté : ) UK Je suis mon propre juge et nul ne le dépasse : ni k nn J’élève jusqu’au ciel ma propre dignité ! re We hs Mais quand un franc miroir me révèle à moi-même, Cr: 11500 Le front battu, gercé par le hâle du Temps, in Wei J’y lis des démentis écrasants pour qui s’aime te 116 De cet indigne amour inique et rebutant. é fi ! à | En peignant mon soir gris de l’aube de vos traits, 2740) 4 C’est un autre moi-même, Ami, que j’adorais ! DA

_ Sur mon amour comme sur moi la main perfide ne _ Du Temps va s’alourdir, l’écraser, le meurtrir, ( J L’Heure draïner son sang, herser son front de rides, + _ Et son jeune matin, d’un souple élan, gravir É 1 _ Les sommets escarpés de la nuit vieillissante; 4 _ Et toutes les beautés dont il était le roi 4 È

  • Ont connu l’agonie ou sont agonisantes, 1. _ Et leur riche avril meurt sous leur souffle âpre et froid. 54 . Contre l’assaut prévu dès maintenant je m’arme, < Hi 1 Pour dévier le meurtrier couteau des Jours; j : | R Pour qu’au cœur des humains toujours vive son charme, ee . Quand gira foudroyé l’arbre de mon amour ! De Sa beauté renaîtra des mots noirs de ces vers, ; Et lui, de leurs sillons, sortira toujours vert ! TE

se _ les sonnets de Shakespeare. Mb |: N

JAI Lorsque je vois le bras du Temps louche et cruel rs d k Violer le tombeau riche et fier de nos pères; PAS

À Et la mort s’asservir jusqu’au bronze éternel, ‘ ‘4 ni Et l’altier château-fort le front dans la poussière; #3 at Quand je vois par degrés le vorace Océan : si Envahir en vainqueur l’empire du rivage; À | Et la terre empiéter sur les fleuves géants, 1 ’ L’un perdre au gain de l’autre ou gagner au pillage; à Quand je vois cet échange en des êtres mouvants, en 1 , Ou l’être anéanti dépouiller l’existence, | É J’apprends à méditer sur la marche du Temps LA f Qui viendra m’arracher mon amour sans défense. À lp C’est un penser de mort qu’en pleurant de prévoir ME La mort de ce qu’on garde, ah! sans garder l’espoir. À

_ Bronze et marbre, et la terre et la mer infinie $ l Voient leur pouvoir soumis au sceptre de la mort : a j Comment à sa fureur la Beauté, fleur bénie, | Pourrait-elle opposer son délicat effort, ie _ Quand, sur l’été semant le miel pur de ses ailes, . _ Fonce le dur bélier des siècles acharnés ? à 1 Quand l’imprenable roc, l’acier des citadelles, 6 Quand tout cède à l’assaut des temps prédestinés ? “e ._ O l’effrayant penser! Comment la gemme exquise Ce __ Peut-elle en son coffret fuir les ongles du Temps? 5 : _ Son pied trop prompt, d’un bras vaillant, qui donc le brise .’ 1540 _ Et crie au ravisseur du Beau : « Je te défends! » je _ — Personne, à moins que par miracle une encre noire #4 _ Ne rende à mon amour la vie avec la gloire! 1e

500 , 15 Las de voir la vertu vivre déguenillée, (ES ) 1 La nullité drapée en ses oripeaux d’or, \ ts Ne ; V0 Et la plus pure foi méchamment violée; Fe ps MA Et l’argent de l’honneur au déshonneur payé, ; E D) Et la vierge au désir brutal prostituée, An A Et le juste du monde injustement rayé, | 4 1 in Du Et d’un boiteux décret l’âme forte tuée; ESA 1314 H Et les arts bâillonnés de par l’autorité, s 1 “50 ANR Et les sots, en docteurs, régentant le génie, } 1 15 , 4 \ Le Bien, soldat captif du chef Ignominie : ‘à its 50 Lassé de tous ces deuils, je voudrais m’y soustraire; fa Ed Mais mourir — c’est laisser mon amour solitaire! PRE.

à | 24 lui faut-il vivre en ces jours corrompus ‘262 Le Et bénir de sa grâce un univers impie ? +. ‘44 Du suc de sa vertu voir le Péché repu, Res ï Voir la poudre et le fard copier son front pur, on 15 Asa vie emprunter une apparence morte; * #0 . Et, pauvre, la Beauté, cueillir à l’arbre obscur À

Des fantômes de fleurs, et non ia fleur qu’il porte ? Et

_ Pourquoi vivre en un monde épuisé de son or 04 “34 Et vidé du sang pur qui rougit les artères ? PAS | “oh La Nature en faillite en lui trouve un trésor, l % #0 Et, fière d’autres gains, vit sur son aumoniére. LU Ne - L’opulente beauté des anciens jours heureux, 4 DL. VPar lui seul se conserve en ces temps désastreux. sie 5 79 4

214 Sa joue est le tableau des jours évanouis : fi “es Où naissait et mourait le beau, comme une plante, i\57eS 1104 Où ces bourgeons bâtards, d’hier épanouis, 54 06 N’osaient encor parer une beauté vivante; LA 1 ss Où les cheveux dorés des chers morts respectés à

Re — Bien sacré des tombeaux — n’étaient mis au pillage vl Pour, sur un second chef, revivre transplantés de

13 Et, de leur toison morte, embellir un visage. HSE 4 Lui, montre ce qu’étaient ces saints jours abolis, 64 : 1240 Lui seul, par l’éclat nu de sa seule richesse, CS

A 4 Sans fleurir son printemps de sacrilèges lis, 4

‘1408 Sans ravir aux vieillards un masque de jeunesse. à a i Grâce à lui, la Nature en un tableau précis 4 5 Révèle à l’art menteur sa beauté de jadis ! 14

4 Ce que les yeux du monde ont vu de ton image 4 1e Semble parfait aux plus chers vœux des cœurs amis : #7 ‘ Toutes les voix de l’âme ont rendu cet hommage 4 4 Au front nu qui courba tant de fronts ennemis. +0

à Tes dehors séducteurs en te payant ton dû; ) D.

É Mais ils ont d’autres accents, nos fats, et se vengent Sy

Ne: En voulant voir plus loin que leur œil n’avait vu. L ;

_ Ils prétendent plonger en la mer de ton âme | 20

ds Et n’ont, pour la sonder, que tes actes pour plomb; Re “4

-_ Leur esprit va prêter, lorsque leurs voix t’acclament, \ 5

k A ta rose embaumée un souffle de poison. à

_ Mais, comment ta beauté perd-elle son parfum ? ; % _ — Aux sens vils du commun son effluve est commun. Es

ui a les sonnets de Shakespeare NOR pause Mais le blâme jamais ne façonne le crime, Lu Car le scandale au front vise les héros purs, 0 | Rehausse de soupçon l’or des beautés sublimes, { 1 ui Noir corbeau qui du ciel pàlit le pâle azur. H
à ï La calomnie, Ami, consacre ton génie Li AL Que courtise l’amour flatteur de notre temps : 4 “al Le chancre aime la fleur aux senteurs rajeunies, ‘À K À Et n’es-tu pas toi-même un pur et frais printemps ? ROUE j 4 Oui, tu as traversé les pièges du jeune âge, “avi fe | Ou sans assaut, ou sans effroi, toujours vainqueur; ue : ï Cet éloge est puissant; mais jamais il n’encage | \5 L”Envie, aux quatre vents secouant sa rancœur. À AN Si nulle ombre de mal ne ternissait ta flamme, ‘2 ü Tu serais le seul roi du royaume des âmes! NL.

% l ‘D Esgez de me pleurer quand cessera le glas : 4 Lugubre et languissant qui donne avis au monde #4] M Que je fuis cet univers immonde à grands pas Le 4 Pour aller demeurer avec les vers immondes. 4 * ‘S Si vous lisez ces mots, non, n’évoquez jamais 17

La main qui les traça, car ma grande amour pure .

Hi Préférerait l’oubli d’un cœur bercé de paix, 14 416 S’il devait, ce rappel, vous être une torture. de F4 Oh ! si vous revoyez jamais ces tristes vers 1 4 Lorsque mes os dissous seront mêlés d’argile, 4 a N’épelez même pas mon nom d’ombre couvert : # H Laissez l’amour erouler avec le corps fragile. 4 ‘E Vous! voir ce monde sage et scruter votre deuil, ; 1 ‘a 6 Et rire de nous deux quand l’un est au cercueil ! à É

‘ti Oh ! de peur que le monde, Ami, ne vous impose « 54 LS De dire l’attrait fort qui vivait en mon sein +10 #58 Et me fait chérir mort, qu’en l’oubli je repose : 1 1 Un seul mérite en moi vous chercheriez en vain. : % 1 Vous ne voudriez pas deviser dans les larmes ‘EE ( Un mensonge pieux non moins qu’immérité, #4 ‘4 Ni m’accorder, défunt, plus de force et de charme A LS A Que n’en peut m’octroyer l’avare vérité. 7 Pour que vous ne chantiez un héros illusoire =: #4 Et que votre amour vrai ne prenne un masque faux, AU. 0h - Enfouissez, avant qu’il nuise à notre gloire, SES F4 L’esprit avec le corps en un commun repos. Gi

ns Moi, je rougis de voir ce que je donne au monde; 6.

“ Et vous, vous rougiriez de mon âme inféconde. “4

En moi tu vois l’automne où l’année agonise, F*

| Où la feuille jaunit et meurt sur les rameaux, % ù) Pour tomber des arceaux qui tremblent sous la bise, 20 i Chœurs nus et délabrés où chantaient les oiseaux. \ 4 b:. En moi tu vois encor le mourant crépuscule D = Qui, le soleil couché, s’attarde sur les eaux; V1 4 Et pas à pas la nuit le noircit et l’annule, à 2 Sœur de la mort qui scelle tout au grand repos. GE 114 En moi tu vois encor la pâle et brève flamme | F Qui sur la cendre meurt d’un feu qui s’est tari, F 1 { Berceau de sa clarté, lit de mort de son âme, Ge

Consumé des ardeurs dont il s’était nourri. Ù 1 BC Tu vois, et ton amour plus puissant veut m’étreindre, 4 ‘4 Pressé d’aimer ce qui demain devra s’éteindre. ‘à

a ja ; les sonnets de Shakespeare So

LA Mais sois content, Ami : quand la rude sentence ÿ d M’aura sans caution, frappé du coup fatal, Ti ja Ces vers où survivra ma défunte existence 1 ji Te resteront comme un vivant mémorial. % 1 ! Les voyant, tu verras le coin du sanctuaire ‘4 ji! k Qui, dans mon être aimant, Will, t’était consacré; il Gel La terre n’a repris que son dû, — de la terre; 34 il Mais le meilleur de moi, mon esprit, l’est livré. ne à Tu n’as vraiment perdu que les déchets de l’être | hi En ce corps disparu qui n’a plus qu’à pourrir; 1 NA Lâche butin conquis sur le couteau d’un traître; (1) ‘0 Trop vil pour la grandeur de ton pur souvenir. 4 | Ce qui lui donne un prix, c’est l’âme qu’il recèle, À } Et cette âme en ton âme à tout jamais ruisselle. 1 1 (1) Le Temps sans doute (Cp. LXIII, 10), à moins que Shakespeare À 1 wait été blessé, comme Marlowe. Ce pourrait être encore lui-même, |

)À s’il avait songé au suicide. — Sonnet en façon d’envoi qui clôt ce 5 at groupe de quatre, et cette première moitié de l’œuvre. 4

À ; rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. 1 Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men- L 1 suelles régulières et par des souscriptions extraordinaires ; la souscription ne confère aucune autorité sur la rédaction ni sur l’administration ; ces fonctions 1 Nos Cahiers paraissent par séries; une série parait À dans le temps d’une année scolaire, d’une année | ouvrière, d’octobre-novembre à juin-juillet ; l’abonne4 ment se prend pour une série. jee 4 On peut souscrire cet abonnement à tout moment de ; l’année, mais l’abonnement ainsi souscrit est, de droit, valable pour la série en cours. | Prix de l’abonnement, pour chaque série annuelle F. 4 pendant le cours de cette série : 4 naire… l Autres pays de l’Union postale uni- 4 Abonnement sur whatman… cent francs pour tous pays | 1 Les exemplaires sur whatman, tirage non réimposé, 4 sont numérotés à la presse et imprimés au nom du / 4 souscripteur ; le tirage à part sur whaiman a commencé 4 de fonctionner au premier janvier 1906 ; les inscrip- & n tions pour cet abonnement particulier sont reçues en 4 tout temps et reçoivent un numéro d’ordre déterminé Ù ‘14 automatiquement par le rang même qu’elles occupent ! 4 dans l’ordre de l’arrivée, les numéros les plus bas venant à ‘1 naturellement aux premières inscriptions; c’est ce nu4 méro d’inscription qui devient auiomaiiquement le 4 numéro du tirage réservé à chacun des souscripteurs; ‘#4 l’édition sur whatman est strictement limitée au

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