IX-1 · Premier cahier de la neuvième série · 1907-10-05

De la situation faite au parti intellectuel devant les accidents de la gloire temporelle

Charles Péguy

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de la situation faite

É dans le monde moderne devant les accidents

de la gloire temporelle

paraissant seize fois par an

fi. 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

+100 Nous avons publié dans nos éditions antérieures et te D. dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un Si il ni grand nombre de documents, de textes formant dos- ie. 14 si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles, “5 romdäns, drames, dialogues, poèmes et contes; — un

  • si grand nombre de cahiers d’histoire et de philo DCE sophie; et ces documents, renseignements, textes, dossiers et commentaires, ces cahiers de lettres, ‘tr 44 d’histoire et de philosophie étaient si considérables que nous ne pouvons pas songer à en donner ici Me: l’énoncé même le plus succinct; pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières séries des cahiers, ne: 4 suffit d’envoyer un mandat de cinq francs à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue dela Sor- Re: bonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondisse- ment; on recevra en retour le catalogue analytique

.__ sommaire, 1900-1904, de nos cinq premières séries.

Ce catalogue a été justement établi pour donner, 4:15 ; be. autant qu’il se pouvait, une image en bref, un raccourci,:NR

une idée, abrégée, mais complète, de nos éditions anté- (HER

3 rieures et de nos cinq premières séries; tout y’est classé Dal. dans l’ordre; il suffit de le lire pour trouver, à leur 1164 place, les références demandées. QU, Ce catalogue, grand jésus, forme un cahier très épais de XI1+/08 pages très denses, marqué cinq francs; ce cahier comptait comme premier cahier dela : sixième série et nos abonnés l’ont reçu à sa date, le 2 octobre 1904, comme premier cahier de la sixième série; toute personne qui jusqu’au 31 décembre 1905 “#4 s’abonnait rétrospectivement à la sixième série le rece- JAI vait, par le fait même de son abonnement, en tête de la AE. 5 série; nous l’envoyons contre un mandat de cinq francs à toute personne qui nous en fait la demande. A

dans le monde moderne

M. dans le monde moderne Es devant les accidents 1108 de la gloire temporelle a on Quand on a dit ce que nous avons indiqué seulement, +142 quand on a dit que l’entrée d’un jeune homme dans le grand parti intellectuel moderne lui confère automatian,… quement aujourd’hui toutes les puissances de la domi- HE. nation temporelle, on n’a rien dit. Et Quand on a dit, quand on a constaté que lintroduc- à tion, que l’initiation d’un jeune homme dans le grand Rit à “parti intellectuel moderne lui ouvre automatiquement. toutes les puissances de la domination temporelle cures, chaires, titres et décorations, prébendes laïques, dominations politiques parlementaires, honneur de Sauver, — aujourd’hui, — 5 “République, — et par dessus le tout ce que je vois qui est le plus prisé 9 monde moderne, — 1. RU,

aujourd’hui par et parmi nos jeunes gens: faire un grand et brillant mariage, demi-riche, ou riche tout à 1 fait, de cette richesse très particulière aux gros uni- _versitaires, dans nos aristocraties de défense républi- 24 caine, dans nos héritages politiques, dans nos hérédités 70. de gouvernement de l’esprit, — quand on a dit tout cela, quand on a énuméré toutes ces. grandeurs, — toutes ces tristes misères, — on n’a rien dit encore; on 0 n’a rien dit que tout le monde aujourd’hui ne sache, — ne déclare, n’avoue, ne reconnaisse, ne proclame de De. quelque manière, ou n’ait, quand on est malin, et tout à le monde, aujourd’hui, est malin, découvert le premier.

On n’a rien dit non plus qui soit bien intéressant. Car 1 à sur ces grandes vilenies les opinions sont faites, sur les , grandes vilenies de l’histoire contemporaine, faites, vite ne et une fois pour toutes, bien faites, les jugements sont; arrêtés, les résolutions prises, les décisions faites. De part et d’autre. Un jeune homme qui veut devenir NU: député, ministre, gendre, conseiller d’État, ou même 4 obtenir à bon compte une chaire de l’enseignement supérieur, sait parfaitement comment s’y prendre. IL à sait quelles avances il faut faire, quels gages donner, quelles promesses faire, quelles promesses au contraire À tenir, quelles paroles tenir et quelles paroles violer, à 1 quels serments prêter et quels serments trahir, quelles traites accepter et signer, et quelles traites ensuite laisser protester, quand et comment jurer et quand et comment se parjurer, quelles trahisons commettre, et 2% 4 ils savent comment on peut trahir des trahisons mêmes.: Un peintre joue la difficulté en mettant blancs sur he: blancs, noirs sur noirs. Nos jeunes camarades jouent

1 l”aisance en mettant trahisons sur trahisons. Parlant

4 |. avec eux le langage dit scientifique, nous dirons qu’ils

font des trahisons de trahisons, des trahisons au carré, des trahisons à onsne sait plus combien de puissances. Ils n’y sont pas seulement entendus. Ils y sont experts. Ils sont artistes. Ils savent tout cela beaucoup mieux que nous. Ils y ont une corhpétence que nous n’aurons ni À EE: jamais. Nous sommes un sot de nous occuper d’eux, “19 d’oser même parler d’eux. Nous sommes des novices, Es auprès d’eux. Ils savent ce qu’ils ont à faire, et ce qu’ils font, et nous ne le saurons jamais. Ils n’ont besoin ni 4 _de nos renseignements; ils en ont plus que nous: ils en “Cia À ont que nous n’avons pas, que nous n’aurons jamais; Le ni de nos aversions et de nos découragements. Ils nous 1 méprisent. Ils nous tiennent pour des sots. Ils ont bien. Sur ces grandes vilenies, sur les turpitudes gouverne- à mentales, sur les hontes politiques, sur les roueries des combinaisons parlementaires, sur les fraudes électorales à dans les élections politiques et dans les élections litté- A raires, sur le moyen d’entrer au Collège de France par la porte du soupirail, sur l’art et la manière de défendre 41% en assyriologie la troisième République française, de ut: part et d’autre les partis sont pris. Ceux qui veulent, +4 veulent; et ceux qui ne veulent pas, ne veulent pas. Ceux qui veulent, veulent tant que vous ne pourriez

pas les faire vouloir plus, ni moins. Quand même vous seriez bons à quelque chose, ce que vous n’êtes pas. Ceux qui ne veulent pas, ne veulent tant pas que vous? ne sauriez pas les faire ne pas vouloir plus, ni moins, parce que vous n’êtes bon à rien. a

Sur tout cela, qui est usuel, qui est habituel, toutes te les habitudes et tous les usages sont pris. Sur les turpitudes publiques ou secrètes, sur les bas- Are ji. _sesses des dominations temporelles, de part et d’autre À les partis sont pris. Vite pris. Les vies sont courues. à Celui qui veut arriver arrive. S’il n’arrive pas, c’est qu’ils sont trop. Ce n’est point faute de savoir. Il À 3 connaît son affaire. Ne nous occupons pas de son ‘il Dès la troisième année d’école, dès l’agrégation, dès 4 la première peut-être, dès la licence, dès le concours te À d’entrée, dès la cagne (ou rhécorique supérieure), dès les vieilles rhétoriques de province, dès les plus inno- “FA 4 centes et jeunes basses classes, dès les sixièmes les RE. plus jeunes et les plus fraîches, avec l’histoire des anciens Égyptiens et des Assyriens cruels, dès les plus » anciennes et les plus jeunes promenades et les plus vio- lents jeux de barre sous les marronniers lourds, dès ; “4 peut-être avant, tout cela était joué. Dès les plus an- ME ciennes parties de barre, et au-dessous, au-dedans, À cette partie-là était jouée. il Sur les arrivismes temporels, de part et d’autre les jeux sont faits. Les âmes turpides vont aux turpitudes les âmes serviles vont aux servitudes. 1 à Les imbéciles vont à l’honnêteté. Et ce qu’il y a de plus fort, c’est qu’ils en ont telle- ment le goût, les imbéciles, de l’honnêteté, de la vieille ne probité, qu’ils y restent.

Il est quelquefois difficile à l’arriviste d’arriver, parce Hi: qu’ils sont trop. Maïs rien n’est aussi facile que de n’ar- » river pas, pourvu qu’on y mette un peu du sien. Parce à à 4 qu’on n’est pas trop. Il y a ainsi de par le mondeun certain nombre de jeunes gens, pas très nombreux, — 4 nous en connaissons beaucoup aux cahiers, mais c’est à assurément dans le personnel et dans la clientèle des cahiers que l’on en trouverait et que l’on en connaîtrait Ee. és: le plus, — des malins, alors, des gars particulièrement Le: astucieux, des bonhommes à qui on n’en compte point; 4. À ! Bi: des vieux roublards, qui ont choisi la carrière de ne point De É réussir, la procession de ne point arriver. Ils entreront 1 dans la carriè…ère quand leurs aînés n’y seront plus. #4 “4 Ils n’auront pas besoin d’attendre aussi longtemps. Car leurs aînés et eux ils tiennent parfaitement dans la 00 même carrière. On dit même qu’ils n’y sont point trop … ÉN: serrés, qu’ils s’y meuvent à l’aise, bonnement, sans A haïines et sans beaucoup de compétitions. Car, du - moins d’après les récits des voyageurs, ce serait une à Ces gens-là non plus, ces gens de leur côté n’ont pas 4 besoin de nos considérations ni de nos conseils. Quand un pauvrehomme a la probité dans la peau, il est perdu. LA: J’entends perdu pour les grandeurs. De toutes les tares qui s’attaquent aux mêmes et aux moelles, celle-ci est 7 peut-être encore la plus irrémissible et celle qui pardonne le moins. L’homme qui n’arrive pas, qui ne sait pas, Die comment s’y prendre, qui ne veut pas savoir, le type 4 dans nos genres, l’imbécile enfin, le pur niais, nidax : e. vere simplex, le bon homme sait très bien, sent très “4 à bien, depuis qu’il est venu au monde, et même avant,

parce que son père et sa mère étaient d’honnêtes gens, que toute sa vie on lui fourrera les sales besognes. Ou à a du moins ces admirables petits métiers, tenus ettenants,, À

  • pieux et modestes, que les grands de ce monde cotent comme de sales métiers. Il sait pertinemment que toute sa. vie on lui fera éreinter les yeux à corriger des copies et des compositions ou de la copie et des épreuves Dans les honneurs obscurs de quelque légion. 7 Mais il aime cela, cet homme. Il est si bête qu’il ne pense même pas à nommer cela probité, honnêteté, goût et passion de la liberté. Il exècre le mot même de ; pureté. Parce que de tous les sépulcres les sépulcres blanchis sont encore ceux qui lui paraissent le plus LA cimetières. C’est nous, les cuistres, qui nous amusons à 4 donner à tout cela des noms de vertus. Avec notre manie de faire des catalogues et des index. Il ma 24 besoin ni de nos classements, ni de nos encourage- ments, ni de nos conseils. Tout ce qu’il sait, cet igno- rant, c’est qu’il y a des démarches que les autres font ; tout le temps et qu’il ne fera jamais, pas même une fois, pas même un seul quart d’heure. Parce que ce ï quart d’heure lui resterait sur l’estomac, lui serait im- Tout ce qu’il sait aussi, tout ce qu’il sait enfin, car il 1 voit de loin, et au loin, il voit jusqu’au bout, c’est que sa vie sera telle, toute entière, et que telle sera sa ! mort, qui est pour lui comme une sorte de fin de “41; Car pour cette sorte de gens, de petites gens, elle

n’est pas, elle me paraît pas beaucoup le commence- ment de leur éternité. A Infiniment plus dangereuse que la tentation du gou- vernement temporel, parce qu’elle ne s’attaque plus seulement aux âmes de servitude, infiniment plus je intéressante parce qu’elle s’attaque aussi aux âmes de commandement, et même à quelques bons esprits, infiniment plus redoutable que la basse tentation du gouvernement temporel est une autre tentation, une haute tentation, une tentation supérieure, parce que l’autre n’est que basse et que celle-ci est supérieure: la 4 tentation de la gloire, sous toutes ses formes, sous toutes les formes de cette véritable affection. L’expérience a malheureusement démontré que la ten- tation de la gloire produit les formes d’une affection: véritable, qu’il y a des hommes qui ne trahiraient point : leurs amis pour le gouvernement général de Madagas-; car, — et dépendances, — et dont le cœur chancelle et ï qui feraient on ne sait pas bien quoi, et on se le demande avec inquiétude, pour être mis seulement dans un dernier chapitre, que l’auteur ferait, de l’histoire de est heureux pour la solidité du régime que des À hommes comme Andler et Lanson soient de fermes 1) 4 républicains. Qu’ils en soient les appuis les plus solides “4 et comme qui dirait les bâtons de vieillesse. On ne sait ? pas de quoi des jeunes gens, de jeunes auteurs seraient à capables pour entrer dans la gloire, — même considé- 4 rée comme une puissance purement spirituelle, — nommément pour entrer dans l’histoire, — comme on y

48 entre aujourd’hui, c’est-à-dire pour entrer dans le tissu Es il; linéaire, dans le ruban de l’évolution littéraire, dans le TEA 3 ruban scientifique d’une évolution littéraire linéaire, — simplement pour entrer dans un feuilleton du Temps; à à — beaucoup plus scientifiquement pour être mis dans. 1 42 un chapitre nouveau de notre maître M. Lanson; —: à 10 beaucoup plus scientifiquement encore, — carilyades degrés dans la science et dans la magistrature, — pour En ‘al entrer dans le cosmos de la pensée de notre maître M. Andler, même non exprimée, même non écrite,; a: même non imprimée, comme un chaînon de la chaîne, 4 comme un échelon de l’échelle, comme un élément, 3 indispensable, — un élément d’évolution étant toujours À :4 nécessaire, indispensable, et inévitable, — comme un “4 élément indispensable dans l’histoire linéaire‘de lévolu 21 tion de quelque littérature, fût-ce de cette exécrableet 0 méprisable et la dernière de toutes littérature française. Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés. Il faut se 74} féliciter, pour la solidité de nos institutions, qu’un 12 homme comme l’honorable M. Gaston Deschamps, que ;. des hommes comme nos maîtres M. Andler et M. Lan- 24 son soient d’aussi fermes républicains. Eux-mêmes ils 12 ne connaissent point, ils ne peuvent pas soupçonner toute l’étendue de leur pouvoir. Etsi mêmeilsen avaient … Ke: connaissance, heureusement que nous avons la certitude qu’ils n’en abuseraïent point. On ne sait pas ce que 2 seraient capables de faire pour eux des jeunes géens 5% entièrement désintéressés. On ne soupçonne pas, nos 4 maîtres ne suspectent point eux-mêmes quelles troupes “2 de dictature enthousiastes, infiniment plus embêtantes 4% 1 que celles qu’ils ont déjà, et qui sont si insupportables, quelles gardes prétoriennes, et plus que dévouées, attaæ

chées, ils pourraient lever parmi tant de jeunes gens que l’on croit et qui se croient eux-mêmes de la défense 4 républicaine la plus pure. Ils ne peuvent pas le savoir. Je ne parle point ici de SA 4 cette puissance temporelle, je ne reviens point ici sur 118 Le de cette puissance temporelle que nous avons dite et sur ne laquelle je ne pense pas qu’il soit opportun de revenir, 4%, car tout le monde la connaît, qui est venue à nos “Xi 1 maîtres de ce qu’ils exercent non pas seulement les 4 fonctions, mais les magistratures et qu’ils poursuivent ou édictent les fonctions de l’enseignement dans les Du: Universités de l’État. Des hommes qui reçoivent ou ne reçoivent pas, en France, des candidats, nés Français, l’École Normale, aux bourses, même de voyage, des hommes qui ont reçu licence de faire des docteurs et des _normaliens exerceront toujours en France une puissance #4 illimitée. Et il y en aura beaucoup qui seront dans leur à dépendance. Nous laissons pour aujourd’hui cette puis- ‘#4 ; sance, pour aujourd’hui et peut-être pour longtemps, sinon pour toujours. Ce que je dis, c’est que, parmi les É âmes supérieures, parmi les âmes hautes, parmi les De quelques Français qui osent affronter cette idée: ne pas être reçus à un examen ou à un concours de l’enseigne- “40 ment de l’État, parmi ces âmes éminentes et singulière- ment rares il se produit un nouveau ravage, par cela A même infiniment plus dangereux, puisqu’il tombe juste- : ment, comme par hasard, sur les quelques-uns qui A avaient échappé aux premiers, aux anciens communs Il se produit ainsi un nouveau, un dernier déchet, le “<CNR pire de tous.

Charles Péguy de, si Une âme un peu noble se méfie, d’elle-même, instne tivement et sans qu’on ait rien à lui en dire, de tout ce qui ressemble à de la domination temporelle. Un homme Le un peu propre a peut-être encore plus d’horreur, 4 instinctive, d’exercer quoi que ce soit qui ressemble à de la domination intellectuelle temporelle que de la 4 subir. Il n’y à donc pas lieu d’y insister. Il n’y a pas A ne même lieu d’en parler. Ce qu’il faut dire, ce qu’il faut ‘Al examiner un peu, c’est si la tentation de la gloire, qui Foi atteint, qui entame justement les âmes élevées, d’ailleurs ; inattaquables, ne serait pas devenue, elle aussi, dans 4 le monde moderne, une tentation de domination tempo- à relle, d’autant plus pernicieuse qu’elle est plus insidieuse, 3 d’autant plus redoutable qu’elle ëst plus insinuante et À qu’elle se glisse à des âmes plus précieuses ayant elle- même revêtu les aspects presque d’une vertu, presque n. d’un devoir, presque d’une obligation métaphysique et à De bons esprits s’aperçoivent aisément, de naissance, ; de race, et sans qu’il soit besoin de les tirer par la 4 manche, de ce que c’est qu’une domination temporelle, sous les formes grossières, connues, classées, de ce que cela pèse, de ce que cela vaut. Quelques bons esprits à peuvent ne pas s’apercevoir que la gloire elle-même, É que la vieille gloire, qui en effet était venue au monde, au vieux monde, plutôt comme une puissance spirituelle, à que la gloire du vieux temps est devenue dans le monde moderne, par une opération de l’encroûtement du monde moderne, elle aussi une puissance temporelle, moderne, ; comme il y en a malheureusement tant d’autres. Je dis encroûtement parce que je ne suis pas scienti- 5 fique. Si j’étais savant je dirais incrustation, cela ferait ne:

une loi biologico-sociologique, et tout le monde me res- Ne à Sur le point de savoir à quel point la gloire elle-même, 172) la gloire littéraire par exemple, est devenue dans le à Me monde moderne simplement une forme, et même assez à grossière, de domination temporelle, je me vois contraint ; de faire appel à moi-même, ce qui n’est pas convenable, . à mon propre témoignage. Mais tous nos abonnés ne sont peut-être pas éditeurs. Et quelques-uns certaine- ment ne sont pas journalistes. Il faut avoir conduit depuis plus de dix ans, il faut avoir la charge et la “#1 responsabilité de conduire depuis au moins dix ans la À seule entreprise qui, sans aucunes ressources capita- Det listes, ait jamais été faite pour lutter contre les puis- sances d’argent dans l’ordre de l’édition, qui seule ait constamment et sans aucune faiblesse refusé de plier devant les puissances d’argent, pour pouvoir apporter 1 le, témoignage que j’apporte ici, pour pouvoir certifier, È à ce degré de certitude, à quel point, de désintégration “0 1 complète, l’ancienne gloire, qui était venue au monde: et qui avait grandi enfant, adolescente et jeune femme comme une puissance à peu près uniquement spirituelle est devenue, par un effet de l’incrustation capitaliste moderne, sur ses vieux jours uniquement une puissance En. temporelle, et la plus dégradée des puissances tempo- DU: a [Je dis: la seule entreprise qui, dans l’ordre de l’édi- tion; je ne dis pas la seule entreprise absolument par- lant, Nous sommes quelques-unes, heureusement. Mais “1% les autres entreprises ne sont pas proprement de l’ordre

Le: de l’édition. Je sais autant que personne, pour prendre Se #4 à

  • un exemple qui m’est particulièrement cher, je sais te pertinemment, puisque j’y suis inscrit, combien cette F. personne morale, qui se nommait Union pour l’Action . morale,etquiaujourd’hui se nomme Union pour la vérité, ns. a résisté utilement aux puissances temporelles dans À l’ordre de l’opinion, d’une certaine opinion, nommément Hal Ordre de l’opinion qui était de son programme même. (J’espère que ces éloges que je fais d’eux, que 500 témoignage que je rends à leur compagnie ne les com- 1$ promettront pas trop, ne leur feront pas de tort. J’es- “0 père aussi et par contre qu’ils ne les abasourdiront pas É trop, que tant d’éloges ne leur paraîtront point absurdes à +. et démesurés. C’est une Compagnie en effet quia uge de certaine espèce d’innocence qui fait qu’elle a montré 4 plusieurs fois, à ma connaissance, un grand courage, il À mental, intellectuel, civique, social, — plusieurs fois intérieur à la Compagnie elle-même, ce qui est le plus : 24 difficile, — dont elle ne paraissait point toujours se M. douter.) Ils me pardonneront donc. Il faut bien que quelqu’un parle quelquefois. Je ne suis point un spé- (4 : cialiste, un entrepreneur d’éloge; je suis embarrassé, gauche dans l’éloge; mais cet éloge que je fais d’eux est justifié au delà de ce que l’on pourrait croire, au “4 delà même de ce que eux peut-être ils croient. Je veux 1 dire notamment et très précisément ceci: léur Compa-! nu: gnie est pauvre: pourquoi le taire? Étant donnée l”im- À 14 portance politique et sociale qu’ils pouvaient avoir, 14 qu’elle pouvait avoir, qu’un très grand nombre de ses À membres avaient déjà individuellement, elle ne serait pas restée longtemps ou toujours pauvre si elle avait

è fait les affaires de quelqu’un. C’est à peu près la seule

1 loi de sociologie qui se soit jamais vérifiée. Les affaires “. de quelqu’un ou de quelques-uns qui étaient dehors, qui

füt dehors, ou, ce qui est infiniment plus grave, les

affaires de quelqu’un qui eût été dedans. Les affaires, mie de quelque parti politique, parlementaire (avoué) ou parlementaire prétendu antiparlementaire, du dehors,

ou, ce qui est infiniment plus grave, du parti politique Bt. toujours parlementaire nouveau, d’un parti politique . parlementaire que l’on est, que l’on devient, que l’on (se) fait, que l’on introduit dans la poussière où il yÿena J’apporte mon témoignage. Je ne l’apporte que pour

mémoire. Je l’apporte sans aucune illusion. Pour la forme, et pour l’acquit de ma conscience. Pour la con- À duite du débat. Je l’apporte avec la certitude qu’il ne CE à servira de rien. Ce n’est qu’un témoignage d’expérience et ainsi de compétence. Et rien n’est aussi méprisé

depuis l’avènement des méthodes intellectuelles mo-:

dernes prétendues scientifiques et leur domination que

la compétence, qui ne s’acquiert point dans les livres, Let moins qu’on ne les vende) (qu’on en vende), et que ‘ta . cette expérience, dont on se réclame avec une inlassable

de. est même extraordinaire, quand on y pense, et c’est

assurément une note que nous retrouverons, Comme ce À EN monde, qui a toujours ce mot d’expérience à la bouche, Le

entendue dans le sens de la technique scientifique, au Es

4172 sens d’expérience de laboratoire: faire une expérience, :: installer une expérience, monter une expérience, réus- 1 sir, ne pas réussir une expérience, NOUS Savons par 3 expérience (qu’il faut prononcer sérieusement, sévère- He: à.ment, en baissant les yeux et en fermant à demi la 4. bouche, plissant un peu les lèvres) est aussi le premier, est aussi le seul qui ait méprisé à ce point la propre expérience, l’expérience proprement dite, cet accrois- sement incalculable et constant, qui est dela vie même, A ; cette entrée perpétuelle de l’événement total dans l’évé- nement de la vie propre. Nous reviendrons certai- Je n’apporte donc mon témoignage que pour avoir la ‘ti conscience tranquille, et parce qu’il ne faut rien oublier. À J’ai Dieu merci non seulement un grand nombre de camarades, mais au contraire un certain nombre d’amis qui sont des universitaires. Ce sont des amis de la plus À 4 grande solidité. Quand ils viennent me voir, ce qui me à fait toujours beaucoup de plaisir, aux vacances, ou ; ceux de Paris après la classe, entre deux classes, nous 4 causons quelquefois. Une statistique sévèrement assise et tenue à jour a permis de calculer que je ne parle ne: jamais depuis quinze minutes, et, dans les treize dix- septièmes des cas, depuis treize minutes et vingt-sept se- ; condes et cent vingt-et-un deux cent cinquante-septièmes RE) de seconde sans faire intervenir dans mes propos une ni certaine opposition que j’ai fait déjà un certain nombre #3 “#c de fois intervenir par écrit dans ces cahiers mêmes. IL {4 m’arrive par exemple d’opposer des mots comme intel-

É tribuable, particulièrement universitaire à éditeur. On le sait de reste, je n’y insiste pas. Ce que tout le monde ne sait peut-être pas, parce que tout le monde ne vient pas DURS me voir, et il a bien raison, c’est que je suis un pauvre innocent, un pauvre homme qui n’ai point, comme nos grands génies, contemporains, des ressources infinies. AN Paris est plein de gens qui savent toujours écrire du La nouveau, et dire autre chose. Admirons ces gens de : Paris. Pour moi, l’inépuisable fécondité d’un Léon Blum et de ce nombre inépuisable de nos salonniers m’a tou- jours plongé non pas tant dans un rêve que dans une espèce d’hébétude. J’admire, et ne peux point imiter, à a : ma grande honte, j’admire tous ces grands hommes, nos contemporains chez eux, qui ont un nombre indéfini 4 d’écritures, et un nombre non moins indéfini de propos, a gréable, c’est que le propos est tout le même que l’écri- ture. Je dis ce que j’écris. J’écris ce que je dis. Je disais . donc à l’instant que lorsqu’un de mes plusieurs amis universitaires veut bien venir me voir, et que nous minutes que j’ai déjà oublié, mais qui est mis quelque part Sur un écrit, sans que je radote et que je me mette a à sortir une certaine opposition, qui commence à être connue, par exemple entre universitaire et industriel. En . quoi je ne fais que suivre un des exemples de notre bon À maître M. Sorel. Si obtus que je sois venu au monde : moi-même, et que je sois demeuré, je n’ai pas été sans de; 4 remarquer comment tournent, généralement à ce mo- ment-là, ces entretiens. C’est à ce point en effet que mes amis universitaires me serrent généralement la ne

+148 main, avec une affectueuse, bien-affectueuse, toute- affectueuse commisération, que quelques-uns dissimu- ja. lent à peine. On citerait même quelques exemples, — ne. car s’il est étonnant à quel point nous sommes un objet! d’amitiés, — et d’inimitiés, — il est plus étonnant encore 5 à quel point je suis peu un objet de respect, — on; pourrait même citer quelques exemples que quelques : uns m’aient dit, en me serrant la main: Oui, mon vieux, — ils disent: mon vieux; — oui, mon vieux, 4 nous la connaissons; ou, plus trivialement, on la connaît, À. et quelquefois, plus en bref: oui, je la sais; comme on +4 dit irrévérencieusement d’une chanson: tu me la co- ON pieras. Car ils savent que je ne sais qu’une chanson et ta à 0 que c’est toujours la même.; 4275 Tels sont nos discours. Et ainsi finissent-ils. Mais com- à ment des hommes peuvent-ils se proposer d’avoir deux 4 mondes, un pour écrire, un (autre) pour parler (et cau- es ser), un d’écriture, un de propos de table, quand il est 11 déjà si difficile d’en avoir un petit morceau d’un. Je n’apporte donc ce témoignage que pour mémoire; |. ne. par lui et à lui s’éclairera le visage du lecteur, comme M. je sais par expérience que s’éclairent à ce point les: 0 visages de mes amis; je le redis: un homme qui n’a;; . point travaillé comme producteur de droit commun, comme ouvrier salarié ou patron salarié dans une entreprise industrielle privée, un homme qui n’est point à à quelque titre dans une entreprise commerciale privée 2 quelconque, — et l’on entend bien ce que je veux dire À par une entreprise commerciale, — un homme dont la 1 vie, même, n’en dépend pas, un homme enfin, pour dire

à le mot, qui n’a pas à payer des traites à des quinze (pl et à des fins de mois, — et où trouver de l’argent pour A ces traites? — un homme qui n’a point à établir un LE budget et qui n’a point incessamment à recommencer, un homme qui n’a point entièrement un budget de droit Ù commun, un budget privé, un budget particulier, entiè- où rement nourri de recettes privées, commerciales, elles- mêmes de droit commun, sinon entièrement dépensé en ne dépenses privées, il faut avoir été serré au larynx et avoir la colique dans le ventre par cette anxiété a atroce des échéances, il faut avoir été roulé soi-même et 4 dévoré dans ces tourbillons de guerre qui roulent par- A tout en dehors des guichets de l’État, dans ces tourbil- me il lons de la guerre économique et de la concurrence uni- ( verselle, beaucoup plus réelle, étant beaucoup plus (fl générale, que ce que Hervé nomme solennellement, et prétentieusement la Guerre Sociale, pour savoir jene dis pas ce que c’est que d’être pauvre, — il y a beaucoup de fonctionnaires pauvres, — mais ce que c’est que d’être misérable, d’une part, et d’autre part ce que c’est que d’être honnête. Parce que les autres ne savent pas ce “2 que c’est que la tentation. ni: En ce sens, nous l’avons dit, nous y reviendrons, il Eu. faut le dire, et je suis assuré que Berth et que M. Sorel ( (ll m’entendront bien, il y a une parenté profonde entre le patron et l’ouvrier. Les relations de fait, les relations à de réalité des ouvriers et des patrons, ou, si l’on veut 1110 parler un langage un peu conceptuel, de l’ouvrier et du ) (1 patron, entre l’ouvrier et le patron, sont beaucoup plus ( à mélées, emmélées, compliquées, impliquées que ne les font généralement les partis politiques, tous également à 25 monde moderne. — a À

parlementaires, (et au moins autant ceux qui se disent et peut-être qui se croient antiparlementaires, qui se vantent d’être antiparlementaires), que ne les font les partis politiques eux-mêmes antagonistes. Il y a entre l’ouvrier et le patron, entre les ouvriers et les patrons, une solidarité, il faudrait dire peut-être un synagonisme, ou pour parler peut-être un peu plus exactement, des solidarités particulières, des synagonismes particuliers incontestables, indéniables. Il y a entre les patrons et; les ouvriers, entre le patronat et le prolétariat, (faudrait-il dire l’opérariat?) une antinomie, un antagonisme, des antagonismes particuliers incontestables, indéniables. Tout cela est beaucoup moins simple dans la disposition de la réalité, j’entends de la réalité aetuelle, la seule enfin que nous connaïissions, que dans les programmes des partis, que dans les articles de journaux, qui ne sont plus guère aujourd’hui que des morceaux de programmes de partis, que dans les articles de revues, même grosses, et non pas seulement hebdomadaires mais mensuelles, dont beaucoup ne sont malheureusement plus guère aujourd’hui que des arti- » cles de journaux, que dans les livres, hélas, dont, à part trois ou quatre, il vaut mieux ne point parler. Mais outre l’un et l’autre, outre ces antagonisme et solidarité, il y a une certaine parenté profonde, il y a entre l’ou- vrier et le patron une certaine parenté profonde, une certaine consonance profonde, que je nommerais indus- trielle, au sens que nous avons attribué à ce mot, une certaine parenté profonde industrielle, une certaine consonance profonde industrielle, qui est un sentiment, une situation, un phénomène d’une importance capitale, dont nous avons ‘je crois dit quelques mots dans un .

; 4 précédent cahier, sur lequel nous reviendrons certaine- NW”; 3 ment, une parenté, un sentiment, une consonance, une: a situation, un phénomène à eux limité, qui s’étend à tous ne eux, qui ne s’étend à nuls autres, qui s’étend à tous les ; patrons et ouvriers, qui ne s’étend à aucun de ceux qui ne sont ni patrons ni ouvriers. Cette misère ne sévit qu’en dehors des guichets de Ne PÉtat. Un homme qui n’a point passé par ne sait pas,; ne peut pas dire qu’il sait ce que c’est d’être misérable, et ce que c’est d’être tenté. “1010 De Un homme assez avantageusement connu comme à journaliste et qui est demeuré journaliste dans des em- … plois où généralement on le demeure un peu moins, un ne homme qui a du journaliste ce don de faire un sort à certains mots, bons ou mauvais, justes ou impropres, qu’il invente, ou qu’il emprunte, un homme qui a notam- . ment fait un certain sort au mot bloc, M. Georges Clemenceau a fait aussi un certain sort au mot barri- cade, un sort nouveau, en parlant de ceux qui sont de de lunet de l’autre côté, qui ne sont pas du même côté de la barricade. Ce n’était malheureusement qu’une bou- tade de journaliste, Et peut-être un souvenir de roman- tique. La barricade n’est plus aujourd’hui le grand 4 instrument social et politique, le grand appareil de gou- vernement ou de révolution, le grand appareil de discer- nement. Ce n’est plus la barricade aujourd’hui qui discerne, qui sépare en deux le bon peuple de France, . les populations du royaume. C’est un beaucoup plus fe: petit appareil, mais infiniment plus répandu, surtout aujourd’hui, qu’on nomme le guichet. Quelques cadres de bois, plus ou moins mobiles, un grillage métallique,

  1. plus ou moins fixé, font tous les frais d’un gui C’est pourtant avec cela, c’est avec ce peu que l’on De 34 gouverne la France très bien. Format bon ordinaire. #4 Au lieu qu’il fallait des tonneaux, et même des barri- Hi,

ques, et si j’ai bonne mémoire des omnibus, presque

des immeubles, pour faire une barricade. C’est même A. sans doute pour cette raison que finalement, c’est du

moins une -des raisons pour lesquelles vraisemblable-

. ment il est finalement venu au monde beaucoup plus de +1

À guichets qu’il n’y était jamais poussé de barricades. C’est que c’était peut-être plus facile à faire. Il suffit Le d’avoir été soi-même acheter des timbres ou payer ses “Si impôts, que nous nommons contributions, et de com- à prendre un peu, de savoir un peu lire ce que l’on fait, pour avoir soi-même découvert cette vérité de fait

élémentaire. Nous n’avons plus aujourd’hui la barricade

Y discriminante. Nous avons le guichet discriminant. y +3

1 a celui qui est derrière le guichet, et celui qui est Êre “2 devant. Celui qui est, assis, derrière, et ceux qui sont “4 4 debout devant, ceux qui défilent, devant, comme à la

parade, en on ne sait quelle grotesque parade de servi- tude librement consentie. est la grande, la vraie A séparation du peuple de France. Et c’est pour cela que les grands débats politiques de ces dernières années et de cette présente ne parviennent point à me passionner. Ô subtil mais déclamatoire Gonzalve la Flize. Que j’ai Re. appris à ne point confondre avec le premier Gonzalve, avec l’autre, le faux, avec l’ancien, celui qui était de Cordoue et qui fut un bon militaire, bien qu’il y ait

dans votre style, que je n’avais pas l’honneur de con- ni

naître jusqu’à cette année, un certain ton militaire, un certain air, on s’y tromperait, un air de fanfare etde

triomphe, avec des trompettes, qui est bien agréable. Autant qu’ils passionnent le peuple français. Tous ces hommes, tous ces partis qui se battent ou qui font sem- blant de se battre, je les reconnais aisément pour ce qu’ils sont, je les connais depuis longtemps pour un 0 grand, pour un immense, pour un seul parti. Tous ils “0 appartiennent au même grand et unique parti, qui est 4 le parti de ceux qui sont de l’autre côté du guichet, du Sa bon côté, selon eux. Tous ils appartiennent au même 4]

grand et seul parti de la bureaucratie. Ceux qui y sont y tiennent. Ceux qui n’y sont plus ne demandent à qu’une chose, qui est d’y revenir: Ceux qui n’y sont pas encore ne demandent qu’une chose, qui est d’y venir. Bureaucrates, tous, et ayant du monde et de +010

É la vie, notamment de la vie politique et sociale, une “140 ni représentation de bureaucrates. Bureaucrates tous, ni mêmeet surtout celui qui est un orateur, même et aussi: . celui qui‘est un journaliste. Bureaucrate Jaurès, bureau- crate Clemenceau, — c’est pour cela que leurs duels ‘#4 oratoires sont purement fictifs, — et ne parviennent 3 point à m’émouvoir et que c’est à peine si je les suis: NE je sens trop le battage, l’entente secrète, que ce sont

les (deux) mêmes hommes au fond, qu’ils sont compa-

gnons et compères, les hommes du même monde, ne

du même système, qui est le système bureaucra-

4 à tique; — non moins bureaucrates, et peut-être plus, “4

les antiministres, — les ministres, — de la Confé-

‘#4 dération Générale du Travail. Bureaucrates sur et

contre quiconque est de la menue populace: élec-

teurs, ou simplement inscrits, dans l’ordre politique, #4

et, dans l’ordre économique, imposés, nommés contri-

Mmbes, Ouvriers en révolte on ouvriers résignés, QUE

graine d’électeurs, graine de grévistes, et toujours 4 graine de sacrifiés.. Ils se battent, entre eux, mais ils ne se battent que je derrière le guichet. On ne se battra jamais à travers le guichet, parce qu”alors, ce serait sérieux.

  1. Quand nous disons à nos amis de l’autre côté de la porte du lycée qu’il faut avoir pâti dans la rue et avoir été boulé dans la détresse de la rue pour savoir ce que ) c’est que d’être misérable et ce que c’est que d’être honnête, parce qu’à l’intérieur de la boîte on n’a jamais 4 pour ainsi dire été tenté, ils nous croient, bien entendu, parce qu’ils ont de l’amitié pour nous, très volontiers 24 ils nous font l’amitié de le croire, ou beaucoup plus : exactement, et simplement, de nous croire, où plutôt ils croient le croire, mais ils ne font que de le sah voir. Un philosophe sur son lit de mort disait récem- ment au plus fidèle de ses disciples, qui à recueilli pour Ï nous ce propos; parvenu à un âge avancé, quelques 4 instants avant l’instant de sa mort ce philosophe disait à sensiblement: Je sais que je vais mourir, mais je ne le crois pas. Il entendait sans doute par ces mots, autant que l’on peut expliquer, par l’analyse, des paroles aussi ï profondes, et aussi justes, il entendait sans doute par

ces mots qu’il connaissait, qu’il prévoyait, qu’il précon- naissäit sa prochaine mort d’une pleine connaissance intellectuelle, historique et scientifique, impliquant une : certitude historique et scientifique indiscutablé, inéviX table, mais qu’il ne la préconnaissait pas, qu’il ne pres- sentait pas sa propre prochaine mort d’une connaissance organique intérieure. On sait sa mort, on ne la croit pas, ou on n’y croit pas. C’est je crois l’un des mots les plus A profonds que l’on ait prononcé depuis qu’il y a la mort.

profond, et qui atteint si profondément aux plus pro-

4 fondes et plus essentielles sources sentimentales qu’il ne s’applique pas seulement à la mort, qu’il n’est pas 4 vrai seulement de la mort, mais qu’il est vrai de tout Ne. ce qui est du même degré de profondeur que la mort, à du même ordre de grandeur que la vie et la mort; il (4 n’est pas vrai seulement de la probité, qui est une vertu de race, et dont les improbes ne peuvent avoir même Le aucune idée organique; il est vrai surtout de la misère, 4 qui est si profondément apparentée à la mort, étant, comme je crois l’avoir indiqué dans un très ancien 74 cahier de Jean Coste, très exactement ce que dit la formule très rare de l’Antigone grecque: une mort L. Celui qui n’a pas été tenté, dans la misère, ne sait

  • pas ce que c’est que la misère et que la tentation, et à par suite il ne sait pas ce que c’est que la probité, ce que c’est que d’être honnête. Ou pour parler tout à fait …._ exactement et nous en tenir en toute rigueur au mot 3 que nous avons rapporté, il peut le savoir, mais il ne . fait que de le savoir: il ne le croit pas et il n’y croit Je ne m’attarderai pas à revenir sur ce que j’ai dit de la À à misère dans un très ancien cahier. Je m’attarderai encore moins à traiter de la probité, à en parler seulement. Les vertus et les vices n’ont pas besoin de nous pour conti-: nuér, pour courir leurs carrières. Ce que je voulais noter à seulement aujourd’hui, et c’est pour cela que je faisais . appel à mon propre témoignage, à ma propre expé-

LE à rience, faute d’autre, c’est qu’il y a trois degrés dans la tentation de la puissance. FTP : A Le premier degré est la tentation de la puissance tem- 4 porelle. C’est un degré d’une tentation si basse que nous n’aurons point à nous en occuper ici. Pour et contre : cette première tentation les positions sont prises, et bien prises. Celui qui succombe à une tentation aussi Le: grossière, aussi vile, aussi,bassement et grossièrement “14 vile, était quelqu’un qui voulait succomber.Nous n’avons pas à nous occuper de lui. Nous n’avons rien à lui dire.

Il est marqué. Il n’est pas admissible. À à À Nous ne pouvons nous occuper ici que de ce qui se Fe: passe après l’admissibilité, de ce qui est entre l’admis- sibilité et l’admission; nous ne travaillons, nous ne pouvons travailler que l’oral. faut se réduire et.nous Nc:

4 nous sommes réservé les sommités (nous l’avons dit 4 souvent, les cas limites). Celui qui succombe à la tenta: ! 2 tion de la puissance temporelle, qui même la subit de quelque manière, qui même y pense, n’est même pas Le admissible. Il est refusé d’abord. Celui qui succombe à les puissances intellectuelles, qui même la subit . quelque manière, qui même y pense, n’est non plus ai même pas admissible. Il est aussi refusé d’abord. Celui 4% qui succombe à la tentation de la gloire, qui même la 14 subit de quelque manière, qui même y pense, il serait bien admissible, Mais il est malheureusement refusé, il (30 ; Le échone à l’oral, il n’est malheureusement pas sur la liste re:

Telles sont sensiblement les relations, les superposi- 13 tions et imbrications de ces trois degrés. Un deuxième degré est la tentation, intermédiaire et transitoire, composite, mêlée de l’un et de l’autre ni porel dans les puissances intellectuelles: chaires, exa- mens, concours, places et décorations. Et argent et na, considération là-dedans. Cette tentation est encore plus Se: à grossière, plus vile et plus basse que la première. Celui Le: qui s’attarde à cette tentation est encore plus jugé que (‘8 l’autre, que le premier. Encore moins admissible. Nous ne nous y attarderons donc pas. É Ily a en effet dans ce cas, dans ce deuxième cas, une; espèce de contamination, une sorte d’intoxication parti- culière très particulièrement désagréable. Nous regar- dons, nous considérons d’un tout autre regard l’ambi- dE: tieux pur et simple, l’ambitieux propre, celui que nous … Mavons nommé l’ambitieux du premier degré, l’homme te temporel, enfin l’ambitieux temporel qui n’a que des &. ambitions (socialement) temporelles, proprement, pure_ ment et simplement, et l’autre ambitieux, le deuxième, celui de ce deuxième degré, l’homme temporellement de à intellectuel, enfin l’ambitieux socialement temporelle- à ment intellectuel, celui qui convoite ce qu’il y a de socia- ei: lement temporel dans les puissances intellectuelles. Nous aurions presque de la sympathie pour le premier,: par comparaison avec le second. Nous aimons mieux, nous aimons presque le premier, en comparaison du

premier. Nous aimons infiniment mieux celui qui fait à son métier, ou qui a l’air de faire son métier, Pambi- tieux qui exerce (l’ambition) (temporelle) comme une à 7 profession reconnue. Nous haïssons l’autre. Dans le : passé nous regardons, nous considérons d’un tout 4 autre regard les ambitions temporelles des barons, n. par exemple, que celles des évêques moins que ces évêques ne fussent, comme il était si fréquent, purement et simplement des barons); les ambitions temporelles; à des laïques tout autrement que celles des clercs; des hommes d’armes que des prêtres. Nous acceptons assez; È volontiers, et comme naturellement, que les capitaines,; que les barons, que les gens de guerre, que tous les À laïques voulussent avoir, que tous les temporels convoi ; tassent du temporel, des châteaux et des terres tempo- ï relles, des puissances, des armes, des titres temporels.: Ils faisaient pour nous comme leur métier. Au lieu que L. nous avons toujours, au contraire, un sentiment d’une

espèce particulière de prévarication, d’une sorte de ? simonie, un sentiment très net, quand des spirituels, A officiellement intemporels, convoitaient du temporel. te Nous souffrons pour eux. Nous ne les considérens que À d’un regard pénible. Que des spirituels, que des hommes officiellement intemporels, convoitassent des 4 (biens) temporels, voilà ce qu’au fond nous n’admettons - … 4 pas, ce que nous ne pouvons pas digérer. Ce qui nous À donne un arrière-sentiment, un arrière-goût, une arrière- À pensée de simonie, de quelque simonie. Cette arrière- À pensée, cet arrière-sentiment, cet arrière-goût est si profond, cet arrière-souvenir, cette arrière-mémoire est si 1 profonde qu’elle a survécu même à l’établissement du monde moderne, où tant de souvenirs, plus ou moins

organiques, ont sombré, qu’elle est demeurée dans le fond même dans ce monde moderne où tant de traces à n’ont pas survécu, ont été abolies. Aujourd’hui même encore, opérant une sorte de transposition, de filiation particulière, et considérant presque malgré nous les À À intellectuels comme des sortes de successeurs (indignes) des spirituels, nous ne sommes pas gênés quand les ME ambitieux pour ainsi dire qualifiés, quand un ambitieux avoué, quand des ambitieux pour ainsi dire profession- nels, c’est-à-dire, exactement et en définitive, en exacte définitive, quand un temporel ambitieux temporel, quand un ministre, quand un député, quand un politi- cien, quand un parlementaire, quand un professionnel enfin, quand un journaliste convoite, poursuit un accroissement temporel, une charge, une grandeur, une à grosseur temporelle, même quand il veut avoir, acqué-; rir, prendre de l’argent temporel, quand il veut enfin se ) donner du volume et de la masse et surtout du poids temporel. Nous y consentons, comme à leur métier. Nous croyons même faire bonne figure, faire preuve de bon caractère que de les y autoriser. En nous-mêmes et pour notre satisfaction personnelle. Car socialement ils Le ne nous la demandent pas, notre autorisation. Ils n’en ont pas besoin. Ils s’en passent parfaitement. Même ils! nous y paraissent comme autorisés automatiquement. Nous n’en souffrons pas. Ni pour eux ni pour nous. Au lieu que nous sommes véritablement gênés (bien qu’on commence à nous y habituer), quand au contraire c’est; un intellectuel, et même généralement quand c’est un intemporel, quand c’est un professeur, quand c’est un

  • magistrat (bien que ceux-ci, vraiment, nous y aient! À habitués plus que d’autres), même quand c’est un officier

14 (militaire), bien de l’on fasse tout ce que l’on peut 3 pour nous y habituer aujourd’hui. Et ceux de nos cama- +480 rades qui ont des ambitions temporelles (où l’on peut mettre comme un cas particulier, exceptionnel, comme 0 un Cas désintéressé la très légitime ambition de rendre 4 des services publics par et dans l’administration tempo- relle, par et dans le gouvernement temporel) nous aimons infiniment mieux qu’ils poursuivent leurs fins 14! par les moyens temporels dans les situations temporelles Rae que de rester dans nos jambes à se mettre dans noS jambes par les moyens temporellement intellectuels … “04 dans les situations intellectuelles. A la limite même, à la rigueur, comme un cas particulier, exceptionnel, bi: comme un cas désintéressé, mais très réel, et très réel 2 lement réalisable, on peut concevoir, on peut se repré- En: senter, on peut admettre par exemple qu’un professeur bg. se propose de devenir successivement conseiller munihs 1 cipal d’une petite commune, conseiller général, séna- teur, ministre afin de rendre dans ces successives situa- à 10 tions temporelles et par ces moyens temporels autant de à (50 services qu’il en pourra rendre au public; il peut aïnsi à lui rendre, il peut rendre ainsi beaucoup de services 141 publics, temporels, et même, sans aucune gêne, sans À ‘Fa aucun inconvénient, spirituels, ou du moins intellectuels. Non seulement cela est légitime; mais cela peut faire 4 un bon emploi de vie, un très bon plan, un très bon “4 propos, une très bonne proposition de vie. Et quand Le même ils ne feraient pas de bien, ils ne peuventtoujours pas faire beaucoup de mal. Même ceux qui seraient mal 14 ù intentionnés, (il y en a), même ceux qui seraient de vul- 4 gaires et de bas ambitieux ne peuvent pas faire beau- … 18 coup de mal. Pourvu qu’ils demeurent dans le temporel, …

4 qu’ils ne fassent jouer que des ressorts temporels. Parce quedans le temporel, dans la politique (temporelle), nous sommes avertis, nous ne sommes pas désarmés, nous “Yi sommes gardés, nous sommes vaccinés, nous commen- çons malheureusement à être vaccinés contre les agisse- à ments des politiciens, nous sommes habitués, contre la politique et le temporel, contre tout ce qui est de la poli- tique. Dans la politique nous ne redoutons donc pas au- A à ._ tantla politique. Dans le temporel nous ne redoutons pas Me autant le temporel. En fait ceux de nos camarades qui 4 sont devenus, qui se sont faits résolument politiciens, par- À lementaires, journalistes (Téry), maire (Herriot), même É ceux qui sont redoutés, et réputés comme dangereux, même quand ils ne font pas grand bien, ne font pas, put ne peuvent pas faire non plus grand mal. Aujourd’hui. Étant donné l’état d’esprit où nous avons heureusement atteint aujourd’hui (et malheureusement aussi hélas) à à l’égard de la politique et des politiciens, généralement ni ; à l’égard du temporel. Ceux qui sont dangereux, ceux qui sont redoutables, ceux qui sont notre ennemi, parce Ai qu’iciincontestablement notre ennemi c’est notre maître, ce sont ceux qui font de la politique dans l’impolitique, A dans ce qui devait demeurer impolitique; du parlemen- taire dans l’imparlementaire, dans ce qui devait de- Le meurer imparlementaire; généralement du temporel an dans l’intemporel, dans ce qui devait demeurer intem- porel. Parce qu’alors et on ne se méfie pas. Ceux qui sont infiniment dangereux, ce sont ceux qui sont tyran- niques, ce sont ceux qui par des moyens temporels dans … des situations intellectuelles veulent introduire, veulent établir un gouvernement (absolu, tyrannique) des esprits, “40 … ce sont ceux qui veulent enrégimenter les jeunes gens, 37 monde moderne.

mener les esprits à la baguette, faire des écoles et des sectes qui soient comme des régiments prussiens, ce sont ces hommes, ces professeurs qui se conduisent 3% dans leurs chaires comme des préfets, de Combes où: 24 de Clemenceau, qui introduisent, qui ont introduit en À Sorbonne, à l’École Normale (dans la nouvelle École Normale), au Musée Pédagogique, dans toute Univer- 10 sité, dans tout l’enseignement, sous prétexte, sous le; nom de pédagogie, sociologie (que nous nommerons dé- ni. sormais, je vous préviens, sociagogie, parce que c’est de: beaucoup mieux), démagogie et toutes autres agogies, qui ont entrepris d’exercer, qui exercent littéralement ne… une tyrannie mentale, intellectuelle, morale, civique (c’est le cas de joindre ces deux mots, comme sur les manuels de notre apprentissage primaire), il faut reve nir toujours à ce mot un gouvernement des esprits, qui! de, ont introduit tout un appareil, gouvernemental, tout un Que instrument, de règne, de gouvernement des esprits, qui ! ï enfin sont et se sont faits politiques, parlementaires, À 4 politiciens, généralement temporels dans un monde, un “42 domaine, dans un royaume particulier, dans une cité, 4 dans une république des esprits où il importe. essentiel- : 38 lement qu’aucun gouvernement ne s’établisse, où nous ne supporterons pas, où nous ne supporterons jamais À 4 qu’une tyrannie se fonde et règne et vive en paix, des 1 hommes enfin comme les honorables MM. Aulard et Charles Cinq Langlois, pour ne citer que ces deux his- toriens, pour ne citer que des historiens. Car les socio À logues, il faudrait tous les citer. LIN 2 C’est qu’est le danger, la tyrannie insupportable; 6 c’est qu’est le danger, l’inendurable audace de la 5 tyrannie; la menace qüe nul ne supportera; c’est là,

c’est alors que se produit cette espèce de contamina-

tion, cette sorte d’intoxication, cette quelque simonie à dont nous parlions tout au commencement de cette #4) brève interruption. Parce que là, parce qu’alors nous A

ne sommes pas avertis, parce que l’on ne se. méfie pas, parce qu’ici nous serions désarmés. Parce qu’ils sont politiques, parlementaires, politiciens, policiers même, À généralement temporels où il ne faut pas, absolument a

. pas être tout cela. Ils font de l’hétérogène, confondent les À?

ordres, mettent ensemble deux ordres qu’il ne faut jamais mettre ensemble. Cela sent la mixture, le bocal

et rien n’est insupportable comme une tyrannie phar- À maceutique d’épicier. Ces hommes qui confondent tout même par trop le ministère de l’Instruction publique: avec le ministère de l’Intérieur et la Sorbonne avec la

  • Préfecture de police. Le troisième degré de la tentation, particulièrement dangereux, est le degré de la tentation de la gloire. ) parce qu’elle s’attaque à des âmes nobles, inconsidé- ni : Une révolution capitale s’est accomplie, dans l’histoire +44 sociale des arts et des lettres, avec l’avènement des … temps modernes. On oublie trop que le monde moderne, sous une autre face est le monde bourgeois, le monde à capitaliste. C’est même un spectacle amusant que de à voir comment nos socialistes antichrétiens, particulière- À ment anticatholiques, insoucieux de la contradiction, ……. cncensent le même monde sous le nom de moderne et le

… flétrissent, le même, sous le nom de bourgeois et de

4; capitaliste. Une telle contradiction, plus ou moins con- 00 sciente ou inconsciente, ferait scandale si on en étaità

: 0 une contradiction de plus ou de moins dans ce monde +3 politique parlementaire. Et à un scandale près. On

à oublie trop ainsi que l’avènement du monde modernea 14 été, sous une autre face, l’avènement du même monde politique parlementaire économique bourgeois et. taliste. Il n’est donc pas étonnant que par un effet de l’in- À 4 crustation capitaliste moderne la gloire elle-même soit à À devenue finalement une puissance temporelle. 3 Sous les anciens régimes, la gloire était une puissance 2 presque uniquement spirituelle. Sous les anciens régimes, 4 assez de puissances contre-balançaient les puissances; d’argent, — puissances de force, autres puissances de À

force ou puissances d’esprit, — pour qu’à travers toutes ces puissances, et à travers leurs combats mêmes et ne. leurs débats, et surtout ici, la gloire pût demeurer une 4 puissance presque uniquement spirituelle. Par une sin- DD. gulière combinaison, par un singulier jeu d’événements, ï à l’avènement des temps modernes une grande quantité

14 de puissances de force, la plupart même sont tombées, 4 mais loin que leur chute ait servi aucunement aux sances d’esprit, en leur donnant le champ libre, au AN contraire la suppression des autres puissances de force À n’a guère profité qu’à cette puissance de force qu’est 14 l’argent. Elle n’a guère servi qu’à vider la place au pro- 4 fit des puissances d’argent. Les contrepoids de force, des autres forces, étant supprimés, rien n’est allé à l’esprit, À qui censément attendait, aux puissances d’esprit, pour 4 qui devait censément se faire la révolution du monde

moderne. Contrairement à ce que l’on pouvait espérer, quand on était mal averti, contrairement à ce qu’espé-

0 raient peut-être en effet les démolisseurs de l’ancien monde ou la plupart de ces démolisseurs et les promo: teurs et les introducteurs du monde moderne, tout est ne allé aux seules puissances de force qui fussent demeu- REA. Dans les anciens mondes, sous les anciens régimes,: d’autres puissances de force balançaient à la fois et cette puissance de force qu’est l’argent et les puissances d’esprit. Etil y en avait assez, parce que le monde était riche de puissances. Puissances d’armes et surtout puis- À sances de race; puissance du poing, puissance du À gantelet, puissance de la dague, puissance de la tradi- tion, elle-même demi-intellectuelle ou spirituelle, puis- 14 sance de tant de rythmes qui battaient tant de cœurs,: Ne: puissances de tant de vies qui battaient leur mesure, . puissances de tani de corps qui n’étaient point asservis, Et De puissances de la hiérarchie, elles-mêmes demi-intellec- tuelles ou demi-spirituelles, puissances de la cité, puis- … sances de la commune, puissances civiques, puissances 121008 de la communauté, demi temporelles et demi d’esprit, 14 puissance nautique (Athènes) ou puissance de chevale-; rie, et sur tout puissances de la race, alors les plus fortes 1 de toutes, et les plus belles, puissances réellement #4 dynastiques, dynasties des rois, dynasties des grands, dynasties des gueux, toutes également dynastiques, h. tout le monde alors était dynastes, une infinité de belles ce: et fortes puissances de force, à la limite toutes tempo- relles et de indéfiniment dégradées en puissances

  • qui devenaient en une indéfinité de graduations spiri- BA: tualisées, une indéfinité de puissances de force ou de Au: demi-force à la fois luttaient ou pactisaient et se com- attaient entre elles, et ainsi doublement se balançaient,

et à la fois tantôt luttaient contre les puissances d’esprit, ou pactisaient et se mariaient plus ou moins avec elles, “Hi Il en résultait dans les anciens mondes et sous les anciens régimes une sorte d’équilibre instable qui était ne perpétuellement à rétablir, à renouveler, à réinventer, à 4 refaire, mais qui, de fait, se rétablissait, se renouvelait Me presque toujours, qui réussissait presque toujours à se réinventer. Il se refaisait. Et même des humanités ; obtinrent plusieurs fois qu’il y eut des équilibres très durables, des équilibres véritablement stables, équi- ‘#4 libre pour ainsi dire unilinéaire de l’ancienne Égypte, 44 équilibres passionnés du peuple d’Israël, équilibres des cités helléniques, équilibre de la paix romaine, — où 7 pourtant les puissances d’argent commirent un premier essai de leur domination, et qui restera le plus dégoû- tant des anciens équilibres, parce que c’est celui qui 2 ressemble le plus à notre équilibre moderne de mort, à ce point qu’il en est comme une tentative, comme une tentation, un essai, une, première, maquette, une image À de préfiguration, — équilibre de vie de la chrétienté, équilibre du monde féodal, équilibre du monde royal, À équilibre de l’ancien royaume de France. Par tous Ne ceux-ci ensemble équilibre enfin de l’ancienne France, Et ces équilibres eux-mêmes étaient ce que nous ayons dit, répondaient aux conditions générales que nous à avons dites. C’est-à-dire qu’assez de puissances de À force et d’esprit s’y combinaient et s’y balançaïent pour À 7 que les puissances d’esprit n’y fussent point infaillible- ment soumises, qui pour elles est autant dire mortes, 4 pour que chaque puissance d’esprit en particulier y fût si en définitive ou y devint libre et survivante, Autant É qu’elle voulait. C’est-à-dire autant qu’elle avait -en elle-

même de force, et ainsi de raison d’être et de justifi- cation. De quelques déséquilibres, de quelques troubles Re: 3 et de quelques désordres que ces équilibres, ensuite, fussent coupés successivement, comme ces déséqui- libres avaient, au fond, exactement le même principe et le même habitus et la même attitude que leurs a frères ces équilibres, également dans les équilibres, également et même au moins autant dans les déséqui- À libres, dans les inéquilibres et dans les remises en équi- libre intercalées, si longues fussent-elles, persistait ce caractère commun à toutes les anciennes humanités, ( lasromaine impériale, comme je l’ai dit, peut-être par- tiellement exceptée, — que la puissance d’argent était +1 fort loin d’y être la seule puissance de force, et qu’un “3 tel débat et de telles alliances et de telles collisions et : collusions de toutes sortes s’y poursuivaient infatigable- ment entre toutes ces puissances temporelles et de toutes ces puissances ensemble et séparément aux puissances; d’esprit ensemble ou séparément, de tels combais et de 4 telles alliances que dans tout cet ordre et dans tout ce à désordre, dans toute cette paix et dans toute cette À guerre, dans tous ces équilibres et dans tous ces inéqui- 1% ; libres les puissances d’esprit, combattues, ménagées, à recherchées, menacées, poursuivies, pour le bon ou pour le mauvais motif, pour l’ignominie ou pour la gloire, ; pour la défaite ou pour la victoire, pour la bataille même ou pour la plane paix, pour l’alliance ou pour la persé- cution, dans ce fatras mystérieux de grandeurs et de .…. misères temporelles qui fait toute la trame, qui fait tout. le tissu des histoires des successives humanités, dans ce . fatras vivant d’équilibres et de déséquilibres les puis- sances d’esprit vivaient. Elles aussi elles avaient leurs

grandeurs et leurs misères. Elles aussi elles vivaient ne 34 Et c’est même pour cela, parce qu’elles vivaient, qu’elles - de avaient leurs grandeurs et leurs misères. Elles parta- 215 geaient les grandeurs communes et les communes mi- sères des puissances temporelles où elles étaient enche; :#à vêtrées, elles y participaient, et en outre elles avaient A: leurs grandeurs et leurs misères propres. Peut-être assez d’honneurs environnaient sa vie. Dans tout cela, dans +4 tout ce fatras et dans ce commun enchevêtrement, et Es. grâce précisément au jeu que donnaient tant de puis- Li; sances, temporelles, beaucoup de puissances d’esprit 4 jouaient, donc vivaient. Elles finissaient, elles aussi, il par s’organiser pour des équilibres plus où moins pré- caires, par des inéquilibres elles-mêmes plus ou moins prolongés. Vivant parmi des organismes et des organi- ; ni sations, à travers beaucoup de risques et des périls sans nombre elles pouvaient tout de même s’organiser. Elles A. devaient même s’organiser, et vivre. Elles y étaient tenues. Vivant parmi et contre ou avec des organismes vivants, non seulement elles pouvaient s’organiser, Ni mais elles étaient par même comme invitées à l’orga- à nisation. Elles étaient inclinées à la vie. Un organisme à ami les pouvait inviter à l’organisation, les conduire à He:. la vie. Un organisme ennemi invite et conduit aussià l’organisation et à la vie, puisqu’il vous y contraint, ne À fût-ce que pour le combattre. Ce qui est dangereux, \4 c’est ce grand cadavre mort du monde moderne. Dans les anciens mondes, sous les anciens régimes, À mondes et temps d’initiatives, les puissances d’esprit finissaient toujours par s’arranger de manière à retom- À ber à peu près sur leurs pieds, elles finissaient toujours Es; par s’arranger de manière à retrouver leur compte, à

É ai faire dans l’humanité la recette qu’elles avaient à faire 2 ou qu’elles voulaient faire. Toute idée faisait sa mois- 0 son. Toute idée alors avait son grenier et sa grange. +30 4 |. Fatras, c’est en définitive le mot même de la liberté, c’est aussi le mot de la vie, surtout quand on veut lui +3 faire injure, ce qui n’était aucunement mon intention. Notre bon maître M. Andler ne l’ignorait pas quand recevant en hommage d’auteur et des mains de l’auteur un cahier qui venait de paraître et qui en effet ressor-, tissait au gouvernement germanique, il disait aimable- dr: 548 ment à l’auteur, avec sa bonne humeur habituelle, et À 4 sans aucune nervosité: J’espère que votre cahier sera remarqué, dans le fatras des cahiers. 11 disait évidem- … ment ce mot de fatras pour me faire un très grand “3

  • plaisir. Il y a réussi au delà de toute son espérance. Un ‘ei . tel mot est la consécration la plus précieuse de tout ce (9 D. que nous avons de libre et de vivant. Notre maître savait que fatras est le petit nom de la liberté. Je dirais bien le nom de baptême; mais il ne faut compro- “4 mettre personne; et surtout il ne faut pas compromettre liberté; la liberté n’a pas besoin qu’on la compro- A 3 mette; elle-même elle a pris la liberté de se compro- nn.

mettre assez. Notre maître savait que fatras est le nom à à

même de la liberté, quand on ne l’a pas soi-même, et

À qu’un fatras vivant vaut mieux qu’un ordre mort.

1 Avec un fatras, avec un désordre vivant, il y a

aucun espoir avec un ordre mort. Dans tous les anciens mondes, sous tous les anciens il régimes il y avait de la vie partout: les humanités suintaient la vie. Alors toute vie pouvait toujours s’ar- ranger, et faire sa naissance, toute petite, et son ali- Rd:

mentation, et sa vie, et sa place. Toute vie obtenait sa De croissance. Dans de la vie, dans un univers de vie, de a la vie aussi pouvait venir, toute vie pouvait et devait … croître, toute vie individuelle ou personnelle, temporelle si A et spirituelle. Dans de la vie de la vie naturellement venait. Homogène ou antagoniste, la nature même

;; demandait qu’elle vint. Ainsi tant de puissances d’esprit É sont venues au monde et ont vécu. Et la stérilité n’avait point obtenu le gouvernement des peuples. Il fallait parvenir jusqu’à l’avènement du monde moderne pour 24 - assister officiellement à l’avènement aussi du gouverne- 4 ment de la stérilité, Dans tous les anciens mondes, :14 sous tous les anciens régimes il y avait tant de puis- ) À Ni. sances temporelles qui vivaient, organisées, et ces É (40 puissances temporelles elles-mêmes étaient engagées

“14 dans un si grand nombre d’actions et de réactions

entreelles et avec les puissances d’esprit qu’on s’arran-

7 geait toujours. Les puissances d’esprit pouvaient tou-

jouer de quelque manière, improviser, inventer, pousser, comme un pied de violettes de chien, dans quelque joint de quelque pierre de quelque mur, et, parties de

4 là, prospérer et fleurir. Elles le pouvaient d’autant plus 440 qu’en outre, et en deuxième degré d’accroissement,

dans tout ce monde inépuisablement vigoureux elles ne. FER étaient elles-mêmes d’une vigueur que tous les âges de ; 4 l’humanité, que tous les mondes, que toutes les anciennes

humanités avaient connue, que tous les régimes et que

) toutes les disciplines ont conâue, que seuls aujourd’hui “34 nous ne connaissons plus, que la seule humanité mo-

  • derne a désappris de connaître.

E. Toute vigueur grondait en pleine éruption. Elles le

; pouvaient d’autant plus qu’en outre encore, et en troi-! +4 sième degré d’accroissement, plus intérieurement pour 4% ainsi dire elles pénétraient intimement les puissances temporelles elles-mêmes leurs contemporaines. Nous 4% Vavons dit de quelques-unes et on pourrait le dire de A

toutes. On peut dire que toutes les anciennes puissances De temporelles, toutes les puissances temporelles des anciens temps et des anciens régimes, forces d’armes, (4 forces de dynasties, forces de tradition, puissances de civisme ou de chevalerie, forces religieuses, en un cer-

tain sens, et pour une part, étiquettes mêmes et rites, dut forces de hiérarchie, et par-dessus tout forces de race, étaient plus ou moins profondément comme pénétrées, comme armées intérieurement d’une substance, d’une à instance, comme d’une moelle de spirituel. Toutes, sauf une seule, qui est précisément la seule aussi qui ait sur- vécu à l’avènement du monde moderne, qui par cet avènement ait été faite autocrate, et qui est la puis- ï sance de l’argent. à Quand le parti intellectuel assez récemment agglo- méré dans ce monde moderne veut défendre cette grasse prébende d’argent que ce monde moderne est 3 devenu pour lui, généralement il use d’un stratagème à astucieux qui ferait un curieux déplacement des respon-

sabilités. Il feint d’ignorer qu’il y a déjà un bout de hi: ! temps que l’humanité dure, et il ne connaît, ne veut …. connaître, ne fait semblant de connaître, pour l’opposer:ra

… au monde moderne, qu’un certain ancien régime. Telle

. est la philosophie de l’histoire de ces conglomérés.

à Redoutant pour leur monde moderne, non sans quelque

… apparence de raison, le jugement de quelque honnête homme, s’il en était surnagé un seul, ou de quelque

homme intelligent, si un seul par hasard avait survécu 1108 aux assassinats des anciens carnages, cet agglomérat congloméré, ou ce conglomérat aggloméré a imaginé d’inventer un certain ancien régime qui fût, pour lui, de 40 tout repos. On sait comme il a procédé. Il fallait faire un certain ancien régime, qui naturellement ne fût pas 0108 le vrai, c’était la première condition, un ancien régime 1 inoffensif, j’entends pour les temps modernes par com- paraison, un régime ancien qui fût sans nocuité. On 10 sait assez comment le parti a procédé. Taiïne était là, de pour un coup. Pour constituer cet ancien régime non 11 pre innocent, qui PRDOSE par la voie de la compa- RO: raison ne fit aucun tort à la splendeur du monde et du régime moderne, on savait de reste comme il fallait pan faire. Il fallait feindre, il suffisait de feindre un certain 4 petit ancien régime de convention. Un tout petit bougre, NS: ù Di: détestable, de petit ancien régime de complaisance et A de docilité. Ce fut une opération, politique, parlemen- À 1 taire, particulièrement brillante, et qui réussit au delà de toute attente, tout particulièrement dans le monde À 1 de l’enseignement primaire. Nous-même, nous Péguy, :08 sorti, comme élève primaire, de l’ancien enseignement 0 primaire, qui alors était le nouvel enseignement pri- ni 14 maire, — on voit comme ils ont réussi, — nous primaire, 1 on l’oublie trop, nous subimes ou nous reçûmes cet Din enseignement des mains d’excellents maîtres, qui eux- Le mêmes l’avaient docilement, pieusement reçu des mains À 10 de notre grand-maître M. Ferdinand Buisson. M. Ferdi- ne nand Buisson n’était point, alors, le grand-maître de l’Université. C’étaient les ministres qui étaient les 1 grands-maîtres de l’Université. Directeur de l’enseigne- ment primaire pendant on ne sait combien d’années, et

lui-même ne le sait plus, M. Ferdinand Buisson était, ce ne qui est autrement capital, en France, le grand-maîtré de l’enseignement primaire. A ce titre vingt-cinq ou trente générations de Français, — je compte par géné- A rations annuelles, — vingt-cinq ou trente annuités de Le bons Français lui passèrent plus ou moins indirectement

par les mains. Sans compter que tousiles mouvements auxquels nous assistons aujourd’hui qui ont lieu dans le primaire ne sont que des continuations, plus ou moins à directes, plus ou moins justifiées, plus ou moins suivies “ee et avouées, plus ou moins bâtardes ou reconnues, plus ou moins fidèles, de ce grand mouvement initial. On sait #4) en quoi consistait cette opération, qui a parfaitement; réussi, comme toutes les opérations de cet ordre. Il À

n’y avait qu’à feindre un petit ancien régime, commode, ne portatif, bon enfant, et tout prêt à se laisser convaincre A

et battre, d’ailleurs parfaitement faux, en mettant bout à Ra.

bout quelques anecdotes plus ou moins controuvées que l’on avait demandées au règne de Louis XV, quelques racontars empruntés au règne de Louis XVI; et pour 4 à qu’il ne fût point dit que l’on n’était pas remonté assez haut, assez aux sources, quelques ragots venus, des- cendus jusque du règne de Louis XIV. Peut-être même le régime de Louis était-il mis à contribution. Mais ; je ne sais pourquoi, on se gardait comme du feu de LT. mettre à contribution le régime et le règne de Louis (il n’y avait pourtant qu’une toute petite interversion 1 graphique à faire, le à changer de place, à mettre avant le au lieu d’après) Joinville, Guillaume de

fallait aller, décidément, et ne s’arrêter point avant les ta

origines. Il y avait même dans tout cela un assez grand

nombre de vérités, comme dans toute opération de feinte qui se respecte, dans toute opération de fente bien conduite. Une opération de feinte en effet n’est pas bien faite, elle est faite par un imbécile tout bonne- 13 ment, si tous les éléments en sont par trop évidem- . ment faux. Une bonne opération de feinte suppose, . admet, aime un contingent, savamment dosé, de vérités … Mat incontestables. Elle suppose en outre, elle admet et elle aime un vêtement scientifique. C’est un vêtement 1 4 tout fait, aujourd’hui, et c’est ce qui coûte aujourd’hui A le moins cher. Qui n’a point aujourd’hui son (petit) vête- CMS. système. Un système aurait l’air d’aller, de marcher (13 tout dans le monde s’il n’avait point passé son petit ‘#0 vêtement scientifique. On l’enfermerait certainement …: comme fou. Et on le doucherait. Il fallait trouver à À cette opération un vêtement scientifique. Taïne était là. Taine ancien régime. Taine devint ainsi le fournisseur, __attitré, mais Le fournisseur de confections, toutes faites, À é 1 toujours un peu raides, et qui font des plis, justement Re. où il ne faudrait pas, où se voit bien, qui froncent, qui plissent, qui bâillent, l’Aristide Boucicaut de ce Bon Marché (exceptionnel), (un un peu moinsigrand peut-être . Aristide Boucicaut, parce que le mouvement des sy- À . stèmes sera toujours moins grand que le mouvement des étoffes, heureusement, et de tout ce que l’autre a ima- giné et réalisé de vendre ensemble, et que l’autre a de bien autres chefs de rayon, mais un au moins aussi À De grand Bon Marché, un peut-être encore plus grand Bon Marché, car s’il fait beaucoup moins d’affaires à Paris, 4 comme il envoie dans tous les départements, et même en Corse, dans toutes les communes de tous les cantons

de tous les arrondissements de tous les départements À français, en Algérie, en Tunisie, dans les colonies et les pays de protectorat, et qu’il a même commencé d’exporter beaucoup à l’étranger, ce que l’autre ne fait à beaucoup près pas autant, il rattrape par et sur l’uni- régularité de ce commerce gouvernemental off-: ciel ce qu’il perd, ce qui lui manque, ce qu’il manque à gagner, ce qu’il a de moins par l’insuffisance comparée de son commerce parisien.) Nous dirons donc le peut- être un peu moins grand Boucicaut de cet assurément au moins aussi grand Bon Marché, de ce très grand … Bon Marché qu’est devenu le grand marché intellectuel: du monde moderne et c’est toute la science moderne . quiæst devenue la grande madame Boucicaut de ce (4 grand marché intellectuel du monde moderne, fournis- “4 sant des vêtements scientifiques tout faits à tous les systèmes qui en ont besoin, et Dieu sait s’il y en notamment aux systèmes politiques parlementaires. Qui sont ceux qui lui en demandent le plus. C’est d’ailleurs et généralement un rayon très demandé; et il s’en fait un grand commerce. Et il est singulier, il est intéres- sant, mais il n’est nullement étonnant que nous retrou-

  • vions justement ici le nom et l’homme à qui nous nous sommes heurtés tout au commencement de ces études, Cen’est point au hasard que nous nous sommes heurtés à lui tout au commencement, dès le tout premier com- … meéncement de ces études; ce n’est point par hasard que : nous les retrouvons ici et que nous nous heurtons à lui À ici, que nous retrouvons de nous heurter à lui ici; c’est … toujours le même heurt et le même accompagnement; ces deux noms, Taine, Renan, ces deux hommes. Taine,; — Renan nous ont accueillis, nous ont salués au seuil de

13 ces recherches; nous les avons salués alors de notre part; depuis ils n’ont pas cessé, ils ne cesseront jamais Me de nous accompagner: ils ne cesseront point denous 1 être fidèles; et répondant à cette fidélité, nous ne ces- À 0 serons point de leur être fidèles aussi, et à leur bon 4 - accompagnement. Jusqu’à l’achèvement, au couronneA ment de ces études, si nous parvenons jamais à cét À achèvement. Seulement, quand on eut fini d’expliquer aux petits garçons ce qu’il y avait dans Taïne ancien régime, on se garda bien de leur expliquer ce qu’ily ne. avait dans Taïine Révolution et Empire et République à 138 et tout le tremblement. Tout le nouveau régime. Les 3 4 Origines de ce qu’il nomme assez improprement la France contemporaine: il ne faut pas dire seulement la France, comme s’il s’agît d’un peuple ou d’une patrie, 3 4 d’un peuple, particulier, d’une nation, particulière, 188 d’une patrie, particulière, mais il faut dire généralement tête de tout le monde, avant tout le monde, en avance à sur tout le monde; et il ne faut pas dire contemporaine; “1 contemporaine se meut avec nous, contemporaine est Fe. d’un temps qui se meut avec nous, avec le nôtre; con- ne, poraine varie; on se sert de contemporaine au cours he: d’une phrase, pour marquer un temps comme en pas- À Mn, sant, au cours d’une phrase, un temps par comparaison,; he: à nous, à notre temps, un temps par voie de relation, À par la voie de la relation qu’il a à nous, à notre temps, À d’être du même ou le même (temps) que nous, que ce à même (notre) temps; mais contemporaine, qui est fugi- tif, qui est léger, volage, qui se meut, qui s’enfuit, À à exactement avec la même vitesse que nous, que notre

temps, puisqu’il est du même ou le même, ne suflit pas, ) À n’est pas ce qu’il faut pour graver, pour une inscrip- à tion, pour une prise de date, pour une assiette aussi grave que celle d’un titre, et qui doit être aussi monu- LA mentaire, aussi monument, surtout que ce titre-là, pour “0

un tel ouvrage, couvrant l’ensemble d’un tel ouvrage,

lui-même aussi monumentaire et aussi monument, dans la pensée d’un tel auteur, lui-même aussi architecte. Il

faut dire moderne. Quand nous disons moderne, c’est ES

le nom même dont ils se vantent, c’est le nom de leur orgueil et de leur invention, c’est le nom qu’ils aiment, À À qu’ils revendiquent, ou, comme ils disent, qu’ils affec- ‘ol tionnent, c’est le nom d’orgueil fou dont ils vêtent leur À 1118 ; orgueil, nomen adjectivum: l’ère moderne, la science 2) moderne, l’Etat moderne, l’école moderne, ils disent AN même: la religion moderne. Il y en a même, plusieurs,.!

qui disent le christianisme moderne. Et il y en a un qui! dit: le catholicisme moderne. est d’une très bonne, d’une excellente méthode, toutes les fois qu’on et le peut, historiquement de choisir, pour le mettre sur une idée, sur un système, sur une caste, sur une école, 1 sur une secte, sur une classe, sur un parti, exactement ù le nom, précisément le titre que cette idée, que ce (1 4 système, que cette caste, que cette école, que cette à secte, que cette classe, que ce parti s’est lui-même arrogé, s’est intérieurement choisi, qu’il revendique et: s’est alloué, qu’il a personnellement assumé, le nom qui intérieurement, personnellement a jailli de.son or-

gueil ou de sa révolte. Ou qui a coulé de son insufli- AE.

  • sance ou de son imbécillité. Cette bonne, cette très bonne, cette excellente méthode intérieure et person- . nelle est exactement et symétriquement la contre- à

7:10 4 méthode, fait exactement et symétriquement la contre-

partie comme complémentaire de cette autre, de cette, apparemment contraire (au fond c’est la même) mé-

thode, si connue, devenue classique, par laquelle, À qui consiste à ce qu’un parti (politique, national,

religieux, intellectuel, un parti de toute sorte) prenne, ) s’en flatte, un nom qui lui avait été jeté comme dans la

4 boue de la bataille par le mépris de l’ennemi, le pro- à cédé, la méthode par laquelle on nous a raconté dans tous nos cours d’histoire que les Gueux de Hollande

Ve: avaient enfin pris ce nom, par laquelle, sans en cher- dei cher si long, et sans aller, sans chercher si loïng, nous avons nous-mêmes bel et bien pris ce nom de dreyfu- 16 sards. Sans être hollandais. Maïs je me trompe. C’est au ) ne moins aussi loin que la Hollande, à présent. Ces deux méthodes de nommer, ou plutôt ces deux parties com- à À adverses, de la même méthode, ces deux faces de la: même méthode, au fond aussi intérieures et personnelles l’une que l’autre, cette méthode intérieure et personnelle à est la meilleure méthode, la seule manière de nommer, Elle est la seule qui donne du jaillissement, du spontané, à Re: du ton, de l’intérieur, du creux. Elle est la seule qui donne un nom qui ressemble à l’objet nommé, qui ait Ki: la même tête que l’objet nommé, parce qu’il vient du ne dedans, parce qu’il sort de l’intérieur de l’objet nommé, ) ou, dans le cas des ennemis, d’un extérieur qui est un! ; à (autre) intérieur, étant une réplique, voulant atteindre l’intérieur, qui est en un sens le même, qui a une pré- tention, une pénétration, une atteinte intérieure, qui É par la haine vaut un intérieur, Quand deuxièmement À

en outre nous disons moderne, ainsi nous nommons un temps très déterminé, avec un commencement (une époque) et une période, ayant un commencement, une époque et une période, un temps très déterminé dont: nous connaissons très bien, dont très nettement je vois le commencement, dont nous avons le commence- ment, dont nous voyons peut-être en ce moment-ci: même le milieu, (mais est-ce au juste le commencement - du milieu, ou le milieu du milieu, ou la fin‘du milieu, et le commencement de sa décadence temporelle, voilà ce que nous ne Savons pas) dont assurément le monde verra la fin, dont sans aucun doute le monde et l’humanité verra successivement le commencement, le milieu, à la fin de la fin (il en a bien d’autres) si nous n’avons pas, nous, quand même nous n’aurions pas ce bonheur, nous-mêmes, que nous n’avons peut-être encore pas

mérité, que nous n’avons sans doute pas obtenu. Quand done deuxièmement nous disons moderne, nous em- à ployons, nous introduisons un mot technique, un mot À; très technique, et non point, et non plus un mot de littérature et d’épithète. Moderne est fixe. Moderne est daté, enregistré, paraphé. Moderne pourrait se mettre sur un timbre à date, sur un dateur automa- tique. Moderne est connu. Moderne est déterminé. … Moderne ne bouge plus. Moderne est une période, … parfaitement déterminée. Moderne a (eu) un commen- une fin. Moderne a des limites, il a des frontières indé plaçables. Il en a heureusement, et qui sont indé- ; plaçables, heureusement, dans le passé. Il en aura,;

  • heureusement, et qui, une fois obtenues, seront ainsi aussi devenues à leur tour indéplaçables, heureuse-

4 ment, dans le futur. Moderne est un terme tee 14 dans tout le sens et la force du mot terme, du terme “4 terme, dans tout le sens et la force du mot technique. À Moderne est la pierre cherchée, Tu es Petrus, Tu es - Pierre, comme nous l’écrivait récemment notre collaboTR rateur de Pulligny, conformément à Matthieu, XVI, Exe 18, 19. Moderne est la pierre cherchée, et comme il est 1200 aussi un bloc, il est ainsi un bloc de pierre, la pierre 3 à qu’il fallait pour une inscription monumentairé, le titre; 5 lapidaire. Au lieu que contemporaine. Moderne est en fi. pierre. Contemporaine est en dentelle. Et quand même 0 ce serait, ou ce voudrait être une dentelle de pierre, une ( dentelle de pierre est encore plus éloignée de la pierre, plus étrangère à la pierre, si possible, qu’une simple den- À NC: telle, que la dentelle ordinaire de fil et de lin. Moderne 110 est dur. Contemporaine est presque élégant. Contempo- 14 raine est la borne qui se déplacerait avec le terrain, « avec le champ de la course ou avec le champ fixe de la- DE. bourage ou de toute culture ou jachère ou inculture. : Contemporaine est un terme qui bougerait, qui ne rait donc point un dieu Terme. Moderne est un peu! ; 3 âcre au goût, un peu âpre, amer. Un peu vert, un peu sur. Contemporaine a je ne sais quoi d’un peu sucré. Il ? nn: y aurait dans contemporaine (par voie d’acquisition, naD turellement, par absorption, et non point évidemment par la voie de l’étymologie) un soupçon de confiserie À 54 que je n’en serais pas autrement étonné. C’est un mot “qui a pris aujourd’hui un certain goût de salon, de thé de cinq heures et quart, et de petits gâteaux. Pour tout A dire, d’un mot, c’est un mot qui est un peu trop dans le : ton et dans le goût de la vie et des opinions de M. Fré- déric-Thomas Graindorge, douzième édition, un volume.

Moderne au moins, dans toute sa cuistrerie, est resté un mot dur, un mot rude, un mot d’école et de bataille. ne. Contemporaine me rappellera toujours fächeusement ce à sergent qui du temps où on savait encore ce que c’est que de faire un mouvement carré commandait à sa section: Le guide, vous vous dirigerez sur l’homme qui a fait les cent pas au bord de la rivière. Tout cela flotte.. Alors. Tout cela coule, glisse avec le temps. Sur la rivière, sur le fleuve intarissable du temps. Moderne enfin peut être un mot d”injure. On n’injurie

  • pas un monsieur en l’appelant contemporain. Quand on eut fini d’expliquer aux petits garçons ce qu’il y avait dans Taine ancien régime (deux volumes) En: on se garda bien de leur expliquer ce qu’il y avait dans et surtout ce qu’il y avait dans ce que Taiïne si juste- Fi; ment (voir ci-dessus) si proprement nomme LE RÉGIME Régime moderne. faut bien dire ainsi: régime mo- “4 derne; et tout le monde moderne. Et non pas (seule- à De ment) France, ni contemporaine. Et régime moderne Li: est le vrai titre du tout, non d’une partie seulement. Une opération ainsi conduite ne peut pas ne pas aboutir. Celle-ci a réussi au delà de tout escompte. #0 Vingt, trente générations de Français, sans compter les suivantes, et celles qui viennent, d’avance, croient qu’en effet s’est fait comme ça. Que c’est comme ça. Que

tous les gens sans aucune exception depuis le com- É mencement du monde, qui toutefois n’a pas été créé, jusqu’au trente-et-un décembre dix-sept cent quatre à vingt-huit, — après la naissance du Christ, — à minuit, « Ne ont été de foutues bêtes, le minuit étant compté comme A onze heures soixante, et pas une minute de plus, et que

le premier janvier dix-sept cent quatre-vingt-neuf, à

minuit zéro minute zéro seconde un dixième de seconde,

— et encore les vrais savants ne s’arrêtent pas au dixième de seconde, — tout le monde a été créé splen- dide, tout le monde, excepté, bien entendu, les réaction- à 4 naires. Trente et quarante générations de Français aujourd’hui croient cela dur comme fer. Des indéfinités « È de générations de Français le croiront toujours. Caréé

; qu’il y a de plus avantageux dans une opération de cette sorte, c’est que quand elle est faite, elle est faite une

fois pour toutes. Quand un mécanisme de cette sorte 14 est monté, surtout un mécanisme électoral, on n’aperKi 4 çoit plus aucune espèce de raison pour qu’il se démonte a jamais, pour qu’il se fatigue, et pour qu’il s’arrêté, de : fonctionner. Au contraire. Plus il marche, mieux il à marche. Et plus il a envie de marcher. De sorte qu’on n’en voit pas la fin. Une majorité se grossit par cela? seul qu’elle dure. Du moment que l’on s’est mis, et que À (4 l’on reste, sous la loi de pure majorité, plus dure,; plus c’est solide, et plus c’est gros. Plus va, plus c’est la même chose, et plus c’est la même chose, plus va. Plus il y a de générations qui ont pris un certain chemin,

ï tions majoritaires, groupées, massées, compactes, qui: SUR s’accroissent d’une chaque année, font un gouvernement 4: majoritaire. Et comme c’est le gouvernement, comme c’est

ce gouvernement majoritaire qui fait les élections, et les électeurs, et qu’il ne manque naturellement pas de les faire à son image et à sa ressemblance, majoritaires di. comme lui et de la même majorité, c’est, c’est le cas de le dire, un cercle vicieux, et automatiquement, mécani- (il quement, non seulement il n’y a pas de raison pour que sortes, ou plutôt il y en a une totale, largement sufi- se Sante, pour qu’en effet ne puisse pas et que ne cesse pas de croître et d’embellir. On n’a pas (EEE mesuré encore, il s’en faut, tout l’effet de cette croyance. On a noté, un peu dans tous les journaux, on a fait remarquer, au moment des dernières élections législa- RU: tives, que l’entrée en ligne, que le débouché au feu des batailles électorales des premières classes de ce contin- gent avait sans doute une répercussion importante ‘ti sur les résultats des élections auxquelles nous devons la belle Chambre que nous avons. C’était une remarque fort juste. Mais l’on n’a pas fini d’en voir ces réper- a Ces répercussions sont sans fin. Mécaniquement, au- tomatiquement, extérieurement elles sont sans fin. Pour “1 qué cela casse, il faut que casse en dedans, comme cela paraît bien en train de commencer à se produire,: Le. il faut que les répercussions automatiques, mécaniques, (8 extérieures, soient interrompues par l’effet soudain de . Une opération de cet ordre réussit toujours. Et elle est sans aucun danger. Au moins pour l’opérateur, Comment ces pauvres petits garçons s’apercevraient-ils +0

2% qu’on leur a conté des histoires? Tout contrôle estim-

1:30 possible. Parmi ces flaupées de petits garçons qui usent

traditionnellement les fonds de leurs culottes sur les 1 bancs de nos écoles, combien peut-il y en avoir qui 208 s’apercevront un jour que de bons maîtres leur ont fait ne d’excellents contes. Il faudrait pour cela ou qu’eux- mêmes un jour fissent des lectures. Mais Dieu merci il

3 n’y a pas un Français sur un million, qui de lui-même et sans aucun enseignement puisse avoir l’idée de recou-

4 rir à un texte. Ou qu’ils devinssent traditionnellement,

4 suivant la filière, des élèves de nos enseignements

: 50 secondaires ou de nos enseignements supérieurs. De

24 ment, — heureusement pour la tranquillité du gouverneir ment du parti intellectuel, — ce n’est pas pour les timides tentatives de cultures de l’enseignement secon10 daire, c’est encore moins pour les dangereuses quoique 108 timides tentatives de libertés de l’enseignement supé-

:. rieur que nos plus de cent mille instituteurs dévoués et 4 autres maîtres primaires apprennent à plus de cinq ou

10 six millions de leurs bons élèves à lire, à écrire et à compter, — sans compter beaucoup d’autres belles 48 choses, car on a beaucoup perféctionné tout cela, depuis le temps que nous étions petits, et ils doivent au moins é apprendre la sociologie à présent. Une minorité infime 14 entrera seulement dans le secondaire. Et de cette minoRE rité infime une nouvelle minorité infime, une deuxième si et imperceptible minorité, fraction de fraction, minorité à. de minorité, entrera dans le supérieur. Tous les autres, de l’immense majorité, la presque unanimité, on sait quelle

2: sera leur culture, et quelle sera leur liberté. Ce n’est point pour la formation de la personne, ce n’est point

pour les dangers de la culture et les dangers de la liberté, ce n’est point pour l’enseignement du secondaire ou l’enseignement du supérieur que des armées d’insti- tuteurs enseignent à un peuple d’écoliers tout ce que À À nous ne savons pas. C’est pour qu’à treize ans, et même

, avant; ils puissent lire en connaissance de lettres les LEE pornographies de la culotte rouge, et autres. C’est pour

qu’à vingt-et-un ans accomplis, et même avant, souvent avant, avec presque autant de zèle, ils puissent lire en

connaissance de lettres les pornographies des pro-

à Et couvrant le tout, fournissant le tout, pour les crimes, Des

4 pour les horreurs de l’alcoolisme moderne. ‘il Ils sont ainsi gardés, et bien gardés, contre les dan-

… gers des anciens catéchismes. Ils sont garantis, bon Dre: teint, contre les dangers du catéchisme (romain). A toute personne qui sur ce point me démentirait, ne 2 j’offre de faire pendant un mois, à ses frais, naturelle- ._ ment, parce que je suis un ladre, ce que je fais souvent +4

moi-même pour mon usage privé: le trajet du matin ou

du soir, sur n’importe quelle ligne de la banlieue de

… Paris, dans un train ouvrier.

; Ah non, ils ne sont pas analphabètes. Et l’on ne pourra 77% pas dire que nous sommes sous le gouvernement des Qt.

  • analphabètes. On pourra même dire que nous sommes . sous le gouvernement des alphabètes.

Quand tout le monde entier était un immense, était

un total organisme, quand das cet organisme total,

. formant, organisant cet organisme total tant d’orga- nismes de toutes sortes jouaient, vivaient, organismes LES

temporels et organismes de toutes sortes, organismes

4; particuliers organisant eux-mêmes des organismes plus 0 vastes, s’organisant eux-mêmes ainsi de proche en pro- 2:50 che jusqu’à l’organisme total, jusqu’aux grands orga-: D. nismes, les puissances d’esprit étaient contraintes aussi Me d’être organisées, vivantes, d’être organismes. Quand 08 même elles ne l’eussent pas voulu, naturellement, quand à 10 même elles n’en eussent pas l’essence, la vie, le génie “1 intérieur, la nature, qu’elles avaient. Elles y étaient Ni contraintes. Autrement elles étaient peu à peu, elles “110 étaient enfin finalement éliminées, comme une substance Fe. morte d’un corps vivant, de tout corps vivant, comme une esquille ou un croûton de cicatrice. Dans un orga- 114 nisme bien vivant, c’est-à-dire bien organisé, bien orga- nisme, une tare morte, un résidu mort ne reste point, tranquille. Dans un organisme total, général, bien 4 vivant, des organismes particuliers, bien vivants, ne; souflrent point qu’un voisin mort, qu’un cadavre de À 8, voisin mort cohabite avec eux. Ainsi organisme A. ennemi force autant à la vie pour haïr et combattre qu’un organisme ami pour aimer et soutenir. C’est depuis ce temps, et c’est pour cette raison, entre beaucoup d’autres, mais c’est beaucoup pour cette raiD). son que l’enseignement secondaire, et, naturellement, encore plus l’enseignement supériéur sont devenus à ce 22 point suspects à la démocratie, et qu’on les a tant mal- traités, et que l’on a fait tout ce que l’on a pour les. M. démolir, sans toujours en avoir l’air. Il y a tant de ne moyens, doucereux ou aïgres, sournois ou violents, de Hi. démolir un enseignement qui à cessé de plaire, un 1% enseignement d’État, quand on est l’État. Il y a le remana: nierent incessant des programmes, savamment conduit,

savamment dosé, savamment administré, Il y a un heu- es reux choix des titulaires, une conduite particulière de y a l’avilissement calculé du Collège de France, par le TER double jeu, par le jeu des chaïires et par le jeu des titu- laires, la diminution concertée, longuement conduite, et #4 savamment, de cette maison considérée, non sans - quelque apparence, comme la plus dangereuse de toutes, ayant été fondée pour être l’asile de la liberté intellec- tuelle et ayant malheareusement commis la faute; impardonnable de demeurer assez fidèle à son pro- À gramme, au statut de son institution. Une maison qui Me non seulement n’a pas de dortoirs, mais qui sous la DE: troisième République entendrait la liberté comme sous François premier, Un remaniement heureux des pro- Si grammes et des chaires, beaucoup de remaniements, il un remaniement incessant, le choix scandaleux de certains candidats pour titulaires, une préférence mar- ‘Le

dats politiciens sur les candidats simplement universi-

! il y a cent moyens pour un État, tous également sûrs, “4

de déshonorer sûrement, de déprécier un enseignement Re:

de l’État, de l’avilir, de le diminuer, de l’affamer, de l’exténuer et ainsi et enfin de le tuer. C’est par ces beaux moyens, par ces simples moyens qu’on a en moins de dix ans complètement supprimé, anéanti di.

. J’hellénisme, la culture hellénique, et qu’ayant fait et « réussi ce beau coup on veut aujourd’hui supprimer, » aussi complètement, anéantir (ce qui ne reviendra peut- +14 . être pas complètement au même), le christianisme, la ‘fi culture chrétienne (et ce qui ne se passera peut-être pas

È tout à fait de même), qui étaient, à des titres fort diffé- ne. rents, les deux seuls morceaux d’humanité que l’on avait, l’un essentiellement éternel, mais l’autre si res- pectable, en tant de sens, que l’on pouvait espérer que ce respect au moins, à défaut d’une puissance et même a d’une résidence temporelle présente, le ferait au moins - he. comme temporellement éternel, et peut-être plus. D’autant plus et d’autant mieux que si l’opération est 4 conduite avec un peu de doigté, rien n’empêche de maintenir une certaine armature, extérieure, certains As échafauds, certains aspects, certains drapeaux et déco-. ni: rations, certains décors, titres et vêtements qui donnent : d’autant plus facilement le change que tout le monde, D. peuple grossier ne demande qu’à ne pas voir, clair, et à ne s’occuper de rien. Et qu’on lui fiche la paix. Les Nu. intéressés ne donnent que trop souvent le spectacle de 40 trahir leurs devoirs, et même leurs intérêts, profes- 7 sionnels, ‘techniques, les plus simples, les plus élémen- taires. Et eux aussi, hélas, qu’on leur fiche la paix. A Pourvu donc, pourvu que l’on prenne certaines précau- 4 tions, que l’on garde certaines apparences, qui perEL. mettent aux hypocrisies de se couvrir, aux paresses de plaider, aux lâchetés de se justifier, un État peut ne pas “1 faire trop crier, un État peut creuser intérieurement un ; 4 enseignement d’État, un État peut vider un enseignement . d’État de tout son contenu de culture et de liberté. Et 14 que l’ordre extérieur demeure le même. Opérer par d’heureux remanièments incessants un avilissement : incessant des programmes. En éliminer savamment, en chasser brutalement tout ce qui est culture et tout ce ; qui est liberté. Opérer par d’heureux choix un avilisse-

ment incessant du personnel, par le népotisme de ! famille et par le népotisme de clan, par le plus honteux favoritisme de dynastie et de parti, éliminer sournoiïse- ni ment, refouler brutalement et incéssamment aux places il sés, — aux postes et aux places qui seules sont de AU véritable honneur, aujourd’hui, — tout ce qui est faible, à — socialement, — tout ce qui est pauvre, tout ce qui est (2 cultivé, tout ce qui est libre. Opérer un envahissement, brutal ou sournois, mais toujours complet, de la poli- tique dans les fonctions de l’enseignement. Protester de ; loin en loin contre cette invasion, et ne l’en poursuivre ce que plus constamment. Donner à des politiciens, politi- ciens parlementaires ou politiciens universitaires, politi- ciens parlementaires et ensemble politiciens universi- taires, tout ce qui est postes et places de choix, places et postes en vue, et par conséquent postes et places de conduite, d’influence, de quelque commandement. Avilissement calculé des programmes. Et par le favori- tisme avilissement calculé des personnes. En outre et ensemble, refuser les crédits les plus indispensables,

  • que l’on gaspille partout ailleurs. Avilir, affamer. De toutes mains diminuer, affaiblir. Voilà quelques-uns seulement des traitements que l’on fait voir à l’intérieur à de la baraque, voilà quelques-uns seulement des traite- ments que l’on y montre et que l’on y exhibe, voilà 4% quelques-uns seulement des traitements que l’État fait de subir à l’Université, qu’il peut lui faire subir impuné- ment, depuis que l’ancienne Université impériale est la femme de l’État français, ménage uni, parce que les HN: . deux conjoints qui forment ce drôle de ménage ne vivent malheureusement pas sous le régime de la séparation

1 de biens et encore moins, si possible, de la séparation

Mise au service de l’État, qui est devenu tout puissant

Le É dans le monde moderne, cette sûreté d’instinct (le seul

qu’il ait) cette sûreté d’atteinte de l’envieux, du médiocre

contre tout ce qui est culture.

; Voilà les traitements que l’État peut faire, impuné-

ment, subir à l’Université, parce que l’Université n’est

) pas séparée de l’État.

Elle ne le sera jamais. Car il ne faut point s’imaginer

“4 que ce soit seulement par favoritisme et pour caser des

A créatures qu’un gouvernement politique parlementaire,

Ê électoral, installe ses créatures dans tous les postes

; éminents de l’enseignement d’État et refoule, ainsi et

1 aussi, dans les postes moins importants les véritables

100 et les purs universitaires, dans les postes dits sacrifiés,

à dans les postes disgraciés. J’irai jusqu’à dire que c’est.

dE le contraire. Ou tout au moins ce sont deux mouvements:

É admirablement complémentaires, qui se complètent, qui

; jointent, qui se facilitent et qui complotent admirable-

:. ment. Qui se mettent bout à bout admirablement juste.

D’un côté l’État peut ainsi caser ses créatures. Et cela

naturellement lui est très agréable et c’est toujours. autant de gagné. Mais des créatures il y en aura tou-

jours, les bonnes électrices en feront toujours. C’est

même singulier comme ce pays, qui manque de progé-

4 niture, absolument parlant, ne manque jamais de pro-

( géniture de créatures politiques. Il y a un phénomène

très singulier. Voir Démographie. Et même démographie

4 mathématique. Les créatures font une série continue et

à incessamment illimitée. Et même toujours grossissante. Du même geste, par la même action continuée l’État. poursuit, l’État obtient un autre, un deuxième résultat, qui en opération est rigoureusement complémentaire du 4) Et premier, qui au fond lui est beaucoup plus cher encore, à lui État, beaucoup plus précieux, lui étant beaucoup plus essentiel: car par cette partie deuxième de l’opé- ration, il avilit l’enseignement, il avilit l’Université. On pourrait presque dire que au fond, et malgré les apparences, l’État se plaît encore plus à avilir l’ensei- gnement qu’à caser ses créatures; il se réjouit, il jouit #4 plus profondément, dans le secret de sa bassesse, dans Di. son instinct de jalousie envieuse, comme sentant plus profondément encore engagé dans son sens et dans sa À 15% propre voie quand il avilit quelque chose, quelque institution, que quand il case des amis et camarades. Caser des amis et camarades politiques parlementaires, pour l’État moderne, ce n’est que de son utilité. Avilir est de son instinct. Avilir est de son instinct, le plus profond. Quand il avilit, quoi que ce soit, très profondément mais très #1: sûrement il se sent bien dans la voie de sa desti- 11 faudrait donc plutôt dire que c’est encore plutôt ‘il pour avilir l’enseignement que l’État case ses créatures. qu’il ne faut dire que c’est pour caser ses créatures ou, inconsciemment et comme innocemment en casant ses . créatures qu’il avilit l’enseignement. C’est encore plutôt, Ta À en cette opération double, en ces deux parties complé- 4 mentaires d’opération, l’avilissement qui est le secret se désir, la fin plus profonde, moins immédiate, la fin #8 moins journalière, la fin profonde, et le placement qui 5%

est un moyen, que ce n’est le placement qui est la fin et ET l’avilissement qui serait un moyen, une conséquence, ni une clause ou condition. Caser des créatures est bien. C’est un des rouages les à 4 plus importants du mécanisme gouvernemental moSu derne. On le sait de reste et je n’y insiste pas. C’en est il aussi un des rouages les plus apparents. Mais les 9 rouages apparents ne sont pas tout le mécanisme et ce placement ne fait qu’une première partie de cette opé- ration. Un rouage plus profond du mécanisme, moins apparent mais d’autant plus profond, une deuxième ; partie de l’opération, beaucoup plus profonde, étroite- ment ajustée d’ailleurs, imbriquée dans la première, étroitement Complémentaire de la première, beaucoup plus importante, beaucoup plus dans le cœur, est d’avilir. ce Le monde moderne avilit. D’autres mondes avaient d’autres occupations. D’autres mondes avaient d’autres: arrière-pensées, d’autres arrières-intentions. D’autres mondes avaient d’autres emplois du temps temporel, entre les repas. Le monde moderne avilit. D’autres mondes idéalisaient ou matérialisaient, bâtissaient ou démolissaient, faisaient de la justice ou faisaient de la force, d’autres mondes faisaient des cités, des commu-; nautés, des hommes ou des dieux. Le monde moderne avilit. C’est sa spécialité. Je dirais presque que c’est; son métier, s’il ne fallait point respecter au-dessus de tout ce beau nom de métier. Quand le monde moderne avilit, mettons que c’est alors qu’il travaille de sa Le monde moderne avilit. Il avilit la cité; il avilit l’homme. Il avilit l’amour; il avilit la femme. Il avilit la à

race; il avilit l’enfant. Il avilit la nation; il avilit la famille. Il avilit même, (toujours nos limites) il a réussi je 4 à avilir ce qu’il y a peut-être de plus difficile à avilir au de à monde, parce que c’est quelque chose qui a en soi, … à comme dans sa texture, une sorte particulière de fi:

dignité, comme une incapacité singulière d’être avili: Le

il avilit la mort. Quelques jours après l’enterrement de Ne Berthelot je rencontrais au débouché de la gare de

Sceaux l’un de nos plus dévoués collaborateurs, un de ces — dignes — héritiers de ces grandes familles et de

ces grands noms des Berthelot, des Halévy, de plu- sieurs de ces grandes familles républicaines ou libérales qui étaient et qui sont demeurées apparentées et comme;

tissues ensemble comme les grandes et ensemble les Wii hautes dynasties de la science et des lettres et du monde moderne. Après quelques propos demi-tristes et Ne qui, de sa part, voulaient être optimistes, comme tou-

jours: Tiens, me dit-il tout à coup, j’ai pensé à vous

l’autre jour. (C’était un de ces rappels soudains de mé-

1 moire, imprévus du sujet lui-même, et pourtant si pro-

ï fonds, profonds contre le sujet lui-même, qui font une

sorte de remontée, un refoulement, un point d’origine, Le et de contrariété, une source, dans l’eau, un point de

source angulaire, comme une vague de remontée, qui

À sont, qui créent une contre-vague dans la déclivaison

4 presque linéaire, dans la descente au fil de l’eau du

1 propos et de la mémoire.) J’ai pensé à vous l’autre jour.

— Vous êtes bien gentil. — Oui j’ai pensé à vous; vous;; 41 savez; j’ai été à l’enterrement de Berthelot. J’étais en dedans. Vous n’étiez pas en dedans, vous. Votre âme de réactionnaire se serait réjouie de voir ce qu’ils ont fait de l’enterrement de Berthelot..

Il souriait tristement, et les lèvres marquaient une 08 certaine amertume délibérément optimiste. Il avait appuyé d’un sourire d’entente aux trois quarts triste ce à à mot de réactionnaire, et l’avait souligné d’un coup LOU °2488 d’œil, parce qu’il entendait aussi bien et même mieux Le que vous, chers lecteurs et abonnés, ce que il 4 à ne entendait par ce mot de réactionnaire. Et ce mot de … réjouir, dit par lui, avait un sens particulièrement à à Les détails suivirent, lamentables. Non, en effet, jene pee savais pas ce qu’ils avaient fait de l’enterrement de pour qui entendait, et que le spectateur avait honte à 4 rapporter, que l’interlocuteur avait honte à dire. inavouable de loqueteux, lugubres, mais non pas au sens où dans le mot lugubre il y a le mot deuil, ou si l’on veut c’était un deuil de contraste grotesque infini14 ment plus atroce qu’un vrai et simple deuil, quelques A détails dits à regret, odieux pour qui a quelque sens de l’un des plus vieux sentiments que l’humanité ait connu, 1 de l’un des plus précieux aussi, d’un sentiment que 4 toutes les humanités un peu dignes de ce nom, d’homme, ont connu, estimé, à sa valeur, pieusement fomenté; de l’un des plus chers sentiments vieillards qui parfois y viennent s’asseoir sur le seuil attiédi; pour qui a gardé {4 quelque sens du très vieux et très vénérable respect. He. Notre collaborateur avait reçu, étant de la famille, une 108 carte d’entrée. La cérémonie, à l’intérieur du Panthéon, ù c’est-à-dire la cérémonie la plus oflicielle, la plus somp- tueusement et splendidement officielle et gouvernemen-

tale, cette cérémonie laïque voulue, mijotée comme une à apothéose du monde moderne, imaginée comme une apothéose personnelle, fabriquée comme une apothéose Re. du monde moderne en la personne et sur le corps de . l’un de ses représentants les plus éminents (car ils sont ne poursuivis dans leurs imitations par l’idée du corps et défaut de l’autre, de la présence au moins de ce misé- rable corps charnel, mortel, déjà mort, périssable), dans #8 toute cette cérémonie apothéotique il n’y eut pas un geste qui ne fût une offense au respectable respect. On était debout, assis. Penché, tendu. On n’était pas couché. On avait son chapeau sur sa tête. Excepté, toutefois, ceux qui avaient trop chaud aux cheveux. On parlait, on criait, on riait, on s’interpellait, on tapait du pied, on ne s’entendait pas. On y avait mis, je pense, la Fr. musique de la garde républicaine, comme à la nouvelle #4 fête de Jeanne d’Arc. Et quand l’honorable M. Fallières fut en vue et prêt d’entrer, un des huissiers criant au 4 chef de musique, dans le tumulte général, dans le brou- Ke: haha tumultueux des femmes de défense républicaine, A dans les sornettes qui sonnaïent, dans les balivernes qui bavaïent, dans ce brouhaha de place publique

  • transportée à l’intérieur d’un temple, dans ces potins, #1 1 dans ces murmures, dans ces vanités, dans ces fatuités, Fr. … dans ces curiosités malsaines un huissier mal élevé, un huissier sans tenue, un huissier sans style criant à tra- vers tout cela au chef de la musique: Allons! hop! “4 là-bas! la musique. V’là le président. Vot’ Marseillaise. Vous autes. « Huissiers de la République, appariteurs de ces nou- A

54 velles pompes funèbres, nous ferez-vous regretter les Voilà ce que l’on m’a dit qu’ils avaient fait de l’en

terrement de Berthelot. Voilà ce que l’on m’a dit de 0 plusieurs parts qu’ils avaient fait à l’intérieur. On me :20 l’a dit: je n’y étais pas. Il n’y avait pas de service de 1 contremarques, et je ne suis pas dans la Républiqueun É assez gros seigneur pour avoir des billets.

On n’accusera point le monde et la foule moderne de 4 respecter le respect; c’est une faiblesse qui lui est incon- il Le nue. Vous me direz que l’on écouta peut-être la musique. Je sais que la musique tient de plus en plus de place.

À ne Non seulement dans les cérémonies, officielles, mais dans 0 le tissu même de la vie moderne. Il resterait seulement à départir ce qu’il y a de sincérité dans cet amour ne: snobisme. Ou, comme on disait quand on parlait fran-

38 3 çais, d’engouement. Je voudrais faire observer seulement que dans cet usage, nouveau, que l’on fait de la musique pour les cérémonies, officielles, des enterrements gou-

7 vernementaux, il y a un abus qui vient d’une insincérité : propre, d’un malentendu plus ou moins conscient, plus 4 ou moins volontaire. Qu’il y a une duplicité, l’exploi-

tation d’un double entendu. Cette très bonne musique 4 en effet que l’on nous fait faire dans les cérémonies 58 funèbres par de très bons musiciens, ou bien elleest 128 mauvaise, et alors elle est proprement moderne, et 18 même contemporaine. Ou bien elle est bonne, et c’est toujours de la musique religieuse, dans le sens le plus

4 strictement exact de ce mot. Et même elle n’est bonne, À 13 pour cette sorte de cérémonies, que dans ce sens, pour

  • cette cause et à cette condition, qu’elle est de la musique exactement religieuse. De la musique de génie créée et mise au monde par un certain nombre de très bons De chrétiens dont Rolland vous dirait les noms successifs (51 autant que vous en voudrez. Il y a un véritable abus, parfaitement caractérisé, le. une véritable duplicité, enfin tout ce que notre maître M. Maurice Bouchor, quand il était ivre, — ivre de mu- 5% sique, certes, c’est la seule ivresse qu’on lui ait jamais nn. connue, — nommait ingénuement un détournement de ne mineure. On prend une musique vraiment, proprement religieuse, nommément chrétienne, faite par de très nn. chrétiens, et on la transporte comme ça, dans des “508 ourgons militaires, dirai-je qu’on la transporte dans un Le Panthéon désaffecté? non point pour y être un ment, plus ou moins superflu, surajouté, plus ou moins on: supplémentaire, mais, tout le monde le sent bien, pour ES en faire le cœur même et la substance de la cérémonie. : Pour être tout ce qui compte dans la cérémonie. È après (ou avant), le lendemain (ou la veille), on ren- contre des gens qui vous disent: J’ai été (ou j’irai) à tel Re. de la bien belle musique. Je ne sais pas comment cela à se fait, je n’ai peut-être pas l’âme assez moderne, mais je suis choqué par de tels propos. Il me semble qu’au-! trefois un mariage, un enterrement, valaient en eux- 1 mêmes et par eux-mêmes. Qu’ils avaient un sens. Qu’ils à n’étaient pas seulement un prétexte. Un thé. : Et ce n’est pas parce que je ne suis pas musicien que 4 « je suis froissé. Au contraire. Si j’étais musicien je serais;

à Si l’on voulait faire le procès du monde moderne, —

‘#0 et il y a des jours, vraiment, où l’on en seraït presque

5 tenté, — il serait aisé de faire voir que le monde

moderne se comporte toujours ainsi. Et c’est aïnsi

quelquefois qu’il réussit à masquer sa pauvreté, à faire

“0 coaguler comme une croûte de pauvreté plus honnête,

une croûte superficielle de convenance ou d’apparente

4 richesse ou dignité dessus le creux de son irrémédiable

vide. Celui qui voudrait faire un procès du monde

moderne, et qui ne pourrait pas résister à la tentation, Et il faudrait d’abord, pour trouver l”incurable sottise,

110 percer, dénoncer tout ce parasitisme universel du monde

TA moderne vivant uniquement, ne vivant que des héritages

Tes de tous ces mondes anciens dont il passe en même En temps tout son temps à dire que tous ces mondes-là, a que tous ces mondes précisément étaient des mondes à stupides, des mondes foutues bêtes, et les derniers des

Méthode: celui qui ne pourrait pas résister à la ten-

à tation, de faire un procès du monde moderne, quelque

faible, naturellement, il faudrait commencer par établir

à un bilan sérieux. Et dans ce bilan ce ne seraient pas

? ÿ.; seulement les quantités qui seraient difliciles à calculer.

a Ce ne seraient pas même seulement les qualités, tures, espèces et valeurs des marchandises qui seraient ni difficiles. A déterminer. Il faudrait d’abord bien faire

attention à ceci. Il faudrait d’abord, et avant tout,

4 comme règle de méthode générale, et préliminaire, bien de discerner, bien départir et bien répartir, faire une redis- tribution, bien distribuer quel serait le sens des difté- » (1 rentes valeurs, et avant tout ne pas se tromper de

signe. Je prends cette expression dans le sens le plus

te rigoureux des mathématiciens: ne pas mettre le signe “1: par erreur aujlieu du signe ni le signe — par erreur ; au lieu du signe. Le monde moderne essaie plus ou moins inconsciemment de donner le change, (c’est-à-dire,: très précisément, de faire tromper de signe) — et peut- être est-il en cela plus ou moins confusément sincère, — sur le tien et le mien, sur ce qui est de lui et sur ce; qui n’est pas de lui. Sur ce qui donc est du plus, et sur ce qui est du moins. Ou du zéro, dans les inventaires. En, 4 réalité, avec un aplomb imperturbable, et qui est peut- être sa seule invention et tout ce qu’il y a de lui dans ; l’ensemble du mouvement, il vit presque entièrement sur les humanités passées, qu’il méprise, et feint d’ignorer, dontil’ignore très réellement les réalités essentielles, dont DEN il n’ignore point les commodités, usages, abus et autres utilisations. La seule fidélité du monde moderne, c’est la fidélité du parasitisme. Pour tous ses vices et pour le toutes ses petitesses, pour la menue monnaie de ses vices et le menu ménage quotidien de ses bassesses, pour ses enseignements le monde moderne se suffit à lui-même. IL croit, il affecte plus ou moins sincèrement 1 de croire que le monde a commencé, net, entre le À trente-et-un décembre et le premier janvier de je ne À sais déjà plus quelle année. Mais qu’il ait à organiser 14 quelque chose qui dépasse, dans sa pensée, qu’il aït à organiser quoi que ce soit dont il aït plus ou moins vaguement l’impression, si peu que ce soit, qu’il faut que dépasse, de quelque manière, vite alors, avec un —._ toupet lui-même incalculable, avec un aplomb invrai- —…._ semblable il chausse les vieilles bottes, il coiffe les vieux chapeaux. On se coiffe les pieds, disait un personbr. nage du premier Victor Hugo, qui était je pense notre

! vieille fripouille d’ami don César de Bazan. Le monde R. moderne, lui, se coiffe impunément la tête, Il se la coiffe a même des casques les plus antiques. Et il chausse des

5% bottes, militaires et autres, qui sont plus vieilles que De les plus vieilles et les plus authentiques bottes de sept

Il chevauche les vieux chevaux avec une impudence a +4 tranquille, un sans-gêne, avec une assiette, une incon- “48 science dont peut-être lui-même il ne s’aperçoit pas. Cet 54 emprunt perpétuel, ce sans-gêne et cette usurpation, ce 13% détournement dessus dit se voit surtout, s’aperçoit, lui- : 188 même, aux cérémonies, officielles. Et en effet c’est en, “4 ‘un certain sens qu’il doit s’apercevoir le plus. Les 4 cérémonies, officielles, sont en effet des manifestations; 2# volontairement culminantes; elles ont un sens volontai-

rement marqué; c’est bien que tout un monde, repré-; senté par son gouvernement, officiellement, veut faire; ï aboutir et culminer tout ce qu’il pense qu’il a en soi:

4 qu’il est capable de faire voir, de montrer dans la rue,

‘of en public, au grand jour, qui en est digne, selon lui,

tout ce qu’il peut sortir. Une cérémonie est voulue, pro- ; duite, calculée. C’est vraiment un acte officiel de repré-: À: sentation, une manifestation officielle, où le monde

gouvernemental, agissant pour tout le monde qu’ilgou-

1 verne, officiellement, ici pour le monde moderne, sort

peuple et aux étrangers, ses beaux uniformes, ses

belles musiques, ses beaux uniformes d’âmes, s’il en 4: et de corps, ses beaux corps constitués.

À que voyons-nous quand le gouvernement de ce peuple moderne en vient à cette épreuve, de sortir une cérémonie? Nous voyons d’abord, — je ne suis pas mé-

f. chant, on le sait, et je n’éprouve aucun embarras à ‘Ta ù constater que cette cérémonie, quand elle est une céré- À. monie politique, et surtout une cérémonie de politique internationale, est souvent et même généralement réussie. Et quelquefois même très réussie. La Répu- À. blique sait très parfaitement recevoir les rois. Elle . reçoit aussi bien tout ce que l’on veut, les peuples, ou simplement les chambres de commerce et les municipa- lités. Mais, ensuite et alors, comment voyons-nous De qu’elle s’y prend pour effectuer, ordonner une de ces cérémonies. Oh alors nous voyonsiiqu’il n’est plus ques- tion que le monde est venu au monde ce trente-et-un et à décembre à minuit. Avec une libéralité, avec une lar- a geur d’esprit dont il faut d’autant plus lui savoir gré, à. avec une véritabl&largesse, dont nous devons d’autant; À plus la louer qu’elle est sans doute à demi inconsciente, Rae la bonne République de ce peuple moderne, sans ran- cune aucune, emprunte de toutes mains à ces mondes passés, qui tout à l’heure n’existaient point. É Nous recevons très parfaitement bien les peuples et 4 les rois. D’ailleurs nous en avons à présent J’habitude. Et nous la prenons tous les jours davantage. Mais de 4 quoi sont faites ces très parfaites cérémonies? Quel en est le décor? On peut dire, cette fois, que le décor en 4 était tout fait et que le monde moderne était heureux 4 que les mondes ses pères fussent venus au monde avant 4 ( C’est qu’il faut voir dans les comptes ce qui est de Jactif, ce qui est du passif, ce qui est de l’arriéré, ce ‘ai quiest du zéro, ce qui est du pour et du contre, du plus \TH

1 du remontant, du sens et du contre-sens. Bien faire 3444 attention que les mêmes mots recouvrent, peuvent re- de 4 couvrir des réalités différentes, même contraires, que 2 réciproquement des noms, des mots différents, même 4, contraires, recouvrent, peuvent recouvrir les mêmes : 4 réalités. Toujours ces doublons et ces doublets. Cette société, ce monde, ce même monde, que l’on flétrit du 4 nom de bourgeois et de capitaliste, et la même, exac14 tement, identiquement le même, que l’on célèbre du nom et sous le nom de moderne. Ainsi, encore, ce gou- “. vernement, ce système de gouvernement, que lon dé- 44 fend, que l’on célèbre, que l’on prône sous le nom de constitutionnel, de République, et de républicain, que js. l’on démolit au besoin, le même, sous le nom de parle- à Il est heureux pour le monde moderne, qui d’ailleurs à s’en sert très libéralement, avec une aisance non 4 affectée, il est heureux pour lui, et pour nous qui le 570 regardons s’en servir, que d’autres mondes ses pères 48 soient venus au monde avant lui, et que ces foutues 2 bêtes de mondes, qui d’ailleurs n’existaient point, 140 n’existent point et n’ont jamais existé, qui n’existeront jamais, au moins on en est sûr, puisque c’est du; passé, lui aient fait et laissé Notre-Dame et la Sainte-Chapelle, lui aient fait les admirables Invalides et l’Arc de Triomphe, lui aient fait, mon Dieu, ce Pan- ): théon même, et ce monument unique au monde: Paris.; “4 Le très parfait, très horizontal et très vertical, très 4 parfaitement, le très romain et très autre; très impérial et très classique Arc de Triomphe,

Très imposant, très majestueux, mais d’une assurance à ! sans orgueil, tant elle est parfaitement assurée. D’une ee) À grandeur telle, d’une grandeur où l’orgueil serait sot.!. ï Très militaire et très impérial, très voûte romaine 4 aussi; et pourtant si familier, si passant, que vous à. voyez des gens, derrière les bornes et les chaînes, des gens qui osent passer dessous. Pour traverser la

Et puis il y sur votre côté, sur votre droite, cette Marseillaise de Rude, cette Marseillaise de pierre, qui

le officiellement est un Chant du Départ, ou un Départ des Volontaires, ou un Chant du Départ des Volon- je Qu’on lui ait fait Paris, monument de monuments, monument des monuments, monument capital de tant

  • de monuments élémentaires, ville monument, capitale 1 1] monument, ce peuple de maisons, de rues et de monu- ments, ce peuple de pignons et de toits, qui tous encore

4 ne sont point modernes, et ainsi ne sont point tous 1108 laids, la ville aux trois collines, équidistantes, équilaté- rales, équitables, et à ce cercle de collines, à ce cirque, plus ou moins extérieures aujourd’hui, circonféren- è tielles, qui toutes seront graduellement mangées, et ainsi deviendront intérieures, savamment, sagement,

4 disposées, semées, ce réseau de rues et de voies, de À

É veines et d’artères, cette aorte centrale, la Seine, légè- À

rement, lentement, attentivement cintrée, non pas ni.

4 courbée, cintrée (la crosse), ce peuple aussi d’un peuple,

‘ii peuple de maisons d’un peuple d’hommes, ce peuple ‘ie

+4 aussi de peuples, peuple de maisons de tant de pts

:450 Charles Péguy bee. MES peuples d’hommes, ce peuple enfin de la ce peuple de mémoires, ce peuple de souvenirs, où toute

l’universalité de la coupe horizontale du temps présent

se multiplie infiniment par toute l’universalité du coup : de sonde, de l’approfondissement vertical, par toute 4 l’universalité de la coupe verticale et de l’élévation, du fil vertical, par toute l’universalité du passé vertical, ; verticalement le plus riche, d’un passé vertical infini 14 pour chacun des points de cet univers infini horizontal RL: du temps présent, la ville où pas un pavé qui ne sonne 14 un souvenir du passé, qui n’appelle, qui n’évoque, qui 4 boue même du ruisseau est une boue de lhistoire, où il;

n’est pas un pavé qui ne sonne sous le talon la réso- 4 nance, l’évocation, le retentissement d’un passé infini, : ville où le moindre pavé de bois recouvre, arrête, °2 bouche comme un bouchon la ligne verticale montante et remontante perpétuellement au jour, vivante, invin- s. ciblement, rebelle à mourir, et à disparaître, et à être À effacée, sous les pieds, reparaissant toujours, comme la tache de sang (et c’est souvent une tache de sang) du

14 souvenir d’un événement du passé qui a toujours été capital dans l’histoire du monde, capitale temporelle

du monde, capitale intellectuelle, hélas (faut-il âire

(4 hélas?)set capitale spirituelle, encore, toujours, quand

même capitale spirituelle; la ville qui a le plus souffert 4 pour le salut temporel de l’humanité, la ville du monde qui a le plus travaillé au salut, pour le salut temporel Fm, du monde, la ville aussi, la ville encore, la ville 4 toujours, la ville quand même qui a le plus souffert, qui plus travaillé, qui a le plus prié pour un salut qui “4 dépasse infiniment le salut temporel; cette première

|. ville du monde; capitale du royaume; ville unique du 2114 monde; la plus intellectuelle, hélas, pour les intellec- ni tuels; et au contraire la plus voluptueuse pour les voluptueux, la plus charnelle pour les charnels; et aussi

pour les mystiques la plus mystique; en ce moment: même, dans ce temps, présent, dans les malheurs et les risères de ce temps celle qui encore, celle qui toujours, par ; quand même celle qui souffre, qui travaille, qui‘priele 1 plus et le mieux pour ce salut qui passe infiniment le salut temporel de l’humanité; ville la plus temporelle pour le témps et pour les temporels, en même temps, à ensemble la plus éternelle pour les éternels et pour 1 léternité; ville unique du monde; ville moderne, ville antique; la première des villes modernes du monde, 4 comme moderne, la première des villes antiques du monde, comme antique; après Jérusalem et Rome; . et encore il y a dans Lutèce, et même dans Paris 4 même, on ne sait quoi d’antiquité, on ne sait quelle antiquité qui remonte aussi loin que personne, une “4

4 antiquité que laquelle on n’en voit aucune, on n’en voit

point qui soit plus authentique, plus ancienne, plus

È antique; une antiquité pleine, et ainsi éloignée, loin- Es: -

taine, remontante, loin, parce que le temps, et même

1 pour ainsi dire la date, se mesure tout de même un peu 3 de

; À à la durée; c’est-à-dire, en un certain sens, au nombre, “4

à l’importance, à la plénitude, à l’abondance, au plein À. … des événements qui se sont effectués entre cette dateæt 14% la date présente, entre ce temps du passé et le temps . présent, au plein des événements qui sont (ad)venus, Le. au plein du travail fait, au plein de la vie vécue, au A plein de l’histoire faite, au plein de toute l’histoire, de Le l’histoire intercalaire.. monde moderne. — 5. ne

( Au plein des événements intercalaires, du travail intercalaire, du fait intercalaire; de la vie intercalaire, “4 de l’histoire intercalaire, du monde intercalaire. Ville du monde la plus royale, encore à présent la; 12 plus royale pour les rois (s’il y avait des rois) par les anciens rois; la plus impériale, à cause de l’Empereur À n’y a plus d’empereur); du monde ville la plus répu- 4 blicaine, s’il y avait quelque République. . Ville du monde pour des républicains la plus républi- 4 caine, pour des monarchistes la plus monarchique et monarchiste; particulièrement pour les légitimistes la -

&. plus légitimiste et la plus légitime (il n’y a qu’une chose A qu’elle ne soit pas, qu’une opinion qu’elle n’ait pas:; É.; Paris n’est pas, n’a peut-être jamais été beaucoup, en tout cas n’est assurément plus du tout orléaniste: C’est.

même la seule opinion qu’il n’ait pas, ou qu’ilaît, comme

on voudra (de ne pas l’avoir, de ne pas avoir cette. opinion, l’orléaniste, l’orléanisme, de ne pas être cela,; orléaniste.) Mais c’est un propos très délibéré, une

opinion bien arrêtée. La ville aînée du monde, Faînée

des villes du monde ne pouvait pas s’arrêter à cette

LA opinion, à cette situation. La ville aînée ne pouvait pas être, pouvait pas se faire une ville branche cadette.)

À Pour des républicains ville du monde la plus républi- 4 caine, S’il y en avait. Et pour des réactionnaires ville 1 aussi la plus réactionnaire du à Pour les conser-

vateurs ville la plus conservatoire, la plus et la mieux conservée, Pour des révolutionnaires non pas seulement,

À non plus seulement ville la plus révolutionnaire, mais; la seule ville révolutionnaire du monde. La plus récente, la plus moderne; la plus nouvelle de

toutes les villes modernes; ville historique, ville antique

À la plus ancienne, la plus historique, la plus authentique, la plus traditionnelle des villes antiques, la plus antique

dés villes conservées. Ville où les égouts mêmes, on a

  • beau les refaire et les moderniser, ville où les égouts mêmes sont des monuments historiques, ont un tracé, pu. suivent des tracés historiques, soulignent des tracés Ni historiques, fouillent des terres où il n’y a pas une motte, «

toute noire bleue violette et pénétrée aujourd’hui des ne: infiltrations du gaz d’éclairage issues, glissées des con- “1 à duites noires, filtrées des joints de plomb, terres mor- ne:

À telles aujourd’hui pour nos marronnierstet pour nos

nouveaux platanes, terres mortelles pour les racines, 4 qui ne soit de l’humus et du terreau historique.

Ville pour ainsi dire la plus extérieure du plus de vie Ville du plus grand peuplement, du plus de surpopu-?

. lation. Ville aussi du plus de solitude, de la plus grande, À de la plus auguste, de la plus royale solitude. Ville du plus de fréquence et de fréquentation, du plus de bavar- dage (cette impiété), (perpétuelle), du plus de relations, du plus de salon, de monde, de mondain, de mondanité. De

Ville la plus sérieuse, ville la plus frivole. Toute pleine à ï de sa frivolité, de ses frivolités innumérables, inépui- Me.

A faites avec plus d’ardeur que l’on ne ferait, avec plus de zèle, avec plus de soin, avec plus de sérieux, avec plus si de frivolité aussi que nul ne ferait du travail. Ville du ‘1% h__ plus de papoterie, de conciergerie, de calomnie, de médisance, de petitesse, de grandeur. Ville du plus de papotage, de temps perdu, de temps gagné. De temps ni. employé. De temps occupé. Sérieusement. Temporelle- LE ment. Et même éternellement. Ville du plus de journa-

ne Charles Peur NAN 3 lisme, de cabotinage, de littérature, de théâtre (presque de toujours infâmes). Et ville aussi, ville dans le même : À temps de la plus grande solitude, d’un entier, d’un total isolement. Ville de la retraite. Ville du travail. Villede 10 la rue et en même temps presque trop ville de biblio- de: thèques. Et de musées. Ville de la dispersion et presque trop ville de la concentration. Intérieure. Ville du corps et ville de l’esprit. Ville des jambes et ville du cerveau. Ville du commerce, d’exercer la marchandise, et poële “2 perpétuel, poële sur place, poële à domicile, petite (ou À ;‘08 grande) Hollande pour les philosophes. Ville quand on 9 veut de la plus grande solitude. De la plus sincère, de ( 14 la plus authentique, de la plus fructueuse. Ville du plus de faux et du plus de vrai, du plus de snob et du plus 534 de sincère, du plus de cabotinage et du plus d’art, de 1 philosophie, de sciences, de lettres. Sincères. Vraies. À 1712 Ville du plus de culture.. Ville odieuse du plus de pépiaillerie, et ville respec- table, ville respectueuse, ville quand on veut du plus; ; total silence, du plus infini, du plus éternel, du plus Du plus grand des biens: le silence. Du silence qui ( ; est presque aussi cher que la conversation d’un ami, plus éternel, presque aussi cher que l’interruption que lui fait une voix amie; la plus grande peut-être des pré- ni figurations terrestres. à Une ville où en août et en septembre, quand vous. 4 êtes seul à Paris, vous avez un Luxembourg, un jardin, A devant la porte de votre gare, les plus belles fleurs du monde dans le plus beau jardin du monde (il n’est jamais si beau que dans cette période; commence peut-être dans les deux dernières quinzaines de juillet,

dans la dernière, au quatorze juillet), en cette saison, le plus parfaitement dessiné, et qui sait se taire. . La ville donc du jeu, du papotage et du divertissement. 1 le:

Ville du plus d’élévation, du plus de contemplation, du plus de méditation. Ville de la plus grande prière. Ville où se fabrique, ville où se fomente et se cuit, comme on cuit le pain, ville où germe et se travaille le plus de cette matière de l’élévation dans cette forme de 1504 Ville où se vend le plus de vice, où se donne le plus ai de prière. as Où vous avez ce Luxembourg ami pour ainsi dire à vous tout seul. Et vous êtes encore un très grand nombre qui l’avez ainsi à vous tout seuls. Et en septembre le soleil a un goût si fin, si ambré, si reposoir, d’une Ne lumière si rare, après la légère, après la transparente De buée de septembre du matin, si reposée, avant la ren- trée, avant les travaux, avant les grands troubles du; dernier automne, du deuxième automne, d’une clarté si pure et si arrêtée, d’une admirable tiédeur d’adieu, calme, d’une odeur de fruit, d’une senteur de rose d’au tomne (une rose d’automne est plus qu’une autreexquise) _. et non pas encore de grande feuille sèche, passage de l’extérieur à l’intérieur, du plein air et du plein soleil ; aux intimités du foyer, approchement des veillées .; d’hiver, sentiment poignant doubleface, attente et crainte, espoir, calme, avec, peut-être, un soupçon de Couleur singulièrement calme du soleil de septembre. Ne Les fièvres sont passées, définitivement pour un an, les ardeurs, les insolations. Les autres fièvres,:

+4 les viles fièvres d’hommes, ne sont point encore com- Ville du silence où ce silence total, ce silence univer- sel, on peut presque se le faire presque toute l’année, avec ni un peu de bonne volonté, avec un peu plus: avec un peu À Ér- de volonté, même en voyant beaucoup de monde, en 2 continuant à voir autant de monde, parce qu’il y a des “#4 jardins, des Luxembourgs intérieurs. Ouverts, fermés 4 toute l’année. À Hi: Dans les grandes chaleurs de l’été, dans les grands ne froids de l’hiver on avait oublié ce goût du soleil de septembre. On ne se rappelait plus ce goût. Mais ‘ei en septembre on est bien content de le retrouver.; Ville de la perdition. Ville du salut. Ville au long de ce fleuve de ces admirables quais, À bilatéraux, longitudinaires, profilés; insulaires, dans ee. les deux (ou trois îles); ces quais des boîtes de livres; N. et sur ce fleuve de tous ces ponts de tous les âges, et, 38 suivant leur âge, de tous les styles et de toutes les fac- er. tures, tous pour ainsi dire également beaux, tous À presque également parisiens, excepté toutefois ce pont Alexandre III, encore très beau, mais, comme pont 1 métallique, beaucoup moins beau que le pont Mirabeau, 4 la rime l’indique, la rime le demande, la rime le veut; et pourrait même se chanter; d’une ligne beaucoup “1 moins pure; beaucoup plus juillet et août par consé- “4 quent; les lourdeurs de l’été; et donc infiniment moins 4 septembral; infiniment moins ambré, moins fin, moins 118 d’une rive à l’autre, beaucoup moins lancé, beaucoup moins posé, comme avec la main; beaucoup moins fin,: 4 beaucoup moins trait; d’une indication beaucoup moins

prompte, d’un lancé beaucoup moins sûr et moins ï ferme, d’un jeté beaucoup moins fin, d’un dessin (faut-il

dire d’un dessein, et ce n’est pas un calembour, c’est le même mot), l’autre d’un dessin beaucoup plus délibéré, à d’une intention beaucoup plus jetée, d’une délibération beaucoup plus arrêtée, beaucoup plus simple, beaucoup plus une, beaucoup plus pure, d’une intention, d’un arrêt, d’un trait infiniment plus net; un pont infiniment plus ligne; la ligne seule; la ligne maîtresse; toutes les:sû beautés, toute la beauté de l’arc, métallique, toute la voussure de l’arche, et ensemble, intimement pénétrées, par*un miracle de géométrie, toute la beauté de la droite; une courbe, par ce miracle, presque droite (je ne dis le pont Mirabeau, je parle toujours du pont Mira- beau); à peine appuyée; sans aucune lourdeur; sans un soupçon; de lourdeur; indiquée seulement; presque à la pue pointe sèche; mettons dessinée au Faber; et la clef du pont Mirabeau (je n’ose pas dire la clef de voûte, tant c’est léger): un rien; au lieu que ce pont Alexandre III est resté un peu ce qu’il était venu au monde (c’est naturel) (et nous n’avons pas à lui en vouloir) (et c’est nous alors qui serions des sots), un peu alliance russe, ne présqueé un peu franco-russe, un peu lourd, un peu je somptueux, un peu tapis, et même tapis lourd, et À crépine, et tenture, un peu international, alliances ne à et ententes, un peu lampadaire, un peu cérémonie, un peu pompes, même funèbres, un peu corbillard, avec touffeteaux d’ornements en zinc ou en bronze qui +44

veulent se faire passer pour de la plume ou de l’or mo- von

numentale, un peu ornemental, un peu surchargé, un peu ornement luimême, un peu ornementaire, un peu 4 réception de rois et d’empereurs, par conséquent

500 un peu trop pont de défense et d’alliance républicaines, ‘ou à qui pourtant il faut rendre cette justice que d’en

48 bas, d’en dessous, il fait une belle voussure pour laisser

‘passer le beau fleuve, un bel arc pour enjamber tant de 4 beaux bateaux, une belle courbe, lourde et un peu sourde, mais belle, majestueuse, où passe le beau

44 fleuve et dessus le fleuve où passent tant de beaux

73 bateaux, chalands de toute sorte et de toutes charges,

vaillants et si guêpes, comme quelques-uns se

5 nomment, même les bateaux voyageurs, les bateaux 18 omnibus, qui ont leur genre, un genre un peu omnibus, 14 le nom l’indique, mais enfin; même, en un autre sens,

et surtout ces deux ou plusieurs beaux grands bateaux À anglais qui viennent ensemble ou à tour de rôle: …

3 s’amarrer au quai du Louvre, bateaux de charge qui

F. 1 d’un trait, d’une traite, tout pleins, sans alléger, sans : relâcher, vont, naviguent jusqu’aux quais de Londres; {oh et pleins reviennent; et cette justice aussi, et surtout à 1 cette justice que d’en haut, d’en dessus, par.

celui qui passe ou passer dessus il fait une fort belle,

‘fort large, fort somptueuse, fort majestueuse avenue, je 14 très digne assurément des deux palais modernes d’où

: elle vient; d’où elle amène, d’où elle apporte, assuré- 4 ment non tout à fait indigne du très admirable et très Et: parfait monument classique où elle mène, où elle con- duit, où elle-même elle se rend; dont elle ouvre l’espla-

nade; c’est un bon point pour l’avenue de ce pont qu’elle ne soit aucunement indigne de ces deux palais dernes d’où elle vient, le grand et le petit, dont je sais 4 très bien qu’il faut dire, sous peine de passer à Paris

22 pour un imbécile, que l’un est une pure petite merveille,

4 et l’autre une horreur (malheureusement je ne sais pas lequel que c’est qui est une petite pure merveille, et l’autre une horreur) (parce que ces deux palais, mo- 2° dernes, dont on parle quelquefois, je ne les ai jamais È Ne

vus; non point que je ne passe par aussi souvent

qu’à mon tour, et plus souvent qu’à mon tour de bête; sur limpériale de Passy-Hôtel-de-Ville et tous autres, et Ne:

au moins aussi souvent à pied; mais je ne sais comment

cela se fait, quand je passe sur ce quai fatal, où que à De: j’aille, d’où que je vienne, comment que je passe, j’ai toujours la face tournée du côté des Invalides; je ne ne fs, peux jamais être tourné autrement: on dans les

familles, de ces infirmités; et alors mes yeux, les sots, Le.

qui regardent toujours devant eux, regardent toujours - Me.

les Invalides; et moi je suis derrière; alors je ne peux

pas voir ces beaux monuments modernes; quand on [118 voudra que je voie des beaux monuments modernes, je crois bien qu’il faudra qu’on ne me les mette pas à “10 portée des Invalides;) c’est pour cette avenue, pour lavenue de ce pont, un plus grand bon point, un à ; meilleur bon point, si je puis dire, je veux dire un plus ‘il bon point, ceci: que cette avenue, que l’avenue de ce Si pont soit telle que lorsqu’on marche dessus, allant vers le monument admirable, ne la regardant pas, ne regar-:

  • dant que le bâtiment admirable et l’admirable dôme, cette admirable vue n’en’soit point déparée et que cette ‘se avenue enfin ne porte aucune atteinte, ne fasse aucune ._ injure à la semelle de nos souliers; qu’elle ne fasse, même ainsi indirectement, aucune atteinte à la ligne du monument, qu’elle ne porte aucune injure à cette hori- #4 zontale impeccable, à ce dôme, sous les flamboyantes ardeurs de l’été, dans le fin, dans le ténu brouillard À

a d’automne, à cause de la Seine, qui est si près, dans le À te transparent brouillard du premier automne, sous les “LR neiges de l’hiver; et je vous défends bien de regarder À 44 les Invalides sous la neige sans qu’aussitôt cette neige soit la neige impériale de la retraite de Russie, car il 11 n’y a jamais qu’une neige qui soit tombée sur le dôme

  • des Invalides, et c’est la neige de l’Empereur, la neige jamais qu’une neige qui soit tombée dans cette retraite impériale de Russie, il n’y a jamais qu’une neige impériale, une neige de l’Empereur, et par un sin- 2: gulier rapprochement, par un profond accord intérieur, 100 c’est la neige de Hugo, la neige qui jamais plus ne 1 cessera de tomber dans les Chätiments, dans l’Expia- -XFSS tion: Il neigeait, il neigeait toujours! Les Châtiments, ù à le plus grand monument, avec l’Are de Triomphe, que; l’on ait élevé à la gloire de l’Empire. neigeait. On “4 était vaincu par sa conquête. Sous cette réserve, sous la; réserve de ce pont un peu festonné, tant de beaux ponts je de tous les âges, qui passent, qui enjambent, qui Eii sautent le beau fleuveschacun selon ses moyens, de leur ne: pas, de leur pied, selon le plus ou le moins, selon les infirmités de leur âge, les uns alertes, d’un seul trait, 1 les autres, infiniment plus vénérables, déjà comme un peu béquillards; un de ces vieux se nomme naturelle- 73 ment le Pont-Neuf; et c’est ju$tement le vôtre, Halévy; 1 tous beaux, selon la beauté de leur âge; tous done, tous (TA ainsi merveilleusement accordés, d’un seul accord . accordés entre eux directement; et tous ensemble avec le fleuve; réprésentant, symbolisant, ‘ramassant Me. ainsi, dans ce raccourci linéaire, toute la beauté de À

cette ville où tant de beautés de tant d’âges se marient à directement entre elles, s’accordent, s’entendent mutuel- À lement et directement entre elles, toutes ensemble s’ac- cordent, s’entendent avec la beauté de la ville, avec la à beauté totale, avec la beauté du terrain; et d’ailleurs, et aussi, de tout autre part, de tout autre ailleurs, du haut de ces trois collines équivalentes, excellemment du haut du mont Martre, des hauteurs de la rue Lepic, ! océan de toits; immenses vagues immobiles des toits de tant de maisons; apparemment mobiles; vagues mobiles qui recouvrent, qui revêtent, qui traduisent, qui ne font 4 que traduire les membrures, la serrée, la forte mem- . brure du terrain subordonné, d’un terrain tout inécrou- lable, perforé pourtant depuis la plus haute antiquité, percé, perforé partout et sans cesse, aujourd’hui encore #4 (Métropolitain et Nord-Sud, eau, gaz, à tous les étages, électricité, tout) (air comprimé) littéralement térébré. PA. Pour nous Français ville de France la plus française, la plus profondément, la plus essentiellement, la plus: authentiquement; la plus traditionnellement française; 11% une province à elle toute seulé, une vieille province française; et non point seulement capitale du royaume; mais capitale d’elle-même, d’elle-même province, et, autour, Capitale aussi de cette autre, de cette voisine à admirable province que fut l’ancienne Ile de France. … De cette admirable province que fait encore l’Ile de France actuelle, une si bonne héritière, qui a tant: . hérité, de l’ancienne. à Et pour tout le monde la ville du monde la plus

  • insupportablement cosmopolite; une orgie des nations 4 un carrefour le plus banal du monde; un caravansérail hi!

des peuples; la plus antique des Babels modernes; la k. 1 confusion des langues; la plus moderne des Babels? De: antiques; un boulevard où on parle tout excepté fran- +4 çais. Surtout quand on se met à y parler parisien. Ville du monde la plus internationale, et la seule 1 véritablement internationaliste, passage et séjour des peuples de la terre, de tous les peuples; et ville natio-. nale, même étroitement, et nationaliste. À Une province à soi toute seule, une nation, un peuple 7 soi toute seule; un royaume, un monde à soi toute: ; es seule. Et non pas seulement capitale du royaume. Mais He. capitale du monde. Non point précisément, non point tout à fait, non 4 point encore capitale du royaume du monde, parce que 3 le monde ne forme point encore un royaume; mais proDe visoirement, en attendant plus, en attendant mieux, capitale des royaumes du monde. À É D. Ville du plus d’ordre et du plus de désordre; du plus grand ordre, du seul qui soit véritablement, réel; appaG 1 remment du plus grand désordre; réellement du plus grand désordre, du seul fécond. Ville de l’inquiétudé, d’une inquiétude incurable, et 4 des vicissitudes, des perpétuelles tribulations, des essen4 tielles, de la tribulation essentielle. ‘#4 Ville la plus païenne. La plus chrétienne. Certaine- ment la plus catholique. s. Ville apparemment la plus suiveuse, où toutes les 3% folies, où toutes les facéties, où toutes les sottises, où “4 toutes les insanités, où toutes les bêtises, où toutes les imbécillités du monde, où tous les orgueils, où toutes 4 les futilités, où toutes les vanités de la terre trouvent À immédiatement et automatiquement un asile. Plus

qu’un asile, un temple. Une faveur, un crédit, un éclat incomparable. Unique. Ville de l’engouement. Et du plus sot. Et du plus inlassable. Imbécile pourtant le bénéfi- ‘+100 ciaire qui s’y fierait. Aussi immédiatement ensuite, aussi ki:

automatiquement ville qui se débarrasse de la boue, de la gourme, de l’écume de tout engouement. “5 Ville la plus immobile. Et qui suit le moins. Qui ne Dr: suit jamais. 1 à Ville qui reçoit de toutes mains, qui tous les matins; dE. vous fait du (nouveau) snobisme, tous les jours du nou- veau, de l’italianisme, de l’espagnolanialisme, de l’amé- ricanisme, de l’orientalisme, de l’occidentalisme, de langlaisianisme, du septentrinalisme, hier du gor- De. kisme, aujourd’hui quoi? du confucianianisme, ou du AL: 4 confusionisme (Jaurès), tous ces bons garçons doivent es: croire que c’est la même chose, du méridionalisme, et de tous les points collatéraux ianismes que vous vou- À drez, de l’océanienianisme, du germanisme, du 5 %o- nisme, du sinisme, du suissisme, du belgisme, du TA hollandianisme, du prussisme, du puffisme, du bluf- fisme, du maritimisme, du montagnisme, du parisia- nisme, du malaisianisme, du scandinavisme, du danoi- FE. sianisme, du suédoisianisme, du norvégienianisme, du De slavisme, du petit et grand russisme, du polonaisia- nisme (sans compter tous les provincialismes français Fun après l’autre); de tous les autres et qui le lendemain, il se

matin, tous les lendemains, sans aucune faute, se ressai-

sit, qui se débarrasse, qui se débarbouille, qui se lave

et se débarbouille la face, afin de: recommencer. De

. sorte qu’on n’a jamais dans l’histoire du monde une Lis

. ligne droite faite d’autant de courbes, d’autant de brisures

« d’autant de brisés, une création, une créature aussi

continue faite d’autant de discontinu, un droït chemin 14 fait d’autant de chemins de traverse, une vertu faite ‘SE d’autant de fautes, une ligne droite poursuivie aussi infailliblement; aussi sévèrement, aussi sérieusement, aussi strictement assurée par autant d’incertitudes 4 4 apparentes et réelles, par autant de fausses et de vraies

Du modernanianisme, rendez-vous de toutes les héré

Et des systèmes ainsi, qui sont très réellement autant

:. de provincialismes, qui sont des nationalismes et des

La pius belle continuité du monde. Et par le plus. 14 d’incohérences, apparentes ou réelles, par le plus de 18 discontinuités, apparentes ou réelles. De Pour les fous, ville la plus folle, ville du plus de folie;

54 poux les sages, ville la plus sage, ville du plus de la plus grande sagesse. La seule ville sage. De la seule; sagesse. La plus grande sagesse antique du monde, 4 depuis la ruine du monde antique, depuis la mort Ne. d’Athènes (et de Rome). Et le plus de foi chrétienne. La 14 foi chrétienne la plus fidèle.

Capitale de la luxure. Capitale de la prière. Capitale de la foi. Capitale de la charité. Capitale de tout. Capitale aussi de la gloire (temporelle). Mais qu’est-ce 4 que la gloire, après tout cela.

E*. Capitale de la luxure (on le dit). Capitale du vice (on ne le prétend). Capitale de la vertu. Capitale, apparemment . capitale du péché. Ville de tant de grandeurs, de toute NL. grandeur. Ville de tant de bassesses, de toute misère. ne Ville de toute charité, dans tous les sens de ce mot,

3 excellemment, éminemment, infiniment dans ce sens

à technique qui l’emporte infiniment sur les autres. Ville y d’orgueil et d’humilité, de modestie toujours. Capitale sommation de la pensée. Ville du monde les arrivistes temporels arrivent Je plus, le plus vite, le plus infailliblement, le plus auto- matiquement. Et tous les snobs temporels. Ville aussi qui use le plus infailliblement, le plus accélérément les arrivistes temporels, et comme automatiquement, et à À qui presque tout de suite leur casse les reins, afin que . lon n’en parle plus. . Ville d’où rayonne, hélas, le ‘plus d’intelligence dans

  • le monde. Phare et Ville-Lumière comme disent pre- ne mièrement les imbéciles, deuxièmement les cérémonies officielles, troisièmement les romantiques, quatrième- 11048 ment Hugo tout seul. Cerveau où s’élabore le plus de Nr. pensée. Cœur d’où monte, dans toute cette buée que vous voyez de Montmartre, dans ce brouillard, dans ‘es toute cette buée de mer, dans cette buée industrielle, . poussières de charbons, poussières de pavés de bois, poussières de pavés de pierre, poussières de résidus, de saletés de toute sorte, poussières de vapeur, vapeurs 4 d’eau, vapeurs aujourd’hui d’essence et de pétrole et de a tant d’huiles lourdes, vapeurs aussi de tant de respira- (1 tions malsaines, cœur d’où monte, à travers toute cette buée temporelle, le plus de spécifiquement, le plus de que De même que (généralement, universellement parlant), il est bien heureux pour le monde moderne que ces mêmes mondes foutues bêtes et sans aucune espèce

4 d’existence aient inventé, lui aient inventé, sans même En lui demander son avis, les insolents, aient fait cerme. tain nombre d’introductions, naturellement stupides, 44 aient introduit un certain nombre d’inventions, toutes 14 naturellement plus bêtes les unes que les autres, comme 20 d’avoir inventé la Bible et les Prophètes, la croix et la ne: bannière, la brouette, la cité, la roue, les omnibus, la justice, les tombereaux, la vérité, le gouvernail, la 14 rame, les bateaux, le salut, et la philosophie platoni- ‘es cienne, et le levier, et Jésus et les Évangiles, et la plus capitale sans doute des inventions temporelles: la “4 hélicoïdale et toujours labourante charrue. ne: Inventions temporelles, inventions spirituelles qui toutes à leur début ne furent point automobiles. ;: Et non seulement ‘Paris, mais autour même de Paris, 4 entour les environs, qu’on lui ait fait Versailles et ie: même Saint-Germain, Je donnerais Versailles, Paris et Saint-Denis; : On les lui a donnés, Versailles, et Paris, et Saint- Denis; on lui en a donné bien d’autres; qu’on. lui ait (3 fait et qu’on lui ait donné les tours de Notre-Dame, et le clocher de mon pays; qu’on lui ait fait et qu’on lui ait donné Versailles, et Fontainebleau, et même Ram- {‘4 bouillet, demeures; ou comme on dit, résidences royales; qu’on lui ait fait et qu’on lui ait donné le clocher de 4 mon pays, c’est-à-dire, car je le connais, le clocher de 4 mon pays, qu’on lui ait fait et donné tant d’admi- rables cathédrales françaises, les deux jambages midables, les deux jambes énormes, si normales, si

carrées, si puissantes, si classiques, les deux poussées,.

les deux montées, les deux ascensions, les deux troncs,

les deux tiges végétales des deux tours de Notre-Dame, la galerie des rois, la galerie des vides, ou galerie des anges, la nef d’Amiens, la flèche de Chartres, mais He.

pourquoi détailler, pourquoi démembrer, qu’on lui aït Re: fait et qu’on lui ait donné tant d’admirables cathédrales françaises tout entières, Notre-Dame toute entière, Amiens tout entière, Chartres tout entière, toutes les autres tout entières, et combien, les autres, tant d’ad-

mirables, tant d’infinies forêts extérieures, tant d’admi- rables, tant d’infinis vaisseaux intérieurs; tant de 1 simples admirables églises paroissiales, tant d’admi- ne: rables châteaux de la Renaissance française et autres he: temps, tant d’admirables villages et villes, tant de ces À admirables petites villes françaises, et de ces gros É À bourgs, monuments uniques, mon cher Porché, une infinité de monuments uniques de la vie d’autrefois, frais comme la pierre, brûlants commeé le soleil, fidèles comme la tombe, silencieux comme une éternité, où De: lon sait ce que c’est qu’un été et un hiver, un printemps ‘quatré saisons, où l’on sait aussi ce que c’est que le jour et la nuit, bourgs et villes des églises et des mai- #2 . sons de ville, tant de bourgs et presque autant tant … villes que tant de municipalités modernes, inlassable- “4 mentconjurées, n’ont point réussi à détériorer, ni à ruiner sensiblement, ces bourgs serrés, mais non point étouf-

  • fés, ces cercles et ces parfaites ovales des remparts, ces

fossés linéaires, ces mails, circonférentiels, et ces mar-

1 trois, centraux, ces promenades circulaires et les ormes

de ces mails, et non point seulement les villages circu- à

97 monde moderne.

à de laires, les villages ronds, qui sur nos cartes aujourd’hui ? se: font une tache, mon cher Blanchard, sur nos cartes 55 d’État-Major, au quatre-vingt millième, un rond,unetache 2 parfaitement délimitée, non pas seulement les bourgs 3 tassés; mais les autres villages, les villages carrés ou À.diagonaux des carrefours, les villages des croix, la Croix de Berny, le Christ de Saclay, villages de croise4 ments et d’auberges aux quatre ou huit ou dix coins pe. des routes, quelquefois un peu dispersés déjà; et les autres yillages encore, les simples villages de route et de chemin, les villages allongés, linéaires, filiformes, un peu dispersés, un peu éparpillés, un peu semés tout au long de la route, car ils ne sont pas moins que les cailloux blancs du Petit Poucet: ils servent à recon4 naître notre chemin quand nous retournons dans la de maison de notre père, tant de villages non pas humbles PE. mais modestes, allongés chaudement sur la terre materFe nelle, tant de beaux villages parfaitement dessinés, maïix 4 sons groupées en un beau troupeau de moutons sur les : 74 deux côtés de la route, dans le réseau des chemins et des sentiers, dans les lacs innombrables de la terre, murs 12 et recoupements doucement rectangulaires, toïsons des,

  • pied de leurs églises, — villages fidèles, devenus infi74 dèles, — comme les lévriers des honorables beaux. lages croiseurs; villages détendus. Et comme aban-. Es. donnés au long d’une route, comme couchés dans les

fossés de la route. Parce qu’il fait chaud, sur la route, Murs et toits quadrangulaires et parallélogrammes linéaires et parfaitement dessinés; parfaitement longs,

tudes infinies et assises des bâtiments; toits penchés 10 “3

obliques régulièrement; toits penchés obliquement, na- turellement de la même obliquité, de la même pente … qu’une très forte pluie moyenne oblique; angles à quarante-cinq degrés; courtes largeurs dans les ar- bres; brèves latitudes; murs des jardins, murs des maisons; murs des treilles murs des espaliers; toits 4 bleus et toits bruns; toits rouge vieilli; vigueur et sang à Te: on des toits bruns; sévérités des toits bleus; vigueurs des il En tuiles; duretés des ardoises; tous moites et tous égale- ment abriteux. je Profilement parfait du village français. Qu’on lui ait fait et qu’on lui ait gardé pour les lui

  • donner tous ces admirables et parfaits vallonnements de l’Ile de France, le très parfait Soissonnais; non pas … seulement tant de hautes et profondes forêts; mais le 2 pays aux lignes admirables, où des étangs et des marais ! savent être plus parfaitement beaux que des lacs, le pays aux plans parfaits, aux courbes et ondulations parfaites, ù Le rables, aux descentes presque sans montées, aux des-

centes qui sont des descensions, aux lignes de repos et 4 d’action, aux lignes de beauté, aux lignes parfaitement ne nobles, le pays de Racine et de La Fontaine. ES … Pays des vallonnements et des toisonnements et des

… moutonnements sans fin, tous également veloutés, tous a

également doux, toisons moutonneuses des lichens et, : ‘is des motisses vêtant les toits des maisons, toisonnements 7 des bois, des moissons, des foins vêtant le sol, toit de 2 4 Le Vermandois, la Thiérache, le Tardenois, Fère en : Le plus beau pays d’avant le jugement. “4 Que de tout cela on lui ait fait et gardé pour le lui commettre ce monument unique au monde: la France. Qu’on lui ait fait et gardé cette immense Beauce, Fe: grande comme la mer, immense et infinie comme la 4 mer, triste autant et aussi profonde comme la mer; cet “4 océan de blés; non pas un de ces parfaits vallonne- ments d’avant et d’après; mais un tableau d’un tout 11 autre ordre, d’un ordre infiniment plus grave; ou plutôt À un pays qui dépasse tout art, toute interprétation, tout à; dessin; mais un plateau parfait, sans un accroc, sans 4 un amusement, sans un seul pittoresque, säns une friHe. volité, sans un impair, sans une vanité; sans une fri- À mousse, sans une friperie, sans une fripure, sans donc 8 aucune fripouillerie; sans rien que ces quelques plis à très grands développements, à très petite pliure, sans À . cassures, qui sont les plis du vêtement même de la À terre et qui seulement trahissent que le géoïde est un he: être vivant; non plus ces beautés de quelque sorte angulaires et recreuses des secrets et des vallonne- à ments; non plus seulement ces beautés angulaires et 14 rectangulaires et quadrangulaires des toits penchés obliques parfaitement horizontaux; non plus ces beau- .: tés du premier livre de la géométrie, et du troisième; À

mais une beauté parfaitement horizontale, assez latitu- ni dinaire et toute longitudinaire; une beauté infiniment a superficielle et linéaire; une beauté de platitude parfaite, sans un défaut, sans une vilenie, sans un manque, sans une petitesse; le pays des véritables couchers de soleil; Je car le soleil couchant ne s’y couche point pour teloutel point, pour tels ou tels coins de la terre en particulier; il ne s’y couche point successivement et en plusieurs fois; en plusieurs voyages; il n’y fait point le roman- tique; il n’y accroche point plus ou moins désespérément des derniers rayons, des rayons extrêmes, des rayons suprêmes, plus ou moins successifs, plus ou moins défi- 1% nitifs, à quelques sommets; à quelques cimes, à quelques creux; non il n’y meurt pas en plusieurs fois; il n’y meurt pas en plusieurs voyages; il ne fait pas le grand nu. é voyage en plusieurs yoyages; il ne prend pas au guichet des allers et des retours; mais empruntant la grande ; manière classique, ou plutôt la créant sans doute, sans déclamations et sans préférences, dans une implacable et sereine égalité, sans un caprice d’adieu pour tel ou ; tel cein de la misérable terre, dans une égalité parfaite, ; sans. une fantaisie, dans toute son ampleur plane et À toute son amplitude, dans toute sa majesté couchée, 1] tous les soirs il se couche, tous les soirs il meurt d’un 1 seul coup pour le monde, en une seule fois pour tout le monde, sans un regret, perdu, pour un détail de la ù terre, sans une amitié particulière terrestre, sans égarer un rayon, sans un de ces rayons de brocanteur qui s’ac- crochent aux détails temporels comme quelqu’une de ces odieuses couronnes d’immortelles qui lugubrement à s’accrochent aux piquants en bronze véreux des grilles (4 des tombeaux des cimetières. ; IOI monde moderné.

110 ment triste. Sérieuse et tragique. Plaine sans un creux et sans un monticule. Sans un faux pas, sans un dévers, : À sans une entorse. Plaine de solitude immense dans toute Fe. son immense fécondité. Plaine où rien de la terre ne cache et ne masque la terre. Où pas un accident terrestre “el 7 ne dérobe, ne défigure la terre essentielle. Plaine où le Père Soleil voit la terre face à face, Plaine de nulle tri- 5 chérie. Sans maquillage aucun, sans apprêt, sans nulle 4 parade. Plaine où le soleil monte, plaine où le soleil plane, plaine où le soleil descend également pour tout : 14 - le monde, sans faire à nulle créature particulière l’hom- 10 mage, à toute la création l’injure de quelque immonde accroche-cœur, d’une affection, d’nne attention particu-; lière. Plaine de la totale et universelle présence de tout 118 le soleil, pour toute la terre. Puis de sa totale et univer- 5 selle absence. Plaine où le soleil naît et meurt égale- :N@ ment pour toute la création, sans une faveur, sans une bassesse, pour toute la création de la terre dans la même calme inaltérable splendeur., Le. Plaine du jugement, où le soleil monte comme ‘un a arrêt de justice. De, Plaine, océan de blé, blés vivants, vagues mouvantes; à peine quelques carrés de luzerne pour quelques rares A. vaches, à peine quelques fourrages pour les chevaux,; du sainfoin, parce qu’il faut tout de même bien des! *4 chevaux pour les fermes; et au milieu de la ligne plu- 50 sieurs grands triangles et grands carrés de betteraves; À une tache; une tare; mais C’est pour la grande sucrerie De: de Toury.

Plaine, océan de blé, blés mouvants, vagues vivantes, À et non plus comme l’était celle des anciens Hellènes, inla-! bourable et rebelle à la charrue; mais également invin- cible, et également inépuisable; terre essentielle du midi, roi des étés; ondulations inépuisables des épis; océan de vert, océan de jaune et de blond et de doré; froissements à lents et sûrs, froissements indéfiniment renaissants, et doucement bruissants, froissements moirés et vivants dés inépuisables vagues céréales; puis parfaits aligne- À ménts des beaux chaumiers; des grandes et parfaite- À . ment belles meules dorées; meules, maisons de blés, AIDE entièrement faites en blé, greniers sans toits, greniers Le sans murs, toits et murs de paille et de blé protégeant, défendant la paille et le blé: gerbes, épis, paille, blé, se “4 protégeant, se défendant, mieux que cela se constituant, se bâtissant eux-mêmes; immenses bâtiments de cé- sus réales, parfaites maisons de froment, bien pleines, bien pansues, sans obésité toutefois, bien cossues; et cette on forme sacramentelle, vieille comme le monde, une des [1 plus vieilles des formés, indiquée d’elle-même, inévi- . tableet d’autant plus belle, d’autant plus parfaite, étant plus parfaitement accommodée, la vieille ogive, aux . courbes parfaites de toutes parts, à l’angle courbe ter- LA minal parfait, terminaison douce lente et pointe ogi- vale; innocentes courbes et formes, dites-vous; inno- très habiles, d’une patiente et invincible habileté paysanne, invinciblement astucieuses contre la pluie oblique et le vent démolisseur, Lie Formes qui donnez le moins, — ou plus, — de Le . fouttières à la pluie, le moins d’angles au vent, le

le rebord ; ous aviez bien aison c’était vous expliquais ; sement jamais nous

passer d’explications (6 snidé qu’on nous parle toujou ion l’armée de la Moselle et-: Meuse, que tout de que rien Hi! n’est aussi bon qu’un les LUE longues marches, très poussées, très soutent surtout que l’on avait affaire a sec d’une route, bien dire d’une LA ON étions (en ce temps- demé en- nous étions, et que marchant HAE sur de la vraie terre ann 1 ne [Ie valait deux bons sabot de hêtre à se mettre dedans les pieds dedans RAR comme vous voudrez sien sèche que donc tous ces gars-l issi malheureux LE qu’on nous les fait; ime des bons ARR! gars, avec leurs sabots ent les pieds; ce il n’était pas en effet des tait des: bons sabots de bois: les embar: il 118) rassaient, quand leurs RUE LUE leurs sabots les gênaic aient plus: envie (des sabots ont mieux RARES ( que des souliers, tot s’en lasser, FORIL

Bâtiments de blé, insubmersibles aux tempêtes de É 1: terre, qui debout contre le vent, contre les larges vents me d’automne, contre les durs vents d’hiver, contre les 565 mous vents d’ouest, contre les secs vents d’est, contre 1 la neïge, contre la grêle, contre les interminables pluies, 14 contre ces pluies inépuisables d’automne et des hivers doux, contre ces éternités de pluies figurations d’éter- « Le nités, où tout l’air pleut, où le vent pleut, où le ciel » 4 pleut et vous pénètre l’âme, comme si ce fût ensemble 2 et indéfiniment et on ne sait plus si c’est la pluie qui Der. vente, le vent qui pleut, debout contre les quatre points

É cardinaux, et même, eux aussi, contre tous les points collatéraux que l’on voudra, par tous les temps sans 3 bouger de place naviguez indifféremment contre tous les à. temps, grands bâtiments de charge qui faites et tenez ne tête à toutes les tempêtes de terre, bâtiments qui “4 guez toujours, et toujours à la cape, bâtiments augros De ventre, au ventre plein, non obèse, bâtiments aux courbes

ny. nautiques, dessinées pour fendre les vagues du vent, les

  • vagues de la pluie, les vagues de l’infortune.

te Bâtiments de blé, navigateurs infatigables, qui dans 3 vos ventres de blé, dans vos flancs droits et courbes

_. défendez et sauvez le blé précieux. Alors, à cette saison, terre de chaumes, plancher dur

4 aux semelles, entre les meules rebelles à l’infortune; 34 sol universellement pointu, piquant aux pieds; et alors

ensuite, entre les deux moissons, entre la moisson qui

7] vient et la moisson qui s’en va, entre le blé qu’on 3 semer et le blé qu’on vient de ramasser, entre le blé

futur, dont on sait qu’il viendra, et le blé passé, que l’on.

tient dans ces meules, labourage profond des terres, Ai océan de labours, de terres profondes et grasses, moites et pleines, noires et rouges, noires et bleues, noires et blanches, océan de terres animales, graisseuses, fé- nie. Alors la terre sans plus, la terre sans rien, la peau labourée de la terre. ‘Ne De de platitude. Le seul horizon où le soleil règne, et ne s’amuse point à faire des calembredaines pour les peintres. Pays parfaitement classique, parfaitement probe, où : Pas un creux où nicherait, où se cacherait un effet. “8 Plaine, océan, plateau, univers de blés temporels; plateau plat comme la main, dites-vous; sans une re- ie. traite, sans un recreux, sans une discrétion: toujours la même astuce paysanne: plateau où vous cacheriez, Brie Halévy, vingt divisions; là, devant vous; comme dans à le creux de la main. Il faut avoir fait des grandes ma- nœuvres Beauce. 1900. Quelques plis, des ondulations si qui ne sont rien. Non elles ne sont rien dans l’immensité 1 PL: À de cet univers d’horizontal, un rien, des ondulations innocentes: où vous cacheriez la Grande Armée. Vous? verrez seulement si masque une division de cavalerie indépendante à trois brigades à trois régiments. A on ne sait plus combien d’escadrons.et de pelotons. Plaines sais beaucoup, Halévy, et dedans je pensais beaucoup vai à vous la dernière fois que j’ai sérieusement du blé. 0 à Ce n’était malheureusement pas en Beauce. Non licet omnibus. N’étant pas universitaire, vous savez encore

2% Charles Péguy PAR des té. Es un peu de latin. Par amitié. C’était dans un pays que j’aime beaucoup, que vous aimez beaucoup, que je

trouve très beau, que vous trouvez très beau, que j’aime

. beaucoup pour lui-même, et parce que nous y avons

quelquefois marché côte à côte, un pays que nous avons

où nous avons quelques rares fois fait cette alliance,

à que je marchais comme vous, avec vous, sans beaucoup: causer (le silence est si bon), de votre pas, qui est sen-

siblement plus fort que le mien, plus voulu, plus robuste,

plus territorial, mais peut-être un tout petit peu plus

*. intellectuel, de votre pied, non pas à côté de vous, mais 4 à votre côté, à votre droite; et même une fois nous nous à sommes assis, toujours ensemble; c’était après avoir

fini de monter la côte assez forte assez douce de la

route nationale, de la grande route (assez douce com-

È parée à la côte de Saint-Clair ou Gometz-le-Châtel); nous 3 avions fini de monter la côte de la grande route qui

sortant d’Orsay par le Guichet est la route de Ver-

3 sailles; nous nous sommes assis parce que nous allions nous séparer; vous alkez me quitter; parce que vous

4 rentriez à Jouy, pour déjeuner; c’était le jour où vous

m’aviez apporté cette admirable Histoire de quatre ans;

à il y a déjà du temps; quatre ans; mais quatre années :. moins pleines; peut-être; que les vôtres; nous nous » À 4 sommes assis sur le bord du talus du fossé, sur le rebord: 4 extérieur, à gauche de la route; je nous vois encore; 4 j’étais en sabots, bien que je ne sois pas poseur, vous, 4 le savez; et vous étiez en souliers; vous aviez bien raison; mais j’étais tout près de ma maison; et c’était vous, en passant, qui m’aviez enlevé; je vous expliquais É même (nous ne pouvons malheureusement jamais nous

pe. passer d’explications (c’est le grand vice intellectuel), de

A donner et d’écouter des explications, toujours) (d’en

; recevoir, et, quand on ne nous en donne pas, d’en de-

1 mander) je me rappelle très bien que je vous expliquais À

qu’on nous parle toujours des armées de la Révolution,

des soldats de la Révolution, qu’on nous dit toujours

l’armée de la Moselle en sabots, l’armée de Sambre-et- À

Meuse, que tout de même il faut s’entendre, que rien

n’est aussi bon qu’une bonne paire de sabots, pour les

À longues marches, pour les marches très longues, très

; poussées, très soutenues, très patientes, aussitôt surtout

que l’on avait affaire aux terres molles, ou mollies, no-

tamment aux terres labourées; que le soulier ne repre-

nait ses avantages, et ses droits, que sur le sol ferme et;

À sec d’une route, bien entretenue, pour ainsi dire d’une

route théorique en été; que pour les paysans que nous

étions (en ce temps-là), au point de l’être demeuré en-

core à présent en ce temps-ci, que pour les paysans que.

ï nous étions, et que je me rappelle très bien, marchant

sur de la vraie terre, sur de la terre paysanne, rien ne

valait deux bons sabots de bouleau ou de hêtre à se es

mettre dedans les pieds, ou à mettre les pieds dedans,

comme vous voudrez, avec de la bonne paille bien sèche;

que donc tous ces gars-là n’étaient pas aussi malheureux

. qu’on nous les fait; qu’ils marchaient comme des bons

1 gars, avec leurs sabots; qu’ils y mettaient les pieds; ce

m’était pas en effet des sabots de littérature, c’était des

  • bons sabots de bois; et quand leurs sabots les embar-

rassaient, quand leurs sabots les embêtaient, quand

leurs sabots les gênaient, quand ils n’en avaient plus:

envie (des sabots ont beau être bon(s), et valoir mieux

que des souliers, tout de même on peut s’en lasser,

a à la fin) ils faisaient, les bons gars, comme on a tou “pit jours fait dans tous les pays du monde où l’on a marcher proprement quand on a voulu marcher prement: ils mettaient leurs deux sabots sur leur épaule, attachés avec une ficelle par les deux trous comme chez le marchand, et ils s’en allaient nu-pieds; je le 5: sais; je me rappelle très bien. Vivent les sabots de bois. Ils mettaient leurs deux on: sabots sur leur sac; à cette seule condition qu’ils eussent un sac; et leur sac même, quand ils en avaient un, ce qui était au moins aussi rare que d’avoir des sabots, et PA: presque aussi rare que d’avoir des souliers, leur sac à 2 n’était point cet énorme sac moderne raide des armées LEUR modernes, ce sac scientifique, où lon a tout mis, où l’on ni: a tout prévu, excepté, ce sac ennemi de l’homme, scien14; tifiquement fait, scientifiquement établi, scientifique44 4 ment ‘construit, scientifiquement imaginé, ‘où l’on a 170 scientifiquement tout mis, scientifiquement tout prévu, 4 hormis, excepté qu’on a scientifiquement oublié d’y mettre ceci: que l’homme aurait envie de le porter; de l’avoir, de le garder, sur ses deux épaules, de marcher Ta dessous; sac moderne, ennemi de l’homme, où scientiDe fiquement et modernement on a tout prévu, excepté, 54 scientifiquement et modernement, un petit coin bien abrité, dedans, pour y mettre la bonne volonté, la 4 (bonne) envie qu’aurait l’homme de le porter; de sorte à qu’aujourd’hui, je veux dire que demain, inéluctableD ment, infailliblement, scientifiquement, il y aurait des à quantités de ces sacs scientifiques modernes, unique- à ment faits pour les grandes manœuvres, et encore, par 14 les plus puissantes commissions militaires scientifiques! 4 modernes, qui iraient s’asseoir (je dis bien les sacs, je ne

dis pas les hommes) qui seraient poliment priés d’aller à s’asseoir dans les fossés des routes, un nombre qui serait à calculer, évidemment, qui resterait à déterminer par ne.

des moyens plus scientifiques, maïs on peut avancer un à LA ; bon nombre, un assez grand nombre, et d’y attendre patiemment soit les fourgons amis, soit les fourgons pe. ennemis; mais comme les fourgons ennemis ne seraient a pas moins embarrassés que les fourgons amis, et ne NES resteraient pas moins en panne, d’y attendre de préfé- Mer rence la fin des hostilités.

C’était un sac ami. Leur sac n’était point, est-il besoin è 48) : de le dire, un sac moderne et automatique, imbécile et {0 scientifique, établi scientifiquement par des commissions dE de vieux généraux qui se le mettent sur le dos trois mi- nutes et quart pour voir comme fait, pour enquêter, ù Me pour constater scientifiquement comme fait. C’était comme c’était. Un sac. Enfin vous savez ce que c’est de qu’un sac. Tout le monde saurait ce que, c’est qu’un sac y S’il n’y avait pas les scientifiques; les commissions; à les généraux commandants de corps d’armée. Comme c’était. Comme se trouvait. Un sac nom commun. Pas À ns:; un Sac. Généralement un sac en peau, avec des poils dessus, fauve. Et ce sac, figurez-vous, savez-vous ce ne qu’il était: il était portatif. On n’a pas idée de ça. Si nous n’avions pas les textes, les monuments, les témoi- gnages les plus authentiques. C’est incroyable. Un sac, y Ni

qui est fait pour être porté, eh bien il était portatif. Il aurait être n’importe quoi, ce sac, notez bien: il ai) 3 pouvait être géométrique, administratif, immobilier: il

aimait mieux, il préférait être portatif: alors les hommes Ê le le portaient. Il n’était pas lourd par un décret du Prési-

dent de la République. Lourd ou léger, suivant l’occa-

14 sion, suivant l’événement, suivant la fortune. Du jour. Quand il était léger, c’était bien, parce qu’il n’était pas -. besoin d’y mettre, quoi. Et quand il était lourd, c’était bien. C’était mieux encore: c’était qu’on y avait mis ce 110 qu’on avait besoin. Parce qu’il n’était point lourd de quantités incroyables de tripoli calculées scientifiquede ment. Par additions, multiplications et divisions de jours et d’hommes. Maïs il était lourd de ce qu’on avait envie et besoin d’y mettre. Et ce qu’ils avaient envie et besoin d’y mettre, vous le savez aussi bien que 5: moi, Halévy, puisque vous vous êtes fait un si bon mar- cheur: c’était à boire et à manger; allons donc; parce que, n’est-ce pas, il ne faut pas nous conter des « ‘oires, et vouloir nous faire croire que tous ces gens-là 0 ont conquis le monde, traversé l’Europe vingi fois, sans 310 compter les batailles, sans mânger et sans boire un seul 112 instant. Et encore je ne parle pas de la Fontaine IX, he: Et le peu d’administration qu’il faut qu’il y ait dans un sac, eux-mêmes l’administraient.; Le boire et le manger, sans quoi l’homme n’a jamais 114 rien fait dans le monde. Le “4 C’étaient des hommes, de pauvres hommes comme. 4 Quand donc ils portaient leur sac, ils en étaient heu- 4 reux, de leur sac. Et de le porter. C’était un ami. Ce n’était pas Le sac, c’était leur sac. C’était leur affaire à Ê eux. Ils y mettaient leurs affaires. Quand ils portaient; “4 ce sac, ils portaient une affaire à eux: ils portaient leurs! . affaires; leur propre intérêt; leurs intérêts: ils portaient

leur propre corps. Ils ne portaient point un objet de Qi: revues, de misères, d’inspections de toutes sortes, d’em- à béêtements. Ils travaillaient pour eux enfin, ils ne tra- vaillaient pas pour le gouvernement. Ils ne travaillaient pas officiellement, ils travaillaient réellement. Ils ne 4 À travaillaient pas adminisirativement, ils marchaïent MS. comme des bons enfants, comme des bons garçons. Ils À ne travaillaient pas arbitrairement, ils travaillaient li- brement. Ils ne travaillaient pas gouvernementalement, À ils travaillaient naturellement. Ils ne travaillaient pas scientifiquement. Ils travaillaient, ils allaient, ils vi- : Portant ce sac ami, portant leur ami leur sac, leur seul “1 mobilier, mais leur mobilier, leur petit meuble, pardieu, unsac de berger, de bouvier, d’ouvrier des champs; je lai dit: un sac de peau de bête, fauve, avec le poil; mais Re. n’étaient-ils pas tout cela et n’allaient-ils pas le devenir y tout à faiten grand; des bergers, des bouviers de quels Lu. à un sac de trimardeurs, mais n’étaient-ils point essentiel- 3 54 à ; lement des trimardeurs, et n’ont-ils point été essentielle- ment des grands compagnons, des compagnons du tour #3 d’Europe comme il y a pendant des siècles tant de

  • être encore aujourd’hui quelques-uns; et les guerres de … la Révolution et de l’Empire n’est-ce pas cela; ne sont- nu. …. elles pas venues de toutes: d’un instinct profond, d’un . besoin vieux et puissant commeunerace,profondcomme À un peuple, de toute une race de compagnons, de tout un peuple de trimardeurs qui ayant fini, une bonne fois fini - leur tour de France éprouvèrent ce besoin, cet irrépres- 44 sible besoin de faire un peu, après ensuite, (et cela se

comprend si bien), leur tour d’Europe; et la Révolution elle-même et l’Empire elle-même n’est-elle point toute entière là, toute entière issue, sortie, venue de: toute PY. une race, tout un peuple de trimardeurs intellectuels “44 qui ayant fait leur tour du monde, le tour de leur monde intellectuel, et qui voulurent (pourquoi, mon Dieu) faire en plus le tour de la politique; ils allèrent donc nu-pieds par les routes de l’Europe et de la politique; ce qui en 5 est advenu, nous le savons; et l’histoire de ce monde ne l’oubliera jamais; ceux qui n’avaient pas de souliers avaient des sabots; ceux qui n’avaient pas de sabots “4 marchaient les pieds nus; ceux qui avaient des sabots 10 marchaient généralement les pieds nus aussi; quelque101 » fois ils mettaient leurs sabots, pour marcher; parce que 1204 le sabotier leur avait dit, avait voulu leur faire croire ï “4 que c’était fait pour ça; mais généralement, suivant.; l’instinct (et la raison, parce que c’est un des plus grands À principes (de morale rationnelle) que le sabot prime le … soulier et que, d’autant, le pied prime le sabot) géné- 4 ralement, comme les gamins des bois et des plaines, comme ces grands gamins maraudeurs et dénicheurs de ‘nids qu’ils étaient tous (rien de la contamination de ; N. l’école primaire) ils mettaient leurs sabots, quand ils en 10 avaient, où nous avons dit, sur leur épaule, sur le sac, sur ce sac; ils gardaïent leurs sabots pour les grandes 128 occasions; ils ménageaient leurs sabots, les avaricieux;. ne ils se disaient que de la peau de bonne race repousse ET toujours pour faire de bonnes semelles de cuir de peau; 1, et qu’une seielle de bois, quand elle est usée, il faut 4 aller chez lemarchand:; ils gardaient donc leurs sabots À 4 pour les par trop mauvais chemins de cailloux et de;

dansantes sous le pied et perçantes; ils gardaient leurs sabots, doit-on le dire, l’histoire est implacable, et ce que je vais vous dire, mais n’en parlez pas trop, je le sais, moi aussi j’ai mes fiches; ils gardaient leurs sabots, les faquins, les pendards, ils gardaient leurs Le: sabots pour faire dans les villes des entrées triome Non pas seulement même l’armée de la Moselle en Get sabots; mais l’armée de la Moselle tout nu-pieds; ne les EN! plaignons pas; envions-les plutôt. On est très bien à marcher en sabots, et même nu-pieds, quand on est eux. La tristesse et la peur leur étaient inconnues. Ils eussent, À sans nul doute, escaladé les nues… Mais je ne peux pas vous réciter toute cette Obéissance passive. Ils étaient heureux. C’est nous qui les faisons malheur reux, qui les plaignons. Sots que nous sommes. C’est nous. Ou plutôt, parmi nous, c’est le pâle historien, V’intellectuel historien, le cérébral historicus qui artifi- , ciellement les fait malheureux. Demandez aux grands À à ceux qui les ont vus, réellement, vus, s’ils étaient “0 Ils étaient heureux, les bougres. Ils faisaient quelque . chose. Et ils savaient très bien qu’ils faisaient quelque — chose. Envions-les. Hugo: ces va-nu-pieds superbes; il est littéralement vrai qu’on les voyait marcher sur le monde ébloui. Leurs sabots, leur pied a obtenu de ce monde un retentissement qui n’a été dofiné à nul homme depuis. Leur pied a obtenu de l’instrument monde une résonance, des cordes, des routes de ce Ne. monde une résonance, un rétentissement que nul n’en:

Nul homme, isolé, nul grand homme n’en a tiré depuis

544 un retentissement de cette résonance. Et encore moins

er” Paris ville de la révolte. Ville de la soumission. Ville

15% de tant de servitudes. Ville de la liberté. Liberté, en ce

beau jour. De tant de platitudes. D’une telle fierté.

3 Parisiens du cœur de Paris, et du Paris d’alors, du cœur

12 des vieux faubourgs, du faubourg Marceau, du faubourg

ne. Antoine, et parmi eux, emmêlés à eux, et tout autour:

4 des plaines et des vallonnements, paysans des bois et

à des côtes, gamins maraudeurs, paysans gamins, gamins

dénicheurs de nids, paysans de l’Ile de France, paysans

À 28 quelques-uns, paysans des montagnes, ou du moins

11 paysans des pentes; bergers, bouviers, pasteurs, ou- Dos vriers paysans ils partirent dénicher de bien autres nids;

  1. ayant aperçu, à peine, ou pas du tout, ce grand Paris,: 4 le Paris d’alors, tous ensemble ils allèrent de leur pied

4 léger, de leur pied nu, ils allèrent semer leur Paris, leur France, le Paris de ce temps-là, la France de ce:

  • temps-là, sur tous les chemins du monde. à Ïls étaient heureux. C’est nous, les cuistres, qui les à 4 faisons malheureux, dans nos bouquins, dans les ma- O soldats de l’an deux! 6 guerres! épopées! C’est ça,

18 mon ami, une épopée. C’est toujours une opération de 4 joie. cônsiste à marcher sur une route se battre), et que le bruit des pas que lon a faits sur cette route

Ne ne puisse plus s’effacer de la mémoire des peuples. Compagnons du tour d’Europe. A condition que l’Eu- He. rope ce soil le monde. Ce qu’elle était d’ailleurs en ce

temps-là. Presque. En tout cas beaucoup plus qu’à pré- à à sent. Et je ne parle pas senlement de l’Égypte et de l’Asie plus ou moins Mineure, de la plus antique Egypte et des Meter, pestes de Jaffa et de Saïnt-Jean-d’Acre. Ils n’ont pas seu- lement fait une partie de l’ancien continent, désiré l’Inde et le plus grand Orient (Bonaparte). Ils n’ont pas seule- ment épuisé presque le monde méditerranéen, de l’Es- pagne au Caire, et aux Pyramides. Ils avaient commencé par l’autre continent. Ils avaient commencé par la fin, parle (petit) dernier. Ce qui ne pouvait qu’entrer joyeu Le sement dans leur méthode générale. Ils avaient com- Le À mencé, ils avaient pris soin de commencer par le Nou- veau Continent, par le jeune Continent qu’était alors le Nouveau Continent. Par la libre Amérique ils avaient: commencé. Car, n’est-ce pas, toute cette sacrée histoire Ne: de la Fayette et de Rochambeau, dont on nous fait à présent des histoires en brome, des statues en bronze, PE: avec des chevaux en bronze, qui brandissent des épées en bronze, précisément sur le parcours de Passy-Hôtel- Le de-Ville, à deux pas des rails, et il y a même un arrêt, ? exprès, mais la statue n’est pas comme celle du Com- « À mandeur: elle n’est jamais montée, dont on nous fait des À cérémonies et par-dessus nos têtes de très chics banquets me franco-américains, tout c’était déjà le commencement Re. de la Révolution française et de l’Empire; une espèce de grande fête; militaire; toute une race, tout un peuple devenant maboule à la fois, toute une nation, et se met- . tant à s’occuper de tout ce qui ne la regardait pas. *.; Une autre définition de l’épopée: Se méler (frénéti- er. quement) de tout ce qui ne vous regarde pas. Si . Notamment, pour un peuple, se mêler du monde; assu- mér la conduite temporelle du monde; régenter l’histoire. #2

Louis XVI, ainsi, a fomenté le commencement dela Révolution et de l’Empire. C’est bien fait pour lui. Etàa “#4 tant d’autres égards, on la fomentait depuis avan Du tourisme, aussi. Naturellement du très grand tou- ï ‘:108 risme. Commencer par Amérique. En ce temps-là New- York n’était pas à cinq jours et je ne sais plus combien « d’heures et de minutes, mais très peu, de Queenstown. PUS Leur sac était un sac de touriste. Nullement un sac qu’on pose, qu’on met sur un bonhomme. Ils ne se sont pas embêtés, les bougres, dans le monde. 2. Ils ont même fait, ils ont réussi à faire ce qu’il y a de se plus difficile à faire au monde, un calendrier. Ils ont fait 7, réussir un calendrier nouveau. Non point réussir à ce que à l’on s’en serve. A le faire prendre. Ça, serait trop; 4 beau, et c’est devenu sans doute littéralement impossible. #1] On n’ouvre plus-une ère.‘H y en a une qui a été ouverte, ‘4% sans doute pour la bonne fois. Mais réussir à ce qu’on 34 ne l’oublie plus. Réussir au point qu’on ne l’oublie pas FN. désormais, au point de ne plus le laisser oublier, de le faire, de le rendre inoubliable: un calendrier. Sans eux, ue. qu’est-ce que ce serait que le calendrier républicain? IL 14 avait sombré, il sombrait tout naturellement dans le 4 à ridicule, tout seul, il disparaissait, ridicule savamment appuyé d’ailleurs, fortement préparé, n’en doutons pas, 54 par la politique (impériale et) réactionnaire. Un journal 1 aujourd’hui qui date son numéro d’on ne sait plus com- À 11 bien d’années, avec une datation, une numérotation baroque, nous paraît grotesque. Nous haïssons le décadi. Et puis, qu’est-ce que ce serait que le repos décadaire, À 54 quand c’est à peine déjà si le repos hebdomadaire nous Dee suflit, à présent, quand en réalité le repos hebdomaee

daire ne nous suflit déjà plus. Nous n’eussions sauvé 1 que ces beaux noms de mois, pas pour l’usage naturel- ni lement, pour la mémoire, qui riment si poétiquement (4 entre eux, que les dictionnaires attribuent à Fabre à d’Églantine, qui riment si poétiquement à Il pleut, il pleut, bergère, et au fond à cette Églantine elle-même à LE de ce Fabre d’Églantine lui-même. Eux, ils ont sauvé de l’oubli, ils ont sauvé pour la mémoire un nom même ne d’année. Une date d’année. Quatre-vingt-treize est très sil beau, dans notre calendrier. Quatre-vingt-quatorze n’existe pas. Excepté pour les savants, pour les histo- riens. Par eux, et aussi par Hugo, mais enfin c’est légi- à time, et d’ailleurs revient au même, cette simple date, l’an deux, ce simple nom de date, cet adjectif numéral cardinal pour ordinal, ainsi placé, restera ineffacable dans la mémoire des peuples. Ô Nous autres nous allons sur les routes, et si bons marcheurs que nous soyons, quelque amour aussi que nous ayons de la création naturelle, de ces plaines et de ces blés, de ces meules et de ces chaumes, amour en nous, après nous, avant nous, amour temporel de la à , création temporelle, temporellement. infiniment plus 3 vieux que nous, amour naturel de la création naturelle infiniment avant nous dans notre peuple et dans notre race, quel que soit en nous cet amour, et quel . qu’il y soit devenu, quand nous marchons sur ces routes à nos pas s’y effacent à peine que nous soyons passés; d’autres pas innombrables les effacent, aussi tempo- de É raires, aussi précaires que les nôtres, aussi éphémères, aussi temporaires, aussi précaires que nous, les innom- brables pas d’hommes innombrables aussi petits, aussi 5 misérables, aussi insignifiants, aussi transitoires que 117 monde moderne. — 7.:

, nous; ainsi nous allons sur la plaine, sur les routes et

par les chemins de la plaine; nous y allons par hygiène, à hélas; tout au plus, tout au mieux par entraînement, pour y faire de l’entraînement; pour combattre nos graines; pour nous détendre le cerveau; les nerfs; pour : notre foie; misères; pour nos digestions; en gomme tout cela c’est de la marche, ou de la promenade, en quelque sens pharmaceutique; le mieux que nous puissions faire,

c’est que ce soit pour nous maintenir mobilisables jus-

qu’à l’âge de quarante-cinq ans; c’est tout ce que nous avons, tout ce que nous pouvons avoir de militaire; et

  • tout ce qui nous sauve un peu, c’est cet amour de la nature, que nous avons, qui nous reprend aussitôt que ï nous arrivons là-haut, que nous avions, qui nous avait, qui nous tenait profondément déjà, regret obscur, temK porellement éternel, invincible, à la maison, toujours, É avant de partir, couché sur notre table d’écritures et A Nous allons sur les routes; et instantanément les traces de nos pas s’y effacent; le soleil en fait de la poussière, la pluie en fait de la boue. Sur le macadam ï des routes, aujourd’hui quelquefois goudronné, les traces de nos pas ne comptent pas plus, ne demeurent pas plus que toutes ces traces de grosses roues d’autos, les traces de nos pas sont aussi fugitives, aussi mobiles que toutes ces traces de ces énormes roues d”automo- biles qui vont s’effaçant l’une l’autre,
  • sont-allés sur les routes; ils allaient, ils marchaïent ; pourtant comme nous: ni le soleil n’a jamais mis en poussière, ni l’eau ne mettra jamais en boue, ni aucune roue de char n’effacera jamais la trace de leur pas, Ce qu’il y a de plus fort, les bougres, c’est qu’ils le

savaient: très bien. Ils avaient oublié d’être bêtes. Et d’en ignorer; aucunement. C’est le propre, c’est un des propres de l’éternité temporelle que celui qui lobtient 4 il peut pour ainsi dire, je ne dis pas toujours, mais dans l’E certains cas, sous certaines formes, peut pour ainsi dire la toucher instantanément, que l’éternité temporelle nité temporelle, ils savaient parfaitement qu’ils venaient, en effet, de l’obtenir, que c’était une affaire faite, pour a cette éternité temporelle, Qu’ils nemanquèrent d’ailleurs généralement point de prendre pour une éternité éter- à Di: Quand un peuple, quand une nation; quand des hommes, quand une race obtient de quelque manière, sous quelque forme une consécration temporelle, quand elle obtient une éternité temporelle, cette éternité tem- porelle, enfin l’éternité temporelle (de cette terre), la seule qui présentement, actuellement soit à noire dispo- sition, généralement se sait, se sent (je dis géné- ralement parce qu’on pourrait peut-être imaginer, à la rigueur, des cas où cette connaissance instantanée ne se produirait peut-être pas); et généralement le déposi- fes taire, le titulaire en est le premier averti (je dis généra- lement, parce qu’à la rigueur peut-être on pourrait imaginer des cas, non pas des cas de peuples, de nations, ni de races, mais des cas d’hommes, isolés, de Di: , penis parues, norels sxmemee ne connai- à traient point, ni instantanément, ni dans leur temps . viager; dans la durée, dans le courant de leur vie tem- à A porelle cet événement (temporel), cette désignation, cette attribution (temporelle), enfin leur propre grandeur que

on Charles Péguy UMA LUE (temporelle). Pour cela, il faudrait pour cela supposer un cas qui me paraît bien extraordinaire, une puissance “4 1 temporelle qui attendrait pour se révéler, une désigna-; tion, une attribution, une élection temporelle qui n’écla- terait pas; qui se dissimulérait un temps, une explosion! 1 temporelle qui ferait long feu, qui attendrait, sous quelle cendre, pour éclater, la mort du titulaire même. Une sorte de secret de puissance temporelle qui atten- drait pour plus tard, qui se garderait. C’est bien impro-; bable. Autant une telle démarche est naturelle et fréquente pour une puissance spirituelle, autant nous en connaïssons d’exemples, pour une désignation, pour; 11 une vocation spirituelle, autant elle paraît peu indiquée pour une destination, pour une fortune temporelle. On 15 ne voit pas une fortune temporelle attendant, quoi, pour se manifester. Cest le propre au contraire de la fortune À 4 temporelle d’être immédiate pour le bénéficiaire. Je me crois que nous nous égarons ici, que nous nous sommes À laissé entraîner par un excès de scrupule, par un excès; de de conscience, à considérer des cas, un cas (purement) à logique, par conséquent, c’est-à-dire, un cas irrée, 4 irréalisable; impossible. Et d’une fausse analogie. Un cas logiquement symétrique du temporel au spirituel. D’une fausse symétrie. C’est le fait du spirituel d’atke tendre; pour exploser, ou simplement rendre. C’est sa démarche (presque) habituelle; au moins très fréquente; LEE 4 on pourrait dire la plus fréquente. C’est presque, c’est souvent son propre, d’attendre jusqu’après la mort du. ütulaire. Et souvent même (beaucoup) plus loin. Le temporel au contraire se touche tout de suite. On ne 2 voit pas qu’il attende, ni même comment il attendrait.) (Ni ce qu’il attendrait.) Des hommes, un peuple, une.

nation, une race, un homme qui obtient d’avoir de à la puissance temporelle, une fortune temporelle, une histoire temporelle s’en aperçoit ‘aussitôt, voyons. Ces : gars-là n’étaient pas si bêtes. Ils savaient très bien, or. ils savaient parfaitement quand ils posaient, au moment même qu’ils posaient leur pied dans la poussière ou dans la boue des routes, que nulle poussière jamais DU: n’effacerait, que nulle boue jamais ne détremperait, que ‘#8 nul autre souvenir, que nulle autre trace jamais n’aboli- Ne À rait la trace de leur pas, qu’ils créaient une trace indé- lébile, que le bruit de leurs pas s’entendrait toujours +4 dans lhistoire des bruits de l’histoire, que le tracé se y ; lirait toujours, que la trace de leurs pas se verrait tem- Ha. porellement toujours dans la mémoire du monde. Et la France aussi, parbleu, tout entière elle savait bien qu’elle faisait la Révolution. Tout un peuple le sentait. Le savait. Quand des armées, quand une (seule) armée, quand. des hommes, quand tout un peuple, une nation, quand « toute une race, quand un homme obtient ainsi de frap- per un événement temporel, généralement il s’en aper- çoit, il en est saisi, en connaissance de cause, instanta- 1 nément, historiquement instantanément. Tous ces gars- Mir savaient très bien ce qu’ils faisaient. Je veux dire +4 avec une instantanéité historique, dans une instantanéité #4 historique, le peu de temps qu’il faut à un peuple, de es durée, historique, le peu de temps qu’il faut à une À. vague, historique, de connaissance, de conscience, pour pénétrer, historiquement, tout un (tel) peuple.: à Ne les plaignons donc pas; envions-les plutôt. Non Seulement ils étaient heureux, mais ils savaient qu’ils Me étaient heureux. Non seulement ils avaient obtenu, ils

É; obtenaient de frapper un événement, une puissance

ni éternellement temporelle, une singulière puissance éter-

En nellement temporelle, mais instantanément ils savaient,

à d’une connaissance, d’une conscience instantanée, que

ne” y était.

à Une singulière fortune éternellement temporelle, in-

Surtout ne geignons point pour eux. Ils ne geignaient

4 pas, les bons allants. Ils ne geignaient pas, eux, sur

eux. Ne geignons point, pour eux, sur eux. Ce serait

: bien la plus mauvaise manière de nous rappeler à leur

;: bon souvenir. Aimons les héros comme ils s’aimaient,.

Aimons, rappelons-nous, rappelons au monde les héros,

célébrons les héros comme ils s’aimaient, comme ils se

à rappelaient, eux-mêmes à eux-mêmes; ceux qui le

à purent, ceux qui devinrent (assez) vieux, et il y en eut

ï (beaucoup) plus qu’on ne le croit, beaucoup plus qu’on

ne se rappelle, ou que l’on ne croit se rappeler, comme

eux-mêmes ils se rappelaient au monde, ceux qui eurent

le temps d’écrire, comme ils se célébraïent eux-mêmes

à (dans leurs fêtes). Y compris dans leurs fêtes intérieures,

dans les grandes fêtes secrètes de leur esprit, de leur pensée, de leur mémoire, dans leurs mémoires, pensés,

parlés, dictés, écrits. Leur gloire temporelle était essentiellemeni glorieuse. Elle était faite essentiellement de gloire et de joie, de gaieté mème. Au moins nous in- y

dignes, nous petits, ne leur faisons point l’injure de les démarquer, de les défaire, de les dénaturer. Ne les défigurons point. Ne les rendons point méconnaissables.

Je viens de prononcer, je viens de dire, de laisser

échapper un bien grand mot, un mot qui m’effraie. Un

mot que je n’aime pas, parce que je trouve qu’on en

abuse beaucoup. Un mot dont je me défie. Et de ceux ni. qui l’emploient. Un mot que l’on emploie toujours, aujourd’hui. Justement depuis que a baissé. C’est toujours comme ça. Un mot qu’il faut au contraire em- ni ployer très rarement. Aujourd’hui plus rarement que jamais. Il me semble bien que j’ai parlé de héros. J’avais commencé par dire, je crois, qu’ils étaient, qu’ils furent épiques. J’entendais naturellement par là, très propre- ne ment, très techniquement, qu’ils faisaient de l’épopée.

C’est d’ailleurs ainsi que nous devons entendre que Hugo déjà l’entendait

Eux, dans l’emportement de leurs luttes épiques.

Ainsi quand il nous a échappé de dire qu’ils étaient des héros, j’entendais naturellement par là, très propre- ment, très techniquement, qu’ils faisaient de l’héroïsme. A per C’est d’ailleurs ainsi aussi que nous devons entendre

que Hugo tout aussitôt l’entendait: Fac Ivres, ils savouraient tous les bruits héroïques. l’héroïsme est essentiellement une vertu, un état, l’action héroïque est essentiellement une opération de À à santé, de bonne humeur, de joie, même de gaieté, 4 presque de blague, une action, une opération d’aisance, 4 de largesse, de facilité, de commodité, de fécondité; de: bien allant; de maîtrise et de possession de soi; d’habi- à - tude presque pour ainsi dire et comme d’usage, de bon; usage. De fécondité intérieure; de force comme d’une belle eat de source de force puisée dans le sang de la 14 race et dans le propre sang de l’homme, un trop plein de …. sève et de sang. Sans aucun raidissement, sans aucune ta 10 _raideur. Sans trimer. Sans suer.

Surtout sans se plaindre. Sans gémir et sans geindre. A À à Le héros temporel joue son temps. Il n’a aucune raison, aucune envie, aucune idée, aucune image même de geindre et ne geint pas. Il ne geint pas parce que dans le mode ïil n’a aucun sentiment, aucun soupçon de peiner d’aucune sorte. Il ne geint pas parce que dans l’événement il n’a aucun sentiment, aucun soupçon de À tenir à l’événement, à l’issue, au résultat, à la réussite au point de geindre et de se plaindre d’un autre événe- ment. Mauvais joueur qui veut gagner. Mauvais joueur à temporel. Ce qu’il faut à ces grands joueurs, c’est de jouer. Cest d’abord, c’est uniquement de jouer. Le jeu seul est essentiel à ces grands joueurs. Le À seul jeu les intéresse. Ils aiment infiniment mieux 1 jouer sans gagner, qu’ils n’aimeraient de gagner sans Ce que je dis là, tout ce que nous venons de dire est totalement vrai des peuples; d’une nation, d’un peuple, d’une armée, d’une race. C’est peut-être un peu moins: 4 vrai du pauvre homme isolé, parce que l’individu est toujours plus ingrat, ne rend pas autant, parce qu’un homme ne vaut pas un peuple, jamais, parce qu’un homme, dans le temporel, n’exprime pas autant, ne (re)présente pas autant, ne pèse, ne vaut pas autant. Un homme, quoi qu’il y paraisse, rend moins, rend à toujours moins qu’un peuple, que son peuple. La vie d’héroïsme, pour qui n’emploie pas ce mot dans un vague sens de littérature, est ‘infiniment, (tem- porellement) infiniment une opération de joié. Ne les plaignons donc pas. Envions-les plutôt. Quand ils ne se ? plaignaient pas, ne les plaignons pas, pour eux, ne leur faisons pas l’injure de les plaindre, pour eux, Quand

4 ils ne geignaient pas, ne geignons pas, pour eux, Sur, eux. Ne leur faisons pas cet outrage.

D’autant qu’il n’échappe pas que geindre sur eux serait déjà une manière, traîtresse, de les faire geindre. ne, Pleurer, gémir est également lâche. Je réserve prier. NL: j’ôte prier, qui n’a peut-être pas été toujours ce que ‘pa Vigny pensait. C’est même pour cela que ce vers est hétérogène, que les trois (infinitifs) sujets ne marchent pas (bien) ensemble. Et qu’on ne se rappelle jamais où le « est prier, dans les trois, ni même où sont les deux autres entre eux. Prier, pleurer, gémir; pleurer, prier, à gémir: il y a malheureusement six combinaisons (voir Prier est d’un autre ordre que les deux autres. Prier n’est sans doute pas ce que Vigny s’était ce jour-là re- #88 présenté. Ni aucun autre jour. Même, en poussant plus loin l’analyse, on découvrirait assez rapidement que les deux autres termes. se dessoudent eux-mêmes l’un de #4 l’autre; que pleurer se dessoude de gémir; ou plutôt, poussant encore un peu plus loin l’analyse, entrant dans A l’analyse élémentaire, dans l’analyse du mot, dans l’a- nalyse verbale, que pleurer lui-même se côupe en deux,, s’analyse en deux, se dessoude de lui-même, qu’il y a un pleurer qui redescend vers gémir, vers geindre et ! se plaindre, mais qu’il y a un pleurer qui remonte vers +2 , prier. (Saint Louis, le don des larmes) ‘tl É De même que (se) lamenter, lamentation est tout autre x’, Les plaindre serait une manière artificieuse de les

. Par la vitale participation du souvenir. Et aussi, au sens, aux deux sens où nous sommes leurs enfants, leurs À fils, leurs enfants (temporels) charnels et leurs enfants temporels de gloire, par cetteresponsabilité remontante, bénédiction ou malédiction remontante, par cette héré-

Comme aussi c’est un moyen, sournois, une manière artificieuse de les ramener à nous, de les réduire à.

nous, de les rabaisser à nous. Le héros, le vrai héros, doit puiser dans la force de ) sa race comme dans une source inépuisable. Il n’a qu’à À k. se baisser pour en prendre. Et il y puise inépuisable- ment une force inépuisable de joie. Ê (Si tel est le héros, si telle une vie d’héroïsme, que ne 14 sera-ce point quand nous parlerons du saint et d’une Le vie de sainteté. Comme le héros temporel puise dans la force de sa race une force inépuisable de joie, ainsi, : dans un ordre autre, dans un ordre infiniment supérieur, 5. le saint, le vrai saint puise dans l’opération de la grâce, À dans la force de l’opération de la grâce, une force iné- ; puisable de joie. Il n’y a pas plus de saints grognons a qu’il n’y a de héros grognons. Le mode, le ton est iden- tiquement même. Chacun dans son ordre, naturelle- À ment. Au contraire de la fin qui dans ces deux ordres, ; dans l’ordre temporel et dans l’ordre éternel, dans lun et dans l’autre, dans l’un par opposition, par contrariété 4 à l’autre, est, devient diamétralement opposée, diamé- tralement contraire. Le héros temporel en effet joue ni pour jouer, pour être, pour être (un) héros (temporel), « non pour gagner. Il aime infiniment mieux jouer sans gagner, que de gagner sans jouer. Il aime jouer Sans

gagner. IL n’aime pas, il n’aimerait pas gagner sans VON jouer. Un saint au contraire qui s’amuserait à jouer

{son salut), qui aimerait à (le) jouer, qui ne se propose- rait pas uniquement, dans cet ordre, de gagner (le ciel), commettrait perpétuellement, et pour ainsi dire au. DU maximum, à l’infini, à la limite, à l’éternel, celui de

tous les péchés qui est coté le plus sec, l’orgueil, et sans doute, avec, un certain nombre d’autres. Ce qui serait

le plus rigoureusement contradictoire dans les termes PAL

Puisque ce serait faire du principe de sa sainteté

même un principe de péché même, d’un péché perpétuel

et pour ainsi dire lui-même éternel. 1 4 pen

Ainsi apparaît tout à coup, ainsi naît sous la plume,

au moment qu’elle s’y attendait le moins, ainsi se révèle, ainsi éclate, ainsi crève inopinément, ainsi jaillit sous la plume au moment que l’on ne s’y atten-

dait pas, ainsi naturellement vous échappe au moment même que l’on s’y attendait le moins une de ces opposi-

tions fondamentales, une de ces contrariétés invincibles, À!

un de ces éloignements, une de ces disparates, un de ces discords, sourds, brusquement éclatants, une de ces différences, une de ces distances, un de ces impairs, à

une de ces inégalités qui marquent d’une marque indé-

lébile, une de ces oppositions irréductibles, une de ces

,

contrariétés infinies qui trahissent, qui représentent,

qui manifestent, inéluctablement qui sortent cet écart, cette irréduction, cette distance, cette irréductibilité h:. absolue, cette opposition, cette contrariété, cette incom- pétence et cette incompatibilité absolue, infinie, elle-

même éternelle, de l’éternel au temporel. Celui qui est du temps, le héros qui est du temps aime infiniment

jouer (sôn temps); il aime infiniment mieux jouer sans 3 gagner que de gagner sans jouer; il aime infmiment jouer, même sans gagner; il n’aimerait pas gagner sans 12 jouer. Celui qui est de l’éternité, le saint qui est de 1.10 l’éternité, on ne se représente pas même comment il AA. aimerait jouer son éternité. 4 Ainsi c’est le mécanisme même de la relation de la “LE fin aux moyens et des moyens à la fin qui est contre- ; indiqué, contre-lancé, contre-jeté dans les deux cas; contre dans l’un que dans l’autre; on a renversé la vapeur;;

ce qui, au dire d’Immanuel, est le plus important dans 20 une économie. Le plus important, selon Immanuel, dans une écono-

14 mie pragmatique, dans une économie de conduite et

Un saint ne joue aucunement, ne peut jouer aucu-

0 nement, ne peut avoir aucune idée ni représentation

À 4 d’aucune sorte ni même imagination de jouer.

On,ne voit pas, on ne se représente pas comme il joucrait, comme il aimerait à jouer.

4 absolue, elle-même éternelle d’autant plus capitale, d’autant plus significative que le mode, nous l’avons En dit, et plus que jamais il faut le redire, ayant constaté . cette essentielle contrariété, d’autant plus significative nn, que le mode est, identiquement, le même; au contraire.; ne. De sorte qu’au moment même que le temporel fait à Eu. l’éternel une contrariété diamétrale pour l’objet, pourle :#4 mécanisme de la relation de la fin aux moyens et des (0 1 moyens à la fin, dans le même temps, en même temps 1 il ne cesse pas de lui faire, au contraire, il continue, au besoin il commencerait de lui faire un parallèle, de