Mes cahiers rouges
un peu de vérité sur la mort des otages la fusillade
Quand on eut aiteint le fond de l’allée, le peloton
Sicard se plaça à l’angle du mur.
A côté de lui, Fortin. Derrière eux, le peloton des exécuteurs — une trentaine d’hommes armés. Tout au fond, François, qui avait rejoint le groupe sans avoir suivi le cortège, et Genton.
Les six otages étaient allés, sur un signe de Sicard, se placer au bas de la muraille qui faisait face aux exé-
Tout près de Sicard, le premier du rang, le pompier casqué. Puis un fédéré, Lolive, (1) et, un peu plus loin, Mégy, le mécanicien du Creusot.
Les hommes avaient chargé leurs armes dans la cour de l’infirmerie. Ils mirent en joue, attendant le commandement.
Là encore, je voulus savoir si quelque exclamation, injure, protestation, avait été remarquée. Rien. Le
Sicard leva le bras. Mais le commandement de | « Feu ! » ne sortit pas de ses lèvres. Il s’était rappelé qu’il n’avait pas d’arme. Il se tourna vivement vers
— Fortin, ton sabre !
Ce ne fut qu’un geste, un éclair.
(1) Lolive (Joseph), garde au 24° bataillon fédéré, ne fut pas compris dans les accusés du procès de lArchevêque. Il comparut plus tard, le 25 mai 1872, devant le conseil de guerre. Condamné à mort. Fusillé à Satory le 18 septembre 1872.
| 160
Fortin tira son sabre du fourreau — le sabre que lui avait donné Ferré l’avant-veille. Il le tendit à Sicard, qui, sans lever l’arme — les exécuteurs étaient tellement pressés les uns contre les autres qu’il eût pu blesser quelqu’un d’eux — cria :
Tous tombèrent, excepté l’archevêque.
— Mais il est donc blindé, celui-là ! cria Lolive, en rechargeant rapidement son chassepot. (1) )
Il ajusta le prélat, qui porta la main à sa poitrine, en
Quelques coups isolés éclatèrent encore.
L’horloge de la prison sonna à ce moment huit heures.
Les hommes du peloton abandonnèrent le lieu de l’exécution, laissant là les cadavres qui furent conduits la nuit au Père-Lachaise et ensevelis avec leurs vêtements, tout près du mur, qui devait devenir fameux, lui aussi, et s’appeler le mur des Fédérés.
: Genton et Fortin quittèrent la prison et regagnèrent
| la mairie du onzième arrondissement, pour y rédiger le
: procès-verbal de l’exécution, comme le leur avait prescrit Ferré. |
plusieurs membres de la Commune, Vermorel(2) qui
(1) Quand il comparut devant le conseil, Lolive avoua avoir rechargé son fusil.
Le président. — Combien avez-vous tiré de coups de fusil ?
Lolive. — Deux, je crois.
Le président. — Alors, non content d’avoir tiré un premier coup de feu, vous avez rechargé votre arme pour tirer de nouveau.
(2) Vermorel (Auguste), membre de la Commune (dix-huitième arrondissement) ; blessé boulevard Voltaire le 25 mai, mort à lPhô- pital de Versailles le 20 juin 1871.
un peu de vérité sur la mort des otages # ÿ devait être grièvement blessé le lendemain, Jourde, (1) |
— Eh bien! c’est fait, leur dit Genton, en s’approchant. Nous venons de fusiller l’archevêque !
— Vous avez fait là une jolie besogne, reprit vivement Vermorel. Nous n’avions peut-être qu’une dernière
f chance d’arrêter l’effusion du sang… Vous venez de nous l’enlever. Maintenant, c’est fini. le nain féroce
La Commune eût tenté en vain de s’opposer au massacre ordonné par Ferré, comme elle tenta en vain de s’opposer à celui de la rue Haxo, le surlendemaiïn vendredi.
L’écharpe rouge à glands d’or n’imposait plus le moindre respect. Elle n’était même pas une sauvegarde pour ceux qui la portaient encore. Delescluze, lui-même, ne sera-t-il pas, le lendemain, forcé de rétrograder devant les injonctions d’un simple commissaire, quand il voudra franchir la porte de Vincennes ?
La nouvelle de l’exécution de l’archevêque s’était répandue rapidement dans la foule qui encombraït les
Les hommes du peloton avaient raconté les détails du drame. L’odeur de sang qui flottait depuis le matin $
(1) Jourde (François), membre de la Commune (einquième arron- é
(2) Theïsz (Albert), membre de la Commune (douzième arrondis- ; sement) ; délégué aux postes et télégraphes (6 avril). L
enivrait les combattants, sûrs désormais que la mort les attendait à brève échéance, la pire mort, celle des j représailles qui déciment les vaincus. Un de mes amis, Francis Privé, (1) traversait à ce moment la place, avec Jourde, le délégué aux finances, et Combault, qui fut directeur général des contributions directes. Jourde avait son écharpe rouge. Tous trois s’approchèrent d’un groupe où l’on discutait bruyamment. Au milieu du groupe, un fédéré d’une taille minuscule, ( véritable naïn, le fusil, plus long que lui, sur l’épaule, gesticulait et criait. Brusquement, le naïin fend la foule, s’approche de Jourde. — Eh bien! lui crie-t-il insolemment au visage, on vient de lui en foutre dans la peau, à larchevèque ! — Taisez-vous, riposta Jourde. Vous feriez mieux Le nain pâlit. Ses yeux s’allumèrent, II fit mine d’épauler son arme. — Ah! c’est comme ça! Ça vous déplaïit, à vous autres, qu’on fusille les curés ! Et, plus menaçant encore, pendant que le groupe se resserrait autour de Jourde et de ses amis : — Est-ce que vous voudriez par hasard qu’on leur en foute aussi, aux membres de la Commune! Un rassemblement se formait. Les trois amis s’éloignèrent sans mot dire, poursuivis par les injures du (1) Privé (Francis), membre de la municipalité du sixième arron- ;
un peu de vérité sur la mort des otages À
. Devant le Conseil de guerre |
Genton, Fortin et François comparurent devant le deuxième conseil de guerre.
Seul, Genton fut condamné à mort. François eut les travaux forcés à perpétuité. Fortin, dix ans de bagne.
FN La cantinière Lachaise, qui avait, dans la matinée, désigné Beaufort à la foule, se faisant, inconsciemment, l’inspiratrice de la grande tragédie de la Roquette, était également au nombre des accusés. On l’acquitta. On la reprit plus tard pour le procès Beaufort, et, cette
| fois, elle eut la mort, puis la commutation au bagne.
L Ce fut Lachaise qui perdit Genton, en affirmant qu’il était bien 1à au moment où elle avait tenté de détourner les hommes du 66° de la besogne de mort.
— Ah! Genton était là! dit victorieusement le commissaire du gouvernement, Genton était là. C’est ce que je voulais faire préciser.
— Mais pourquoi as-tu dit cela? lui demandait Fortin à la sortie de l’audience.
Elle, naïve et hébétée, ne sut que pleurer, comme elle } avait pleuré devant Beaufort, quand elle l’avait vu acculé au mur de la place Voltaire. jh |
— Mais, puisque c’est la vérité, répétait-elle entre
(eo) La femme, la « compagne » de François, eut une attitude très Ene était aux derniers jours de sa grossesse. Elle devint mère au cours des débats.
A June des audiences, en parlant de François, elle dit : « Mon ;
Le commissaire du gouvernement, le commandant Rustant, crut
On a lu plus haut lincident du sabre avec lequel | Sicard commanda le feu, sabre remis par Fortin à Sicard, à l’instant même où ce dernier devait faire le Cet incident était ignoré du président du conseil de guerre, le colonel De la Porte, et du commissaire du . gouvernement, le commandant Rustant. Divers témoins avaient bien fait allusion à la remise d’un sabre faite par un officier à un autre, mais ces té- moins se trompaient. Ils plaçaïent la scène de la remise du sabre au-dessous des cellules du bâtiment de l’Ouest, peu après l’arrivée des otages dans le premier chemin de ronde. A la dernière audience du procès — qui en compta treize — le président du conseil résolut de faire comparaître Sicard, dont le nom avait été prononcé par le té- + moin Jarraud, greffier de François à la prison, et de le confronter avec les accusés. Sicard, qui avait été arrêté, se trouvait dans l’une des prisons de Paris. On l’y retrouva, après maïntes recherches, phtisique, mourant. Il fut conduit à Ver- | | sailles, accompagné du commissaire Clément et de trois de son devoir de protester et le dialogue suivant s’engagea entre le commandant et la « compagne » de François : Le commandant. — Votre mari ? Zélie Grandel. — Oui. Mon mari ! Zélie Grandel. — Oui, monsieur. Mais mon mari ! Lt L’acte d’accusation portait: Fille Grandel, concubine de François.
ur peu de vérité sur la mort des otages agents, dans un fiacre, qui marchaït au pas. Arrivé, on le restaura et on l’amena à la barre du conseil. }
L’apparition de ce cadavre aux joues hâves, d’une maigreur effrayante, produisit sur les accusés et sur le conseil une impression poignante. Était-ce donc là celui qui, un pied déjà dans la tombe, allait faire jaïllir la
Sicard est assis dans un fauteuil qu’ont apporté deux
infirmiers. Il ne peut presque plus parler. Mais ses yeux brillent d’un extraordinaire éclat. C’est sur Fortin que se fixe son premier regard.
— Je tressaillis dans tout mon être, me disait Forün,
: quand je sentis attaché sur moi le regard de feu de À Sicard. Qu’allait-il dire dans cette confession suprême ? Un mot de lui, un mot de vérité, c’était pour moi le
poteau de Satory.
Sicard est confronté avec d’autres, avec le brigadier
À Ramain, avec le gardien Picon, avec François — qu’il ne veut pas reconnaître — avec Genton, avec ceux qui ont désigné un autre accusé, Pigerre, (1) comme lofticier qui a conduit le peloton d’exécution, avec le greffier Jarraud, qui le reconnaît, lui, Sicard, et qui sauve du même coup Pigerre.
Vient le tour de Fortin. Le commissaire du gouvernement insiste pour que-Sicard et Fortin soient mis en présence. Se douterait-il que toute la vérité est là?
— Levez-vous, Fortin, dit le colonel-président. Appro-
chez-vous de Sicard.
(1) Pigerre (J.-B.), commandant le 25° bataillon, antérieurement condamné, pour sa participation à l’insurrection, à la déportation dans une enceinte fortifiée (16 septembre 1871).
Fortin s’est approché. Il touche presque le moribond. ‘ — Sicard, dit le colonel, vous avez juré de dire toute la vérité. Vous connaissez Fortin ? Il est comme accablé. On dirait qu’il cherche à rassembler des souvenirs lointains, confus, dans son pauvre cerveau déjà figé par la mort toute proche. Il ne quitte pas Fortin du regard. Il fait un effort qui secoue dans le fauteuil trop large son corps débile. Il tourne enfin la tête avec un signe de dénégation. Non. Il ne connaît pas Fortin. Le président adjure Sicard. Il voit qu’il y a là un mystère terrible, et que ce mort va l’emporter dans sa Sicard penche la tête. IL semble se rendormir, lassé fl de l’effort qu’on lui a imposé. Il fait un nouveau et dernier signe de dénégation. C’est fini. Les deux hommes qui ont apporté le malade à la barre s’emparent du fauteuil, et avec mille précautions, comme on emporte un enfant endormi, ils emportent le colonel Sicard, celui qui a commandé le feu sur l’archevêque. ‘ les acteurs du drame Des personnages mis en scène au cours de ce récit, aucun ne survit. Ferré, qui signa l’ordre d’exécution; Genton, qui le porta à la Roquette; François, qui livra les prisonniers : Fusillé aussi Lolive, qui tira deux fois sur l’arche167
un peu de vérité sur la mort des otages vêque, et qui, après sa condamnation, disait à un de ses camarades de prison : « Je ne l’ai pas volé. » Morts : Sicard, qui commanda le feu; Fortin, qui lui prêta son sabre pour faire le geste fatal; Mégy, qui faisait partie du peloton.:(1) Morte la cantinière du 66° décimé à la Madeleine, | On n’a jamais su le nom du pompier qui s’offrit place Voltaire, et qui se plaça, le premier, bien en vue, tout ; près de Sicard, pour « venger son frère ». (1) Un de nos amis a connu à Londres l’un des hommes du ? peloton, Jouannin, mort, lui aussi. Jouannin, qui avait vingtans en 1871, servit, pendant les deux mois de la Commune,comme cuisinier à l’office du Palais de la Légion d’honneur. La défaite arrivée, il avait pris le fusil. Il passait place Voltaire quand le peloton se dirigeait vers la Roquette. Il se mêla aux hommes, et les suivit jusqu’au mur. Jouannin mourut il y a une dizaine d’années, à Moulins, sa ville natale. Sa famille lui fit faire des obsèques religieuses.
Si nous allions chercher Jecker (1)
Le vendredi 26 mai, peu après le lever du jour, la pluie se mit à tomber, fine et serrée, une pluie à traverser les os.
A la barricade de la place du Trône, les fédérés
Seuls, quelques hommes, conduits par un lieutenant, s’étaient portés en avant, vers Mazas.
(1) Un récit de l’exécution de Jecker a paru dans les Droits de l’Homme du 19 janvier 1877, sous la signature Z. Marcas, pseudonyme de notre regretté ami Eugène Razoua, député démissionnaire de la Seine à l’Assemblée de Bordeaux, commandant sous la Commune l’Ecole militaire, mort en exil, à Genève, en 1878.
Razoua tenait son récit d’un réfugié qu’il désigne sous le nom d’Armand, et que j’ai connu comme lui, à Genève. Cette version
- de la mort de Jecker, exacte dans ses grandes lignes, Razoua VPorna d’un cadre élégant, mais parfois inexact. Armand, de son côté, la tenait très probablement de l’un des cinq qui allèrent, le vendredi matin, prendre Jecker à la Roquette, car lui-même ne faisait pas partie de ce groupe.
Ces cinq sont : Clavier, commissaire de police du quartier Picpus-Bel-Air; Liberton, commandant du 275° bataillon; G., capitaine d’armement du 275°; B. et M., secrétaire du commissariat.
._ Clavier et Liberton sont morts. Les trois autres vivent (1907) et il m’est impossible de les désigner ici autrement que par des initiales.
un peu de vérité sur la mort des otages
La barricade était amplement pourvue de munitions.
Une vingtaine de barils de cartouches étaient rangés à l’écart.
Trois hommes donnaient des ordres aux combattants: Liberton, commandant du 275°; G…, capitaine d’armement au même bataillon, et Adolphe Baudoïn, lieutenant
Ce 275°, bien que tardivement formé, n’en prit pas moins une part très active à la lutte. Lorsque le 9 mars 1872, le Conseil de guerre jugea l’affaire dite de Saint- Éloi, dans laquelle Adolphe Baudoin fut condamné à mort et son frère Théophile aux travaux forcés à perpé- tuité, (1) le capitaine adjudant-major dudit 275, un Polonais, Mizgier de Turzina, accusé lui aussi, se présenta devant le Conseil, se soutenant sur des béquilles. IL n’était pas encore guéri d’une terrible
Les derniers préparatifs de défense étaient terminés.
On ne s’attendait pas à l’attaque avant le soir.
Les trois hommes que nous venons de désigner se dirigèrent vers le commissariat de police voisin, à la tête duquel était Clavier. Ils y trouvèrent ce dernier, causant avec un membre de la Commune de l’arrondissement, Géresme (2) et deux autres amis B… et M…
La conversation s’engagea sur la défense du Trône.
— C’est dommage que nous n’ayons pas de canons!
(1) Adolphe Baudoin qui, au moment où éclata le 18 Mars, était sous-officier d’artillerie de l’armée, fut fusillé à Satory le 6 juillet - 1872. Théophile Baudoin mourut au bagne de l’ile Nou.
(2) Géresme (J.-B.), membre de la Commune du douzième arrondissement.
— Des canons! répondit Clavier. Mais vous n’avez $ qu’à descendre au onzième. On vous donnera un ordre et vous irez les chercher au parc des Partants. ; Le parc d’artillerie des Partants était l’un des nombreux dépôts de canons répartis un peu partout dans à les points élevés des dix-huitième, dix-neuvième et vingtième arrondissements. Le parc des Partants était situé = dans un terrain vague que l’on atteignait en montant ; le chemin, aujourd’hui rue des Partants, qui part de la A rue des Amandiers et finit sur les hauteurs de Ménil- : Les six amis, Clavier, Liberton, Géresme, G… B… et M… descendirent le boulevard Voltaire. Adolphe Bau- : doin retourna place du Trône. Arrivés à la place Voltaire, Liberton et Géresme montèrent seuls à la mairie, où se tenaient encore quelques membres de la Commune. Clavier resta sur la place avec les trois autres. (2) Jusqu’ici, soit à la barricade du Trône, soit au com- | missariat, soit pendant le trajet vers la mairie, il n’a pas été question une seule fois de Jecker, ni d’aucun (1) Pour suivre ce récit, il est indispensable de se reporter à une carte du Paris de 1871. Ici, par exemple, le lecteur ne comprendrait pas, sans consulter une carte, pourquoi, pour atteindre les hauteurs de Ménilmontant, on passe par la rue des Partants. Cette rue, ce « chemin », comme on disait alors, était la seule voie d’accès à ces hauteurs. L’avenue Gambetta, qui longe le côté nord du ï Père-Lachaise, a été percée après les événements. (2) Dans le récit des Droits de l’Homme, c’est Clavier, désigné sous le nom de « l’homme », qui apporte de la mairie l’ordre de fusiller Jecker. C’est une erreur. Clavier n’est pas monté à la 5
un peu de vérité sur la mort des otages ; Le nom du banquier mexicain (x) est prononcé pour la ; première fois par Clavier, on ne sait à la suite de quelle
lavant-veille, le mercredi soir ?
Pourquoi Jecker plus qu’un autre ? à
Clavier en a-t-il conféré déjà avec quelque ami?
Est-ce une détermination prise d’avance et dont il ne parle qu’en ce moment ?
: Toujours est-il qu’il se retourne brusquement vers la Roquette, et indiquant du doigt la prison : :
— Quand ils seront descendus, savez-vous ce que nous ferons? Eh bien! nous irons chercher Jecker!
— C’est une idée! répondit l’un. Mais, avant tout, il nous faut nos canons pour le Trône!
— Et nous allons le fusiller, ce « crapulos », appuya
- Clavier avec un geste de menace. (2)
À cet instant, Liberton et Géresme redescendaient, porteurs de l’ordre de prendre des canons aux Partants. |
Clavier leur fit part de sa proposition d’aller chercher Jecker pour le fusiller.
Géresme protesta et quitta le groupe.
@) Dans tout ce récit, nous désignons Jecker sous l’appellation de banquier mexicain. J.-B. Jecker, dont le nom était devenu cé- lèbre à la suite de ses opérations financières au cours de la campagne du Mexique, était d’origine suisse, né en 1810 à Porrentruy (canton de Berne).
(2) Lissagaray, si bien renseigné d’habitude, se trompe, lui aussi,
j quand dans son Histoire de la Commune (édition Dentu), il dit que Jecker fut conduit à la mort par Genton, François, Bo… et CI… Ges deux derniers faisaient bien partie des cinq, mais ni François ni Genton, n’étaient là.
FR | L’ordre de retirer les canons du parc des Partants fut porté au Trône par un fédéré. Ordre bien inutile. Le
; parc était évacué depuis huit jours. | les cinq à la Roquette
Les cinq hommes que nous désignerons encore une Nes fois, car tout le monde s’est jusqu’ici trompé sur leur identité — Liberton, Clavier, G…, B… et M… — se dirigèrent vers la prison, par le chemin qu’avaient suivi L le mercredi soir Genton et Fortin, porteurs de l’ordre É d’exécution des six otages. Le Ce fut Clavier qui sonna à la porte.
— François est-il là? demanda-til aux hommes du À Sur une réponse aflirmative, tous cinq entrèrent dans . à la cour et ensuite au greffe, où était François. Après échange de poignées de main, tous étant de | vieux camarades de luttes politiques : E — Tu as ici Jecker? demanda Clavier. ‘ — Eh bien! nous venons le prendre. J — Vous avez des ordres ? ; F — Ne t’occupe pas de cela. C’est notre affaire. ; Et comme François résistait, temporisait, Liberton et ; G… tirèrent leurs revolvers, et, sans mot dire, les Ë placèrent sous le menton de François. : — Tu n’as plus d’observation à faire? demanda ironiquement Clavier. Allons! qu’il descende vite! 8 — Vous me donnerez un reçu? reprit encore Fran-
un peu de vérité sur la mort des otages LS Clavier écrivit un reçu de la remise du prisonnier, 1 reçu qu’il déposa sur la table du greffe. | François donna l’ordre d’extraire Jecker de sa cellule, : la cellule 28. La figure inquiète, il tournait et retournait dans ses doigts le reçu de Clavier. — Une désagréable surprise pour ce pauvre Jecker! dit-il à demi-voix. Hier encore, il me proposait un million pour s’évader. (1) La porte de l’escalier qui conduisait au corridor du premier étage du pavillon Ouest, où était Jecker, s’ouvrit. La redingote serrée à la taille, boutonnée jusqu’au menton, les cheveux coupés ras, la barbe grisonnante soigneusement taillée, correct, Jecker avait le visage | grave, avec une légère pâleur. ; Il ne se faisait certainement aucune illusion sur le sort qui l’attendait, se sachant désigné pour la mort. A l’un de ses compagnons de captivité qui cherchait à : le rassurer, il avait confié qu’il était poursuivi par une haïne violente, étrangère à la Commune, et que cette haine ne le laisserait pas sortir vivant de la prison. Jecker était donc tout préparé à la mort. Ce fut d’une voix ferme qu’il répondit au semblant d’interrogatoire que lui fit subir Clavier, dès qu’il fut entré dans la salle du greffe. ; , (r) Ici, comme partout, j’enregistre purement et simplement ce qui s’est dit. G… m’a affirmé que telles avaient’été les paroles de François, mais qu’il n’ajoutait aucune foi à son dire. 176 9
Clavier questionna le prisonnier pendant un grand k s quart d’heure. Il lui reprocha « l’immense fortune »
E acquise dans les spéculations mexicaines.
Jecker ne répondait pas, faisant seulement de la tête quelques signes de dédaigneuse dénégation.
— Mais enfin, dit Clavier, cette fortune, vous l’avez! Où est-elle ? Où l’avez-vous cachée ?
Jecker continua de protester, avec calme.
— Je n’ai rien, répétait-il. Rien. C’est moi qui ai été volé. Je dois des millions à mes créanciers, et c’est pour tenter la fortune que je voulais retourner à Mexico. (1)
- — Alors, reprit Clavier, comment faites-vous concorder vos déclarations actuelles avec les offres d’argent que vous faisiez hier encore à François ? — Mais, répondit brusquement Jecker, je n’ai jamais | fait d’offres à personne, pas plus à M. François qu’à
— François vient de me dire à l’instant que vous lui
aviez offert un million pour vous faire évader. | Jecker haussa les épaules.
— Je vous répète que je suis pauvre. Je n’ai rien, rien. Comment voulez-vous que j’offre un million !
$ L’interrogatoire prit fin.
— Allons ! En route ! dit Clavier.
Les six hommes sortirent de la prison.
e Jecker marchait, toujours grave, le chapeau haut de forme sur la tête, impassible.
() Jecker fut arrêté à la préfecture de police le 10 avril, il venait demander un passeport sous le nom de Ycre. Le chef du bureau des passeports, Charles Riel, lui ayant posé quelques questions, Jecker se troubla. On le conduisit devant Rigault, et là, il avoua qu’il était Jecker.
un peu de vérité sur la mort des otages LIRE Le commandant Liberton, revolver au poing, précé- dait le groupe. — Où allons-nous ? demanda quelqu’un. — Allons aux Partanis! répondit Clavier. Comme cela, nous verrons si l’on a envoyé nos canons au Trône ! Après avoir suivi la rue de la Roquette, $usqu’au Père-Lachaise, et longé ensuite le boulevard de Ménil- - montant, on s’engagea dans la rue des Amandiers, étroite, bordée de maisons grises, avec des échappées sur le Paris des faubourgs, vitrages d’ateliers pauvres, cheminées d’usines, jardins entourés de murs galeux. Malgré l’heure matinale, des fédérés, des femmes, Ë des gamins, sont sur le pas des portes, à l’entrée des On dévisage le prisonnier, dont la tenue correcte, l’attitude sévère, augmentent la curiosité, — Où allez-vous ? - Et quand ils apprennent que cet homme, entouré si étroitement, est « l’homme du Mexique », celui dont le nom a si souvent frappé leurs oreilles, Jecker, le fameux Et üls suivent, le fusil sur l’épaule. — ]1 nous fallait, me disait G…, refuser du monde ! Augmenté des hommes « de bonne volonté », le cortège arriva au coin du chemin des Partants. Le chemin des Partants, dont la physionomie na
point changé, est une sente étroite, rapide, avec des
- bosses et des heurts, des angles et des courbes, tout
cela bordé de terrains incultes, mystérieux.
Jecker était muet, comme absorbé.
On marchait depuis plus d’un quart d’heure.
Cest bougrement loin! dit M., quand on arriva rue
Jecker ne broncha pas.
On fit halte une seconde.
— Allons jusqu’au bout! dit lun des hommes. Vous savez bien qu’il nous faut aller au parc.
On obliqua à droite, vers la rue des Basses-Gâtines, (2) que l’on monta jusqu’à la rue de la Chine.
Le parc des Partants était tout près. On pouvait maintenant se débarrasser du prisonnier.
Le « mur » de Jecker À
Bordant la rue de la Chine, à gauche, courait un vieux mur au bas duquel était creusé un fossé.
Ce mur existe encore (1902). Le fossé a été comblé pour l’établissement de la chaussée actuelle.
De l’autre côté du mur, un terrain aujourd’hui en
(1) Aujourd’hui rue des Pyrénées.
(2) Il y avait alors deux rues des Gâtines, la rue des HautesGâtines (aujourdhui rue Orfila) et la rue des Basses-Gâtines (aujourd’hui rue des Gâtines). Le mur contre lequel fut adossé Jecker est donc actuellement à l’angle de la rue des Gâtines et de la rue de la Chine. L’hôpital Tenon, la mairie du vingtième et le square qui les sépare aujourd’hui, wexistaient pas en 1871. Les terrains sur lesquels ils sont construits étaient un ensemble de jardins et de petites rues.
un peu de vérité sur la mort des otages
contre-bas, où s’élevaient de rares constructions et où campait une compagnie de fédérés. ‘
— Mettons-le là ! dit Liberton. ki
On fit quelques pas, deux ou trois.
Jecker était toujours silencieux.
11 ne chercha pas une phrase, pas un mot,
— Descendez ! lui dit Clavier.
Jecker descendit au fond du fossé.
per . Liberton se plaça à deux pas du prisonnier, le revol-
ver braqué sur la tempe de Jecker.
Une quinzaine d’hommes se mirent en face, l’arme en
à Les autres relevèrent l’arme.
Une bande de gamins, affreuse vermine de la rue, s’abattit sur le cadavre. (1)
— Qué qui faut en faire? demanda de sa voix trainarde un des horribles mômes.
— Laissez là « cette charogne »! (2) dit Clavier,
3 courroucé, chassant du geste la horde des gamins.
(x) Maxime du Camp (Conoulsions, I, & édition, page 277) dit que François « fouilla le cadavre, prit le portefeuille et le porte- « monnaie ». Or, François n’était pas là.
(2) Nous répétons le mot tel qu’il nous a été rapporté par l’un des acteurs du drame. Voir aux Annexes, note VI, page 229.
Jecker venait de tomber, quand deux hommes, attirés . par les coups de feu, arrivèrent en courant.
L’un de ces hommes était Émile Gois, président de la cour martiale qui avait siégé rue Sedaine, lors du jugement du capitaine de Beaufort.
Goïs était en uniforme de colonel fédéré, sabre au ! côté, revolver à la ceinture. L’autre officier, C..…., en vareuse de fédéré et képi de capitaine.
— Nous étions à côté, chez un marchand de vins des Partants, en train de manger un morceau. Nous avons entendu les détonations….
Et, fixant le cadavre :
— Qui est-ce? Un mouchard? demanda Gois.
| — C’est Jecker, | — Jecker !.. Où l’avez-vous été prendre ? — A la Roquette.
un peu de vérité sur la mort des otages — Mais, si nous allions en chercher d’autres, à la Roquette!… Des curés… Des gendarmes… (1) Personne ne répondit. | — Nous prendrions avec nous une compagnie d’Enfants Perdus… Ça y est-il? Et puis, j’ai aussi mon Ce que Gois appelait son peloton d’exécution, était une compagnie, formée par lui, composée d’hommes choisis, triés parmi les plus violents et destinés à exécuter les sentences de la cour martiale qu’il présidait, Ces hommes portaient au képi une large bande Les Enfants Perdus, placés sous les ordres d’Eudes, \ se reconpaissaient à leur costume vert foncé, pantalon à la zouave du même ton, serré au bas dans des guêtres de cuir. Comme coiffure, un chapeau mou, dit garibaldien, et plume de coq. | ‘ — Il faut aller demander l’avis d’Eudes, dit quelqu’un. Il doit être au secteur. (à) Maxime du Camp (Conoulsions, 1, & édition, page 5or) dit que ! Gois avait reçu de la Commune un ordre vague, ne désignant personne nominativement, « prescrivant au directeur du Dépôt des condamnés, François, de remettre à qui de droit les gendarmes détenus à la Grande Roquette et tous les otages que le peloton d’escorte pourrait emmener ». Cet ordre vague n’a jamais existé que dans l’imagination de M. Maxime du Camp. Là aussi, comme dans ses récits de la mort maintes fois faussé compagnie à la vérité. « Gois monte à cheval. » (page 307) Ranvier dit à Gois à la mairie de Belleville: « Va me 7 fusiller tout cela aux remparts. » (page 310) Autant d’inventions, 5 sans oublier la fameuse vivandière à cheval, vêtue de rouge et le LR sabre à la main ! Ce n’est pas de l’histoire que fait Maxime du Camp, c’est du roman.
Le « secteur » était rue Haxo, au numéro 81, en face de la rue des Tourelles, à quelques cents mètres des fortifications, tout en haut de Belleville. Pendant les six mois du siège, un petit pavillon y avait servi de bureau
Nombre d’ofliciers fédérés, C.…, entre autres, étaient venus au rapport dans la salle basse de cette bicoque grise, sur le bord d’un grand jardin tout en arbres et en
A ce secteur, s’étaient donné rendez-vous, ce vendredi 26 mai, divers membres de la Commune et du
Rue Haxo, Eudes écouta ce que lui dirent Gois et G…, l’un des cinq de Jecker, qui l’avait accompagné. Mais quand Gois demanda à Eudes ses Enfants Perdus, ce dernier eut une hésitation :
— Vois s’ils veulent venir avec toi! dit-il à Gois, mais, pour moi, je ne leur donne aucun ordre.
Goïs ne se découragea pas pour cela. Il quitta Eudes, racola, avec G.., une vingtaine d’Enfants Perdus, trouva, dans la foule des combattants en retraite, une dizaine d’hommes de son peloton d’exécution, et, accompagné de cette escorte, une trentaine d’hommes
(1) L’enceinte de Paris avait été, au commencement du siège, divisée en neuf secteurs. Le 2° secteur (Believille), comprenant les bastions 12 à 24, de la route de Montreuil à la route de Metz, et les portes de Montreuil, Bagnolet, Ménilmontant, Romainville, Saint-Gervais et Pantin, d’un développement de 40 kilo-
. mètres, était commandé par le général Callier. Le quartier géné- ral était rue Haxo, 99.
(2) C’était ce qu’on appelait la Cité de Vincennes. Aujourd’hui une Société civile a acquis le terrain, et, au-dessus de la porte d’entrée, on voit resplendir, en lettres dorées, ce titre : Villa des
un peu de vérité sur la mort des otages en tout, il redescendit avec G. vers le Père-Lachaïse et la Roquette, où l’attendaient depuis de longues heures ses compagnons. Ces préparatifs avaient pris toute la matinée. Il était déjà deux heures quand les cinq exécuteurs de Jecker, Goiïs, C… et leur troupe armée, se présentèrent à la
La scène du matin se renouvela.
A François, qui se présenta, Goïis dit brusquement :
— Nous venons chercher les otages ! à
livrerai personne sans ordre. C’est déjà assez de Jecker. Qu’en avez-vous fait ?
M. et G. tirèrent leurs revolvers, qu’ils mirent encore une fois sur la gorge de François :
— Allons! dit Gois, donne les listes.
Et il ajouta, fixant François immobile :
— Et cette fois, il m’en faut cinquante! NA
François eut un sursaut d’épouvante,
— D’abord les curés, reprit Gois, sans lever les yeux des listes qu’on avait apportées. Et, écrivant sur une feuille volante les noms qu’il choisissait.. les Jésuites. ceux de Picpus… Maintenant les gardes de Paris… Et puis, avant tout, les quatre mouchards… à
François avait relevé la tête. l
— Oui, disait Gois. Ah! je sais bien que tu voudrais en sauver un… Mais, sois tranquille, j’ai l’œil dessus…
Et, ce disant, Gois tenait son regard, fixe et dur,
\ attaché à une table, derrière laquelle, assis, écroulé,
cherchant à dissimuler son visage, était un homme, l’un des quatre. Cet homme s’appelait Greffe. IL était ami de Fran- 0 — Ajoute donc à la liste, dit Gois à François, les quatre noms que tu connais bien : Largillière, Ruault, | Greffe et Dereste. — Greffe! ‘s’exclama François. Mais pourquoi lui! — Tu me le demandes! Prenäs garde à toi! Je sais que tu l’as déjà fait fuir. Mais cette fois, il n’échappera plus… Assez de paroles. Fais descendre tout cela. — Mais, objecta encore François, où les conduis-ta ? — Que t’importe ! Allons ! fais vite copier la liste. Et La liste recopiée au greffe, Goïs la parcourut, la confronta avec celle qu’il avait dressée, compta encore une fois les noms. Un quart d’heure après, les otages voués À à la mort étaient réunis dans le préau central. Trente-six gardes de Paris, la plupart faits prisonniers au 18 mars, dix prêtres et réguliers, quatre civils. () Plusieurs tête nue. Quelques-uns, qui croyaient à un simple changement de prison, portaient à la main leurs hardes nouées dans un foulard. % Un gardien fit l’appel. Les cinquante prisonniers, sur () On avait, à la vérité, fait descendre trente-sept militaires, / mais lun d’eux se cacha et fut sauvé. Presque partout, on lira qu’il y avait onze prêtres ; cest une erreur, ils étaient que dix. £ Avec les quatre civils, cela fait cinquante. Un témoin et acteur du drame, que nous avons consulté, se souvient très nettement de ce chiffre de cinquante, en premier lieu parce qu’il a compté lui-même les otages à la Roquette, et aussi parce qu’il a assisté, avant la fusillade, à leur partage en cinq groupes de dix dans la cour où ils attendaient.
un peu de vérité sur la mort des otages un ordre bref de Goïs, se dirigèrent vers l’entrée de la prison. Placés sur les deux côtés de l’allée d’arbres où se trouvaient, avant leur enlèvement, les cinq pierres de la guillotine, (1) les Enfants Perdus attendaient, Le cortège, qu’avait entouré, dès la sortie, une foule menaçante, prit la direction du Père-Lachaise. — Où allez-vous? criait-on à ceux qui avaient pris la tête de la colonne ? Conversation à la prison Il s’en était fallu de peu que la Roquette vît se renouveler la scène tragique du mercredi. Pendant que les gardiens faisaient l’appel des victimes, Gois et ses compagnons discutaient dans la cour. — Où allons-nous les conduire ? dit l’un d’eux. Personne n’y avait encore songé. y Celui qui venait de poser cette question continua : — Je serais d’avis que l’on se débarrassât des curés ù tout de suite. — Que veux-tu dire ? — Je dis qu’il faut fusiller les curés ici, ainsi que les quatre de la police. — Parce qu’ils nous gêneront plutôt quand nous serons (x) Les dalles, encastrées dans le pavé, sur lesquelles s’appuyaient les bois de justice au jour des exécutions capitales, avaient été arrachées le 6 avril 1871. François les avait fait transporter chez lui, 17, rue de Charonne, où il avait sa boutique d’emballeur. Elles s’y trouvaient encore à la date du 14 janvier 1872. François fut fusillé à Satory le 24 juillet 1872.
dehors. Nous pouvons, en effet, dire à la foule qui va nous entourer, que les militaires — les gardes de Paris — que nous escortons sont des prisonniers faits à l’armée de Versailles. Cela pourra produire quelque impression sur les combattants, leur faire croire que nous sommes vainqueurs, où tout au moins que notre cause n’est point irrémédiablement perdue ; tandis qu’en ce moment tout le monde croit à la déroute… Je vous dis que l’on peut | ainsi donner du courage à ceux qui désespèrent… Si vous êtes de mon avis, vous voyez bien qu’il ne faut pas emmener les curés, ni les mouchards… Nous allons en finir avec eux ici même, avant de quitter la prison.
Les autres écoutaient sans mot dire.
— Bah! dit Gois, il vaut bien mieux leur régler leur
Quelques minutes après, on se dirigeait vers le PèreLachaise et Belleville.
les quatre otages civils |
Les quarante-six otages, prêtres et militaires, vont périr emportés dans la tempête révolutionnaire, victimes anonymes qu’aucune haine personnelle ne poursuit. Il n’en est pas de même des quatre otages civils, de trois : d’entre eux du moins.
Pendant tout le trajet de la prison au mur contre lequel ils seront adossés, on ne les quittera pas un seul instant du regard. C’est le revolver braqué sur la tempe qu’ils seront accompagnés. Quand les derniers coups de feu auront éclaté, on fouillera le bloc sanglant pour s’assurer qu’ils sont bien là et que pas un n’a échappé.
| un peu de vérité sur la mort des otages
Quels étaient ces hommes ? Pourquoi cette haïne
Pour ceux qui les menaïent à la mort, le crime des .
quatre otages civils était d’appartenir à la police, avec
cette circonstance, particulièrement aggravante pour
trois d’entre eux, Largillière, Ruault et Greffe, qu’ils
étaient accusés d’avoir trahi leurs compagnons de luttes
politiques en s’enrôlant parmi les agents de la police
On n’avait certes aucune trahison à reprocher à l’officier de paix Dereste. Son crime était « d’avoir fait son devoir ». Il avait été mêlé à toutes les affaires politiques
à de la fin de l’Empire. Secrétaire du fameux chef de la police politique, Lagrange. C’est pour cela seul qu’il avait été choisi.
Largillière, vieux combattant de 1848, avait été, pour
sa participation à l’insurrection de Juin, condamné aux travaux forcés. Il fut gracié. Il figura parmi les accusés du procès de la Renaissance (décembre 1866 — janvier
; 1867) à côté de cette jeunesse qui devait, pour une bonne part, être de la Commune.
Ruault parut dans le procès dit de l’OpéraComique. (1) Il était lié avec Delescluze. Un de ceux
( ») Les débats du procès dit de POpéra-Comique se déroulèrent du 9 au 16 novembre 1853, sous la présidence de Zangiacomi. Dans son réquisitoire, le procureur général Rouland dit à propos de
« Ruault ! Pourquoi discuter ? Il est mêlé à tout. Il a tout organisé. Conspirateur rusé, tenace, sombre, il est impassible, il oppose
} une dénégation absolue aux charges qui l’écrasent. Il est l’un des plus coupables. Qu’il soit sévèrement frappé par votre justice |! »
Ruault fut condamné à la déportation.
. Lorsqu’Albert Fermé publia, en 1869, son livre des Conspirations du second Empire, Ranc, qui avait été des accusés dans le complot de l’Opéra-Comique, lui écrivait: « Après quinze ans, je vois
qui l’avaient connu et estimé, et qui était bien loin de
se douter de la vérité, pleura, m’a-t-on dit, quand il
apprit la terrible accusation qui pesait sur Ruault.
Greffe avait, dès 1861, inauguré, avec quelques jeunes, la campagne des enterrements civils. Il était le plus ardent et il amenait chaque jour de nouvelles recrues. Protot, (1) le délégué à la justice de la Commune, qui en était alors à ses premières armes, me disait tout récemment encore ses impressions sur Greffe, comment, sous couleur de faire des néophytes, il avait entouré, cerné de gens suspects ses jeunes amis.
Comment fut connue la trahison de ces trois hommes, comment ils furent arrêtés et écroués à Mazas, Emile Giffault, (2) qui joua à la Préfecture de police, près de Raoul Rigault, un rôle de confiance, et qui fut chargé de s’assurer de Largillière et de Ruault, me l’a raconté. « Voici son récit, dans ses curieux et poignants détails.
Largillière, Ruault et Greffe
Dans le courant d’avril 1871, Émile Giffault songea à examiner de nouveau (des recherches avaient déjà été faites après le 4 septembre) les papiers que pouvait encore les bancs de la Çour d’assises, je vois, assis entre deux gendarmes, Joseph Ruault, un caractère stoïque, une âme impassible.. »
Quelles mystérieuses et atroces misères ont conduit ce fier combattant aux infâmes besognes qu’il paya d’une mort, hélas méritée!
(1) Protot (Eugène), membre de la Commune (onzième arrondissement), délégué à la Justice (17 avril), membre de la Commission
(2) Giffault (Emile), commissaire de police attaché au cabinet du délégué à l’ex-préfecture de police. Condamné aux travaux forcés
un peu de vérité sur la mort des otages US avoir laissés dans son cabinet le chef de la police
Le cabinet de Lagrange était situé dans les vieux bâtiments, assez loin du bureau du délégué de la Commune.
Lorsque Giffault pénétra dans le cabinet de Lagrange, le foyer de la cheminée était encore plein de papiers presque entièrement consumés, qui étaient les fameuses fiches au moyen desquelles il était possible de retrouver les noms des agents secrets. Quant au casier A. S. (Agenis Secrets), il était entièrement vide. En fin limier, Lagrange avait garé tout son monde.
On ouvrit les autres casiers. Nombre de pièces sans importance y étaient entassées en désordre, comme si on les eût replacées après avoir fait un tri des plus précieuses. Le tout fut porté au cabinet de Raoul Rigault. Elles devaient dévoiler quelques secrets.
Quand on les dépouilla, on trouva d’abord plusieurs
lettres au bas desquelles on crut reconnaître la signature de Largillière. Ces lettres paraissaient être entièrement de sa main. l’une d’elles était une demande
Raoul Rigault signa immédiatement un mandat
Mais où le rencontrer ? Aucune nouvelle de lui depuis le 4 septembre. On savait seulement qu’il habitait
On eut l’idée de chercher sur les états de la garde nationale, qui révélèrent son inscription dans une com-
pagnie sédentaire du 47° bataïllon. La compagnie était de garde au ministère des finances.
dans le poste du ministère, il vit Largillière, qu’il connaissait pour lavoir souvent rencontré dans les réunions de l’Empire, étendu sur un lit de camp, fumant tranquillement sa pipe.
Giffault fit un signe. Largillière se leva. Les deux
— Rigault te demande à la préfecture.
Largillière avait pali.
Deux agents en bourgeois s’étaient approchés. Largillière comprit.
— Encore des calomnies! s’écria-t-il. Je sais que j’ai des ennemis qui ont déjà voulu faire croire que j’étais : de la police.
Giffault ne répondit pas.
Une voiture stationnait. Largillière y monta avec Giffault et un agent, l’autre sur le siège.
Pas une parole ne fut échangée pendant le trajet. )
Ârrivés à la préfecture, tous quatre montèrent au cabinet de Rigault.
Rigault était assis devant son bureau, la lettre de
— Tiens, lis, dit Rigault au prisonnier. C’est bien ton
Largillière ne trouva pas une parole. Il était livide.
Sur un geste de Rigault, quaire gardes l’entourèrent. Un secrétaire timbra l’ordre d’écrou, tout prêt. Largillière fut conduit au Dépôt, et ensuite à Mazas, d’où il ne sortit que pour être transféré, avec les autres otages, le lundi 22 mai, à la Roquette. ;
En même temps que la lettre de Largillière, les dos-
un peu de vérité sur la mort des otages Me siers de Lagrange avaient livré des papiers qui semblaient tout aussi compromettants pour Ruault. (1) Un mandat d’amener fut lancé contre ce dernier. Giffault fut encore chargé de l’exécuter. | Ruault habitait Montmartre. On le retrouva comme on avait retrouvé Largillière. Il était inscrit, malgré son âge, dans un bataillon de marche, détaché à Lorsque Giffault le rejoignit, après s’être muni de nouveaux renseignements à l’état major de la place, Ruault | était à la barricade d’Asnières, proche de l’imprimerie Paul-Dupont, le long du chemin de fer. Ruault était étendu derrière les pavés. Inexplicable énigme! Cet homme, accusé par les siens, se bat et ne craint pas d’exposer sa vie aux postes les plus périlleux! A la Préfecture, ce fut en présence de Regnard (2) que se trouva Ruault. Regnard prit une des pièces, non signées, que l’on supposait avoir été écrites par Ruault. Il la tendit à Ruault qui resta silencieux, se contentant de hausser les épaules. à (G) Lors de sa comparution devant le conseil de guerre, Gaston Da Costa fit la déposition suivante : « En faisant des recherches à la Préfecture de police sous les ordres de M. de Kératry, nous reconnûmes (Rigault, alors commissaire central, et Da Costa), que Ruault était agent secret depuis 1857, à 200 francs par mois. Si nous avions voulu le faire fusiller sous la Commune, nous lPaurions dénoncé à son bataillon et il aurait été fusillé. Rigault interrogea Ruault le 16 mai. Il lui dit que s’il ne faisait pas de révélations, il serait fusillé le lendemain. Le lendemain, Ruault faisait des révé- lations, et l’affaire n’eut pas de suite. » (Gazette des Tribunaux. (2) Regnard (Albert), docteur en médecine, secrétaire général de la Préfecture de police. ÿ
On mit devant Ruault une feuille de papier blanc, et on lui dit d’écrire quelques lignes.
Ruault se mit à pleurer. Regnard abrégea la pénible scène. Da Costa signa l’ordre d’écrou.
Greffe avait été arrêté dans une circonstance tout au moins singulière. Il suivait l’enterrement d’un fédéré au Père-Lachaise, une pensée à la boutonnière — la libre pensée — quand il fut reconnu, conduit à la Préfecture ! de police et ensuite à Mazas.
Quand Greffe fut amené, le 22 mai, à la Roquette, en même temps que Largillière et Ruault, François le prit avec lui comme employé aux écritures, avec le projet de le faire évader. Déjà, à Mazas, il avait pu s’échapper. Fortin, le même qui reçut de Ferré l’ordre de faire fusiller l’archevêque, apprit que Greffe était retourné chez lui. Il alla le reprendre et le réintégra à la prison.
Les suprêmes efforts de François pour sauver Greffe de la mort échouèrent, comme on l’a vu, devant les injonctions menaçantes de Gois.
Jusqu’à la Mairie de Belleville
A peine les cinquante otages avaient-ils franchi la y porte de la Roquette, que la foule se répandit en malé-
Le cortège n’avait pas fait les premiers pas dans la direction du Père-Lachaise, qu’il fallait déjà protéger : les prisonniers contre les femmes qui leur jetaient des
Quand on tourna le coin du boulevard Ménilmontant, la rage qui couvait dans cette masse désordonnée,
un peu de vérilé sur la mort des otages — À mort! À mort! criait-on de toutes parts. A mort les calotins ! Des hommes se faufilaient à travers les rangs, cherchant à atteindre les otages et à les frapper. Ceux qui conduisent les prisonniers s’efforcent en vain de les soustraire aux fureurs de la foule. G. reçoit un coup de trique. M. est frappé d’un coup de crosse de fusil. . Au carrefour Oberkampf, au moment de s’engager dans la chaussée Ménilmontant, le cortège n’est plus : qu’une effroyable mélée, qui roule, emportée dans une clameur de cris et dans un cliquetis d’armes. Une barricade fermait la route. Elle arrêta la foule. Les quelques Enfants Perdus d”Eudes, une trentaine avec les hommes du peloton de Gois, pris le matin au secteur, cherchaient en vain à apaiser les colères. — J’ai bien cru qu’on allait les tuer tous là ! me disait l’un de ceux qui les accompagnaïient. Les hommes de la barricade, une cinquantaine du 74° bataillon, sous les ordres du capitaine Dalivous, (1) s’étaient rangés contre les pavés. — Peux-tu nous donner des hommes de renfort ? à — Je viens avec vous, répond Dalivous. Grossis d’une vingtaine de gardes et de l’officier, le cortège s’engagea sur la chaussée. Sur toutes les portes, à toutes les fenêtres, des groupes, menaçants ou curieux. (1) Dalivous (Louis), capitaine de la 3: compagnie du 74° fédéré. Condamné à mort, affaire Haxo. Fusillé à Satory, le 24 juillet 1872.
De toutes les rues qui s’ouvrent sur la vaste voie, des flots d’hommes, de femmes, d’enfants, viennent allonger la file.
Les clairons qui sont en tête commencent à sonner.
Couvrant les vociférations, ils sonnent à plein cuivre la marche populaire du siège :
Y a la goutte à boire là-bas.
En tête, marche Goiïs, en costume de colonel fédéré, à pied. Ceux qui l’ont accompagné à la Roquette sont en simples gardes, quelques-uns avec des képis galonnés de capitaine ou de lieutenant.
Clavier, le commissaire du douzième, est en vareuse de fédéré, la taille ceinturée de rouge, un képi sans galons sur la tête.
A côté de lui, marche une cantinière, toute jeune,
Viennent ensuite les gardes de Paris, en veston d’uni-
| forme, pantalon de treillis gris et képi. Quelques-uns
Les dix prêtres suivent, jésuites ou picpussiens, en
A la queue, les quatre otages civils. Largillière, gros, de taille moyenne, en capote verte de garde national, celle qu’il portait quand il a été arrêté au poste du : ministère des finances. Ruault, petit, trapu, en pantalon de velours bleu clair, blouse bleue, gilet de laine rouge, son costume de tailleur de pierre. L’oflicier de paix Dereste, droit, correct, pantalon et paletot noirs.
l’un de ceux qui les ont pris à la prison, C., le revolver
| 197
un peu de vérité sur la mort des otages { chargé en main, prêt à faire feu sur celui des quatre qui tenterait de fuir. — A la mairie ! crie une voix en tête. On était à ce moment au coïn de la rue de Puebla, | défoncée par les travaux d’ouverture de la nouvelle rue des Pyrénées. Une foule épaisse, avertie par les rumeurs et les cris, s’était éntassée là. — À mort! Qu’on les fusille ! Les femmes étaient féroces. — Cochons! criait l’une d’elles en fixant le groupe des prêtres. Cochons ! vous ne séduirez plus nos filles ! | Le mot exact ne peut être reproduit, malgré tout notre souci de la vérité. (1) Par la rue des Rigoles, on arriva à la mairie, alors É en face de l’église. Ranvier (2) était sur le seuil, le fusil sur l’épaule. Il vit venir de loin le cortège. Ù — Où les conduisez-vous? dit-il à ceux qui mar- $ chaient en tête, dès qu’ils furent arrivés près de lui. la place et s’engagea dans la rue de Paris, aujourd’hui la rue de Belleville. : Rue de Paris J’ai retrouvé, dans cette rue de Paris qui vit passer à les cinquante otages, un témoin de ces heures farouches. () Textuellement: « Vous ne b… plus nos filles ! » (2) Ranvier (Gabriel), membre de la Commune, vingtième arron- ; dissement. Membre du Comité de Salut public (2 mai).
Une après-midi, je parcourais ces quartiers, à la recherche des souvenirs des inoubliables jours, quand 14
j’avisai une pauvre boutique de brocanteur, s’ouvrant,
sur le trottoir étroit, à mi-chemin environ de la rue
Dans cette humble boutique, dont la porte grande
ouverte laissait voir un amoncellement de vieilles
choses, datant peut-être d’un demi-siècle, il me sembla
que devait flotter encore, au milieu des paperasses et
des détritus, le souffle des terribles jours de la semaine
Une femme était sur le seuil.
Qui sait? Jeune, déjà là, elle avait peut-être vu passer
les otages!
— Vous navez rien sur le Siège? dis-je, sur la Commune? Des gravures, des insignes.
Et, comme elle m’offrait, dans un carton, des caricatures de l’époque.
— Vous étiez à Paris. du temps de la guerre?
— Ah! oui, monsieur. Et je m’en souviens comme
— Et sous la Commune? +
— Oui, c’est sous la Commune que je veux dire.
— Alors, vous avez dû voir bien des choses ici. C’est
dans cette rue précisément que sont passés les otages
La langue de la boutiquière se délia. Je la guidais
dans ses souvenirs, l’interrogeant par-ci par-là sur un
fait douteux, une légende, un racontar, que j’avais l’occasion d’éclaircir.
— Je n’oublierai jamais ce jour, me dit la femme.
J’avais en ce temps-là une quinzaine d’années. Je vivais
un peu de périté sur la mort des OTA LES) VEN seule ici avec ma mère, veuve… Il était sur les cinq heures du soir quand les otages passèrent devant chez nous. Tout le monde avait fermé portes et volets. On avait, vous le pensez, été averti par des voisins, qui savaient déjà leur arrivée à la mairie.
« Bientôt, nous entendons une musique infernale.
Des clairons, des tambours. Puis de grands cris, et un piétinement comme si un régiment avait passé en courant.….
« Déjà, au coin de la rue, on criait : A mort!
« Nous entendions, tremblantes, collées derrière nos
« Et les clairons sonnaïent, sonnaient à casser les
« Je hasardai un regard en dérangeant les volets. Je les vis à une vingtainé de pas. ?
La dame s’était tue, sous l’impression du souvenir
— Il y avait une cantinière, en tête, lui demandai-je, une cantinière à cheval, avec un filet blanc sur sa coitfure? Vous savez… C’est ce qu’on raconta.
La dame reprit, sans répondre à ma question :
— Je vois encore défiler cette troupe, comme si elle était là, devant moi. Les gendarmes étaient en tête. Je voyais les larmes sur leurs joues… Un tout vieux curé. Puis, toute sorte de gens. Des officiers de la Commune, des hommes avec des costumes que je n’avais jamais
$ vus, des femmes avec des fusils, des enfants armés eux aussi. Des femmes qui étaient habillées en hommes, en costume de gardes nationaux…
Je crus le moment propice pour reparler de ma canti-
nière, la fameuse cantinière à cheval, habillée en zouave, dont parlent tous les récits. La dame rassembla ses souvenirs. — Non. Je ne me rappelle pas… Je ne vois personne à cheval… Non… Mais je vois encore, comme je vous - vois, un grand diable qui criait : Rentrez vos têtes ou je tire dessus. Vous pensez si je fermai le volet que « Pendant un quart d’heure j’entendis encore des À cris, des sonneries de trompettes. Des gens passaient, courant après le cortège. « Le soir, on nous dit qu’ils avaient tous été fusillés à la Cité de Vincennes. » Quand on arriva rue Haxo, il était six heures. Obéissant comme à la parade, les gardes de Paris s’alignèrent en silence. Le premier, dominant les autres de sa haute taille, un brigadier, la médaille militaire épinglée sur la poitrine. Les otages étaient rangés sur la chaussée, à l’endroit où la rue Haxo, montante depuis la rue de Paris, com- | mence à redescendre vers la rue du Borrego. À l’une des fenêtres d’une petite maison, en face de l’entrée du secteur, un groupe d’une demi-douzaine d’hommes, dont deux membres de la Commune, l’écharpe rouge sur leur costume civil. Piétinant dans la boue, combattants en uniformes, fé- } dérés ou corps francs, des femmes, des enfants grimpés sur les murs, des gardes assis à la porte des cabarets,
un peu de vérité sur la mort des otages | le fusil entre les jambes. Au milieu, serré dans la foule, un cavalier galonné. Un des officiers qui avaient pris, depuis la prison, la je tête du cortège, se tourna vers la fenêtre où se tenaïent les deux membres de la Commune, et, du sabre nu, fit
signe qu’il voulait parler.
A peine avait-il levé son arme, que dans cette foule désordonnée et hurlante, un silence se fit.
Tous les regards se dirigèrent vers la fenêtre.
Il s’adressait à Eudes, qui était là, coiffé du chapeau mou de ses Enfants Perdus.
— Ce sont là, dit l’officier, en se tournant vers la file
des prisonniers, les otages que nous sommes allés prendre à la Roquette.… Où faut-il les conduire?
— Cest toi qui les as amenés ici, répondit sèchement Eudes, déclinant, comme le matin, l’effroyable respon-
} sabilité. Je n’ai aucun ordre à te donner.
— Alors, file à droite. En avant! cria l’officier.
File à droite ! c’était l’entrée au secteur. < Un homme alla ouvrir une grille qui donnait accès à
une étroite et longue allée.
Une soixantaine de pas et les otages se trouvèrent rassemblés dans un terrain vague, bordé par un bâtiment à un seul étage surmonté d’un clocheton, audessous duquel courait un balcon en bois.
A quelques pas, les frondaisons vertes du jardin, et, à travers les feuilles, un haut mur noir.
Cette entrée au secteur ne s’était pas faite sans incidents. Appuyé contre le mur, à l’entrée, un homme d’une taille athlétique se tenait, injuriant, frappant les
prisonniers. Le fait m’a été confirmé par Avrial, qui ’ était là. En même temps que les otages entraient au secteur par l’allée, la foule envahissait le jardin. (1) Quelque chose lui disait-il, à cette foule exaspérée par la déroute, qu’une vengeance terrible allait lui être offerte, et qu’au pied de ce mur qu’elle regardait Ç depuis l’arrivée du cortège, les otages allaient être Un quart d’heure avant la fusillade, trois hommes, dont un membre de la Commune, Avrial, et deux journalistes, Lissagaray (2) et Alphonse Humbert (3) se ] trouvaient dans la salle du premier étage d’un petit | cabaret — le cabaret Debêne — au numéro 78 de la rue Haxo, face à l’un des angles du jardin sinistre, le coin de la rue du Borrego. L’un d’eux souleva le rideau, vit le jardin plein Dans la rue, les femmes, féroces, hurlaient. — Taisez-vous, leur criait Édouard Roullier (4) — un vieux de Juin et de Décembre — vous nous en ferez () On pénètre aujourd’hui dans le jardin par une porte située au numéro 79 de la rue; allée est au numéro 85, en face de la rue des Tourelles. (2) Lissagaray (Hippolyte), journaliste, directeur, sous la Commune, de l’Action et du Tribun du Peuple. () Humbert (Alphonse), journaliste, l’un des trois rédacteurs du Père Duchéêne. (4) Roullier (Edouard), cordonnier, membre de la Commission du travail et de l’échange (5 avril).
un peu de vérité sur la mort des otages | Déjà, à l’arrivée du cortège, les quelques membres 4 de la Commune qui se trouvaient rue Haxo avaient tenté de s’opposer au massacre.
Cournet (r) ceint son écharpe rouge et veut parler. On couvre sa voix. On le menace. :
Varlin (2) fait des efforts surhumains. Il propose à ses collègues et à quelques amis de se rendre au milieu de la foule, dans le jardin.
— Non, objecte Roullier. Il ne faut pas que l’on puisse dire un jour que les membres de la Commune étaient là.
Appuyé au mur du jardin, Vallès parle dans un groupe. Près de lui, Henry Fortuné, (3) en civil, Alavoine, (4) Arnold. (5)
— Hein! dit Arnold à Alavoine, ce n’est pas pour cela que nous faisions le Comité central!
A ce moment, les otages étaient poussés contre la grille du secteur.
Alavoine se précipite pour barrer l’entrée. Il se heurte à un fédéré à barbe blanche qui, se plaçant devant lui,
- lui ferme le chemin: f
— Voilà huit jours qu’on fusille les nôtres en tas! crie
(1) Cournet (Frédéric), député démissionnaire, membre de la Commune (quinzième arrondissement), délégué à la Sûreté géné-
€) Varlin (Eugène), membre de la Commune (sixième arrondissement), membre de la Commission des finances (30 mars), adjoint à la Commission de la guerre (6 mai).
(3) Fortuné (Henry), membre de la Commune (dixième arrondissement).
(4) Alavoine (André), membre du Comité central, administrateur de lImprimerie Nationale.
(5) Arnold (G.), membre de la Commune (dix-huitième arrondissement).
le vieux combattant. Et vous voulez qu’on épargne ces | Et, sortant son revolver, il le braque sur Alavoine.
Le spectacle que présente la rue Haxo est terrifiant. Quand les hurlements de la foule s’apaisent, on entend ; les détonations de la bataille toutes proches. Tout près, les fuyards se ruent à la porte de l’enceinte pour tenter de franchir les lignes prussiennes.
Mêlés au sifflement des balles et au déchirement des obus, on distingue — à dérision — les airs de valse que jouent, à quelque cent mètres du glacis de l’enceinte, les musiques allemandes.
Les otages sont entrés au secteur. Tout effort pour les arracher à la mort serait désormais vain. Il n’y a : plus, pour ceux que révolte cette inutile hécatombe, qu’à se rejeter dans la bataille, et à fuir loin du
Alavoine, qui a reconnu dans les groupes de la rue
‘quelques hommes de son arrondissement, le quatrième, trace à la craie sur le volet d’une boutique les mots :
Quelques hommes en armes, appartenant aux bataillons du quartier, s’y réunissent et se dirigent vers les barricades qui entourent les Buttes-Chaumont.
Varlin s’était remis à signer des ordres, à délivrer des bons et de l’argent pour les réquisitions, calme en
Soudain, les coups de feu éclatent.
— Je n’oublierai jamais cette minute poignante, me disait Vun des trois amis que j’ai nommés tout à l’heure. Pas un de nous n’osait se lever pour aller à la fenêtre…
La patronne du cabaret entra, tenant à la main le plat
un peu de vérité sur la mort des otages ” que nous lui avions commandé pour notre repas, un plat de lapin sauté. Elle s’arrêta, pâle comme une morte. Les larmes mouillaient ses yeux. Elle posa vivement sur la table le plat que ses mains tremblantes ne soutenaient plus. Elle se cacha la figure et se mit à
« Les coups de feu continuaient. Nous restions là,. muets, atterrés.. Enfin, nous n’entendîimes plus qu’un bruit confus, comme la fuite d’un régiment en déroute.
« Quand nous sortimes, la porte du jardin était ouverte. Je m’appuyai contre la clôture en barreaux qui longeaïit la rue du Borrego. Les arbustes brisés, le sol piétiné, semblaient avoir été ravagés par un ouragan.
« Au bas du mur, une masse effrayante, déjà à demi noyée dans l’ombre, qui était le tas de cadavres. » le massacre
Je sus plus tard comment s’était consommé le massacre. ;
L’un des acteurs du drame, l’un de ceux qui condui-
\ saient le cortège, me détailla, devant le mur même, la
Debout sur un petit mur bas, à quelques mètres dela haute muraille du fond, le capitaine Dalivous, sabre au clair, interpelle la foule.
Les fusils sont déjà abaïissés.
— Attendez! crie Dalivous. Ne tirez pas encore! | Attendez mon commandement ! |
A droite du mur, dans le passage qui relie le jardin à
la cour du secteur, on voit, à travers les branches, les pantalons des gardes de Paris et les soutanes des prêtres. Les militaires sont à quelques pas. Ils sont dix. L’officier fédéré qui me décrit la scène, C…, est là. IL montre du doigt le mur. Sans prononcer une parole, les gardes s’avancent, se placent face à la foule, en ligne. — Jamais! crie un maréchal des logis. - Maïs la foule a déjà trop attendu. Les fusils sont mis Cent coups de feu partent ensemble. Les dix prisonniers s’affaissent. A peine. sont-ils tombés, que dix aütres, appelés,
- On tire de tous les coins du jardin, au hasard, sans La fusillade est si désordonnée que les tireurs sont eux-mêmes blessés. Près de G., un homme a l’oreille entamée, un autre-le pouce emporté. Un otage, blessé seulement, se relève. Une fusillade — On les tirait comme des lapins ! me disait, en face du mur, en me désignant le coin sinistre d’où défilaient | les otages, l’un des exécuteurs. Les prêtres tombèrent après les militaires. Les quatre civils furent tués les derniers. (1) () Ruault fut tué l’avant-dernier. Cela ressort de la déposition dun témoin devant le sixième conseil de guerre. Grimpé sur le mur de la rue du Borrégo, ce témoin vit, jusqu’au dernier moment, Ruault, qu’on appelait dans son quartier « le père Joseph ».
un peu de vérilé sur la mort des otages
Quand tout fut fini, quand le tas ne remua plus, les Enfants Perdus, qui s’étaient placés au premier rang, remirent leurs fusils en bandoulière et quittèrent le
La besogne était terminée.
La foule redescendit vers la mairie, silencieuse, comme poursuivie déjà par le remords ou la responsabilité de leffroyable hécatombe.
— J’étais resté l’un des derniers, me dit l’ami qui m’accompagnait, toujours debout sur le petit mur, tout
près de Dalivous. J’étais comme cloué sur place. Tout | d’un coup, je sautai à bas et ne m’arrêtai que dans la rue… Je jetai un coup d’œil sur mon uniforme. Il était plein de sang, avec des éclats de cervelle.
Je regardai Pancien combattant.
— Vous n’y pensez pas, parfois ? lui dis-je.
— Pourquoi! Ce n’est pas un crime… Un acte de justice révolutionnaire, comme à l’Abbaye..
le compte des morts
Deux hommes étaient restés dans l’enclos désert, Goiïis et l’autre officier, C…
Le jour commençait à s’assombrir. Le ciel était
— Plus personne! dit Goiïs. Ah! ïls ont peur, maintenant, les lâches ! Pas un n’oserait rentrer ici.
Le spectacle était bien fait pour terrifier.
Ce tas de morts, au bas du mur, dans la terre rougie!
Gois sortit de sa poche un papier plié qu’il ouvrit lentement, et qu’il déposa sur le rebord du petit mur.
C’était la liste des cinquante otages qu’il avait pris à Les deux officiers s’approchèrent du tas des morts, À les soulevèrent, comme s’ils cherchaïent à les recon- : naître, à les identifier. — Nous cherchions les trois de la police, me disait C. Ils étaient bien là! Nous reconnûmes aussi le grand brigadier, mutilé, l’œil sorti de l’orbite… Ma parole, il avait été brave, et c’est le seul que j’aurais voulu voir Lorsque les morts furent étendus, ils les comptèrent. — Cinquante-et-un ! tu as bien compté, toi aussi? — Oui, cinquante-et-un. — Maïs alors ?.. Ma liste n’en porte que cinquante. | Et ils recomptèrent, un à un, craignant de se tromper encore. | — Voilà bien, dit Gois, dix curés. quatre de la police. trente-six militaires. Cela ne fait pourtant que Gois reprit sa liste, compta encore. celui qui est de trop Les deux hommes se regardèrent. Pendant la fusillade, lorsque, du coin du pavillon, à (1) Encore une fois, les otages pris à la Roquette étaient bien au nombre de cinquante. G., qui les a comptés à l’entrée au secteur, me l’a affirmé de la façon la plus formelle. Ceci pour rectifier les listes fantaisistes, toutes différentes, données jusqu’ici.
un peu de vérité sur la mort des otages
droite du mur, il assistait à l’exécution, à quelques pas
seulement des otages qui tombaient, un homme de
haute taille, spectateur venu là, on ne sait pourquoi et
on ne savait d’où, avait crié :
— C’est ignoble !
Il n’avait pas fermé la bouche qu’un canon de fusil, s’abattant sur l’épaule de C., visait l’homme à bout portant et lui fracassait la tête. l
Deux pas séparaient cette nouvelle victime du tas des morts.
On l’y poussa du pied.
Le cinquante-et-unième, l’inconnu, c’était cet homme.
— Il était revêtu, me dit C., d’un complet couleur
1 « merdoie », alors à la mode, une couleur tenant du vert et du jaune. Il avait l’allure militaire. On aurait dit un gendarme déguisé.
Ce cinquante-et-unième, dont la fin tragique allongea la liste des massacrés, devait avoir un compagnon. |
Au milieu du jardin, près de la vasque, alors pleine de gravats, gisait un autre cadavre, vêtu d’une vareuse de fédéré.
Comment avait-il trouvé la mort?
Par un coup de feu tiré au hasard, quand on visait les otages, « comme des lapins dans une clairière », ou dans des circonstances identiques à celle qui coûta la vie à l’homme au complet verdâtre?
Quand le compte des morts fut bien établi, Goïs et C. quittèrent le jardin lugubre.
Ils passèrent la nuit dans un garni voisin.
Au petit jour, Gois vint le chercher dans sa chambre.
— Si nous retournions à la Roquette? lui dit-il.
Mais C. montra son pied impotent.
Ils redescendirent vers la mairie de Belleville.
| Ce jour de samedi, pris de terreur à l’approche de
| * Varmée envahissante, redoutant des représailles terribles, si les vainqueurs butaient, dès l’arrivée, contre cette montagne de cadavres, des habitants du quartier résolurent de cacher le crime, au moins pour quelques
C’est ainsi que les morts furent précipités dans une fosse creusée pendant le siège au pied du mur.
On recouvrit de planches et de terre l’horrible trou.
L’odeur épouvantable qui s’échappait de ce charnier fit seule découvrir les morts.
Devant les juges
Sept condamnations à mort furent prononcées par le sixième conseil de guerre qui jugea l’affaire de la rue
François, qui avait refusé de livrer les otages ; Dalivous, un de ceux qui avaient commandé le feu; Bénot, (1) qui n’avait même point assisté au massacre et que perdit la déposition d’un de ses anciens officiers, k Victor-Clément Thomas, le propre neveu du général fusillé à Montmartre; Saint-Omer, qui y avait assisté, mais sans y prendre d’autre part; et trois petits soldats de vingt ans, Aubry, Trouvé et Racine, dont le grand
(1) Bénot (Victor), colonel du 1* régiment Bergeret. Condamné à mort, affaire Haxo, fusillé à Satory le 22 janvier 183.
un peu de vérité sur la mort des otages crime était d’avoir déserté le 18 mars et d’être entrés dans les rangs des fédérés.
Aucun de ceux qui avaient pris l’initiative du massacre ne fut poursuivi.
Leurs noms ne furent même pas prononcés au procès, sauf celui de Goïs, dans la dernière audience. (r)
Quand, la vérité connue, on relit les débats, on ne peut se défendre d’une sensation de véritable effroi.
Quoi! Tant de dépositions, d’enquêtes et de témoins, et pas une lueur de vérité!
Et les condamnations pleuvent quand même, frappant innocents et comparses, quand les vrais acteurs
François fut fusiilé à Satory, le’ 24 juillet 1872, en même temps que Dalivous, Aubry et Saint-Omer. Bénot i
f: devait attendre encore six mois avant de s’adosser, le
Trouvé et Racine, plus heureux que leur camarade Aubry, virent la peine de mort, à laquelle les avait condamnés le conseil de guerre, commuée en celle des travaux forcés à perpétuité. Un de nos amis les connut au bagne calédonien de l’île Nou. ;
Gois, Clavier, Liberton sont morts. Ceux que nous n’avons pu désigner que par une initiale vivent.
(1) A Paudience du 21 mars 1872 (la dernière), François se lève et fait la déclaration suivante :
« Pendant tous ces débats, on m’a souvent interrogé pour que je dise le nom de l’officier qui commandait le peloton venu à la | Roquette pour qu’on lui livrât les otages. Ni moi, ni ceux qui sont | accusés avec moi ne l’avons dit. Si j’ai cru devoir me taire pendant le procès, je crois que je nai plus de raison de le faire, maintenant que le conseil va prononcer sa sentence. Voici donc la vérité:
l’officier qui dirigeait le peloton était le commandant Goïis. »
Le pauvre Saint-Omer mérite une mention spéciale.
Saint-Omer n’était coupable que d’avoir assisté au massacre, comme tant d’autres.
Il fut dénoncé, arrêté et mis à la prison des Chantiers de Versailles, où un de nos camarades, accusé d’usurpation de fonctions — ce qui lui valut cinq ans de pri-, son, peine enviable en ces temps où le bagne guettait
- tout le monde — l’a connu.
« Saint-Omer, nous raconta son ancien Compagnon, était un homme d’environ quarante-cinq ans, à l’allure de Don Quichotte. Il était le propre fils du fameux SaintOmer, professeur, avec Brard, de calligraphie. Henri 4 Monnier rendit illustres les deux associés. Il avait été négociant à Cuba, et il était arrivé en France aux premiers jours de la guerre. Garde national, Saint-Omer s’était battu à Champigny et à Buzenval, où il fut porté à l’ordre du jour de son bataillon.
« Lorsqu’il fut compris dans le procès de la rue Haxo, où il avait accompagné ses hommes —il était capitaine — il devint inquiet. Nous croyions tous, au fond, qu’il serait acquitté, aucune preuve ne pouvant être invoquée contre lui. Aussi, ne lui ménagions-nous pas les frayeurs, ne pensant guère à l’issue fatale de sa comparution.
4 « — Omer, lui disais-je souvent, en supprimant le
Saint, par plaisanterie — Omer, tu mourras au plateau de Satory !
« La figure d’Omer s’éclairait d’un gros rire.
un peu de vérité sur la mort des otages 1 « — Moi fusillé ? clamait-il. Mais comment pourrait-on 5 me condamner. Je n’avais que ma canne à la maïn! » Dans ce récit du massacre, une silhouette se détache, d’une allure brutale, celle d’Émile Gois. Le président de la cour martiale de la Commune, Vorganisateur de la terrible exécution de la rue Haxo, était l’un des fidèles de Blanqui. D’une énergie farouche, d’une conviction déjà maintes fois éprouvée, Goiïs avait été, après le 2 décembre, transporté à Lambessa. Il était ami de Benjamin Flotte, dont nous avons prononcé le nom à propos des pourparlers entamés par la - Commune pour échanger les otages contre Blanqui, alors prisonnier au fort du Taureau. Ce fut chez Gois que se fabriquèrent une part des fameux poignards dont furent armés les blanquistes qui collaborèrent à léchauffourée de La Villette, le 13 août 1870. Quand l’heure de l’amnistie eut sonné, Goiïs, qui s’était réfugié à Londres, revint à Paris, où il se méla de nouveau au mouvement révolutionnaire. Il était alors comptable chez un marchand de vins en gros de la place des Vosges. Quelques années après son retour, la maladie le terrassait. Son intelligence s’était éteinte. Un de ses amis et des nôtres, Ledrux, qui commandait sous la Commune, avec le grade de colonel, le fort de Vanves, lui donnait ses soins. Il l’accompagnait dans les courtes promenades que le pauvre Gois pouvait faire encore. Parfois, le malade, entêté, se refusait à regagner le logis. La promenade, toujours la même,
comprenait une rue où se trouvait un poste de gardiens de la paix.
— Vois-tu — disait au malade l’ami qui le conduisait, en désignant les deux ou trois agents qui causaient sous la porte du poste — vois-tu, si tu ne veux pas rentrer, je vais aller le dire à ces messieurs, qui vont te prendre et emmener en prison…
Et le pauvre Gois — le farouche exécuteur de la rue Haxo — baissait la tête, apeuré, et se laissait doucement conduire à la maison, comme un enfant.
Le terrain vague, bossué de cailloux, qui vit le grand drame du 26 mai 1871, est aujourd’hui semé de gazon, coupé d’allées bien entretenues. La vasque du milieu est ornée d’un jet d’eau, sur lequel se jouent les arcs-en-ciel,
- et où s’ébattent, en secouant leurs plumes, de graves
Les grilles en bois qui fermaient l’enclos ont été remplacées par des murs en maçonnerie. Les arbres ont grandi. Le site est plein de fraîcheur et de vie.
Sur l’emplacement du jardin où furent parqués les prisonniers, on a bâti un patronage d’enfants. La bande joyeuse des gamins danse et rit, à cette même place où les cinquante otages attendirent la mort.
Le grand bâtiment à un étage, surmonté d’un cloche-
- (x) Écrit en 1898. Voir pour la disposition du jardin en 1851, à dé- faut de photographie de l’époque, une gravure de l’{Uustration Au
un peu de périlé sur la mort des otages ton, est toujours là, avec son balcon, d’où regardaient les officiers fédérés.
Le mur sinistre est tout noir. Le terhps a effacé les marques blanches qui étaient les éclaboussures des
Le jour où nous visitions, l’officier fédéré et moi, ce théâtre du massacre, le jardin était désert.
A peine la gardienne avait-elle ouvert la porte, que
} nos regards à tous deux se portèrent sur le mur. Fentrais là pour la première fois. L’officier revoyait, lui aussi, pour la première fois depuis 1871, ces lieux qui devaient lui rappeler de si poignants souvenirs.
Je regardai le visage de mon compagnon. Pas un pli ne ridait son front. ;
Brusquement, au détour d’une allée, apparurent trois prêtres, très vieux. Ils marchèrent lentement vers le
mur. Nous les vimes s’agenouiller.
Nous nous dissimulâmes, attendant, pour poursuivre ù notre visite, qu’ils se fussent éloignés.
Quand les trois prêtres furent partis, nous nous
A un mètre du mur, l’ouverture d’une fosse entourée d’une grille, autour de laquelle court un lierre, et que fleurissent des géraniums rouges.
Je jette un regard au fond de la fosse.
C’est là qu’ils furent entassés, tout sanglants.
Sur la haute muraille, nous cherchons la trace des
L’oflicier fédéré me retrace la scène. :
— J’étais là… Les otages arrivaient de ce côté…
Il parlait haut. Sa voix éclatait dans le silence.
J’entendis des pas sur le sable de l’allée.
Les trois vieux prêtres, que nous avaient cachés les arbres, étaient derrière nous. -
Avaient-ils entendu? Avaient-ils compris qu’ils se trouvaient en face de l’un des exécuteurs de la terrible journée?
Lorsque nous quittâmes le jardin de la rue Haxo, nu et dévasté au jour du drame, aujourd’hui ombragé et fleuri comme une nécropole italienne, avant que la porte se refermât sur nous, je me retournai une dernière fois vers le mur.
Et, par la pensée, il me sembla revoir le tas des fusillés, les uniformes et les soutanes, les faces sanglantes et les membres hachés. Je sentis involontairement mon cœur se serrer, une tristesse n’envahir. Et il me sembla aussi que d’autres morts se levaient, —
_ les nôtres, — ceux des infâmes cours martiales, ceux du Luxembourg, ceux de la caserne Lobau, ceux du square Saint-Jacques, ceux de Satory, qui marchaient en : longues files, venant par centaines, par milliers, se coucher au pied du mur, emplir le jardin, former une terrifiante montagne dont j’avais peine à voir le faîte, et sous laquelle disparaissaient les cinquante victimes du 26 mai
Page 125. — L’Histoire qui. se trompe)
M. Maxime du Camp n’est pas le seul qui, volontairement ou non, ait travesti les faits. Certains membres de la Commune eux-mêmes, dans les ouvrages qu’ils ont publiés, un peu hâtivement peut-être, se trompent
C’est ainsi que Lefrançais (Étude sur le mouvement écrit, page 334, à propos de l’exécution de l’archevêque :
Le mercredi 24 mai, vers cinq heures, nous apprîmes, Vallès, Longuet et moi, le drame qui venait de s’accomplir à la Roquette.
Sur des ordres donnés, nous dit-on, par deux membres de la Commune, dont on ne put nous préciserle nom, sans qu’il en * eût été parlé devant personne de nous, ni devant Delescluze, ni devant le Comité de Salut public, un certain nombre Sura, viennent d’être passés par les armes…
Tous renseignements pris auprès de tous, y compris Delescluze, nous fûmes convaincus qu’aucun ordre émanant de la mairie du onzième arrondissement n’avait été donné concernant cette exécution.
; un peu de périté sur la mort des otages ? Autant de phrases, autant d’erreurs. Fi DA
- Comment M. Lefrançais, si véritablement il s’est renseigné auprès de tous, si seulement il a été présent à la mairie, n’a-t-il eu aucune connaissance des pas et dé- L marches de Genton et de Fortin, ses amis, non plus que d: des deux ordres signés de Ferré? ê Monseigneur Sura au nombre des six otages du mer- 4 Lefrançais dit encore que c’est vers cinq heures qu’il apprit l’exécution, qui, d’après lui, aurait donc eu lieu entre quatre et cinq. Or, les otages, nous l’avons 2 montré, furent exécutés un peu avant huit heures. | Malon n’est pas plus exact dans sa Troisième 5 défaite du Prolétariat Français (Neuchâtel, 1831), : Dans cette journée du 26 (vendredi), écrit-il, furent exé- Les cutés de nouveaux otages à la Roquette. Aucun otage ne fut fusillé le 26 à la Roquette. Jecker fut fusillé rue de la Chine. Les cinquante otages de | l’après-midi furent conduits rue Haxo. d Lissagaray dans son Histoire de la Commune, Da Costa dans sa Commune Vécue, semblent ignorer les circonstances dans lesquelles Beaufort se mêla au mou- 2 Da Costa, parlant de Beaufort, dit : « .… le comte de #4
Beaufort, élégant et vigoureux jeune homme, venu, on ne sait comment, ni pourquoi, à la révolte ». Et, plus loin, page 453, « .… ce jeune homme, dont la | présence parmi nous est restée comme une énigme… » L”adhésion de Beaufort à la Commune s’explique faeilement par sa proche parenté avec Édouard Moreau, membre du Comité central. Dans ses Souvenirs d’un Communard, Lefrançais, cette fois bien renseigné, avait déjà raconté les incidents qui précédèrent la mort de Beaufort. | Lorsque nous arrivàmes au onzième, vers midi, une grande Nous rencontrons Delescluze sur l’escalier. Il interpelle vivement un homme d’une trentaine d’années, à la physionomie très intelligente, mais l’air très abattu. — Je vous en conjure, dit-il à Delescluze, tentez encore une fois de le sauver. — Nous venons de faire l’impossible, vous l’avez vu, sans Presque en même temps retentit une décharge non loin L’homme tressaille et se couvre le visage, éperdu. — Entendez-vous, répond Deleseluze. Voilà le résultat de vos menées contre la Commune. C’est vous et vos amis qui venez de tuer votre beau-frère. Le citoyen auquel s’adresse notre collègue s’éloigne atterré.
- — Qu’est-ce done ? demandai-je. Quel est ce citoyen ? — Vous ne le connaissez pas ? — C’est Moreau, du Comité Central. Les hommes du 166° viennent de fusiller de Beaufort, son beau-frère. |
- Beaufort était donc, d’après Lefrançais, lé propre beaufrère d’Édouard Moreau. Gouhier (voir note page 146) dit qu’il n’était que cousin du membre du Comité cen223 s
un peu de vérité sur la mort des otages . | tral. Cette parenté explique, dans l’un ou l’autre £as, l’adhésion de Beaufort à la Commune. der , D’après Lefrançais, Beaufort aurait été fusillé vers | midi. Il était certainement plus tard, deux heures très | probablement. Les hommes qui le fusillèrent faisaient partie du 66° bataillon, et non du 166°. © (Page 147. — Sur la prise du Panthéon) Voici l’épisode des journées de juin 1848 auquel je fais allusion à propos de la lutte autour du Panthéon. Il est consigné dans le Prologue d’une Révolution de Louis ù à | Ménard (page 162. Édition des Cahiers de la Quinzaine { L’insurrection s’était concentrée pendant la nuit dans le quartier Saint-Jacques, dans la Cité, dans les faubourgs Saint-Antoine, Saint-Denis et dans le quartier du Temple. Le tocsin sonnait dans plusieurs églises. Depuis le lever du soleil, on entendait sans interruption le bruit du canon et de la fusillade. Le Peuple s’était retranché dans le Panthéon et en avait fait son quartier-général sur la rive | gauche. Ce point fut le théâtre d’un combat acharné; le général Damesme y fut blessé et mourut quelques jours après. Le canon brisa les portes du Panthéon et renversa une statue colossale qui se trouvait à l’extrémité du monument. En écrivant que le Panthéon a été occupé « presque sans combat », j’ai éveillé, bien involontairement, les È susceptibilités de quelques anciens camarades de lutte du cinquième arrondissement.
Je tiens donc à dire ici qu’il n’est pas entré dans ma pensée de méconnaître les efforts et ia bravoure de ceux qui en défendirent les approches. Pendant toute la matinée et l’après-midi du mercredi 24 mai, la bataille fut acharnée rue Vavin, à la Croix-Rouge, place SaïintSulpice, place Maubert, place Saint-Michel, partout.
Je le sais d’autant mieux, que notre bataillon des Enfants du Père Duchène, si bravement commandé par mon vieil ami Gustave Maître, que j’accompagnais, fut décimé, son capitaine d’état-major, Samson, blessé, fait prisonnier et fusillé à la Croix-Rouge.
J’étais à la mairie du Panthéon, quand, vers deux heures, l’attaque du bataillon de chasseurs qui occupait le Luxembourg se dessina. Certes, on résista du mieux qu’on put. Il faut bien constater cependant, tout en glo-
_rifiant l’héroïsme des défenseurs, qu’à quatre heures le drapeau tricolore flottait au faîte du dôme.
Je n’ai pas voulu dire autre chose.
(Page 154. — Sur l’archevêque)
Voici ce que raconte M. E. Ledrain, dans un article intitulé : « M. Émile Ollivier et le Pape » (Éclair du
Je ne crois pas être indiscret en répétant ce que m’a dit un jour M. Hyacinthe Loyson. Mandé à Rome pour s’expli- ‘ quer sur certaines accusations de libéralisme et sur certains discours qu’on lui reprochait, M. Loyson fut accueilli à ; bras ouverts, embrassé tendrement par le Souverain Pontife
un peu de vérité sur la mort des otages (Pie IX), qui le congédia avec ces mots : « Regardez-moi bien. Vous pouvez dire à votre empereur et à l’archevêque de Paris (considérés comme ennemis), que le pape se porte |
M. Hyacinthe Loyson a confirmé ce grave propos … dans un article, paru dans le Siècle du 22 janvier 1906, R
suit sa conversation avec Pie IX : 3
Ce fut dans de telles conjonctures qu’eut lieu l’un de mes principaux entretiens avec Pie IX.
« Vous retournez à Paris, me dit-il, vous verrez votre archevêque, vous verrez votre empereur. Dites-leur que le x pape se porte bien, qu’il n’en veut à personne, mais qu’il ;
Je répondis : « Très-Saint-Père, je ne fréquente pas les É Tuileries, mais quant à l’archevêque de Paris, je crois à
ë pouvoir assurer Votre Sainteté qu’elle ne le trouvera jamais Fe parmi les ennemis de l’Église. » — « Speramio », répliqua le pape en italien, puis il ajouta en français : QIl eût été beaucoup mieux ambassadeur à Londres qu’archevèque de
Monseigneur Darboy — ia parole de Pie IX le confirme avec une singulière rudesse — était alors « l’ennemi »
- dans le monde ciérical. ;
Au sujet des dissentiments bien connus qui s’élevèrent, entre Monseigneur Darboy et le Saint-Siège, lire la fameuse lettre du 26 octobre 1865 : « Le Pape Pie IX au Vénérable Frère Georges, Archevêque de Paris »; repro-
duite par M. Emile Ollivier dans son livre Le 19 Jan- s vier (à partir de la 3° édition). j ; Lire encore l’étude très documentée parue dans la i Revue d’Histoire et de Littérature religieuses, numéro de : 3
Paris) intitulée: Monseigneur Darboy et le Saint-Siège. (Page 159. — Sur deux lanternes) Da Costa, dans sa Commune Vécue (IL, 8), au sujet des lanternes que tiennent, dans mon récit, deux hommes du cortège des otages, me reproche d’avoir voulu, par une « invention de journaliste, dramatiser mon Da Costa ajoute que mes deux lanternes eussent été bien inutiles, car il était à peine six heures et demie. Je crois, moi, qu’il était, non six heures et demie, mais sept heures et demie. : Lorsque les exécuteurs, après la fusillade, s’éloignèrent du mur, huit heures sonnaient à l’horloge de la prison. Certainement le sinistre cortège ne mit pas plus d’une demi-heure à se rendre, par le chemin de ronde, du perron de l’escalier de secours par où étaient descendus les otages, au lieu de l’exécution. ; L’heure de l’exécution est confirmée par plusieurs A l’audience du 8 août 1871 du troisième conseil de guerre (Procès des membres de la Commune), Trinquart, pharmacien de la prison, dépose : « J’ai entendu ÿ à huit heures un feu de peloton. » . Dans son livre, Un prétre et la Commune de Paris en 1871, l’abbé G. Delmas, vicaire à Saint-Ambroise, - ex-otage à la Roquette, écrit (page 202) : « Vers les huit
un peu de vérité sur la mort des otages ; 1 heures, nous bondîmes sous la détonation d’un feu de | peloton qui sortait du chemin de ronde. » Le même abbé, qui, ne l’oublions pas, était enfermé à la Roquette, parlant de l’arrivée du peloton d’exécution, écrit : € A ; sept heures du soir, agitation inaccoutumée, apparition | d’un fédéré dans la cour. » De sept heures à sept heures et demie, les otages ont été appelés, ils sont descendus au chemin de ronde. A huit heures, ils sont exécutés.
Voilà donc, une fois pour toutes, les heures des diverses phases du drame bien fixées.
Mais eüt-il été six heures et demie, comme le veut Da Costa, que mes lanternes ont encore leur explication.
En quittant leurs cellules, les otages durent descendre l”étroit escalier de la tourelle, l’escalier « de secours », complètement obscur, tout au moins fort mal éclairé par d’étroites meurtrières percées sur l’extérieur, qui conduisait au chemin de ronde. Comment l’eussent-ils descendu sans lumière ! :
A plusieurs reprises, avant d’écrire mon récit, j’ai visité la Roquette, la dernière fois avec Gustave Geffroy, j’ai suivi le chemin que suivirent les otages. Si .
Da Costa en a fait autant, s’il est comme moi descendu par la tourelle, il a dû, comme moi, s’aider d’une ; lumière quelconque, d’une lanterne. |
Et puis, voici encore un témoin du troisième conseil , de guerre, qui va venir à mon secours.
A l’audience du 9 août 1871, Vattier, détenu de droit commun à la prison, dépose : « Quelques instants après l’entrée du ‘peloton à la prison, on m’a fait éclairer le : corridor qui conduisait à l’escalier de secours. J’ai vu passer les otages, etc. »
Ce Vaitier, qui éclairait le corridor sur lequel s’ou-
228 4
vraient les cellules, a certainement éclairé l’escalier, . | plus obscur encore.
Mes lanternes sont ainsi expliquées. Elles ne sont donc pas, comme l’écrit Da Costa, une « invention de
(Page 180, — Laissez là « cette charogne »)
4 Comme le fait remarquer notre note en bas de page, nous enregistrons le mot, tel qu’il nous a été rapporté par l’un des acteurs du drame.
Il est entendu qu’il est loin de notre pensée de nous associer à cette suprême et bien inutile injure à celui dont on peut incriminer les actes, mais dont le cou-
| rage, en face de la plus affreuse des morts, fut indé-
Nous avons donné le bon à tirer après corrections pour deux mille exemplaires de ce onzième cahier et pour vingt exemplaires sur whatman le mardi
Ce cahier a été composé et tiré par des ouvriers syndiqués
Il a été tiré de ce cahier vingt exemplaires sur #whatman ainsi distribués : premier exemplaire de souche, exemplaire du gérant; deuxième exemplaire de souche, exemplaire de ‘administrateur ; : troisième exemplaire de souche, exemplaire de l’imprimeur; neuf exemplaires d’aëonnement, numérotés de I à 9 et huit exemplaires d’auteur numérotés a, b, c, d,e, Tous nos exemplaires sur whatman sont numérotés x à la presse et imprimés au nom du souscripteur ; nos tirages d’exemplaires sur whatman sont rigoureusement limités au nombre d’abonnements à chaque instant souscrits; nous ne vendons point d’exemplaires sur whatman en dehors de l’abonnement; l’abonnement sur svhatman à cette neuvième série est de cent francs pour tous pays. Les Cahiers de la Quinzaine sont composés à la main, en caractères fin dix-huitième siècle (Didot) de la fonderie Mayeur (Allainguillaume et compagnie successeurs), 21, rue du Montparnasse, à Paris, sixième
Pour savoir ce que sont les Cahiers de la Quinzaine, il sufjit d’envoyer un mandat de trois francs cinquante à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. On recevra en spécimens six cahiers cinquième, de la sixième ou de la septième série.
Pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières séries des cahiers, 1900-1904, envoyer un mandat de cinq francs à M. André Bourgeois, méme adresse; on recevra en retour le catalogue analytique sommaire, 1900-1904, de nos cinq premières séries, premier cahier de la sixième série, un très fort cahier de XI1+408
Pour s’abonner à la neuvième série des cahiers, qui
$ est la série en cours, envoyer en un mandat à M. André
Bourgeois, même adresse, le prix de l’abonnement; on recevra les cahiers parus, et de quinzaine en quinzaine, à leur date, les cahiers à paraître de cette neuvième
rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. S Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men- 5 suelles régulières et par des souscriptions extraordinaires ; la souscription ne confère aucune autorité sur : la rédaction ni sur l’administration ; ces fonctions | Nos Cahiers paraissent par séries; une série paraît dans le temps d’une année scolaire, d’une année ouvrière, d’octobre-novembre à juin-juillet ; l’abonnement se prend pour une série. On peut souscrire cet abonnement à tout moment de l’année, mais l’abonnement ainsi souscrit est, de droit, valable pour la série en cours. | Prix de l’abonnement, pour chaque série annuelle pendant le cours de cette série : HÉHENPANISRME ) Autres pays de l’Union postale uni-
- Abonnement sur whatman… cent francs pour tous pays Les exemplaires sur whatman, tirage non réimposé, sont numérotés à la presse et imprimés au nom du souscripteur ; le tirage à part sur whatman a commencé de fonctionner au premier janvier 1906; les inscriptions pour cet abonnement particulier sont reçues en tout temps et reçoivent un numéro d’ordre déterminé automatiquement par le rang même qu’elles occupent dans l’ordre de l’arrivée, les numéros les plus bas venant naturellement aux premières inscriptions; c’est ce numéro d’inscription qui devient automatiquement le numéro du tirage réservé à chacun des souscripteurs; l’édition sur whatman est striciement limitée au
Pour tout changement d’adresse envoyer soixante centimes, six timbres de dix centimes.
Nous engageons nos abonnés de certains pays à nous
: demander un abonnement recommandé; tous les cahiers de l’abonnement recommandé sont empaquetés à part et recommandés à la poste ; la recommandation postale, comportant une transmission de signature, garantit le destinataire contre certains abus; pour cette recommandation, pour tous pays, en sus, cinq francs.
Automatiquement et sans augmentation de prix les exemplaires sur whatman sont tous recommandés et envoyés aux souscripteurs dans des enveloppes-sacs.
L’abonnement ordinaire cesse de fonctionner pour chaque série au plus tard le 31 décembre qui suit l’achèvement de cette série; ainsi jusqu’au 31 décembre 1907 on pouvait encore avoir pour vingt francs les seize cahiers de la huitième série complète.
A partir du premier janvier qui suit l’achèvement d’une série, le prix de cette série est porté au moins au total des prix marqués; ainsi à dater du premier janvier 1908 la huitième série complète se vend