L'enfant et la reine morte
l’enfant et la réimne morte paraissant seize fois par an 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée
2,0
Nous avons publié dans nos éditions antérieures et \ dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un Si NM grand nombre de documents, de textes formant dos- LS si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles, « 4 romans, drames, dialogues, poèmes et contes: — un VAN) si grand nombre de cahiers d’histoire et de philo- fi sophie; et ces documents, renseignements, textes, M dossiers et commentaires, ces cahiers de lettres, d’histoire et de philosophie étaient si considérables « que nous ne pouvons pas songer &@ en donner ici 1 l’énoncé même le plus succinct; pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières séries des cahiers, in suffit d’envoyer un mandat de cinq francs à M. André “Ni Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sor- 1x É’Ne bonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondisseet ANR ment; on recevra en retour, le catalogue se e f KA sommaire, 1900-1904, de nos cinq premières séries. k | | Ce catalogue a été justement établi pour donner, M autant qu’il se pouvait, une image en bref, un raccourci, … à
po” os cing premières série trouver, à leur ji (+, rieures es uÿit de le lire pour trouver, AS TE | ton _ dans l’ordre air demandées. RUE re || | Ge catalogue, 8 pages très denses, TA AS
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LAVE ae POP éme de son cinq franc: PA) Dh aie personne qui nous i AE du M + Mure k ner
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Dix ans déjà passés. — Depuis plusieurs années je commettais régulièrement cet abus de pouvoir que J’avais réussi à me réserver, pour le premier dimanche d’octobre, le premier cahier de chaque série. Je ne commettrai point cette année cet abus de ma ; Û force; comme on vient de le voir, sur la couverture, nos abonnés seront doublement heureux; premièrement de ce que la série commence de plain-pied; _ deuxièmement de ce qu’elle commence par le deuxième cahier de notre collaborateur M. Pierre Mille; de sorte que les vacances de cet été auront été comme encadrées entre les deux cahiers de notre collaborateur. Je ne commettrai point d’un an ou deux cet abus de , mon pouvoir. Depuis un an déjà je me suis consacré « + tout entier à la préparation et pendant toutes les deux années qui viennent, pendant toute cette dixième série, qui commence, pendant toute la suivante onzième série
__ nous nous consacrerons tout entiers à l’exécution, au À _ parfait achèvement je ne dis pas seulement de la plus | grande entreprise que nous ayons jamais faile, je dis de la première grande entreprise que nous ayons con- çue, dont nous ayons formé le plan depuis le commen- } cement de notre existence. On trouvera ci-après le dessein, les principes, les bases, le détail de cette opération; notre collaborateur | Pierre Mille nous a fait en effet l’amitié de nous permettre de présenter cette annonce en tête d’un cahier qui lui revenait tout entier. | j Je remets en toute confiance aux mains de nos amis, aux mains de nos abonnés, aux mains du public même le sort de cette opération; sans aucune hésitation et sans aucun doute je fais appel au dévouement, à la fidé- lité, à l’amitié des uns; au dévouement, à la fidélité des autres; à l’amitié de tous; à la justice de tous; notam- k
- ment à la justice du grand public; je compte même et Je sais par des précédents nombreux que je puis compter f sur la bienveillance et la bonne camaraderie de la plupart de nos confrères. Pour la première fois de notre vie nous faisons une opération qui s’adresse non plus seulement au public
ordinaire de nos cahiers mais à tout le public; il faut | que nous en sortions à notre honneur ; il faut que cette opération soit hautement honorable pour nous; qu’elle ait une issue hautement honorable pour nous; il faut qu’elle aboutisse grandement; il faut qu’elle compte dans l’histoire de notre maison; il faut qu’elle ait un achèvement, un aboutissement, un couronnement digne de nous, digne de ce que nous sommes, de ce que nous avons fait, déjà, de ce que nous sommes devenus; et méme qui dépasse infiniment ce que nous sommes devenus; il faut qu’elle ait, qu’elle obtienne toute son am- . pleur, toute son amplitude; il faut qu’elle atteigne donc, par les soins de nos amis, par les soins de nos abonnés, par les bons soins du public même, il faut qu’elle atteigne tout le public, ce que l’on nomme assez
improprement le grand public; il faut qu’elle déborde
| de toutes parts le public ordinaire de nos cahiers.
$ le fondateur et le gérant
décennale des cahiers
Lara Ai Cahiers de la Quinzaine, 8, rue de la Sorbonne
rez-de-chaussée, Paris, cinquiène arrondissement
P:: célébrer le dixième anniversaire de
leur fondation, (premier/5 janvier r900—
u premier janvier 1910), les CAHIERS DE LA
QuINZAINE publieront par souscription une
édition commémorative de POLYEUCTE.
Cette édition portera le nom de : Édition
de la Décennale des Cahiers de 1a Quinzaine; ou, plus brièvement : édition de la
\ La véritable beauté d’un livre doit s’en-
tendre de la beauté de l’œuvre écrite; de
| l’absence de l’illustration; de la beauté de ?
l’absence de polychromie; de la beauté du
( papier; du nombre limité des exemplaires.
| 13
Premièrement nulle œuvre écrite ne propose à l’éditeur un texte aussi beau que le
texte de Polyeucte, un texte qui lui-même
apporte autant et d’une telle beauté, une si
parfaite, si totale et si infinie beauté.
Le titre du livre sera : POLYEUCTE, i
À Le livre comprendra naturellement :
pour les italiques de tête et peut-être
de queue :
l’abrégé du mertyre de saint Polyeucte,
écrit par Siméon Métaphraste, et rapporté
ÿ par Surius ;
- l’examen de la pièce. é Le corps du livre sera fait uniquement par h les cinq actes de la tragédie, en romaines. Sauf les indications inévitables du titre et } de l’impression, il ny aura naturellement pas une ligne dans le livre, pas un mot du ÿ licre, pas une virgule qui ne soit de Corneille, du texte de Corneille; on n’attend i pas de nous que-nous soyons assez barbares j pour aller alourdir, altérer un texte, — sur- | tout et infiniment moins un tel texte, — le « déshonorer de nos misérables commentaires.
Pareillement, — et parallèlement, — je aura naturellement pas un seul signe dans fe tout le livre qui ne soit de la typographie pure; on nattend pas de nous en effet non plus que nous soyons assez barbares pour aller alourdir, altérer la typographie d’un texte, — surtout d’un texte ancien, — par de misérables illustrations modernes.
IL est évident d’auire part que nous ne voulons pas faire une édition archaïque et facticement ancienne, mais une édition originaire, qui soit entièrement de nous et entièrement à nous; il ne s’agit, il ne peut s’agir aucunement de faire une édition d’imitation, une édition de pièces et de morceaux empruntés, imilés des éditions du
Le texte sera établi par M. Péguy, ancien élève de lancienne École Normale Supé- rieure, sur les éditions publiées du vivant
f de Corneille.
La typographie sera exactement de la même famille que la typographie ordinaire , des cahiers. C’est dire que le livre sera composé à la main, en caractères fin dix-huitième siècle (Didot) de la fonderie Mayeur (Allainguillaume et compagnie successeurs), 21, rue du Montparnasse, à
La composition typographique, la lecture ! et la correction des épreuves typogra_ phiques, la mise en pages, l’imposition, le tirage seront confiés à n0S imprimeurs ordinaires, imprimerie ERNEST PAYEN, 13 et un mot tout ce qui concerne la fabrication et limpression typographiques. Cette | ; maison mettra au service de cette édition solennelle tout l’art et toute l’expérience que lui ont acquise trente ans d’exercice ! de ce métier. En outre et particulièrement la mise en pages sera faile page par page Sur La copie et dessinée page par page sur les épreuves à en premières par M. Péguy, fondateurgérant des Cahiers de la Quinzaine et secré- taire de la rédaction. È En outre la lecture typographique et textuelle des épreuves sera faite et assurée, en outre des imprimeurs, par M. Péguy ; par M. André Bourgeois, administrateur des ï 1 cahiers; par M. Jacques Maritain, professeur agrégé de philosophie. Les volumes seront brochés par la maison seront livrés aux souscripteurs brochés couverts sous une deuxième couverture dans un cartonnage lui-même enveloppé dans un
Toutefois les souscripteurs qui voudront
n’auront qu’à nous en donner l’ordr? en nous envoyant leur inscription. Ces exemplaires seront livrés en feuilles collationnées, à plat, non pliées non couverts, les deux couvertures à part, dans un grand cartonnage lui-même enveloppé dans un emballage protecteur. Cette solution pré- 7 sente, on le sai® wmé avantage considérable ‘ que la situation resw ainsi entière pour le relieur. Et il ne faut jamais empêcher quelqu’un de faire monter, s’il en a le bon goût, les beaux papiers en onglet comme un
Ainsi la typographie sera parfaitement pure et parfaitement appropriée; le tirage {en deux couleurs, le rouge et le noir) aussi parfaitement beau qu’on peut l’obtenir à la
La rareté de cette édition, — j’entends sa rareté bibliographique, — sera immédiatement maxima ; elle sera dès le principe, dès origine, statutairement portée non pas même seulement à son maximum, propre, particulier, à un maximum fortuit, mais même à tout le maximum possible. Car aucun exemplaire ne sera mis dans le commerce.
Littéralement il ne sera ni donné, ni vendu un seul exemplaire. .
La rareté d’une édition peut s’entendre en ) Premièrement et en ce premier sens que Î l’édition dont il s’agit est rare elle-même À parmi les éditions, qu’il y a très peu d’édi- 1 tions de la même sorte, de la même famille, | sorties de la même maison, fabriquées par À les mêmes imprimeurs pour le même 4 Deuxièmement et en ce deuxième sens que intérieurement dans l’édition les exem- : plaires de cette édition sont eux-mêmes KL très peu nombreux. Dans ces deux sens l’édition de Polyeucte que nous préparons aura non seulement une rareté maxima, mais une rareté totale. Premièrement cette édition elle-même ne sera pas seulement rare; elle sera UNIQUE. C Ÿ Elle est l’édition de la décennale des cahiers. Nous avons attendu dix ans pour la faire. Et une décennale ne revient malheureusement pas. Elle aura donc un caractère de sorte, de » famille, et de date rigoureusement unique.
Outre que le texte lui-même apporte un | caractère unique indiscutable et qu’on trou- |
verait malaisément un deuxième texle | comme Polyeucte. | Deuxièmement la rareté de l’édition en- : tendue au deuxième sens de ce mot rareté, | non plus au sens extérieur, mais au.sens Î intérieur, comme la rareté des exemplaires f dans l’édition, ne sera pas non plus maxima À seulement. Elle ne sera pas moins égale- { ment TOTALE. Car il ne sera pas mis dans | le commerce un seul exemplaire. Mis dans | le commerce, c’est-à-dire vendu à tout venant après la fabrication achevée. IL ny ; aura, il n’existera jamais que des exem- ? plaires souscrits et régulièrement inscrits ” avant le commencement de la fabrication. 4 En dehors des deux exemplaires du dépôt . 5 légal, qui sont, comme on le sait, exigés ; par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de i la presse, article 3, il ne sera ni donné ni vendu un seul exemplaire, il ne sera tiré, il ne Sera rigoureusement pas imprimé un j seul exemplaire qui nait été préalablement souscrit et inscrit régulièrement avant le commencement de la fabrication. É | L’administration et la garantie de cette | . rareté se fera avec le sérieux ordinaire de : notre maison. Cette rareté sera contrôlée | automatiquement par deux moyens qui se Premièrement el sans aucune exception : les exemplaires seront NuMÉRoTÉés à la |
Deuxièmement et d’ensemble le lendemain {| ‘ du jour où l’inscription aura été close il sera à l établi par M. André Bourgeois, administra- 1! teur des cahiers, sous la forme d’un acte ‘7 \ authentique, un bordereau récapitulatif, ñ numérique et nominatif, des inscriptions. è Ainsi ces deux moyens se contrôleront et 1 se confirmeront eux-mêmes entre eux. Ce bordereau fera lui-même automati- ( ‘| quement le livre d’or de la décennale des ë Le format adopté est le in-folio grand- { jésus. C’est le plus grand des formats typographiques. C’est le seul aussi où les grands papiers puissent développer leur Les papiers seront gradués, et proportionnellement les prix seront eux-mêmes éghelonnés sur dix degrés : À Premier papier. — Exemplaires sur vergé ‘ anglais; l’exemplaire… 85 franos |
Deuxième papier.— Exemplaires sur alfa; Troisième papier. — où commence la ‘ ‘ famille des pélins. — Exemplaires sur vélin blanc à la cuve; exemplaire. 120 francs Quatrième papier. — Exemplaires sur vélin À blanc à la forme; l’exemplaire. 200 francs ÿ Cinquième papier. — où commence la 1 famille des Hollande. — Exemplaires sur Hollande à la forme, vélin teinté; texte 4 réimposé; l’exemplaire… 500 francs ) ‘à Sixième papier. — Exemplaires sur ! Hollande à la forme, vergé blanc; texte réimposé; l’exemplaire… 700 francs Septième papier. — Exemplaires sur Hollande à la forme, vergé jaune; texte . réimposé; l’exemplaire… 900 francs
- Huitième papier. — Exemplaires sur #hatman; l’exemplaire… 1.200 francs Neuvième papier. — où commence la + famille des Japon. — Exemplaires sur 1 Japon de la Manufacture impériale; texte réimposé; l’exemplaire … 3.000 francs ! Dixième et dernier papier. — Exemplaires f sur Vieux Japon à la forme; texte réim- ; posé; l’exemplaire… 5.000 francs tort i
Ces soins et ces conditions feront de cette { . édition un monument unique. 1 Cette édition sera une édition classique; ré dans toute la force du terme; essentielle- | ment et très purement classique; très pure; 1} l’édition (la plus) classique d’une œwre 1 classique; sans romantisme, sans (aucune) 4 barbarie, et aussi sans (aucun) byzanti- |
La fabrication aussi soignée d’un ouvrage À À
j aussi considérable devant nous demander un
très long temps et beaucoup de travail, nous
prions les personnes qui voudront bien s’in- l
scrire pour un {ou plusieurs) exemplaire{s)
, de vouloir bien envoyer leur inscription dans
le plus bref délai à M. André Bourgeois, ;
administrateur des cahiers, 8, rue de la
: \ . Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième
Nous leur demanderons de vouloir bien à
ù libeller non pas seulement très exactement,
ÿ mais très lisiblement leurs nom et adresse. |
L’adresse pour qu’un colis aussi précieux 9
l’édition est rare elle-même, que sera-ce d’un {
Na imprimé au nom du souscripleur; un tel l exemplaire, perdu, ne peut plus se refaire). Le nom complet, c’est-a-dire non pas seule- | CAE ment le nom de famille, mais le prénom . usuel, puisque l’attribution imprimée au nom du souscripteur se fait dans la forme sui- | _ Enfin les personnes qui voudraient se faire ae | imprimer pour leur exemplaire ou pour À À d’autres exemplaires qu’elles souscriraient des attributions d’une forme, d’une rédaction à} | particulière, par exemple pour une biblio- 4 s thèque, un musée, une institution; pour un NL | souvenir ou pour un cadeau; pour un ami; { “sont priées de nous en adresser, en même 11 temps que l’inscription correspondante, le ” libellé très complet, très exact, et très lisi- |
l’enfant et la reine morte
aux Cahiers de la Quinzaine | Le présent petit index donne automati- AS ; quement pour tout volume et pour tout { k a) le numéro d’ordre de ce cahier dans Û # le classement général de nos collections | 11 complètes, lé numéro d’ordre de Ja série A | étant naturellement composé en grandes è {l à capitales de romain et le numéro d’ordre ‘4h du ‘cahier lui-même, dans la série ainsi 4] “déterminée, en chiffres arabes, de sorte x que V-17 per exemple doit évidemment se à, 1h lire dix-septième cahier de la cinquième Ê { Ji faut, la date du fini d’imprimer, ou, à son Ps à è défaut, la date du cahier même; DE | d) quand il y a lieu, c’est-à-dire pour nos LAN Le éditions antérieures et pour nos cinq pre- LA à ) mières séries, la page du catalogue ana- “ lytique sommaire où ce cahier se trouve É Pierre Mille, — l’enfer du Congo léopoldien (VII-6, mardi 4 v — — les deux Congos devant la Belgique et devant la À France; le Congo léopoldien devant la Chambre belge — — quand Panurge ressuscila (IX-16, mardi 30 juin e TOP AA SNL… .L 0: trois francs cinquante |
nie k que Re Ar
en vente à la librairie des cahiers É | Prerre Mie. — De Thessalie en Crète, — impres- | sions de campagne Avril-Mai 1897; — avec 16 gra- à vures hors texte, — Berger-Levrault et Cie éditeurs, { 1898; En Thessalie; de Nisch à Pharsale; de Pharsale à Domokos; le soldat turc; En Grèce et en Crète: à Athènes; l’Hétairie ethnique; en Crète; les événements ; les insurgés; les insurgés et les puissances … fl Prerre Mizce. — Au Congo belge, — avec des notes à et des documents récents relatifs au Congo français; — ; Armand Colin et Ci° éditeurs, 1899; caractéristiques du Ÿ Congo Belge; le bas fleuve; de Matadi au Stanley- 4 Pool; le chemin de fer; le système d’exploitation; l’État Ë et son souverain; le Congo français; les sociétés dans f les deux Congos; les points faibles du Congo léopol- 14
en vente à la librairie des cahiers |
Prerre Mie. — Sur La Vaste Terre; — Calmann- 1 Lévy éditeurs, 1906; — Ramary et Kétaka; Barnavaux, 2] général: Ruy Blas; Barnavaux, homme d’État; la pré- L’n caution inutile; Kidi; le dieu; la vengeance de madame É | Murray; les\Chinois: l’aveugle !! 552 CES 4
… Perre Mise. — Barnavaux et quelques femmes;
l’Ile aux Lépreux; Barnavaux vainqueur: le Roman- | cero; la Nef morte; l’Homme qui a vu les sirènes: a l’Attaque; le Japonais; la Justice; l’Aventure de Sara; L. Au delà du bien et du mal; les Pigeons; la Victoire 4
aux Cahiers de la Quinzaine !
Prerre Mure. — quand Panurge ressuscita : i | six contes : le Miracle; la Centenaire; quand ils sou- | levèrent la Russie; la véridique histoire de Bellamano; ! l’amant discret; l’inventaire; quand Panurge ressuscita : où Panurge causa de la D: loi de séparation entre l’Église et l’État; où Panurge 1} rencontra gens du Midi; où Panurge calomnia un élé- \4 paysages : Vautomobile du touriste; aux Eyzies, reli- À ques d’ancétres; Sainte-Hélène; en Orient : les rives du ï Bosphore; derviches tourneurs et derviches hurleurs; a Brousse ; le maître d’Yildiz; | presque de la critique : le ménage Chimène-Rodrigue ; t} un moraliste surfait; Cagayous; pour servir, sous toutes à réserves, à l’histoire de Galilée; jeux de page; littéra- ; F ture policière; romans à lire et romans à proscrire; %. seisième cahier de la neuvième série; un cahier blanc de 216 pages; in-18 grand jésus.. trois francs cinquante ,
l’enfant et la reine morte
La reine Isabelle d’Espagne est
_ C’était un de ces derniers soirs. On me prévint que
Sa Toute-Puissance « monsieur Pierre » me faisait la $ à
grâce de me mander à son petit coucher. J’avais dîné }
chez deux de ses principaux esclaves, remarquables à
ses yeux, l’un par sa barbe excessivement longue et
son étonnante incapacité à comprendre les choses les 1!
plus simples parmi celles que savent tous les enfants : 4
c’est celui qu’il appelle « papa »; l’autre, qu’il nomme 1
« maman », et dont il apprécie « la peau très douce » t:
. — je rapporte ses propres paroles — et une soumission À
méritante à ses volontés. M. Pierre à sept ans, et il me 4
protège : je me précipitai, comme je le devais, au-devant ’
de ses désirs. DA
Il était déjà déshabillé. Une bonne respectueuse lui À
avait passé sa chemise de nuit, cette chemise longue, $
longue, et fine, et si blanche, que je ne puis la lui voir (
sans m’imaginer qu’il va s’envoler, qu’il s’envole déjà,
pour que ça fasse de jolis plis, droits sur le haut du
corps, courbes et tendrement ondulés plus bas que ses
petits pieds, sous un vent très doux, au milieu d’un ciel |
Il m”embrassa. Il met, à embrasser, une condescen- ÿ
dance délicieuse. Il sent qu’il fait plaïsir, et il en est
heureux de tout son cœur magnifique. Il embrasse 6
ÿ comme Ça les chiens, les chats, les chevaux — des Li bêtes si grosses, plus belles que les hommes! — et pen , aussi les caïlloux du jardin, quand ïl approuve leur : physionomie : pour leur faire plaisir, je vous assure! Et, après tout cela, si c’est vous tout de même qu’il | RG embrasse, vous êtes séduit, conquis, honoré. C’est
Quand il eut senti que, le cou dans ses bras ronds, la tête sous ses cheveux clairs, j’étais devenu sa pro- | priété bénévole, il me dit tout tranquillement :
— Sais-tu où tu me mèneras demain ?
Je n’en savais absolument rien : on ne peut jamais savoir avec lui! L’année dernière, il m’a conduit, une
’ semaine durant et tous les jours, à la foire de Neuilly
pour voir le Chien-qui-Parle. C’était un animal très e
intéressant, je ne dis pas le contraire. Son maître, per- | !
sonnage distingué qui ressemblait à un mastroquet à
devenu chasseur de casquettes, prétendait que si la !
race canine, malgré son intelligence, n’est pas douée 4
de la parole, c’est qu’elle n’a pas la gueule faite comme ;
F nous. Alors il faisait aboyer Médor, en lui serrant les ;
coins de la gueule, il lui mettait la langue contre les
dents, la langue sur le voile du palais, la langue en bas,
la langue en haut; et Médor, là-dessus, prononçait des
mots très difficiles, comme « apocalypse », « diction- k
naire » et « caramel ». C’était très curieux, mais insufli- 4
sant pour monsieur Pierre, qui espérait toujours que, ,
sachant parler, ce chien en profiterait pour raconter
des histoires de chien. Une autre fois il a fallu, sans ‘
répit, courir avec lui au château de Versailles, « où il y 4
a eu le Grand Roi », ainsi que l’affirme une édition des
contes de Perrault qu’on lui a donnée. À
| Etil a été très ému, monsieur Pierre, une fois là-bas, À _ à cause des rapports qu’il a établis, je ne sais comment, REA Ne entre Peau-d’Ane et ce monarque. Cest Peau-d’Ane, * 1 selon lui, que Louis XIV a vue, en robe couleur du temps, | sur trois marches demarbre rose, ou se baignant, désha- il _ billée, dans le plus amusant et le plus puéril des bassins, \e celui où il y a de si grosses grenouilles de bronze, qui 4 crachent de l’eau. Et après ça, devenus mari et femme, M: tout vêtus d’or rose pour des noces innocentes, ils sont 4 arrivés, par la grande galerie de glaces, qui n’en finit à ! pas, dans la chambre royale, où les fauteuils sont en : or, le lit en or, les murs en or. Peau-d’Ane, quoi !-c’est 5 à Peau-d’Ane : une princesse merveilleuse parmi des mou- au tons. Et Louis XIV, il est peint sur un tableau : c’est al: un roi beau à la manière des petits garçons et des pe- | à | tites filles, qui est la vraie. Nous voulons dire, monsieur : : Pierre et moi, qu’il a de grands cheveux flottants, d’un $ blond de soleil. Mais, pour comble de magnificence, Al ces cheveux tombent sur un manteau bleu de ciel, étoilé _ Je crois aussi que l’intérêt particulier que monsieur AUS Pierre prend à Louis XIV vient de ce qu’on l’appelle 4! toujours, lui, « le petit prince ». Et pour les enfants les A _ mots sont sorciers, ils créent les choses. Alors, pour- | quoi ne deviendrait-il pas roi plus tard ? Il est naturel, À en grandissant, de monter en grade. Et puis ses parents | sont des personnes très bien pensantes, puisqu’ils appar- { tiennent à notre meilleure bourgeoisie, celle qui est 4 riche, très riche, et qui peut remonter à deux généra- | tions d’aïeux, presque à 1789, la nuit des temps! On k parle beaucoup chez eux des choses dont il est séant de parler, et par conséquent des rois, du respect qu’on
doit aux rois, de la grandeur qu’avait la France quand ; elle avait des rois, et que les ancêtres de la famille
- étaient quelque part, on ne sait où, dans les champs ou | dans les boutiques; et aussi des rois qui règnent aujourd’hui, à l’étranger, et dont on n’entend jamais | dire que du bien, puisque c’est défendu d’en dire du mal ! Tandis que c’est le contraire pour les petites gens qui nous gouvernent. Les journaux qui ne les rouleraïent pas dans la boue n’auraient-ils point l’air payés? Tout cela vient rétablir, dans notre bourgeoisie française, celle qui est riche, très riche, et qui peut remonter à deux générations d’ancêtres, presque à 1789, un vigoureux sentiment monarchique. Par les conversations qu’on tient à table, et surtout à l’heure du thé, alors que, recevant des personnes qu’on connaît mal, il est de | bon ton d’accentuer l’attitude bien pensante, ce sentiment pénètre aisément la jeunesse. ÿ \ .… Donc, monsieur Pierre, me tenant toujours prisonnier dans ses bras, répéta : 4 voir la reine. Ë , — Quelle reine? fis-je. — La reine qui est morte. Je veux la voir. à C’était de la reine Isabelle d’Espagne qu’il voulait Ë parler. Et je promis, lâchement. Je fais toujours tout ce | qu’il veut, parce que je comprends pourquoi il le veut, ; en vertu d’un miracle dont je bénis le ciel. Parfois, nous plantons, devant nous, dans nos longues causeries, des, j mots solitaires et magiques, comme lion, navire, ca- À verne, serpent, hache, couronne, et nous nous commu- | niquons ce que fait naître en nous leur féconde lumière : des choses dont vous n’avez pas idée, vous autres,
Ah tristes gens sérieux, mais qui sont secrètes, très secrètes, | et resteront éternellement notre commun trésor. Je j savais déjà qu’il s’était plaint d’avoir très mal vu le roi { d’Italie, qui n’est pas bien grand, et même Édouard VII, à cause de la foule. Je devinai qu’il voulait voir une reine. Sa mère, qui avait été, comme tout Paris, visiter s la chapelle érdente, avait dit, fort imprudemment, « que ce n’était pas effrayant ». Il avait donc décidé qu’il irait, imposé sa volonté. Et le lendemain, nous partimes pour l’hôtel de Cas- , L: tille, avenue Kléber. M. Pierre était tout ému. Non l point qu’il éprouvât quelque anxiété de voir, pour la j 4 première fois, une forme humaine à jamais immobile. 174 Les enfants sont comme les dieux immortels : ils ne f | savent point ce que c’est que la mort. Mais l’enchante- É | ment des grandeurs royales était sur lui. Il avait voulu M _ qu’on de fit très beau et craignait de n’être pas encore . ‘4 assez beau. S’il ignorait des mots d’étiquette et de pro- 4, tocole, la chose le préoccupait. Nous arrivämes devant LE la demeure de la souveraine. 4: — C’est ici, dis-je. sh M. Pierre eut un frisson de respect, avant de lever 4 les yeux. Mais il les leva. Et alors il me regarda, de | ses yeux purs, dont j’entends si bien le langage; de bé | ses yeux qui disaient : « Tu ne voudrais pas me trom- 4 — Ce n’est qu’un hôtel, dit-il enfin, pour résumer une foule immense de réflexions et de doutes muets. Un | hôtel comme tous les hôtels. Ÿ Î 11 pensait : « Comme le mien, » mais il ne le dit pas, 4 ayant déjà la modestie orgueilleuse d’un grand seigneur. |
| Devant la loge du concierge, il voulut signer sur le: | registre. On ne résiste pas à un seul de ses désirs sil est toujours si grave, si ferme, si royal! On lui apporta donc une grande chaise et il signa : Pierre Mouvenot, Lo Des gens du peuple endimanchés, des boutiquiers, ‘ de belles curieuses endeuillées montaientetdescendaient un grand escalier aux dalles de marbre; et, tout le long des parois, des cuirasses, des épées, des gantelets, j brillaient doucement dans l’air assoupi. Cela me fit | penser qu’il y en avait aussi des cuirasses, des glaives, des gantelets, achetés au plus juste prix, dans l’hôtel de (M. Mouvenot père. Et quand nous eûmes jeté les yeux sur un petit salon, d’aspect fort bourgeois, où l’on voyait beaucoup de photographies dans des cadres de peluche et des meubles comme il y en a chez tous les tapissiers, nous entrâmes enfin dans la chapelle ardente. Les murs et le parquet étaient tendus de noir. Des ! crêpes noirs tombaient sur les lustres et les cheminées, les rideaux étaient baïissés ; et, à la lueur de hauts can- : 2 délabres aux bras multiples, on apercevait sur un socle de velours noir argenté une figure blanche, surhumaïne- à ment, inhumainement blanche, qui n’avait plus de | | regard. Une foule mêlée, respectueuse extérieurement, À profondément indifférente au fond du cœur, passait, | a passait et s’écoulait. Et moi, je me sentis venir une js grande pitié et une grande tristesse devant ce corps | vieilli, maigri, inerte, et ce bouquet de lilas blancs qui mourait au pied de la morte. Je pensai à la destinée de cette femme qui avait régné cinquante ans, puis couru x les routes d’exil, pour bien des raisons dont nulle n’était j mesquine : parce que les temps étaient changés, parce
Ÿ qu’elle avait eu un cœur de femme, et que la grande h
Catherine de Russie elle-même ne pourrait plus être
toute la grande Catherine, parce que les peuples maïn- À
tenant ont une âme indisciplinée.. Mais M. Pierre me A.
tira par la main. Il voulait partir. Il était froid, il était 1
décu, il était tombé d’un rêve. Hu
— Ïl n’y a pas de gardes, me dit-il amèrement dans ô
|: « la rue. Et je croyais qu’il y aurait des gardes, pour Ê
vêétir les cuirasses, qui ne font rien dans cet escalier, k
pas plus que dans le nôtre. Il n’y avait pas de parc, !
pas de statues, pas de seigneurs, pas d’or comme à Î
Versailles. Les salons sont comme chez nous, les meu- 1
bles sont comme chez nous, il y a des photographies è
comme chez nous; c’est peut-être les mêmes photogra- ÿ ]
phies. Ce n’est pas ce que je croyais. Tout est comme |
à la maison. PA
Vers l’avenue Hoche, pourtant, il se rasséréna. Insen- pue
siblement, les comparaisons qu’il avait faites l’avaient u
rendu fier. Il franchit le seuil de sa porte, plus « prince » |
et plus doucement impérieux que jamais, car c’était
chez lui comme chez une reine, peut-être plus beau. l
Maïs moi, j’étais mélancolique. Je l’aime tant! D’abord Fe
cest mon ombre blonde. Et je l’aime aussi pour sa 1
noblesse aisée, délicate, légère; pour le raffinement qui
s’est fait, en si peu de générations, dans cette famille AAA
au nom plébéien, comme dans tant d’autres qui vivent |.
— c’est lui qui l’a dit — comme des rois. Et alors, est-ce à |
que ce sera pour eux… pour eux comme pour les autres |
rois, Ceux qui portaient des couronnes ? — C’est bien !
ridicule de devenir vieux : on voit des choses toutes |
noires. Mon ombre blonde est plus heureuse ! À
é mémoires posthumes de Paul Jones 3 Paul Jones, le célèbre corsaire des guerres de l’Indépendance ñ américaine, avait été enterré à t Paris, dans un cimetière protes- É tant depuis longtemps disparu et sur lequel on avait bâti. Par les ; soins du gouvernement français, son cercueil vient d’être exhumé et rendu à l’ambassadeur des les journaux, juillet 1906 .… Dans le début, je me rappelle que nous habitions au-dessous d’un grand jardin, et c’était assez humide. | Mais les Parisiens ont heureusement la manie de bâtir, À et bientôt nous eûmes un toit, comme tout le monde. e D’ailleurs nous n’étions pas très nombreux : quelques
- Suisses, deux ou trois Anglais qui avaient été diplo- ; mates, un peu bêtes, mais bien élevés, et un. grand | diable d’homme, nommé Simonnot, long de plus de deux mètres, épais et large en proportion. Il portait beau, et l’Assemblée constituante lui avait donné une $ plaque proclamant qu’il avait bien mérité de la patrie. 5 Voilà pourquoi il affectait des airs de supériorité. | Nous étions tous protestants; c’est-à-dire qu’entre : nous les discussions religieuses étaient assez fréquentes. Maïs elles se maintenaient sur le ton de la bonne com- À pagnie ; elles étaient, si j’ose m’exprimer ainsi, notre ‘ santé. Les Suisses se prétendaient généralement réac4
tionnaires, sous prétexte qu’ils avaient eu des malheurs É le 10 août ; par bonheur, ainsi que la plupart des anciens q soldats, ils n’étaient pas très combatifs. Le plus difficile à vivre était Simonnot. Il s’obstinait à garder son cœur | entre ses jambes, dans un vase de plomb, et disait que | ce vase était aussi une preuve d’estime et d’admiration | que lui avait donnée la Constituante. Cette vanité nous paraissait assez ridicule, mais il n’admettait pas la plai- » santerie. En somme nous formions malgré tout une petite société assez tranquille, et nul ne s’étonnera si F j’ajoute qu’elle était très fermée. 1 Un beau jour, tout cela fut changé; des hommes il vinrent, armés de pelles et de pioches, qui boulever- Î sèrent notre petit ermitage. J’avais pris l’habitude du £ repos; leur agitation me parut à la fois troublante et V grossière. Cependant, je me sentis intérieurement flatté, 1] quand je compris que c’était moi qu’ils cherchaïient. 4 Simonnot était furieux : on l’a laissé dans son coin, et ff je suppose qu’il n’en est pas encore revenu ! Quand ces a] gens m’eurent découvert, ils donnèrent des marques de d satisfaction et l’un d’eux s’écria : « C’est étonnant | comme il est bien conservé ! » Il y avait cent treize ans | qu’on ne m’avait fait ce compliment; il me fit plaisir. fs « Tels sont, pensai-je, les avantages de l’hygiène et de 5 la sobriété. » Peu de temps après, on me présenta au $ préfet de la Seine. Ce haut magistrat s’écria fort — Il faut le faire partir tout de suite, avant qu’il soit | réclamé par mon collègue lè préfet de police ! # J’avais bien quelques petites peccadilles à me repro- ë cher, mais elles dataient du temps où j’étais corsaire, j et j’ose affirmer que depuis très longtemps, ma con- 1
duite est restée au-dessus de toute critique. Je crus : # donc devoir protester. 1 cu FAT OR — On craint sans doute, dis-je, que je ne cause du. k : désordre, comme jadis quand je ravageai les côtes à d’Angleterre. Mais on se trompe, et je vous assure que \ mon tempérament est devenu fort doux. 14 4 M. le préfet de la Seine me répondit courtoisement : — Ne croyez pas, amiral, qu’on ait l’intention de vous arrêter. Mais les personnes qui $e trouvent dans votre : situation sont soumises, en vertu des règlements, à la | surveillance de la police, et il leur est interdit de sortir sans son autorisation, qu’elle n’accorde en général qu’après une instance de plusieurs mois. Or, Son Excel- $ lence l’ambassadeur des États-Unis, M. Mac Cormick, | désire vous voir immédiatement pour affaires pressantes. J’ai promis de vous conduire chez lui de ce 4 Je hâtai mes préparatifs de départ. L’ambassadeur s des États-Unis ! J’étais fier que ma première visite fût à ÿ pour un personnage de cette importance ! Cependant, s on ne nous permit pas de quitter la place avant que j’eusse subi la visite d’un certain docteur qui se livra ï À sur ma personne à l’examen le plus blessant. Il com- | mença par déclarer que j’avais à l’oreïlle droite le M æ même défaut que sur le buste qu’a fait de moi le M k sculpteur Houdon. Naturellement! Je ne pouvais pas j me changer pour lui faire plaisir. Après quoi il tira un Ne mètre de sa poche, me mesura comme un stère de bois, M } — Il à 1 mètre 71, et il ne devrait avoir que 1 mètre 70. “ee C’est peut-être un usurpateur !
Je n’ai jamais été patient. Si j’avais pu ramasser un h. moellon, je le lui aurais jeté à la figure. Franklin n’au- 1 rait pas fait tant d’histoires, et pourtant c’était un In grand homme : il a inventé les paratonnerres. Mais je F1 me contins, et parvins à faire comprendre à ce savant ‘à qu’au bout de cent treize années de retraite et de posi- ‘à tion horizontale, il n’y avait rien d’extraordinaire à ce 1h que j’eusse grandi d’un centimètre. Il finit par se laisser ‘1 Je dois avouer que cette petite altercation m’avait F à mis d’assez méchante humeur. Nous traversâmes Paris 11 dans une nouvelle sorte de voiture, dont on me dit 1 qu’elle avait vingt chevaux (le plus curieux, c’est qu’on a ii ne voit pas ces chevaux : je suppose qu’ils sont dessous). ii Je n’avais plus l’habitude du grand air, et la voiture me dl secoua tellement que je n’avais pas repris mon sang- DE froid, et me sentais au contraire tout trépidant, quand 1 nous arrivâmes chez M. Mac Cormick. LA ï Ce gentleman est d’ailleurs assez bien élevé ; il m’ac- {| cueillit avec de grandes démonstrations de plaisir et de ÿ déférence. Mais retrouvant toute ma franchise de À. marin, je lui dis très rudement que si c’était pour À à me faire rouler dans des fourgons mal suspendus, et 7: | passer à la toise par des métreurs-vérificateurs qui À n’avaient même pas les manières d’un sergent de Î recrutement, qu’on m’avait dérangé, je demandais (41 à m’en retourner d’où je venais; que d’ailleurs je ne 1 me sentais plus aucune disposition pour le service ; actif; et qu’il ne me fallait plus rien que la paix et la 1 Je dois reconnaître que M. Mac Cormick fit preuve | de beaucoup de tact. II me répondit que malgré tout À |
| mon mérite, qu’il fallait porter aux nues, le gouverne- : ment de Washington n’avait pas l’intention de m’imposer un commandement, d’autant plus qu’une récente F expérience, faite par la Russie dans la mer Noire, avait démontré que les bateaux manœuvraïent beaucoup | mieux quand il n’y avait plus personne pour les diriger; mais qu’on avait besoin aux États-Unis de mon retour, qui ne manquerait pas d’exciter le plus vif enthou- | siasme, pour induire le Congrès à voter de nouveaux | crédits pour la marine; et qu’à parler franchement, | | c’était pour cela qu’il avait pris la liberté de troubler mon repos. | Il voulut bien préciser aussi, à mon grand soulagement, qu’on ne me demanderait pas de discours : ma
2 Tous ces points ayant été réglés à notre commune j satisfaction, je ne m’occupai plus que de passer agréablement le temps qui me séparait de mon départ pour ; l’Amérique. On me demanda ce qui pouvaitm’intéresser. |
L Par accoutumance professionnelle, j’aurais voulu voir 1
; un enterrement. Comme il ny en avait pas pour le 4 moment, on me conduisit à la garden-party de l’ambas- À l’ancien Palais-Royal, mais — je ne sais pas si ma nou- l velle situation y est pour quelque chose — les femmes du vingtième siècle me laissent assez froid. Je regrette Théroïgne de Méricourt qui m’a laissé un excellent 4 souvenir : les Parisiennes de la troisième République, k
de quoique plus vêtues, me paraissent moins bien que 1 cette personne difficile à gouverner, mais char- | . J’ai bien peur aussi d’avoir fait une gaffe. On m’a 4
; présenté à M. Clémentel, ministre des colonies. Je suis ‘
allé droit à lui, la main tendue, et je lui ai dit : $
— Delighted, sir ! Les colonies m’intéressent infini- À ment et nous devons avoir des relations communes : f Mon ami l’ambassadeur a paru très scandalisé. I1m’a A expliqué que les ministres des colonies ne s’occupent |
. pas du tout de la traite des nègres. J’ai été bien étonné : ; |
alors, à quoi servent-ils ? Je n’en ai pas moins présenté il mes excuses, de bonne grâce, et M. Clémentel, qui est ! (1
un homme très spirituel, n’a pas eu l’air de m’en vou-
loir. Nous sommes même devenus très bons amis, et il |
a mené jusqu’en Auvergne voir une course de ces | fi
voitures dont j’ai déjà parlé et qui ont leurs chevaux ‘l
cachés sous le ventre. C’est tout ce qu’il y a au monde cl
de plus exciting. Ces voitures sont très rapides, mais ‘ti beaucoup plus difficiles à conduire que les autres, ce Hé
qui n’a rien d’extraordinaire, étant donnée la position ; À
dés chevaux : elles se cognent contre tous les ponts, il
accrochent les arbres, versent dans les fossés, et jettent ! À Va:
leurs voyageurs en l’air, comme une poêle fait des US à crêpes. J’ai dit à M. Clémentel : - me — Je constate avec plaisir, monsieur, que les morts “ vont de plus en plus vite ! 1 1 à daigné sourire. Au bout du compte, nous avons REED à fait un excellent voyage. Cependant tout ce tumulte
commence à me fatiguer. J’habite encore chez Son
Excellence M. Mac Cormick. Il m’avait dit, en effet, dès |
le premier jour : « Vous êtes mon hôte tant que vous |
n’aurez pas votre nouveau home. » Mais je ne suis plus 1
habitué à être logé si grandement. Je me trouve tout ; 11 désorienté. Aussi M. Mac Cormick, ainsi que le général |
; Horace Porter, se sont-ils mis aimablement à ma dispo- { sition pour choisir avec moi mon installation définitive. Je penchais pour le modern style, mais le général “ Horace Porter s’est écrié :
— Ne commettez pas cette faute de goût. Cet art nouveau est déjà vieux. La véritable mode, c’est le style Empire, qui sera d’ailleurs aussi nouveau pour
Alors, pourquoi pas quelque chose de Louis XVI? | J’ai connu jadis un lit en bois de rose… Mais je ne m’appartiens pas!
ï journal d’un condamné à mort ; 4 Ne On vient encore une fois de ‘ à: DR prendre un saule pleureur aux pé- L | sur la tombe d’Alfred de Musset. UNE, 1 e + Le sol du Père-Lachaise ne con- a t MSA vient pas à ce végétal, qui dépérit AAA? | rapidement et ne tarde pas à expi- Abe Li | rer sur la sépulture du poète. RCE: les journaux, 1906 MSA il î Notre famille est très nombreuse. La branche à al . laquelle j’appartiens est établie, depuis très longtemps, 1 cs A _ du côté d’Auteuil, non loin de la Seine, dans un site 4: agréable. On y jouit de la vue d’un bel étang artificiel; ti à 3 des canaux d’irrigation, des parterres de tulipes donnent a ‘2 ÿ un air presque hollandais à ce paysage, et parfois des : TE . poissons rouges, montant jusqu’à la surface de l’eau QUES : … brune, ouvrent une bouche toute ronde et nous regardent (MRÉUU Étant simples de mœurs, la décence de ces entours et LUE la petite vie de ces petites choses suflisent à nous LA garder dans un état de félicité toujours égale. Ce que Ds. je viens de dire prouve que le pays est assez humide; ENS mais notre santé est loin d’en souffrir. Car nos plus À lointains ancêtres habitaient au bord des fleuves : ; SV | lEuphrate a reflété la douleur un peu affectée de nos ANNE L
attitudes. Nous avons eu, dès les époques les plus ‘1 reculées, des relations sémites, et si l’on découvrait un. #4 jour que nous accompagnâmes l’une des dix tribus emmenées par Nabuchodonosor en esclavage, il ne e faudrait pas s’en étonner : Nabuchodonosor, on le sait, était végétarien, et nous autres, de la grande famille w ‘des Sahala Babylonia, nous sommes, il est temps de ; vous l’avouer, des végétaux. En langue vulgaire, on nous appelle des saules pleureurs. . Je viens de faire allusion à notre aspect mélancolique. Cest un air que nous avons pris, lors de la grande captivité, pour faire plaisir à nos amis, et nous l’avons conservé par la suite, comme les Mortemart leur grand nez, ou les Habsbourg leur mâchoire. Mais ce n’est ï pour nous qu’un signe de pureté de race que nous tenons M à maintenir, pas davantage. Au fond, nous ne sommes M en aucune façon d’un tempérament triste. Nous n’avons À rien de commun avec les bouleaux, qui ont toujours M l’air d’avoir froid et de demander qu’on les habille; où avec les filaos de la Réunion, auxquels Leconte de Lisle A à a fait une réputation usurpée : les filaos ne sont que de 1 F macabres plaisantins:; ils s’amusent à frotter la nuit leurs branches les unes contre les autres, pour imiter le ne. bruit d’un squelette sortant de sa tombe, et ainsi faire | M peur aux petits nègres et aux petits poètes. Nous avons 4 | pour eux un grand mépris. d Notre seul défaut, qui a trompé les hommes sur notre M véritable caractère, est de toujours ressembler à des d. petits vieux, quel que soit notre âge, — ce qui tient M
sans doute à l’antiquité de notre origine, — et de ne ‘3
l pouvoir vivre sans eau, habitude que nous avons puisée, M il y a très longtemps, au bord des quais de Babylone. M ‘4
Mais intimement, nous sommes assez gais. Nous aimons f ; les reflets du ciel dans les mares poissonneuses, les : grands roseaux dont les hampes de graines paraissent \ À tout én velours pourpre, comme la poignée des halle- he bardes que les suisses portent dans les églises, le vol | diapré des martins-pêcheurs, l’aile verte des sarcelles Hi criardes. Nous sommes les bons gardiens tranquilles de { la fécondité pullulante des eaux. Enfin, d’habitude, nous \h vivons très vieux; et c’est un grand confort que | d’échapper au souci d’une fin prochaine. fl
Il n’y a qu’un seul de nous, dans cette pépinière de la 1 ville de Paris, qui soit condamné à mourir à la fleur de “y F, son âge, et c’est moi: ils vont m’envoyer garnir la NE tombe d’Alfred de Musset! Vous direz ce que vous 11 voudrez, ce n’est pas juste. fl
Tous mes camarades ont eu de bonnes carrières. Il y NE | : en a qu’on a mis chez des conseillers municipaux, qui (il ont des jardins sentimentaux et des femmes à l’anglaise. ki ‘À Il en est qu’on a plantés dans des parcs, tout simple- YH ment pour qu’il y ait quelque chose d’hypocritement Li funéraire dans les endroits où les gens viennent faire la 1 is fête; et ceux-là ne s’ennuient pas : ils voient tous les ne dimanches des choses à faire rougir les érables négun- j dos, les seuls qui soient blancs. Il en est un autre qui a f une position de tout repos, à Ermenonwville, au-dessus ï de Jean-Jacques Rousseau. Le cénotaphe de ce grand homme est orné d’un bas-relief en marbre blanc, où FAR sont gravés ces mots : L’homme de la nature et de la 2 À vérité. La nature est représentée, sur ce bas-relief, par ù une femme qui possède six mamelles, trois de chaque } côté. Il est très rare de rencontrer, dans la nature et | dans la vérité, des femmes qui possèdent six mamelles, |
} mais pour nous autres saules pleureurs, ce n’est là M ë qu’un détail sans importance : celui d’Ermenonville a la tête au soleil et les pieds dans l’eau, il jouit d’une 1 j solitude agréable, il engraisse, il en a pour des siècles; | on n’en saurait souhaiter davantage. Tandis que moi, je suis prévenu : je dois aller flétrir toutes mes illu- | ; sions au-dessus de la tête d’Alfred de Musset, à cause W d’une jeune personne, nommée Lucie, que je n’ai M jamais connue et qui pleurait en jouant du piano. Je à serai seul, poussif, et je n’ai pas quinze ans! Mon destin est fatal : je serai le dixième saule pleu-. reur qui n’aura pu tenir à cette mortelle faction. Nous | mourons tous, à la file, avec un héroïsme muet et dédaigné, afin d’honorer les lettres françaises, sans qu’on ait À même une fois pensé à donner à un seul ‘d’entre nous M les palmes académiques. Cet affreux régime a com- à mencé, pour les saules pleureurs, sous le règne du 1 à tyran Napoléon III, mais il n’y a rien eu de changé sous à ÿ côté d’un grand bureau d’omnibus, boulevard Males- M } herbes, pour Louis XVI et Marie-Antoinette; une M colonne, avec un ange dessus, tout en or, pour les mar- 1 tyrs des journées de Juillet; des pensions pour les vic- M : times du 2 Décembre. Et on n’a jamais rien fait pour nous, victimes du romantisme ! M ; Je réclame une réunion expiatoire au Grand Orient, 3 rue Cadet, avec des discours d’hommes politiques et “M k la lecture de nos biographies. C’est bien le moins ! hi | La France cherche à excuser sa conduite en disant M qu’Alfred de Musset exigea qu’on nous fit subir ce dou- M à loureux traitement : est-ce que cest une raison? Et Si UM l’amiral Bruix, qui est aussi au Père-Lachaise, avait |
demandé à être enterré sous des goémons verts, com- ‘ee dl | ment est- ce qu’on aurait fait ? Et Dumont d’Urvile s _ S’il existe encore des hommes justes sur la terre, ils RO | penseront que nous avons droit à une réparation. Il à po 44] . atrop longtemps que nous prêtons, jusqu’à en mourir, À! 4 notre ombre à l’effigie d’Alfred de Musset, sans receæ rs voir un mot d’éloge ou même de pitié. C’est notre tour: id _ qu’on mette maintenant un buste d’Alfred de Musset ñ 4 _ auprès de tous les saules pleureurs qui sont déjà morts. LR ‘en
le langage de la Nature #7
« Je voudrais posséder un beau jardin, et vivre à ; l’orée d’un bois. » Ainsi jadis s’exprimait le sage Sy vestre Bonnard, dont les chers et doux mémoires eurent la fortune méritée d’avoir pour éditeur M. Anatole ï France. Et moi qui n’eus jamais, dans toute ma vie, M d’autre ambition que de vivre comme ce bon érudit savait vivre, entre mes livres aimés, mon chat qui dort, M ma servante qui bavarde afin de me rappeler, juste ce ” | qu’il faut, que les vivants sont des importuns, il me : manquait encore la petite maison, le bois et le jardin. KR Mais en fermant les yeux, je les voyais. La maison était | < en briques rouges pâlies, ou de vieux grès rose. Le bois “M était planté de bouleaux et de frênes, qui font un joli bruit, parce que leurs feuilles ne s’endorment jamais, » et chuchotent toutes ensemble. Dans le jardin, rien que hi des fleurs dont je sais les noms, des phlox, des tourne- : } sols, des roses et des saponaires : elles sont mes vieilles : amies, et reviennent me dire bonjour, suivant les mois 4 et les saisons. Elles me disent : « Tu vieillis, tu vieïllis! ti Regarde grandir les ombres que font maintenant tes Li souvenirs sur ton âme. Mais vieillis sans mal faire, et en | travaillant. » Le bois ne commence pas avant une prai- « N
_ rie, plantée de pommiers. Il y paît un vieux cheval gris Gr souris, qui ronfle en broutant. Oui, je voyais tout cela! } Alors, ces vacances, je suis parti pour chercher mon 4
- J’allai dans une gare, je ne sais laquelle, et je pris un \l
train pour aller n’importe où. À peine s’était-il ébranlé 1
que je mis ma tête à la portière. C’est peut-être là! :
Faut-il aller si loin, alors que j’ai lu tant de choses qui {
. toutes font croire que la nature est si belle aux environs in
‘de Paris? Madame Roland, dans sa jeunesse, ne dépas- 4
sait point Meudon; elle l’appelait « l’aimable Meudon »; i
elle y allait « en habit frais et léger, avec un voile de 6
gaze et quelques fleurs »; elle y voyait passer des biches, ç ;
et contemplant la majesté des boïs silencieux « rêvait, ER j f dit-elle, à ce qui lui manquait encore ». Car cette dame fi | eut, semble:t-il, des élans précoces. # _ Je crois que les bois existent toujours et même les “4 biches, tant la nature est difficile à tuer! Mais il me fut 4 ‘à impossible de les voir : une barrière m’en séparait. 1 C’était une barrière très ridicule et très étrange, faite Hi ‘4 d’une longue avenue de poteaux de fer ou d’acier, qui : ; portaient d’opaques écriteaux en bois peint. On y lisait : 1à De Essence pour automobiles, 55 centimes le litre. Ou bien hl on y annonçait que la marque Lumière était la meil- k À leure pour les cycles et motocycles. Un peu plus loin, f ;: s’étalait un tableau, grand comme une cathédrale : il IE: - représentait une nourrice, causant avec un militaire; et | cependant son nourrisson engraissait tout seul, parce 4 | que son biberon était breveté. ci Saisi d’horreur, je pris un’autre train, plus rapide. ‘4 Mais je n’osais plus rien regarder. Je pressentais trop ! ce qui m’arriverait. Cependant quelqu’un me cria — {
c’était quelque part, du côté des Andelys — d’une voix y — Voici les ruines de Château-Gaillard. Admirez les M grandes ruines, les ruines sublimes de Château-Gaillard! M ; J’évoquais la majesté de mes souvenirs, l’histoire de « la forteresse, faite pour des géants, que Richard Cœurde-Lion, il y a sept siècles, bâtit en quelques mois sur une falaise de craie, presque inaccessible. Il l’aimait, äl lappelait sa fille, et cette fille de pierre, on l’apercevaït jusqu’à Évreux. Je tournai la tête pour la voir, et je la ; vis : en imitation. Elle couvrait une vaste toile peinte, dont elle formait le fond avec modestie. Mais au premier plan, énorme et plantureux, Richard Cœur-de-Lion battaït un verre d’absinthe Cordonnier. Il ajoutait, d’un air réjoui : « C’est ma santé ! » ] Ces Anglo-Normands ont tous les vices. Je m’en dou tais. Il faut que la France soit tombée bien bas pour qu’elle soit forcée de s’allier à des gens pareiïls. Je pris la fuite; je courus jusqu’en Suisse, la nuit, pour ne rien M craindre. Je ne m’arrêtai même pas à Lucerne : c’est trop civilisé. Je suis sûr que les environs de Lucerne ne sont plus que des champs, des lacs, des forêts, des val= à lons, des glaciers d’affiches. Conduit par un guide intré pide, je gagnai un lieu sauvage, à six mille pieds d”ak titude. L’air était pur, des aïgles planaient, un chamoïs 4 ; prit la fuite, faisant ébouler des pierrailles; nul bruit, M et nous étions seuls. « O nature! m’écriai-je, te voilà F enfin! Je viens à toi, naïf comme un petit enfant. J’ap- ; prendrai ton langage, je n’en parlerai plus d’autre. » Et je levai les yeux, candide, enfin rassuré. Une montagne! 4 à pic bornaït le paysage. Elle montait si haut dans le à 1 ciel que les aigles n’atteignaient pas jusque-là; mais
comme sa paroi était blanche, raclée, nettoyée! Depuis ER
le haut jusqu’en bas, en lettres de’ pourpre et d’or, ‘ÿ
larges. comme un boulevard, hautes comme les pyra- U i
mides, elle annonçait ceci : Les meilleures saucisses UT :
sont les saucisses Schweitzer! Le soir, ces paroles ma- ! \f
giques étaient éclairées à Ja lumière électrique. Tel est \f
Toutes les grottes, depuis les funestes publications de tie
M. Martel, ayant été également éclairées à la lumière TS
électrique, transformées en espèces de métropolitains, hi:
et par conséquent tapissées d’annonces, je ne songeai | 4 |
même pas à m’y réfugier. Épuisé de fatigue et de dou- ! 1
leurs, je tombai sur un banc. Mais est-il, hélas! utile de AAA:
le dire, le dossier en portait ces mots, gravés au ther- ns ‘1
mocautère : Mallez frères, meubles de jardin, pièges à DRE |
loups. Je fondis en larmes. Alors, plein de pitié, le cha- an ï :
mois se rapprocha. Sur ses deux flancs, savamment LH
tracée à la tondeuse, apparut une inscription. Je lus : L (4
Comme il était apprivoisé, il se mit à manger des si l
cossettes perfectionnées, dans un sac attaché à son cou \ £ |
par un médaillon qui figurait, aux trois couleurs, le À #: |
portrait du fabricant : un homme chauve, avec une a
grande barbe. Puis il s’éloigna, étonné de mon mépris. na
J’entendis, à côté de moi, une voix qui disait : li
— Le Tribulat Bonhommet de Villiers de l’Isle-Adam 1}
ne s’était pas trompé. Bientôt nous remplirons le ciel 1
d’annonces, avec des projecteurs lumineux. Car le ciel ‘4
est vide, lé ciel est vide! C’est le congrès de la libre |
pensée qui l’a dit. Il ne faut pas que le ciel soit vide! 4
Nous le peuplerons avec du chocolat, des pilules améri- à
caines, des apéritifs hygiéniques, du champagne et des : |
pneumatiques antidérapants. Mais j’ai encore une place î à louer : c’est entre Véga de la Lyre, les Trois Mages, et le Chasseur Orion : la voulez-vous, pour réclamer un # PIN bon roman pornographique, ou bien le Nu à travers w Paris, photographies d’après nature? Bon titre, mon- M sieur, bon titre! DE | — Je suis directeur du trust mondial de la publicité w par affiches. Il n’y a plus un pouce Sur la terre quine w soit à nous. Et dans huit jours, vous verrez le ciel! Ou plutôt vous ne le verrez plus jamais. Gest décourageant À pour les hommes, de voir le ciel. Aussi sommes-nous des moralisateurs : le ciel conquis, nous allons annexer | la Mort. — La Mort? dis-je.
— Oui, monsieur! Il y a là une ressource immense pour la publicité, et je suis stupéfait — stupéfait et heureux, tout à la fois — que personne jamais ne s’en soit
d douté. Nos statuts sont déposés, nos actions vont être / émises, et je ne vous dis pas cela pour vous en placer un paquet, tout est pris; le syndicat des grandes ‘ banques parisiennes ne les lâchera plus que bien audessus du pair. En même temps, quelles splendeurs dé- fileront par les rues! Imaginez quelle pompe auront les | f funérailles, qui pourtant seront toutes gratuites, dès ’ qu’on voudra bien s’adresser à nous! Oui, plus il y aura 1 de chars empanachés, d’ordonnateurs, de couronnes, plus à l’avenir les funérailles seront gratuites! Nous n’y AE mettrons qu’une condition : le droit pour nous d’inscrire sur ces chars, ces couronnes, le chapeau de ces ordonnaleurs, cette simple notice : &« Ge mort est mort parce qu’il ne prenait pas la Tisane thibétaine des bluffers! »
Où bien : « Il avait cent trois ans, et pas un cheveu + gris. Voilà le résultat du Comagène! » L Il dit encore : À __— Je n’ai pas besoin d’ajouter que nous ferons la À même chose pour les tombeaux, dont nous prendrons 4 la construction à nos frais. « Si son automobile avait $ eu les pneumatiques Clou d’Or, il n’aurait pas fait pänache ! » Voilà ce qu’on pourra lire dans nos 4 nécropoles, illustré par des monuments dus à des 1 prix de Rome, autant que possible, à cause de la sou- 4 plesse démocratique de leur talent. L: — Hélas ! lui dis-je, et moi qui ne voulais que possé- L der un beau jardin et vivre à l’orée d’un bois… # — Un jardin, répondit-il, pourquoi pas ? Dans un ! # jardin, il y a des fleurs. Avec des fleurs on peut tracer S hi des caractères. Les caractères, cela ne peut servir qu’à l la publicité. Si vous voulez… (E
Ou bien : « Il avait cent Hit
Il dit encore HA
— Je n’ai pas besoir He |
la construction à nos : Hi
eu les pneumatiques ( HE |
| prix de Rome, autant que | HHSE plesse démocratique de 1 RER
| — Hélas ! lui dis-je, et m HE | der un beau jardin et vivr 4 la publicité. Si vous voule fi Î
F les jardins de la Veuve | { ) - la Roquette étant démolie, décou5 vert dans Paris une autre place Pt publique, sur laquelle désormais } les journaux, 1900 à ù ÿ .… 1 est certain qu’on ne peut pas guillotiner les k ie condamnés à mort rue de la Santé, où ils logent pour ‘1 | le moment. Un tel contraste entre le mot et la chose ” a marquerait une déloyauté que je qualifierais d’incompa: tible avec l’état éminent de notre civilisation. 7e D’autre part, il est impossible de leur couper la tête. place de la Roquette, puisque la place de la Roquette f. n’existe plus. C’est clair. PAS À D’excellents logiciens en avaient conclu que les, k condamnés à mort ne mourraient pas, et je n’y voyais
- l pour ma part aücun inconvénient. Mais M. Lépine, préfet de police, a-revendiqué le droit imprescriptible < qu’a la société de guillotiner ses enfants. Il a trouvé un ps bon endroit, et s’il ne dit pas lequel, c’est qu’il tient à : garder un secret si précieux. Je suis obligé de citer si ici quelques mots d’une interview remarquablement
brillante, qu’il a bien voulu accorder à lun de mes
| — Permettez, a dit notre distingué préfet de police, que je |
garde pour moi seul un renseignement: de cette importance.
Où, j’ai trouvé un endroit aussi discret que la rue Mes- 4 |
sier à laquelle j’ai été jadis obligé de renoncer. Il y a, à
Paris, une rue déserte, une place, un carrefour — employez 1
le mot que vous voudrez — qui est « idéal » pour le travail
de Deibler : et si vous vous donniez la peine d’étudier le |
plan de la ville, vous le trouveriez comme moi. Vous ne
… devinez pas? Non? Alors tant mieux. Vous m’éviterez les
inévitables réclamations du quartier. |
Ainsi parla M. Lépine à ce reporter, qui ne devina
pas. Que dis-je? il ne paraît même’pas avoir cherché à
deviner. Un journaliste! Ah! plutôt que d’entendre
accuser ma corporation d’avoir manqué à ses devoirs . à
professionnels, je résolus de consacrer mes veïlles à la
solution du problème, je résolus de n’épargner ni les
méditations ni les démarches. Que mes confrères sont f
donc dépourvus d’imagination! Eh quoi! ils ont fait
chercher au public, dans les Champs Élysées, à Saint- à
Cloud, jusque sous les ombrages de la forêt de SaintGermain, des rouleaux d’or cachés dans des pots de ,
fleurs, des tuyaux d’arrosage ou des boîtes de sardines, ‘ ‘i
ils lui ont fait compter trois milliards de grains de blé :
dans un bocal, ils lui ont fait parcourir, en canots auto- }
mobiles, vingt mille lieues sous les mers — car nul À
| n’oserait maintenant affirmer que c’était dessus — et ils à k
| n’ont pas seulement songé à promettre cinquante É
pauvres louis au mortel qui découvrirait « la place, rue
À on carrefour », le lieu désert enfin, que M. Lépine
connaît à Paris! Voulez-vous que je vous dise : ils ont |
À été au-dessous de tout. Mais moi, je vais me couvrir de : $ gloire, car je sais le secret de M. Lépine, et tel fut l’art de mes déductions qu’il ne reste plus à ce magistrat | qu’une chose à faire : me nommer chef de la Sûreté. Et qu’il n’attende pas! Sinon je demanderai un peu plus } encore : ses propres fonctions. Car j’ai toujours eu envie de marcher, à la mi-carême, en tête du bœuf gras. Ne croyez pas que mon succès ait été facile, immédiat, . ; foudroyant. Le génie n’est qu’une longue patience! Je mets une vaniteuse modestie à reconnaître que j’ai dû démolir de mes mains rigoureuses les constructions que je croyais achevées. N’avais-je pas d’abord supposé | qu’il était question de la salle des pas-perdus de lancienne gare d’Orléans, du Panthéon, ou du Petit Palais des Champs-Élysées ? On voudra bien avouer, à mon | excuse, que ces édifices sont absolument vides, dénués d’emploi, et que de plus, pour le Panthéon, il contient une magnifique fresque de M. Bonnat, représentant saint Denis qui marche d’un pied ferme, sa tête à la main; sans compter de terribles peintures du baron Gros. Mais un examen plus attentif des données du problème m”obligea d’écarter ces premières hypothèses ; le nouveau sphinx du boulevard du Palais a eu j soin de préciser, en effet, qu’il s’agit non pas d’un. rt endroit couvert, mais « d’une rue, place ou carrefour »: Ainsi, fidèle aux enseignements de mes illustres maîtres 5 en littérature criminelle, Gaboriau, Edgar Poe et Conan Doyle, j’arrivai à restreindre le champ de mes investigations. ÿ Et je découvris d’abord la cour de l’Institut. On eût | dit d’une prairie, et la plus champêtre. Une herbe abon- |
rl dante y croissait, drue mais courte. Je soupçonne que
_ le concierge de ce petit parc désert la coupe, à des intervalles réguliers, pour donner à manger à ses lapins. Cette herbe exceptée, rien dans cette cour, absolument rien! Ni homme ni bête. De trois vases très laïids, évidemment funéraires, jaillissaient des flammes pétrifiées. Du ventre d’une Minerve, dans le fond, sortait un | robinet. C’était tout. Un grand silence tombait des murailles sombres. Et je pensai que ces murailles, per- | cées de beaucoup de fenêtres — dont quelques-unes à | guillotine— appartenaient à l’État. Et qui donc exécute? | L’État. Il m’apparut qu’il serait là chez lui, que personne | n’aurait rien à lui dire. Était-ce donc à la cour de l’In- | stitut que M. Lépine avait pensé? On admettra qu’il y | | avait quelques motifs de le présumer. Pour éclaircir mes doutes, je fis passer ma carte à M. Pingard.
— … Et ubi solitudinem faciunt, patibulum appellant,
répondit-il, avec une érudition qui n’était pas exempte d’amertume, aux questions qui se pressaient sur mes lèvres. Toutefois, il faut bien que je l’avoue, le projet |
_ dont vous me parlez n’est pas sans présenter quelques | avantages. Mieux vaut encore un échafaud de temps en | temps qu’une statue tous les jours. C’est moins encombrant. Et il est impossible, si nous ne trouvons pas une destination plus utile à notre cour, qu’on ne nous mette | pas une statue : le monument de la Télégraphie sans | fil, par exemple, ou un Triomphe de la République, ce qui serait bien pénibie, monsieur ! Car vous remarquerez que nous avons déjà la Minerve-au-Robinet. Cela
— Mais enfin, continuai-je, vous n’avez pas été ofliciellement prévenus ?
| — Officieusement, me répondit M. Pingard avec dis- | $ crétion, officieusement peut-être avons-nous été pres-! à sentis. Maïs nous ne sorymes pas les seuls. Ignorez-vous | à que tout près de nous, de l’autre côté de la Seine… À ue — N’ajoutez rien, fis-je, j’ai compris : vous faites « aïilusion au square de la cour du Louvre! J’aurais dûy « penser plus tôt. Ne vous formalisez pas si je vous quitte | un peu brusquement : je cours où le devoir m’appelle. Comment avais-je un instant pu l’oublier ! Le square M du Louvre est le seul endroït où personne n’ait jamais ; été assassiné, par la raison qu’on n’y a jamais vu per W sonne. Ce fait remarquable a été noté dans plusieurs ouvrages spéciaux. Actuellement, je dois pourtant l’ajouter, il possède un habitant. C’est le marquis de ; La Fayette, qui est mort en 1834. k : \ On l’a planté là en effigie, et à cheval. M’étant précipité pour lui faire visite, j’ecs quelque peine à le reconnaître. Non seulement son coursier était noir et gTIS;.” )) chose déjà bien contraire à l’histoire, qui ne nous a jamais parlé que du cheval blanc de ce gentilhomme libéral, mais ce gentilhomme libéral lui-même était tout tacheté. Osons dire le mot : il était pie! Cette particularité, assez fréquente chez certains mammifères, est très rare chez l’homme. Je ne pus réprimer l’expression S de mon étonnement. — Monsieur le marquis, lui dis-je, est-ce bien vous ? — C’est moi-même, répliqua-t-il : Marie-Paul-Josephk Roch-Yves-Gilbert de Motier de La Fayette. Et durant ma vie, j’étais aussi blanc que quiconque. Par malheur : les Américains, qui sont des gens riches, ont tenu à lo . donner à la République française ma statue en plâtre | AUTER métallisé, et la métallisation n’a pas tenu, à cause des
FA intempéries. Je déteins, mon cher monsieur! Mais que
de cela ne vous empêche pas de me dire ce qui vous ;
Je lui exposai en peu de mots la mission que j’avais |
— Ce serait, me dit-il, une excellente idée que de me |
faire assister quelquefois encore aux spectacles dont je ;
fus si souvent témoin, à l’époque la plus intéressante
. de ma vie. Cette place est d’ailleurs vaste, bien aérée, gp
et, comme à l’Institut, l’État est ici chez lui. Mais je 4
crains bien qu’on ne me laisse à ma solitaire décrépi- Va
tude : à quelques pas, hélas ! quand vous aurez franchi fie
les étroïts guichets qui me séparent de la rue de Rivoli, |
vous rencontrerez un autre désert plus vaste et qui, ]
depuis bien des années. demande avec insistance qu’on NA |
lui trouve une destination. Soyez sûr que c’est lui, et 1
non un autre, qu’a voulu désigner M. le préfet de police. AN
_— Le Palais-Royal ! m’écriai-je illuminé. : h,
? — Oui, le Palais-Royal, répéta M. de La Fayette. Et ï.
__ puisqu’on a démoli les galeries de bois, n’est-il pas je
juste qu’on les remplace par les bois de justice ? 4
les vaches et l’Académie | M. Jules Claretie a publié quelque part une anecdote . dont la lecture fit sur moi une impression profonde. Il s’agit du dictionnaire de l’Académie.
Lorsqu’on achevait l’édition de 1876, écrit M. Jules Cla- | relie, on en était au mot vache, quand un académicien nouvellement élu prit pour la première fois séance, et il se rappelle la stupéfaction et le courroux d’Octave Feuillet lorsque l’aimable Camille Doucet, secrétaire perpétuel, lut ñ
fe une des définitions du mot vache :
Vache se dit d’une femme qui a vieilli. « Elle est bien
{ Octave Feuillet bondit. Le romancier délicat, féminin et féministe, s’insurgea contre une définition et un exemple qui portaient atteinte à la femme : | — En vérité, messieurs, allons-nous contresigner une — La citation n’avait point paru grossière à Charles
— Tant pis pour Charles Nodier !
Et Octave Feuillet eut gain de cause. On effaça cette définition du mot vache.
Voilà, n’écriai-je, une Académie française pleine de ; délicatesse et de sens commun. Il n’y a rien de plus ri- ! dicule et äe plus stupide que de donner des noms de ù
| bêtes aux personnes, Comment s’arrêter sur cette pente,
_ sice n’est pour la remonter par l’escalier de la folie :
on donnerait des noms de personnes aux bêtes, des
noms de poissons aux éléphants et des noms d’éléphants
aux violettes des bois. On ne s’y reconnaîtrait plus.
Les mots sont les mots, ils disent ce qu’ils disent, et il
faut qu’ils continuent, aidés par les encouragements
des Octave Feuillet et des Lavedan-le-fils, celui qui
connaît si bien l’argot. Ceci est la saine doctrine. ”
Mais un grand malheur m’arriva. Au lieu de m’en
tenir à la doctrine, je commis l’imprudence de remonter
à ses sources. Rien n’est plus funeste : c’est ainsi qu’on
_ perd la foi. J’ouvris, hélas, le dictionnaire de VAcadémie, et quelle ne fut pas ma stupeur, lorsque j’arrivai au ;
mot oie. L’édition de 1878, la dernière, indique que l’oïe
est un oïseau. Mais elle indique aussi que ce mot sert
également à désigner « les personnes fort sottes et fort
— Il y a là, songeai-je, une exception probablement :
unique, mais en vérité bien déraisonnable !
Afin de m’en assurer, je rouvris le volume à l’article
grue et j’appris que la grue pouvait être, soit un oiseau, L
soit également « une personne fort sotte et fort niaise ».
Comme l’oie ! Je fus d’autant plus étonné que, connais- |
sant bien des sens au mot grue, j’ignorais celui-là. Jen ÿ !
conclus que, pour des motifs restés obscurs, l’Acadé-
mie française en voulait aux oiseaux. Mais des recherches, entreprises avec la plus grande impartialité,
me révélèrent que l’Académie en voulait également à
un poisson de mer, qu’elle diffame je ne sais pourquoi,
ainsi qu’à un mammifère très fréquent à la campagne,
et auquel, d’accord avec l’Académie, les paysans disent
généralement, quand il se roule dans le purin, qu’il est $ 6 bien nommé. dx Je n’y étais plus du tout. Du moment qu’on peut appeler un homme ou une femme de tous ces noms d’ani-: | meux, pourquoi l’illustre compagnie exclut-elle de ce service d’autres animaux qui ne sont ni plus ni moins respectables ? Si elle constate que parfois on traite l d’oïes ou de grues des personnes des deux sexes, quel. ! mal voit-elle à reconnaître qu’il arrive aussi à ces per- | sonnes d’être traitées de vaches ? , Je résolus, pour éclaircir ce problème, d’aller consulter quelques académiciens. Leurs concierges me répondirent qu’ils étaient en villégiature. Mais, grâceà M des procédés télépathiques de mon invention, et qui, j’ose le dire, me créent dans le journalisme parisien une 4 } situation exceptionnelle, j’obtins trois ou quaire inter- Ë views bien précieuses. 2.50 . 1 — Maïtre, demandai-je un peu brusquement à | M. Gréard, pourquoi l’Académie, qui enregistre « faire du froufrou », dans le sens de faire des embarras, n’enregistre-t-elle pas « faire du chichi »? ; | — Du chichi, s’écria M. Gréard, quel est ce mot et que ) ; veut-il dire? En vérité, monsieur. | .. — Hi signifie, répliquaï-je, faire des embarras, exactement comme l’autre. : — Ce mot est malsonnant aux oreilles. J’aime à , croire, d’ailleurs, qu’il est peu usité. ÿ — Il est usité, répondis-je, depuis les boulevards À extérieurs, où je présume qu’il a pris naissance, jusque dans les enceintes de l’Université. Au collège Rollin, où je fis mes études, et même, affirme-t-on, jusque d
chez les jésuites de la rue des Postes, il n’est pas A ._ — Vous me permettrez de croire, protesta M. Gréard ! avec dignité, que vous calomniez les établissements de L
Et i se leva, pour me montrer que l’audience était W J’obtins ensuite, et toujours par des procédés télépa- ; thiques, une entrevue de M. Henri Lavedan. Je me b. . reprochais d’avoir manqué de méthode avec M. Gréard. ‘4 J’eusse dû borner mon enquête à la question des # vaches. C’est ce que je fis avec le brillant dramaturge, | qui m’écouta fort aimablement. Quand j’eus terminé » mon exposition, il dit : NA à
— …Croyez que je vais vous donner raison? Parce SAUCES
que j’écris pas comme Feuillet, croyez que je vais mar- 11 cher, chiner l’Académie? Nor, vous les broutez, les (ee pâturages de l’erreur! Le contraire, je ferai. A l’Aca- è démie, veillerai avec soin sur la pureté de la langue. qu Ferai rayer du dictionnaire tous les mots d’argot. Feraï sh rayer bûche, pelle, tourte, fourneau, la peau, concombre, ê — Marcheur aussi, suggérai-je, illuminé. 4l
— Marcheur aussi, comme vous dites, et même ‘4 Vadjectif « vieux », par-dessus le marché. Et alors, com- Met: ment voulez-vous qu’on puisse continuer à parler argot, Fa puisque les mots qui servent à parler argot seront sup- ‘1 Je félicitai vivement M. Henri Lavedan de cette idée Ël géniale et me dirigeai vers la demeure de M. Anatole 1#
France. Mais je réfléchis en route qu’il valait bien mieux de:
aller trouver M. Bergeret, son ami et son meilleur lui
même. Et le chien de M. Bergeret vint vers moi en À
— Ne vous offusquez point, me dit l’ancien profes- |
seur, de ces démonstrations. Cette petite bête innocente ; agit seulement d’instinct comme ses ancêtres, autour des huttes silvestros qu’habitèrent les premiers hommes,
avaient coutume de faire quand approchaient des étrangers, c’est-à-dire des ennemis. Ils payaïent volontairement de la sorte l’hospitalité qu’on leur donnait. Car les chiens, vous l’ignorez peut-être, ne furent point
domptés à la manière des chevaux ou des oragres : mais, de leur libre volonté, ils s’associèrent aux hommes et vécurent en communauté avec eux. C’est pourquoi je tiens ces animaux en estime particulière. Je demandai à M. Bergeret s’il avait lu Fanecdote contée par M. Claretie. Il me répondit en souriant : | — Je n’aurais eu garde, monsieur, d’y manquer. Je lis tout ce qu’écrivent mes collègues, afin de les complimenter. Jamais je ne franchirai le seuil de ma maison sans avoir fait provision de paroles agréables; car la politesse est un impôt que le sage acquitte avec plaisir, | pour que les ombres qui passent sur sa vie intérieure ne lui fassent point de gestes hostiles et troublants.
| — Je ne saurais vous dire, cependant, que j’approuve , lostracisme de M. Octave Feuillet. Vous connaissez | toute l’horreur que j’ai pour les façons de parler violentes et grossières. J’évite de les employer, parce qu’elles affaiblissent la pensée. Mais, malgré mes répugnances personnelles, j’aurais été, je crois, obligé de
| faire observer à l’Académie que l’énumération des diffé- rents sens du mot vache me paraissait indispensable au Fe salut de la société. a — Ceci, murmurai-je, est un aspect de la question (4 que je n’aperçois pas encore. : — Veuillez considérer, poursuivit M. Bergeret, les ti inconvénients que peut avoir le silence du dictionnaire. Il m’est revenu que des personnes malveillantes, et d appartenant aux classes réputées Les plus turbulentes de la société, sont dans la coutume de crier : « A bas Ù les vaches ! » dans l’intention de faire injure aux repré- $ sentants de la force et de la justice publique, et même d’ajouter des allusions désobligeantes à la mort possible i Ë de ces représentants. Le dictionnaire de l’Académie, { comme on l’a défini avec raison, est le dictionnaire de fr lusage et il ne mentionne nullement cette assimilation : inconvenante. Voyez alors ce qui pourrait se passer : PR inculpé devant un tribunal, le fauteur de cette injure F pourrait répondre : « Ce que j’ai dit ne signifie rien. j Consultez l’Académie; elle est muette. » Et vous LE avouerez, monsieur, qu’il serait naturel que le diction- | naiïire rédigé par l’Académie, corps officiellement reconnu, fit seul autorité devant les délégués officiels du de Littré ? A celui de Larousse ? Ces deux philologues 1 et polygraphes ont eu des opinions politiques et reli- * gieuses bien dangereusement avancées ! J’avoue que le raisonnement de M. Bergeret m’avait paru fort. Cependant, au lieu de m’en tenir là, je décidai d’aller consulter la vache elle-même. On le sait, depuis que le jeune hindou Mowgli a fait ses confidences à
! Rudyard Kipling, il n’est plus permis d’ignorer lelangage | ( : des bêtes. La vache me reçut fort bien. Du plus loin ” qu’elle m’aperçut elle s’écria : | ; — Tiens, c’est toi! Comment vas-tu ? ‘ © Véritablement, on eût dit une ancienne amie. Mais quand je lui annonçaï ce qui m’amenait, elle éclata d’indignation. l — J’en ai assez, dit-elle. On me prend mon laït, on | me prend mes veaux, on me prend ma réputation, et | maintenant on veut me prendre une interview ! Il n’y à pas de raison pour que ça s’arrête. Je dus m’abaisser jusqu’à d’assez viles flatteries. | ! Alors, avec une condescendance ironique : — As-tu seulement cherché, me demanda-t-elle, Particle Vache dans le dictionnaire de l’Académie. TO Assez confus, je dus avouer que j’avais oublié de prendre ce soin. Ÿ — Eh bien, retourne chez toi, et lis-le jusqu’au bout. C’est ce que je fis, et je lus, dans l’édition dont parle | M. Claretie, et qui est la dernière : Vache, bassement et par moquerie. C’est une vache, une vraie vache, une grosse vache. Se dit d’une ferme qui a trop d’embonpoint. £lle devient vache, elle prend trop d’emHE bonpoint. Par conséquent le sens dont ne voulait pas M. Octave Feuillet a été maintenu. Mais l’histoire contée par M. Claretie est jolie tout de même.
une grande calomniée ni: s M. Baudry d’Asson est arrivé < F {4 aujourd’hui à la séance de la. 13 2 £ Chambre, en brandissant une cas- RME serole que M. Doumer, président, 1 ve a voulu aussitôt faire confisquer, 12% L’affaire des fiches étant encore MUT dans toutes les mémoires, la pré- ( 54 sence de cet objet pouvait passer #, KE pour une injure à la majorité. Mais à #8 cette casserole a disparu mysté- dE les journaux, 1905 +E] ’ Je ne pensais à rien, je suivais mon nez, comme fe d’habitude, sans regarder par terre. Voilà comment je 1 mis le pied, par mégarde, sur une extraordinaire entité, Lt qui se releva, furieuse comme une casserole à qui on a LYS marché sur la queue. Et justement c’en était une ! Après $ …_ quelques secondes, que je consacrai à la stupeur, je ‘e ne. la reconnus : c’était celle du Palais-Bourbon. LE Précisons ! J’entends par ces paroles, celle dont 4 M. Baudry d’Asson avait voulu faire cadeau à M. Combes, NA) US lors d’une séance récente, et qui s’est si étrange- ES: ment égarée, comme on a pu lire dans les journaux. R’ Jai toujours de la chance : c’était à moi qu’il apparte- +1 _ naït de la retrouver! Tout arrive, et il ne faut jamais oi _ s’étonner de rien; m’efforçant de conserver l’air le plus: k
} paturellement affable, je me contentai de demander à À cette casserole par quel heureux concours de circon- | stances j’avais le plaisir de la rencontrer sur le boule- è vard Saint-Germain. Elle me répondit, d’une voix cuivrée, mais maussade : F | — Je m’en vais! C’est facile à voir, que je m’en vais! | Et le plus loin possible : à Monte-Carle ou en Russie, | je ne sais pas encore. Mais enfin, dans un pays où il | n’y a pas de Parlement. — Dans ce cas, lui dis-je, il serait peut-être plus sage, au bout du compte, de vous décider pour Monte-Carle ) et la Principauté de Monaco. Dans l’autre pays, on n’est plus sûr de rien… Mais pourquoi cette horreur des Parlements, casserole mon amie. Auriez-vous lu récemment les œuvres politiques de M. Déroulède ? | — Non, fit-elle avec énergie. Mais j’ai assisté à une | Et ce souvenir l’enflammant d’une fureur renouvelée, “elle s’écria :
— Mais qu’est-ce que je lui avais fait, à ce M. Baudry d’Asson ? J’étais bien tranquille chez mon patron, jy exerçais mes fonctions le plus honnêtement du | monde, j’allais au feu toutes les fois qu’il le fallait, avec
le plus grand courage. Jamais, jamais, je n’ai mérité qu’on dise du mal de moi; et voilà que cet homme politique, par un incompréhensible caprice, m’emmène à la.
« Tout d’abord, j’ai cru que ses intentions n’avaient rien que de flatteur. Il va, pensai-je, me donner à | M. Doumer, pour remplacer sa sonnette, qui ne fait pas ; \ assez de bruit. À ma vue, et aux sons retentissants 7 issus de mes côtes de métal, les députés se rappelleront |
_ que leurs paroles ne font pas bouillir la marmite. Et si quelque jour je succombe au champ d’honneur, si je me É fêle, on me déposera glorieusement dans un musée, . | près de l’assiette au beurre, je suppose. Mais je me ‘ # trompais. La véritable intention du représentant de la ; 4 Vendée était, paraît-il, de me porter à M. Combes, à É titre d’attribut compromettant, et par une assimilation L: déshonorante pour moi. | — Hélas ! fis-je, cela est vrai. ! — Cest stupide! Que ferait l’humanité, sans casse- È roles ? Nous ne rendons que des services. Nos mœurs ; sont pures. Assises au-dessus des foyers ardents, nous 2 contenons le bouillonnement des sauces et la danse ni sacrée des viandes destinées aux nourritures. Ou bien, ) 4 rangées en files éclatantes et harmonieuses le long des « : À murailles, soigneusement récurées, si belles que les | À peintres nous aiment, nous sommes l’orgueil des cuisi- ‘4 nières. Quel crime avons-nous jamais commis? 4 — On donne, répondis-je un peu honteux, on donne } le même nom que vous à quelques-uns de nos congé- f nères qui ont la mauvaise habitude d’aller raconter, : dans une intention désobligeante, et même de noter sur Rs de petits morceaux de papier, nommés fiches, les ac- NE: | tions des autres hommes, en attribuant à celles-ci les Ki motifs les plus bas ou les plus cocasses : comme par “210 exemple, d’aller à la messe pour y conspirer contre le — Quel rapport, s’écria-t-elle indignée, y a-t-il entre à de tels hommes et d’honnêtes casseroles? Est-ce qu’on les a rétamés? Et pourquoi, par conséquent, les appeler } spécialement casseroles, de tous les noms qui existent dans la langue française? Pourquoi pas « commode »,
à pourquoi pas « tiroir »? Pourquoi pas cafetière, bouil- ï
4 lotte, compotier, arrosoir ou pot-à-tabac ? Et, le plus È
fort, c’est que cela vous amuse follement. Avouez-le :
vous seriez profondément désolés, au fond, qu’il n’y ait
pas de délateurs, parce que vous ne pourriez pas les |
appeler casseroles, et que le ministère ne tomberait |
pas, ce qui vous priverait d’une distraction. Telle est, |
de nos jours, la manière des Français d’entendre la politique. Ah! il n’en était pas ainsi, sous Vatel!
Je fus profondément attristé de voir que cette casserole était monarchiste, comme M. Baudry d’Asson en
personne. Où irons-nous, si les objets inanimés euxmêmes abandonnent le gouvernement! De plus, cet
ustensile paraissait douter, de la façon la plus injurieuse, que je prisse la politique au sérieux, et les
4 crises ministérielles au tragique. Le plus grave, c’est
qu’il avait peut-être raison.
ù — Si cela continue, poursuivit cette casserole exaspérée, nous nous mettrons tous en grève.
— Qui, tous? interrogeai-je, plein d’inquiétude.
— Les objets inanimés et les pauvres animaux, fati-
gués d’être en butte à vos comparaisons diffamatoires. :
A l’usage que vous faites de la langue française vous
êtes indignes des services que nous vous rendons. w
Vous n’avez pas le droit d’appeler les imbéciles des
poires. Aucune analogie, même lointaine, ne vous y autorise. Pas plus que des moules, ou des huîtres, ou des |
gourdes, ou des cornichons. Quel rapport y at-il? La M
vérité est que vous êtes aveuglés par l’orgueil le plus
stupide et le plus inexcusable. Quand vous rencontrez
| un de vos pareils qui vous paraît être dépourvu des
qualités sublimes qui définissent pour vous l’être que M
ï yous appelez un homme, au lieu de dire : « C’estun “À . Homme », vous nous l’envoyez. Merci bien! A la fin, si 4 | vous persistez à encombrer le français de ces méta- EE phôres saugrenues, personne ne saura plus çe que par- è “4 ler veut dire. Vous vous promènerez, sans vous y D reconnaitre, dans une halle aux poissons, un potager, Et à et une boutique de bric-à-brac. Ce sera, et je m’en 4 applaudis, le commencement des vengeances célestes. 1 Je désirais vivement apaiser la colère de mon inter- | « f locutrice, et ne point priver ma patrie du concours Ne qu’elle lui avait prêté généreusement jusque-là. Je ris- Pa. quai un argument: AUOT NES — Écoutez, dis-je, vous devriez retourner au Palais- 4 sil # Cette proposition la révolta. Je m’y attendais. Mais il je continuai, insidieux : pt | — Ils auront besoin de vous pour une œuvre à la- ASE quelle vous ne pouvez nier que vous êtes destinée. HOUR :4 — Laquelle? interrogea-t-elle, à la fois curieuse et 4 — On a prétendu, murmurai-je, qu’ils allaient faire 14 . encore beaucoup de. bouillie pour les chats. 20 ! — Casserole! me cria cette casserole. \ A ï je
entre quatre grands personnages ; Quatre événements en une seae: maine : Un homme politique a essayé d’escroquer la Grande Ghar- . treuse; un canard « au sang » à empoisonné douze convives; on veut dénoncer ie Coucordat; et une locomotive a éclaté. 1 Ils étaient quatre, assis en rond, mais dans des postures différentes, à cause de la différence des sexes : VX des Chartreux, le Canard à la Rouennaise, la Locomotive de la place de l’Europe, celle qui a éclaté, et le Concordat. Mais le Concordat disait tout le temps qu’il voulait s’en aller. Un orgueil monstrueux se lisait sur leurs figures, et ils regardaient, sur le mur, une image, avec mépris : C’était un Sphinx et une Chimère, peints ; par M. Gustave Moreau. ÿ — J’ai des ailes. Donc je suis pareil à la Chimère. Et je suis accroupi : donc semblable au Sphinx. Enfin, je a suis terrible. Quand j’arrive sur une table, il n’est plus { d’espoir pour les convives. Car je suis le canardf 92
DA dilemme, une bête que Jean de Pathmos, homme cepen- {
_ dant plein d’imagination, n’avait pas songé à inventer. “à
Si les convives ne me mangent pas, ils meurent de Î
faim. S’ils me mangent, ils meurent empoisonnés. Et, ,
quand ils sont morts et qu’on commence à me maudire, À
mon ombre revient planer au-dessus des journaux pour
leur dire : « Êtes-vous bien sûrs que c’est moi qui les ai 4
tués? Au fond, personne n’en sait rien. » Alors, les
journaux prennent ma défense, sans doute par esprit
de corps. Ils murmurent : « C’est vrai, après tout, que |
| sa culpabilité n’est pas évidente. Faisons bien attention. in
Ne renouvelons pas, à propos de ce canard, les erreurs à
de l’affaire Dreyfus, ou celles de laffaire Cuignet. , ÿ
| Soyons sages et ne nous engageons qu’avec pru- ie
| La Locomotive, essayant de rassembler ses membres k À
__ épars, fit entendre des bruits discordants. Elle finit par } { :
| — Et moi aussi, j’incarne à la fois la Chimère et le \ 1
Sphinx. de suis la preuve qu’il arrive toujours ce qui ne x
__ devait pas arriver. On avaït toujours affirmé que je ne w
| pouvais pas éclater, Alors j’ai été me mettre en plein ï
= Paris, sous un pont, et j’ai éclaté. Publiquement. Tous 4 3
les ingénieurs se sont réunis, ils se sont penchés sur la
balustrade du pont et ils ont crié : ÿ
— Pourquoi as-tu fait ça!
| Je leur ai répondu qu’ils pouvaient chercher. j
| Et c’est vrai, qu’ils pouvaient chercher! C’est leur |
__ devoir paternel et leur métier, ce sont eux qui m’ont
| faite. Et après m’avoir faite, ils m’ont obligée à traîner }
_ des choses immorales : des wagons-bars, par exemple,
ou des wagons-suicides, avec plateformes pour décapi- M tation dans les tunnels; et des gens très lourds ettrès exigeants, qui ne daignent même pas payer leurs
places : des ministres, des députés, des journalistes. IL
- faisait déjà une chaleur de bête. Je ne demandais qu’à arriver le plus tôt possible pour me mettre à l’ombre, | au bord de la mer : ils s’arrangeaijent pour que j’arrive | en retard. Jamais, en vingt ans, je n’ai pu faire couler uve seule fois mes purgeurs à l’heure qu’on m’avait promise, jamais. Comment veut-on qu’y résiste la con- ; stitution même la plus soïide? Quand je me pressais pour rattraper le temps perdu, j’écrasais des automobiles, qui trouvaient. des barrières ouvertes parce que *
‘ j’étais en retard, et qui venaient se coller sur moi comme des hannetons : alors, on disait que c’était ma faute. J’en ai eu assez. Est-ce que cela ne m’était pas |
permis, d’en avoir assez, à la fin? Eh bien, vous pouvez consulter leurs rapports, aux ingénieurs : ils n’ont | EME même pas réfléchi que j’avais pu tout simplement éclater d’indignation. Tout le monde, en France, a le | l droit d’éclater d’indignation : M. Combes, M. Mascuraud, | M. Millerand, excepté moi. Ma Compagnie, à laquelle | j’avais rendu de si longs et fidèles services, ne m’a même pas défendue. La faiblesse qu’elle a montrée contre mes calomniateurs a mis le comble à mon écœu-
\ ; rement, Au fond, elle ne pensait qu’une chose, ma
‘ Compagnie : « Pourquoi cette brute de locomotive n’estelle pas allée faire ça aïlleurs, à Rouen, si elle le vou- i
lait, ou à Beuzevilie, ou au Havre? On n’en aurait jamais « rien su. Mais elle éclate à Paris : Paris n’est pas Port-
Artbur, les torpilleurs n’y arrivent pas. Cette machine- : là est plus impertinente qu’un Japonais. » |
__ Quant au Concordat, il continuait à gémir que sa 4 . situation n’était pas tenable, et qu’il voulait s’en aller. ‘14 — Je n’y comprends rien. Il n’y a pas de sphinx qui ie ait jamais posé des énigmes plus ridicules que celles “1 que j’ai à résoudre. Il n’y a pas de Chimère plus folle 1h que celle qui me tourne autour des oreilles. Je n’ai # 1 jamais fait de mal à personne. J’ai vécu un siècle en NE paix avec tout le monde. Et maintenant, on veut me DA: : … tuer sous le prétexte falot, le prétexte fabuleux, le pré- À texte invraisemblable que j’ai un évêque franc-maçon ! 4 il Quelle est la somnambule extra-lucide qui leur a dit NS que j’avais un évêque franc-maçon ? 3 f — Tant qu’on ne vous aura pas informé que le pape es 4 est luthérien, fit la Locomotive sagement, vous avez de. 4 encore des malheurs à prévoir. ; VA L’X des Chartreux n’avait pas encore ouvert la N bouche. Il contemplait toujours, avec mépris, le Sphinx ( — Ce.qu’il y a d’étonnant, c’est que les générations FOR & précédentes aient accordé quelque attention à ces ani- us ‘4 maux méprisables. Je n’ai jamais vu de Chimère si | 14 # sotte. En quoi est-elle chimérique, cette Chimère, et Ji qu’est-ce qu’elle a fait? Et ce Sphinx ! sa réputation est : \ % | usurpée. Les énigmes qu’il posait à Œdipe eussent été ) 1 résolues par un petit enfant. Tandis que moi, consi- HN dérez ma redoutable nature : je n’existe pas, c’est une À commission parlementaire qui l’a dit. Et cependant, : \ 1 ayant fait revenir M. Lagrave d’Amérique, je l’ai Ps % dévoré. Je suis à la fois sphinx et chimère, et bien 5
% d’autres choses. Je suis le néant, la folie, la férocité, la bêtise, le retentissement des mots dans le vide. On à ne m’a jamais vu. Et pourtant je mange des hommes. | — Tout cela n’empêche pas, dit le Canard à la rouennaise, en réfléchissant, que nous avons été les grands ; personnages de ces derniers jours. On a parlé de nous mu beaucoup plus que du bey de Tunis. Je ne m’explique | pas pourquoi. È — C’est, répondit la Locomotive, que nos actes ont . été funestes, inexplicables et anarchiques. De la sorte, ils ont été symboliques d’un état général de la société française, dans laquelle, aujourd’hui, il n’y à jamais aucune bonne raison pour qu’il n’arrive pas n’importe quoi plutôt qu’autre chose, et qui s’en console, pourvu S que ce qui arrive soit absurde, et prête à la converdu sation.
la sagesse du Taureau
A Saint-Sébastien, on a tenté de
{ faire battre un taureau contre un
4 » tigre ; mais le tigre s’est échappé,
la garde militaire a tiré dessus, et, 1
le manquant par suite de son
s émotion bien naturelle, a tué plu ‘4
les journaux, juillet 1904 } 4
.… Le taureau de Saint-Sébastien, celui qui s’est !
battu contre un tigre, commença par me faire les cornes. M:
| Puis il prononça : Fa
|. — Ce qui m’arrive est excessivement gai! D,
Jamais je n’ai pu m’habituer aux bêtises qu’on est < à
forcé d’entendre, quand on exerce comme moi, sans i
tenthousiasme et pour gagner péniblement sa vie, le k
métier de reporter. On a fait battre, à Saint-Sébastien, î
un taureau contre un tigre : dans une cage, comme si
les cages existaient dans la nature! Le tigre a eu tout |
de suite une peur de tous les diables. Il s’est blotti {
contre les parois de sa cage, malgré les encouragements
que lui donnaient d’autres animaux féroces, récem- à.
| _ ment découverts, et nommés cinématographistes. Le
taureau, à force de travailler les côtes de ce pauvre à
| tigre, a fini par défoncer les barreaux de la cage, ce qui
Pierre Mille de 7 a eu pour résultat de mettre en liberté le tigre, qui alors + s’est efforcé d’exprimer, par des rugissements lamen- ! tables, le violent désir qu’il éprouvait de revoir les rives du Bengale. Au lieu de faire droit à cette requête . légitime, des soldats espagnols lui ont tiré des coups de fusil. Ils l’ont tué, mais ils ont tué aussi un certain fl nombre de spectateurs. Et le taureau trouvait ça très gai! Je crus devoir lui manifester mon indignation. — Tu ne réfléchis pas, me dit le taureau, que si ces spectateurs n’avaient pas été tués, c’est moi qui serais mort. Tandis qu’au milieu du désarroi, j’ai pu rentrer dans mon toril. Je ne regrette rien, sinon cette bonne bête de tigre : il n’était pas méchant. J’ai cédé, en lui tombant dessus, à la vivacité habituelle de mon caractère; et je le regrette. — Comment pouvez-vous dire, protestai-je, que les Le tigres ne sont pas méchants! Ils sont très méchants, ils mangent des hommes, et même des buffles. J’en suis Ney sûr : j’ai vu des images où des tigres mangeaient des — Pendant le jour ? fit le taureau, plein d’une impertinente ironie. Je ne comprenais pas le sens de cette question. Le — Sites congénères, continua:t-il, et ce sont leshommes que je veux dire, avaient la plus petite notion des lois é de l’histoire naturelle, ils sauraient que les tigres ne 1 chassent pas plus les buffles, pendant le jour, que les chats ne chassent les souris en plein midi. Par la bonne raison qu’ils n’y voient pas, étant des animaux nocturnes, et que nous, nous y voyons. Voilà pourquoi, quand nous rencontrons un tigre entre six heures du matin et sept
1 heures du soir, nous l’assommons bien tranquillement. Ë | Au lieu que, après le coucher du soleil, c’est l’inverse w qui se passe. C’est nous qui n’y voyons plus, et le tigre n
_ qui a de bons yeux : alors il nous tombe dessus par É derrière, et nous coupe la carotide. Tous les animaux à savent Ça. Il ny a que ces imbéciles d’hommes qui | l’ignorent. Si l’on avait voulu que le tigre fût brave et 4
moi peureux, on n’avait qu’à donner la petite fête la nuit. Mais ce qu’on n’aurait jamais pu voir, en aucun 14 cas, c’est un vrai combat. Il n’y a jamais de vrais com- NN bats dans la nature : c’est toujours le plus fort qui
attaque le plus faible, et quand deux animaux sont 7:
également forts, ils s’en vont chacun de leur côté. 4
Ce taureau avait l’air sûr de son affaire et, de plus, de
son tempérament me parut irritable. J’évitai prudem- \ F
ment de le contredire. Il put donc continuer à monolo- |
— Tu ne te figures pas, dit-il, et moi-même je ne 4
. m’imagiuais point avec quelle rapidité tes congénères h
passent de la cruauté la plus inutile aux terreurs les 4.
plus déraisonnables. J’avais lancé à ce tigre quelques É
bons coups de corne. Il ne remuaïit plus. Je jugeais par à
conséquent de ma dignité de le laisser dans son coin. ‘f
nus lui battre les flancs avec des cannes et des om- : ni
brelles. Ils traitaient de lâche cette vieille bête de tigre, K
ils lui lançaient des pétards dans les jambes. Ce spec-
tacle me dégoûta profondément. C’est pourquoi, ingé- {
nieusement, j’appuyai mes deux cornes contre la grille. î
Je la défohçai ainsi d’un seul effort, comme j’aurais pu | faire de ta maigre et laide poitrine, La grille céda. Et : 4 le tigre fut en liberté. :
| « … Et le tigre fut en liberté! Tu m’entends? cet animal qu’on insultait, qu’on rouait de coups, qu’on grillait i vivant avec des fusées, insolemment, parce qu’on ‘ croyait qu’il n’y avait pas de danger! La grande lumière du ciel le forçait à serrer ses pupilles doulou : reuses, il venait d’être éclopé par moi, broyé par moi, terrifié par moi. Tu n’as jamais pensé à ce que pouvait être la peur d’un carnassier, la peur d’un animal mis au monde pour être brave? C’est la peur totale. Un cheval ou un cerf effrayé est de plus en plus cheval ou cerf, il fuit de plus en plus vite, étant né pour fuir. Mais un tigre effrayé, lui qui est fait pour effrayer les autres, n’est plus rien du tout, il n’existe plus… Et le tigre fut en liberté! Ah bien oui, un tigre : quelque chose d’énervé, de pantelant, une loque de muscles et de nerfs, voilà ce que j’avais mis en liberté!
« Il chercha de ses yeux aveuglés un trou sombre pour s’y tapir et y lécher ses plaies. Un enfant de quatre ans eût pu à ce moment lui attacher à la patte une
à ficelle de deux sous. Une femme lui aurait mis la maïn sur la tête, et il se serait couché comme un pauvre chat. Un agneau, une souris, une grenouille eussent été, dans cette arène, moins inoffensifs que ce fauve auquel je venais d’enlever son cœur. Et il fit régner l’épouvante!
« Ces hommes qui venaient de danser des rondes autour de lui, de le rosser, de lui mettre le feu sous le ventre, se bousculèrent, tombèrent d’effroi les uns sur les autres. C’était un beau, un réjouissant spectacle, pour un taureau comme moi, qui n’aime pas les hommes!
Je me mis à mugir triomphalement sur ie sable foulé.
« Je ne puis m’expliquer que d’une seule manière
l’étrange événement qui suivit. On a prétendu que des
fi mil La res voulant tuer le tigre, ont atteint par mé- 1 RTE ‘ Le garde une douzaine de ces assistants aflolés. Je suis LH OR is persuadé que c’est le contraire, et que ces soldats dont (4 la mission est d’être courageux, ayant voulu, dans leur (LS indignation, supprimer les spectateurs les moins braves, Nr La et par conséquent les moins intéressants, ont tué le ANT _ tigre par inadvertance. J’espère que, la prochaine fois, AN _ le spectacle sera mieux réglé, et que les animaux, aux- EU _ quels il est évidemment. dédié, recevront des places LAN ë d’honneur, d’où ils pourront contempler, sans risques AA, | inutiles, une petite représentation, meurtrière et bien HQE jou | organisée, dont vous ferez seuls les frais, ainsi que VAN TAN _ l’exige une saine morale. » AE
un discours de madame Séverine | Une trop courte note, égarée dans les journaux, a | informé le public que madame Séverine avaït prononcé, | \ à la distribution des prix de l’école communale de Pierrefonds, le discours d’usage. Certes, son éloquence est digne d’un plus grand théâtre; combien le gouvernement eût montré d’atticisme, en lui faisant prendre la place, dans un lycée de Paris, de M. Faguet ou de 14 M. Gebhart, que des circonstances indépendantes de leur volonté ont empêché de prouver leur zèle! Avouonsle : M. Leygues a manqué une spirituelle occasion de montrer tout le bien qu’il pense du féminisme. Mais madame Séverine, par la plus délicate des vengeances, n’en a pas tenu rigueur à l’Instruction publique. Vaillant lutteur d’avant-garde, comme toujours, elle a tenu à manifester son dévouement à la cause de la décentralisation. La cérémonie a eu lieu dans l’antique château féodal » que M. Viollet-Leduc, on le sait, a si habilement trans- w ? formé en chalet de bains de mer. Une heureuse indiscrétion nous a mis à même de reproduire pour nos lecteurs quelques-uns des passages les plus marquants de la chaude et vibrante allocution improvisée par l’oratrice.
« Est-ce bien moi, mes enfants, moi qui vous parle, A.
sous ces lambris gothiques, en face de ces armures, É
_ près de ces oubliettes qui jadis auraient étouffé ma
voix et ma vie? Ils ont vu Bosquiaux des Armagnacs,
Rieux le coupeur de bourses, Villeneuve le Malcontent, 6
un empereur, une impératrice, un enfant, passer, rire, ;
passer encore, s’en aller… Ah! misère de moi, où sont- 4
ils allés! Je suis républicaine, puisque je suis Séverine;
que dis-je, je suis la République elle-même et la Révo-
Iution, je suis une tricoteuse qui crie : Mort à l’échafaud !
Telle est ma nature, délicieusement contradictoire : j’ai V4
toujours sur la main mon cœur tumultueux, il n’y a pas 1
de limite à l’expansion ni à la généreuse inconséquence ’
de mon âme populaire. Et alors, puisque je suis s
Séverine, comment voulez-vous que je ne me mette pas 4
| à gémir sur Bosquiaux des Armagnacs, Rieux le il
coupeur de bourses, Villeneuve le Malcontent, et les NS
autres, oui les autres ! DV
« Je suis républicaine, mais mon génie me pousse, je
ne saurais lui résister. Je serais malheureuse de n’avoir |
personne à plaindre, et je suis bien heureuse qu’il reste 1 $
toujours à plaindre quelqu’un. Grâce à Dieu, il y aura : Fr
toujours bien le Diable. Excellent article à faire; les ï
souscriptions pleuvraient : Bébé et sa mère, Lili et Æ
Zézette, une femme qui a aimé, trois cœurs bien français, 1
un bon Juif, enfin tous mes amis m’enverraient leur à
obole, et j’en ferais part aux fils, petits-fils, neveux et À
arrière-neveux de ce pauvre Diable, M
« Dès mon plus jeune âge, voyez-vous, les gosses, je A
me suis senti cette vocation. Il y a de méchants enfants
qui font du mal aux animaux : moi, je nourrissais des |
mille-pattes, je faisais l”aumône aux cancrelats, je
| 103
favorisais les amours des hannetons, je disais du bien | des imbéciles pour les défendre d’autres imbéciles. On
se figure que je suis féministe, socialiste, nihiliste. Où
donc a-t-on été chercher que j’ai une opinion, et com-
ment en aurais-je, si je suis Séverine ? J’ai des senti-
ments, ce qui est juste le contraire. Un jour je m’aperçus
que je ne comprenais absolument rien ni aux lois, ni au.
politique en général, ni à rien de ce qu’on écrivait dans
les journaux, et que le public était comme moi. Dès ce moment, ma vocation me fut révélée. Prenant à pleine …
bouche le grand clairon de Jules Vallès, j’y fis passer les romances de Loïsa Puget. Le succès vint comme la
foudre. Pauvre Vallès! c’était son instrument qui était
bon, mais moi qui avais raison. J’ai eu l’art de com-
prendre ce grand fait historique : quand les portes de
< Jéricho tombèrent, au son des cornes de bélier, c’est que les gonds n’en tenaient plus. Ainsi je ressemble beau-
coup à Pindare. Il y a de la sagesse dans mon délire:
« Avec quelle vibrante émotion, quelle joie mélanco-
\ lique je vous considère tous en ce moment, vous tous, petits garçons et petites filles, et vous, excellents instituteurs et institutrices, et vous, monsieur le percepteur, et vous-même, monsieur le sous-préfet! Vous êtes mes
clients, je me prépare à vous défendre, car vous n’aurez
pas de chance dans la vie; ne vous en défendez pas,
vous n’aurez pas de chance ! J’aurai à dire que le gouvernement ne vous paie pas selon vos mérites, je peindrai des uns la misère de leurs foyers piteux, des autres
la médiocrité de pensée dont ils ne sont pas responsables. Les malheurs de votre vie privée, vos amours, :
vos divorces m’appartiendront également. Enfin, vous
| pouvez songer avec allégresse, mes enfants, que lorsque 1 | vous passerez en cour d’assises, je serai là, et que ceux he:
- d’entre vous qui parviendront jusqu’au bagne auront L. mon attention particulière, et mon inaltérable affection. a ÿ « Je lai déjà dit, maïs je suis capable de répéter | indéfiniment la même chose, je suis Notre-Dame de la 1 larme à l’œil; on rit de moi durant les beaux jours, on vient à moi dans l’adversité; et, comme les avocats, le “3 bon Dieu, les mamans et la Sainte Vierge, j’estime qu’il à \ faut être large dans le choix des clients. C’est pourquoi 4 de . j’ai parlé même du pape avec sympathie. L « J’ai la spécialité des attendrissements : et puis | M: après? C’est une spécialité qui doit exister et il est bon, je il est nécessaire qu’on entraîne les hommes et les ÿ 1 femmes à s’apitoyer sur n’importe quoi et sur rien, six ‘ Wie ï fois par semaine, de peur que leurs glandes lacrymales Î } ne s’obstruent, que leurs yeux ne restent secs et leur Ne: cœur frôid, le jour où il faudrait pour de bon y aller de mn son voyage. La petite fleur bleue, des brutes est celle ï ju “ qu’il faut arroser le plus souvent, puisqu’elle est celle Ÿ S: qui sèche le plus vite. Et par le mot de brutes j’entends 6 bien ne froisser personne individuellement : je fais allu- f f sion à toute l’humanité. IX ‘4 « Cest en effet ma conviction que personne n’aurait FA pitié de personne, si je n’étais au monde. J’écrirai tou- ne jours. Les sujets de pitié sont innombrables : il y a les sy & pauvres cochers et les pauvres chevaux, les nègres, jh les modistes, les journalistes, les chiens, toute la terre, % et la lune, qui a l’air si triste. » :‘1 Madame Séverine termina ce discours dans un san- fi glot. Tout le monde pleurait. Par un de ces phénomènes Hi
un usage, consacré } Fée qui ne pensent pa RE r à ces candide F4 ec les morts sl avec lui-mên Fi ée ne signif iter leur exer né éélihes l’examinat iggérer €
bien connus de ceux qui ont étudié le délire des foules, î l’émotion gagna même les gens du dehors et les oisifs du Casino, qui n’avaient rien entendu : car tous avaient lu des articles de madame Séverine; ils savaient ce qu’elle avait pu dire. Trois paysans et une riche famille \ qui séquestraient leurs filles depuis cinquante ans, mirent en liberté leurs victimes, et celles-ci, dans un élan de reconnaissance, vinrent se jeter aux genoux de la femme éloquente et sensible à qui elles devaient leur k liberté. La garnison de Compiègne dut être mobiïlisée, le peuple parlant d’aller ouvrir les portes de la maison centrale. Mais le maire fit respecter fort adroïtement le violon de la commune en déclarant que celui-ci avait l’âme française. Cette allusion à une romance très populaire fut infiniment goûtée. k ie La cérémonie s’était terminée par une cantate de î l”orphéon de Compiègne, sur un vieil air de Lulli, des j plus touchants : à À Séverine rendons les armes, ; Admirons ses moindres mots, Chérissons surtout ses larmes; : ï Ont des charmes, Y a pas mieux dans les journaux!
C’est un usage, consacré par le temps, et surtout la
- nécessité d’évincer des places les plus modestes les can- j didats qui ne pensent pas comme le gouvernement, À d’imposer à ces candidats une composition de style. En HX Août 1905, ceux qui concouraient pour le surnumé- # rariat des douanes ont eu à développer le sujet suivant : £ « Tout homme doit passer la première partie de son ; existence avec les morts ; la seconde avec les vivants; ù 14 la troisième avec lui-même. » L’auteur s’est efforcé de reconstituer une de ces compositions. La voici : « Cette pensée ne signifie absolument rien si on la AA: « prend dans le sens littéral. Il convient donc de la « considérer à un point de vue symbolique, mais doua- k l « nier. Lorsqu’on veut être douanier, il faut en avoir la « vocation; il faut dès son enfance rêver aux peines, ; l « aux devoirs, à la mission sublime qui incombent sur g « la terre aux douaniers, étudier la vie des douaniers « dont l’histoire a conservé les noms, s’inspirer de : | « leurs vertus, imiter leur exemple. Le plus célèbre de « tous les douaniers de l’antiquité fut Caron, et c’est « sans doute ce qué l’examinateur a voulu suggérer en
. À « du blé, de la farine, des pièces d’étoffe ou des instru 1 « ments ridicules en fer où en acier sont de mauvais | « en donnerons les preuves que nous avons découvertes | « obéissant serviteu par conséquent, nous nous gar- Î Une autre preuve de l’utilité des oiseaux est qu’ils
« disant que tout bon douanier doit commencer par « vivre avec les morts. Caron était douanier aux fron- « tières d’un État bien connu et très peuplé qu’on à « parfois appelé l”Hadès et d’autres fois les Enfers. Les « textes précisant ses fonctions et son caractère sont « nombreux, maïs le plus significatif est celui qu’on « trouve dans une poésie de madame Henri de Régnier : Le rameur qui m’a pris l’obole du passage ; Et qui jamais ne parle aux ombres qu’il conduit. « Le texte qui a été soumis à nos méditations ajoute « que le douanier doit passer la seconde partie de sa « vie avec les vivants. Cela est incontestable, puisque « c’est en général contre les vivants qu’il exerce son « métier. Je dis en général seulement, car de sages dispe « positions permettent en France de percevoir à la fron- « tière, et à la porte des grandes villes, un droit sur le | « bétail abattu comme sur le bétail sur pied, toutefois ! « un peu moins fort; et d’autre part la législation de ! « notre colonie du Sénégal ordonne d’une façon for- L « melle que les Maures, à leur débarquement, acquit- « tent une taxe spéciale. Mais il faut reconnaître qu’il | « n’y a là qu’une simple similitude de son dont il ne ! « faudrait pas abuser : Presque toujours les douaniers w « sont en contact avec les vivants et non avec les W « Ajoutons, que les vivants les plus agréables aux « douaniers sont ceux qui portent des cigares, des « liquides et des solides susceptibles d’être consommés « immédiatement à la cantine, et des allumettes bou- « gies. Ceux qui tentent de franchir la frontière avec,
à « du blé, de la farine, des pièces d’étoffe ou des instru- à . « ments ridicules en fer ou en acier sont de mauvais ? « plaisants, qui méritent d’être traités en conséquence, \
- « et de payer de lourdes amendes. IL est recomman-
« dable, quand on a confisqué une boîte de cigares de ]
_ « la Havane, ou des bouteilles de liqueurs fines, de s’en k
« adjuger le contenu et de le remplacer par des cigares
« de la régie, ou des trois-six vulgaires, qui suflisent à de
« la comptabilité de l’administration.
« Quant à la période de son existence que le doua- ; e
« nier doit passer avec lui-même, il est évident qu’il y
« a là une allusion délicate à l’heure où il est forcé de ni 4
… « prendre sa retraite. Cela doit lui être pénible, mais il 1
« se console en songeant qu’il a fidèlement accompli ;
« son devoir, et que du moins il n’a plus à passer |
« l’examen du surnumérariat. » Î
Voici maintenant le sujet de composition littéraire 3
donné aux forts de la Halle en juillet 1907 : de l’utilité t
des oiséaux dans la nature. // me paraît incontestable
qu’un fort de la Halle raisonnable n’a pu imaginer que 5
les considérations suivantes :
« Les oiseaux sont très utiles dans la nature. Nous 1 « en donnerons les preuves que nous avons découvertes. « La principale, et que nous devons respectueusement : « citer en tête de ce travail, est que tel est l’avis de | | « l’administration, dont nous voulons être le fidèle et _ « obéïssant serviteur : par conséquent, nous nous gar- “3 « derons de commencer par la contredire. £ _ « Une autre preuve de l’utilité des oiseaux est qu’ils | « sont comestibles, pesants, incapables de se mouvoir, û
É « et par cette raison exigent pour se transporter d’un « « point à un autre le concours des forts de la Halle. ; « Au point de vue de l’histoire naturelle, les oiseaux « se divisent en deux grandes classes : celle des oïseaux « morts et celle des oiseaux vivanis. « Les oiseaux morts sont le perdreau, la caille, le « faisan, le tétras, le canard sauvage, différentes espèces « de sarcelles, l’alouette. Tout nous porte à croire que « ces oiseaux naissent morts et ayant atteint leur plein … « développement, car jamais, de mémoire de fort de la « Halle, il n’a été rencontré, ni aux environs de Saint- « Eustache, ni au marché Saint-Honoré, ni place Mau- « bert, ni en aucun autre lieu fréquenté par ces volatiles, « un seul perdreau, caille, tétras, canard sauvage ou « sarcelle doué de vie. Il est vrai toutefois qu’on a pu « voir, durant quelques années, dans un bar de la rue 4 « de la Tixeranderie, une caille qui paraissait vivante, « bien qu’aveugle. Mais elle a disparu sans se repro- « duire, et cette exception ne fait donc que confirmer « Tout porte à croire, si l’on sait réfléchir, que les … é « oiseaux dontnous venons de parler sont une production « végétale. En effet, tout le monde a pu observer qu’ils « n’arrivent aux étalages qu’à une époque déterminée, “ « et disparaissent également à date fixe, comme les « petits pois, les tomates, les fraises, les cerises et les M « pêches. Nous avons, bien entendu, consulté les plus « anciens parmi les membres de notre corporation « avant de risquer cette remarque, dont l’importance M « scientifique n’échappera sans doute à personne. Ce ex qui confirme d’ailleurs l’opinion que les oiseaux morts .
« sont d’origine végétale, c’est que ceux qui proviennent _ « des régions septentrionales, comme les tétras, mettant |! « évidemment beaucoup plus de temps à mürir, n’ar- « rivent que quand les autres commencent à manquer. « Lorsqu’un de ces oiseaux d’origine végétale a été 3 « cueïlli avant son plein développement, il est dénommé ; « poussin de Hambourg. « On ne vend jamais aux Halles d’œufs provenant de _ « cette catégorie d’oiseaux : ils n’en ont pas, comme il « fallait s’y attendre. Leur utilité est incontestable, « puisque, comme nous l’avons indiqué, ils sont comes- pee « tibles, sauf quand ils ont été cueillis trop mûrs. Mais 4 « au contraire, dans la seconde classe, celle des oiseaux | « vivants, dont il faut maintenant nous occuper, on peut 3 « considérer comme absolument certain qu’il y a des a « races ovipares. Telles sont celles des poules et des « canards. Ils produisent presque toujours ces œufs par 5 « caisses de douze douzaïines, — nous n’avons paspu « savoir comment ils fabriquent la caisse, — etil faut : THE « faire bien attention en les portant, car il y a dans l’in- « térieur de ces œufs une matière jaune et une matière … « blanche qu’on peut manger, et qui perd une partie de & « sa valeur lorsqu’on la répand prématurément dans < _ « la caisse. Les bons œufs, d’après les expériences et « coutumes des Halles, se conservent de six à sept ans. « Passé cet âge, ils se vendent un peu moins cher. « IL est probable que les oies et les pigeons, qui sont ; « fréquemment des oiseaux vivants, peuvent aussi pes « pondre des œufs. L’analogie engage à le supposer, « bien que nous n’en ayons jamais vu. Tous ces oi- « seaux paraissent d’ailleurs aimer passionnément la « société de leurs semblables. Il est bien rare, en effet,
« qu’on les aperçoive autrement que dans de vastes « paniers, où ils se trouvent rassemblés en grand nom- « bre. Ils se racontent alors, avec une incroyable « vivacité, des histoires dont nous ne sommes pas encore “A « parvenus à comprendre le sens : c’est ce qu’on appelle « le chant des oiseaux. RS « Les poules et poulets portent sur la tête des espèces « de choses rouges qui augmentent leur utilité. Cette « chose, une fois coupée sur la tête des poules et pou « lets, se nomme « crête de coq », et donne lieu à des F « négociations avec les charcutiers. Mais dans le cas « même où ces crêtes de coq sont réunies en grande ! « quantité, elles sont d’un poids négligeable et restent « dépourvues d’intérêt pour les forts de la Halle, ÿ « Les oiseaux vivants ou morts portent en général, « de chaque côté de la partie supérieure du corps, deux « appendices que, pour la commodité du discours, ona « pris l’habitude d’appeler des ailes. Ces excroissances . « sont dues sans aucun doute à la patiente astuce des « éleveurs et jardiniers, qui les ont développées par « sélection pour accroître leurs bénéfices. Elles ne « servent qu’à augmenter le poids, et à être mangées,
« mais jamais on n’a pu constater qu’elles fussent en , « quoi que ce soit utiles à l’animal. ‘ « IL: est indispensable d’ajouter, si l’on veut être com-
« plet, qu’il existe en dehors des Halles des imitations « d’oiseaux, nrobablement dues à de grossières tenta-
; « tives de mécanique. L’une se nomme perroquet, et « prononce avec difficulté quelques paroles. Ce jouet « naïf tend à disparaître depuis l’invention du phono-
« graphe et du gramophone, instruments infiniment) 1
FA D techomnés. Cependant il était plus portatif. É é « L’autre est le serin. On le peint ordinairement en
É « jaune ou en vert et on lui met un sifflet dans le ventre 5 __ « pour amuser les demoiselles qui travaillent à leur fe- 1 « Enfin on donne également le nom d’oiseaux, par $ è
_ « une extension du terme qui prouve la pauvreté de la ss « langue, ou peut-être simplement par métaphore, à % _« des objets peu définissables qu’on aperçoit de temps F6 | « à autre dans Paris, au milieu des airs, et qui n’ont Re: « aucun rapport avec les véritables oiseaux. Ceci na à
_ « même pas besoin d’être démontré. D’abord ils ne sont à « d’aucune utilité, et par conséquent ne rentrent pas j Ÿ
« dans l’idée que l’administration se fait des oiseaux. PAR
| « Ensuite, comme nous venons de le dire, ils planent FE « ridiculement dans l’atmosphère, ce que ne font ja- FT AS
« mais les oiseaux qui méritent ce nom. » Sr
On a inauguré hier le chemin de fer métropolitain de Paris qui est exploité depuis cinq ans, et a déjà transporté cinq cent millions de F : les journaux, 1905 * Ce matin, quand je suis descendu dans ma cour, jy ai trouvé un omnibus de Batignolles-Clichy-Odéon, et à un bateau-mouche. J’ai du sang-froid, beaucoup de sang- | froid. Cependant je ne pus réprimer un geste d’étonnement. Il est déjà peu commun de rencontrer un Om nibus de Batignolles-Clichy-Odéon — ou même des … chars appartenant à une autre ligne — hors de leur trajet : c’est comme si l’on voyait les astres s’écarter | de leurs routes certaines. Mais à la rigueur, la Compagnie pouvait avoir eu l’intention de me faire une gra cieuseté. Je la mérite, étant un vieux client! Quant aux bateaux-mouches, je sais bien qu’ils ont des jambes, comme tous les bateaux. Une chanson célèbre a pris soin de le faire remarquer : s’ils n’en avaient point, ils ne marcheraient pas; mais il y a si longtemps qu’ils « ont accoutumé de ne s’en servir que pour aller sur l’eau! M à Par-dessus le marché, mes deux visiteurs encombraient. Le concierge n’avait pas l’air content. Ce fut donc avec! à
plus de froideur, je le crains, que de courtoisie, que
. je leur demandai à tous deux ce qu’ils venaient faire.
| — Nous venons protester! me répondirent-ils. Vous ss êtes journaliste : c’est votre métier d’enregistrer les pro- 1
C’était vrai. Mais ils auraient bien pu écrire, ils : n’avaient pas besoin de se déranger. Ceci, vous me : ferez la grâce de l’observer, est la formule qu’on emploie : généralement pour signifier : « Vous n’aviez pas besoin é de me déranger. » Je ne manquai point d’en user : telle Er est l’hypocrisie des conventions sociales. Ils répliquèrent: SE
— La chose était assez grave pour mériter une visite 5 personnelle. Nous voulons qu’on nous inaugure, mon- « À
Je demeurai interdit. Mais le bateau-mouche continua Fe d’une voix puissante : #
— Du moment qu’on inaugure le Métropolitain, qui : n’existe que depuis cinq ans, nous avons bien plus que è lui droit à cet honneur, moi qui en ai trente au moins, : et mon compagnon dont l’âge atteint dix ou quinze 4 lustres. Qu’est-ce qu’on attend pour moi ? Que la Seine ; brûle, comme jadis le Métropolitain ? Et pour l’omnibus md Batignolles-Clichy-Odéon qu’à force d’être devenu vieux ce il it perdu tous ses chevaux ? :
Je ne pus m’empêcher d’être frappé par la justesse de ee ces observations. Il continua : jé.
— Nous n’avions pas réclamé jusqu’ici parce que, ù dans notre ingénuité, nous pensions qu’on inaugurait Ÿ seulement les choses qui n’avaient pas encore commencé À à marcher, ou qui n’avaient encore servi à rien, ou qui ‘
_ ne serviraient jamais à rien, comme par exemple les statues, ou le Petit-Palais. Mais du moment qu’on pro-
cède à cette solennité pour le Métropolitain, qui a. à déjà transporté cinq cent millions de voyageurs, nous sommes, croyons-nous, en posture d’exiger qu’on en fasse autant pour nous. “0
Il s’arrêta. Sa sirène étranglait d’indignation. L’omnibus prit à son tour la parole. *
— Nous voulons savoir si, oui ou non, nous sommes
. en république. Est-ce qu’on se moque des sacrés principes ? Même quand nous faisons naufrage, même quand nous versons, jamais on ne nous envoie seulement un ministre. On prétend que si, par une exception désho- .norante pour nous, on a inauguré ce vieux Métropolitain, c’était pour distribuer des décorations. Mais nous ne « demandons pas mieux que de servir de prétexte à cette innocente fantaisie ! Si ce n’est que cela, qu’on décore, qu’on décore en notre honneur, qu’on décore en notre M nom, indéfiniment ! Cela ne nous gêne pas, et voilà k même une raison pour que notre inauguration soit indis- 3
, pensable : la nôtre, et celle de beaucoup de nos con- : naissances, victimes également de l’injustice criante
: dont nous souffrons.
— Hé quoi! fis-je. Vous n’êtes pas les seuls à vous w plaindre, il y en aurait d’autres ? à
— Veux-tu les voir? dit le bateau-mouche, “du même ton insidieux qu’Hilarion dans la Tentation de
Et comme l’anachorète Antoine, affaibli dans ma M
volonté, tenté lâchement dans mon cœur : (Oui », fis-je M è de la tête.
Et je vis arriver une masse énorme. Elle tenait tout le boulevard, débordait sur les demeures, levait jusqu’au ciel sa tête pourtant humiliée. C’était Notre
ë Dame : on ne l’a pas inaugurée depuis le treizième ca siècle ! Quelque chose mugit affreusement dans les | entrailles de la terre ; et je crus qu’un volcan pleurait. ; _ C’étaient les catacombes : on ne les a pas inaugurées. Puis ce furent les thermes de Julien, les arènes de ; Lutèce, et le squelette de l’elephas primigenius, qui est ; au Jardin des Plantes : on ne les a pas inaugurés. Et À pourtant, toutes ces choses sont sous terre, ou étaient pt sous terre, comme le Métropolitain : pourquoi cette Ë inégalité de traitement? Un gémissement plaintif et : indigné me parvint même des cimetières. Et tous — Nous voulons des ministres, ou tout au moins des ; # sous-secrétaires d’État. Nous voulons des discours, ; À des drapeaux, du champagne, la lueur douce et à violette des palmes académiques. Justice, à France, | .… Lentement, appuyée sur deux ais de bois comme 4 sur des béquilles, arriva enfin une chose vieille, sinistre, 4 | revêche et méchante comme la dernière fée du conte de 4 la Belle au bois dormant. d k. — On n’a pas célébré, dit-elle, mon centenaire, et #3 cependant j’attends encore mon inauguration. Pourtant (GATE
- un grand homme a dit que j’étais le soutien de la ÿ — Vraiment ? fis-je inquiet et respectueux. Qui donc F êtes-vous ? D. — Ne me reconnaissez-vous point ? dit-elle ; je suis la
: le Fantôme et les Élections E On ne peut se figurer que difficilement combien il me fut désagréable, lorsqu’à quatre heures du matin, cos- à E tumé en garde national, je revins du bal Gavarni, de 3 trouver un fantôme assis dans l’unique fauteuil de ma : Je vis d’un coup d’œil que c’était un fantôme, et non 1 une autre espèce d’imbécile : car sur le mur, derrière À sa tête, et non dedans, j’aperçus une araignée. Par con- # séquent, il était transparent; par conséquent, il était fantôme. J’ai toujours été très fort sur la logique, même : à quatre heures du matin. ï Je dis tout de suite à cet intrus, avec une légitime — Vous, vous allez vous en aller! Il me répondit par un regard douloureux et suppliant. — Vous n’aviez pas le droit d’envahir mon domicile en mon absence, continuai-je; vous n’avez une fois, È déux fois, trois fois pas le droit de venir m’ennuyer! ; Une fois, parce que je ne suis pas costumé en lord k
Byron, mais en garde national : que lord Byron reçoive S
des fantômes, c’est tout naturel; mais pour un g&fde Ë
. national, c’est contraire aux usages, à la couleur locale ë
et au sens commun. Deux fois, parce qu’il est trop tard: “4
le coq va chanter, et si vous vous faites pincer dans les Ce a
rues après qu’il aura chanté, il vous arrivera les plus 1
grands malheurs. Trois fois, parce que je ne suis pas }
membre de la Société de Psychologie. Tous les fantômes “
doivent s’adresser rue Serpente, à la Société de Psycho- ;
logie : c’est dans leurs statuts. ; *
— Monsieur, gémit-il en levant les bras au ciel,fe sais 4
tout cela, mais j’ai à vous dire les choses les plus im- F
— Vous savez où il y a un trésor ? suggérai-je, frappé 4
d’une idée subite : parlez! se
— Non, monsieur. Mais c’est au journaliste que je 5 ni .
m’adresse. C’est pour une réclamation. Le devoir pro- De
fessionnel vous oblige à m’entendre, monsieur, puisque ne:
cela vous fera de la copie. à ÿ
— C’est vrai, fis-je, rappelé à moi-même. Je vous ce
Alors, le fantôme se dressa, grave, majestueux et n:.
courtois, comme un fantôme qui a le sentiment de son A F
— Monsieur, dit-il, je suis le délégué, auprès de HR
vous, des cent mille Morts qui voteront aux Élections L :
— Dans ce cas, dis-je en réfléchissant, il faut vous |
adresser au ministère de l’intérieur.
— Nous y avons déjà envoyé quelqu’un, mais on h
nous à répondu que ça ne regardait pas le gouverne- {li
ment. Il paraît que les morts votent presque toujours :
$ contre le gouvernement, malgré ce qu’on croit à tort là
à dans le public, et que le ministère n’a aucun motif,
en raison de notre attitude, de nous être agréable.
ù Mais justement, si ça continue — et c’est ce que ce haut
: fonctionnaire ne veut pas comprendre —nous ne deman- :4
dons qu’à ne pas voter ! ; De:
à ? — Tout le monde, répliquai-je avec austérité, doit
remplir ses devoirs de citoyen! à
— Alors nous demandons à les remplir de la même
manière que tout le monde. ne
Nous demandons à pouvoir voter pour l’un de nous.
. Nous demardons à pouvoir tenir des réunions élec-
Nous demandons à avoir nos journaux. Il s’est moqué 4
ï de nous, ce M. de Vogüé, avec ses Morts qui parlent !
Nous ne pouvons jamais nous faire entendre. .
— Il est vrai, dus-je admettre, qu’il y a là, pour vous, +
un état de déplorable infériorité. Mais vous avez, pré
cisément, le bulletin de vote pour soutenir vos reven- #
— C’est là qu’est le plus grand abus ! Nous ne pouvons ;
à voter que par procuration; on s’empare de nos cartes, 3
et on va aux urnes pour nous. C’est défendu par les
lois, mais on le fait tout d: même, et comme l’entre-
prise est risquée, elle n’est tentée que par des citoyens
bardis, appartenant aux partis violents, et de connivence
avèc les scrutateurs. Vous n’imaginez pas combien ces
errements sont pénibles pour notre corporation : nos
prétendus mandataires n’ont cure des opinions que
nous avons le plus énergiquement exprimées de notre 3
vivant. Par exemple, voilà Allan Kardec, le fondateur
du spiritisme. Il n’a plus qu’un désir dans l’autre monde, 4
| cest de voter pour M. Paulin Méry. Eh bien, on lui fait à toujours donner sa voix au candidat anticlérical : ce “ n’est pas juste! La plupart des fédérés de la Villette- : Combat sont forcés par leurs représentants de voter à pour M. de Sabran-Pontevès. Je ne partage pas leur foi ol politique, mais je comprends qu’ils soient furieux. Et L moi, monsieur, qui fus préfet de l’ordre moral, je suis -& _sûr que je ferai passer le candidat socialiste dans mon ; fe arrondissement. C’est écœurant ! : — Mais enfin, fis-je, convaincu par la vigueur de ces rs É:: arguments, quel est le minimum de vos exigences ? Il pa est trop tard, je dois vous le faire observer, pour enta- ses # mer une campagne de presse :il n’y a plus de Chambre. k 4 Cependant, et en prenant des précautions nécessaires % pour ne pas mettre en jeu la responsabilité de mon journal, je consens à me faire l’écho de vos doléances. à ‘108 Seulement, je vous en conjure, soyez modéré. a |
_ — Nous sommes très modérés. Nous n’exigeons même EU) pas — et ce ne serait pourtant que justice — qu’on nous 21e laisse voter nous-mêmes. Mais rien ne serait plus simple : F que de décider par une loi que nous pourrons désigner das a par testament le citoyen autorisé à se servir de notre FT carte d’électeur. En cas de succession ab intestat, cette 5 carte serait dévolue aux héritiers naturels suivant les RAM ES Fe règles du droit français. Au delà du douzième degré, le À j E: gouvernement hériterait, après qu’aurait été nommé un < À curateur à la voix vacante, selon les formes requises 44 par les articles 811 et 812 de notre immortel Code 4 — Rien n’est plus simple, m’écriai-je, enthousiasmé, } rien n’est plus simple et plus juste. Vous pouvez être fi assuré que je donnerai la plus grande publicité à cette À
: proposition. Elle sera, n’en doutez pas, discutée pendant la prochaine législature.
— Et, fit le fantôme avec un sourire de triomphe, vous ne voyez pas encore, dans votre hâte, toutes les conséquences de cette réforme utile et nécessaire. Vous n’avez même pas l’idée de la plus importante de ces
— C’est que nous serons non seulement électeurs, # mais éligibles ! ke
Sur ces derniers mots, qui me laissèrent anéanti, il *
Un accident assez grave vient À d’avoir lieu authéâtre des Variétés. 144 lienne d’Alençon ont été blessés. : — On croit que l’affaire Dreyfus de Nouvelles toutes publiées lemême É soir par les journaux, 1901. je _ Hier ou avant-hier, comme Juan-Henriquez Alvaro, É général colombien, accompagné d’un nombreux état- june major et précédé d’une belle troupe de sept à huit cents ie cavaliers, longeait une plantation de cannes à sucre, 4 dans la vallée d’un afffuent de la Magdalena, des coups À de fusil ridiculement nombreux éclatèrent pour aïnsi } dire dans les jambes mêmes de son cheval. Il n’y a rien ù de malsain comme le voisinage d’une plantation de cannes à sucre. C’est une culture fiévreuse et le fouillis des cannes, hautes et droites comme des bambous, À feuillues comme des tiges de maïs, offre un abri com- k mode aux personnes malveillantes qui n’aiment pas à _ perdre leur poudre en tirant de trop loin. On devrait toujours faire fouiller ces plantations par des éclaireurs.
ie C’est à quoi pensa, un peu tard, le général J -Henriquez ù Alvaro : il avait déjà une douzaine d’hommes par Presque dans le même temps, une voix le somma de se rendre. Le général, homme expérimenté et plein de ressources, réfléchit un instant aux opportunités de la ee situation. Une inspiration subite Lui vint. : be — Êtes-vous Colombiens? demanda-t-il à ses adversaires invisibles. — Alors, répondit le général, pourquoi diable nous 4 ; tirez-vous dessus, puisque vous n’êtes pas du pays? : Nous ne sommes qu’en guerre civile : il y a erreur!” Cinq hommes sortirent des feuilles vertes. C’était 1e colonel don Francisco Carvajal Ceron, les deux frères L: Martinez, fray Maldonaldo, curé de Tezcupetelpec, tous bien armés, et John Cockroach, war-correspondant du Daily Brag’gard, London, porteur d’un appareil photo-. Fe Le colonel affirma que, d’après les rumeurs qui lui # étaient parvenues, la guerre avait éclaté entre la . Colombie et le Venezuela. *: — Mais, lui répondit le général, si la guerre avait M éclaté, je serais votre allié et non votre prisonnier, M puisque vous appartenez, dans votre pays, au parti M à libéral, qui est au pouvoir, et que je suis moi-même 4 insurgé libéral. Nous marcherions dans ce cas ensemble M pour renverser le gouvernement légal de ma patrie, É: $ composé de vils conservateurs. A: Cette observation ayant paru juste au colonel Carvajal Ceron, celui-ci présenta galamment ses excuses pour la douzaine d’alliés possibles qu’il venait de faire À
F passer de vie à trépas. Elles furent acceptées avec n . grâce, et l’on résolut d’attendre le courrier qui devait 4 apporter les journaux de Colon. Le Tiempo, en général 2 . bien informé, ne manquerait pas de jeter la lumière sur ; À Le général Alvaro, toujours prudent, proposa qu’on à s’en allât attendre les nouvelles en terrain découvert, et Carvajal accepta; n’ayant avec lui qu’un petit nombre d’hommes, il n’avait voulu tenter qu’une sur- 72 prise, et d’ailleurs, il espérait bien débaucher quelques h | cavaliers au général. On avança donc jusqu’au milieu ‘4 d’un espace nu, ou plutôt planté seulement de jeunes Are poivriers. Alors les deux troupes s’arrêtèrent, mais en ER À gardant leurs distances, tandis que les deux états- ia a Ce fut ainsi que les trouva le courrier de Colon, un dr. de toutes les nobles causes, lequel arriva au galop d’un Je grand cheval, borgne mais très vite, et fit lui-même 1 fonction de vaguemestre, d’une façon bien simple : ou- RAS vrant le sac aux dépèches, il en jeta le contenu sur le É 1 sol, et chacun prit ce qui lui appartenait, ou ce qu’il FR Le colonel Carvajal Ceron rompit la bande du Tiempo GUN et parcourut rapidement le journal. Non, les relations : 04 n’étaient pas rompues entre le Venezuela et la Colom- / d: bie; du moins, rien ne semblait le faire supposer. ds _— S’il en est ainsi, proposa le général Alvaro avec 4 un certain empressement, nous n’avons plus qu’à nous fi Mais don Francisco Carvajal dit tout à coup : ft — Il y a toute une colonne de nouvelles de France! ’ 5
.. Un accident aux Variétés : sept acteurs blessés, dont Lassouche et six actrices. SAR AT — Lisez, au nom du ciel, lisez! s’écria le général % — … QI y avait sur la scène un praticable haut de F ; Û trois mètres cinquante, représentant le grand escalier 4 — Le grand escalier de l’Opéra! répéta le révolu: 2 tionnaire Ostrapolski d’un ton rêveur. Et à ce nom ; :sacré les deux armées se rapprochèrent, pour écouter, ; et se confondirent. | k: — .… € On répétait l’acte des théâtres, continua FE. Carvajal, et les principaux artistes venaient de chanter un air d’Offenbach. sit Les fariniers sont tous blancs, É: Les charbonniers sont tous noirs, “ quaud tout à coup le praticable, qui avait été mal éta- É — Il est extraordinaire, interrompit l’un des frères Martinez, qui avait des dispositions pour la philosophie, « qu’il arrive des choses si extraordinaires juste au mo-
- ment où l’on chante des choses si ordinaires! ; On lui imposa silence. 4 — .… « Mademoiselle Aimée Ziska a une foulure à la M jambe gauche et le genou un peu abiîmé.… Mademoiselle Aimée Ziska est une jolie blonde, véritable pastel de La Tour, qui pose pour la tête et le buste chez les artistes. Dans quelques jours, elle sera sur pied. F Les deux armées respirèrent. Mais elles poussèrent 4
un grand gémissement en apprenant que mademoiselle _ Angèle Delys avait deux os d’une jambe cassés. L’alferez Ruiz Tavilla, le soldat l’Arbolanche et le ! f péon Najera-le-Bossu prirent la parole ensemble pour | demander qu’on Iût aussi les adresses de ces CDR atrocement des nerfs et son péroné gauche est fracturé. À La nouvelle courut comme le vent sur la cime des forêts. Toutes les têtes se courbèrent. IL sembla qu’un 14 cri mystérieux sortit du sein même des rocs, comme le à jour où les nochers, dans les mers de Sicile, entendirent ‘4 une voix clamer : « Pan, le grand Pan est mort ! » et les à — .… « Émilienne d’Alençon criait : « Oh! que je fe souffre! Vite des secours! Je vais être défigurée! Je is — Je la connaissais, dit le correspondant du Daily hi Braggard. C’était une french girl qui élevait des 4 lapins. Mais ce n’était pas moi qu’elle appelait. Et je NL és suis triste avec cela. w — Je la connaissais, dit le second des Martinez : car “l & j’allai une fois à Paris pour vendre une mine de guano. à h: Mais ce n’est point moi qu’elle appelait. 5: — Je la connaissais, dit le général Alvaro, car je k fus élève de l’Ecole des mines de Paris, maïs ce n’est { fe pas moi qu’elle appelait. 13 — Je la connaissais, dit le colonel Carvajal Ceron, | 4 car j’ai pris douze inscriptions à la Faculté de droit, à place du Panthéon. Mais ce n’est pas moi qu’elle appe- 118
ss — Je la connaissais, pleura Ostrapolski. Je la vis deux jours avant l’arrêté d’expulsion que prit contre Ë moi le ministère de l’intérieur, après ma première » bombe. Je n’avais que seize ans, et ce n’est pas moi M qu’elle a appelé. :. Fray Maldonaldo songea qu’il pouvait citer saint x savoir le latin : x5S — Nondum amabas, sed amare amabas, et amans — Oui, dit le révolutionnaire. Et maintenant, lugeté veneres. Si je me suicidais en son honneur? Il me paraît nécessaire qu’il se passe, en Colombie, quelque chose se rapportant à cet événement parisien. . Cette proposition fut trouvée exagérée, mais on F décida d’envoyer, à frais communs, un télégramme de M condoléances. L’air en deuil, le colonel avait laissé tomber le journal. Martinez aîné, le ramassant, y jeta 4 les yeux avec tristesse. Subitement, il sauta sur ses « deux pieds, et les yeux lui sortirent de la tête. Son. émotion était telle qu’il fut quelques minutes sans pouvoir parler. à — Il y a encore, dit-il enfin, il y a encore une $ nouvelle française. Elle est grande! Cest une grande ; — M. Labori a lâché M. Joseph Reinach, ou M. Joseph Reinach a lâché M. Labori : on ne sait pas encore lequel des deux a lâché l’autre. Mais on croit que l’affaire Longlemps, ceux qui l’avaient écouté restèrent muets, à
let tout pâles. Tout à coup, le géñéral Alvaro courut à | — Jetez vos armes! er | RÉRERE EE | Is le regardèrent avec stupeur, ne comprenant pas RO | — Jetez vos armes, criat-il, jetez vos cartouches, dessellez vos chevaux! La guerre civile est finie, il ne Re peut plus y avoir de guerre civile. L’affaire Dreyfus va. Re ete recommencer : nous n’avons plus le temps de nous occuper des nôtres! C’est la paix de la Colombie, la ‘en du Venezuela, la paix des Boers, la paix du 0 de _ mondé, car le monde n’aura plus une minute à lui : il ee A _ faudra qu’il lise les nouvelles de France. ER R CT EN
; le chien qui parle | Pour savoir si vraiment M.Syve- « ton a pu se suicider en se mettant la tête sur un fourneau à gaz, les médecins experts se sont transportés au domicile du défunt, à Neuilly; et ils ont fait de nom ° breuses expériences sur des chiens pris à la fourrière. à les journaux, 1904 4
- … En plein air, de chaque côté d’une espèce de couloir, « +° s’allongeaient sur deux rangs les cages où on les avait ; enfermés. Lizzie, une grande chienne épagneule, aux F8 yeux tendres, gémissait lamentablement. Steck, un foxterrier, allait et venait sans cesse, fou-perdu, glissant 1 obstinément son museau fin, qui reniflait, dans chaque coin de la boîte fétide où il était prisonnier, comme s’il . s’attendait enfin à y découvrir un trou; et quand il
- entendait le pas lourd d’un gardien, il se précipitait tout debout, les deux pattes de devant appuyées contre le … grillage, espérant qu’on allait ouvrir : car cette sotten = \ bête de petit chien croyait à la bonté des hommes. Mais, en face de lui, Fouillot, appelé aussi Albert, — d’ailleurs, « il avait appris à répondre à tous les noms, — espèce de dogue bâtard qui n’avait jamais eu de maître, quêtant du pain et des os à la porte des casernes, du sucre à la É terrasse des brasseries, et même des dragées aux bap-
_têmes, à la porte des églises, Fouillot, dit Albert, dédai_gnait de faire un seul mouvement. Replié sur lui-même, il préparait ses crocs : plus instruit de son sort que ses É compagnons, il ne désirait plus rien, que mordre un bon 1 coup avant de mourir. Au-dessus d’eux, contre le mur ; de la rue de Poissy, pareil au porche gauchi d’une | \ église très laide, montait le large ovale du hangar de ; la Fourrière. . Une automobile s’arrêta en souflant. Il en descendit ; des hommes très sérieux, vêtus de noir. Puis des fiacres 4 arrivèrent, en retard sur l’automobile, et dégorgèrent d’autres hommes graves. On les entendit causer avec É les gardiens de cette geôle de bêtes innocentes, et ceux- ÿ ci ouvrirent les cages des trois chiens, comme au hasard. RES « Prenez ceux-là », dirent-ils. Lizzie sortit par grands Ù bonds légers, encensa l’air de sa tête brillante et de ses f longues oreilles, puis alla frotter son échine amoureuse aux jambes de ces hommes tristes. Steck, nerveux, fureta tout de suite si loin qu’on lui fit une laisse avec 3 une corde. Fouillot s’avança doucement, d’un air sage ; et sournois ; et, quand il eut dissipé les méfiances, s’alla » cacher au plus profond du hangar, derrière des bicyclettes rouillées, trouvées sur la voie publique. On eut $ beaucoup de peine à l’y découvrir. Il happa cruellement 3 1 la première main qui s’avança vers lui. Mais onleprit tout de même, on lui ficela les quatre pattes, on le jeta Û dans l’automobile, où déjà étaient les deux autres. k Alors, il se tint tranquille, résigné, et l’automobile partit grand train. Steck, qui n’avait jamais vu plus loin que le bout de son museau, dit à Fouillot : î — Pourquoi les as-tu mordus? Ils sont venus pour nous tirer de la fourrière. :
— Moi j’aime déjà celui-là ! Ru | Elle désignait celui qui avait l’air d’être le chef des F autres. Les chiens, qui sont de race obéissante, savent M distinguer les chefs dans une foule, et les aiment te) stinct. Mais Fouillot ricana : : : — On va nous tuer! Celui-là, c’est le procureur … général. Je ne l’ai jamais vu qu’aux exécutions capi= tales, ou un peu avant, près du Palais de Justice. C’est M mauvais signe. Je vous dis qu’on va nous tuer! e- — Pourquoi, demandèrent les deux autres. On n’a ÿ rien fait; on est des chiens perdus. Hs. — Ils parlent de Syveton, reprit Fouillot, et je connais + cette affaire : on ne parle que d’elle, dans les cafés. Ils D veulent nous faire mourir pour savoir comment il est — Hélas, dit Lizzie, à quoi cela servira-t-il? Est-ce ! qu’ils veulent le ressusciter ? %
- — C’est impossible, et, autant que j’en puis juger, à personne ne le désire. Mais on croit qu’il est mort pour ? avoir respiré du gaz. On va nous en faire respirer, et nous mourrons ! : — Qu’est-ce que ça prouvera? demanda Steck. # — Rien du tout. Lizzie pèse trente livres, moi vingt, w toi une douzaine, et un député est un être gigantesque: « Ce qui nous tue suffirait-il à tuer un homme ? S’ils avaient 4 \ seulement autant de cervelle qu’un chien de tourne- … broche, ils comprendraient que leur expérience est idiote. Celui de gauche, sur le siège d’arrière, qui est un chimiste, vient de dire que nos globules sanguins ne sont pas faits comme les leurs, et que, par consé- quent, l’oxyde de carbone doit agir différemment sur w
eux et sur nous. Maïs ne croyez pas que cela les em- # | pêche de nous assassiner ! É Tout à coup, il ricana plus fort. : ._ — Is sont en train de s’étonner, dit-il, qu’un jour- 4 naliste, croyant faire un paradoxe, ait fort approché de 1 la vérité en disant que c’était Bidegain qui avait tué ce Syveton: ce qui n’est pas éloigné d’être exact, s’il est ° possible, comme on le dit maintenant, que c’est pour h avoir mangé avec de bonnes amies la moitié du petit F cadeau destiné à Bidegain que M. Syveton s’est suicidé. Bonnes gens ! Je ne m’étonne que de leur étonnement : 4 en France, il n’y a presque toujours qu’à imaginer le ; ; plus absurde pour approcher du plus vrai. 4 Cependant l’automobile avait dépassé l’Arc-deTriomphe et la Porte-Maillot. Elle s’arrêta dans une 2 1 avenue très large, et qui pourtant sentait la province: L c’était là que venait de se passer un drame bien pari- : sien. Jusque-là, sur leur passage, les hommes à redin- | gote noire avaient entendu dire : « Ce sont des congré- f ganistes sécularisés. » Mais quand on les vit entrer dans une maison que tout le quartier contemplait, Ë depuis quinze jours, avec un petit frémissement de terreur et de curiosité, la foule changea d’opinion. ee Elle prononça : « C’est la police. » C’était même le ; On gravit un escalier. On portait Fouillot. Steck se faisait remorquer. Lizzie suivait de bon cœur, toujours confiante. La rudesse calleuse du chimiste en fut attendrie. « Au moins, lui dit-il, ma belle, tu ne souffriras ÿ 4 pas ! » Et tirant d’un étui un petit objet brillant, il lui | fit, tout en la caressant, une injection de morphine. |
RE - Une femme entra, en grand deuil. Elle se sentait |
pe entourée de menaces et de soupçons. Quand elle cédait | É JA, à l’angoisse qui l’étreignait depuis des jours, les gens. ï pensaient : « Comme elle se défend mal! » Quand elle ps reprenait son sang-froid pour repousser une accusation … terrible : on murmurait : « Quelle comédienne! » Elle”
ja s’étendit sur le parquet, eut l’air d’une morte. Fouillot songea : « Est-ce qu’ils vont faire aussi des expériences 4
À sur une femme ? » 4
: .… On n’en fit, ce jour-là, que sur des chiens. Ce fut
1 par Steck qu’on commença. On l’avait couché en tra- à
: vers de trois bûches de tôle, sur lesquelles des fils d’amiante avaient l’air d’une barbe de vieux Japonais: À
Son agonie fut longue et affreuse. Puis ce fut le tour de M Fouillot. On lui introduisit un tuyau à gaz dans la $ gueule. De grandes ondes douloureuses lui tordaient … l’épine dorsale. Lizzie, engourdie par la morphine, le *
regardait comme en rêve. Un instant, il put dégager sa 4
gueule. Et il lui dit : É:
— Lizzie, quelle funeste manie de certitude ont les
hommes ! Et à quoi sert-elle ? 4 Peu après, il expira. 2 N
.
aui traite de l’Amour, tout simplement d Madame Ménard, sœur de madame Syveton, a écrit, on le sait, au concierge Jondeau des lettres fort enflammées. Depuis que ce > fait est public M. Jondeau est à l’objet de toutes les curiosités É # les journaux, 1904 M. Paulin Costepierre, de l’Académie des inscriptions Nes et belles-lettres, professeur au Collège de France, était 11 un homme simple et bon. Le matin du 1° janvier, pas- a sant devant la loge de son concierge, il en ouvrit dis- es crètement la porte et déposa un louis d’or tout neuf sue _ Ja petite crédence qui se trouvait, juste à portée de sa e ._ main, au-dessous des casiers destinés à recevoir les À lettres des locataires. Il exprima en même temps quel- 4 _ ques vœux courtois. Mais il les exprima en bredouillant ARTE . et les yeux baissés : timide et sincère, il ne savait pas Ne dire avec cordialité les choses qu’il ne pensait point. SAS Autant dire qu’il manquait d’usage. Le concierge lui : — Je retourne tous ses souhaits à monsieur. J’espère que les siens me porteront bonheur. J’en ai bien besoin, à car je quitte cette maison-ici; et demain monsieur ne me verra plus. _ * M. Paulin Costepierre, de l’Académie des inscriptions 4
; et belles-lettres, professeur au Collège de France, Ai F. G un homme simple et bon. Cependant il fit la grimace. E: « Me voilà, songea-t-il, obligé de donner de nouvelles.
étrennes au nouveau concierge, si je veux qu’il me.
‘ monte mes lettres! C’est une bien mauvaise plaisan- à Cette petite mésaventure faillit lui donner de l’hu-
meur, Il était sorti pour déposer queiques cartes. Il hâta 4
le pas. Sur les dalles sèches des trottoirs, des passants
. nombreux le croisaient. Le ciel était gris, mais l’air très ”
É froid. De jeunes femmes, devant lui, marchaïient en faisant légèrement sonner leurs talons, une main tenant « leur jupe fraîche, l’autre main un petit sac brillant et 3
léger. Leurs yeux étaient clairs, leur sillage voluptueux
et parfumé. La mélancolie de M. Costepierre en aug=M
menta. Il n’avait jamais été aimé; il ne se le pardonnait
point, il le pardonnaïit encore moins aux femmes. #2
? Cependant, il était porté à croire que la littérature
avait infiniment exagéré la fréquence des passions de
lamour. Auteur, à vingt-deux ans, d’une thèse remar- 4 ‘ quée sur la Superfétation dans l’Histoire, il avait plus à tard conquis une juste notoriété en appliquant à cette M
science une méthode mathématique. « Lorsqu’il n’existe,
disait-il, qu’un certain nombre de témoignages sur un
événement, si ces témoignages sont d’égale valeur et
3 s’ils se contredisent entre eux, ce qui est presque tou=M
jours le cas, ils s’annulent; et il faut, par conséquent; 4 conclure à l’impossibilité d’affirmer que l’événement à 3%
) eu lieu. C’est ce qu’on appelle la critique historique: M elle supprimera la plus grande partie de l’histoire, et
les programmes en seront heureusement allégés. » 3 PRE Or, une opération d’esprit assez semblable le portait F
ea soupçonner que les hommes capables de se précipiter k . d’eux-mêmes dans les orages de la passion sont infini- 4 _ ment rares. « Le mariage, songeait-il, a été institué par A ; 4 les sociétés justement parce que, si par malheur on 4 laissait les deux sexes à eux-mêmes, ils demeureraient 3 chacun de leur côté, sans se réunir. Comment admettre, À s’il n’en était pas ainsi, que des créatures humaïnes se L décident à accepter l’embarras des cérémonies nuptiales, d les exigences tyranniques du Code civil, l’effroi qui ré- “4 sulte fatalement d’imprudentes promesses de fidélité ? me. Mais la loi, et les dames marieuses, y mettent bon e ordre. Elles poussent les jeunes gens dans les bras des à jeunes filles. Le mariage a été inventé pour donner des femmes aux hommes froids et timides qui ne sauraient “ 4 autrement s’en procurer; ils consentent aux plus dures !: conditions en échange de ce cadeau. Et puisque $ pu. presque tout le monde se marie, il en faut déduire : : qu’une passion triomphant de la pudeur, de la paresse, 4 de la crainte du scandale et du ridicule, — car on peut ; x être repoussé par la personne qu’on sollicite, — est 4 chose tout exceptionnelle, et que les fictions littéraires de qui prennent cette passion pour sujet sont dignes de me Ces pensées accompagnèrent M. Costepierre durant ï ses visites et le ramenèrent au logis. Il y trouva le con- ï — Monsieur, cria-t-il, un feu de cheminée vient d’écla- LE ter chez let locataires du second. Plus qu’un feu de À cheminée : le tapis du salon s’est enflammé, il est tout 1 rouge ! Courez à l’avertisseur, l’avertisseur des pom- n
Y: — Je ne sais pas où il est, l’avertisseur! dit M. Coste F c — Eh bien, j’y vais moi-même. Gardez la loge! 73 S Il partit en courant. M. Paulin Costepierre, de l’Aca= démie des inscriptions et belles-lettres, professeur au S Collège de France, était un homme simple et bon. nl re garda la loge. 7550 Quelques minutes, par respect humain, il demeura sous le porche, montant la garde. Puis il eut froid. La = ; bise cinglait, un courant d’air pernicieux le fit tousser. Alors il entra. L’air sentait le café au lait, la lampe à gaz qui fuit, et l’eau de savon. Mais, tout près du feu … réconfortant qui brülait dans l’âtre, un fauteuil, le fauteuil du concierge, suivant un usage immémorial, tour- « nait le dos aux allants et venants. Il s’y tapit, sûr de « n’être pas reconnu. Le jeune homme du premier, dont la bicyclette lui donnait sur les nerfs, demanda le cor don : il le fit attendre. Insensiblement, il commença de sem sentir heureux; et son esprit demeurant actif dans son corps alangui, ils’occupa de polir sa théorie de lamour. 4 .… Mais on bavarda, du côté de l’escalier de service: EDeux petites bonnes parurent, allant aux provisions \ L’une était grande et mince, avec des yeux chauds; 4 l’autre blonde, très jeune : un duvet lumineux doraït sa M peau tendre. À sa grande terreur elles entrèrent dans F:
- la loge; la plus grande s’inclina au-dessus de sa tête, + | tandis que la belle blonde se plaçait devant lui. Et lan È première dit en riant : ‘4 — Bonjour, monsieur le nouveau concierge ! à L’autre ne lui dit rien du tout, mais le regarda fort | étrangement. De sa vie M. Costepierre n’avait été
| regardé de la sorte. Il en ressentit un grand trouble, 3 : dont il n’aurait pu dire la cause. $ La grande brune prit sa main, pour faire amitié sans : doute. Maïs jamais on ne lui avait pris la main de cette | façon; il frémit. Enfin, elles le quittèrent. Il les entendit exprimer l’avis qu’il était un peu fier, mais assez bel - 4 homme, et comme-il-faut. ’ Bientôt après, le grand escalier laissa descendre une petit ouragan, un petit ouragan très gentil, qui avait la : 4 forme extérieure, et tous les traits, d’une jeune personne | âgée de trois lustres, en jupe presque courte et chapeau é à la six-quatre-deux. Elle fit un bond jusque dans la 4 loge, jeta une lettre sur les genoux de M. Costepierre, et s’enfuit. L’honnête académicien savait lire. Il éprou- 4 vait de plus, par routine, comme beaucoup de gens qui 4 ont passé leur vie à cet exercice, l’irrésistible besoin de R’ lire tout ce qui lui tombait sous la main. Il parcourut ‘ donc la lettre, presque involontairement. Elle commen- :
- çait ainsi : A « Les petites filles s’ennuient tant, à Paris! Ne sont- 4
- elles pas excusables de faire un peu la cour à leur k M. Paulin Costepierre continua, étonné. Puis il devint mx Il n’a jamais voulu avouer complètement ce qui se passa ensuite. On affirme qu’il reçut d’autres visites; on affirme que, depuis, il est enclin à trouver beaucoup a. moins d’exagération dans le rôle de Phèdre que dans celui d’Hippolyte. Parfois, ces souvenirs l’emplissent de L confusion. Parfois, il ne peut se défendre de les évoquer. 4 L’unité de sa vie est rompue : c’est un grand malheur 1 pour un homme de cinquante-trois ans. L
Mo _. Cette situation, pleine d’angoi es et de délices, prit 12088 0 in per l’arrivée des pompiers. Le v et er db les accompagnait. M. Paulin Costepierre FRE tro ee complètement hors de lui-même pour ne pas lui faire ; SHC connaître, en quelques phrases hachées, les sing liers $ ee événements qui venaient de se passer. Il ajouta: OSEO — Est-ce que c’est tout le temps comme ça, chez — Tout le temps, depuis trois semaines, répondit le Je concierge en soupirant. La publicité qu’on a donnée à certaines aventures a produit l’effet le plus imprévu : Ÿ He nous avons remplacé les tziganes. Je n’y tiens plus. Et TER Cest pourquoi, à mon grand regret, j’ai dû envoye F MA
j la vérité sur l’Agrach et l’Agrachien el à La police a arrêté, aux environs ; de £ & du Mont-Valérien, un étrange va- + gahond qui parle une langue que SE < donne le nom d’agrach. Aucun Pr des philologues qui jusqu’à pré- : DES sent l’ont interrogé n’a pu com- es : prendre ce langage. À les journaux, 1905 RE £ Redressons d’innombrables erreurs! On a très inexac- dE tement rapporté, dans les différents journaux de France PR et de l’étranger, l’histoire de l’homme qui ne parlait 20e ie qu’une langue faussement dénommée agrach par les Ë . journalistes, les gendarmes et les autres ignorants. FA Grâce à notre service d’informations, nous sommes en je | mesure d’établir aujourd’hui, avec certitude, les points FRET CSS Les vocables de cette langue n’étaient nullement ceux h sv qui ont été fixés; QE AN La personne soumise au patient examen d’un juge 7 d’instruction, incontestablement plus homme du monde % que philologue, ne s’appelait pas le moins du monde je Enfin, sous ce faux état civil, inventé de toutes pièces par une police et une magistrature dénuées de 4 scrupules, se déguise une illustre personnalité, dont on a voulu cacher le nom au public aveuglé. ; À
“ Nous intéresserions passionnément nos lecteurs si nous leur faisions savoir à quelles difficultés matérielles, à quels obstacles politiques nous nous sommes heurtés. à au cours de notre enquête. Mais nous dédaignons ces” | vains procédés de réclame. La méthode historique est j la seule que nous emploierons ici; nous ne livrerons
_ que nos résultats, sans même nous vanter des efforts
qu’ils nous ont coûtés; et les faits parleront d’euxmêmes, avec simplicité. .… Le 10 septembre 1905, des gendarmes s’étaient É aventurés sur les pentes du Mont-Valérien. On n’ignore pas que ces parages sont dangereux : il s’y est commis < plusieurs assassinats. Au magistrat qui, quelques jours « à plus tard, leur reprochaït incidemment leur imprudence, ces gendarmes donnèrent pour excuse qu’ils se” ï rendaient au champ de courses de Longchamp, afin d’y risquer un petit écu au pari mutuel. 2 S Au cours de cette promenade risquée, ils aperçurent M une personne de bonne mine, bien que vêtue avec une à négligence recherchée, et qui paraissait s’efforcer de fuir les regards. Après avoir consulté leur courage, rassurés par l’avantage du nombre, les braves servis : teurs de la loi se décidèrent à l’arrêter. Le mystérieux rôdeur n’opposa aucune résistance, et demeura muet Il ne fut trouvé nanti d’aucune somme d’argent. Ce fut cette particularité, téléphonée sans tarder aum
- parquet, qui attira sur lui les premiers soupçons et fit é présumer que son cas était grave. Le procureur général répondit que s’il pouvait prouver qu’il avait des dettes % qu’il avait perdu à la Bourse une quarantaine de mil RC lions qui n’étaient pas à lui, il fallait le relâcher immé-” sr diatement; mais que s’il se contentait de n’avoir pas le 4
k sou, cet individu devait être considéré comme très A suspect et l’arrestation maintenue, F _ L’inconnu fut donc, au bout de deux ou trois jours, “1 conduit devant un juge d’instruction. Il n’avait pas À encore ouvert la bouche. Le magistrat, conformément tt à la loi, ainsi qu’aux usages de la bonne société, lui ce demanda correctement à qui il avait l’honneur de s’a- ë à dresser. Ce fut à cet instant qu’on s’aperçut que le pri- #1 sonnier parlait un langage étrange. k — Laurèsjimuche Lanjebi! s’écria-til. Livevo la « as Ces paroles causèrent une certaine surprise au juge We d’instruction; mais il sut la dissimuler adroïtement sous = l’appareïl de la gravité judiciaire! ae
- — Je vous demande pardon, répliqua-tl d’un air RU: à poli. Vous disiez ? AE — Mézigue bride les esgourdes de mon orgue à la Fa vioque loualanteguche de la mouscaille lumainuche, continua l’inconnu avec une grande énergie. x NUS Et il ajouta : — I a dit « loup phoque », réfléchit Le juge. Ce doit # être un Esquimau. 5 Et se tournant vers son greffier, il lui dit : s _ — Nous trouverions peut-être un interprète, si par À bonheur nous avions une colonie dans le pays de ces A (x) Nous nous empressons d’avertir nos lecteurs que ce langage singulier n’est autre qu’un argot fantaisiste imité de celui des loucherbem, dont le regretté Marcel Schwob fit, il y a quelques ÿ années, une savante étude. Mais il est ici mélé de quelques mots empruntés à l’ancien argot de la Cour des Miracles. À ù
L ‘ Le prisonnier fit un geste d’horreur et protests PR — Les laventurmuches colonialduco alteqbi et Iyni « 5 quemençudi rouvertuches, lournironfez une liversiondem
L Jabomaicheux lationalèsmuche. Loufoc! (1) 2) pie — Décidément, fit le juge, je crois que c’ést de ne l’esquimau. Qui diable peut parler cette langue en
; — Nansen, probablement, répondit le greffier. Mais il est impossible de le faire venir à Paris en ce mo-”
È ment : il est fort occupé à rendre tout à fait indépen- * ee dante la Norvège, sa patrie, qui même a mobilisé son” x » innombrable armée. Peut-être est-il en train de chercher :
Se L’inconnu parut visiblement troublé par ces mots de a « général » et de « patrie ». L’agitation de ses traits
: $ prouva, de la façon la plus évidente, qu’il les comprenait fort bien. Ouvrant les bras d’un geste large, il
— Le poireau marianeux qui a lisputédudi aux
lenémez de la léactionruche lamuche de la lulottecem
termoisée leprésentedure pour ma poire le laivruche.
gobage de la latridupa. (2) 2)
: — Voilà, fit le magistrat rempli de joie, un prévenu fort étrange, et qui me fera le plus grand honneur. IL
faut tout de suite rédiger une note pour les journaux du
soir, et principalement pour le Temps. à 4 ( - (x) Les aventures coloniales, audacieusement et presque cynique- k ; : ment ouvertes, fourniront une diversion au problème social et un
: prétexte à un nationalisme tapageur. Eh.
fe (2) Le général républicain, qui a disputé aux menées de law PE réaction l’âme de l’armée, représente pour moi le véritable amour, L fe de Ja patrie. =
| Il fut impossible à ce moment de ne pas remarquer n. Jindignation du prévenu. Ce fut avec un accent de #0 fureur qu’il s’écria : Eux — Le Boitard listilleduche lonsem soirne leninvdure di lontrecuche la lendeurdusple de la lévolutionrem locia- Fi 1 Telles furent les seules explications qu’on put obtenir A: de lui. La justice, après mûr examen, apprécia qu’elles ; L: n’étaient pas suffisantes. C’est alors, on s’en souvient, FEAR qu’on fit appel aux plus distingués philologues, et qu’on CA déplora particulièrement la perte récente que la science ee CA avait faite en la personne de M. Oppert. Mais ni à 54 l’École des langues orientales, ni dans les officines de 15 traducteurs avoisinant la Bourse, on ne parvint à Mas he éclaircir ce mystère. Quelqu’un cependant arriva, qui SE AU crut distinguer das les traits du prisonnier les caracté- à ristiques du type ossète. “4 — Qu’est-ce que les Ossètes ? demanda le juge. #3 — Un rameau très pur de la race aryenne, blonde Me et dolichocéphale, qui réside quelque part dans le Cau- SLR 8 case, répondit l’anthropologiste. Quelques savants 4 affirment qu’elle est issue des nombreux enfants qu’au “à % rait eus le comte de Gobineau, à l’époque où il traversa ‘ ci ce massif montagneux pour se rendre en Perse. Mais 4 d’autres Ini attribuent une origine beaucoup plus F.) À la fin, le greffier dit timidement : De — Monsieur le juge d’instruction… si c’était du grec? F Personne ne le sait plus. d () « Le Temps distille son noir venin contre la splendeur de la L’
IN PS LS tot fous m’épouvantez ! He ige. Qui en eflet sait LA oi | — Le concierge de l’École normale, pe at-être, suggé r Het 14 prisonnier, il fit un geste de surprise; mais se contenant DERÈE RE par un effort de volonté, il se pencha vers le juge d’inMP struction et lui dit à voix basse : - LEE Les ÿ _ — Pourquoi avez-vous arrêté M. Jaurès ? RL. singulier événement : M. Jaurès avait imaginé de parler Ru | une langue que personne ne comprend, pour pouvoir RAR A s’expliquer enfin sur la question du patriotisme. |
Les choses que je vais dire se passent quelques ï années en avant. J’entends qu’elles ne sont pas encore ‘ ï arrivées et que, sans doute, elles n’arriveront point : 3 car je suis prophète. à En ce temps-là, le tsar de Russie, ayant beaucoup 11 étudié l’histoire moderne de toutes les nations du AU monde, parvint à cette conclusion que celle de son 2 empire ne ressemblait à nulle autre qu’à celle du Brésil. La PE En conséquence, il entreprit un grand voyage, afin À d’imiter Pedro II. Dès son départ, ainsi qu’il l’avait 1 prévu, la Russie entra dans l’ère féconde et tumultueuse fe des désorganisations nécessaires. ; En quelques jours le « mouvement », car on ne donna point à ces événements le nom de révolution, eut sup- ne primé, en même temps que les ministères — les bureaux ayant été la cause des maux anciens — les gouverneurs de province, l’armée, la marine, le Saint-Synode, et er même le mir, cette antique institution communautaire, f fondement jusqu’alors de la vie paysanne en Russie. ; On avait taillé; on se mit à coudre. Dépassant d’un À bond hardi les conceptions surannées du collectivisme 4 occidental, les exilés d’hier, devenus à cette heure les conseillers écoutés du peuple, entreprirent la réalisation
d’un large programme de communisme libertaire. Dans la mémoire des Slaves, cette étonnante et brusque flo-
- raison de nouveautés prit un nom. Elle fut appelée « le grand printemps russe ». Aux Pâques, les hommes restés chrétiens disaient d’un air étrange : « Christ est ressuscité ! » Et ceux qui ne croyaient point répondaient . Ë souriant : « Oui, oui, il est né, enfin! Il est né! » EE Les mirs devinrert des syndicats agricoles. Les industries furent groupées également en vastes syndi cats, miroirs démocratiques et démesurés des trusts de. ; l’Amérique du Nord. D’autres syndicats se formèrent pour administrer la religion et l’instruction publique. Enfin, l’armée et la marine elles-mêmes se reconsti-… tuèrent sous la forme d’une redoutable et curieuse” des entreprises de destruction », qui se chargeaït, à prix débattu ou par abonnement, de toutes les guerres pouvant intéresser les autres syndicats. Quelques pacifiques tolstoïens s’en attristèrent, mais il leur fut marqué qu’on ne leur demandait rien, qu’ils demeuraient libres de présenter aux coups toutes les parties de leur corps. L’esprit slave — sa littérature même le prouve —est singulièrement réaliste. Il tient compte des faits, ne se meut pas longtemps dans les abstractions. En cela, ces. | gens de l’Est, jadis vaincus par les Japonais, sontbeau-” coup plus près qu’on ne pense des Japonais et des Chinois : le Syndicat industriel des entreprises dem destruction avait prévu qu’on aurait besoin de ses _ ; vices; il savait bien que la construction, à peine sortie de terre, subirait des assauts. : Il ne se trompait pas. On apprit bientôt qu’une puissance, demeurée monarchique, s’inquiétait déjà, et.
| peut-être à juste titre, de la formidable force d’expan- Cl | sion — et d’explosion — qu’allait posséder ce peuple de ‘ comme certaines sociétés d’insectes, avec ses travail- : leurs spécialisés et heureux, producteurs de nourriture, ment aveugles, comme ils le sont physiquement chez les à termites, mais intrépides; tous animés enfin de l’esprit de la ruche ou de la termitière ! On les entendait bour- fl | donner; et dans ce bourdonnement confus, l’Allemagne : crut distinguer qu’il était question des Borusses qui #4 _ sont des Russes, comme leur nom l’indique, et qu’il Û Sd: fallait par conséquent aller joindre, pour faire entrer pa leurs œufs dans le nid commun et terminer l’œuvre Æ géante. Il était sage de tout prévoir : l’Allemagne mobi- e È En France — et voilà ce qui d’abord est l’essentiel : ee
- chez nous — la lecture des journaux devint très intéres- ; 1 sante, Après quoi il y eut, suivant l’usage, une grande à séance à la Chambre. : n: M. Jaurès devait interpeller, sur les événements de 1 _ | Russie, le ministre des affaires étrangères. On attendait CRE _ son discours avec curiosité, avec impatience, avec à inquiétude. Car, enfin, la situation était grave, même x °# au point de vue de la politique intérieure. Déjà les 4 ligues nationalistes et réactionnaires de Paris et du ter- æ ritoire entier s’agitaient. Dans les rues elles faisaient de: crier : « À bas l’alliance ! A bas la Russie! » Elles se ; plaignaient que les chefs du mouvement en Russie Et eussent, non pas emprisonné — ils avaient supprimé la à prison — mais « mis hors d’état de nuire dans une en- L
ceinte fortifiée », un assez bon homme, bien que d’idées un peu arrêtées, M. Pobiedonostzef, ancien président du Saint-Synode. Par des listes couvertes de signatures, elles exigeaient qu’il fût immédiatement relâché, au É nom de l’intérêt supérieur des lettres. On alléguait ses “Æ écrits, et, bien plus, qu’il était quelque chose comme ÿ un nouveau Joseph de Maistre, ayant mis en action les s maximes des Soirées de Saint-Pétersbourg. N: M. Jaurès ne trompa point ces grands espoirs. Jamais son éloquence ne retentit, plus haute et plus sonore, « devant un auditoire parlementaire plus nombreux et plus ému. L’homme avait vieilli, mais l’âge avait donné à ses traits, jadis un peu frustes et empâtés à la fois, une sorte de fermeté pesante. Il se sentait assiégé, mais M aidé, mais soulevé par le flamboiement des yeux fixés sur lui. Enfin, son sujet était dramatique. Il permettait les gestes, il engendrait les images. Celles-ci, à l’appel du rythme pour ainsi dire préétabli de ses périodes, graves, en processions religieuses. IL fut antiquerment beau. On croyait entendre, derrière lui, vibrer l’accent des flûtes et des lyres, comme aux tribunes rostrales de la Rome républicaine, voici deux mille et cent années. Et le vent des steppes, le vent musical des steppes semés de bouleaux trembleurs et de mélèzes aux ramures retentissantes semblait passer dans sa voix. IL montra la lumineuse et magnifique aurore qui se levait à l’Orient, il fit voir la paix du monde, la paix défini tive du monde assurée par une dernière attitude, par un dernier effort peut-être, de la France de Kléber et de Hoche contre les successeurs actuels des meurtriers de Marceau. Et ce peuple, ce peuple qu’un vieil adversaire …
_ de la France héroïque se préparait à écraser, le lien } . sacré d’un serment solennel l’unissait à nous! Il somma
le ministre des affaires étrangères de dire comment g
il comptait exercer la « pratique active » de l’alliance :
Une indicible émotion secouait la Chambre. L’extrême
gauche applaudissait à la fois son leader et ses frères ,
d’Orient. Les nationalistes chantaient un hymne écla- EN
tant au drapeau enfin déployé. Le général Jacquey ver- $
sait des larmes. Se penchant, M. Millevoye embrassa ;
M. Jaurès. Le ministre des affaires étrangères répondit
qu’en effet l’alliance russe demeurait la base inébranlable de notre politique. Le ministre de la guerre, inter- “Æ
rogé, fit savoir que la nouvelle loi, fixant à trois ;
semaines le service militaire pour les simples ouvriers, [53
à six ans pour les fils de rentiers et d’industriels, et à $
vingt-sept ans et neuf jours pour les congréganistes, ‘à
n’ayant pas, à ce jour, été votée par le Sénat, nous 4
| avions encore une armée. Ÿ
; D’ailleurs — hâtons-nous d’anticiper sur les événements — cette simple manifestation suffit. Aucune ; 1
M. Jaurès, de retour à son banc, avait été l’objet 4
d’une ovation. Cependant quelqu’un lui fit remarquer ‘ Fi
doucement que si, en janvier 1905, il était parvenu ”
à faire dénoncer l’alliance russe, il n’eût pas eu au- Eu
jourd’hui l’occasion d’un si beau et si heureux succès. fi
— Mais, répondit-il avec simplicité, il ne s’agissait î
. alors que de donner des difficultés à un ministère que
nous n’approuvions point!
2-0 Lequel des deux ?.. cu d’exil et l’arrêté d’expulsion pris HEAR contre le prince Kropotkine a été 5 à les journaux, novembre 1905 | 5 C’est samedi dernier, et non pas dimanche, on s’en. 5 souvient, que selon les premiers arrangements pris RES ÿ devait arriver, dans sa bonne et féale ville de Paris, SR M. Paul Déroulède. L’Ætincelle, notre meïlleur confrère : nationaliste, décida naturellement de lui dépêcher, à lan gare même, un de ses reporters, M. Léger, chargé de lui arracher quelques mots, avant même qu’il descendit la dernière marche de son compartiment, 3 M. Léger, comme ïil convient, était un tout jeune” ê homme. Son esprit était enthousiaste, son cœur passionné, son âme naïve. À mesure que son fiacre, fe presque rapide, le rapprochaïit du but, il sentait croître Le et s’épanouir en lui la belle fleur des émotions juvéniles. VER, Il rêvait au grand homme que pour la première fois il Re allait voir. SR HER — Sans doute, songeait-il, M. Déroulède va me serrer FA la main, et ce doit être un grand honneur pour moi: NP Puis il me donnera une médaille à son effigie, comme il ;
se a déjà fait pour ses admirateurs de Belfort, en disant : « # _ « C’est ma çarte de visite en métal. » 4 _ &Il faudra que je regarde bien si cette effigie est .# ceinte d’une couronne : en vérité cela ne m’étonnerait 3 de point. Quand j’aurai religieusement placé cette médaille : 1} sur mon cœur, M. Déroulède me fera également l’octroi, : ù suivant son usage, de quelques cartes postales repré- “h sentant ses traits augustes. Mais il est vraisemblable CHER qu’il ne songera seulement pas à y joindre ces mots : D: « Elles sont ma carte de visite en carton », ce qui pour- à ” ji tant me paraît découler comme de source de la première ne | proposition. Quand ces diverses et attendrissantes céré- à à di monies auront été célébrées, je pourrai poser des ques- ës 4 he tions. Sur quoi vais-je poser des questions? Belle ; 4 demande : sur l’avenir de la patrie. Et certes je pourrai ns noter quelques magnifiques coups de clairon. 3
| Telles furent les méditations qu’il roulait encore en .. son esprit quand il atteignit le débarcadère. Il constata pi que ie service d’ordre était imposant, et entendit un dE 4 officier de paix dire à ses subordonnés : « C’est un 44 homme très dangereux. On l’a autorisé à revenir, mais ) a 3 à ce n’est pas une raison pour qu’il nous embête. S’il Le “ cherche à exciter les passions populaires, souquez-le PLIS ferme. » M. Léger déplora, mais sans s’étonner, la LA férocité lâche de nos gouvernants. Mais il éprouva au ; j contraire quelque désillusion en voyant qu’un très petit | Re groupe de personnes seulement attendaient l’illustre 1h voyageur. « C’est encore un coup de la police, se dit-il. je On a voulu réduire à moins que rien la majesté de cette de Le train s’arrêta, La direction des regards, chez les ni agents et la petite délégation qui attendait sur le quai, hi
lui désignèrent le personnage qu’il était venu saluer : sans pompe il descendait d’un wagon de troisième M C’était un homme pas bien grand, chauve, avec une F4 longue barbe qui avait dû être blonde, et des yeux clairs, d’une sincérité tranquille. “+.
S — Combien l’exil l’a vieilli! songea M. Léger. Et sa + haute taille sans doute s’est voûtée; mais il a l’air RE brave, têtu, et sa physionomie inspire la confiance. 7
Puis il s”approcha d’un pas professionnellement vif, agita son chapeau d’un geste plein d’énergie, et tendit \
; la main. Le voyageur ne la prit pas, ne lui donna pas de médaille, et ne distribua aucune carte postale, de quoi le reporter se trouva presque déconcerté. Mais reprenant son sang-froid, avec un petit effort, il lança d’un coup cette interrogation : 3
— J’espère qu’on va marcher ? On défendra la France, tout le monde la défendra. On n’en peut plus douter, © puisque vous voilà. |
L’homme fit un petit mouvement de recul, visiblement surpris par cette ardeur indiscrète, mais il répliqua d’un air tout simple :
— Est-ce que c’est une question qui se pose ? Est-ce que la France n’est pas à la tête de la révolution sociale, | de la reconstruction sociale ? Est-ce qu’elle n’a pas fait 4 1789 et 1793, et depuis, planté toujours, toujours, de nouveaux jalons? Alors que l’Allemagne, au contraire, | n’a pas fini d’abolir le régime féodal, alors que la Russie | en est encore, non pas même à 1789, mais à 1788; alors que l’Angleterre. Et on ne prendrait pas un fusil, et * on ne se ferait pas tuer pour ce pays-là, on n’essayerait | pas de réagir contre un autre : celui qui depuis trente |
ans nous a valu, et à valu à l’Europe d’être où nous en | _ sommes et où elle en est! (1) : | — Ah!s’écria M. Léger, que votre retour était néces- 4 saire ! Nul, depuis bien longtemps, n’avait prononcé f, des paroles si braves et si chaleureuses. On ne nous avait pas trompés en nous disant que quelque chose en France serait changé avec votre retour, et que nos cœurs, monsieur, battraient plus fort. : — Ne m’appelez pas « monsieur », dit le voyageur ; très modestement. Appelez-moi « camarade ». à — Je n’oserai jamais, répliqua M. Léger, rendu : “À presque stupide par cette invitation inattendue. Et ïl 4 pensa : « Quelle imagination! Il se croit déjà dans un L’ bataillon de marche, à mes côtés, courant à la frontière. 4 Cette ardeur est presque dangereuse. Nous n’en sommes ‘4 pas encore là, et dans mon for intérieur, je suis d’avis Pa | que ce ne serait pas à faire, » AT Il continua donc, un peu hypocritement, pour se ras- $ 4 surer lui-même, et se prouver qu’une conflagration 4 européenne n’était pas rendue absolument imminente par un déchaïînement d’enthousiasme révolutionnaire : Re 1 — Tout le monde, hélas! montrerait-il votre coura- ‘4 geuse abnégation ? Il me semble que dans les ports. 1 — Il est vrai, dit l’homme. Après avoir prêté l’oreille EN aux déclamations les plus basses, une populace effrénée 0 s’y livre aux plus déplorables excès. Maïs ces gens-là, AY malgré toutes les apparences, sont des réactionnaires. | Ils appartiennent à la race de vos Trestaillons, de vos 1 chouans et de vos chauffeurs. Et quand le peuple a (à) Ces paroles sont empruntées à une lettre que M. Kropotkine
_ triomphé, on les retrouve, essayant de fuir, déguis ésen | ue _ femmes, et cachant sur leur peau sale les bijoux qu’ils À] us Ce dernier fait, protesta M. Léger, malgré son. ï ÉVAArEL respect mêlé à cette heure d’un peu d’épouvante, me parait inventé. Je mai jamais entendu dire qu’un tel & TAN scandale ait eu lieu, ni à Brest, ni à Toulon. 10% Ve — Qui vous parle de Brest ou de Toulon, fit le voyaete geur d’un air impatient. Cela s’est passé il y a deux, jours, dans une de nos villes de Russie, j’en suis sûr. nie — En Russie ! cria stupéfait M. Léger. Mais vous. eee n’êtes donc pas M. Paul Déroulède ? à : #4 FORME — Moi? dit-il. Je ne connais pas la personne dont” vous parlez, même de nom. Je n’appelle Pierre Kropot- “ HER kine. Et je suis un homme très doux. 5100
l’École du Plein-Air 4 .… « Avant de se séparer, le Parlement a voté, sur la FRE, 5 . proposition de M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire Six d’État aux beaux-arts, les fonds nécessaires pour la RAD | | création d’une École du Plein-Air. » pue 54 Voilà ce que j’ai pu voir dans les journaux, il y a nes quelque temps déjà, et j’en ai été bien heureux pour la v= Es: gloire de la République. Car il y a bien des années que ns je lis, dans les papiers qu’on écrit sur les peintres : : Re ; « Cet artiste appartient à l’École du Plein-Air. » Et où 1:50 est-elle, l’École du Plein-Air? L’École d’Élée était à En + Élée (tout permet, du moins, qu’on le suppose), et celle D De # ; de Salerne à Salerne. Et quant à l’École d’Athènes, à A Va celle de Rome, à l’École Polytechnique, à l’École de | Fe ER Saint-Cyr, nous savons où c’est. Seule l’École du Plein- < : 24 | Air n’avait pas d’adresse : il appartenait à notre légis- AE re lature finissante de réparer une si cruelle injustice. Je Le: tiens d’ailleurs de source sûre que le gouvernement ne % LA compte pas s’arrêter à cette unique innovation : bientôt OT A il demandera au budget les sommes indispensables pe pour aménager le domaine de nos connaissances, et Bi même élargir le terrain de la discussion. Toutes dé- SE penses dont le besoin se faisait sentir. » ! | Quoi qu’il en soit, nous pouvons dès maintenant aflir- :
: mer que toutes les mesures ont été prises pour que l’École du Plein-Air soit véritablement digne de son nom. Rendons au public le service de le renseigner pleinement à cet égard. : 3 &
L’École du Plein-Air, comme son nom l’indique, se
È composera d’abord, et principalement, d’un édifice: M Nous disons, « comme son nom l’indique », car dès le -À vote des fonds par les Chambres, tous les architectes du gouvernement, réunis en concile œcuménique, ont . protesté qu’une école c’était une bâtisse, et non pas autre 4
chose. Suivant l’usage, cette bâtisse sera ornée d’un très grand nombre de colonnes corinthiennes, de femmes nues en stuc, et de chevaux humanitaires hennissant É d’horreur au moment où ils s’aperçoivent, trop tard, 4 qu’ils sont en train de se précipiter du haut d’un toit, sur la tête des passants. (L’année prochaine, un prix
j de cent mille francs sera payé, par un de nos confrères du matin, à celui de ses lecteurs qui pourra expliquer £ ce que ces pauvres chevaux faisaient sur ce toit.) Enfin, c’est tout dire, on tâchera d’imiter, autant que possible, la décoration du Grand Palais, ce modèle! Mais on fera en sorte que les salles du rez-de-chaussée, où des pro: M fesseurs lumineux enseigneront le plein-air, soient encore plus mal éclairées que celles de ce Grand Palais; déjà nommé, où les poissons rouges naissent aveugles au bout de trois générations, phénomène qui à déjà attiré l’attention de plusieurs savants du Muséum. É a
Hätons-nous pourtant de l’ajouter : un vaste terrain sera contigu à ce monument. Ce sera un terrain vague, aux aspects artificiellement incultes, sauf pour un hectare qui sera soigneusement et régulièrement labouré, de façon que deux figurants y puissent en toute saison
représenter au naturel l”Angelus de Millet, lequel devra
, être copié tous les trois jours par tous les élèves, sans
exception, à moins qu’ils ne montrent un certificat sur HE papier timbré, signé et légalisé par le maire ou le commissaire de police de leur commune, comme quoi cet Re exercice est contraire à leurs convictions antireli- 7 gieuses. Auquel cas ils devront imiter, toujours d’après : des figurants bien choisis, les Bœufs de Rosa Bonheur. 1
_ (A trois heures, la musique jouera l’air de Pierre Du- à
D’autres animaux, dont on a cru, à juste titre, ne \ RSC
point pouvoir se passer, seront fournis par le ministère ; des colonies, l’administration des eaux et forêts et celle î
| des haras : plusieurs lions, avec ou sans crinière, 8 quelques faucons, d’après Fromentin, avec chevaux teints en rose ou en bleu, et lévriers arabes ad libitum ; k enfin un certain nombre de cerfs avec toutes leurs ” ré: cornes, en souvenir de M. Gustave Courbet. On verra 3 aussi un aigle aux couleurs nationales planant sur une 1 réduction des tours de Notre-Dame : ça peut servir en ë temps de complot. LS
Les accessoires végétaux ne seront pas traités avec
un moindre soin. A l’aide de chariots perfectionnés, une À équipe de jardiniers pleins d’expérience transplantera , sur le terrain de l’école la plupart des chênes rencontrés | par M. Harpignies au cours de sa longue et glorieuse È carrière. Un lot de pins maritimes, avec tous les tamaris qu’il faudra, doit être aménagé par M. Montenard. M. Didier-Pouget dirigera la plantation des bruyères. Notons également — comment pourrions-nous l’oublier ! — une réduction élégante et précise du lac de Nemi à qu’illustrèrent déjà les brosses de l’immortel Corot.
3 Des négociations viennent d’être engagées à ce sujet : par notre diplomatie avec le gouvernement italien. à Tout porte à espérer qu’elles réussiront, nos rapports ” avec la nation sœur ne laissant plus, comme on sait, rien à désirer. Cependant, m’a-t-on dit, l’Italie ferait des . réserves pour les deux trirèmes de l’empereur Tibère Ë qui dorment au fond du lac, et dont l’exploitation est promise à l’agence Cook. À : Rien n’a été plus facile que de se procurer des. ; nymphes, ondines et dryades. On les rencontre, en ; quantités presque illimitées, dans les forêts du mont Martre et du mont Parnasse, et nous sommes autorisés à prévenir le public que, dès aujourd’hui, le registre des ” inscriptions est fermé: cause de déceptions et de larmes : bien touchantes ! De plus, la police a été chargée : de recruter quelques satyres, et nul doute que ses & recherches ne soient couronnées de succès. Mais tout à ce personnel sera très exactement surveillé, Toutes les précautions ont été prises pour garantir son absolue moralité : à partir de cinq heures en hiver, de sept heures # en été, il sera interné dans des loges spéciales où l’on ne pourra le visiter qu’avec une autorisation de M. le … sous-secrétaire d’État aux beaux-arts. à : Enfin il a été reconnu nécessaire de s’assurer le con cours de différents astres, tels que le soleil, la lune, quelques étoiles, et de-plusieurs météores, parmi ceux. qui sont les plus habituels. C’est ainsi qu’il y aura un. arc-en-ciel, un jeu d’éclairs assortis, un endroit où on fera pleuvoir, un endroit où il fera beau, un endroit où ça sera le matin, un endroit ou ça sera le soir, divers 4 ° : nuages, brumes, brouillards et bruines, une tempête, il deux petites brises, un coup de vent. L’école du Plein- #}
Air ayant été déclarée personne civile et d’utilité publi- 5 #1 . que, on peut espérer que les dons et legs de personnes ‘8 généreuses lui permettront d’acquérir ce qui lui manque 44 encore, comme par exemple une aurore boréale, un 41 iceberg, le Niagara et la mer. LEUR Discipline et méthode. — Les élèves étudieront le Are FA plein-air suivant les plus sains principes : d’abord #20 d’après les cours de leurs professeurs, puis en se ser- ne :1 vant de photographies instantanées, puis avec un téles- pue UN cope, puis avec des verres grossissants, puis à travers A di du des cristaux de couleur, puis au bout de sept ans, à SE + Vœil nu, quelquefois. Pour sortir, ils devront de pré- F F4 férence prendre le Métropolitain, afin de ne pas gâtee Rx leur éducation visuelle. ‘43 Au bout de deux années révolues, les élèves les plus RARE Li méritants recevront un diplôme de peintre de plein-air, 5 M
_ leur donnant à eux seuls le droit de reproduire les sites Ve 14 nationaux. Tous les autres peintres qui auront peint en ; a ke
_ plein air sans avoir été admis à l’école seront déclarés : de #i contrefacteurs, poursuivis comme tels et condamnés ; a.
- aux peines les plus graves, comme de peindre le | Sue 4 Triomphe de la Démocratie ou la Distribution des KA De récompenses ou des Cardinaux jouant à la main chaude. Fe 2008 D’ailleurs la police, les gendarmes et les gardes cham- LAS “#2 pêtres seront chargés de les arrêter et de les conduire SN ANS au violon s’ils sont jamais rencontrés, dans un champ #1 ou au coin d’un bois, se livrant à leur coupable industrie. de. “
le nouveau livre de la Jungle -0 M. l’abbé Delarue, desservant de 3 la petite paroisse de Chatenay, quinze jours. On pense qu’il à été assassiné, mais le cadavre reste à introuvable. Le Matin a lancé 2 travers la campagne, entre Cha | tenay et Étampes, un dompteur S. qui tient une hyène en laisse. On compte sur le flair de cet animal « pour retrouver le cadavre. 7 les journaux, 1906 &. Durant celte période de vacances, les services étant complètement désorganisés dans les journaux, il n’est resté que moi pour diriger le bureau des informations M et des faïits-divers. Mais vous ne sauriez douter un M instant d’une activité dont j’ai déjà donné tant de preuves. Aussitôt investi de mes nouvelles fonctions, ns j’ai donné des ordres impérieux pour qu’un reporter fût, sans perdre une minute, envoyé dans la région « d’Étampes. Ce jeune homme, intelligent, vif, adroit, Je. rompu à tous les sports, devra nous rendre compte, sans jamais omettre un seul détail, des événements sin M, guliers dont cet arrondissement est le théâtre depuis la disparition de l’abbé Delarue. Avant toutes choses, estil besoin de le dire, il lui a été recommandé de s’atta162
cher aux pas de l’hyène qu’un de nos confrères vient d’engager comme collaborateur, de ne la quitter ni jour 1 ni nuit, et de tenir un registre exact et complet de ses j #
exploits. Je vais maintenant publier heure par heure les > Li dépêches de cet envoyé spécial : PCR « L’hyène ne travaille que la nuit. Elle vient de | partir, entourée d’un immense concours de peuple. En % laisse elle conduit un dompteur. » ‘4 « L’hyène s’est précipitée dans la vallée de la nn Remarde. Rencontrant le cours de cette rivière, elle Pa RUE traversée sans hésitation. Le dompteur a suiviàlanage, 4 courageusement. Gagnant ensuite les hauteurs de Cha- LA marande, elle a escaladé la tour de Pocancy. Mais le at dompteur est resté en bas, donnant pour raison qu’il & est dompteur et non pas acrobate. L’hyène refusant 5 ! de descendre, on a télégraphié à Étampes et à Brétigny . pour que les pompiers viennent la chercher. » # « Pendant que j’attendais, en gare d’Étampes, les à « l pompiers qui doivent prendre un train spécial, j’ai vu } { débarquer quarante chacals, envoyés en hâte par le - 3 journal le Zéramna, de Philippeville (Algérie). Notre ? , excellent confrère du département de Constantine + affirme, avec quelque vraisemblance, que ces animaux, À habitués à fouiller perpétuellement les sables du désert, ont beaucoup plus de chance de réussir qu’une hyène tachetée, mais unique. Les quarante chacals ont été Re
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cher aux pas de l’h A exploits. Je vais main dépêches de cet envc Î « L’hyène ne travail 1 H partir, entourée d’ur I l laisse elle conduit ur à Remarde. Rencontrant le « € | L traversée sans hésitation. I À ‘| 4 y marande, elle a escalac Mais 1 ; dompteur est resté en 1 a : est dompteur et non ] refusant H = dedescendre, on a télég Brétigny É pourqueles pompiers vie | ds C4 | * mue j’attendais, en :ai l’Étampes, les à PPT. Mirain spécial, j’ai vu ir qu’une hyène fr te chacals ont été
immédiatement làchés dans la campagne et paraissent ra pleins d’ardeur. Ils ont déjà failli mettre en pièces le x. professeur Dêvah, qui était en train de manger de la terre, suivant son habitude invétérée, dans les environs L « On annonce aussi l’arrivée de trois condors, Cxpé- ; diés sur les lieux par notre confrère le Moniteur dem Tezcupetelpec (Colombie). Ces animaux, planant à . plusieurs milliers de mètres au-dessus de la surface du sol, ne manqueront pas de se laisser tomber à terre comme une masse de plomb, s’ils aperçoivent quelque « J’étais allé me coucher, accablé de fatigue. On vient” de me réveiller pour m’annoncer une grande nouvelle. I est certain, me dit-on, que l’hyène a trouvé une piste. Elle manifeste une grande ardeur, fait des détours … singuliers et significatifs, et refuse de prendre toute autre route que celle sur laquelle l’attire son instinct. Malgré cette heure de la nuit, l’émotion populaire est : « Cette émotion vient encore d’être accrue par l’arrivée. à | d’un étrange et majestueux personnage. Cest un nègre | de haute taille dont la figure disparaît entièrement sous un masque hideux, peint en rouge et blanc, surmonté. e de grandes plumes de coq, et orné par surcroît d’une ; barbe sauvage faite des crins d’une vache rouge et d’une antilope bleue. C’est l’ancien sorcier, le gang’a préféré. À de Behanzin, que nous envoie gracieusement ce roi en | exil. Il est guidé dans ses recherches par le grand
_ serpent sacré d’Abomey, magnifique boa qu’il tient par . la queue. Tous les quarts d’heure il s’arrête pour danser RER la danse du vaudou. Nous prenons tous des notes, et on ES le photographie au magnésium. » ; “à « Nous avons tous cru un instant à la solution du % mystère. L’hyène, dans sa course rapide, prenait des ie. allures de plus en plus décidées. Il devenait évident >. M qu’elle se dirigeait vers un but précis. A la surprise de pe A tous, ce but était Étampes. Sans hésiter une minute, sans s’attarder une seconde sous la tour Guinette ni la S se à: tour penchée de Saint-Martin, elle a parcouru au galop la rue du Pain et s’est arrêtée. sous les fenêtres de la RSS: | gendarmerie. L’assassin serait-il un gendarme ? Nul de JAPAN Je Ÿ ceux qui connaissent ce corps ne pouvait s’arrêter à HA cette supposition. D’ailleurs un gendarme ayant lancé a une de ses bottes à l’animal, celui-ci s’en est emparé, et : ces sans insister davantage, est rentré dans la cour de o l’hôtel du Grand-Monarque, où il s’est mis à se repaître | tranquillement de son butin. » à « Seconde alerte : un des condors, après avoir tracé ; 1e de larges cercles dans les hautes régions de l’atmo- ee sphère, a foncé subitement vers un objet que nous ne : sr) pouvions apercevoir parce qu’il se trouvait dans un mn? jardin privé, clos de murailles. Bondir par-dessus ees | murailles n’a été qu’un jeu pour moi et mes confrères. Me Nous ne pûmes alors que constater une méprise regret- DOME : table ; le condor venait d’enlever le chien du sous-préfet. « On annonce l’arrivée de madame de Thèbes, de vingt-sept fakirs hindous, de quarante-troïis hodjas :
| turcs, de la confrérie des Aïssaouas, au grand complet, e. d’un mage esquimau, et de Papus. ; 2 ne. « Le boa du sorcier dahoméen a déjà découvert une foule de choses : dix-neuf poules, plusieurs dindons, oies et canards, quelques lapins. Il gonfle à vue d’œil. » « Horrible malheur : le professeur Pickmann a été entièrement dévoré par l’hyène. » 3 Ici s’arrêtent les dépêches de notre correspondant. Lam dernière nous inspira quelques doutes. L’hyène, animal plus lâche que féroce, a passé jusqu’à ce jour pour ne s’attaquer jamais à une proie vivante. Nous avons donc” été demander une consultation au Muséum. On nous y. a répondu : « Un tel événement est par malheur “4 ‘possible. Il y a au moins deux variétés d’hyène. La variété striata, la plus commune, est en effet relative- = | ment inoffensive. Mais celle dont vous nous parlez | appartient évidemment à la variété crocuta, qui a | conservé les habitudes et les traditions de son terrible | ancêtre des cavernes, et que le savant Schweïinfurth a À retrouvée dans son voyage de 1868 chez les Mombout-… tous. Cet animal est assez rare. Nous serions heureux d’avoir son squelette et sa peau. » à Actuellement, du reste, la nouvelle est officiellement confirmée : le professeur Pickmann est mort victime de. son audacieuse tentative de police ésotérique. La situation ensuite a été en s’aggravant.-Elle a fait l’objet d’un $ rapport reçu par le ministre de l’intérieur et dont voici : les termes : 723 « L’accumulation des mages noirs et de toutes les *
couleurs, ainsi que de tous les sexes, et d’animaux à féroces lâchés en liberté sur une superficie assez large À
- du territoire français, constitue un danger publie. Ces : “4 mages se livrent, dans les bourgs et dans les campagnes, à À à des combats individuels qui dégénéreront bientôt en D batailles rangées. Enfin, il nous paraît presque inutile, RAS monsieur le ministre, de porter à votre considération SE qu’on ne saurait, sans inconvénient pour la dignité de RS: la magistrature, et en particulier pour celle des juges s d’instruction, charger du soin des enquêtes judiciaires “ des animaux plus ou moins sauvages, non assermentés, É a et qui n’ont aucune teinture appréciable de droit cri- 2e #3 ‘
l’Empereur FES M. Jacques Lebaudy vient de se ‘ proclamer empereur du Sahara. les journaux, août 1905 - 4
Avertissement de la direction du Temps. — Nous sommes malheureusement obligés de prévenir notre public que l’En Passant qu’on va lire n’est pas de M. Pierre Mille, bien que, d’une manière, hélas, tout à fait directe, il y soit ques- 3 | tion de lui. Nous ne savons même pas si ce collaborateur, qui jusqu’à présent nous avait paru si accommodant, voudra M continuer d’écrire dans ce journal. Il se targue, en effet, de A son nouveau titre pour exiger de notre caissier des sommes M excessives, et va jusqu’à prétendre que ce titre lui donne le droit de contracter des emprunts. Nous laissons maintenant la parole à l’un de nos reporters qui est allé l’interviewer: | La nouvelle tient en une ligne, mais elle est fou-M s droyante. Notre collaborateur Pierre Mille vient de se proclamer empereur du Touât, roi du Hoggar et du Baghirmi, grand-duc du Djouf, de l’Ouarran et du ; Méraïa, prince souverain des Déserts. C’est du moins Es ainsi qu’était signée la lettre par laquelle il daigna nous informer du cérémonial que doivent observer à l’avenir les garçons de bureau qui viendront lui demander sa m copie, et ceux de ses confrères qui voudront lui sou- - mettre humblement une observation. de
| Dès ce matin, à la première heure, nous nous sommes : 1 il | rendu chez lui. Hâtons-nous de le dire, il nous a reçu Ta avec la dignité la plus affable. Il y avait de la race FAR à dans la façon dont il nous a lui-même ouvert sa porte. 7.748 Et comme un homme qui devra maintenant traiter 1 Fe: chaque jour les plus grandes affaires, il entra tout de ni: suite dans le vif de la question. 4 — Et pourquoi, nous dit-il, ne serais-je pas empereur de. du Touût, alors que M. Jacques Lebaudy est empereur 4 du Sahara? Le Touât est à moi, puisque je vous le dis. ÿ 4 Et vous voyez que mes conquêtes ont été rapides : S CS 4 depuis hier j’ai annexé à cet empire le Baghirmi, ps “#4 l’Adrar, et d’autres pays dont j’ai déjà oublié les roms. Een. Mais ils existent, soyez-en sûr, ils sont sur la carte. Et ; Ta à cela les distingue du château de Marcotte. LE 4 — Vous n’aviez pas parlé d’abord de l’Adrar, obser- 10 vâmes-nous timidement. 244 — Je n’en avais pas parlé? fit le souverain — et son At Ÿ œil jeta un éclair impérieux qui nous fit comprendre le de sn en parle. J’ai annexé l’Adrar, tenez-vous-le pour dit. ’ 4 Ge n’est pas vous qui m’en empêcherez. ER “1 Ça c’était vrai. Le nouvel empereur du Touât s’éleva Le LE % ensuite contre la perfidie des personnes qui prétendent 0 que le Touât appartient au gouverneur de l’Algérie. de 4 — Ce qui démontre qu’il west pas à M. Jonnart, nous MR dit-il, c’est que ce député y a reçu des coups de fusil : no E n’est-ce point là une preuve que la population ne veut ” fl pas de lui? Tandis que cette population n’a jamais rien à fait contre moi. On me reproche d’avoir constitué mon ‘à empire avant que celui-ci ait été reconnu par les grandes l puissances. Ce n’est pas sérieux! Voyez le prince de : 4
| Bulgarie. Il a régné je ne sais combien d’années, avant : d’être reconnu par les puissances. Est-ce que ça lui a
jamais nui, même auprès des femmes? » Avouons-le : nous fûmes touché par la valeur de cet . argument historique. Tout cet ensemble de raisonne-… ; ments était d’ailleurs d’une logique à laquelle il était impossible de ne pas rendre hommage. Et puis, n’est-C@ pas la mode à Paris, en ce moment, de croire, sans 1 hésiter, les choses les plus invraisemblables; paru exemple, que les Crawford vont arriver ? Pourquoi ne | croirions-nous pas que Pierre Mille est empereur du Touât. Ce n’est pas plus diflicile ! | — Avez-vous songé, demandâmes-nous à Sa Majesté, à organiser l’instruction publique dans vos États.
— Parfaitement, nous répondit-il. J’emmènerai Combes. Mais pourquoi ne vous communiquerais-je pas le premier manifeste que j’ai adressé à mes sujets. Ce serait beaucoup plus simple.
Voici cette pièce intéressante :
ARTICLE PREMIER. — Promulgation est faite, pour # toute l’étendue de l’empire du Touât, de la Déclaration {a des Droits de l’Homme. Il y en a une de 1789, une. à
de 9x et une de 93, mais ça ne fait rien. Prenez celles que vous voudrez. Nul ne pourra être poursuivi à raison de ses opinions politiques ou religieuses. En conséquence, toute allusion à l’existence de Dieu sera punie de mort.
ARTICLE 2. — Peuples, respectez la propriété individuelle! Que la propriété individuelle vous soit sacrée,
à comme elle l’est à votre Empereur. Votre Empereur se réserve seulement le droit exclusif de fabriquer le
tabac, les allumettes, et par analogie directe, tout | ce qui brûle, c’est-à-dire le pétrole, l’alcool, les bou- | _gies, le charbon de bois et le charbon de terre, qu’il 4 tirera lui-même des mines. Et puisqu’on brûle du * L charbon de terre dans les locomotives, il est évident AR que les chemins de fer doivent également appartenir à a: l’Empire. Ë i ARTICLE 3. — Nous voulons que l’Empire soit pro- é spère au dedans, fort et respecté au dehors. En vertu 4 de ce principe nous décidons qu’il ne sera constitué ? aucune espèce d’armée permanente, mais seulement des 4 milices. Chaque citoyen sera tenu d’accomplir un ser- R: vice de trois semaines tous les sept ans. Les citoyens ou 5 : recommandés par leurs députés seront tous exemptés, #4 cela va de soi. 30 Le port d’armes est supprimé. : Le demi-tour par principes est supprimé. On fera demi- 4 tour comme on voudra. 1 ‘ ë Les officiers sont supprimés. RER L’uniforme est supprimé. 5 En temps de guerre, à l’arrivée de l’ennemi, les troupes 4 exécuteront la consigne en cas d’alerte, qui est de s’es- | À ARTICLE 4. — La liberté de la presse est absolue. k 63 Mais le gouvernement se réserve le droit de subven- 0 { tionner, sur ses fonds secrets, une presse d’opposition, Re chargée de l’accuser, en termes injurieux, de crimes AUS | tellement idiots qu’il pourra perpétrer ensuite toutes les. Msottises qu’il voudra, sans que personne s’en aperçoive dou du moins s’en indigne. ARTICLE 5. — Il sera procédé, au suffrage universel, !
| est ile 1 Î
Pe à l’élection d’une Chambre des. d épu tés et d in Sénat. se L’objet principal du régime parlementaire étant de faire è Por 4 contrôler les dépenses de l’État par les contribuabl > te ai = les députés s’efforceront d’augmenter, chaque année, les re charges du pays. Ceux qui auront le mieux réuss pas-
co _ seront ministres. J’TE
ie _ AnTicce 6.— Tous les citoyens du Touât devront êlre fonctionnaires, afin que le gouvernement puisse être RE : assuré de leur fidélité au régime. SF FRE MAS ARTICLE 7. — La capitale de notre Empire portera le PRET nom sacré de Néphélococcygie. Les séances d’été de la | ne ei Cour de La Haye auront lieu dans ses murs. so ARTICLE 8. — La guerre est déclarée par nous, empeTASER AE 25 DRE _ reur du Touût, à Jacques Lebaudy, empereur du Sahara. L . Sept hommes seront mobilisés. F2 Fait en notre Palais-Palace-Konak-Sérai de Néphélo- | PT A Le 20 Dante 119 du calendrier positiviste. Late
} Nous allons les rendre fous ROME x : Le roi Sisowath, successeur de RÈRE | les journaux, 1906 PO L’histoire que je vais vous raconter se passe avant, La _ pendant et après. Entendez qu’il y en a une partiequi __ est arrivée, une partie qui est en train d’arriver, et une RES 4 autre qui arrivera. Croyez-le puisque je vous le dis; Éont : _ c’est le plus sûr. re De .__ Il y avait une fois un roi et plusieurs reines. Leroi rs _ s’appelait Sisowath. Les reines, je ne sais pas, et il n’en AO. : _ sera plus question. Et Sisowath s’appelait aussi Brah ee Pad, « les pieds sacrés »; Paramanatha, « le suprême NOR ! _ refuge »; Paramapavitra, « l’ultime purification ». Tous ii Be _ ses noms étaient écrits sur des lames d’or. Avant d’être. 2 js F4 _ nommé, par les brahmes très purs, Kambudjadhipati, RS AE c’est-à-dire souverain seigneur du Cambodge, il avait Hit Ut mis un costume de bain, d’ailleurs élégant, pour rece voir l’eau lustrale. On ne pouvait lui parler qu’accroupi _ sur les genoux et les coudes, les mains jointes à hauteur … | du front, et frappant de ce front la terre, trois fois au 24 début de l’audience, et trois fois à la fin. Mais c’étaitun 5 | très pauvre homme. ARE TRES
Les mantri, qui sont les ministres, les amrat, qui sont
les conseillers, les eriddha, qui sont les anciens, avaient . $ dit à son prédécesseur : &« O toi qui es élevé parmi les | hommes, et qui pour cette cause t’appelles Norodôm! À Encore un peu de temps, et tu ne seras plus rien du # tout. Ton royaume sera mangé par les Siamoiïs, par les 5 Annamites, ou par les Français. Choisis donc. Les pu Siamois t’empaleront, car ils ont conservé les bons 4 usages de l’Inde, patrie de tes ancêtres. Les Annamites | te feront boire un mélange d’opium et de vinaigre, à la mode chinoise, el tu mourras dans les coliques. Avec | les Français, il y a un peu plus d’espoir; car ils ne savent jamais ce qu’ils font, feront, et même ont .
Voilà comment le Cambodge fut placé sous le protectorat de la République française. De son royaume, le roi Norodôm conserva un éléphant blanc, un palais, une barque extrêmement dorée, et des danseuses. Pour le reste, moins que rien, dans l’intérêt de la civilisation. Vous verrez tout à l’heure ce qu’était ce moins que rien. Durant tout son règne, étant un homme sage, il se fit porter malade, et atteignit de la sorte un âge avancé. Mais les maladies les plus conservatrices ont une fin; | il mourut donc.
Son frère Sisowath lui succéda. Il prit un baïn, suivant les rites. Après quoi, les Français l’avertirent que sa présence était requise à l’exposition coloniale de Marseille. Il leur répondit poliment que leurs désirs étaient des ordres. Il était fort inquiet sur les suites de son voyage.
La traversée dura près d’un mois. Le navire passa |
non loin de trois rochers, qui sont le Taureau, la Vache et le Veau, et indiquent aux navigateurs la route qu’il * #2 faut suivre aux abords de la Corse. Peu après, on vit fi Marseille. Le cœur de Sisowath devint douloureux ! dans sa poitrine. 4 On lui avait donné, pour l’accompagner, un blanc :. qui savait. Il alla trouver le blanc-qui-savait, et lui Français qu’au Cambodge, et déjà au Cambodge, ma F Situation était diflicile. Mes sujets, vous ne l’ignorez Ë | pas, doivent se prosterner sur mon passage. Or, non hi seulement les blancs s’abstenaient de se prosterner, n mais ils ne me saluaient même pas. J’en étais quitte, À lorsque je rencontrais, dans les rues de Pnom-Penh, un a ferblantier européen, pour détourner les yeux, et affec- ee ter de ne l’avoir pas vu. Mais quand je serai en France, Ë # ! où je suppose qu’il y a beaucoup plus de ferblantiers, $ 5 pourrai-je continuer à les ignorer ? 4 — Sire, répondit le blanc-qui-savait, cela s’arran- E: | — D’ailleurs, je vous avoue, continua le roi Sisowath, Ton {que c’est là le moindre de mes soucis. Tout va bien, ï, | ourvu que je vive. Mais j’ai justement là-dessus quel- 6} fques inquiétudes. On m’a juré, quand j’ai quitté mon D fcoyaume, que M. Fallières ne me faisait pas venir pour % n’étrangler. Je veux bien le croire. Mais la chaîne à À Jaquelle on m’attachera sera-t-elle bien lourde? ‘ : À Le blanc-qui-savait affirma qu’il ne saisissait pas la Portée de cette question. En quoi il altérait la vérité. ‘ | — Quand mon prédécesseur le roi Norodôm, continua î a Majesté, avait ses nerfs, un résident supérieur du |
Cambodge, il »y a pas bien longtemps; avait coutume pour le calmer de Jui faire mettre aux pieds, aux mains à et jusqu’au milieu du Corps; des fers très pesants que des anneaux d’acier unissaient étroitement à lune des colonnes du sacré. palais. Promettez-moi qu’on me décrochera au moins pendant la nuit : j’aime de
Le blanc-qui-savail lui jura quon n€ ‘attacherai ] qu’avec des chaînes de fleurs. Sisowath demeura scep=.
__ Pouvez-vous Me dire, interrogea-t-il, par qui je serai reçu à mon débarquement ? |
par un délégué du. ministre des colonies, je sup-| pose; mais principalement par le préfet. ) — Et qu’est-ce qu’un préfet ? demanda le pauvre — Par leurs fonctions administratives, les appointe: ments qu’ils reçoivent, la retraite qui les attend, les préfets peuvent étre assimilés à des résidents supé- _- En verrai-je beaucoup ? demanda Sisowath ave!
é __ En ce cas, il s’en trouvera certainement un pou me charger de fers. Sur quatre résidents supérieurs; en est toujours un qui considère comme indispensabl
k de charger de fers le roi du Cambodge. Le navire franchit Pomègue et Ratonneau, et bient | fut dans le port. Le roi Sisowath, assez inquiet, dé cendit les premières marches de échelle qui le dev
- conduire du pont Sur le quai. Ce quai était noir
| monde. Dix mille personnes, le chapeau à la main, | } _ saluaïent, saluaient, saluaient. Et l’envoyé du ministre h ! saluait. Et le préfet saluait. Et les pavillons saluaient. RS _ C’était la salutation universelle, So FEV il — À qui donc adresse-t-on ces hommages ? demanda * 2
— À vous, sire! répondit un conseiller municipal > 3 14 Tout le peuple clamait : « Vive le roil » Salt We” mt
-_ Majesté Sisowath ne parle que le français des colonies. si f
— C’est épatant! ; LL On le mena tout de go visiter l’Exposition. Le côté & D. _ économique ne l’intéressa que fort peu. Mais il fut par- : 4 . ticulièrement frappé du succès personnel obtenu parses sujets cambodgiens, ses vieux adversaires les Anna- a EL: mites, et même les nègres du Soudan. Les dames MB. paraissaient en raffoler. Un Annamite avait passé son LA nl petit dsigt dans celui d’une demoiselle, et celle-ci se sé M Jaissait mener au hasard, comme une chatte affamée it
- suit le boucher dans la rue. Un Arabe en serrait une de Hi: _ autre dans les plis de son burnous sale, et il disait : RAT . @& Taïba! » d’un air concupiscent. Enfin, Mahmadou Fe promenait fièrement un harem de trois femmes blan- F4 ches, qui était bien à lui, et qu’il n’avait point payé. ie 14 Le soir, on conduisit le roi Sisowath au théâtre, pour NPA | |
un gala. Chacun s’inclinait fort bas devant lui. Mais on = s’inclinait tout aussi bas devant quatre sous-chefs de * 0 canton, venus de Cochinchine, pauvres gens dont la F0 principale fonction, là-bas, en vertu du principe de la : Ent
_ responsabilité collective, est de faire les mois de prison PA fi
- encourus par leurs administrés; mais ils ont pour se consoler une ceinture rouge, à glands d’or. Et l’un d’eux, se tournant vers un Français des colonies, lui dit avec
k une humilité pleine de mépris, en scandant chaque partie
des mots, comme font ces peuples dont la propre langue
est monosyllabique : .
—Ïls-nous-pren-nent-pour-des-prin-ces.- Ces-gens-sont:
très-i-gno-rants ! ;
Mais le roi Sisowath prenait goût aux honneurs.
< Et il ne comprit pas la sagesse du disciple de î Quelques mois plus tard, le résident supérieur du | « Monsieur le gouverneur général,
« J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que |
Sa Majesté le roi Sisowath vient de se plaindre, par | une lettre personnelle adressée à son cousin le président
; de la République, de ma conduite à son égard. Il dit | que, étant donné la façon particulièrement honorable © dont on l’a reçu, — le traitant partout en souverain et d’égal à égal, — il est certain que je méconnais mes { ordres; car je persiste à l’empêcher de percevoir luimême, et de garder pour ses besoins personnels, le montant des impôts; de vendre celles de ses femmes qui ont cessé de lui plaire, et de rendre la justice à sa
« Je dois de plus vous signaler, monsieur le gouver- | neur général, que les indigènes revenus de l’Exposition ; de Marseille sont ici une cause de trouble et de démo- |
ralisation. Ils racontent sur les dames européennes, À a dont ils n’ont pas vu des échantillons avantageux, des . histoires qui sont de nature à compromettre le bon NA _ renom de la race supérieure, et affirment de plus NÉE qu’aucun Français n’obéissant jamais à aucun chef, FRS les Cambodgiens auraient bien tort de ne pas les ARS « Je ne saurais donc trop insister, monsieur le gou- LECS _verneur général, sur les inconvénients qu’il y aurait à _ laisser à l’avenir les sujets de notre protectorat venir en FES _ France : c’est la mort du prestige. » Le
_ On nous demande souvent de quoi se compose officiellement une collection complète des
À 2 date du premier octobre 1908, une Collection complète des cahiers se compose officiellement de :
A. — une collection complète de nos éditions -
B. — une collection complète de nos neuf
C. — un abonnement à 1a dixième série ;
D. — une inscription pour un exemplaire du k
Ces quatre éléments sont également indisbensables et nulle collection ne peut, dans le Sommerce de la librairie, être tenue pour ! zomplète si elle manque, en tout ou en partie, le l’un quelconque de ces quatre éléments.
À. — nos éditions antérieures sont énumérées
B. — nos neuf premières séries sont énumérées
C. — les conditions de l’abonnement à la ixième série, qui commence avec le présent ahier, sont énoncées ci-après ;
D. — les conditions de l’inscription pour un f“emplaire du Polyeucte ont été énoncées en Vte de ce cahier.
- Sous Le nom d’éditions antérieures, ou, plus complète-
. ment, d’éditions des cahiers antérieures à la fondation
… des cahiers, les catalogues et Les index des cahiers n’oni 3 Jamais cessé de porter un cerlain nombre, un très petit nombre d’éditions qui n’ont jamais cessé de faire partie intégrante de notre maison.
Écrits par les auteurs qui devaient devenir les au- : teurs des cahiers, imprimés par les imprimeurs qui 5 devaient devenir les imprimeurs des cahiers, gérés et administrés par le gérant qui devait devenir le fondateur et le gérant des cahiers, ces volumes et cette bro- : chure doivent être considérés non pas seulement comme un essai, comme une ébauche, comme une esquisse, Fe mais littéralement déjà comme une série antérieure de cahiers. Ces volumes et cette brochure sont à la vérité des cahiers antérieurs.
Dans les neuf volumes et brochure de nos cahiers ‘ antérieurs, nos cahiers ont publié :
Domremy; les batailles; Rouen… 10 »
Pierre DELOIRE. — de la cité socialiste… » 10 Prerre Baupouin. — Marcel, — premier dialogue de _ JÉRÔME ETJEAN THarAuD.—le Coltineur débile, 2 » _ Romain ROLLAND. — Aërt, — trois actes…
- Romain RozLanND. — les Loups, — trois actes ÉPUISÉ JEAN JauRËS. — Action Socialiste. — le Socialisme et l’Enseignement; le Socialisme et les Peuples. 3 50 Pour tous renseignements les plus complets sur ces (cahiers antérieurs, consulter notre catalogue ana- Ù
_ Dans les douze cahiers de leur première série, année scolaire 1900, nos cahiers ont publié : I-1. — Charles Péguy. — Lettre du Provincial; Ré- ponse au Provincial; le « Triomphe de la Répulique ». — L’affaire Liebknecht. — Avant la preBnrequinzaine 0.50… 02 prix Acluele TONY 1-2. — Du second Provincial. — Réponse provisoire. - — La ne un du congrès socialiste national. — Travail des enfants. — Quinzaine… prix actuel 12 » 1-3. — Pour et contre le socialisme. — La pe tion du congrès socialiste national. — Travail des ration du congrès socialiste national. — Travail des 1-5. — La Consultation internationale ouverte à La Petite République sur l’affaire Dreyfus et le cas MilTan ess eue coco DriX ACLUCL TUE 1-6. — Charles Péguy. — De la grippe. — La même Toujours de la grippe. — La dernière pose et la tenue du congrèés socialiste national. — Jérôme ET JEAN THARAUD. — la lumière… prix actuel 9 » La même Consultation internationale. — JÉRÔME ET Jean TarRAUD. — la lumière… prix actuel 8 » 1-9. — Charles Péguy. — Entre deux trains. — Rectifications. — Paul Lafargue. — Le Sociaiisme et les 1-10. — Communications. — Les Petits Teigneux. — Annonce. — Emile Vandervelde. — Socialisme et colso at see. PUIS — le Socialisme et les Intellectuels. — Comparaison. — La même Consultation internationale… ÉPUISÉ | D pronne qui étaient abonnées à la première série de nos cahiers ont recu pris l’année scolaire 1900, pour le prix de leur abonnement ordinaire, à leur date, généralement et régulièrement de quinzaine en quinzaine, les douze cahiers de cette première série énoncés ci-dessus. Pour tous renseignements les plus complets sur cette première série, consulter notre catalogue analytique sommaire.
__ Dans les seize cahiers de leur deuxième série, année _ scolaire 1900-1901, nos cahiers ont publié: » Il. — Charles Péguy. — Ajournement; Nouvelles . communications ; nos annonces, nos comptes rendus. — Ecole des Hautes Etudes Sociales … prix actuel 12 » -
IE3. — Charles Péguy. — Pour ma maison; Administration; Rectifications. — Jean Jaurès, — Le théâtre
1-4. — HuBERT LAGARDELLE. — les Intellectuels devant le socialisme. — l’amnistie et les socialistes ; |
I-5. — Charles Péguy. — Administration; pour : moi. — Contribution aux Preuves. — Lionel Landry.
I1-6. — Roman RoLLAnD. — Danton, — {rois actes ÉPUISÉ
I-7. — Charles Péguy. — Administration; Cassecou; librairie des caMérs. — Pour et contre Diderot. ÉPUISÉ
Il-9. — Charles Péguy. — Procès-verbaux; commen- : £ lectuels et socialisme. — André Bourgeois. — quatre FRE
I-11. — Charles Péguy. — Compte rendu de man- e dat, trois exemplaires sans couverture, prix actuel.. 12 » $ L
l’instituteur de village… prix actuel 12 »
I-13. — Charles Péguy. — Librairie des cahiers. —
Georges Sorel. — quelques mots sur Proudhon… 1 » ;
1-14. — Expulsion de Nicolas Paouli. — Léon Deshairs. — Hoecklin chez les Français. — Louise Lévi. — Congrès de Lyon. — Société des Universités Populaires. — Lionel Landry. — courrier de Chine. 1 »
1E15. — Mémoires et dossiers pour les libertés du personnel enseignant en France : Préface du gérant; :
— JInterpellation Lavertujon; — le cas Jaurès; —
Les ion qui élaient abonnées à la deuxième | série de nos cahiers ont reçu pendant toute l’année scolaire 1900-1901, pour le prix de leur abonnement ordinaire, à leur date, généralement et régulièrement de quinzaine en quinzaine, les seize cahiers de cette deuxième série énoncés ci-dessus. Pour tous renseigne-
- ments les plus complets sur cette deuxième série, consulter notre catalogue analytique sommaire.
34 Dans les ving’t-et-un cahiers de leur troisième série, … année scolaire 1901-1902, nos cahiers ont publié : | I-1. — Charles Péguy. — compte rendu de congrès. 1 » ÎIL-2. — CHrarLes GuiEysse. — Les Universités Populaires et le mouvement ouvrier… 1 » 2 ILI-3. — Grorces Sore. — De l’Église et de l’État, II-6. — JEAN HuGues. — la Grève. — trois actes… 1 » ILI-8. — BErNARD-LAZARE.— les Juifs en Roumanie. 2 » Il-10. — les Universités Populaires 1900-1901 Paris TIRE nee ma one r de sie se tele Na teee Ciel) Ill-11. — Romain RozLAnD.—le 14 Juillet, — action IU-15. — ANATOLE FRANCE. — Cahiers de la QuinH-16. — Charles Péguy. — les élections… 1 » ILl-17. — cahier de courriers. —Félicien Challaye. — impressions sur la vie japonaise. — Edmond Bernus.— la Russie vue de la Vistule. — Jean Deck. — courrier Hl-x9. — PIERRE Quiccarp. — Pour l’Arménie… 3 » Les personnes qui étaient abonnées à la troisième série de nos cahiers ont reçu pendant toute l’année scolaire 1901-1902, pour le prix de leur abonnement ordinaire, à leur date, généralement et régulièrement de | quinzaine en quinzaine, les vingt-et-un cahiers de cette | troisième série énoncés ci-dessus. Pour tous renseigne- . ments les plus complets sur cette troisième série, consulter notre catalogue analytique sommaire.
Dans les vingt-deux cahiers de leur quatrième série,
année scolaire 1902-1903, nos cahiers ont publié : :
IV-1. — ANATOLE FRANCE. — l’affaire Crainque- : |
IV-5. — Textes et commentaires. — Emile Zola… 2 » 4
IV-8. — René Salomé. — Monsieur Matou et les À
BirConslances de s4:fle: 2e des sun auarues Dern SACS 2 IDR n
IV-9. — almanach des cahiers pour l’an 1903… 1 » Fe
IV-10. — Romain RozLaAnp. — Vies des hommes pue
one el le socialisme… 00 ete r k
IV-12. — Vient de paraître. Henri Bergson. — In- :
troduction à la métaphysique, — concelusion… x » 2
IV-13. — cahier de courriers. — Félicien Challaye. ‘La
— poor sur Java. — François Dagen. — cour-
IV-14. — Roman RoLzLanD. — Le temps viendra. à
IV-16. — GABRIEL TRARIEUX. — les Vaincus. — 58
IV-18. — Affaire Dreyfus. — Cahiers de la Quin- 4
1V-20. — Affaire Dreyfus. — Cahiers de la Quin- <
1V-22. — Maurice KAuN.— courriers de Macédoine 2 » |
Les personnes qui étaient abonnées à la quatrième
série de nos cahiers ont reçu pendant toute l’année |
scolaire 1902-1903, ponr le prix de leur abonnement ;
ordinaire, à leur date “alement et régulièrement
de quinzaine en a” es vingt-deux cahiers de
cette quatrième nonces ci-dessus. Paur tous renseignements l° lets sur cette quatrième série,
| consulter nt:2 0e 1aio0e analytique sommaire.
- Dans les ving’t cahiers de leur cinquième série, année scolaire 1903-1904, nos cahiers ont publié :
V-1. — Henri DAGAN. — les massacres de Kichinef. 2 »
V-2. — Pauz Duruy.— la vie d’Évariste Galois .. 2 »
V-6. — Daniez Hazévy. — Histoire de quatre ans,
V-7. — Henri Michel.— Notes sur la Hollande et sur ; l’intimité. — Henri Lebeau, Jérôme et Jean Tharaud. —
V-9. — Roman RoLLaND. — Jean-Christophe. — la seule édition complète. — I. —l’aube.. prix actuel 5 »
V-10. — Roma RozLAnND. — Jean-Christophe, — la seule édition complète. — II. — le matin… 3 50
V-11. — M.M.MANGASARIAN. — Le monde sans Dieu » »
V-19. — Emize MoseLzy. — Jean des Brebis ou le
V-16. — le congrès de Dresde, — édilion GASTON nuls ee ouraee nue nait deco ne D
V-18. — Lours MÉNARD. — Prologue d’une Révo-
Les personnes qui étaient abonnées à la cinquième série de nos cahiers ont reçu pendant toute l’année scolaire 1903-1904, pour le prix de leur abonnement ordinaire, à leur date, généralement et régulièrement de quinzaine en quinzaine, les vingt cahiers de cette cinquième série énoncés ci-dessus. Pour tous renseignements les plus complets sur cette cinquième série, consulter notre catalogue analytique sommaire.
: Dans les dix-sept cahiers de leur sixième série, année … scolaire 1904-1905, nos cahiers ont publié : VI-r. — CnaRLes PéGuyx. — Texte sans commentaires. — Catalogue analytique sommaire, — 19001904, — de nos cinq premières séries… 5 » MR Vi-2. — ALexis BERTRAND. — L’égalité devant l’instruction, — crise de l’enseignement … 2 » VI-4. — Raou ALLIER. — L’enseignement pri- É maire des indigènes à Madagasoar… 3 50 VIS. — Roma RozcanD. — Jean-Christophe. — ; la seule édition complète. — III. — L’adolescent… 3 50 Vi-9. — Textes formant dossier. — La délation aux : VI-10. — BRENN. — Yves Madec professeur de colRe sans nee ne aigle ee ain o das ete 2 do RON VI-11. — Suarès. — La tragédie d”Elektre et Vi-13. — Tozsror. — l’Église et l’État; les événemPents aotuels en Russie .:..:.:…%..1:…100100D — la séparation des Eglises et de l’Etat… 6 » VI-15. — Enpy Marx. — La tragédie de Tristan | BU become ose veceu reste NON VI-16. — Roserr Dreyrus. — La vie et les prophéties du comte de Gobineau… KPUISÉ x VI-17. — PauL DEsysARDINs. — Catholicisme et oritique. Réflexions d’un profane sur l’affaire Loisy… 2 » Les personnes qui étaient abonnées à la sixième série de nos cahiers ont reçu pendant toute l’année scolaire 190/ 5, pour le prix de leur abonnement ordinaire, : à leur du°:, vénéralement et régulièrement de quinsaine vi qui les dix-sept cahiers de cette sixième série non l-ssus. e
Dans les dix-neuf cahiers de leur septième série, _ année scolaire 1905-1906, nos cahiers ont publié : tique du catalogue analytique sommaire et table analytique très sommaire de la sixième série… 1 » VIi-2. — Cnarres Ricaer. — La paix et la guerre 1 » VIL3. — CHarLes PÉGuy. — notre patrie … 1 » VII-7. — CHaRLes PÉGUY. — les suppliants parallèles. — FRANÇoIs PorcHé. — les suppliants… 2 » . l’enseignement supérieur en France. —1… 2 » : à l’enseignement supérieur en France. —Il… 3 » VII-15. — les cahiers d’Arnold Scherer … 2 » VII-16. — Prgrre Mizce, FÉLICIEN CHALLAYE. — les VII-17. — JEAN SCHLUMBERGER. — Heureux qui VII-18. — RomaIN RoLLAND. — Vies des hommes illustres. — la vie de Michel-Ange. — I.— la lutte.. Épuist Vil-19. — Emize Mosezzy. — les retours. — Les | Les personnes qui étaient abonnées à la septième série | de nos cahiers ont reçu pendant toute l’année scolaire 1905-1906, pour le prix de leur abonnement ordinaire, à leur date, généralement et régulièrement de quinzaine en quinzaine, les dix-neuf cahiers de cette
._. Dans les seise cahiers de leur huitième série, année _ scolaire 1906-1907, nos cahiers ont publié : : _ Vlll-r. — petit index alphabétique de nos éditions … antérieures et de nos sept premières séries (1900-1906), —table ne M très sommaire de notre septième : .. VIll-2. — Romain RoLLAND, — Vies des hommes s ; illustres. — la vie de Michel-Ange.—II.— l’abdication 3 » . l’histoireetàlasociologie danslestemps modernes 2 » VIII-4. — Romain RoLLAND.— Jean-Christophe, — » la seule édition complète. — IV. — la révolte. — 1. ; au parti intellectuel dans le monde moderne… 2 » : VULI-6. — Romain RoLLanD. — Jean-Christophe. — la seule édition complète. — IV. — la révolte. — 2. Shakespeare, — essai d’une interprétation en vers VILI-8. — JEAN BONNEROT. — le livre des livres, — | la seule édition complète. — IV. — la révolte. — 3. VIll-10. — Enmonp BERNUS. — Polonais et Prus- j siens, — de la résistance du peuple polonais aux : exactions de la germanisation prussienne. — I… 2 » Vili-12. — Epmonp BERNUS. — Polonais et Prussiens, — de la résistance du peuple polonais aux . exactions de la germanisation prussienne. — IL… 2 » VIIL-14. — EnMonp BERNUS. — Polonais et Prussiens, — de la résistance du peuple polonais aux exactions de la germanisation prussienne. — IIL… 2 » Ê Shakespeare, — essai d’une interprétation en vers M se mes d’odue edited de DOC VIIL-16. — GEORGES SOREL. — les préocoupations D physiques des HÉrRens modernes, — avantMiOD0s de Julien Benda 110. 700 RER Les personnes qui étaient abonnées à la huitième série de nos cahiers ont reçu pendant toute l’année scolaire 1906-1907, pour le prix de leur abonnement ordinaire, à leur date, généralement et régulièrement de quinzaine en quinzaine, les seize cahiers de cette huitième série énoncés ci-dessus.
| Dans les seize cahier huitième série, année | }
E scolaire 1906-1907, n hrs ont publié : 1]
VIlI-r. — petit index alphabé [ue de nos éditions 4
antérieures et de nos sept pre 1 séries /1900-1906), L ’ +
—table analytique très somme > de notre septième |
Vilt-2. — Roman RoLLa Vies des hommes ji
illustres. —la vie de Michel-Ang —Il.— labdication 3 » :
VILL-3. — Cirances Péauy. — de à situation faite à 14
Y’histoire et à la sociologie stemps modernes 2 » |
la seule édition complète. Ÿ - la révolte. — 1.
VIN-5, — Cuances PéGuy. — € la situation faite
au parti intellectuel dan onde moderne 2 » il
la seule édition complète. — - la révolte. — 2. ! É
— l’enlisement.… dei EE MOTOS 1
VIlL-7. — CnanLes-Marre GARNN.— les sonnets de
Shakespeare, — essai d’un rprétation en vers | {
VILL-S. — Jxan Boneror.— léivre des livres, — i
Vill-9. — Rowaix RoLLAND.=wan-Christophe, — | + LT by
siens, — de la ré aple polonaissaux î a! fau
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:s à la huitième série. ;
toute l’année scolaire =. À
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4 Il a été tiré de ce cahier treize exemplaires sur _ whatman ainsi distribués : L- premier exemplaire de souche, exemplaire du gérant; : 18 deuxième exemplaire de souche, exemplaire de l’ad- c A troisième exemplaire de souche, exemplaire de limF primeur ; 5 dix exemplaires d’abonnement; numérotés de I à 10 Pine Tous nos exemplaires sur whatman sont numérotés à la presse et imprimés au nom du souscripteur ; nos tirages d’exemplaires sur whaltman sont rigoureusement limités au nombre d’abonnements à chaque in_ stant souscrüs; nous ne vendons point d’exemplaires … © sur whatman en dehors de l’abonnement ; l’abonnement … sur whatman à cette dixième série est de deux cents francs pour tous pays. Les Cahiers de la Quinzaine sont composés à la main, en caractères fin dix-huitième siècle (Didot) de la fonderie Mayeur (Allainguillaume et compagnie successeurs), 217, rue du Montparnasse, à Paris, sixième
Ne. Pour savoir ce que sont les Cahiers de la Quinzaine, —. il sufiit d’envoyer un mandat de trois francs cinquante —…._ à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, . 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième un arrondissement. On recevra en spécimens six cahiers Pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières _ séries des cahiers, 1900-1904, envoyer un mandat de _ cinq francs à M. André Bourgeois, même adresse; on __ recevra en retour le catalogue analytique sommaire, 1900-1904, de nos cinq premières séries, premier cahier de la sixième série, un très fort cahier de XI1+408 _ pages très denses, in-18 grandjésus,marqué cinq francs. - _ Pour s’abonner à la neuvième série des cahiers, qui __ est la dernière série, envoyer en un mandat à © … M. André Bourgeois, méme adresse, le prix de l’abonnement; on recevra en retour les onze cahiers non _ épuisés de cette neuvième série. Pour s’abonner à la dixième série des cahiers, qui commence avec le présent cahier, envoyer en un mandat à M. André Bourgeois, même adresse, le prix de l’abonnement; on recevra le présent cahier, et de quinzaine en. _ quinzaine, à leur date, les cahiers à paraître de cette
D re-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. 4 Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men- suelles régulières et par des souscriptions extraordiFa naires; la souscription ne confère aucune autorité sur M la rédaction ni sur l’administration: ces fonctions “_ Nos Cahiers paraissent par séries; une série paraît . :4 dans le temps d’une année scolaire, d’une année …._ ouvrière, d’octobre-novembre à juin-juiliet; l’abonne- CRSPE … ment se prend pour une série. On peut souscrire cet abonnement à tout moment de l’année, mais l’abonnement ainsi souscrit est, de droit, … valable pour la série en cours. À Prix de l’abonnement, pour chaque série annuelle pendant le cours de cette série : : dinaire … ) Autres pays de l’Union postale uni- Abonnement sur whatman… deux cents francs Lee, pour tous pays % Les exemplaires sur whatman, tirage non réimposé, È … sont numérotés à la presse et imprimés au nom du … souscripteur; le tirage à part sur whatman a commencé de fonctionner au premier janvier 1906; les inscrip- a tions pour cet abonnement particulier sont reçues en tout temps et reçoivent un numéro d’ordre déterminé automatiquement par le rang même qu’elles occupent dans l’ordre de l’arrivée, les numéros les plus bas venant naturellement aux premières inscriptions; c’est ce numéro d’inscriplion qui devient automatiquement le … numéro du tirage réservé à chacun des souscripteurs ; Ré _ l’édition sur whatman est strictement limitée au