La carte au liseré vert
la carte au liséré ver
périodique paraissant tous les deux dimanches
: 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée
_ Quarante ans sont passés, el ce coin de la terre. MANU A
‘ : Le 14 août 1870, huit jours après la bataille de | Frœschwiller, un ordre de cabinet du roi de Prusse “ nommait le comte de Bismarck-Bohlen gouverneur : général de l’Alsace. Le 21, par une instruction adressée au chancelier, le roi déterminait les limites de ce gouf vernement : « le Haut-Rhin, le Bas-Rhin, et le nouveau
département de la Moselle, comprenant les arrondisse-
| ments de Metz, Thionville, Sarreguemines, Château- æ Salins et Sarrebourg ». Au mois de septembre, c’est-à-. dire pendant le bombardement de Strasbourg et plus | d’un mois avant la capitulation de Metz, une carte de ce gouvernement parut, qui avait été préparée à Berlin Ù par la division géographique et statistique de l’état- : major. Et, lorsque le 26 février 1871, les préliminaires é de paix furent signés à Versailles, c’est cette carte qui | servit de base à la fixation de la nouvelle frontière : le . tracé imposé par l’Allemagne était marqué en vert sur à ditions du présent traité ». (1) La carte du gouverne- à ment général conféré au comte de Bismarck-Bohlen en fl … août 1870, la carte au liséré vert de février 1871, ce fut …_ … l’Alsace-Lorraine. L’annexion que réalisait l’Allemagne ks - (x) Voir aux Annexes le texte des Préliminaires, article 1*.
\ la carte au liséré vert NPA à la fin de la guerre était exactement celle dont elle avait arrêté le plan au début. ; À Depuis lors, bientôt quarante ans auront passé. Des hommes qui ont agi et vécu ce temps, beaucoup sont ï morts. Les jeunes gens qui ont gardé au fond de leur | mémoire l’impression d’un passage de troupes, d’une installation d’ambulance, d’une nouvelle terrifiante reçue à dans un coin de province, se font déjà plus rares ou vieilliront demain. Pour nous-mêmes, pour tous ceux dont les yeux n’ont pas vu, mais qui, nés au lendemain de la grande désillusion, ont vibré de la douleur de | leurs aînés et senti naître, dans le récit du désastre, les : émotions par où pour la première fois ils sortaient de leur propre conscience et s’élevaient au sens d’une < conscience nationale, pour ceux-là aussi les années passent, et parfois, chez certains, pâlit le souvenir. Que reste-t-il, de tant de trisiesses, pour la génération qui nous pousse de l’épaule ? ; Sans doute, aux premiers matins pacifiques, des ruines mêmes s’éleva comme une fumée d’espoir; les bonnes volontés tendues par la lutte ne se relächèrent point, on fit d’amers retours sur le passé, on comprit que la défaite avait eu ses causes morales, l’ignorance des pasteurs, trop souvent présomptueuse, l’insouciance des troupeaux, volontiers accusatrice d’autrui; on se : promit de transmettre fidèlement le souvenir à ceux qui Ë viendraient, de faire d’eux des hommes sérieux, instruit, énergiques : ainsi, quelle que fût l’horreur du présent, on verrait sortir de soi, comme le souhaitait déjà le lointain Hector à son fils dans la mélancolie de la mort prochaine, une génération qui vaudrait mieux et peut- ; être serait plus heureuse. Mais les bonnes volontés,
7 même enthousiastes et sincères, ne sont pas la volonté, re la volonté grave, tenace, constante, qui ne perd jamais
- de vue, parmi les incidents multiples des existences _
- ” particulières, le but commun à atteindre. Hélas! il y | aurait fallu plus d’union, plus de confiance en soi, un désir plus jalousement préoccupé de son objet. L’union? : elle nous a toujours manqué. Quant à la confiance en soi, la guerre l’avait ébranlée, la vanité qu’on nous -_ reprochait s’était dissipée, repentante et contrite; à à force de vouloir être justes pour les autres, nous devenions injustes pour nous-mêmes, et la confiance nécessaire ne nous revint que par à-coups, aux heures F les crises, elle fut trop souvent verbale et d’attitude, Ÿ non point intime, profonde, qui veille comme la conscience, qui inspire et dirige l’action : un rappel sonore de « l’immanente justice », à la fin d’un discours _ croyait quitte envers le passé. Enfin. cette pauvre éloquence même balbutierait, aujourd’hui : d’autres : sujets sont plus à la mode, et celui-là devient aisément : suspect. Nous avons trop éparpillé notre générosité. Il ; y a, si je puis dire, des idées qui n’ont pas de chance : . elles arrivent au mauvais moment, gênées bientôt par ñ d’autres, qui grandissent autour d’elles, et contre elles : ù … bonheur social, paix universelle, nobles théories sans À . doute, mais dont s’autorisent certaines démarches que 4 des Français ne devraient pas faire, — et si belles, si 3 belles, qu’on regrette seulement que leur vogue soit née à quarante ou cinquante ans trop tard : après le fait -_ accompli, pour en rendre la révision plus difficile, et non avant, pour empêcher de l’accomplir. Et voilà
la carte au liséré vert comment les fils d”Hector ne sont pas plus heureux que leur père.
Il faudrait pourtant qu’ils fussent meilleurs. Les Allemands, si pareille mésaventure leur fût advenue, ne manqueraient pas de rappeler le passé, sans lassitude, ponctuellement, gravement, à toutes leurs générations d’écoliers et d’étudiants. Nous et les nôtres, nous
“ n’avons que trop de penchant aux souriantes nonchalances. S’ils sont d’une ignorance supérieure à la moyenne, les jeunes soldats qui, interrogés à leur arrivée à la caserne, répondent que Bismarck fut un général de Napoléon et que Strasbourg est un grand port de l’Amé- rique, d’autres, qui ont plus de flair et savent éviter les trop grosses maladresses, ne seraient pas beaucoup moins embarrassés si l’on poussait un peu l’interrogatoire : l’école primaire a bien rempli son office, maïs ils étaient trop jeunes, ils ont appris trop vite, et ils en sont sortis depuis trop longtemps, aussitôt pris par la tâche quotidienne, par le cabaret, par la bicyclette, par la réunion publique. Quant aux plus fortunés qui ont étudié dans les collèges et les lycées, ils y ont trouvé une tradition puissante : l’étude lente des époques lointaines, puis, lorsqu’arrive juillet, l’effervescence voisine des vacances, la trituration rapide en vue de quelque examen, les derniers feuillets d’un manuel fiévreusement tournés, laissant à peine dans les yeux le souvenir de quelques « têtes de chapitre », qui s’effaceront demaïin:.. Et après-demain, membres de la cité, ils er parleront d’un esprit léger, sans savoir, et ny penseront presque jamais.
De ces préoccupations est née l’idée de ce petit livre: Quelques-uns de ceux que leur origine attache à cette
; terre depuis près de quarante ans étrangère, éprouvent pour elle comme une tendresse d’exilés; ils y vivent par la pensée, le plus intimement qu’ils peuvent, se plaisent \ à l’étude des temps où ses destinées se confondaient avec celles de la France, suivent, aimants et parfois inquiets, l’âme de ceux qui ont grandi, parallèlement, mais de l’autre côté des Vosges. Me pardonnera-t-on, étant de ces fidèles, d’avoir pensé qu’une sorte de compendium de la question pouvait n’être pas inutile ? Rappelerl’histoire de deux provinces françaises qu’aucun signe ne marquait pour la séparation d’avec la France, montrer ce qu’était depuis longtemps à leur égard la _ volonté de l’Allemagne, dire comment se pratiqua lopération douloureuse, quels cas de conscience et d’intérêt se posèrent pour les diverses catégories de la population sacrifiée, comment l’Allemagne s’y prit pour : coudre ce lambeau de France à son Empire reconstitué, è et pourquoi la suture est toujours visible : voilà ce que ; j’ai voulu tenter, ambitieux de remplir de quelques pré- cisions les mots vagues dont on se contente facilement à propos d’une histoire qui n’est plus « actuelle ». Si je n’ai pu tout lire, ni tout dire — il y faudrait dix ans, et dix volumes —, je souhaite du moins qu’on reconnaisse à ce livre quelque mérite de clarté et de sincérité; qu’on
- partage un peu l’émotion que j’ai éprouvée à l’écrire; à et qu’à la faveur de cette communion de sentiment qui Ê incline à l’indulgence, on ne s’étonne pas si, passionné- ment attaché à la petite patrie orpheline de la grande, < J’ai tenu à m’acquitter d’une tâche que depuis longtemps je considérais comme un souvenir envers l’une, envers l’autre comme un devoir.
e. $ 1. — Avant qu’il n’y eût Alsace ni Lorraine 4 é ; Si inquiète que fût déjà l’existence des peuplades qui 4 | vivaient, avant l’ère chrétienne, sur le sol de la future ee Alsace et de la future Lorraine, — sans cesse occupées À à refouler un ennemi qui avait passé le Rhin ou à battre Se en retraite elles-mêmes en-deçà des Vosges, — on ne À saurait fonder sur leur histoire toute l’histoire à venir, É. et, assimilant complaisamment les uns aux Français,
- les autres aux Allemands d’aujourd’hui, étudier la situa- | tion de l’Alsace-Lorraine à la lumière trop vague de ce 3% passé trop lointain. À cet âge de la civilisation, ces
groupes d’hommes belliqueux, campés sur des terri- Û
‘+ toires mal définis, étaient naturellement, et sans qu’on 0 ait le droit d’en tirer des allusions à de plus modernes ET événements, en perpétuels combats contre ceux de l’est ‘#3 ou de l’ouest. On est donc bien tenté de passer au ER déluge… Mais, puisqu’aussi bien, dans cette question : souvent discutée, la discussion a remonté très haut 5 sans tenir toujours compte de la différence des époques, +4 il convient de noter du moins que ces premières popuLE lations étaient celtiques, qu’elles reçurent plus d’une ï LE fois, avant Jules César, le choc des envahisseurs d’auie $ delà du fleuve, et qu’un jour, pour être protégées contre
la carte au liséré vert So : le germain Arioviste, elles appelèrent à leur secours la . force et l’organisation romaines, — préludant ainsi à ce rôle éternel de pays-enclume entre deux civilisations, qui fera la triste unité de leur histoire. César vainqueur, la région correspondant à la Haute-Alsace fit partie ; de la Maxima Sequanorum, qui avait pour capitale Besançon; la Basse-Alsace, de la Germania Prima, $ 5 dont la capitale était Mayence; la Lorraine, de la Belgica Prima, dont la capitale était Trèves. De cette : domination de Rome les souvenirs ne manquent pas : quelques-unes des grandes routes d’aujourd’hui suivent encore la trace des routes romaines, et romaines sont nées plusieurs des villes du pays : Metz, Toul, Verdun, Strasbourg, Saverne. Au troisième siècle, le christianisme pénétra dans la région. Puis, les invasions germaniques reprirent : celles des Alamans surtout, qui, arrêtés un instant par l’empereur Julien, en 357, se heurtèrent plus tard aux Francs, déjà maîtres d’une ÿ partie de la Gaule, et, battus à Tolbiac en 496 par Clovis, finirent par reconnaître la suprématie de leurs adversaires (milieu du sixième siècle). A ce moment se dessine pour la première fois une sorte de différenciation : le plateau lorrain devient le centre : du royaume d’Austrasie, auquel se rattachait bien la plaine alsacienne, mais celle-ci, pendant environ un siècle (septième-huitième siècles), vécut sous l’autorité presque autonome d’une sorte de dynastie de chefs militaires : ce furent les ducs d’Alsace : le nom de la région physique ÿ (Æll-sass, qui voulait dire peut-être pays de l’Ill) (1) () Étymologie d’ailleurs très controversée, de nos jours surtout. Pour M. Chr. Pfister (Duc. mérov. d’Als., p. 6), le nom vient de Vexpression Alesacianes, (résidents à l’étranger », que les Alamans
…_ devenait celui d’une région politique : ducatus Alsatiæ, ÈS et, même après la disparition du duché, son souvenir ._ subsistant constitua une sorte de lien nominal entre les Dot domaines alsaciens épars et indépendants les uns des
18 Malgré cette première ébauche d’individualités difté- D rentes, l’histoire des deux pays se poursuivit, confondue, 4 longtemps encore, même dans la dislocation commenFe. Se: çante de l’Empire de Charlemagne. Au premier partage, 2e : à la mort de Louis le Pieux, l’aîné de ses fils, Lothaire, ee eut, pour héritage, outre l’Italie avec Rome et la Si dignité impériale, une longue bande de territoires qui : BE comprenait la Provence, la Bourgogne, les pays entre Le Meuse et Rhin, jusqu’à la mer du Nord, c’est-à-dire 65 l’Alsace aussi bien que la Lorraine; et, lorsqu’à la 28 mort de ce premier Lothaire, ce long territoire, interbr 4 2 1e » ne médiaire entre la France et l’Allemagne également en ss + formation, se divisa lui-même (855), l’aîné des fils eut 216 YItalie, toujours avec l’Empire qui, traditionnellement, LE en dépendait; le plus jeune, la Provence et la BourLS S ogne ; l’autre, Lothaire II, de la Bourgogne à la mer : EE ce fut le « royaume de Fothaire », Lothari regnum, Fe É d’où Loherreigne, et finalement, Lorraine ; mais cette BE Lorraine comprenait encore l’Alsace. (x
FR de la rive droite du Rhin auraient employée à l’égard de leurs LÉ compatriotes de la rive gauche, au cours de la domination de
Br ceux-ci sur l’Alsace avant Tolbiac. — Voir à la suite des Annexes ! Se Fr VIndex des ouvrages consultés.
} Dne à (1) C£. Prost, Lorr., p.xv. Dans le nouvel Etat se confondaient des LEONE pays aujourd’hui très divers pour nous : des parties de Suisse : le D: Valais, Genève, Berne, Bâle; la Bourgogne, l’Alsace, le Pala- “LES tinat cis-rhénan, la Lorraine, le Barrois, les Trois-Evêchés:; des “ ed s parties du Luxembourg, du Limbourg; Cologne, Trèves ; le HaiLEA _ naut, le Brabant, la Hollande, la Zélande.
la carte au liséré pert 5 Cependant les différences de l’avenir se dessinaient : dès 842, Louis le Germanique et Charles le Chauve, se promettant une aide mutuelle contre leur frère Lothaire, avaient employé deux langues dans l’échange de leurs serments : chacun avait juré dans la langue de l’autre, Charles le Chauve en langue germanique, Louis le Germanique en roman français (et le texte de la formule de Louis, connu sous le nom de Serment de Strasbourg, est précisément le plus ancien document qui existe de à notre langue française). Mais c’est seulement à partir succession, que la délimitation politique se précise : la
- partie alsacienne tombe aux mains de Louis le Germanique, et s’incorpore ainsi au Saint-Empire-Romain, tandis que Charles le Chauve, qui était plus particuliè- 6 rement le successeur français de Charlemagne, se fait couronner roi de Lorraine à Metz. Au reste, les rivalités entre les deux souverains brouillèrent rapidement la netteté de ce partage, de nouvelles contestations survinrent, et de nouveaux remaniements ; à la faveur de l’instabilité et du désordre, les forces locales grandissent; le duc Gislebert devient le vrai maître du pays lorrain, mais ne peut le rester effectivement que s’il lui vient des secours du dehors : il s’appuie sur l’ouest — la France — contre l’est — la Germanie, — la Germanie se venge en soumettant à son autorité duc et duché : la Lorraine, à son tour, faisait désormais partie du Saint-Empire. Pourtant, —et malgré les apparences, puisqu’à cinquante-cinq ans seulement de distance, le ducatus Alsaciæ et le Lotharit regrnum entraient tous deux dans le Saint Empire Romain Germanique, — la différenciation allait continuer, leurs destinées allaient se poursuivre distinctes,
- — Du Saint-Empire à la Révolution Cette entrée commune dans le Saint-Empire n’avait pas en effet le sens qu’on pourrait croire et que d’aucuns ont voulu lui donner. Le nom du Saint Empire Romain Germanique ne saurait autoriser des rappro-
- chements trop ingénieux : le Saint-Empire n’était pas l’Allemagne d’aujourd’hui. Il avait pour origine et fondement, non pas un territoire, non pas une nation, mais un titre que le transfert à Constantinople du siège de l’ancien Empire, au quatrième siècle, avait en réalité laissé vacant pour l’Europe occidentale. Né de la pensée de Charlemagne, qui le jour de Noël de l’an 800, en se laissant acclamer par le peuple de Rome et couronner par le pape, avait reconstitué à son profit la dignité d’Auguste et de ses successeurs, le SaintEmpire était Romain tout ensemble par le souvenir de à la tradition impériale et par le respect de la tradition chrétienne. Il n’était devenu, de plus, germanique, qu’en , 1 se transmettant, en fait, et quoique toujours électif en D principe, dans des princes allemands, représentants de la race des Carolingiens qui s’éteignait, mais auxquels m’avait point passé intact l’Empire du fondateur. Car la | succession de Charlemagne s’était dissoute en parcelles sans harmonie et sans lien; et le Saint Empire Romain Germanique, sans unité matérielle ni morale, n’était ; qu’une fédération où entraient, pour tout ou partie de
leurs domaines particuliers, des feudataires de rangs et El d’ordres très divers : rois et comtes, évêques et abbés, & villes. Et que d’être pour ainsi dire collègues dans ; l’Empire ne signifiait pas qu’on dût se développer sui- x vant une même loi et vivre une histoire commune, l’exemple de l’Alsace et de la Lorraine suflirait à le ï Si l’on veut se guider avec quelque clarté dans l’histoire touffue et mouvementée de ce pays, il convient de ne pas perdre de vue deux points importants : s« — d’abord, que l’unité de l’Alsace est fort récente, et que pendant longtemps elle n’exista guère que nominale- ; ment, par le souvenir de l’éphémère duché du septième siècle : dans cet extrême morcellement féodal qu’était l’Empire, l’Alsace, plus qu’aucune autre région peute être, fut un ensemble complexe d’éléments très divers, péniblement enchevêtrés les uns dans les autres, dépendant de maîtres différents et souvent hostiles, sans que nul d’entre eux puisse parler plus fort que les autres ou au nom de tous; — ensuite, que, longtemps aussi, l’influence, disputée chez elle parses voisins plus puissants, appartint aux uns ou aux autres, suivant que leur état d’organisation était plus ou moins avancé, plus ou moins È propre à lui assurer la sécurité : considérations d’ensemble qui sont plutôt, sans doute, une conséquence de létude de cette histoire, mais qu’il vaut mieux avoir ” présentes à l’esprit dès le début, pour éviter de se
- perdre dans le détail. è Dans les premiers temps de son union au Saint
- Empire Romain Germanique, elle ne fut pas négligée
à Ge par les empereurs, quand, pour des raisons de famille é antérieures à leur élévation à l’Empire, ils étaient plus
directement touchés par les affaires d’Alsace : ainsi
733 Frédéric Barberousse, un Hohenstauffen, dont la maï- | son, avant d’être impériale, gouvernait le duché de à Souabe, auquel se rattachait alors l’Alsace; ainsi Re Rodolphe de Habsbourg, dont les possessions patrimoF niales s’étendaient partie en Suisse, partie dans la Mais, du jour où les empereurs n’eurent plus de raison ë personnelle de s’intéresser à elle, où leur attention, au 3 contraire, dut se porter plutôt vers les provinces orien- : tales de l’Empire menacées par les Slaves et les à Hongrois, dès lors, sans protection contre les autres ni 4 contre elle-même, l’Alsace se divisa de plus en plus (1): î ce furent des guerres et des pilleries sans fin. L’évêque de Strasbourg, la ville de Strasbourg, le comte palatin, k Es le comte de Wurtemberg, la ville de Wissembourg, les Suisses, le comte de Lichtenberg, le seigneur de Féné- | trange, le duc de Lorraine y bataillent sans cesse aux Le” dépens de sa tranquillité. Ajoutez à cela les expéditions LE de tous ceux qui entrent en Alsace et contre lesquels É l’empereur ne vient pas protéger ce pays trop éloigné : RE les aventuriers d’Enguerrand de Coucy que tentaient { les fiefs autrichiens d’Alsace, les bandes d’Armagnacs ; chassés de France par Charles VII, puis d’autres Arma- à gnacs, sous la conduite du futur Louis XI, alors dauphin ; de France, appelés par l’empereur lui-même pour le He débarrasser des Suisses, puis les Bourguignons de à Charles le Téméraire, appelés pour les mêmes raisons,
la carte au liséré vert 3 et contre lesquels les villes s’unirent avec les Suisses et le duc de Lorraine — jusqu’à la défaite sous Nancy. Ajoutez enfin, pour mettre le comble aux difficultés au milieu desquelles le pays se débattait, les querelles religieuses récemment nées entre le catholicisme et la réforme — qui vont, on va le voir, déterminer toute la suite des destinées de l’Alsace.
La Réforme s’était répandue facilement dans plusieurs parties de l’Alsace, la région de Mulhouse, celle de Munster, la ville de Strasbourg surtout, qui, dès qu’elle | fut acquise au protestantisme, devint le refuge de beaucoup de protestants poursuivis en France. La question religieuse et la question politique étaient intimement mêlées. Les protestants allemands soutinrent les hugue-
nots français. Il y avait un ennemi commun, au point de vue politique et au point de vue religieux : la maison d’Autriche, dont la branche allemande et la branche espagnole poursuivaient ensemble la réalisation d’un double dessein : toute-puissance de l’Autriche et triomphe du catholicisme. Les protestants avaient, par l’édit de Nantes, acquis, en France, la liberté de leur culte : les protestants d’Allemagne recherchèrent l’appui de la France, et ainsi se forma, autour de la France, à la fin
de la guerre de Trente ans, pour des intérêts à la fois politiques et religieux, une coalition comprenant les petits États protestants d’Allemagne, la Hollande, la Suède, les Suisses. L’Alsace se trouvait en plein dans
la mêlée. Richelieu ne la perdait pas de vue, même s’il n’eut pas à son égard de dessein arrêté et quoique
la jolie légende ne soit sans doute qu’une légende : le cardinal accourant au lit de mort du Père Joseph, son Éminence grise, pour lui annoncer triomphalement : « Bri-
sach est à nous! » A diverses reprises, des petites : principautés (le comté de Hanau-Lichtenberg), des sous la garde des troupes françaises, ou suédoises à la solde du roi. Et en 1648, à la signature des traités de Westphalie, comme conséquence et en récompense de la protection accordée par le roi aux princes protess tants d’Allemagne, l’Empire céda l’Alsace à la France. Mais, on le sait, l’Alsace n’était pas à cette époque un tout compact. L’Empereur n’était pas le propriétaire absolu d’une province formant une unité territoriale | délimitée : il y possédait : 1° quelques terres héré- ditaires (surtout dans la Haute-Alsace, comme le comté : de Ferrette); 2° une sorte de haute administration, | exercée par sa « Préfecture » de Haguenau, sur les Munster, Kaysersberg, Turckheim), qui avaient acheté de lui le droit de ne dépendre que de lui, c’est-à-dire surtout d’elles-mêmes, sans avoir à craindre aucune suzeraineté plus proche et plus gênante que la sienne; 3° une simple suzeraineté féodale sur le reste : principautés seigneuriales ou ecclésiastiques, — seigneurie ) de Ribeaupierre, baronnie de Fleckenstein, évêché de J Strasbourg, républiques de Strasbourg et de Mulhouse, | terres dépendant de l’évêché de Spire, du comté de à Wurtemberg-Montbéliard, de la maison palatine, du 1 margrave de Bade, du duc de Lorraine. 4 Aussi les discussions en vue de la paix avaient-elles É été longues, subtiles et embrouillées, d’ailleurs sans conclusion nette sur ces points : que cédait exacte- \
| la carte au liséré vert Free ment l’empereur? étaient-ce des droits de suzeraineté? ï ou des territoires? que cédait-il comme chef de la maison d’Autriche? et que cédait-il comme représentant | de l’Empire? La confusion subsiste dans le texte des traités, où parfois l’empereur retient quand l’Autrichien cède, et vice versa. La solution la plus simple eût consisté à faire entrer le roi de France dans le SaintEmpire comme vassal de l’empereur pour l’Alsace, mais l’empereur craignait la puissance envahissante du roi, et il préféra couper ses liens avec l’Alsace, tout en ne : les coupant pas tout à fait. Un certain article 83 : Teneatur tamen Rex Christianissimus.. fit plus tard couler des flots de discussion. (1) Les articles précédents (33, 74, 79) avaient énuméré les possessions cédées au roi : Brisach, le landgraviat de Haute-Alsace, le landgraviat de Basse-Alsace, le Sundgau, la Préfecture des Dix villes libres, prononcé que cette cession était faite à la France sans aucune réserve, complète et perpé- tuelle ; que l’empereur renonçait, en ce qui concernait : cette cession, à l’interdiction générale d’aliéner les biens et droits de l’Empire. L’article 87 survient tout à coup, maintenant, pour les évêques de Strasbourg et de Bâle, la ville de Strasbourg, les Dix villes libres, etc., leur « liberté etimmédiateté envers le Saint-Empire Romain ». Avec cette finale qui remet les choses en l’état premier: Ita tamen ut. « De façon toutefois que rien ne soit considéré comme changé par la présente déclaration à tout le droit de souveraineté suprême concédé plus Quoiqu’il y eût, à n’en pouvoir douter, cession, l’en-
| chevêtrement de ces clauses les rendait parfois contradictoires. S’il s’agissait d’un chant homérique, on serait tenté de chercher les interpolations, les passages tombés, déplacés, mal replacés.. Était-ce lassitude | de négociations trop longues? stratagème impérial | pour donner et retenir à la fois? finesses de diplo- | mates, qui empêcheraient l’émotion des esprits indé- : pendants d’Alsace, toujours prompts à l’inquiétude ? Peut-être y avait-il aussi, en ce temps où batailles et traités étaient la grande raison d’être des princes, une intention réciproque, mais inavouée, et qui courait implicite entre les paragraphes, de laisser la porte | ouverte aux revendications, de ne limiter définitivement ni la France pour l’Allemagne, ni l’Allemagne pour la France. Et mieux encore y saisirait-on comme un à symbole de cette différence des temps, que les théori- | ciens allemands se plaisent à ne pas voir : aujourd’hui | encore, il peut y avoir dans un traité des interstices | dangereux, capables de tenter plus tard les processifs de la diplomatie et les agressifs des armées, mais on s n’y trouverait sans doute pas un pareil exemple de | confusion dans les objets immédiats de la transaction : les États modernes, plus jaloux de leur individualité, | n’empiètent pas légalement les uns sur les autres. Toujours est-il que si les traités de Westphalie, avec | leurs tfamen et leurs ia, ne déterminaient pas nettement | la situation définitive de l’Alsace, ils y marquaient du . moïns un acheminement décisif : la France, qui, dès | cette époque, vivait une sous une seule autorité, était | plus dégagée que l’Allemagne d’alors des subtilités du (Fe régime féodal, et fatalement (en dehors même des cessions provenant des biens personnels et familiaux
la carte au liséré vert de l’empereur) puisqu’elle avait la souveraineté sur le reste, elle posséderait bientôt le reste du territoire. D’ailleurs, l’incertitude où vacillait parfois, dans ces articles fameux, la lettre des traités de Westphalie, eut ; d’heureux effets sur la politique française. — D’abord, Louis XIV y prit une raison de se montrer tout ensemble plus tenace dans la poursuite de son œuvre et plus prudent dans le choix des moyens. Ainsi il savait les Alsa- : ciens attachés à leurs usages, et qu’on devait chez eux innover le moins possible ; d’autre part, il savait y établir 5 une cour de justice, comme dans toute province nou- : _vellement réunie : ce qui était, à la fois, la marque juri- ï dique de la prise de possession par le roi, et un moyen d’étendre sur les sujets nouveaux sa juridiction royale, un peu de l’esprit de la France et le bienfait de l’unité française. Il se servit donc d’une vieille institution autrichienne, la « Régence », établie à Ensisheïm, à laquelle il substitua un « Conseil Supérieur », qu’il transféra ensuite à Brisach, et dont il fit un instrument d’unification. — Ensuite, on peut dire que les « chambres de réunion » de 1677-1680 furent une conséquence des obscurités diplomatiques de 1648 : ce nom de Chambres de réunion désigna, on le sait, dans les Parlements de quelques villes frontières (Besançon, Metz), certaines de leurs chambres, existantes ou nouvellement créées, dont la fonction fut de préciser les | articles restés obscurs dans les derniers traités et de leur faire produire leur plein effet, de rechercher méthodiquement et de « réunir » au royaume tout ce qui se rattachait, en vertu des anciens titres féodaux ou de traités plus récents, aux territoires de leur res26 ;
__ Sort. (r) C’est ainsi qu’en outre de sa fonction normale F 3 de tribunal de dernier appel pour l’Alsace, le Conseil 3 Supérieur de Brisach eut aussi, à partir de 1680, sa ‘ 16 « chambre de réunion ». Le Il faut, ici encore, se reporter au temps : il n’y avait 1 point parité de civilisation politique entre la France et L l’Allemagne, et il était impossible qu’un pays, passant { alors de la Xleinstaaterei allemande, de l’Allemagne, È compliquée à l’infini, à la France une, ne participât point : bientôt, en sa constitution personnelle, si je püis dire,
de cette unité générale. Or, le traité de Nimègue (1679) ; venait justement de confirmer ceux de Westphalie en ce - qui concernait l’Alsace : non qu’il contint une disposition explicite à cet égard, mais par l’exclusion formellé de ‘% la clause que l’empereur voulait y faire insérer pour 3 rappeler ses droits. (2) L’arrêt du Conseil de Brisach du : 22 mars 1680, ne fut donc qu’une sorte de commentaire, . à fin d’unité, du traité de Nimègue ; il proclamait le : principe de la souveraineté absolue du roi dans la ; basse Alsace aussi bien que dans la haute, et, par voie de conséquence, il « réunissait » la dernière enclave, Strasbourg, capitale du pays, que les troupes impériales 4 avaient évacuée depuis la paix. < » Strasbourg, l’indépendante Strasbourg, avait eu déjà,
- lors des discussions de Westphalie, la maladresse Le: de se faire nommer dans l’article 87, se liant ainsi —_ aux autres États de l’Alsace: depuis, son habileté malheureuse ne s’était point corrigée : aimant à _ … louvoyer, dans le flux et le reflux des armées, de le () Cf. L. Lefébure, Drame de l’âme alsac., Corresp., p. 255.
la carte au liséré vert 5 celle dont elle craignait le plus à celle dont elle craignait le moins, elle avait paru fixer sa conduite en faveur des Impériaux (pendant la guerre « de Hollande »), au moment précis où Louis XIV tenait le plus, sinon à son appui, du moins à sa neutralité, et souvent elle avait refusé la traversée de son pont du Rhin aux troupes du roi tandis qu’elle l’accordait à celles de l’empereur. Aussi, lorsque, le 30 septembre 1681, Strasbourg, enveloppée par les troupes de Louvois, signa sa capitulation — qui lui conservait * d’ailleurs sa constitution, et sa liberté religieuse — ; lorsqu’en 1697, l’article 16 du traité de Ryswick consacra la cession pleine et entière à la France de la ville de Strasbourg avec toutes ses dépendances situées sur la rive gauche du Rhin, « et pour cet effet il a été | | trouvé bon de rayer la ville de Strasbourg de la matricule de l’Empire », (1) — c’était, sans doute, parce
- qu’ilavait fallu en finir avec les tergiversations irritantes .. du « Magistrat » (2) de Strasbourg, — c’était, plus encore, parce qu’étant données les prémisses juridiques et les circonstances historiques, une conclusion s’imposait : que Strasbourg, un jour ou l’autre, achèverait de se déta-
- cher de ce « vaste Empire sans homogénéité » (3) dont la séparait le Rhin, pour tomber dans l’unité française. (1) Cité par Glasson, Rôle polit., p. 30.
- Legrelle, Louis XIV et Strasb., p. 8-9 : « … un petit État, 3 placé, sans doute, sur les confins très vagues de l’Empire germanique, mais n’acceptant de vie commune avec lui qu’à sa conyenance et à ses heures…; sa prétention comme sa tradition était en somme de ne relever que de ses propres magistrats et de s’appuyer seulement en cas d’urgence absolue sur ce vaste Empire sans bornes et sans homogénéité, qui, dans cette partie surtout, s”émieltait depuis plusieurs siècles déjà en municipalités ou en seigneuries. »
__ L’Alsace faisait désormais partie du royaume de France. Ici comme ailleurs, le roi gouverna par ses
_. intendants; si l’œuvre à accomplir était délicate, le à Re choix des personnes fut heureux ; les agents du roi
ÿ: “ surent réorganiser le pays, y centraliser l’autorité,
-_ assimiler peu à peu l’Alsace à la France, sans lui ‘4 _ imposer une uniformité vexatoire et en respectant ses “ traditions. (1) Ce fut, en effet, l’habileté du régime } & . nouveau de satisfaire aux inconscientes aspirations de 3 VAlsace et de ne pas lui demander en échange le É - sacrifice de sa personnalité. A cause des égards que la situation même commandait au roi de France d’avoir o L. pour eux, l’esprit d’indépendance des Alsaciens n’avait “_ rien perdu au changement qui s’était produit dans
_ leurs destinées. Et ils n’en reconnaissaient que mieux
le bienfait de l’administration française, de la protec-
… tion toujours présente d’une puissance une et forte qui
- procurait à l’Alsace une sécurité depuis longtemps in- ‘
- connue, ranimait l’agriculture, favorisait la création
5e pays de poursuivre à son aise.un développement auquel … la Xleinstaaterei n’aurait sans doute pas de longtemps
offert d’aussi favorables conditions. ë
_ Aussi l’union tendit-elle à se faire avec les années _ plus étroite et plus intime. Au milieu du dix-huitième D siècle, pendant la guerre de la succession d’Autriche,
Be quand Louis XV arriva pour prendre la direction des
L…. opérations militaires et délivrer le pays de la terreur
Re. des Pandours, l’Alsace lui fit une réception triomphale.
eo En 1781, Strasbourg célébra par de grandes fêtes le
LA @) Cf. L. Lefébure, Drame de l’âme alsac. à
la carte au liséré vert
s’exprima alors en ces termes :
Tous les ordres et citoyens de la ville de Strasbourg | jouissant depuis cent ans sous la domination de la France d’une tranquillité et d’un bonheur inconnus à leurs ancêtres, ont marqué le désir unanime de témoigner publiquement leur reconnaissance et leur attachement. (1)
Au commencement de la Révolution (le 7 juillet 1789) les citoyens de Strasbourg firent présenter cette adresse à « Nos seigneurs les Etats généraux de France » :
Les citoyens de Strasbourg partagent à l’extrémité du pays l’allégresse générale sur la réunion des représentants de la Nation française de toutes les classes, rangs et dignités, en un seul faisceau qui réunit force et lumière. Nous et nos neveux, Messeigneurs, nous reposerons tranquillement à l’ombre de cet arbre majestueux qui va reprendre une vie nouvelle par les efforts combinés du bon père et des fils vertueux de la patrie. (2)
Discours qui n’étaient pas de pure forme. Il y entrait déjà quelque chose des sympathies sincères que le régime français avait peu’ à peu fait naître ; et plus d’un se rendait compte, comme ce bourgeois de Strashourg qui allait écrire l’histoire de sa ville, des raisons pour lesquelles l’union avec la France était le bonheur de
« Cette reddition à la France fut le bonheur de Strasbourg, » — dans le t. III de l’Histoire de Strasbourg, Neue caterländische
Geschichte der Stadt Strasburg, (5 vol. 1791-1801) par Jean Friese, Strasbourg, 1792 (cité dans Messager d’Als.-Lorr., 28 septembre
Er L’Alsace était prête pour la grande fusion nationale à que fut la Révolution.
S Je m’arrêterai moins longuement à l’histoire de la : Lorraine. D’abord, parce que de la Lorraine une partie : D seulement sera comprise dans le liséré vert de l’AlsaceVe Lorraine; ensuite, parce que l’Allemagne ne l’a jamais 52 revendiquée qu’en post-scriptum de la revendication de 202 l’Alsace, sentant bien que les apparences de raisons à dont elle prétendait justifier celle-ci, s’évanouiraient BEN encore plus vite quand la discussion les porterait sur : celle-là : s’il ne s’était jamais agi que de Metz, (1) de Châ- 4 teau-Salins, de Sarrebourg, les théoriciens auraient-ils 3 avec la même assurance parlé de langue, de mœurs et é de races communes”? Enfin, raison tirée de son histoire 3 même : la Lorraine s’est développée suivant un cours plus à simple, un peu moins embarrassé que l’Alsace de com- À plications territoriales et féodales. É
$ En effet, après la mort de Charlemagne, la dissolu5108 tion de la partie Lorraine ne s’était pas continuée à ] be, l’infini. Les grands officiers, dépositaires d’autorité, 4 avaient, on l’a vu, profité des troubles qui accompa- À É: gnèrent le morcellement de la succession impériale et la LA formation de la fédération germanique, pour se rendre “4 indépendants et, relativement, faire de l’unité. Le 3 désordre, ici, au lieu de se continuer en une poussière *# : () Qui d’ailleurs, il ne faut pas l’oublier, n’est pas proprement “a Lorraine, mais Trois-Evéchés ; enclavée dans la Lorraine,on a pris, 54 à tort, dans le langage courant, l’habitude de l’y incorporer.
la carte au liséré vert 3 de souverainetés, se coagula : au lieu de seigneuries multiples, éparses, domaines de principicules, morceaux de successions rattachés à quelque fief puissant d’Allemagne ou de France, le pays ne tarda pas à se diviser | en quelques organismes nouveaux, grâce à ces chefs | locaux qui surent les constituer autour d’eux : particulièrement le duc Rainier et son fils Gislebert (première moitié du dixième siècle), qui louvoyèrent sans cesse entre l’est et l’ouest au mieux de leurs propres
L’entrée de la région lorraine dans l’Empire ne changea pas le sens et, si je puis dire, la forme de ‘ son histoire. Le dixième siècle n’était pas achevé qu’une Lorraine se formait, déjà reconnaissable à nos yeux : | l’ancien royaume carolingien de Lorraine s’étant en effet séparé en deux tronçons, qui ne devaient plus jamais se rejoindre, l’un d’eux forma le duché de HauteLorraine ou Mosellane, qui comprenait essentiellement la région de la haute Moselle, Nancy, Toul, Verdun, Metz. (1) Puis (dixième-douzième siècles), d’une part, la dissolution territoriale continuant, d’autre part, les anciens « offices » se transformant en pouvoirs et pro-
: priétés héréditaires, de la Mosellane naquirent les cinq éléments, bientôt réduits à trois et même à deux, que l’on retrouve tout au long de l’histoire de cette région, ; jusqu’à leur absorption successive par la France : 1° et les comtés de Metz, de Toul et de Verdun : tous États particuliers sous la tutelle du Saint-Empire, mais qui,
(1) L’autre, Basse-Lorraine ou Lothier, s’étendait entre le Rhin au-dessous de la Moselle, et la mer.
04 français de langue et de coutume, desserrèrent insensiE “à blement les liens qui les rattachaient à lui. ‘28 Le duché de Lorraine, après avoir passé en diverses 4 -” mains, s’arrêta dans celles de Gérard d’Alsace, dont la ë lignée devait constituer la famille ducale moderne de “e Lorraine. Dès Philippe le Bel, quoiqu’ils fussent toujours % sous la tutelle du Saint-Empire, un rapport nouveau À relia, de l’autre côté, les successeurs de Gérard à la £ France : le roi de France, par son mariage, était comte 6 de Champagne, et le duc de Lorraine devient son vas- : sal pour le fief de Neufchâteau. Aussi voit-on des Lor-
- rains combattre à côté des Français du roi, aux journées E. de Courtrai, de Mons-en-Puelle, de Crécy. Aussi voit-on 4 les ducs se mêler aux querelles d’Orléans et de Bour- s 1 gogne. Et même, lorsque, d’alliances dangereuses en à _ intrusions hautaines, cette lutte de partis prit le carac- tère d’une guerre nationale contre l’étranger, il se É trouva que René d’Anjou, gendre du duc Charles Il de HE Lorraine, fit campagne contre les Anglais avec Jeanne il Ce René d’Anjou était héritier du comté de Bar. : Marié avec la fille de Charles II, qui n’avait pas de fils, LE il administra le duché au nom de sa femme après la ._ mort de son beau-père (1431). Lorraine et Bar étaient 3 donc réunis entre ses mains, et, sauf de courtes périodes, B: ne se désunirent plus. La dynastie angevine faillit d’ail- ‘ leurs être dangereuse au pays : chevaliers aventureux, … ces princes ne se plaisaient qu’aux tentatives de con_ quêtes lointaines. Heureusement, leurs absences lais-
- saient l’autorité à des régents plus pondérés, évêques
- ou seigneurs du pays, sous lesquels, pacifiquement, il se …—. développa. Enfin, leurs successeurs, branche cadette de
la carte au liséré vert la maison de Lorraine, firent progresser d’un grand -_ pas et l’unité des pays lorrains et leur indépendance à tendance française : René II, qui avait aflirmé énergiquement la personnalité de la Lorraine en brisant la fortune de Charles le Téméraire sous les murs de Nancy (1475), sut réunir sous son pouvoir ou celui des siens, non seulement le comté de Bar, mais encore les évêchés de Metz, de Toul, de Verdun, le comté de Blamont, Épinal, Sarrebourg, et consacrer l’union du Bar- . rois avec la Lorraine, en ordonnant pour l’avenir que le Barroïs passerait toujours à l’héritier de la Lorraine, sans en être jamais distrait au profit des cadets de la famille ducale. Et Antoine, successeur de René, obtint de la Diète de Nuremberg, en 1542, une déclaration ratifiée par Charles-Quint l’année suivante, en vertu de laquelle le duché de Lorraine, moyen- ; nant une contribution financière, fut libéré désormais de toute juridiction de la part du Saint-Empire : il est désormais duché indépendant, liber et non incorpo- Dans le même temps, Metz (avec Toul et Verdun : les Trois-Évéchés) se libérait aussi de l’Empire. De : © même que les ducs de Lorraine, les évêques de ces trois évêchés avaient tendu à l’indépendance, obtenant des privilèges sur les comtes, devenant à leur place les maîtres des cités. À Metz toutefois, plus qu’à Toul et à Verdun, leur pouvoir fut tenu en respect par une bourgeoisie ambitieuse et forte. Entre ces deux pouvoirs, un troisième, celui de l’empereur, apparaissait quelquefois, rarement. L’empereur possède bien, à Metz, à la fin du L . douzième siècle, le commandement et la juridiction : ban et justice; maïs il les délègue à l’évêque et il ne les
| reprend que dans les cas où il est de sa personne présent
à Metz. (1) Et l’on ne tenait pas à sa présence. A mesure qu’augmentait la méfiance à son égard, la tendance vers la France s’aflirmait. On aurait souhaité surtout la neutralité. Un moment vint où elle ne fut plus possible. Dans la grande lutte du seizième siècle entre les maisons de France et d’Autriche, les armées des deux adversaires parcouraient sans cesse et se disputaient le pays. Le roi de France avait pour alliés les princes de l’Empire, adversaires de l’empereur, qui, pour remercier Henri II de la protection accordée aux protestants du nord contre Charles-Quint, trouvèrent bon (traité de 1551) « que le roi Henri II s’impatronisät dans les villes qui ne sont pas de langue germanique » [Metz, Toul, Verdun] : « attendu, disaient-ils, que le roi très chrétien se porte envers nous Allemands en cette affaire, avec secours et aide, non seulement comme ami, mais comme père charitable, nous en aurons tout le temps de notre vie une reconnaissance éternelle ». (2) Les troupes du roi occupèrent Metz en 1552, et Charles- à Quint essaya en vain de la reprendre. Sortie de l’Empire et union avec la France furent consacrées en 1648 par les traités de Westphalie.
Le duché de Lorraine, lui, déclaré non incorporabilis, | n’avait pas aussitôt, comme Metz, changé d’incorporation : il restait Liber. Mais il se trouva, chaque jour davantage, mêlé à la politique française, — toujours, étant d’humeur indépendante, avec des alternatives de
() Cité par A. Sorel, Hist. diplom. de la guerre fr.-all., t. I,
__ la carte au liséré vert Le confiance et d’inquiétude : la main tendue, pour l’alliance, ou pour une bonne prise, puis qui se retient et se retire soudain, de peur d’être saisie jusqu’au poignet et trop serrée. Aïnsi le duc Charles III, gendre de Henri II, avait laissé le roi de France s’emparer des Trois-Évéchés, puis patronné la Ligue, jusqu’à ce que les Guises l’eussent détrompé dans son espoir de gagner le trône de France pour son fils. Ainsi Charles IV, qui passa son temps à combattre avec les ennemis de la France, à faire par traités des concessions au roi, et à quitter son duché, après chaque traité, pour n’avoir pas à l’exécuter : mais Louis XIV en profitait, ayant besoin de sécurité du côté de la Lorraine, pour y occuper des places, y mettre des garnisons, y faire rendre la justice en son nom, y installer son autorité ou son influence. Si bien qu’en 1697, lorsque le traité de Ryswick eut prononcé la restitution de la Lorraine
, et Bar à Léopold, fils de Charles; c’est en s’appuyant sur le prestige français que le ncuveau duc essaya de reconstituer son État lorrain : ordonnances de justice copiées sur celles de Louis XIV, —impôts du système français, avec les abus français, — dépenses de fêtes et de constructions, comme à Versailles, folles souvent, comme à Versailles. Du reste, il se montra docile à l’égard de la France : de Louis XIV, qu’il laissa mettre garnison à Nancy en 1702, — et, plus tard, de Louis XV, qui avait déclaré la Lorraine neutre,
mais envers qui Léopold s’engageait à laisser violer cette neutralité si des occasions de guerre l’exigeaiïent. De siècle en siècle, au fur et à mesure que se relä- chaïent ou se brisaient ses liens avec l’agrégat germanique, la Lorraine, qui avait absorbé Bar et réalisé
l’unité pour elle-même, tendait à son tour à se laisser absorber par la monarchie unitaire des rois de France : telle une rivière, grossie elle-même de ses ruisseaux, qui va se confondre, par une pente fatale, dans l’unité du grand fleuve.
Lorsqu’à la mort de Léopold, en 1729, la duchesse prit le gouvernement, en l’absence de leur fils, François IT, qui était élevé par songrand-père l’empereur Charles VI à la cour de Vienne pour devenir le mari de MarieThérèse, cette circonstance étrangère et lointaine précipita d’une dernière poussée les destins de la Lorraine vers la France. L’empereur venait en effet de s’engager dans la guerre de succession de Pologne; or, son candidat, Auguste de Saxe, ne devint roi de Pologne que sous réserve d’un dédommagement pour le roi détrôné,
- Stanislas Leczinzki, à qui l’on donna les États de François IIL (lequel recevrait comme compensation le duché de Toscane). C’est ainsi que Stanislas Leczinzki … devint duc de Lorraine et de Bar (1736), sa vie durant,
- à condition de laisser, après lui, les duchés à la cou- -_ ronne de France. C’est dire que, par anticipation, l’ad- … ministration devint française dès le règne de Stanislas;
- un peu rude parfois, dans son désir d’effacer les souve- : “_ nirs du passé, elle ne provoqua pourtant que des bonhomme, magnifique, Stanislas savait faire aimer le 1 régime nouveau. La capitale de ce souverain intérimaire, gérant royal pour le compte de son gendre — Louis XV, Nancy, devint une ville spacieuse et luxueuse, Ë d’un goût très français, — juste en même temps qu’à … Metzle lieutenant-gouverneur, de Belle-Isle, puis l’évêque k Coislin élevaient aussi d’admirables monuments : les
la carte au liséré vert deux villes voisines et sœurs recevaient simultanément, quoique sous des administrations différentes, l’ineffa- çable empreinte de l’art national.
A la mort de Stanislas (1766), le duché revint à la France, et les intendants n’eurent pas de peine à poursuivre l’œuvre d’assimilation : depuis longtemps, l’assimilation était faite dans les esprits, — et la Révolution approchait, qui allait la rendre définitive, visible à tous les yeux et consciente d’elle-même.
.
; ; 3. — Depuis la Révolution F On peut dire qu’à partir de ce moment l’histoire des … provinces françaises perd chaque jour de sa person- É nalité. Toutefois, à l’ouverture de la période révolution34 paire, les traces apparaissent encore de leurs passés a : particuliers. — Ainsi, à l’occasion de la convocation des Fi États-Généraux, on retrouve les souvenirs de l’Alsace 3 ancienne, respectés par la France : d’abord dans la Si forme, l’Alsace n’ayant pas de « baillis et sénéchaux ni d’épée », les fonctions attachées à leurs charges « Lors …_ des différentes tenues d’assemblées d’États-Généraux » Ni en France, furent confiées à trois « gentilshommes » spécialement désignés par le roi; ensuite, au fond, ce que nous appellerions les circonscriptions électorales furent en partie une conséquence du régime ancien : la ; » ville de Strasbourg et les « Dix villes impériales »
- eurent leurs places à part dans le décret relatif à l’élec_ ‘tion. La province d’Alsace avait été, quelques années
- plus tôt, en vue de l’institution de l’Assemblée provin- “8 ciale, divisée en six districts, et ces six districts, =. accolés deux par deux (Haguenau et Wissembourg, a . Colmar et Schlestadt, Belfort et Huningue) servirent de 4 … base aux élections de 1789. Le clergé et la noblesse de e, Strasbourg furent convoqués dans les districts de È … Haguenau et Wissembourg, le clergé et la noblesse des
la carte au liséré vert L
« Dix villes » « dans les districts dans lesquels chacune État, outre deux députés élus par le Tiers de Haguenau et Wissembourg, trois élus par le Tiers de Colmar et Schlestadt, trois élus par le Tiers de Belfort et Huningue, il y eut, pour Strasbourg, deux députés, et, pour les Dix villes, deux députés également, « députés du Tiers- État des Dix villes impériales d’Alsace ». (1) — Ainsi encore la situation des « princes possessionnés » : un certain nombre de princes d’empire (duc des DeuxPonts, duc de Wurtemberg, landgrave de HesseDarmstadt, margrave de Brandebourg, prince-évêque de Strasbourg, évêques de Spire, Cologne, Trèves, Bâle) possédaient de vastes domaines en Alsace, où ils exer- çaient encore quelques-uns de leurs anciens droits. féodaux; (2) et lorsque la Révolution française abolit, le 4 août, le régime féodal dans tout le royaume, les î l’empereur : ce fut même l’origine du conflit avec l’Autriche, et de la grande guerre contre-révolutionnaire.
Mais, « baïllis et sénéchaux d’épée », ou « gentilshommes » désignés par le roi pour les remplacer, « princes possessionnés » et ce qui subsistait en Alsace de leurs droits féodaux, la Révolution emporta tout. Si - ces princes n’envoyèrent pas de députés à la Constituante, les habitants des territoires possédés par eux en Alsace y eurent leurs représentants, et Merlin de
(@) Règlement du 7 février 1789, & fait par le roi pour l’exécution de ses lettres de convocation aux prochains Etats-Généraux dans sa province d’Alsace » publié par Rod.Reuss, Alsace pend. la Révol., : d Erp. Muret, Af. des princes possess., p. 1.
d Douai put dire, à l’Assemblée Nationale, le 28 octobre 1790, que le temps n’était plus, quoique proche encore,
? « où les rois, habiles à profiter du titre de pasteurs des peuples que leur donnent dans un autre sens les livres sacrés, disposaient en vrais propriétaires de ce qu’ils appelaient leurs troupeaux », que « le peuple alsacien a manifesté clairement, l’année dernière, le vœu d’être uni à la France », que « sa volonté seule a consommé ou légitimé l’union », et qu’il est devenu français « parce
: qu’il l’a bien voulu ». (1)
C’est alors qu’à l’occasion de la grande fête des gardes nationales d’Alsace, de Lorraine et de Franche-Comté réunies à Strasbourg, Frédéric de Dietrich, maire de la ville, reçut sur la plate-forme de la cathédrale et fit
_ dresser les premiers drapeaux tricolores déployés à Strasbourg, et que « ce spectacle vu des rives oppo- | sées du Rhin, dit le procès-verbal officiel, apprit à l’Allemagne que l’empire de la liberté était fondé en __ France ». (2) Dans le même temps, les gardes nationales de Metz — de Metz où bientôt « le patriotisme » | sera « une passion » (3) — envoyèrent à l’Assemblée Nationale une adresse par laquelle elles déclaraient | que « leur zèle pour la défense de la Constitution » ne | se borneraït pas « à l’enceinte de leur ville »; qu’elles faisaient « hommage à l’Assemblée d’un souvenir cher Ÿ à tous les cœurs messins, celui de l’ancienne consti- ; (1) Archives parlementaires, t. XX, p. 35 sqq. : Rapport de Merlin de Douai sur affaire des princes possessionnés. a (3) Lettre des commissaires envoyés par l’Assemblée Nationale g dans les départements de la Meuse, de la Moselle et des Ardennes (1° juillet 1592), citée par Larchey, Pays messin, dans Lorr., p. 25.
la carte au liséré vert tution dont leur cité a joui, constitution libre, répu-
blicaine, pendant laquelle les Messins ont contracté À des alliances avec de grands peuples et ont eu des souverains à leur solde »; « que la constitution nouvelle ne leur laisse rien à regretter dans l’ancienne existence de la République, et qu’au contraire leurs pères seraient sans doute jaloux de leur bonheur, s’il leur était possible de le contempler ». (x)
L’ « existence » nouvelle, ce serait, enfin, la suppression de tout ce qui restait encore des inégalités personnelles et des complexités territoriales d’autrefois : plus d’Alsace, plus de Lorraine, plus de « Dix villes impé- riales », plus de comté de Hanau-Lichtenberg, plus de seigneurie de Ferrette ou d’ailleurs, plus de prince-évêque, plus de petits souverains intermédiaires, ruineux, à demi étrangers, qui empêchaient parfois de voir la France : mais une organisation identique pour le pays tout entier, les « départements » remplaçant et unifiant le passé : tous les Français citoyens, non plus sujets; tous égaux, tous Français, de quelque province qu’ils fussent,
à quelque heure que leur province fût devenue française, tous unis, sans distinction d’origine, contre qui menacerait la commune patrie. Aussi, quand la menace gronda, de tous ces villages de Lorraine où les curés en chaire traduisaient l’Évangile en langage révolutionnaire, (2) de tous ces villages d’Alsace où résonnaient
(1) Procès-verbal de lPAssemblée Nationale, du 6 février 1590
(2) « Dans une paroisse des environs [de Longuyon] on a fait un service pour que Dieu déjoue les projets de ceux qui veulent ruiner la Constitution. Le curé a entonné le bon psaume. A chaque vers et les filles et les femmes ajoutèrent ce répons : Deposuit
_ avec un formidable accent de terroir les professions de E. . foi patriotique, des hommes partirent, qui furent les _ soldats de la Révolution, et ses généraux. On sait < comment ces Alsaciens et ces Lorrains voulurent, de É leur énergie et de leur sang, démontrer leur qualité de 4 Français : Kléber, Kellermann, de Strasbourg, Rapp,
de Colmar, Lefebvre, de Rouffach, Ney, de Sarrelouis,
< Custine, Lasalle, Richepanse, de Metz, Molitor, de : É - Hayange, Mouton, de Phalsbourg, Éblé, de Saint-Jean- ÿ de-Rohrbach; — et qu’à Strasbourg, chez le maire _ Dietrich, fut chantée pour la première fois la HMar_ seillaise. Depuis lors il n’y eut dans l’état de l’ancienne Alsace ” et de l’ancienne Lorraine que quelques modifications Le territoriales, conséquences de la Révolution même …_ (Mulhouse, petite république suisse enclavée dans le …._ territoire français, entravée dans son développement “ par une barrière de douanes très sévère, demanda en
-
1798 son incorporation à la France) ou des guerres et É traités de l’ère révolutionnaire et impériale (1814 : perte … de l’arrondissement de Délémont et d’une partie de celui
-
de Porrentruy dans le Haut-Rhin, du canton de Dahn et … d’une partie de celui de Landau dans le Bas-Rhin; … 1815 : perte de Landau, Sarrelouis, Philippeville, Ma- -_ rienbourg). Prélèvements de territoire préjudiciables, … potentes de sede et exaltavit humiles. Les hommes du côté droit à bos mente cordis sui. Le bon pasteur avait eu soin d’expliquer —…. à ses ouailles que la première période voulait dire : ZL a humilié — Les aristocrates et il a élevé les bons citoyens. La deuxième : il a … montré la force de son bras et fait avorter les projets contre les ES clubs. » (« Réponse…, par A. Courtois, citoyen de Longuyon », — _ cité par L. Larchey, Pays messin, dans Lorr.) 15 43
-
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sans aucun doute; mais de diminution dans l’héritage
: moral de la génération révolutionnaire, aucune : PAIsace et la Lorraine étaient françaises, et le restèrent, simplement, chaque jour davantage, vivant la vie nationale, participant au gouvernement du pays (Humann, le général Schneider, ministres de Louis-Philippe), reliées plus étroitement au centre par des communications nouvelles (canal du Rhône au Rhin, canal de la ; Marne au Rhin, voie ferrée de Paris à Strasbourg). En 1848, l’Alsace célébra par des fêtes enthousiastes le deuxième centenaire de sa réunion à la France : souvenir donné au passé pour se féliciter qu’il fût le passé. En un mot, l’Alsace et la Lorraine n’avaient plus d’histoire : qu’en 1836, le prince Louis Bonaparte eût tenté É de soulever un régiment à Strasbourg, cela n’était pas plus de l’histoire alsacienne que la tentative de 1840 ne fut de l’histoire boulonnaise. Leur histoire n’était plus de l’histoire provinciale : c’était celle de la France.
: Donc, en 1870, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, la Meurthe, | _ la Moselle, les Vosges, étaient bien français, au même
- titre et du même cœur que tous les départements de “ France. L’Alsace, la Lorraine, les Trois-Évêchés, rem- ; placés depuis quatre-vingts ans par des divisions ad4 ministratives nouvelles, qui étaient tout ensemble effet : et cause d’un état moral nouveau, font partie intégrante À et, semble-t-il, inséparable du bloc national. C’est pré- ‘ cisément l’heure où semble triompher en Europe — con- É séquence des trois Révolutions françaises — le droit Bo des peuples à disposer d’eux-mêmes par-dessus les conL venances personnelles des princes, à supprimer les
- barrières intérieures surannées pour s’amalgamer et É: se définir selon leur seule volonté, en un mot, à se de donner chacun une personnalité politique conforme aux : exigences de sa conscience nationale. L’Italie vient ; de secouer le joug de l’étranger, le Piémont, la Lom_ bardie, Parme, Modène, la Toscane, les Deux-Siciles, ; ; de se fondre en une nation italienne. La France a puis- À samment concouru à cette œuvre; et justement elle n’y
la carte au liséré pert
a gagné la Savoie et le Comté de Nice, en récompense de ses services, que « par le libre consentement du sou . verain légitime, appuyé de l’adhésion populaire », (1) « sans nulle contrainte de la volonté des populations » (2) : le 22 avril 1860, ces populations approuvèrent la cession, par 130.533 voix sur 130.839 suffrages exprimés (135.449 électeurs inscrits). En Allemagne même, dans la rude Allemagne encore féodale, si, des centaines d’États allemands qui existaient avant 1780, la Confé- dération germanique de 1815 n’en avait plus compté que trente-neuf; si le Zollverein rapprochait vingt-cinq millions d’Allemands sous la direction de la Prusse; si au Parlement de Francfort le président a parlé d’une Constitution à faire « pour l’Allemagne, pour l’Empire entier »; si l’Union Nationale depuis 1859, l’Union de réforme depuis 1862 ont étendu chaque jour leur action, c’est que notre sens révolutionnaire des nationalités avait passé le Rhin comme les Alpes, animant du même souffle les fils des hobereaux prussiens et les petits-fils des plébéiens de Rome. Et la France, qui était, elle, depuis des siècles indépendante et unifiée, ne se doutait pas qu’à cette même heure elle allait subir l’atteinte la plus cruelle à son droit national, qu’on allait briser un de ses membres à la manière prérévolutionnaire, en procédant par prise de territoires, sans s’occuper des âmes.
Pourquoi s’en serait-elle doutée? Il ne pouvait y avoir,
(1) Allocution de Napoléon III aux quarante notables savoyens qui lui apportaient les vœux du pays, le a1 mars 1860, dans : Saint-
(2) Article premier du traité de Turin (24 mars 1860) : éd., ibid.,
pour arracher d’elle l’Alsace et la Lorraine, que de ces raisons auxquelles faisait allusion le grand ancêtre Frédéric IT, lorsqu’il disait, à propos de la Silésie, qu’il fallait annexer d’abord et qu’on trouverait toujours, ensuite, des théoriciens pour justifier l’annexion faite. : L’histoire? On vient de voir ce qu’était le Saint Empire Romain Germanique, très différent de la nouvelle Allemagne en formation; par suite de quelles circonstances, normales dans les combinaisons politiques de ces temps, l’Alsace et la Lorraine en avaient été détachées ; comment elles s’étaient attachées à la France. — L’ethnographie? Ce serait bien une de ces justifications d’après conquête que de prétendre avaliser une revendication politique au dix-neuvième siècle par des signatures ethnographiques mérovingiennes. Du reste, la mensuration des crânes est souvent en notre faveur, non seulement en Lorraine, mais même en Alsace; et même « les éléments allemaniques » d’Alsace sont « fortement mélangés de sang celto-romain ». (1) Enfin, si la préoccupation du groupement par races dirigeait souverainement, hors du consentement des intéressés, la politique contemporaine, pourquoi l’Allemagne ne reprendrait-elle pas sur la Russie la province de Livonie et la ville de Riga? pourquoi la Hollande ne serait-elle pas à la Prusse, la Belgique à la France, le Portugal à l’Espagne? pourquoi l’Écosse ne se détacherait-elle pas de l’Angleterre ? pourquoi n’y aurait-il pas ; deux ou trois Suisses, trois ou quatre Russies, et trois ou quatre Autriches ? (2) Aussi bien, l’exemple des Polo- (2) Cf. Fustel de Coulanges, L’Alsace est-elle allemande…? p. 9.
la carte au liséré vert
nais, annexés à la manière de Frédéric II, prouve-t-il j que l’Allemagne ne saurait s’appuyer sur la théorie des races qu’avec une discrétion égoïste : bonne pour elle, la théorie ne vaudrait rien contre elle. — La langue? 4 Mais on parle plus d’une langue en France; en Suisse, on en parle trois, et la Suisse est une, d’une unité farouchement sauvegardée; les États-Unis d’Amérique parlent anglais, et ils se sont détachés de l’Angleterre. (1) Et puis, pour que l’argument eût quelque valeur, il faudrait éviter de le ruiner soi-même en étendant à l’excès ses revendications : Belfort, une partie de l’Alsace, la plus grande partie de la Lorraine, Metz, sont de langue française. — La frontière naturelle? Argument plus nouveau : les Vosges, étant montagne, sont vraiment une frontière, tandis que le Rhin, fleuve, “ ne l’est pas. Il faudrait pourtant ne pas oublier que le Rhin est large, violent, que, sans les ponts, il est un obstacle difficile, que le torrent sauvage qu’il fut pendant des siècles, n’a été endigué, régularisé, civilisé que sous le second Empire, — et que, d’autre part, les Vosges ne sont pas les Alpes. Du reste, ici encore, derrière la théorie, la pensée réelle apparaît : ce n’était pas reconnaître les Vosges-frontièré, que de vouloir les dépasser, jusqu’au-delà de Château-Salins, de Metz, de Thion- : ville. Les Allemands défendraient-ils le même prin-
cipe, si leurs voisins s’étaient amusés à le transporter symétriquement, de l’ouest à l’est du fleuve, et à revendiquer pour la France jusqu’au faîte de la Forêt-Noire”?.…. La France, théoriquement, rationnellement, pouvait donc être tranquille. Mais, en fait, elle aurait dû ne
4 _ pas l’être, parce qu’elle aurait dû savoir : tous ces ; arguments, depuis de nombreuses années, circulaient ; en Allemagne, se répandaïient, par le livre, le journal, la parole, dans tous les esprits. Que la France eût à : craindre pour un morceau d’elle-même, il n’y avait à
cela aucune raison, ni d’histoire, ni de race, ni de
langue, ni de frontière naturelle. Mais il y en avait une autre, et de celle-là, la France devait se douter : c’était -la volonté de l’Allemagne. La Prusse, l’Allemagne ont eu l’Alsace et la Lorraine parce qu’elles les ont voulues. Et cette volonté ne se laisserait pas intimider par une autre volonté, qu’elle vint même de l’Alsace ou de la É Lorraine. L’esprit des hobereaux veillait. Pour lui,
l’histoire, le monde n’avaient pas changé; conquête au
: seizième ou au dix-septième siècle, conquête au dixneuvième, il n’y avait pas de différence; (1) et si quelque s chose des idées de la Révolution était entré en lui, | c’était à la condition de le servir sans le gêner quand il voudrait s’en servir contre autrui; ainsi le principe des nationalités, inspirateur de formations nationales conscientes et libres, allaït dégénérer en Faustrecht, (2) : pression et de dissolution contre la vieille nationalité À (1) Cf. Albert Sorel, Hist. diplom. de la guerre fr.-all., t. I, p. 209-210. Voir aux Annexes. à (3) Dans l’admirable petite brochure citée plus haut, que Fustel : de Coulanges, « ancien professeur à Strasbourg », comme il s’intitule sur la couverture, écrivit en « Réponse à M. Mommsen, professeur à Berlin », au début de la guerre franco-allemande, cette Ÿ _ déformation du principe des nationalités est exposée avec une ; Voir aux Annexes. -
la carte au liséré vert Depuis longtemps l’Allemagne savait quelle blessure elle voulait faire; depuis longtemps elle visait, sans se
; Déjà, au temps où l’on combinait plus légèrement les échanges territoriaux, le regret allemand s’était parfois manifesté. Au début du dix-huitième siècle, les mêmes princes qui avaient si volontiers abandonné les Trois- Évêchés et l’Alsace à la France pour obtenir sa protection contre la maison d’Autriche, auraient profité non moins volontiers des malheurs du Grand Roi déclinant pour reprendre ce qu’ils avaient donné : en 1709, la Diète réclama la Lorraine, l’Alsace, les Trois- Évéchés, et la Franche-Comté. Tentatives analogues plus tard, déguisées ou avouées, devinées, niées, au cours des jeux diplomatiques où se complaisaient les gouvernements de Joseph II, de Frédéric II et de Louis XV : Frédéric II en parle, — et les désapprouve, — parce qu’à ce moment l’ambition de l’Autriche pouvait porter ombrage au roi de Prusse : « .… Toutes ces acquisitions auraient formé comme une galerie qui, de Vienne, en s’agençant les unes aux autres, la conduisait jusqu’aux bords du Rhin, où l’Alsace.…. pouvait être répé- tée, ce qui menait enfin à cette Lorraine, qui naguère avait été le domaine des ancêtres de Joseph. » (1) Par contre, au début de la Révolution française, ce sont les agents de la Prusse qui engagent les princes possessionnés à réclamer la réunion de l’Alsace à l’Empire. Puis, à plusieurs reprises, dans le bouleversement des guerres révolutionnaires, l’empereur se reprit à espé-
(1) Frédéric II, Œueres Historiques, édit. Preuss, tome VI, p.70 et 193, cité par L. Ehrard, Quest. d’Als.-Lorr. et Frédéric-le-Grand, p. 5.
rer: en entrant sur le territoire de la France, les alliés de 1792 comptaient bien, s’ils ne réussissaient pas à sauver le roi, emporter quelque chose du royaume; et, en 1794, si l’Alsace et la Lorraine furent préservées, ce ne fut, déjà, qu’à cause de la Pologne, et parce que la préoccupation de l’est vint à temps détourner de l’ouest l’attention impériale : pour s’assurer une compensation en rapport avec les parts prises par la Prusse et la Russie sur la Pologne, l’empereur aurait voulu que la frontière allemande occidentale fût portée jusqu’à la Somme et la Meuse. Ainsi, princes protestants ou empereur Catholique, Prusse ou Autriche, à tour de rôle s’efforçaient de revenir sur le passé. Mais ce n’étaient guère, jusqu’ici, que jeux de princes.
Lorsque, Napoléon vaincu et la France envahie, les négociations s’ouvrirent, l’Alsace fut très menacée, : l’Alsace d’abord et surtout, mais aussi la Lorraine avec l’Alsace. L’ardent poète Arndt avait, en 1813, donné le signal; dans sa brochure : Der Rhein, Deutschlands Strom, nicht Deutschlands Grenze, (1) il réclamait pour l’Allemagne, non seulement ce que les Français avaient occupé, des rives du Rhin, à droite et à gauche, depuis la Révolution, mais encore ce qui leur en appartenait, même avant 1789 : l’Alsace; et non pas seulement des rives du Rhin, mais aussi de celles de la
Moselle, de la Meuse, de la Sarre. Les formules de Arndt eurent un écho formidable dans tout le pays :
1813, c’est l’année de Leipzig; chaque Allemand frémit £ jusqu’au fond de son âme de l’effort commun vers l’indé-
() « Le Rhin, fleuve de l’Allemagne, non frontière de l’Allemagne. »
la carte au liséré vert pendanceet sent que la lutte ne sera pas vaine. Brochures (Le Rhin est-il la frontière naturelle et sûre de l’Alle- g magne ?), poésies (La Frontière, de Frédéric Stolberg), articles de journaux (Feuilles allemandes, Mercure j rhénan) se multiplièrent, donnant le même mot d’ordre, ? poussant le même cri, reprenant ces idées, les amplifiant avec éloquence, revendiquant l’Alsace, la Lorraine, et le Luxembourg, et les Pays-Bas, et la Franche-Comté, tout « l’héritage de Habsbourg et de Bourgogne », comme disait Arndit ; l’Alsace et la Lorraine « arrachées à l’Empire, avulsa imperio », disait Gagern ; « la vieille frontière allemande et ses forteresses d’Alsace et de Lorraine », lisait-on dans le Mercure rhénan ; toute la rive gauche du Rhin, à réunir en un royaume de Bourgogne, dans les Feuilles allemandes. Naturellement, les idées de ces écrivains se retrouvent chez les princes et les chefs d’armée : le fils du grand-duc de Bade refuse d’aller à Strasbourg €en voyageur », c’est « à la tête de ses troupes » qu’il y devrait entrer ; le roi de Wurtemberg veut l’Alsace pour lui, ou, à défaut de l’Alsace, Montbéliard; les généraux prussiens demandent, de leur côté, l’un l’Alsace et la Lorraine comme remparts à l’Allemagne, l’autre au moins Strasbourg et Landau comme garanties, et Blücher, recevant le conseil municipal de Nancy, souhaite bonnement de ramener aux Lorrains l’heureux temps « dont jouirent leurs ancêtres sous le gouvernement paternel des anciens ducs ». (1) Heureusement, les alliés craignirent de rendre la tâche trop difficile aux Bourbons, si, les ramenant dans leurs fourgons, ils se faisaient encore, pour prix
… de ce voyage impopulaire, céder une ou deux provinces françaises. En outre, « les alliés », — ce ne fut | souvent qu’une expression diplomatique : on discutait | entre soi, on s’épiait les uns les autres; or, le tsar : Alexandre voulait, de son duché de Varsovie (formé | par Napoléon des Polognes « prussienne » et « autrichienne »), faire un royaume indépendant, mais dont il serait roi; pour la dédommager de sa Pologne à perdue, il donnerait à l’Autriche l’Alsace; mais, pour l’Autriche, l’Alsace était bien loin, et constituerait, par sa position entre France et Allemagne, une permanente occasion de conflit dangereuse pour tout le monde; d’ailleurs Metternich ne voulait à aucun prix laisser à la Russie les parties de la Pologne « autrichienne » qu’il avait fallu livrer à Napoléon; Autriche et Prusse s’engagèrent donc, pour entraver l’ambition russe, à ne pas permettre qu’aucune des puissances s’agrandit aux dépens de la France telle qu’elle était au 1° janvier 1792. Et voilà comment les pertes de la France sur sa frontière de l’est furent limitées comme on l’a vu ’ plus haut, (1) — et différées les espérances allemandes. Lg Différées seulement. Lorsqu’en 1840 l’ambitieuse agitation du pacha d’Égypte Méhémet-Ali faillit provoquer une conflagration européenne, sous les inquiétudes que provoqua en Allemagne l’attitude de fierté combative | de Thiers, d’Armand Carrel, d’Edgar Quinet, du Temps, ! | du National, des Débats, toujours apparaissait le même | regret et le même désir. On en voulait aux princes et | aux diplomates de 1815 d’avoir laissé échapper la proie. | Après le grand succès du « Rhin allemand » de Becker,
la carte au liséré pert
le vieil Arndt chantait à son tour : « Approche, ma chère Allemagne, unie et hardie! —… Nous allons vous entretenir — De ce que la flatterie et la ruse vous ont acquis, Vous devrez payer, vous devrez restituer! » Dans une poésie manuscrite qu’on trouva sur la table du prince de Prusse, le futur empereur Guillaume I, il y avait ces vers : « Le Rhin doit redevenir — Dans tout son parcours — Le bien des pays allemands! — Déployez votre bannière! — Et toi, peuple des Vosges — Et de la forêt des Ardennes, — Nous voulons te délivrer — Du joug de l’imposteur étranger — … — Afin qu’un jour tes enfants — Puissent être Allemands — Et . fêter les vainqueurs — De leurs pères! » (1) Et, en 1841, quoique les craintes nées de l’incident de 1840 fussent apaisées, le futur maréchal de Moltke fit dans une revue allemande la théorie des droits de l’Allemagne sur l’Alsace et la Lorraine, menaçant la France de la juste colère de l’Allemagne qui tirerait son épée du fourreau si jamais la France déchirait les traités de 18141815, — et qui ne l’y remettrait pas, cette fois, avant d’avoir exercé tout son droit et exigé le complet paiement de la dette française. (2)
Enfin, à mesure que l’Allemagne sentait croître sa
è confiance en elle, les temps apparurent plus proches, la
lointaine attente plus sûre de réaliser son objet; et il ne fut pas toujours besoin d’incidents notoires dans les relations internationales pour provoquer la manifestation du sentiment germanique. Polémiques de journa-
(2) J. Heimveh, Triple-All. et Als.-Lorr., p. 12. 4
listes, vues politiques de souverains, conversations de professeurs, cartels d’étudiants : plus d’un mot fut prononcé alors, qui aurait dû retentir en avertissement plus efficace. — A la fin de 1846, un publiciste allemand, Ch. Biedermann, avait osé s’étonner qu’on parlât tant, parmi les Allemands, « du vif penchant qui attire ‘AIsacien vers l’Allemagne; de ses regrets, du malaise qu’il éprouve de n’être plus avec nous… » Croit-on, ajoutait-il, que l’Alsace renoncerait « volontairement à la France qui lui assure déjà tout ce que le mouvement des esprits veut encore conquérir ailleurs? » Immé- diatement, les journaux officieux allemands protestèrent, et l’un d’eux, faisant, comme on dit, d’une pierre deux coups, ne craignit pas de comparer l’Alsace et la Lorraine à la Pologne, de prétendre qu’elles n’étaient pas plus légitimement acquises à la France, que la ville de Cracovie à l’Autriche. (1) En 1856, le roi de Wurtemberg disait à M. de Bismarck :
Il nous faut Strasbourg. Tant que Strasbourg sera une porte de sortie pour une nation puissamment armée, je : craindrai que mon pays ne soit envahi par l’étranger avant que la Confédération ne vienne à mon secours. Le nœud est à Strasbourg. Tant que cette place ne sera pas allemande, elle empêchera l’Allemagne du Sud de se livrer à la vie politique nationale allemande. (2)
En 1861, Kirschleger, le célèbre botaniste, professeur à la Faculté de médecine de Sirasbourg, assistant à un congrès de naturalistes, à Spire, des convives allemands
| lui parlèrent du retour de l’Alsace à la Confédération,
(2) A. de Rappolstein, A/s.-Lorr., p. 9.
la carte au liséré vert EPS HAS et il dut, pour couper court à leur insistance, répondre ; sur le mode énergique : « Vous devriez au moins nous demander si nous avons quelque envie de revenir à vous… Nous voulons rester Français. » (1) Un peu plus 3 tard, lorsque l’affaire du Luxembourg échauffa ‘les ? esprits des deux côtés de la frontière, les étudiants de Strasbourg envoyèrent une adresse aux étudiants
De guerre, nous n’en voulons pas; de haine nationale, ; nous n’en connaissons pas. Sans doute, si la guerre était inévitable, nous ne marchanderions pas nos sacrifices à la France; mais aujourd’hui qu’il en est temps encore, nous venons vous tendre la main et vous demander votre con- | cours, pour défendre dans nos deux pays la cause de la , paix et de la liberté… Unissez l’Allemagne, mais par la liberté et pour le progrès; c’est dans le même esprit que, nous aussi, nous accomplirons notre tâche… (2)
À cet appel, d’un sentiment très élevé et d’un ton très digne, les membres de la Burschenschaft de Berlin, « c’est-à-dire du parti démocratique de la jeunesse des Universités allemandes », (3) répondirent par cette affürmation hautaine de la nécessité du retour à l’Allemagne :
Les renégats et les transfuges sont détestés par tout le monde, et vous ne sauriez faire exception… À une époque où les petites nations, les Grecs, les Roumains, les Serbes, à les Slaves se réveillent de leur torpeur et se souviennent de leur nationalité, vous, Alsaciens et Lorrains, vous ne sauriez persister dans votre apathie… Quoi! vous voudriez renier votre nationalité! marcher contre l’Allemagne,
(2) L’Industriel Alsacien (Mulhouse), 7; mai 1867.
(3) A. Schneegans, dans Courrier du Bas-Rhin (Strasbourg), 19 mai 1867 : « L’histoire de la Burschenschaft est le noyau de l’histoire du mouvement national et libéral en Allemagne. »
pr notre et votre mère! Quoi! vous voudriez percer le sein de votre alma mater ?.… Quittez votre état de bâtards, étudiants d’Alsace et de Lorraine, redevenez préalablement dans vos cœurs les vrais enfants de la patrie allemande… 9 Alors, nous aussi, quand nous serions victorieux dans la prochaine guerre, ce qui est hors de doute, nous vous presserons fraternellement contre notre forte poitrine. Mais avant, jamais! Diximus et salvavimus animam. (1) — — Parallèlement, les petitslivresreprenaientleuroffice. En 1860, une brochure compacte et grave, éditéé à Berlin, _ sans nom d’auteur, sous ce titre simple jusqu’à la brutalité : « Elsass und Lothringen deutsch », (2) avec | une épigraphe empruntée à Arndit : ; et cette majestueuse dédicace : É . montrait aux Allemands leur devoir. Nous hésitions à souhaiter, à espérer, oui — nous hésitions à vouloir. ‘N’hésitons plus. Notre croyance en un destin meilleur ne repose pas sur notre imagination : elle a pour fondement notre volonté. (5) Des liens très anciens rattachent à nous l’Alsace et la Lorraine. Nous avons failli les reconquérir en 1815 — et la brochure contient quatre chapitres (plus de la moitié de l’ouvrage) sur ces déce- () Zmpartial du Rhin (Strasbourg), 19 mai 1865. (2) L’Alsace et la Lorraine — allemandes. Un volume in-8& de (3) « Aussi loin que résonne la langue allemande. »
la carte au liséré vert vants traités de Paris. Il dépend de nous qu’elles redeviennent enfin allemandes sur la carte politique de l’Europe. C’est le devoir de la presse, de l’école surtout, | de nous y aider, de l’école, où il faut jeter la base de l’œuvre future, réveiller la honte des outrages subis, tourner tous les vœux et toutes les espérances vers un meilleur avenir, qui sera, du même coup, l’unification | de l’Allemagne et la reconquête des deux provinces. (1) Et le livre se termine par cette conclusion entraînante : tel l’étendard que le général jette dans les rangs de l’ennemi, telle doit être pour nous la cathédrale de Strasbourg, un gage qui nous appelle à lui, et nous assure que nous reprendrons un jour cette terre allemande. « Das walte Gott! » « Dieu le veuille! » (2) Dix ans après, quand la guerre éclata, elle fut saluée sur tout le territoire par l’applaudissement des professeurs. D’abord, leur maître à tous, Théodore Mommsen, le grand historien, qui lança, dès le lendemain des premières victoires, ses retentissantes lettres « Aux Italiens », (3) où il proclamait la volonté allemande quant
Cette dernière phrase est soulignée dans le texte.
(3) Agli Italiani, par & Teodoro Mommsen », une brochure inoctavo, « Berlino, 30 Agosto 1870 ». Les lettres qui composent ce recueil avaient été insérées d’abord dans deux journaux de Milan, La Perseveranza, du 10 août, et Z!{ Secolo, du 20 août 1870. La première de ces lettres porte la date du 33 juillet.
à l’Alsace et à la Lorraine. Et de nombreux échos répétèrent sa parole, dans toute l’Allemagne : « L’Alsace — province allemande », par Wilhelm Maurenbrecher, professeur d’histoire à l’Université de Kænigsberg, « L’Alsace et la Lorraine », conférence faite à Paderborn, par le docteur Bernhard Werneke, professeur Lorraine », publiée à Hanovre, par le docteur Georg Hoyns, « L’Alsace et la Lorraine et leur retour à l’Allemagne », publiée à Leipzig, par le professeur docteur
De toutes ces brochures la même ardeur éclatait, de toutes partait le même geste : il faut que l’Alsace et la Lorraine soient à nous. La guerre de 1866 a mis la Prusse : à la tête de l’Allemagne; celle de 1870 va mettre l’Allemagne à la tête de l’Europe. L’étoile de l’Allemagne monte à l’horizon, l’empereur Barberousse est réveillé, et
(r) « Elsass eine deutsche Provinz », von Wilhelm Maurenbrecher, ordentlicher Professor der Geschichte an der Universitàät Kœnigsberg, — datée de Kœnigsberg, 28 août 1870 (Leipzig,
Franzosen und seine Entwickelung an die Gegner jener Zurücknahme, von Doct. Georg Hoyns (Hanovre, Schmorl et von Duncker et Humblot, 1870). Sur la couverture de cette dernière s brochure sont annoncées, entre autres publications : Histoire de VEtat prussien sous les Hohenzollern, La Guerre de l’Indépendance (1813-1814), Théorie de la grande guerre, une « carte spéciale de PAlsace et de la Lorraine d’après leur délimitation nouvelle depuis l’occupation allemande » et une « carte historique de VAlsace et de la Lorraine pour l’étude des modifications territo- ; riales aux dix-septième et dix-huitième siècles ».
la carte au liséré vert les corbeaux ne volent plus autour de sa montagne. (1) Notre joie est grande; notre victoire sera complète. Quel en doit être le prix? Cette fois, nous aurons le bonheur ; d’entrer dans Paris seuls, sans alliés, et nous nous ? paierons nous-mêmes. (2) Ce qu’il nous faut, c’est, sinon la Franche-Comté et Montbéliard, (3) en tous cas l’Alsace £ et la « Lorraine allemande », avec Metz, quoique Metz K : soit « à deux milles de la frontière linguistique ». (4) L’Europe, d’ailleurs, ne protestera pas. A nous de nous : couvrir, après le triomphe, d’une solide organisation militaire. Et n’allons pas accepter qu’on neutralise ; l’Alsace et la Lorraine! Nous n’avons déjà que trop permis de neutralisations, à notre détriment. L’Alsace et la Lorraine doivent être incorporées à un État saïn et vigoureux, à l’Allemagne, à la Prusse marchant en tête de l’Allemagne impériale. (5) « Das walte Gott! » 6) Franz von Lôher (Abrechnung mit Frankreich), cité par Gustav Meyer — voir plus bas — demande lArtois, Dunkerque et Lille avec les Flandres, le Luxembourg français (?), le comté de Montbé- liard, et quelques colonies d’outre-mer : « Artois, Dünkirchen mit
SIREN Dieu le veuille! » (1) — A peine, de temps en temps, . une objection timide, commerciale et intéressée : un … négociant de Bielefeld, membre de la Chambre de
- Commerce, (2) faitremarquer que l’annexion de l’Alsace _ et de la Lorraine aura pour conséquence d’encombrer ._ le marché allemand, que Rouen, Lille, Roubaix attire- À ront à elles la fabrication alsacienne, qu’on peut veiller ‘+ à ses intérêts économiques sans manquer de patrio- à tisme (« Demandez à la patriotique province de la me Prusse orientale si elle préfère l’annexion de l’Alsace et à - de la Lorraine à une liberté commerciale plus grande à avec la Russie qu’on obtiendrait par le desserrement _ douanier? La réponse n’est pas douteuse, et pourtant Ë personne ne doute du patriotisme de la Prusse orieng: -_ tale »), () et il s’amuse à rappeler une plaisanterie sur à le professeur allemand qui, avec les morceaux de ses É vieilles robes de chambre, raccommode les trous de F _ l’édifice du monde. (4) : - Et ce long regret territorial s’animait d’une haine —_ tenace, ardente, sainte. Un des leviers qui avaient agi 33 le plus puissamment sur l’âme allemande dans la lutte 2 (:) Sur ces mots se termine la brochure du docteur Wagner, 40 comme — voir plus haut — l « Elsass und Lothringen deutsch » LE (2) « Elsass und Lothringen », eine volkswirthschaftliche Studie, NE - Russland vorziehe ? Die Antwort darauf kann nicht zweifelhaft DES Stopft er die Lücken des Weltenbaw’s. » Ni fes ses
la carte au liséré vert
contre Napoléon premier, c’était, sous l’inspiration des poètes, des historiens, des philosophes, le souvenir de cette Allemagne ancienne que la Révolution française était venue bouleverser. Or, même si les principes de 1789 n’avaient pas été étrangers. à l’émotion nationale de l’Allemagne de 1813, c’était pourtant contre cette Révolution qu’elle se levait, non seulement pour reconquérir son indépendance, et, s’il était possible, les fiefs de l’ancienne Allemagne, mais encore pour mater la nation révolutionnaire; et ainsi sa volonté à travers le siècle, ne fut pas seulement d’indépendance et d’unification, mais aussi de revanche, de châtiment, et de contrerévolution. — Que les Français aient à leur tête un | Robespierre ou un Napoléon, un Rochefort ou un Jules Favre, un Thiers ou un Guizot, un consul ou un empereur, un roi héréditaire ou un souverain élu parle peuple, il n’y a guère de différence : turbulents, révolutionnaires ils sont toujours, et incapables de respecter la liberté des autres. (1) Ce n’est pas Napoléon qui est notre ennemi, c’est la France, le peuple français : ennemi héréditaire, « Erbfeind », expression « inconnue à toutes les autres langues, » dit Lichtenberger, (2) et « que l’Allemagne peut revendiquer le triste honneur d’avoir forgée » à
felt wenig Unterschied. Der Freiheit, weil der politischen Selbstbeherrschung und des Rechtsgefühl gegen andre wird dieses Volk
- F. Lichtenberger, Protest. el guerre de 1870.
notre adresse. Le poète Stolberg, à l’heure de Leipzig, honnissait déjà « le frivole voisin »; (1) et le général Scharnhorst, en 1840, déclarait que « la France repré- sente le principe de l’immoralité »; si elle n’est pas anéantie, c’est qu’ « il n’y aurait plus de Dieu au ciel ». (2) « Nation d’enfants », dit maintenant la Gazette Nationale, qui « aime la guerre comme une chasse », et qui est « si frivole, si frivole, qu’elle ne peut pas avoir une seule gravement malade de la lèpre du péché, dit le pasteur Schrœder, et qui a perdu la conscience de son meilleur moi par l’esprit de l’impiété, de l’indiscipline et de l’impudeur »; (4) « l’inanité et la pourriture de cette nation hideusement dégénérée », dira-t-on aux soldats | pour les encourager; (5) « l’esprit révolutionnaire, miasme qui empeste toute la France et qui a son siège à Paris », tandis qu’heureusement « le sens monarchique des peuples de race germanique les préserve des convulsions épileptiques dans lesquelles se débattent les races latines »; (6) « la France ne connaît pas de plus grands souvenirs que ceux de la Révolution fran- çaise, cette catastrophe pleine de sang et de honte »; (7)
(2) Cité par A. Chuquet, Alsace en 1814, p. 351.
- Nationalzeitung, 1871 : cité par F. Lichtenberger, ibid.
(4) Schicksale der Protestanten in Frankreich und drohende Gefahren, par Schræder, docteur en théologie et philosophie, prédicateur de la Cour, 1871 (/d., ibid.)
(5) Weihnachtsgrüss an die Württembergischen Krieger in Frankreich, 1870. « Salut de Noël aux guerriers wurtembergeois en
(6) Neue Evangelische Kirchenzeitung, 1870, 1871; cités par F. Lichtenberger, ibid.
la carte au liséré vert FREE Dieu va lui infliger l’épreuve du fer et du feu; (1) « cette guerre est un jugement de Dieu » (2). Le 19 juillet 1870, avant la réunion où le Reïchstag entendit | le roi faire appel solennellement à l’Allemagne entière et le chancelier donner lecture de la déclaration de | ; guerre que le chargé d’affaires de France venait de lui remettre, le prédicateur Hoffmann, développant devant Guillaume et les députés, le verset du psalmiste : « Avec Dieu, nous voulons accomplir des exploits », s’écria que la Prusse allait combattre « pour la mora- fe lité du monde ». (3) L’Allemagne avait assez tendu sa volonté; l’heure _ était venue de passer à l’acte; elle agit implacablement. à SAR par Albert Sorel, Hist. diplom. de la guerre fr.-all., LA,
La Prusse, à la tête de la Confédération du Nord, È ayant besoin d’une guerre pour entraîner les États du Sud et réaliser l’unité allemande contre quelqu’un; (1) Napoléon IIT affaibli, inquiet, son entourage désireux peut-être d’un dérivatif aux difficultés de la politique | intérieure; la vacance du trône d’Espagne; la candida- . ture d’un prince de Hohenzollern, parent du roi de Prusse; l’émotion ressentie en France, par crainte d’être pris un jour entre les deux branches cousines; l’incident presque réglé; puis l’ambassadeur de France, Benedetti, allant voir le roi Guillaume, aux eaux d’Ems, lui demander une approbation de ce désistement, non plus seulement pour le présent, mais pour l’avenir même; la réponse du roi : que son approbation a été donnée entière et sans réserve, et qu’il n’y a pas () Moltke dit au Reichstag, le 14 avril 1874, que si l’Allemagne avait fait pacifiquement et plus tôt son unité, la guerre avec J la France n’aurait sans doute pas éclaté. (Cf. J. Heimweh, Triple Alliance et Als.-Lorr., p. 35.) 4 69
_ la carte au liséré vert “TOR CE lieu d’entrer dans de nouvelles négociations à ce sujet; Bismarck s’emparant en maître de l’affaire pour en télé- graphier le récit aux représentants de la Confédération et à la presse, dans un style condensé et brutal qui faisait d’un _embarras diplomatique un outrage à national ; la responsabilité de la guerre habilement De transférée ainsi à la France, « avec l’aide de Dieu et du - télégraphe »; (1) l’Alsace, la Lorraine, la France envahies : des villages alsaciens, Wærth, Frœschwiller, Reichshoffen, Morsbronn, inconnus le 5 août 1850, tris- — tement immortels depuis le 6; l’armée de Mac-Mahon précipitant sa retraite jusqu’à Châlons: Napoléon HII- de prisonnier à Sedan le 1“ septembre et la République : proclamée à Paris le 4; Strasbourg investie pendant à sept semaines, bombardée de 193.000 projectiles — près ; de 300 à l’heure — obligée de capituler le 27 septembre, | malgré le courage de sa garnison, trop faible, des habitants, du général Uhrich, gouverneur, du Docteur Küss, LS maire, du généreux Edmond Valentin qui, nommé À préfet du Bas-Rhin par le gouvernement du 4-Septembre, ; venait de rejoindre son poste à travers les lignes ennemies, le canal, les remparts sous le feu, en d’héroïques L aventures où le soutenait son ardente confiance dans | la République — la libératrice de 1792! — Metz livrée; 1
- Belfort résistant pendant cent trois jours et Bitche huit ; 3 mois ; Paris assiégé,le gouvernement dela Défense Natio- à nale détachant une Délégation à Tours, puis à Bordeaux; le roi de Prusse salué empereur d’Allemagne à Versailles, dans le Salon des Glaces du Palais de Louis XIV; l’armistice enfin, les élections, l’Assemblée Nationale
(1) J. Heimweh, Triple Alliance et Als.-Lorr., p. 13. : :
réunie à Bordeaux, et le traité préliminaire signé le $
à 26 février, (1) à Versailles : ce n’est pas ici le lieu de
raconter en détail la douloureuse histoire, et je me con-
; tenterai de l’avoir ainsi rappelée : rapide sommaire des
; faits, qui, de l’ardente revendication allemande, géné- ratrice de la guerre, nous amène jusqu’au dénouement désastreux que fut pour nous la paix.
La visée de l’Allemagne avait été trop précise pour
qu’une indemnité satisfît l’orgueil de son triomphe, si
è énorme, si invraisemblable qu’elle dût être. On dit que sous la Restauration, lors de la discussion sur le « mil- |
‘3 liard des émigrés », — un seul milliard, — le général Foy »<: sn
se récria, que ce chiffre dépassait l’imagination, qu’il ne
s’était pas écoulé un milliard de minutes depuis la naïs-
sance du Christ. Cinq milliards! La première fois
4 que, dans leurs pourparlers, le chancelier eut dit son
È chiffre à Thiers : « Ce sont des militaires qui vous l’ont
à suggéré, ce ne sont pas des financiers », répondit
F. Thiers, stupéfait de cette légèreté dans le colossal. Et
Le pourtant ce capital de cinq milliards, (2) effroyable,
% (x) Voir aux Annexes.
- pas le chiffre de l’indemnité de guerre, mais la somme à verser effec- :
4 tivement. D’une part, en effet, (article 6 des Articles additionnels)
Li: le gouvernement allemand racheta pour 325.000.000 de francs la
a partie de la concession des chemins de fer de l’Est qui se trouvait
comprise dans le territoire cédé, et ces 325.000.000 furent défalqués
El des Cinq milliards — à charge pour le gouvernement français, qui
à ne pouvait céder ce qui ne lui appartenait pas, de régler ensuite
70 avec la Compagnie de l’Est : ce qu’il fit en lui reversant ces 325.000.000
CR de francs sous la forme d’une annuité de 20.500.000 francs (à lui
E- servir jusqu’en 1954, date finale de la concession). D’autre part, la
convention d’armistice avait stipulé le paiement par la Ville de
4 = Paris, dans les quinze jours, d’une contribution de guerre de
‘110 200.000.000 de francs, payables en numéraire, billets de la Banque
Re: de France, lettres de change sur Londres et Berlin, un compte
ES: devant être établi ultérieurement, avec décompte des intérêts :
4 71
la carte au liséré vert fantastique, — payable par échelons sans doute, — s’augmentait encore — pour cette raison même — d’un intérêt de 5 pour cent à payer sur les trois derniers milliards, depuis le 2 mars 1871 jusqu’aux dates auxquelles leur paiement s’échelonnaïit : soit 315.359.073 francs d’intérêts; et ce total de 5.315.359.073 francs, net pour l’Allemagne, s’alourdissait pour la France de supplé- ments interminables : ces 5.315.359.073 francs, c’était, en plus, les frais des emprunts destinés à en rendre le paiement possible, soit plus de 600 millions; — et dix millions encore parce que, le paiement étant à effectuer suivant des modes strictement définis, (1) les frais de l’achat des valeurs sur le marché européen et de leur conversion en valeurs présentables à l’Allemagne, furent : supportés par la France; — et 320 millions encore pour frais d’entretien des troupes allemandes occupant $ le territoire jusqu’à la libération pécuniaire définitive, les départs étant échelonnés selon les échéances, et rigoureusement, avec méfiance, hommes contre espèces; (2) — et aussi 856 millions d’indemnités aux du papier sur Berlin et sur Londres, des frais de timbre à l’étranger, etc. : d’où un solde créditeur, en faveur de Paris, de 98.400 francs, que l’Allemagne ne lui paya pas, mais défalqua également des cinq milliards, l’Etat français en devenant débiteur vis-à-vis de la Ville aux lieu et place de l’Allemagne. Voir A. Villefort, Recueil des traités. à -
(1) Or ou argent, billets de la Banque d’Angleterre, de la Banque de Prusse, de la Banque royale des Pays-Bas, de la Banque nationale de Belgique, billets à ordre ou lettres de change négociables de premier ordre, valeur comptant sur ces mêmes pays, les lettres de change domiciliées autre part qu’en Allemagne ne devant passer en compte que pour le produit net de leur réalisation. On n’accepta, et par une convention spéciale, que 125 millions en billets de la Banque de France.
(2) G. May, Occup. du territ., p. 11-14 : « …… Le premier versement sur l’indemnité était d’un demi-milliard.. Pour cette fois, on nous avait admis à nous libérer en billets de la Banque
départements, aux communes et aux parliculiers; et 7 millions d’indemnités aux compagnies de chemins de fer (autres que celle de l’Est); et 2 milliards pour la reconstitution du matériel militaire et naval; et les travaux publics qui s’imposeraient comme une consé- quence du traité : par exemple, la grande artère navigable, formée par les canaux de la Marne au Rhin et du Rhône au Rhin, se trouvant coupée par la nouvelle frontière, il faudrait rattacher ensemble les deux tronçons restés français : d’où 65 millions pour la canalisation de la Meuse et son raccordement avec le canal de la Marne au Rhin, 2 millions pour la canalisation de la Moselle, 22 millions pour le raccordement du canal du Rhône au Rhin avec le canal de l’Est; — et
: d’autres millions encore, et d’autres dizaines de millions, jusqu’à ce qu’en fin de compte le chiffre de cinq
milliards s’évaluât au triple. (1) Mais, qu’il fût cinq au de France, jusqu’à concurrence de 125 millions. Le surplus, 375 millions, devait être payé en valeurs libératoires qui furent, en effet, remises en traites Sur des banques allemandes ou anglaises. Ce paiement, effectué dans les débuts de juillet, devait
“4 nous procurer l’évacuation de l’Eure, de la Seine-Inférieure et
: de la Somme. Les agents du Trésor allemand avaient mission
$ de recevoir à Strasbourg les espèces résultant de l’encaissement
À de ces traites. Or, ils soutenaient que le comptage du numéraire
ÿ avait seul la vertu libératoire. De la sorte, le paiement intégral
G ne devait dater que du jour où, comme ils disaient, « le paiement
a aurait été reconnu ». Or, ce comptage et cette vérification deman-
se daient du temps… L’Allemagne n’avait aucun intérêt à se presser
: dans ses mouvements et à rapatrier ses troupes. C’était le Trésor
nn français qui payait les frais d’entretien de l’armée occupante.
re Chaque journée de retard était un bénéfice net pour le Trésor
LA allemand… Il à fallu en passer sur ce point, comme sur tant
5 d’autres, par les exigences tracassières d’une bureaucratie intran-
A sigeante et pointilleuse. »
.: (1) Tous ces chiffres sont pris dans les documents publiés par
cie Villefort, Recueil des traités.
la carte au liséré vert crédit de l’Allemagne ou quinze au débit de la France, ce n’était que de l’argent : l’argent paieraït à l’Allemagne, même avec bénéfice, ce que la guerre lui avait coûté, mais ce n’est pas pour cela qu’elle l’avait
Il lui fallait une frontière nouvelle du côté de la France : le liséré vert tracé sur « les deux exemplaires conformes de la carte du territoire formant le gouvernement général d’Alsace publiée à Berlin en septembre 1850 ». Le département du Bas-Rhin, celui du HautRhin, la plus grande partie de la Moselle, le tiers de la Meurthe, et deux cantons des Vosges, seraient désormais allemands, quelle que fût la volonté des Alsaciens et des Lorrains.
En vain cette volonté se manifesta-t-elle, énergiquement, contre une violation du droit qu’on n’aurait pas crue possible à la fin du dix-neuvième siècle. Ce n’était plus, comme deux cents ans plus tôt, une Alsace « à l’abandon » qu’on avait fini de détacher d’une Allemagne « en anarchie », (1) avec le concours d’une partie de cette Allemagne même, sans que l’Europe s’en aperçût, et sans que personne la pleurât. Maintenant il y avait des patries, et des « âmes de peuples »..… (2)
Dès le 17 février 1871, avant l’ouverture officielle des négociations, Keller, député du Haut-Rhin, apporta à l’Assemblée Nationale, au nom de ses collègues des départements menacés, la protestation de l’Alsace et de la Lorraine, (3) déclaration éloquente et nette
(3) Voir aux Annexes. d
à qu’avait rédigée Gambetta, triple affirmation solennelle,
que « l’Alsace et la Lorraine ne veulent pas être alié-
nées », que « la France ne peut consentir ni signer la
- cession de la Lorraine et de l’Alsace », que « l’Europe
ne peut permettre ni ratifier l’abandon de l’Alsace et de
la Lorraine ». Une proposition suivait, dans les formes
Les soussignés, représentants à l’Assemblée Nationale, déposent sur le bureau de la Chambre la proposition
L’Assemblée Nationale prend en considération la déclaration unanime des députés du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, de la Moselle, de la Meurthe et des Vosges.
Proposition que Keller soutint, brièvement, mais
4 avec fermeté : « il s’agit de notre honneur, il s’agit de notre unité nationale… », cette déclaration doit être un | « élément sérieux » des négociations, « puisqu’elle est l’expression de la volonté des populations, et qu’au temps où nous sommes, en pleine civilisation, il ne À saurait être question de disposer des peuples sans leur Ve assentiment ». Malheureusement, la France était trop , vaincue : si Gambetta, qui représentait la guerre à , outrance, était l’élu de neuf départements (parmi lesquels — fait significatif — le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, la Meurthe et la Moselle), c’est vingt-neuf départements qui avaient donné leurs voix à Thiers, représentant de
- la paix. Aussi, le député du Haut-Rhin étant descendu ie de la tribune, et lorsque Thiers eut demandé à l’Assem- “à blée d’agir logiquement avec elle-même, de ne pas voter, si elle se disposait à souscrire un traité de paix, rs une motion qui impliquait la continuation de la guerre,
la carte au liséré vert la commission chargée d’examiner la proposition remplaça le texte Keller par celui-ci, laudatif, mais fuyant, qui le trahissait en le traduisant : L’Assemblée Nationale, accueillant avec la plus vive sym- ÿ pathie la déclaration de M. Keller et de ses collègues, s’en remet à la sagesse et au patriotisme des négociateurs. Muni de ce « blanc-seing » (le mot est de Rochefort, qui accueillit par cette interpellation la lecture de la motion nouvelle), Thiers quitta Bordeaux pour la négo-
: ciation définitive des préliminaires de paix à Versailles. 4 Bismarck pouvait se montrer intraitable : le vote sur 14 la proposition Keller lui avait découvert complètement les dispositions pacifiques de l’Assemblée de Bordeaux. E Le 26 février, signatures : Thiers et Jules Favre, pour 1 la France, Bismarck, pour l’Allemagne. Heures atroces. Remontant en voiture, Thiers, « immobile et comme : foudroyé », « succombait à son émotion »; « de Ver- % sailles à Paris, ses yeux ne cessèrent de se mouiller de larmes, qu’il essuyait sans dire un mot ». (1) Le 28, il était de retour à Bordeaux, donnait aussitôt lecture du projet de loi destiné à ratifier sa signature. Et le ; 1°” mars, à midi et demi, s’ouvrit la triste séance de la 4
Claude (de la Meurthe), déposèrent de nombreuses 4 pétitions d’Alsaciens et de Lorrains qui protestaient | d’avance contre une séparation. Puis, Edgar Quinet, | gravement, -dit les raisons profondes pour lesquelles
(1) J. Favre, Gouvernement de la Défense Nationale, tome IL, à p. 118, cité par Hanotaux, Aist. contemp., t. 1, p. 120.
_ VAssemblée ne devait pas donner, par son vote, au 4 . triomphe de la force une apparence de droit : -. d Jusqu’ici les conquérants se contentaient de mettre la ; ee main sur un territoire, de s’en emparer par la force. Ils le Fr gardaient s’ils le pouvaient. C’était le droit de la guerre. ; KA. Aujourd’hui, les prétentions de la Prusse sont toutes nou4 …_ velles. Après avoir saisi l’Alsace et la Lorraine, elle prétend _ faire voter, consacrer cette prise de possession par le suf- ‘= frage universel… Ici se montre la pensée intime des puis4 sances nouvelles; elles savent que tout ce qui n’est pas fondé sur les principes nouveaux inaugurés par la France 4 est caduc. Faire servir une Assemblée Nationale à démem3 brer la nation, voilà le dessein de l’ennemi. Ainsi l’esprit 4 féodal se vengerait de nos libres institutions démocratiques : en faisant d’elles l’instrument de notre ruine. C’est là. la 4 pensée de la Prusse : obliger la France de se mutiler elle- à même; faire de la France un peuple tributaire de cinq è milliards, à la manière des peuples asservis de l’antiquité : voilà le droit nouveau allemand où se mêle la haine féodale à la haine de race. e Bamberger, « député de la Moselle et Strasbourgeois 2 de naissance », parle du dévouement de l’Alsace, 3 - de son avenir si la France l’abandonne, et de l’avenir ; de la France même : n: Strasbourg n’a pas manqué à son devoir, elle s’est laissé % écraser. Strasbourg s’est dévouée pour la France, et la ;. France lui dit aujourd’hui : Je suis vaincue, je suis fatiguée. Tu es malheureuse, mais je souffre aussi, je ne puis rien ë pour toi, je te laisse à la Prusse. Tes enfants deviendront des soldats prussiens qui combattront mes propres enfants. S Entre un avenir plein de souffrances et un repos avilissant.… É. [une nation] se prépare à la douleur. C’est ainsi que vous fe agirez si vous ne voulez pas compromettre à la fois les #2 droits imprescriptibles de la morale et de la justice, de …. même que vos intérêts les plus vulgaires; si vous ne 4 79
la carte au liséré vert : voulez pas, surtout, braver le passé de la France, qui vous engage, et le jugement de la postérité, qui vous
Victor Hugo, grandiloquent, donne des lauriers à « Paris combattant » qui « fait l”étonnement du monde », . du fer rouge à l’Allemagne qui, elle, « la nation victorieuse », € aura la consigne à l’état de dogme, le sabre fait sceptre, la parole muselée, la pensée garrottée, la conscience agenouillée; pas de tribune! pas de presse! les ténèbres ! » tandis que « l’autre, la vaincue, aura la lumière. » L’Allemagne aura aussi deux provinces de
Possession suppose consentement. Est-ce que la Turquie possédait Athènes ? Est-ce que l’Autriche possédait Venise ? Est-ce que la Russie possède Varsovie ?.…
IL voit même déjà, la France se redresser un jour, d’un bond, ressaisir la Lorraine, ressaisir Alsace ! Est-ce tout? Non! Non! saisir, — écoutez-moi, — saisir Trèves, Mayence, Cologne, Coblentz, toute la rive gauche du Rhin… Et on entendra la France crier : C’est mon tour ! Allemagne, me voilà ! Suis-je ton ennemie ? Non ! je suis ta sœur. Je t’ai tout repris, et je te rends tout, à une condition : c’est que nous ne ferons plus qu’un seul peuple, qu’une seule famille, qu’une seule république. Je vais démolir mes forteresses, tu vas démolir les tiennes. Ma vengeance, c’est la fraternité !…
Cette intervention de poète, chantre d’épopées qui furent, rêveur d’idylles qui ne seront pas, émut les Alsaciens; ils interrompirent aux noms de Mayence et de Coblentz, et l’un d’eux, Tachard, député du Haut-
Rhin, protesta dignement, qu’on n’avait que trop prononcé ces noms naguère, que ces deux noms nous ont perdus, c’est pour eux que nous subissons le triste sort qui nous attend. Eh bien, nous ne voulons plus souffrir pour ce mot et pour cette idée. Nous sommes Français, messieurs, et pour nous il n’y a qu’une patrie, la France, sans laquelle nous ne pouvons pas vivre. Mais nous sommes justes parce que nous sommes Français, et nous ne voulons pas qu’on fasse à autrui ce que nous ne voudrions pas qu’il nous fût fait. Louis Blanc, avec une netteté et une énergie qui rendaient sa confiance plus impressionnante encore,
- rappela la grande lutte révolutionnaire. Il faut que la République délivre la Patrie. Les républicains n’ont pas voulu la guerre, guerre politique, guerre déclarée par Napoléon Ill. Mais ils ont le devoir de la continuer, puisque la Prusse en a fait une guerre contre la nation. à La nation! nous n’avons pas le droit de la mutiler. Que : l’Europe sache que nous ne pouvons pas faire une . chose qui excède notre droit, « arracher la qualité de Français à des Français », — ayons la foi, « cette foi dans la patrie qui sauva, du temps de Jeanne d’Are, la vieille France monarchique, et qui, plus tard, sous la Convention, sauva la France républicaine ».
à Enfin Keller remonta à la tribune : entre le 17 février et le 1°” mars, la réalité s’était dressée, et il ne lui restait plus sans doute qu’à ensevelir ses espoirs, les espoirs
. A l’heure solennelle où nous sommes, vous n’attendez pas
de moi un discours; je ne serais pas capable de le faire. Celui qui devrait parler à ma place, — car vous n’avez encore
, entendu aucun député de l’Alsace, — le maire de Stras-
| 79
: la carte au liséré vert SOUSSE bourg, le doyen de notre députation, à l’heure où Je VOUS SAP 752 parle, se meurt de douleur et de chagrin; son agonie est le ES plus éloquent des discours. Ce n’est pas seulement comme oi Alsacien, c’est comme Français que je souffre; je viens > #4 réclamer ma part de l’honneur français… J’ai tenu, ayant 1 de quitter cette enceinte, à protester comme Alsacien et Re comme Français contre un traité qui, à mes yeux, est une De. injustice, un mensonge et un déshonneur; et si l’Assemblée 5 devait le ratifier, d’avance j’en appelle à Dieu, vengeur des = 3 justes causes, j’en appelle à la postérité qui nous jugera 318 les uns et les autres, j’en appelle à tous les peuples qui ne Se - _ peuvent pas indéfiniment se laisser vendre comme un vil n bétail, j’en appelle enfin même à l’épée de tous les gens de Er cœur, qui, le plus tôt possible, déchireront ce détestable 4 Quand tous eurent parlé, ceux-là, et d’autres encore : 4 Brunet, George, Emmanuel Arago, contre lui, Vacherot, 25 Changarnier, Buffet, dans le sens de son opinion, Thiers à . montra la désorganisation de la France, l’inutilité pra- 2° tique d’une résistance plus longue; et, lorsque vint à l’heure du vote, l’Assemblée, jugeant apparemment Me. avec Vacherot, qui approuvait les principes au nom S desquels on devrait continuer la guerre, mais déclarait 54 que le salut n’était que dans la paix, l’Assemblée vota À à _ la ratification des préliminaires, par 546 voix contre 107. … ë 4 Aussitôt le résultat connu, Grosjean, député du Haut- #3 Rhin, qui avait été un des collaborateurs de Denfert- a Rochereau dans la défense de Belfort, donna lecture, au je nom de ses collègues alsaciens et lorrains, de cette + noble, simple et douloureuse protestation contre le droit 5 Les représentants de l’Alsace et de la Lorraine ont u déposé, avant toute négociation de paix, sur le bureau de FR . l’Assemblée Nationale, une déclaration affirmant de la = 3
F2 manière la plus formelle, au nom de ces deux provinces, me leur volonté et leur droit de rester françaises. DRE ri: 2 » … « _ Livrés, au mépris de toute justice et par un odieux abus | .__ de la force, à la domination de l’étranger, nous avons un ss _ Nous déclarons encore une fois nul et non avenu un 1 pacte qui dispose de nous sans notre consentement. De La revendication de nos droits reste à jamais ouverte à . tous et à chacun dans la forme et dans la mesure que notre “conscience nous dictera. j Au moment de quitter cette enceinte où notre dignité ne : Ù nous permet plus de siéger, et malgré l”amertume de notre FRS douleur, la pensée suprême que nous trouvons au fond de …_ _ nos cœurs est une pensée de reconnaissance pour ceux qui,
- pendant six mois, n’ont pas cessé de nous défendre, et _ d’inaltérable attachement à la patrie dont nous sommes Ÿ É. is Nous vous suivrons de nos vœux et nous attendrons, ne. avec une confiance entière dans l’avenir, que la France : un. régénérée reprenne le cours de sa grande destinée. Le Vos frères d’Alsace et de Lorraine, séparés en ce moment be. de la famille commune, conserveront à la France, absente M _ de leurs foyers, une affection filiale, jusqu’au jour où elle …—. viendra y reprendre sa place. - Le sacrifice était consommé. DR. _ Les formalités suivirent un cours normal : discussions,
- à Bruxelles, pour arrêter les termes du traité définitif; 4 : signature du traité, à Francfort, le 10 mai; ratification _ par l’Assemblée Nationale, à Versailles, le 18. Pendant ce temps, une opération émouvante se pré- k
- parait : la réalisation du liséré vert. Aussitôt la mutilation décidée, on s’était occupé des mesures à prendre Ë | pour y procéder. Tandis que les plénipotentiaires franMES : ÿ . . « . « Çais et allemands examinaient, à Bruxelles, puis à …. Francfort, toutes les autres questions, une commission ; _ spéciale de délimitation était nommée pour fixer la
la carte au liséré vert
frontière nouvelle. (1) La commission commença ses travaux à Bruxelles, les continua à Francfort, et les acheva, jalons en mains, par les monts et par les plaines. IL faut suivre un instant ces hommes, leurs discussions, leur itinéraire, pour savoir comment se fit le territoire d’Alsace-Lorraine, pour pressentir quelles réalités, longuement douloureuses, de sentiment et d’intérêt allaient exprimer ces mots : démembrement du territoire, liens brisés avec la patrie.
M. de Bismarck avait dit, un jour, de la gloire qu’elle n’est pas une valeur cotée en Prusse. (2) Plénipotentiaires et commissaires purent s’en apercevoir rapidement. Et s’il est vrai que les négociations relatives à la capitulation de Paris eussent montré « le marchandage diplomatique » du vainqueur, ce mot d’Albert Sorel, (3) se vérifia encore en ce qui concernait, tout au long de la frontière projetée, les délimitations de terrains, — prises de possession immédiates et escomptes d’intérêts à
(1) La commission se composa, du côté français : du général Doutrelaine et du lieutenant-colonel du génie Laussedat, avec un ingénieur des ponts et chaussées, Gustave Renaud, comme adjoint; du côté allemand : du général von Strantz, de l’ingénieur des mines Hauchecorne, et d’un assesseur de régence, Herzog. Par la suite, prirent part également aux travaux de la commission : le capitaine Bouvier, aide de camp du général Doutrelaine, Krafft, ingénieur des ponts et chaussées, le garde du génie Laloy (Fran- çais); — le capitaine d’état-major Rhein, le géomètre Hufnagel (Allemands). C’est le lieutenant-colonel Laussedat (plus tard membre de lInstitut et directeur du Conservatoire des Arts-etMétiers) qui, en fait, le général Doutrelaine étant malade et souvent absent, soutint principalement, du côté français, le poids de la discussion et dirigea jusqu’à la fin le travail des commissaires français. Il a raconté les péripéties de sa mission dans son ouvrage intitulé : La Délimilation de la frontière franco-allemande, auquel nous nous sommes souvent reporté au cours de ce chapitre.
(2) Cité par A. Sorel, Hist. diplom. de la guerre fr.-all., t. IX, p. 187.
i. 4 M. Thiers avait bien obtenu, en modification au ë ù ; tracé primitif et général, de conserver Belfort, « la ville —. et les fortifications de Belfort », dit l’article 1° des : préliminaires du 26 février, &« avec un rayon qui sera 3 déterminé ultérieurement ». Mais les Allemands ne lâchaient pas Belfort sans demander une petite compensation, d’un autre côté. — D’abord, de Belfort, ils . lâchèrent le moins possible : sur « ce rayon qui sera déter- : 54 miné ultérieurement », la discussion fut longue et vive. “_ __ Laussedat et les Français soutenaient qu’avec un rayon ._ trop court, la rétrocession de Belfort devenait un leurre; Belfort enclavé dans un territoire désormais étranger, 3 ne serait plus d’aucune garantie pour la France; il À fallait entendre ce rayon comme le rayon militaire 1% d’une forteresse, équivalent à la portée de l’artillerie :
- au moins 10 kilomètres. Les Allemands, de leur côté, 4 résistaient, allant même, un jour, jusqu’à s’appuyer RS malicieusement sur notre loi des servitudes militaires,
ce qui aurait limité le rayon à 250 mètres du pied des
ca à glacis. On était loin de compte! On finit par s’entendre, ne à Francfort, sur 7 à 8 kilomètres. — Ensuite, pour comL penser la rétrocession de Belfort, ils demandaient plusieurs villages de la Moselle : Redange, Villerupt, 1 Aumetz, Sainte-Marie-aux-Chênes, Vionville : pour 54 payer le droit de « reporter notre frontière jusqu’à la 1 _ ligne des Vosges, — dit le vicomte de Meaux dans son ee rapport à l’Assemblée Nationale pour la ratification du 3 traité (18 mai 1871), (1) — rejoindre ainsi au nord le 4 ballon d’Alsace, et garder sur ce point, avec 6.000 hec- “4 tares, 27.000 Français de plus », nous abandonnerions ee. (1) Cf. Villefort, Recueil des traités, t. II, p. 93 sqq.
la carte au liséré vert 40 sur notre frontière du Luxembourg « une longueur de à 8 à 10 kilomètres, une superficie de 10.000 hectares et à une population de 7.000 Français ». C’était un peu plus 4 qu’il ne paraissait : « la perte de terrains miniers d’une 4 incontestable richesse et d’une qualité spéciale, la perte . surtout de quelques milliers de Français, qui devaient 1 croire leur sort fixé, et cette perte consentie par suite d’une transaction volontaire avec le vainqueur… » : L’humeur joviale d’un des négociateurs français, Pouyer- - k Quertier, qui plaisait à Bismarck, sauva du moins Vil- & lerupt : « … Je ne vous eusse pas obligé à devenir É 2 Français, dit-il au chancelier, et vous me faites Alle- É mand ! — Comment cela ?… Qui vous parle de prendre 4 votre Normandie ?… — La chose est pourtant bien me simple : je suis un des principaux actionnaires des à forges de Villerupt, et vous voyez bien que, de ce côté, vous me faites Allemand. » Et Villerupt resta fran- : Le 18 mai, l’Assemblée adopta les conclusions du É rapporteur, et l’échange fut consigné définitivement _ dans le traité. (2) Sans doute Belfort et son rayon, à i sa courageuse défense, de la victoire diplomatique Rs: remportée par Thiers, constituait un avantage intéres- 4 sant pour nous. Mais la compensation n’était pas mince — et les Allemands n’ignoraient pas quelle valeur indus à trielle avait la région qu’ils prenaient en échange : le SR principal Allemand de la commission de délimitation 1 était ingénieur des mines; et ce n’était pas seulement (1) Laussedat, Délimit. de la front., p. 51. É (2) Voir aux Annexes : premier alinéa de l’article 1 du traité 14
he pour des villages et des habitants qu’ils disputaient, à . mais pour un sous-sol riche, plein d’avenir monnayable : < de fait, l’exploitation du minerai de fer dans cette à région d’Aumetz et d’Hayange a considérablement aug- ë menté depuis la guerre, avec toutes les conséquences “ de l’exploitation prospère : augmentation du chiffre de 4 la population, augmentation du prix des terrains. (1) Ô È D’autres questions restaient encore à régler, réser4 vées d’un commun accord pour le tracé sur le terrain, k qui commença dans les premiers jours de juillet. l; Ce que fut ce voyage, on le devine aisément : le l lieutenant-colonel Laussedat, commissaire français, et à - Hauchecorne, l’ingénieur des mines, commissaire alle-
- mand, allant chacun de son côté, ne se parlant que É pour le service, quoique l’Allemand, vainqueur et con- $ tent, lui, eût fait l’aimable et proposé qu’on voyageât de compagnie, Reconnaissances de bornes déjà exisL. tantes (la frontière nouvelle coïincidait souvent avec les Fe anciennes limites de départements), examen des mappes ‘4 cadastrales, piquetage des sommets, plantations de à jalons, — opérations matérielles auxquelles le « sapeur » ‘4 Laussedat était habitué de longue date, mais sous lesFe quelles, cette fois, il sentait palpiter les âmes et lutter ; des intérêts puissants : ce n’était plus de la topographie,
c’était de l’humanité. Ce qu’on appelle d’habitude les
à impressions de voyage, avivait encore la sensibilité BE” du Français. Quand les commissaires arrivèrent à J Sainte-Marie-aux-Chènes, un des villages cédés en 5 …_ compensation de Belfort, il n’y avait plus une seule mai- ” son debout, pas une pièce où l’on pût trouver un abri :
(1) Cf. Laussedat, Délimit. de La front., p. 208 sqq.
la carte au liséré vert
occupée par les troupes pendant la journée de SaintPrivat, Sainte-Marie-aux-Chênes était encore un mon- Q ceau de décombres; « de rares habitants, raconte le À colonel Laussedat, cherchaïent dans des ruines les dé- | bris de leurs mobiliers. Sur uu seuil, une brave femme me demande s’il était vrai que Sainte-Marie-aux-Chênes allait devenir prussienne. Je fus bien obligé de répondre que oui : « Monsieur, fit-elle, jai trois enfants, trois fils; ils serviront la France quand même, et, s’il le faut, se 3 feront tuer pour elle. » Plus loin, sur la limite des communes de Beuvillers et de Boulange, tout le monde est présent au rendez-vous, excepté le maire de Boulange, un meunier, solide gaillard, qui finit par apparaître, de loin, se dandinant, interpellé par le commissaire allemand, qui le presse. Le maire ralentit encore. L’Allemand enfle la voix. « Ah ça ! dit le meunier en arrivant, croyez-vous que je sois si pressé de devenir Prussien?.. Excusez-moi, mon colonel, de vous avoir fait attendre, mais je suis bien sûr que vous ne m’en voulez pas,
. Sur le terrain donc, les discussions à la manière de Bruxelles et de Francfort recommencèrent, la politique des petites compensations se poursuivit, plus âpre parfois et plus pénible, précisément parce qu’on était sur le terrain même, homme à homme, face à face.
Le bois d’Avril, par exemple, fut très tentant : évalué en tant que forêt à près d’un million de francs et contenant sur toute l’étendue de ses 350 hectares du minerai de fer. Or, la petite commune de Crusnes, voisine de ce bois, et d’où dépendait aussi du minerai, avait été
…_ oubliée surla carte-base, mais, indubitablement, de par sa situation, elle devait rester en territoire français. | Pourtant, hameau d’Aumetz, aflirmait le commissaire allemand, elle doit suivre le sort d’Aumetz. Assertion inexacte, réplique le commissaire français : Crusnes est | tion énergique du Français, qui finit par obtenir gain de cause. Ce qui n’empêcha pas l’Allemand de demander une compensation : le bois d’Avril. Alors les rapports se tendirent, le commissaire français menaça de rompre, = s’obstinant à ce qu’il ne fût point question de compensation pour une cession à laquelle l’Allemand n’avait 2 manifestement aucun droit; il l’emporta encore : bataille gagnée, qui conserva à la France une commune de 600 à 700 hectares et de 372 habitants; comme disait M. de Meaux dans son rapport, « quand il s’agit du sol fran- çais, quand il s’agit surtout de familles françaises, il n’est pas une chaumière qui ne soit pour nous inappréciable, il n’est pas un effort que, dans notre désastre, nous puissions croire superflu ».
Mais le bois d’Avril restait désirable, et, manqué à propos de Crusnes, il revint en discussion à propos de Moyeuvre. Le fait de Moyeuvre nous offre un premier exemple des bouleversements économiques que le traité contenait en germe. Moyeuvre était le centre d’une puissante industrie métallurgique : les forges de
la famille de Wendel; et leur représentant avait vainement insisté, dans les pourparlers et négociations, à Versailles, à Berlin, à Bruxelles, à Francfort, pour que Moyeuvre restât en France : outre les sentiments des
; populations, les Wendel insistaient sur le péril qui,
la carte au liséré vert pour une si faible distance de la frontière nouvelle, | menacerait cette industrie, — région riche hier, peut- è être ruinée demain, si la séparation lui fermait ses anciens débouchés et jetait ses produits sur le marché è allemand déjà trop plein. Maïs le traité avait été signé | sans qu’on tint compte de cette réclamation, et, après examen des lieux, le bois d’Avril demeura français, ” Moyeuvre resta acquis aux vainqueurs, et le bois de Neufchef également, — que les Allemands avaient | déjà pris en vue de l’échange, au cas où la rétrocession 4 de Moyeuvre serait décidée, et qu’ils ne rendirent point, $ tout en gardant Moyeuvre. | Deux de ces rectifications de dernière heure furent 4 l’objet de pourparlers particulièrement intéressants : 5 l’une, à Igney-Avricourt, où le chemin de fer ParisStrasbourg franchit la frontière nouvelle, l’autre, dans la chaîne vosgienne, au-dessous du Donon, par où les | Allemands seraient, plus ou moins selon la solution qu’on adopterait, les maîtres des routes vers la Le chemin de fér d’intérêt local d’Avricourt à Blamont et à Cirey servait à amener jusqu’à la grande ligne Paris-Strasbourg (par Avricourt, point de jonction des deux lignes) les expéditions de la manufacture de glaces de Cirey, ainsi que divers produits agricoles, 5 industriels, forestiers de la région; le trafic pouvait même, non seulement s’embrancher sur Paris-Strasbourg, mais se continuer tout droit, au-delà d’Avricourt, par-dessus la grande ligne, jusqu’au canal de la Marne au Rhin, qu’une autre petite ligne, celle d’Avri-
n: _ court à Dieuze, rencontrait près de Moussey. Trafic …—._ inverse, également : de denrées alimentaires, et surtout Ke _ de matières premières pour l’industrie, qui, la houille 3 exceptée, venaient de France. Or, le tracé de la nou2 velle frontière faisait allemand tout un tronçon du 4 - chemin de fer Avricourt-Cirey, et, sur les dix-huit kilo- É, mètres qui séparent ces localités, aurait contraint voyageurs et marchandises à deux passages de douane : ; pertes de temps, formalités coûteuses, ruine probable 1 _ du chemin de fer, danger réel pour toute la région. Les commissaires français finirent par l’emporter : ils -_ obtinrent la rétrocession d’une parcelle du territoire d’Avricourt comprenant la gare et le territoire de la : petite commune d’Igney, le tout compris entre les deux cette dernière ligne restait tout entière sur territoire français. Mais on ne leur accorda pas davantage : ni la À voie Avricourt-Moussey, ni une neutralisation de Mous- : sey, — rien qui facilitât le raccord avec le canal de la ; Marne au Rhin. Et il fallut toujours donner une com- À pensation : la construction d’une gare, aux frais de la É France, entre les deux points d’embranchement des deux < petites lignes (Avricourt-Cirey-Blamont et AvricourtE — Moussey-Dieuze) sur la grande (Paris-Strasbourg). à Au Donon, la situation pouvait être, stratégiquement, Ÿ plus inquiétante qu’à Igney, et la solution fut moins satis4 faisante pour nous. La frontière, montant de la plaine, ; devait désormais suivre la ligne de faîte des Vosges. Or, ù: le canton de Schirmeck, dont la plus grande partie du Ë territoire était sur le versant oriental de la chaïne, fut, à à cause de ce principe de la ligne de faite, considéré à: comme alsacien et annexé avec le Bas-Rhin, quoiqu’il fit
la carte au liséré vert partie administrativement du département des Vosges. Donc, pour cette même raison, on aurait dû diviser le canton et laisser à la France ce qui lui en revenait géographiquement, sur le versant occidental de la montagne. Telle était la situation des deux villages de Raonsur-Plaine et de Raon-les-Leau; ce dernier même semblait, d’après le texte des préliminaires, devoir rester à la France et n’avoir été indiqué comme allemand que par une erreur du tracé vert. Mais les Allemands avaient d’autant plus d’intérêt à garder ces deux villages qu’ils leur livraient la clé de l’importante route qui, par les vallées de la Plaine et de la Meurthe, conduit à Lunéville. Exception illogique au principe de la ligne de faîte, — et injuste aussi, puisqu’elle découvrait notre territoire. Les commissaires français obtinrent, en fin de compte, la rétrocession, mais limitée, étroitement, des deux villages. Les forêts domaniales avoisinantes où, par un usage consacré dans ces pays forestiers, les habitants de Raon-les-Leau avaient le droit de prendre leur combustible, ces forêts restèrent aux Allemands et les gens du village furent privés d’une partie de leurs ; moyens d’existence. En outre, quoique les deux villages
redevinssent français, la frontière, au lieu de rester sur la ligne de faîte, continua de descendre sur le versant occidental et de découvrir le territoire français. — Ce n’est que par la convention additionnelle du 12 octobre 1851 que le sort d’Igney, de Raon-les-Leau, de Raon-surPlaine, les dernières localités incertaines, fut définitivement réglé.
.… Le grand Gœæthe avait dit, dans les champs de Valmy, qu’en ce jour, en ce lieu, commençait une ère
… nouvelle pour l’histoire du monde. Parole vaine. Quatre-
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vingts ans plus tard, l’ère ancienne n’était pas close. Les monarchies germaniques n’avaient jamais pardonné à la France la Révolution. Victorieuses de l’une par la
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guerre, elles prenaient encore leur revanche sur l’autre par une paix qui annexait le sol en contraignant les âmes : la force aidant, un droit historique discutable lemportait sur un droit national certain. L’AlsaceLorraine était désormais, aux yeux des chancelleries,
| allemande; et le liséré vert allait devenir, sur les cartes des écoles de France, un liséré noir.
On s’en souvient peut-être : Louis Blanc et plusieurs des orateurs qui avaient protesté à Bordeaux contre la à cessation de la guerre (r) s’étaient appuyés sur ce principe, entre autres, que la France n’avait pas le droit de sacrifier un morceau d’elle-même pour sauvegarder le reste, d’acheter son repos et son relèvement au prix d’une cession partielle de son territoire, moins encore au prix d’un abandon de ses citoyens. C’est pourtant ce qui se produisit finalement, — et ce qui explique la formule souvent employée : l’Alsace et la Lorraine furent la rançon de la France : être la rançon, c’est-à- dire payer de son existence ou de son bonheur l’existence et le bonheur d’autrui. Aussi, une fois la paix faite, quelque eflrayants désastres que la France ait subis, matériels et moraux, collectifs et individuels, elle reprit peu à peu sa vie normale, elle persévéra dans son être d’avant la guerre. Les Français restaient
. la carte au liséré vert FRET Français. Sans doute, les soldats ennemis occupaient | encore le territoire. Mais temporairement, jusqu’à ce que à les milliards fussent payés, et non comme une armée installée en maîtresse définitive. Le régime politique avait changé de nom; mais on restait toujours entre soi, le fond . des institutions et des habitudes ne variait point. Lechef de gare était le même que deux ans plus {ôt, on parlait au receveur des postes comme avant la guerre, on avait 3 affaire au même notaire, dans la même langue et les < mêmes formules, c’était la même histoire de France que Re les enfants apprenaient à l’école, on vendait aux mêmes | clients, et les jours de marché, c’était le même surveil- Le lant qui recommençait sa promenade, grogneur et bon 9 enfant. La plante n’avait qu’à reprendre des forces au soleil : pour continuer à vivre, elle n’avait ni à se déra- à ciner ni à s’acclimater à une atmosphère étrangère. Pour lAlsace-Lorraine, il n’en était pas de même. ; Quelle est sur les habitants d’un territoire la répercussion d’un transfert de souveraineté territoriale, quelle tourmente bouleverse les existences et les âmes parce que des gardes du génie ont déplacé des bornes et des poteaux, nous l’oublions facilement, au cours monotone de nos pacifiques existences. Loin des événements, l loin de la portion de pays qui en a le plus souffert, nous n’imaginons plus guère l’angoisse où vécurent, | pendant des mois, des milliers d’hommes, dont le Cœur ne voulait pas changer, — et dont la vie serait à refaire. En effet, devant les habitants du territoire annexé à l’Allemagne une question grave se posait, à résoudre _ immédiatement : devenir Allemands ou rester Français, ù et, du même coup, rester au pays, ou le quitter : car, entre la nationalité et le domicile, il y avait, de par le
| traité, un lien absolu. L’article 2 du traité définitif disait que « les sujets français originaires des terri-
- toires cédés, domiciliés actuellement sur ce territoire, qui entendront conserver la nationalité française » jouiraient jusqu’au 1° octobre 1872 « et moyennant une déclaration préalable faite à l’autorité compé- tente, de la faculté de transporter leur domicile en France et de s’y fixer,.… auquel cas la qualité de citoyens : français leur sera maintenue ». Faculté qui était en réalité une obligation, si l’on voulait rester Françâis; et une obligation de fait, non de forme : l’option pour la France, ou, tout simplement, l’option — c’est ainsi qu’on appela la déclaration préalable prescrite par | : l’article 2 — ne serait valable, que si elle était suivie, avant le 1° octobre 1872, d’une émigration réelle, transfert de la personne, du domicile, du principal établissement. Et l’on devait s’attendre à ce que cet article du traité fût, comme les autres, appliqué strictement. Discussions des plénipotentiaires, échanges de notes, rien qui püût faire croire au laisser-aller du vainqueur. Il n’y eut guère qu’un point à propos duquel les Alle- | mands condescendirent à étendre la lettre du traité : « la faculté de transporter leur domicile en France » Ë parut vraiment trop restrictive, et l’on reconnut que : l’option des émigrants devait être valable pourvu qu’ils À émigrassent en fait, hors d’Alsace-Lorraine, mais dans 4 quelque direction que ce fût. Sur tout le reste, rigouk reusement, les Allemands allèrent jusqu’au bout du 4 droit que le traité leur concédait. Non seulement les
- originaires, les originaires domiciliés, comme il est dit 4 à l’article 2, seraient astreints à l’obligation d’opter et q de partir, s’ils voulaient rester Français, mais encore
la carte au liséré vert les non-originaires, c’est-à-dire les Français natifs d’autres départements, et domiciliés dans ceux d’Alsace et de Lorraine. Non seulement les majeurs, mais les mineurs aussi, et immédiatement, malgré les efforts des plénipotentiaires français qui avaient demandé instamment que le délai de loption fût reculé pour les mineurs jusqu’à l’époque de leur majorité; même, le gouvernement allemand n’admit pas que l’option des mineurs pût se faire valablement dans un sens autre que celui de leurs représentants légaux. Ajoutez qu’au lieu de laisser aux tribunaux le soin de régler les questions de nationalité douteuses, l’administration allemande prit sur elle de les trancher de sa propre : autorité. (1) — En un mot, l’Allemagne veillerait rigoureusement : il ne fallait pas compter sur des indulgences, des délais et des détours. Il fallait se décider, tout de suite; décision grave, qu’elle fût de partir ou de rester. Partir? Hélas! il ne s’agit plus de s’en aller loin de son pays, à l’âge des longs espoirs et par esprit d’aven- ; ture, pour faire fortune ailleurs et revenir quand on voudrait, — mais, pour la plupart, d’abandonner, hommes mûrs ou vieillards, des situations conquises, des habitudes chères, le ferme espoir d’une fin de carrière tranquille, et aussi la quasi-certitude de « toucher » les indemnités compensatrices aux dommages causés par (1) D’où certaines interprétations unilatérales du traité, qui eurent parfois de singulières conséquences : individus à deux nationalités, ou sans nationalité. Du reste, et sans entrer dans les questions d’espèces, on peut noter ici que les domiciliés non originaires, dont il a été question tout à l’heure, restèrent Fran- çais de plein droit au point de vue français, tandis qu’aux yeux de lPadministration allemande, ils devaient émigrer pour ne point
la guerre, tandis que, si l’on partait… Et puis, où était le devoir, le devoir envers la France? Laisserait-on la place vide, à la plus grande commodité du flot de *
- remplaçants qu’enverrait la Germanie? Mais, rester. | Il faut se placer, pour bien saisir le tragique de cette situation, à l’heure où tout le souvenir remplissait . encore toutes les âmes, du village effaré et meurtri | pour s’être trouvé pris un jour dans le hasard des combinaisons stratégiques, du chef de détachement prussien ou bavarois appelant maire et adjoints aux pieds de son cheval pour imposer à la commune une contribution de guerre, des blessés pantelants sur les civières et des femmes aflolées dans les caves; où tout | ce qu’on aurait pu dire sur la fraternité des peuples, | comme l’illusion de quelques-uns y excellait trois ou ù quatre années plus tôt, n’empêclhiait pas qu’on eût 3 vu, de ses yeux vu, le général Werder, surnommé ; Mœærder, « le Meurtrier », entrer dans Strasbourg ë qu’il avait bombardée trente et un jours, — et sur les e murs des villages, s’étaler en un français barbare #4 la rude menace des envahisseurs. (1) On ne sophistiss quait plus. L’étranger était là, vainqueur et ennemi. £ Le fils, si l’on restait, devrait, peut-être bientôt, “ endosser cet uniforme… Aussi n’y eut-il pas un être A humain, entre la frontière d’hier et celle d’aujourd’hui, Pa (1) Faut-il rappeler ici la plus barbare d’entre elles, — barbarie du fond et de la forme”? « Avis. — La plus revêche surveillance à 3 la sûreté du chemin de fer et d’étape. — Le pont de chemin de fer, C tout près de Fontenoy, aux environs de Toul aujourd’hui la nuit 4 fait sauter. — Pour le punition la village de Fontenoy fût brûlée ÿ de fond en comble. — Le même sort tombera aux lieux, dans F3 lesquels quelquechose arrive de semblable. — Toul, le 22 janvier = 1871. — Le commandant d’étapes : von Schmadel. » (Mur. d’Als.-
la carte au liséré vert dans l’esprit et dans le cœur duquel ne s’agitât à la fois une question de conscience, — et une question d’avenir
- personnel : pour tous délicate à résoudre, féconde * en discussions avec soi-même et pleine d’imprévus ; Aux fonctionnaires mêmes, dont la vie semble : garantie contre la mauvaise fortune par la providence de l’État qu’ils ont toujours servi, l’avenir ne paraissait plus tranquille et simple, comme une route toute droite sur laquelle on n’avait qu’à cheminer sans souci jusqu’à E la retraite, dans ce pays où il faisait bon vivre et qui, à : pour beaucoup d’entre eux, était leur pays. (1) D’une à part, l’administration nouvelle faisait prévoir des ; . . 23 augmentations de solde, des promotions de grade; : mais, c’était l’administration allemande. D’autre part, à quelles que fussent les bonnes intentions de la mère- | patrie, elle ne pourrait faire rentrer dans ses cadres, F du jour au lendemain, — peut-être même jamais, — 1 tout ce que déverseraient de disponibles les départe- È ments séparés d’elle. Lorsque fut faite à l’Assemblée Nationale la proposition que « les fonctionnaires qui ont refusé leurs services à la Prusse continueront à à recevoir de la France tout ou partie des émoluments : attachés aux fonctions qu’ils remplissaient dans les à provinces conquises, jusqu’au jour où ils refuseraient F un emploi équivalent dans l’administration à laquelle i (1) A. Dumont, Admin. et Propag:., p. 41 : « La France, qui mavait 4 jamais cherché à faire disparaître l’idiome alsacien devant le É français, nommait de préférence en Alsace des hommes origi- Le. naires du pays. C’était là une conduite libérale, les intérêts de à l’Etat n’ont jamais eu à en souffrir, et la province, administrée en grande partie par ses concitoyens, gardait ainsi une sorte à
< qois appartenaient », la commission d’initiative parle-
- mentaire convint que cette proposition « provoquait ; Le _tout d’abord la sympathie », mais demanda qu’on ne à la prit point en considération : adoptée, elle entrainerait
l’Assemblée dans une voie dangereuse : ï
| = Les malheurs particuliers, fruits du dévouement au 3 devoir et à la patrie, ont été tellement nombreux dans “ _ cette cruelle année, on les rencontre dans des situations si …_ diverses sur une grande partie de notre territoire, que l’on ne saurait espérer de les réparer par des allocations -__ directes. Les ressources de l’État, quelle qu’en soit encore Re, la fécondité, ne sauraient être détournées de leur but de É . délivrance et de réorganisation générale… L’exception solli4 citée ici en faveur de certains fonctionnaires a paru, = d’autre part, à plusieurs membres de la commission, pouL voir d’autant moins être accueillie, qu’à leurs yeux elle
- semblerait consacrer cette erreur que les fonctions sont …._ une sorte de propriété. _ Toutefois, la commission jugea « convenable de témoigner de l’intérêt que lui paraissaient mériter les » ” fonctionnaires signalés et ceux dont la position est % = analogue »; que « le pouvoir exécutif, dont ils relèvent, E . peut apprécier quelle a été leur attitude devant l’ennemi, “_ dans tout territoire envahi », et leur accorder de préfé- ._ rence, « soit de nouveaux postes, soit des avancements 4 réparateurs ». (1) — Les fonctionnaires pouvaient donc . E espérer, s’ils rentraient en France, en des appuis bien- —_ veillants; mais la concurrence serait forte, et la certi- … tude leur échappait. « (1) Proposition Lucien Brun, etc.; conclusions de la commission
- adoptées par l’Assemblée Nationale le 31 mars 1852. (Villefort, #4 … Recueil des traités, t. IL, p. 382-3)
la carte au liséré vert Les plus importants d’entre eux, (1) les magistrats, pouvaient être particulièrement intéressants pour le vainqueur : à cause du sens qu’on aurait donné à leur conversion, de l’éclat de leur dignité, de leur situation brillante dans le monde. Au contraire, ne seraïent-ils û pas obligés de lutter, en France, pour retrouver l’équivalent de ce qu’ils perdaient? Une chambre nouvelle fut bien créée à la Cour d’Appel de Nancy (loi du 25 mars 1872), mais elle n’était que temporaire au moment de sa création (elle ne devint définitive qu’à partir de 1875); en outre, cette chambre était surtout destinée aux ex-magistrats de la Cour d’Appel de Metz, dont le ressort n’avait pas entièrement disparu comme celui de Colmar et, subsistant partiellement, avait besoin d’une juridiction pro parte : elle ne pourrait donc sufñire à recueillir, avec ceux de Metz, tous les autres, grands | : magistrats de Colmar, petits juges de partout ailleurs; | enfin, le style de certains articles de la loi n’était pas très encourageant. (2) Mais, d’autre part, le régime allemand préludait sur un mode qui avait de quoi effrayer les consciences : on ne pouvait espérer en quelque (1) Je ne parle pas des préfets et sous-préfets, représentants directs de l’autorité française, qui disparurent avec elle. : (2) « Article 7. — Les magistrats des cours et tribunaux et les juges de paix qui auront perdu leur siège par suite des abandons de territoire consignés au traité de paix, et qui ne sont pas encore | replacés, pourront, s’ils comptent au moins dix ans de service rétribué, être admis à faire valoir leurs droits à une retraite proportionnelle. Cette mise à la retraite pourra être appliquée | d’office aux membres des parquets et aux juges de paix. La pension sera du sixième du traitement pour dix ans de service… Le traitement d’après lequel elle sera calculée sera le traitement | moyen des six dernières années… — Article 8. — Le traitement des magistrats des ressorts de Metz et de Colmar non replacés et ; non admis à la retraite continuera à leur être servi pendant l’année 1872. » (Villefort, Recueil des traités, t. 1, p. 334) ?
période de réorganisation lente et de transition favorable à l’accoutumance, quand on savait qu’il avait prétendu faire rendre la justice « au nom des hautes puissances allemandes », dès l’occupation; ni douter de son mépris du passé, quand on avait entendu le procureur Popp, inaugurant le tribunal de Strasbourg, célé- brer pompeusement la défaite de la « nation avide de gloire et de butin », la « délivrance » des deux provinces « qui sont notre sang et notre chair », et rappeler aux juges qu’ils ont à leur disposition, pour continuer l’œuvre commencée, « toutes les sévérités de la loi », que « la clémence serait une faute, la modération un danger »… (1) Ils seraient obligés, ces magistrats français d’hier, de faire servir les lois françaises subsistantes à la consolidation du régime nouveau, de veiller à l’exécution de toutes les mesures de police qu’il plairait à l’administration allemande d’édicter, de plier la fierté de leur tradition française à l’emploi de la langue du vainqueur. Tous, excepté six, | Mais les fonctionnaires de la justice n’étaient qu’un état-major sans troupes. D’autres — ceux de l’instruction publique, par exemple, ou des postes — consti- | tuaient une véritable armée. Partout, les chefs de service partirent, avec l’espoir d’une « mutation » plus facile, ayant souvent, plus que leurs subordonnés, les moyens de l’attendre, plus conscients aussi de leur ; responsabilité exemplaire. Les Facultés de Strasbourg se dispersèrent, certaines cherchant un point de ralliement de l’autre côté de la frontière : c’est ainsi que la (1) A. de Rappolstein, A/s.-Lorr., p. 15.
la carte au liséré vert M, Faculté de médecine, pourtant composée en grande partie d’indigènes, émigra vers l’ « École Prépara- £ toire » de Nancy, qui, grâce à cet apport alsacien Bernheim, agrégés), fut aussitôt promue Faculté; tandis que plusieurs des anciens professeurs et agrégés qui ne quittaient pas Strasbourg, y formèrent, sous la direction de l’un d’eux, Ch. Schuizenberger, une « École de médecine autonome », qui sut prouver que le pays « possédait en lui-même assez d’éléments scientifiques pour assurer, dans le présent et peut-être dans l’avenir, l’instruction supérieure à ses enfants », (1) — mais qui ne dura qu’un an, le gouvernement ayant « jugé cette existence incompatible avec celle de l’Université de l’État allemand ». (2) Trois ou quatre des anciens professeurs de la Faculté française acceptèrent les propositions de l’Université allemande; d’autres, de ceux qui étaient restés également à Strasbourg, aimèrent mieux renoncer à l’enseignement officiel : l’illustre Kœæberlé brisa sa carrière magistrale; Eugène Bæœckel se contenta l d’avoir comme disciples les internes que réunissait autour de lui sa situation de chirurgien en chef de l’hôpital civil. (3) Une de ces Facultés strasbourgeoises était plus spéciale au pays même, et peut-être, quittant l’Alsace, ses membres seraient-ils encore plus désemparés que d’autres : les professeurs de la Faculté de a (x) Schutzenberger, Rapp. sur les trav., p. 5.
_ théologie protestante, tous luthériens, sauf un, ne #4 pouvaient guère songer à se replacer en France, où il ‘
- n’y avait qu’une Faculté sœur, ou demi-sœur, la Faculté, .. réformée, de Montauban; et ce n’est qu’en 1877 que devait « être créée la Faculté de théologie protestante de Paris, “ souvenir et débris de celle de Strasbourg. Pourtant, -… les « théologiens » suivirent le sort commun; Sabatier, e. Lichtenberger, Colani, s’en allèrent, leur rêve évanoui : j une longue suite de souvenirs communs (une sorte de À protestantisme de la vallée du Rhin), une culture intel- …—_ Jlectuelle où ils se plaisaient à faire large place à . élément germanique, leur avaient laissé croire long- Se temps que l’Alsace était et serait toujours un trait d’union entre la France et l’Allemagne. Dans l’ensei-
- gnement secondaire, les lycées se vidèrent de leur personnel français : non seulement des professeurs …_ venus de la France intérieure, mais encore des indi- » gènes, et quoique l’administration nouvelle leur fit
- immédiatement des offres séduisantes: du gymnase … protestant aussi, (1) quand on sut qu’il faudrait adopter
- le programme allemand et enseigner en allemand, ce
- fut un exode : Leser, Buisson, Boucher, Cottler…
4 Mais il y avait aussi la foule, la foule des institu- —_ teurs, la foule de tous les fonctionnaires subalternes, … greffiers, employés des postes, facteurs, sergents de 4 (1) Le gymnase protestant de Strasbourg, institution vieille de
plus de trois siècles ; était un établissement libre et, si je parle “ ici de ses professeurs, quoiqu’ils ne fussent pas proprement d’Etat, —_ ce n’est pas seulement parce que la confirmation par l’Etat leur … conférait une sorte d’assimilation avec leurs collègues du lycée, …_ mais encore à cause du rôle considérable qu’il jouait, à côté du lycée, dans l’éducation de la jeune bourgeoisié strasbour-
la carte au liséré vert ville, la foule de tous ceux qui sont plus liés au sol, qui vivent davantage — appoint souvent indispensable au traitement — dans la maïson et de la terre paternelles. Devinez-vous l’état d’âme de cet instituteur | des environs de Phalsbourg, attaché à son canton par mille liens d’affection et d’intérêts, qui, sans bouger, allait recevoir des Allemands une augmentation de traitement, et auquel l’administration française offrait, comme seule équivalence disponible, un poste aux Bouhits, commune de Lèves, arrondissement de Li- ‘ bourne ? Et puis, toujours, où était le devoir ? Un jour, le recteur de l’Académie de Nancy vint se promener dans une petite ville de la Lorraine récemment annexée, fit appeler discrètement un des instituteurs, qu’il connaissait et appréciait depuis longtemps, et lui transmit, en causant, l’avis formel de M. Thiers : qu’il fallait rester, espérer. Malgré tout ce qui les retenait, beaucoup partirent, ou, restant, coururent les chances d’une autre Carrière. Aux uns, l’administration allemande faisait peur, pour eux-mêmes : elle affecte volontiers une allure militaire, joue gravement du costume et du grade, et passer ses journées en uniforme derrière un guichet postal, ce serait encore porter leur uniforme, entrer timidement dans leur hiérarchie hautaine. Pour d’autres, les instituteurs, qui ne « servent » pas seulement de leur personne, — gêne intime et limitée, — mais qui, audelà d’elle, engagent l’avenir, il leur faudrait enseigner l’histoire allemande, et à l’allemande : méthode patriotique, ardemment, presque exclusivement, qui ne se préoccupe guère de faire à l’usage des écoles primaires de la science impartiale et sereine : l’Allemagne, « bienfaisante à tous, à personne redoutable »; Charle106
_ magne, empereur allemand, rien qu’allemand; (1) l’AIsace insidieusement ravie par Louis XIII et Louis XIV,
. mais Frédéric II proclamé grand roi pour avoir pris la Silésie; (2) l’Allemagne touchant, au nord, la Baltique | et la mer du Nord jusqu’à Calais; à l’ouest, les collines qui vont du Cap Gris-Nez jusqu’à l’Argonne incluse, . » les Faucilles, iles hauteurs entre Rhin et Rhône, le Jura jusqu’au lac de Genève, — enveloppant ainsi sans hésitation le Danemark, un peu de Belgique, un peu de Hollande, un peu de Suisse, pas mal de France (5) : harmonieuse unité, comme on voit, tandis que, des 36.000.000 d’habitants de la France, il faut déduire des Bohémiens et des Cagots, des Basques et des Italiens, des Wallons et des Bretons, par centaines de mille : il n’y a guère de vrais Français, Normal-Franzosen, que
dans l’Ile-de-France. (4) Il faudrait bien — conséquence
… fatale de cette méthode germanocentriste — se mettre
| nissen geschildert, von Prof. Doct. Daniel, deux volumes, Leipzig,
1870 : cité par E. Lavisse, Un livre français et un livre allemand sur l’Allemagne (Revue des Deux-Mondes, 15 juin 1875).
(2) Histoire d’Allemagne, par Kohlrausch, « ancien professeur, inspecteur général de toutes les écoles supérieures du royaume de Hanovre, ouvrage paru peu avant 1840 et qui, tiré à un grand
et le parti pris contre la France s’y manifestent crûment ».(J. Heimweh, Triple Alliance et Als.-Lorr., p. 23)
(3) Deutschland nach seinen.…. : voir plus haut.
ë (4) Handbuch der Erdkunde, von A. Hummel, 1856 : cité par Bru- ; netière (Un manuel allemand de géographie, dans Revue des DeuxMondes, 1* juin 1876), qui fait remarquer que l’auteur est professeur dans un séminaire, qu’il s’agit d’un ouvrage sérieux et % d’enseignement. Ce dernier livre est, il est vrai, par sa date de 7 publication, de quatre ou cinq années postérieur à l’époque où nous —_ nous plaçons dans ce chapitre; ce n’est pourtant pas un anachro- £ nisme que de le citer ici : cette histoire et cette géographie tendancieuses ne furent ni d’un moment, ni d’un livre unique. On : hésite à citer davantage : « Les habitants de la Champagne sont
apparentés de très près aux Lorrains orientaux; leur stature im-
la carte au liséré vert SÉPARER
à enseigner que l’annexion récente de l”Alsace-Lorraine ne fut pas, pour les Allemands, une conquête (Zroberung), mais une reprise (Zurückeroberung)… Dans. cette atmosphère étrangère, des fonctionnaires français pourraient-ils vivre? A le tenter même, beaucoup en éprouvaient d’avance comme une honte. De tous ces
$ modestes, à qui l’avenir, s’ils partaient, serait plus diffcile qu’aux grands, et dont la fidélité serait moins glorieuse, beaucoup s’en allèrent, donnant par leur dé- part la preuve héroïque, et qu’on regardait généralement alors comme la plus significative, de leur attache- - ment aux vaincus : à la fin de 1872, 26 °/, seulement des fonctionnaires de l’Alsace-Lorraine étaient AlsaciensLorrains d’origine. (1) Quant à ceux qui restèrent; ce fut rarement par quelque souplesse d’ambition mauvaise, mais par impossibilité matérielle, contraints, et dans un état d’esprit qui n’avait rien du renégat :
Il est certain, dit la Gazette d’Augsbourg, (2) que le sentiment de la fausse et intenable position où ils [les Alsaciensposante, leurs cheveux blonds, leurs yeux bleus, tout rappelle que l’Allemagne n’est pas loin. » « Dans les veines du Normand bat encore, à ne s’y pas méprendre, un sang germanique… De là son aptitude aux affaires, son habileté, son coup d’œil… Cest un arrière-souvenir du temps des anciens rois de mer. »« La Bourgogne est, de toute la France, la province qui ressemble le plus à PAllemagne… Même dans la grande ville industrielle de Lyon, c’est à peine, comme enfin dans toutesles contrées avoisinantes, si l’on rencontre quelques traces de l’inconsistance et de la frivolité françaises. »
« En Languedoc, la raceest forte, sérieuse: … c’est que, dans ces contirées, les conquérants Visigoths ont détruit l’élément gaulois, ou du . moins y ont mêlé une forte proportion de sang germanique… » Etc.
(1) Relevé général de tous les fonctionnaires supérieurs, subalternes et employés de l’administration, y compris ceux des contributions directes et de la justice, selon leur ancienne nationalité, publié par le Courrier du Bas-Rhin (janvier 1873) : Prussiens : 46°; Alsaciens-Lorrains : 26 °.; Bavarois : 9 °L:; le reste : Allemands d’autres Etats, Luxembourgeois, Suisses.
(2) Citée dans le Journal d’Alsace, 11 décembre 1873. 1
| Lorrains qui auraient accepté des fonctions publiques] se trouveraient, a empêché un grand nombre d’Alsaciens et de Lorrains, anciens fonctionnaires français, de prendre du service dans l’administration allemande. Une pareille conduite n’était possible que pour ceux qui étaient animés d’opinions politiques indifférentes et pour le petit nombre qui applaudissaient à la séparation -d’avec la France… A Berlin, on semble avoir été d’un avis différent; autrement on n’aurait pas fait diverses tentatives pour avoir des Alsaciens et des Lorrains comme fonctionnaires. Mais il est heureux que les intéressés aient apprécié correctement la position où ils se seraient mis. En peu de temps la plupart d’entre eux auraient perdu toute considération auprès de leurs compatriotes, ou bien auraient été poussés dans une opposition fort fàächeuse contre le gouvernement…
. Les ecclésiastiques avaient, plus que tous autres, avant de se déterminer dans langoissante question, le droit et le devoir de porter leurs regards autour d’eux, leur fonction étant toute d’influence morale et de direction : si, dans ces pays, il ne s’agissait pas ! d’obéissance aveugle aux clergés — la finesse volontiers joviale des populations s’y serait opposée, — du moins les entourait-on, en général, de déférence cordiale
et d’affection. La plupart des ecclésiastiques restèrent.
. Ils auraient, une fois partis, rencontré beaucoup de
. difficultés personnelles ? Sans doute; car, de quelqu’un
-_ des trois cultes qu’ils fussent les ministres, ils ne retrou-
veraient pas, du jour au lendemain, à poursuivre leur
…— ministère ailleurs : les curés, à cause de leur nombre
à absolu, les pasteurs et les rabbins, moins encore, à
: cause de leur nombre relatif: hors de l’Alsace, il n’y avait
Ë que trois ou quatre autres grandes régions protestantes
‘ en France; hors de l’Alsace et de la Lorraine, il n’y avait
_ presque pas de communautés israélites (celies du Midi
la carte au liséré vert
étaient d’un rite différent). Mais d’autres raisons plus hautes les retenaient aussi, et ils se trouveraient parfois, en restant, dans des situations si pénibles que l’émigration ne l’eût pas été davantage : leurs sentiments n’étaient pas douteux, et il ne leur convenait pas de les cacher. Pour les prêtres catholiques, les conséquences du traité étaient d’autant plus à craindre, qu’il les mettait dans la dépendance d’un État protestant. Un incident grave, qui se produisit entre la signature du traité et la date fatale de l’option, put leur faire comprendre que l’autorité nouvelle entendrait être respectée. L’article 6 du traité de Francfort avait stipulé que « les hautes parties contractantes, étant d’avis que les circonscriptions diocésaines des territoires cédés à l’Empire allemand doivent coïncider avec la nouvelle frontière…, se concerteront, après la ratification du présent traité, sans retard, sur les mesures à prendre en commun à cet effet ». Quel serait exactement ce transfert d’obé- dience? Les deux évêchés d’Alsace-Lorraine, soustraits désormais à la juridiction métropolitaine de l’archevêque de Besançon, seraient-ils, comme jadis, suffragants d’archevêchés allemands, Metz, de Trèves, et Strasbourg, de Mayence? En fait, la lutte du chancelier
et du pape devait faire traîner un peu le « sans retard » | de l’article 6. Une lettre pastorale de l’évêque de Nancy provoqua, sans intention, mais non sans tumulte, le règlement de la question. Par cette lettre, du 26 juillet 1872, lue en chaire dans toutes les paroïsses de son dio- : cèse, y compris les annexées, (1) Mgr. Foulon annonçait
cembre 1871 et en attendant les arrangements définitifs prévus ë par l’article 6 du traité de Francfort, les évêques établis dans les
pour le ro septembre la fête du couronnement de NotreDame-de-Sion, invitant les fidèles à venir prier pour que la patrie « méritât de voir bientôt se lever sur elle _ des jours meilleurs », rappelant la « guerre formidable qui a désolé notre chère Lorraine et la paix désastreuse qui l’a mutilée. » Trois passages de la lettre ayant été … déclarés séditieux par le gouvernement allemand, trente prêtres furent choisis au hasard parmi les deux cents qui s’étaient rendus coupables de la lecture publique, et traduits devant le tribunal de Metz, qui les condamna à huit et quinze jours de forteresse. L’évêque de Nancy fut condamné à deux mois de la même peine, par contumace; il ne pouvait plus reparaître dans son … diocèse, et l’administration lui en serait désormais
- impossible. (1) C’est alors que le Saint-Siège s’occupa, “ sur la proposition du gouvernement français, de régulariser la situation : le pape décréta les limites nouvelles des circonscriptions, le rattachement aux évêchés de Strasbourg et de Metz de tout ce qui était sur territoire alsacien-lorrain, — et de ces deux évêchés, direc- … tement, au Saint-Siège. (2) Mais, avant qu”intervint cette … solution élégante, l’affaire de la lettre pastorale avait produit une impression profonde, et qui pouvait faire : diocèses traversés par la nouvelle frontière, conservaient « dans toute son étendue » leur autorité spirituelle et restaient « libres de pourvoir aux besoins religieux des populations confiées à Fr (1) F. Klein (abbé), Dupont des Loges, p. 341. s (2) Décrets pontificaux des 10 et 14 juillet 1874 : « … ut Argen- … diatam, erga Sanctam Sedem apostolicam, in ecclesiasticis et spiritualibus subjectionem. » (Villefort, Recueil des traités, {. IV, p. 127)
la carte au liséré pert VOTES hésiter : on serait sans doute, en restant, à la merci c du pouvoir nouveau, d’un pouvoir dont l’hostilité poli tique s’aggraverait peut-être d’hostilité religieuse, d’un : gouvernement qui aurait la main lourde le jour où il l’abattrait sur les fonctionnaires catholiques et qui … saurait inventer « l’état de siège dans les affaires ecclé- siastiques » (1) : l’ère du ÆXulturkampf s’ouvrait. Pour: tant, ils restèrent. Dans la tourmente, où le temporel | n’était pas seul en cause, ils sentaient peser sur eux. « les grandes responsabilités d’autrefois; la situation
tragique où se débattait le petit pays, rappelait à toutes les mémoires les gestes traditionnels des temps troublés : puisque son caractère sacré est capable de J forcer le respect, d’arrêter la menace du vainqueur, le prêtre n’abandonne pas son troupeau malheureux. ! L’évèque de Metz, qui, à l’inauguration du monument du cimetière Chambière, (2) avait terminé son allocution improvisée en rappelant, au milieu des sanglots de à la foule, la recommandation de saint Paul aux fidèles : Ë
qu’il ne fallait pas « s’attrister comme ceux qui n’ont point d’espérance », — l’évêque de Metz, l’admirable Dupont des Loges, donnerait l’exemple de la tutelle F courageuse sur les fidèles, de la correction digne à l’égard du gouvernement, sans rien renier de « la fidé- lité à son passé » et de « la religion de ses souvenirs ».(3) Pour être coreligionnaires des nouveaux maîtres, et | (1) Cette expression spirituelle est du chanoine Dacheux (Cathé-
drale de Strasbourg, p. 59).
(2) 7 septembre 1851. Monument élevé à la mémoire des soldats français morts pendant le siège de Metz. 5 (3) F. Klein, Dupont des Loges : derniers mots de la lettre de
Mgr. Dupont des Loges au feld-maréchal de Manteuffel, quand il x refusa la croix de la Couronne de Fer (16 décembre 1876). .
| parce que succédait pour eux, à l’inconvénient d’avoir
… été minorité dans l’Empire français, l’avantage d’être, nu: dans l’Empire allemand, de la religion de l’Etat, la ss des ministres protestants n’en était que plus — délicate. On avait tant accusé les protestants de É < _ sympathie suspecte pour l’Allemagne ! Le baron Pron,
à préfet du Bas-Rhin, disait, au début de la guerre, qu’ils … tendaient la main aux Prussiens. (1) Pendant le bombar-
__ dement de Strasbourg, on raconta que les batteries | prussiennes, dont les obus pleuvaient sur la cathédrale, _ respectaient le quartier de leur temple Saint-Thomas (2) D. jusqu’à ce que les faits démentissent d’eux-mêmes à % . cette calomnie. Les pasteurs tiendraient donc d’autant plus à honneur de proclamer leurs sentiments patrio- . tiques. Et puis, ils savaient bien que les vainqueurs ne ; … s’arréteraient pas, en matière d’administration, à des
- considérations de religion commune : on avait parlé _ tout de suite de supprimer le séminaire protestant,
‘4 parce que cette institution, qui n’avait pas d’analogue
en Allemagne, était relativement indépendante du . gouvernement, et de le remplacer par des cours à
- l’Université nouvelle, mais dont la Fondation Saint-
_ Thomas aurait la charge financière sans avoir en même
| temps le droit de nomination et de contrôle. Certes des
_ défaillances allaient se produire, mais exceptionnelles :
_ rester, ce serait, pour quelques-uns peut-être, faire leur
De cour au régime nouveau, profiter de la communauté
des traditions pour se rapprocher de lui; pour les Ù autres, au contraire, empêcher l’invasion des pasteurs
D CCG Fischbach, Siège de Stre, p.55.
la carte au liséré vert d’outre-Rhin qui ne manqueraïient pas de venir, officiants à la suite, sanctifier le résultat de cette guerre tant évangélique. Lorsque, quelques semaines après l’entrée des Allemands, inaugurant à Strasbourg une série de conférences au profit des victimes de la guerre en France, Sabatier, professeur à la Faculté de théologie - protestante, prit pour sujet : Guillaume le Taciturne, et termina par cette péroraison : QÏl a résumé lui-même Hollande et à tous les peuples opprimés comme l’immortelle protestation du droit courbé sous la force : Je maintiendrai ; il n’a eu, pour être ce qu’il a été, qu’à lui rester fidèle »; (1) lorsqu’aux offres de l’Université allemande Lichtenberger répondit en montant une dernière fois dans la chaire de Saint-Nicolas pour y prononcer son sermon sur l’Alsace en Deuil, (2) l’émotion des pasteurs venus en foule pour les écouter, montra bien qu’une sympathie intellectuelle pour les protestants d’outre-Rhin n’emportait pas nécessairement l’acquiescement des cœurs, dussent les Allemands surpris témoigner de cette hostilité une irritation supplémentaire. (3) Les rabbins, enfin, avaient une raison de plus de souffrir du malheur présent. Nés, presque tous, dans les petits villages d’Alsace, ayant très vif le sens familial du clocher, instruits au séminaire de Metz, ils étaient profondément « du pays », et reconnaissants avec ardeur à la France de ce que la Révolution avait fait pour les Juifs : l’annexion à l’Allemagne, c’était un retour en arrière, très loin. Le grand-rabbin de Metz, G) 16 janvier 1872. Cité par H. Dartigue, Aug. Sabatier à Str.
| le grand-rabbin de Colmar, s’en allèrent; celui-ci, dans …_ un dernier sermon, avant de quitter son temple, exprima des sentiments qu’il savait être ceux de tous les autres. Il se justifia « de ne pas rester au milieu de son troupeau » : qu’il ne pouvait parler et agir contre sa conscience, prêcher, comme on ne manquerait pas de le lui demander, « l’oubli du passé, la résignation au fait accompli », l’amour d’une patrie qu’il ne saurait | éprouver lui-même ; « dans tous les cœurs vit l’espé- rance de voir le droit reprendre son empire, de voir l’Alsace rendue au pays… dont on ne parviendra jamais à détacher son âme; cette espérance est la mienne, et, quand elle se réalisera, oh! alors, vous m’appellerez, n’est-ce pas? mes frères ; et moi, partout où je serai, 4 j’accourrai.. » (1) Par ce mot final d’espérance le rabbin : qui allait partir rejoignait le grand évêque qui restait. Ecclésiastiques de tous cultes, émargeant au budget de l’État, sont encore des fonctionnaires. D’autres, qui ne le sont pas, n’en ont pas moins le droit de se reposer sur l’État, ayant acheté par quelque contrat sa garantie. Or, les mécanismes intérieurs de deux États voisins ne sont pas nécessairement identiques, les rouages de l’un peuvent ne pas exister dans l’autre, ou y fonctionner différemment. Ainsi les notaires, propriétaires de leurs | charges en France, fonctionnaires en Allemagne. L’Allemagne reconnaîtrait-elle leur droit de propriété aux notaires d’Alsace et de Lorraine ? ou allait-elle, comme le | bruit en courait, « briser le notariat » dans les territoires conquis ? Le gouvernement français réussit à faire recon- à naître cette propriété par les plénipotentiaires allemands ;
la carte au liséré vert Rs er aussi, lorsqu’en conséquence de la loi du 14 juillet 1871 ; sur la nouvelle organisation judiciaire de l’Alsace- et ‘ Lorraine il fut supprimé, ces titulaires eurent-ils droit à # une indemnité compensatrice; l’indemnité serait même F
calculée équitablement, sur le produit annuel moyen des cinq dernières années, du 1° juillet 1865 au 1° juillet | 1870 (le gouvernement français ayant demandé qu’on “20 fit commencer le délai de cinq années assez tôt pour l qu’à l’autre extrémité les mauvaises années de la guerre | n’y fussent pas comprises). Reconnaissance d’un droit, ee qui pourtant le limitait, et justice parfois injuste. L’in- 3 demnité, par exemple, était menacée d’une réduction i d’un tiers si, optant pour la France, le cédant ne pre- : nait pas soin de présenter un successeur capable et À ; connaissant l’allemand, ou si, restant, il résignait ses fonctions pour une autre raison que « l’incapacité de service dûment constatée ». En outre, des modifications de ressorts préjudiciables à certaines études, diminue- : raient les bénéfices pendant le temps où l’on exercerait si encore. Et puis, il faudrait prêter serment, non plus un ? : serment professionnel, comme du temps français, mais :
le serment des fonctionnaires : « devant Dieu le toutpuissant et qui sait tout, fidélité et obéissance à À Sa Majesté l’Empereur d’Allemagne ». On ne serait plus son maître, le maître de sa charge, maître de la céder quand on voudrait, de la transmettre à son fils… (1) à | Mais aussi, l’autre angoisse, toujours la même : quelle 4 vie nouvelle pourrait-on se créer en rentrant en
France 2… Sur 276 notaires, 172 seulement restèrent en
.
D fonctions. Oui, quelle vie nouvelle, si l’on partait ? É | Voyez les avoués de Metz. La loi du 25 mars 1872 les tee | autorisa bien à venir s’établir près la Cour d’Appel de ï î
Nancy. Mais, dès 1869, les avoués de Nancy, dont la
Compagnie comptait alors douze membres, s’étaient trouvés trop nombreux et avaient racheté, au fur et à | mesure des décès, trois des douze études, se réduisant ainsi à neuf. La nouvelle loi va donc rétablir sous une | se autre forme l’ancien état de choses, ramener la concur- ë F | rence? concurrence grave, même si les arrivants Re: apportaient quelques affaires supplémentaires. D’où, pétition des avoués de Nancy pour l’abrogation de la “4 loi, propositions diverses pour empêcher l’installation ! É à Nancy de leurs confrères messins : au besoin, ils …_ prendraient, partiellement, à leur charge le rembour- :
- sement de ces offices, en abandonnant à cet effet le … produit de leurs affaires nouvelles nées du rattachement D. à Nancy des anciennes circonscriptions messines. (1) D _ Notaires, avoués, — grands de la terre! Ceux-là _ recevraient du moins des indemnités, — compensations du présent perdu, acomptes pour l’avenir. Tels autres, | voisins de l’État, eux aussi, et sûrs du lendemain comme _ des fonctionnaires, devaient s’inquiéter davantage à la | pensée de recommencer ailleurs l’essai de vivre : point > de robe ni de rabat, gens de petit uniforme, honorable, E modeste, anonyme : tout le personnel du tronçon cédé par la Compagnie de l’Est : les chefs de garé, malgré *, les sollicitations pressantes dont ils étaient l’objet, et D. presque tous les « commissionnés », même natifs du à M. & Assemblée Nationale, 23 mai 1874, dans : A. Villefort, Recueil
la carte au liséré vert pays, rentrant en France, (1) — les sous-ordres, désemparés, petits propriétaires d’un bout de champ au voisinage de leur barrière ou de leur lampisterie, matriculés désormais dans une administration étrangère, d’État, quasi-militaire, et qui serait sous l’autorité directe du chancelier de l’Empire. (2)
.… Et enfin, derrière ceux-là, qui, appartenant à des compagnies très bourgeoises ou à de puissantes administrations, trouveront peut-être des mutations compen- = satrices, il y a la foule, la foule de tous ceux qui ne sont pas encadrés et soutenus, pour lesquels il n’y a ; pas de collègues, de camarades, d’esprit de corps, et ; dont l’existence, — commerçants, agriculteurs, indus- - triels, — dépend, sans contribution ni garantie de | l’État, uniquement de l’écoulement de leurs produits. | Sur quinze mille kilomètres carrés, usines et comptoirs : « débitent » vers l’ouest, sans entraves d’aucune sorte, avec toute la hardiesse que leur donnent des relations | depuis longtemps établies et régulièrement entretenues, en tenant compte, pour l’établissement de leurs prix et la direction de leurs voyageurs, des autres centres pro- 4 ducteurs disséminés sur le reste du territoire; vers l’est, : au contraire, une barrière, — des affaires moindres, ou : autres. Soulevez la barrière du côté où elle est, trans- | portez-la du côté où elle n’est pas, et voilà peut-être, du 1 jour au lendemain, la ruine. s
D’abord, il y avait une situation présente à liquider. L Les chefs d’établissements, « malgré les prix écrasants |
(1) Sur environ 3.400 « commissionnés » employés dans cette 4 partie du réseau, il n’en resta que 300 en Alsace-Lorraine. :
(2) Décret du 11 décembre 1851. Cf. Emm. Fochier, Exploit. Chem. î
$ de la houiïlle, du coton et de toutes les autres matières nécessaires à la fabrication », n’avaient pas laissé chômer leurs ateliers; maïs, faute de prompts débouchés, la production s’arrêterait fatalement; la crise était imminente. (1) Dès le 8 mars 1871 — entre les prélimipaires et le traité définitif — une « Commission pour la défense des intérêts alsaciens » s’était formée, avec . mission d’obtenir certaines facilités temporaires pour Ve l’industrie alsacienne : par exemple, que tous les produits manufacturés se trouvant alors en Alsace et dont il sera possible de constater l’origine française, soient admis à rentrer en France, sans avoir à payer aucun | droit; qu’il soit déterminé une période transitoire et graduelle, durant laquelle les produits alsaciens, à charge de justifier de leur provenance, seront encore admis sur le marché français francs de droits ou avec | des droits réduits. Il fallait d’autant moins perdre de temps à agir que le zèle du fisc ne s’embarrasse pas de É considérations non financières, et que ses agents, entre ; qui lui est le plus avantageuse : un jour de la fin mars, la : direction des douanes de Bourg, par où passaient beau- ; coup de marchandises alsaciennes empruntant la voie Fe suisse pour entrer en France, avait décidé que l’AlsaceLorraine, étant, depuis la signature des préliminaires, : détachée du territoire français et incorporée à l’Empire À allemand, les envois de ces deux provinces à destina- & tion de la France seraient soumis désormais aux condi- : tions du tarif général appliqué aux marchandises & provenant de l’étranger. Cet incident ayant excité Fe () Cf. Lantz (L.), Notice hist. et stat., p. 13, sqq.
la carte au liséré vert ; A 4 encore l’ardeur des industriels menacés, ils avaient fini Ÿ par obtenir du gouvernement français, d’abord, la levée : de l’interdit prononcé par le directeur des douanes de { Bourg; puis, le droit d’introduire en franchise leurs pro- E duits sur le territoire français jusqu’à la signature du : traité définitif; enfin, dans le traité, l’insertion de 1 l’article 9, qui maintenait « pour un espace de témps de s six mois, depuis le 1° mars, dans les conditions faites Fa avec les délégués de l’Alsace », « le traitement excep= tionnel accordé maintenant aux produits de l’industrie : des territoires cédés pour l’importation en France ». à Toutefois, comme la difficulté des communications avec la France, l’encombrement des chemins de fer par les à transports militaires, la diminution et le mauvais état à de leur matériel rendaient ce délai de six mois insuff- F sant, que d’ailleurs on était au 10 mai et que le délai K. partant du 1° mars était déjà fort écourté, la Commis- 2 sion pour la défense des intérêts alsaciens avait entrepris aussitôt une nouvelle campagne et provoqué la } Convention additionnelle du 12 octobre 1871, (1) qui fixa 4 définitivement le régime douanier sous lequelles produits de l’Alsace-Lorraine devaient être importés en France, À à savoir : franchise depuis le 1° septembre jusqu’au b. 31 décembre 1871, quart de droits du 1° janvier au 30 juin : 1872, demi-droit du 1‘ juillet au 31 décembre 1872. 7 Mais ces démarches, discussions et règlements, qui ; atténuaient le mal présent, n’assuraient pas l’avenir. Il 1 fallait s’en préoccuper. On a vu déjà, dans les discus- Ë sions relatives à la délimitation de la frontière, Hayange à et Cirey faire valoir des considérations économiques en ; () Cf. G. Bergmann, Rapport, p. 10-11. Voir aux Annexes. 4
…. faveur de leur maintien sur territoire français. Du jour _ au lendemain, les forges et fonderies, les fabriques de ee glaces et de cristaux lorraines, les manufactures alsa- : ciennes de laine et de coton, qui avaient occupé un des —_…. premiers rangs dans la production française, seraient fe obligées d’alourdir de leur apport nouveau la produc3 tion allemande. Dans la région de Mulhouse notamment 7 — de Mulhouse qui était devenue française en 1798 pour s se réunir non seulement à la nation française, mais au 5 marché français — l’industrie cotonnière avait pris à . depuis cette époque un développement chaque jour plus à intense. Maintenant qu’elle compterait dans la statisKe tique allemande, l’industrie mulhousienne aurait, à elle à 2, seule, une importance égale aux deux tiers de l’industrie Fe cotonnière des pays de l’Union Douanière. Conséquences d du traité pour elle : perte des débouchés antérieurs, a encombrement du marché nouveau, difficulté de s’y 1 faire une place, et à cause de cette concurrence numé- 4 rique, et parce que la clientèle lui était moins familière, à étant habituée à d’autres fournisseurs, et à d’autres “0 fournitures : « vos tissus sont trop bien faits, et durent L - trop », disait à un représentant alsacien un exportateur È de Hambourg. hi. Ajoutez qu’il ne s’agit pas toujours de la seule consom4 mation, et de diriger, à la sortie d’une usine, des pro1 duits qui, achevés, s’en iront vers un marché ou un me autre. La fabrication elle-même peut être troublée par 1 _une dislocation territoriale. Ainsi l’industrie mulhou- #4 sienne, qui était très complexe. Textiles, chimiques, Me métallurgiques, ces diverses ambitions ne lui étaient 4 venues, on le sait, que peu à peu, par la suite, rapide, ‘: il est vrai, des années et des succès, dans le dessein de
la carte au liséré vert fabriquer elle-même et les tissus sur lesquels elle opérait et les machines et couleurs dont elle avait besoin : son début, c’était la peinture des toiles qui lui étaient confiées du dehors, et telle était encore une des parties les plus importantes de son industrie. Or, avant la guerre, Vosges et Haut-Rhin formaient un « assemblage inséparable de moyens de production qui se complétaient les uns les autres et se confondaient dans un effort commun »; désormais, de nombreux ateliers : de filature et de tissage — 500.000 broches de filature et 17.000 métiers à tisser — se voyaient « enlever tout à coup les moyens de donner à leurs produits écrus les façons indispensables du blanchissage, de la teinture
Voilà, d’une vue rapide, quelques-unes des situations produites par le traité de Francfort dans les départements qu’il enlevait à la France, quelques-unes des angoisses qui troublèrent, entre le 10 mai 1871 et le 30 septembre 1872, ceux qu’enveloppait le liséré vert réalisé sur le terrain. Je ne désespère pas de revenir un jour à l’examen de cette situation, de rechercher plus en détail comment un acte diplomatique réagit sur la vie des individus : suivre la trace des uns et des autres, des deux côtés de la frontière nouvelle, rechercher ce qu’ils sont devenus, là-bas, ou ici, ce serait, si l’on y parvenait, faire l’histoire de l’âme française dans cette crise. Peut-être aurai-je du moins, | par cette brève revue, montré comment la conclusion de la paix n’émouvait pas seulement de la tristesse générale
(:) Claude (des Vosges), Rapport à l’Assemblée Nationale,
É décembre 1872. (Villefort, Recueil des traités, t. NV., p. 101 sqq.)
les hommes d’Alsace et de Lorraine, mais bouleversait à encore, pour longtemps, — chez certains, pour toujours, — leurs existences personnelles. Lutte tragique. L’intérêt. Le devoir. Et l’intérêt qui sait prendre les formes d’un devoir : sauvegarder l’avenir des siens, ne | pas aggraver en les abandonnant le sort des subalternes dont on a la charge. Et le « catégorique » du devoir qui s’atténue, l’ordre intime de départ qui se fait moins impératif, parce que, derrière ce devoir premier, un autre apparaît : au lieu de protester en quittant la place, protester en la gardant. Mais, ayant un air plus commode et de moindre risque, ce second devoir sem1 blait suspect alors, dans la fiévreuse amertume de l’heure, | à beaucoup de ceux qui vaillamment sacrifiaient tout à la grandeur du geste nécessaire : partir, pour ne pas subir le contact du vainqueur. Aussi bien, quelles que fussent la catégorie sociale, la situation personnelle, les craintes ou les chances pour l’avenir, souvent, dans la discussion intérieure, un argument s’élevait, prenant < aussitôt voix prépondérante : ne pas voir ses fils devenir soldats allemands. « Il avait des fils, il est parti » : expression simple, syllogisme elliptique, qui fut courant à cette époque, et qui, quarante ans après, est encore à lui seul une explication suflisante, lorsqu’on parle, entre gens de là-bas, des départs au temps de l’option. Alors, dans un élan où se confondaient, également surexcités par la crise, la fidélité au moi national et l’aversion pour le non-moi étranger, (1) (:) Cf. E. Lavisse, Vue Générale, p. 86-88, sur la formation de Vâme française dans la guerre de Cent ans : la guerre « dure, elle est longue, elle est atroce. D’année en année, croît la haine connaître, comme le moi au contact du non-moi »,
la carte au liséré vert ENT
on allait à la direction d’arrondissement faire sa déclaration d’option, pour soi, pour ses enfants, et l’on prenait S ses dispositions de départ. Le 30 septembre était le terme #8 du délai : à partir du r°” octobre 1872 seraient considérés comme Allemands tous ceux qui, même ayant opté, ne 3 seraient pas effectivement partis. Fonctionnaires qui se à demandaient où la France les enverrait, ex-officiers mi- À nistériels qui ne souhaitaient plus qu’une fin tranquille 4 sur quelque siège de juge, avocats et médecins qui Se tenteraient de se refaire une clientèle, à Nancy, à Dijon, n. à Paris, agents de l’ « Est » que la Compagnie cher- È : cherait à replacer au long de son réseau tronqué, É industriels de Mulhouse qui allaient essaimer à Belfort, E Bischwiller se transportant en bloc à Elbeuf (1) — et à tous ceux pour qui l’avenir était plus mystérieux encore : “4 boutiquiers, paysans, qui avaient vendu leur fonds de 4 commerce ou leur coin de terre à des prix misérables, ï comme ils pouvaient, pour avoir un peu d’argent liquide 4 ; en partant, — et tous ceux qui n’avaient rien, à qui É seraient distribués les six millions de secours souscrits à en France, (2) ou que la Société de Protection des ‘3 Alsaciens-Lorrains allait envoyer, comme colons, en ; Algérie, dans des villages créés pour eux (3): par les gares et les routes-frontières, à mesure qu’approchait la -4 date fatale, l’exode se précipita, enthousiaste et navré. (2) Cf. Villefort, Recueil des trailés, t. III, p. 628. e Boukalfa, Camp-du-Maréchal. Une: loi votée par l’Assemblée ÿ Nationale, le 15 septembre 1871, sur la proposition de Keller, avait $ ; promis 100.000 hectares de terres aux Alsaciens-Lorrains qui vien- S draient se fixer en Algérie comme colons. Dès la fin de 1872, il à en était arrivé 2.500. k
<a Le 1° octobre 1872, près de 60.000 personnes étaient
parties. (1) Beaucoup ne revirent jamais la fumée du toit
k. natal. Beaucoup, voulant un jour faire une rapide ê _ visite aux « vieux », se heurtèrent à une frontière 2 _ qu’on avait parfois, dans les petites villes de France, k regardés comme des concurrents, des intrus, à l’accent É _ risible : les Alsaciens-Lorrains n’ont pas toujours eu 4 les Français qu’ils méritaient. Beaucoup, déracinés, E végétèrent, payant, jusqu’à la mort, de leur tristesse -_ et de leur misère personnelles, la rançon de la patrie <: vaincue. — D’autres la paieront d’autre façon : ceux e $ sans lesquels cette protestation du départ n’aurait pas = eu de suite, ceux dont le pays annexé aurait un jour ; besoin pour la continuer, en s’appuyant sur tout ce À qu’ils porteraient en eux de sentiments français et de : F ; culture française volontairement ou inconsciemment - 3 préservés : ceux qui allaient rester, rester et lutter pour maintenir, comme eût dit le Taciturne. “4 (1) Le nombre des options déclarées en Alsace-Lorraine s’éleva 4 à 160.000 environ, dont 100.000 furent annulées pour navoir pas 3 été suivies de départ effectif. (Le mouvement d’émigration se conES: tinua pendant longtemps : on compte qwenviron 35.000 personnes
; La Prusse avait mené la conquête; elle dirigea l’ork ganisation du pays conquis. Souverains d’un « Etat 3 allemand fondé hors des frontières d’Allemagne », (1) È c’est — non moins que par la guerre et la politique — ke par leur sens administratif, leur méthode rigoureuse et = tenace, leur haute idée de l’État et leur admirable dévouement à ce maître supérieur à tous, (2) que les ; rois de Prusse, depuis deux siècles, avaient agrandi : - leur territoire propre et étendu sur l’Allemagne entière
leur autorité. Passionnés d’administration, ils allaient
‘à administrer en Alsace-Lorraine, avant même qu’elle fût k: Alsace-Lorraine. Dès le lendemain des premières ë. victoires, sans attendre aucune régularisation diplomaE tique, convaincu que le pays occupé serait pays annexé,
D: le roi de Prusse voulut qu’à la suite des armées victo24 rieuses un état de choses nouveau remplaçât l’ancien, ‘4 immédiatement. Aussi les ordonnances royales qui, 2 quelques jours après Frœschwiller, constituèrent le
- ; (1) E. Lavisse, Études sur l’Hist. de Pr., Avant-Propos, p. 1. : #4 (2) « Je suis le ministre de la guerre et des finances du roi de :4n Prusse, » disait le roi Frédéric-Guillaume I”. (Zd., ibid., p. 3)
la carte au liséré vert gouvernement général d’Alsace, firent-elles du gouverneur, comte de Bismarck-Bohlen, le chef de toute ladministration, en lui adjoiïgnant un commissaire civil muni de tous les pouvoirs que la loi française confé- | rait aux ministres. Le gouverneur se considérait ainsi comme le nouveau souverain, au nom de l’Allemagne, d’un nouvel État allemand :. Habitants de l’Alsace ! disait-il dans sa proclamation de Haguenau (30 août 1870), les événements de la guerre ayant amené l’occupation d’une partie du territoire français par les forces des puissances alliées allemandes /durch die hohen verbündeten deutschen Mächte), ces territoires se trouvent par ce fait même soustraits à la souveraineté impériale [la souveraineté de Napoléon III], en lieu et place de laquelle est établie l’autorité des Puissances allemandes. | C’est en leur nom que je suis appelé à exercer le pouvoir dans les départements du Haut et du Bas-Rhin, ainsi que | dans le nouveau département de la Moselle comprenant les arrondissements de Metz, Thionville, Sarguemines, Château- : Salins et Sarrebourg, en qualité de Gouverneur général de C’était une main-mise un peu hâtive, car, au regard | _ du droit international, l’occupant n’est généralement qu’un administrateur suppléant ou intérimaire, et doit 4 : se contenter d’assurer le fonctionnement des services i au nom du maître ancien, sans réglementer à sa guise comme s’il était définitivement le nouveau. (2) Division ; — qui subsista — du gouvernement général en trois dé- j partements (Bas-Rhin, Haut-Rhin, (3) Lorraine) et vingt- Ê deux arrondissements, nomination, à leur tête, de (3) Depuis : Basse-Alsace et Haute-Alsace. |
préfets et de sous-prélets allemands, réglementation des fournitures à livrer par les pays occupés pour l’en- ; tretien de l’armée occupante, perception d’un impôt + unique remplaçant les contributions directes et indirectes : ces mesures pouvaient du moins passer pour des corollaires de l’état de guerre. Mais le roi de Prusse et son gouverneur ne s’en contentèrent pas. En voulant imposer, comme on l’a vu, à la magistrature française du territoire occupé l’obligation de rendre la justice au nom de l’Allemagne, ils prétendaient consacrer tout de suite par une sorte de légalisation, füt-elle unilatérale, la situation de fait qu’ils avaient acquise. D’autorité également, par l’instruction publique, ils engageaient l’avenir. La paix n’était pas signée, que le commissaire civil avait déjà, depuis plusieurs semaines, soumis l’instruction publique à son administration, (1) invité les instituteurs primaires à rouvrir leurs classes, rayé presque complètement le français des programmes. Bientôt après, les traitements des instituteurs avaient _ été augmentés, (2) et l’instruction primaire — dont | l’obligation n’existait que pour un certain nombre de communes et pour la partie protestante de la population des deux départements — rendue obligatoire pour tout le monde. (3) Le roi de Prusse se souvenait sans doute d’avoir, en 1866, après Sadowa, triomphe préparatoire d’autres triomphes, rendu grâces à ses ancêtres « dont la paternelle prévoyance, en répandant avec tant de zèle l’enseignement populaire, a jeté les germes
dont on récolte aujourd’hui les fruits ». (1) Et à son tour, Ë d’une main impatiente, il semait la même graine. ; La proclamation du gouverneur général, au mois d’août 1870, avait pu rassurer : Le maintien des lois existantes, disait-il après avoir annoncé sa prise de possession, le rétablissement d’un ordre de choses régulier, la remise en activité de toutes les branches de l’administration, voilà où tendront les efforts es de mon gouvernement dans la limite des nécessités imposées par les opérations militaires. La Religion des Habitants, les Institutions el les usages du pays, la vie et la propriété des habitants jouiront d’une entière protection… (2) Mais certaines ordonnances ultérieures étaient, on vient de le voir, de nature à inquiéter : qu’allaient devenir, en vérité, « les institutions et les usages du pays » ? Inquiétude d’autant plus naturelle que la France, pour marquer qu’elle n’obéissait qu’à la force en cédant l’Alsace et la Lorraine, n’avait rien spécifié quant à leur avenir allemand. L’Allemagne était done maîtresse de leur destinée nouvelle. Qu’en ferait-elle? Sous quelle forme les incorporerait-elle à l’Empire allemand reconstitué ? Dès lors se manifestèrent en Alsace-Lorraine les deux tendances qui, depuis, pendant de longues années, s’y sont disputé l’influence et les votes. Aussi bien n’étaientelles que les formes politiques du drame intime qui venait de se jouer dans chaque conscience. Les uns — les protestataires — ne voudront être que « des vaincus, entièrement étrangers à la confection et à l’application (x) Cité par A. de Rappolstein, A!s.-Lorr., p. 28.
des lois qu’il plaît au vainqueur de nous imposer »; (1) - et ils feront passer avant toute autre considération leur . volonté de protester contre le droit violé : protestation de dignité, et d’espoir aussi, car, à force de se répéter, il n’est pas possible qu’elle ne triomphe point un jour. Les autres — les autonomistes — protesteront également contre le fait accompli, mais, après avoir protesté, ils voudront agir, ne pas se laisser envahir et gouverner par le vainqueur à sa seule guise, donner à l’AlsaceLorraine, « dans les limites de la constitution de l’Allemagne, la direction de ses affaires ». (2) Lutte difficile, encore et toujours, car si la vaillance des uns pouvait être pratiquement stérile, avoir pour seul effet d’abandonner la place aux Allemands dédaigneux de ces cris
- du droit, l’habileté des autres risquait de faire passer leur soumission au fait pour une acceptation du fait, de paraître trop prompte (la France n’allait-elle pas revenir bientôt?) ou même, pour quelques-uns, personnellement intéressée : le manège d’une veuve encore en deuil, mais déjà consolable, et dont le prétendant était très Dès mars-avril 1891, à Colmar, à Strasbourg, (3) des « notables » du Haut-Rhin et du Bas-Rhin se réunirent : | de Peyerimhoff, maire de Colmar, Hartmann, Chauffour, ê Ch. Gérard, — Jules Klein, adjoint faisant fonctions de 3 maire de Strasbourg, Flach, Jacques Kablé, Lauth : . F inspirés par l’esprit d’autonomie, ou du moins cherchant | à voir si l’on pouvait compter sur la réalisation pro- à chaine de l’idée autonomiste, dussent-ils se laisser (1) La Ligue d’Alsace, N° du 1° juillet 1871 : Zur. Nouv. (juin 1909). È 6) Le 24 mars à Colmar, le 16 avril à Strasbourg.
la carte au liséré vert ë reprendre ensuite — ce fut le cas de plus d’un — par . l’esprit de protestation. On convint de la nécessité de présenter des vœux à Berlin : que le sort des deux provinces ne soit pas divisé, qu’aucune parcelle de ieur | territoire ne soit distraite au profit d’une ou plusieurs des puissances germaniques, dépècement à la polonaise qui ne laisserait rien subsister de la nationalité passée; que, d’autre part, l’Alsace-Lorraine ne devienne pas, purement et simplement, la chose de l’Allemagne, corvéable à merci; que la législation française et la langue française soient maintenues, l’état de siège levé, les jeunes Alsaciens-Lorrains, pendant le délai le plus long possible, dispensés du service des paroles encourageantes : que l’Alsace deviendrait une espèce de république s’administrant elle-même; mais, en réalité, leurs vœux ne pesèrent guère sur les décisions impériales. Seule allait se dissiper leur crainte de voir un souverain allemand particulier : mettre la main sur leur pays, ou plusieurs se le partager. | I’Alsace-Lorraine, en effet, étant « le prix des combats dans lesquels tous les États allemands ont versé leur sang, le gage de l’unité de l’Empire allemand conquis par les forces unies », (1) doit appartenir, non pas à un seul, mais à tous. La loi du 9 juin 1871, qui la constitua, fit de l’empereur le détenteur de l’autorité publique en Alsace-Lorraine. L’Alsace-Lorraine est désormais une sorte de propriété indivise de l’Empire (x) Exposé des motifs de la loi du 9 juin 1871 : cité par A. de
allemand représenté par l’empereur — la « Terre d’Empire », comme on l’appellera : Reichsland, — un souvenir de sa fondation et comme une garantie de sa durée. Mais, pour être impériale, et non prussienne . ou badoïse, l’Alsace-Lorraine n’en était guère plus maîtresse de sa vie politique. Sauf les lois qui engage- | raient les finances de l’Empire et pour lesquelles le | Parlement de l’Empire serait consulté, les lois particulières à l’Alsace-Lorraine seront élaborées par le Conseil fédéral, qui est une assemblée de délégués des souverains allemands, et où l’Alsace-Lorraine ne déléguera personne ; l’empereur aura d’ailleurs un droit de veto absolu. Pour se rendre compte de la sujétion où elle | allait se trouver, il faut se rappelér ce qu’est l’Empire ï allemand, et que l’Alsace-Lorraine passait sans transition d’un État unitaire à un État fédératif. (1) Or, 3 chacun des États allemands, quoique englobé dans : l’unité de l’Empire, conservait quelque personnalité, quelque autonomie. Ils n’abandonnaïent à l’Empire : qu’une partie de leurs droits souverains. L’empereur | est le gérant des intérêts de la communauté, il n’est R pas le chef des organismes particuliers qui la comj posent; chacun d’eux conserve sa Constitution propre J et le droit de légiférer pour soi sur certaines matières :
- c’est ainsi que l’organisation de l’enseignement, par î exemple, ou le régime des Églises, diffère suivant les ke États, à la volonté de chacun d’eux : pouvoir législatif ‘4 indépendant que la loi constitutive de l’Alsace-Lorraine 1 donnait, non pas à elle-même, mais en ses lieu et place, au Conseil fédéral — où elle n’avait pas de représen3 : ‘(n Cf. Ph. Gerber, Cond. de l’A.-L., p. 25 sqq.
la carte au liséré pert . Es $
tant — et à l’empereur : la Terre d’Empire ne sera pas |
un État, mais un pays sujet de l’Empire tout entier :
« das Reïichsland ist kein Staat, sondern Unterthanenland des Reiches ». (1)
L’organisation administrative de l’Alsace-Lorraine, | fixée six mois après (loi du 30 décembre 1871), montra 3 mieux encore dans quelle dépendance étroite le | Reichsland serait de l’Empire. Le gouverneur général | fait place à un président-supérieur, résidant à Strasbourg, mais qui dépend directement de Berlin : du 3 chancelier de l’Empire et d’une division de la chancel- | lerie spécialement chargée des affaires d’AlsaceLorraine. Ici, il allait rester quelque chose de la : France, et même trop : son droit administratif, dans l’état où l’Empire français l’avait laissé, et entre des mains qui l’appliqueraient sans indulgence : ainsi, quand l’administration allemande ferait peser le poids
. de son autorité sur l’Alsace-Lorraine, ce serait souvent À — et il ne lui déplaisait pas d’insister sur cette ironie — en vertu d’anciennes lois françaises, et en l’exceptant | même parfois (pour la presse, par exemple) du bénéfice
: d’une législation plus libérale applicable à tout l’Empire. 1 Loi du 6 juin 1868 (2) soumettant les réunions (politi- j ques ou religieuses) à l’approbation du sous-préfet, (3)
avec droit d’entrée dans la salle pour un délégué de ‘4 l’administration, qui peut, dans certains cas, dissoudre
(1) Das Staatsrecht des deutschen Reiches, par le D: Philippzorn, cité par A. Laugel, Acen. intell., p. 251. J
(3) On a vu plus haut que l’organisation en préfectures et sous- + préfectures (départements et arrondissements) avait été maintenue F par le gouverneur général; elle le fut aussi par la loi du 30 dé- cembre, et subsiste toujours. È
_ la réunion; loi du 10 avril 1834 et décret du 15 mars Êr 1852 laissant les associations libres jusqu’à vingt mem-
-
bres, les soumettant à partir du vingt et unième à la ; nécessité d’une autorisation administrative qui peut É toujours être retirée par la suite; loi sur la presse du £; 11 mai 1868 (cautionnement, etc.) : toutes ces lois = françaises restèrent en vigueur; et c’est autour de notre 4 loi sur l’état de siège — une loi « datant de l’époque 4 orageuse de 1849 », comme dit un jour l’abbé Winterer $ L: — que se forma le fameux Paragraphe de la Dicta- < ture.-(1) &« En cas de danger pour la sûreté publique, -_ le président supérieur est autorisé à prendre toutes les
-
mesures qu’il jugera nécessaires pour prévenir ce dan- À ger. Il est, en particulier, autorisé à exercer, sur le ter- à ritoire exposé, les pouvoirs que la loi du 9 août 1849 E. confère aux autorités militaires dans le cas d’état de 3% siège. (2) Il avisera immédiatement le Chancelier des à dispositions prises. Il a le droit de requérir, pour l’exé- & cution de ces mesures, toutes les troupes qui se trouvent S. sur le territoire d’Alsace-Lorraine. » Ainsi, par ces dispositions qui aggravaient la loi française tout en 4 s’appuyant sur elle, le président supérieur avait le droit
de s’octroyer à lui-même, quand lui-même le jugerait
5 nécessaire, et sans limitation de lieu ni de durée, des d 4 (1) On a pris l’habitude de désigner sous ce nom l’article 10 de pie la loi du 30 décembre 1831.
js (2) Article 9 de la loi du 9 août 1849 : « L’autorité militaire a le “à droit : De faire des perquisitions de jour et de nuit dans le
domicile des citoyens; d’éloigner les repris de justice et les indi8) vidus qui n’ont pas leur domicile dans les lieux soumis à Pétat
% de siège; d’ordonner la remise des armes et munitions, et de e procéder à leur recherche et à leur enlèvement: d’interdire les “À publications et les réunions qu’elle juge de nature à exciter ou à ‘ie entretenir le désordre. »
à la carte au liséré vert pouvoirs qui, en France, n’auraient pu être dévolus que par une loi spéciale, pour un temps et pour un lieu déterminés, et à une autorité différente de celle qui les déléguait. Il y avait même, dans le texte du Paragraphe allemand, un « toutes les mesures » qui permettait au
: président supérieur de donner la plus large extension à l’article de la loi française, et d’expulser les citoyens même s’ils n’étaient ni « repris de justice » ni domiciliés ailleurs que « dans les lieux soumis à l’état de siège ».
L’introduction de la Constitution de l’Empire en Alsace-Lorraine, à partir du 1° janvier 1874, apporta deux modifications à l’organisation du pays, telle qu’elle résultait de ces deux lois du 9 juin et du 30 décembre 1871. Dorénavant, au lieu d’être promulguées par l’empereur avec le seul assentiment du Conseil fédéral, les lois particulièrés à l’Alsace-Lorraine devront recevoir également l’assentiment du Reiïichstag. (1) En outre, la | Terre d’Empire aura le droit d’envoyer, comme les États de l’Empire, des députés au Reichstag. Le premier Parlement de l’Empire, qui siégeait depuis le 21 mars 1871, venait précisément d’être dissous, et de nouvelles
On comprend sans peine quel devait être à ce moment l’état moral des Alsaciens-Lorrains. Le nouveau régime avait largement distribué les causes de mécontentement. La démarche des notables n’a servi à rien : l’autonomie n’est pas venue de Berlin. L’article du traité de Francfort relatif à l’option a été, nous l’avons vu, appliqué dans l’esprit le plus étroit. Imposée aux Alsaciens-Lorrains sans délai, dès « la classe 1891 », |
l’obligation du service militaire allemand a chassé du pays des milliers de jeunes gens qui ont pris le chemin | de la France, quitté leur famille, peut-être pour toujours, couru des risques de séquestre et d’amende, plutôt que de s’y soumettre. (1) Le président supérieur | a encore aggravé les dispositions relatives à l’instruction publique qu’avait prises le gouvernement général. Lorsqu’on ne supprime pas tout à fait l’enseignement du français, on le relègue à une singulière place, comme dans ce programme de l’école professionnelle de Mulhouse, cité au Reichstag, (2) qui prescrit l’enseignement « de l’histoire en allemand, de la géographie en allemand, de la calligraphie en français | (Ailarité), du dessin en français (Æilarité) ». L’Ecole l Saint-Clément à Metz, l’Institut des Frères de la Doctrine chrétienne à Beauregard (près de Thionville) sont fermés | par ordre supérieur; dispersés les Pères Rédemptoristes de Teterchen, près de Boulay, dissoutes les maisons . alsaciennes des Pères Jésuites. La police est si bien L organisée — un directeur général à Strasbourg, des à directeurs à Colmar et à Metz, des directeurs cantok 4 jeunes gens que les rapports officiels comptaient pour les trois 4 départements de l’Alsace-Lorraine, 27.937 seulement furent pré- u sents dans leurs foyers au moment de la formation des rôles. Sur ces 27.937, les conseils de révision n’en trouvèrent d’ailleurs à que 10.011, en quatre ans, qui fussent immédiatement propres au É service : beaucoup d’infirmes et de malingres étaient restés, ÿ wayant pas la même raison de partir. D (2) Discours du député Sonnemann, de Francfort, 16 mai 1872 : (Cf. Ristelhueber, Bibliogr. alsac., 1873, p. 38), qui fut un des rares opposants allemands à l’annexion de l’Alsace-Lorraine par la ë force (on se rappelle, parmi ce petit groupe, les noms du 3 député du Sleswig-Nord au Reichstag, dont le pays avait subi le
la carte au liséré vert. RG naux, tous avec des attributions très étendues — que 4 chaque jour des incidents nouveaux irritent les esprits. $ Pour avoir fondé une association que l’autorité soup- F, çonnaïit de détourner les enfants de l’école et de vou- $ ral de l’évêché de Strasbourg, avait dû choisir dans 4 les vingt-quatre heures entre l’expulsion et la forte- 4 resse (mars 1873). Lichtenberger avait reçu l’ordre de É quitter le territoire, à la suite d’une conférence où il À traitait « de l’influence des femmes sur la littérature - française » : sujet qui n’est point subversif.…. il est vrai qu’elle se terminait par le rappel d’une: invocation ÿ célèbre de Sainte-Beuve aux « esprits charmants et È légers, qui furent de tout temps la grâce et l’honneur 4 de la terre de France », et qui doivent, au moment où « la science brutale, la politique violente nous en- + vahissent », nous sauver « encore une fois de la bar- Ë barie ». (1) Dans le même temps, Ernest Lauth, le ; successeur de Kuss à la mairie de Strasbourg, n’ayant 4 pas caché ses sentiments au préfet : « Vous espérez 4 donc le retour des Français? — Certainement! » (2) le 2 préfet avait révoqué le maire, puis nommé à sa place le directeur de la police comme commissaire extraordi- () F. Lichtenberger, De l’influence des femmes sur la littérature française (Paris, Sandoz et Fischbacher, in-32, 1873). — On dit même que les allusions de l’orateur firent moins contre lui qu’un contre-sens de la traduction allemande : opposant la femme allemande à la femme anglaise, il avait dit que, « comme les mys- 3 tiques, elle aspire à se dépouiller d’elle-même », que « son individualité a quelque chose de la cire, qui est bien capable de … recevoir, mais non de donner une empreinte » : or, cire était devenu pâte molle pour le rédacteur, et pâté gras — eine felte Pastete — pour le traducteur de l’officieux Courrier du Bas-Rhin.
_ naiïire chargé de l’administration municipale; puis, le conseil municipal ayant protesté contre cette nomination, le préfet avait suspendu le conseil (— qui sera dissous quelques mois plus tard et rétabli seulement en Ë 1886 —). Et lorsque l’administration s’était décidée, en é 1873, à reconstituer les conseils généraux, comme les ; noms des élus ne laissaient pas de doute sur leurs : dispositions hostiles, elle avait rappelé, quelques semaines avant la réunion de ces assemblées, que, : toujours en vertu d’une loi française, les nouveaux élus … devaient prêter le serment d’obéissance et de fidélité | au chef de l’Etat, — donc, à l’empereur d’Allemagne;
- aussitôt, des démissions nombreuses s’étaient pro-
- duites.. Au cours des temps, le vieil esprit d’indé-
- pendance alsacien s’était développé régulièrement : l’esprit des « Dix villes libres », de la République Ê de Strasbourg et de la République de Mulhouse, les __ traditions particulières relativement respectées par la …__ monarchie française, la Révolution entraînant l’Alsace … parce qu’elle allait dans le sens (1) du démocratisme alsa- ÿ cien, (2) tous ces souvenirs, toutes ces tendances avaient ; traversé le dix-neuvième siècle de libération en libéra- < (1) « La France devint ce que nous avions été; ce que nous 3 voulions être, nous le sommes redevenus par elle et avec elle. »
…—. (F. Schweighaeuser, Courrier du Bas-Rhin du 23 octobre 1848,
$ cité par Le Roy, Anniv. glor., p. 228)
k (2) Cf. W. Wittich, Génie National…., p. 93 : « Même maintenant, après trente-:années, l’Alsacien demeure presque sans intérêt en face de l’état politique et social de l’Allemagne, et tout courant
X politique venant d’Allemagne doit, pour avoir chance obtenir
…. H: Lichtenberger, Quest. d’Als. : « L’Alsacien est républicain de
4 tempérament. Jamais il na été soumis à l’autorité d’une dynastie
“ nationale. Ce qui a fait la popularité de l’armée française chez
- lAlsacien, c’est son organisation démocratique… »
4 141
la carte au liséré vert
tion (1830, 1848) pour aboutir, au moment précis où la mère-patrie devenait République, à la dépendance la plus étroite vis-à-vis d’une administration étrangère, la plus rude qui fût, — et qui n’avait rien fait, depuis trois ans, pour adoucir chez les « annexés » l’amertume de la
C’est dans ces conditions qu’eurent lieu les élections au Parlement. Tous les candidats protestataires furent ” élus. L’union s’était faite sur leurs noms, sans distinction de confession, et quoique les questions confessionnelles eussent presque toujours joué un rôle dans la politique de ce pays; même, sept ecclésiastiques catholiques (les deux évêques, quatre curés, et un abbé, supérieur de couvent) firent partie de la députation, — honneur qu’ils durent, non seulement à l’ardeur d’un | patriotisme qui leur était commun avec leurs collègues laïques, mais encore à la confiance que met volontiers l’opprimé dans l’autorité morale du prêtre vis-à-vis de l”oppresseur, au désir, aussi, chez les catholiques d’Alsace-Lorraine, de marquer leur indignation à l’égard des vexations dont le clergé était la victime en Prusse(r): plus d’une raison les avait désignés aux suffrages des électeurs, et la Ligue d’Alsace, qui était surtout | composée de protestants, avait chaleureusement soutenu leurs candidatures. On sait d’ailleurs qu’à Metz c’est cette Ligue qui avait mis en avant la candidature de L Mgr. Dupont des Loges, et que c’est un israélite, Edmond Goudchaux, qui avait été chargé de lui : demander son acceptation. (2)
rapporte ce mot d’une vieille femme juive qui, la veille de l’élec- À
Les-quinze députés protestataires (1) s’entendirent pour déposer la proposition suivante, que l’un d’eux, Édouard Teutsch, député de Saverne, serait chargé de développer:
Que les populations d’Alsace-Lorraine, incorporées sans leur consentement à l’Empire d’Allemagne par le traité de Francfort, seront appelées à se prononcer d’une manière spéciale sur cette incorporation.
Édouard Teutsch soutint la proposition à la tribune du Reïichstag, le 18 février :
Les populations de l’Alsace-Lorraine, dont nous sommes les représentants au Reichstag, nous ont confié une mission spéciale et des plus graves, que nous avons à cœur de remplir sans retard. Elles nous ont chargés de vous exprimer leur pensée sur le changement de nationalité qui leur a été violemment imposé à la suite de votre guerre
contre la France…
Votre dernière guerre, terminée à l’avantage de votre
| nation, donnait incontestablement à celle-ci des droits à | une réparation. Mais l’Allemagne a excédé son droit de nation civilisée, en contraignant la France vaineue au sacrifice d’un million et demi de ses enfants. à Si, dans des temps éloignés et relativement barbares, le droit de conquête a pu quelquefois se transformer en droit effectif, si, aujourd’hui encore, il réussit à se faire absoudre, ; lorsqu’il s’exerce sur des peuples ignorants et sauvages, F tion, dans la rue de l’Arsenal, le quartier israélite de Metz, s’était 4 écriée, aux applaudissements de ses voisins et coreligionnaires : « Je ferai voter mon homme pour notre évèquel »
(1) Teutsch (circonscription de Saverne), Lauth (Strasbourg-
ville), de Schauenburg (Strasbourg-campagne), Mgr. Raess, évêque
| de Strasbourg (Schlestadt), abbé Philippi (Molsheim), Hartmann
(Ribeauvillé), Mgr. Dupont des Loges, évêque de Metz (Metz),
la carte au liséré vert nee rien de pareil ne peut être opposé à l’Alsace-Lorraine. C’est À à la fin du dix-neuvième siècle, d’un siècle de lumière et de progrès, que l’Allemagne nous conquiert; et le peuple qu’elle réduit en esclavage, — car l’annexion faite sans notre consentement constitue pour nous un véritable esclavage moral, — ce peuple est un des meilleurs de l’Europe, celui ; peut-être qui porte le plus haut le sentiment du droit et de la justice. É Arguerez-vous de la régularité du traité qui consacre la cession, en votre faveur, de notre territoire et de ses habitants? Mais la raison, non moins que les principes les Ë plus vulgaires du droit, proclame qu’un semblable traité : ne peut être valable. Des citoyens ayant une âme et une intelligence ne sont pas une marchandise dont on puisse faire commerce ; et il n’est pas permis dès lors d’en faire l’objet d’un contrat. D’ailleurs, en admettant même, ce que nous ne reconnaissons pas, que la France eût le droit de
- nous céder, le contrat que vous nous opposez n’a pas de valeur. Un contrat, en effet, ne .vaut que par le libre consentement des deux contractants. Or, c’est l’épée sur la gorge que la France, saignante el épuisée, a signé notre abandon. Elle n’a pas été libre; elle s’est courbée sous la violence ; et nos codes nous enseignent que la violence est : uñe cause de nullité pour les conventions qui en sont
Pour donner à la cession de l’Alsace-Lorraine une appa- | rence de légalité, le moins que vous deviez faire, c’était de ÿ soumettre cette cession à la ratification du peuple cédé: 1
Un célèbre jurisconsulte, le professeur Bluntschli, de Heidelberg, dans son Droit international codifié, page 285, enseigne ceei : « Pour qu’une cession de territoire soit valable, il faut la reconnaissance par les personnes habitant le territoire cédé et y jouissant de leurs droits politiques. Cette reconnaissance ne peut jamais être passée sous silence ou supprimée ; car les populations ne sont pas une chose sans droit et sans volonté, dont on transmet la propriété. » |
… Vous le voyez, Messieurs, nous ne trouvons dans les enseignements de la morale et de la justice rien, abso- À iument rien, qui puisse faire pardonner notre annexion à ;
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votre empire ; et notre raison se trouve en cela d’accord avec notre cœur. Notre cœur, en effet, se sent irrésistiblement attiré vers notre patrie française. Deux siècles de vie et de pensée en commun créent, entre les membres d’une même famille, un lien sacré, qu’aucun argument et moins encore la violence ne sauraient détruire.
En nous choisissant tous, tant que nous sommes, nos électeurs ont, avant tout, voulu affirmer leur sympathie pour leur patrie française et leur droit de disposer d’euxmêmes…
Lorsque Teutsch descendit de la tribune, Mgr. Raess, : évêque de Strasbourg, député de Schlestadt, fit soudain | une déclaration singulière, dont on ne s’est jamais expliqué complètement les causes, (1) se croyant obligé, « dans sa conscience », de dire que « les AlsaciensLorrains de sa confession n’ont, en aucune façon, l’intention de mettre en question le traité de Francfort, conclu entre deux grandes nations », — déclaration qui provoqua, immédiatement, le désaveu de ses collègues catholiques, et, le lendemain, l’indignation des prêtres de Strasbourg… L’éloquence et l’argumentation de Teutsch, même l’étrange condescendance de Mgr. Raess, laissèrent le Reichstag hostile à la motion. Elle fut rejetée, et, si l’on en juge par le compte rendu de la séance, on ne peut même pas dire que le Reïchstag ait écouté les orateurs avec le respect dû à des vaincus et qui lui aurait fait honneur à lui-même : la Gazette de
G) Klein (abbé F.), Dupont des Loges, p. 381 : € … Soit par l’âge… soit qu’il cédât sans le savoir aux lointaines influences de son éducation allemande, soit enfin qu’il se rencontre des cas où, si elle ne consulte pas le cœur, la raison elle-même cesse d’avoir raison, il avait compromis sans retour… son repos personnel… et son influence d’évêque.. Il arrivait parfois, dans sa cathédrale, que les fidèles, sur son passage, détournaient la tête pour ne pas recevoir sa bénédiction. »
la carte au liséré vert he à Francfort protesta le lendemain contre le tumulte et les rires ironiques qui avaient accompagné la protestation. (1) Après la séance, Teutsch et sept de ses col- . lègues, Mgr. Dupont des Loges, Abel, Germain, Haeffely, ;
. Lauth, Pougnet et l’abbé Sœhnlin, résolurent de quitter : le Parlement pour n’y plus revenir, tandis que les autres prenaient le parti de demeurer à Berlin et de continuer à suivre les séances. ; :
Ni l’éclat de la protestation de 1874, ni l’activité des autonomistes, qui ne se décourageaient pas, ne modifièrent sensiblement la politique de l’Empire vis-à-vis de l’Alsace-Lorraine. Sans doute un décret du 29 octobre 1874 institua la Délégation d’Alsace-Lorraine (Lan-
: desausschuss). Mais son origine même la rendait su- ; specte aux Alsaciens. On se rappelle qu’après l’élection : des Conseils généraux, le président-supérieur avait rappelé aux élus l’obligation du serment et provoqué ainsi de nombreuses démissions ; ces démissions avaient été suivies d’élections nouvelles, où furent élus des candidats déjà assermentés à d’autres titres, souvent 3 moins indépendants et plus disposés à suivre les indications du gouvernement; or, c’est de ces Conseils généraux, par voie de délégation (d’où son nom; dix par conseil, soit trente membres), qu’était issu le nouveau corps. Origine équivoque, que ne relevait point le rôle qui lui était dévolu : simple comité consultatif, à l’avis duquel pourront être soumis les projets de loi dont l’examen n’était pas réservé à l’Empire, y k compris le budget du Reichsland. Plus importantes furent les lois de 1879. Malgré quelques
… succès remportés aux élections de 1877, les autonomistes SL _ n’étaient pas sûrs du lendemain : d’une part, des : 5 démarches inconsidérées à Berlin avaïent jeté la suspiE cion sur certains d’entre eux, et les autres cherchaïent -__ à se dégager d’un voisinage compromettant; d’autre ; part, les protestataires comprenaient qu’on ne pouvait à plus se contenter de protestation pure et simple, qu’il …_ fallait au moins essayer d’obtenir une Constitution. Ë Jacques Kablé fut le lien entre les deux partis; sa formule: Protestation et action, devint aussitôt populaire; …_ autonomiste d’origine, il fut élu, à Strasbourg, contre À un autonomiste (1878). Et peut-être l’agitation de ce < momeni fit-elle comprendre au gouvernement qu’il valait -_ encore mieux donner aux Alsaciens-Lorrains un com4 mencement de satisfaction, que de les jeter complète- à ment vers les protestataires parce que les autonomistes n’auraient rien obtenu. — C’est ainsi que fut votée la — « Constitution de 1879 » : loi du 4 juillet, qui remplace k le président-supérieur, dont la fonction consistait parti- —_ culièrement à transmettre toutes les affaires à la chancellerie de Berlin, par un sfatthalter, ou lieutenant- & gouverneur, qui sera à la fois un délégué de l’empereur h avec les pouvoirs du chef de l’État et une sorte de 4 chancelier spécial pour les affaires d’Alsace-Lorraiïne, _ se faisant contresigner par son ministère dans le 2 _ premier cas, contresignant l’empereur dans le second; _ le statthalter est en effet assisté d’un ministère $ (quatre départements ministériels : intérieur et instruc_. tion publique; justice et cultes: finances; commerce, 1 agriculture et travaux publics), ministres nommés par l’empereur (avec le contreseing du statthalter), sans É: responsabilité devant la Délégation, responsables en
la carte au liséré vert fait devant l’empereur seul. En même temps la Délégation était modifiée sur deux points. Déjà, depuis 1877, sa voix n’était plus seulement consultative : quoique les lois particulières à l’Alsace-Lorraine pussent toujours être édictées par le Reïichstag, la Délégation, sauf cette menace d’intrusion, (1) suppléait le Parlement de Berlin pour les lois de la Terre d’Empire. La loi du Landesausschuss : — quant à son rôle : ses membres pourront désormais déposer des projets de loi, mais elle ne sera pas plus qu’avant un Parlement indépendant pour ce qui concerne la législation particulière du pays, comme le sont les Diètes de Bavière, de Bade ou de Wurtemberg : les lois votées par la Délégation n’auront plus besoin, comme on l’a vu, depuis 1877, de l’approbation du Reichstag, mais il leur faudra toujours celle du Conseil fédéral, où l’Alsace ne sera toujours pas représentée; — quant à sa formation : de trente membres, le nombre s’en élève à cinquante-huit : trente-quatre issus des trois Conseils généraux, quaire ? issus des conseils municipaux des grandes villes, vingt
nommés par un suffrage à deux degrés dans les vingt « tamisé », comme on l’a dit maintes fois, qui ne fera jamaïs de la Délégation une véritable représentation du pays. (2) — Par cette Constitution de 1879,
(1) Cf. F. Eccard, Const. de l’Als.-Lorr., p. 21 : En fait, toutes les lois d’Alsace-Lorraine ont été votées, depuis 1877, sauf de rares exceptions, par le Landesausschuss, mais le Reichstag reste un épouvantail que le gouvernement peut agiter devant les repré- sentants du pays, quand ils ne veulent pas obéir à ses volontés. »
(2) Depuis 1882, les séances de la Délégation sont publiques et la langue allemande obligatoire dans les débats.
le gouvernement faisait des concessions à l’esprit d’autonomie, — il ne concédait pas l’autonomie. Et c’est cette Constitution qui a continué à régir la Terre d’Empire. Le statthalter nommé fut le feld-maréchal de Manteuffel. Dans sa carrière déjà longue, il avait été à la fois soldat et diplomate, même au cours des événements de 1870-1871 : après avoir combattu dans le nord et dans l’est, il avait, le traité signé, reçu le commandement de l’armée d’occupation à Nancy : _ fonctions délicates dont il s’était acquitté avec beaucoup de tact, consciencieux, mais conciliant, montrant de la déférence aux vaincus, tempérant parfois chez ses subalternes lorgueil de la victoire. (1) Tel il fut | dans son nouveau poste, et il aurait réussi, si quelqu’un avait pu réussir. Maïs, si ses amabilités pour les « notables », sa bonhomie quand il visitait les écoles, son à application à parler et à écrire le français en dehors des circonstances officielles, lui concilièrent beaucoup de sympathies personnelles; s’il eut le grand mérite de comprendre les résistances de la population et de ne __ pas se froisser même quand l’évêque de Metz refusa | de recevoir L « ordre de la Couronne, seconde classe, avec étoile », qu’il lui transmettait de la part de l’empe- £ reur, (2) il avait, d’auire part, un devoir à remplir envers son souverain, — un devoir qui n’était pas seule- ? ment de pacification superficielle, mais aussi d’étroite 4 surveillance et d’action germanisatrice; si bien qu’entre _ les Allemands qui lui reprochaient sa modération et les 1j Alsaciens-Lorrains qui la lui rendaient difficile, il per-
: la carte au liséré vert Fi dait patience, et sévissait. Jacques Kablé, le député de Strasbourg, était représentant d’une Compagnie d’assurances françaises; le statthalter accusait d’autres agents de ces Compagnies de s’occuper comme lui de politique, et de la même politique; il expulsa ces Compagaies du territoire alsacien-lorrain, malgré l’article rx du traité de Francfort, qui comprenait dans la règle du « traitement réciproque sur le pied de la nation la plus favorisée » « l’admission et le traitement des sujets des deux nations ainsi que de leurs agents ». D’autres mesures ne firent pas moins de bruit : suppression de la Presse d’Alsace et de Lorraine (188r), de l’Ælsässisches Volksblatt (1882), de l’Union d’Alsace-Lorraine, de lOdilienblatt, de V’Écho de Schiltigheim (1884), journaux qui ne s’occupaient pas tous également de politique, mais qui, aux yeux de l’administration, étaient également coupables d’exciter la population contre l’idée allemande; (à) — interdiction au député de Metz, Antoine, l’ardent | protestataire, de faire paraître son journal projeté : e Metz, quoiqu’il eût rempli toutes les formalités légales en vue de cette publication (août 1883), perquisitions chez Antoine, publication dans la Norddeutsche Allg’e- | meine Zeitung de lettres privées que l’autorité judiciaire avait saisies dans ces perquisitions; quelques | semaines plus tard, son arrestation sous une inculpation () « Deutschthum ». Cf. Débats sur l’Abol., p. 17 sqq. « L’idée allemande, disait Pabbé Winterer, existe-t-elle dans les dispositions du traité de Francfort? En quelle façon les journaux supprimés ont-ils violé ce traité? L’idée allemande existe-t-elle dans à les lois qui régissent l’Alsace-Lorraine ou l’Empire? Les journaux supprimés ont-ils violé ces lois plus que les autres journaux ?… | Je vous le demande, Messieurs, peut-on supprimer des journaux | Ô en vertu d’une expression aussi vague ou d’une idée aussi peu +
:a 5708 s « n. de haute trahison, qu’au bout de quatorze mois la Cour “suprême de Leipzig devait déclarer injustifiée.…. Et les …._ électeurs continuaient d’envoyer au Reichstag les can- -_ didats de la protestation. ; Le Manteuffel mourut en 1885. (1) Le modérateur disparu, Æ . il ne restait plus personne pour s’opposer au système de …_ la coercition. Depuis longtemps, Bismarck avait perdu “_ son « amour juvénile pour le Reïichsland », « l’espoir È. enthousiaste » que lui inspirait au début « la joie de “ voir ces anciens pays de l’Empire recouvrés par l’Alle-
- magne », et il ne pensait plus qu’à la « sûreté de 3 l’Empire même ». (2) Les faits violents se précipi__ tièrent alors, témoignages directs ou indirects de F Virritation d’en haut. Jamais, depuis 1871, la France, …. J’Alsace-Lorraine, l’Allemagne, les trois personnages de 3 l’éternel drame, ne vibrèrent aussi intensément qu’à …_ cette époque. L’aggravation des charges militaires _ demandées par le gouvernement au Reichstag, la presn sion formidable exercée sur l’Alsace-Lorraine en vue _ des élections du 21 février 1887 d’où pourrait sortir la _ paix ou la guerre — les propos du statthalter, les articles É menaçants dont les journaux officieux étaient pleins, ne laissaient pas de doute aux Alsaciens-Lorrains sur 1% les responsabilités qu’ils allaient prendre; (3) — les (1) Ses successeurs furent : le prince Clovis de Hohenlohe-Schil_._ lingsfürst (1885-1894), le prince Hermann de Hohenlohe-Langenburg,
(5) Le 9 février, Hohenlohe, le statthalter, à la fin d’un banquet Fe offert à la Délégation, avait dit que le vote du septennat militaire RS serait la seule garantie de la paix. Cf. J. Heimweh, Quest. d’Als.,
la carte au liséré vert * - quinze candidats protestataires élus, quand même, (1) expulsé, le 31 mars; (2) contre Lalance, de Mulhouse, un arrêté d’expulsion aussi, mais qui fut suspendu, (3) puis remplacé par des poursuites judiciaires (4) et par :
Simonis (Ribeauvillé), Germain (Sarrebourg) — protestataires de 1874, toujours réélus, — de Dietrich (Haguenau), Goldenberg de Wendel (Thionville). « Manifestation grandiose contre le traité de Francfort », écrivit la Landeszeitung (officielle). Une des élections les plus significatives fut celle du D: Sieffermann — contre Zorn de Bulach, député sortant, de vieille famille du pays, noble, influente, mais qui, seul de la députation alsacienne-lorraine, avait voté pour le septennat. « Trois seuls jours nous séparaient
- du scrutin, dit Sieffermann en remerciant ses électeurs, quand je me suis décidé, sur les instances de mes amis, à vous livrer mon nom, à défaut dun autre plus autorisé, pour vous permettre d’affirmer votre opinion. J’aurais tenu à vous dire, dans une proclamation qui a eu le malheur de ne pas trouver d’imprimeur, que moi aussi je trouvais vos charges tant en soldats qu’en argent suffisamment lourdes et qu’il ne fallait les augmenter à aucun prix. Mon succès doit être, pour les amis connus et inconnus qui ont voté pour moi, une récompense d’autant plus grande qu’ils ont contribué à ressouder le chaîinon de la députation d’AlsaceLorraine, dont un des anneaux s’était brisé. Mon élection lui rendra son ancienne cohésion. » (Le Temps, 24 et 27 février 1887)
(2) &« Son nom seul est tout un programme », disait de lui M. de Puttkamer, qui ne voulut accepter la charge de secrétaire d’Etat (président du ministère) d’Alsace-Lorraine, que si on lui accordait l’expulsion du député de Metz.
(5) A la suite des objections de plusieurs de ses collègues — allemands — du Reichstag, qui s’émurent, après l’expulsion d’Antoine, de cette nouvelle manifestation de l’arbitraire gouvernemental à l’égard d’un député.
(4) Le procureur impérial, lui appliquant une loi française de l’Empire, l’inculpa du délit de fausse nouvelle, sous prétexte qu’il avait dit dans son manifeste électoral : &« On a supprimé le fran- çais dans les écoles, et cependant la connaissance des deux langues est nécessaire dans un pays-frontière », — tandis que le français ne devait être considéré comme « supprimé » que dans les écoles primaires.
| une mesure administrative draconienne qui le contraignait à partir; (1) l’arrestation brutale, sur territoire annexé, de Schnaebelé, commissaire spécial de la gare française de Pagny-sur-Moselle, par son collègue allemand de Novéant qui l’avait convoqué pour affaires de service (20 avril 1887) et l’émotion que l’incident provoqua pendant plusieurs jours dans toute l’Europe; quelques semaines plus tard (24 septembre), à Vexaincourt, sur territoire français, deux chasseurs paisibles, l’un tué, l’autre blessé, par des coups de feu que tirait sur eux, du territoire annexé, un soldat chargé d’une surveillance de braconnage qu’en France on aurait confiée à des gendarmes ou à des douaniers — gens plus rassis; (2) — puis l’institution des maires de car- | et les dissolutions de sociétés, l’Association des Sociétés 4 chorales d’Alsace, la Fanfare Sellenick, le Cercle Mul- À housien, y comprises ses sections de botanique et de 4 zoologie; (3) quatre Alsaciens condamnés (sur huit it accusés) par la Cour Suprême de Leipzig, comme affliés à la Ligue des Patriotes (juin 1887); l’arrestation | du vaillant Ch. Appell, teinturier à Strasbourg, ancien ; mobile du siège, médaillé militaire, accusé de haute trahison au préjudice de l’Empire (janvier 1888) ; la coïn- ÿ cidence de ces événements avec la popularité du général 1 (1) Suppression de l « admission temporaire » des tissus étrangers 4 dans l’usine de teinture et d’impression que dirigeait M. Lalance, F mesure rapportée aussitôt après qu’il eut donné sa démission : de gérant et quitté l’Alsace. (2) « … Ces faits regrettables… sont une conséquence de nos À institutions », dit la note remise, le 7 octobre 1887, par Je gouvernement allemand au gouvernement français. Cf. E. Lavisse, Quest.
la carte au liséré vert Fo ue - Boulanger en France — et en Alsace; puis, ce régime vexatoire et, pour beaucoup, terriblement cruel des passe-+ à ports, qui constituait encore une violation de l’article 11 du traité de Francfort : l’obligation pour toute personne S qui voulait entrer en Alsace-Lorraine par la frontière : ; de France, mais pour tout Français qui voulait y entrer 4 par quelque frontière que ce fût, de présenter un pas- | seport visé par l’ambassade d’Allemagne à Paris, visa . dont la validité était d’un an pour les étrangers, de Ke. huit semaines pour les Français, — qui dispensait les étrangers, mais non les Français, d’une déclaration de : résidence à faire dans les vingt-quatre heures, — que À l’ambassade, enfin, délivrait rapidement aux étrangers, à et refusait généralement aux Français, après leur avoir ‘ fait attendre pendant des semaines une réponse qu’en Ù leur honneur on avait demandée jusqu’à Berlin; (1) 1 et, malgré tout, en 1890, des élections encore protestataires : (2) ce furent, pendant quatre ans, une lutte de y tous les jours, l’oppression et la fièvre, la perpétuelle attente, d’angoisse ou d’espoir… $ Cette crise fit aux Alsaciens-Lorrains une conscience nouvelle. Vingt ans avaient passé. Ni l’ardente protesta- 4 tion de 1887, ni l’affaire Schnaebelé, ni la question des 4 passeports n’y avaient rien fait. L’aurore ne s’était pas F levée, que tant d’hommes avaient vue en rêve. Il fallait, 3 de plus en plus, vivre dans la réalité du jour, compter de moins en moins sur un lendemain libérateur. Bismarck, irrité, avait parlé de supprimer la Délégation, ainsi que | la députation de l’Alsace-Lorraine au Reichstag, de par- (1) Cf. J. Heimweh, Rég. des pass., p. 55 sqq.
Fe tager la Terre d’Empire entre la Prusse, la Bavière et Due Bade. (1) Peut-être le chancelier, en exigeant du stattFe halter « tant de mesures vexatoires », avait-il eu quelque arrière-pensée : « pousser les Alsaciens-Lorrains au désespoir et à l’insurrection, afin de pouvoir déclarer En que le gouvernement civil ne vaut rien et de proclamer : l’état de siège. » (2) La terreur régnait : « la paix des É cimetières », comme dit un jour, au Reïichstag, en parS lant de cette époque, le député Preiss, de Colmar. Plus Ê que toute autre mesure, le coup brutal des passeports : les avait étourdis. Les quatre non-protestataires qui : s’étaient fait élire en 1890, ne devaient leur succès qu’à À la lassitude affolée de leurs électeurs : voter pour des 3 candidats « de conciliation », comme Zorn de Bulach, 4 1893, pour des candidats ofliciels, directeurs d’arron- É- dissement, dans leurs propres arrondissements, comme 3 Poehlmann à Schlestadt, ou Alexandre de Hohenlohe à.
Ée Haguenau, cela n’avait guère d’autre sens qu’un eri a de grâce : (3) donner au gouvernement le député qu’il ; souhaite, pour qu’en échange il desserre les liens, laisse
(1) Conversation du 18 mars 1887, citée par Matter, Bismarck,
3 (2) Mémoires de Hohenlohe, à la date du 8 mai 1888 : cité par
COR (3) Cf. J. Heimweh, ARég. des passep., p. 37 sqq. — En 1893, tandis
4 que Pétri, indigène, mais gouvernemental, et Bebel, Allemand, mais 2 socialiste, et par conséquent désagréable au gouvernement, se
s disputaient le siège de Strasbourg-ville, on disait couramment,
s dans la bourgeoisie indigène de Strasbourg, qu’il fallait voter pour
3 Pétri parce que, « si Pétri est élu, Appell sera grâcié ». Pétri ne
4 fut d’ailleurs pas élu, et Appell ne fut pas grâcié. — Ces élections
4 de 1893 donnèrent, sur 237.000 suffrages exprimés, 73.000 voix aux
EE candidats du gouvernement, 165.000 aux opposants (Alsaciens-
la carte au liséré vert ‘ : revenir les parents, les amis, les clients de France, rentrer un peu d’air libre… Ils comprenaient maintenant comment l’Allemagne les tenait, combien elle pouvait contre eux, contre leurs intérêts, contre leurs sentiments ! Pourtant ils étaient un peuple, et qui avait des droits. Plus séparés de la France qu’ils n’auraient cru, peut-être, mais non pas plus rapprochés de l’Allemagne, ce n’était pas une raison pour mourir dans le fossé, entre les deux nations, ni même pour se laisser con- È traindre et absorber par la plus forte. Et s’il fallait É en venir, non point à l’attitude, certes, mais à l’idée des autonomistes, c’était, l’honneur sauf, après vingt ans passés, quelques espoirs déçus, et une rude épreuve subie. Ainsi naquit la conscience d’une nationalité propre, mais toujours fidèle aux souvenirs du passé français. L’Alsace dirigea l’action. L’Alsace était un terrain
plus propre que la Lorraine à cette résurrection d’un patriotisme de petite patrie. D’abord, c’est toujours
| dans la bourgeoisie des grandes villes qu’apparaissent ces premiers frémissements de moralité et d’activité nouvelles, et Metz, d’où on avait plus émigré, où on avait plus immigré, était plus adultéré que Strasbourg, que Colmar surtout ou Mulhouse, par l’élément étranger. D’autre part, les Lorrains avaient pris l’habitude de résister par leur seule présence : leur langue, leurs mœurs, leurs relations avec leurs frères provinciaux séparés d’eux, tout cela faisait de leur existence une existence à côté de celle du vainqueur, sans qu’ils eussent le moindre effort à faire pour que la preuve en éclatât aux yeux. Enfin leur passé même était brisé : Nancy, et Stanislas, Lunéville, et Voltaire, Bar-le-Duc, et Ligier-Richier, ils avaient trop laissé
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d’histoire, de littérature et d’art de l’autre côté de la | frontière, leurs souvenirs n’appartenaient plus à eux seuls, et, ainsi divisée, cette source d’inspiration n’avait plus toute sa vertu. L’Alsace, au contraire, annexée tout entière, était une, avait son histoire à elle, à elle seule, longue histoire d’émeutes et de guerres pour la conquête ou la défense de ses libertés. En outre, pour les Alsaciens, qui étaient moins visiblement Français, le geste d’indépendance et de fierté était constamment nécessaire, s’ils ne voulaient pas se laisser confondre
- avec les Allemands. Et puis, Strasbourg, Mulhouse, Ë Colmar avaient en grande partie conservé leur bourgeoisie, — hommes d’action et de direction, instruits et fiers du passé de leur pays. Les Lorrains étaient mieux faits pour continuer purement et simplement la France . en terre étrangère; mais l’Alsace, par son caractère, par sa récente comme par sa vieille histoire, était | plus préparée à son rôle, s’il s’agissait d’animer une On ne saurait mettre à l’origine de ce mouvement, qui commença dans les années 1892-1897, ni une date exacte ni un nom. La nécessité s’en imposait plus pré- | cisément à quelques esprits ; d’autres suivaient, sentant ï qu’allaient prendre corps des aspirations jusque-là | confuses en eux. La confiance était permise : ce n’étaient pas rêveries vagues et constructions sur le sable : les ; Alsaciens-Lorrains étaient encore chez eux en Alsace- Ÿ Lorraine. Certes, une armée de fonctionnaires était $ venue, d’outre-Rhin, prendre la direction des affaires du FA pays, occuper les places qu’avait refusées, au lende- $ main de la guerre, la fierté des Alsaciens; mais tous, :
la carte au -hisené perte FES merveille pour faire de l’Alsace-Lorraine « un champ d’expériences où le pangermanisme s’entraîne à gou- > verner », (1) laissaient, par là même, les indigènes indif- 4 férents ou hostiles. Certes, l’Alsace-Lorraine s’était ap pauvrie, de 1871 à 1895, par l’émigration, d’environ 200.000 à personnes, mais ce chiffre, considérable, ne représen- L tait pourtant qu’un huitième environ de la population de … à 1871; (2) et si les partants avaient été remplacés, même : en surnombre, par des étrangers au pays, l’élément à indigène n’en constituait pas moins les six à sept hui- à tièmes de la population, (3) et sans que l’élément étran- 4 ger l’eût suffisamment pénétré pour en modifier l’esprit. L L’action s’appuierait donc sur une base solide. — Et les À objets ne manqueraient point à cette action. Même en “ dehors des périodes de crise et des incidents qui excitent à l’attention générale, les Alsaciens-Lorrains n’en avaient 5 que trop fait l’expérience : quoiqu’ils fussent chez eux, : d’autres étaient leurs maîtres. Qu’il s’agît d’obtenir ’ l’abrogation d’une loi répressive, l’autorisation d’or- À ganiser une représentation théâtrale en français ou de D repeindre une vieille enseigne française, (4) l’inscrip- (1) A. Laugel, Aven. intell. de l’AlS., p. 249. (3) Stat. Jahrb. für E.-L., 1908 : d’après le recensement de 1905 : .quant à la nationalité : 1.460.000 personnes (je cite en chiffres ronds) appartiennent à la nationalité alsacienne-lorraine (une partie 4 d’entre elles, il est vrai, mais sans doute pas plus de 200.000, sont 1 des étrangers à l’Alsace-Lorraine, ayant acquis cette nationalité après leur immigration), 160.000 à la nationalité prussienne, 79.000 à des nationalités non allemandes ; — quant à la naissance : parmi les personnes recensées en Alsace-Lorraine, 216.000 sont nées en Allemagne, mais hors de l’Alsace-Lorraine ; 78.000 environ ù dans les pays non allemands. (4) L’examen des enseignes en Alsace-Lorraine ne manque pas d’amuser au passage : non seulement à cause de certaines bizarreries administratives, dont la plus célèbre est celle qui autorise 4
É tion de Jean — et non Johann, — de René — et non | Renatus, — sur le registre des naissances : le champ ÿ des revendications s’étendait à l’infini, puisque rien, | des grandes ni des moindres choses, n’avait échappé ‘ à la prise de cette administration vigilante et mé- ; thodique. Il est vrai que les Allemands s’étaient élevés | souvent au-dessus de ce rôle de policiers supérieurs, — : et les Alsaciens ne sont pas injustes : on se rappelle | ce passage de Au Pays du Rhin, où J.-J. Weiss, pour traduire l’état d’esprit des Alsaciens, mettait en scène, dans une brasserie du pays, un paysan et son notaire, qui, d’un coup de poing sur la table, envoient tous : ces Allemands au diable, mais reconnaissent, entre deux jurons, que « tout n’est pas si mauvais dans la loi ; allemande… elle-a bien abrégé les cérémonies dans y nos études… ils nous ont tout de même envoyé de Paderborn un excellent juge de paix… » Eh bien! : sans doute, l’ordre administratif allemand ne manquait 4 2 pas de beauté dans sa force, sans doute, les moyens de ; communication s’étaient multipliés, des villes s’étaient 3 agrandies, embellies.. Mais ils s’étaient fait payer de tant d’effroi, qu’on aurait craint leurs présents même. Fe: Était-ce toujours une généreuse sollicitude pour l’AlsaceLorraine qui avait inspiré l’Allemagne? Etait-ce bien x: pour les Alsaciens-Lorrains que les Allemands avaient pris dans les 5 milliards de l’indemnité de guerre 200 mil- | « Friseur » et interdit « Coiffeur »; mais encore parce que la E. langue employée contribue à déterminer, à première vue, l’âge de ; % la raison sociale : premières études d’épigraphie recommandées aux touristes curieux. Il s’est produit plus d’une courageuse résisRe tance, et bien des magasins ont mieux aimé prendre un air grave de chose déjà ancienne, que de se rajeunir à l’allemande confor- É mément aux règlements de police.
la carte au liséré vert lions à affecter aux « chemins de fer d’Alsace-Lorraïine et de Guillaume-Luxembourg » ? (1) Etait-ce bien pour eux que le Reichstag avait voulu participer aux frais : de construction de cette somptueuse Université de Strasbourg qui devait être, dans l’esprit de ses fondateurs, une Université allemande de premier rang, un foyer d’ &esprit allemand » et de « science allemande »? (2) Parmi ces édifices nouveaux, trop de casernes, pour loger les 70.000 soldats qui occupaient la Terre d’Empire, (3) trop de « forts Moltke » et de « forts Kronprinz »; dans ces gares nouvelles, trop de quais d’embarquement; derrière le plan de ces larges avenues, une pensée direc- : trice parfois trop visible : substituer à une ville ancienne, pleine de souvenirs, une ville nouvelle symbolique d’un état de choses nouveau… Il était grand temps que | l’Alsace-Lorraine aflirmât sa volonté qu’on s’occupât
(1) 1791.617.661 millions de marks : Villefort, Recueil des traités,
Gesammtinteresse Deutschlands liegenden Institutes.. » Cité par
et Maurenbrecher, cités dans le même ouvrage, p. 21. — Du reste, l’Université de Strasbourg reçoit, chaque année depuis 1876, une subvention de {00.000 marks sur le budget de l’Empire. (Cf. ce que disait le professeur Du Bois-Reymond, le 5 août 1870 : « L’Université de Berlin, casernée (einquartiert) en face du palais du roi, est
la garde du corps intellectuelle de la maison de Hohenzollern » : cité par E. Lavisse, Fondat. Univ. de Berlin)
(3) A l’époque où nous nous plaçcons dans ce chapitre : 67.000 en | Armée et A.-L.) — « Ce n’est pas pour lAlsace-Lorraine », disait Bismarck en 1874, « c’est dans l’intérêt de l’empire que nous avons conquis ce pays…, pour avoir un glacis que nous puissions défendre avant qu’ils [les Français] attaquent le Rhin. » |
d’elle pour elle-même, ou, mieux encore, qu’on la laissât s’occuper d’elle toute seule.
Cette personnalité alsacienne s’est manifestée sous des formes très diverses. Le Théâtre alsacien : pièces en dialecte alsacien, jouées par des jeunes gens de bonne volonté, tous du pays : Dr Herr Maire, D’r Candidat, E Demonstration, (1) amusants défilés de caractères et de plaisanteries du terroir, qui ne manquent ni de psychologie vraie, ni même, discrètement, d’ironie politique. Ainsi, cette hostilité entre le vieil adjudant retraité, (2) qui a « mangé du cheval au Mexique, du mulet en Algérie, du rat pendant la Commune », qui « a conquis une partie du monde », et gémit mainte-
: nant, en son langage panaché, de ne pouvoir en finir avec la « conquête vun d’r (3) mademoiselle Marguerite », sa fiancée d’autrefois laissée au pays, — et l’Allemand du « Kriegerverein » (4) de l’endroit, qui, d’un ton solennel, décore de motifs patriotiques et germanisateurs son projet de mariage intéressé avec l’Alsacienne. Ainsi, dans D’r Herr Maire (5) tout le caractère du personnage principal : le « fonctionnaire tel que le
| créent les gouvernements arbitraires ». (6)
| Sans me vanter, dit gravement de lui-même Monsieur le
) Maire, je suis maire depuis vingt-cinq ans, j’ai eu cinq
à £ (1) Ces titres, à eux seuls, sentent déjà leur dialecte : D’r pour Der,
4 Æ pour £ine ; ailleurs ni Maire ni Demonstration (— Manifestation)
& ne sont des mots allemands, mais des mots français tombés dans
è _ le dialecte alsacien.
à (2) £ Demonstration, par G. Stoskopf, Strasbourg, Librairie du
/ (3) Pour von der : de la.
- D’r. Herr Maire, par G. Stoskopf, Strasbourg, Schlesier et
la carte au liséré vert ARRETE prix aux concours agricoles, je fais partie de la Société des 0 anciens soldats, j’ai toujours recommandé l’engrais ariifi- a É ciel, je salue le gendarme, je ne manque jamais le banquet officiel à la fête de l’empereur, je travaille toujours pour le D candidat du gouvernement… (A part :) Il est vrai que je He ne vote jamais pour lui, mais cela, personne ne le sait… E. Pourtant, mes adversaires du Conseil auraient-ils dit du “à mal de moi au préfet? Saurait-on que j’ai un petit-cousin à officier français ?.. que j’ai attrapé mes rhumatismes pen- 4 dant la guerre, dans la garde mobile, à Strasbourg ?.. “s La Revue Alsacienne, du D’ Pierre Bucher, au-dessus be < du mouvement populaire entretenu par le théâtre, atteint 51e) la bourgeoisie directrice, encourage l’étude de l’histoire, #4 de la littérature, de l’art alsaciens, cherche à dégager 54 les raisons profondes de l’attachement de l’Alsacien à 4 son sol et de sa fidélité à ses traditions, rappelle par É. tous les moyens, articles de la Revue, Musée alsacien, ca conférences, fêtes, qu’en deçà de ce passé germanique, 4 auquel les Allemands se plaisent à remonter sans se sou- 5 cier de l’intervalle, l’Alsace a un passé plusrécent, — celui % qui l’a faite ce qu’elle fut au dix-neuvième siècle et qui E. vibre encore dans le sang alsacien. — Et les satiriques : à Zislin, de Mulhouse, Hansi, de Colmar, qui, sans crainte Le de l’amende et de la prison — lesquelles ne sont pas de 4 vains mots dans ce pays — sauront faire éclater le large ‘3 rire de leurs concitoyens aux dépens du « non-moi » : 4 la scène se passe, au sommet des Vosges, à l’Hôtel fran- È çais de la Schlucht, tables d’hôte à cheval sur la fron- ; tière : couple d’Allemands en tenue de montagne, lui, rougeaud, lunettes, chapeau tyrolien, elle, longue, revêche, et… « fagotée », Dieu sait comme! Légende : ; « Comment donc le maître d’hôtel a-t-il pu savoir que 4 nous sommes Allemands ?.….. » Puis, descente à Gé- È
É rardmer, promenade au bord du lac: un officier passe,
4 en grand uniforme, un lieutenant, épaulette à gauche,
contre-épaulette à droite : aussitôt, une haute leçon de c moralité : « Ces Français seront donc toujours aussi
| négligents? Regardez-moi cette épaulette qui n’a pas de
franges. » Le lendemain, on remonte à travers les bois pour regagner le versant alsacien; on a rencontré des compatriotes, les deux femmes ouvrent la marche, les deux hommes, à quelques pas en arrière, dissertent :
« Les Françaises que nous avons vues à l’Hôtel de la Schlucht étaient très joliment vêtues; vous concéderez cependant, très honoré collègue, que dehors, dans la nature, particulièrement dans une forêt allemande, la
è robe de laine si seyante de ia femme germanique plaît ‘
à l’âme bien davantage. » (1)
Comédies bourgeoises ou populaires, publications historiques et sociologiques, estampes satiriques : autant de gestes d’encouragement pour les politiques.
; Sans doute le groupe des quinze députés d’AlsaceLorraine au Reichstag n’est plus un bloc, un bloc d’opposition toujours tendue. Du moment qu’il devait y
avoir, non plus protestation contre un fait, mais participation réelle et pratique aux affaires, l’unité d’opinion et d’action était impossible. Et puis, les agitations de ;
la politique intérieure française se sont répercutées sur
l le corps électoral alsacien-lorrain, — ce qui montre
bien, soit dit en passant, de quel cœur part toujours
1 le rythme de ces pulsations lointaines; et c’est un peu
de nous et de nos disputes que nousreconnaissons,aux
3 () Vogesenbilder, par Hansi, deux albums in-4°, Ch. Bahy,
la carte au liséré pert = veilles d’élections, sur les murs de nos anciennes à villes frontières. Depuis quinze ans donc, les élections 2 ne se font plus, comme on dit, sur la protestation ; mais, É plus d’une fois, entre les lignes des proclamations, dans la chaleur des ripostes, elle apparaît, et non pas | toujours incognito : « Alsaciens-Lorrains, écrivait un socialiste dans un journal de Strasbourg, à l’approche des dernières élections, rappelez-vous ce qui vous est ; arrivé depuis 1870 sous la domination de l’Allemagne 3 prussienne. On a voulu ignorer que pendant deux cents ans nous avons appartenu à la France, pour chercher à nous prussianiser de force. Il est vrai qu’à l’école on nous parle de la bonté allemande, de l’honorabilité allemande, de la générosité allemande, mais jusqu’à présent | nous n’avons appris à connaître que l’orgueil prussien, | l’arbitraire prussien, la morgue prussienne ! » (1) Et un catholique, dans un journal de Colmar : « … Cela ne les empêchera pas [les catholiques] de garder pour leur | ancienne patrie, qu’ils savent très bien distinguer des à hommes qui la représentent à cette heure, des sympathies dont ils ne font aucun mystère. Cela ne les Ë empêchera pas davantage de porter sur le fait de l’annexion sans consultation préalable de la population du pays, un jugement dans lequel ils n’ont pas è varié… » (2) Les vraies questions électorales ont été ÿ d’intérêt local ou de politique générale (lutte du a « socialisme » et du « cléricalisme »), signifiant parfois j: nécessité de composer ensemble pour vivre, mais jamais réconciliation ; même quand il y a, un moment, par ‘ Q) Freie Presse, 27 janvier 1907 : trad. par Messag. d’Als.-Lorr., | (2) Journal de Colmar, cité par le Messager (même n°). À %
quelque combinaison de campagne électorale, une sorte d’alliance avec le parti allemand d’opinion correspondante, la différenciation ne tarde pas à se faire. Lorsqu’en 1905 le prince de Læœwenstein ouvrit, à Strasbourg, le congrès catholique, il s’écria, enthousiaste et séducteur : « … Et si les Alsaciens viennent avec nous, ce sera une grande joie dans le ciel et sur la terre! » On ne peut pas dire que, pour aucun parti, le souhait formulé ici à l’adresse des catholiques se soit réalisé. Dès qu’il s’agit de l’Alsace-Lorraine, les politiques redeviennent Alsaciens-Lorrains, différemment peut-être, mais Alsaciens-Lorrains ; et il y a toujours un moment où le Journal d’Alsace-Lorraine de M. Léon Boll et le Nouvelliste de l’abbé Wetterlé, finissent par
(1) QI est très exact qu’en 1896 M. Blumenthal et plusieurs de ses amis avaient rêvé de créer un grand parti alsacien, ralliant les hommes des opinions les plus diverses. Il est malheureusement tout aussi vrai que, pour la plus grande satisfaction de lPadversaire commun, nous nous sommes ensuite combattus avec acharnement. Après un très long détour, nous sommes revenus,un peu meurtris, les uns et les autres, à notre point de départ et nous avons été tous surpris de constater qu’une entente, ne comportant le sacrifice d’aucun principe chez aucun des alliés, nous serait également ‘profitable. Voila comment M. Blumenthal, qui est resté démocrate et nous autres, qui n’avons rien sacrifié de notre « clé- ricalisme », avons convenu de ne plus nous entre-déchirer, mais de
tâcher de trouver un terrain d’action commun pour les questions | qui nous unissent, sauf à nous séparer de nouveau quand le k moment sera venu de poser les questions qui nous divisent. » , (Labbé Wetterlé, dans le Nouvelliste de Colmar, cité par le Mes- à sager d’A.-L. du 16 octobre 1909) D’où, émotion des journaux allemands : « Déjà à Colmar, Wetterlé a réussi à constiluer quelque ; chose d’analogue au bloc alsacien. Reste à savoir si les démocrates va de Mulhouse et de Strasbourg le suivront dans cette voie et met11 tront à la porte les démocrates immigrés, selon le principe : « Alsa- À ciens avant tout. » Le visible développement d’un particularisme à défavorable aux intérêts allemands devrait trouver son contre- +4 poids dans une campagne dirigée contre ces tendances. » (Metzer i Zeitung, cité par Messag. d’A.-L. du 13 novembre 1909)
la carte au liséré vert NENMEEES Quel est le résultat de ce long effort ? quelles modifications ont été apportées à l’administration de l’Alsace … Lorraine et à la vie politique des Alsaciens-Lorrains?— Une loi nouvelle d’Empire a modifié heureusement les : conditions du droit de réunion et d’association (1907), À rigueurs se sont, actuellement, adoucies. On surveille ne toujours autant, (1) mais on arrête et on expulse moins. | Les « réfractaires » ne se risquent pas davantage à “à repasser la frontière, mais ceux qui sont partis, avant dix-sept ans, avec leur acte d’émigration en règle, obtiennent des permis de séjour un peu plus longs. On autorise, quelquefois, dans certaines circonstances, 4 tout à fait exceptionnelles, la Marseillaise. Les fonctions ‘4 publiques, dans quelques branches de l’administration, commencent à s’entr’ouvrir aux Alsaciens-Lorrains, qui, d’ailleurs, dans leurs bureaux, aiment à rester entre eux, à causer entre eux, se raidissent lorsqu’arrivent ES les collègues allemands. Deux Alsaciens sont même 2 ministres (en Alsace-Lorraine) : — mais très discutés, — n parce que la pratique de l’ « autonomisme » exige du tact, que profiter de l’autonomie ne signifie pas nécessairement qu’on ait combattu pour elle, et qu’enfin, 4 suivant l’heure, les circonstances, le degré des honneurs (1) On se rappelle le scandale soulevé en 1906 par la publication de la brochure de Stephany, ex-commissaire de police en Alsace3 Lorraine : Germanisation, Willkürregierung und Polizeiwirthschaft - (in-8, Schmidt, Zürich). Le sous-secrétaire d’Etat à Pintérieur dut ù
- reconnaître devant la Délégation l’exactitude de quelques-uns des Fe faits dévoilés dans ce livre : l’existence de listes secrètes, tenues à jour, sur lesquelles sont inscrites certaines personnes soupçonnées de sympathies pour la France, et dont les noms seraient soumis &
- à l’autorité militaire en cas de conflit. à
et le chiffre du traitement, on paraît « autonomiste »,
Malgré ces améliorations, de droit et de fait, les Alsaciens-Lorrains n’ont encore rien obtenu quant à l’essentiel de leurs revendications. La Délégation n’est toujours pas un Parlement. La Terre d’Empire n’a toujours pas de représentant au Conseil fédéral. (1) Le sans-gêne administratif n’a pas disparu, qui traite volontiers la . Terre d”Empire comme une colonie taillable et corvéable.
_ - I n’y a pas si longtemps qu’on découvrit que le fonds è . spécial mis à la disposition du staithalter (Dispositionsfond) sur le budget de la Terre d’Empire pour subventionner certaines œuvres intéressant le pays et ses habitants (encouragement aux arts, bourses de voyage, etc.),
- avait servi exagérément (200.000 francs) à enfler les recettes trop maigres de la souscription pour le monument projeté de Guillaume I‘ sur la Xaiserplatz de Strasbourg, (2) — et que le comité a finalement restitué les 200.000 francs. Récemment encore, la Délégation soulevait la question, très controversée, il est vrai, des droits de douane et impôts indirects revenant à l’Empire, pour la perception desquels l’Alsace-Lorraine dépense 4 millions de marks et ne reçoit, en retour, : (1) Cf. FE. Eccard, Const. de l’Als.-Lorr., p. 24 : le statthalter est s seulement autorisé à nommer des commissaires qui peuvent assis- ‘ ter, avec simple voix consultative, aux séances du Conseil fédéral | consacrées aux affaires de la Terre d’Embpire. À (2) « Les sommes du Dispositionsfond dont le statthalter a l’admiR nistration, doivent servir au bien général du pays. Ce serait à mésuser (missbräuchliche Verwendung) de ces fonds que d’employer ë une somme aussi élevée pour un monument… Si l’on ne parvenait À pas à réunir, par des dons bénévoles, la somme nécessaire à 4 Pérection d’un monument de Guillaume I, il eût été préférable d’y renoncer. » (Gazette de Francfort, 17 août 1905)
la carte au liséré vert : qu’une indemnité de 2 millions et demi; tandis que, - d’autre part, l’Empire, non seulement se refuse à payer l’impôt industriel pour les chemins de fer qu’il exploite dans les deux provinces, mais encore exige de la Délé- gation une subvention de 40.000 marks pour chaque kilomètre de chemin de fer même stratégique, au lieu que, dans les États confédérés, c’est l’Empire qui subventionne les lignes stratégiques de mauvais rendement commercial. (1) Il est vrai que la dictature n’est plus, mais l’esprit dictatorial apparaît encore fréquemment : (2) aussi bien le « pangermanisme » veille-t-il, et il ne ménage pas ses attaques à l’administration d’AlsaceLorraine parce qu’elle laisse les étudiants alsacienslorrains faire leur monôme annuel autour de la statue de Kléber, des conférenciers français entretenir dans la Terre d”Empire le prestige de notre littérature, le Souvenir français inaugurer, à Noisseville, à Wissembourg, des monuments aux soldats français morts pour la patrie; quelques-uns même voudraient, dit-on, revenir sur la généreuse discrétion des conquérants de 1871 et supprimer les statues françaises que ceux-ci avaient laissées sur leurs socles. Voilà comment la question des noms à faire inscrire aux registres d’état civil donne encore lieu, de temps en temps, à des incidents héroicomiques; comment il faut déployer autant d’habileté que d’énergie si l’on veut continuer à s’appeler commercialement Dupont frères au lieu de se germaniser en Gebrüder Dupont ; comment, il y a quelques semaines ÿ (1) Journal de Colmar, 33 août et 6 septembre 1908.
(2) Le mot a été dit au Reichstag par M. Blumenthal, maire de Colmar, député de Strasbourg-campagne dans la précédente
à peine, un boutiquier dut changer sur son enseigne Liquidation totale, qui est français, en Totale Liquidation, qui est allemand; comment, l’avant-veille de la récente inauguration du monument de Wissemboureg, le gouvernement exigea la suppression des quatre emblèmes sculptés aux angles du socle : le soleil qui rappelait Louis XIV, les lys de Louis XV, la hache et le faisceau révolutionnaires, l’aigle de Napoléon; voilà comment, à la fin de l’été dernier, les manœuvres de | cavalerie eurent lieu en Alsace-Lorraine au lieu du grand-duché de Bade, parce que l’état de la récolte était moins avancé en Bade qu’en Alsace, — et la chasse fut ouverte dans le grand-duché avant de l’être en Alsace, parce que l’état de la récolte était moins avancé en mais où l’on peut voir comme une preuve en raccourci de ce que viennent de démontrer les deux affaires qui en ces dernières années ont le plus vivement ému lAlsace-Lorraine : celle du canal latéral au Rhin et celle de l’enseignement du français. N
La première a prouvé à l’Alsace-Lorraine que, dans les questions où il s’agit d’un État de l’Empire en même temps que d’elle, les intérêts de la Terre d’Empire pèsent d’un moindre poids que ceux de l’État confé- déré. (1) — La France, au milieu du dix-neuvième siècle, sans se laisser arrêter par les frais (plus de 100.000.000 de francs) ni par les difficultés techniques, avait doté ses provinces de l’Est d’un vaste système de canaux, admirable pour l’époque. Aussi, l’écoulement des produits , Q) Lettres d’Alsace, dans : Journal des Débats, 29 mai et 30 juin 1904 ; H. Haug, Navig. intér.; Paul Léon, Port de Str.; Ph. Gerber, Condit. *
la carte au liséré vert $ de l’industrie alsacienne se faisant de plus en plus vers 2 le centre de la France, l’attention de Strasbourg s’était- c elle peu à peu détournée du Rhin. Mais, séparée de la France par l’annexion à l’Allemagne, la ville avait dû songer à se créer des débouchés nouveaux, et sa pensée s’était portée naturellement vers son fleuve, qui depuis longtemps ne l’intéressait plus : c’est une ville du grandduché de Bade, Mannheim, qui avait hérité de l’ancienne activité fluviale de la capitale alsacienne. Là se déchargeaient les bateaux venant du Nord, de Belgique et . de Hollande, pour emprunter la voie des chemins de fer badoïs qui transportaient ensuite leurs marchandises vers le Sud, — là se transbordaient, vice versa, de wagons à bateaux, les chargements provenant du
Strasbourg avait demandé aux pouvoirs publics la création d’un canal latéral au Rhin, qui, partant de situé en face de Mannheim. Mannheim se sentit aussitôt menacé, et Ludwigshafen également, et le grand-duché de Bade avec Mannheim, et la Bavière avec Ludwigshafen. Devant l’opposition des deux États, l’Empire renonça à créer le canal à ses frais, et l’Alsace-Lorraine songea à substituer au projet d’une entreprise allemande celui d’une entreprise exclusivement alsacienne. Les études préparatoires n’avaient pas encore abouti, lorsqu’en 1890 un ingénieur badois s’efforça de démontrer qu’on pouvait arriver sans canal latéral au résultat sou-
.haïté, qu’une régularisation du Rhin supérieur permettrait de créer, avec une dépense beaucoup moindre,
ë une voie ouverte presque toute l’année. Cette régularisation serait moins avantageuse pour l’Alsace-Lorraine ; qu’un canal latéral, parce que celui-ci seul pouvait assurer d’une façon certaine la permanence du trafic, que le Rhin supérieur, malgré tous les dragages, ne serait sans doute que temporairement navigable, que les frais d’entretien s’élèveraient à un chiffre très élevé, Het que le grand-duché de Bade pourrait toujours, après la régularisation, lui faire une concurrence désastreuse par un canal latéral qu’il creuserait sur son propre territoire. Toutefois, comme Bade et la Bavière consentaient à participer aux frais de la régularisation, qu’ainsi la régularisation apparaissait comme le meilleur | moyen d’obtenir rapidement un résultat pratique, le | gouvernement d’Alsace-Lorraine, sur l’initiative de la Délégation, entra en rapports avec le royaume et le grand-duché. Huit années se passèrent en échanges de vues et de projets. Enfin, une convention fut signée : entre l’Alsace-Lorraine et le grand-duché de Bade, le Ë 28 novembre 1901 : Bade prenait à sa charge 40 0/0 des frais qu’occasionnerait la régularisation du Rhin supé- | rieur. Mais la Chambre badoïse, remaniant le projet du 3 gouvernement, ne consentit à inscrire au budget les } dépenses nécessaires à cette participation qu’en la ré- 3 duisant à 30 o/o et à la condition que les chemins de n + La Chambre de Commerce de Strasbourg déclara à alors, énergiquement, que les conditions badoises a étaient inacceptables, qu’elle ne s’était intéressée au 4 projet de régularisation que parce qu’il avait paru
- rapidement réalisable, qu’elle s’en désintéressait main-
tenant, et qu’il fallait en revenir au canal latéral (1903). À
la carte au liséré vert EU Une Société fut créée, sous les auspices des Chambres | à de Commerce de Strasbourg et de Metz, « pour l’amé- à lioration des voies navigables en Alsace-Lorraine ». On = ä calcula qu’un canal qui ne serait qu’alsacien, c’est-à-dire Fe entièrement creusé sur le territoire alsacien et aboutis- s sant à un port alsacien (Lauterbourg, près de l’ancienne k frontière française entre l’Alsace et le Palatinat), 3 améliorerait déjà le trafic, le Rhin étant navigable 7 256 jours par an jusqu’à Lauterbourg, 190 seulement 4 _ jusqu’à Strasbourg. Mais l’intérêt du projet serait encore plus considérable si — même sans plus songer à à atteindre Mannheim — on prolongeait le canal de + 8 kilomètres au-delà de l’Alsace, sur le territoire du ; Palatinat, pour aboutir à Maximiliansau (255 jours de 4 navigabilité) ou de 28 kilomètres, jusqu’à Sondernheim, 4 port bavaroïis également (300 jours). La Délégation ; invita donc (mai 1904) le gouvernement alsacien-lorrain à à se mettre en rapport avec la Bavière — qui, elle, : était devenue moins hostile au canal latéral, — pour c qu’il pût emprunter le territoire bavarois. Alors le F grand-duché de Bade, que ce projet, même arrêté à s Sondernheim, c’est-à-dire bien en deçà de Mannheim, 5 génait encore, intervient de nouveau, fait agir contre k le projet certains Badois, fonctionnaires en Alsace- % Lorraine, et l’empereur lui-même, qui marqua un jour, brutalement, au maire de Strasbourg la répugnance que lui inspirait « le stupide canal ».. (1) Si bien que le gouvernement d’Alsace-Lorraine ajourna purement et - simplement sa réponse à l’invitation de la Délégation (novembre 1904), sous prétexte que Bade reprenait le 3 (à) Lettres d’Alsace, dans : Journal des Débats, 30 juin 1904. H,
projet de régularisation: que le sous-secrétaire d’État aux travaux publics, Zorn de Bulach, refusa à la te Chambre de Commerce de s’occuper du projet du canal: que le statthalter opposa à une même démarche une même fin de non-recevoir; et que des travaux d’aménagement du fleuve ont commencé, qui (à cause de certains détails des projets en cours d’exécution, dont l’examen nous entraïînerait trop loin) profiteront d’abord à Carlsruhe, plus tard seulement et d’une façon plus | Tandis que la question du canal intéressait deux États confédérés en même temps que la Terre d’Empire, ; celle de l’enseignement du français n’intéressait qu’elle et l’on aurait pu croire qu’elle y fût plus maîtresse d’agir. Mais l’événement a prouvé que si les questions n’étaient pas les mêmes, la manière administrative de les étudier, de les comprendre, d’éloigner leur solution, | ne différait guère. — La France n’avait jamais imposé à l’Alsace l’enseignement exclusif du français. (1) Naturellement, dans les premiers temps qui suivirent les Ë traités de 1648, il ne fut guère question d’écoles, et moins encore de programmes. À la fin du dix-huitième 8 siècle, les efforts de la Convention, (2) puis, au début é du dix-neuvième, sous le premier Empire, la fondation À de la première école normale, à Strasbourg, par le préfet Lezay-Marnesia, exercèrent sans doute une influence x favorable. Mais ce n’est qu’à la suite de la mise en à vigueur de la loi Guizot (1833) que le gouvernement 1 (2) Cf. le projet d’Arbogast (31 octobre 1792), le rapport de : Lanthenas (20 novembre), et le titre III du projet de décret sur les
la carte au liséré pert L : arrêta des règlements scolaires où le français tint la j première place, sans toutefois que l’allemand y fat négligé. Et même lorsque les efforts des inspecteurs , devinrent plus pressants, sous le ministère Duruy, ils eurent toujours pour objet de favoriser l’enseignement du français, non d’exclure celui de l’allemand. C’est ainsi que la génération élevée dans les écoles primaires de cette époque apprit à la fois les deux langues. Toute autre fut la manière de l’Allemagne. Si elle avait à craïintivement dosé l’enseignement du français dans les établissements d’instruction primaire supérieure ou ; secondaire, des écoles primaires elle l’avait complète- | ment banni; et les conséquences de cet ostracisme menaçaient de devenir de plus en plus graves pour l’avenir depuis que l’obligation du français avait disparu | du programme des écoles normales. Plus hardis à | mesure que grandissait en eux la conscience de leurs | : droits particuliers, beaucoup d’Alsaciens s’émurent. Et | une motion (motion Kübler) présentée à la Délégation | d’Alsace-Lorraine en 1908, demandant l’enseignement { obligatoire du français dans toutes les écoles primaires d’Alsace-Lorraine, y fut votée à la presque unanimité.… Mais, au-dessus de la Délégation, indépendant d’elle et j ne cherchant pas nécessairement en elle ses inspirations, il y a le gouvernement; si même le gouvernement i se laissait aller à quelque condescendance, il y aurait è encore le Conseil fédéral… Quoique l’auteur de la motion se fût placé sur le terrain purement économique — l’utilité pratique pour une population frontière de savoir les deux langues, — la motion ne plut pas au Ë gouvernement, et M. Kübler dut lui demander, en mars 1909, quelle suite il y avait donnée. Les réponses 4
de M. Zorn de Bulach, président du ministère (— le personnel enseignant fait défaut — il y a des régions où le français serait inutile — etc.), ne satisfirent point la Délégation. Une autre motion, plus restreinte (motion Back), fut alors déposée : le français serait enseigné dans les écoles primaires de toutes les localités où le conseil municipal réclamera cet enseignement. Aussitôt les municipalités des grandes villes profitèrent de l’occasion qui leur était offerte de s’occuper de la question; et ; toutes se sont prononcées, avec ou sans restrictions, pour l’affirmative. Enfin, le 12 mai dernier, le président du ministère lut à la Délégation une déclaration en quatre paragraphes, où il disait tout à la fois que le gouvernement ne combat pas, en principe, l’enseignement de la langue française, mais que la langue française ne doit être enseignée à l’école primaire que dans les localités proches de la frontière, qu’en dehors de cette zone l’enseignement du français ferait tort à l’enseignement général, que pour les élèves particulièrement capables il restait toujours les écoles primaires supérieures, auxquelles le gouvernement continuera à consacrer une attention particulière : fin de non-rècevoir, dont la dis- ; crétion déplut à quelques Allemands, mais dont la M. Kübler et plusieurs autres membres de la Délégation ÿ ayant déclaré que la proposition du gouvernement ne les » satisfaisait point, une commission spéciale fut nommée, _ avec M. Kübler comme président et l’abbé Wetterlé —._ comme secrétaire, pour étudier les diverses motions k présentées. Cette commission a conclu (6 juillet 1909) en ; demandant au gouvernement de favoriser par tous les ; moyens l’enseignement nécessaire de la langue fran-
nie la carte au liséré vert
çaise: eninstituant l’enseignementobligatoire dufrançais, 4
à ‘avec un minimum de quatre heures par semaine, dansles É
classes supérieures des écoles primaires; en ne restreignant pas plus que dans les États confédérés l’ensei- F
gnement privé du français par des personnes nappar- …
tenant pas au personnel scolaire; en autorisant les
instituteurs des écoles primaires à enseigner le français, ÿ
en dehors de leurs classes, sans restriction du nombre È
d’élèves ; en autorisant les communes à organiser, en
dehors des écoles primaires, l’enseignement du français à
à leurs frais et sous la surveillance de l’autorité scolaire; 4
en prenant des mesures pour que dans les écoles nor- à
| males le français soit suffisamment enseigné pour être 4
une condition de l’obtention des brevets. Le ministère É.
peut faire que cette résolution soit de nuleffet,mais son
intervention n’a pas empêché qu’elle fût votée à l”unanimité moins une voix… Affaire passionnante, féconde en 4
incidents : M. Gneisse, directeur du lycée de Colmar, se
2 fait le porte-parole des germanisants, proteste contre
les motions; Hansi (J.-J. Waltz) publie la caricature 2
; d’un magister allemand où Gneisse croit se reconnaître;
(14 juillet 1909); l’abbé Wetterlé découvert par les ts
considérants du jugement; (1) Gneisse contre Wetterlé;
Preiss, Blumenthal, membres de la Délégation et avocats
de Wetterlé, rappelant la question qui fait le fond du
procès : « d’une part, le peuple entier et le Parlement
qui réclament cet enseignement; d’autre part, un clan
(1) €. [Les accusés] ne sont pas les vrais auteurs et directeurs …
des publications poursuivies; celui qui a provoqué et dirigé la #
campagne de presse est un autre. » .
de pangermanistes, les Gneisse et consorts », qui sy
; à deux mois de prison… L’Alsace-Lorraine enseignera
s le français chez elle quand d’autres volontés que la
a sienne le lui permettront.
à Nul ne s’étonnera que, dans les conditions politiques, administratives et morales où a vécu l’Alsace-Lorraine depuis près de quarante ans, la démarcation subsiste entre les deux éléments de la population. Le régime 3 allemand s’est-il sincèrement efforcé de la faire dispa-
raître? Sévère jusqu’à la dureté et même jusqu’à la
| violence, comme il l’a été longtemps, ou d’une méfiance continue, active, avec des accès d’humeur « dictato-
$ riale », comme il l’est toujours, on sait seulement qu’il :
| n’y a guère réussi. Entre les immigrés et les indigènes,
_ fusion. (1) Ceux qui sont venus d’outre-Rhin pour
« coloniser » la Terre d’Empire, ont été surtout attirés
À par les grandes villes. Et là, entre indigènes et immi- +
| grés, les mariages ne sont pas fréquents; les habitudes
; diffèrent, les lieux de réunion ne sont pas les mêmes.
: Quant aux villages, on n’y connaît guère d’autres
Allemands que les employés de la poste, le chef de
gare, et le gendarme. Des liens étroits et nombreux
| rattachent toujours à la France les « frères séparés »
à de leur ancienne famille, tandis que la nouvelle, qui
Ë (1) Cf. A. Laugel, Aven. intell., p. 264 : « Les difficultés de l’heure
| présente proviennent, en somme, de la lutte entre la pensée ger-
| manisatrice qui dirige les actes de l’administration, et la pensée
| nationaliste qui dirige la résistance tacite, mais péremptoire de la
la carte au liséré vert } voudrait les reprendre, leur est encore étrangère. Liens 5 matériels. En vain, par suite de la guerre et aussi du ÿ: protectionnisme de la France depuis la guerre, l’Alsace ; est-elle rattachée économiquement à l’Allemagne, « un É lien économique étroit subsiste encore entre l’Alsace et la 4 France », dit le docteur Werner Wittich, un éminent ; professeur allemand de l’Université de Strasbourg : (1) | exportation toujours considérable à destination de la 24 France, grande importation des vins, des articles de 4 industrielles en France, la plus grande partie de la : fortune mobilière du pays placée en valeurs françaises. 5 Liens moraux plus encore. C’est toujours Paris qui 4 les attire, ou Nancy, non Carlsruhe ou Berlin; c’est en 1 France qu’ils ont leurs alliances et leurs amitiés ; c’est 4 en France plutôt qu’en Allemagne que va se parfaire | l’éducation de leurs enfants. La culture française leur apparaît toujours supérieure à la culture allemande, — É et non point à eux seulement : le poète allemand | Frédéric Hebbel, en 1843, devant la statue de Strasbourg, à Paris, disait : « J’aime à les voir groupées ici, toutes ces forteresses de la France. même Strasbourg, car je | suppose que nous avons seulement mis cette jeune fille dans une pension française, pour venir la chercher un 8 jour, lorsque nous aurons besoin d’une gouvernante pour “4 nos autres enfants »; (2) aujourd’hui, souvent, les 4 jeunes Allemands fonctionnaires, nés dans le pays, cessent d’entasser des pots de bière, le soir, autour des A tables de brasserie, sourient de la raideur des lieute-
nants, et disent déjà : « Nous autres Alsaciens-Lorrains ». « Au lieu de germaniser, nous nous francisons », confiait un juge à un oflicier. (1) La Grèce captive séduisit son farouche vainqueur : joli souvenir classique, auquel il ne faudrait pas faire trop confiance, mais qui, dans certains cas, ne s’impose pas sans raison à
Il est vrai qu”au-dessus même de ces liens intimes avec la France du présent, dont la persistance ne pouvait faciliter une pénétration contraire, quelque chose de plus puissant encore combattait l’action administrative de l’Allemagne : au-delà de ce qui se compte et se mesure, la force vivace des « impondérables » fidèlement transmis. Entre l’Allemand et le Français, que ce Français fût d’Alsace, de Lorraine ou d’ailleurs, il y avait en 1870 — et il y a toujours — des différences que ne soupçonnaient point sans doute ceux qui, à la veille et au lendemain de la guerre, d’outre-Rhin regardant vers les Vosges, entrevoyaient déjà la soumission satis-
-
faite des « reconquis ». Même si, terrifié par le présent, soucieux de l’avenir, l’Alsacien devait se mettre un
-
jour à parler un peu plus de l’Alsace que de la
_ France, Bismarck s’était trompé en croyant que ce par- : ticularisme rapprocherait l’Alsacien de l’Allemand : il comptait trop sur les réminiscences d’un passé lointain
- et confus qui n’était rien pour l’Alsacien d’aujourd’hui,
tandis qu’en lui continuait de vivre, non plus une Alsace
4 l (2) Cf. W. Wittich, Génie National… P- g4 : « Ce n’est pas tant du
Ke mouvement du génie alsacien dans le sens du génie allemand que
k de évolution du génie enr dans le sens du génie français
à que dépendra la plus ou moins rapide disparition des différences
x qui séparent de l’Allemagne le génie alsacien. »
la carte au liséré vert AVES de Barberousse ou de Habsbourg, mais celle de Keller- ; mann, de Kléber et de Lefèvre, de Dollfus, de Risler et de Kæchlin, de toutes ses gloires et de tous ses intérêts $, français. Il ne songeait pas à tout ce qui les sépare et : les séparera longtemps encore… Contrastes de tous L les instants, qu’un mot, une attitude, un geste fait appa- ù raître.. Dans la banlieue de Strasbourg, près de 5 Neuhof, toute une famille d’excursionnistes allemands à descend du tram. Une rangée de casernes neuves s’al- . longe au bord de la route; aux portes, entre deux 4 gueules de canon sculptées, la menace non périmée k de l’antique formule : Ultima ratio. A la vue de ces e : édifices battant neufs, la famille s’arrêta : de Ja É bouche du père un seul mot tomba, grave, solennel, É répété trois ou quatre fois par lui-même, puis par la Ë femme, par les enfants, avec une sorte d’émotion : - 1 Rieseng’ebäude ! Rieseng’ebäude ! (1) Pas de réflexion . philosophique sur le mal de la guerre éternelle, pas ; d’ironie attristée sur la destination de ces casernes, rien 3 qu’une admiration religieuse pour la force qui les a 4 élevées, pour la force qui les occupera… Je rentre en À ville; vient à moi, dans la rue du Vieux-Marché-auxPoissons, un Strasbourgeois, de ceux qui n’ont pas connu Strasbourg français ; nous parlons, à quel propos, je ne | sais, du dernier passage de Guillaume Il-en Alsace; il ù me raconte l’arrivée à Strasbourg, la réception par la n ; municipalité, l’empereur à cheval, entouré de ses tonitruantes musiques, le maire à pied, à distance respectueuse, obligé, visiblement, de s’époumonner jusqu’à la de géants. 180 5
- congestion pour que quelque chose de sa harangue arrivât aux oreilles impériales : « Ah! ïl était trop bon, . dr Schwander, (1) continuait mon homme en son savoureux dialecte; il aurait bien dû lui dire : « Fais taire tes tambours et tes fifres, si tu veux que je te parle! Je ne peux pas continuer comme ça! » Et tout cela, parce qu’S. A. (il s’amusait plaisamment à désigner l’empereur par les lettres initiales de appellation passer une heure à Strasbourg! ».. Petits faits, je le sais, qui ne vaudraient pas pour fonder la philosophie de cette histoire, mais qui valent pour l’illustrer : lhomme dont les admirations montaient gravement vers la puissance inspiratrice des casernes de Neuhof, n’est pas, ne peut pas être le même que celui que la modestie de sa condition n’empêche pas de sourire en parlant d’S. M. lui-même… Entre les maîtres immigrés, autoritaires, disciplinés avec passion, dont le moindre fonctionnaire tend à se considérer comme un représentant direct de l’empereur allemand, — et ces Lorrains, de Metz, de Château-Salins, de Sarrebourg, que rien ne distingue de leurs voisins de Lunéville ou de Nancy, ces Alsaciens jaloux d’indépendance, d’esprit libre et volontiers ironique à l’égard des puissances, — le passé se dresse avec le présent, les oppositions sont dificiles à réduire, et diflicile à effacer la mémoire toujours vivante du temps français : des hommes n’ont pas éprouvé d’un même cœur l’enthousiasme de la Révolution française et combattu d’un même élan pour () Pour : der Schwander, le Schwander : M. Schwander, maire
actuel de Strasbourg.
la défendre, sans « être agis » par ce commun souvenir 5 jusqu’en de lointains descendants. (1) Aussi « le peuple ETS conquérant » en estil arrivé lui-même, dit Werner Witch, à cette constatation « que les éléments du génie 14 HAS allemand étrangers à la population ne peuvent lui être imposés de force par aucune puissance au monde ». (2) : .. — Et, quand l’injustice fut à l’origine, quand il y a entre 3 les hommes de si profondes différences d’histoire et d’âme, le temps lui-même n’use que très lentement les A résistances des générations qui se suivent aux assimiER lations qu’elles ne souhaitent pas. FRE k @ Cf. W. Wittich, Civilis. et Patriot., p. 18 : « Même Pinau Fr ; guration du Haut-Kænigsbourg restauré ou le raid aérien du 14 ETS comte Zeppelin au-dessus de Strasbourg et de l’Alsace ne sauraient “nt produire sur l’esprit du peuple une impression comparable à la UE prise de la Bastille ou aux victoires des armées républicaines ou sir
Il est difficile, pour un Français, — surtout quand il
F a, comme on dit vulgairement, mais énergiquement, À des attaches avec ce pays, — d’en écrire sans rien laisser y paraître de son émotion entre les dates et les faits. Je _ m’yserai du moins efforcé. Aussi bien ne m’en défen- ‘ | drai-je pas : au cours de ma tâche, souvent, des textes mêmes qui passaient sous mes yeux, plus d’un souvenir 4 ancien, plus d’une impression récente s’est levée, qui s É m’encourageait à persévérer. C’est qu’elles ne sont pas & faites seulement, nos sensibilités alsaciennes, de retours 4 mélancoliques vers le passé parce qu’il est le passé, de | ces mille liens du cœur aux choses disparues, — qui ë E d’ailleurs auraient bien leurs respectables droits. Il y Ë - entre encore un fiévreux besoin de voir et d’entendre, $ d’observer et de réfléchir, de saisir tout ce qui apparaît Ne du passé dans le présent, d’agir aussi, pour qu’il s’en : F perde le moins possible malgré les années. Dans les 4 limites de ce qui fut un jour le liséré vert, on ne sau-
1 rait promener de simples curiosités de touriste. Là, rien
- n’est indifférent. Des champs de bataille, des tombes,
LE des monuments commémoratifs, il y en a ailleurs, sur F- le territoire resté français; mais, entre Woœærth, Frœsch-
L willer et Reichshoffen, entre le Kronprinz Friedrich, È- colossal cavalier qui domine la vallée, et ce fantassin de
3 bronze qui, au bord de la route de Woærth à Morsbronn,
_ s’élance, farouche, pour donner « l’exemple aux généra-
ne tions futures », (1) la pensée ne peut pas être de tristesse
ee paisible, de philosophie sereine et comme repentie : là ES (1) Monument du Régiment d’Infanterie de Nassau n° 88 : « Den
L- und künftigen Geschlechtern zur Nachahmung — ».
la carte au liséré vert ! ARS.
est tombée l’illusion française, là s’est élevée la gran- : deur allemande, c’est de là qu’elle s’est installée, tout autour, en maîtresse toujours présente : ailleurs la vie française a repris ses droits, elle a passé sur ces jours douloureux, comme le flot sur des monticules de sable; mais, chassée d’ici, aucun reflux ne l’y a ramenée, et, de ce sol funèbre, les dernières visions françaises qui montent dans l’air sont de noms déjà historiques et d’uniformes déjà démodés..… Des poteaux-frontières, des
visites de douane, l’enfantin plaisir de mettre sa montre
à l’heure nouvelle, des mots et des gestes étrangers dont
on se moque en regagnant son train, cela se voit ailleurs qu’à Avricourt ou à Novéant. Mais, cette frontière-ci, des milliers d’hommes l’ont franchie, par fidélité du cœur
à la patrie vaincue, et beaucoup sont revenus, jusque-
là, qui furent arrêtés là, à un quart d’heure de « chez : eux », crispés, sanglotants, sans pouvoir passer. Un air de clairon, une marche militaire, ce n’est rien pour nous, pour nos ironies supérieures que le banal irrite. Mais, là-bas, parce que les régiments allemands ont des fifres et n’ont pas de clairons, clairon résonne France, tandis que fifre annonce Allemagne; (1) et, quand, le dimanche matin, par les rues de Colmar, les jeunes gens s’en vont à la gare, clairons sonnanis, pour prendre le
(1) Les Strasbourgeois qui ont vécu l’époque du bombardement à
— et les auteurs qui en ont écrit — rappellent que les deux impres- e
; sions les plus douloureuses furent, d’abord, le grand silence qui S
succéda tout à coup aux trente et un jours d’obus, le 27 septembre, | quand le drapeau blanc de la capitulation eut été hissé sur la cathé- drale, — puis, le lendemain, la gaieté légère des fifres qu’on distinguait dans la musique des régiments allemands qui faisaient leur entrée en ville. — Il y a quelques semaines, (N° du 22 août 1909) le Journal d’Alsace-Lorraine, publiant un « filet » à propos dun appel de souscription lancé par quelque société de germanisation,
À Vintitulait : Les premiers sons du fifre.
train vers Munster et la Schlucht, — cela a un sens; quand, un soir de 1905, à Strasbourg, sur la place Broglie, 5 une société de musique alsacienne eut sa voix couverte par l’orchestre du casino militaire voisin qui jouait intentionnellement « L’Entrée des Allemands à Paris », et | que les indigènes répondirent par un Sambre-et-Meuse dont le souvenir faisait vibrer encore deux mois après : les témoins qui racontaient l’histoire, — cela avait un sens… Un bout de conversation, dans une boutique, en achetant un cigare ou une carte postale, qu’est-ce que cela? Mais lorsque l’homme vous dit : « Mon fils est à Nancy, où il prépare Saint-Cyr », — ou bien : « Oui, vous avez raison, Monsieur, le quartier a bien changé | depuis la guerre, on a fait un grand boulevard, là, en face, et les affaires marchent… mais… il n’y a pas que les affaires », — cela ne s’écoute pas froidement. Demander | son chemin aux gamins qui jouent devant les portes, quoi de plus simple? Mais, quand on s’est perdu toute la matinée dans les hautes rues du vieux Metz, qu’on veut aller place Saint-Louis, et que ces enfants — nés trente ans après la guerre — vous répondent : « 7’nez, | descendez par là, là ousqu’y a un jet d’eau… » ces formes manifestes d’un français non-appris ne sont pas sans intérêt. Un distique moral à la porte d’une petite maison de campagne, quoi de plus ordinaire? Mais quand il signifie en son patois que ce pays est un pays béni d’où l’on ne veut pas partir une fois qu’on y est venu, (1) — cela n’est pas sans malice. Une inscription L will nimm rüss. » Cf. cette plaisanterie dont la censure exigea la suppression dans une pièce récente du Théâtre alsacien : « Le plus grand malheur pour nous, dit un personnage alsacien, c’est qu’un ; Allemand vienne à mourir ici. — … Pourtant…, cela en fait tou-
la carte’au liséré vert DE à commémorative aux portes d’une ville, y a-til là de « quoi s’émouvoir ? Mais lorsque, sur des remparts de ê Vauban, (1) deux mots et deux dates saïllent du mur en 1 — cela n’est pas sans arrogance. Qu’est-ce qu’un petit ù cercle de bourgeois dans un cheflieu de canton — deux 4 brasseurs, trois gros fermiers, le médecin, le pharma- 3 cien, le banquier, le notaire”? et que peut bien être, en ? fin d’exercice, une délibération sur l’emploi de la Be cagnotte? Rien, certes, moins que rien : partie de À campagne au Hchwald ou à Sainte-Odile? ou diner fin 4 à Strasbourg? Mais l’Exposition de Nancy bat son À plein, un de ces messieurs propose qu’on y aille casser H la tirelire commune, tous approuvent, sauf un, le seul 4 Allemand du cercle, peut-être le seul Allemand du à village, — qui s’oppose au voyage de Nancy, prinzipiell, k « par principe ». Et cela non plus n’est pas sans faire : réfléchir. Des drapeaux sur des édifices publics, on ne les regarde pas, on les voit à peine, ailleurs… Mais, : lorsqu’ils sont aux couleurs allemandes, que plus d’un ‘
- de ces bâtiments porte la marque élégante du dixhuitième siècle français, que la ville, autour d’eux, , … mène sa vie de tous les jours, sans oriflammes ni d réjouissances, et qu’un passant, interrogé, vous répond : œ jours un de moins? — Non, car toule sa famille vient d’Allemagne Ÿ pour l’enterrement, et, comme elle se trouve bien en Alsace, elle * ne veut plus s’en aller! »… — Et aussi ce mot qui était courant à 5 Strasbourg, l’an dernier, lorsque l’annonce d’une prochaine tenta- L tive du comte Zeppelin et de son dirigeable dans la direction de ï l’Alsace avait excité la curiosité publique : « .… C’est le seul Alle- : mand qu’on ait attendu… » Et ces plaisanteries circulent avec de ;
c’est sans doute Sedan qu’ils fêtent… La trahison nous a livrés, et la surprise les rendit orgueilleux, » — cela émeut douloureusement. — Lutte perpétuelle qui n’est pas 5 près de s’achever, entre le moi et le non-moi, l’opiniâtre indépendance de l’un, la hautaine sécurité de l’autre… | Alors, me rappelant ces « choses vues », il me semblait ë que ma tâche ne serait peut-être pas inutile si j’avais contribué, pour ma modeste part, à montrer non seulement ce que fut l’histoire tourmentée de ces hommes à travers les siècles et quel angoïissant destin leur fit la dernière guerre, mais encore l’effort où ils persé-
- vèrent pour « maintenir » ce qui, de nous, reste là-bas, — ce qui est, en eux, le plus profondémenteux-mêmes. Un jour récent, allant de Metz au Ban-Saint-Martin, je rencontrai un jeune ouvrier qui m’accompagna jusqu’à la triste villa où Bazaiïne avait établi son quartier général. Comme j’admirai qu’il parlât si aisément et si purement
- le français, il me dit que tout le monde autour de lui, L jeunes comme vieux, le parlait ainsi; et il ajouta sim4 plement : « Le français ne se perd pas si vite »..… Depuis, j’ai souvent pensé à cette simple et touchante | réponse; et, en même temps, je revoyais, dans mon souF venir, les trois mots qui sont gravés sur le petit obé- À lisque commémoratif de Morsbronn, au-dessus du vil- à lage, à l’endroit où s’est abattue une des charges du 6 août : « Defuncti adhuc loquuntur. » « Les morts parlent encore »… Il faut bien croire, comme dirait mon jeune ouvrier lorrain, que ce qui vient de France ne meurt pas si vite, et que beaucoup de choses vivent | en eux, qui leur parlent toujours d’elle. !
Déclaration des représentants de l’Alsace et de la Lorraine à l’Assemblée Nationale Annexe au procès-verbal du 16 février 1871 relative à la déclaration des députés des départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, de la Moselle, de la Meurthe et
; des Vosges, à l’égard de l’Alsace et de la Lorraine, Par MM. Léon Gambetta, Grosjean, Humbert, Küss,
Edouard Teutsch, Dornès, Hartmann, Ostermann, La Flize, 1 () D’après le document ayant appartenu à M. Scheurer1 Kestner, sénateur, et portant les signatures recueillies par lui à
la carte au liséré vert ” Nous, soussignés, citoyens Français choisis et députés Le par les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, de la : Moselle, de la Meurthe et des Vosges, pour apporter à F l’Assemblée Nationale de France l’expression de la volonté “ unanime dés populations de lAlsace et de la Lorraine, “ après nous être réunis et en avoir délibéré, avons résolu d’exposer dans une déclaration solennelle leurs droits : sacrés et inaltérables, afin que l’Assemblée Nationale, la ë France et l’Europe, ayant sous les yeux les vœux et les 22 résolutions de nos commettants, ne puisse consommer ni 4 laisser consommer aucun acte de nature à porter atteinte - ee aux droits dont un mandat formel nous a confié la gardeet 4 la défense. 1 À I. — L’Alsace et la Lorraine ne veulent pas être aliénées. ‘2 Associées depuis plus de deux siècles à la France dans 4 la bonne comme dans la mauvaise fortune, ces deux provinces, sans cesse exposées aux coups de l’ennemi, se sont constamment sacrifiées pour la grandeur nationale; elles ont scellé de leur sang l’indissoluble pacte qui les rattache à à l’unité française. Mises aujourd’hui en question par les : prétentions étrangères, elles affirment à travers tous les obstacles et tous les dangers, sous le joug même de l’en- ne vahisseur, leur inébranlable fidélité. é Tous unanimes, les citoyens demeurés dans leurs foyers é comme les soldats accourus sous les drapeaux, les uns en à votant, les autres en combattant, signifient à l’Allemagne 4 Lorraine de rester terre française. : IT. — La France ne peut consentir ni signer la cession ï Elle ne peut pas, sans mettre en péril la continuité de son ‘4 existence nationale, porter elle-même un coup mortel à sa À propre unité en abandonnant ceux qui ont conquis par ; deux cents ans de dévouement patriotique le droit d’être
défendus par le pays tout entier contre les entreprises de la force victorieuse. É Une Assemblée, même issue du suffrage universel, ne pourrait invoquer sa souveraineté pour couvrir ou ratifier | Le des exigences destructives de l’intégrité nationale : elle j s’arrogerait un droit qui n’appartient même pas au peuple réuni dans ses comices. Un pareil excès de pouvoirs qui : aurait pour effet de mutiler la mère commune, dénoncerait aux justes sévérités de l’histoire ceux qui s’en rendraient , La France peut subir les coups de la force; elle ne peut sanctionner ses arrêts. È IX. — L’Europe ne peut permettre ni ratifier l’abandon Gardiennes des règles de la justice et du droit des gens, les nations civilisées ne sauraient rester plus longtemps é insensibles au sort de leur voisine, sous peine d’être, à | leur tour, victimes des attentats qu’elles auraient tolérés. ve L’Europe moderne ne peut laisser saisir un peuple comme un vil troupeau; elle ne peut rester sourde aux protestations répétées des populations menacées; elle doit à sa p E- propre conservation d’interdire de pareils abus de la force. È Elle sait, d’ailleurs, que l’unité de la France est aujourC d’hui, comme dans le passé, une garantie de ‘ordre : général du monde, une barrière contre l’esprit de conquête À et d’invasion. La paix faite au prix d’une cession de terri- È toire ne serait qu’une trêve ruineuse et non une paix défi4 nitive. Elle serait pour tous une cause d’agitations intes-. 4 tines, une provocation légitime et permanente à la En résumé, l’Alsace et la Lorraine protestent hautement À contre toute cession; la France ne peut la consentir, 4 l’Europe ne peut la sanctionner. 6 En foi de quoi nous prenons nos concitoyens de France, 2 les gouvernements et les peuples du monde entier, à témoin que nous tenons d’avance pour nuls et non avenus 1 tous actes et traités, vote ou plébiscite, qui consentiraient
rl _ abandon, en faveur de l’étranger, de tout ou partie de nos ne À à Nous proclamons, par les présentes, à jamais inviolable le droit des Alsaciens et des Lorrains de rester memibres = _ de la nation française, et nous jurons, tant pour nous que LE pour nos commettants, nos enfants et leurs descendants, Rte de le revendiquer éternellement et par toutes les voies envers et contre tous usurpateurs. STE TA ENES 5 Les soussignés, représentants à l’Assemblée Nationale, s De déposent sur le bureau de la Chambre la proposition sui « L’Assemblée Nationale prend en considération la décla UE ration unanime des députés du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, __ de la Moselle, de la Meurthe et des Vosges. » DR
: Traité de Francfort Entre le Chef du Pouvoir exécutif de la République fran- à çaise, M. Thiers, et le Ministre des affaires étrangères, M. Jules Favre, représentant la France, D’un côté; F Le chancelier de l’Empire germanique, M. le comte Otlo - 5 de Bismarck-Schœnhausen, muni des pleins pouvoirs de S. M. l’Empereur d’Allemagne, Roi de Prusse; F Le Ministre d’État et des affaires étrangères de S. M. le -Roi de Bavière, M. le comte Otto de Bray-Steinburg; = Wurtemberg, M. le baron Auguste de Waechter ; Le Ministre d’Etat, président du Conseil des Ministres de _ S: A.R. Monseigneur le Grand-Duc de Bade, M. Jules Jolly, représentants de l’Empire germanique; f Les pleins pouvoirs des deux Parties contractantes ayant (1) Les textes des Préliminaires de Paix, Traité de Paix, Articles : Additionnels et Convention Additionnelle (douanière et territo- à ; riale), sont empruntés à Villefort, Recueil des Traités, t. 1, p. 21,65,
la carte au liséré vert ME.
été trouvés en bonne et due forme, il a été convenu ce qui Va
suit, pour servir de base préliminaire à la paix définitive à ‘
La France renonce en faveur de l’Empire allemand à :
tous ses droits et titres sur les territoires situés à l’est de ;
la frontière ci-après désignée. 3
La ligne de démarcation commence à la frontière nord- :
ouest du canton de Cattenom, vers le grand-duché de 4
Luxembourg, suit vers le sud les frontières occidentales des be:
cantons de Cattenom et de Thionville, passe par le canton “
de Briey, en longeant les frontières occidentales des com- ”
munes de Montois-la-Montagne et de Roncourt, ainsi que È
ï les frontières orientales des communes de Sainte-Marie-aux- “4
Chênes, Saint-Ail, Habonville, atteint la frontière du canton 1
de Gorze, qu’elle traverse le long des frontières communales +
de Vionville, de Bouxières et d’Onville, suit la frontière sud- ÿ
ouest respectivement sud de l’arrondissement de Metz, la
frontière occidentale de l’arrondissement de Château-Salins
jusqu’à la commune de Pettoncourt, dont elle embrasse les
frontières occidentale et méridionale, pour suivre la crête
des montagnes entre la Seille et le Moncel jusqu’à la fron-
} tière de l’arrondissement de Sarrebourg au sud de Garde. Ë
La démarcation coïncide ensuite avec la frontière de cet À
arrondissement jusqu’à la commune de Tanconville, dont
elle atteint la frontière au nord; de là, elle suit la crête des: à
montagnes, entre les sources de la Sarre blanche et de la É
Vezouze jusqu’à la frontière du canton de Schirmeck, |
longe la frontière occidentale de ce canton, embrasse les 4
communes de Saales, Bourg-Bruche, Colroy-la-Roche, 71
Plaine, Ranrupt, Saulxures et Saint-Blaise-la-Roche, du 4
canton de Saales, et coïncide avec la frontière occidentale À
des départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin jusqu’au à
canton de Belfort, dont elle quitte la frontière méridionale +
non loin de Vourvenans, pour traverser le canton de Delle, ;
aux limites méridionales des communes de Bourogne et de ;
Froide-Fontaine, et atteindre la frontière suisse, en longeant 4
les frontières occidentales des communes de Jonchery et
de Delle.
L’Empire allemand possédera ces territoires à perpétuité,
en toute souveraineté et propriété. Une commission internationale, composée de représentants des Hautes Parties
contractantes en nombre égal des deux côtés, sera chargée, :
immédiatement après l’échange des ratifications du présent
Traité, d’exécuter sur le terrain le tracé de la nouvelle frontière, conformément aux stipulations précédentes.
; Cette commission présidera au partage des biens-fonds et
: capitaux qui jusqu’ici ont appartenu en commun à des districts-ou des communes séparés par la nouvelle frontière.
En cas de désaccord sur le tracé et les mesures d’exécution,
les membres de la commission en référeront à leurs Gouvernements respectifs.
La frontière, telle qu’elle vient d’être décrite, se trouve
: marquée en vert sur deux exemplaires conformes de la carte
du territoire formant le gouvernement général d’Alsace, è
publiée à Berlin, en septembre 1870, par la division géogra-
| phique et statistique de l’état-major général, et dont un
exemplaire sera joint à chacune des deux expéditions du
Toutefois le tracé indiqué a subi les modifications sui-
À vantes de l’accord des deux Parties contractantes : dans -
j lancien département de la Moselle, les villages de Sainte-
| Marie-aux-Chènes, près de Saint-Privat-la-Montagne, et de
| Vionville, à l’ouest de Rezonville, seront cédés à lAlleJ magne. Par contre, la ville et les fortifications de Belfort
: resteront à la France, avec un rayon qui sera déterminé
La France payera à S. M. l’Empereur d’Allemagne la
Ë somme de cinq milliards de francs.
% Le payement d’au moins un milliard de francs aura lieu
5 dans le courant de l’année 1891, et celui de tout le reste de
À la dette dans un espace de trois années à partir de la ratifi-
à cation des présentes.
He la carte au liséré vert | EPS L’évacuation des territoires français occupés par les
troupes allemandes commencera après la ratification du
présent Traité par l’Assemblée Nationale siégeant à Bor- Immédiatement après cette ralification, les troupes ee . allemandes quitteront l’intérieur de la ville de Paris ainsi a
que les forts situés sur la rive gauche de la Seine, et dans 15
le plus bref délai possible, fixé par une entente entre les HTÈN autorités militaires des deux Pays, elles évacueront entiè- 5e
rement les départements du Calvados, de l’Orne, de la 2
Sarthe, d’Eure-et-Loir, du Loiret, de Loir-et-Cher, d’Indre- 20
et-Loire, de l’Yonne, et, de plus, les départements de la LES Seine-Inférieure, de l’Eure, de Seine-et-Oise, de Seine-et- :0
Marne, de l’Aube et de la Côte-d’Or, jusqu’à la rive gauche 2
de la Seine. Les troupes françaises se retireront en même 150
temps derrière la Loire, qu’elles ne pourront dépasser avant a.
la signature du Traité de paix définitif. 5
#4 ‘| Sont exceptées de cette disposition la garnison de Paris, ; . dont le nombre ne pourra pas dépasser quarante mille - (539) hommes, et les garnisons indispensables à la sûreté des St L’évacuation des départements situés entre la rive droite se
de la Seine et la frontière de l’Est par les troupes alle- 55
: mandes s’opérera graduellement après la ratification du Traité de paix définitif et le payement du premier LS
demi-milliard de la contribution stipulée par l’article 2, .1:28
en commençant par les départements les plus rap-
prochés de Paris, et se continuera au fur et à mesure VS
que les versements de la contribution seront effectués. e
Après le premier versement d’un demi-milliard, cette éva- 54
euation aura lieu dans Îles départements suivants : Somme, D
Oise et les parties des départements de la Seine-Inférieure, : É ;
Seine-et-Oise et Seine-et-Marne situées sur la rive droite de M
la Seine, ainsi que la partie du département de la Seine et
les forts situés sur la rive droite. SES
Après le payement de deux milliards, l’occupation alle- 2
mande ne comprendra plus que les départements de la D.
Marne, des Ardennes, de la Haute-Marne, de la Meuse, des Vosges, de la Meurthe, ainsi que la forteresse de Belfort avec son territoire, qui serviront de gage pour les trois milliards restants, et où le nombre des troupes allemandes ne dépassera pas cinquante mille hommes. S. M. l’Empereur sera disposée à substituer à la garantie territoriale consis- , tant dans l’occupation partielle du territoire français une garantie financière, si elle est offerte par le Gouvernement français dans des conditions reconnues suflisantes par S. M. l’Empereur et Roi pour les intérêts de l’Allemagne. Les trois milliards dont l’acquittement aura été différé porteront intérêts à cinq pour cent à partir de la ratifica- ; tion de la présente Convention. Les troupes allemandes s’abstiendront de faire des réqui- À sitions, soit en argent, soit en nature, dans les départements occupés. Par contre, l’alimentation des troupes allemandes qui resteront en France aura lieu aux frais du Gouvernement français, dans la mesure convenue par une entente avec l’intendance militaire allemande. Les intérêts des habitants des territoires cédés par la “5 France, en tout ce qui concerne leur commerce et leur à droit civil, séront réglés aussi favorablement que possible, lorsque seront arrêtées les conditions de la paix défi- , nitive. Il sera fixé, à cet effet, un espace de temps pendant 4 lequel ils jouiront de facilités particulières pour la cireula- | tion de leurs produits. Le Gouvernement allemand n’ap4 « . : . . :
- portera aucun obstacle à la libre émigration des habitants | des territoires cédés, et ne pourra prendre contre eux aucune mesure atteignant leurs personnes ou leurs proDe priétés. . Les prisonniers de guerre qui n’auront pas déjà été mis |
- en liberté par voie d’échange seront rendus immédiatement 4 199
la carte au liséré vert Fe 3 après la ratification des présents Préliminaires. Afin d’accé- lérer le transport des prisonniers français, le Gouver- 15 nement français mettra à la disposition des autorités allemandes, à l’intérieur du territoire allemand, une partie du ; matériel roulant de ses chemins de fer, dans une mesure qui sera déterminée par des arrangements spéciaux et aux , prix payés en France par le Gouvernement français pour : les transports militaires. | L’ouverture des négociations pour le Traité de paix défi- se nitif à conclure sur la base des présents Préliminaires aura $ lieu à Bruxelles, immédiatement après la ratification de ces | derniers par l’Assemblée Nationale et par S. M. l’Empereur È Après la conclusion et la ratification du Traité de paix 3 définitif, l’administration des départements devant encore ; rester occupés par les troupes allemandes sera remise aux autorités françaises; mais ces dernières seront tenues de se ; conformer aux ordres que les commandants des troupes - allemandes croiraient devoir donner dans l’intérêt de la 1 sûreté, de l’entretien et de la distribution des troupes. Dans les départements occupés, la perception des impôts, ; après la ratification du présent Traité, s’opérera pour le j compte du Gouvernement français et par le moyen de ses # Il est bien entendu que les présentes ne peuvent donner 2 à l’autorité militaire allemande aucun droit sur les parties k du territoire qu’elle n’occupe point actuellement. 41 “Les présentes seront immédiatement soumises à la ratifi- à cation de l’Assemblée Nationale française siégeant à Bor- à
Ÿ En foi de quoi les soussignés ont revêtu le présent Traité préliminaire de leurs signatures et de leurs sceaux.
Fait à Versailles, le 26 février 1871.
Les royaumes de Bavière et de Wurtemberg et le grandduché de Bade ayant pris part à la guerre actuelle comme alliés de la Prusse et faisant partie maintenant de l’Empire germanique, les soussignés adhèrent à la présente Convention au nom de leurs Souverains respectifs.
Versailles, le 26 février 1871. Comte de BRAY-STEINBURG. MITTNACHT. Baron de WAECHTER. Jozzy.
M. Jules Favre, Ministre des affaires étrangères de la
des finances de la République française,
Et M. Marc-Thomas-Eugène de Goulard, membre de l’As-
Stipulant au nom de la République française, d’un côté;
De l’autre,
Le prince Othon de Bismarck-Schœnhausen, Chancelier de l’Empire Germanique,
Le comte Harry d’Arnim, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. l’Empereur d’Allemagne près du Saint-Siège,
Stipulant au nom de $S. M. l’Empereur d’Allemagne,
; S”élant mis d’accord pour convertir en Traité de paix | définitif le Traité de préliminaires de paix du 26 février de
l’année courante, modifié ainsi qu’il va l’être par les dispo à sitions qui suivent, Ê * a
La distance de la ville de Belfort à la ligne de frontiere, “3
telle qu’elle a été d’abord proposée lors des négociations de. 1 Versailles, et telle qu’elle se trouve marquée sur la carte Fe. annexée à l’instrument ratifié du Traité des préliminaires ‘5
du 26 février, est considérée comme indiquant la mesure du
rayon qui, en vertu de la clause y relative du premier
ï article des Préliminaires, doit rester à la France avec la 4 4 ville et les fortifications de Belfort. 38 Le Gouvernement allemand est disposé à élargir ce rayon Ex.
de manière qu’il comprenne les cantons de Belfort, de Delle Es
et de Giromagny, ainsi que la partie occidentale du canton
de Fontaine à l’ouest d’une ligne à tracer du point où le É
canal du Rhône au Rhin sort du canton de Delle, au sud
de Montreux-le-Château, jusqu’à la limite nord du canton
entre Bourg et Félon, où cette ligne joindrait la limite est 4
du canton de Giromagny. + Le Gouvernement allemand, toutefois, ne cédera les ter- #3 ritoires sus-indiqués qu’à la condition que la République #4 française, de son côté, consentira à une rectification de -22 frontière le long des limites occidentales des cantons de. LE Cattenom et de Thionville qui laissera à l’Allemagne le terrain à l’est d’une ligne partant de la frontière du ©
9 Luxembourg entre Hussigny et Redingen, laissant à la France les villages de Thil et de Villerupt, se prolongeant oi
entre Errouville et Aumetz, entre Beuvillers et Boulange, Tr
entre Trieux et Lomeringen, et joignant l’ancienne ligne 54
de frontière entre Avril et Moyeuvre. Re
La commission internationale dont il est question dans nn l’article 1 des Préliminaires se rendra sur le terrain 1 immédiatement après l’échange des ratifications du présent
Traité, pour exécuter les travaux qui lui incombent et pour 6
faire le tracé de la nouvelle frontière, conformément aux 24
Les sujets français originaires des territoires cédés, _ domiciliés actuellement sur ce territoire, qui entendront conserver la nationalité française, jouiront jusqu’au 1 octobre 1872, et moyennant une déclaration préalable faite à l’autorité compétente, de la faculté de transporter leur domicile en France et de s’y fixer, sans que ce droit puisse être altéré par les lois sur le service militaire, auquel cas la qualité de citoyens français leur sera maintenue. à _. Is seront libres de conserver leurs immeubles situés sur le ierritoire réuni à l’Allemagne.
Aucun habitant des territoires cédés ne pourra être poursuivi, inquiété ou recherché dans sa personne ou dans ses biens à raison de ses actes politiques ou militaires pendant la guerre.
Le Gouvernement français remettra au Gouvernement allemand les archives, documents et registres concernant ladministration civile, militaire et judiciaire des territoires cédés. Si quelques-uns de ces titres avaient été déplacés, ils seront restitués par le Gouvernement français sur la demande du Gouvernement allemand.
Le Gouvernement français remettra au Gouvernement de l’Empire d’Allemagne dans le terme de six mois, à dater de l’échange des ratifications de ce Traité :
1° Le montant des sommes déposées par les départements, les communes et les établissements publics des territoires
Le montant des primes d’enrèlement et de remplacement appartenant aux militaires et marins originaires des territoires cédés qui auront opté pour la nationalité alle-
3 Le montant des cautionnements des comptables de
la carte au liséré pert 8) : 4 Le montant des sommes versées pour consignations | judiciaires, par suite de mesures prises par les autorités | administratives ou judiciaires dans les territoires cédés. Les deux nations jouiront d’un traitement égal en ce qui concerne la navigation sur la Moselle, le canal de la Marne | au Rhin, le canal du Rhône au Rhin, le canal de la Sarre et | les eaux navigables communiquant avec ces voies de | navigation. Le droit de flottage sera maintenu. < Les Hautes Parties contractantes étant d’avis que les circonscriptions diocésaines des territoires cédés à l’Empire allemand doivent coïncider avec la nouvelle frontière déterminée par l’article 1” ci-dessus, se concerteront après la ratification du présent Traité, sans retard, sur les mesures à prendre en commun à cet effet. ! Les communautés appartenant, soit à l’Eglise réformée, soit à la confession d’Augsbourg, établies sur les territoires Ù cédés par la France, cesseront de relever de l’autorité ecclé- ? Les communautés de l’Église de la confession d’Augsbourg établies dans les territoires français cesseront de relever du consistoire supérieur et du directeur siégeant à ï Les communautés israélites des territoires situés à l’est. de la nouvelle frontière cesseront de dépendre du consistoire central israélite siégeant à Paris. Le payement de cinq cents millions aura lieu dans les | trente jours qui suivront le rétablissement de l’autorité du | Gouvernement français dans la ville de Paris. Un milliard | sera payé dans le courant de l’année et un demi-milliard au 1° mai 1872. Les trois derniers milliards resteront payables |
au 2 mars 1874, ainsi qu’il à été stipulé par le Traité de paix préliminaire. A partir du 2 mars de l’année courante, les intérêts de ces trois milliards de francs seront payés chaque année le 3 mars, à raison de cinq pour cent par an.
Toute somme payée en avance sur les trois derniers milliards cessera de porter des intérêts à partir du jour du
Tous les payements ne pourront être faits que dans les principales villes de commerce de l’Allemagne, et seront effectués en métal, or ou argent, en billets de la Banque d’Angleterre, billets de la Banque de Prusse, billets de ja Banque royale des Pays-Bas, billets de la Banque nationale
_ de Belgique, en billets à ordre ou en lettres de change négociables, de premier ordre, valeur comptant. (
Le Gouvernement allemand ayant fixé en France la valeur du thaler prussien à trois francs soixante-quinze centimes, le Gouvernement accepte la conversion des monnaies des deux Pays au taux ci-dessus indiqué.
- Le Gouvernement français informera le Gouvernement allemand trois mois d’avance de tout payement qu’il compte faire aux caisses de l’Empire allemand.
Après le payement du premier demi-milliard et la ratifi-
£ cation du Traité de paix définitif, les départements de la
Somme, de la Seine-Inférieure et de l’Eure seront évacués en tant qu’ils se trouveront encore occupés par les troupes allemandes. L’évacuation des départements de l’Oise, de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne et de la Seine, ainsi que celle des forts de Paris, aura lieu aussitôt que le Gouvernement allemand jugera le rétablissement de l’ordre, tant en France que dans Paris, suffisant pour assurer l’exécution des engagements contractés par la France.
Dans tous les cas, cette évacuation aura lieu lors du payement du troisième demi-milliard.
Les troupes allemandes, dans l’intérêt de leur sécurité, auront la disposition de la zone neutre située entre la ligne de démarcation allemande et l’enceinte de Paris, sur la rive droite de la Seine.
Les stipulations du Traité du 26 février relatives à l’occupation des territoires français après le payement des deux
0 4
la carte au liséré vert CRT SR milliards resteront en vigueur. Aucune des déductions que Re. le Gouvernement français serait en droit de faire ne te pourra être exercée sur le payement des cinq cents pre 2 Les troupes allemandes continueront à s’abstenir des ra . réquisitions en nature et en argent dans les territoires 2 occupés; cette obligation de leur part étant corrélative aux E obligations contractées pour leur entretien par le Gouver- “à nement français, dans le cas où, malgré des réclamations ER, réitérées du Gouvernement allemand, le Gouvernement ERr français serait en retard d’exécuter les dites obligations, NE les troupes allemandes auront le droit de se procurer ce : qui sera nécessaire à leurs besoins, en levant des impôts et ESS des réquisitions dans les départements occupés, et même en % dehors de ceux-ci si leurs ressources n’étaient pas sufl- Fe Relativement à l’alimentation des troupes allemandes, le Te régime actuellement en vigueur sera maintenu jusqu’à É- : l’évacuation des forts de Paris. È & En vertu de la Convention de Ferrières du 11 mars 1891, , les réductions indiquées par cette Convention seront mises ca à exécution après l’évacuation des forts. DE Dès que l’effectif de l’armée allemande sera réduit au- B dessous du chiffre de cinq cent mille hommes, il sera tenu “4 compte des réductions opérées au-dessous de ce chiffre 5 pour établir une diminution proportionnelle dans le prix : Des d’entretien des troupes payé par le Gouvernement français. e ; Le traitement exceptionnel accordé maintenant aux pro- “M duits de l’industrie des territoires cédés pour l’importation L E. en France sera maintenu pour un espace de temps de six ; 3 mois, depuis le 1° mars, dans les conditions faites avec les 50 délégués de l’Alsace. F::
4 Le Gouvernement allemand continuera à faire rentrer les We prisonniers de guerre, en s’entendant avec le Gouvernement français. Le Gouvernement français renverra dans leurs ; foyers ceux de ces prisonniers qui sont libérables. Quant à : ceux qui n’ont point achevé leur temps de service, ils se 5 retireront derrière la Loire. Il est entendu que l’armée de À Paris et de Versailles, après le rétablissement de l’autorité du Gouvernement français à Paris et jusqu’à l’évacuation - des forts par les troupes allemandes, n’excédera pas quatrevingt mille hommes. Jusqu’à cette évacuation, le Gouver- ; nement français ne pourra faire aucune concentration de ) troupes sur la rive droite de la Loire; mais il pourvoira aux garnisons régulières des villes placées dans cette zone, suivant les nécessités du maintien de l’ordre et de la paix È Au fur et à mesure que s’opérera l’évacuation, les chefs is de corps conviendront ensemble d’une zone neutre entre F les armées des deux Nations. | Vingt mille prisonniers seront dirigés sans délai sur ; Lyon, à la condition qu’ils seront expédiés immédiatement +4 en Algérie, après leur organisation, pour être employés Ë dans cette colonie. È Les traités de commerce avec les différents États de l’Allemagne ayant été annulés par la guerre, le Gouverne- É+ ment français et le Gouvernement allemand prendront
- pour base de leurs relations commerciales le régime du 4 traitement réciproque sur le pied de la nation la plus favoL MP 7risée: Sont compris dans cette règle les droits d’entrée et de ÿ
sortie, le transit, les formalités douanières, l’admission et
3 le traitement des sujets des deux Nations ainsi que de leurs PR Toutefois, seront exceptées de la règle susdite, les faveurs ; à qu’une des Parties contractantes, par des traités de com- ,
la carte au liséré vert + De. merce, a accordées ou accordera à des États autres que ; ceux qui suivent : l’Angleterre, la Belgique, les Pays-Bas, 4 la Suisse, l’Autriche, la Russie. È
Les traités de navigation, ainsi que la convention rela- “à tive au service international des chemins de fer dans ses L rapports avec la douane, et la convention pour la garantie Er réciproque de la propriété des œuvres d’esprit et d’art, | seront remis en vigueur. 4
Néanmoins le Gouvernement français se réserve la . faculté d’établir sur les navires allemands -et leurs car- | gaisons des droits de tonnage et de pavillon, sous la : réserve que ces droits ne soient pas plus élevés que ceux Be qui grèveront les bâtiments et les cargaisons des nations ’
Tous les Allemands expulsés conserveront la jouissance | pleine et entière de tous les biens qu’ils ont acquis en 4
Ceux des Allemands qui avaient obtenu l’autorisation <È exigée par les lois françaises pour fixer leur domicile en f France sont réintégrés dans tous leurs droits et peuvent, à en conséquence, établir de nouveau leur domicile sur le É
Le délai stipulé par les lois françaises pour obtenir la 1 naturalisation sera considéré comme n’étant pas interrompu 4 par l’état de guerre pour les personnes qui profiteront de la faculté ci-dessus mentionnée de revenir en France dans < un délai de six mois après l’échange des ratifications de ce à Traité, et il sera tenu compte du temps écoulé entre leur j expulsion et leur retour sur le territoire français, comme F s’ils n’avaient jamais cessé de résider en France. ô
Les conditions ci-dessus seront appliquées en parfaite ré réciprocité aux sujets français résidant ou désirant résider pe
Les bâtiments allemands qui étaient condamnés par les É conseils de prises avant le 2 mars 1871 seront considérés | comme condamnés définitivement. à Fi
Ceux qui n’auraient pas été condamnés à la date sus- : indiquée seront rendus avec la cargaison en tant qu’elle { existe encore. Si la restitution des bâtiments et de la cargaison n’est plus possible, leur valeur, fixée d’après le prix de la vente, sera rendue à leurs propriétaires. à Chacune des deux Parties continuera sur son territoire | les travaux entrepris pour la canalisation de la Moselle. Les intérêts communs des parties séparées des deux départements de la Meurthe et de la Moselle seront liquidés. Les Hautes Parties contractantes s’engagent mutuellement à étendre aux sujets respectifs les mesures qu’elles pourront juger utile d’adopter en faveur de ceux de leurs nationaux À qui, par suite des événements de la guerre, auraient été | mis dans l’impossibilité d’arriver en temps utile à la sauveE garde ou à la conservation de leurs droits. Les deux Gouvernements français et allemand s’engagent réciproquement à faire respecter et entretenir les tombeaux des soldats ensevelis sur leurs territoires respecj tifs. ‘a Le règlement des points accessoires sur lesquels un 4 accord doit être établi, en conséquence de ce Traité et du Ë Traité préliminaire, sera l’objet de négociations ultérieures ë qui auront lieu à Francfort. Les ratifications du présent Traité par l’Assemblée Natio_ nale et par le Chef du Pouvoir exécutif de la République 1 Française, d’un côté,
ARR NE la carte tau-liSéré vert PORN k « Seront échangées à Francfort dans le délai de dix jours, ou plus tôt si faire se peut. re RE. En foi de quoi les Plénipotentiaires respectifs l’ont signé k et y ont apposé le cachet de leurs armes. : ne. Fait à Francfort, le ro mai 1871. TIC ï $ 1. — D’ici à l’époque fixée pour l’échange des ratifications 5 du présent Traité, le Gouvernement français usera de son droit de rachat de la concession donnée à la compagnie du chemin de fer de l’Est. Le Gouvernement allemand sera RUE -_ subrogé à tous les droits que le Gouvernement français aura acquis par le rachat des concessions, en ce qui concerne les chemins de fer situés dans les territoires cédés, QUE: $ 2. — Seront compris dans cette concession : EE Vi 1° Tous les terrains appartenant à la dite compagnie, quelle que soit leur destination, ainsi que : établissements 48 : de gares et de stations, hangars, ateliers et magasins, 4 ‘ maisons de gardes de voie, etc., etc. ; Æ s 2 Tous les immeubles qui en dépendent, ainsi que: barrières, clôtures, changements de voie, aiguilles, plaques +0 3 Tous les matériaux, combustibles et approvisionnements de tout genre, mobiliers de gares, outillages des : ateliers et des gares, etc., etc. ; LR
LAS 4° Les sommes dues à la compagnie des chemins de fer
ot de l’Est à titre de subventions accordées par des corpo-
#3 rations ou personnes domiciliées dans les territoires cédés.
F $ 3. — Sera exclu de cette cession le matériel roulant.
Pa Le Gouvernement allemand remettra la part du matériel
1 ? roulant, avec ses accessoires, qui se trouverait en sa
Le possession, au Gouvernement français. ;
S4. — Le Gouvernement français s’engage à libérer
envers l’Empire allemand entièrement les chemins de fer
cédés, ainsi que leurs dépendances, de tous les droits que
des tiers pourraient faire valoir, nommément des droits
des obligataires. Il s’engage également à se substituer, le
ë réclamations qui pourraient être élevées vis-à-vis du
: Gouvernement allemand par les créanciers des chemins
J de fer en question.
: $ 5. — Le Gouvernement français prendra à sa charge
les réclamations que la compagnie des chemins de fer de
à VEst pourrait élever vis-à-vis du Gouvernement allemand
ou de ses mandataires par rapport à l’exploitation desdits
É chemins de fer et à l’usage des objets indiqués dans le paraE graphe 2, ainsi que du matériel roulant.
Le Gouvernement allemand communiquera au Gouver1 nement français, à sa demande, tous les documents et
k toutes les indications qui pourraient servir à constater
É les faits sur lesquels s’appuieront les réclamations susmentionnées.
$ 6. — Le Gouvernement allemand payera au Gouver- :
nement français, pour la cession des droits de propriété
indiqués dans les paragraphes 1 et 2, et en titre d’équivalent pour l’engagement pris par le Gouvernement français
dans le paragraphe 4, la somme de trois cent vingt-cinq
On défalquera cette somme de l’indemnité de guerre
“ stipulée dans l’article 5.
” $ 9. — Vu que la situation qui a servi de base à la convention conclue entre la compagnie des chemins de fer
la carte au liséré vert SITES
de l’Est et la société royale grand-ducale des chemins de ne à fer Guillaume-Luxembourg, en date du 6 juin 1857 et du 308 21 janvier 1868, et celle conclue entre le Gouvernement +2 du grand-duché de Luxembourg et les sociétés des chemins 4 de fer Guillaume-Luxembourg et de l’Est français, en date 4
- du 5 décembre 1868, a été modifiée essentiellement, de ‘ 3 manière qu’elles ne sont applicables à l’état de choses e créé par les stipulations contenues dans le paragraphe 1°, 5h le Gouvernement allemand se déclare prêt à se substi- “4 tuer aux droits et aux charges résultant de ces conven- 7 tions pour la compagnie des chemins de fer de l’Est. Jr: Pour le cas où le Gouvernement français serait subrogé, ; 4 soit par le rachat de la concession de la compagnie de 24 l’Est, soit par une entente spéciale, aux droits acquis par k cette société en vertu des conventions sus-indiquées, il s’en- É gage à céder gratuitement, dans un délai de six semaines, k 3 ses droits au Gouvernement allemand. D Pour le cas où ladite subrogation ne s’effectuerait pas, le “#4 Gouvernement français n’accordera de concessions pour # les lignes de chemins de fer appartenant à la compagnie ke: de l’Est et situées dans le territoire français, que sous la 1 condition expresse que le concessionnaire n’exploite point Êe les lignes de chemins de fer situées dans le grand-duché 280 de Luxembourg. 4
Le Gouvernement allemand offre deux millions de francs } pour les droits et les propriétés que possède la compagnie ‘2e des chemins de fer de l’Est sur la partie de son réseau 4 située sur le territoire suisse, de la frontière à Bâle, si le je Gouvernement français lui fait tenir le consentement dans 4 le délai d’un mois. 1
- La cession de territoire auprès de Belfort offerte par le ï Gouvernement allemand dans l’article 1“ du présent Traité, 4 en échange de la rectification de frontière demandée à 4 l’ouest de Thionville, sera augmentée des territoires des à
villages suivants : Rougemont, Leval, la Petite-Fontaine, Romagny, Félon, la Chapelle-sous-Rougemont, Angeot, Vauthiermont, la Rivière, la Grange, Reppe, Fontaine, Frais, Foussemagne, Cunelières, Montreux-le-Château, Bretagne, Chavannes-les-Grandes, Chavanatte et Suarce.
La route de Giromagny à Remiremont passant au ballon d’Alsace restera à la France dans tout son parcours et servira de limite en tant qu’elle est située en dehors du canton de Giromagny.
Fait à Francfort, le 10 mai 1871.
ee : au Traité de Paix entre la France et l’Allemagne (douanière et territoriale) Fr SE 2e M. Augustin-Thomas-Joseph Pouyer-Quertier, membre de 4 l’Assemblée Nationale, Ministre des finances, et spéciale RES A ment constitué et nommé par lettre du Président de la … P _ République française, en date du 6 octobre 1871, plénipo_ tentiaire de la République française, stipulant au nom de i4 la France, STE Novee D’un côté; 126 De l’autre, FR Te Le prince Othon de Bismarck-Schænhausen, Chancelier … fe de l’Empire germanique, DS. Fe9 Et le comte Harry d’Arnim, envoyé extraordinaire et ns ministre plénipotentiaire de S. M. l’Empereur d’Allemagne & 20 près le Saint-Siège, nn. Le Stipulant au nom de l’Empire allemand, Fe S Fe Ont arrêté ce qui suit : 5 ” Ce Les produits fabriqués dans l’Alsace-Lorraine ‘seront ne ee admis en France aux conditions ci-après fixées : NN _ * franchise de tout droit de douane; ; LT
_ 2° Du r° janvier au 30 juin 1872, un quart; et du 1° juillet de la même année au 31 décembre 1872, moitié des droits 2 qui sont ou pourront être appliqués à l’Allemagne, en $ vertu du traitement de la nation la plus favorisée, lequel lui a été concédé par le Traité de paix.
Seront exclues du bénéfice des dispositions énoncées sous le n° 2 du présent article les denrées alimentaires telles que vins, alcool, bières, etc.
Dans le cas où des impôts nouveaux seraient établis en France sur les matières premières et sur les matières tinctoriales entrant dans la composition ou la fabrication des produits originaires de l’Alsace-Lorraine, des suppléments Ë de droits seront établis sur ces mêmes produits à titre de d compensation des charges nouvelles qui pèseraient sur les
Les produits français tels que fonte, fers en barre ou en tôle, aciers en barre ou en tôle, fils et tissus de coton, fils } ou tissus de laine et autres produits de même nature } destinés à recevoir un complément de main-d’œuvre dans | lAlsace-Lorraine, seront admis en franchise de droits de | douane dans lesdits territoires, cédés et placés sous le | régime de l’admission temporaire, tel qu’il est réglé par la | Les produits fabriqués dans les conditions indiquées par l’article 3 devront, à leur réimportation en France, acquitter, sur la base du droit applicable aux produits fabriqués en Alsace-Lorraine, la quotité afférente au supplément de travail reçu dans les territoires cédés. pe Les produits français tels que l’amidon, les fécules, les _ matières tinctoriales, les produits chimiques et autres
FAN matières analogues propres aux apprêts, introduits dans les & ie fabriques ou dans les manufactures de l’Alsace-Lorraine et M Sas destinés à être incorporés dans les produits finis, seront M ; admis en franchise jusqu’au 31 décembre de la présente ; année et soumis, du 1° janvier 1872 jusqu’au 30 juin de la M re même année, au quart, et du 1° juillet 1872 au 31 décembre. ‘5 ns À a 1872, à la moitié des droits qui, à titre général, sont ou Vedes pourront être appliqués en Allemagne aux produits de la M ms même nature, Les quantités à introduire dans les fabriques pa ou manufactures de l’Alsace-Lorraine seront limitées aux ; besoins desdites fabriques où manufactures. Rs.
On est convenu que les produits sus-indiqués ne pourront ge
être imposés en Alsace-Lorraine que par les bureaux de douane qui seront désignés par l’autorité allemande. 70 11 demeure aussi entendu que les droits qui auraient été es payés ou consignés, jusqu’à la mise en vigueur de la pré sente Convention, à l’importation des produits auxquels : s’appliquent les articles 1 et 5 de la présente Convention, SEE seront réciproquement remboursés. É ‘5 Afin de prévenir les fraudes et de limiter aux seuls pro: duits fabriqués dans l’Alsace-Lorraine le bénéfice des stipulations qui précèdent, il sera institué en Alsace-Lorraine des syndicats d’honneur en nombre suffisant pour exercer une surveillance eflicace. Ils seront élus par les chambres de commerce et exclusivement composés d’Alsaciens et de ‘4 Lorrains; ils seront en outre agréés par le Gouvernement, M de Ces syndicats devront : ; “4 6 1° Veiller à ce que les produits de l’Alsace-Lorraine qui # seront importés en France en vertu de l’article 1* et que” Re les produits français désignés dans l’article 5 de la pré. “ sente Convention, qui seront importés de France dans les < territoires cédés, ne dépassent pas en quantité les limites VW
à constater par lesdits syndicats du commerce ayant existé Ÿ _ entre les deux pays en l’année 1869; Ç . 2° Délivrer à chaque établissement des certificats d’or | És 3° Surveiller les usines de telle façon qu’aucune fraude ne ja se * puisse se produire, soit par augmentation des quantités ES inscrites dans les certificats d’origine, soit par emploi de
matières étrangères autres que les matières premières. 4° Veiller à l’exactitude et à la sincérité des déclarations. _ Les certificats d’origine seront nominatifs et non négo- Lesdits syndicats sont tenus de signaler au Gouver- h nement lésé toute infraction aux conditions ci-dessus indiquées, ainsi qu’aux statuts des syndicats, qui ont été déjà approuvés par le Gouvernement français. \
4 Le Gouvernement lésé pourra priver le chef d’établisse- | ment coupable de linfraction du bénéfice des clauses qui
Pendant la durée de la présente Convention, les marchés
_ conclus par des fabricants alsaciens et lorrains avec des
- Français, avant ou pendant la guerre, jouiront, pour leur
| exécution, des franchises édictées par le paragraphe 1° de | . : l’article 1° de la présente Convention.
_ Le même régime sera concédé, à titre de réciprocité, aux “Se | produits français désignés à l’article 5 de la présente Con- ; duits français désig l’article 5 de la y te G | - vention, objets de marchés conclus par des fabricants alsa- \
… ciens et lorrains en France avant ou pendant la guerre. y Le Gouvernement allemand rétrocédera à la France : k 1° Les communes de Raon-les-Leau et de Raon-sur-Plaine, exclusivement de toute propriété domaniale ainsi que des x propriétés communales et particulières enclavées dans le
la carte au liséré vert TN °° La commune d’Igney et la partie de la commune d’Avri- À court située entre la commune d’Igney, jusques et y compris le chemin de fer de Paris à Avricourt, et le chemin de fer 3 Le Gouvernement français prendra à sa charge les frais | d’une station de chemin de fer à construire sur le terrain 1 choisi par le Gouvernement allemand, et qui suflira aux intérêts militaires et commerciaux autant que celle d’Avricourt. | Les devis de cette construction seront faits d’un commun | accord; le Gouvernement allemand aura soin de la faire exécuter le plus tôt possible. ne Jusqu’à l’achèvement de la nouvelle station, le Gouver- L nement allemand se réserve le droit de tenir occupée la | commune d’Igney ainsi que la partie de la commune d’Avri- : La commission de délimitation sera chargée de déterminer la nouvelle frontière. Les deux Hautes Parties contractantes sont convenues de remettre en vigueur l’article 28 du Traité conclu, le 2 août ’ 1862, entre la France et le Zollverein, concernant les marques | et dessins de fabrique. 1 La présente Convention sera ratifiée par S. M. l’Empereur À d’Allemagne après le consentement du Conseil fédéral et du Parlement de l’Empire, d’une part, et le Président de la République française, d’autre part, et les ratifications en seront échangées dans l’espace du mois d’octobre courant, à Versailles. \ | « En foi de quoi, les Plénipotentiaires ont signé la Conven- ! tion présente et y ont apposé le cachet de leurs armes. Fait à Berlin, le douze du mois d’octobre de l’an j mil huit cent soixante et onze. 1
On croit devoir citer ici les trois passages d’Albert Sorel, de Fustel de Coulanges et d’Ernest Lavisse auxquels renvoient les notes de la page 51, parce qu’en eux nous paraît se résumer le plus nettement toute la: pensée française sur le fait de 1871 : ALBERT SOREL. — Jlistoire diplomatique de la guerre « Quand l’Alsace et plus tard la Lorraine étaient devenues françaises, l’idée de l’unité allemande n’avait pas encore péné- tré en Allemagne, le principe des nationalités n’était ensei- ù | gné par personne, et les États pratiquaient un droit publie qui ne ressemblait en rien à celui que l’on a tenté d’appli- ( quer en Europe à la suite de la Révolution francaise. » | »* FusrEL DE CouLANGES. — L’Alsace est-elle allemande ou « Vous invoquez le principe de nationalité, mais vous le comprenez autrement que toute l’Europe. Suivant vous, ÿ , ce principe autoriserait un Etat puissant à s’emparer d’une | province par la force, à la seule condition d’affirmer que | cette province est occupée par la même race que cet Etat. Suivant l’Europe et le bon sens, il autorise simplement une À province où une population à ne pas obéir malgré elle à un maître étranger. Je m’explique par un exemple : le principe | de nationalité ne permettait pas au Piémont de conquérir Re par la force Milan et Venise; mais il permettait à Milan et 4 à Venise de s’affranchir de l’Autriche et de se joindre volontairement au Piémont. Vous voyez la différence. Ce prin-
440 « Il n’est pas ce que vous croyez. H constitue un droit
Ets pour les faibles ; il n’est pas un prétexte pour les ambitieux. ‘16
UE pate Le principe de nationalité n’est pas, sous un nom Dove TS
qe le vieux droit du plus fort. » ae F1 : 1
. Ernest Lavisse. — Vue générale sur l’histoire politique 1
“e FAST « Il est difficile de faire comprendre à des étrangers frere
| pourquoi la France ne peut se résigner à la perte de/Ses iii AU
Gb | provinces : &« C’est la loi de la guerre », disent les Ale JUS
Re _ mands., Ce langage n’aurait surpris personne au siècle de 41
HA nier; aujourd’hui encore, il semble naturel aux politiciens | à
_ de l’ancien régime. Mais la France, en ce siècle-ci, repré
Deux sente une autre politique. A TUE |
1 A na « Entre toutes les nations du monde, elle est rationaliste et Du
A \ _ sensible. Elle professe qu’il n’est pas permis de traiter une | ES
population d’hommes comme un troupeau de bêtes. Eee
| | ‘croit à l’existence des âmes de peuples. Elle a compati \ es
_ douloureusement aux souffrances des victimes de la force: ANS
Elle a pleuré sur Athènes, sur Varsovie et sur Venise, el. Leu
” jou ‘1 n’a point donné que ses larmes aux « opprimés ». Si nous … nu à jé
‘ 0 a avons aidé les Provinces-Unies à s’affranchir au dix-septième M “on
MH NNNISiècle, ce n’a été que par un heureux effet de 1 pol eme
ae ; tique de nos rois; mais c’est par un effort voulu de nos … | HO
‘IR tD sentiments nouveaux que nous avons délivré, en donnant. RU,
ï a notre sang, les États-Unis, la Grèce, la Belgique et l’Italie. 0
La paix de Francfort ne nous a pas laissé seulement : MW ul
Eh l’humiliation de la défaite. Elle n’a pas seulement ouvert ie nn
AA notre frontière, et mis notre pays dans un état d’insécurité | M
te intolérable, En nous prenant des âmes qui étaient et vou ; ht ju)
ai, laient rester nôtres, le vainqueur nous a blessés dans notre ‘40
LA foi… Il a simplement usé du vieux droit de la force. Voilà ‘el
ie \ qui détermine le caractère de la question d’Alsace. Elle met j hs (rl !
L 7 én présence deux états de civilisation, et nous avons, dans 14 jo
Hi il la défaite, un honneur singulier : le redressement du tort … ‘4
l_ Gui nous a été fait serait une satisfaction donnée à la UM
Ma raison et aux sentiments les plus généreux de notre temps. »
us fé _ des principaux ouvrages et articles consultés. 14 AGKkER (Paul). — Le Théâtre alsacien (dans le Correspondant, One ‘1 _ Azserr (Henri). — La Force française en Alsace (dans la Le ._ — — La Langue et la Littérature françaises en Alsace 11
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Organisation du gouvernement — Alsace-Lorraine (Assem- | blée générale des maires et des notables, à Strasbourg, À le 16 avril 1871) (Pièce, Strasbourg, Schauenbourg, 1871).
Annuaire de Législation étrangère (publié par la Société française de législation comparée) (in-8’, Paris, depuis L’Europe nouvelle (Paris, 13, quai Voltaire; mensuelle). Secrétaire de la Rédaction : M. Gearges-Durant. Le Journal d’Alsace-Lorraine (Strasbourg, 3, place SaintThomas, quotidien). Rédacteur en chef : M. Léon Boll.
Le Messager d’Alsace-Lorraine (Paris, 10, rue du Regard;
La Revue alsacienne illustrée. (Strasbourg, 2, rue Brülée;
trimestrielle). Directeur : M. le D’ Pierre Bucher.
’ Quarante ans sont passés, et ce coin de la terre… 3
- — Avant qu’il n’y eût Alsace ni Lorraine. x15
- — Du Saint-Empire à la Révolution. … x19
IV. — les Alsaciens-Lorrains, « rançon » de Mest difiicile, pour un Français. …1.1: 10410183
I. — Déclaration des représentants de l’Alsace
h et de la Lorraine à l’Assemblée Natiomale de/Bordeaux tisse tros TO E
qualrième cahier de la onzième série, IL. —— Convention additionnelle au Traité de * V2 Paix entre la France et l’Allemagne Jui | Index des principaux ouvrages el articles consultés.” voor +4