L'argent
l’argent périodique paraissant tous les deux dimanches 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée
L’argent. — L’auteur de ce cahier, — du cahier qui vient, du cahier dont celui-ci n’est que l’avant-propos,
— est l’homme à qui je dois le plus. J’étais un petit garçon de huit ans, perdu dans une excellente école
primaire, quand M. Naudy fut nommé directeur de l’École Normale du Loiret.
Rien n’est mystérieux comme ces sourdes préparations qui attendent l’homme au seuil de toute vie. Tout
. est joué avant que nous ayons douze ans. Vingt ans, trente ans d’un travail acharné, toute une vie de labeur
_ ne fera pas, ne défera pas ce qui a été fait, ce qui a été défait une fois pour toutes, avant nous, sans nous, pour nous, contre nous.
Dans toute vie il y a de ces quelques recroisements, | toute vie est commandée par un très petit nombre de ces certains recroisements; rien ne se fait sans eux; rien ne se fait que par eux; et le premier de tous commande tous les autres et directement et par eux tout le reste.
C’était le temps des folies scolaires. Les réactionnaires nommaient folies scolaires, dans ce temps-là, de fort honnêtes constructions, en briques ou en pierres de taille, où on apprenait à lire aux enfants. Ces folies scolaires étaient commises par l’État, par les départe-
- ments, par les communes; et quelquefois par un géné- RSA reux donateur. C’étaient généralement des maisons fort … …
__ propres, et qui en tout cas valaient beaucoup mieux pour #44 à les enfants que la boue du ruisseau. Et que le ruiss seau de la rue. Il faut avouer que dans ce temps-là, elles, À
(ces folies scolaires), avaient en effet l’air un peu inso- # És lent. Non point parce qu’elles étaient somptueuses. On DE J mettait ça dans les journaux, qu’elles étaient somp- = Fe tueuses. Elles étaient simplement propres; et décentes. & * Mais parce qu’elles étaient un peu trop voyantes. Elles He. avaient poussé un peu trop partout à la fois. Et peut- << être un peu trop vite. On les avait trop mis en même É temps. Et celles qu’on voyait, on les voyait trop. Elles £ ch étaient trop blanches, trop rouges, trop neuves. Qua- e 4 rante ans sont passés sur ces coins de la terre. Un me He simple voyage à Orléans vous convaincrait sans peine : ‘‘e qu’aujourd’hui tous ces bâtiments scolaires sont comme nous : ils ne sont pas trop voyants. : ES
Par quel recroisement fallut-il que ce fut dans le NE . vieux faubourg, à trois ou quatre cents mètres de la 2] maison de ma mère, peut-être à moins, car j’avaisles = jambes courtes, qu’on venait d’achever ce palais # scolaire qu’était alors l’École Normale des instituteurs ps du Loiret. A sept ans on me mit à l’école. Je n’étais È pas près d’en sortir. Mais enfin ce n’était pas tout à fait = de ma faute. Et les suites non plus ne furent sans doute À point tout à fait de ma faüte.
On me mit à l’École Normale. Ce ne devait pas être < la dernière fois. Cela signifiait cette fois-là qu’on me fit à. entrer dans cette jolie petite école annexe qui demeurait dans un coin de la première cour de l’École Normale, à :
; droite en entrant, comme une espèce de nid rectangu10
Le laire, administratif, solennel et doux. Cette petite école
_ annexe avait naturellement un directeur à elle, qu’ilfal- è 4 lait se garder de confondre avec le directeur de l’École
= Normale elle-même. Mon directeur fut M. Fautras. Je le
< vois encore d’ici. C’était un grand gouvernement. Il
| avait été prisonnier en Allemagne pendant la guerre.
; Il revenait de loin. Cela lui conférait un lustre sévère, une grandeur dont nous r’avons plus aucune idée. C’est dans cette même école que je devais rencontrer quelques années plus tard le véritable maître de tous mes
< commencements, le plus doux, le plus patient, le plus
à noble, le plus courtois, le plus aimé, M. Tonnelat.
| Si nous vivons assez pour atteindre à l’âge des
- confessions, si tant d’entreprises commencées de toutes ù mains nous laissént l’espace de mettre par écrit un .
; monde que nous avons connu, j’essaierai de représenter un peu ce qu’était vers 1880 cet admirable monde de l’enseignement primaire. Plus généralement j’essaierai de représenter ce qu’était aiors tout cet admirable ;
| monde ouvrier et paysan, disons-le d’un mot, tout cet
C’était rigoureusement l’ancienne France et le peuple de l’ancienne France. C’était un monde à qui appliqué ce beau nom, ce beau mot de peuple recevait sa pleine, son antique application. Quand on dit le peuple, aujourd’hui, on fait de la littérature, et même une des plus basses, de Ia littérature électorale, politique, parlementaire. Il n’y a plus de peuple. Tout le monde est bourgeois. Puisque tout le monde lit son journal. Le peu qui restait de l’ancienne ou plutôt des anciennes
. aristocraties est devenu une basse bourgeoisie. L’ancienne aristocratie est devenue comme les autres une
bourgeoisie d’argent. L’ancienne bourgeoisie est devenue une basse bourgeoisie, une bourgeoisie d’argent. Quant > aux ouvriers ils n’ont plus qu’une idée, c’est de devenir des bourgeois. C’est même ce qu’ils nomment devenir socialistes. IL n’y a guère que les paysans qui soient À é
Nous avons été élevés dans un tout autre monde. On = peut dire dans le sens le plus rigoureux des termes 4 qu’un enfant élevé dans une ville comme Orléans entre ne 1873 et 1880 a littéralement touché l’ancienne France, À l’ancien peuple, le peuple, tout court, qu’il a littérale- ; ment participé de l’ancienne France, du peuple. On peut re même dire qu’il en a participé entièrement, car l’an- J cienne France était encore toute, et intacte. La débâcle L s’est faite si je puis dire d’un seul tenant, et en moins ES de quelques années. é
Nous essaierons de le dire : Nous avons connu, nous x avons touché l’ancienne France et nous l’avons connue ; intacte. Nous en avons été enfants. Nous avons connu un peuple, nous l’avons touché, nous avons été du peuple, quand il y en avait un. Le dernier ouvrier de ce temps-là était un homme de l’ancienne France et aujour- ÿ d’hui le plus insupportable des disciples de M. Maurras n’est pas pour un atome un homme de l’ancienne
Nous essaierons, si nous le pouvons, de représenter , cela. Une femme fort intelligente, et qui se dirige allè- grement vers ses septante et quelques années disait : Le monde a moins changé pendant mes soixante premières années qu’il n’a changé depuis dix ans. Il faut aller plus loin. Il faut dire avec elle, il faut dire au delà | d’elle ; Le monde a moins changé depuis Jésus-Christ
_ qu’il »‘a changé depuis trente ans. Il y a eu l’âge _ lâge moderne. Une ferme en Beauce, encore après la
guerre, était infiniment plus près d’une ferme gallo-
| romaine, ou plutôt de la même ferfhe gallo-romaine, $ pour les mœurs, pour le statut, pour le sérieux, pour la gravité, pour la structure même et l’institution, pour la dignité, (et même, au fond, d’une ferme de Xénophon),
- qu’aujourd’hui elle ne se ressemble à elle-même. Nous à essaierons de le dire. Nous avons connu un temps où É quand une bonne femme disait un mot, c’était sa race ” même, son être, son peuple qui parlait. Qui sortait. Et quand un ouvrier allumait sa cigarette, ce qu’il allait vous dire, ce n’était pas ce que le journaliste a dit dans le journal de ce matin. Les libres-penseurs de ce temps- : là étaient plus chrétiens que nos dévots d’aujourd’hui. ÿ Une paroisse ordinaire de ce temps-là était infiniment plus près d’une paroisse du quinzième siècle, ou du L quatrième siècle, mettons du cinquième ou du huitième, que d’une paroisse actuelle.
C’est pour cela que l’on est exposé à être extrême- é ment injuste envers Michelet et tous ceux de sa race, et ce qui est encore peut-être plus grave à être extré- mement inentendant de Michelet et de tous ceux de sa race. À en être inintelligent. Quand aujourd’hui on dit : le peuple, en effet on fait une figure, et même une assez pauvre figure, et même une figure tout à fait vaine, je veux dire une figure où on ne peut rien mettre du tout dedans. Et en outre une figure politique, et une figure parlementaire. Mais quand Michelet et ceux de sa race
. parlaient du peuple, c’est eux qui étaient dans la réalité même, c’est eux qui parlaient d’un être et qui avaient
kr £ connu cet être. Or cet être-là, ce peuple, c’est celui ( que Fe - nous aussi nous avons connu, c’est celui où nous avons | à été élevés. C’est celui que nous avons connu encore eos dans son plein fonctionnement, dans toute sa vie, dans 7 ‘ _ toute sa race, dans tout son beau libre jeu. Et rien ne AR _ faisait prévoir; et il semblaït que cela ne dût jamais se _ finir. Dix ans après il n’y avait plus rien. Le peuple … 5 _ s’était acharné à tuer le peuple, presque instantané- x Se ment, à supprimer l’être même du peuple, un peu 21) ee comme la famille d’Orléans, un peu moins instantané- 2 * ment peut-être, s’est acharnée à tuer le roi. D’ailleurs 54 à 1e tout ce dont nous souffrons est au fond un orléanisme; 5 orléanisme de la religion; orléanisme de la république. +8
- Voilà ce qu’il faudrait marquer dans des Confessions. ue #2 Et tâcher de le faire voir. Et tächer de le faire entendre.
- D’autant plus exactement, d’autant plus précieusement, … & | et si nous le pouvons d’autant plus uniquement que l’on ‘ ne reverra jamais cela. Il y a des innocences quinese 4e recouvrent pas. Il y a des ignorances qui tombent abso- : M lument. Il y a des irréversibles dans la vie des peuples … + 3 _ comme dans la vie des hommes, Rome n’est jamais S redevenue des cabanes de paille. Non seulement, dans # pe l’ensemble, tout est irréversible. Mais il y a des âges, “ÈS _ des irréversibles propres. s Le croira-t-on, nous avons été nourris dans un peuple gai. Dans ce temps-là un chantier était un lieu de la F4 n -_ terre où des hommes étaient heureux. Aujourd’hui un … WE chantier est un lieu de la terre où des hommes récriri- 14 De mon temps tout le monde chantait. (Excepté moi, < mais j’étais déjà indigne d’être de ce temps-là). Dans s la plupart des corps de métiers on chantait. Aujourd’hui
: _ On renâcle. Dans ce temps-là on ne gagnaïit pour ainsi
- _ dire rien. Les salaires étaient d’une bassesse dont on ; aie n’a pas idée. Et pourtant tout le monde bouffait. Il y avait : je dans les plus humbles maisons une sorte d’aisance dont Eh . on a perdu le souvenir. Au fond on ne comptait pas. Eton ps | n’avait pas à compter. Et on pouvait élever des enfants, $ Et on en élevait. Il n’y avait pas cette espèce d’affreuse : strangulation économique qui à présent d’année en année nous donne un tour de plus. On ne gagnait rien; on ne dépensait rien; et tout le monde vivait. Il n’y avait pas cet étranglement économique d’au- Ù : jourd’hui, cette strangulation scientifique, froide, rectan- … $ gulaire, régulière, propre, nette, sans une bavure, implacable, sage, commune, constante, commode comme une vertu, où il n’y a rien à dire, et où celui qui est Fa On ne saura jamais jusqu’où allait la décence et la _ justesse d’âme de ce peuple; une telle finesse, une telle je culture profonde ne se retrouvera plus. Ni une telle finesse et précaution de parler. Ces gens-là eussent rougi de notre meilleur ton d’aujourd’hui, qui est le ton bourgeois. Et aujourd’hui tout le monde est bour- À Nous croira-t-on, et ceci revient encore au même, nous avons connu des ouvriers qui avaient envie de travailler. On ne pensait qu’à travailler. Nous avons connu des ouvriers qui le matin ne pensaient qu’à travailler. Ils se levaient le matin, et à quelle heure, et ils chantaient à l’idée qu’ils partaient travailler. A onze heures ils chantaient en allant à la soupe. En u l somme c’est toujours du Hugo; et c’est toujours à Hugo qu’il en faut revenir : Zls allaient, ils chantaient. | 19
cahiers de la quinzaine : <= Travailler était leur joie même, et la racine profonde de leur être. Et la raison de leur être. Il y avaitan honneur incroyable du travail, le plus beau de tous G les honneurs, le plus chrétien, le seul peut-être qui se ‘ tienne debout. C’est par exemple pour cela que je dis qu’un libre-penseur de ce temps-là était plus chrétien , qu’un dévot de nos jours. Parce qu’un dévot de nos jours est forcément un bourgeois. Et aujourd’hui tout ; le monde est bourgeois. + Nous avons connu un honneur du travail exactement : le même que celui qui au moyen-âge régissait la main £ et le cœur. C’était le même conservé intact en dessous. ; Nous avons connu ce soin poussé jusqu’à la perfection, égal dans l’ensemble, égal dans le plus infime détail.
à Nous avons connu cette piété de l’ouvrage bien faite £ poussée, maintenue jusqu’à ses plus extrêmes exigences. J’ai vu toute mon enfance rempailler des chaises exac- Fe tement du même esprit et du même cœur, et de la même main, que ce même peuple avait taillé ses cathédrales.
Que reste-t-il aujourd’hui de tout cela? Comment a-t-on fait, du peuple le plus laborieux de la terre, et peut-être du seul peuple laborieux de la terre, du $ seul peuple peut-être qui aimait le travail pour le travail, et pour l’honneur, et pour travailler, ce peuple < de saboteurs, comment a-t-on pu en faire ce peuple qui sur un chantier met toute son étude à ne pas en fiche : un coup. Ce sera dans l’histoire une des plus grandes victoires, et sans doute la seule, de la démagogie bourgeoise intellectuelle. Maïs il faut avouer qu’elle compte.
révolution moderne. Voilà les deux qu’il faut compter.
Un artisan de mon temps était un artisan de n’importe quel temps chrétien. Et sans doute peut-être de n’importe quel temps antique. Un artisan d’aujourd’hui h $ n’est plus un artisan. à Dans ce bel honneur de métier convergeaient tous les plus beaux, tous les plus nobles sentiments. Une dignité. Une fierté. Ne jamais rien demander à personne, disaient-ils. Voilà dans quelles idées nous avons été élevés. Car demander du travail, ce n’était pas demander. C’était le plus normalement du monde, le plus naturellement réclamer, pas même réclamer. C’était se mettre à sa place dans un atelier. C’était, dans une cité laborieuse, se mettre tranquillement à la place de travail qui vous attendait. Un ouvrier de ce temps-là ne savait pas ce que c’est que quémander. C’est la bourgeoïsie qui quémande. C’est la bourgeoisie É qui, les faisant bourgeois, leur a appris à quémander. Aujourd’hui dans cette insolence même et dans cette brutalité, dans cette sorte d’incohérence qu’ils appor- | tent à leurs revendications il est très facile de sentir « cette honte sourde, d’être forcés de demander, d’avoir été amenés, par l’événement de l’histoire économique, à quémander. Ah oui ils demandent quelque chose à quelqu’un, à présent. Ils demandent même tout à tout le monde. Exiger, c’est encore demander. C’est encore
Ces ouvriers ne servaient pas. Ils travaillaient. Ils avaient un honneur, absolu, comme c’est le propre d’un honneur. Il fallait qu’un bâton de chaise fût bien fait. C’était entendu. C’était un primat. Il ne fallait pas qu’il fat bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire, Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le patron ni pour
cahiers de la quinsai 8 TYPES les connaisseurs ni pour les clients du patron. n fallait 0 qu’il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, De Re dans son être même. Une tradition, venue, montée du ”
- plus profond de la race, une histoire, un absolu, un “0 _ bonneur voulait que ce bâton de chaise fût bien fait. CES Toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, était nee e exactement aussi parfaitement faite que ce qu’on voyait. C’est le principe même des cathédrales. 1422000 Et encore c’est moi qui en cherche si long, moi dégé- Fa néré. Pour eux, chez eux il n’y avait pas l’ombre d’une -… réflexion. Le travail était là. On travaillait bien. DE de Il ne s’agissait pas d’être vu ou pas vu. C’était l’être À même du travail qui devait être bien fait. : AUPIES Et un sentiment incroyablement profond de ce que 5 4 « nous nommons aujourd’hui l’honneur du sport, mais en nr à ce temps-là répandu partout. Non seulement l’idée de ee. faire rendre le mieux, mais l’idée, dans le mieux, dans | le bien, de faire rendre le plus. Non seulement à qui ferait le mieux, mais à qui en ferait le plus, c’était un 5 beau sport continuel, qui était de toutes les heures, dont 2 4 la vie même était pénétrée. Tissée. Un dégoût sans BE fond pour l’ouvrage mal fait. Un mépris plus que de se grand seigneur pour celui qui eût mal travaillé. Mais 5 l’idée ne leur en venait même pas. ; me Tous les honneurs convergeaient en cet honneur. Une ë décence, et une finesse de langage. Un respect du foyer. ne . Un sens du respect, de tous les respects, de l’être même = du respect. Une cérémonie pour ainsi dire constante. à D’ailleurs le foyer se confondait encore très souvent avec “a atelier et l’honneur du foyer et l’honneur de l’atelier S était le même honneur. C’était l’honneur du même lieu. ë C’était l’honneur du même feu. Qu’est-ce que tout cela 2 .
_ est devenu. Tout était un rythme et un rite et une céré- … _ monie depuis le petit lever. Tout était un événement; T3 sacré. Tout était une tradition, un enseignement, tout __ était légué, tout était la plus sainte habitude. Tout était ; une élévation, intérieure, et une prière, toute la journée,
_ jardin, la porte et la rue, la cour et le pas de porte, et
les assiettes sur la table.
Ils disaient en riant, et pour embêter les curés, que travailler c’est prier, et ils ne croyaient pas si bien dire.
Tant leur travail était une prière. Et l’atelier était un É
Tout était le long événement d’un beau rite. Ils eus-
s sent été bien surpris, ces ouvriers, et quel eût été, non : ge pas même leur dégoût, leur incrédulité, comme ils auraient cru que l’on blaguait, si on leur avait dit que j quelques années plus tard, dans les chantiers, les _ ouvriers, — les compagnons, — se proposeraient offciellement d’en faire le moins possible; et qu’ils considéreraient ça comme une grande victoire. Une telle idée ; pour eux, en supposant qu’ils la püussent concevoir, c’eût été porter une atteinte directe à eux-mêmes, à leur être, ç’aurait été douter de leur capacité, puisque g’aurait été supposer qu’ils ne rendraient pas tant qu’ils : pouvaient. C’est comme de supposer d’un soldat qu’il ne sera pas victorieux,
Eux aussi ils vivaient dans une victoire perpétuelle, mais quelle autre victoire. Quelle même et quelle autre. Une victoire de toutes les heures du jour dans tous les
… jours de la vie. Un honneur égal à n’importe quel
honneur militaire. Les sentiments mêmes de la garde de. Et par suite ou ensemble tous les beaux sentiments a adjoints ou connexes, tous les beaux sentiments dérivés - : et filiaux. Un respect des vieillards; des parents, de la parenté. Un admirable respect des enfants. Naturel- | lement un respect de la femme. (Etil faut bien le dire, puisque aujourd’hui c’est cela qui manque tant, un É respect de la femme par la femme elle-même). Un 4 respect de la famille, un respect du foyer. Et surtout un ue goût propre et un respect du respect même. Un respect Ké de l’outil, et de la main, ce suprême outil. — Je perds ma main à travailler, disaient les vieux. Et c’était la : fin des fins. L’idée qu’on aurait pu abimer ses outils À exprès ne leur eût pas même semblé le dernier des # sacrilèges. Elle ne leur eût pas même semblé la pire S des folies. Elle ne leur eût pas même semblé mons- € trueuse. Elle leur eût semblé la supposition la plus extravagante. C’eût été comme si on leur eût parlé de se couper la main. L’outil n’était qu’une main plus longue, ou plus dure, (des ongles d’acier), ou plus particulièrement affectée. Une maïin qu’on s’était faite exprès pour ceci ou pour cela. Un ouvrier abîmer un outil, pour eux, c’eût été, dans cette guerre, le conscrit qui se coupe le pouce. ; On ne gagnait rien, on vivait de rien, on était heu- ; reux. Il ne s’agit pas là-dessus de se livrer à des arithmétiques de sociologue. C’est ur fait, un des rares faits que nous connaissions, que nous ayons pu embrasser, un des rares faits dont nous puissions témoigner, un des rares faits qui soit incontestable. Notez qu’aujourd’hui au fond ça ne les amuse pas de ;
5 ne rien faire sur les chantiers. Ils aimeraient mieux travailler. Ils ne sont pas en vain de cette race laborieuse. Ils entendent cet appel de la race. La main qui démange, qui a envie de travailler. Le bras qui s’em- | bête, de ne rien faire. Le sang qui court dans les veines. La tête qui travaille et qui par une sorte de convoitise, anticipée, par une sorte de préemption, par une véritable anticipation s’empare d’avance de l’ouvrage fait. Comme leurs pères ils entendent ce sourd appel du à travail qui veut être fait. Et au fond ils se dégoûtent d’eux-mêmes, d’abîmer les outils. Mais voilà, des messieurs très bien, des savants, des bourgeois leur ont expliqué que c’était ça le socialisme, et que c’était ça la révolution.
Car on ne saurait trop le redire. Tout le mal est venu dela bourgeoisie. Toute l’aberration, tout le crime. C’est la bourgeoisie capitaliste qui a infecté le peuple. Et elle l’a précisément infecté d’esprit bourgeois et capitaliste.
Je dis expressément la bourgeoisie capitaliste et la grosse bourgeoisie. La bourgeoisie laborieuse au con-
« traire, la petite bourgeoisie est devenue la classe la plus malheureuse de toutes les classes sociales, la seule aujourd’hui qui travaille réellement, la seule qui par suite ait conservé intactes les vertus ouvrières, et pour sa récompense la seule enfin qui vive réellement dans la misère. Elle seule a tenu le coup, on se demande par quel miracle, elle seule tient encore le coup, et s’il y a quelque rétablissement, c’est que c’est elle qui aura conservé le statut.
Ainsi les ouvriers n’ont point conservé les vertus ouvrières; et c’est la petite bourgeoïsie qui les a
Ke La bourgeoisie capitaliste par contre a tout infec VE. | Elle s’est infectée elle-même et elle a infecté le peuple, de la même infection. Elle a infecté le peuple double Ée. ; ment; et en elle-même restant elle-même; et par les _ portions transfuges d’elle-même qu’elle a inoculées dans ‘4 Elle a infecté le peuple comme antagoniste ; et comme 5 Elle a infecté le peuple elle-même, en elle-même et : _ restant elle-même. Si la bourgeoisie était demeurée non ss pas tant peut-être ce qu’elle était que ce qu’elle avait FE à être et ce qu’elle pouvait être, l’arbitre économique de la valeur qui se vend, la classe ouvrière ne demandait Ée Le à qu’à demeurer ce qu’elle avait toujours été, la source pra à économique de la valeur qui se vend. 24 FREE On ne saurait trop le redire, c’est la bourgeoisie qui ; a commencé à saboter et tout le sabotage a pris naissance dans la bourgeoisie. C’est parce que la bour- 7: 0 geoisie s’est mise à traiter comme une valeur de bourse De 3 le travail de l’homme que le travailleur s’est mis, lui. D. aussi, à traiter comme une valeur de bourse son propre D travail. Cest parce que la bourgeoisie s’est mise à faire. RES | perpétuellement des coups de bourse sur le travail de < 4 l’homme que le travailleur, lui aussi, par imitation, par SE collusion et encontre, et on pourrait presque dire par. 71e entente, s’est mis à faire continuellement des coups de Al bourse sur son propre travail. C’est parce que la bour- … UE geoïsie s’est mise à exercer un chantage perpétuel sur a le travail de l’homme que nous vivons sous ce régime en” ; de coups de bourse et de chantage perpétuel que sont ë PAR notamment les grèves : Ainsi est disparue cette notion Le du juste prix, dont nos intellectuels bourgeois font | ie
A aujourd’hui des gorges chaudes, mais qui n’en a pas Le moins été le durable fondement de tout un monde. __ Car, et c’est ici la deuxième et la non moins redouFa, table infection : en même temps que la bourgeoisie _ introduisait et pratiquait en grand le sabotage pour son - | propre compte, en même temps elle introduisait dans le ce monde ouvrier les théoriciens patentés du sabotage. : _ En même temps qu’en face elle en donnait l’exemple et ; | le modèle, en même temps dedans elle en donnait l’ensei_ gnement. Le parti politique socialiste est entièrement composé de bourgeois intellectuels. Ce sont eux qui ont inventé le sabotage et la double désertion, la désertion
- du travail, la désertion de l’outil. Pour ne point parler ici _ de la désertion militaire, qui est un cas particulier de la _ — grande désertion, comme la gloire militaire était un cas
- particulier de la grande gloire. Ce sont eux qui ont fait … croire au peuple que c’était cela le socialisme et que c’était cela la révolution. Les partis syndicalistes socialistes ont pu croire plus ou moins sincèrement qu’ils opé- raient ou qu’ils constituaient par eux-mêmes une réaction 1 contre les partis politiques, contre le parti unifié; par un phénomène historique très fréquent, par une _ application nouvelle et une vérification nouvelle d’une très vieille loi des antagonismes cette réaction à une politique est elle-même politique, ce parti constitué est lui-même un nouveau parti politique, un autre parti politique, un antagoniste parti politique. Les partis syndicalistes sont eux-mêmes, eux autant, infestés, et infectés d’éléments politiques, les mêmes, d’autres intellectuels, des mêmes, d’autres bourgeois, des mêmes. k Ils ont pu croire plus ou moins sincèrement qu’ils | s’étaient débarrassés de l’ancien personnel politique
socialiste. Ils ne se sont pas débarrassés de l’ancien Me ES esprit politique socialiste, qui était éminemment un esprit bourgeois, nullement un esprit peuple. A première FA vue il peut sembler qu’il y a beaucoup plus de véri- LE tables ouvriers dans le personnel socialiste syndicaliste + | que dans le personnel politique socialiste, qui lui est SRE pour ainsi dire entièrement composé de bourgeoïs. à” voir, si on veut compter par les méthodes superficielles vel d’un recensement sociologique. Ce n’est vrai qu’en 4 apparence. En réalité ils sont encore infiltrés, et infectés, d’éléments intellectuels purs, purement bourgeois. 27 Et surtout le très grand nombre d’ouvriers qu’on y voit | ne sont pas réellement des ouvriers, ne procèdent pas ES réellement, directement du peuple, purement de l’ancien | peuple. Ce sont en réalité des ouvriers de deuxième Do zone, de la deuxième formation, des ouvriers embour- F | geoisés, (les pires des bourgeois), des ouvriers si je puis. dire endimanchés dans de la bourgeoisie, des intellectuels aux entournures, les pires des intellectuels, des K ouvriers avantageux, encore plus sots, s’il est possible, Ë que les bourgeois leurs modèles et que les intellectuels leurs maîtres, des malheureux non seulement pourris à d’orgueil mais entravés dans un orgueil gauche, embar- . bouillés dans des métaphysiques où alors ils ne comprennent plus rien du tout, des ouvriers avantageux, coupés de leur peuple, abtronqués de leur race, pour tout dire d’un mot des malheureux qui font le malin. On ne saurait trop le redire. Tout ce monde-là est jauressiste. C’est-à-dire qu’au fond tout ce monde-là est radical. C’est-à-dire bourgeois. Cest partout la même démagogie; et c’est partout la même viduité ; l’une por- ;
__ tant l’autre; l’autre reportant l’une. Cette pauvreté de : pensée, peut-être unique dans l’histoire du monde, ce F manque de cœur qui est en politique la marque propre : à du parti radical a dans un commun jauressisme gagné 3 tout le parti socialiste politique et de proche en proche $0 le parti syndicaliste. Tout ce monde-là est au fond du monde radical. Même indigence, même lamentable pauvreté de pensée. Même manque de cœur. Même manque de race. Même manque de peuple. Même manque de travail. Même manque d’outil. Partout les
- mêmes embarras gauches. Partout -les mêmes éloquences. Partout le même parlementarisme, les mêmes superstitions, les mêmes truquements parlementaires, 4 les mêmes basculements. Partout ce même orgueil creux, ces bras raides, ces doigts d’orateurs, ces mains qui ne savent pas manier l’outil. Partout ces mêmes embarras métaphysiques. Et ces têtes comme des noisettes. Ils ont pu donner une autre matière, un autre point d’application à leur radicalisme, ou faire semblant. Mais le mode même et l’être de leur radicalisme est le même. Même infécondité profonde et même même besoïn d’infécondité. Et ce même besoin profond de ne point être rassurés, sur les autres, sur eux-mêmes, tant qu’ils n’éprouvent pas ce bon sentiment d’infécondité. Ce désarroi perpétuel, cette anxiété, cette mortelle inquiétude, cette alerte perpétuelle, cette constante épouvante qu’il n’y ait, qu’il ne vienne quelque part de ne se fonde, qu’il ne naisse quelque vie, quelque race, Je ne veux point revenir ici sur ce nom de Jaurès. L’homme qui représente en France la politique impé-
| riale allemande est tombé au-dessous du mépris cu LS dé: Te _ puisse s’adresser le plus bas. Ce représentant en France + &. de la politique impérialiste allemande, capitaliste alle- Fa mande, et particulièrement coloniale allemande est. . : #8) | tombé dans un mépris universel. Ce traître par essence 2 14 | a pu trahir une première fois le socialisme au profit des Fa partis bourgeois. Il a pu trahir une deuxième fois 16°, “T2 dreyfusisme au profit de la raison d’État. Et à quels Met. autres profits. IL a pu trahir ces deux mystiques Se profit de ces deux politiques. Il a essayé de trahir une » ae troisième fois. Il a essayé de trahir la France même au Du profit de la politique allemande. Et de la politique allemande la plus bourgeoise. Il a ici rencontré une résis- FA | tance qui doit l’avertir de ce qui l’attend dans le honteux ne A . couronnement de sa carrière et que tant de turpitudes 1 ne trouveront peut-être pas toujours une égale réussite. A k dreyfusisme, il voulait le faire de la France aussi. Une +0 misérable loque. Mais il s’est trouvé que la France était Ro Je demande pardon au lecteur de prononcer ici le EN nom de M. Jaurès. C’est un nom qui est devenu si bas- € sement ordurier que quand on l’écrit pour l’envoyer £ Ne aux imprimeurs on a l’impression que l’on a peurde ci tomber sous le coup d’on ne saït quelles lois pénales. re L’homme qui a infecté de radicalisme et le socialismeet le dreyfusisme. Cette espèce de Mac-Mahon de l’élo- Fa quence parlementaire. L’homme qui a toujours capitulé Fi devant toutes les démagogies, Et non seulement qui a capitulé mais qui a toujours enguirlandé toutes : tr les capitulations des festonnements de ses airs de bravoure. Et non seulement qui a toujours capitulé in LEA
_ lui-même et pour lui-même, mais qui a toujours eu HA Pire 18 manie, maladive, la monomanie, de capituler non
- seulement pour toutes les causes qu’il représentait, plus
ou moins utilement, mais pour un tas de causes que -
- jamais personne n’avait pensé à lui confier, et dont il —_ avait la manie de se charger lui-même. Il a tellement le __ vicæ et le goût abject de la capitulation que non seulement il capitule chez lui et dans ses propres causes, & __ maïs il s’empare partout de n’importe quelles causes, uniquement pour les faire capituler. Ce tambour-major À
- de la capitulation. Cet homme qui n’a jamais été qu’un É radical, et même un radical opportuniste, un radical centre gauche, et qui a infecté de radicalisme précisé- ; ment tout ce qui était le contraire du radicalisme, tout : ce qui pouvait espérer échapper un peu au radicalisme. _ Ce que je veux dire aujourd’hui de M. Jaurès, c’est à * ceci seulement. Que peut-il y avoir de commun entre _ cet homme et le peuple, entre ce gros bourgeois parvenu, ventru, aux bras de poussah, et un homme qui travaille. En quoi est-il du peuple. En quoi sait-il un peu ce que c’est que le peuple, Qu’est-ce qu’il a de commun avec un ouvrier. Et n’est-ce pas la plus grande misère de ce temps, que ce soit un tel homme qui parle
- pour le peuple, qui parle dans le peuple, qui parle du Tout ce que je voulais dire aujourd’hui, c’est que ce ; grand mépris que l’on a universellement pour M. Jaurès empêche de voir que tout le monde, (je dis dans les partis politiques), fait du jauressisme, et ainsi du radicalisme. Le gouvernement en fait beaucoup moins, _ même quand il est radical, même quand c’est le même
- personnel, parce que le radicalisme est bon pour
cahiers de la quinzaine | HS : exploiter un pays, mais que tout le monde, et même les …— radicaux, le trouvent vraiment impossible pour le gou Re Sous cette réserve tout le monde fait du jauressisme et ainsi dedans tout le monde fait du radicalisme. Je ; dis tout le monde dans les partis politiques. Et même et peut-être surtout ceux qui se vantent le plus de n’en : pas faire, et de faire le contraire. Les unifiés en font, +4 mais les syndicalistes aussi en font, et autant, et le e même. En France tout le monde est radical. (Je ne dis à pas dans le gouvernement, je dis dans la politique). Le F9 peu qui ne sont pas radicaux sont cléricaux, et c’est la ” à même chose. ù C’est une grande misère que de voir des ouvriers CH écouter un Jaurès. Celui qui travaille écouter celui qui Pa ne fait rien. Celui qui a un outil dans la main écouter 4 celui qui n’a dans la main qu’une forêt de poils. Celui ; qui sait enfin écouter celui qui ne sait pas, et croire 4 que c’est l’autre qui sait. Si À présent que l’on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas : Je dis : Nous avons connu un peuple que l’on î À ne reverra jamais. Je ne dis pas : On ne verra jamais | de peuple. Je ne dis pas : La race est perdue. Je ne dis x pas : Le peuple est perdu. Je dis : Nous avons connu 1 un peuple que l’on ne reverra jamais. À On en verra d’autres. Depuis plusieurs années des | symptômes se multiplient qui laissent entrevoir un avenir meilleur. Aujourd’hui est meilleur qu’hier, demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Le bon sens de ce peuple n’est peut-être point tari pour toujours. Les vertus uniques de la race se retrouveront peut-être. ‘# Elles se retrouveront sans doute. Il faut seulement
- savoir que nous passons, mettons que nous venons de À Ë passer par la plus mauvaise crise par laquelle ce peuple ait jamais eu à passer. Et en outre par une crise entiè- rement nouvelle. Et en outre par une crise dont on ne : pouvait avoir aucune idée. Il ne faut pas dire : Cette k race en a vu bien d’autres, elle verra bien encore celle- , là, comme dans la chanson : J’en ai oublié bien d’autres, J’oublierai bien celui-là. Il faut dire : Cette race en a vu beaucoup d’autres. Elle pareille. Elle passera bien celui-là. Aussi. En plus. Elle a dans les veines le plus beau sang charnel. Et elle a des patrons comme il n’y en a pas dans le monde. d’autres statuts. Il y a une sagesse avertie, une sagesse . vaccinée, une sagesse sérieuse, une sagesse sévère, une sagesse après. Mais comment ne pas regretter la sagesse d’avant, comment ne pas donner un dernier souvenir à cette innocence que nous ne reverrons plus. On ne peut se représenter quelle était alors la santé de cette race. Et surtout cette bonne humeur, générale, constante, ce climat de bonne humeur. Et ce bonheur, ce climat de bonheur. Évidemment on ne vivait point encore dans l’égalité. On n’y pensait même pas, à l’égalité, j’entends à une égalité sociale. Une inégalité commune, communément acceptée, une inégalité géné- rale, un ordre, une hiérarchie qui paraissait naturelle ne faisaient qu’étager les différents niveaux d’un commun bonheur. On ne parle aujourd’hui que de l’égalité. Et nous vivons dans la plus monstrueuse
| inégalité économique que l’on ait jamais vue dans * histoire du monde, On vivait alors. On avait des. Bree _ enfants. Ils n’avaient aucunement cette impression que M nous avons d’être au bagne. Ils n’avaient pas comme 2128 _ nous cette impression d’un étranglement économique, FE ; d’un collier de fer qui tient à la gorge et qui se serre : tous les jours d’un cran. Ils n’avaient point inventé 3 cet admirable mécanisme de la grève moderne à jet continu, qui fait toujours monter les salaires d’un tiers, +74 et le prix de la vie d’une bonne moitié, et la misère, DER De tout ce peuple les meilleurs étaient peut-être En dr encore ces bons citoyens qu’étaient nos instituteurs. 1 5 he: est vrai que ce n’était point pour nous des instituteurs, 5 ou à peine. C’étaient des maîtres d’école. C’était le 52 temps où les contributions étaient encore des impôts. J’essaierai de rendre un jour si je le puis ce que c’était 2.08 ; alors que le personnel de l’enseignement primaire. F0 C’était le civisme même, le dévouement sans mesure à … M : l’intérêt commun. Notre jeune École Normale était le … foyer de la vie laïque, de l’invention laïque dans tout le 2 25% département, et même j’ai comme une idée qu’elle était ER un modèle et en cela et en tout pour les autres départe- . Lies ments, au moins pour les départements limitrophes: A Sous la direction de notre directeur particulier, le direc- 2 teur de l’école annexe, de jeunes maîtres de l’école nor- Fes BA mare venaient chaque semaine nous faire l’école. Parlons a Pre bien: ils venaient nous faire la classe. Ils étaient comme : De les jeunes Bara de la République. Ils étaient toujours
Se prêts à crier Vive la République! — Vive la nation, _ on sentait qu’ils l’eussent crié jusque sous le sabre nn prussien. Car l’ennemi, pour nous, confusément tout _ lennemi, l’esprit du mal, c’était les Prussiens. Ce n’était
- déjà pas si bête. Ni si éloigné de la vérité. C’était en
- C’est en 1913. Trente-trois ans. Et nous y sommes Nos jeunes maîtres étaient beaux comme des hussards noirs. Sveltes; sévères; sanglés. Sérieux, et un peu , tremblants de leur précoce, de leur soudaine omnipotence. Un long pantalon noir, mais, je pense, avec un liséré violet. Le violet n’est pas seulement la couleur des évêques, il est aussi la couleur de l’enseignement primaire. Un gilet noir. Une longue redingote noire, bien droite, bien tombante, mais deux croisements de É palmes violettes aux revers. Une casquette plate, noire, mais un recroisement de palmes violettes au-dessus du ._ … front. Cet uniforme civil était une sorte d’uniforme militaire encore plus sévère, encore plus militaire, étant un uniforme civique. Quelque chose, je pense, comme : le fameux cadre noir de Saumur. Rien n’est beau _ comme un bel uniforme noir parmi les uniformes militaires. C’est la ligne elle-même. Et la sévérité. Porté par ces gamins qui étaient vraiment les enfants de la République. Par ces jeunes hussards de la République. Par ces nourrissons de la République. Par ces hussards noirs de la sévérité. Je crois avoir dit qu’ils étaient très vieux. Ils avaient au moins quinze ans. Toutes les semaines il en remontait un de l’École Normale vers 4 l’École Annexe; et c’était toujours un nouveau; et ainsi cette École Normale semblait un régiment inépuisable. Elle était comme un immense dépôt, gouvernemental,
cahiers de la quinzaine SAR République était chargé de nous fournir tant de jeunesse “Æ et tant d’enseignement. L’État était chargé de nous ER fournir tant de sérieux. Cette École Normale faisait un réservoir inépuisable. C’était une grande question, ; parmi les bonnes femmes du faubourg, de savoir si c’était bon pour les enfants, de changer comme ça de : maître tous les lundis matins. Mais les partisans répon- +3 daient qu’on avait toujours le même maître, qui était le directeur de l’École annexe, qui lui ne changeaït pas, et s que cette maison-là, puisque c’était l’École Normale, était certainement ce qu’il y avait de plus savant dans le département du Loiret et par suite, sans doute, en France. Et dans tous les autres départements. Et il y DE eut cette fois que le préfet vint visiter l’école. Mais ceci m’entraînerait dans des confidences. J’appris alors, k (comme j’eusse appris un autre morceau de l’histoire de France), qu’il ne fallait pas l’appeler monsieur tout court, mais monsieur le préfet. D’ailleurs, je dois le dire, il fut très content de nous. Il s’appelait Joli ou Joly. Nous trouvions très naturel, (et même, entre nous, un peu nécessaire, un peu séant), qu’un préfet eût un nom aussi gracieux. Je ne serais pas surpris que ce fût le même qui encore aujourd’hui, toujours servi par ce nom gracieux, mais l’ayant légèrement renforcé, sous le nom de M. de Joly ou de Joli préside aujourd’hui à Nice (ou présidait récemment) aux destinées des Alpes Maritimes et reçoit ou recevait beaucoup de souverains. Et > les premiers vers que j’aie entendus de ma vie et dont on m”ait dit : On appelle ça des vers, c’était les Soldats de l’an II : 6 soldats de l’an deux, 6 guerres, épopées. On voit que ça m’a servi. Jusque là je croyais que ça
s’appelait des fables. Et le premier livre que j’aie reçu en Prix, aux vacances de Pâques, c’étaient précisément les fables de la Fontaine. Mais ceci m’entrainerait dans
_ des sentimentalités.
_ Je voudrais dire quelque jour, et je voudrais être capable de le dire dignement, dans quelle amitié, dans quel beau climat d’honneur et de fidélité vivait
alors ce noble enseignement primaire. Je voudrais faire un portrait de tous mes maîtres. Tous m’ont suivi, tous me sont restés obstinément fidèles dans toutes les pauvretés de ma difficile carrière, Ils n’étaient point comme nos beaux maîtres de Sorbonne. Ils ne croyaient point que, parce qu’un homme a été votre élève, on est ;
. l’étrangler. Et de l’envier bassement. Ils ne croyaient point que le beau nom d’élève fût un titre suffisant pour tant de vilenie. Et pour venir en butte à tant de basse haïine. Au contraire ils croyaient, et si je puis dire ils pratiquaient que d’être maître et élèves, cela constitue une liaison sacrée, fort apparentée à cette liaison qui de la filiale devient la paternelle. Suivant le beau mot de Lapicque ils pensaient que l’on n’a pas seulement des devoirs envers ses maîtres mais que l’on en a aussi et peut-être surtout envers ses élèves. Car enfin ses élèves, on les a faits. Et c’est assez grave. Ces jeunes gens qui venaient chaque semaine et que nous appelions officiellement des élèves-maîtres, parce qu’ils apprenaient à devenir des maîtres, étaient nos aînés et nos frères. Là j’ai connu, je dis comme élève-maître, cet homme d’un si grand cœur et de tant de bonté qui fit depuis une si belle et si sérieuse carrière scientifique, Charles Gravier, et qui est je pense aujourd’hui assistant de malacologie
au Muséum. Et qui devrait être plus. Là j’ai connu, ae dans le personnel même de l’École Normale l’économe, M. Lecompte, le type même de ce que tout ce monde Le avait de sérieux, de sévère, de ponctuel, de juste, de ” probe, et en même temps de ponctuel et de délicat; x et en même temps de bienveillant et d’ami et dé sévée rement affectueux ; et en même temps de silencieux et | de modeste et de bien à sa place. En lui se résumait “4 tout l’ordre de cette. belle société. We
Ces fonctionnaires, ces instituteurs, cet économe ne 2 s’étaient aucunement ni retranchés ni sortis du peuple: ke Du monde ouvrier et paysan. Ni ils ne boudaïent aucu= nement le peuple. Ni ils n’entendaient aucunement le gouverner. À peine le conduire. Il faut dire qu’ils enten- : daïent le former. Îls en avaient le droit, car ils en BA étaient dignes. Ils n’y ont point réussi, et ce fut un à grand malheur pour tout le monde. Mais s’ils n’y ont ë point réussi, je ne vois pas qui pourrait s’en féliciter. Et ë. qui, à leur place, y a jamais réussi. Et s’ils n’ont pas À : réussi, c’est que certainement c’était impossible,
Sortis du peuple, mais dans l’autre sens de sortir, fils | d’ouvriers, mais surtout de paysans et de pelits pro | priétaires, souvent petits propriétaires eux-mêmes, de quelque lopin de terre quelque part. dans le départe- 2 ment, ils restaient le même peuple, nullement endimanché | je vous prie de le croire, seulement un peu plus aligné, | un peu plus rangé, un peu ordonné dans ces beaux | jardins de maisons d’école. ee
Avant tout ils ne faisaient pas les malins. Ils étaient juste à leur place dans une société bien faite. Ils savaient jusqu’où ils iraient, et aussi ils y parvenaient è
Fe _ C’était en 1880. C’était donc dans toute la fureur et < AD 1 gloire de l’invention de la laïcisation. Nous ne nous en apercevions pas. Nous étions pourtant bien placés 2
- pour nous en apercevoir. Non seulement les écoles : _ normales, nouvellement créées, je pense, non seulement ÿ les jeunes écoles normales étaient le cœur et le foyer de Ja jeune laïcisation, mais notre École Normale d’Orléans : _ était une pure entre les pures. Elle était une des têtes __ et un des cœurs de la laïcisation. M. Naudy personnel fe _ lement était un grand laïcisateur. Heureuse enfance. . Heureuse innocence. Bénédiction sur une bonne race. À _ Tout nous était bon. Tout nous réussissait. Nous pe prenions de toutes mains et c’étaient toujours de saines
- nourritures. Nous allions au catéchisme, le jeudi je _ pense, pour ne pas déranger les heures de classe. Le
- catéchisme était fort loin de là, en ville, dans notre antique paroisse de Saint-Aignan. Tout le monde n’a pas une paroisse comme Ça. Il fallait remonter la moitié du faubourg jusqu’à la porte Bourgogne, descendre la moitié de la rue Bourgogne, tourner cette rue à gauche qui se nommait je crois la rue de l”Oriflamme et traverser le cloître froid comme une cave sous ses marronniers lourds. Nos jeunes vicaires __ nous disaient exactement le contraire de ce que nous disaient nos jeunes élèves-maîtres, (ou nos jeunes sous-maîtres, comme on les nommait aussi, mais c’était une appellation peut-être un peu moins exacte, _ et surtout un peu moins élégante). (Un peu moins noble). Nous ne nous en apercevions pas. La
cahiers de la quinzaine Re |
République et l’Église nous distribuaient des enseigne que ce fussent des enseignements. Il y a dans l’en- - seignement et dans l’enfance quelque chose de si rs sacré, il y a dans cette première ouverture des yeux de : l’enfant sur le monde, il y a dans ce premier regard Ÿ quelque chose de si religieux que ces deux enseignes :n ments se liaient dans nos cœurs et que nous savons Me bien qu’ils y resteront éternellement liés. Nous aimions = à l’Église et la République ensemble, et nous les aimiors “4 d’un même cœur, et c’était d’un cœur d’enfant, et pour 0 nous c’était le vaste monde, et nos deux amours, la gloire et la foi, et pour nous c’était le nouveau monde. 6 Et à présent. A présent évidemment nous ne les aimons pas sur le même plan, puisqu’on nous a appris À qu’il y a des plans. L’Église a notre foi, et tout ce qui { à lui revient. Mais Dieu seul sait combien nous sommes restés engagés d’honneur et de cœur dans cette ©: République, et combien nous sommes résolus à y rester 4 engagés, parce qu’elle fut une des deux puretés de x notre enfance.
Nous étions des petits garçons sérieux de cette ville sérieuse, innocents et au fond déjà soucieux. Nous prenions au sérieux tout ce que l’on nous disait, et ce que nous disaient nos maîtres laïques, et ce que nous disaient nos maîtres catholiques. Nous prenions tout au
pied de la. lettre. Nous croyions entièrement, et également, et de la même créance, à tout ce qu’il y avait dans la grammaire et à tout ce qu’il y avait dans le … catéchisme. Nous apprenions la grammaire et également et pareïllement nous apprenions le catéchisme. Nous savions la grammaire et également et pareïllement nous
| savions le catéchisme. Nous n’avons oublié ni lun: ni k l’autre. Mais il faut en venir ici à un phénomène beau- m4) coup moins simple. Je veux parler de ce qui s’est passé ? en nous pour ces deux métaphysiques, puisqu’il est entendu qu’il faut bien qu’il y ait une métaphysique dessous tout. Je l’ai assez dit, du temps que j’étais | . Nous venons ici à une difficulté extrême, à un point ; de difficulté. C’est le moment de ne point esquiver les difficultés, surtout celle-ci qui est importante. C’est le : moment aussi de prendre ses responsabilités. . Tout le monde a une métaphysique. Patente, latente. Je l’ai assez dit. Ou alors on n’existe pas. Et même ceux ; qui n’existent pas ont tout de même, ont également une métaphysique. Nos maîtres n’en étaient pas là. Nos maîtres existaient. Et vivement. Nos maîtres avaient
- une métaphysique. Et pourquoi le taire. Ils ne s’en _ taisaient pas. Ils ne s’en sont jamais tus. La métaphysique de nos maîtres, c’était la métaphysique scolaire, < d’abord. Mais c’était ensuite, c’était surtout la métaphysique de la science, c’était la métaphysique ou du moins une métaphysique matérialiste, (ces êtres pleins d’âme avaient une métaphysique matérialiste, mais c’est toujours comme ça), (et en même temps idéaliste, profondément moraliste et si l’on veut kantienne), c’était une métaphysique positiviste, c’étäit la célèbre métaphysique du progrès. La métaphysique des curés, : mon Dieu, c’était précisément la théologie et ainsi la métaphysique qu’il y a dans le catéchisme. Nos maîtres et nos curés, ce serait un assez bon titre pour un roman. Nos maîtres laïques avaient un certain enseignement, une certaine métaphysique. Nos maîtres
| Curés avaient, donnaient un enseignement diamié ralement contraire, une métaphysique diamétralement p” ss contraire. Nous ne nous en apercevions pas, je nai pas besoin de le dire et aussi bien ce n’est pas cela que je veux dire. Ce que je veux dire est plus grave. SE Je l’ai dit, nous croyions intégralement tout ce que Jon nous disait. Nous étions des petits bonshoïnmes : sérieux et certainement graves. J’avais entre tous et au plus haut degré cette maladie. Je ne m’en suis jamais guéri. Aujourd’hui même je crois encore tout ce q’on me dit. Et je sens bien que je ne changerai jamais. : D’abord on ne change jamais. J’ai toujours tout pris au Sérieux. Cela m’a mené loin. Nous croyions donc inté- “2 1e gralement aux enseignements de nos maîtres, et égale « (ee 2 ment intégralement aux enseignements de nos étirés: VAS Nous absorbions intégralement les ou la métaphysique - de nos maitres, et également intégralement la métaphy- £ 5 es sique de nos curés. Aujourd’hui je puis dire sans offenser 2 “personne que la métaphysique de nos maîtres n’a plus LOR pour nous et pour personne aucune espèce d’existence 205 et la métaphysique des curés a pris possession de nos FES 4 êtres à une profondeur que les curés eux-mêmes se FRE , seraient bien gardés de soupçonner. Nous ne croyons … Sac” plus un mot de ce qu’enseignaient, des métaphysiques RE qu’enseignaient nos maîtres. Et nous croyons intégrale- se ment ce qu’il y a dans le catéchisme et c’est devenu et c’est resté notre chair, Mais ce n’est pas encore cela. Et que je veux dire. Fe ‘ÉEE Nous ne croyons plus un mot de ce que nous ensé gnaïent nos maîtres laïques, et toute la métaphysique qui était dessous eux est pour nous moins qu’une cendre ù 74 vaine. Nous ne croyons pas seulement, nous sommes SNA
“ES | iñtégralément nouvris de cé qué nous enseignaient les
laïques ont gardé tout notre cœur et ils ont notre
3 _ entière confidence. Et malheureusement nous ne pouvons ; _ pas dire que nos vieux curés aient absolument tout notre
- Cœur ni qu’ils aient jamais eu notre confidence. ;
.. y a ici un problème et je dirai même un mystère a) éxtrémèement grave. Ne nous le dissimulons pas. C’est ë
…_ lé problème même de la déchristianisation de la France. CNE
= On me pardonnera cette expression ün peu solennelle.
Et ce mot si lourd. C’est que l’événement que je veux s exprimer, que je veux désigner, est peut-être lui-même A assez solennel. Et un peu lourd. Il ne s’agit pas ici de nier; hi de se masquer les difficultés. Il ne s’agit pas de fermer les yeux. Que ceux qui ont la confession n’aient
| certainement pas la confidence, ce n’est point une
éxplication, c’est un fait, et le centre mème de la
Je ne crois pas que cela tienne au caractère même du
_ prêtré. Je me rends très bien compte que depuis quel-
ques années je me lie de plus en plus avec de jeunes prêtres qui viennent me voir aux cahiers deux où trois r
fois par an. Je n’y éprouve aucune gêne, aucun empé-
- chement. Ces commencements de liaison se font en ; toute ouverture de cœur, en toute simplicité, en toute
- ouverture de langage. Vraiment sans aucun sentiment de défense, Comment se fait-il que nous n’ayons jamais eu, même avec nos vieux curés, même avec Ceux que nous aimions le plus, même avec ceux que nous aimions
L filialément, qu’une liaison un peu réticente et un certain sentiment de défense. C’est Ià un dé ces secrets dù cœur où l’on trouverait les explications les plüs pro-
cahiers de la quinzaine ACTUS fondes. Nous ne croyons plus un mot de ce que disaient dE nos vieux maîtres; et nos maîtres ont gardé tout notre NN cœur, un maintien, une ouverture entière de confidence. 10) Nous croyons entièrement ce que disaient nos vieux curés, (je n’ose pas dire plus qu’ils ne le croyaient eux- | 4 mêmes, parce qu’il ne faut jamais dire ce que l’on % Ex pense), et nos vieux curés ont certainement eu notre. F) 5. cœur; c’étaient de si braves gens, si bons, si dévoués, :X mais ils n’ont jamais eu de nous cette sorte propre 20% d’entière ouverture de confidence que nous donnions de plano et si libéralement à nos maîtres laïques. Et ë que nous leur avons gardée toute. 1 Ce n’est point ici le lieu d’approfondir ce secret. Il y Re. faudrait un dialogue, et même plusieurs, et je ne dis TÈ pas que je ne les écrirai pas. C’est le problème même 24 de la déchristianisation temporaire de la France. Il faut 4 qu’il y ait une raison pour que, dans le pays de saint SR Louis et de Jeanne d’Arc, dans la ville de sainte Gene- 23 viève, quand on se met à parler du christianisme, tout “3 le monde comprenne qu’il s’agit de Mac-Mahon, et 4 quand on se prépare à parler de l’ordre chrétien pour * que tout le monde comprenne qu’il s’agit du Seize-Mai. 24 Nos maîtres étaient essentiellement et profondément des hommes de l’ancienne France. Un homme ne se détermine point par ce qu’il fait et encore moins par ce qu’il dit. Mais au plus profond un être se détermine uniquement par ce qu’il est. Qu’importe pour ce que je veux dire que nos maîtres aient eu en effet une méta- L physique qui visait à détruire l’ancienne France. Nos
_ maîtres étaient nés dans cette maison qu’ils voulaient démolir. Ils étaient les droits fils de la maison. Ils étaient de la race, et tout est là. Nous savons très bien que ce n’est pas leur métaphysique qui a mis l’ancienne maison par terre. Une maison ne périt jamais que du dedans. Ce sont les défenseurs du trône et de l’autel qui ont mis le trône par terre, et, autant qu’ils l’ont pu, l’autel.
C’est une des confusions les plus fréquentes, (et je ne veux pas dire les plus primaires), que de confondre précisément l’homme, l’être de l’homme avec ces mal- ; heureux personnages que nous jouons. Dans ce fatras et dans cette hâte de la vie moderne on n’examine rien; il suffit qu’un quiconque fasse quoi que ce soit, (ou même fasse semblant), pour qu’on dise, (et même pour qu’on croie), que c’est là son être. Nulle erreur de compte n’est peut-être aussi fausse et peut-être aussi grave. Par conséquent nulle erreur n’est aussi communément répandue. Un homme est de son extraction, un homme est de ce qu’il est. Il n’est pas de ce qu’il fait : pour les autres, pour les successeurs. Ce seront peut- être les autres, ce seront peut-être les successeurs qui seront de cela. Mais lui ne l’est pas.
Le père n’est pas de lui-même, il est de son extractior; et ce sont ses enfants peut-être qui seront de
Les hommes de la Révolution française étaient des hommes d’ancien régime. Ils jouaient la Révolution française. Mais ils étaient d’ancien régime. Et c’est à peine encore si les hommes de 48 ou nous nous sommes de la Révolution française, c’est-à-dire de ce qu’ils voulaient faire de la Révolution française. Et même il n’y
cahiers de la quinzaine en aura peut-être jamais. Ainsi nos bons maîtres laïques __ introduisaient, jouaient des métaphysiques nouvelles. Fe Mais ils éfaient des hommes de l’ancienne France. Par contre et pareillement, par une situation contraire e Re à et parfaitement analogue tous ces grands tenanciers de 2360 l’ancien régime parmi nous sont comme tout le monde. Is sont essentiellement des hommes modernes et géné- ralement modernistes. Ils ne sont aucunement, et. 34% : encore moins que d’autres, des hommes de l’ancienne MA x France. Ils sont réactionnaires, mais ils sont infini- 54) ment moins conservateurs que nous. Ils ne démolissent pas la République, mais ils s’emploient tant qu’ils peu- RU. vent à démolir le respect, qui était le fondement même É e de l’ancien régime. On peut dire littéralement que ces M partisans de l’ancien régime n’ont qu’une idée, qui est F T4 de ruiner tout ce que nous avons gardé de beau et de: “124 _ sain de l’ancien régime, et qui est encore si considé. rable. Ils font figure de ligueurs, ils se sont fait une Fe - mentalité de ligueurs, oubliant que {a ligue n’était sans 15 doute point une institution de la royauté, mais qu’elle . De, en était une maladie au contraire, et l’annonce et Le. Yamorce des temps futurs, le commencement de l’in NM et du suffrage et d’on ne sait déjà quelle démocratie 204 C’est toujours la même histoire, et le même glisse- 51 ment, et le même report, et le même décalage, Parce Res que c’est toujours la même hâte, et le même superficiel, SE - et le même manque de travail, et le même mangue É d’attention. On ne regarde pas, on ne fait pas attention 155 à ce que les gens font, à ce qu’ils sont, ni même à ce DS qu’ils disent. On fait attention à ce qu’ils disent qu’ils. ES
_ font, à ce qu’ils disent qu’ils sont, à ce qu’ils disent $ va qu’ils disent. C’est une maldonne tout à fait analogue Se À celle qui se produit constamment dans la célèbre ; k _ grande renaissante querelle des romantiques et des classiques. Et des anciens et des modernes. Pourvu ; | qu’un homme parle de la matière classique et pour peu qu’il se déclare partisan du classique, aussitôt ilestentendu que c’est un classique. On ne fait pas attention 5 qu’il pense comme un fanatique, sans ordre, et qu’il écrit comme un énergumène, et comme un frénétique, sans À ordre et sans raison, et qu’il parle du classique en . romantique, et qu’il défend et qu’il prêche le classique en romantique, et qu’il est donc un romantique, un être _ romantique. Et nous, qui ne faisons pas tant de foin, MAL c’est nous qui sommes classique. Et les théoriciens de la clarté font les livres troubles, É _ Pareïllement, et encore, dès qu’un auteur travaille k dans la matière chrétienne nous le faisons chrétien; écrivitil dans un profond désordre, nous en faisons le … restaurateur de l’ordre ; et sa mécanique de scène fûtelle exactement celle de Marie Tudor et d’Angrelo, (1) et celle de Lucrèce Borgia, nous ne voulons pas voir qu’au théâtre il est un romantique. Et un forcené. Nos vieux maîtres n’étaient pas seulement des hommes de l’ancienne France, Ils nous enseignaïent, au fond, la morale même et l’être de l’ancienne France. Je vais bien les étonner : ils nous enseignaient la même 4 (1) Tyran de Padoue.
cahiers de la quinzaine chose que les curés. Et les curés nous enseignaientla | “; même chose qu’eux. Toutes leurs contrariétés métaphy- Fr siques n’étaient rien en comparaison de cette commu- FA _nauté profonde qu’ils étaient de la même race, du 50 __ même temps, de la même France, du même régime. De Ft la même discipline. Du même monde. Ce que les curés disaient, au fond les instituteurs le disaient aussi. Ce que les instituteurs disaient, au fond les curés le disaient » + 2
- aussi. Car les uns et les autres ensembleils disaient. : Les uns et les autres et avec eux nos parents et dès = avant eux nos parents ils nous disaient, ils nous ensei- Fes gnaient cette stupide morale, qui a fait la France, qui ne aujourd’hui encore l’empêche de se défaire. Cette stu- 1: pide morale à laquelle nous avons tant cru. A laquelle, 240 sots que nous sommes, et peu scientifiques, malgré. 5e tous les démentis du fait, à laquelle nous nous raccro- ë 7 chons désespérément dans le secret de nos cœurs. Cette Ke pensée fixe de notre solitude, c’est d’eux tous que nous 3 la tenons. Tous les trois ils nous enseignaient cette 40 morale, ils nous disaient que un homme qui travaille . 538 bien et qui a de la conduite est toujours sûr de ne È et manquer de rien. Ce qu’il y a de plus fort c’est qu’ils le … #4 croyaient. Et ce qu’il y a de plus fort, c’est que c’était : 8 ‘4 Les uns paternellement, et maternellement; les autres 24 scolairement, intellectuellement, laïquement; les autres ne dévotement, pieusement; tous doctement, tous pater- de nellement, tous avec beaucoup de cœur ils enseignaient, ils croyaient, ils constataient cette morale stupide : pee: (notre seul recours; notre secret ressort) : qu’un homme + qui travaille tant qu’il peut, et qui n’a aucun grand Fe 14 vice, qui n’est ni joueur, ni ivrogne, est toujours sûr de À
PET né jamais manquer de rien et comme disait ma mère ; qu’il aura toujours du pain pour ses vieux jours. Ils croyaient cela tous, d’une croyance antique et enracinée, d’une créance indéracinable, indéracinée, que . l’homme raisonnable et plein de conduite, que le labo- : rieux était parfaitement assuré de ne jamais mourir de faim. Et même qu’il était assuré de pouvoir toujours . nourrir sa famille. Qu’il trouverait toujours du travail et qu’il gagnerait toujours sa vie. Tout cet ancien monde était essentiellement le monde de gagner sa vie. À Pour parler plus précisément ïils croyaient que homme qui se cantonne dans la pauvreté et qui a, même moyennement, les vertus de la pauvreté, y trouve une petite sécurité totale. Ou pour parler plus profondément ils croyaient que le pain quotidien est assuré, par des moyens purement temporels, par le jeu même des balancements économiques, à tout homme qui ayant les vertus de la pauvreté consent, (comme d’ailleurs on le doit), à se borner dans la pauvreté. (Ce qui d’ailleurs pour eux était en même temps et en cela même non pas seulement le plus grand bonheur, mais le seul bonheur même que l’on pût imaginer). (Bien se loger dans une petite maison de pauvreté). 2 une croyance aussi stupide, (notre profond secret, notre dernière et notre secrète règle, notre règle de vie secrè- tement caressée); on se demande où a pu naître, comment a pu naître une opinion aussi déraisonnable, un jugement sur la vie aussi pleinement indéfendable. Que l’on ne cherche pas. Cette morale n’était pas stupide. Elle était juste alors. Et même elle était la seule
juste, Cette croyance n’était pas absurde, Elle était
_ fondée en fait. Et même elle était la seule fondée en fait. Cette opinion n’était point déraisonnable, ce juge- “20 ment n’était point indéfendable. Il procédait au contraire
_ de la réalité la plus profonde de ce temps-là. 10
_ On se demande souvent d’où est née, comment est Le a
_ née cetie yieille morale classique, cette vieille morale traditionnelle, cette vieille morale du labeur et de la 4 sécurité dans le salaire, de la sécurité dans la récom- ne pense, pourvu que l’on se bornât dans les limites de la pauvreté, et par suite et enfin de la sécurité dans le ee “
. bonheur. Mais c’est précisément ce qu’ils voyaient; tous les jours. Nous, c’est ce que nous ne voyons jamais, et nous nous disons : Où avaient-ils inventé ça. -
Et nous croyons, (parce que c’étaient des maîtres … d’école, et des curés, c’est-à-dire en un certain sens CS encore des maîtres d’école), nous croyons que c’était + É une invention, scolaire, intellectuelle. Nullement. Non. “4 C’était cela au contraire qui était la réalité, même, Nous avons connu un temps, nous avons touché un Re temps où c’était cela qui était la réalité. Cette morale, ES à cette vue sur le monde, cette vue du monde avait au Ç Fe: à contraire tous les sacrements scientifiques. C’était elle ee: qui était d’usage, d’expérience, pratique, empirique, F5 expérimentale, de fait constamment accompli. C’était NN elle qui savait. C’était elle qui avait vu. Et c’est peut- à À # être là la différence la plus profonde, l’abîme qu’il y ait - —$ eu entre tout ce grand monde antique, païen, chrétien, fe ne. français, et notre monde moderne, coupés comme je ‘000 l’ai dit, à la date que j’ai dit. Et ici nous recoupons une à 4 fois de plus cette ancienne proposition de nous que le ÿ 12 monde moderne, lui seul et de son côté, se contrarie ne
4 d’un seul coup à tous les autres mondes, à tous les Se anciens mondes ensemble en bloc et de leur côté. Nous re avons connu, nous avons touché un monde, (enfants nous en avons participé), où un homme qui se bornait 8 …_ dans la pauvreté était au moins garanti dans la pau- 7 k yreté. C’était une sorte de contrat sourd entre l’homme et le sort, et à ce contrat le sort n’avait jamais manqué avant l’inauguration des temps modernes. Il était ; entendu que celui qui faisait de la fantaisie, de l’arbitraire, que celui qui introduisait un jeu, que celui qui voulait s’évader de la pauvreté risquait tout. Puisqu’il introduisait le jeu, il pouvait perdre. Mais celui qui ne . jouait pas ne pouvait pas perdre. Ils ne pouvaient pas soupçonner qu’un temps venait, et qu’il était déjà là, et c’est précisément le temps moderne, où celui qui ne jouerait pas perdrait tout le temps, et encore plus sûrement que celui qui joue. é _ | Ils ne pouvaient pas prévoir qu’un tel temps venait, . qu’il était là, que déjà il surplombait. Ils ne pouvaient pas même supposer qu’il y eût jamais, qu’il dût y avoir un tel temps. Dans leur système, qui était le système ù même de la réalité, celui qui bravyait risquait évidem- | ment tout, mais celui qui ne bravait pas ne risquait absolument rien. Celui qui tentait, celui qui voulait s’évader de la pauvreté, celui qui jouait de s’évader de la pauvreté risquait évidemment de retomber dans les plus extrêmes misères. Mais celui qui ne jouait pas, celui qui se bornaïit dans la pauvreté, ne jouant, n’introduisant aucun risque, ne courait non plus aucun risque de tomber dans aucune misère. L’acceptation de la pauvreté décernait une sorte de brevet, instituait une sorte de contrat. L’homme qui résolument se bornait
cahiers de la quinzaine Hole ENT d: 4 dans la pauvreté n’était jamais traqué dans la pauvreté. 36 _ C’était un réduit. C’était un asile. Et il était sacré. Nos De maîtres ne prévoyaient pas, et comment eussentils NN soupçonné, comment eussent-ils imaginé ce purgatoire, Æ “4 pour ne pas dire cet enfer du monde moderne où celui ‘FR qui ne joue pas perd, et perd toujours, où celui qui se. -2 _ borne dans la pauvreté est incessamment poursuivi a 3 dans la retraite même de cette pauvreté. D. Nos maîtres, nos anciens ne pouvaient prévoir, ne “2 . pouvaient imaginer cette mécanique, cet automatisme er - économique du monde moderne où tous nous nous sen- de. à tons d’année en année plus étranglés par le même ee carcan de fer qui nous serre plus fort au cou. * Il était entendu que celui qui voulait sortir de la 5 &,
- pauvreté risquait de tomber dans la misère. C’était son BE affaire. Il rompait le contrat conclu avec le sort. Mais ne. on n’avait jamais vu que celui qui voulait se borner #2 dans la pauvreté fût condamné à retomber perpétuelle- +4 ment dans la misère. On n’avait jamais vu que ce fûtle “4 sort qui rompiît le contrat. Ils ne connaissaient pas, ils # à ne pouvaient prévoir cette monstruosité, moderne, cette “4 tricherie, nouvelle, cette invention, cette rupture du # jeu, que celui qui ne joue pas perdit continuellement. . 2 (Étant donné que nous faisons de la pauvreté à la à misère cette différence par les définitions, cette discri- 4 à l’autre, détermination que j’avais commencé de recon- | naître, à propos de l’admirable roman de Lavergne, dans un cahier intitulé de Jean Coste). en Dans le système de nos bons maîtres, curés et laïques, et laïcisateurs, et c’était le même système de la réalité, celui qui voulait sortir de la pauvreté par en haut ’
ie risquait d’en sortir, d’en être précipité par en bas. Il n’avait rien à dire. Il avait dénoncé le pacte. Mais la pauvreté était sacrée. Celui qui ne jouait pas, celui qui ne voulait pas s’en évader par en haut ne courait aucun
« risque d’en être précipité par en bas. Fideli fidelis, à celui qui lui était fidèle la pauvreté était fidèle. Et à nous il nous était réservé de connaître une pauvreté
À nous il nous était réservé que la pauvreté même ï nous fût infidèle. Pour tout dire d’un mot à nous il nous était réservé que le mariage même de la pauvreté fût un mariage adultère. é
En d’autres termes ils ne pouvaient prévoir, ils ne pouvaient imaginer cette monstruosité du monde moderne, (qui déjà surplombait), ils n’avaient point à concevoir ce monstre d’un Paris comme est le Paris moderne où la population est coupée en deux classes si parfaitement séparées que jamais on n’avait vu tant d’argent rouler pour le plaisir, et l’argent se refuser à
ce point au travail. ; Et tant d’argent rouler pour le luxe et l’argent se refuser à ce point à la pauvreté.
En d’autres termes, en un autre terme ils ne pouvaient point prévoir, ils ne pouvaient point soupçonner ce règne de l’argent. Ils pouvaient d’autant moins le prévoir que leur sagesse était la sagesse antique même. Elle venait de loin. Elle datait de la plus profonde antiquité, par une filiation temporelle, par une descendance naturelle qne nous essayerons peut-être d’approfondir un jour.
Il y a toujours eu des riches et des pauvres, et il Yÿ aura toujours des pauvres parmi vous, et la guerre
cahiers de la quinzaine des riches et des pauvres fait la plus grosse moitié de _ Vhistoire grecque et de beaucoup d’autres histoires et l’argent n’a jamais cessé d’exercer sa puissance etilna Se point attendu le commencement des temps modernes ee pour effectuer ses crimes, IL n’en est pas moins vrai M | que le mariage de l’homme avec la pauvreté davait | jamais été rompu. Et au commencement des temps __ modernes il ne fut pas seulement rompu, mais l’homme 2 et la pauvreté entrèrent dans une infidélité éternelle. #0 Quand on dit les anciens, au regard des temps ë modernes, il faut entendre ensemble et les anciens 5 anciens et les anciens chrétiens. C’était le principe même de la sagesse antique que celui qui voulait sortir | de sa condition les dieux le frappaient sans faute. Mais … 12 ils frappaient beaucoup moins généralement celui qui ne: ne cherchait pas à s’élever au-dessus de sa condition. Il nous était réservé, il était réservé au temps moderne A | que l’homme fût frappé dans sa condition même. 3 4 _ Au regard du temps moderne l’antique et le chrétien ne. vont ensemble, sont ensemble : les deux antiques, A lhébreu, le grec. Le chrétien était autrefois un antique. As. # Jusqu’en 1880. Il faut aujourd’hui qu’il soit un moderne. pe “ Tels sont les commandements de ces gouvernements ‘Ste temporels. Telles sont les prises de ces saisons du TES monde. Il est indéniable que les mœurs chrétiennes 75 elles-mêmes ont subi cette rétorsion profonde. Il nous Re re était réservé d’inaugurer ce nouvel état. En somme la +7 » chrétienté avait peu à peu étendu au temporel cette His parole que qui s’abaisse sera élevé, et que qui s’élève 260 sera abaissé. Ainsi entendue, en ce sens, temporel, ce 5) n’est pas seulement la parole de David, Deposuit potentes; et exaltavit ; c’est presque la parole antique F4
_ même. La parole d’Hésiode et d’Homère; et de Sophocle et d’Eschyle. Il nous était réservé d’inaugurer ce régime 2 oùcelni qui ne s’élève pas est abaissé tout de même, PAS _ J’étais depuis un an dans cette petite école primaire annexée à notre École Normale Primaire quand de : : M. Naudy fut nommé directeur de cette École Normale, re venant d’un autre chef-lieu moins important où il ayaït ê Fo _ passé peut-être une dizaine d’années. C’était je pense Ë je en 1881. C’était un homme d’une profonde culture, sorti DEEE __ des études secondaires et qui je le crois bien avait fait RO son droit. Comme beaucoup d’autres il s’était pour ainsi . que
- dire jeté dans l’enseignement primaire au lendemain de GE _ la guerre, dans ce besoin de reconstruction civique ÿ sa auquel en définitive nous devons le rétablissement de la ARS LE - France. D’autres en avaient fait autant, qui firent par ce mouvement de grandes carrières temporelles. ; … M. Naudy était soucieux de fonder, nullement de se SE … faire une carrière temporelle. Il avait ce tempérament En de fondateur, qui est si beau, qui fut si fréquent dans 3 les commencements de la troisième République. J’avoue % . que c’était une rudement belle chose que cette École . . Normale d’instituteurs où nous étions comme de petits pupilles, et que c’était jeune, et que ça battait neuf, et que ça marchait. Le jardin était taillé comme une page de grammaire et donnait cette satisfaction parfaite que 1
- peut seule apporter une page de grammaire. Les arbres ÿ s’alignaient comme de jeunes exemples. (Avec, seule- À ment, le peu d’exceptions qu’il faut, les quelques excep- : tions pour confirmer la règle). (Je les ai revus. On ne
sait comment il se fait que ces arbres aujourd’hui sont Re devenus quarantenaires). Nous y revinmes du lycée, En. quand devenus jeunes lycéens nous entretenions des 54 concours constants de sports avec les jeunes normaliens. 4 Car on venait d’inventer aussi le sport, et de fonder “4 cette autre fondation. Mais ceci m’entraînerait dans des $ Ainsi M. Naudy vint vers nous comme un surdirec- Re teur. Officiellement il ne dirigeait que l’École Normale. “4 Mais son activité débordante ne pouvait ignorer, ou Ê Fe négliger la filiale. Dirai-je qu’il me distingua. Ce serait fé parler grossièrement. Il se fit bientôt mon maître et $ mon père. J’ai dit plus haut qu’il était l’homme du 2 monde à qui je devais le plus : il me fit entrer en A Le fils de bourgeoisie qui entre en sixième comme il a des bonnes et du même mouvement ne peut pas se 5 représenter ce point de croisement que pouvait être ; pour moi d’entrer ou de ne pas entrer en sixième; et ce point d’invention, d’y entrer. J’étais déjà parti, j’avais 3 déjà dérapé sur l’autre voie, j’étais perdu quand à M. Naudy, avec cet entêtement de fondateur, avec ÿ cette sorte de rude brutalité qui faisaient vraiment de }a me renvoyer en sixième. Après mon certificat d’études | on m’avait naturellement placé, je veux dire qu’on m’avait mis à l’École primaire supérieure d’Orléans, | (que d’écoles, mais il faut bien étudier), (qui se nommait alors l’École professionnelle). M. Naudy me rattrapa si je puis dire par la peau du cou et avec une bourse municipale me fit entrer en sixième à Pâques, dans l’excellente sixième de M. Guerrier. Il faut qu’il fasse “4
du latin, avait-il dit : c’est la même forte parole qui
_ aujourd’hui retentit victorieusement en France de nou-
._ veau depuis quelques années. Ce que fut pour moi cette
_ entrée dans cette sixième à Pâques, l’étonnement, la 5
nouveauté devant rosa, rosae, l’ouverture de tout un
monde, tout autre, de tout un nouveau monde, voilà ce qu’il faudrait dire, mais voilà ce qui m’entraïînerait dans . des tendresses. Le grammairien qui une fois la première ouvrit la grammaire latine sur la déclinaison de rosa, rosae n’a jamais su sur quels parterres de fleurs il ouvrait l’âme de l’enfant. Je devais retrouver presque tout au long de l’enseignement secondaire cette grande S bonté affectueuse et paternelle, cette piété du patron et du maître que nous avions trouvée chez tous nos maîtres de l’enseignement primaire. Guerrier, Simore, Doret en sixième, en cinquième, en quatrième. Et en troisième ce tout à fait excellent homme qui arrivait des Indes Occidentales et dont il faudra que je retrouve le nom. Il arrivait proprement des îles. Cette grande bonté, cette grande piété descendante de tuteur et de père, cette sorte d’avertissement constant, cette longue et patiente et douce fidélité paternelle, un des tout à fait plus beaux sentiments de l’homme qu’il y ait dans le monde, je l’avais trouvée tout au long de cette petite * école primaire annexée à l’École Normale d”instituteurs d’Orléans. Je la retrouvai presque tout au long du lycée d’Orléans. Je la retrouvai à Lakanal, éminemment chez le père Édet, et alors poussée pour ainsi dire en lui à son point de perfection. Je la retrouvai à Sainte-Barbe. Je la retrouvai à Louis-le-Grand, notamment chez Bompard. Je la retrouvai à l’École, notamment chez :
- un homme comme Bédier, et chez un homme comme
Re d”ingénu de HiéAtre, ee que c’est qu’un maitre qui en US Fat | veut à ses élèves, qui sèche d’envie et de jalousie, et da# _ besoin d’une domination tyrannique; précisément parce “ $ _ qu’il est leur maître et qu’ils sont ses élèves; il fallut no que j’en vinsse en Sorbonne pour savoir ce que cest ue qu’un vieillard aigri, (la plus laide chose qu’il y ait en 4 monde), un maître maigre et aigre et malheureux, un _ visage flétri, fané, non pas seulement ridé; des yeux a fuyants ; une bouche mauvaise ; des lèvres de distribu- NÉE teurs automatiques; et ces malheureux qui en veulent Fa à À leurs élèves de tont, d’être jeunes, d’être nouveaux, d’être frais, d’être candides, d’être débutants, de ne pas # os être pliés comme eux; et surtout du plus grand crime: _ précisément d’être leurs élèves. Cet affreux sentiment __ de vieille femme. re Br Qui ne s’est assis à la croisée de deux routes. Je me demande souvent avec une sorte d’anxiété rétrospec- SEE é tive, avec un vertige en arrière, où j’allais, ce que je | devenais, si je ne fusse point allé en sixième, si , M. Naudy ne m’avait point repêché juste à ces vacances Fe ee : de Pâques. J’avais douze ans et trois mois. Il était 8 se temps. ’ ÊTES On trouvera dans ce cahier les résultats d’une expé- F4 rience de trente ans, poussée, poursuivie dans l’ensei- | “ae !
_ gnement primaire par un homme qui n’en était sans doute pas originairement, mais qui s’en était fait sans que | réserve. Par un homme qui s’en était mis entièrement, A ft: sans aucune restriction ni arrière-pensée, par un homme 1 _ qui en avait fait sa vie. M. Naudy ne quitta l’École Ent Normale d’Orléans, après dix ou douze bonnes années GR de plein exercice, (qui furent vraiment les douzeannées : de la fondation de cette école, et d’où elle sortait ASIE
comme un bel organisme constitué), que pour prendre ee
à Paris une inspection primaire où je pense qu’il ne : He
resta guère moins de vingt ans. Une fois de plus, une Hits
_ fois après tant d’autres nous avons donc cette bonne
fortune qu’il va nous être parlé d’un métier, (et d’un è _ des premiers méliers), par un homme de ce métier; LOETU
qui l’a fait trente ans ; et plus ; non point par un homme : qui en parle sur des papiers; mais par un homme qui Ë
- a exercé; trente ans; par un homme de grand sens, ; 5 d’esprit ouvert, d’une très grande activité, qui y a : É | opéré trente ans, et dans le plus grand détail. Et qui RES
fut toujours particulièrement bien placé pour en parler. \
Quand il va nous parler d’écoles normales et d’inspec-
tions, il ne s’agira point de papiers et de rapports de ser
bureaux sur les écoles normales et sur les inspections,
il s’agira des écoles normales et des inspections elles
mêmes. Les idées qui commencent à circuler, et qui ds
figurent aujourd’hui dans un certain nombre de rapports.
et de projets de loi, il les a eues, celles qu’il fallait,
quand il fallait, depuis longtemps, puisées dans une |
cahiers de la quinzaine | PÉUEIES Je n’ai pas besoin de dire que je n’ai point changé FOR ke une ligne à la copie de mon ancien maître. On y trou- à À vera certainement, comment dirai-je, une force de 4 jeunesse et pourquoi ne dirais-je pas toute ma pensée : k. Ù une vertu d’illusion que nous n’avons plus. C’est une EU: grande tristesse quand les hommes de soixante ans ont à gardé toutes leurs illusions et quand les hommes de > quarante ans ne les ont plus. Et c’est encore un signe F: de ce temps et de l’avènement des temps modernes et rien de cela ne s’était présenté dans aucun autre temps. $ C’est une grande misère quand les hommes desoixante à ans sont jeunes et que les hommes de quarante ansne ta le sont plus. Nous aurons été constamment une généra- 4 tion qui aura passé par tous les minima et quelque- à fois par tous les néants de l’histoire contemporaine. # C’est ce que j’avais appelé autrefois une génération M sacrifiée. Mais je ne sais pas pourquoi je m’obstine à le < redire. Les hommes de quarante ans le savent très bien x sans qu’on le leur dise. Ceux d’avant et ceux d’après, 4 les hommes de soixante ans, par qui nous avons été 4 ; sacrifiés, et les hommes de vingt ans, pour qui nous À nous sommes sacrifiés, s’en fichent pas mal; et quand si même ils ne s’en ficheraient pas, ils ne le croiront k: jamais ; et quand même ils le croiraient, ils ne le sau- a ront jamais, quoi qu’on leur en die. C’est ici le prin- 1 cipe même de l’enseignement de l’histoire. ë Il suit qu’on trouvera dans ce cahier cette même ardeur de laïcisation qui emplit toute la vie de ces ; hommes, qui chez quelques-uns dégénéra en une fureur à
$ obstinée, mais chez d’autres aussi se maiïintint comme une simple ardeur de combat, comme une belle ardeur ù joyeuse. C’est une règle absolue depuis le commencement de ces cahiers, c’est notre principe même et notre
_ fondamental statut et, je pense, le meilleur de notre
raison d’être que l’auteur est libre dans son cahier et que je ne suis là que pour assurer le gouvernement temporel de cette liberté.
Cette règle fondamentale n’a jamais souffert aucune exception. Elle n’allait pas en souffrir une quand la copie m’était apportée par un des hommes à qui je suis le plus attaché. =
$ Cette règle fondamentale, obstinément suivie depuis :
quinze ans, et qui sera suivie aussi longtemps que la ! maison sera debout, nous a coûté cher. C’est à elle, et à elle presque uniquement, que nous devons les quinze
_ années de pauvreté par lesquelles nous venons de
; passer. C’est à elle que nous devrons celles qui nous attendent. Et encore, quand je dis que c’est de la pauvreté, c’est par décence et moi-même je manque un peu à mes définitions. Nous savons très bien qu’il n’y a d’argent que pour ceux qui entrent dans les partis et qui font le jeu des partis. Et quand ce ne sont pas les partis politiques il faut au moins que ce soient les
Telles sont pourtant les mœurs de la véritable liberté.
Être libéral, c’est précisément le contraire d’être moder-
niste et c’est par un incroyable abus de langage que
l’on apparente ordinairement ces deux mots. Et ce
qu’ils désignent. Maïs les abus de langage les moins
indiqués sont toujours ceux qui réussissent le mieux. Et
c’est ici une incroyable confusion. Et je ne hais rien
© cahiers de la quinsaine | tant que le modernisme. Et je n’aime rien tant qüéla liberté. (Et en elle-même, et n’est-elle point la condition | _ irrévocable de la grâce). ETES . Disons les mots. Le modernisme est, le modernisme ES. -_ consisté à ne pas croire ce que l’on croit. La liberté “à à consiste à croire ce que l’on croit et à admettre, (au 1 fond, à exiger), que le voisin aussi croie ce qu’il croit. : Le modernisme consiste à ne pas croire soi-même 24 pour ne pas léser l’adversaire qui ne croit pas non plus. Be ë Cest un système de déclinaison mutuéllé. La liberté. 4 consisté à croire. Et à admettre, et à croire que l’advér. Le modernisme ést un système de complaisance. La - liberté est un système de déférence. 27%) Le modernisme est un système de politesse. La libétté _ est un système de respect. Be. ÿ Il ne faudrait pas dire les grands miots, mais enfin lé modernisme est an système dé lâcheté. La liberté est 4 un Système de courage. ; 460 Le moernisme est la vertu des gens du monde. La |: es liberté est la vertu du pauvre. 38 Je dois rendre cette justice à nos abonnés que dans e : ce gouvernement de la liberté ils noüs sont demeurés Du, admirablement fidèles. C’est leur honneur. Et c’est lé n nôtre. J’ai reproché souvent à nos abonnés de n’être D point assez nombreux. Et cette année je le leur reproche > 4 du moins autant que jamais. Mais j’avoue que c’est un A reproche qui va tout de même un peu plutôt à celui qui 4 n’en est pas qu’à celui qui en est. Ceux qui en sont ont à parfaitement compris, je veux dire qu’ils savaient a d’avance aussi bien que nous ce que sont les mœurs as dé la véritable liberté. ” 5
| Encore un mot que jé n’aime pas, mais enfin la de | même requiert la liberté. Une revue n’est vivante que Pi nn mécontente chaque fois un bon cinquième de sés re ee abonnés. La justice consiste seulement à ce que ce ne % ur
- soient pas toujours les mêmes, qui soient dans le cin- Le : quième. Autrement, je veux dire quand on s’applique à “a F né mécontenter personne, où tombe dans le système de PS De de ces énormes revues qui perdent des millions, où qui en SEA . gagnent, pour ne rien dire. Ou plutôt à ne rien dire. ; Nos abonnés l’ont parfaitement compris, il faut leur RS
- faire cet honneur. Autant que nous ils ont le goût, le EN 5 . respect de la liberté. Ils nous lont montré par cette Hors belle fidélité de quinze ans. Ils sont, autant que jamäis, : _ trop peu nombreux. Mais ceux qui y. sont, y restent. 2e Par cette dure méthode, par cet unique système de è je recrutement ne se manifeste point un commun abais_ Sement fondé sur un incessant échange de concessions 4 mutuelles, que l’on se passe incessamiment des uns aux + | autres, mais c’est ainsi que nos cahiers se sont peu à (re < peu formés comme un lieu commun de tous ceux qui ne … trichent pas. Nous sommes ici des catholiques qui ne 5 trichent pas ; des protestants qui ne trichent pas; des | juifs qui ne trichent pas; des libres penseurs qui ne
- trichent pas. C’est pour ça que nous sommes si peu de catholiques ; si peu de protestants; si peu de juifs ; si È peu de libres penseurs. Et en tout si peu dé monde. Et nous avons contre nous les catholiques qui trichent ; les protestants qui trichent; les juifs qui trichent; les È libres penseurs qui trichent; les Lavisse de tous les partis ; les Laudet de tous les bords. Et ça fait beau coup de monde. Outre que tous les tricheurs ont une . Sûreté pour se reconnaître entre eux et pour s’appuyer; l
F une sûreté infaillible ; une sûreté invincible; pour se. pe : soutenir ; une sûreté inexpiable. Une sûreté d’instinct, SES x une sûreté de race, le seul instinct qu’ils aient, quir’est es À comparable qu’à la sûreté profonde avec laquelle les ; médiocres reconnaissent et appuient les médiocres. qe £ Mais au fond n’est-ce pas la même. Et ne sont-ils pas ne les mêmes. Si seulement nous les honnêtes gens nous < étions fidèles à l’honnêteté comme la médiocrité est … fidèle à la médiocrité. à
Je ne comprends pas qu’il y ait une question des à instituteurs. D’abord si ils étaient restés des maîtres 4 d’école tout ça ne serait pas arrivé. Qu’ils fassent donc … “: l’école, il n’y rien de plus beau au monde. : Ke Qu’ils ne s’y trompent pas, ils ont le plus beau métier IR du monde. Eux seuls ont des élèves. (Eux et les profes- +4 seurs de l’enseignement secondaire). Les autres ont des ; disciples. Les autres, c’est les professeurs de l’enseigne- #3 ment supérieur. Et c’est, hélas, l’écrivain. É Qu’on en fasse l’expérience, l’expérience est facile à * 4 faire. Que chacun s’examine attentivement. Que chacun regarde son être et redescende un peu dans sa mémoire. | Qui sommes-nous. Sommes-nous l’étudiant innocent mais d’autant abusé qui suivait scrupuleusement les |
cours des Sorbonnards ? Non, nous ne sommes pas
cette misère et nous ne sommes plus cette proie. Que
tout homme ayant passé trente-cinq ans se regarde et
se reconnaisse lui-même. Que tout homme voie ce qu’il
est, qui il est, descende dans son être propre. Dans son
être profond. Nous ne sommes pas ces purs jeunes
hommes, innocents et fâcheusement enthousiastes, candides, aveugles, si naïvement pieux envers leurs __ maîtres, que leurs maîtres ont trompés. Nous sommes ces enfants d’avant douze ans, ces mêmes enfants, aussi purs, peut-être plus purs; et nous sommes ces mêmes adolescents d’avant seize ans. Nous sommes les hommes de notre laborieuse enfance. Nous sommes les hommes de notre laborieuse adolescence. Nous ne sommes nullement les hommes de notre jeunesse abusée. C’est dire par contre que nous avons subi l’imprégnation de nos parents; et de nos maîtres du premier degré; et de nos maîtres du deuxième degré. Mais que nous n’avons subi aucune imprégnation de nos maîtres À du troisième degré. D’ailleurs nos maîtres du troisième degré se souciaient bien de filiation et de paternité _ spirituelle et de régner sur les cœurs. Leur seul souci était par un jeu de mariages, de nominations, d’élections académiques et universitaires, d’intrigues, de bassesses, de trahisons, de délations et d’honneurs, de s’assurer, de perpétuer parmi eux un gouvernement temporel des esprits. Ils ont ce qu’ils voulaient. Et au delà de ce qu’ils espéraient. Qu’ils ne demandent pas
C’est dire par conséquent que le plus beau métier du monde, après le métier de parent, (et d’ailleurs c’est le métier le plus apparenté au métier de parent), c’est le métier de maître d’école et c’est le métier de professeur de lycée. Ou si vous préférez c’est le métier d’instituteur et c’est le métier de professeur de l’enseignement secondaire. Mais alors que les institateurs se contentent point à leur tour à expliquer, à inventer, à exercer un
| ÿouvernement spirituel; et ün gouvernement temporél | | des esprits. Ce serait aspirer à descendre. C’est à ce jeu précisément que les curés ont perdu la France. Il | n’ést peut-êtré pas très indiqué que par le mênie jeules instituteurs la perdent à leur tour. Il faut se faire à 0 _ cette idée que nous sommes ün peuplé libre. Siles curés … L S’étaient astreints, et limités, à leur ministère, le peuplé des paroisses serait encore sérré autour d’eux: Tant que lés instituteurs enseigneront à nos enfants la règle … Da _ dé trois, et surtout la preuve par neuf, ils seront des. 2 Pourquoi surtout établir où chércher à établir cette confusion que nous voyons partout, dans tous leurs : congrès, dans leurs journaux et revues et revendica- Me # tions. Pourquoi mêler les questions d’argent et les, “22 ; questions de gouvernement. Serait-ce pour honorer les nt questions d’argent, en les mélant aux questions de & ne: gouvernement. Mais l’argent est hautement honorable, La on ne saurait trop le redire. Quand il est le prix et 156 l’argent du pain quotidien. L’argent est plus honorable nn que le gouvernement, car on ne peut pas vivre sans 48 argeñt, et on peut très bien vivre sans éxércer un got vernement. L’argent n’est point déshonorant, quand il NN est le salaire, et la rémunération et la paye, par consé quent quand il est le traitement. Quandilest pauvrement M gagné. Il n’est déshonorant que quand il est l’argent ra dés gens du monde. Il n’y a donc, dans les autres cas, à. je veux dire quand il n’est pas l’argent des gens du LL monde, aucune honte à en parler. Et à en parler comme tel. Il n’y a même que cela qui soit honorable. Et qui … soit droit. Et qui soit décent. Il faut toujours parlée d’argent comme d’argent. Que les instituteurs aient le ne 1%
RS droit de vivre, comme tout le monde, qui le nie, et nous Re le contesterons moins que personne, nous quine sommes 588 pas seulement avec eux, nous qui sommes d’eux, nous a # qui ayons ici publié les premiers l’admirable roman de <e Lavergne. Jean Coste a le droit de nourrir sa femme KE et ses enfants. Cela ne fait aucun doute. S’il y réussit é aujourd’hui assez mal, ici encore il fait comme tout le monde. Il fait comme nous. Au moins il fait comme tous ceux qui travaillent. Il n’y a un peu d’aisance, dans le monde moderne, que pour ceux qui ne travaillent pas. “4 C’est donc ici une question très grave. Mais ce que é je veux dire aujourd’hui, c’est que c’est vraiment une question de droit commun. C’est une question d’un . certain malheur commun, d’une grande misère com- ÿ mune. C’est une question de la vie générale de la nation et de disponibilités budgétaires. Cette première ques 7. tion n’a rien de commun avec cette autre question de _ ce gouvernement spirituel que quelques instituteurs __ demandent à exercer parmi nous. Car c’est encore, ceci < encore est une revendication. Que de jeunes instituteurs, et même des plus vieux, aillent travailler dans les Facultés, c’est encore très bien. Je suis assuré qu”iis y fournissent d’excellent travail, et que cette collaboration donne dans les provinces les meilleurs résultats. Mais ce n’est point un secret non plus qu’à Paris le petit clan de la Sorbonne avait entrepris de s’appuyer sur les instituteurs quand il se proposa de ruiner en France l’enseignement secondaire et qu’un certain nombre d’instituteurs, (un très petit nombre), répondit à cet appel. , Ici encore je me permets de trouver que ce ne sont pas les instituteurs qui ont tort. Ce ne furent pas les
cahiers de la quinzaine FIGE instituteurs qui furent les plus coupables, ni même les à véritables coupables. Dans toute démagogie celui qui A en est la matière et l’objet et l’inerte instrument est ; moins coupable que celui qui en est l’inventeur et | l’auteur. Et le premier moteur. Des grands pontifes, des | hommes dans les honneurs sont venus dire aux maîtres #4 d’école que le lycée ne sert à rien, qu’on n’apprend rien 4 depuis le commencement de la sixième jusqu’à la fin 14 de la philosophie. Je ne fais point un grief à ces institu- Le teurs de l’avoir cru. Je fais un grief à ces professeurs, ! qui eux ont passé par la sixième et la philosophie, de $ lavoir dit. Il ne s’agit point de se recruter des troupes TF0. à tout prix. Il faudrait tout de même ne pas trop é tromper le monde. | Ceci m’amène à une singulière question, et que je 2 m’étonne que l’on n’ait jamais posée. Pourquoi les 1 maîtres d’école ne font-ils pas des études. Je me rappelle très bien comment ça se passait. Je me rappelle très : bien le chemin que je suivais quand M. Naudy m’en ne. retira un peu vivement. Les jeunes gens qui se propo- | saient de devenir maîtres d’école, ou plutôt les jeunes : gens à qui on pensait pour en faire des maîtres d’école, 1 pour les faire devenir maîtres d’école faisaient d’abord trois ans à l’École primaire supérieure, que l’on nommait alors, je l’ai dit, l’école professionnelle; première année, deuxième année, troisième année; pendant trois ans ils préparaient l’entrée à l’École Normale primaire. Ceux qui étaient reçus passaient ensuite trois ans dans cette École Normale primaire. On recommençait : première année; deuxième année; troisième 5 année. En tout ça faisait six ans. Avec le temps qui pouvait se perdre entre les deux à la coupure ça faisait
ia sensiblement précisément tout le temps qu’il faut pour _ faire des études, du commencement de la sixième à _ l’achèvement de la philosophie. Or ces enfants de : paysans et ces enfants d’ouvriers, déjà triés fortement, À qui se préparaient et qui se destinaient ou que l’on préparait et que l’on destinait à devenir instituteurs étaient dans la moyenne au moins aussi intelligents que les petits bourgeois qui entreprenaient un peu confusément le lycée. Et ils travaillaient au moins autant. Et quelques-uns travaillaient très bien. Ils se donnaient beaucoup plus de mal, ils fournissaient beaucoup plus de travail pour passer le brevet simple que nous pour passer l’examen de fin de quatrième, que nous ne passions pas, et pour passer le brevet supé- rieur que nous pour passer le bachot. Alors on se demande. Et il est si simple de se demander : Alors, à ce compte-là, pour ce prix-là, pour cette longueur de temps, pour tant de travail et pour tant de conduite on se demande à ce prix-là pourquoi on ne leur fait pas faire leurs études. Et pourquoi, au lieu du brevet supé- rieur, qui n’est rien, on ne leur donne pas au moins le bachot, qui n’est pas grand chose. Je ne vois pas en quoi savoir du latin et du grec les empêcherait d’enseigner du français, et même d’enseigner en français. Moi je ferais un bon maître d’école. On se demande si ce west pas la bourgeoisie française qui a fait exprès, craignant la concurrence, d’avoir des instituteurs qui r’eussent point fait leurs études. Car enfin il est au moins aussi difficile et il faut au moins autant de travail et autant de besogne pour entrer à l’École Normale de Saint-Cloud que pour entrer à l’École Normale de l’enseignement secondaire. (C’est la nôtre, mes enfants).
Alors pourquoi s’y est-on pris de telle sorte que le. © fe. -bagage des uns ne füt qu’un fatras. Si c’est un calcul ra
que la bourgeoisie a fait, comme il est probable, il faut De ÿ avouer qu’elle en est bien récompensée aujourd’hui. De LE trouver constamment contre elle et sous elle cette sourde :
. révolte d’un enseignement primaire qui précisément n’a D - pas fait ses études. Et une fois de plus il faut constater 4 que le sabotage est venu d’en haut, de la bourgeoisie. “4 Et qu’il est payé par un sabotage antagonique. À
Tout ceci déblayé, et m’adressant aux instituteurs #4
. eux-mêmes, et non plus à leurs programmes, qu’ils 24 subissent, et non plus aux conditions que l’État leur a Ë 3 faites, qu’ils subissent, je me permettrai de leur dire : (Et je ne le dis naturellement qu’aux quelques-uns qui E sont évidemment travaillés de cette tentation), je leur à. dis : Pourquoi voulez-vous exercer un gouvernement 3 des esprits. Et comme tous les autres pourquoi voulez- e : vous exercer un gouvernement temporel des esprits. à Pourquoi voulez-vous avoir une politique, et imposer. x Pourquoi voulez-vous avoir une métaphysique, et l’im- 5 poser. Pourquoi voulez-vous avoir un système quel- à conque, et l’imposer. F
- Vous êtes faits pour apprendre à lire, à écrire et 34 à compter. Apprenez-leur donc à lire, à écrire et à 2 compter. Ce n’est pas seulement très utile. Ce n’est pas 21 seulement très honorable. C’est la base de tout. Æ sait : ses quatre règles, disait-on de quelqu’un quand j’étais pt petit. Qu’ils nous apprennent donc nos quatre règles. Je 22 ne veux pas jouer sur les mots, mais sans parler d’écrire |
GA ce serait déjà un grand progrès, (puisque nous sommes Kt _ dans un système du progrès), que d’avoir, que d’être _ un peuple qui saurait lire et qui saurait compter. Et quand ayec cela nos instituteurs emploieraient leur acti- À yité à sauver ce pays des deux fléaux qui le menacent À “ constamment, il y en a là-dedans pour la vie d’un gi homme et beaucoup d’hommes voudraient pouvoir en dire autant. (Ces deux pestes que je veux dire sont | naturellement la politique et l’alcoolisme, et au fond elles n’en font qu’une, et tant que les instituteurs reven_ diquent un point d’appui, un établissement contre la politique et les marchands de vin non seulement ils en à ont cent fois le droit, mais ils ont cent fois raison et pour eux-mêmes et pour le pays). Mais ces règles de ; grande hygiène, ces pratiques d’hygiène générale vont | de soi; elles ne peuvent être que compromises, et peut_ être complètement masquées, complètement oblitérées, _ complètement annulées par une prétention à un gou- . - vernement des esprits. ” Enseigner les éléments, apprendre à des enfants de bonne race ces vieilles vérités sur lesquelles tout le monde est d’accord : (et sur lesquelles est fondé le monde): que Paris est la capitale de la France; que Versailles est le chef-lieu du département de Seineet-Oise. Pour les tout à fait savants pousser jusqu’à l’extraction de la racine carrée; et peut-être de la racine cubique, quel sort plus enviable. Et n’est-ce point infiniment plus beau; et plus grand; et plus sage que de haranguer des hommes soûls. Parler du système métrique, qui est la raison même, et qui est si parfait. Parler aussi du système solaire, qui est une sorte de système métrique, avec des multiples et des sous67
| cahiers de la quinzaine | | fi) multiples, et qui est réellement si grand, des planètes, H des satellites, de la voie lactée; pour les plus savants | | 4 de la rotation et de la révolution; enfin tout ce que | i nous avons appris à l’école primaire; (tout ce que nous | savons). Être sûr que tout ce qu’on dit est vrai, que | | 1 tout ce qu’on dit porte, que c’est bien entendu, que ça | | 1 reste, quel heureux sort, et il n’y a rien au-dessus. || 1 Faire de ces belles analyses logiques, et grammati- | cales, où tout retombait droit, où on savait tout, où on || { désarticulait complètement, où on épuisait une phrase, | 16] où il ne restait rien, où tout retombaïit juste Et dexces N fil Beaux problèmes d’arithmétique où il fallait si soignens Hi} sement séparer les calculs du raisonnement, par une ft barré“erticale, et où il y avait toujotrs des robmets ê qui coüläient pour emplix.ou pour vider un bassin (et {ii souvent les deux), (1 ir et vider ensemble), Le ! (drôle d’occupation ien d’heures…); et il pure { Qtipliait le tapis ) t 2 tien
ne sera peut-être point hors de propos de marquer un L’ + peu ce que nous devons à nos maîtres de l’enseigne- 1 , ment supérieur. Dans son numéro du 15 Juillet 1911 Le (Vème Année, numéro 7, Deuxième Série) (eux aussi + ils ont des séries), (Prix : 0,60), la Revue Critique des l + Livres Nouveaux publiait l’article suivant : À Li rate E: de — Bernard Grasset, in-12, 414 pages, 3 francs 50. L: Uk san Ce volume de morceaux choisis a été composé pour || 28 ETTE Tévélétau grand public un écrivain connu seulement, ( ‘à = à dif | “jusqu’à présent, de quelques fidèles. C’est, en quelque sorte, | J’ : sh O4 D Dontispice, un portrait de l’auteur par Pierre El | ne sais s’il est ressemblant. Mais il se dégage RE : mé par l’intéressé lui-même, une physionomie ( \ Di, telle qu’elle apparaît à un simple \H pla. par ailleurs aucun moyen, et 11e vérifier si elle est exacte. { nl L public est un homme du ner de ferveur violente dans 11 ourdeur). Rien de De pre (1) et, en même (11e sion, de roublard. ts — chelet, proportions l’E sans bornes, qui ne 1 di ’” > d’envie — ce qui est LE | Péguy commencent par L L
multiples, et qui est réellement si grand, des planètes, des satellites, de la voie lactée; pour les plus savants Ë | de la rotation et de la révolution; enfin tout ce que <a nous avons appris à l’école primaire; (tout ce que nous | savons). Être sûr que tout ce qu’on dit est vrai, que tout ce qu’on dit porte, que c’est bien entendu, que ça é & reste, quel heureux sort, et il n’y a rien au-dessus. ; Faire de ces belles analyses logiques, et grammati- S cales, où tout retombait droit, où on savait tout, où on 4 désarticulait complètement, où on épuisait une phrase, é où il ne restait rien, où tout retombait juste. Et de ces beaux problèmes d’arithmétique où il fallait si soigneu- : sement séparer les calculs du raisonnement, par une 4 barre verticale, et où il y avait toujours des robinets £ qui coulaient pour emplir ou pôur vider un bassin (et : souvent les deux), (pour emplir et vider ensemble), (drôle d’occupation), (après combien d’heures..…); et il y avait toujours des appartements à meubler. Et on multipliait le tapissier par le prix du mètre courant. | Langlois tel qu’on le parle. — Au moment où je viens d’indiquer, si mal, et si peu, ce que nous devons à nos maîtres de l’enseignement primaire, et ce que nous devons à nos maîtres de l’enseignement secondaire, il
_ ne sera peut-être point hors de propos de marquer un : peu ce que nous devons à nos maîtres de l’enseignement supérieur. Dans son numéro du 15 Juillet 191r (NIère Année, numéro 7, Deuxième Série) (eux aussi _ ils ont des séries), (Prix : 0,60), la Revue Critique des Livres Nouveaux publiait l’article suivant :
Ce volume de morceaux choisis a été composé pour révéler au grand public un écrivain connu seulement, jusqu’à présent, de quelques fidèles. C’est, en quelque sorte, un prospectus.
Il y a, en frontispice, un portrait de l’auteur par Pierre
-— Laurens. Je ne sais s’il est ressemblant. Mais il se dégage du recueil, formé par l’intéressé lui-même, une physionomie assez précise. La voici, telle qu’elle apparaît à un simple lecteur comme moi, qui n’a par ailleurs aucun moyen, et ne se soucie pas autrement, de vérifier si elle est exacte.
L’auteur qui se présente ici au public est un homme du peuple, avec de la sève, une sorte de ferveur violente dans l’habitude de sa pensée, une certaine verdeur d’expression, assez d’humour, peu de goût, pas du tout d’esprit (çà et là, des plaisanteries d’une incroyable lourdeur). Rien de vulgaire; mais quelque chose de très äpre (x) et, en même temps, de geignard; et aussi, à l’occasion, de roublard. Bref, un type dans le genre de Michelet, proportions
Ajoutons : un orgueil frémissant et sans bornes, qui ne paraît pas toujours pur de tout alliage d’envie — ce qui est très « peuple » aussi. Cet orgueil s’affirme de la façon la plus naïve. Les Œuvres choisies de Péguy commencent par
() Dont il a conscience : « Cette. âpreté paysanne… » (page 59). — (Note de la Revue Critique).
des « portraits d’hommes »; et ces hommes sont : Zola, Jaurès, Clemenceau, Renan, Bernard-Lazare, Péguy. Elles _ donnent fortement l’impression, d’un bout à l’autre, que, __ pour Péguy, ce que dit Péguy n’est pas rien. ee AUS Il s’exprime d’une étrange manière, qui dénonce tout de + GES suite en lui l’éerivain que la longanimité bienveillante d’un __ public restreint, spécialement recruté et choisi, a gâté (au Sen __ sens où l’on emploie ce mot en parlant des enfants). L’e …_ semble qu’il avait, dès l’origine, des tendances à surveiller: SCA de la propension aux exposés discursifs, sans queue ni Re tête; je ne sais quelles entraves dans le mécanisme de law “a. as pensée; du goût pour l’allitération et la litanie, avec des. a à LS symptômes d’écholalie, et pour des puérilités typographiques bien connues des psychiâtres. Ces infirmités sont de celles qui peuvent s’atténuer quand on les reconnaît pour ‘5 | ce qu’elles sont et qu’on s’impose à cet effet une discipline M ; exacte. Mais il a été permis à l’éditeur des Cahiers de la M Quinzaine, par l’indulgence d’un petit cercle admiratif, à intimidé ou apitoyé, de se laisser aller sans contrôle, se 54 RER même de prendre ses défauts pour des qualités et ses … É: manies pour des dons. Il les a, en conséquence, cultivés M e comme son originalité propre. Le résultat ne se voit nulle part plus au clair que dans l’extrayagante « Épître yotive » 2 à Ernest Psichari (numéro 33). Cependant « il faut essayer », y À comme dit plus loin lauteur (page 297), « de nous remettre EEE un peu à parler français ». C’est aussi mon avis. Disons ES donc nettement, en français, que cette Épiître et plusieurs des morceaux qui la précèdent et qui la suivent sont du bafouillage tout pur. , Passons sur la forme. Car l’auteur se considère surtout, EE; ; sans doute, comme un philosophe, un moraliste et un pen= seur. Il a été jadis dreyfusiste avec une ardeur profonde, De. ainsi, du reste, que beaucoup de ses contemporains, jeunes - A ou yieux, qui, quoiqu’ils aient aussi plus ou moins souf- “Fa ” fert pour cette cause (quelques-uns au point d’en mourir), -% n’en ont pas fait, depuis, tant d’embarras. Il a été dreyfusiste; mais il ne saurait se consoler que l’affaire Dreyfus À n’ait pas amené le règne de la Propreté sur la terre, et, subsidiairement, la glorification personnelle de ses MEME
| lburs combattants. Quoi, nous avôns été soulevés parune es telle vague d’enthousiasme, nous avons été si « grands », me . nous valions, « je le dis comme c’est, les hommes de la Révolution et de l’Empire », (1) nous valions des « hommes ; qui ont eu les plus hautes fortunes » (page 205) ; et voilà ce A 2 Fe “qui S’en est suivi : l’ignominie dés jours présents et l’ob- A = Scurité pour le juste. L’auteur est, à l’égard du Dreyfusisme / k triomphanit, dans l’état d’esprit d’un chrétien des âges apo- F . Stoliqués qui aurait vu s’accomplir en quelques années, ï à _ Sans $‘y associer, l’évolution que l’Église a parcourue en ve plusieurs siècles : de la lutte pour l’Idéal à l’adaptation aux <e _ … iniquités dé ce monde et au dédain de l’idéalisme obstiné. SE _ M. Péguy. Car il parle souvent de « travailler » à autre ; Et chose ; mais il en revient toujours là. A - ” Un chrétien des premiers ägés, qui aurait vu Constantin PSE _ et sa suite, se serait sans doute réfugié dans une métaphy- VE | siqüe hautaine, la défense des classiques grecs et le culte 2 dés anciens héros. Il est donc naturel qu’un dreyfusiste US … intransigeant, amer et désappointé, se retire de même dans 2% 24 és templa serena d’un bergsonisme inaccessible au commun #4 11 des « démocrates », rompe des lances en l’honneur des he
- hüumanités traditionnelles contre les barbares du jour, et
- célèbre Jeanne d’Arc sous l’œil bienveillant de M. Maurice __ Barrès. D’autant plus que, en agissant de la sorte, on est CEDE
sûr de ne pas rester isolé : on a pour sei, d’avance, l”applau-
dissement, l’appui moral et, au besoin, « temporel », du A
parti, toujours considérable, qui est irréductiblement +
opposé, pour les mêmes raisons que soi, et pour d’autres, ; 4 | à celui qui paraît au pinacle. — Voilà, il me semble, com- :
ment il se fait que M. Péguy, qui est, au fond, si primaire
(par sa préoccupation persistante des choses d’école, sa
roideur et sa demi-culturé, verbale et sans substance), ait
adopté d’instinct l’attitude qu’on lui voit; et que cette atti-
tude commence à lui valoir, avec la curiosité, les sympa-
thies a priori du beau monde, si grossièrement méprisant, ÿ
cahiers de la quinzaine “+3 d’ordinaire, pour ceux de sa race. Le beau monde, c’est-à* dire les gens qui, s’ils avaient pu, il y a dix ans, soupçonne L son existence, n’auraient pas été éloignés, avec leur bruta- js lité sans nuances pour tout ce qui dépasse l’alignement, de 2} le tenir pour un fou. 3 J’en ai dit assez, je crois, pour inviter à lire ce livre. | C’était mon dessein. L’auteur n’est guère entré en contact | pendant longtemps qu’avec des fidèles qui lui passaient tout, et qui s’attachaient davantage à mesure qu’il les rudoyait avec plus de sans gêne (naguère aux États-Unis, le « prophète » Dowie — prophète quêteur, mystique, 4 homme d’affaires, guérisseur d’âmes, « persécuté » et à. volontiers persécuteur — en usait de même avec ses dévôts). à Si Jeanne d’Arc, qui a déjà fait de nos jours, d’une tout autre manière, la fortune de M. Thalamas, le met à la > mode, il aura désormais un public qui l’approuvera sansle lire. Il est temps qu’il ait enfin — car il le mérite malgré 2 tout — un public qui le lise sans l’approuver, ou plutôt en “4 le jugeant. Qu’il soit donc signalé aux amateurs de person- Fe. nalités d’exception. Dans le champ où elles poussent, il ya à des individus de toutes sortes, plus ou moins agréables ou je déplaisants. On y a découvert notamment, depuis quinze : ans, la grâce exquise de Charles-Louis Philippe et l’étince- ca lante fantaisie de Bernard Shaw. N’y passez pas” s’il vous ie plaît, sans jeter un coup d’œil sur les essais incohérents de Ô L’article que l’on vient de lire est de M. CharlesVictor Langlois, professeur à la Sorbonne, et je pense directeur du Musée Pédagogique et autres. Aujourd’hui directeur des Archives Nationales. Pons d’Aumelas est consacré un petit travail (Bibliothèque de l’École des Chartes, tome LII, 1891). Cet article appelle quelques observations, mais comme il faut être scientifique je j numéroterai mes observations, et pour être encore plus <
nu scientifique je les numéroterai avec des lettres. Les ! chiffres ne sont que de l’arithmétique. Les lettres sont de l’algèbre. M. Langlois sait ça. J’essaierai même de mettre des exposants, et des coefficients, et des indices. _ Mais je n’en réponds pas. Le plus beau fils du monde… L. — a). — Il y a dans cet article de M. Langlois une partie de critique littéraire, si je puis parler ainsi. Ici _ rien à dire. La critique littéraire est libre en France, depuis la déclaration des Droits de l’Homme. M. Langlois sait ça. Nous autres écrivains notre métier n’est pas de répondre aux critiques. Je ne sais pas si nous k appartenons entièrement aux critiques ; ou si nous ne leur appartenons pas du tout. Ce serait une question. Mais nous n’avons pas à leur répondre. Notre métier ; est d’établir des textes, non pas de commenter des commentaires. Notre métier est de donner des œuvres, non pas de critiquer les critiques. Autrement on tomberait dans les fractions de fractions. M. Langlois connaît certainement ça, les fractions de fractions. L. — b). — Il y a dans l’article de M. Langlois quelque chose qui dépasse la critique littéraire. Je ne dis pas quelque chose qui la dépasse par en haut, je dis 1 quelque chose qui la dépasse. Avec une obstination sourñoïise et aigre, et basse, avec des lâchetés constantes d’écriture, avec une hypocrisie laborieuse, avec un acharnement fatigué M. Langlois m’accuse proprement de vénalité. C’est pour faire ma fortune littéraire et pour gagner une fortune d’argent que je me suis Il est évident que quand je me mettais le matin à ma
cahiers de la quinzaine FANS table pour écrire le mystère de la charité de Jeanne à d’Arc, ou plus récemment pour écrire la tapisserie de sainte Geneviève, ou plus récemment pour écrire la pré- : sentation de la Beauce à Notre Dame de Chartres je me demande d’abord combien ça va me rapporter. On | sent ça dans tout mon texte. Et il est évident que les vingt ans de peine et de production que j’ai derrière | moi m’ont au moins assuré une grosse situation d’ar- 1 L. — c). — Eh bien sur ce point je suis en mesure de savait un mot d’histoire il saurait que depuis que le monde est monde les catholiques n’ont jamais soutenu leurs hommes. Si les catholiques avaient soutenu leurs hommes le gouvernement de la France ne serait point tombé aux mains de M. Langlois. Que M. Langlois me | permette de le lui dire, les catholiques sont même remarquables par ce besoin qu’ils ont de ne pas soutenir leurs hommes. Rassurez-vous, monsieur Langlois, - les catholiques mondains iront toujours à M. Laudet. Et l’argent des catholiques mondains ira toujours à M. Laudet. Écrire chrétien, en ce siècle, ce n’est pas prendre un brevet de pauvreté. C’est prendre un brevet de misère. dire respectueusement, dans la mesure où un pauvre a encore le droit de parler à un riche, il n’y a pas seule2. ment une sorte d’indécence propre et d’indiscrétion, il n’y à pas seulement un manque de propos et un manque de goût, il n’y a pas seulement un décalage et une rup74
. ture de convenance, il y a une sorte de cruauté froide, et préméditée, il y a une sorte de basse dérision à ce qu’un homme qui a la situation de fortune de M. Langlois fasse une querelle d’argent à un homme qui a la
situation de fortune que j’ai. M. Langlois a travaillé beaucoup, c’est entendu. Mais il faut bien qu’on le sache, c’est dans la production qu’il y a le plus de travail, c’est dans l’œuvre qu’il y a le plus de labeur et il y a plus de travail dans un conte de Tharaud et dans quatre vers de Porché que dans toute une vie d’érudition. M. Langlois a beaucoup travaillé, c’est entendu. Et il travaille peut-être encore. Mais enfin la République le paie un bon prix pour travailler. Et nous contribuables nous le payons un bon prix. Et en outre il est bien de chez lui. Il pousse le luxe jusqu’à se faire cambrioler pendant les vacances les châteaux qu’il a dans les provinces. Que M. Langlois me permette de l’espérer, ou du moins de me repaître de cette vaine imagination. : Si j’avais mis à faire une carrière universitaire ce que j’ai mis d’activité dans les cahiers, je n’en serais peut-être pas où j’en suis envers les biens de fortune.
Pour me résumer d’un mot qui n’existait peut-être pas sous Charles V, c’est une grossièreté, quand on a autant d’argent que M. Langlois, de chercher une querelle d’argent à un homme qui en a aussi peu que moi. sans que j’insiste, (car je ne veux pas être grossiér, moi) : nous demandons que les universitaires qui ont ‘ épousé dans la noblesse républicaine nous fichent au moins la paix, nous qui avons épousé comme nous avons voulu. Nous demandons que les coureurs et
pre cahiers de la quinzaine î même que les amateurs de dots respectent au moins ‘ notre pauvreté. C’est entendu, monsieur Langlois? et su È Ni trouvez-vous à présent que je suis assez geignard, et pe Ée. L. — f). — Ici j’ouvre une parenthèse, monsieur Fe Langlois, (vous voyez que je n’en ai pas perdu l’habi- n: tude), et je vous fais à mon tour une querelle particu- ÿ D: lière. Je veux parler de cette cérémonie grotesque que l’on a organisée en Sorbonne pour célébrer le demi- … centenaire de l’entrée de M. Lavisse à l’École Normale Supérieure. Si le peuple français célébrait par des #4 réjouissances extraordinaires la sortie définitive de de M. Lavisse de l’Ecole Normale Supérieure je compren- % e drais encore ça. Cette École pourrait peut-être encore 1 se relever du traitement que M. Lavisse lui a fait subir. % Mais fêter l’entrée de M. Lavisse à l’École Normale ê c’est fêter l’entrée du fossoyeur dans la maison. Une idée À aussi saugrenue ne pouvait venir qu’à M. Langlois. 1e Je suis très embarrassé pour parler de M. Lavisse. Il A m’a fait trop de mal pour en dire du mal. La langue À L française est ainsi faite que l’on peut cumuler le comble , à homme peut être à la fois un énorme impotent et un énorme potentat. Mais ce n’est pas à M. Lavisse que j’en ai aujourd’hui, c’est à M. Langlois; (ou plutôt c’est é k M. Langlois qui s’est mis à en avoir à moi). Quand on & adore l’idole, ce n’est point l’idole qui a tort, d’être adorée, c’est l’adorateur qui a tort, d’adorer. Quand | M. Langlois fait les sept génuflexions devant M. Lavisse et l’entoure d’appareil, ce n’est pas M. Lavisse qui a 1 tort, c’est M. Langlois. Car je vois votre nom, monsieur s
_ Langlois, dans le syndicat d’initiative de la cérémonie
_ Lavisse. Et alors je demande : Qui trompe-t-on?
S’il s’agit de fêter en M. Lavisse l’organisateur de la
è victoire, le Carrot de l’enseignement secondaire en
Je France et de l’enseignement supérieur, l’homme aux quatorze armées, la plaisanterie est bonne évidemment mais le moment est peut-être mal choisi. Dire que l’École Normale est en bonne voie, ou qu’elle est saine, ou qu’elle se porte bien passerait partout aujourd’hui pour une aflirmation hasardeuse. Tout le monde a fini par se rendre compte que M. Lavisse était peut-être : excellent pour prononcer des discours de distribution de prix au Nouvion en Thiérache mais qu’à Paris en France cet homme n’a jamais semé que des ruines, comme on dit. Et répandu des ramollissements de la moelle épinière. À ce premier point de vue fêter par une cérémonie, et aussi solennelle, en Sorbonne, le
__ ‘ demi-centenaire de l’entrée de M. Lavisse à l’École î Normale Supérieure, c’était une véritable gageure. C’était porter un véritable défi à l’opinion publique. Tout le monde sait que sous le gouvernement de M. Lavisse l’École Normale achève de s’écrouler, qu’elle vit dans le plus grand désordre, s’il est permis de nommer cela vivre. Que M. Lavisse ait toujours été un organisateur du désastre, et que pour couronner sa carrière il ait enfin organisé le désastre de l’École Normale cela ne fait aucun doute pour personne et ce n’est pas cela qui est intéressant et je me reprocherais de m”attarder sur ce lieu commun.
C’est l’autre point qui est intéressant, et en lui-même
et parce que c’est ce point qui intéresse directement M. Langlois. Si on ne fête pas en M. Lavisse l’adminis-
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Le ; cahiers de la quinzaine _ neur et le régulateur, l’homme temporel, c’est donc ‘1e l’historien que l’on célèbre. Et c’est ici que je demandeà 1x) _ M.Langlois: Quitrompe-t-on? Car c’est ici que se produit N ni un renversement bien singulier des situations. Je dirais D À 4 même un renversement bien amusant. Mais j’ai peur que AN ne M. Langlois ne consente jamais à s’amuser avec moi. 4504 FUME C’est dans notre système en effet que M. Lavisse peut. \ ; e être un historien. Il est bon, il est mauvais, il est fort, Pre ; il est faible, mais enfin nous nous pouvons admettre que. Fate vi M. Lavisse soit un historien. Et c’est M. Langlois au à contraire qui a introduit dans le monde, (on voit que je le traite en grand seigneur), et qui est célèbre pour avoir introduit dans le monde un système de pensée, A mettons une méthode, un système de méthode où NM ; M. Lavisse ne peut pas être historien. Pour nous . M. Lavisse peut encore être un historien. Pour M. Lan- L 4 glois et pour les méthodes de M. Langlois et pour les. De. | disciples de M. Langlois et selon les méthodes de De. mesure de M. Langlois M. Lavisse ne peut être qu’un Ps à fade littéraire, ou littérateur, ou homme de lettres. Et F ‘ alors, quand on voit M. Langlois saluer cérémonieuse- ‘23 ment et solennellement en Sorbonne M. Lavisse et oi. l’introniser et le patroniser, alors on est conduit à se | à demander si ces grandes, ces fameuses méthodes, ces ° grandes souveraines, ces grandes impérieuses, ces SI grandes mademoiselles, qui ne s’inclinent pas devant @ ; le saint et devant le héros, ne s’inclineraient pas quel- À quefois devant les puissances temporelles. Et ici je | ferme ma parenthèse. dr. L. — g). — Et il faut que je me résume. M”accuser
ne _ de vénalité, c’est une sottise; et une grossièreté. (D’une PE double vénalité, d’une vénalité de gloire et d’une véna- . lité d’argent). M’accuser de vénalité quand on est riche, 5 c’est une indécence ; et une grossièreté. M”accuser de ! é4 vénalité en des termes constamment tortueux et cauteleux et rampants c’est une bassesse; et une lächeté. Mais m’accuser de vénalité et signer Pons Daumelas | quand on est M. Charles-Victor Langlois, je ne sais pas comment ça s’appelait sous Charles V, mais je sais que sous Poincaré ça s’appelle une pleutrerie. L. — h). — Quand je reçus cet article par la figure, comme je ne pouvais raisonnablement pas m’en prendre ; à un conseiller du roi Charles V, (ma compétence bien connue s’arrête au règne de Charles VII), (en remontant), et comme ma lâcheté bien connue fait que jene voulais pas me mettre mal avec cette puissance qu’est : un conseiller du roi, je fis ce que je devais; je m’en pris et je remontai directement au directeur M. Rudler. IL est de règle que le gérant couvre judiciairement et que le directeur couvre pour l’honneur. Et même pour la littérature. Qui ne se confondent pas toujours. Je m’en pris donc à M. Rudler, (c’était dans le Laudet), et lui adressai par écrit quelques paroles qui n’étaient point dénuées d’une certaine sévérité. C’est la règle que le directeur couvre les pseudonymes, quand ils ne se couvrent ou ne se découvrent pas eux-mêmes. Non seulement M. Langlois laissa M. Rudler payer pour lui. ma célèbre cruauté. Mais depuis plus de dix-huit mois que ça s’est passé M. Langlois n’a jamais demandé à reprendre sa place, il ne s’est jamais resubstitué à .
AAC ‘ | cahiers de la quinzaine 1010 4 _ M. Rudier, il n’a jamais cessé de laisser M. Rudler a : substitué à lui. De sorte qu’il est pleutre une première Da fois avec moi; je veux dire envers moi; et une deuxième FR fois avec M. Rudler. M. Rudier est chargé de recevoir +12 des coups pour ses patrons. On les lui repaiera peut- LA être en avancements universitaires. Mais ces cotes mal 2 ue taillées, mais ces transactions n’ont avec l’honnête ï homme que des rapports éloignés. La L. — i). — M. Langlois escomptait que je ne saurais pe pas que c’était lui Pons Daumelas. En quoi cet infaillible Ÿ historien se trompait. Et même du tout au tout. Si ] M. Langlois savait un mot d’histoire contemporaine il F 4 saurait que ma puissance est effrayante. Les feuilletons a)” du Matin, Gill X, Higgins and Co, ne donnent qu’une É 4 faible idée, monsieur Langlois, des aboutissements que à j’ai dans tous les mondes. | L. — j). — L’intrépidité de ces beaux cavaliers est admirable. Les héros ni les saints ne leur en imposent pas. Alexandre et César, David et Charlemagne ne les font pas trembler. Mais ils tremblent devant M. Lavisse. L. — k).— Ces impeccables historiens ne veulent pas qu’il y ait une chrétienté. Mais ils veulent bien qu’il y ait l’Institut. L. — {). — Ils ne veulent pas qu’on dise la messe, mais ils veulent bien célébrer la cérémonie Lavisse. L. — m). — Ils ne veulent pas qu’il y ait la vie spirituelle. Mais ils veulent bien qu’il y ait les diplômes. 3
_ la communion des saints. Mais ils veulent bien qu’ily / _ ait les promotions d’École Normale. | L. — 0). — Ces terribles athées ne veulent pas qu’il y ait de bon Dieu. Mais ils veulent bien qu’il y ait L. — p). — Ce fut une bien grande imprudence que . de célébrer avec tant de fracas le demi-centenaire de l’entrée de M. Lavisse à l’École Normale Supérieure. C’était inviter à un rapprochement bien simple. C’était inviter à comparer l’École Normale où M. Lavisse est entré et l’École Normale d’où M. Lavisse n’est pas : encore sorti. L’École Normale où M. Lavisse est entré était une École Normale Supérieure. De l’École Nor-
_ male d’où M. Lavisse n’est pas encore sorti on a dit . que c’était une auberge. Ceux qui savent ce qui sy passe savent qu’il ne faudrait point s’arrêter à ce nom d’auberge, maïs aller à un mot masculin, légèrement £ plus bref, beaucoup plus énergique.
L. — q).— Il faut aller un peu plus avant et dire un petit mot tout de même du fond de l’article et avouer que nos maîtres ne sont pas malins. Tant qu’ils travaillent dans ce que nous ne connaissons pas, ils nous paraissent des aigles. Quand ils travaillent dans ce que nous connaissons ils nous paraissent des ânes. Alors la prudence la plus élémentaire devrait leur conseiller de ne jamais parler que de ce que nous ne connaissons : pas. Ainsi ils paraîtraient toujours des aigles. Ce doit être bien agréable, d’être un aigle. Non point que je
| veuille dire que si Charles V revenait il ati due deu ë M. Charles-V. Langlois est un aigle. Et non point que re | je veuille dire que si M. Pons Daumelas revenait et “ s’il voulait me… m’engueuler et s’il voulait paraître un © FRA aigle il prendrait ce pseudonyme de Charles-V. Lan- Ar $ glois. Pour ne point se laisser reconnaître. Non, ce n’est. Fe an \ pas cela que je veux dire. Je veux. dire que tant as TH we Charles V et Pons Daumelas ne sont pas là, M. Langlois | PE és ji est un aigle dans Charles V et dans Pons Daumelas. Pne _ Quelle idée alors de s’en prendre à quelqu’un de vivant; +33 et qui est là. Restons un aïgle, monsieur Langlois, i* #. comme disait Victor Hugo. Et travaillons dans les … SA ñ morts, comme le fait M. Lavisse. 0 L.— r). — Ce Charles V, ce Pons Daumelas sont 2 beaucoup plus accommodants. Ils ne reviennent pas #4 pour nous dire si c’est vrai, tout ça. C’est une bonne Langlois, restez dans les matières où nous croyons que. : k vous êtes un aigle. F: 4 : L. — s). — Heureusement que moi-même je suis un Me bon élève de M. Langlois et que je sais traiter un docu- …— ment. L’histoire se fait avec des documents. Car il reste un manque. À expliquer. Car il reste une marge, à e + L combler. (Mettons une lacune). Car il resie un angle, ke un bâillement. Un défaut. Car toutes nos explications Fe ne sont point épuisantes de la réalité de ce document. |
- Il y a une faute. Et donc il y a une question, et bien que j’en sois lhumble matière il faut bien que j’avoue que c’est une question historique. Reprenons l’article 2 de M. Langlois, puisque c’est notre document. Ni la A
: 48 méchanceté naturelle au plus éminent de nos bons 18 #4 maîtres, ni l’aigreur, ni la furie, ni la fureur ni l’âcreté à _ ne suflisent à expliquer tout le ton de cet article. Elles +, ne suffisent particulièrement pas à expliquer un certain ton d’ébriété qui règne tout au long de cet article et É qui se manifeste par un certain vacillement constant de Pre pensée, par une violence, inusitée, par une outrance maladive, par une exagération chronique de l’épithète. | Il y à quelque chose. Il faut qu’il y ait une raison pour . qu’un homme aussi naturellement pondéré, aussi naturellement équilibré, aussi naturellement mesuré que M. Langlois ait aussi constamment vacillé, si ces deux mots peuvent aller ensemble, tout le long de cet article. 1 faut qu’il y ait une raison pour que cet homme ait à _ ce point constamment titubé. Et la science moderne se demandait anxieusement pourquoi cet homme avait cette fois titubé. Et c’était un grand problème histo__ rique. Et je vois bien que M. Langlois lui-même s’allume aujourd’hui sur ce problème historique. Et c’est encore moi qui vais satisfaire sa curiosité. La vôtre, messieurs.
. C’est encore moi qui ai trouvé la solution de ce grand problème historique. Et pourtant je n’en ferai point un travail pour la Bibliothèque de l’École des Chartes, ni | même une communication à l’Académie des Inscriptions. Je suis résolu à tout garder pour les cahiers. |
D’où venait cette ébriété. Heureusement que je suis un bon élève de M. Langlois. Quand j’étais petit M. Langlois m’a enseigné qu’il faut avant tout dater un document. Il n’a pas perdu son temps, avec moi, M. Langlois. Dix-huit mois de recherches m’ont permis de dater le document que nous examinons. Ce document doit être attribué à la date du 15 Juillet 1911. Par
NS cahiers de la quinzaine une coïncidence amusante, mais purement fortuite, età Ve “TA j laquelle un véritable savant ne saürait s’arrêter, c’est 42 % £ précisément la date qu’il y a et que tout le monde peut voir en haut à droite sur la première page dela couverture. Mais vous pensez bien que ce n’est pas là 7 que je suis allé la prendre. Je suis trop malin. Ce ne. re 4 serait pas scientifique. Et ‘ Quinze juillet 1911. Je vois vos fronts qui s’éclai- De rent. Oui, vous avez compris. Vous savez à présent ee d’où venait cette ébriété. Mais comment vais-je oser 4H appliquer à un homme aussi hautement honorable que + … M. Langlois le mot qui de lui-même vient au bout de la nos plumes. Il faut pourtant se résoudre à le dire. IL #28 résulte des éminents travaux de M. Langlois sur la 5e fondation de la République et sur le dernier tiers du dix- 5 neuvième siècle, (après Jésus-Christ), que le Quatorze He juillet est le jour de la Fête Nationale. Par conséquent, + comment le dire, le lendemain Quinze, enfin il faut à bien le dire, le lendemain quinze est le jour de la gueule. È de bois nationale. M. Langlois ne m’a pas seulement . _ envoyé sur mon auguste figure un article de gueule de : 4 bois, mais cet article n’était point de gueule de bois 4 ordinaire, et comme dit M. Laudet, hebdomadaire. | : M. Langlois m’a envoyé un article de gueule de bois | Dix-huit mois de recherches acharnées, dont on ferait el une thèse, m’ont permis de reconstituer, jusque dans le : { plus humble détail, la journée précédente. Je sais, minute par seconde, tout ce que fit M. Langlois dans la : journée du 14 juillet 1911 et pourquoi son article du 15 h était si excité. Le matin du 14 M. Langlois, dont la $ fureur patriotique est bien connue, s’était violemment ;
Ne excité à acclamer nos vaillants petits troupiers à la Le revue de Longchamp. Tout le reste de la journée M. Langlois, dont la jovialité bien connue n’a d’égale ; que la violence de ses sentiments populaires, M. Lan- / \ glois a passé toute son après-midi à danser avec des ; petites bonnes aux coins des carrefours. Et le soir il } s’est attardé amicalement chez quelques mastroquets _. de défense républicaine. Et aussi vrai que je suis mûr
- pour aller à Charenton, par un effet de cette écholalie qui n’a même pas été vaincue, qui a même résisté à un 5 emploi gradué des pilules Pink, aussi vrai M. Langlois le soir était mûr, tout court. L. — t). — (Heureusement que nous sommes sur nos __ fins, car nous voici déjà à la lettre £, les lettres vont plus d’algèbre, M. Langlois sait ça). — t). — Je demande . enfin ce que devient la méthode dans tout ça. Car enfin il faut qu’il y ait une méthode ou qu’il n’y en ait pas. Quand j’étais petit la méthode consistait, et c’était celle de M. Langlois, la méthode nous enseignait qu’il ne faut point écrire un mot sur une question avant d’avoir épuisé et la documentation et la littérature de cette question. Ce n’est pas seulement la méthode de M. Langlois, c’est la méthode. M. Langlois n’en fut pas seulement le grand-prêtre, il en est l’innovateur, ou un innovateur, un introducteur, un inventeur. Alors et ici se pose une question. Quand nos maîtres ont inventé la méthode, quand ils l’ont introduite parmi nous, fut-il < entendu qu’ils se réservaient, eux seuls, le droit de ne pas la suivre. La loi est faite pour tout le monde. Futil entendu que nos maîtres introduisaient la méthode
pour que nous fussions forcés de la suivre etpourque Qu eux ils ne fussent pas forcés de la suivre. Cette méthode __ était-elle un amusement pour nous embêter, ou était- FM ; HY elle une méthode. C’est-à-dire une discipline générale. TE “ Car ici se pose, ici se place, ici se présente un retour nement des situations tout à fait comparable à celui +, #00 qui venait de se produire pour M. Lavisse, ou plutôt _ c’est le même retournement sous une autre forme. De “CE Fe même que pour nous M. Lavisse peut être un historien “ Re: mais que pour M. Langlois il ne peut pas être un histo- L +4 rien, de même pour moi je puis être une quantité négli- va j geable, mais pour M. Langlois je ne puis pas en être 12% Dans mon système je puis être négligeable, parce 0 que je peux me considérer comme infime. Dans le … à. système de M. Langlois nul ne peut me considérer 4 À comme négligeable, parce que dans le système de 14 ï M. Langlois rien n’est infime. : ; L Dans notre système, qui est un système d’ordre, de nn. hiérarchie, un système des valeurs, un système de 1 J culture et d’humanité, dans notre système qui est + un système si je puis dire de la réalité, dans notre 3 système qui est un_système de plusieurs plans, dans k ## notre système qui admet, qui reconnaît des saints et 3 des héros, et Dieu au faîte, et en bas des pécheurs a de l’espèce ordinaïre, comme nous, dans mon système 4 je puis être méprisable, dans mon système je puis être 6 négligeable, dans mon système je puis être infime. ; Je ne puis pas l’être dans le système de M. Langlois. s Dans mon système je puis me contenter de trois LS quarts de page et trouver que c’est encore beaucoup trop pour moi. Dans le système de M. Langlois je ne K
puis me contenter de trois quarts de page, parce que Fa _ dans le système de M. Langlois rien ne peut se | contenter de trois quarts de page. Le système de M. Langlois est un système d’un seul plan. Dès lors sur ce plan il faut que je figure comme
tout le monde et au même titre que tout le monde. Puisque c’est une carte, tous les pays sont sur la carte.
Le système de M. Langlois est un système égalitaire. Il ne peut me traiter inégalement dans cette égalité.
Le système de M. Langlois est un système démocratique. Il n’a pas le droit de me rejeter de son peuple.
saints ni Dieu : tout se vaut. Alors moi je vaux bien les
: Notre système est un système de la dignité ; (et de À l’indignité); dans mon système je puis me déclarer .indigne; et il y aura toujours des pauvres parmi nous.
! Mais dans le système de M. Langlois il n’a pas le : : droit qu’il y ait des pauvres parmi eux. Tout le monde
a droit au même traitement. Et moi dans tout le monde.
Tout le monde a droit à la même dignité. Et moi dans tout le monde.
_persécuter, M. Langlois ne peut pas me négliger.
M. Langlois peut m’en vouloir plus qu’à tout le monde : comme historien, dans son système, il ne peut ‘ pas me traiter autrement que tout le monde.
M. Langlois peut me haïr, il peut me mépriser, mais comme objet de son étude il ne peut pas me mépriser ; comme objet de son mépris il ne peut pas me mépriser; comme étant devenu sa matière il ne peut pas me mépriser, il ne peut pas me négliger.
7% Aussitôt que M. Langlois, historien, parle de moi, je | + 4 A deviens matière historique, je suis revêtu de la dignité 5 * . “ La méthode de M. Langlois consiste à soumettre àun ne 3 certain même traitement, qui est le traitement historique, +0 3 tout le monde également, tout le monde sans aucune . SO Ÿ exception. Nul ne peut s’en échapper par en haut, (les 38 saints, les héros). Mais nul aussi ne peut s’en échapper par en bas ; comme indigne. 4 M. Langlois lui-même ne peut pas accorder de ER J dispense. Dans le système de M. Langlois tout le monde, É tout est soumis à la méthode historique. Si M. Langlois : + historien écrivait sur M. Langlois objet d’histoire, Et. M. Langlois objet d’histoire serait soumis à la méthode ï historique. Tomberait sous le coup de la méthode La historique. Nos maîtres ne peuvent s’accorder, même à eux-mêmes, les dispenses qu’ils nous refusent. #3 M. Langlois traite les héros et les saints aussi mal - 1 que tout le monde, il est forcé de me traiter aussi bien ’ que tout le monde. F Nous autres hélas nous avons le droit de faire des pirouettes. Pourvu que nous les réussissions. M. Langlois É n’a pas le droit, parce qu’il a une robe. : Nous le ferons prisonnier dans sa dignité. ; 1 La méthode de M. Langlois est une méthode, elle est 4 la méthode de la connaissance de la matière historique Ê indéfinie par un épuisement d’un détail indéfini. Dans la méthode de M. Langiois on ne peut traiter une ques- aie tion, écrire un mot sur un objet (d’étude) avant d’avoir J épuisé et la documentation et la littérature sur cette È question et sur cet objet. Qu’est-ce que c’est alors que cet air de fantaisie que prend ce Pons Daumelas et ce genre |
se cavalier et ce genre bel esprit et cet air de dire, parlant _ de mes Œuvres choïsies, et en faisant le compte rendu dans une Revue Critique : Vous savez, je ne connais pas Ke ce garçon-là. Je suis le simple lecteur, le monsieur qui __ passe. Je parle de son livre en amateur. M. Langlois n’a pas le droit d’être un passant, et un amateur. Il faut qu’il soit un insistant, et un historien.
Si sa chape d’historien lui pèse, ce n’est pas nous qui la lui avons mise.
Mais qu’il la quitte. Ou bien qu’il la garde. Qu’il soit Pons Daumelas. Ou qu’il soit M. Langlois. Qu’il ne soit pas les deux ensemble et dans le même temps. Qu’il ne joue pas, ensemble et dans le même temps, le vêtu et le
Tant qu’il est M. Langlois je réclame ma documentation et ma littérature. Je veux dire que j’exige qu’il ne parle de moi qu’après avoir épuisé la documentation et
la littérature sur moi. Pourquoi faire en mon honneur, en ma faveur cette exception, de vouloir me traiter, moi seul, par une méthode directe. Non, non, qu’il reste fidèle à ses méthodes, même en moi. Je refuse cet excès d’honneur. Je refuse cette dignité d’indignité. J’ai droit rien. Mais moi objet de M. Langlois, moi objet historique, moi matière historique je suis autant que les autres. Ce n’est pas même nous qui ferons M. Langlois prisonnier. M. Langlois est prisonnier de M. Langlois. Il ne peut point se rendre libre, même envers cet objet infime, que je suis.
L. — u). — (Dépêchons-nous, mes enfants, nous n’avons plus que cinq lettres, sans compter celle-ci). u).
— Cette duplicité de M. Langlois, (je prends ce mot ve dans son sens étymologique), cette duplicité où M. Lan- 11 D glois est réduit, cette duplicité où M. Langlois est contraint éclate, comme toujours, dans la typographie. de. Car dans ce même numéro de cette même Revue Cri- | 4 tique où M. Langlois, sous le nom de Pons Daumelas, ti me règle, dans ce même numéro, sur la couverture de n $ ce même numéro M. Langlois figure comme patronet comme répondant sous son titre de professeur à la à Sorbonne dans le petit appartement des principaux & rédacteurs. Je nomme petit appartement des princi- 4
- paux rédacteurs ce large carré rectangulaire, (il va encore me quereller sur ce carré rectangulaire), fermé È de quatre barres, où la Revue Critique des Livres # Nouveaux nous donne le 15 de chaque mois, août et 4 septembre exceptés, sur la première page de sa couver- d ture, préalablement enfermés, la liste de ses principaux ; collaborateurs. Et alors parlons posément. Quand une revue s’appelle Revue Critique des Livres Nouveaux, quand elle met, quand elle présente constamment sur Ë la première page de sa couverture ie paquet de noms ; que la Revue Critique nous présente, qu’on ne le nie 4 pas c’est pour donner par ces noms une garantie, pour É À lier un faisceau d’autorité scientifique. De sorte que | M. Langlois, bien connu comme scientifique, et comme | critique, et comme auteur et patron de la méthode scientifique, et comme gouverneur de la méthode scientifique, de sorte que M. Langlois, qui ne peut se mentir à lui-même, qui ne peut se dérober à la réputation qu’il a, qui ne peut se refuser à la réputation sorte que M. Langlois sur la couverture authentique
sé _ Pons Daumelas à l’intérieur ; M. Langlois sur la couver_ ture garantit la méthode scientifique de Pons Daumelas _ à l’intérieur; et le pamphlétaire Pons Daumelas à l’inté- .. … rieur jouit de la garantie scientifique et de l’autorité de EX CM. Langlois sur la couverture. Pons Daumelas pamphlé- d | taire est revêtu de la dignité historique de M. Langlois, il est couvert par la dignité historique, (et par la dignité universitaire, et par la dignité d’État), de M. Langlois, sans qu’on sache que c’est le même homme. Et pourtant c’est le même homme. C’est ce cumul que je | nomme une duplicité. Et même ce n’est pas une duplicité simple, si je puis dire. C’est plusieurs duplicités. Car c’est une duplicité littéraire, et encontre une duplicité scientifique; et une duplicité sociale; et une duplicité : _ d’État; et une duplicité universitaire. D’un côté, comme Pons Daumelas, il est toujours pamphlétaire. De l’autre côté, il est ensemble et un scientifique; et un dynaste:; et un puissant; et un haut (ou un grand) universitaire (comme on voudra); et un haut ou un grand fonctionnaire; et un homme puissant dans l’État; et un homme qui a une situation de fortune.
Que nos maîtres se fassent pamphlétaires, c’est leur droit; ils sont libres; et je n’y vois pour ma part aucun inconvénient. Mais que, comme pamphlétaires, ils ne soient plus revêtus de l’autorité magistrale. Qu’ils soient des hommes comme nous. Des hommes libres. Libres de leur autorité même. Qu’ils soient des simples citoyens dans le pamphlet. Et comme le disait déjà le vieil Aristote qu’ils ne soient pas ensemble et sous le méme rapport professeurs et pamphlétaires.
L. — +), — (Dépêchons-nous, mes enfants). — En
titi _ d’autres termes je veux savoir si, quand je me trouve en présence de M. Pons Daumelas, pamphlétaire, e 118 : N st qu’il se met dans mes jambes je dois le traiter comme dE NS un camarade pamphlétaire ou l’appeler Monsieur le Ro, 6 Professeur. Et monsieur le Directeur. Et je veux savoir Re 4 A si je puis distinguer entre le mépris que je puis avoir moe pour ce Pons Daumelas et le respect que je dois avoir À pour M. Langlois. 11 “ Le EL. — w). — En un mot nous ne voulons pas que nos 51 AGE maîtres jouent des deux mains, et à la fois sur les deux 110 : tables. Nous voulons que chaque homme joue une fois. Per Ë L. — x). — D’autant que M. Langlois, sous son propre nom, sait fort bien avoir une opinion littéraire. 2 Ce qui fait presque trois rôles, et non plus seulement raire, et Pons Daumelas (M. Langlois) pamphlétaire. … « Gela ne fait qu’accroître la confusion. i:4 Car M. Langlois lui-même et sous son nom a presque # découvert un grand écrivain. Ou il a découvert presque K un grand écrivain. Ce presque grand écrivain est un 4 nommé Babut, qui a fait un livre évidemment énorme si sur saint Martin, (celui de Tours). Dans cette même 4 Revue Critique, numéro du 15 janvier 1913, M. Langlois Î k Les démonstrations dont ce livre est tramé.…. ; | Ce livre c’est le livre de M. Babut. : | Les démonstrations dont ce livre est itramé sont d’une à vigueur et d’une élégance rares. Qu’il y en ait, çà et là,
d’un peu forcées, c’est possible; mais ce n’est pas ici le î _ lieu d’exposer quelques scrupules sur des détails sans ne gravité. Il vaut mieux constater, pour finir, le plaisir sans | Na mélange que donne, d’un bout à l’autre, le style simple, … discret, fort et plein qui contribue à faire de M. Babut un _ des meilleurs historiens de la génération nouvelle. j On voit que M. Langlois sait louer. Ce serait une erreur de croire que M. Langlois ne sait pas louer. M. Langlois n’est pas toujours revêche. Je ne sais si le ! Babut dont il parle ici est celui que nous avons connu à l’École Normale. Celui que nous avons connu à l’École _ Normale était un grand oiseau sérieux, moraliste, bino_ culaire. Rien n’est secrètement roué comme ces raides. Celui-ci était déjà un grand protecteur. Celui-ci a | démontré clair comme le jour que saint Martin était ._ une sorte de douteux et de détestable paltoquet. | Heureusement encore que M. Babut ne nous a pas démontré que saint Martin n’avait pas existé. Cette démonstration eût été tout aussi facile. Mais, moins raffinée, elle eût peut-être moins emporté le suffrage de M. Langlois. Le travail, on le sait, consiste à démontrer que les héros et les saints n’existent pas. Si j’avais démontré que Jeanne d’Arc est une gourgandine, M. Langlois trouverait que je suis un grand d