XIV-7 · Septième cahier de la quatorzième série · 1913-01-05

Depuis 1880, l'enseignement primaire

Th. Naudy

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Nous avons donné le bon à tirer après corrections Lu pour dix-sept cents exemplaires de ce sixième cahier NEA _ el pour quinze exemplaires sur whatman le mardi So] à Ë 4 Ce cahier a été composé et tiré par des ouvriers syndiqués TE _ Juzien CRéMI&U, imprimeur, 13 et 15, rue Pierre-Dupont, Suresnes, — 7672 + A

Dans les vingt et un cahiers de leur troisième série, année 1901-1902, nos cahiers ont publié : MEN ET Guizysse. — Les Universités Populaires et le ne I-3. — Grorces Sore. — De l’Eglise et de l’Etat, 1e ILI-6. — Jean HuGues. — la Grève. — trois actes… 1 » S | III-8. — BerNARD-LAzARE.—1les Juifs en Roumanie. 2 » 5 Ill-9. — Torsror. — une lettre inédite adressée à AS UI-10. — les Universités Populaires 1900-1901.Paris à Jl-11. — Roman RozLanpb.—le 14 Juillet, — action # Ill-17. — cahier de courriers. — Félicien Challaye. — + impressions sur la vie japonaise. — Edmond Bernus. — À la Russie vue de la Vistule. — Jean Deck. — courrier : de Finlande, ; pes. eee see SSSR D Ul-19. — Pierre QuicraRD. — Pour l’Arménie… 3 » Pour tous renseignements sur les Cahiers de la Quinzaine et le prix de l’abonnement, demander à M. André Bourgeois, 8, rue de la Sorbonne, Paris, le 4 tableau synoptique de nos éditions antérieures et de nos treize premières séries. | Nous mettons le présent cahier dans le commerce ; sixième cahier de la quatorzième série; un cahier jaune de 96 pages; in-18 grand jésus; nous le vendons deux francs. 1

périodique paraissant tous les deux dimanches 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

D dun à l’étude | NEA à des projets de Li ire TOUS

Le système d’éducation qu’un régime politique sa valeur morale; il n’est pas de critérium plus certain, et l’on peut même dire sans exagération qu’il est le seul vrai critérium, le seul critérium possible.

Et, en fait, tous les gouvernements qui se sont succédé en France ont laissé comme la marque indé- lébile de l’esprit qui les animait dans la conception qu’ils se sont faite de la façon d’instruire et d’élever la jeunesse, dans le souci qu’ils ont montré de lui pré- parer les maîtres capables d’assurer le développement méthodique et harmonieux de ses facultés selon le rôle qu’ils lui assignaient, par avance, au sein de la société telle qu’ils en comprenaient l’organisation,

— L’ancien régime s’en remit complètement à l’Église du soin de donner l’éducation, et c’est principalement de la noblesse, et presque uniquement même des jeunes gens que l’on se préoccupa. Sauf quelques exceptions, c’est pour eux que furent ouverts et entretenus des

voir absolu du clergé dans le choix des maîtres, dans “+ la direction et dans la surveillance des écoles, qu’il se 1 le soit attribué de lui-même ou que des édits royaux, É comme l’édit de 1665, le lui aient officiellement reconnu; + c’est encore, quoi qu’on en ait pu dire, la situation mal assurée, humiliante et misérable des maîtres; c’est 3 enfin la médiocrité de leur salaire et celle encore plus À grande de leur savoir.

Il apparaît qu’on n’ait eu quelque exigence qu’en matière de religion, et que la principale cause du renvoi . d’un maître ait toujours été un manque de soumission absolue envers l’autorité ecclésiastique ou une insufli- #

A titre de document, nous donnons la copie textuelle d’un « Brévet d’instituteur laïque », en date du 7 avril ‘3 1790, délivré à l’instituteur de Villorceau (département 4 du Loiret). Cette pièce officielle, émanant de l’autorité | ecclésiastique, montrera à quelles préoccupations obéissait le clergé sous l’ancien régime (car il ne faut pas 5 oublier qu’au 7 avril 1590, l’Assemblée Constituante 3 n’avait encore pu opérer aucune réforme administrative : | sérieuse) dans le choix des instituteurs comme dans 3 l”énumération des devoirs qu’il leur imposait. On 3 remarquera que, des dix-sept articles composant « les avertissements », il n’en est pas un seul d’ordre pédagogique.

Chanoiïne et Scholastique de l’Église d’Orléans, Chancelier de l’Université de ladite ville. Étant informé des bonnes vie, mœurs et capacité de la personne de Paul Voisin $

_ originaire de la paroisse de Villorceau.….. et qu’il professe j la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, nous lui avons donné et donnons par ces présentes, pouvoir d’ouvrir et tenir une École de Garçons dans la Paroisse du dit Villorceau… de ce Diocèse, pour y enseigner à lire et à écrire; à condition qu’il n’y recevra que des Garçons ; qu’il aura principalement soin de les élever dans la piété et dans la Religion Catholique, Apostolique et Romaine; qu’il enseignera le Catéchisme du Diocèse trois fois la semaine; qu’il ne pourra tenir École ailleurs que dans la Paroisse ci-dessus désignée, sans une permission de nous par écrit, nous réservant le droit d’en faire la visite toutes les fois que nous le jugerons à propos : lui enjoignons en outre d’observer exactement les Avertissements ci-joints : En foi de quoi nous avons signé les présentes, y avons fait apposer notre cachet, et icelles fait contresigner par notre Greflier, lesquelles ne vaudront qu’autant qu’il nous plaira seulement. Donné à Orléans, le septième. jour du mois d’Avril… mil Monsieur le Scholastique s 1° Un maître d’École doit continuellement se représenter que la fonction qu’il exerce a toujours été regardée dans l’Église comme très importante, puisque les premières instructions de l’enfance sont presque toujours ineffaçables dans l’esprit des hommes. Il doit done se considérer, à l’égard des jeunes Garçons confiés à sa conduite, comme s’il était leur père spirituel; et, dans cette vue, il doit leur apprendre, avant toutes choses, d’obéir à Dieu, et ensuite , à leurs parents; leur enseigner les principes de la Foi, l’Oraison dominicale, la Salutation angélique, le Symbole

des Apôtres, et les Commandémens de Dieu et de l’Église; ue et afin de rendre cette instruction facile, le Maître sera tenu 10e d’avoir en son École un Tableau ou une Image représentant notre Seigneur crucifié, ou la Très-Sainte Vierge, #4 re devant laquelle, auparavant de commencer les Leçons, AL 2 1 fera mettre les Écoliers à genoux, et fera réciter poliment _. et à haute voix, par l’un d’entre eux, la Prière du matin à # Fs $ la classe du matin, et la Prière du soir à la classe du soir, Re. . telles qu’elles sont dans le Catéchisme du Diocèse. CHER à > Comme les instructions font ordinairement moins … d’impression sur l’esprit des enfans que les exemples, le Ke Maitre d’École réussira beaucoup plus sûrement à former les Écoliers à la pratique des devoirs de la Religion, s’il = _ les observe exactement lui-même, comme il y est obligé. 2 3° La règle des Écoles chrétiennes étant de faire présenter < . les enfans au Tribunal de la Pénitence aux fêtes de ro | Pâques, de la Pentecôte, de l’Assomption de la Très-Sainte , ? LES Vierge, de la Toussaint et de Noël, le Maître d’École aura #4 à soin, aux approches desdites fêtes, de concert avec M. le à. Curé de la Paroisse, pour convenir avec lui du jour où il 0 Er pourra lui amener les Écoliers pour les confesser. Quant à Fe : lui-même, il doit non-seulement s’approcher des Sacrements aux-dites Solennités, mais le bon exemple demanderait . Fe encore qu’il le fit régulièrement tous les mois : nous l’exhor- ere . tons à suivre cette sainte pratique. Fa 4° Le Maître aura soin de faire assembler, les Dimanches + 5 et Fêtes, les Garçons de son Ecole, pour assister au Service 24 divin ; il les placera dans l’endroit de l’Église qui leur est “ destiné : il sera à leur tête afin de les contenir dans la fe. l modestie qui convient à la sainteté de la maison de Dieu. | 5° Le Maître aura soin pareillement de faire entendre tous les jours la sainte Messe aux Garçons de son École, autant que cela sera praticable ; et lorsqu’il les conduira à l’Église, il les fera marcher deux à deux modestement. 6° Le Maître ne se servira point d’autre Catéchisme que an celui du Diocèse pour l’enseigner à ses Écoliers : il le leur féra répéter au moins trois fois la semaine, Il ne sera rien k

_ innové dans les Écoles de charité, dont l’usage est de le | faire réciter tous les jours. oi Fa 7° Le Maître ne fera lire aucun livre, autre que les Usages du Diocèse, sans en avoir obtenu la permission par écrit : _ il fera son possible pour que ceux des enfans de sa classe _ qui sont également avancés pour la lecture, aient les A: mêmes livres, prenant garde, en les faisant lire, qu’ils ne : _ contractent point de mauvaises habitudes dans la prononse ciation, et qu’ils observent les accents, les points et les por 8° Le Maître aura toujours beaucoup de respect pour _ M. le Curé de la Paroisse, et prendra ses avis pour tout ce rw qui peut contribuer au bien de son École. = 9° Les Écoles tiendront tous les jours ouvriers de la | semaine, deux fois par jour, matin et soir, à l’exception de l’après-midi du Jeudi, qui sera accordée aux Écoliers pour leur servir de délassement. : 10° Les Maîtres d’Écoles entretiendront la paix et l’union __ entre eux : et en cas qu’ils aient quelque différent concerg nant le fait des Écoles, ils se pourvoiront pardevant RE Nous, pour être réglé ce qu’il appartiendra. Ils ne se diffage meront point les uns les autres, et ne diront aucunes injures, sous peine de destitution. 11° Aucun Maître ne prendra un logement dans la même rue d’un autre Maitre comme lui, sans notre permission. à 12° Nul Maître n’attirera chez lui, en quelque manière d que ce soit, les Garçons qui vont à d’autres Écoles, sous - x peine de destitution : et dans le cas même où il lui | viendrait quelques Écoliers d’une autre Écolé, sans qu’il eût contribué à leur sortie, il ne pourra les recevoir dans f la sienne qu’après qu’ils auront payé le salaire dû à leur ancien Maître, sous ladite peine de destitution ; si mieux

  • n’aime lé nouveau Maître payer ce salaire de ses propres 13° Tout Maître qui sçaura quelqu’un tenant École sans É avoir commission de Nous, nous en avertira, ou notre Promoteur, pour y être pourvu.

14° Aucun Maître ne logera chez lui des personnes diffa- A mées, ou de mauvaise réputation; il ne logera lui-même $ chez aucune de ces personnes, sous peine de destitution. À 15° Si un Maître était marié, et que sa femme fût approuvée de Nous pour tenir École de filles, Nous leur L défendons de tenir leurs Écoles dans la même maison, sous peine d’être interdits ou destitués. - 16° L’autorité Royale s’étant unie à celle de l’Église pour défendre aux Maîtres d’Écoles de recevoir des filles dans leurs Écoles, et aux Maîtresses d’y recevoir des Garçons, Nous défendons à tout Maître d’École de recevoir aucune fille dans son École, sous peine de destitution, laquelle n peine il encourra même pour n’avoir contrevenu qu’une seule fois à notre présente défense ; et nous l’avertissons qu’en contrevenant à la disposition insérée au présent Article, il tombe dès le même instant dans un Cas réservé dans ce Diocèse, dont voici la teneur : Extrait du Rituel du Diocèse d’Orléans, page 93, Cas 22 des Cas réservés. Un Maître ne doit tenir École que pour les Garçons, et une Maîtresse que pour les Filles. Lors donc qu’un Maître _enseigne des Filles, une Maîtresse des Garçons dans leurs Écoles ou ailleurs que dans la maison paternelle des enfans, non-seulement l’un et l’autre pèchent, mais encore les Pères et les Mères des enfans, et ceux qui leur en tiennent lieu; et ce péché est réservé. On comprend sous le nom de Maîtres d’Écoles, les Curés ou Vicaires qui en font les fonctions. 15° Lorsque le temps porté par nos présentes lettres sera fini, chaque Maître sera tenu de nous les rapporter, et de se présenter devant Nous, ou devant notre Promoteur en notre absence, pour les faire renouveller. Ainsi donc, sous l’ancien régime, il existe seulement un petit nombre d’écoles destinées aux enfants du

peuple; elles sont établies au hasard des fondations pieuses et peuvent disparaître sans éveiller aucun scrupule chez les gouvernants qui semblent presque les ignorer, et qui s’en remettent uniquement à l’Église du soin de les diriger et de les surveiller. Et cela se conçoit : le gouvernement du roi n’a pas besoin de sujets éclairés ; ce qu’il réclame d’eux, c’est l’obéissance absolue, lobéissance passive en tout et pour tout;

3 des esprits cultivés, des hommes à l’intelligence ouverte, à la conscience éveillée seraient un vrai danger pour le régime. Il suffit que les deux ordres privilégiés, ceux qui sont les maîtres du troisième, soient instruits, et il est d’une sage préoccupation, d’une politique avisée, que la masse, le peuple, demeure dans l’ignorance ; de la sorte, il sera plus aisément gouvernable.

Enfin, nulle part, on ne trouve trace que l’on se soit préoccupé de fournir à ceux qui devaient exercer les fonctions de l’enseignement (et même à tous les degrés de l’enseignement) les moyens d’étendre leurs connaïssances et, moins encore, les moyens de diriger les quelques connaissances qu’ils ont pu acquérir dans le sens qui devait le mieux convenir à leur mission.

Il faut en excepter les Frères des écoles chrétiennes qui recevaient quelques directions avant d’être placés à la tête d’une école ou d’une classe. Ils devaient cette éducation privilégiée à l’abbé Jean-Baptiste de La Salle qui, après avoir fondé, en 1680, l’Institut des Frères des écoles chrétiennes, à la sollicitation des curés de plusieurs villages voisins qui manquaient d’instituteurs, ouvrit à Reims, en 1684, un « Séminaire de maîtres d’écoles » où devaient être formés des maîtres pour les districts de campagne.

A Quelques années après, en 1691, de La Salle ouvrait FE HU à Paris deux écoles et, en 1698, créait rue de Lourcine a un « séminaire urbain » pour la préparation des insti- | Dre tuteurs de la ville. On ÿ enseignaït le catéchisme, SA HS la lecture, lécriture, l’orthographe, la grammaire, 2 Varithmétique, le système des poids et mesures et ee le chant d’église. A ce séminaire était annexée une A école de charité où les futurs maîtres s’exerçaient à la pratique de l’enseignement sous la direction d’un te e frère expérimenté. F ne. Il n’est pas indifférent d’ailleurs de constater que, Eee . si dans la langue du seizième, du dix-septième et du Rs dix-huitième siècle, on garde souvent au verbe instituer = le sens d’élever, d’éduquer (voir Montaigne, Rabelais, à è Descartes, La Chalotais, etc.), les maîtres de l’enfance ee ” continuèrent cependant, jusqu’à la Révolution française, se à porter les noms les plus divers, tels que : pédagogues, recteurs, etc., et même cuistres dans certaines régions ; C’est dans le Décret du 22 frimaire an E (12 décembre 19792) que, pour la première fois, et sur l’initiative de ; Condorcet, ils sont officiellement désignés sous le nom & d’Znstituteurs. Le paragraphe premier de ce Décret dit en effet : « Les personnes chargées de l’enseignement dans les écoles s’appelleront des Instituteurs. » Tous les actes législatifs leur ont, depuis, réservé : la même dénomination. ;

Au moment de la Révolution, on signale bien dans Ÿ presque toutes les provinces « le triste sort{ » des insti+ tuteurs et la nécessité d’y porter un remède efficace; : mais parmi les divers moyens préconisés pour « avoir

| de bons maîtres » ne figure jamais la préparation péda _ gogique. Les instituteurs eux-mêmes ne semblent pas FER _ encore se rendre compte de la nécessité d’une prépa- nat Bo ration spéciale, et proposent l’emploi de mesures re d’ordre tout différent pour assurer le bon recrutement FEU _ des maîtres. LAS _ Voici, parmi beaucoup d’autres, comment un certain

nombre d’entre eux s’expriment : « Pour parvenir à _ avoir de bons maîtres, il faut en faire un bon choix ; et et Re pour avoir des sujets à choisir, il faut que le gouver- à __ nement les prenne sous sa protection, qu’ils dépendent +4 _ directement de lui ou des administrations provinciales ; _ que ces maîtres soient soutenus dans le libre exercice de leurs fonctions; qu’ils soient maintenus dans la dignité due à leur état, en leur rendant la qualité de | _ citoyens dont on les prive, et les sortant de l’état _ d’abjection où ils sont plongés depuis si longtemps. | ler « Dans le choix à faire de ceux qui doivent enseigner je les enfans, il paraît qu’il serait convenable ;: 1° de ne choisir que des personnes ayant atteint l’âge de vingt à

vingt-et-un ans; qu’ils fussent mariés ou dussent l’être

dans l’année de réception, à moins qu’ils ne demeu-

rassent avec père, mère, frère ou sœur ou tels autres

parens en état de répondre de leurs actions; 2° que les | candidats fussent munis de bons certificats de vie, | mœurs et catholicité; ensuite, subiraient un examen,

suivant la place qu’ils devraient occuper, en présence,

des pasteurs et magistrats, c’est-à-dire officiers munici-

paux dans les villes et bourgs, échevins et syndices dans s les villages, à iceux joints (si l’on veut) quatre des prin__ cipaux et notables habitants, et interrogés par experts

connaisseurs. Il conviendrait encore que, parmi plu- de sieurs concurrents, on n’eût égard qu’au talent et au mérite, sans autre préférence. - : « Qu’un maître une fois admis dans telle ville ou communauté, il en fût donné avis aux administrateurs de la province, qui en inscriraient le nom, l’âge et la qualité sur un registre, et qu’il ne pût en être destitué que de l’autorité des administrateurs, et pour des causes légitimes, et bien et duement vérifiées. Les maîtres euxmêmes ne pourraient changer ou quitter leurs fonctions, $ sans en avoir obtenu la permission, et après avoir déduit leurs raisons. » (Extrait des « Doléances à pré- senter aux États Généraux par les instituteurs de la jeunesse des petites villes, bourgs et villages de la province de Bourgogne »). Les instituteurs se formaient donc où ils pouvaient et comme ils pouvaient; il devait s’écouler encore près de cent années avant qu’on fit rien pour la préparation des — L’ancien régime disparu, la situation va complètement se modifier. L’une des principales préoccupations, en effet, des hommes de la Révolution, l’on pourrait même dire leur préoccupation la plus constante, fut de faire pénétrer les bienfaits de l’instruction élémentaire jusqu’aux couches les plus profondes de la nation. Les nombreux projets de loi qu’ils ont déposés, les discussions animées et d’un caractère si élevé auxquelles ils ont pris part, les rapports remarquables à tant de

titres qu’ils ont rédigés, les décrets enfin qu’ils ont rendus, sont les témoins irrécusables de leur volonté à cet égard. Malgré tous les soucis que leur donnaient la réorganisation intérieure du pays et la lutte soutenue contre l’étranger, ils sentaient profondément qu’il était avant tout nécessaire que les jeunes générations fussent convenablement préparées à la pratique de la liberté et que, dans l’intérêt supérieur de la nation, comme aussi pour les élever en dignité à leurs propres yeux, les futurs citoyens apprissent à connaître la nature et létendue des droits et des devoirs que la nouvelle organisation sociale avait solennellement proclamés. Ils ont pu varier d’opinion sur le choix des maîtres, sur lextension plus ou moins grande à donner aux programmes, même sur la direction générale à imprimer à l’enseignement; tous se sont trouvés d’accord pour proclamer la nécessité d’une organisation puissante qui donnât satisfaction aux aspirations légitimes de la nation, telles qu’elles avaient apparu dans les cahiers rédigés à l’approche et à l’occasion de la réunion des

La première École normale, créée sous l’inspiration et (30 octobre 1794), s’ouvrit à Paris le 1° pluviôse an III (20 janvier 1795); elle fut fermée quatre mois à peine après son ouverture solennelle (26 floréal-15 mai 1795). D’autres écoles normales, appelées dans le Décret écoles normales de district, devaient être successivement créées dans les départements; elles ne s’ouvrirent jamais.

  • Durant la période révolutionnaire et la réaction qui la suivit, il ne fut plus question des Écoles normales et,

par conséquent, de la préparation des institut eurs. Ce Fa ne sera que treize ans plus tard, lors de la réorgani Le sation de l’Université, que l’idée en sera reprise, mais 20 sous une forme très différente. f Fe : La préparation et la nomination des instituteurs 2 KT _ devaient naturellement trouver leur place dans toute ne législation scolaire bien conçue; aussi les Assemblées républicaines n’ont-elles pas manqué de s’y intéresser, NS ste, et c’est peut-être de toutes les questions relatives à Que : l’enseignement primaire, celles qui donnèrent lieu aux . controverses les plus vives et qui furent l’objet des Se propositions les plus diverses. C’est que ces graves - Ne: questions sont comme la pierre de touche d’un régime cs _ politique; c’est que leur solution, leur solution surtout, ae et peut-être même leur solution seule, permet d’apprécier … le degré de libéralisme d’un gouvernement. È | Il n’entre pas dans le cadre de cette étude de passer successivement en revue les divers systèmes proposés, g : de les examiner, de les discuter, d’en montrer les tendances, d’en faire toucher du doigt les effets; mais de il est intéressant, il est nécessaire, de résumer aussi brièvement que possible les règles édictées par les lois, les décrets ou les ordonnances qui ont été mis en Er vigueur en ce qui concerne la nomination des instituteurs. : . Aucune prescription royale ne-fixe le mode de nomi- à nation des rares instituteurs qui exercent. Cependant, on peut établir qu’ils sont, ou élus par l’assemblée des pères de famille, ou choisis par l’autorité ecclé-

L’élection est la règle jusqu’au Consulat, en 1802; le re _ a) Les instituteurs sont choisis par les pères de Ne _ famille, ou ceux qui en tiennent lieu, sur une liste de e ke « 24° . . # es » candidats reconnus éligibles par une commission ie _ spéciale (Décret du 7 brumaire an Il); 4 _ b) Ils sont nommés par les représentants du peuple, À _ sur l’indication des sociétés populaires (Décret du : ._ c) Ils sont nommés par le peuple. Néanmoins, pendant ._ la durée du gouvernement révolutionnaire, ils sont élus à _ par un jury d’instruction composé de trois membres ; _ … désignés par l’administration du district et pris hors de … _ son sein par les pères de famille (Décret du 27 brumaire +2 d) Ils sont nommés:par les administrateurs du département sur la présentation des administrations munici- : e) Ils sont choisis par les maires et les conseils municipaux (Loi du 11 floréal an X). Jusqu’en 1808, la loi du 11 floréal an X reste en : . vigueur. Maïs, à partir de la promulgation du décret impérial du 17 mars 1808, portant organisation de

  • VUniversité, les instituteurs doivent être munis de

l’autorisation d’exercer délivrée par le Grand-Maître de l’Université sur la présentation du recteur de l’Académie. L’autorisation peut toujours leur être retirée.

Pour les écoles fondées ou entretenues par les communes, les instituteurs sont présentés par le maire et le curé ou desservant. Si le maire et le curé ou desservant ne s’accordent pas sur le choix, le comité cantonal examine les candidats présentés par chacun d’eux et donne son avis au recteur. Dans tous les cas, toute cantonal qui la transmet avec son avis au recteur, lequel donne l’autorisation d’enseigner (Ordonnance du

S’il s’agit d’écoles fondées ou entretenues par des fondateurs ou par des associations, ces derniers présentent les instituteurs au comité cantonal. Après avis du comité cantonal, le recteur donne ou refuse l’autorisation (Ordonnance du 29 février 1816).

Les mêmes règles sont applicables à la nomination des institutrices, sauf que le préfet exerce les attributions conférées au recteur (Instruction du 3 juin 1819).

La nomination des instituteurs est faite par le comité d’arrondissement sur la présentation du conseil municipal, après avis du comité communal (Loi du 28 juin 1833). Cependant les instituteurs ne sont installés qu’après avoir reçu l’institution du ministre (Ordonnance du 16 juillet 1833). :

l’ordonnance du 16 juillet 1833 restent en vigueur

Puis les instituteurs sont nommés par le comité d’arrondissement, les conseils municipaux consultés

Ensuite, les instituteurs sont nommés par le conseil

__ municipal et choisis, soit sur une liste d’admissibilité et d’avancement dressée par le conseil académique du département, soit sur la présentation des supérieurs des associations religieuses reconnues, soit encore sur la présentation des consistoires. Si le conseil municipal fait un choix contraire à la loi ou s’il n’en fait aucun, c’est le conseil académique qui nomme. Dans l’un et l’autre cas, l’institution est donnée par le ministre de

Quant aux instituteurs-adjoints laïques, ils sont nommés et révocables par l’instituteur avec l’agrément du recteur. S’ils appartiennent à une association religieuse, ils sont nommés par le supérieur de ladite association (Loi du 15 mars 1850).

Enfin, les instituteurs sont nommés par les recteurs, par délégation du ministre, les conseils municipaux entendus (Décret du 9 mars 1852).

Jusqu’en 1854, les instituteurs sont nommés selon les prescriptions combinées de la loi du 15 mars 1850 et du décret du 9 mars 1852.

A partir de cette époque, la nomination est faite par M) le préfet, avec l’autorité du ministre de l’instruction - _ publique et sur le rapport de l’inspecteur d’académie 5 À La nomination des instituteurs et des institutrices reste ce qu’elle était sous le régime de la loi du 14 juin 1854, jusqu’à la loi du 30 octobre 1886. ‘ Dei Selon cette dernière, il y a lieu de distinguer entre les Aer D instituteurs titulaires et les instituteurs stagiaires. LATTES Les instituteurs titulaires continuent à être nommés

  • _ par le préfet, sous l’autorité du ministre de l’Instruc- 4 tion publique et sur la proposition de l’inspecteuw Les instituteurs stagiaires enseignent en vertu d’une * me ae délégation de l’inspecteur d’académie qui peut la leur sos se retirer sur l’avis motivé de l’inspecteur primaire. à Sn Re Pour être nommé instituteur titulaire, il faut être : “6 __ pourvu du certificat d’aptitude pédagogique. Res ; Les institutrices sont nommées dans les mêmes 5e formes que les instituteurs. is | Jusqu’au décret impérial du 17 mars 1808, la capacité Er. D des instituteurs fut laissée à l’appréciation des autorités qui les nommaient; c’est en effet le premier des actes Ë ÿ _ officiels qui exige la production d’un diplôme (article 3); x mais il ne fait pas mention de la manière dont ce is : diplôme est obtenu et délivré, et il faut aller jusqu’en FR

“ 1816 pour trouver une réglementation uniforme et

À précise se rapportant à l’examen pour l’obtention du BASES

_ brevet d’instituteur (Ordonnance royale du 29 février

_ Depuis cette époque, un titre de capacité spécial, délivré par l’autorité universitaire, a toujours été exigé.

. des futurs instituteurs et des futures institutrices, sauf ; jusqu’en 1881, én ce qui concerne les membres des associations religieuses, qui pouvaient être nommés | dans les écoles publiques sur la présentation d’une lettre d’obédience délivrée par les supérieurs des

_ congrégations auxquelles ils appartenaient, et sauf, pour les instituteurs laïques, certaines équivalences indiquées par la loi. É _ Depuis la loi du 16 juin 1881, sur les titres de capacité, toutes les équivalences, sans exception, ont été supprimées et « nul ne peut exercer les fonctions d’instituteur ;

  • ou d’institutrice titulaire, d’instiluteur-adjoint chargé d’une classe ou d’institutrice-adjointe chargée d’une classe, dans une école publique ou libre, sans être pourvu du brevet de capacité pour l’enseignement primaire (Loi du 16 juin 1881, article 1‘).

Il serait souverainement injuste de nier la valeur des améliorations que, graduellement, la troisième République a introduites dans le service de l’enseignement primaire; c’est même le titre de gloire, qu’avec infiniment de raison, elle invoque et revendique avec le plus d’énergie. Comme les hommes de la Révolution, comme

les hommes de 1848, comme tous les hommes épris de liberté enfin, et parce qu’ils savaient bien tous les dangers de l’ignorance dans un pays de suffrage universel, vivant sous un régime démocratique, les républicains de 1870, reprenant la tradition de leurs grands ancêtres, interrompue par les réactions intermédiaires, ont voulu diminuer le nombre des illétrés; plus encore, ils ont voulu qu’aucun petit Français ne püût sortir de l’enfance sans avoir reçu au moins les premiers éléments des connaissances les plus usuelles, indispensables pour entrer dans une carrière quelconque, sans avoir été initié aux principes qui sont la base même de toute éducation civique et sociale. :

D’où cette longue suite de lois scolaires, de décrets, d’arrêtés, de règlements d’administration publique et d’instructions générales auxquels tous les ministres de l’Instruction publique ont attaché leur nom et qui leur

! ont assuré la reconnaissance éternelle de la démocratie tout entière. Tous, successivement, dans la mesure de : leur tempérament et selon l’opportunité de l’heure, furent les artisans de cette œuvre considérable; mais l’un d’eux, Jules Ferry, avec une habileté consommée, avec une conscience parfaite des nécessités contemporaines, mérite une mention particulière pour la longue lutte qu’il soutint avec un si grand courage contre les adversaires de toute émancipation populaire.

Cependant, tous ces progrès n’ont pu être obtenus à la fois, d’un seul coup, par une même loi d’ensemble, à une même époque. Devant les difficultés du moment, politiques ou financières, devant les résistances désespérées des partis réactionnaires et du clergé ligués en cette circonstance, devant l’hostilité des uns, devant la

_ pusillanimité des autres (les coreligionnaires politiques, républicains sincères, mais qui trouvaient que l’on allait trop vite, et qui, redoutant de ne pas être suivis par leurs électeurs, préféraient temporiser), il fallut sérier les questions, échelonner les réformes, de sorte que depuis 1880, principalement, il n’est pas d’année qui wait vu introduire des modifications dans le régime de l’instruction primaire, ou dans la marche générale des études, ou dans les nombreux détails de son fonctionnement.

Assurément, l’œuvre entière n’est pas disparate, et lon sent bien qu’une même pensée directrice générale a présidé à sa réalisation; mais, comme toute œuvre faite, si je puis dire, de pièces et de morceaux, d’élé- ments juxtaposés à des époques diverses et souvent assez éloignées les unes des autres, elle manque d’unité,

de cohésion, d’harmonie, même çà et là de logique. Et puis, le temps a fait son lent travail de décomposition. Rien ne vieillit aussi vite qu’une institution scolaire; sans cesse, périodiquement, elle doit se transformer, tenir compte des aspirations nouvelles, tendre vers des fins plus élevées, plus libérales, plus humanitaires ; telle qui fut un progrès incontestable à son apparition, qui fut considérée comme une grosse et téméraire hardiesse, ne tarde pas à devenir insuffisante.

Pour nous résumer, disons que tous les documents législatifs en vigueur n’ont pas une âme commune, ainsi qu’il conviendrait cependant au premier chef. On y pénètre trop les influences de l’actualité, on y sent la différence des temps et des hommes. Il n’est donc pas surprenant que, dans l’application, aient apparu des

. difficultés insoupçonnées tout d’abord, causes d’hésita2ù Naudy. — a

tions et de tiraillements dans l’exécution, d’abandons ER | regrettables de prescriptions essentielles, de diverRe gences d’interprétation nuisibles à plus d’un titre ‘et ne toujours préjudiciables à la marche normale des ser vices, et surtout d’omissions étranges, de lacunes, dont so la pratique a montré ensuite l’importance. ; NS es RE D’où il résulte que si, à l’heure actuelle, on ne trou $e verait aucun républicain sincère qui consentit à ne plus LS $ considérer la laïcité, la gratuité ét l’obligation de l’en- … 2e . seignement primaire comme les trois principes essen- 4 tiels de sa foi politique, il en est fort peu qui ne souhaitent voir introduire des réformes sensibles dans Ces préoccupations de réforme ne sont pas d’ailleurs 468 le privilège exclusif des hommes politiques, des parle- Fe à mentaires. Elles hantent depuis longtemps déjà les 3 esprits sages et clairvoyants auxquels ont été sensibles ss

  • les mécomptes de certaines dispositions sur lesquelles a on avait fondé les plus heureux espoirs, auxquels n’ont * pas échappé les difficultés surgies un peu partout, qui È : veulent satisfaire les tendances légitimes de la société présente, et qui reconnaissent la nécessité d’adapter les ; à ; rouages de cet important service public aux besoins RS __ sans cesse renouvelés et étendus de la démocratie. & Ces préoccupations sont aussi celles du personnel cè enseignant primaire, avec quelques autres en plus qui lui sont personnelles. C’est ainsi qu’il réclame d’abord : une amélioration convenable de sa situation matérielle, amélioration devenue urgente par suite de l’augmentation ininterrompue des conditions de la vie, et qui lui permit de tenir le rang que ses fonctions élargies In imposent. Plus encore, il souhaite un changement pro-

ee nd de sa situation morale, qui ne correspond plus au ni _ sentiment qu’il a de sa dignité personnelle, ni du rôle considérable qu’il joue dans la société actuelle, RE _ Pour toutes ces raisons essentielles, et pour d’autres | encore qui se dégageront au cours de cette étude, il è apparaît donc que l’heure est venue de procéder à | _ l’élaboration d’une loi unique concernant l’organisation de l’Instruction primaire sur toute l’étendue du territoire de la République, de trier, de coordonner et d’animer d’un même esprit toutes les règles, toutes les prescrip__ tions, toutes les exigences et toutes les recommandations qui forment le cadre de plus en plus chargé et de _ moins en moins homogène du service de l’éducation _ nationale à son premier degré. Les données du problème : Toutefois, entendons-nous bien, et qu’il n’y ait pas de _ méprise; nous ne nous proposons pas de choisir purement et simplement dans les nombreux textes des lois actuellement en vigueur, et plus ou moins appliquées, et surtout plus ou moins bien appliquées, les articles qui, ne jurant pas trop entre eux, pourraient se joindre, se juxtaposer, se fusionner même, après les quelques retouches indispensables, et d’en composer ainsi une loi, vaille que vaille, qui ne serait que la réédition corrigée et réduite des lois antérieures, Ce serait faire » œuvre vaine. Ce que nous voulons faire, c’est préparer les éléments d’une loi nouvelle, bien homogène d’esprit et de texte, et tenant compte avant tout des besoins présents; d’une loi organique, et qui marque ; d’une loi qui constitue une

tentative sérieuse vers les progrès entrevus ; d’une loi enfin dont puissent être fiers les Républicains ; qui puisse recueillir les suffrages de la nation tout entière, parce qu’elle sera animée d’un soufle puissant de liberté et qu’elle donnera satisfaction à la fois aux familles et aux

Et pour préciser davantage, afin qu’il ne subsiste aucun malentendu, voici avec la plus grande netteté, comment peuvent se résumer les données de ce problème, dont, il est vrai, les difficultés égalent l’importance, mais qui ne peut paraître insoluble qu’à ceux qu’égarent et abusent encore de leurs passions politiques ou religieuses, leur égoïsme aveugle ou leurs intérêts

Pour préciser donc, nous dirons : Étant donné comme conquêtes définitivement acquises et désormais intangibles, les trois grands principes de l’obligation, de la

: gratuité et de la laïcité (peut-être serait-il plus juste de dire de la neutralité) de l’enseignement primaire, il s’agit de faire une loi organique qui devienne comme la charte morale de la République française au début du

Qui pourrait s’étonner que les vrais Républicains, que les vrais hommes de liberté, souhaïtent la confection d’une telle loi? Tous les régimes déchus, et nous l’avons signalé au début, obligés de tenir compte, souvent même malgré eux, de l’importance de l’éducation populaire, n’ont-ils pas fait des lois de cette portée? Lois qui, depuis, ont suffi pour caractériser leurs doctrines gouvernementales; et pour ne citer que la plus connue, la plus néfaste, et qui cependant trouve encore son application en quelque article, qui ignore la signifi-

cation et la répercussion de la loi du 15 mars 1850? Quant aux lois de la troisième République, le caractère et la portée en sont trop connus pour qu’il soit besoin d’insister. Mais elles datent déjà de trente années, et depuis un si long temps, une génération presque tout ; entière a disparu, la génération qui a présidé à leur naissance; une évolution remarquable s’est opérée dans la nation, des besoins nouveaux et de toute sorte sont nés, des aspirations nouvelles se sont manifestées, un avenir différent est entrevu.

Il serait souverainement imprudent et même souverainement téméraire de fermer les yeux à l’évidence, de ne pas vouloir entendre la voix si grave et qui se ferait vite impérieuse, qui monte des couches les plus profondes du prolétariat. Ce dernier, sous sa forme double, prolétariat des villes et prolétariat des campagnes, vient occuper chaque jour un rang plus élevé dans l’échelle sociale ; il veut diminuer tout de suite, pour les faire totalement disparaître ensuite, les barrières qui empêchent son ascension vers des destinées moins pénibles. Suivant la vieille formule, il trouve que ses frères aînés lui ont « volé sa place au soleil », et il veut la conquérir, cette place; il veut la mériter par ses efforts; il veut justifier sa conquête par la preuve qu’il fournira ostensiblement des ressources inépuisables qu’il renferme en lui-même et de l’énergie qu’il se sait capable de dépenser.

Il n’ignore pas que l’éducation, considérée sous toutes
ses formes, lui manque encore en grande partie; que l’instruction seule lui fournira les moyens de l’acquérir; de prouver qu’il peut être l’égal, souvent aussi le supé- rieur de ceux qui, jusqu’à ce jour, l’ont tenu éloigné du

banquet, l’ont obligé à se tenir confiné dans L srangs et dans les occupations secondaires. Ilne veutpasêtre ie tout, non, mais il veut être l’égal de tous. Que lony | prenne garde, aucun obstacle ne le rebutera, aucun ‘2 volonté pour résister aux mauvais conseils de révolte 5e que lui ont parfois, et souvent même, donnés les partis … : politiques intéressés à sa perte; mais enfin il trouve que ne is le moment est venu pour lui d’être admis à la table : commune, d’avoir sa part de la nourriture intellectuelle 1 et morale dont il comprend si bien la valeur et la néces- CS _ sité, et qu’il est de plus en plus au désespoir de lui voir. “+ Selon une expression saisissante, fort en honneur -2° dans le langage politique, nous sommes à un @ tour- it « 4 nant » du chemin. Aveugle qui ne le voit pas! Qui donc. 5 à voudrait de gaieté de cœur assumer la lourde et triste … . responsabilité d’empêcher le peuple de s’y engager de Pour nous, sans avoir d’autre ambition que celle ve d’appeler l’attention de tous sur une des questions les 10) plus vitales de la démocratie et d’apporter notre modeste sr concours à une œuvre si essentielle, sans avoir d’autre | se prétention que d’exposer des doctrines et des senti- 5 ments nés d’une longue expérience, nous allons aborder Fe successivement l’examen des diverses parties dont se L compose le problème qu’il convient de résoudre, pro- ù blème dont, nous le répétons encore, l’urgence devient … chaque jour plus manifeste et plus pressante, ;

_ Considérons d’abord les grandes lignes de l’organi- A _ sation administrative du service. ; LORS __ Actuellement, cette organisation comporte autant ie _ d’unités générales que de départements; ce sont les HAT Ed inspections académiques, administrées chacune par HS un inspecteur d’académie, résidant au chef-lieu du PR 4 _ département, et qui s’occupe à la fois de l’enseignement a _ primaire et de l’enseignement secondaire dans tout ; _ le département. és _ d’unités secondaires que d’arrondissements; l’enseignelement primaire y est sous la direction et le contrôle _ d’inspecteurs primaires placés sous les ordres immé- Bye diats de l’inspecteur d’académie. ; Chaque département compte aussi deux écoles normales distinctes destinées à assurer le recrutement des instituteurs et celui des institutrices ; elles sont généra- = lement installées au chef-lieu du département. Chaque école a son personnel de directeur, de directrice et de y _ professeurs dont le plus grand nombre proviennent des _ deux écoles normales primaires supérieures de Saint- .

Cloud et de Fontenay-aux-Roses, créations de Jules “2 Il y a quelques exceptions à ces règles générales; | ainsi, un certain nombre d’arrondissemenis et de à la fois pour deux départements; et plusieurs sont installées dans d’autres localités que le chef-lieu, sans qu’il soit possible de légitimer ces dérogations par d’autres motifs que ceux tirés des influences politiques qui se sont exercées au moment de leur création. | Cette organisation illogique et bâtarde est essentiellement préjudiciable au bon fonctionnement du service | et au développement progressif de l’enseignement primaire; elle est la cause directe, tant des nombreuses 3 erreurs commises dans la direction pédagogique des études, que des difficultés qui ont surgi un peu partout en ces dernières années pour parer au recrutement du ; personnel enseignant primaire et pour lui garantir l’impartialité et la sécurité à laquelle il a droit. Pénétrons dans le détail. Que voyons-nous ? Le chef du service départemental de l’enseignement primaire, l’inspecteur d’académie, gradé de l’enseignement secondaire, uniquement choisi parmi les professeurs de l’enseignement secondaire, pour des motifs qui n’ont rien de commun avec les exigences du service. Ce n’est un mystère pour personne que les raisons de santé et les influences politiques (pour ne parler que de ces deux ordres d’idées) déterminent les choix de l’Admi32

_ nistration supérieure, représentée en l’espèce par le Directeur de l’enseignement primaire au Ministère de . l’Instruction publique.

Comment ce Directeur, fût-il compétent, ce qui n’est pas toujours, étant donné ses origines et les garanties (?) de compétence (?) que l’on exige de lui au moment de sa nomination, comment, dis-je, ce Directeur pourrait-il faire des choix judicieux, puisqu’il ignore le personnel d’où sont tirés les chefs de service qu’il lui appartient d’introniser ? On fera valoir que, frappée de ces inconvénients, depuis quelques années, l’Administration ne nomme plus du premier coup un professeur inspecteur d’académie; elle le délègue, et il ne reçoit son investiture définitive qu’après un certain stage. Mais, sont-ce des raisons d’ordre pédagogique qui sont examinées ? Par qui le sont-elles? En fait, un inspecteur d’académie délégué est nommé ensuite titulaire de son emploi lorsqu’il a réussi; chacun comprend ce que cela veut dire, à notre époque d’influence parlementaire à outrance, et si l’on ne perd pas de vue que, soumis en apparence à la Direction de l’enseignement primaire du Ministère, il est en fait, sinon placé sous les ordres du préfet, du moins soumis à son contrôle. S’il ne crée pas de difficultés au préfet, s’il n’a pas d’affaires, et chacun sait encore ce qu’il faut entendre par là, il sera maintenu; dans le cas contraire, il sera replacé dans les cadres. Ajoutons vite que les choix faits sont si heureux (du-moins comme le trouve Administration supérieure) que l’on compterait ceux qui, désignés stagiaires, n’ont pas reçu l’investiture définitive et ont été replacés dans les cadres des lycées.

Et c’est ce chef, à qui tout est inconnu de l’enseigne-

la solution du problme” à ment primaire, qui peut-être ne le comprendra jamais à e ou ne l’aimera jamais, qui se dégage diflicilement, ainsi AR que la pratique le démontre, des préventions de son _ origine, prévertions relatives à la valeur des personnes ï ee et de l’enseignement lui-même; c’est à lui qu’incombe DE le devoir de le diriger, de prendre l’initiative du choix _ des méthodes, de donner son avis sur la valeur pro- a a fessionnelle des maîtres et des maîtresses qui ensei_ gnent, de pénétrer dans les rouages si compliqués et si. : délicats des divers établissements d’ordre primaire. | 5 | nus Sans doute, il est un homme instruit; quelquefois même il est doué d’une grande faculté d’assimilation; ; mais, en raison de son ignorance des réalités pratiques, nn __ ilse laissera guider plus par les apparences séduisantes De et par les circonstances fortuites que par des motifs müûrement pesés et par des besoins depuis longtemps. En: : entrevus. Soumis, nécessairement, à toutes sortes d’in- 5 _ fluences, de tempérament, d’origine, de collaboration, Ÿ de préventions même, il s’engouera volontiers des : É nouveautés d’ordre empirique; il ne sera jamais qu’un D ï théoricien, capable assurément, comme quiconque, 54 ‘ d’écrire de nombreuses circulaires, mais incapable de ie poursuivre avec habileté et persévérance une réforme : | utile qui constituât un progrès, füt-il très modeste, Et j’omets à dessein ses préoccupations d’ordre politique, (7 qui ne sont cependant pas les moindres. Rs D A ce chef, à qui revient la lourde charge du service D départemental de l’enseignement primaire, qui n’aurait 5e pas trop de réelles aptitudes et de tout son temps pour FÈ le bien conduire, la loi impose en outre l’obligation de 5 s’occuper de l’enseignement secondaire dans le même #

Bien que singulièrement effacé et limité presque à | Ja transmission de la paperasserie administrative, ce ; | second rôle le distrait néanmoins de ce qui devrait être son unique et constante préoccupation. D’aucuns s’imaLe ginèrent longtemps qu’il le grandissait; nous voulons : _ espérer qu’une telle erreur n’est plus aujourd’hui _ permise. Demandez au personnel des lycées et des : collèges ce qu’il pense des inspecteurs d’académie,

  • vous serez vite édifié. Maïs je n’insiste pas. Ce que j’ai seulement voulu marquer, c’est que l’inspecteur d’aca_ démie exerce en apparence deux fonctions et qu’en s | réalité il n’en remplit complètement aucune. : Par surcroît, c’est ce chef, dont nous connaissons. __ maintenant l’origine, souvent inquiétante, la plupart du temps jeune et sans expérience aucune du milieu où il _ ya se mouvoir, qui n’a pas pour s’imposer l’influence __ que donne la connaïssance approfondie des choses et _ des besoins de son service, c’est ce chef qui aura le ES devoir de choisir les instituteurs et les institutrices, de les juger, de les répartir dans les postes où ils puissent le mieux convenir, qui devra contrôler les inspecteurs primaires, ses agents d’information et qui, eux, sont du métier, de lutter contre les empiètements du préfet, contre les sollicitations intéressées et passionnées de AN toute la gent politique du département! Et l’on s’étonne que les lois ne soient pas appliquées dans leur esprit et quelquefois même dans leur lettre! ; que les instructions générales soient mal comprises! que l’ordre et la mesure fassent défaut! que la discipline, la vraie discipline, la discipline libérale, intelligente et féconde, disparaisse! Et pour tout dire, car il faut tout 2 dire, que l’anarchie ait envahi cet important service!

N’est-ce pas, en effet, une situation anarchique, que REA celle résultant de l’application, dans les différentes circonscriptions d’un même département, de mesures È diverses et souvent contradictoires? Alors que, dans chaque département, ne devraient être mises en pratique que les mesures établies et recommandées par le chef de service responsable, par l’inspecteur d’académie, on a vu, on voit toujours, des inspecteurs primaires, ù de leur autorité propre, sans ordre ni autorisation préalables, prescrire dans leur circonscription des < mesures dont ils exigent l’application rigoureuse. Peut- … être leurs instructions sont-elles très justes, très prati- ë ques, peut-être même sont-elles de beaucoup supérieures à ce qui se faisait, à ce qui leur était ordonné parles règlements ou par leur chef direct? mais là n’est pas la

Que n’ont-ils fait triompher leurs idées auprès de ce ; chef? Que ne les ont-ils soumises à l’examen préalable

é et à la discussion approfondie de leurs collègues ? Que < n’ont-ils provoqué un ordre général d’exécution qui | s’étendrait obligatoirement à tout le département ? Ils n’auraient pas donné cet exemple éminemment fâcheux, éminemment énervant pour l’ordre et la discipline, éminemment propre à jeter le trouble dans l’esprit du personnel, d’un sous-chef (que l’on pardonne l’expression et que l’on ne lui attribue aucun sens désobligeant) qui semble fronder avec l’autorité qu’il doit être le premier à respecter et à faire respecter, qui semble se donner à lui-même un certificat de supériorité, et qui place le personnel mis sous son autorité de contrôle (je dis bien : autorité de contrôle et seulement autorité de contrôle) dans cette triste, pénible et préjudiciable

0 0 _ alternative, ou de mal juger de son chef le plus élevé, ds — ou de désobéir à son chef le plus immédiat, d’encourir te son ressentiment et d’en avoir à supporter les risques, ; _ puisque c’est ce dernier qui est le facteur premier et _ essentiel de la constitution du dossier qui servira à lapprécier et qui le suivra dans toute sa carrière. 5 Il seraït aisé de fournir de nombreux exemples à î l’appui de ces dires; trois sufliront : N’a-t-on pas imposé dans certaines circonscriptions l’écriture droite ? Le … Or, la question est si loin d’être résolue que, récem- È _ ment encore, au Sénat, le Ministre de l’Instructior - publique était averti qu’une discussion approfondie : serait bientôt engagée sur ce sujet et que l’interpellant L pe cachait pas tout le danger que, pour la santé des . nistes. Et ni les programmes, ni les instructions ne la

  • Ailleurs, à l’occasion des examens oraux du certificat d’études primaires élémentaires, qui comportent des 3 questions orales sur l’histoire et la géographie de la
  • France, n’a-t-on pas substitué des questions écrites aux questions orales imposées par le règlement? Que l’on ne dise pas surtout, que c’est là de l’initiative et que l’initiative est recommandable au premier chef, que seule elle est féconde? L’initiative ne consiste pas à faire tout ce que l’on croit bon, sans consulter personne, sans y être préalablement autorisé. Elle consiste bien plutôt à soumettre à celui qui a le devoir et le pouvoir d’ordonner, les questions que l’on juge” d’application opportune. On ne se grandit jamais, à vouloir s’arroger des droits que l’on ne tient ni de la loi, ni de la nature de ses fonctions. Chacun à son

rang et à sa place; c’est ainsi que, par l’exemple, s’indique le devoir commun. = et Et que penser également des quelques Inspecteurs d’Académie qui, de leur propre autorité, contrairement à la loi, sans en avoir référé préalablement au Ministre < ou à son délégué, le Directeur de l’Enseignement pri- F7 maire au Ministère, ont modifié les règles à appliquer 4 dans la nomination et dans l’avancement de leur per- K sonnel? sinon qu’ils ont sacrifié à un fâcheux besoin de à popularité, ou à un sentiment de pusillanimité bien = étrange qui les a incités à vouloir rejeter sur d’autres | la responsabilité qu’ils étaient seuls, d’après la loi, à devoir supporter, ainsi qu’ils le savaient bien. 3 : Et ce qui est digne de remarque, ce qui est bien la ie caractéristique de l’état anarchique que je signalais, À c’est que ceux qui se sont ainsi permis de tels écarts } : de conduite, n’ont été l’objet d’aucun blâme; il n’est pas même certain qu’ils n’aient pas été tenus pour gens plus recommandables, à qui devaient aller de : préférence les faveurs administratives. Assurément, il s’est toujours trouvé des Inspecteurs d’Académie qui, si j’ose dire, ont fait tache, qui ont été de suite, et comme d’instinct, des pédagogues émérites, _ d’excellents praticiens, des hommes de métier, ayant le sens des nécessités de l’enseignement primaire, des administrateurs indépendants, fermes et avisés. Mais, le petit nombre même de ces hommes remarquables ne souligne-t-il pas, et très fortement, la difficulté du recrutement, de l’adaptation à ce milieu tout spécial? En tout cas, ce ‘sont des exceptions et, pour si honorables qu’elles soient, comme toutes les exceptions, j elles justifient la règle.

Oui, j’entends bien : peut-on dire qu’un recrutement LE soit aussi défectueux, qui nous a donné M. Gréard? é celui que Jules Ferry, aux applaudissements de tout un L congrès, aux applaudissements de tous les primaires, a appelé « le premier Instituteur de France »? Mais, pour si brillante qu’ait été la haute personnalité du Vice Recteur de l’Académie de Paris, elle ne saurait infirmer notre jugement; il s’en trouve, au contraire, d’autant mieux confirmé que M. Gréard, comme pédagogue et comme administrateur, s’est placé à un rang qui n’avait _ encore été atteint par personne. | 3 Et c’est bien d’ailleurs, en résumé, l’occasion de le répéter : « Une hirondelle ne fait pas le printemps! »

Ainsi donc, en général, et presque toujours, et presque partout, là où il fallait des administrateurs expérimentés et des pédagogues avertis, ce sont des politiciens et des hommes « qui n’étaient pas du bâtiment » que lon a choisis. Que l’on ne soit pas surpris des

Alors, que faire?

Supprimer les Inspections Académiques et les rem é placer par des Directions départementales de l’enseignement primaire; et choisir les Directeurs départementaux uniquement parmi les Inspecteurs primaires ayant un certain nombre d’années d’exercice, qui ne pourrait en tout cas être inférieur à six.

Je n’entends pas dire que les diplômés de l’enseignement secondaire ne pourront avoir accès à ces fonctions.

Je n’ai contre eux, et pour cause d’ailleurs, aucun parti

pris, encore moins aucune animosité ; je connais leurs

mérites et l’estime en laquelle le plus grand nombre

méritent d’être tenus. — Mais ce qu’il faut, c’est que

les titres, si élevés sgient-ils, ne suffisent pa s pot Rex. . obtenir cette situation, et qu’avant d’en avoir Yh onneur et la charge on en ait montré l’aptitude, ou onenait 3 au moins la connaissance parfaite, par la | FE Plus les fonctionnaires et les maîtres de l’enseig Set Lo UE ment primaire auront de titres élevés, mieux ce pis vaudra; mais que cela seul ne soit pas pris en considé- ration. N’existe-t-il pas actuellement dans le personnel Le primaire un grand nombre de bacheliers, de licenciés ; 5 et même de docteurs qui n’y font pas trop mauvaise __- figure? Ils ont ajouté la preuve de connaissances ae spéciales plus étendues à leurs mérites professionnels, es qui donc s’en est jamais plaint? A: DE Quant aux pouvoirs exercés actuellement par les ke $ Inspecteurs d’Académie vis-à-vis de l’enseignement à secondaire dans le département, il ne sera pas difficile <S de trouver à qui les confier; mais cela sera l’affaire de + Lee qui s’intéressera aux réformes à introduire dans l’ensei- Le gnement secondaire et, pour le moment, tout au moins, < a. il ne nous appartient pas d’indiquer la solution que nous entrevoyons. S 5 D’après la loi, disons plus même, d’après la logique, . sa les écoles normales devraient suffire à assurer le recru- TR 5 tement total des instituteurs et des institutrices. Or, il UE n’en est pas ainsi, et une bonne partie du personnel est % ; pris parmi des candidats non préparés directement à %

je leurs fonctions et munis simplement du Brevet élémen- j _ taire ou du Brevet supérieur de capacité. | __ Deux causes expliquent cette situation regrettable. _ La première vient de ce qu’étant dans l’impossibilité de prévoir d’une façon certaine le chiffre auquel devra atteindre le contingent annuel des normaliens et des _ normaliennes nécessaires pour assurer rigoureusement ? le service, on construit les écoles normales en tenant à À peu près compte des besoins moyens et que, selon les

circonstances, le nombre que l’on avait pris pour base ; : est presque toujours, ou insuffisant ou trop élevé; d’où _ il suit que, dans le premier cas, il faut compléter les = | cadres en y introduisant des éléments du dehors, et 7 que, dans le second, on expose les normaliens et les Ç normaliennes à leur sortie de l’école, à attendre plus ou moins longtemps une première nomination, et que, _ dans les deux cas, on mécontente toujours le personnel. _ Et l’on ne peut songer, cela va sans dire, tantôt à agrandir les locaux et tantôt à les diminuer, 2 La seconde cause est de nature politique. Les sénaL teurs, les députés, les conseillers généraux, les maires ayant quelque influence, en un mot, tous les hommes . politiques, sont fort aises de se ménager le moyen de caser les jeunes gens et les jeunes filles de leur clientèle électorale. Si tous les instituteurs et toutes les institu- | trices devaient passer par les écoles normales, le petit jeu des recommandations prendrait nécessairement fin, et ce serait autant d’espérances que les candidats ne pourraient faire naître et exploiter en vue de leurs Et il n’est pas rare de rencontrer dans tous les dépar- | tements des maîtres et des maîtresses qui ont été

nommés grâce à l’appui de personnages politiques, | “3 après avoir échoué dans les concours d’entrée aux à écoles normales, bénéficiant ainsi des avantages que #4 leur donne leur entrée prématurée dans le service. Ainsi s’introduit dans le personnel enseignant primaire un élément qui n’offre aucune des garanties désirables, ; que présente, au contraire, celui qui provient des écoles normales. Comme je l’ai dit ailleurs, il y a déjà 3 « Le bon grain et l’ivraie s’y mêlent dans des propor- ; tions variables selon les époques et selon les besoins S momentanés du recrutement du personnel. à « Venus de partout, désespérés bien souvent d’avoir déjà cherché de divers côtés, sans l’avoir trouvée, la situation qui leur assurerait au moins l’existence, la carrière de l’enseignement leur apparaît enfin comme le refuge désirable. Aussi, talonnés par la nécessité, 2 Ë ces jeunes gens ne peuvent que se livrer à une préparation aussi hâtive qu’empirique, animés de l’unique souci de parvenir coûte que coûte et le plus tôt possible à conquérir le trop modeste brevet élémentaire dont la possession leur permettra de solliciter un poste et de mettre enfin un terme à leurs préoccupations maté- rielles. Si leur savoir est mince, nulles sont leurs connaissances pédagogiques et c’est, aussi bien pour eux que pour l’administration qui les recueille, le saut dans l’inconnu. « Sans doute, et je le proclame bien vite, il est sorti de cette seconde source du recrutement, des maîtres qui font grand honneur à l’enseignement; maïs tous : vous diront la somme de travail et d’énergie qu’ils ont dû fournir pour se former ainsi seuls, sans directions

_ préalables, à l’exercice d’une profession hérissée de

_ tant de diflicultés, et pour acquérir l’expérience néces-

; saire à la réussite de l’œuvre à laquelle ils ont sollicité

; de collaborer. Mais, combien sont demeurés en arrière, dont une direction opportune eût utilisé la bonne volonté et favorisé l’évolution!

« En tout cas, ce qui est fort grave, ces deux contingents, si différents d’origine et de formation, ont peine à se fondre, et cette diversité, qui peut être une force dans l’enseignement supérieur, est, dans l’enseignement primaire, la cause de nombreux mécomptes. Tandis que les uns, dès leur début dans la carrière, sont déjà en possession d’un corps de doctrines éprouvées, savent

tout le parti qu’un esprit avisé peut tirer de l’emploi

d’une méthode sûre et de procédés judicieux, tandis qu’ils entrent dans l’école avec l’aisance d’un familier de la maison, les autres s’y trouvent tout dépaysés. Selon les fortes expressions de Taiïne, ils « n’en connaissent ni les matériaux, ni les proportions, ni l’équilibre; ils n’y ont jamais mis la main, ils n’ont point de pratique. Ils ignorent la structure de la vieille fabrique dont ïils occupent le premier étage. Ils n’en savent calculer ni les poussées, ni les résistances. »

« Aussi, que de cruelles déceptions! que de déchirements! Et, encore, au grand dommage de la bonne

. entente sans laquelle tous les efforts séparés sont vains et sans laquelle ne s’établit pas l’influence morale de l’école, que de jalousies mesquines, d’irritations sourdes, de douloureuses rancœurs ?

« De sorte que, malgré tous les efforts tentés et tous les progrès réalisés, se trouve encore aujourd’hui justifiée cette affirmation de M. Léon Bourgeois : « Le corps

la solution du problème ‘2 des maîtres de l’enfance renferme en soi une force ge immense. Que ne ferait-il pas, si l’on pouvait lui % donner une âme! Et cette âme, qu’est-ce autre chose qu’une doctrine commune ?. »

« Eh bien, cette « doctrine commune », cette « âme » qui manque au corps des instituteurs, il faut, de toute nécessité et sans tarder, la lui donner. Il faut que tous les maîtres de l’enfance puisent à la même source les aliments qui feront apparaître et qui entretiendront | d’un éclat chaque jour plus vif la flamme sacrée qui : doit les animer sans cesse, qui maintiendront constamment en leur esprit et en leur cœur une bienfaisante = | inquiétude, une soif ardente de savoir en vue des victoires quotidiennes qu’ils doivent remporter sur euxmêmes avant de devenir de vrais éducateurs.

« Il faut qu’ils se sentent obligés aux mêmes labeurs

en commun à toutes les formes du devoir, solidaires enfin de la même œuvre sociale; n’écartant aucune difficulté qu’elle n’ait reçu sa solution réfléchie, cherchant à éveiller dans l’âme des enfants tous les sentiments nobles et bons qui y demeurent confusément et dont l’éclosion et la culture en feront plus tard des 3 citoyens capables, dans les sphères diverses de leur activité, d’aider au rayonnement de la France dans le monde, et donnant, par surcroît, en exemple, leur vie ioute de travail, de probité et d’honneur.

« Or, il existe une institution qui, une fois créée, a traversé toutes nos révolutions, prouvant, avec sa vitalité, la haute valeur de la conception qui l’a fait naître, et tellement nécessaire, que ses ennemis les

(S plus déclarés n’ont pas osé en tenter la suppression, _ même aux heures où toute liberté semblait compromise. ven _ « Ce sont les écoles normales, dont M. Guizot, leur _ véritable fondateur, a pu dire dans l’exposé des motifs de la loi de 1833 : « L’instruction primaire est tout entière dans les écoles normales primaires. Ses progrès se mesurent sur ceux de ces établissements. » | . « Selon l’heureuse image de M. Charles Dupuy, nous

avons en elles « l’outil nécessaire pour faire face aux | besoins et pour préparer l’avenir.. c’est l’adaptation, c’est l’aménagement intérieur dont il faut maintenant Ex S’il est nécessaire, dans l’intérêt de l’enseignement ; comme dans l’intérêt des enfants, que tous les institu-

_ teurs et que toutes les institutrices destinés à enseigner 8 dans les écoles publiques reçoivent la même éducation professionnelle dans les écoles normales, il apparaît non moins nécessaire que cette préparation soit imposée aux instituteurs et aux institutrices exerçant dans les

N’est-il pas regrettable que l’instruction et l’éducation d’un si grand nombre d’enfants soient à jamais compromises parce que, pour des motifs divers, ils ont eu la malchance de ne pouvoir fréquenter une école publique?

Ceux que leurs fonctions appellent à visiter les écoles privées peuvent seuls mesurer la différence profonde qui existe entre ces dernières et les écoles publiques;

une incise RÉ. savoir à quel point, dans la plupart, l’enseignementest À mécanique, livresque et routinier; comment l’éducation | est énervée, toùte de compromissions et de surface, en ; raison des ménagements à garder vis-à-vis de la clientèle payante.

Que l’on ne se récrie pas et que l’on ne prétende point que cette exigence porterait atteinte à la liberté d’ensei- ‘28 gner. Elle n’aurait d’autre but et d’autre effet que de F4 donner aux familles les garanties indispensables, et de % sauvegarder l’avenir des enfants. Pourrait-on dire qu’un | maître serait moins libre parce qu’il aurait fourni une preuve plus certaine de son savoir et de ses aptitudes? ñ Pourrait-on dire que la loi serait oppressive parce qu’elle À prendrait plus de soin de veiller au développement méthodique et rationnel de toutes les facultés de l’enfant ? |

Parce que l’enseignement primaire est obligatoire Es pour tous, les mêmes preuves de savoir et de compé- :

& tence doivent être exigées de tous ceux qui enseignent.

En outre, il serait souhaïtable, toujours et uniquement dans l’intérêt supérieur des enfants, que les pro- | grammes des écoles privées soient les mêmes que les programmes en usage dans les écoles publiques ; que, par conséquent, l’enseignement religieux soit absolument interdit dans les premières comme il l’est dans les secondes. L’esprit se refuse à trouver bon dans les unes ce qui est jugé, dans les autres, dangereux pour la culture morale des écoliers. Il ne doit pas y avoir, dans une nation, deux façons de comprendre l’éduca-

à tion de l’enfance.

C’est au prêtre, au pasteur, au rabbin ou à l’iman, et à lui seul, qu’il appartient d’instruire les enfants dans la religion, si tel est le désir de leurs parents; et ce

doit toujours être à l’église, au temple, à la synagogue ou à la mosquée que cet enseignement doit être donné, et jamais à l’école; les croyants devraient apprécier le sentiment qui nous fait parler ainsi.

Toute école, du fait seul qu’elle est une école, ne doit pas être confessionnelle; tout enseignement, du fait seul qu’il s’adresse à de jeunes enfants, doit être neutre,

Et, aujourd’hui, qu’un grand nombre de républicains,

è lassés des attaques injustes dont l’école publique est l’objet, inquiets de l’acuité et des conséquences des querelles religieuses dont l’école publique est le principe et le théâtre; aujourd’hui donc, qu’un grand nombre de républicains se demandent s’il ne conviendrait pas, comme mesure d’apaisement nécessaire, d’instituer le monopole de l’enseignement primaire au profit de l’État, ces mesures pourraient paraître de pature à parer aux dangers que fait courir actuellement à la démocratie l’abandon de tout contrôle sérieux et efficace de l’enseignement primaire privé. Ce serait des mesures préventives, propres, à la fois, à garantir la liberté des pères de famille et les droits incontestables de la société,

Les républicains, loin de vouloir faire disparaître l’enseignement privé, devraient lui témoigner toute

ü leur sympathie comme toute leur reconnaissance pour les services incontestables qu’il a, de tout temps, rendus à l’enseignement public et, il n’est que juste de le proclamer, aux idées libérales.

Car ce sont bien de services qu’il s’agit.

Où donc, dans quel milieu, les grands réformateurs de notre enseignement public, de notre pédagogie

une incise Fi primaire, ont-ils puisé les éléments de leurs convictions? Pense-t-on, pour mentionner seulement le plus autorisé, aujourd’hui disparu, que M. Gréard, lorsqu’il fut placé à la tête de l’enseignement primaire du département de la Seine, ait improvisé, ait tiré tout entier de son propre fonds les idées pédagogiques qu’il a développées et appliquées avec le succès que l’on sait? Ce m’était assurément pas dans les écoles publiques d’alors, toutes ou presque toutes dirigées par des congréga- À nistes, qu’il avait trouvé en germe, ni même enveloppé dans sa gangue, le grain qu’il devait trier, choisir et Ce n’était pas davantage dans les écoles publiques ; d’alors, que les dévoués et habiles collaborateurs dont il avait su s’entourer et s’inspirer à propos, avaient acquis les éléments des connaissances pratiques qu’ils # recommandèrent à l’attention de leur chef.

k Cest que, en dehors de l’esprit général qui régnait alors dans les écoles publiques et qui rendait leur per- ; sonnel réfractaire à tout essai nouveau, en dehors de cette opinion courante du monde gouvernemental d’alors qu’il était dangereux de trop instruire les enfants du nn peuple, il convient de remarquer que toute tentative officielle de réformes dans les écoles publiques est chose dont on ne saurait se dissimuler la gravité.

C’est encourir une grande responsabilité, que d’obliger tout un personnel à ne considérer désormais comme é bons, comme utiles, comme seulement applicables, que la méthode ou que les procédés dont on énumère les mérites; que de rendre obligatoires pour tous des mesures qui, au fond, peuvent être très sages et de grande valeur, mais qui, néanmoins, surprenant tout le

_ monde, s’adressant à des maîtres souvent persuadés 2 qu’elles concourront à des fins toutes contraires à celles Se que l’on promet, hésitent, tâtonnent, parfois se rebu- | tent devant les difficultés de détail, et font finalement échouer la réforme, non par hostilité, non par incapacité, mais uniquement parce qu’ils sont des hommes, : | d’intelligence et de volonté inégales, qui n’avaient jamais entrevu la possibilité de telles mesures, de tels changements, et qui peut-être encore, trouvent dans la __ conscience même avec laquelle ils s’acquittent de leurs devoirs, l’excuse légitime et infiniment respectable à Vinanité de leurs efforts.

1 C’est pourquoi, je le répète, il n’est jamais bon qu’un chef de service, dans l’enseignement primaire principalement, conçoive seul un plan de réformes; à plus forte raison, qu’il en prescrive l’application sans lavoir

” arrêté de concert avec tous ceux qui, autour de lui, peuvent l’éclairer utilement.

C’est pourquoi il est si grave, si dangereux, presque ; toujours si néfaste, de placer à la tête de ce service des débutants, des hommes qui n’ont pas été au préalable

dans le rang, qui n’ont pas gravi successivement les principaux échelons de la hiérarchie, car, à chaque degré, on apprend des choses différentes qui, dans leur ensemble, aident à acquérir l’expérience requise.

Et puis, tout échec d’une mesure ordonnée dans les écoles publiques, puisqu’elle était appliquée partout, a nécessairement un retentissement considérable, lequel est de nature à compromettre leur bon renom, à empé- cher pour longtemps tout progrès sérieux.

Dans l’enseignement privé, au contraire, les tentatives peuvent être plus hardies, parce que leur échec, si échec

une incise | il y a, n’a pas la même répercussion, la même extension. . Il est tout personnel, limité à une seule école, à un milieu isolé. Et ces tentatives, quelque imparfaites et osées qu’elles soient dans leur conception générale et dans leur agencement, ont néanmoins des chances de ; réussir, parce qu’elles sont appliquées par celui-là même qui a songé à les faire et qui a ses intérêts immédiats à ï ménager. Rarement, d’ailleurs, elles ne sont pas sans compter quelque idée neuve, queique innovation heureuse, sans présenter quelque intérêt. Elles ne demandent souvent qu’une mise au point plus parfaite pour être immédiatement utilisables, pour constituer un à progrès de plus. L’école publique, après ce travail | d’adaptation, peut, sans danger, s’emparer de l’idée et en rendre l’application fructueuse. D Ceux qui inspectent les écoles font souvent, de ci, | de là, dans les milieux les plus divers et qui semblaient | quelquefois les moins favorables, des découvertes dont : 3 profite ensuite l’enseignement tout entier. 2 Les écoles privées peuvent donc être des champs ie indispensables. En le disant, je n’entends pas leur | attribuer un faible mérite. É: Enfin, n’est-ce pas dans l’enseignement privé et par l’enseignement privé que se sont conservés intacts les souvenirs des luttes héroïques que le peuple a dû soutenir pour acquérir l’indépendance? N’est-ce pas à lui, que les générations actuelles sont redevables, pour une très large part, de l’établissement de la République et de l’avènement de la démocratie? Seul, aux moments les plus sombres de notre histoire contemporaine, et spécialement sous l’Empire, alors qu’aucune parole

4 _ librene devait plus se faire entendre, il pouvait élever _ les enfants dans ia haine de la tyrannie, dans l’amour __ de la liberté; il n’a pas failli à cette noble mission; ce : ; n’est pas à nous à l’oublier. RIRES Et qui sait, si un jour, encore, il ne sera pas notre 3 ultime ressource, notre refuge suprême dans un moment de danger social? Une erreur du suffrage universel est ; toujours à redouter; il faut pouvoir la combattre pour _ faire triompher de nouveau les principes immortels qui constituent l’essence même des gouvernements libres, ; pour lesquels tant de citoyens généreux, à la foi ardente, É au patriotisme élevé, ont sacrifié jusqu’à leur vie. On + en a vu de ces erreurs, dont les conséquences déjà si _ funestes, auraient pu encore être pires qu’elles ne l’ont été. Sait-on ce qui sortira, si elle aboutit, de cette réforme électorale, de cette soi-disant panacée que discutent | actuellement la Chambre et le Sénat? N’a-t-on pas tout Ë à redouter de cette étrange façon de comprendre la consultation du suffrage universel? Et si la réaction sortait de cette boîte à surprises, comme il est arrivé en Belgique, il y a déjà plus d’un quart de siècle, sans que nos voisins aient pu, depuis, secouer le joug? Où la jeune génération entendrait-elle une parole libre et réconfortante ? Où puiserait-elle l’énergie nécessaire pour de nouvelles luttes? Où apprendrait-elle qu’un peuple qui veut se défendre en trouve en lui-même les moyens ? Et qui lui indiquerait ces moyens ? Qui | l’enflammerait au récit des œuvres de ses aïeux? Qui, pour tout dire, lui montrerait le chemin qui conduit à la victoire ? Non, vraiment, le monopole est une arme trop dange5x ;

use reuse, une arme à deux tranchants, avec laquelle peut ct se blesser et se tuer celui qui veut s’en servir. Ale + 4 réflexion, les vrais hommes de liberté, les vrais répu> __ blicains, les vrais prévoyants ne peuvent-en vouloir. 4 nouveau rôle, ce rôle si louable, les écoles privées ‘ devraient être soumises à un contrôle plus fréquen à à À

une surveillance plus attentive. L’inspection s’en fera : À à comme dans les écoles publiques. ES Ge

S Elles devraient en outre n’employer, comme les écoles Rs publiques, que les ouvrages classiques figurant sur ue LA liste départementale dressée et arrêtée dans les mêmes

  • formes que la liste des ouvrages autorisés à circuler « _ dans les écoles publiques. 5 & Pour terminer, demandons que l’essai préconisé cicas dessus, d’une organisation nouvelle de l’enseignement Te primaire privé, soit tenté. Quitte, ensuite, si la mesure L:

était jugée insuflisante ou inefficace, à y apporter les

modifications que l’expérience suggérerait. Mais nous

  • avons confiance en la suflisance et l’efficacité de cette Retour à la question. — Pour faire suite 4 Selon la vieille définition donnée en 1833, les écoles ; à normales n’ont jamais cessé d’être, et elles sont encore & aujourd’hui, après et malgré la grande réforme de 1881, à la fois « des établissements d’instruction proprement É dite et des maisons d’éducation professionnelle ».C’est-à- L dire que les jeunes gens et les jeunes filles qui y sont 4 admis au concours, sont astreints à revoir, dans tout 5 son complet développement, pendant trois ans, le pro- :

| gramme des matières d’enseignement sur lesquelles * porteront, à la fin de leurs études, les épreuves des î , Lis examens du Brevet supérieur de capacité, et, qu’en Dir même temps, ils reçoivent les directions pédagogiques FE qui leur permettront de mieux appliquer les connais- À _ sances acquises aux besoins constatés de leurs élèves. Mais, dans la pratique, en fait, la préoccupation de l’éducation professionnelle occupe une place beaucoup | moins importante que la préoccupation des connaisse sances requises pour l’obtention du Brevet. Le temps, ; d’ailleurs, ferait défaut, si l’on voulait attribuer à la __ culture pédagogique la place qui devrait lui revenir, | même si l’on ne considérait pas que cette place dût

  • être prépondérante, car les matières d’enseignement à _ revoir sont nombreuses et les journées des élèvesmaîtres sont déjà si remplies qu’il ne faut pas songer à y ajouter encore de nouvelles occupations.

Quel que soit le souci de la direction pédagogique dans les écoles normales, on doit, de toute nécessité, et

  • avant tout, et dans l’intérêt même des élèves, les instruire suffisamment, car le plus grand nombre, la presque totalité dans les départements de province, : n’ont, à léur entrée, pour tout bagage, que le trop qu’un bon candidat au certificat d’études primaires, serait en état de le subir avec succès. Toute proportion gardée, les écoles normales font plutôt des brevetés qu’elles ne forment des éducateurs. N’est-il donc pas possible d’exiger des candidats aux écoles normales une instruction générale plus solide et plus étendue? équivalente au moins à celle que doivent posséder les candidats au Brevet supérieur?

la solution du problème À Jusqu’à ces dernières années, encore, ce souhait n’aurait pu recevoir satisfaction, puisqu’il n’existait S pas un nombre suflisant d’écoles où ils pussent acquérir cette instruction. Maïs, maintenant, étant donné les créations multiples d’écoles primaires supérieures et de cours complémentaires, étant donné le relèvement successif des études dans ces deux catégories d’établissements, il est possible d’assurer le recrutement convenable des écoles normales tout en exigeant des candi- ‘dats la preuve d’une instruction générale plus relevée, qui les dispenserait ensuite de reprendre à nouveau l’étude des éléments essentiels de l’enseignement litté- raire et de l’enseignement scientifique. Les écoles normales qui, jusqu’à ce jour, ont menti à leur définition classique et à leur véritable destination, qui sont demeurées et qui demeurent toujours, surtout des « établissements d’instruction proprement dite », peuvent désormais devenir « des maisons d’éducation Elles seraient, à l’avenir, des écoles de pédagogie appliquée, de méthodologie comparée, dans lesquelles serait attribuée une très large place à la haute culture intellectuelle et morale, à l’étude de toutes les sciences éducatrices de l’esprit (psychologie, morale, instruction En plus de ce fonds essentiel, de ces moyens élevés de culture, les grandes questions d’ordre littéraire, historique, géographique et scientifique (sciences mathématiques, physiques et naturelles) seraient traitées par des professeurs spéciaux, mais principalement en vue du bénéfice qu’en peut retirer le développement de l’intelligence et la formation du jugement; on apprendrait,

$ een somme, à étudier, à fouiller une question, ainsi qu’on le fait dans les différentes Facultés. Mais, ce qui constituerait l’originalité propre des _ écoles normales, ce qui en’ serait la caractéristique et re _ la dominante, ce serait l’enseignement pédagogique. EX Des maîtres expérimentés, éprouvés, montreraient E. comment une question, d’ordre littéraire ou d’ordre À scientifique, devrait être traitée dans les écoles pri L maires des divers ordres, selon le cours où elle serait ie moyen et cours supérieur des écoles primaires élémenne taires, cours de 1”°, de 2° et de 3° année des cours comLe . plémentaires et des écoles primaires supérieures). IL _ serait aussi fait une très large part à l’exposé et à la comparaison des diverses doctrines d’enseignement,

tant en France qu’à l’étranger. Enfin, on accorderait

j une grande importance au perfectionnement des langues _ vivantes, à celui de la musique instrumentale (de préfé- F fé rence le violon) et, grande innovation, à l’étude du À latin, qui élèverait ainsi les instituteurs jusqu’au niveau à des premières « humanités ». k ; Les instituteurs et les institutrices, en recevant ce D hant enseignement intellectuel et pédagogique, devien- “1 draient des maîtres vraiment dignes d’être les éducateurs du peuple. Ÿ Élargissant encore le cadre des écoles normales, je veux dire leurs moyens d’action et leur rôle vraiment : démocratique, on y instituerait des conférences publiques où pères et mères de famille viendraient écouter la parole des maîtres les plus autorisés, où seraient traitées toutes les questions se rapportant à l’éducation ; de l’enfance.

Les écoles primaires élémentaires d’app ication, dites me. écoles annexes, qui sont actuellement jointes à chaque ; école normale, dans les locaux mêmes des écoles nor * S males, disparaîtraient. Elles présentent toujours, en | ; SE effet, dans leur organisation, dans leur direction et ir à ren jusque dans leur recrutement, quelque chose de factie 4 Ë et d’apprêté qui déroute les débutants qui s’y exercent, Fe qui paralyse leur initiative, qui atténue leur responsa- + À bilité, et qui ne les met pas ordinairement en présence s des difficultés que présentent les écoles primaires ordi- “2 naires. L’éducation pratique des normaliens et des 44

Ne. normaliennes gagnerait assurément à se former dans n. : les écoles de plein exercice, écoles urbaines et écoles 4 . È rurales. Il serait aisé de leur en faciliter l’accès et de EE . fixer les conditions dans lesquelles devrait s’y faire leur + e

ù noviciat; l’essai, d’ailleurs, a déjà été tenté et a donné Se Les écoles normales deviendraient donc de véritables « > Facultés d’enseignement primaire. Elles seraient ratta- S. chées aux Universités et placées, ainsi, sous l’autorité ER immédiate des Recteurs qui seraient tenus de les visiter ne au moins une fois chaque année. Elles seraient des a établissements de l’État, recevant des élèves boursiers 3 et des élèves libres, dont le nombre respectif serait : déterminé chaque année; les uns et les autres seraient | admis à la suite d’un concours commun auquel ne pour- -

raient prendre part que les candidats pourvus d’un 1

titre de capacité universitaire, diplôme de bachelier, de

c diplôme de fin d’études de l’enseignement secondaire, ,

prouver qu’ils ont tous reçu et acquis une somme suff- Si

sante de connaissances générales, .

_ La durée des études serait de deux années. A la fin . A = de chaque année, tous les élèves, indistinctement, élèves boursiers et élèves payants, subiraient un examen PES À portant sur toutes les matières, sans exception, et non ee pas sur un choix seulement, enseignées au cours de 3 __ l’année écoulée. ee Les jurys de ces examens siégeraient aux écoles nor- à _ males: ils seraient composés de tous les professeurs LEE des écoles normales et des Inspecteurs primaires du département; il pourrait leur être adjoints, avec voix e délibérative, pour un nombre à déterminer, des profes-

  • seurs de facultés, de lycées ou de collèges et, pour . lappréciation des connaissances pratiques en pédaLA gogie, des directeurs et des directrices d’écoles pri-
  • maires, publiques ou privées. Ceux qui auraient obtenu une moyenne suffisante | _ dans chacun des deux examens annuels, recevraient un Brevet d’instituteur ou d’institutrice. Il n’y aurait pas divers brevets d’instituteur ou d”institutrice; les brevets ; élémentaire et supérieur de capacité, actuels, seraient | Les mêmes matières d’enseignement composant les programmes des écoles de garçons et les programmes . des écoles de lilles, il n’y aurait dans chaque département qu’une école normale, sise au chef-lieu du département. Les cours seraient communs aux futurs instituteurs et aux futures institutrices, sauf, bien entendu, en ce qui regarde l’enseignement manuel, qui comporterait des cours distincts pour les normaliens et pour les En outre, dans chaque école normale, seraient organisés des cours spéciaux pour la préparation des futures | 57

la solution du problème $ maîtresses des écoles maternelles. L’organisation toute. particulière de ces établissements, la clientèle qui les

  • fréquente, le but qui leur est assigné, tout enfin, exige F un personnel tout spécial, ayant fait preuve d’aptitudes et de connaissances toutes spéciales. Ce personnel doit avoir en quelque sorte son autonomie propre, comme aussi il doit être assuré de faire toute sa carrière dans ces écoles de son choix, et d’y trouver la récompense de ses efforts dans un avancement que lui dispute L aujourd’hui, et généralement avec succès, le personnel des écoles de filles. Ce fut une erreur du législateur de 1881, d’avoir supprimé, au lieu de l’amender si besoin était, le certificat d’aptitude spécial à la direction des écoles mater- : nelles et d’avoir exigé, pour enseigner dans ces écoles, les mêmes titres que pour enseigner dans les écoles | élémentaires. Au personnel qui y exerçait, personnel fixe, si dévoué, si capable pour ce que l’on exigeait de lui, et si modeste, on a substitué un personnel mobile à l’excès, constamment renouvelé, qui est bien déterminé : à n’y pas demeurer, qui considère presque comme un L temps de pénitence la présence qu’on lui impose, presque tenté d’imiter les soldats qui, chaque soir, effacent sur le calendrier la journée expirée qui les rapproche de leur libération et qui, à la fin de leur temps de service s’écrient joyeux : « La classe! Vive la classe! » Le personnel féminin des écoles de filles n’a rien gagné à ce stage quelque peu étrange, mais on sait bien ce que les écoles maternelles y ont perdu. Comme toutes les autres Facultés, les nouvelles Facultés primaires, les écoles normales, seraient des

_ externats. La mesure qui eût été prématurée et dange- ; reuse même pour le recrutement des écoles normales, il y a vingt ans, serait aujourd’hui vue sans crainte et acceptée des familles qui se sont familiarisées avec l’idée qu’un jeune homme ou qu’une jeune fille de dix-

É sept ou de dix-huit ans, peuvent, sans courir de dangers

ÿ pour leur moralité, ne pas être internés jusqu’à l’achè- vement complet de leurs études. Ce serait à désespérer

futures éducatrices ne pouvaient se conduire seuls, em réalité en un lieu rapproché de leurs familles, qui peuvent les surveiller et connaître jusqu’à leurs moindres actions, alors que les étudiants et les étudiantes des autres Facultés, pour le plus grand nombre très éloignés de leurs familles, sont toujours des externes. Ce serait faire injure à ces jeunes gens que d’insister davantage.

Comme conséquence de cette organisation nouvelle, demeureraient libres et disponibles, dans presque tous les départements, les locaux et les dépendances de

  • l’une des écoles normales actuelles.

3 L’État aurait à s’entendre, et s’entendrait facilement, avec les municipalités pour les leur rétrocéder en vue de l’ouverture d’écoles professionnelles, de création si La nomination des instituteurs et des institutrices

J’ai écrit autrefois : « La réglementation actuelle veut

que le directeur de l’École Normale, celui-là même qui

a la lourde charge de former les instituteurs, m’ait plus

à les connaître dès qu’ils sont sortis d’entre ses mains. 1138 59

Iwa plus à les suivre, ni à savoir le parti qu’ils ontsu même pas à s’étonner si, après lui, ceux qui guident e MA contrôlent désormais leurs efforts, le font selon les pri __ cipes les plus contraires à ceux qu’il leur avait exposés. 4 __- Trop souvent, son œuvre est battue en brèche, ses à dt doctrines sont condamnées, et c’est le contraire de ce te qu’il avait dit être la vérité qui doit faire foi. A la sur prise douloureuse des premiers jours, succèdent bientôt e- SE chez ses jeunes disciples, le découragement et la lassitude; l’esprit d’initiative, qu’avec tant de sollicitude è l il avait essayé de développer en eux, fera fatalement place, plus ou moins rapidement, à la routine et à l’indifférence. ; 60 « Dans une bonne organisation, c’est celui qui est 278 S chargé de diriger et de contrôler les études, de mettre ne chacun à la place qui lui convient, qui, de plus, a la

  • responsabilité d’apprécier et de récompenser en dernier à : ë ressort les mérites relatifs de chacun, c’est celui-là, dis- 1 je, qui doit avoir la mission de former les hommes qui recevront de lui toute impulsion. C’est lui, et lui seul, De $ qui devrait leur donner cette « doctrine commune » qui : ferait du corps entier départemental des instituteurs & une phalange bien homogène, prête pour les mêmes. ù efforts, s’inspirant de la même pensée et vibrant aux ER La conclusion logique s’impose d’elle-même : 2 =. Le directeur départemental del’enseignementprimaire serait à la fois le directeur de l’École Normale. Dans certains départements importants, dans la Seine entre autres, avec le grand nombre nécessaire de normaliens et de normaliennes, il pourrait être organisé des cours

_ spéciaux pour les instituteurs et pour les institutrices. _ Le directeur départemental pourrait être alors assisté _ d’un sous-directeur à qui serait spécialement réservée _ la direction du personnel féminin. Les mêmes règles __ qui présideraient au choix des directeurs seraient . applicables au choix des sous-directeurs. % Le préfet n’aurait plus, désormais, à connaître des ps choses de l’enseignement primaire; les pouvoirs qu’il æ tient aujourd’hui de la loi et des règlements passeraient “ __ audirecteur départemental, qui deviendrait ainsi le chef ë incontesté et véritablement responsable de son impor_ tant service. La nomination, le changement de résidence et l’avancement des instituteurs et des institutrices se feraient par le directeur départemental, après avoir été discutés _ et arrêtés dans un conseil dont feraient partie tous les : inspecteurs primaires du département et deux profes- | seurs de l’École Normale élus par leurs collègues. Ainsi disparaîtrait enfin ce funeste errement, cette étrange aberration, cette immorale pratique, qui attribue au préfet, c’est-à-dire à l’agent essentiellement politique à du gouvernement dans le département, une autorité | prépondérante et quasi souveraine sur un personnel qui, précisément, doit s’abstenir de toute immixtion

dans le domaine de la politique militante. C’est cette ingérence inconsidérée du préfet dans un service qui aurait toujours dû lui demeurer absolument | étranger, qui a été et qui est encore la cause essentielle, presque la cause unique, de tous les ennuis, de tous les | mécomptes, de toutes les injustices dont le personnel | enseignant primaire a été la victime. C’est ainsi, c’est par suite de cette ingérence, que toutes les influences

la nomination s politiques ont pénétré dans l’école, que tous les personnages politiques se sont faits les solliciteurs empressés des instituteurs, en attendant qu’ils devinssent ensuite leurs oppresseurs. On remplirait des volumes du récit des aventures étranges, parfois burlesques, mais le plus souvent fort attristantes, qui ont été la conséquence de: cet état de choses. GE

Je me bornerai à en citer une, mais bien typique.

Un préfet, en tournée de révision, s’était fait pré- = senter, selon la coutume, tous les maires des communes ; du canton. Après le petit discours obligatoire du sous- : préfet et l’allocution non moins obligatoire du doyen des maires, après une réponse générale dans laquelle 4 il affirmait son dévouement absolu aux intérêts du canton, le préfet, flanqué à sa droite du sous-préfet, et æ à sa gauche de son secrétaire particulier, muni d’un carnet destiné à consigner les réclamations auxquelles

x il devrait être donné une suite, le préfet adressa ; successivement la parole à chacun des maires, s’enqué- * rant de l’esprit de leurs administrés, des besoins parti- : culiers à chaque commune, et principalement de l’attitude des fonctionnaires municipaux. Ii affirmait avec ; force son intention bien arrêtée de sévir énergiquement contre quiconque témoignerait de quelque hostilité ou même simplement de quelque tiédeur vis-à-vis du gouvernement républicain.

La petite confession se poursuivit sans incident » notable, tous les maires interrogés assurant que, grâce à leur vigilance et à la fermeté bien connue de leurs convictions, leur commune tout entière pouvait être tenue pour un des remparts les plus solides de la République; toutes étaient devenues des remparts redoutables.

_ Cependant, dans un coin, restait encore un maire, F LAN le maire d’une toute petite commune, à l’allure effacée, assez âgé, à demi courbé par les durs travaux des ce champs, et que l’habitude de la vie contemplative avait rendu peu loquace; il n’osait s’avancer. Mais rien à n’échappait à la clairvoyance du premier magistrat du . département, Alors, s’approchant, de son air le plus 5 gracieux, car M. le Préfet était fort galant homme à ses heures : « Et vous, monsieur le Maire, vous ne me dites rien! N’avez-vous rien à souhaiter? — Silence du : maire. — Allons! ne craignez pas de vous expliquer. Je : Ê vais vous aider, d’ailleurs : Tenez, pour commencer, à Ë êtes-vous content de votre instituteur? — Et le maire, : avec un visible embarras, de dire, mais très bas, avec _ grande timidité : Moi, monsieur le Préfet, je suis très content. — Mais vous ne dites pas cela bien franchement, répartit le préfet ; encore une fois, ne craignez pas de me confier tout ce que vous savez. — Eh bien! je vais vous dire tout, monsieur le ; Préfet ; notre instituteur, c’est sûrement un bien bon homme (sic), qui s’occupe avec soin de son école et qui fait bien le service de secrétaire de la | 3 mairie; mais il y a un conseiller (municipal), M. X…, qui prétend qu’il n’est pas assez républicain et qu’il el faudrait le changer. — Ah! Ah! vous voyez, dit le préfet, c’est très sérieux ce que vous me dites là, c’est | très sérieux. M. X… est un fervent républicain et, pour qu’il parle ainsi, il doit avoir de bonnes-raisons. » Et, se tournant vers son secrétaire, il lui dit de prendre note D de ce que M. le Maire venait de dire, il recommanda aussi au sous-préfet de lui adresser le plus tôt possible un rapport détaillé sur cette affaire. 3 63

tes Quinze jours après, car la justice de M. le Préi fet était | toujours expéditive, l’instituteur était déplacé sans, | naturellement, avoir été averti de la mesure qui le. cs menaçait. Il y avait plus de vingt ans qu’il exerçait. A . dans la commune. LR Ro Quant aux raisons qu’avait M. X…, conseiller munie S cipal, marchand de vins et président du comité élec à toral local, elles étaient évidemment des meilleures: x son fils n’avait pas figuré parmi les lauréats le jour dé 4 se la distribution des prix. Ce sont de ces fautes lourdes : _ qui ne se peuvent pardonner, on le comprend sans. 4 Re peine ; elles méritent, avec la dernière évidence, une e On ne saurait le dire trop haut, c’est une honte pour “ la Troisième République, après quarante-deux années s d’existence, de n’avoir pas répudié encore ce legs 50 onéreux de l’Empire, d’avoir maintenu et, hélas! . 4 _ d’avoir même renouvelé, dans sa législation scolaire, 4 une pratique qui ne se conçoit pas en dehors d’un gou- + à vernement autocratique, né d’un coup de force brutale. 0

  • Toujours, en toutes circonstances, les Républicains, és a déjà sous l’Empire, réclamaient avec des cris indignés er: la disparition de cette prescription de la loi de 1854, … 1 : parce qu’ils la considéraient, à juste titre, comme ne attentatoire à la dignité du corps enseignant. S Tout, aujourd’hui, concourt à la rendre de plus en à : plus odieuse, tout : les mœurs politiques de la démo- 2 é cratie nouvelle, le respect dû aux engagements solennels pris vis-à-vis des instituteurs, les souvenirs du À passé, les nécessités de l’heure présente, le souci de * Qui, en effet, n’a encore présentes à l’esprit, les pe

ie paroles nr LE DéFFONARCS les plus considé- à É è pins du parti SUD à sou les époques, pour _ flétrir avec la plus grande indignation les pratiques de PER l’Empire et, parmi toutes, plus que toutes, bien au_ dessus de toutes, l’intervention des Préfets dans le « . domaine de l’instruction publique, dans l’administra-

  • tion directe de l’enseignement primaire ? _ Qui ne se souvient des promesses formelles, sans =. L. cesse répétées, faites aux Instituteurs ? Sans citer aucun * ë nom, car ce serait rappeler de trop attristantes défail-
  • _ lances, qui ne sait que pas un seul des Républicains Re qui, depuis 1870, ont été appelés à diriger le Ministère de l’Instruction publique, pas un seul, n’avait, et long__ temps à l’avance, condamné ces pratiques, n’avait
  • promis, si le hasard des combinaisons ministérielles

lappelait au pouvoir, de faire disparaître au plus tôt ;

_ et radicalement, ces restes d’une législation réaction_ paire et abhorrée? ge Tous, sans exception, et avec eux, tous ceux dont ils : n’étaient en la circonstance que les porte-paroles, tous £ les Républicains, tousleurs collègues dans les Chambres, oh tous leurs amis politiques, tous leurs compagnons de à luttes, tous leurs coreligionnaires politiques, tous ÿ _ enfin, n’avaient-ils pas reconnu le zèle soutenu, le dévouement inlassable des instituteurs ? |; Tous, tous ceux que je viens d’énumérer, tous, _ n’avaient-ils pas reconnu les services immenses que __ les instituteurs avaient rendus à la République, qu’ils | lui rendaient sans cesse, en la faisant mieux connaître, | en en défendant les principes, en élevant les jeunes générations dans le culte des idées de progrès, de jus- % tice et de liberté, en exposant même souvent pour eux,

la solution du problème ire 2 les élus, et pour la République, leur situation et celle de leurs familles ? 6 ER Tous, les élus, ne se considéraient-ils pas comme les obligés de ces modestes et infatigables pionniers de l’émancipation sociale ? : L’esprit demeure confondu devant l’ingratitude du parti républicain envers les instituteurs. Sans doute, il & a fait beaucoup pour relever leur condition matérielle ; se mais on peut dire que tout reste à faire pour améliorer leur situation morale, pour assurer leur indépendance. : Il semble presque que soit effacé le souvenir de ce : long martyrologe du personnel enseignant primaire où, S depuis les tristes représailles qui suivirent le coup ; d’État de 1852, sont inscrits en lettres d’or les noms sans cesse accrus des vaillants qui ont souffert pour la 5 cause commune, des plus intrépides défenseurs de la 2 foi laïque et républicaine ? 3 4 Et, pourtant, malgré tant de déceptions successives, 4 malgré tant de raisons qui auraient pu légitimer une … ; attitude toute différente, la fidélité des Instituteurs n’a : pas connu d’éclipse. Toujours, aujourd’hui comme hier, c’est à eux que vont les espérances et les objurgations, qu’il s’agisse de combattre l’ignorance des illettrés, de prolonger bien - au delà de la scolarité les enseignements bienfaisants de l’école, de répandre les idées d’épargne et de pré- voyance, de vulgariser les notions d’hygiène particulière et d’hygiène générale qui contribueront à sauvegarder la race, de lutter contre la tuberculose, de faire disparaître les préventions des habitants des campagnes contre les améliorations proposées à leurs habitudes surannées de culture, etc, etc… Et la liste pourrait

2 ainsi s’allonger indéfiniment, sans que l’on puisse se

_ vanter de n’y avoir pas fait d’omissions importantes, ps En un mot, toujours, lorsqu’il y a un progrès à réaliser, lorsqu’il y a quelque notion utile ou moralisatrice à F répandre, c’est à eux d’abord, à ces modestes, à ces = dignes et loyaux serviteurs de la nation que lon

s’adresse. Jamais on n’hésite à ajouter une nouvelle

besogne à leurs occupations antérieures, à leurs fonc- L

tions déjà si écrasantes, parce que l’on sait pertinem- ; ment qu’ils ne marchandent jamais ni leur temps, ni

: Le Parlement s’honorera donc grandement, qui réparera ce que les Instituteurs ont pu appeler, sans aucune exagération, la grande trahison du parti républicain, et qui, pour le moins, demeurera éternellement comme la preuve manifeste d’une trop longue et impar-

Les Professeurs des Écoles Normales

Actuellement, les mêmes errements, suivis dans le

recrutement du personnel enseignant des écoles primaires, les mêmes inconvénients signalés, se retrouvent dans le recrutement du personnel enseignant des écoles normales. Comme le premier, le second a une double origine ; il se recrute, en effet, pour une part, parmi les ; anciens élèves des deux écoles normales supérieures d’enseignement primaire, de Saint-Cloud pour les jeunes

x gens et de Fontenay-aux-Roses pour les jeunes filles. Il se recrute, pour une autre part, parmi les instituteurs

TE et les institutrices pourvus du brevet supérieur et ne comptant un certain nombre d’années d’erere E ut l’enseignement primaire ; il est d’abord, généralement, Te accordé une délégation à ces derniers qui, ensuite, ne SR “ele seront titularisés que s’ils subissent avec succès ie l’examen spécial du Professorat des écoles normales FN é Ft et des écoles primaires supérieures, car le même titre as ouvre l’accès de ces deux catégories d’établissements …

<e cependant si différents. Les élèves sortant des deux

| écoles normales supérieures de Saint-Cloud et de Fon- ES

tenay sont tenus de subir le même examen qui, 28 d’ailleurs, est un véritable concours, dans le genre, “e

toute proportion gardée, des concours d’agrégations

des lycées. < “. é Il y a donc dans le personnel enseignant des écoles normales deux éléments rivaux, parfois hostiles, qui, <<

j s’ils ne nuisent pas toujours à la solidité des études ou 4 ke à l’esprit de discipline, ne facilitent pas l’établissement L de l’harmonie qui doit nécessairement régner dans un à

même établissement et qui ne constituent pas moins 4 deux groupements bien distincts, assurément très sou | vent de valeur très différente, qui se croient tour à tour PR l’objet de la prévention de leurs chefs directs, selon : Ne l’origine de ces derniers et qui se recommandent tous 6e deux des appuis qu’ils sont assurés de rencontrer près ‘5

de ceux qui les ont formés ou qui leur ont facilité el

l’entrée dans la carrière. En tout cas, ces deux groux pements n’ont pas la même « âme », les mêmes « doc-

trines » et cela est fâcheux le plus souvent. à De là, aussi, des tiraillements, des difficultés dans 5 le service, des comparaisons parfois pénibles et toujours : regrettables pour le bon renom des écoles, parce e

| qu’elles peuvent parvenir jusqu’aux élèves et même ca _ Les deux écoles normales supérieures d’enseigne- | ment primaire, sont des créations de la Troisième Le LEE République, des créations de Jules Ferry. Elles ont _ rendu de très grands services, en ce qu’elles ont permis -… de doter, rapidement et régulièrement, les écoles norRe males d’un personnel nouveau devenu indispensable ee _ avecla grande réforme de 1881, et qu’il eût été très fs difficile, voire même impossible, de recruter autrement, :

_ en tout cas, de si heureuse façon.

__ Comme les écoles normales élémentaires, les deux

__ écoles normales supérieures @nt été à la fois « des se

_ établissements d’instruction générale et des maisons È _ d’éducation professionnelle ». Elles conservent encore

Dr. aujourd’hui ce double caractère.

  • Le Toutes deux ont contribué puissamment à porter l’enseignement dans les écoles normales à un niveau inconnu jusqu’alors; toutes deux ont servi à propager

dans l’enseignement primaire les méthodes habiles et | LA les procédés judicieux qu’y ont puisés leurs élèves et

-_ dont ils ont fait bénéficier à leur tour les futurs institu- 2

à _ teurs et les futures institutrices. Toutes deux ont donc

été les facteurs principaux du relèvement général des

Pret Et il convient, et ce n’est que justice, d’accorder une Ê

mention toute spéciale à l’École normale de Fontenay-

  • aux-Roses, que Jules Ferry a qualifiée de façon sipitto-

ÿ - resque et si heureuse, et si vraie, de « séminaire laïque ». | Grâce à l’action persuasive et pénétrante de Félix

_ Pécaut, son premier directeur, grâce à la valeur de son

enseignement pédagogique, grâce, je puis dire, à son

se apostolat, cette école a formé de toutes pièces, non 4 a seulement le personnel administratif et enseigna nt des ia écoles normales de filles, mais encore, et surtout , QE é : San doit le dire, l’esprit même de ces établissements, qui Ex faisaient à peu près défaut partout en 1881, et qui 5 è rer allaient s’ouvrir en peu de temps dans la plupart dés à | = départements, et fonctionner de suite sans heurt, sans : déboires, et s’adapter de façon merveilleuse aux vrais E besoins de l’éducation des filles. ; ESS LE Cette œuvre, cette création des deux Écoles normales 5 supérieures d’enseignement primaire est, assurément, :74 : une des plus belles, une des plus surprenantes, j’allais #4 as dire, une des plus glérieuses de la Troisième Répu- RE. £ blique. Elle est de celles qui ne laissent après elles 1 d’autres souvenirs que ceux des progrès accomplis et. .. des services rendus. ‘re Mais le temps a marché; avec lui des besoins plus E. impérieux se sont manifestés; et voici qu’aujourd’hui, à nous démontrons la nécessité de relever encore le niveau … _de l’enseignement dans les écoles normales départemen- À tales et de demander à ces établissements transformés, de nouveaux efforts et de plus importants services. Le Il faut leur donner un personnel enseignant d’une à instruction encore plus large, encore plus élevée, encore 3 plus étendue. Alors que les Facultés des Universités … # ont, elles aussi, fait une si remarquable évolution et, > qu’elles aussi, sont marquées de la forte empreinte des Be Ë réformes modernes, il n’est plus besoin que subsistent tes à côté d’elles, en une sorte de concurrence amoïndrie, # des établissements qui feraient double emploi et quiles priveraient, et qui les privent déjà, d’une partie de 5 leur clientèle, peut-être la plus intéressante. ee

sa Les professeurs qui enseigneraient dans les futures

_ écoles normales, devenues des Facultés primaires,

devraient se munir des titres exigés des professeurs

j 2 de l’enseignement secondaire : la licence, le doctorat et

_. l’agrégation. On exigerait d’eux, en plus des connaïis- Dee

ES plus des connaissances de méthodologie générale

— commune à tous les professeurs, des connaissances

à pédagogiques spéciales à l’enseignement primaire, qu’ils

recevraient dans des cours et conférences pratiques à

ouverts à cet effet dans les Universités. Sur les brevets

qui leur seraient délivrés, mention serait faite de la preuve de leurs aptitudes spéciales.

; L’examen actuel du professorat subsisterait avec le titre seul de professorat des écoles primaires supé-

| rieures et serait, naturellement, réservé au personnel enseignant des écoles primaires supérieures et des cours complémentaires. Il offrirait un débouché sérieux aux instituteurs et aux institutrices les plus capables et les plus laborieux.

des Écoles Normales Actuellement, toutes les écoles normales de France et d’Algérie ont des programmes d’enseignement iden-

; tiques, imposés ne varietur par l’Administration supé- rieure, après avis du Conseil Supérieur de l’Instruction C’est là un abus et un réel danger. Un abus, parce que c’est, pour l’Administration centrale, s’arroger des prérogatives qui sont du ressort immédiat des adminis-

rations locales; un danger, parce que c’est mécon

Le ie naître de la sorte les besoins particuliers à chaque {

ne | département, et parce que l’enseignement ne concourt

ie pas toujours et partout, comme il conviendrait, à assuSE __ rerle parfait développement des œuvres d’originalité

  • particulière qui sont un des principaux facteurs de ] Pt: # a richesse nationale. one ÉR5SeS Se S’il est nécessaire de marquer les limites maxima des | connaissances générales à exiger de tout futur institu- Fe AS teur et de toute future institutrice et, par conséquent, … D A d’indiquer les grandes lignes des programmes qui

AR devront être suivis dans tous les départements, dans pe toutes les écoles normales, il est non moins nécessaire

: de leur laisser assez de souplesse pour qu’ils puissent

de mieux s’adapter aux nécessités de chaque région. : : É L’industrie nationale, le commerce local, les besoins

régionaux de la culture doivent être protégés et servis. s 1

Chaque école normale serait donc invitée à dresser.

. elle-même un projet détaillé des programmes qu’elle » 2

voudrait appliquer. Ce délicat travail serait préparé à ë

par le Conseil des professeurs et soumis ensuite à ap

sk probation du Recteur, après avis du Conseil Acadé

| mique primaire dont nous allons parler plus loin. RES.

_ - Les avantages de ce système me semblent ressortir

tee aisément pour tous. LEE

Le mode de recrutement des Inspecteurs primaires fe

donne à la fois satisfaction aux vœux du personnel et “:

to aux besoins de l’enseignement : une seule Commission,

; siégeant à Paris, examine les candidats qui sont ensuite e

répartis dans les diverses régions de là France et des tes Colonies par le Directeur de l’enseignement primaire Se < au Ministère de l’Instruction publique, agissant par | délégation et sous l’autorité du Ministre. : É _ Ces pratiques paraissent pouvoir être conservées, | aussi longtemps tout au moins que seront jugés d’une

  • application nécessaire les principes de centralisation à qui, depuis la Révolution, constituent l’essence même ‘ Le de notre organisation administrative. Mais, tout en les _ conservant, il serait à souhaiter que, le plus tôt pos- ë sible, les nominations, mutations et promotions de ce personnel, qui se font actuellement, sans contrôle, par ; le Directeur de l’enseignement, soient régies par des L règles offrant aux intéressés les garanties d’impartialité et d’équité auxquelles ils ont droit et qui leur manquent trop souvent, ainsi que le prouve, entre tant £ d’autres, le fait suivant que seul, aujourd’hui, nous Un élève de l’école normale primaire supérieure de Saint-Cloud, à la requête de son directeur qui avait des : inquiétudes sur son état de santé, fut, à sa sortie, appelé à exercer dans un département du Midi. L’excel- . lence du climat, jointe à sa conduite parfaitement régulière, amena en quelques années l’amélioration | presque totale de son état général, si bien même qu’il ; put reprendre ses travaux personnels momentanément | abandonnés, et se préparer à l’examen de l’Inspec- | tion et de la Direction des écoles normales. Dès sa première tentative, il réussit complètement, car il était aussi inteMigent que laborieux. Bientôt, ensuite, il se trouva assez rétabli pour fonder une famille; il se

la solution du problème

Peu de temps après, il était nommé Inspecteur, encore dans la région méridionale, que réclamait toujours sa constitution demeurée délicate.

: Jusque là, l’Administration, on le voit, avait rempli - S sa fonction tutélaire envers un de ses agents les plus méritants ; tout était pour le mieux.

Mais, un jour, le Ministre d’alors exigea, paraît-il, que le poste occupé par ce jeune homme fût attribué à l’un de ses protégés; et, l’occupant, sans aucun avis préalable, fut brutalement déplacé et envoyé dans un poste du Nord-Ouest, dont le climat froid et humide ne convenait nullement à son tempérament.

Le fonctionnaire ainsi sacrifié protesta, demanda des explications qu’il n’obtint pas et, en désespoir de cause, se confia à un de ses amis, le priant d’intervenir en sa

ù faveur au Ministère, afin que, s’il n’était pas possible de faire revenir le Ministre sur sa décision, il lui fût attribué au moins une résidence qui ne mettrait pas sa

Cet ami, qui l’aimait profondément, tenta la démarche, fit valoir les bons services du jeune inspecteur (bons services que, d’ailleurs, personne ne songeait à

-_ nier), montra le danger qui pouvait résulter d’un séjour dans une localité si peu convenable, fit remarquer que l’Administration, les bureaux, s’ils ne pouvaient résister ouvertement au Ministre, ni contrecarrer ses ordres formels, avaient certainement le devoir strict de lui démontrer qu’il était impossible de frapper avec cette rigueur un fonctionnaire dont le dossier ne renfermait que des éloges, et qu’il convenait de lui ténioigner des sentiments de bienveillance et d’équité, en lui fixant un poste qui constituât, sinon un avancement, tout au

| moins une juste équivalence; et il citait un poste qui

| aurait parfaitement convenu et qui était libre.

Toutes ses objurgations demeurèrent inutiles, et son

| du nouveau poste qui lui avait été assigné. C’était,

4 pour lui, autrement grave qu’une disgrâce.

Il y demeura assez longtemps pour que sa santé s’y altérât gravement et, quand enfin, en manière de dédommagement, on le nomma directeur d’une école normale, le mal était fait; il était trop profondément atteint pour se relever. Quelques années après, en effet, il succomba, laissant une veuve et deux enfants en bas âge. Et, comme il n’avait pas les années exigées par la loi, sa veuve n’a eu aucune retraite.

Que dire d’une administration qui laisse s’accomplir de telles monstruosités ? qui laisse se perpétuer de si odieuses pratiques? qui, en présence d’abus de pouvoir aussi scandaleux, n’a ni assez de pitié, ni assez de conscience, ni assez de fermeté pour crier sa révolte et pour faire entendre la voix de la justice?

Devant semblables agissements, on demeure stupé- fait que l’Administration supérieure, afin d’éviter tout moyen de contrôle de ses actes, ose encore soutenir que ce serait porter une grave atteinte au prestige et aux prérogatives du Ministre, à son autorité nécessaire, que de permettre que ses décisions puissent être soumises à discussion.

Et il y a cependant plus de quarante années que nous

— On s’est demandé à diverses reprises s’il était bon que les Inspecteurs primaires, comme aujourd’hui,

la solution du problème ee | comme toujours, aient leur résidence au chef-lieu même de leur circonscription qui, dans la généralité des cas, à . est l’arrondissement, ou, au contraire, s’il ne serait pas te LE préférable qu’ils résident tous au chef-lieu du départe- L + ment, près de leur chef immédiat (aujourd’hui l’Inspec- : teur d’académie, demain, nous l’espérons, le Directeur 2 départemental de l’enseignement primaire) qui les utili- È _ serait au mieux des intérêts du service. EF FRE En principe, la résidence au chef-lieu d’arrondisse ment semble devoir être préférée. L’Inspecteur sy trouve plus près de son personnel, plus à même d’être 2 “ utilement et justement renseigné sur les besoins parti … ni __ culiers à sa circonscription, sur l’esprit des populations, < sur les questions multiples (construction et réparation a des maisons d’école, plaintes des autorités locales et su des familles, plaintes ou désirs des Instituteurs et des. Ë Æ Institutrices, etc.) qui font l’objet de ses enquêtes administratives. Il s’y trouve aussi plus facilement #4 en rapport avec les municipalités et les autorités | diverses (caisses des écoles, délégations cantonales) LE qu’intéressent la tenue et la prospérité des écoles. à à = Cependant, dans quelques cas particuliers, il peut se & faire que la topographie des lieux recommande le KE séjour fixe au chef-lieu du département. Il ne devrait, à en tout cas, être autorisé que sous cette réserve spé- g : ciale et formelles que chaque Inspecteur ait sa circon- k : scription bien délimitée et qui serait soumise à sa k Combien de temps un Inspecteur doit-il demeurer ; È dans le même poste? ÿ à $ C’est encore une question qui s’est souvent posée. ee . Dans certaines circonscriptions, en effet, principale ” 76 4

ment dans celles que l’on est convenu d’appeler les __ circonscriptions de début, les circonscriptions en pays St . pauvres et de parcours difficile, il arrive la plupart du Rs temps que les Inspecteurs ne font que passer, et que,

a _ parfois même, deux ou trois Inspecteurs se succèdent

4 dans une même année.

: Quelle peut bien être leur action? et sur le personnel

ù qu’ils n’ont pas même quelquefois le temps de connaître, de visiter sur place? et sur les autorités locales

  • qui les ignorent pour le plus grand nombre? et sur

: l’enseignement dont ils n’ont pu pénétrer ni les qualités, ni les défauts? Quelle que soit leur activité, quelle

que soit leur intelligence, quelles que soient leurs aptitudes professionnelles, ils en sont réduits à vivoter, si je puis dire, à se borner à l’expédition des affaires courantes, à donner des conseils généraux qui ne peuvent compromettre ni leur réputation, ni la marche des écoles; ils ne peuvent jamais exercer une action effective et durable. Et ils partent, avec le regret de : n’avoir pu juger ni les personnes, ni les choses. Et, à cependant, les personnes vivent, agissent, doivent être 5 appréciées, ont des intérêts respectables à ménager! ; Et les choses doivent recevoir leur solution! Les unes et les autres ne sont conduites qu’avec des moyens de fortune ; on devine ce qui en peut résulter. ‘ Dans d’autres circonscriptions, au contraire, dans les bonnes circonscriptions, celles où spnt attachés des agréments de résidence ou des avantages pécuniaires é spéciaux, il arrive que le même inspecteur demeure un

: très grand nombre d’années de suite, qu’il y fasse 1 presque toute sa carrière.

È Ce qui devait arriver fatalement se produit : après

la solution du problème

les premiers efforts, après les premières années de contact, chacun, administrateur et administrés, sait à quoi s’en tenir. L’Inspecteur s’est fait de son personnel une opinion qui ne variera plus guère, sauf accident; il donnera toujours les mêmes avis, il appuiera toujours sur la nécessité des mêmes améliorations, de ce qu’il aura jugé déjà devoir être modifié. Il se répétera sans cesse. Plus il aura de valeur personnelle, plus il sera persuadé du bien fondé et de l’excellence de ses conseils, plus il deviendra étroitement exigeant, presque à coup sûr routinier. Sa présence trop prolongée dans la même circonscription l’empêche de former plus complètement son expérience, qui se fait d’autant plus profitable qu’il exerce dans des milieux plus différents, plus opposés de mœurs, de tendances et de coutumes. En outre, le personnel étant apprécié trop longtemps par la même autorité, perd de la garantie que lui donnent des appréciations venues de divers chefs.

Les Instituteurs et les Institutrices, de leur côté, savent pertinemment ce que veut leur chef; ils connaissent ses doctrines, les méthodes et les procédés qu’il préconise; chacun s’empresse, dans son intérêt, et c’est trop humain pour que l’on puisse s’en étonner et y trouver à redire, de conformer sa conduite aux désirs tant de fois exprimés et répétés. Tous, ou à peu près, s’exercent à taire leurs préférences. Comme leur chef, plus que leur chef, ils ne voient plus la vérité que sous un certain angle, toujours le même; ils perdent toute initiative, toute indépendance d’esprit et de jugement.

C’est une circonscription endormie, qui n’a de la vie que l’apparence et qui, pour longtemps ensuite, sera rebelle à tout progrès.

ei Le remède à ces deux situations opposées et .égale- | . ment fâcheuses consisterait à ne pas changer trop vite les inspecteurs de résidence, mais aussi à ne pas les __ éterniser dans les mêmes postes. Il semble qu’on pourrait fixer à cinq ou six années le délai minimum et à _ dix ans le séjour maximum. Pas ne serait besoin que les Inspecteurs changent chaque fois de département; il suffirait qu’ils changent de circonscription. Ainsi ils continueraient à demeurer les agents actifs de la même ; direction générale à laquelle ils appartenaient, tout en lui prétant un concours plus sérieux et plus efficace. Étant donné la façon dont nous comprenons le rôle des écoles privées, étant donné les tendances réactionpaires qui se sont manifestées dans la plupart d’entre elles et qui constituent un réel danger pour nos institutions démocratiques, il devient absolument nécessaire de soumettre ces établissements à un contrôle plus régulier et plus sévère. L’inspection devant s’y exercer dans les mêmes formes et dans la même mesure que dans les écoles publiques, le nombre des Inspecteurs devra donc, nécessairement, être augmenté, à moins que l’on ne se décide enfin à entendre les doléances depuis si longtemps exprimées, et que l’on allège leur besogne de toutes les inutilités qui les surchargent et qui les empêchent d’accomplir leur mission comme il conviendrait et comme ils le souhaitent eux-mêmes. Je ne veux pas dire qu’il est indispensable que, chaque année, tous les Instituteurs, toutes les Institutrices soient, chacun dans leur classe, l’objet d’une inspection approfondie, d’une véritable inspection, de celle qui, seule, porte, et qui profite à tous, Instituteurs et Inspecteur. D’abord, pour qu’une telle pratique fût

OO solution du problème ns. _ possible, il faudrait que les Inspecteurs disposassent d’un temps qui, certainement, ne leur sera jamais _ dévolu. Il y a, par an, selon que les écoles sont Ho urbaines ou rurales, environ de 200 à 220 jours de La _ classe effective. Si l’on défalque encore les jours que M l’Inspecteur doit consacrer aux examens, à sa présence à gs e dans les différents conseils, aux conférences pédagoas giques avec son chef et avec ses subordonnés, aux Ross enquêtes administratives ; si l’on estime qu’il peut lui ee arriver quelquefois d’être empêché de voyager soit par ee suite d’une indisposition, ou par suite d’une tempé- LR rature exceptionnelle, on voit le temps dont le plus 5 à favorisé peut réellement disposer pour les inspections … ÈS proprement dites et, par suite, lé nombre d’écoles et. & 1Èe de maîtres qu’il devrait avoir sous sa direction. ” É Matériellement donc, il est presque impossible qu’un: D 4 Inspecteur procède chaque année à l’inspection rigoureuse de tout son personnel (écoles publiques et écoles + 4 privées) car, pour y procéder, il doit pouvoir consacrer environ deux heures à chacun, et encore n’est-ce là 1 à qu’un bien faible minimum qui ne peut suffire que lors- … … qu’il connaît déjà la personne, mais qui s’élève sensi- sa blement s’il s’agit d’une première inspection. Passer se 3 quelques moments dans une classe, voire même seule-
ment quelques quarts d’heure, ce n’est pas inspecter. ne On peut ainsi vérifier un point de détail, donner un : conseil rapide sur une question bien limitée, s’enquérir Le d’un besoin urgent, donner satisfaction à une réclama- » tion justifiée. Mais il faut du temps, beaucoup de temps, ea _ avoir l’esprit reposé et tout le loisir nécessaire, pour me &e apprécier la valeur pédagogique d’un maitre, pour > . s’assurer de la façon dont fonctionnent tous les rouages

É 2e d’une école, pour juger des progrès des élèves. Et je ne pee parle pas des mille autres petites questions qu’il faut : examiner et résoudre au cours d’une inspection sérieuse, et qui réclament en plus de longs instants. ” Et puis, réellement, ces inspections de fond, ont-elles 4 besoin d’être multipliées et répétées, partout et pour tous, chaque année, à périodes régulières? Non, si l’on Ë se fait de l’Inspecteur l’idée qui convient, sionlerenferme dans son rôle essentiel, vraiment nécessaire et | Beaucoup se sont imaginé et s’imaginent encore qu’un Inspecteur doit être une sorte de gendarme, d’agent de haute police universitaire, chargé de surveiller les Instituteurs et les Institutrices, étroitement, jusque dans : leurs plus petites actions, jusque dans tous les actes de leur vie privée; qu’il doit être surtout un esprit soup- çonneux, inquiet, jaloux comme un autocrate de son autorité, s’essayant à surprendre son monde, l’épiant, le guettant, enclin à prêter une oreille attentive et complaisante à toutes les petites calomnies, à tous les bavardages du village ou du quartier, désireux de montrer avant tout son pouvoir de répression, disposé « à apprécier l’esprit de servilité, quelquefois aussi l’esprit de délation, enflant outre mesure le plus léger incident pour se donner de l’importance, pour se procurer le mérite facile d’avoir trouvé une prompte solution à des questions qui n’ont souvent d’autre valeur que celle que son imagination a bien voulu leur attribuer, etc., etc. Cette sorte de tyranneau, odieux autant que ridicule, n’existe guère que dans la légende. Un inspecteur est un tout autre homme; de plus en plus, il doit être un tout autre homme. Il est, il doit toujours être, l’ami sûr

la solution du problème et loyal de son personnel; le conseiller éclairé qui lui rend plus facile et plus agréable sa tâche quotidienne; qui le fait profiter de son expérience acquise auprès de tous, en comparant les efforts de chacun ; qui l’aide dans un moment difficile; qui le soutient dans un jour de défaillance; à qui l’on peut confier un secret, même

  • très important; à qui l’on peut avouer une faute, même lourde. Homme de devoir avant tout, d’esprit large, de Î parfaite équité, de caractère ferme et indépendant, d’âme noble et sensible, il est surtout porté à la bien- 6 veillance qui cherche dans toute erreur ce qui peut l’excuser ou en atténuer la gravité, et qui s’efforce de mettre en relief tous les menus faits qui constituent, dans leur ensemble, la bonne réputation de chacun.

Agent d’information et d’exécution, collaborateur |

avisé de son chef immédiat, il l’éclaire, le documente, discute avec lui et avec ses collègues toutes les questions intéressant l’éducation et l’enseignement, exerce une autorité effective et de bon aloi sur toutes les personnalités qui gravitent autour de l’école, attire à celleci des sympathies précieuses et des appuis efficaces. Préoccupé sans cesse, parce que c’est le côté le plus beau de sa tâche, de faire valoir le mérite des autres, il ne recherche pour lui-même qu’une récompense, une seule, la seule qui vaille et qui importe, et qui est de mériter que tous, supérieurs, égaux, subordonnés, gens de son métier et gens d’à côté, disent de lui : c’est un honnête homme.

Pour être tout cela, pour faire tout cela, pour être toujours parfaitement au courant de l’état de sa circonscription, il n’a pas besoin, selon l’expression imagée, d’être constamment « sur le dos » de son personnel, de

| procéder chaque année à une inspection minutieuse,

| détaillée et complète de tous, comme s’il les ignorait.

Lorsque l’école et les maîtres qui y enseignent sont bien

; connus, ont été pesés et jugés sérieusement une pre-

4 mière fois, dans leur milieu, il suffit ensuite d’y passer,

É d’examiner de près les quelques points qui auront fait l’objet spécial des causeries dans les conférences pédagogiques de l’année, de vérifier s’il a été tenu compte, un juste compte, des recommandations antérieures.

Ainsi, l’Inspecteur sera toujours à même, à toute heure, en tout lieu, son carnet de notes à la main, de donner sur les écoles et le personnel de sa circonscription, les renseignements les plus détaillés, les plus

? exacts, les plus vrais. à

Son action sur l’éducation sera d’autant plus efficace, “

qu’il sera aimé et respecté davantage, L’Inspection féminine de l’enseignement primaire .

La loi du 19 juillet 1889 a permis la nomination d”Inspectrices primaires « dans les mêmes conditions et dans les mêmes formes que les Inspecteurs primaires ».

Leur rôle a été précisé dans un rapport au Président de la République, et réglementé par un décret en date du même jour, 17 janvier 1891.

Depuis cette époque, quatre postes seulement, dans toute la France, ont été réservés à des Inspectrices : trois à Paris et le quatrième à Versailles. Aucun esprit

. _ de méthode n’a présidé à l’attribution des postes ainsi Ne à Ne passés à des femmes; aucune raison topique a pu ES : être donnée pour justifier cette transformation; auc né UE | nécessité reconnue ne l’a légitimée. Seul, le hasard des : | vacances a fait le poste disponible; seul le désir dy M ss appeler une personne désignée à l’avance et imposée dl _ par des motifs qui n’avaient rien de commun avec lai, _ pédagogie et les besoins du service, a déterminé les}: ie choix ; toutes ces fonctions nouvelles ont été créées Su pour des personnes. A: er Cependant, si restreint, si imparfait, si timide qu’il . 54 soit, cet essai n’en constitue pas moins une tentative ; | nouvelle. Elle a été suivie avec beaucoup d’intérêt; À elle a donné lieu à de très vives polémiques, et ce ne + È fut pas toujours dans le camp féminin, même féministe, 1 Ê qu’elle a rencontré les plus ardents défenseurs, les plus 12 Je n’ai pas l’intention de discuter ici cette innovation, 5 ù = non que je redoute de prendre position et de dire toute ma pensée, mais parce que, vraiment, les éléments #4 à sérieux et probants font défaut pour prendre résolu n ment parti. Dans une question de cette importance, il faut éviter de n’apporter que des impressions et des “ ; idées préconçues, de ne formuler que dé simples désirs, k 4 de ne se laisser guider que par des affinités et des ten- 2 - dances particulières. Il serait aussi malséant que dan- Re gereux, d’inférer du particulier au général, de vouloir sa rs tirer des quelques cas exceptionnels que l’on connaît, & des conclusions fermes qui, à tout le moins, courraient _… Je risque de mal servir le personnel et l’enseignement. Mais on peut, on doit formuler le vœu que, dans oi l’intérêt même, dans l’intérêt surtout de la réforme, un :

essai complet et loyal soit tenté, qu’il soit assez étendu 4 _ pour qu’il puisse servir de démonstration irréfutable. | Et, parmi toutes les conditions souhaitables, il en est Fe une, essentielle, dont l’importance n’échappera pas : qu’il ne soit pas appelé de débutantes, ainsi qu’on l’a 7

fait jusqu’ici, à des postes de tout temps considérés Ë

; comme les premiers, comme les plus importants, et réservés à des fonctionnaires ayant déjà parcouru une longue carrière, parce que ces postes offrent des difficultés de toute nature et qu’il serait souverainement injuste de rendre responsables d’un insuccès les inspectrices que l’on y appellerait sans qu’elles soient déjà en possession d’une longue expérience administrative. Les écoles maternelles, anciennement salles d’asile, ont, de tout temps, été placées sous l’autorité directe | des inspecteurs primaires. “a Cependant, depuis 1837, concurremment avec ces | derniers, des dames déléguées et des inspectrices 5 départementales ont été chargées de l’inspection. Ces dames sont nommées par les Préfets ou par le Ministre ; elles sont en petit nombre. la besogne des inspecteurs, l’inspection des écoles maternelles est confiée uniquement à des inspectrices Cette organisation donne de très bons résultats et, < s’il est difficile d’en demander l’application générale à toutes les circonscriptions, on peut souhaiter qu’elle soit étendue à tous les grands centres. 1 85

le grand État-Major de l’enseignement primaire A titre de simple observation, faisons remarquer à combien est inexacte et injurieusement limitative la J dénomination de Ministère de l’Instruction publique N attribuée à l’ensemble de l’administration centrale de : l’enseignement en France. 7 En effet, le Ministre qui siège rue de Grenelle a sous sa juridiction, à la fois l’enseignement smpérieur, l’enseignement secondaire et l’enseignement primaire, et dans chacun de ces trois grands services, l’enseignement public et l’enseignement privé. En outre, il doit connaître de toutes les œuvres générales et particulières d’éducation qui, de près ou de loin, se rattachent aux différentes écoles de ces divers groupements. Il devrait donc, plus justement, porter le titre de Ministère de l’Éducation nationale. Les Inspecteurs généraux de l’enseignement L’institution des Inspecteurs généraux de l’enseignement primaire remonte à la loi du 15 mars 1850; elle s’est perpétuée sans changements notables jusqu’à nos Le décret du 18 janvier 1887, rendu en application de la loi du 3 octobre 1886, dit, à l’article 123 : « Les

! Inspecteurs généraux sont nommés par le Président de Pi la République, sur la proposition du Ministre de

« Ils sont répartis en deux classes. Nul ne peut être

  • promu à la première classe, s’il n’a passé cinq ans au

à moins dans la seconde.

« Article 124. — Les Inspecteurs généraux se réunissent

en Comité consultatif, sous la présidence du Directeur de l’enseignement primaire, pour étudier les questions

qui leur sont soumises par le Ministre. »

Comme texte législatif, c’est tout.

Il en résulte qu’il n’est exigé aucun titre, aucun diplôme, aucune preuve d’aptitude, pour occuper le » poste le plus élevé dans la hiérarchie de l’enseignement République, sans être taxé d’illégal, pourrait sé porter, ainsi qu’on le dit, sur le premier venu.

C’est au moins une anomalie, sinon un déni de justice. Ajoutons cependant, qu’en fait, à peu d’exceptions près, les Inspecteurs généraux ont toujours été choisis parmi les membres de l’Université.

Dans un rapport présenté au Ministre, alors Jules Ferry, le 5 février 1880, le Directeur de l’enseignement primaire, alors M. F. Buisson, précisait les attributions des Inspecteurs généraux :

« Dans chaque département, quelle est la mission de l’inspection générale 2… on peut la ramener à un triple objet : d’abord et comme moyen essentiel d’informations, la visite des écoles normales et d’un certain

| nombre d’écoles primaires ; — ensuite l’appréciation

MAN le grand État-Major de l’enseig nement primaire de approfondie des services et des mérites de hacun : Fe des fonctionnaires, inspecteurs d’académie, inspecteurs Es SURNE primaires, directeurs, directrices et professeurs des - Te 4 ee “écoles normales ; — enfin le compte rendu général et = à comparatif de la marche de l’instruction primaire dans 3 ; les différentes régions de la France. » ME - à Si nous consultons la liste des Inspecteurs généraux M: 3 qui ont exercé depuis la création de l’institution, nous n’en trouvons que deux qui aient été inspecteurs pri maires; nous n’en trouvons aucun qui ait été Directeur É Et d’école normale. Les autres ont été tirés des cadres de a Le l’enseignement secondaire, surtout de l’inspection aca- ‘à démique. Un certain nombre ont été choisis pour leur ie . compétence spéciale dans quelqu’une des parties dd ae l’enseignement, littéraire ou scientifique; plusieurs le - 3 furent pour d’autres motifs, surtout politiques. à 40 Actuellement, il n’en est pas un seul qui ait exercé : ”+ dans l’enseignement primaire. Re Si nous ne nous rapportions qu’au décret de 1887, les 4 Inspecteurs généraux constitueraient simplement un De échelon de plus dans la hiérarchie bureaucratique … _ primaire, leurs fonctions devant se limiter à l’étude des Se questions qui leur sont soumises par le Ministre. ; n. 1880, leur attribue un rôle beaucoup plus élargi, beau- RE coup plus important. Il les destine à être les juges A souverains du personnel des écoles normales et de F l’inspection primaire; il leur demande des appréciations 0 nettes et précises sur la valeur des méthodes, sur la E: marche de l’enseignement, sur les résultats obtenus. ‘4 Voilà le désir exprimé. Qu’est la réalité? 43

BU. out d’abord, nous nous trouvons en présence __ * terme de leur carrière, dont plusieurs même ont dépassé, Aa et de beaucoup, l’âge fixé pour la retraite du personnel actif. Leur santé aurait trop à risquer, trop à souffrir Fe. de déplacements fréquents, puisque, même limités _ comme actuellement, ils en éprouvent déjà de réels inconvénients, selon les moments de l’année où ils ont _ lieu, et selon les conditions plus ou moins favorables de la température. Il est, dès lors, bien naturel qu’ils cherchent à échapper le plus possible aux désagréments : et même aux dangers de ces voyages, ou que, tout au moins, ils ne poussent pas à les multiplier.

En second lieu, les crédits mis à leur disposition limitent nécessairement leurs inspections, d’autant plus que le taux des indemnités journalières est’ fort élevé.

Enfin, ils ont trop l’expérience de la vie administrative, trop de bon sens, pour qu’ils ne demeurent pas convaincus du peu d’utilité et du peu d’efficacité de leur action, d’où, chez presque tous, un aimable scepticisme qui facilite, assurément, les rapports que l’on peut avoir avec eux, mais qui n’en fait que mieux ressortir la banalité de leurs visites.

Un jour, il y a longtemps, très longtemps déjà, l’un d’eux à qui l’on demandait de définir la fonction et le rôle d’un inspecteur général, répondit : « Un inspecteur général est un homme qui peut faire beaucoup de mal;
je n’en ai pas connu un seul qui ait pu faire du bien, » ; Et il n’est pas certain que, sous cette apparente boutade, ne se cache pas l’expression d’une vérité qui n’a plus

Ce qui, par contre, est bien certain, c’est que, d’une

le grand État-Major de l’enseignement primaire part, ils sont, la plus grande partie de l’année, retenus à Paris, au Ministère, où ils fournissent une besogne dire de préparateurs, au directeur de l’enseignement pri- 1 maire, élaborant la plupart des documents qui parais-

_ sent sous sa signature, et lui servant de collaborateurs S directs autant que discrets, de sorte qu’ils mériteraïent u plus justement d’être appelés ses secrétaires généraux. #

Ce n’est généralement qu’après les vacances de LS Pâques, avec le retour de la belle saison, qu’ils 3 commencent leurs inspections. Alors, sortes de missi + dominici (et le seigneur et maître n’est autre que le * Directeur de l’enseignement primaire), pendant environ 1 deux mois, un peu plus, un peu moins, selon les circon- | stances et selon les crédits, ils se rendent successivement dans un certain nombre de départements, dans un nombre forcément restreint de départements, et leur

Ils vont, en premier lieu, prendre langue auprès du Préfet. N’est-il pas le chef de l’enseignement primaire dans le département? De lui, ils vont savoir en quelle estime, à tous les points de vue, au point de vue politique, entre autres, car c’est le point de vue qui intéresse le plus le Préfet en fait d’enseignement, c’est même à peu près le seul point de vue qui l’intéresse ; donc ils vont savoir de lui en quelle estime est tenu le personnel de l’enseignement primaire, plus justement,

: en quelle estime, lui, Préfet, il le tient. En particulier, cela va de soi, il dira ce qu’il pense de l’inspecteur d’académie, des inspecteurs primaires, du directeur, de la directrice et des professeurs des écoles normales et des écoles primaires supérieures.

F y Et, ne voilà-t-il pas déjà une bonne et utile besogne ? -_ de faite? Voilà comment l’inspecteur général se sera fait, ensuite, une opinion raisonnée et person- à nelle de ce que j’appellerai l’état-major départemental : 4 de l’enseignement primaire, Si, après cela, il n’a

  • pas l’esprit libre de toute opinion préconçue, si ses jugements futurs ne sont pas exempts de toute influence étrangère à l’enseignement, il y aurait certainement lieu d’en être très surpris, c’est que vraiment il jouerait de malheur.

Ce point acquis, ce gros point acquis, il va voir

linspecteur d’académie. Et se recommence l’examen détaillé des mérites particuliers à chacun des membres .de l’état-major, lui seul excepté, bien entendu. Cette visite permet à l’inspecteur général de connaître à fond ce qui s’est fait dans les deux écoles normales, dans les écoles primaires supérieures, ainsi que l’action des inspecteurs primaires, et les résultats acquis partout et en tout ; il sait donc avec précision si, ensuite, il devra louer ou blâämer; il n’ignore aucun des points qu’il devra critiquer, aucune des initiatives qu’il devra

Avant de quitter le chef de service, l’inspecteur général lui remet un très long questionnaire, imprimé sur papier officiel, avec en-tête du Ministère de l’Instruction publique; c’est le formulaire général, le formulaire commun à tous; il doit être rempli par l’inspecteur d’académie et remis à l’inspecteur général avant son départ du département. Toutes les questions se rapportant au fonctionnement des écoles de toute nature dans le département, y ont leur place; de même tout ce qui concerne les œuvres post-scolaires, la marche

“te Si : des écoles normales, le rôle de let perso à que l’autorité dont jouissent les inspecteurs primaires. ÿ Sore Donc, de même. que son opinion sur l’ensemble di | service et sur l’énsemble du personnel était faite à sa . _ sortie du cabinet du Préfet, de même, à sa sortie dus cabinet de l’Inspecteur d’académie, il est fixé sur la valeur professionnelle de tous et sur la marche des études dans les écoles : normales, supérieures &t Ko Viennent ensuite les visites aux Écoles Normales. ae Même entretien préalable, mêmes questions posées aux. he _ directeur et directrice, sans doute, toujours, afin d’avoir M. _ l’esprit plus dégagé de tout parti pris vis-à-vis du per- 2 sonnel. Puis, assistance à deux ou trois cours, réunion AU générale des élèves, allocution… variable selon les +2 Se: : milieux et surtout selon les époques. #3 5 Le directeur et la directrice reçoivent, eux aussi, un très long questionnaire qu’ils devront remplir et. remettre, généralement, le lendemain. Toutes les parties du programme des écoles normales y sont successive- : _. ment passées en revue, de même que tout ce qui touche … 3 au personnel. Cependant, il n’y est pas fait mention dei 2. questions touchant la gestion économique; cette ge * dernière est réservée, en effet, à un inspecteur général 4 des économats, qui se distingue en ce que, n’ayant À jamais exercé dans une école normale, il ne connaît 6 pas le premier mot de leurs besoins matériels, ni des ie Ë moyens d’y faire face. “À -Restent les Inspecteurs primaires. Reçus en bloc à “ l’Inspection académique, ils ont la bonne fortune ee d’entendre un petit discours bien senti ayant trait à 2 l’importance de leurs fonctions, et aussi, à l’importance d

| toute particulière que M. le Ministre (?) attache à e telle partie de lenseignement et de léducation. : _ Jamais il n’est fait la moindre allusion à la poli- _ Chacun des Inspecteurs reçoit aussi un très long

  • questionnaire qui devra être rempli et remis à un jour = déterminé, qui est habituellement le jour fixé pourla À _ visite d’une école en présence de l’Inspecteur général. . Cette inspection d’une école ou d’une classe en présence 4 de lInspecteur général est très importante; elle est décisive. Elle suffit pour porter, sur chaque Inspecteur primaire, un jugement définitif d’où peut dépendre, : en grande partie, son avenir. Chaque membre du personnel de l’État-Major reçoit,
    • en outre, en triple exemplaire, une notice individuelle à remplir, notice que, d’ailleurs, il a fournie, ou il aura _ à fournir dans la même année, et ainsi chaque année É de suite, en une quinzaine d’exemplaires. Il paraît qu’il est indispensable de vérifier, à tant de reprises, si _ chaque fonctionnaire continue à porter les mêmes nom et prénoms, s’il persiste à être né le même jour, s’il n’a $ pas perdu quelque titre de capacité depuis l’année pré- cédente, s’il désire toujours de l’avancement, etc., ete., enfin toutes sortes de questions aussi utiles. Chaque chef direct de chaque fonctionnaire, et toute la hiérarchie des chefs, complète les notices de son É appréciation personnelle sur la valeur professionnelle et morale de ses subordonnés. j Il est bien évident que les appréciations, non moins personnelles, que l’Inspecteur général doit ajouter à son L tour sur toutes ces paperasseries, seront absolument spontanées et qu’elles ne seront bien que l’expression *

le grand État-Major de l’enseignement primaire de sa pensée intime ; aucune influence, ainsi qu’on peut 3 en juger, n’aura agi sur son esprit. j

Mais, voici le plus joli Un des fonctionnaires inspectés, un jeune, bien entendu, les autres étant fixés depuis longtemps, se hasarde-t-il à demander s’il peut espérer une promotion de classe qui tarde à venir, ou & un déplacement qui lui donnerait satisfaction en le 4 rapprochant des siens ou en lui valant des avantages 4 matériels ou moraux auxquels il pense avoir droit, e l’Inspecteur général lui répond invariablement qu’il ne peut rien lui promettre, qu’il n’a pas le pouvoir è qu’on lui suppose, que son rôle se borne à émettre Ÿ: un avis à la suite des notices de chacun, et que le reste regarde le Ministre.

Quant à ceux qui ne demandent rien, bonnes âmes qui s’imaginent que leurs mérites parlent pour eux et qu’ils seront appréciés selon leurs œuvres, qu’ils dorment en paix! ce n’est pas à eux qu’iront les choix de « lAdministration supérieure ». Pour être distingué, il faut autre chose… que les intrigants connaissent bien.

Franchement, à quoi peuvent servir des inspections faites dans de telles conditions ? sinon à démontrer l’exactitude de l’appréciation qu’un Inspecteur général 2 donnait de son propre pouvoir. Et, je le répète toujours, et jy insiste, parce que c’est le point capital, à quoi peuvent servir des inspections faites ainsi, par des chefs qui n’ont jamais exercé les fonctions qu’ils sont obligés d’apprécier, qui n’en connaissent que par oui dire, les difficultés et les besoins? Quel fond un ministre peut-il faire de jugements portés ainsi?

En plus de ces attributions de nature professionnelle, les Inspecteurs généraux peuvent encore être chargés

ee de procéder à des enquêtes spéciales sur les gens et

_ sur les choses. ;

En ce qui concerne les choses, leur incompétence demeure, surtout si l’on veut bien ne pas oublier que, même ceux d’entre eux qui ont exercé préalablement des fonctions de l’enseignement ou des fonctions admi-

” nistratives, les ont quittées depuis déjà un certain temps et qu’ils se trouvent comme dépaysés en présence d’états d’esprit différents et de circonstances, la plupart du temps, essentiellement modifiées.

Quant aux enquêtes sur les gens, peut-être vaut-il mieux n’en pas parler ? Disons seulement que, le plus souvent, elles sont confiées au même Inspecteur géné- ral, à celui qui consent à jouer le rôle de complaisant qui lui est demandé, car la grande majorité, la quasi unanimité, sont de fort honorables personnes, de fort estimables personnes, qui se refusent, ainsi que avec leur conscience, à se prêter aux combinaisons ; variées que l’on ättend de leur sagacité.

Laissons vite cet objet ; il est des plaies qu’il ne con— vient pas de regarder longtemps.

Nous concluons que l’inspection générale ainsi comprise, ne peut donner aucun résultat utile, aucun ré- sultat probant, qu’elle est un instrument faussé, la plupart du temps un instrument trompeur, quelquefois aussi un instrument dangereux. Ainsi qu’elle fonctionne, elle n’a d’utilité réelle que pour le Directeur de l’enseignement qu’elle décharge d’une partie de son travail de bureau, mais elle ne remplit pas la haute mission de surveillance et de contrôle pour laquelle elle a été

le grand État-Major de l’enseignement primaire ES Cependant, le Ministre, en certaines occasions, à des à périodes variables, plutôt qu’à des époques détermier nées à l’avance et toujours les mêmes, a besoin d’être Dre ï renseigné autrement que par les rapports ordinaires :374 Ê : des chefs de service. Il peut désirer être fixé sur la rendre compte des résultats obtenus par telle ou telle ; réforme. Il lui est indispensable d’avoir de temps en . temps des vues d’ensemble sur telle ou telle partie du à Il est évident que, parfois, aussi, il lui faut de tôüute nr nécessité faire procéder à des enquêtes portant sur la a création et l’installation d’un grand établissement sco- Ge laire, sur des améliorations matérielles d’ordre général. x É È Il peut aussi être nécessaire de faire procéder à des : enquêtes touchant le personnel, soit qu’elles soient % demandées par le personnel lui-même, soit qu’elles ‘ soient demandées par des sources diverses. pe Alors, à nouveau, que faire ? ES | Supprimer, par voie d’extinctions successives, le cadre Tr. fixe de l’Inspection générale. DL Puis, lorsqu’un besoin indéniable se manifesterait, + charger d’une mission spéciale un des fonctionnaires } autorisés pour la bien remplir, et par ses aptitudes ri professionnelles, et par sa haute valeur morale recon- 3 nue, et par la nature et la durée de ses services. $ Ces fonctionnaires seraient, naturellement, toujours 4

; choisis dans le personnel en activité de service, Direc-

Ÿ teurs départementaux de l’enseignement primaire, Des indemnités spéciales seraient accordées pour ces 3

missions temporaires; elles pourraient être calculées

Fi sur letaux actuel : vingt-cinq francs par jour d’absence, _ les frais de transport payés en plus. ie De tels envoyés, choisis parmi les fonctionnaires en pleine possession de tous leurs moyens physiques, intellectuels et moraux, présenteraient l’avantage inap4 préciable d’être parfaitement au courant des questions ; d’actualité, qu’eux-mêmes vivaient la veille encore de leur départ; ils se montreraient d’autre part d’autant plus indépendants que, tirés momentanément des rangs, ils devraient reprendre leur service régulier dès la fin de leur mission. Ils offriraient assurément les plus sérieuses garanties de compétence et d’impartialité. Les bureaux du ministère Il faut une bureaucratie, personne ne le conteste. Mais _ chacun doit souhaiter, dans l’intérêt du bon fonctionnement de la machine administrative, que le nombre des agents qui la composent soit toujours maintenu au strict nécessaire; que ces agents possèdent les aptitudes requises ; et enfin, qu’ils jouent seulement le rôle qui doit leur être dévolu, c’est-à-dire que ce rôle soit borné à l’expédition des affaires préparées par les diffé- . IL est donc nécessaire, par conséquent, que les | bureaucrates ne soient pas appelés à trancher seuls, ! souverainement, lorsque même ils ne les font pas naître

  • de leur propre mouvement, les questions qu’ils ne
  • connaissent que de très loin, superficiellement, par des rapports qui, de temps en temps, leur parviennent, ou par les confidences intéressées de fonctionnaires peu

le grand État-Major de l’enseignement primaire scrupuleux, gens d’intrigue et de mince mérite, familiers des antichambres et des bureaux, toujours embusqués dans les couloirs et prêts à profiter de toutes les occasions favorables pour se pousser au détriment des laborieux et des modestes. ;

Or, que se passe-t-il? Que voyons-nous ? L’administration sédentaire du Ministère de l’Instruction publique (il est bien entendu que je ne veux parler ici que de celle-là, la seule qui nous intéresse directement, la seule qui nous préoccupe) a vu sans cesse, et voit toujours à augmenter le nombre déjà si élevé de son personnel, sans que des motifs valables puissent être invoqués.

A un moment donné, tout au moins, l’effectif de ce personnel aurait dû, certainement, être diminué, c’est lorsque les écoles nationales professionnelles, les écoles d’enseignement technique et les écoles primaires supé- rieures d’apprentissage ont passé sous l’autorité du Ministère du Commerce. Il est probable que, précisé-

; ment à ce moment, on a dû arguer de très lourdes besognes à accomplir, et que le cadre ordinaire n’y pourrait suflire, puisque les employés qui devenaient disponibles ont été répartis dans les divers bureaux, sans qu’aucune réduction ait été opérée.

D’un autre côté, personne n’ignore le travail écrasant (?) qu’ont à fournir tous ces employés, travail qui, cependant, n’exige leur présence qu’à une heure tardive de la matinée, généralement après qu’ils ont pris chez eux le repas du milieu de la journée, et qui les rend libres assez tôt pour faire ensuite une longue promenade hygiénique ou pour vaquer à leurs affaires personnelles, avant de se rendre dans leur famille. F

Personne n’ignore que le travail dans les bureaux est |

_ si considérable, que les employés ne suffisent pas à S

laccomplir en entier et qu’ils doivent se résoudre, tant leur zèle est grand, à emporter chez eux une partie de

Fe la besogne qui, d’ailleurs, leur est payée en plus, comme travaux supplémentaires. Et il s’est trouvé des mau-

; vaises langues pour assurer qu’ils se gardaient ainsi de

: la besogne qui aurait très facilement pu être faite au

Personne n’ignore également, que le travail dans les bureaux est si considérable, si absorbant, que nombre d’employés y préparent des examens divers, que d’autres y écrivent des articles de journaux ou derevues, en vers ou en prose. Certains, même, s’y livreraient à la pratique d’un art quelconque. Des mauvaises langues, toujours, affirment même qu’on en a vu qui ne faisaient rien que causer, fumer ou dormir.

Ce que chacun sait bien encore, ce qui est indéniable, c’est qu’un grand nombre (les noms sont dans toutes les mémoires) ont dû leur notoriété aux travaux extraadministratifs qu’ils faisaient pendant leurs heures de présence au bureau, et qu’il en est résulté pour eux, non pas des blâmes ou des retards dans leur carrière, mais au contraire un aväncement rapide et de nombreuses récompenses, jusqu’à la Légion d’honneur, naturellement.

Et tout le monde, parmi les personnages responsables ou chargés d’un contrôle public, chefs de service, ministres, sénateurs, députés, tout le monde, dis-je, ignore ces errements, ne veut pas voir ce qu’ils coûtent et la démoralisation qu’ils occasionnent!

Ce nombre, toujours très élevé, parfois excessif des employés, loin de hâter l’expédition des affaires, est au

Ë le grand État-Major de l’enseignement primaire - ; ë contraire la cause qui, le plus ordinairement, eve arde. AE Les mêmes questions, en effet, même les plus insignifiantes, étant examinées successivement par plusieurs, t chacun tient à y apporter des modifications, jugées par lui toujours essentielles, d’où nouvel examen, nouvelle

rédaction et finalement temps perdu, sans que, le plus souvent, le texte définitivement arrêté vaille mieux que à le projet primitif, que la rédaction de premier jet. ; Mais, voilà, il faut bien légitimer la hiérarchie des :

titulaires et de diverses classes, rédacteurs, rédacteurs 5 principaux, sous-chefs, chefs… et j’en passe certai- ë Et, comme toujours, dans notre chère Administration, À chaque affaire parvenue au ministère, est d’abord inscrite sur le registre d’entrée, les pièces timbrées, numérotées, sont classées et mises dans une chemise à portant l’indication de la Direction de laquelle elle ressortit. Ensuite, elle descend toute la voie hiérar- & Ë chique, pour, du Cabinet du Ministre, aboutir à l’employé de l’ordre le plus inférieur. 4 : Parvenue au dernier degré de l’échelle, elle la remonte, en s’augmentant, à chaque degré, d’un rapport s ou, tout au moins, d’une note portant la trace de l’examen qu’en a dû faire le fonctionnaire précédent. Revenue k

ainsi à son premier point de départ, toujours dans la

même chemise, mais gonflée des écrivasseries de tous,

elle est ensuite expédiée ; cependant on garde précieusement les minutes dans un carton. Ce sont là les cas simples, les cas qui peuvent être F dits de solution rapide; néanmoins, ainsi qu’on en peut : juger, ils nécessitent d’assez longs délais. Mais, souvent, |

au contraire, le dossier de l’affaire, à son passage chez À | le chef de service ou chez l’un des agents intermédiaires, _ ou même chez plusieurs à la suite, porte sur la chemise

  • la mention : « à conférer ». Alors, ce sont des allées et à venues interminables à la recherche de l’employé compétent, de celui qui peut avoir des données dans ses cartons; ce sont des conférences laborieuses qui se répercutent dans tous les bureaux en dessus ou en dessous. Et ainsi passent les jours, quelquefois les mois, tandis qu’au loin, là-bas, où des intérêts graves sont peut-être en souffrance, on se morfond, on attend avec impatience la réponse… qui, parvenue, ne sera pas toujours, si je puis dire, adéquate à l’objet, qui ne terminera pas l’affaire comme il conviendrait, parce que, dans les bureaux, quelle que soit la bonne volonté que l’on y ait mise, elle aura été mal comprise et que, pour la bien résoudre, il faudrait être renseigné sur ce que l’on ne peut connaître que sur place, dans le milieu, 3 et y apporter l’esprit du moment, la solution opportune. Et, tout cela, c’est ce que l’on appelle de l’ordre, du soin dans les affaires! S’il fallait que les commerçants et les industriels procédassent de la sorte, ils ne tarderaient pas à se ruiner. Mais ici, ce sont les contribuables qui payent, on peut en prendre tout à son aise. - Cependant, tous ces agents, recrutés au concours, sont instruits ; quelques-uns même ont une culture supé- rieure ; beaucoup possèdent des titres universitaires qui témoignent de leur travail persévérant et du degré élevé de leur intelligence. Ce sont, par surcroît, de braves et et, en général, désireux de bien faire. Mais ils ont un vice d’origine dont ils ne peuvent se .

le grand État-Major de l’enseignement primaire _ débarrasser et qui, pendant toute leur carrière, nuira 2% toujours aux affaires dont ils auront à s’occuper. Fer | N’ayant jamais professé, étant passés sans transition , des bancs de l’école dans un fauteuil de bureau, ne ; connaissant l’enseignement que par ce qu’ils en ont vu au collège lorsqu’ils y étaient élèves, ignorant presque toujours la vie de province (et la plupart des affaires intéressent la province, celles qui intéressent Paris se 7° : résolvant généralement sans leur concours), comment à veut-on qu’ils soient aptes à bien traiter des affaires de pature essentiellement pratique, qui exigeraient des connaissances acquises par une longue expérience? Ë S . Théoriciens par excellence, purs théoriciens, que n’aide aucun souvenir de la vie réelle, qui n’ont jamais He été aux prises avec les difficultés quotidiennes du pro- h fessorat ou de l’administration d’un établissement | : scolaire, il est naturel qu’ils trouvent rarement la solu tion convenable ; le contraire serait plutôt fait pour à d Et puis, la vie de bureau, cette vie claustrée et sans 3 horizon, durant laquelle ils parcourent les mêmes sen- x tiers étroits, déforme leur intelligence, altère leurs s qualités natives et en fait, presque toujours, des esprits = systématiques, que toute nouveauté surprend, que 3 toute crainte de responsabilités épouvante, et qui ne E voient bientôt plus que du danger dans toute tentative : s de changement. Et ce sont cependant eux qui nous mènent, car, il n’y a pas à dire, ce sont les bureaux qui gouvernent,les ministres sont tout à leur discrétion. On peut résister à une tempête, à toutes les forces bru- E tales de la nature, on ne résiste pas aux bureaux; ; comme la goutte d’eau perce le roc le plus dur, leur

; + tenacité a raison de tous les obstacles. Et puis, leur Û 1 grande force est dans leur durée. Eux seuls durent; s tout le reste, ministres, hommes politiques, administrés ’ des divers ordres et des divers grades, passent, changent, disparaissent, se renouvellent ; les bureaux, ; eux, demeurent, toujours avec le même esprit de résistance, avec le même mépris pour tout ce qui n’est pas eux. Et ils le font bien voir, et ils le font bien sentir. Il faudrait donc infuser un sang nouveau et généreux : à ce vieil organisme usé qu’est la bureaucratie centrale. I1 faudrait que les fonctionnaires de l’Administration centrale se recrutent et se renouvellent parmi les fonctionnaires du service actif, parmi ceux qui sont tout indiqués pour passer dans un service sédentaire, et qui le désirent, soit que leurs goûts et leurs aptitudes les y convient, soit que l’état de leur santé et l’intérêt de leurs familles leur en fassent une nécessité. On aurait ainsi un personnel offrant la garantie de sa compétence acquise antérieurement dans le service actif. Il faudrait aussi se décider à supprimer enfin toutes les écritures accumulées comme à plaisir, dont chacun depuis si longtemps reconnaît l’inutilité et le danger pour la bonne marche de l’administration, mais que personne encore n’a eu le courage de sacrifier. Le grand chef de l’État-Major général : le Directeur de l’enseignement primaire Reste à parler du grand chef de l’État-Major, du Directeur de l’enseignement primaire au Ministère de lInstruction publique, qui tient certainement entre ses

  • le grand chef de l’État-Major général mains l’avenir même de la patrie, puisque son action s’exerce sur la masse de la population. L’éducation du peuple dépend donc de sa vigilance, de son dévouement et de la conscience qu’il a de la responsabilité qu’il assume. Ces hautes fonctions, les plus élevées dans la hiérarchie, supposent donc, ou devraient supposer chez celui “4 qui les exerce, de nombreuses et essentielles qualités, : portées au plus haut degré possible, parmi lesquelles : É une vive intelligence, une vaste érudition, une grande à facilité d’assimilation, une mémoire fidèle, une grande Fe faculté de travail, une éloquence sobre et persuasive, 14 un jugement sain, un grand esprit de justice, un grand : bon sens, un cœur porté à la bonté et, surtout, un 4 caractère ferme et indépendant, sans lequel toutes les “3 a autres qualités demeureraient vaines et comme super- È flues. Pour tout dire, il faut, dans cette situation unique, FA un homme de haute valeur intellectuelle et de haute ue. valeur morale, un homme enfin, dans toute l’accep- e tion du mot. ca Il faudrait encore qu’il joignit la connaissance appro- _ = fondie de tout ce qui, de près ou de loin, concerne : l’enseignement primaire, non pas seulement une connaissance en quelque sorte livresque et empirique, ‘l mais une connaissance acquise, pendant un certain 1 temps, dans des fonctions actives de cet ordre d’ensei- # gnement. L’idéal serait qu’il ait gravi, sinon tous les échelons de la hiérarchie, du moins un certain nombre ; et spécialement, il serait de la plus grande importance : 4 qu’il ait exercé les fonctions de Directeur départe- 4 Cette connaissance du milieu où doit s’exercer l’acti- |

=. _ vité du chef suprême, que l’on juge indispensable chez

ke les directeurs des deux autres ordres d’enseignement,

4 _ que l’on exige toujours d’eux, d’où vient-il que, par une

_ étrange anomalie, on ne l’ait jamais exigée, au degré convenable tout au moins, des directeurs de l’enseigne-

à ment primaire ? Et, cette lacune de leur éducation

professionnelle, cette méconnaissance préalable de la vie réelle de l’école primaire qu’il doit cependant régler, cette ignorance d’un personnel qu’il doit diriger, a été, s comme elle est encore, la cause que, même aux meilleurs de ceux qui ont occupé cette fonction, il a toujours manqué le sens complet des nécessités pratiques, et que, par quelque côté, toujours, et souvent même en des points très importants, leur œuvre a prêté à la critique, a été imparfaite.

La plupart des défauts reconnus et reprochés à PAdministration centrale proviennent de ce que le Directeur ne connaît pas ou ne connaît qu’insuflisamment le service. N’entrant pas dans le détail et n’y attachant pas l’importance voulue parce qu’il l’ignore, il pense juger de haut, tandis qu’en réalité il ne juge pas. II se laisse diriger inconsciemment par son entourage des bureaux, qui a tôt fait de le circonvenir et dont il est le prisonnier au bout de peu de temps; üil laisse se perpétuer l’esprit de routine auquel sont fatalement voués les services exclusivement sédentaires ; il laisse naître et s’implanter la défiance enversles services actifs qui troublent la quiétude des bureaucrates en réclamant des solutions rapides et pratiques.

Combien ce Directeur serait plus autorisé à faire entendre un bon conseil, ou à imposer un ordre! Combien son action serait plus fructueuse ! s’il

les conseils de l’enseignement primaire | avait mis lui-même la main à la pâte; si pouvait entrer dans les détails les plus techniques; s’ilpouvait 2e indiquer de façon précise les rouages qu’il convient de “5 surveiller ; s’il pouvait se déterminer lui-même dans les MESA ii Ë choix du personnel de haute direction; s’il inspirait 7 tous les sentiments de confiance qui vont toujours à: #2 l’homme de métier qui n’a dû son élévation qu’à l”habi- : leté dont il a donné des preuves irréfutables et à l’au- #2 j ï torité qui découle des services rendus. F TR On démonte malaisément qui s’est fait à soi-même sa propre opinion, qui s’est fait une conviction raison née, appuyée sur des faits vécus. | F S | Les bureaux ne mèneraient pas le service, ainsi que Se Fe cela a lieu aujourd’hui ; ils en seraient les aides pré ; cieux, les collaborateurs indispensables. (Chacun ? serait, ainsi, bien à sa place, et le service tout entier Fe Malgré les réformes profondes introduites successivement dans la composition et dans le fonctionnement des Conseils de notre enseignement national : par la loi ne. du 27 février 1880 pour le Conseil Supérieur de l’in- D. struction publique et les Conseils académiques, et par la loi du 30 octobre 1886 pour les Conseils départemen- Ë, $ taux de l’enseignement primaire, ces trois organismes ne répondent plus aux nécessités présentes. À Plus peut-être que toutes les autres lois relatives à

F r l’enseignement, ces deux lois ont vieilli, et, de tous les

_ côtés, depuis un certain temps déjà, l’on demande de

_ les reviser. Ce qui prouve, de façon péremptoire, lexactitude de ce que j’avançais au début de cette étude : qu’en matière d’éducation, l’on ne peut se

__ targuer d’avoir utilement légiféré que pour une période d’années relativement courte. Ensuite, apparaissent des besoins nouveaux qu’il faut satisfaire, des tendances

; différentes qui appellent des modifications essentielles, ; des états d’âme, surtout, dont ïl convient de tenir

de l’enseignement primaire

Le premier degré de ces Conseils, le Conseil départemental, existe et fonctionne, dans sa forme actuelle, en vertu de la loi du 30 octobre 1886, ainsi qu’il a été dit

Les attributions pédagogiques, contentieuses et disciplinaires que la loi reconnaît à ce Conseil doivent être maintenues, car elles répondent à trois ordres de faits qui intéressent à la fois l’organisation et le fonctionnement de l’enseignement primaire.

C’est la composition du Conseil qui devra être modifiée, afin de donner au personnel la représentation qu’il est juste et utile de lui attribuer.

Donc, le Conseil départemental siégerait à l’école normale; il serait présidé par le Directeur départemental; tous les inspecteurs primaires et toutes les inspectrices, primaires et maternelles, en feraient

$ partie. Il comprendrait, en outre, pour un nombre à

les conseils de l’enseignement primaire déterminer, des représentants des treize catégories du rieures de garçons, directrices d’écoles primaires supé- rieures de jeunes filles, professeurs d’écoles primaires supérieures de garçons, professeurs d’écoles primaires | supérieures de jeunes filles, directeurs d’écoles primaires | élémentaires de garçons, directrices d’écoles primaires î élémentaires de filles, instituteurs adjoints d’écoles élé- b mentaires de garçons, institutrices adjointes d’écoles à élémentaires de filles, directrices d’écoles maternelles, we sentants de l’enseignement élémentaire privé, un pour SE les écoles de garçons, un autre pour les écoles élémen- s taires de filles. à Pour les affaires contentieuses et disciplinaires, le e Conseil comprendrait en plus un magistrat désigné par : É le Président du Tribunal Civil; ce magistrat siégerait s avec voix délibérative. On comprendra l’importance de | ce dernier membre. 22 Dans toutes les affaires disciplinaires, l’intéressé : aurait le droit d’être assisté d’un avocat. à Le conseil académique de l’enseignement primaire ; Vers l’an 1880, à un Inspecteur d’académie, nouvellement entré dans son ressort et qui, à l’occasion d’une première visite, lui demandait quelles instructions il avait à lui donner touchant l’enseignement primaire, son Recteur lui répondit avec une mauvaise humeur | à non déguisée : « L’enseignement primaire? Ne m’en parlez jamais! »

| Je me suis toujours demandé si cette inconvenante et inconcevable sortie n’était pas parvenue jusqu’aux oreilles du Ministre et si elle n’avait pas été la cause de l’espèce d’ostracisme dont la loi de 1886 a frappé les

  • Pareille aventure n’arriverait sûrement plus aujourd’hui, car il ne viendrait pas à l’idée d’aucun Inspecteur d’académie de poser une semblable question, puisque, de toutes les attributions que la loi du 15 mars 1850 reconnaissait au recteur dans le service de l’enseignement primaire, il ne conserve plus guère que des droits en quelque sorte honorifiques, de pure façade, tandis que lui échappe totalement tout ce qui concerne la vie même des écoles primaires, leurs méthodes, leurs programmes, leur contrôle, leur

Eh bien! cela est profondément regrettable. Comment et pourquoi s’est-on résolu à priver ainsi l’enseignement primaire du concours précieux de tant d’hommes de valeur, de tant d’administrateurs distingués, de tant de savants renommés, qui en rehaussaient le prestige par la notoriété qu’ils s’étaient acquise, qui en soulignaient l’importance par l’intérêt qu’ils lui témoignaient, et qui lui assuraient les conseils les plus efficaces dans la part considérable qu’ils prenaient à sa direction et à sa surveillance!

Aussi il est fort à souhaiter que le recteur redevienne le chef de l’enseignement primaire dans le ressort de son Académie, comme il y est le chef de l’enseignement supérieur et de l’enseignement secondaire.

C’est pourquoi je voudrais à côté de lui et présidé par lui, que soit constitué un Conseil académique pri-

| les conseils de l’enseignement primaire ‘ \ ‘A maire, et qui nat un premier pas ve ‘s | les 1d6es S ou \f de décentralisation universitaire qu’il faudra bien à 1 aborder franchement quelque jour. Et ce serait pe Er RENE aussi, un rapprochement significatif entre les tro ADR) “4 LS ordres d’enseignement, en attendant l’époque qui Mu A leur pénétration complète, dont la nécessité devient de cit di jour en jour plus manifeste et que désirent de plus en Fi hi plus tous les esprits sages et libéraux. FRE ® “20 nouveau Conseil, il sera aisé de les fixer. de * < Le Conseil Supérieur de l’Instruction Publique que je voudrais voir s’appeler désormais : ÿ ait Le Conseil Supérieur de l’Éducation nationale _ pour les raisons données plus haut. k ù Pour ce chapitre, je répète, n’ayant rien à y changer, N ce que j’écrivais il y a sept ans déjà, au sujet des réformes à introduire dans le Conseil Supérieur : « L’une dés principales préoccupations de Jules Ferry, lorsque, le 4 février 1879, il prit en mains la s direction du Ministère de l’Instruction publique, fut de changer la composition et d’accroître le rôle du Conseil j Supérieur de l’Instruction publique et des Conseils académiques. Un an plus tard, le 27 février 1880, grâce à son insistance, était promulguée la loi qui écartait définitivement de ces deux assemblées les éléments hostiles ou simplement étrangers que la loi du 15 mars 1850 y avait introduits, on sait dans quelles intentions.

Ua La présence dans le nouveau Conseil Supérieur de . membres élus de l’enseignement primaire, fut peut-être _ l’innovation la plus hardie, en tout cas la plus discutée de la loi. C’était le Tiers-État enseignant qui, pour la … première fois, était admis à faire entendre officiellement Û _ sa voix dans les Conseils de l’Université, à exposer ses doléances et à discuter ses intérêts professionnels. IL prouva que le grand ministre, à qui il allait tant devoir plus tard, avait bien jugé de sa valeur et de son esprit de sagesse en faisant siéger côte à côte ses représentants avec ceux des enseignements secondaire et supé- rieur dont ils ne tardèrent pas d’ailleurs à conquérir la confiance, l’estime et même l’amitié. ..…. & On voudrait le Conseil supérieur établi sur des bases plus libérales, plus logiques, et fonctionnant d’une manière plus conforme aux besoins de chacun des trois ordres d’enseignement. « Actuellement, c’est le Conseil tout entier qui, en premier et en dernier ressort, examine, discute et vote les réformes à introduire dans l’un ou l’autre des trois enseignements, de sorte que l’on peut affirmer que, toujours, la majorité est formée, pour une large part, de membres qui doivent s’en rapporter à leurs collègues du soin de les guider dans leur détermination, puisqu’ils ne connaissent pas, par expérience, la vie propre et les vrais besoins des écoles auxquelles devront s’appliquer les décisions qu’on leur soumet et qu’ils sanctionnent de leurs votes. Et il n’y a certes rien d’injurieux ou même de désobligeant à penser qu’un membre de l’Institut, füt-il une des gloires de la linguistique ou de

les conseils de l’enseignement primaire .de donner un avis motivé sur une réforme pédagogique applicable aux écoles primaires, pas plus qu’il n’est téméraire d’affirmer l’hésitation bien légitime d’un instituteur à se prononcer sur une question concernant l’organisation de l’un de nos grands établissements | d’enseignement supérieur ou les modifications à intro- | duire dans le régime des lycées. L’on fait remarquer | aussi qu’il semble étrange qu’une assemblée aussi distinguée n’ait pas le droit de proposition directe.

« IL suffira, en outre, de dire que, sur cinquante-neuf membres, y compris le Ministre, dont se compose Île Conseil, l’enseignement primaire ne compte que six représentants, pour ne pas s’étonner que les cent quinze mille instituteurs et institutrices qui sont actuellement en exercice, en demandent l’augmentation et une répartition proportionnelle au nombre de chaque groupe d’écoles primaires que la loi reconnaît, et en faisant à | l’enseignement féminin la part qui lui revient.

« Mais la réforme capitale devrait porter sur Le fonctionnement même du Conseil. Elle consisterait à reconnaître trois sections distinctes et indépendantes : la section de l’enseignement supérieur, la section de l’enseignement secondaire, et la section de l’enseignement primaire.

« Chacune des trois sections aurait à examiner séparément les questions ressortissant à sa spécialité. Ne assemblée générale que les questions qui auraient été au préalable l’objet d’un vote favorable de la section compétente. En cas de vote défavorable du Conseil, l’affaire serait retournée à la section pour être examinée à nouveau et rapportée, s’il y a lieu, à une prochaine |

| session. Si La section et le Conseil maintenaient leurs 1 votes antérieurs, le Ministre décideraiït en Conseil des

  • Directeurs du Ministère et des Recteurs.

« IL serait enfin indispensable de donner au Conseil un pouvoir disciplinaire plus étendu et plus conforme à l’équité, en l’érigeant en juge souverain des accusations qui pourraient être portées sur les membres, enseignants ou administratifs, de l’un quelconque des trois ordres

Pour la composition de la section primaire, on s’inspi- ; rerait, naturellement, des règles établies pour la composition du Conseil départemental, c’est-à-dire que chaque catégorie du personnel de l’enseignement primaire y aurait des représentants élus.

La solution du problème, telle qu’elle vient d’être pédagogiques, administratifs, sociaux et financiers, qui et confondus partout. Cependant, pour plus de clarté, par mesure d’ordre 7) tout au moins, il est bon d’essayer de les examiner |

séparément, demeurant bien entendu que ces quatre

groupes ne seront pas séparés par des cloisons étanches mais que, au contraire, ils chevaucheront les uns sur les autres et que, tel. qui sera classé sous une certaine rubrique, pourra avoir néanmoins sa répercussion ou | son extension dans un chapitre voisin. Parmi ces avantages, de tout premier ordre, si impor- Ÿ tants qu’ils éclipseront en quelque sorte les autres, se | classeront l’unité de doctrine et l’unité de méthode, Ÿ puisque le Directeur départemental devient l’éducateur, | le pédagogue autorisé qui forme les futurs instituteurs __ et les futures institutrices, qui les initie à la connais-

sance et à la pratique des meilleures doctr nes d’enseignement, qui guide leur inexpérience, qui contrôle leurs efforts; celui qui, enfin, leur donne une âme commune, selon l’admirable expression de M. Léon Bourgeois, que j’aime à rappeler ici. NE Si le Directeur départemental contrôle le personnel, il se contrôle aussi lui-même, ce qui est peut-être encore plus capital. Chef absolu de l’école et dans l l’école, en connaissant jusqu’au plus petit rouage, suivant ses évolutions successives, attentif aux bruits du , dehors, toujours au courant des vœux du personnel, il | peut en effet se rendre un compte exact des qualités et des défauts de la direction pédagogique qu’il a imprimée, des résultats obtenus, des faiblesses constatées et, | par suite, de l’opportunité de certains changements | dans l’orientation de l’enseignement et de l’éducation. | En outre, les professeurs d’école normale, pour la formation des esprits et des caractères, les inspecteurs . primaires, pour la surveillance du personnel et des études, désormais associés intimement à toutes les tentatives, à toutes les intentions du Directeur départemental, en échange de l’importance toute nouvelle attribuée à leurs fonctions, témoigneront d’une activité plus féconde, auront un plus grand souci de leur responsabilité, et deviendront les auxiliaires indispensables et les collaborateurs les plus précieux de leur chef. C’est la vie intense qui se manifestera dans toutes les La nouvelle administration départementale de l”enseignement primaire, placée sous la direction d’un chef

unique, aura pour caractéristique essentielle la simpli-

La même pensée, en effet, qui aura présidé à la for-

% mation du personnel, présidera à sa répartition, selon les aptitudes de chacun et au mieux des besoins scolaires. La même autorité qui aura dirigé les études, assu- | rera la nomination, le maintien, le changement et | l’avancement des maîtres. ; A l’unité de doctrine et à l’unité de méthode, signalées ci-dessus, s’ajoutera donc l’unité d’action.

Il nous semble difficile de souhaïter une organisation qui réponde plus complètement à l’intérêt de l’enseignement.

Ces avantages découleront de la tentative de décentralisation que marqueront ces réformes, tentative qui s’accentuera nécessairement lorsque seront modifiés les moyens reconnus les meilleurs pour l’élaboration et le développement des programmes de chaque catégorie

On les trouvera aussi dans le rapprochement qui se fera entre les trois ordres d’enseignement, ébauche d’une organisation générale réservée à un avenir plus ou moins rapproché, mais, déjà, point de départ d’une fusion future, sinon complète, du moins de sérieuse

On les trouvera encore dans le rôle élargi que le Directeur départemental et les Inspecteurs primaires À rempliront vis-à-vis de l’enseignement privé, rôle qui : donnera à la société les garanties que d’aucuns deman-

dent à l’établissement du monopole, mais qui sera ki 1.

sûrement obtenu tout en demeurant fidèle aux principes

Les avantages financiers seront considérables. … 4

Pour chiffrer exactement les économies qui résulteraient de l’organisation nouvelle, il faudrait avoir à sa À disposition la comptabilité du Ministère de l’Instruction

; publique et la comptabilité départementale; mais, sûre- NE ment, ces économies devraient se monter à plusieurs . millions. — Je dis bien : plusieurs millions. “hi

Il serait alors possible de relever utilement les traite- 14

ments de tout le personnel sans qu’il en résultât la 74 te moindre charge pour les contribuables. Le Trésor, au ‘4 contraire, y trouverait encore son compte. ii

Ce n’est peut-être pas un résultat à dédaigner. / 2

Sans doute, lorsque l’on préconise une réforme, ÿ 4 lorsque l’on tente de l’établir sur des bases pratiques, il faut se garder de se laisser hypnotiser par le côté, 4 si séduisant soit-il, des économies à réaliser. Et, en L l’espèce, ce serait assurément bien mal servir son pays ‘À que de subordonner une organisation sociale de l’im- 54 portance de celle de l’éducation nationale à une mes- 24 quine question de gros sous; ce serait impardonnable.

Mais, d’un autre côté, lorsque, dégagé de toute préoccupation financière, en dehors d’elle, on a prouvé qu’une | réforme de cette nature s’impose; lorsque, avec le seul ;

‘ souci de bien servir les intérêts de l’éducation, on est F parvenu à mettre sur pied une administration nouvelle } dont le fonctionnement donne satisfaction à tous les

| desiderata les plus exigeants, pédagogiques, administra- $ tifs et sociaux; lorsque, tous, les professionnels en tête, ._ peuventse déclarer satisfaits, il est bien permis de faire ressortir, qu’en outre, il en résultera des économies, et que ces économies, par le chiffre élevé auquel elles doivent atteindre, ne sauraient laisser personne indiffé- La solution du problème devrait donc donner satisfaction à la fois aux professionnels, aux politiques et aux financiers. Et, si cela est vrai, que peut-on lui demander de plus ?

Nous avons achevé d’exposer ce que nous jugions

L Avons-nous réussi à convaincre ?

Avons-nous réussi à intéresser le public de l’enseignement et tout le grand public, et les parlementaires aussi ?

Avons-nous réussi à faire comprendre qu’il n’était plus possible de différer des réformes dont l’urgence e devient d’autant plus manifeste que grandissent chaque jour, en nombre et en valeur, les besoins de la société, que les aspirations du personnel deviennent chaque jour plus pressantes, que la nécessité de simplifier les rouages de l’administration s’impose à tous les esprits

Aurons-nous réussi à provoquer des discussions publiques, et au besoin d’autres projets de réformes ?

Aurons-nous réussi à éveiller l’attention du personnel

4 Aurons-nous surtout réussi à secouer l’inertie de l’administration ?

Aurons-nous réussi à la convaincre, qu’à lui montrer

| ses défauts, à lui prêcher une transformation radicale, on est plus réellement de ses amis qu’à la flatter sans cesse, et qu’elle n’a pas de pires ennemis que ceux qui

_ l’encensent perpétuellement dans les intentions que, pourtant, elle connaît bien? An de SA _ Ce serait bien l’occasion de revenir à la pratique des FR Congrès, tels qu’ils ont fonctionné, depuis 1878, pendant les premières années de l’institution du régime répu Non pas des Congrès comme il s’en tient seulement L Lo au depuis quelques années, qui sont foule, et cohue, où 5 4 seuls, les gens osés et « à la langue bien pendue », ont a: chance de se faire écouter, où la surenchère est de | 4 rigueur, où, à côté de discours utiles et profitables, se D. placent nombre de discours faits « pour la galerie », au F4 besoin pour les électeurs. ‘à _ Mais des Congrès limités à des catégories bien déte- _ minées du personnel, et limités en nombre, où les k 4 esprits posés et mesurés puissent prendre part aux Fes # discussions, où le travail des commissions soit bien be. . Congrès présidés par de hautes personnalités admi- : À Congrès limités, surtout, à un très petit nombre de D questions bien groupées, afin que les conclusions et les 4 votes puissent servir d’indications précises, et soient le 4 Congrès qui n’empécheraient pas les Congrès libres, 4 mais qui seraient autres. de Congrès qui seraient les grands Conseils de l’2dministration centrale. Et, pour terminer par une proposition pratique, disons que nous ne souhaitons pas que, du jour au lendemain, des transformations aussi radicales que celles que nous proposons, dont les conséquences seront de portée si fi

| { grande, soient opérées par tout le territoire, ensemble, à la fois, partout, sur un ordre subit venu de la loi. BRU Il y aurait là un danger manifeste pour la réalisation | SN même de la réforme. Ce qu’il faudrait, ce serait mettre au point le projet,

en exposer les avantages au Parlement, et lui demander

fi _ lautorisation d’en faire l’essai dans deux ou trois ‘4 4S départements, choisis avec soin, avec un personnel | k d’inspecteurs d’académie, d’inspecteurs primaires et de | ii professeurs d’école normale bien convaincus de La nécessité de la réforme dans les conditions prescrites. 3 ; Si les essais réussissaient, et il est certain qu’ils 408 doivent réussir, on étendrait graduellement la mesure, , de façon à ne nuire à personne, car il faut respecter les droits acquits par l’âge et par les services rendus, Quant au personnel des écoles normales d’institutrices, appelé à disparaître, au moins en partie, il trou- ÿ verait aisément, et au fur et à mesure, sa place dans les écoles primaires supérieures ou dans les écoles professionnelles à créer, ou dans l’inspection féminine, dont, en même temps, on pourrait faire un essai complet et Mais que l’on agisse, que l’on fasse quelque chose