XV-8 · Huitième cahier de la quinzième série · 1914-01-20

Note sur M. Bergson et la philosophie bergsonienne

Charles Péguy

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note sur M. Bergson et la philosophie bergsonieni

périodique paraissant tous les deux dimanches

8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

Eee” | Il a été tiré de ce cahier vingt exemplaires sur ie RS RU Done ment. Les cinq autres exemplaires ont été sou LPS scrits par la librairie Camille Bloch, 146,boulevard

  • à la mémoire de notre vieux maître M. Humbert F4 : ‘4 qui nous enseignait au lycée d’Orléans à We. une si bonne philosophie |

|: É: ces débats qui se livrent depuis |: 2 deux ou trois ans sur et pour et . D | 40 contre M. Bergson et la philosophie berg- UE Me: sonienne eussent été fort éclairés, (mais A

| Ro voulait-on les éclairer), si on avait consenti | à examiner ce que nous entendons par FU “e NC intellectualisme. On a feint de croire que 52 18 la querelle faite à l’intellectualisme était Re. une querelle faite à la raison, à la sagesse, CA | La philosophie de M. Bergson est presque 120

| note sur M. Bergson é ‘# aussi mal comprise par ses adversaires que par ses partisans. Et ce n’est pas peu dire. D’abord la raison n’est pas la sagesse et ni l’une ni l’autre n’est pas la logique. Et les trois ensemble ne sont pas l’intelligence. Ce sont trois, — et quatre, — ordres, ce sont trois, — et quatre, — royaumes, et il y en a beaucoup d’autres. Or la révolution, l’invention bergsonienne n’a point consisté à déplacer ces royaumes mais à y opérer une révolution de l’intérieur. Et il n’est pas étonnant que cette philosophie, qui est une philosophie de l’intérieur, aboutit non point à déplacer des royaumes par un mouvement exté- rieur, par une translation externe, par ; une subslitulion extrinsèque, mais à les rénover, à les creuser, à les rendre eux- “4 mêmes en y opérant une interne révolu- 4 La philosophie bergsonienne n’est point | une physique du transfert, une mécanique, |

E: une cinématique de la translation. C’est 3 4 une organique. Et même une réorganique. | Et c’est une dynamique. N 4 d’autres. Et même il faudrait dire qu’il x, 1 n’y à pas seulement des royaumes : il y a + é des provinces. Et qui sont peut-être autant | | 4 séparées que des royaumes. Car il ny a eu | peut-être rien qui soit aussi contraire aux 4e | ‘à arts plastiques que les arts musiciens. Et À 14 il n’y a peut-être rien qui soit aussi contra- É, | L rié aux « sciences » mathémaliques que “. 8 les « sciences » naturelles. Et dans la = 4 à morale je distinguerais peut-être une pe 4 civique qui aurait mes préférences. 7 f À 4 Le bergsonisme n’est point une géogra- ÊTE | à plie, c’est une géologie. ee | NS. Il ne s’agit point que la Bretagne soit A

  • note sur M. Bergson Fe la Provence et que la reine Anne soit le F2 roi René. Il s’agit que la Lorraine soit “ bien la Lorraine et que l’Ile-de-France soit encore plus l’Ile-de-France et soit bien ÿ Le bergsonisme n’est aucunement une ( philosophie de métathèse et de métony mie. rs Ou pour parler un langage platonicien et anteplatonicien, il ne s’agit pas que ‘ASS l’un soit l’autre. Il s’agit d’approfondir 1 È l’un, et d’approfondir l’autre. | Ÿ Le bergsonisme ne fait pas des cartes De même que les révolutions de l’anatomie et de la physiologie dans les sciences È naturelles n’ont point consisté à opposer 4 le règne animal au règne végétal ou réci- ER proquement mais à poursuivre parallèle- ; % nf ment dans les deux règnes une certaine 4

[2 resituation de la pensée en face de deux ns | réalités parallèles, ainsi la révolution de FES É: la philosophie bergsonienne n’a point con- ÿ | 4 sisté à opposer ni à déplacer les royaumes ae 4 de la pensée ni de l’être. Elle a consisté “SP | à poursuivre parallèlement dans tous les De 4 royaumes, dans tous les ordres, dans : À |: toutes les disciplines une certaine resitua- Fa 4 tion de la pensée en face de ces réalites ES le Il ne faut donc pas dire que le bergso- Fe 0 nisme soit une philosophie pathétique ni F3 TA une philosophie du pathétique ni qu’elle SR

“à ni qu’elle essaie ni qu’elle se propose de É

|: substituer le pathétique à tout cela. C’est &

1 2 à l’intérieur même du pathétique qu’elle 1ù

| opère, comme c’est parallèlement à l’inté- à Le rieur du logique ou du mathématique. “4

Ê note sur M. Bergson : Le logique, ou du mathématique, ou de tous K les autres. Et, partout, c’est le même. _ Il faut renoncer à cette idée que le pathétique forme un royaume inférieur. Il est comme les autres, il est comme dans 1 Molière, il est inférieur quand il est infé- : rieur, el il n’est pas inférieur quand il n’est pas inférieur. Il ne fait pas excepLÉ lion à ces règles générales de niveau. 4 Il n’est point inférieur en lui-même, parce qu’il est le pathétique. Il est inférieur quand il est de mauvaise, de basse qualité. Quand il est du bas pathétique. Il | n’est pas inférieur quand il n’est pas de . ” basse qualité. On ne me fera jamais dire k que le comique est un genre inférieur. -_ Quant au tragique j’avoue que je ne vois rien d’humain qui soit supérieur au pathé- k. tique de Sophocle et que pour un demi- Ë chœur d’Antigone je donnerais les trois Critiques précédées d’un demi-quarteron 4 22 1

_& pas dire seulement, ce qui est entendu, a | que je les donnerais en beauté, sub specie A 14 pulchri, mais que je ne les donnerais pas * 6 E tique infiniment plus et autrement que Én à 4 dans cette critique une connaissance, un #

|: 2 IL faut renoncer à cette idée que la É Ï 2 passion soit trouble (ou obscure) et que 4 3 la raison soit claire, que la passion soit + 1 4 confuse et que la raison soit distincte. ‘#50 É Nous connaissons tous des passions qui CA | 4 sont claires comme des fontaines et des 2, “ ‘4 raisons au contraire qui courent loujours k

4 après les encombrements de leurs trains 14 …._O de bagages. On ne peut même pas dire F, 3 que la passion est riche et que la raison x É et que la sagesse est pauvre, car il y a : | 8 des passions qui sont plates comme des A

note sur M. Bergson NE: je

4 des raisons qui sont pleines et müres et

: lourdes comme des grappes.

ss Il faudrait renoncer une fois pour toutes

he à cette idée de constituer une fois pour

À -_ toutes des hiérarchies où ce seraient les

à différents ordres, les différents royaumes

| qui seraient non seulement échelonnés

; mais fixés dans leur échelonnement. Cette solution est une solution de paresse, cette

: fixation est une fixation de paresse. C’est à l’intérieur des différents ordres, des

< différents royaumes qu’il faut chercher,

à qu’il faut poursuivre, qu’il faut reconnaître des hiérarchies, des subordinations, ;

; des coordinations parallèles. De valeur, | de mérite, de clair, de trouble, de distinc- | tion, de profondeur. Des hiérarchies parallèles,comparables, correspondantes, et sans |

Ici encore les uns et les autres se trom- :| pent, ou plutôt les uns et les autres abusent. 1

_ Mais de la même erreur et du même abu- ; En passions profondes et des passions super- |: 14 “ Jicielles les romanciers veulent que ce soit ae 45 La passion, comme telle, qui soit elle-même, 4 FE en son essence, profonde. Ils veulent qu’elle ; “0 ; Ée n’ait qu’à se montrer, à être la passion, LS % pour être profonde. Parce qu’ils veulent Lo c traiter et même à parler de la passion TITRE 4 pour être des profonds et des mystérieux. ER É Et par contre et encontre les antiroman- : RARES Bi ciers, les critiques veulent que ce soit la * 4 _ crilique, comme telle, qui soit, elle-même, # je | en son essence, claire. Ils veulent qu’elle BA _ nait qu’à se montrer, à être la critique, A. _ - pour être claire. Parce qu’ils veulent Le _ qu’eux-mêmes n’aient qu’à se montrer, à ne ‘ _ traiter et même à parler de critique pour AS Le être des clairs et des illuminateurs. Mais ‘rs | moi qui n’ai aucun système et qui à cause _ de cela ne ferai aucune fortune, ( je dis* Le

SS note sur M. Bergson à même intellectuetle), je suis forcé d’avouer que je vois des critiques fort troubles et Ki des pathétiques fort clairs, comme je vois des critiques profonds et des pathétiques Au fond les romanciers voudraient | œ n’avoir qu’à être des romanciers pour être profonds. Non mes enfants, il faut, en | outre, étre des romanciers profonds. Et les criliques voudraient n’avoir qu’à être des “en critiques pour être clairs. Non messieurs. Il faut, en outre, être des critiques clairs. Au fond c’est partout le même débat. | C’est le secret de la situation faite à l’histoire et à la sociologie et surtout aux historiens et aux sociologues dans les 1 temps modernes. Les historiens veulent | n’avoir qu’à être des historiens pour con- 1 | naître le- passé. Les sociologues veulent | n’avoir qu’à être des sociologues pour con- 1 naître les sociétés de l’homme. Un instant, | messeigneurs. Il y faut aussi la connais- |

ë sance du passé, et des sociétés, et de no

pa Les poètes sont infiniment plus raison- FF | nables, (on s’y attendait), qui admettent FE très bien qu’il ne suffit pas de faire des “à

vers pour être des poêtes. Et s’ils ne .:ÉL0eS | l’admettaient pas, tout le monde l’admet- de % trait bien pour eux. GES C’est comme si il suffisait de s’habiller 2-54 4 en soldat pour être brave. Ainsi il ne LR Le: suffit pas de s’habiller en romancier et en RES É. pathéticien pour être profond. Et il ne 5% % suffit pas de s’habiller en critique pour F2 Re Il faut donc renoncer à attacher des + ER ne qualités et des hiérarchies comme des nr . 4 tuniques toutes faites à certains ordres, “+ 00 sl mais poursuivre parallèlement la recherche LOS

F de ces qualités et de ces hiérarchies, 50 _ comme elles sont, sans idée toute faite, TUTO 7 comme elles sont données, à l’intérieur ee. ‘4 des différents ordres. Et pour ainsi dire LS

D, note sur M. Bergson SR RARE j en montant le long à l’intérieur des diffé- ‘a à Il faut être bête, il ne faut pas être SA à systématique, et ceci aussi est indispen- ; S’PE sable pour ne pas faire de carrière : il | : faut dire ce que l’on voit. Je vois que le s c pathétique des Grecs et des Français, F étant classique, est infiniment plus clair à

que la critique allemande, qui est roman- 4

5 tique. Ou plutôt le pathétique des Grecs s ; : et des Français est clair et la critique À dr allemande ne l’est pas. Et la critique des “à Grecs et des Français, étant classique, est | à profonde, et le pathétique allemand, étant | fu romantique, ne l’est pas. à Rien n’est aussi clair que les invocations 14 ou que les lamentations d’Antigone. Rien | n’est aussi clair que les stances de à Polyeucte. Par contre rien n’est plus pro- D fond qu’une analyse et une critique plato- | | nicienne, rien n’est plus profond qu’une ke : analyse et une critique de Pascal. É

Cessons donc d’attribuer certaines qualités à certains ordres comme des pardessus. Mais poursuivons parallèlement à l’intérieur des différents ordres et sachons reconnaître les qualités parallèles.

; Cessons donc aussi, et indépendamment de leurs situations dans les ordres, de considérer comme contradictoires en ellesmêmes des qualités qui précisément ne sont contradictoires que dans les classements des intellectuels. Où a-t-on jamais ou que le clair exclût le profond ou que le profond exclût le clair. Ils s’excluent dans les livres, dans les didactiques, dans les manuels. Ils ne s’excluent ni dans la

nature ni dans cette autre nature qu’est É la grâce. Ni dans la nature ni dans cette | deuxième et supérieure nature qu’est la nature de la grâce. Homère, qui est la | plus grande clarté, n’est-il pas aussi la | plus grande profondeur. Le vieux Priam aux pieds d’Achille, qui est si l’on me

| note sur M. Bérgson be ï | permet de parler ainsi le maximum du pathétique et du classique et pour ainsi dire le maximum de l’antique, étant le maximum de la supplication antique, ne donne-t-il pas ensemble le maximum de clarté dans le maximum de profondeur. Ce sont les romantiques qui ont inventé qu’il fallait être trouble pour être profond s et qu’il y avait une ligature, un habille- ; ment tout fait du trouble ou de l’obscur à 7 la profondeur. Et leurs troubles appris, | leurs troubles artificiels, (intellectuels), ne leur ont jamais permis d’obtenir que des | profondeurs superficielles. Quand Hugo | suivait sa nature, son génie classique il / était profond et clair. Quand il s’esquin- 1 tait pour être et à être romantique il se | donnait un mal de chien pour obtenir un | (Je ne veux point, comme ils disent, passionner le débat, et faire des person- |

FOR nalités, et blesser personne. Mais enfin A is nous avons, aux cahiers même, un critique LE 1 qui est en même temps romancier. Je ne EU À vois pas, quand il est romancier, qu’il se FA A

dévête de sa clarté, et, quand il est # Que Comme les romantiques ne pouvaient LCR Ë nier que les classiques fassent clairs, ils : 16 ‘4 ont entrepris de se rattraper sur la pro #2 4 _fondeur. Ils ont voulu se faire les spécia- 7 | B: listes de la profondeur. Mais ceux qui | RS à sont profonds ne se sont jamais dit qu’ils È ee É. Et ils ne l’ont jamais dit aux autres. ME 4 Alors les romantiques ont feint qu’il y AUS avait une contrarièté de nature entre le D 4e 4 clair et le profond pour que, les clas- 2120 _ siques étant évidemment clairs, il fàt LES he: entendu automatiquement qu’ils n’étaient D. . pas profonds. Comme si les vers de Racine US

5e les plus pleins de lumière n’étaient pas PNA aussi les plus mystérieux. \ re LES Le profond et le mystérieux n’est pas LE | forcément sombre et tourmenté. Rien F4 er, n’est pur comme le pli du manteau de la 10

FR De toutes les idées qui ont jamais été 4

he * mises en forme de maximes je crois que ;

Guee. la plus fausse est sans aucun doute celle- nee AE . ci, (et elle a ceci de commun avec une … 1

5 Dee autre qui viendra que elle aussi elle n’est : 740 Le pas de Barbey d’Aurevilly), que pour la 4 \ É passion tout le monde est bon. Si je D | A voulais parler un langage chrétien je 4 ste dirais que même pour le péché tout le 14

4 monde n’est pas bon. Il y a un choix et “4

une élection du péché même. Les natures qui sont bons pour le péché sont de la même nature, du même règne que ceux qui sont bons pour la grâce. Et la grâce et le péché sont deux opérations du même royaume. Beaucoup sont appelés, peu sont élus. Et en dehors il y a une immense tourbe qui ensemble n’est bon ni pour le péché ni pour la grâce. Car le péché ) ensemble et la grâce sont les deux opérations du salut, hermétiquement articulées l’une sur l’autre. Et en dehors il y a l’immense tourbe de ceux qui ne sont pas même capables de pécher, et que je nommerai les intellectuels ou les intellectualistes dans l’ordre du péché: de la grâce; R Je suis convaincu qu’il en est de même dans tous les ordres et qu’il y a très peu d’êtres qui soient bons pour le bonheur 1 comme il y a très peu d’êtres qui soient ; bons pour le malheur. Et en dehors il y

note sur M. Bergson Re FA a l’immense tourbe des êtres qui ensemble ; et du même mouvement, de la même inca- : pacité, de la même stérilité, de la même infécondité, ne sont bons ni pour le bonheur ni pour le malheur. El que je nomFr ÿ merai les intellectuels dans l’ordre du Bien peu d’êtres sont visés, pour qui ; À immense royaume de disgrâce, qui consiste à ne pas même savoir de quoi on parle. j Il en est ainsi de la passion. L’amour | ; est plus rare que le génie même. Il est pe aussi rare que la sainteté. El l’amitié est à plus rare que l’amour. Dire que pour la passion tout le monde est bon est aussi Jaux et je dirai aussi sot et je dirai aussi Ê scolaire et aussi vite dit que de dire : : Pour la statuaire tout le monde est bon, J ou : Pour l’analyse mathématique tout le monde est bon. Il y a des intellectuels | partout et il y a des intellectuels de tout. y

23 C’est-à-dire : Il y a une immense tourbe TR d’hommes qui sentent par sentiments tout à û | faits, dans la même proportion qu’il y a De. ‘ une immense tourbe d’hommes qui pensent 2 par idées toutes faites, et dans la même F4 | proportion il y a une immense tourbe AT : d’hommes qui veulent par volontés toutes Fe % faites, dans la même proportion qu’il y a 2 #00 É une immense tourbe de « chrétiens » qui on, e répèlent machinalement les paroles de la Mt. É prière. Et l’on pourrait aller longtemps “4 et passer dans tous les compartiments et 5 x l’on pourrait dire : Dans la même pro- es, À portion qu’il y a une immense tourbe de 20 À peintres qui dessinent par des lignes toutes LA 4 faites. Il y a aussi peu de peintres qui F2 ss regardent que de philosophes qui pensent. ÉTAT 50 Cette dénonciation d’un intellectualisme 1200 ee universel c’est-à-dire d’une paresse univer- EC ‘3 4 selle consistant à toujours se servir du KE FER

tout fait aura élé l’une des grandes con- 7280

F. quêtes et l’instauratio magna de la philo- 24

104 sophie bergsonienne. Il est vrai que l’im re 4 208 mense majorité des hommes pense par 1 A En: -7 idées toutes faites. Par idées apprises. ‘à ENRE Mais il est vrai aussi, de même et partout, | 4 il est vrai que l’immense majorité des 4 KR hommes voit par visions toutes faites. Par #0] 45 : visions apprises. Il y a une paresse uni- 4 +5 verselle et pour ainsi dire infatigable. 4

  • C’est le travail qui se fatigue, mais la bo. paresse, mais la fatigue ne se fatigue pas. , cie La dénonciation de cette paresse, de cette 2 ME : fatigue, de cet intellectualisme constant el est au seuil de l’invention bergsonienne. à 2 On me dit : Qu’est-ce que c’est que à RS celte invention qui ne consiste qu’à dénoncer ‘4 PR. une vieille habitude. Qu’est-ce que c’est « 4 SOR que celte nouveaulé qui consiste à dénoncer 2 el quand même elle consisterait à révéler “ une lare héréditaire. Qu’est-ce que c’est 54 | x ÿ que ce positif qui consiste à ne point 4) | DE tomber dans le négatif. Qu’est-ce que c’est Ne | Lo que ce plus qui consiste simplement à ne M:

À point tomber dans le moins. Qu’est-ce que a. S c’est que celte acquisition, qu’est-ce que 1

  • | c’est que celte conquête qui consiste à ne M ; pas perdre ses plus anciennes provinces. L ER % Et moi je demande : en connaissez-vous ER #4 beaucoup d’autres. Empécher l’homme de : SANS 4 descendre certaines pentes, n’est-ce point M. à un travail de géant. Empécher l’homme :< :20 à É: de descendre certaines pentes sentimen- } E50RS F. pentes de conduite, n’est-ce point le tra- 1 4 pail et la plus grande partie du secret de LATE < tant d’arts et des plus grandes morales. Re à Empéêcher l’homme, déshabituer, désen- 14006 : traver l’homme de descendre certaines RL: _ pentes mentales, si seulement on y réus- 22 FRS _ sissail, cerlaines pentes de pensée, soyons SR Ë là matière, objet à une très grande ; ‘V4 À logique, à une très grande morale, à une 71e be très grande métaphysique. La liberté, 1700 _ dont on dit qu’elle est le premier des “HT

‘350 biens, ne s’obtient généralement que par 2 ù une opération de désentrave. Pourquoi la a or. réalité, qui est peut-être un bien plus S nee profond, ne s’obtiendrait-elle pas aussi par * ‘MIE une opération de désentrave. Et pourquoi Fa ane opération de désentrave ne serait-elle Fes SVLMS pas une opération d’une extrême imporNe tance. La Révolution française a été une RU opération, un événement historique énorme Fr parce qu’elle a fait semblant de désenF na traver le monde d’un semblant de servi- à TA0RE tude politique. Et enfin tout l’immense | 4 appareil de l’incarnation et de la rédemp- : :2488 tion n’a-t-il pas été dressé pour désen3 traver l’homme, pour l’empêcher de rester à tombé dans l’esclavage et j’ai presque Pie envie de dire dans l’habitude du péché 1 originel. Car le péché était surtout devenu L1ÈÈSS une immense habitude. Et l’esclavage est ne: l’habitude pour ainsi dire la plus habi- »

Il faut faire attention d’ailleurs que

| cette expression le tout fait, si elle revient 21° 0 constamment, comme il était naturel, et ; 050 _ comme il fallait sy altendre, dans la As 1108 Le philosophie de Bergson, est conduite à y RS ne ‘4 différents. Et que je ne vois pas que l’on ASS 1 ait suflisamment distingués. Quand Berg- “40e Es. son oppose le tout fait au se faisant, (et je |: 2 He voudrais bien savoir comment il pourrait LME sf 54 dire en d’autres termes), (et il faut tout 10 DS de même bien de la mauvaise volonté pour 560 __ ne pas reconnaître dans ce participe passé ‘AS _ et dans ce participe présent les héritiers AR “ de deux beaux participes grecs moyens- :.1008 Me: _ passifs), il fait une opposition, il reconnaît ne ons …_ ane contrariété métaphysique de l’ordre de Cie Fa _ l’ordre même de la durée et portant sur se 0e 7 l’opposition, sur la contrariété profonde, SN NES :: 1 essentielle, métaphysique, du présent au FA _ futur et du’ présent au passé. C’est une . | ce distinction de l’ordre de la métaphysique. :170 ; À af C’est cette profonde et capitale idée berg- : CN

TE sonienne que le présent, le passé, le fatur ‘4 ne sont pas du temps seulement mais de CS l’être même. Qu’ils ne sont pas seulement RU. chronologiques. Que le futur n’est pas 4 :14 seulement du passé pour plus tard. Que v4 85 le passé n’est pas seulement de l’ancien ” ee futur, du fatur de dedans le temps. Mais ee ‘3148 que la création, à mesure qu’elle passe, NE qu’elle descend, qu’elle tombe du futur 5h ‘+ au passé par le ministère, par l’accom- “#4 ns plissement du présent ne change pas seu- :14 LES lement de date, qu’elle change d’être. 2 D, Qu’elle ne change pas seulement de calen- 4 ne drier, qu’elle change de nature. Que le “ 5e passage par le présent est le revêtement À 78 d’un autre être. Que c’est le dévétement S % mémoire). Mais quand ce même philo ss sophe parle de tout fait dans le sens À Be: d’idées toutes faites, de pensée toute faite, : V8 il prend ce mot dans le sens où on dit un 5 vêtement tout fait pour un vélement de à

confection, au lieu d’un vétement sur à 1:08 CEE mesure. C’est une distinction de fabrica- IT HER

  • tion, d’opération, de coupe, de technique. RE _ La philosophie bergsonienne veut que l’on 0 E. pense sur mesure et que l’on ne pense pas Tue ss tout fait. D Fa 2 D’autant qu’un vêtement de confection FEES É est toujours un vêtement d’occasion. C’est FU DIEUNES 4 un vêtement d’occasion dans le neuf au ne. S lieu d’être un vêtement d’occasion dans le “TIC 1 vieux. Mais c’est toujours un vêtement 7430 É: d’occasion. C’est par occasion qu’il va, ou L’LSSSS _ qu’il est censé aller. Ce n’est point par 40 _ une adaptation propre antérieure, par une 153 NT « coupe propre antérieure. Ge n’est point par 740 | É _ une adaptation unique, par une coupe 0 0 C’est une des plus grandes sources de PR Ph sophismes et d’erreurs, ou, pour demeurer : 1388 LE dans notre comparaison, je dirai : c’est NC 7% un des plus grands magasins de sophismes ©: ‘744 et d’erreurs que cette négligence de consi- LT

165 dérer, cette faute de considérer, ce défi UE COTE 1 ER de. considérer, je veux dire que 7 NO FC | négligence qui consiste à ne pas considérer, LT MS à négliger de considérer que du tout neuf : 3 ‘LS n’est pas forcément du lout nouveau. à CR Beaucoup de contre sens viennent de là, 4 “4 d’erreurs de jugement. On croit généra- = 40 Fa lement qu’il suffit qu’une idée soit neuve RE d pour qu’elle soit nouvelle. On croit qu’il n. ES suffit qu’une idée soit neuve pour qu’elle Fire Ron n’ait jamais servi. Quelle erreur. Elle a + “HER servi au fabricant. Quand un arbre de à à SE théâtre, quand un amour de théâtre sort se 70 LEVARES de chez le fabricant, il est tout de même A

  • RONA un vieil arbre, il est tout de même un DA à Le arbre tout fait, et il est tout de même de 4 a “4 théâtre. Il a beau être neuf, il n’est pas ce 49 pour cela un vrai arbre, un arbre dans a 4 la campagne. Ce n’est pas pour cela un ét nie nouvel arbre dans le monde. Ce n’est pas “5 130 une question de degrés, c’est une question fe 4

_ d’ordre. Homère est nouveau ce matin, et PHARE Ro _ rien n’est peut-être aussi vieux que le | FRA “a journal d’aujourd’hui. C’est une question LS Fe de nature et d’essence. De même que dans ia la limite le présent ne diffère pas seule- : Ji ne ment du passé chronologiquement mais PIONEER 2 essentiellement et métaphysiquement, de | ARE A même une idée toute faite est toute faite 6 eue F en elle-même et essentiellement. Elle est : 0 _ fabriquée toute faite comme un arbre de É théâtre est fabriqué tout fait et arbre de | ‘5e ES théâtre. Elle vient au monde idée toute LES faite comme un arbre de théâtre vient au % de. _ monde tout fait et arbre de théâtre. Elle vi Lot __ est en carton-pâte, elle est en papier peint. | 48208 | _ Elle est totalement étrangère à la germi- 0e _ y a des hommes qui réinventent, des étres 11H00 _ qui revivent, des pensées qui reconçoivent V4 He _ à nouveau les plus vieilles idées. Et ü y a -; 15 _ des hommes qui font des idées toutes faites. TER

1 TS Il y a des idées qui sont toutes faites pen LIRE dant qu’on les fait, avant qu’on les fasse, PQ + 5 Ù comme les pardessus tout faits sont tout à! Be faits pendant qu’on les fait, comme les Fo _ arbres de théâtre sont tout faits et sont Là _ arbres de théâtre pendant qu’on les fait. SR < F4 : C’est une question de nature ou de factice. ES C’est une question de grâce ou de dis- 8 : ‘ÂÏSS grâce. Les arbres de théâtre ne sont pas Pas: ne. des ‘arbres de nature diminués, usés, 4 140 vieillis et qui ne sont plus bons qu’à ça. AS 740 Ce sont des arbres d’un autre ordre. Ce Es FES sont d’autres arbres. Ce ne sont pas des a _ arbres de nature aplatis Sur un portant. e. : TRS Ce sont des arbres venus au monde plats. 4 528 Ainsi une idée toute faite vient au monde ”+ 4 ne plate et toute faite. LT NES que ce soit tout. Mais je dis que quand FA:

même il ny aurait que cela, et à ne considérer que cela, cela même serait | capital, et ferait une grande philosophie. Le cartésianisme est une grande philoso- | Phie. Le cartésianisme est une des trois ou quatre grandes philosophies du monde. Or qu’est-ce qui a fait la fortune de la Philosophie cartésienne? Je ne dis pas que - | celte fortune est illégitime. Je dis : qu’est-ce qui a fait cette fortune. é Laissons de côté les pharisaïsmes de l’école, les éditions solennelles de textes, ; les réimpressions des œuvres complètes. Laissons de côté les célébrations univer- à sitaires. Laissons de côté les commémorations officielles, et les centenaires, et , les circonspections, et les faux respects scolaires. Cela aussi c’est du tout fait, des idées toutes faites. Soyons bergso- ; niens, et en matière de l’histoire du cartésianisme, et en matière de l’histoire du bergsonisme.

5 grande et si juste fortune de la philoso__ phie cartésienne. Ceux qui ont lu les : etes = œuvres complètes de Descartes ailleurs _ que dans les limpidités des manuels savent she : 2 philosophie cartésienne « été faite par : 2% ne. _ quatre ou cinq lignes qui sont dans le ri 1508 Discours de la Méthode. Æf c’est tout. Et ne. A ces quatre ou cinq lignes, ces quatre où 2 ke M cinq phrases sont précisément des pré- ee. :1540S ceptes pour ainsi dire de morale mentale, ET . intellectuelle, des règles de méthode à L’UVATEES enfin, c’est lui qui le dit, non des principes ‘à __ ou des révélations où des conclusions de ri Re système. C’est encore en un sens de la moe De désentrave et de la libération. C’est même #4 0 aussi de la dénonciation. Comme la phi- 4 4 losophie bergsonienne a commencé par : 510 être une dénonciation du tout fait, ainsi 524 C0 la philosophie cartésienne a commencé $

| par être une dénonciation du désordre. -

La philosophie cartésienne « été essen-

x tiellement une philosophie de l’ordre

comme la philosophie bergsonienne est essentiellement une philosophie de la réa-

| lité. Qu’ensuite Descartes ait réussi à

Ë imposer l’ordre et même l’idée d’ordre, et

| pour toujours, à l’univers pensant, et

même à soi-même, c’est une autre ques-

; tion, c’est une question ultérieure. Qu”en-

$ | suite Bergson ait réussi à imposer à l’uni- ‘

: vers pensant, et même à soi-même, et pour

toujours, la considération du réel pur, ;

: c’est une autre question, c’est une ques-

È tion ultérieure. Ils sont hommes. Ont-ils

k obtenu, obtiendront-ils une réussite totale.

On ne voit pas que les philosophes soient

le destinés à réussir totalement plus que

L: César ou que Napoléon. Mais il serait

î aisé de montrer que Bergson est infini-

ÿ ment meilleur bergsonien que Descartes

i ne fut bon cartésien. Et je dirai : Il est

aisé de montrer que Bergson est ünfir HE TES RES: ment un meilleur bergsonien que Des- si 4 cartes ne fut un bon cartésien. Je vois F4 +40 _ partout dans Bergson le souci de la con- ne 4 sidération du réel pur. Et dans Descartes À 18 je vois de bien grands désordres. Re ve fa mieux écrire discours de la méthode pour V5 4 x bien conduire sa raison et pour chercher É 558 ou pour trouver la vérité dans les sciences. x _ Cest un programme, hélas, et c’est pres- £ M: que un programme électoral. Et il a été a ra . presque aussi peu réaliséqu’un programme 280 électoral. Quand au lieu de relire le pro- À és (4 programme on considère les résultats, : 4 ER qu’est-ce qu’on voit. On voit que Descartes à Fa a élé un grand philosophe, un grand 4 :7 métaphysicien, un grand mathématicien,

  • #40 un grand savant. Mais un grand parmi È ME d’autres, à son rang au même rang que 4

E” d’autres, de la même sorte et de la même nature que d’autres, dans le même ordre que les autres, dans le même ordre de À certitude et dans le même ordre de tra- ; oail, nullement un homme hors pair et Ê hors classe, un homme hors cadre, un : homme à qui une soudaine méthode, brus- ; quement apparue dans l’histoire du monde, aurait livré un secret d’infaillible et de totale certitude. Il en est de ce discours e 4 de la méthode comme des fameuses règles 3 Les tables de Bacon n’ont jamais fait ù É faire une invention ni une découverte. Il i n’y a pas d’exemple qu’une invention ni s une découverte ait été faite par un ofjik ciel. Les inventeurs et les découvreurs suivent de tout autres instincts. Les inven4 teurs et les découvreurs courent de tout 4 autres aventures. Les inventeurs et les : découvreurs n’ont jamais été des fonction4 naires de l’enregistrement. Les tables de

ue Bacon n’ont jamais servi qu’aux pt os DA __ seurs à montrer comment une invention, à FRS LUE (et une découverte, mais c’est toujours une RATES ‘3 qu’elle avait été faite. Quant à Bacon, ül GS De n’a jamais rien inventé, que les tables 12 si 2 pour que les autres inventent. Il n’a ex & OS jamais rien découvert, que les tables pour 4°

LE que les autres découvrent. : PR 1e L Ou plutôt les tables pour que les autres “10 FTP aient inventé, les tables pour que: les Fo 1 | Les tables de Bacon n’ont jamais servi 1 RES u’aux historiens des inventions à expli- æ LES quer comment les inventions avaient été RES DS. faites, après qu’elles avaient été faites. “41 ae Et même comment il était fatal qu’ellesse

  • , Jissent: et qu’elles se fissent ainsi. Ce 4 à % n’était pas ça du tout. Mais l’essentiel, & ï $ c’est qu’il y ait une histoire. El surtout #4 ‘ra peut-être c’est qu’il y ait des histo- S

4 Les tables de Bacon sont peut-être faites EI À pour le contrôleur. Et pour l’inspecteur du contrôleur. Elles ne sont certainement pe È pas faites pour le wattman. Je n’en dirai point autant de Descartes. 6 IL a inventé lui-même. Il a découvert lui4 même. Mais le Descartes qui a invente, le Descartes qui a découvert, le Descartes : physicien, physiologiste, psychologue, et ; autres, était un philosophe et un géomètre qui ne procédail pas directement du : discours de la méthode, qui n’était pas en liaison directe, en fonction continue et : L pour ainsi dire en création continue du discours de la méthode. Quoi qu’il en eût rs et qu’il en pensât lui-même. C’était un 118 métaphysicien à son rang’, à sa place, qui È Jat haute, un géomètre à son rang, un | ê mécanicien à son rang, un physicien à À. son rang, parmi les premiers, nullement

SES et continèment déduit, nullement un SR Re métaphy’sicien, un geéometre, un mécani- ENT _ cien, un physicien à qui un secret de NE FR ne méthode, soudainement surgi dans l’his- EN | toire du monde, eût conféré cette infailli- “#4 0 bilité promise à l’extérieur. Et je vois TO aujourd’hui que dans l’astronomie et la “EU ‘1188 mécanique et la physique célestes on . DEEE revient à l’hypothèse des tourbillons e NU cartésiens, et j’en suis fort heureux, car 14 6 Le AR c’aura été un beau coup de génie, (mais 2 % S F plus heureux encore quand on y sera Es. HSE) revenu pour la physique générale. Mais 2 SR reviendra), ce ne sera point parce que 5 F4 l’idée de tourbillon est claire et distincte, ÿ ER ce sera et parce qu’elle sera plus commode “3 et parce qu’elle épousera de plus près de 3 Le. nouveaux aspects de la réalité physique. ë, Ÿ 44 Ce n’est pas en fonction du discours de la ‘24

méthode que l’on réadoptera l’hypothèse des tourbillons cartésiens. Ce ne sera même pas en fonction de la physique cartésienne. Ce sera si je puis dire en proportion de la physique tout court. Et en vue de la physique tout court. On reprendra l’hypothèse des tourbillons cartésiens parce qu’elle rendra mieux compte des faits, des observations, des calculs établis à partir des faits et des observations. On ne la reprendra point par goût

mais par force. On ne reprend jamais

rien que par force. On ne la reprendra

Î point par vertu mais par grande nécessité.

; On ne la reprendra point pour assurer

L l’ordre de la pensée, (après deux siècles

e et bientôt deux siècles et demi on à fini

à par s’apercevoir que les lois de l’attraction

è et de la gravitation universelle étaient

ÿ généralement applicables et parfaitement

& calculables mais que l’hypothèse méme de

7 l’attraction à distance et de la gravitation :

| 53

-100s à distance était parfaitement impensable, Qi : SITE c’est-à-dire enfin que Newton est métaphy- de À et siquement impensable). (Car on voit mal b 54 4 ae _ comment un éther serait un conducteur Le LV tion, comment un éther conduirait instan- 1554 De lation à distance, comment un éther ferait Ne à des transports. instantanés de forces qui EE, RER gravitation). On ne reprendra donc point 4 LS l’hypothèse des tourbillons cartésiens pour 22° DR assurer l’ordre ni pour assurer la pensée Ë Me ni pour assurer le discours ni pour 3 ts assurer la méthode. On la reprendra 4 no. À parce que la réalité sera plus comme nn: vu. ça;ouqu elle paraîtra plus comme ça, où 158

qu’on la trouvera plus comme ça. EE

(4) On ne reprendra pas l’hypothèse des . Pa tourbillons cartésiens parce qu’elle sera de: en règle avec le Discours de la Méthode # D. mais parce qu’elle sera en règle, ou que 3 he.

l’on pensera qu’elle sera en règle avec le discours de la réalité.

On ne reprendra pas l’hypothèse des tourbillons cartésiens parce qu’elle sera en règle avec Descartes, mais parce que l’on pensera qu’elle sera en règle avec la

Descartes lui-même a-t-il déduit sa métaphysique, sa physique, sa physiologie, tout son système à partir de sa méthode.

Il ne la pas même déduit tout entier à partir de ses principes. Il ne l’a pas même déduit tout entier à partir. du je pense. È Lui-même il disait qu’il fallait que l’expé- rience alläât au devant de la déduction. Il 1 entendait par là, et fort explicitement, ! À que la déduction ou mathématique ou 4 logique ou métaphysique et généralement 4 philosophique pouvait aboutir et aboutis- és 4 sait quelquefois (ou souvent) à des cas he doubles ou multiples, à des cas que 4 Leibnitz eût nommés indifférents, c’est-à- 4 55

. dire à des cas tels que la dernière solu- FUI à Cr tion déduite, la solution qui se trouve la 4808 & dernière dans la voie de la filiation Le LPO déductive nous laisse pour ainsi dire en 5 suspens devant deux ou plusieurs solutions SU.

Jo ET _ effectives égales, devant deux ou plusieurs AL 5 solutions réalisées ou réalisables égales, te D devant deux ou plusieurs solutions de réali- Æ HU salion du détail. C’est pour arbitrer entre <s _ ces deux ou plusieurs solutions égales, c’est- Ep ‘4 ES É: à-dire qui satisfont également aux condi- « PATE mie | tions de la dernière solution déductive, on 4 % que Descartes fait réintervenir l’expé- 54 nu 2 rience. Il admet, il veut que marchant à > nee “ l’envers, recurrens, regrediens, l’expé- 1% A: rience remonte, (partant des faits, des ne 1 154 phénomènes, des observations, des expé- 4 118 riences), qu’elle aille au devant de cette k 3x voie déductive qui était restée pour ainsi 4 dire sur le tranchant du sort. + 4e La réalité, en chacun de ses points, est % “5 comme une ville bloquée. L’armée royale #4

est partie au secours. Mais l’armée royale ne peut parvenir elle-même et il faut qu’une sortie de la place méme vienne au - devant d’elle et lui donne la main. En ce point intermédiaire entre l’homme et .le monde, en ce point intermédiaire entre ; l’esprit et la réalité, en ce point intermé- diaire où s’établit la liaison entre l’armée de secours et littéralement le secours propre de la place, en ce point s’opère pour Descartes la connaissance de la vérité.

| Et il ne faut point douter que pour lui

elle ne s’opère absolument et que cette

connaissance de la vérité ne soit absolue.

È Personne n’a plus rien à dire. L’esprit

vient d’un côté. L’objet de l’esprit vient de

; l’autre, et au devant. Ni l’esprit n’a plus rien à dire, ni l’objet n’a plus rien à dire.

d On me permettra d’ouvrir ici une note ;

; dans cette Note. Il est impossible de ne

“cR pas considérer, avec un saisissement com + “Voie _ bien cette théorie cartésienne est fidèle tes ie Rue ment apparentée, combien elle est paral_ lèle à la théorie chrétienne et catholique ir “8 _ de la grâce, à ce que nous avons le droit 4 CA Comme il faut que l’expérience vienne au TAN | Arr devant de la raison, ainsi et par un mou- +155 _ sement parfaitement comparable et par- Re : 200 Jfaitement parallèle il faut que la liberté De 424 vienne au devant de la grâce. L’homme ‘+4 NCIS aussi est celte ville assièégée. Le péché De, eee aussi est ce blocus parfaitement réglé. 4 ts & La grâce aussi est celte armée royale qui : vient au secours. Mais il faut aussi que 5 “5 la liberté de l’homme fasse une sortie, ee à: erumpat, e{ qu’elle aille au devant de + À celte armée de secours. C’est ce que Péguy 2 14 disait quand il disait que par la création +20 ‘4 de la liberté de l’homme et par le jeu de 74 2 celte liberté Dieu s’est mis dans la dépen- TEE

OR dance de l’homme. Car il ne faut pas con- “124

5 sidérer seulement la place frontière. I Fe faut considérer « Versailles et Saint. p. Denis ». Si la place n’est point secourue vo: E elle se perd. Mais si elle ne se secourt :, 260 à point elle-même par celte sortie, elle se SEE 3 C’est un désastre double. Si au point de RTE & connexion la sortie de la place ne donne 151108 à pas la main à l’armée de secours, l’armée vs Le de secours aussi ne donne pas la mair à la sortie de la place. ! 0 : Si l’une armée ne trouve pas l’autre AE 7 venue au devant d’elle, l’autre aussi ne D. & trouve pas l’une. Me É ‘Quand on se manque, on se manque à RE « À deux. La faute de l’homme fait manquer RSS W. Dieu méme. Quand la grâce ne trouge É pas la liberté venue au devant d’elle, la LETTRES % liberté aussi ne trouve pas la gräce. Le OR _ ‘ manquement est forcément double. Quand ONE “4 l’homme manque Dieu, Dieu manque _ l’homme. Quand la place se perd, Ver- ; 1

1:50 sailles aussi, le royaume aussi perd une RE: « Même je remarquais, touchant les | #4 te expériences, qu’elles sont d’autant plus 2 -e Fi: nécessaires qu’on est plus avancé en FA 1 connaissance; car, pour le commence- > 0 menti, il vaut mieux ne se servir que de ja 144 ; celles qui se présentent d’elles-mêmes à : 54 3h Ris. j nos sens, et que nous ne saurions ignorer 4

LL pourvu que nous y fassions tant soit peu

550 __ de réflexion, que d’en chercher de plus 55 rares et étudiées : dont la raison est que À -’ ces plus rares trompent souvent, lorsqu’on ‘4 Re ne sait pas encore les causes les plus ‘ 4 communes, et que les circonstances dont “4 44 elles dépendent sont quasi toujours si à 4 ï particulières et si petites, qu’il est très à 114 malaisé de le remarquer. Mais l’ordre que 2%

Fr cipes ou premières causes de tout ce qui 15 È est ou qui peut être dans le monde… mi 2:50 4 .… De tout ce qui est ou qui peut étre, CURE M là est exactement la fissure. ; RU

fé .… « sans rien considérer pour cet effet } LEE De que Dieu seul qui l’a créé, ni les tire. 4 d’ailleurs que de certaines semences de te 3 vérités qui sont naturellement en nos ‘1400 ns étaient les premiers et les plus ordinaires L’AIR ke effets qu’on pouvait déduire de ces causes ; ; nu _ et il me semble que par là j’ai trouvé RU

Le des cieux, des astres, une terre, et même TEE

_ sur la terre de l’eau, de l’air, du feu, des 58 me D minéraux, et quelques autres telles choses, ‘: EN | 1 qui sont les plus communes de toutes RS _ et les plus simples, et par conséquent ESS

4 ! k note sur. f, Bengéon | ET EUR | ÿ: Fe les plus aisées à connaître. Puis, lorsque 14 RU j’ai voulu descendre à celles qui étaient et RU plus particulières, il s’en est tant présenté nie à moi de diverses, que je n’ai pas cru | \ | qu’il fùt possible à l’esprit humain de re distinguer les formes ou espèces de corps 1 Me. qui sont sur la terre, d’une infinité d’au- “54 ER tres qui pourraient y être si c’eût été le ‘3

  1. vouloir de Dieu de les y mettre, ni par 4 M conséquent de les rapporter à notre usage, 0 De | si ce n’est qu’on vienne au devant des h VA ; causes par les effets, et qu’on se serve de à FE de quoi, repassant mon esprit sur tous les ‘ 4 Dee objets qui s’étaient jamais présentés à j ; mes sens, j’ose bien dire que je n’y ai 4 x remarqué aucune chose que je ne pusse d assez commodément expliquer par les prin- ÿ cipes que j’avais trouvés. Mais il faut aussi 2 que j’avoue que la puissance de la nature : ë est si ample et si vaste, el que ces prin- 4
  • cipes sont si simples et si généraux, que je 4

#4 ne remarque quasi plus aucun effet particu- ‘0 4% lier que d’abord je ne connaisse qu’il peut ; si 14 et que ma plus grande difficulté est d’or- nn 4 dinaire de trouver en laquelle de ces 0 à façons il en dépend; car à cela je ne sais fie 1 point d’autre expédient que de chercher a

he. derechef quelques expériences qui soient Us “ telles que leur événement ne soit pas le Fos 4 même si c’est en l’une de ces façons 1 à qu’on doit l’expliquer que si c’est en ; 7 4 l’autre. Au reste, j’en suis maintenant là pt. ñ: que je vois, ce me semble, assez bien de Dr 4 quel biais on se doit prendre à faire la 1

| plupart de celles qui peuvent servir à cet. nue ne effet : mais je vois aussi qu’elles sont A 4 telles, et en si grand nombre, que ni mes 4 1 24 mains ni mon revenu, bien que j’en eusse ii he mille fois plus que je n’en ai, ne sauraient “a 4 suffire pour toutes; en sorte que, selon ‘4

_ que j’aurai désormais la commodité d’en à

_ faire plus ou moins, j’avancerai aussi plus “a

5 Ÿ ce que je me promettais de faire connaître “ 2 Fe par le traité que j’avais écrit, et d’y mon a 360 trer si clairement l’utilité que le publie si “2 en peut recevoir, que j’obligerais tous 3 4 $ ceux qui désirent en général le bien des E TE hommes, c’est-à-dire tous ceux qui sont 4 ; en effet vertueux, et non point par faux 4 ‘4 Ë S semblant, ni seulement par opinion, tant à D. à me communiquer celles qu’ils ont déjà vi 13) faites, qu’à m’aider en la recherche de 4 fs he celles qui restent à faire. » 4 14 Qui ne voit que par une telle brèche o FE tout le non-déduit peut rentrer. (Si à F ‘À chaque fois il faut quitter la voie déduc- 3 7 tive à un certain point de suspense, faire : ‘1 un saut, (où, dans quelle direction, et | 4 pe ï comment sait-on que c’est dans cette direc- É :1 lion), et trouver le point de réalité d’où il

-æ faut revenir à ce point de suspense). Mais a AE Re ane grande philosophie n’est pas celle qui | “70 ï ; n’a pas des brèches. C’est celle qui a des ne É: Une grande philosophie n’est pas celle ; ‘ra . qui n’est jamais battue. Mais une petite = 04 * 4 philosophie est toujours celle qui ne se LAS: É Singulier voyage que nous propose ne E Descartes. (Mais il est bien forcé). Singu- | 100 ÿ à lier voyage que le voyage cartésien. C’est ; ‘4 1e ke proprement le voyage interrompu. C’est L le voyage discontinu. On descend, on 170 É. s’arrête (ou on est arrêté), on saute (où, “20 4 et comment), on touche un point qui sera « 55 4 le point d’arrivée définitif et qui pour 17 __ l’instant est un point de départ momen- 4 7 È 4 tané, on remonte, on revient au point 0 fé ‘4 d’arrét, on redescend au point d’arrivée 2 3% _ définitif. On part, on descend, on s’arrête, Le Pi

D reoa. Qu’importe. Parce qu’un voyage est Fa _ singulier, parce qu’il est interrompu, parce 4 : FR qu’il est discontinu et même parce qu’il Fi - ESS est partiellement rétrograde ce n’est pas Me BR ane raison pour ne pas le faire. Qu’im- 13 JS porte, si le voyage est hardi, si la tenta- à LE tive est féconde, si l’aventure est récom- TS 5:00 pensée. Ce qui revient à dire qu’une “4 D RAS grande philosophie n’est point une philo- ee 2 sophie qui n’est pas contestée. C’est une 4 : Br philosophie qui vainc quelque part. Une És LR grande philosophie n’est point une philo- 4 ARS sophie sans reproche. C’est une philosophie ii OS sans peur. Frs “A Bt Une grande philosophie n’est pas une De dictée. La plus grande n’est pas celle qui à ji n’a pas de faute. ” 22 Re. Une grande philosophie n’est pas celle 4 contre laquelle il ny a rien à dire. C’est 200 celle qui a dit quelque chose. 4

Et même c’est celle qui avait quelque chose à dire. Quand même elle n’aurait | pas pu. Le dire. | Ce n’est pas celle qui n’a pas de défauts. | Ce n’est pas celle qui n’a pas des vides. | Cest celle qui a des pleins. L’ Il ne s’agit pas de confondre. C’est | dans les écoles qu’il s’agit de confondre. | Il ne s’agit même pas de convaincre. ; Dans convaincre il y a vaincre, comme | Victor Hugo aimait à me le répéter. Confondre l’adversaire, en matière de à

Ÿ Le véritable philosophe sait très bien

à qu’il n’est point institué en face de son

adversaire, mais qu’il est institué à côté

de son adversaire et des autres en face

3 d’une réalité toujours plus grande et plus

Et cela, même le véritable physicien k . aussi le sait. Qu’il n’est pas institué en

4 Jace du contraire physicien, mais à côté du

“50 contraire physicien, en face d’une nature EL SENTE 2140 toujours plus profonde et plus mystérieuse. ‘14 Ro Assister à un débat de philosophie ouy ne RS | participer avec cette idée qu’on va convainMU cre ou réduire son adversaire ou que l’on pe Je va voir un des deux adversaires confondre Me _ l’autre, c’est montrer qu’on ne sait pas E % LPS de quoi on parle, c’est témoigner d’une 3) 410 grande incapacité, bassesse et barbarie. “4 DA: C’est témoigner d’un grand manque de 21 Te culture. C’est montrer qu’on n’est pas de ne Pa: ce pays-là. Fe | ASE c’est bien qu’il faut aller pas à pas et avec 4 ‘75 une extrême prudence. Là-dessus il aboutit Pi Re « à une marche, à un progrès, à une s 3 D démarche qui exige que l’on saute entre __ le point de suspense et le point d’arrivée. 40 c’est bien qu’il faut que la démarche de à

Be l’esprit à l’objet soit une déduction, un Es er Be dégrès continu. Un aller continu. Là- “ Re. : dessus le voyage cartésien réel est un | ‘0e É aller, puis un retour et aller. : 714 ! Quand j’étais enfant, dans les provinces 198 4 . du Centre, toutes les fois qu’il y avait de « 168 & dans les jeux à mesurer une distance sur Pa Fe À le terrain, par exemple pour les « prison 508 4 niers » aux « barres », on se gardait 08 F 3 bien de mesurer par enjambées, parce De: _ qu’on pensait que même involontairement +: ni Eau $ des enjambées pouvaient être inégales. D. ; On mesurait, (et on comptait), pied à pied, d # É. c’est-à-dire le derrière du talon du pied ë ‘4 È droit juste et modérément appuyé à la 120 E pointe de la semelle du pied gauche. Et 55

  • ainsi de suite alternativement. C’était 1 J l’ancien paille, foin des régimes déchus, à 4 4 devenu sous la République et depuis le 1048 2 droite. Et c’était paille qui était devenu le à ‘5 “2 pied gauche, et foin qui était devenu le 108

11 pied droit. Mais autrefois on comptait et DRE :5#E mesurait par paille, foin et non par ‘à Fe gauche, droite. Or Descartes est un homme Fi . qui dans la deuxième partie du Discours Dot. de la Méthode veut que l’on n’avance que QE 4 pied à pied el qui dans la quatrième __ ©# nègre partie, se plaçant, allant se placer par le 4 ne Je pense au cœur même de l’être et du 21 À D. moi et de la pensée, procède pour partir au Sà 14 ne bond le plus prodigieux qu’il y ait peut- PE | FR étre dans l’histoire des métaphysiques. ne |

150 Dirai-je qu’il se l’est donné bonne et F 1508 que peut-être il a eu besoin plus tôt qu’il “à ‘20 ne le dit que l’expérience vint au devant ni

  • de lui pour lui faire voir quel serait son “4 ge événement. Il croit qu’il a déduit les cieux, an. nn les astres, une terre. Il croit qu’il a “0 déduit de l’eau, de l’air, du feu, des miné- ke “16000 raux et quelques autres telles choses. Re Peut-être que s’il n’eût jamais vu les cieux n.

_ ü ne les eût point aussi aisément déduits. | Peut-être que s’il n’eût jamais vu les cieux je Ro ; il ne les eût point trouvés. Et ainsi de HSE | que s’il n’eûl point eu une certaine expé- rience des cieux il n’eût point eu aussi Di aisément une telle connaissance de l’évé- Mas ne “4 nement des cieux. Il veut qu’il n’ait eu FAT besoin que l’expérience vint au devant de | lui que quand il a voulu descendre aux choses qui étaient plus particulières. Il est n’est point venue au devant de lui jusqu’au ‘3 58e commencement du ciel. Il est presque ‘8 a | permis de se demander si l’expérience LAS n’est point venue au devant de lui jusqu’au g a où ; commencement de Dieu. 5e ROSES Fe: Nous qui avons ou tout le progrès et les 4 développements de la physique depuis Te

5580 Descartes et qui les voyons tous les jours, SR Xe que pouvons-nous penser d’une telle qua ste] ‘HE lification et, par suite, d’une telle afhir- se *TMeN malion que les cieux, les astres, une terre, A. ‘5 et même sur la terre de l’eau, de l’air, du 4

FT Jeu, des minéraux et quelques autres telles à

: 40 choses seraient les plus communes de toutes x M à. et les plus simples, et par conséquent les 2 “740 plus aisées à connaître. Bien peu de phy- 1088 à connaître. Æt dans Descartes n’avais-je D nr UE point raison de parler d’un certain pro- u RS granune électoral, et d’un certain ton d’un | HA er “ » ® » « 4 M programme électoral. Mais qu’est-ce à 4 À 3 ie dire, sinon que je trouve ici un renforce- D 148 ment de ce que j’avançais au commence- 4 Re ment de cette note, que ce n’est pas 4 Ne parce que la méthode de Descartes est 4 ; bonne qu’elle a eu une aussi haute for- M Es tune, mais parce qu’elle est une méthode. 4 “4 C’est pour cela qu’elle s’est inscrile dans #2 4 l’histoire éternelle. | À |

Ce n’est point parce qu’elle est victo- ‘à rieuse, c’est parce qu’elle se bat. Ce n’est +1 point parce qu’elle arrive, c’est parce 4 qu’elle part. | ‘3 C’est uniquement, au fond, parce qu’elle 3 est résolue. On suit ceux qui marchent. de. Et c’est parce qu’elle marche à la fran- à S çaise. « Ma seconde maxime, (c’est une É | maxime de sa morale, mais ce que je É: prétends, c’est que sa méthode aussi est 4 une morale, une morale de pensée ou #3 une morale pour penser ; ou si l’on veut Le tout est morale chez lui. Parce que tout À J est conduite et volonté de conduite. | ‘4 Sa morale provisoire est une morale pro- F visoire pour la conduite de la conduite * (ordinaire, personnelle et sociale). Sa ne méthode est une morale instauratoire pour de la conduite de la pensée. Mais l’une et é Ë l’autre sont conjointes et ont exacte- ki ment le même procédé) : « Ma seconde 4 maxime était d’être le plus ferme et le Re.

5 Et plus résolu en mes actions que je pour- : ee

Au fond sa grande maxime de méthode

‘2 est aussi d’être le plas ferme et le plus es résolu en ses pensées qu’il le pourrait. Et

K 4 peut-être sa plus grande invention et sa

e nouveauté et son plus grand coup de FE)

% | génie et de force est-il d’avoir conduit sa

74 pensée délibérément comme une action. 4 e. .… « et de ne suivre pas moins les } 1 , opinions les plus douteuses lorsque je m’y ]

Ô serais une fois déterminé.

Æ Ne suivre pas moins les opinions les À

Ÿ plus douteuses lorsqu’il s’y serait une fois » déterminé, voilà qui scandalisera tout :

ÈS homme qui n’est pas philosophe et tout Tee

  • homme qui n’a pas de culture. C’est que 508 És des deux pôles de cette phrase, des deux / 1808 à temps de cette maxime c’est déterminé LS 3 qui est plus fort que douteuses, c’est déter- PET ; miné qui est plus important que douteuses, OR Se c’est déterminé qui l’emporte. Vim patitur, en. ne C’est la détermination, l’assurance, la D É résolution qui vainc. Sa résolution n’est 0 pas moins mentale que morale. Elle n’est LR É pas moins de conduite mentale que de j 720 à conduite morale. Elle ne joue pas moins Fe Ë dans l’un que dans l’autre. Dans la morale 0 : . elle est censément provisoire. Dans le S 8 ; mental elle est liminaire et instauratoire. Feb _ Partout elle est le plus profond de sa . 1 race et de son génie. . ne .… € que si elles eussent été très assu- 2 #0 4 rées : imitant en ceci les voyageurs qui, *

note sur M. Bergson : se trouvant égarés en quelque forêt, ne ; doivent pas errer en tournoyant tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, ni encore moins s’arrêter en une place, mais mar- . cher toujours le plus droit qu’ils peuvent vers un même côté, et ne le changer point pour de faibles raisons, encore que l ce n’ait peut-être été au commencement | que le hasard seul qui les ait déterminés à le choisir; car, par ce moyen, s’ils ne | vont justement où ils désirent, ils arrive- | ront au moins à Ja fin quelque part où vraisemblablement ils seront mieux que dans le milieu d’une forêt. » |

Toute la question est précisément de j savoir si la pensée aussi n’est pas mieux | n’importe où que dans le milieu d’une | Jorêt. Ce que je dis, c’est que justement parce que sa morale élail provisoire, jus- |

j tement parce qu’elle n’entrait pas dans : È son système, parce qu’elle n’était pas L . arrêtée, parce que pour ainsi dire elle : È n’était pas officielle, justement parce qu’il a : sy est moins défendu, moins observé, 3 $ L c’est elle qui nous livre son secret. Son 3 k secret c’est bien d’aller toujours dans le
; même sens et, le soir, d’arriver quelque À ; Toute la question est en effet de savoir ÿ } si la pensée elle-méme n’entre point dans ; 1 de certaines conditions, si elle n’est point : soumise à de certaines conditions géné- î

È rales de l’homme et de l’être, qui sont des à | conditions organiques, et dont l’une pré- À Ë _ cisément serait que tout vaut mieux que | E de tourner en rond. 2

; part. Arriver ailleurs plutôt que de ne |

note sur M. Bergson RATS pas arriver. Arriver où on n’allait pas | plutôt que de ne pas arriver. Avant tout | | arriver. Tout, plutôt que de vaguer. Et que la plus grande erreur c’est encore d’« errer » : voilà sa nature méme et la race de son secret. È ù Je ne voudrais point le rendre suspect : ; reproché à la philosophie bergsonienne, (à turt, selon moi, et un jour je le mon- 5 trerai), mais enfin il est évident que la 1 philosophie cartésienne est un système de | pensée où arriver est d’un prix éminent, il et même d’un prix unique. Tout, plutôt ! que de n’avoir pas de gîte ce soir. 4 L’espoir d’arriver tard dans un sauvage lieu. | Si la méthode de Descartes avait été ; bonne, au sens où lui-même l’entendait, c’est-à-dire si elle avait eu en elle, si elle

‘4 avait conduit automatiquement à une 0 1 certaine certitude qu’il annonçait et qui ce | était à vrai dire une authentique infail- . libilité, elle ne l’eût point conduit immé- F2 É diatement et presque dans le même temps ; ; à des propositions qui nous paraissent “ k 1 aujourd’hui aussi scandaleuses. (Que de . 4 déclarer que des cieux et une terre sont 0 aisés à connaître). Où est cette évidence a | qui devait tout régler. Et qu’est-ce que Lt cette évidence qui devait étre universelle à a el qui ne dépasse pas son auteur, qui 3 F devait être éternelle et qui ne survit pas à ” b: son auteur, qui même ne vécut pas peut- + 4 être autant que son auteur. Qu’est-ce donc è # 1 à dire sinon qu’une grande philosophie ‘4 1 n’est point celle qui règle les questions k

4 une fois pour toutes mais celle qui les ‘3 4 pose; qu’une grande philosophie n’est .

point celle qui prononce, mais celle qui ne

4 Descartes promet une méthode de certi- x

note sur M. Bergson | tude et aussitôt après et presque en même | temps il tombe dans des propositions qui R bientôt nous paraissent scandaleuses. Ou plutôt il parvient à des proposilions qui 4 bientôt nous paraissent scandaleuses. Mais |

une grande philosophie n’est pas celle qui 4

rend des arrêts. C’est peut-être celle qui

: rend des services. C’est en tout cas celle | qui introduit des instances. |

Une grande philosophie n’est pas celle È

: qui prononce des jugements définitifs, qui à : installe une vérité définitive. C’est celle
qui introduit une inquiétude, qui ouvre 1 un ébranlement. { Le monde n’a peut-être pas suivi la | méthode cartésienne et Descartes certai-

nement ne l’a pas suivie. Mais Descartes

et le monde ont suivi l’ébranlement carté- H

Une grande philosophie n’est pas celle {

où il ny a rien à reprendre. C’est celle |

qui a pris quelque chose. |

| Une grande philosophie n’est pas celle Ts 5 . qui est invincible en raisonnements. Ce à ‘ n’est même pas celle qui une fois, une cer- ‘à | taine fois, a vaincu. C’est celle qui, une < Jois, s’est battue. Et les petites philosophies, qui ne sont pas même des philosophies, sont celles qui SET font semblant de se battre. ù Il s’agit bien de confondre et de con ee | ; vaincre. Quand c’est fini nul n’est confondu, | l nul aussi n’est convaincu. Mais les uns sont enregistrés, les uns sont incorporés. : Les autres ne le sont pas. x Cette proposition de Descartes que les | cieux, les astres, une terre, de l’eau, de l’air, du feu, des minéraux et quelques ; \ autres telles choses seraient les plus com- ; 1 munes de toutes et les plus simples, et par . ; | conséquent les plus aisées à connaître nous paraît aussitôt saugrenue. Qu’importe. Ce À | qu’il faut savoir, c’est si les premiers mots 3 de ce Discours de la Méthode ont été le

note sur M. Bergson D Ar. point d’origine d’un immense ébranle- | ment, d’une onde, d’une immense vague circulaire dans l’océan de la pensée. Sur la face de l’océan de la pensée. | Une grande philosophie n’est pas celle Î qui est le premier en composition. Ce n’est À pas celle qui est le premier en disserta- ë tion. C’est dans les classes de philosophie « que l’on vainc par des raisonnements. 1 Mais la philosophie ne va pas en classes | de philosophie. $ Une philosophie aussi n’est point une $ chambre de justice. Il ne s’agit pas d’avoir | | raison ou d’avoir tort. C’est une marque | de grande grossièreté, (en philosophie), 4 que de vouloir avoir raison; et encore | plus, que de vouloir avoir raison contre “4 |

  • quelqu’un. Et c’est une marque de la même grossièreté que d’assister à un L débat de philosophie avec la pensée de D. voir un des deux adversaires avoir tort ou avoir raison. Contre l’autre. Parlez- 4

} moi seulement d’une philosophie qui est 3 É— plus délibérée, comme celle de Descartes, EN

ou plus profonde, ou plus attentive, ou ; $

| plus pieuse. Ou plus déliée. Parlez-moi n | d’une philosophie sévère. Ou d’une philo- s’ Re NA sophie heureuse. Parlez-moi surtout d’une AS | certaine fidélité à la réalité, que je mets * E au dessus de tout. 4 Ë Une grande philosophie n’est pas enfin nus E celle qui couche, et à la fois, sur toutes les ” : positions sur tous les champs de bataille. É C’est seulement celle qui, un jour, s’est 5 4 bien battue au coin de ce bois : FUN 4 Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre. ÿ

4 Napoléon n’occupe plus le cimetière 4 À pied des Pyramides. Mais il y a eu La #0

à campagne d’Égypte, la campagne de ra

Russie, les guerres d’Allemagne, et il y CA

É note sur M. Bergson À ù Je ne veux point dans cette simple note F entrer dans le fond du débat bergsonien. ; chrétien et en catholique. Je parlerai sans autorité mais je ne parlerai pas sans entente et sans entendement. Que la ; bataille qui s’est livrée autour de Bergson ? ù soit à ce point furieuse, c’est dans l’ordre. : Mais qu’elle soit à ce point livrée à l’en- à _ vers, c’est une véritable gageure. On . aurait beaucoup fait, on aurait peut-être L: tout fait si seulement on forçait les com- 4 de bataille. Acies suas, non alienas, non E Ê Aujourd’hui je ne veux que marquer à | des temps. De même que Hugo est clas- à sique au premier temps et romantique au 1 deuxième, de même une philosophie peut J 1

$ être à plusieurs temps et elle est généra- à

; lement à plusieurs temps. Il y a aussi

| l’histoire. Quoi qu’on pense métaphysique-

| ment du système cartésien, quand Des-

| cartes avait fait éclater sa méthode, cum \

| irrupisset, quand il avait fait entrer par

| irruption sa méthode, il avait conquis sa

| part dans l’histoire éternelle. Quoi qu’on

LB: pense métaphysiquement du système berg- :

| sonien, quand Bergson a fait jaillir sa | méthode, il a conquis sa part dans l’his-

| On se rejetterait en vain sur ce que la

| méthode de Descartes serait une méthode

positive et que la méthode de Bergson :

serait une méthode purement négative. ;

Ê La méthode de Descartes n’est positive

| qu’en apparence. Et je dirai en appareil. Elle revient essentiellement à remonter

violemment une pente et à la faire remon-

À ter à l’esprit. Je dirai à la faire remonter 3

à l’homme. Et la méthode bergsonienne

note sur M. Bergson à. revient essentiellement à remonter vivement une pente et à la faire remonter | 5 vivement à l’homme et à l’esprit. ; | Dans le sens où le cartésianisme a | consisté à remonter la pente du désordre, < ; dans le même sens le berg’sonisme a con- l | sisté à remonter la pente du tout fait. Toute grande philosophie a un premier ”. temps, qui est un temps de méthode, et 4 : un deuxième temps, qui est un temps de À : métaphysique. Quand on dit que le plato- 1

  • nisme est une philosophie de la dialec- | tique, et le cartésianisme une philosophie de l’ordre, et le bergsonisme une philoso- 1 phie du réel, on les prend tous les trois ; dans leur temps de méthode. Quand on f dit que le platonisme est une philosophie à de l’idée, et le cartésianisme une philosophie de la substance, et le bergsonisme i une philosophie de la durée, on les prend ‘ tous les trois dans leur temps de méta- |

4 Le cartésianisme a été une rupture 0 ; violente. Le bergsonisme a été une rup- RES E: ture, une déliaison vive et comme acharnée. 4 F | Il y a certainement dans le bergsonisme ; . dans le cartésianisme. Mais c’est que 0e peut-être la rupture, la déliaison qu’il | ! . . s’agissait d’opérer dans le bergsonisme “4 à était encore plus menacée, plus précaire, PE | et d’autre part plus indispensable encore NE à ; que celle qu’il s’agissait d’opérer dans le % Ps 44 cartésianisme. Nous sommes infiniment 0 | plus liés à l’esclavage du tout fait que 16 = É- nous ne sommes liés à l’esclavage du sa É. désordre. L’esclavage du tout fait est ‘: ‘% infiniment plus prét à nous reprendre que % # l’esclavage du désordre. Et il a des con- 2

séquences infiniment plus désastreuses. ke ”

) Dans le désordre méme il peut y avoir 0 5 des coups de fortune et méme des coups : 4 4 d’ordre. Dans ce qui est fatigué il n’y a 13 4 | plus ni grâce ni jaillissement. De tout ce on. | 87 4

note sur M. Bergson CNE - | qu’il peut y avoir de mauvais, l’habitude | ne remontait, ne refoulait qu’une habitude, qui était l’habitude du désordre. Le bergsonisme a entrepris de refouler toute | | l’habitude comme telle, toute l’habitude organique et mentale. | Et cela dans tous les ordres, dans É toutes les disciplines que nous avons éche- À | lonnées au commencement de cette étude. On a ou des batailles gagnées dans le désordre même et par le désordre, des : paniques en avant. On n’a jamais ou des Jfatigues et des vieillesses donner par | erreur des œuvres de nouveauté. | Il peut y avoir dans le désordre une ; certaine fécondité. L’habitude et le vieil- | lissement essayent en vain de faire le À jeune homme. | C’est ça qu’on nomme une révolution, |

; ce grand effort momentanément couronne. 4 | L’homme dans son fauteuil qui voit une : révolution, fût-ce une révolution mentale, # ; et qui dit : C’est pas malin, lui-même n’a | : rien dit. La question, dans cet ordre, n’est | pas que ce soit malin. C’est que ce soit, è | à un certain moment de l’histoire du monde, entré dedans. Les plus grandes révolutions, dans tous les ordres, n’ont point été faites avec et par des idées extraordinaires et c’est même le propre L { du génie que de procéder par les idées les ; plus simples. Seulement en temps ordi- | naire les idées simples rôdent comme des fantômes de réve. Quand une idée simple L prend corps, il y a une révolution. La la descente, à remonter l’habitude de désordre. La révolution bergsonienne a consisté à arrêter toute la descente, à remonter toute l’habitude organique et

note sur M. Bergson nee + Il en est ainsi dans tous les ordres. Ce qu’il y a de plus contrarié au salut même, R ce n’est pas le péché, c’est l’habitude. Des | | milliers de créanciers répètent machina- | È lement les effrayantes paroles : Et dimitte 4 nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. Qu’un seul tout È à coup, soudainement éclairé, les prenne D au sérieux, ces paroles, les laisse comme lui entrer dedans, c’est instantanément 4 la plus grande révolution qu’il puisse” à actuellement y avoir, car c’est une révo- | lution dans le règne de l’argent, c’est à une subversion du règne de l’argent. Et i c’est encore un homme de sauvé. Tout est dans l’incorporation, dans j l’incarcération, dans l’incarnation. Et ici Ë encore el en ceci même nous sommes l forcés de parler le langage bergsonien et d en ceci on n’en parlera jamais d’autre. , Tout est dans l’insertion et l’insertion est :

| qu’une incarnation, et des idées même il we ‘4 ÿ à bien peu d’incorporations. Quand au 54 4 | lieu de regarder une idée en l’air, tout à 1 . | coup elle est prise au sérieux, c’est cela 4 ; qui est, et qui fait, une révolution. Et Pe É l’histoire ne compte que trois ou quatre ‘ue de ces grands ébranlements. 2 0 0e Discours de la méthode pour bien con- 4 duire sa raison et chercher la vérité dans é L.

Ë les sciences. Le bergsonisme aussi est une de 4 | méthode pour bien conduire sa raison. Le 4

bergsonisme aussi a une raison. Le berg- L sa É sonisme aussi est un parti de la raison. à

. On ne voit pas ce que serait une philoso- 4

4 plie qui ne serait pas un parti de la LA

À raison. Le bergsonisme entend même ps

| servir encore mieux la raison, car il . entend pour ainsi dire la servir encore de ses ;

4 plus près. Toute philosophie est évidem- É de

note sur M. Bergson ; ment et essentiellement un rationalisme. Même une philosophie qui serait, ou qui voudrait étre, contre la raison, serait quand même rationaliste. Une philosophie ne peut jamais apporter que des raisons. Le cartésianisme a été dans son principe un effort pour conduire la raison à la recherche de la vérité dans les sciences, (mais par sciences Descartes entendait . évidemment une partie de ce que nous : nommons métaphysique, et au moins les métaphysiques des sciences). Le bergsonisme a été dans son principe un effort | pour conduire La raison à l’étreinte de la : réalité. (Dans les sciences, dans les méta- Ë physiques des sciences, dans la métaphy— E sique). Déjà le platonisme avait été dans $ son principe un effort pour conduire la raison par la dialectique idéale ou si l’on veut idéique à la source même de l’être. | Le bergsonisme a été un effort aussi grand, un effort du même ordre, et je

4 dirai un effort dans le même sens. Il n’y 1 a pas plus de philosophie contre la raison ; d’art contre la beauté, de foi contre Dieu. : Le bergsonisme n’a jamais élé ni un irrationalisme ni un antirationalisme. Il J a été un nouveau ralionalisme et ce sont les grossières métaphysiques que le berg- & L sonisme « a déliées (métaphysiques maté- ; | rialistes, métaphysiques médico-légales, É à physiques sociologiques et tant d’autres) qui étant des durcissements, des scléroses, | des raidissements, des ankyloses, étaient D : littéralement des amortissements de la e raison. Toutes ces métaphysiques étaient des sabotages par dureté de la raison. | Elles étaient des esquilles et des eschares. | Le bergsonisme est si peu contre la raison que non seulement il a fait rejouer les vieilles articulations de la raison mais qu’il | en a fait jouer des articulations nouvelles. %

a Les fameuses règles de Bacon n’ont ; ë L à introduit dans l’histoire du monde aucune 1 1 fécondité. Nous ne leur devons rigoureu- û x | sement rien. Ni une invention, ni une : Tous ceux qui depuis les premiers balbu- ke. “54 tiements de la pensée grecque avaient fait _ êr une invention, une découverte, un mou- x “ vement avaient sans y penser appliqué les . + Ke - règles de Bacon. Tous ceux avant Bacon. : L S: Mais depuis Bacon tout homme qui se 4 | lèverait de bon matin avec le ferme proE | pos d’appliquer les règles baconiennes, et 4 ne. qui n’aurail que ce ferme propos, qui ne 1 l ferait jouer que ce ferme propos, ce tout * homme ne ferait pour cela ni une inven- 4 ; lion, ni une découverte, ni un mouvement ‘ ke invention, une découverte, un mouvement : de de pensée sortir de la contemplation des ‘&

1 règles de Bacon. Et voilà une belle application, el, non la moins importante, des LE ; tables de présence, et d’absence, et des à Si j’étais un grand philosophe je n’au- * | rais peut-être pas le droit de raconter k l’histoire suivante. D’autant que ce n’est . pas une histoire et que c’est encore un k mot de soldat. Mais je ne suis qu’un & E pauvre moraliste. Quand donc ü y en avait un, au 13r°” de l’arme, qui se tra- | vaillait trop ostensiblement (à faire un | ! avait toujours un autre qui disait froide5 ment : Surtout n’oublie pas de respirer. 1 Tous ceux qui ont fait quelque chose dans : le monde sont des types qui n’ont pas oublié de respirer. Mais on n’a rien fait ; dans le monde uniquement parce qu’on s’élait proposé de ne pas oublier de respirer.

note sur M. Bergson FL 1 Discours de la méthode pour bien conduire, c’est vraiment, c’est littéralement une méthode pour éviter l’inconduite, la mauvaise conduite. Et alors, si l’on veut, ce n’est rien, parce qu’on a toujours voulu : éviter l’inconduite en matière de pensée, et si l’on veut c’est tout, parce que c’est un des trois ou quatre grands ébranlements qui se soient jamais produits dans l’histoire de la pensée. Si l’on veut, ce n’est rien, parce qu’il s’élait toujours agi d’éviter l’inconduite en matière de pensée. Et si l’on veut c’est encore moins rien, parce © qu’on ne l’a pas plus évitée après qu’avant, et que Descartes ne l’a pas plus évitée qu’un autre, (et c’est en ce sens que j ai | dit que Bergson est un infiniment meilleur | bergsonien que Descartes n’est un bon cartésien). Et pourtant si l’on veut c’est tout, parce que c’est le cartésianisme. À Et encore dans ce discours de la méthode
iln’y a qu’une partie, sur six, la deuxième, |

|: qui soit des règles de la méthode. En tout sept pag’es et demie. Et dans cette deuxième | partie même il n’y a que le cœur, en tout | vingt lignes, qui soit les règles de la | méthode. Ce sont ces vingt lignes qui ont | révolutionné le monde et la pensée. Valmy | aussi est une petite bataille, un duel d’ar- | tillerie, je veux dire livrée avec de petits effectifs, et même pas livrée du tout, avec presque pas de morts et de blessés. à C’est un préjugé, mais il est absolu- È ment indéracinable, qui veut qu’une rai- à ÿ son raide soit plus une raison qu’une | raison souple ou plutôt qui veut que de la | : raison raide soit plus de la raison que de la raison souple. C’est un préjugé qui a | cours et qui fleurit sur toute la ligne. Il | règne, il est indéracinable dans toutes les | disciplines que nous avons échelonnées au | commencement de cette note. Cest le

note sur M. Bergson RE & méme préjugé qui veut qu’une logique ES x raide soit plus une logique qu’une logique ; | souple. Et qu’une méthode scientifique k E raide soit plus une méthode, et plus scien- | tifique, qu’une méthode scientifique souple. ; Et surtout qu’une morale raide soit plus | une morale, et plus de la morale, qu’une morale souple. C’est comme si on disait À que les mathématiques de la droite sont \ | plus des mathématiques que les mathéma- L | tiques de la courbe. “4 Il est évident au contraire que ce sont 1 les méthodes souples, les logiques souples,

  • les morales souples qui sont les plus sévères, étant les plus serrées. Les logiques raides sont infiniment moins sévères : que les logiques souples, étant infiniment à moins serrées. Les morales raides sont infiniment moins sévères que les morales ‘ Une logique raide peut laisser échapper ; des replis de l’erreur. Une méthode raide 3 98 4

peut laisser échapper des replis de l’igno- | rance. Une morale raide peut laisser | échapper des replis du péché, dont une | | morale souple au contraire épousera, dé- noncera, poursuivra les sinuosités d’échap- | pements. C’est une logique souple, une | méthode souple, une morale souple qui ll poursuit, qui atteint, qui dessine les sinuo- | sités des fautes et des déficiences. C’est une | morale souple qui épuise les sinuosités des | défaillances. C’est dans une morale souple | que tout apparaît, que tout se dénonce, que | 4 tout se poursuit. Dans un compartimentag raide il peut y avoir impunément des | manques, des creux, des faux plis. La |] raideur est essentiellement infidèle et c’est N la souplesse qui est fidèle. C’est la souplesse qui dénonce. Contrairement à tout ce que l’on croit, à tout ce que l’on | enseigne communément, c’est la raideur LS qui triche, c’est la raideur qui ment. Et | | c’est la souplesse non seulement qui ne | 99

| - note sur M. Bergson triche pas, non seulement qui ne ment pas, mais qui ne laisse pas tricher et qui ne laisse pas mentir. La raideur au contraire permet tout, elle ne signale rien. Dans une malle moderne vous pouvez empiler tous les voiles de lin de la supplication antique. Si ces voiles font des faux plis à l’intérieur de la malle, rien n’en paraît sur le couvercle. Beaucoup de contre sens que l’on voit : qui se répandent ou plutôt un contre sens global que l’on voit qui se répand sur le ‘ bergsonisme, sur l’ancien et le moderne, sur le classique et le romantique tomberait si l’on voulait bien une fois déclasser le raide du ferme et du dur. Ce sont les . } morales raides où il peut y avoir des | niches, à poussières, à microbes, des moi- s | sissures et des creux de pourriture, dans 4 des coins dans les raideurs, des dépôts, . lues, et ce que nos Latins nommaient situs, une moisissure, une saleté venant

| de l’immobilité, d’être laissé là. Une saleté d pour avoir été laissé là. Et ce sont les k morales souples au contraire qui exigent | un cœur perpétuellement tenu à jour. Un l cœur perpétuellement pur. Nous nous f sommes lavés d’une telle amertume. De F même que ce sont les méthodes souples, È les logiques souples qui requièrent un esprit perpétuellement tenu à jour, un esprit perpétuellement pur. Ce sont les morales souples et non pas les morales raides qui exercent les contraintes les | plus implacablement dures. Les seules , 4 qui ne s’absentent jamais. Les seules qui ne pardonnent pas. Ce sont les morales 14 souples, les méthodes souples, les logiques ’ 4 souples qui exercent les astreintes impeccables. C’est pour cela que le plus honnéte . homme n’est pas celui qui entre dans des É règles apparentes. C’est celui qui reste à 1 Ed sa place, travaille, souffre, se tait.