Nouvelles communications
Nous publions ces communications comme elles nous
sont parvenues avant et pendant les vacances.
Largentière, le 19 août 1900 J’ai reçu la collection des Cahiers de la Quinzaine, que vous m’avez envoyée escortée d’une traite de huit francs. Celle-ci a été payée. Aujourd’hui je vous envoie à francs 5, parce que ça ne me gêne pas et je vous ferai d’autres envois jusqu’à ce que j’aie parfait la somme de vingt francs. J’approuve votre œuvre, sinon toutes vos idées, car j’estime qu’il est bon que chacun puisse dire la vérité qu’il pense. C’est sans doute parce que bien peu en ont une à penser que si peu la disent : les uns apportent dans les discussions leur mauvaise foi d’apôtres, les autres leurs roublardises de politiciens vous vous acharnez sur les premiers, les seconds méri- teraient bien aussi leur part. Puisque vous collectionnez des documents pour caractériser la bonne foi des uns et des autres, je vous recommande les deux titres sui- { vants à épingler dans votre collection : Fédération du à Parti socialiste du Rhône (adhérente à la Fédération des EL: Socialistes révolutionnaires xNDÉPENDANTS de France) — et cet autre : Parti oUvRIER du cinquième arrondisse-
premier cahier de la deuxième série d’un beau jésuitisme politicien, et peut vous montrer que la mauvaise foi et le sectarisme existent des deux côtés du Parti Socialiste : ces membres d’une fraction prenant l’étiquette de tout le parti, c’est très beau; mais ce groupe prenant le nom d’une autre fraction pour jeter le trouble dans l’esprit des socialistes, c’est encore mieux. C’est la même tactique que celle du . Groupe d’EÉtudiants Collectivistes de Paris. -Mais le plus beau à citer serait le manifeste de ce groupement, qui est l’expression de la plus belle hypocrisie qui se } . . « puisse voir et où, entre autres, on donne comme programme : socialiser le fond des principes en radicalik sant les moyens. Lisez: se réclamer du programme socialiste en se faisant passer pour radical. O Zévaës, que de groupes pourraient se réclamer de ton nom! Mon cher Péguy, de ce petit pays où je suis en vacances, il faut que je l’envoie un mot. Qui lirait mes précédentes lettres s’imaginerait que je suis un mauvais coucheur qui trouve à redire à tout. Je redis à ce qui me paraît mal, et cela me paraît plus important que , (1) Plusieurs personnes, étant mal familiarisées avec l’alphabet, pourraient wapercevoir pas toute l’ironie de ce rapprochement. Nous rappelons à ces citoyens que F. D. S. R. I. ne signifie pas moins que Fédération des Socialistes Révolutionnaires Indépendants. Nous rappelons que l’expression Parti ouvrier, tout sec, appartient aux Guesdistes par usage et tradition. Nous saisissons avec empressement cette occasion de rappeler que ces cahiers ne sont pas moins libres des Indépendants qu’ils ne le sont des Guesdistes. — Nous avons l’intention de publier un jour un alphabet socialiste l’usage des commencants. d’applaudir bruyamment à ce qui me paraît bien. Sinon j’applaudirais à l’heureuse idée qu’a eue l’Aurore de nous donner Zadig, puis le Père Goriot. Je n’avais pas lu Zadig. Je n’avais pas lu le Père Goriot. Tout le monde en parle. Mais qui les a lus? De même la Petite République a fort bien fait de nous donner l’Égalité, de s Bellamy et même À Perpétuité, roman australien. Cela vaut toujours mieux que Borgia! de ce pauvre Michel Zévaco. — En attendant le Triboulet du même. Si j’adhère jamais à la Ligue du vieux Bérenger contre la licence des rues, M. Octave Mirbeau pourra se vanter d’y avoir contribué pour une somme considérable. JEAN TERRIER . Je ne puis me tenir de t’envoyer cet article que je lis dans l’Aurore de ce matin, et qui est exactement de Nous croyons volontiers les nationalistes capables de tout. Nous nous refusons, jusqu’à preuve de leur respon- Ë sabilité, à les proclamer coupables de tout, et nous regrettons la hâte de certains de nos confrères à cher- cher parmi les membres de la Ligue de Coppée et à Lemaîitre les auteurs de la panique de l’Exposition. ‘4 Nous attendrons des faits pour porter contre des adversaires — si stupides ou si canailles soient-ils — . À une accusation aussi grave. Il nous semble insuflisant de dire : « Les nationalistes ont tout fait et tentent tout encore pour transformer en une défaite gouvernemen-
premier cahier de la deuxième série tale le succès national de l’Exposition. C’est à leur parti que les catastrophes (dues à l’ignorance et à la négligence des polytechniciens de l’Exposition) peuvent profiter, ils feront tout pour les provoquer ».
C’est un raisonnement qui tient debout, mais ce n’est
ï qu’un raisonnement. Il fut un temps où la moindre
explosion avait pour suite des rafles de révolutionnaires.
Au moindre bec de gaz laissé ouvert par une cuisinière
maladroite, on criait à l’attentat anarchiste. Pourquoi imiter de pareils procédés ?
Il y a des bandits, des faussaires et des assassins dans le clan nationaliste. Mais cela n’empêche pas que les responsables de la panique d’avant-hier sont, peut-être, tout simplement des pickpockets rêvant d’un
L’enquête a-t-elle porté de ce côté? Pour nous, chaque fois que nous verrons un de ces donneurs d’alarme circuler dans la foule, nous croirons qu’il en veut plutôt au fond de nos poches qu’à la forme du gouvernement et lui mettre la main au collet nous paraîtra le premier des devoirs et la plus utile des précautions. On diseutera ensuite.
Si c’est un électeur de notre Conseil municipal, nous n’en serons ni surpris ni attristé. Mais, avant de qualifier le misérable de « nationaliste », nous attendrons qu’un commencement d’enquête ait prouvé qu’il méritait une telle épithète. TAARCELION
J’ai eu vraiment un très grand bonheur quand j’ai vu que nos amis revenaient aux méthodes saines. Je suis
Vous, et les amis dont vous vous plaisez à rapporter les propos, avez tous un souci évident de la propriété du terme, souci bien plus grand chez vous que celui de la concision. Alors pourquoi intitulez-vous réponse brève à Jaurès une réponse qui est loin d’être brève? — car la critique d’un alinéa de trois lignes comporte deux pages, celle d’un alinéa de cinq lignes comporte cinq pages — pardon, six pages — enfin le commentaire d’une page de texte donne lieu à une véritable autobiographie.
Autre remarque. Votre ami s’indigne de l’expression verts rameaux. Il est vrai que c’est là un vieux cliché de romance poétique; mais il ajoute que ce sont tout au plus des rameaux verts, ce qui est un peu chou vert et vert chou. Eh bien non ce ne sont pas tout au plus, ce nesont pas du tout des rameaux verts : ce sont des vieilles branches mortes et desséchées, ramassées à terre. Si la vieille avait des rameaux verts, c’est qu’elle aurait brisé de jeunes pousses sur les arbres, ce qui l’aurait exposée à la colère des gardes forestiers. En outre le bois vert n’est guère bon pour allumer du feu, Voilà, il me semble, la critique essentielle à formuler, si on tenait à critiquer un détail dans le bel ensemble que forme cette image.
Excusez ces deux réflexions, faites en courant, par une personne qui, ayant peu de loisirs, a dû lire en deux fois la réponse brève en question.
Perbose, par Verdun (Meuse), le 25 juillet 1900
Je crois que vous faites bien de vous adresser en particulier aux instituteurs, — à condition de choisir,
premier cahier de la deuxième série bien entendu, et il est probable que vos adresses ne sont pas libellées au hasard.
Il faudrait que vos cahiers, — qui ne s’adressent qu’à quelques-uns, car nous enseignons à lire, mais, hélas, pas assez pour que la masse populaire puisse lire couramment dans vos cahiers, — ilfaudrait, dis-je, que vos cahiers fussent repris sous une forme populaire pouvant
les mettre à la portée de tous. Ah ! cela est bien difficile. — Pourtant c’est cela qu’il faut faire et personne n’a su le faire. J’ai songé à cela bien souvent, et vos cahiers
m’ont fait penser : Voilà qui est fait pour quelques-uns, j’espère, quelqu’un pour transposer. Ah ! qu’il est urgent de remplacer par cette propagande sérieuse la mauvaise propagande des journaux, j’entends des journaux même les meilleurs.
Le premier de ces amis n’a parlé d’un sien voisin qui a eu l’idée suivante : il achète un bon livre et le prête à condition que l’emprunteur s’engage à prêter le livre son tour, et ainsi de suite. C’est là une excellente application de la simple idée bien connue de Franklin. Je regrette de ne pas savoir le nom de ce bon citoyen; mais il vous connaîtra par l’ami dont je vous donne l’adresse, si vous pouvez envoyer les cahiers à ce dernier. COMBEROUGIER, instituteur
La méthode gagnerait-elle de proche en proche “
Dans Le Matin de ce matin, ou, comme on dit, dans ce
Matin, je lis sous la rubrique On réclame cette lettre, qui ne reproduit ni l’opinion du Matin ni la mienne Monsieur le directeur,
Votre article de ce matin intitulé « La tactique de Dewet » et se terminant par la capture de 4.000 Anglais, est un article idiot. Vous prenez trop vite vos désirs pour la réalité. Votre sens de journaliste est toujours en défaut. Prenez donc un peu de la réserve de votre confrère Le Temps et ! ne vous hâtez pas de chanter victoire. !
Les Boers sont PERDUS, entendez-vous bien? Perpus !
Toute votre sentimentalité déplacée — puisqu’elle doit forcément rester sans effet et que vous vous occupez d’affaires qui n’ont pas d’intérêt immédiat pour votre pays — n’y
Si vous désirez tant la liberté des races opprimées, commencez done par donner l’exemple vous-même et évacuez trois possessions où vous n’avez réussi qu’à implanter des douaniers, des fonctionnaires et des dévoyés, lie de votre Je vous salue bien.
Le Matin a commencé à donner souvent, en particulier sous cette rubrique, des consultations interindivi- Û duelles où le pour et le contre étaient honnêtement
proposés. La méthode gagnerait-elle de proche en proche ? Ton
! premier cahier de la deuxième série rue du Lac, Ixelles Bruxelles, 16 juillet 1900 Nous trouvons dans vos cahiers des parties intéressantes, les lettres des abonnés de province — instituteurs et autres jeunes gens — désireux de nous débarrasser de l’ignorance et du cléricalisme. Maïs nous sommes déçus de trouver dans ces cahiers une deuxième et même une troisième édition du Mouvement Socialiste. Le parti et l’organisation du parti et l’opinion des Chefs du parti ne nous intéressent pas et mènent, selon nous, àune tyrannie autrement féroce que celle que nous voulons détruire. Le militarisme civil nous fait peur autant que l’autre. Bien cordialement Dumesniz RECLUS Monsieur et cher camarade Nous avons eu ici la conférence nationaliste dont je vous ai parlé, conférence privée naturellement : huis clos parfait. Nous l’avons regretté vivement, car Gas- ton Méry et Georges Berry en ont lâché de bien drôles: Non, il n’y aura jamais de paix durable entre la France et l’Angleterre, car il y a entre les deux nations un cadavre —- le cadavre de Jeanne d’Arc. Les groupes d’ici m’ont chargé d’aller dimanche Paris demander ïinstamment à Jaurès une confé- rence (1); les militants d’ici l”aiment beaucoup pour () M. Gustave Leblond paraît ignorer que Jaurès néglige habituellement de donner des conférences parmi les militants qui ne le calomnient pas. Il réserve son temps et son éloquence pour les groupements et agglomérations guesdistes. — Note antérieure aux
son grand cœur et sa largeur d’idées, autant qu’ils détestent la raideur et l’intolérance de Guesde : malgré tout, ils conservent à l’égard de Jaurès une certaine défiance, à cause de ses origines bourgeoises, et son évolution actuelle vers le socialisme opportuniste et ministériel va réveiller chez eux le préjugé qui s’affaiblissait depuis quelque temps. Ouzouer-le-Plateau, mardi 26 juin 1900
Accours à mon aide à Péguy le Subtil. Je tai déjà dit que je travaille, deux ans déjà passés, à convertir aux bonnes idées mon collègue de mathématiques élé- mentaires, l’excellent M. Joséphin Bourdieu-Lebalourd. C’est un honnête homme et bien qu’il soit militariste il n’a jamais inventé la poudre. J’ai une sympathie instinctive pour les citoyens qui n’ont pas inventé la poudre, parce que je ne l’ai pas inventée non plus. A chacun le sien. Deux ans déjà passés, donc, je travaille au salut de M. Bourdieux. Deux années sont brèves et si chacun de nous convertissait tous les deux ans un hon- nête homme, la Révolution sociale avancerait beaucoup plus rapidement que par les moyens infaillibles officiellement recommandés. Le salut d’un citoyen vaut bien deux ans de travail.
Cela ne fut pas facile. Tout au long de l’affaire Dreyfus, dès que je voulais commencer à démontrer M. Bourdieu que le premier conseil de guerre avait condamné injustement et illégalement le capitaine juif, M. Lebourdieu commençait par sourire : écoutons, disait-il, écoutons patiemment les arguments de saint
premier cahier de la deuxième série Anselme. Alors il m’écoutait. Cette plaisanterie hebdo_ madaire me valait une audience hebdomadaire. Les mathématiciens aiment les calembours et les autres jeux d’un esprit incontesté. Tous les mercredis matin, jour où nous avons classe tous les deux à huit heures, ji sans faire semblant de rien il arrivait en avance. Et moi sans faire semblant de rien j’arrivais à sept heures et demie. Et hiver comme été il m’écoutait jusqu’au tambour : écoutons les arguments de saint Anselme. Aux trois coups de tambour préliminaires il n’inter- . rompait : Monsieur, me répondait-il, je ne puis croire que sept officiers français, légalement assemblés pour ” juger un de leurs pairs, aient commis une félonie. Les officiers sont honnêtes. Mon père, qui est mort commandant de recrutement, était un honnête homme. Il valait mieux que tous vos journalistes. Mon frère aîné, qui est encore lieutenant aux dragons à Lunéville, est un honnête homme. Il vit plus pauvre et plus durement que tous vos journalistes. Mon beau-frère, qui est capitaine d’infanterie à Melun, est un honnête homme. Il s’est endetté l’année dernière pour éviter le conseil son sergent-major qui avait fait sauter dix-huit cents francs. Non je ne peux pas croire que sept officiers français aient commis une infamie.
Nous recommencions la semaine suivante. Mais tu sais aussi bien que moi comment on convertit un honnête homme au dreyfusisme. Après m’avoir dit deux cent treize fois : Non je ne peux pas croire que sept officiers français aient commis une injustice, il vint un
jour où M. Bourdieu ne me le dit pas une deux cent quatorzième fois. J’ajoute, pour l’intelligence de ce qui suit, que l’éclatante ignominie du commandant comte
avait le plus fortement contribué à cet ébranlement de
Or j’attendais serein le mercredi demain matin habi- ù tuel quand hier lundi M. Bourdieu vint me trouver après sa classe à la maison, triomphant. Je pressentis un malheur. Lisez, me disait-il, me tendant un carré de puis recollé. Je lus, stupide, cette annonce — Collection Orchidée nous donne cette semaine un roman ultra-parisien d’Ernest La Jeunesse : Demi-Volupté.
Les frères Ollenstadt, éditeurs, 5, rue Feydeau, ont conçu et réalisé, les malins, le projet du roman illustré… par la photographie d’après nature. Savourez le « d’après nature »! Toute l’opération commerciale et littéraire est là. Ils s’adressent à des hommes de lettres : tel Xavier de Ricard, et… au bon opérateur.
Cette tentative curieuse empoigne le grand publie, qui adore les sensations fortes. Le cher grand public sera émoustillé par le piment de certaines poses plastiques d’un incontestable réalisme, enregistrées scrupuleusement par
de laborieux instantanés. L’artiste. le photographe a brisé plus d’une plaque pour satisfaire le goût du… client pour la réalité.
Demi-Volupté, d’Ernest La Jeunesse, devient donc toute volupté, volupté infinie, grâce à l’objectif un tantinet polisson. L’auteur ne peut hélas ! compter que pour moitié dans le succès du roman, bien qu’il n’ait pas ménagé les Mais une bonne pose plastique vaut plus qu’un beau chapitre, de même qu’un sonnet vaut un long poème.
En résumé, la tentative des frères Ollenstadt est étudier. Aujourd’hui on ne lit plus guère. Le journal a tué
le livre et le vélo est en train de tuer le journal. Redoutons aussi la photo, car si le soleil et les éditeurs s’en mêlent, il est à craindre que la littérature ne subisse de fâcheuses éclipses. Pauvres hommes de lettres!
premier cahier de la deuxième série
— N’ayez pas cet air embarrassé, me dit-il froide-
ment : ce sont nos amis de l’Aurore qui ont inséré cela dans leur memento bibliographique de ce matin.
Je demeurai baba, comme disait l’ami Tharaud. Mon collègue M. Bourdieu abusa lâchement de ma stupeur:
— Monsieur et cher collègue, dit-il cérémonieusement, vous avez répété deux cent treize fois que le commandant Esterhazy était un misérable parce qu’il exerçait un certain métier que nous tenons pour ignominieux dans cette civilisation chrétienne occidentale. J’y consens. D’ailleurs quand vous dites que ce métier était conforme aux usages de l’armée, vous faites un contresens habile sur la teneur d’un jugement ou d’une propo-
d sition. Enfin je consens qu’Esterhazy soit un misérable. Mais je vous fais votre discours de distribution de prix, ce qui est une corvée pénible, si vous pouvez m’indiquer une seule nuance de distinction entre le métier qu’exerçait ce malheureux commandant et le métier qu’exercent non moins fructueusement cette collection Orchidée, ce M. Ernest La Jeunesse, les frères OHenstadt et même ce memento bibliographique.
me quitta sur ces paroles menaçantes. Je cherche depuis lors, mais je n’ai pu trouver une seule différence. Faudra-t-il que je fasse mon discours moi-même”? Aidemoi de ta subtilité. Fais appel au besoïin à notre fameux ami don Ruy le Subtil. Moi je suis vidé. (1)
(1) Notre ami Anselme Legourd a dû faire et prononcer lui-même son discours, qui fut excellent, sur le souci de la vérité dans l’histoire de la littérature française.
En jetant les yeux sur le Socialiste que reçoit un de mes amis, je viens de m’apercevoir qu’il contient une ettre du citoyen Baumé absolument différente de celle que publia a Petite République sur le même sujet quelques jours après l’interpellation de Chalon : tandis que Baumé, dans la lettre publiée par la Petite République, ne refusait que l’invitation de Deschanel, dans celle qui a été publiée par le Socialiste, il refuse aussi l’invitation de Millerand.
Je sais bien que la forme de chacune des lettres est différente, puisque celle de La Petite République est adressée à Deschanel, et que celle du Socialiste est adressée aux membres de la Commission consultative de la Bourse du Travail, de telle sorte qu’il n’y a peut- être pas un faux au sens bourgeois, mais il n’en résulte pas moins que : une décision oflicielle, émanée des représentants officiels du prolétariat parisien, à été modifiée par l’un ou l’autre journal.
Si c’est au Socialiste qu’incombe la faute, il est certes inutile de parler du fait dans vos cahiers, ce journal en étant arrivé à un tel degré de malhonnèteté — affaire des œuvres de Marx — que c’est perdre son temps que d’essayer de le relever, mais si c’est la Petite République qui a tort — je pense qu’il vous sera facile de le vérifier — et si vraiment les rédacteurs de la Petite République sont honnêtes, ils ne peuvent avoir agi ainsi qu’aveuglés par les soi-disant exigences de la vie active, et c’est à vos cahiers de leur crier casse-cou. Montrez-leur que seule la sincérité est socialiste et que seule par suite elle peut être utile à la cause, car,
premier cahier de la deuxième série comme le disait très bien Jaurès dans un de ses récents articles, en habituant le peuple au mensonge, à la calomnie gratuite, nous cultivons un terrain qui sera tout prêt à recevoir la semence nationaliste.
Et cette tâche qui consiste à débourgeoiserles milieux socialistes est urgente, car la situation actuelle est bien pénible pour les tout jeunes gens comme nous qui sont venus au socialisme par dégoût de la bourgeoisie, et qui ne sommes pas assez sûrs de nous pour nous ! risquer, comme les cahiers ou comme les anarchistes,
à une action purement individuelle. Entre le guesdisme démagogique d’une part, — et, d’autre part, les indé- geoises — pour ces dernières voir les articles de Turot, Fournière dans la Petite République, de Rouanet dans la Revue Socialiste, articles que pouvait publier Le Temps ou tout au moins le Figaro, — qui nous font . regretter les bourgeois réels qui au moins avaient le mérite de la franchise et ne cachaïent pas la petitesse de leur esprit et la moyenneté de leur morale sous le beau nom de réformateurs sociaux, — entre les deux camps nous sommes ballottés, incapables de nous fixer dans l’un plutôt que dans l’autre, de telle sorte que notre foi socialiste elle-même risque presque de sombrer; je vous assure qu’une telle situation est fort pénible. Si les cahiers pouvaient nous en tirer, ils nous rendraient un grand service. (1)
(1) Ces cahiers ne peuvent et ne veulent tirer personne, si intéressant soit-il, d’aucune situation, si pénible soit-elle. Nous collaborons seulement avec nos abonnés. Des hommes libres se tirent d’affaire eux-mêmes librement. Comme collaborateurs nous prions nos
î Je profite de la même occasion pour vous signaler les poursuites dirigées par le gouvernement contre DuboisDesaulle, et contre lesquelles La Petite République n’a pas protesté; — je ne crois même pas qu’elle les ait
Dans le numéro du Socialiste que je vous envoie, j’ai aûssi souligné un article intitulé Pleurs et Regrets, et où, sous la forme haïineuse habituelle au Socialiste, on trouve certains reproches adressés à la Petite République qui sont incontestablement fondés, au sujet de la manière dont elle interprète souvent certains faits sociaux, en particulier les grèves, que certainement elle interpréterait de tout autre façon si le ministère n’était pas le même. (2) LOUAON
Je lis dans l’Aurore de ce matin, memento bibliographique Le succès du Journal d’une Femme de Chambre, le chefd’œuvre de notre collaborateur et ami Octave Mirbeau, abonnés de vouloir bien écrire très lisiblement, d’un seul côté de la page, et de nous donner toujours des références exactes complètes. Ne jamais nous citer un journal sans nous indiquer le numéro.
(1) Extrait des Temps Nouveaux du 7 juillet 1900 Le général Galliéni, de retour à Tamatave, fait poursuivre notre camarade Dubois-Desaulle, pour son affiche sur les Crimes militaires
aux cocos de Madagascar. Pour le juger, on a choisi Nancy, ville ultra-militariste. Un nommé Legros, capitaine commandant la deuxième compagnie des disciplinaires coloniaux à Diégo-Suarez, se prétend diffamé. Il paraît que ces gens-là sont diffamables. R. (2) Nous donnerons les documents et les renseignements que nous aurons et que nous pourrons donner sur ces interprétations dans la deuxième série de ces cahiers, sous le titre courant : du premier congrès au deuxième. — Au moment où nous mettons sous presse, nous ne pouvons que signaler à nos abonnés l’excellente initiative de la Petite République publiant en entier les deux grands discours de
Jaurès et de Guesde à Lille.
premier cahier de la deuxième série Ki dépasse toutes nos prévisions. Nos lecteurs pourront d’ail- à leurs se rendre compte de la portée sociale de ce courageux livre dont nous donnons sous ce titre : « Au bureau de placement » un extrait à notre première page. Chez Fasquelle, 11, rue de Grenelle. Le succès du Journal d’une Femme de chambre ne dépasse nullement nos prévisions : les livres sales se sont toujours bien vendus. Ce Journai n’est ni un chefd’œuvre ni une œuvre. M. Octave Mirbeau a surtout . collaboré à l’Aurore en lui fournissant un nombre assez considérable de points de suspension. Je ne sais si M. Octave Mirbeau est ami de l’Aurore.Je me demande en quoi ceroman, qui n’est pas un livre, est courageux : aucune situation, ni aucune estime, — car il y a long- temps que le Jardin des Supplices lui avait enlevé l’estime des honnêtes gens. 11 y gagne sans doute assez d’argent et beaucoup d’une certaine gloire bourgeoise qu’il paraît ambitionner vivement, — pour parler un français analogue au sien. Je n’aime aucun livre sale. Mais j’aime encore moins un livre sale qui fait semblant d’avoir une portée sociale. Parce que je hais la tartufferie sur tout. Enfin les lecteurs de l’Aurore ne peuvent juger le roman sur le morceau qu’on veut bien leur en donner, parce que ce morceau a été habilement choisi parmi les rares morceaux Mirbeau a dû faire son roman pour éprouver jusqu’où irait la platitude et la moutonnerie de ses bons camarades les journalistes. Il est déplorable que tu en sois devenu un. Au moins par le silence.
Beaune-la-Rolande, lundi 23 juillet 1900
Je lis dans l’Aurore de ce matin, reoue des livres Oh ! sans doute, Tartufe et Basile sortiront encore tout empuantis de l’odeur violente des lupanars où ils fréquentent et de l’encens frelaté des sacristies pour crier au scandale et dénoncer Mirbeau à la vindicte de quelque plat procureur, jaloux des lauriers du Pinard impérial qui fit condamner l’immortel auteur de Madame Bovary pour « outrages aux bonnes mœurs »! Evidemment, le plus grand nombre achètera et lira goulüment les Mémoires d’une Femme de chambre non pour « la substantifique moelle » qu’ils contiennent, mais pour ce qui a fait et fera de tout temps « le charme de la canaille », voire des grandes dames, comme madame de Sévigné, qui savait agréablement rougir derrière son éventail en écoutant la lecture des propos incongrus de Panurge. C’est entendu. Laissons les pourceaux dévorer à leur aise la semence tombée sur la grand’route, le vent emportera toujours assez de grains dans la bonne terre qui borde le chemin et la moisson d’idées sera féconde.
Cela est menti, comme disent les bonnes gens de la campagne. Je ne suis ni Tartufe ni Basile et je trouve tout de même que ce roman est dégoûtant, rien que dé- goûtant. La littérature critique de ce M. A. B. est encore plus désagréable que la prose de M. Mirbeau. Je trouve que précisément il est d’un Tartuffe et d’un Basile de nommer d’avance Tartufe et Basile toutes les bonnes gens qui, dégoûtées de ce roman, diront tout uniment qu’elles en sont dégoûütées. Quelle démagogie écœurante!
qui empoisonnerait le plus grand nombre serait une action mauvaise, comme d’empoisonner un abreuvoir public pour faire une recherche de toxicologie.
premier cahier de la deuxième série
Je ne suis pas clérical, mais il est immonde un peu d’attribuer aux épandages de M. Mirbeau la belle parabole des semailles.
Enfin et surtout, il est extraordinaire qu’on ne puisse
publier un volume ignoble sans qu’aussitôt un imbécile fasse appel au grand Flaubert, à Maupassant, et au
Le procureur impérial qui poursuivit madame Bovary rendit un fameux service aux journalistes futurs. Je dois remercier M. A. B., qui m’a donné l’occasion de relire nadame Bovary. Comme l’œuvre de Flaubert est sévèrement saine. Il n’y a pas dans tout Maupassant ce que je nomme une cochonnerie. Et quand même il y aurait dans les bons auteurs des ordures authentiques, cela ne prouverait pas qu’il faille être ou qu’il suflise d’être orde pour devenir un des bons auteurs.
Notre ami Bertrand Lesourd m’a envoyé de Semoy, le même jour, ces quelques mots au dos de sa carte de Si j’étais antisémite, je ferais des romans comme le Journal d’une Femme de chambre et je les mettrais dans toutes les bibliothèques populaires.
Le lendemain je recevais une carte postale et une
La carte postale portail ces simples mots Si j’étais candidat à la dictature, au lieu d’être un candidat malheureux à l’agrégation, je ferais des ro-
mans comme {le Journal d’une femme de chambre et je les ferais vendre sur les boulevards pour deux sous.
Bien entendu on reparle de Flaubert, on va reparler de Maupassant, on reparle de Rabelais. Je sais que les amis littéraires sont faits à seule fin de jeter des pavés. Mais M. Mirbeau ferait bien d’avoir des amis qui lui lanceraient d’une main non moins sûre des pavés un
La lettre était plus longue Je lis dans l’Aurore d’hier matin Les Mémoires d’une Femme de chambre, par Octave Mirbeau
Quand parurent, dans la Revue Blanche, les premiers chapitres des Mémoires d’une femme de chambre, à côté du roman exquis d’Emile Pouvillon : Le Vœu d’être chaste, on fut unanime à proclamer le superbe talent de l’auteur ; mais le ton général de l’œuvre alarma plus d’un lecteur n’ayant pas la perspicacité nécessaire et choqua énormément tous les
\hypocrites et les farceurs dont la bibliothèque recèle un « enfer » richement peuplé. On entendit évoquer l’ombrerasoir du terrible marquis de Sade, que l’on ne connaît gé- néralement que de nom, et rappeler, à propos de Célestine, Juliette ou les bonheurs du vice, Justine ou les malheurs de la vertu, les tristes héroïnes de deux mauvais livres que
Il est assez amusant que le monsieur journaliste se soit obstiné à nommer ce roman les Mémoires d’une femme de chambre. Dès [a repue blanche le roman se nommait le Journal d’une Femme de chambre. Le jour-
premier cahier de la deuxième série naliste aura pensé obscurément que Mémoires était plus 4, grand, plus historique. M. Gaston Méry n’a:t-il pas, autant
que je me rappelle, publié les Mémoires de Vacher ? Bonne réclame en passant pour le roman de Pou-
Mais on ne fut pas unanime à proclamer le superbe ! talent de l’auteur. Qu’est-ce qu’un superbe talent ? Qu’est-ce qu’un talent ? Je pense qu’iln’y a aucun talent dans ce Journal et je le démontrerai aussitôt que j’aurai du temps de reste. En revanche on fut unanime à constater que la publi- à cation était immonde, et les bons journalistes, qui depuis ont tartiné avec enthousiasme, constataient que c’était immonde. Il n’était pas nécessaire d’avoir une extraor- Fe: dinaire perspicacité pour ‘s’en apercevoir. Il est tartuffe et basile de nommer d’avance hypo- Ë crites et farceurs les bonnes gens qui auront trouvé que ‘À ce roman est ignoble et qui Le diront. Mirbeau devait s’attendre à cela. Pareille explosion de pudibonderie, même déchaînement de colères simulées avaient accueilli son Jardin des supplices, où notre collabo- k rateur B. Guinaudeau conduisit et promena nos lecteurs, ta éblouis de tant de lumière crue, mais toujours tenus sous ‘ le charme puissant de la haute pensée de l’écrivain. La colère que nous avons eue contre le Jardin des j1 Supplices n’était nullement simulée. Nous avons sincè- ñ rement pensé que ce volume était immonde et qu’il révé- lait la mentalité antisémitique de son auteur, comme les araignées venimeuses de M. Rochefort et les chemises : À soufrées de M. Drumont nous ont confirmé que
M. Rochefort et que M. Drumont avaient la mentalité
antisémitique. Pourquoi nos journalistes ont-ils fait un sort aux chemises et aux araignées, si les mêmes imaginations sont à la gloire de M. Mirbeau. Avons-nous assez exclamé après Rochefort et après Drumont. .
Notre collaborateur M. B. Guinaudeau n’est pas dégoûté. Mais enfin c’est son affaire. Charme puissant et haute pensée ne sont ici que de grosses bêtises de
vrai dire, Les Mémoires d’une femme de chambre vont pas été composés spécialement pour les petites filles qui mangent la confiture en tartines, ni pour les lecteurs du Petit Journal et de M. Georges Ohnet, ni pour les désœuvrés et les imbéciles qui se délectent aux gaudrioles du Fin de Siècle. Non, ces pages où s’amoncellent tant de
gravelures et d’incongruités, où toutes les grossièretés et les brutalités de la débauche la plus crapuleuse foisonnent, ces pages de pathologie sociale — qui semblent écrites avec la pointe acérée dun bistouri trempé dans du sang corrompu — constituent, je le dis en toute sincérité, une des œuvres les plus fortes de ces dix dernières années, par les renseignements qui en jaillissent à chaque ligne.
Il est faux, il est bête, il est maladroit de donner penser que les bonnes gens qui ne peuvent lire M. Mirbeau sont les mêmes qui lisent Le Petit Journal et M. Georges Ohnet. C’est donner à penser que tous les honnêtes gens lisent M. Georges Ohnet dans Le Petit Journal, ce qui n’est pas rigoureusement vrai.
est faux, il est adroit de vouloir donner à penser que les désœuvrés et les imbéciles qui se délectent aux gaudrioles du Fin de Siècle ne peuvent pas lire les romans de M. Mirbeau. Si l’on dessinait la région de ces imbéciles et de ces désœuvrés, et d’ailleurs la
) premier cahier de la deuxième série région des gens qui achètent le Mirbeau sachant ce que c’est, M. Mirbeau n’ignore pas que les deux régions coïncideraient presque. Cest même là-dessus qu’il compte pour avoir le fort tirage. Enfin le monsieur jourh naliste constate cette coïncidence dans son tout dernier paragraphe — parabole des semaïlles. Non, je vais plus loin, et je dirai toute ma pensée : non seulement le roman est fait pour que les salauds s’en arrachent les éditions, mais les comptes rendus des journalistes sont jésuitiquement faits pour que les salauds s’en arrachent les éditions. C’est facile à voir. Les journalistes présentent la défense des saletés avec insistance pour que l’aitention des clients qui savent lire soit fructueusement appesantie. Voir le milieu du paragraphe où nous
Qu’on nous laisse donc tranquille avec la pathologie sociale et la sociologie. M. Mirbeau seul et ses lecteurs sympathiques sont ici pathologiqués. M. Mirbeau fait de la sociologie beaucoup moins bien que M. Tartuffe ne faisait de la théologie.
Je mets dans ma collection : écrites avec la pointe acérée d’un bistouri trempé dans du sang corrompu. Quand on fait de la pathologie, on fait aussi de l’antisepsie.
Je passe œuvres — fortes — enseignements — jaillissent — ligne — en toute sincérité : ce sont les inévitables politesses du pauvre journaliste au grand seigneur de lettres. Car, en ces Mémoires d’une femme de chambre, Mirbeau, Surmontant tous les dégoüts — tel le chirurgien de quelque sombre Saint-Lazare — a mis patiemment à nu la plus
}_ hideuse de nos plaies sociales : la domesticité avec toutes
- ses misères physiques et morales, la domesticité, ce mo- Î
-_ derne esclavage dont les affranchies forment les gros contingents de la prostitution, libre ou cloîtrée, ne faisant en somme que changer d’ergastule.
Presque rien à dire ici : quelque sombre que soit une
Saint-Lazare, le chirurgien se garde soigneusement de tremper la pointe acérée de son bistouri dans le sang
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corrompu pourfaire des écritures. Et quand M. Mirbeau
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voudra faire la pathologie sociale de la domesticité,
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son étude ne ressemblera plus au Journal d’une Femme de chambre.
Je passe la suite, littérature provocante et mauvais
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français. Je passe les citations fades ou nauséeuses.
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Nous arrivons à la partie sérieuse de l’article, aux La corruption n’est jamais totale ; il y a partout des gens Tocqueville ou Pailleron, je ne sais plus lequel. Elle est to-
tale dans les Mémoires d’une femme de chambre, et Mirbeau, admirablement documenté, nous a dépeint, d’après
nature,un sale monde, un monde sans mélange de gens de bien, et il a vu juste. Les Mémoires d’une femme de chambre, je le répète, ne sont pas une œuvre d’imagination, mais l’histoire — mettons l’histoire naturelle pour ne froisser
personne — d’une classe de la société française à la fin du
De ces attestations métahistoriques nous retombons
aux citations nauséeuses. Vient la conclusion Je renonce à remuer toute cette fange. On ne peut faire
.… avaler un tel poison à des lecteurs (r), si l’on ne sait en mas-
quer l’horrible, l’amertume, comme un Mirbeau, par la
magie d’un art prodigieux.
(1) Je ne le lui ai pas fait dire, au monsieur journaliste.
premier cahier de la deuxième série Mais qu’on ne s’y trompe pas : Les Mémoires d’une femme de chambre ne seront jamais fauteurs de corruption, et donneront au contraire l’horreur des vices que célèbrent quotidiennement certains académiciens rédacteurs des maisons Tellier de Paris. Mirbeau a vu et observé un monde atroce mais réel; et il a mis tout son génie à nous faire partager le dégoût qu’il lui inspire. Son livre aura une grande portée sociale. C’est le terrible constat de la faillite, de la banqueroute morale de la haute bourgeoisie contemporaine. Mirbeau inventorie tout un monde qui s’en va… l’égout ; et nous fait penser aux temps nouveaux qui se pré- parent. Il a donc fait une œuvre hautement moralisatrice. Ce qui rendrait presque amusante la tartufferie de cette conclusion, c’est que {a revue blanche continue publier une grande annonce du Journal, — pas celui d’une femme de chambre, mais celui qui est un journal et que nos polémiqueurs, autant que je connaisse leurs manies, aiment à nommer la maison Letellier, — annonce où M. Octave Mirbeau continue à figurer en bonne place parmi les rédacteurs du Journal, en seconde-place, avant M. Gustave Geffroy, accompagné de MM. Henry Bauer, Clovis Hugues, Lucien Descaves, et de madame Séverine, pour ne citer que ceux qui nous intéressent. J’oubliais : si j’étais candidat à la dictature, ou simple soldat de l’antisémitisme, je ferais aussi distribuer sur les boulevards des bouteilles d’absinthe L’abondance des matières nous force à remettre à un prochain cahier les communications qui nous sont parvenues pendant et depuis les vacances.