II-9 · Neuvième cahier de la deuxième série · 1901-02-05

Intellectuels et socialisme

Paul Mantoux, Charles Guieysse

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Le cahier de Lagardelle a déterminé chez nos abonnés un sérieux mouvement. Nous insérons aujourd’hui les communications que nous ont envoyées à ce sujet M. Paul Mantoux, professeur agrégé d’histoire, et M. Charles Guieysse, gérant de Pages libres. Lagardelle répondra sans doute. J’y reviendrai aussi dès que je le pourrai. M. Mantoux nous écrit Paris, ce premier février 1901

Je n’avais pas entendu la conférence de Lagardelle le travail d’abord, les conférences après. Je suis bien aise que tu nous l’aies donnée dans les Cahiers. Rien n’est utile comme l’expression vigoureuse d’une pensée

  • saine et solide. Elle nous force à pensér, nous aussi, de notre mieux, et à répondre pour notre compte à certaines questions. Il en est une sur laquelle il faudrait nous expliquer une bonne fois : c’est celle des rapports du socialisme avec la science. Eu termes plus précis, on pourrait la poser ainsi: Doit-on devenir socialiste pour des raisons d’ordre scientifique ?

Je crois savoir ce que c’est qu’une vérité scientifique. En voici quelques exemples : Deux triangles sont égaux quand ils ont un angle égal compris entre deux côtés égaux chacun à chacun. — Les distances parcourues par un corps soumis à l’action de la pesanteur sont proportionnelles au carré des temps écoulés. — Le bioxyde de manganèse mis au contact de l’acide chlorhydrique donne de l’eau, du chlore et du chlorure de manganèse:

À ._ infectieuses sont causées par la présence dans l’orga_ nisme de bactéries microscopiques. — J’ai suivi, note d bien, l’ordre établi par Auguste Comte dans sa classifi- cation des sciences. J’arrive à la sociologie. Suis-je en droit d’admettre comme scientifique, uniquement scientifique, et valable au même titre que les précédentes, une proposition ainsi conçue : L’évolution des sociétés modernes organisées selon le régime de la grande industrie les conduit naturellement à la propriété collec- tive des moyens de production, de distribution et Je ne veux pas qu’il y ait de doute sur mon opinion Je me rallie à la proposition ci-dessus. Je la crois vrai- À semblable et même probable. Mais je nie qu’elle ait la certitude scientifique. Notre Credo doit exclure la supercherie. Nous ne faisons pas croire aux gens que nous tenons la vérité d’une révélation d’en haut. Nous ne devons pas non plus nous appuyer sur une science non contrôlée, qui, en fait, n’existe pas. Le mot de sociologie est très utile pour désigner l’extension néces- saire de la méthode rationnelle dans le domaine humain et social, comme dans tous les autres. Mais cette extension est très peu avancée. La sociologie sera : elle n’est pas. Lagardelle dit très bien : Marx n’est pas la Bible et les prophètes. J’ajouterais volontiers : Marx n’est pas Laplace ni Claude Bernard. Il dit encore : La philosophieet l’art sont un et le socialisme un autre. — De même pour la science. Le collectivisme repose sur une étude ) attentive, sérieuse, et qui se poursuit à chaque moment du temps présent, de la réalité économique. Sa vue de l’avenir est une hypothèse raisonnable, appuyée sur des

éléments scientifiques. Mais c’est tout, c’est tout. De’ grâce, ne ressuscitons point l’économie politique ortho- Il y a des gens en habit noir et en cravate blanche — on les appelle MM. Anatole Leroy-Beaulieu, Paul LeroyBeaulieu, Paul Beauregard — gros comme le bras — qui répètent du haut de chaires plus ou moïns officielles que la science proclame l’éternité des concurrences illimitées, que La science condamne l’intervention de l’État dans le contrat de travail, que La science démontre Vimpossibilité du régime collectiviste. A vrai dire, ils parlent comme le mort hypnotisé d’Edgar Poë, dans le cas de M. Waldemar. Ils ont cessé d’exister depuis de lon- gues années, sans s’en apercevoir. Et c’est la critique socialiste qui les a tués. Elle a prouvé que leurs pré- tendus axiomes ne sont que le résultat de raisonnements plus ou moins plausibles, souvent spécieux ou purement sophistiques. La science n’a rien à voir dans leur cas : la critique socialiste nous l’a montré; elle nous a rendu ce grand service. N’allons point, nous socialistes, retomber dans leur ornière. Raisonnons le plus juste que nous pourrons, cela vaut mieux que de remplacer le charlatanisme d’une fausse science par le fétichisme d’une science à naître. Mais tout ceci n’est que la bagatelle de la porte: j’ar-

rive à ce qui me tient vraiment à cœur. L’avènement nécessaire de la société collectiviste fütil une vérité certaine comme en donne le calcul des éclipses, est-ce pour cela que nous serons socialistes, que nous devrons être socialistes? Eh bien, non! Cela, pour une raison non pas scientifique, si on le veut bien, mais humblement psychologique. Il n’y a pas d’action sans mobile d’action.

Et tout mobile d’action est essentiellement affectif. Je m’explique. On me dit — avec certitude, selon notre hypothèse — : le régime socialiste sera. Fort bien. C’est un fait. Et puis après ? Nous nous sommes trouvés par- fois dans une cohue qui nous entraînait, inéluctablement, dans une direction qui n’était pas la nôtre. Nous étions entraînés, mais de fort mauvais gré. Ainsi nous pourrions nous savoir emportés vers la cité collectiviste, mais nous révolter d’avance contre ses lois, loin d’en préparer le règne. — Le biologiste qui connaît les mé- thodes pasteuriennes est-il en rien obligé, de par la cer- titude de ces méthodes, de guérir les malades ? Encore faut-il qu’il veuille les appliquer à leur guérison, qu’il y soit mû par quelque désir. Désir de savoir davantage, désir de gagner de l’argent, désir d’action philanthro_ pique, peu importe. Dans tous les cas, désir : c’est chose autre qu’une énonciation théorique, et sans quoi l’on n’agirait point. Être socialiste, c’est désirer que l’idéal socialiste se réalise le plus tôt possible et le mieux possible. Pourquoi le désirerons-nous ? Je sais ce qu’on va me répondre. Soyez socialiste ou non, medira-t-on, qu’est-ce queça peutbiennous faire? . Si c’est votre intérêt de l’être, vous le serez. La classe ouvrière l’est, ou le sera, parce que c’est son intérêt. Et sa poussée irrésistible déterminera l’avenir du socialisme, sans votre concours très nul et très vain.— Dans ces conditions, il faudrait commencer par supprimer tes Cahiers, mon cher Péguy, et le Mouvement socialiste de Lagardelle, et le Groupe des Étudiants collectivistes auquel il a adressé sa conférence. Mais ce sont les -_ ennemis du socialisme qui donnent ce sens étroit et faux à l’idée de la lutte de classe. Ce sont eux qui nous

représentent le parti comme un syndicat de convoitises et de haïnes, qui grouperait les ouvriers des villes dans leur unique intérêt, envers et contre tous. Lagardelle admet que les intellectuels peuvent et doivent collaborer à l’œuvre socialiste. Il insiste d’ailleurs pour que cette collaboration soit désintéressée, pour qu’on ne fasse pas un appel imprudent « aux prétendus intérêts de classe des étudiants pauvres ». En vérité, s’il ne s’agissait que de proclamer une fois de plus que l’homme est un loup pour l’homme, et de voter des lois ouvrières comme les raffineurs font voter des lois sucrières pour vendre leur sutre à plus haut prix, au nom de quelle science pourrait-on nous demander d’être socialistes ? Pourquoi ne pas dire : nous sommes socialistes parce

que cela est juste ? Tout simplement. Et cela suffit. Cela est un motif d’action, plus que toutes les propositions scientifiques ou soi-disant telles. Le prolétaire ne doit point être socialiste parce que sa condition est mauvaise, mais parce qu’elle est mauvaise contrairement la justice. Nous critiquons et nous attaquons les formes sociales actuelles, parce qu’elles sont injustes. Parce

qu’ilest injuste que le travail humain puisse être vendu et exploité comme une marchandise. Parce qu’il est injuste qu’un homme puisse s’enrichir par ce genre d’exploitation, et réduire les travailleurs au strict nécessaire de la vie. Parce qu’il est juste que tous les hommes aient accès à la pensée, et ne soient point réduits l’état de machines fournissant au loisir et aux jouissances d’un maître. Parce qu’il est juste de substituer, à l’âpreté animale de la concurrence naturelle, l’émulation fraternelle du travail social commun. Du jour où j’ai vu clairement tout cela, j’ai été socialiste. Je ne le

serais pas, si je ne croyais pas que c’est mon devoir de l’être. Allons-nous reculer devant ce mot-là, le devoir? Le laisserons-nous en apanage aux religions et aux hasardeuses métaphysiques ? Revendiquons-le bien haut, il est nôtre. La mathématique elle-même, si elle venait nous imposer des théorèmes socialistes, ne le remplacerait pas. Lagardelle témoigne à la fois, pour ce qu’il appelle le sentimentalisme, un peu d’indulgence et beaucoup de dédain. Je suis d’accord avec lui, si par sentimentalisme il entend une sympathie vague et peu réfléchie, faite surtout de pitié instinctive pour des misérables, et d’admiration semi-littéraire pour l’éloquence de Jaurès. En effet, ce n’est là qu’une première orientation, qu’un point de départ. Mais la notion claire et impérieuse du devoir en présence de l’iniquité sociale, l’appelleronsnous sentimentalisme et idéologie? « Les conclusions socialistes s’imposent d’elles-mêmes aux intelligences qui veulent s’appliquer à l’étude des rapports sociaux. » Ce ne sont pas seulement les intelligences, ce sont les consciences qu’il faut conquérir. Les consciences au sens moral du mot. Pour la conscience scientifique,jene sais pas ce que c’est, sinon un pur état d’esprit, tout abstrait et spéculatif, et qui ne peut que fournir des élé- ments à la conviction active. Les forces économiques feront la Révolution sociale, soit : mais la conscience morale des hommes la dirigera dans sa voie et en pro- . clame par avance la légitimité. ! Encore une fois, que resterait-il du mouvement socia-

  • liste, de ce mouvement immense et profond que nous croyons appelé à renouveler en quelque sorte l’humanité, si l’idée du juste et de l’injuste en était retirée ? J’avoue

que je n’oserais même plus croire à son succès : car. l’évolution est. le produit d’un déterminisme, et non k d’une fatalité, et l’absence d’une cause aussi puissante ne manquerait pas de s’y faire sentir. Si nous cherchons à le propager, ce n’est pas surtout la science qui nous y aidéra. Nous dirons à ceux qui nous écoutent d’étudier de plus près les faits sociaux, nous leur donnerons l’exemple, s’il se peut, de cette étude scrupuleuse et patiente. Mais avant tout nous essaierons de leur démontrer que la justice leur ordonne de travailler avec nous à l’édification de la société nouvelle. Nous nous tiendrons pour satisfaits, si, s’étant joints à nous, ils pensent avoir fait leur devoir, et se croient tenus par devoir de persévérer. Que le devoir retentisse comme un tocsin dans les oreilles de tous ceux qu’il s’agit de convertir au socialisme. S’ils restent sourds, et qu’ils soient écrasés par l’écroulement de la cité d’injustice, ils auront mérité leur sort. Je n’ai pas voulu contredire Lagardelle, que jeregrette de ne pas connaître. II me semble que je pense à peu près comme lui. Ses préoccupations sont, je crois, très voisines des miennes. La manière dont il définit le rôle des intellectuels, et s’élève contre ceux qui trafiquent du socialisme, m’en est le meilleur garant. Mais il faut éviter certaines confusions et certaines illusions qui ont leur danger. Pour moi, j’aime mieux me réclamer d’un devoir certain que d’une science hypothétique et incomplète. Et je ne saurais être soupçonné de médire mé- Ë chamment de cette science prétendue : ce serait le fait d’un cordonnier décriant l’usage des chaussures, A toi Paul Mantoux l

M. Charles Guieysse nous écrit :

J’admets bien volontiers les conclusions de la Causerie de Lagardelle, dans leur ensemble : un intellectuel doit mettre son savoir, sa puissance de pensée au

service du prolétariat. Mais, aux précautions que les socialistes prolétaires doivent prendre contre les intellectuels, ne faut-il pas aussi opposer les précautions que les intellectuels doivent prendre contre les socialistes organisés en parti politique ?

Et puis il y a une autre question qui me semble devoir être posée, et qui domine toutes les autres à mon avis.

Lagardelle dit que le socialisme est un mouvement ouvrier, au premier degré, et un mouvement humain, au second degré; l’Aumanité du socialisme étant le simple développement naturel de son caractère prolétarien. D’accord, maïs cette distinction doit-elle être purement théorique ? ne doit-elle pas apparaître dans l’organisation même du socialisme? ne faut-il point en déduire des conclusions pratiques ? Il me semble que si.

Pendant longtemps les intellectuels ont dit aux prolétaires : « Fiez-vous à nous pour changer votre condition », et presque rien n’a été changé. Puis de nouveaux intellectuels ont dit : « Chassez les politiciens bourgeois, proclamez la lutte des classes » et

ils se sont mis à la tête de la classe prolétarienne pour mener la lutte de classes. Et presque rien ez- . s:

J’ai peur que pendant longtemps rien ne soit toujours changé, si ce sont des intellectuels, socialistes ou non, qui veulent gérer les intérêts de la classe prolétarienne. Et j’adopte la formule : « émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes ».

Le problème ne me paraît pouvoir se résoudre qu’en résolvant séparément les deux problèmes suivants : 1° Comment la classe prolétarienne s’organiserat-elle pour s’émanciper elle-même ?

2° De quelle manière les intellectuels pourront-ils l’aider à s’émanciper ?

Et ensuite, nous pourrons nous demander comment le mouvement ouvrier et le mouvement intellectuel se coordonneront, se composeront, se fondront, dans ce que très volontiers j’appellerai la cité

Remarquez bien qu’ainsi je dis que le mouvement socialiste n’est pas un mouvement nouveau, qu’il est simplement une forme nouvelle du mouvement ré- publicain, et que c’est l’histoire, l’étude des événements politiques qui légitiment cette forme nouvelle. C’estl’abandon de la conception autoritaire des idéalistes jacobins qui — par la force de la loi ou par la

force brutale, peu importe ici — veulent brusquement passer de la société mauvaise à la société parfaite, et qui jusqu’à présent se sont usés, se sont brisés contre les forces conservatrices. Aujourd’hui, nous, socialistes non-prolétaires ou idéalistes libé- raux, qui rêvons d’une société meilleure, nous finissons par reconnaître notre impuissance créatrice, et nous disons aux prolétaires : « C’est vous-mêmes qui vous émanciperez; nous, nous sommes impuissants. »

Pour conquérir son émancipation, sa liberté, le prolétariat doit, c’est évident, s’organiser très fortement, concentrer ses forces, s’unifier. Et il peut sans crainte se donner une discipline, créer une hiérarchie de comités, compliquer ses organisations tant qu’il voudra, car de cette discipline, de cette hiérarchie, de ces organisations il est le maître ; elles ne l’étoufferont point ; son œuvre, il peut constamment la détruire et la refaire, aucune force conservatrice n’existe pour la maintenir. Et cette besogne incessante d’organisation et de réorganisation, de hiérarchies établies, brisées et rétablies, cette recherche constante d’une discipline sans autorité, seront particulièrement éducatives quand la classe ouvrière aura su s’organiser, s’unifier, alors elle sera à la veille de remporter la vic-

toire, et cette victoire ne coûtera pas une seule vie humaine, n’amènera aucune misère, rendra toute réaction impossible; c’est la société nouvelle, fondée sur le travail créateur et non plus sur la propriété conservatrice, qui sera moralement établie.

On croit trop facilement — et c’est là selon moi la formidable erreur initiale des guesdistes — que tout le problème socialiste tient dans la « transfor-

mation de la société capitaliste en société collectiviste ou communiste ». Il y a bien autre chose! Dans les entreprises industrielles, agricoles et commerciales collectivistes, la division du travail sera encore plus grande qu’aujourd’hui, et par conséquent la hiérarchie des fonctions sera infiniment plus étendue et complexe qu’elle n’existe aujourd’hui. Les intérêts généraux diminueront les intérêts particuliers, la réglementation de la production et la facilité de la consommation tueront la concurrence, aboliront la guerre pour la vie, et alors la liberté individuelle existera, ou plus exactement pourra exister. Mais avec la liberté apparaîtra la responsabilité ; qui s’en occupe aujourd’hui? Tel chef de fabrication, tel directeur d’entreprise, au lieu de rendre compte de ses actes à un groupe d’actionnaires, se trouvera responsable devant la collectivité, et en particulier devant ses employés et ouvriers ; ayant la responsabilité, ayant des devoirs

considérables, quels seront ses droits? quels seront Les droits et les devoirs des employés et ouvriers ? è Comment seront désignés les chefs techniques, les directeurs capables ? quelles sanctions, morales ou légales, existeront pour réaliser les droits et les Il ÿ a là un ensemble de problèmes qui doit préoc- cuper les socialistes autant que la socialisation des moyens de production; il faut arriver à une transformation des lois morales du travail, et elle est plus difficile peut-être à obtenir que le changement de propriété des instruments de travail. Et voyez que si les intellectuels, simplement soutenus par les masses ouvrières, peuvent imposer un jour la socialisation des moyens de production, ils sont incapables d’opérer eux-mêmes la transformation des lois morales du travail, de déterminer la discipline dans le travail libre. la classe ouvrière appartient donc une tâche formidable, et c’est seule qu’elle doit et peut la mener à bien; c’est aux ouvriers seuls qu’il appartient de se délivrer, de créer leur liberté et leur discipline. Actuellement, les éléments de l’organisation ou- mé vrière sont les suivants : 1° les groupes politiques etles groupes d’études sociales ; 2° les syndicats prob fessionnels et les coopératives de production ; 3° les

coopératives de consommation; 4° les universités populaires. Et l’on conçoit que ces éléments se fédè- rent de deux manières principales : les éléments de même espèce existant en des lieux différents (toutes les coopératives, tous les groupes politiques, tous les syndicats, etc.), ou bien les éléments différents existant en un même lieu (coopératives, groupes politiques, syndicats, universités populaires d’une même ville). Toutes les combinaisons sont possibles, et je ne discute point leur valeur, je dis seulement la possibilité d’une organisation générale de la classe ouvrière, régularisant le mouvement ouvrier, concentrant les forces ouvrières.

Dans cette organisation qui est en train de se faire, quel est le rôle de l’élément politique ? Il domine tout, si l’on veut entendre le mot politique. dans son sens large; mais si on l’entend dans son sens étroit d’action électorale et parlementaire, il ne doit pas à mon sens dominer les autres éléments, sous peine que les mêmes duperies recommencent éternellement, sous peine de mainte-

e nir les politiciens au pouvoir, ou mieux, si l’on veut, sous peine de voir toujours des idéalistes généreux, mais autoritaires et impuissants, garder la direction du mouvement socialiste.

Il serait même habile et prudent de placer l’élément politique (au sens étroit du mot) au-dessous des

autres éléments de la force ouvrière. Devant les difficultés que rencontre le prolétariat pour s’orgaF niser et s’émanciper, constamment il sera tenté de se griser de belles paroles et de faire appel aux lois révolutionnaires, pour changer des rêves incon_ scients en réalités maladroites; et ainsi il peut se tromper lui-même. Jesaisune agglomération de la banlieue parisienne où est une grande usine; on l’appelle le bagne, et elle occupe 1.200 ouvriers. Tous ces ouvriers sont socialistes révolutionnaires, et cela est bien égal au patron ; ils n’ont pas encore créé de syndicat, car le patron le leur défend. Ils se dupent eux-mêmes, et se laissent duper par les déclamations creuses ils votent révolutionnairement — avec unité, et se disputent continuellement entre eux, pour maintenir l’unité. Ils sont libres d’agir ainsi, si c’est cela qui est agir; mais ont-ils vraiment conscience de l’action socialiste ? Ne faudrait-il pas un peu moins d’énergie de paroles, et un peu plus de volonté pratique ? Qui serait le meilleur pour eux, d’envoyer des délégués aux congrès pour faire triompher Jaurès ou Guesde, ou bien de pouvoir envoyer des délégués au patron de l”Usine ? L’action politique électorale — essentiellement révolutionnaire, et même brutale aujourd’hui,

  • puisqu’un parti triomphe quand il a une voix

de majorité, — et l’action politique parlementaire — essentiellement révolutionnaire aussi parce qu’une loi détruit en un jour quelque chose qui est, et fait naître en un jour quelque chose de nouveau — doivent être subordonnées au travail intérieur de la masse ouvrière, n’apparaître que pour obtenir des lois d’intérêt général, en s’inspirant de l’expérience de la vie prolétarienne et de l’observation des phénomènes économiques.

Et cette conception de mouvement ouvrier est indépendante des doctrines socialistes; c’est une simple conception de politique démocratique avec un suffrage universel qui ne consiste plus à se choï- sir librement des maîtres, mais qui nomme des dé légués avec un mandat précis et déterminé : législation des syndicats, retraites ouvrières, service de deux ans ou milice, etc., etc., — et même plus tard quand les électeurs prolétariens sauront ce que c’est que le collectivisme, auront adopté la doctrine et seront capables de l’appliquer : transformation du régime de la propriété capitaliste en régime collectiviste.

Or, les intellectuels, quels qu’ils soient, ne connaissent pas la pie ouvrière, parce qu’ils ne vivent pas de la vie ouvrière ; ils ne sauraient donc trouver normalement leur place dans les organisations ouvrières, ou tout au moins ils ne peuvent normale-

ment prétendre à diriger effectivement le mouvement ouvrier.

Comme le dit fortbien Lagardelle, les intellectuels ne forment pas une classe. De leur ensemble se dé- gage une force, la force des idées, mais ils ne peuvent réaliser quelque chose qu’en eux-mêmes, ils ne peuvent rien réaliser pour les autres. Ils peuvent individuellement se perfectionner et perfectionner des individus à leur contact, mais non point amé- liorer directement la société elle-même. Les intellectuels quand ils travaillent socialement, travaillent isolément, ils ne forment pas bloc. Tandis que le mouvement ouvrier est essentiellement socialiste (c’est-à-dire tend à changer la société), le mouvement intellectuel est essentiellement individualiste (c’est-à-dire tend à changer l’individu). Et tandis que le mouvement ouvrier

trouvera sa puissance dans l’unité, dans la’concentration des forces, dans la discipline, dans l’organisation, le mouvement intellectuel s’arréterait si

ses forces individuelles s’unifiaient.

Toute tentative du prolétariat pour prendre la

direction effective du mouvement intellectuel, serait aussi déplorable que les tentatives des intellectuels ont été déplorables pour prendre la direction du

Et c’est pourquoi on peut fort bien ne pas adhérer au Parti socialiste, tout en adhérant au principe de la lutte de classes et de l’organisation internationale du prolétariat, et en adoptant les doctrines collectivistes : le Parti socialiste français manifeste trop de tendances aujourd’hui à prendre la direction la fois du mouvement intellectuel et du mouvement ouvrier, et ainsi faisant il nuit, selon moi, à la fois au mouvement intellectuel et au mouvement

Le socialisme veut, avec raison, substituer l’administration des choses au gouvernement des hommes, assurer l’indépendance économique pour assurer la liberté de penser. Le Parti socialiste français, tel qu’il est aujourd’hui, me paraît s’éloigner de cet il s’occupe des questions de personnes plus que des problèmes économiques, ou bien il discute des idées abstraites et n’organise point des réalités. Quandles syndicats ont obtenu quelque chose, c’est presque toujours en dehors de lui; et quand dernièrement il a prôné les coopératives, c’est principalement pour lutter, non contre le petit commerce, mais contre les petits commerçants parisiens, lesquels sont nationalistes.

J’ai reçu il y a quelques jours un petit papier

  • la guerre de Chine. Que diable le socialisme a-t-il à faire directement et exclusivement là-dedans ? Faut-il donc adhérer au parti pour protester contre les massacres de Chinois et la ruine de la Chine ? Est-ce au nom de la lutte des classes qu’on proteste contre le militarisme? Pour faire partie de ce comité, faut-il montrer un brevet de bachelier

Lagardelle fait remarquer que les socialistes prennent actuellement la tête dans les protestations généreuses ; certes, c’est vrai; mais est-ce en tant que socialistes, ou en tant qu’hommes épris d’un

J’ai peur du Comité général et des Comités locaux; au lieu de mener la lutte économique qui est difficile, ils font campagne contre ceux qui ne pensent pas selon les principes; déclarer qu’un homme pense faux est tellement plus facile que de refaire la société sur de nouveaux principes !

Tant que le socialisme organisé n’aura pas la puissance morale de concentrer ses forces sur les questions économiques, il n’agira pas utilement suivant le mouvement ouvrier, et il nuira au mouvement intellectuel.

Je ne veux point dire cependant que le mouvement ouvrier et le mouvement intellectuel doivent

être isolés l’un de l’autre, que l’ensemble des intel- - lectuels doit se tenir à l’écart de la classe ouvrière. Ce serait absurde, profondément absurde. Le mouvement ouvrier, force réelle, peut seul aujourd’hui créer la liberté intellectuelle, assurer le libre développement de la pensée humaine ; un intellectuel qui ne demande pas à une organisation sociale nouvelle de donner à tous les hommes la satisfaction des besoins matériels pour permettre à tous les hommes les joies intellectuelles, est, inconsciemment ou consciemment, un aristocrate et aussi un égoïste. Et, d’autre part, les intellectuels sont né- cessaires aux ouvriers dans leur lutte pour construire une société fondée sur le Travail et non sur la Propriété, pour leur faire connaître les phénomènes économiques, pour leur donner conscience de tout le travail humain des générations mortes, pour ajouter à leur expérience l’expérience des siècles vécus, et aussi pour rédiger ce que Lagardelle appelle des « systèmes juridiques et moraux L’alliance amicale, affectueuse entre Intellectuels et Ouvriers, est indispensable; mais alliance ne veut pas dire soumission des uns aux autres, des alliés sont des égaux volontaires ; alliance ne veut pas dire unification. Il faut qu”intellectuels et prolétaires se mêlent,

se coudoient, discutent ensemble et sur les idées et

sur les réalités, que les intellectuels influent sur le

mouvement ouvrier, que les ouvriers influent sur

le mouvement intellectuel ; mais avoir de l’influence ne veut pas dire prendre la direction.

Au point de vue économique, il y a lutte de classes ; au point de vue intellectuel, la lutte de classes n’existe pas, et dès à présent les ouvriers doivent recevoir, autant que les conditions de leur vie économique le permettent, la culture intellectuelle à laquelle ils ont droit. Et d’autre part, comme les abstractions n’ont de valeur qu”autant qu’elles s’appuient sur des réalités et qu’elles peuvent se réaliser un jour, les intellectuels, pour ne pas échafauder de vains systèmes, pour ne pas se perdre dans le rêve, doivent continuellement péné- trer le peuple, connaître l’ouvrier et le paysan, étudier l’homme. Cette pénétration réciproque des intellectuels et des ouvriers ne saurait être réglée exactement, elle ne saurait être organisée d’une façon uniforme non seulement elle ne demande pas de lois, mais même elle craint les lois ; elle doit être libre. Et elle

devra être libre plus tard aussi, quand le Socialisme sera véritablement organisé, seraunifié pour l’étude des lois morales et économiques du Travail. C’est pourquoi je critique un peu l’expression d’employés

de Lagardelle, et que je préfère dire que lesintel- ï lectuels ont le devoir de se mettre au service de la classe ouvrière ; il me semble qu’ainsi je dis que , non seulement ils ne sont plus des aristocrates, mais encore que c’est librement, par conscience de leur vraie dignité, qu’ils rendent des services aux ouvriers, qu’ils les instruisent, qu’ils les aident Et c’est parce que cette pénétration sera libre, c’est parce que les liens d’amitié s’établiront librement et pourront se rompre sans haïines, c’est parce que, dans le domaine intellectuel, les hommes iné- gaux de valeur ne se hiérarchisent pourtant pas, c’est pour cela que, sans danger ni pour le mouvement ouvrier ni pour le mouvement intellectuel, certains intellectuels pourront être choisis par les ne ouvriers et entrer temporairement parfois dans le mouvement ouvrier — et que, d’autre part, certains ouvriers pourront, sans rompre avec leur classe, devenir des intellectuels. C’est par préoccupation politique que je veux ainsi séparer d’une certaine manière le mouvement ouvrier et le mouvement intellectuel. De la révolution à main armée, nous en sommes maintenant arrivés à la révolution par le bulletin de vote. C’est encore insuffisant pour fonder-la

paix. Si le bulletin de vote faisait révolutionnairement la transformation de la société capitaliste en société collectiviste ou communiste, les travailleurs détruiraient immédiatement leur œuvre par incapacité morale ; si les intellectuels sont capables de construire la cité socialiste, la masse ouvrière ne saurait l’habiter.

Je ne demande point pour cela l’éducation individuelle des travailleurs, celle-ci est rendue presque impossible par les conditions économiques actuelles; mais je demande aux travailleurs de poursuivre eux-mêmes leur éducation d’ensemble, leur éducation de classe. Pour les aider dans la mesure de mes moyens, je suis prêt à tout — sauf à laisser un Comité, quel qu’il soit, me dire quelles sont les vérités que je dois croire, et prendre la direction de ma pensée. Aucun parti ne détiendra jamais la science, l’art et la morale, pas plus qu’aucune

Je n’aime point les formules, les idées ne peuvent exactement tenir en quelques mots ; mais s’il fallait absolument en donner une pour concentrer ce

que je pense, je dirais que le mouvement socialiste

devrait se définir ainsi : méthodique organisation

Etant donné qu’à partir du septième cahier inclus nous avons cessé d’envoyer nos cahiers à tous ceux de nos anciens abonnés qui n’avaient pas accepilé nos reçus de réabonnement, André Bourgeois a fait depuis les envois suivants Belgique et autres pays. 672 67 Nous avons en effet envoyé le septième et le huitième cahiers sous la même chemise. pr. Nous prions instamment nos abonnés de la Belgique et autres pays de vouloir bien envoyer au moins une carte postale à M. André Bourgeois. Le recouvrement par les postes étrangères des mandats français est ainsi organisé que nous ne pouvons savoir qui a payé. C’est donc à nos abonnés de nous le dire. Toutes les fois qu’il y aura doute nous serons forcés d’interrompre l’envoi. Dans les nombres que nous donnons ci-dessus comptent plusieurs abonnés éventuels. Nous recensons en effet dans l’Aurore les citoyens qui ont naguère encouragé Vaughan et nous leur envoyons éventuellementnos cahiers. Sans doute iis souhaitent que la véritable propagande ne meure pas d’inanition. Nous prions ces der_ niers abonnés éventuels de vouloir bien nous manifester sans retard leurs intentions.

Nous avons supprimé rigoureusement l’envoi des cahiers à tous ceux de nos anciens abonnés qui, n’ayant pas accepté nos reçus de réabonnement, ne nous ont pas au moins écrit pour nous manifester leurs intentions.

Beaucoup de Parisiens n’ont pas renouvelé leur abonnement. Mais beaucoup plus de provinciaux s’abonnent.

Les quelques snobs, frivoles, complaisants, autoritaires et sectaires qui nous étaient venus par mégarde sont repartis. Le boycottage a presque épuisé ses effets. Parmi les désabonnements voulus d’abonnés sérieux, un seul nous a été vraiment pénible, celui de M. Charles Seignobos. M. Seignobos nous a connu en des temps rudes. Nous étions à ses côtés quand la plupart de nos boycotteurs se défilaient. M. Seignobos, comme historien, doit aimer la vérité : à quelle date et pour quelle région veut-il que l’on suspende la manifestation de la vérité ? Enfin M. Seignobos tient à déclarer à ses amis socialistes qu’il n’est pas socialiste : liberté de langage précieuse, mais qui pourrait lui coûter cher le lendemain du jour où les socialistes libertaires seraient écrasés par les dominateurs.

Nous ne voulons pas qu’il y ait malentendu sur l’appel pressant que nous avons adressé à nos amis. Un de mes amis anciens, intime, ayant lu que je demandais de l’argent, m’a envoyé des conseils. J’éprouve toujours une singulière souffrance quand un ami, au lieu de neuvième cahier de la deuxième série h souscriptions, m’envoié des conseils mensuels réguliers antidreyfusards. Mais cette souffrance devient amère inquiétude quand, par exception, cet ami est juif. Si donc j’en croyais cet ancien ami, nos cahiers ne diraïent pas la vérité, mais ils diraient ce qui, selon le choix . des journaux réactionnaires, serait favorable au parti

Nous ne voulons pas qu’il y ait malentendu : nous ne demandons pas des conseils d’immoralité politique nous demandons des souscriptions mensuelles régulières. Nous répétons que nous sommes — avec Pages libres — « la première des publications républicaines, libérales, socialistes, révolutionnaires, libertaires, pour le nom bre des abonnements et pour l’action efficace. Nous laisser tomber n’avancerait les affaires de personne. J’ai de bonnes raisons de croire au contraire que le sort de plusieurs publications amies est lié au sort des cahiers. Si la lourdeur du public nous écrase, elle ne nous écrasera pas seuls. Nos amis ne nous ont pas gâtés. Ni Zola, ni Picquart, ni Labori, ni Havet ne sont abonnés à la seule publication qui représente exactement — avec Pages libres — leur méthode et leur esprit. Faut-il que nous nous fassions quémandeurs ? Les Journaux pour tous enverraient le Danton très utilement à des adresses qu’ils ont prêtes. Mais pour cet envoi personne encore n’a voulu acheter unlot de Danton.

Les groupes amis ou camarades ne nous ont pas gâtés. Depuis deux mois que nous avons publié le cahier de Lagardelle, pas un seul groupe d’études ou d’étudiants ne nous en a demandé. Le Groupe des Étudiants Collectivistes de Paris, qui a fait des folies

pour un citoyen quémandeur, ne nous a pas demandé ” un seul exemplaire de cette brochure.

Cette indifférence pour le travail imprimé est géné- rale. Qu’il s’agisse d’organiser une représentation, une conférence, un meeting, un punch, un banquet, on

trouve à peu près de l’argent pour parler, manger et boire. Mais les journaux, brochures, les revues et les livres sont négligés. Il faudra pourtant bien que l’on finisse par s’apercevoir que ce qui tient au livre est d’une action plus efficace profondément que ce qui tient

Nos aïnés ne nous ont pas gâtés. Sans doute GéraultRichard a’eu la bonne idée d’annoncer le Danton. Mais si Clemenceau avait produit dans le Bloc une contribution aux Preuves aussi sérieuse que celle que Pierre Félix a publiée dans nos cahiers, il est évident que Jaurès eût au moins discuté cette contribution.

Comptons donc sur nous-mêmes, en attendant que les sur nous pauvres. Que nos amis pauvres nous envoient régulièrement un ou deux francs par mois. Plusieurs ont déjà commencé. Que nos amis plus pauvres se mettent plusieurs ensemble et souscrivent des abonnements collectifs ou des souscriptions mensuelles collectives. On nous dit que nos cahiers circulent beaucoup. La simple probité demande que tous ceux qui nous lisent

contribuent quelque peu à nous rémunérer. On ne peut

demander que nos cahiers travaillent pour un salaire

de famine. Toutes les fois que dans les campagnes et dans les villes de province nos cahiers sont lus en

à commun, que nos lecteurs s’entendent pour s’abonner et

1% pour souscrire en commun, sans aucunes formalités.

neuvième cahier de la deuxième série

Outre qu’elle produit beaucoup plus, la souscription mensuelle régulière a cet avantage moral incomparable qu’elle demande au souscripteur une attention constante, une activité maintenue, un effort soutenu. L’ouvrier, l’employé, le professeur, le répétiteur, l’instituteur qui pense à nous au commencement de chaque mois nous console plus que tout des lâchages vulgaires.

Adresser lettres et mandats à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers. Je suis surmené. Il m’est rigoureusement impossible de donner moi-même réponse aux lettres qu’on m’envoie.

Nous attirons l’attention des personnes à qui nous faisons présenter des reçus ou des traites sur ce que nous n’en faisons présenter que par la poste et qu’il est impossible de donner au facteur une somme supé- rieure à celle qui est portée sur l’effet.

Nous prions nos amis et nos abonnés de vouloir bien acheter tous leurs livres à la librairie des cahiers.

Il y a pour nous tout avantage à cette opération. Nous avons pour nos cahiers un personnel et des frais généraux. Sans augmenter ni ce personnel ni ces frais généraux nous pouvons faire la commission de tous les livres pour tous nos abonnés. Le personnel en fonctions est librement et entièrement dévoué aux cahiers. L’administrateur ponctuel qui a si parfaitement organisé l’administration de nos éditions organise non moins ponctuellement l’administration de la librairie.

Nous faisons dans nos bureaux les plus fortes réductions usuelles, c’est-à-dire que nous y vendonsles livres exactement aux prix de lOdéon.

Nous envoyons franco à domicile à Paris aux mêmes

Nous envoyons franco à domicile en province et l’étranger aux prix marqués pour toute commande } Nous envoyons franco à domicile en province et l’étranger avec les plus fortes réductions usuelles, c’est- à-dire exactement aux prix de l’Odéon, pour toute commande égale ou supérieure à onze francs.

Notre service de librairie est rigoureusemeñt réservé à nos abonnés et aux abonnés de Pages libres.

N’ayant aucune avance, nous ne pourrons opérer qu’au comptant ou sur provision déposée.

Nos abonnés de Paris, de la province ou de l’étranger qui veulent recevoir leurs livres franco à domicile n’ont qu’à envoyer à M. André Bourgeois l’énoncé de la commande et le mandat correspondant. Les livres français partiront par le courrier du même jour. Les livres étrangers partiront par un courrier de la même semaine. On remplace avantageusement la lettre et le mandat par un mandat-carte.

Ceux de nos abonnés qui ont l’intention de nous faire de fortes commandes pourront déposer à M. André Bourgeois des sommes qui seront ainsi en compte courant. Ils n’auront plus qu’à nous envoyer leurs commandes sur carte postale. Nos factures porteront le

Pour nous faciliter le travail, nous demandons à nos abonnés de nous envoyer des feuilles ou des fiches de

Pour leur faciliter certain choix, nous annoncerons les nouveautés. Nous ne pouvons pas penser à faire

neuvième cahier de la deuxième série lannonce des nouveautés spéciales. Mais sur les milliers de livres qui paraissent dans l’année il y en a une cinquantaine au plus que tout honnête homme et toute honnête société doit avoir dans sa bibliothèque. Nous annoncerons ces honnêtes livres,non pas en les jugeant et en les absolvant, mais en disant en bref, du mieux que nous pourrons, toutes les fois que nous le pourrons, ce qu’il y a dedans. C’est dire que nous procéderons le plus souvent par voie de citations, tables et

Nous attirons l’attention de nos abonnés sur ce qu’il y aurait de parasitaire à commander ailleurs que chez nous les livres qu’ils n’auraient connus que par nous.

Comme les livres les meilleurs ne sont pas les plus connus, nous prions instamment ceux de nos abonnés qui découvriraient des livres de vouloir bien nous faire part de leurs découvertes.

Nous avons d’avance dans nos bureaux tous les livres

à que nous annonçons. Nous avons en deux heures les livres français. Nous avons dans la semaine les livres

Ceux de nos abonnés qui demeurent à Paris nous feront plaisir en venant acheter leurs livres dans nos bureaux. Notre situation est centrale, en ce sens que nous sommes à cinq minutes, et moins, de l’Odéon.

Pendant les vacances de Pâques j’attendrai nos amis de province de passage à Paris — au siège des cahiers, les jeudis 4 et 11 avril, de huit heures à onze heures et de midi à sept heures.

Nous serons heureux surtout de fournir aux bibliothèques. Nous ne saurions trop engager nos amis perdus des campagnes et des petites villes à fonder sans

formalités des bibliothèques. Autant les groupes à par-

loirs parlementaires sont vains, autant les sociétés

‘à _ d’études et de lecture sont efficaces, pourvu qu’on y lise.

“. Nous fournissons toutes espèces de livres, non seule-

ment de littérature, mais de sciences, droit, médecine,

à et ainsi de suite.

R Les bénéfices de la librairie seront versés intégrale-

ment aux cahiers. Nous publierons dans les cahiers les

bilans mensuels de la librairie.

Nous demandons à nos amis et à nos abonnés de nous acheter tous leurs livres.

Aux amis communs de la Société nouvelle et de nos cahiers nous ne demandons pas de quitter la Société pour venir chez nous. Nous ne leur demandons que de partager exactement leur clientèle. Nous ne voulons tuer personne aux environs. Nous voulons seulement que l’on ne nous tue pas. Et surtout nous ne voulons pas contribuer nos finances, nos peines et nos soins seule fin que l’on nous tue.

Il est indispensable qu’un de nos amis, qui parle et écrit le français, le russe, le polonais et l’allemand,

libre jusqu’à cinq heures du soir, trouve un emploi litté- raire ou commercial pour sa journée, — Écrire

  • Nous sommes heureux de reproduire les notes que

M. André Bourgeois, envoyé à Montceau par l’adminis- j

tration de Pages libres, a rapportées de son voyage.

dont quatre ont passé dans Pages libres.