Mémoires et dossiers pour les libertés du personnel enseignant en France
Mémoires et dossiers pour les libertés du personnel enseignant en France
Les sociétaires peuvent s’exonérer définitivement de la cotisation en versant, en une fois, une somme de 200 francs.
ARTICLE 19. — Au mois de décembre de chaque année, le - Comité d’administration arrête le budget des recettes et dépenses prévues pour l’année suivante.
Le Comité présente au mois de janvier sôn compte de gestion pour l’année expirée.
ARTICLE 20. — Le rapport du Trésorier sera vérifié par une commission de trois membres nommée en assemblée
Assemblées généräles ARTICLE 21, — L’Assemblée générale des membres de PAssociation se réunit une fois par an et chaque fois qu’elle est convoquée par le Comité d’administration ou
sur la demande de cinquante au moins de ses membres.
Son ordre du jour est réglé par le Conseil d’administration.
ARTICLE 22. — Les membres de l’Association peuvent voter par procuration sur les questions portées à l’ordre du jour. Le mandataire doit être sociétaire; il ne peut réunir plus de cinq voix, y compris la sienne.
ARTICLE 23. — Le Comité peut convoquer, par lettres adressées quinze jours à l’avance aux sociétaires, une
Sur demande motivée signée de cinquante sociétaires au moins, le Comité est tenu de convoquer, dans le délai maximum d’un mois, une Assemblée générale
ARTICLE 24. — Toute revision des présents statuts ne peut être faite que par une Assemblée générale extra-
quatorzième cahier de la deuxième série ordinaire convoquée expressément à cet effet, soit sur l’initiative du Comité, soit sur demande signée de cinquante sociétaires au moins, et ne peut être votée qu’àla majorité des deux tiers des membres présents. ARTICLE 25. — Tout changement aux présents statuts devra être approuvé par l’autorité compétente. ARTICLE 26. — Toute question proposée par un ou plusieurs sociétaires, pour être portée à l’ordre du jour d’une Assemblée générale ordinaire, doit être envoyée au Comité au moins trois semaines avant la date de cette Assemblée. Les questions sont mises à la suite de l’ordre du jour du Comité. Arricze 27. — Les Assemblées générales ordinaires sont valables, quel que soit le nombre des membres pré- sents, mais les Assemblées extraordinaires doivent comprendre au moins un nombre égal au quart des Démission et Radiation. — Dissolution doit être adressée au Secrétaire général qui la transmet au ARTICLE 29. — La radiation est prononcée pour motifs graves par le Comité d’administration, le membre intéressé ayant été préalablement appelé à fournir des explications, sauf recours à l’Assemblée générale ; ou par l’Assemblée générale sur le rapport du Comité d’administration.
- ARTICLE 30. — Tout ancien membre de l’Association qui, M ayant été rayé pour quelque cause que ce soit, demandera sa réintégration, sera soumis aux mêmes formalités que le candidat qui se présente pour la première fois. s ARriGLe 31. — La dissolution est prononcée par une ment à cet effet, et qui doit comprendre la moitié plus un des membres inscrits. Si cette proportion n’est pas atteinte, l’Assemblée est convoquée de nouveau à quinze jours au moins d’intervalle, et cette fois, elle peut valablement délibérer quel que soit le nombre des membres présents. Dans tous les cas, la dissolution ne peut être votée qu’à la majorité des deux tiers des membres présents. ARTICLE 32. — En cas de dissolution de l’Association, l’actif social est versé à des Sociétés d’instruction et d’éducation populaires, désignées par l’Assemblée générale.
L’École des Hautes Études Sociales annonce pour la deuxième année de ses cours plusieurs leçons qui intéressent les Universités populaires. Nous nous sommes assuré que nous publierons ces lecons dans la 1roisième série de nos cahiers.
Notre ami Lionel Landry nous a envoyé. deux nouveaux courriers. Nous en attendons un troisième.
Vient de paraître chez Fasquelle, éditeur, en un a volume de la Bibliothèque Charpentier Pris dans nos bureaux ou franco Seul ou dans une commande inférieure Dans une commande égale ou supérieure à onze francs 3 francs Le
du même auteur : “4 Le Trésor des Humbles
- Sagesse et Destinée pour paraître prochainement : $ 2. le Mystère de la Justice
Le correspondant spécial des cahiers s’est montré bien au-dessous de sa tâche. S’il avait été un peu plus courageux, il devait vous envoyer un cahier ee compact sur la Chine. Mais il n’a pas trouvé le temps de le faire.
En fait ma tâche se présentait, dès le début, de la façon suivante : quatre ou cinq articles, chacun traitant un point déterminé. Je vous en avais promis un sur le transport des troupes ; je ne l’ai pas envoyé, parce que le sujet n’en valait pas la mon retour de Pékin, je sortais d’un cauchemar de destruction, de pillage et de massacre, et je vous en ai transmis l’impression — déjà raisonnée et
Les faits de massacre et de destruction reprochés au corps expéditionnaire de Chine appartiennent deux époques et à deux régions bien différentes. J’ai donné mon avis sur les horreurs internationales commises de Tien-Tsin à Pékin.
Je suis moins bien informé sur ce qu’ont fait
autour de Pao-Ting les colonnes lancées par le général Baïlloud. Mon impression néanmoins est
à la Chambre, et surtout méconnaissance de l’état “4 d’esprit des gens qui se sont rendus coupables de ces massacres. Actuellement je suis placé assez bien pour me rendre compte de ce point et j’essaierai d’éclaircir la réalité.
A Tien-Tsin, j’ai noué des relations avec des ofliciers de toutes les nations, et j’essaierai de coordonner et de préciser les impressions que ces rela- à tions m’ont laissées. La caractéristique du Français est la haïne jalouse gt: et méprisante de l’étranger. L’esprit nationaliste est poussé à un très haut point et a fait disparaître diverses qualités, politesse, tolérance, courtoisie que l’on attribuait autrefois à la race. De même, peu . d’hospitalité. Un esprit de corps étroit, des rivalités et des jalousies d’arme à arme — telle est la masse, ‘4 ou plutôt, car la masse est inerte et aveugle là *} É comme partout, telle est la direction et l’impulsion que suit la masse. Un certain nombre d’officiers, plus nombreux que je n’aurais pensé, ont la conscience et le raisonnement de leurs idées (analogues aux nôtres ou diffé- … =. rentes), l’intelligence des idées des autres. Et je n’ai pas été étonné de trouver ces derniers parmi ceux =.
qui ont le plus vu et le plus agi. En fait, il y avait distinction bien tranchée entre la masse et l’élite, hétérogénéité dans l’ensemble.
Au contraire des Français qui se définissent par directions opposées, les étrangers se définissent généralement par plus ou moins.
Telle fut mon impression en fréquentant des Allemands : fréquentation d’ailleurs dangereuse pour ma santé à cause des beuveries énormes de nos voisins d’outre-Vosges. L’héritage idéaliste de la vieille Allemagne me paraît tout à fait mort et enterré. Les Allemands se croient grands philosophes parce qu’ils disent Prosit! en levant leur verre. Militairement ils font grande impression: il ne faut pas trop regarder ; l’esprit mercantile les a bien gagnés depuis trente ans. — Nous avons un ami en Allemagne nouvellement arrivé, qui pourra corroborer mon impression, à en juger par la lettre qu’il vient de m’écrire.
L’Anglais,. pris individuellement, est mieux. “
Mais ceux que j’ai vus ici sont trop uniformiséspar la vie militaire aux Indes et leur pays traverse en ce moment une crise qui se reflète un peu dans chaque individu. L’abus des sports a éteint souvent leur
vie intellectuelle. De même que chez nous, les plus intéressants et les mieux raisonnant sont ceux qui ont fait campagne.
Ë Je ne parlerai pas de nos amis les Russes, qui à inspirent ici un dégoût général par leur ivrognerie et leur brutalité. Ce sont les pillards les plus enragés et les plus féroces (Cf. Blagovestchenk). Ils ont en tête leur programme de pillage lorsqu’ils arrivent à 3 ss un village ; les uns doivent aller aux chevaux, les autres aux fourrures, etc. Je crois que leur puissance se militaire est un grand bluff: la guerre de 1877 le e. Les individualités les plus intéressantes se rencon- treraient, je crois, parmi les Américains. C’est aussi chez eux que j’ai trouvé le plus d’idée, le plus de discussion, etles manières simples sans grossièreté etrépublicaines sans rudeur,comme diraitquelqu’un de l’an VI. Ils discutent librement leur impérialisme, beaucoup plus tolérant et moins profond que les nationalismes français, allemand et anglais. % à Quant aux Japonais, je n’en parlerai pas. J’aurais aimé approfondir l’état d’âme des vieux comman- x dants à cheveux blancs, qui Samouraïs autrefois avaient porté le double sabre et s’étaient plus ou e moins ouvert le ventre; mais je n’ai pu causer x. ‘#4 qu’avec de jeunes officiers sortis de Polytechnique “4 et parlant argot qui manquaient de couleur locale. Mais le fond reste. Je me souviens du capitaine S…, ancien élève de Polytechnique et de Fontainebleau, A: “5 me montrant le maniement de son sabre à deux
mains, destiné à couper d’un grand coup de revers la tête de l’ennemi, et m’expliquant que le « chic » était de laisser la tête adhérente au corps par un petit morceau de peau, et que dans son pays, on s’exerçait sur des fruits. Voici longtemps que je ne vous ai envoyé de notes. On m’écrit que les premières que je vous ai envoyées ont paru sèches, peu poétiques. Les lecteurs ont été gâtés par la prose de M. Donnet, bien intentionné, certes, et qui a dit de dures vérités, mais qui s’est donné le tort de raconter avec force détails tragiques la prise de je ne sais trop quelle ville, qu’il a observée de deux jours de marche en arrière. Depuis quelques semaines, le stationnement et l’inaction ont eu de déplorables effets sur les troupes. Il se forme des compromissions extraordinaires entre les souteneurs et cambrioleurs chinois et les troupiers. Ils vont piller, boire et fumer l’opium ensemble. Le rapatriement ou la marche en avant s’impose. L’incertitude laisse chacun dans le provisoire et l’inaction, on ne saitsion doit s’installer ou faire ses malles. L’opinion des missionnaires sur la guerre et la situation actuelle est curieuse à connaître. Les missionnaires qui disent, font dire ou laissent
dire en France qu’ils sont à l’étranger de constants etactifs propagateurs de l’influence française, pré- tendent ici n’avoir aucun rapport avec les puis- pe sances européennes et demandent avec insistance le départ des troupes, dont la présence, disent-ils, ëS. leur fait le plus grand tort dans l’espritdes Chinois, en donnant à penser qu’ils sont de connivence avec les nations européennes. C’est, en effet, le motif principal de la haine des Chinois contre les missionnaires. Ils pensent qu’ils agissentcomme espions des Européens et travaillent pour le compte des Européens. — Ajoutons, comme autres griefs, le non paiement de certaines taxes de ‘4 culte, et la résistance que peuvent rencontrer les exactions des mandarins, qui sont certaines et inouïes. La conviction religieuse est au dernier plan: c’est le dernier souci du Chinois. “1 Or, les missionnaires sont-ils des agents d’in- Es. fluence européenne? Oui et non. Ils usent de mé- thodes européennes, introduisent quelques connais_- sances pratiques de source européenne : mais ils travaillent exclusivement à leur profit. Ils se font Chinois, portent la natte, le costume, parlent la “4 langue, apprennent à leurs élèves un latin de cui- Ne sine invraisemblable, mais point le français : done leur but n’est pas de développer en Chine l’influence
Ce but, certains le proclament, disant qu’ils ontété parfois près d’y atteindre. C’est la conversion de la Chine et sa transformation en un empire catholique dépendant du Saint-Siège, Les chrétientés, maintenant bien ramassées, isolées, centralisées, ont sur plus d’un point repoussé très vaillammentles assauts des Boxers. Les chrétiens chinois, qui ont servi quelque temps d’auxiliaires aux troupes européennes, se sont montrés excellents etdisciplinés. Actuellement, ces chrétientés s’arment et se fortifient. Certes, les réclamations excessives, peut-être même les exactions des Pères ont surexcité les Chinois : mais quand les troupes partiront ils
seront armés. Je me demande s’ils n’ont pas l’inten-
tion de réaliser la conversion de la Chine par une
L L’exemple du Paraguay est toujours intéressant à étudier. Les Jésuites ont formé, d’un peuple qui paraît avoir été d’abord pacifique, une nation guer- rière qui a étonné le monde (en 1867) par une résis-
tance à l’invasion supérieure peut-être à celle des Boers. Qu’adviendrait-il si les missionnaires transformaient ainsi tout ou partie de la Chine ? J’ai dit parfois, en plaisantant, à un Père, qu’à la prochaine campagne de Chine nous les trouverions sans doute contre nous, à la tête des Chinois. Il ne protestait pas, mais déclarait que l’intervention des Européens
leur était très nuisible et qu’ils ne la souhaitaient J’ajoute que je crois la question des missions dif- k:. Syrie, etc. Je crois que pour apporter une réponse motivée aux questions que vous m’avez posées au Re départ, il faut l’impartialité, que j’ai täché de conserver, et le long séjour, que je n’ai pu faire. J’ai cherché les avis de ceux qui connaissent le pays, et tâché d’éliminer ce que pouvaient leur suggérer “2 leurs préjugés ou leurs intérêts. Des géns de bonne foi, préoccupés de la même question, sont arrivés des conclusions analogues. s Comme toujours, je vous écrirai au hasard des circonstances et sur le point qui me paraîtra le plus Salut et fraternité. Depuis que ces lettres nous sont parvenues, nous avons Ke lu dans les journaux que les corps expéditionnaires étaient rassemblés et rembarqués. Aussitôt que notre “4 ami nous sera revenu, nous lui demanderons toutun cahier sur cette expédition. — Ce cahier passera dans Fa la troisième série. Ge cahier a été composé par des ouvriers syndiqués
Nous tenons gratuitement à la disposition de nos Marcel et Pierre Baudouin : Jeanne d’Arc, drame en
Jérôme et Jean Tharaud : la lumière Pierre Baudouin : Marcel, premier dialogue de la
Envoyer un franc pour les frais d’envoi. ”
Adresser à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 16, rue de la Sorbonne, Paris, la correspondance d’administration et de librairie: abonnements et réabonnements, rectifications et changements d’adresse, cahiers manquants, mandats, indication de nouveaux abonnés. N’oublier pas d’indiquer dans la correspondance le numéro de l’abonnement, comme il est inscrit sur l’étiquette, avant le nom.
Adresser à M. Charles Péguy, gérant des cahiers, rue de la Sorbonne, Paris, la correspondance de rédaction et d’institution. Toute correspondance d’admi-
nistration adressée à M. Péguy peut entraîner pour la réponse un retard considérable.
M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, reçoit pour l’administration et pour la librairie tous . les jours de la semaine, le dimanche excepté, — de huit heures à onze heures et de une heure à sept heures. M. Charles Péguy, gérant des cahiers, reçoit pour la rédaction
le jeudi soir de deux heures à cinq heures.
Dernière heure : Puisqu’avec la complicité du parti socialiste officiellement organisé le gouvernement de la République attente aux libertés civiques du corps enseignant, il faut que les citoyens défendent eux-
- mêmes leurs libertés. Nous commencerons la troisième série par des mémoires et dossiers pour la défense de “# ces libertés. Nous avons donné le bon à tirer après corrections pour deux mille exemplaires de ce quatorzième cahier Monsieur Gaston Stiegler, du MATIN, fait le tour du monde l’endroit. Monsieur Henri Turot, du JOURNAL, fait le tour du monde à l’envers. Qui des deux arrivera le plus Monsieur Gaston Stiegler est bien celui qui a fourni régulièrement des chroniques théä- trales à la Revue Socialiste.
Le Matin est bien ce journal qui n’a commencé par faire semblant d’être honnête que pour vendre plus cher ses chantages, ramages, nationalismes et roucoulements.
Monsieur Henri Turot est bien celui qui,
s sous le nom de citoyen Henri Turot, a combattu vivement pour la révolution sociale.
Enfin le Journal est bien cette feuille que nos journalistes professionnels ont accoutumé de flétrir, la nommant la maison Letel-
lier. L’argent du Journal est donc ent de réclames et d’annonces désormais célèbres.
Depuis Philéas Fogg l’endroit pour un tour
du monde consiste à marcher de l’ouest a l’est, et l’envers de l’est à l’ouest.
rue de la Sorbonne, au second
Je me réserve de dire dans le mémoire indépendant que je ferai quand j’aurai du temps de reste pour quelle j raison profondément triste et profondément grave ce quinzième cahier n’est pas plus que le quatorzième un mémoire ni un dossier du récent mouvement pour la liberté en Russie. Nous avons dû au dernier moment en faire un cahier — mémoires et dossiers — pour les - libertés du personnel enseignant en France. Des atteintes plus graves de jour en jour et plus j générales sont portées aux libertés privées, — publiques, — civiques, — politiques, — du personnel Préparées par des circulaires, ces atteintes ont porté sur des personnes. A la rentrée nous publierons un dossier de ces circulaires. Mais nous n’avons pas voulu . tarder jusque-là pour présenter les mémoires et les s dossiers que nous avons prêts des persécutions injustes récemment exercées contre les personnes. Les exemples abondaïent. Nous en avons choisi quel- “10 ques-uns, ceux que nous connaissions le mieux ou qui nous paraissaient les plus caractéristiques. (’ d « Une atteinte particulièrement grave aux libertés élé- mentaires, à La liberté privée a été commise par l’auto-
rité gouvernementale de la Haute-Vienne, où un in-
specteur primaire, commandé de service par son préfet,
a fait une inqualifiable perquisition dans la bibliothèque
privée d’une institutrice. Les renseignements indispensables sur cet attentat nous sont fournis par le Journal officiel du mercredi 3 juillet dernier d Discussion au Sénat de l’interpellation de M. Lavertujon sur les actes de M. le Préfet de la Haute-Vienne MM. Lavertujon, Leygues, ministre de l’instruction
publique et des beaux-arts; Waldeck-Rousseau, pré-
sident du conseil, ministre de l’intérieur et des cultes. — Retrait, par M. Lavertujon, de l’ordre du jour sur son interpellation.
Fe Conformément à la méthode historique nous publions
les accusations de l’interpellateur et les défenses du
De _ ministre. La réponse de M. Leygues intéressera ceux
Fi qui savent ce que veut dire parler ministériel et ce que vaut une enquête officielle. j
M. LAVERTUION. — J’en arrive, messieurs, à l’affaire dite du Cénacle, qui motive principalement cette interpéllation. Il y a depuis quelques années, à Limoges, des cours, des conférences littéraires et scientifiques pour les jeunes filles s et les femmes du monde, Cette œuvre — je m’empresse de le reconnaître — est une œuvre cléricale, et la place denos institutrices n’était nullement là, bien que, cependant, e tous les cours ne fussent pas des cours religieux et que tous les conférenciers ne fussent pas des ecclésiastiques. Parmi ces derniers, je relève les noms de MM. René Bazin, Mais enfin nos institutrices, un peu curieuses, comme le - L sont généralement les femmes /Exclamations et rires}, se rendirent à ces conférences. M. Le PRÉSIDENT (1). — C’est une opinion toute person- * E Messieurs, nos institutrices ou directrices d’écoles eurent le tort de se rendre à ces conférences ; une d’entre elles eut même l’imprudence de se faire présenter au conférencier, M. René Bazin, qui venait de parler avec beaucoup d’élo- quence sur : La Province dans le roman, sujet des plus intéressants pour une provinciale un peu romanesque, Quand l’affaire fut connue des inspecteurs primaires, de l’inspecteur d’académie et du préfet, on admonesta sévère- ment ces institutrices en leur montrant leur imprudence et en les invitant à ne plus revenir au Cénacle. Elles n’y revinrent pas. Cette affaire avait fait si peu de bruit que personne n’y avait pris garde ; elle était restée entre l’in- É (1) La séance était présidée par M. Barbey, vice-président.
quinzième cahier de la deuxième série specteur d’académie et le préfet, qui n’avait pas jugé utile de sévir trop sévèrement à ce sujet. Arrive M. Edgar Monteil. Comme, depuis son arrivée dans la Haute-Vienne, les femmes des fonctionnaires, terrorisées, n’osent plus aller la messe, il lui fallait faire revivre cette vieille affaire afin de faire montre de son zèle anticlérical et frapper ces malheureuses institutrices. Mais elles étaient nombreuses et quelques-unes avaient des défenseurs éloquents et résolus.
L’une d’elles fut très énergiquement défendue par un con-
seiller général radical, et M. Edgar Monteil n’insista pas. Une autre se défendait d’elle-même, et c’est précisément celle qui avait commis l’imprudence de se faire présenter un conférencier : elle était fille du vénérable de la loge; on n’y toucha pas. /Mouvements divers) Et alors on tomba sur deux directrices qui, depuis dix ou douze ans déjà, étaient à Limoges ; elles avaient conquis, à force de travail et de dévouement, ce titre de directrice d’école dans le chef-lieu du département, et de plus, elles étaient, au point de vue professionnel, admirablement notées l’une et l’autre, et au point de vue républicain, solidement apparentées dans le s: département même.
Mais l’une n’était défendue que par un conseiller général opportuniste /Rires), et l’autre par un fonctionnaire, vieux serviteur de la République, mais qui n’est pas radical. k Elles furent sacrifiées. Et cependant ces deux dames avaient — je vous le disais tout à l’heure — des états de service tout à fait remarquables. L’une d’elles, mademoiselle Carlux, depuis deux ans à la tête de l’école du Pont-Neuf, avait trouvé 180 élèves quand elle en avait pris la direction. Quand elle a été frappée, ce nombre avait atteint 330, malgré la concurrence d’établissements ‘ congrézanistes voisins, ce qui prouve bien, il me semble, pe que cette institutrice luttait pour l’esprit laïque. Je n’ai pas les chiffres pour l’autre institutrice, mais la proportion est la même. C’est alors que j’ai annoncé mon intention d’interpeller. x
M. Monteil, un peu inquiet, sentit — car il n’est point sot, 4 loin de là — que la punition qu’il avait infligée à ces insti- è tutrices était un peu disproportionnée avec la faute qu’elles
avaient commise etqu’elles pouvaient si bien croire oubliée
Il chercha à corser son acte d’accusation, et c’est alors qu’il commit un acte particulièrement grave pour un préfet. Il fit appeler dans son cabinet M. Gourdon, inspecteur primaire ; il commença par lui dire qu’il n’était pas content de lui, lui reprochant de ne pas insufller suflisamment l’es- , prit laïque à ses instituteurs ; il l’invita à demander son changement. M. Gourdon, qui depuis longtemps est Limoges où il est estimé de tout le monde, fut un peu aba- f sourdi de la sortie que lui faisait le préfet. Il se réclama des appréciations infiniment flatteuses des prédécesseurs de
M. Monteil et de tous les inspecteurs d’académie quis’étaient succédé à Limoges et qui étaient unanimes à faire son éloge tant au point de vue politique qu’au point de vue
« De plus, lui dit M. le préfet Edgar Monteil, vous avez une femme qui va beaucoup trop à la messe. »=— « C’est ja vrai, monsieur le préfet, ma femme va à la messe, mais cela re
ne m’empêche pas de remplir sérieusement mon devoir « Et en outre, vous avez un frère qui est curé. » /Excla- “a mations à droile) — « C’est encore vrai, mais le jour où mon frère a pris cette profession, il ne m’a pas consulté. » Quand il vit M. Gourdon ainsi impressionné par ces paroles sévères, le préfet ajouta : « Monsieur, ma police (car il a une police dont il se sert, je vous assure!) ma police m’apprend que mademoiselle Marsat, une des
la Confession et la Vie spirituelle ; il faut me rapporter ces
« Monsieur le préfet, comment ferai-je ? » « Vous ferez comme vous voudrez, mais il me faut ces Devant l’insistance du préfet, M. Gourdon, inspecteur primaire, eut le tort, le grand tort, d’obéir. Il alla chez mademoiselle Marsat, il lui expliqua ce qu’on attendait
d’elle. Mademoiselle Marsat dit qu’elle ignorait même les titres de ces ouvrages, qu’elle n’avait jamäis eus chez elle.
quinsième cahier de la deuxième série « Je vous crois, mais je suis obligé de fouiller partout. » M. Gourdon se livra, en effet, dans l’école, à une perqusition qui ne donna aucun résultat; c’est alors qu’il se déclara — toujours pour obéir aux ordres qu’il avait reçus — dans l’obligation de continuer ses recherches dans les appartements particuliers de mademoiselle Marsat. /Exclamations au centre et à droite) Il pénétra dans les appartements particuliers de l’institutrice… M. GotTERoONX. — Dans sa chambre à coucher! Appelez les choses par leur nom. M. LAVERTUION. — .… sans y trouver d’ailleurs le livre qu’il y cherchait. Quand M. Gourdon revint à la préfecture, le préfet lui dit 1 3
- qu’il avait été joué, et que mademoiselle Marsat avait été ÿ: 4 plus fine que lui. ke Le lendemain, mademoiselle Marsat, inquiète de son sort, se rend elle-même à la préfecture. Le préfet la reçoit très bien; et comme elle parlait de ses livres, le préfet, ee dans un sourire, lui dit: « Mais, mademoiselle, vous avez le droit d’avoir chez vous tous les livres que vous voulez. » ee. « Mais alors, répond mademoiselle Marsat, pourquoi Le. a-t-on fait chez moi, hier, cette perquisition ? » — « Cette k. perquisition, c’est moi qui l’ai ordonnée, c’est moi quien ai donné l’ordre à l’inspecteur primaire », a répondu M. le ‘3 Dans cette affaire dite du Cénacle, approuvez-vous le alors que d’autres, ni plus ni moins coupables, n’ont pas Ne Approuvez-vous la perquisition ordonnée par le préfet “3 chez une institutrice pour y rechercher des livres religieux ? Approuvez-vous M. Edgar Monteil d’avoir rabaissé un honorable inspecteur primaire à ce misérable rôle de policier, d’inquisiteur ? Le s M. ze Ministre. — Messieurs, je passe aux incidents qui É: E ont été la cause véritable de l’interpellation que M. Lavertujon vient de développer devant vous.
la date du 13 mars dernier, paraissait un mouvement 5: dans le personnel de l’enseignement primaire de la HauteVienne. Aussitôt des protestations s’élevaient dans certains milieux ; une certaine émotion se produisait à Limoges, des polémiques très vives s’engageaient dans la presse locale et même dans la presse parisienne. Le préfet et l’inspecteur d’académie étaient accusés d’avoir signé un mouvement qui avait un caractère exclusivement politique et d’avoir frappé, pour obéir à des motifs peu honorables, deux institutrices qui, par leur passé et les services qu’elles avaient rendus à l’enseignement, se recom- Re mandaient à la bienveillance de leurs chefs.
L’honorable M. Lavertujon m’annonça qu’il allait m”inter- , peller; je crus tout d’abord qu’il s’agissait d’une sorte de bouleversement dans le personnel primaire, de mutations ou de déplacements nombreux. Je me renseignai et j’appris que le mouvement portait sur onze noms et que parmi les onze déplacements, neuf avaient été prononcés avec avan- , cement ou pour des raisons de convenances personnelles ? invoquées par les intéressés. moiselle Marsat et mademoiselle Carlus seules avaient été +2 déplacées par mesure disciplinaire. Cependant, la situation du département de la Haute-
- Vienne ne laissait pas que de me préoccuper. Les polémiques augmentaient de violence et dans l’exagération, à laquelle, de toutes parts, on était entrainé, il était malaisé or de démêler la vérité. Je chargeai un inspecteur général, M. Coutant, d’aller procéder sur place à une enquête. ‘ »E
Cette décision n’impliquait un blâme ni pour le préfet ni pour l’inspecteur d’académie. Les inspecteurs généraux ont été créés précisément pour éclaircir les questions em- à brouillées et renseigner exactement le Gouvernement sur les affaires qui, comme celle qui nous occupe, agitent l’opinion. Étrangers aux départements et aux questions locales, les inspecteurs généraux ne peuvent être soupçonnés de subir les influences des coteries ou des partis. C’est pour cela
quinzième cahier de la deuxième série que leurs avis nous sont précieux. M. Coutant partit donc pour Limoges. Il interrogea, il observa et, Le 3 avril, il me remit un rapport qui établit clairement ce qui suit Vers 1894, les. pères jésuites de la Haute-Vienne fondèrent une congrégation qui s’établit dans un vaste s immeuble et ouvrit des cours secondaires pour les jeunes Ces cours avaient un double but : grouper les femmes dans des réunions d’un caractère à la fois scientifique et mondain; dépeupler, si possible, les cours secondaires de jeunes filles organisés par l’Université. Le Cénacle attira un assez grand nombre d’auditrices. Mais bientôt il résolut d’étendre son influence et il s’adressa directement à nos institutrices. Il les invita par des circu- laires habiles, sous prétexte de littérature, d’histoire ou de pédagogie, à suivre ses cours. Une propagande des plus actives fut menée dans ce sens. On espérait, après avoir embrigadé nos institutrices, E s’emparer de nos élèves. L’inspirateur et le directeur de l’œuvre du Cénacle est le P. Dublanchy, supérieur du collège Saint-Martial. Or, le collège Saint-Martial est l’établissement d’enseignement secondaire qui fait concurrence à notre lycée. C’est assez dire quel est l’esprit qui anime le Cénacle et ses profes- “1 seurs. C’est assez dire aussi qu’à défaut d’autres considé- rations un pareil patronage aurait dù inspirer à tout le corps enseignant primaire une prudente réserve. On poursuivait évidemment au Cénacle un but politique il fallait être bien peu avisé pour ne pas s’en apercevoir. ‘4 Des tentatives nombreuses furent faites auprès des “2 institutrices et des instituteurs pour les entraîner au Elles ne réussirent pas : presque partout elles furent J’ai le regret de constater cependant que quelques x maîtresses, les unes peut-être par curiosité, comme le disait l’honorable M. Lavertujon, les autres par un autre s sentiment, répondirent aux invitations qui leur étaient “4 adressées : elles allèrent au Cénacle. .
Je le dis nettement, leur place n’était pas là. En assistant ces réunions, ces maîtresses ont manqué gravement à leur devoir. /Très bien! très bien!) Si elles avaient à chercher des conseils ou à puiser des inspirations sur les hautes questions d’éducation, de pédagogie, de philosophie ou’ d’histoire, ce n’est pas aux adversaires de nos institutions
et de notre enseignement qu’elles devaient aller les deman- j
Elles n’avaient qu’à regarder autour d’elles dans la famille universitaire à laquelle elles appartiennent pour trouver de hauts et fermes esprits qui eussent été des guides désintéressés et sûrs.
Une trentaine d’institutrices fréquentèrent inégalement
le Cénacle. On ne les a pas toutes frappées : On n’en a frappé que deux. Ce qui montre que la mesure fut plutôt paternelle etn’eut pas le caractère de persécution qu’on lui a attribué.
M. GorTrERoX. — Pas pour elles, assurément!
M. LE Ministre. — Le mal n’était pas encore profond. L’inspecteur général a jugé que les déplacements de mesdemoiselles Marsat et Carlus se justifiaient à titre d’exemple pour couper court à des abus qui n’auraient pas Fi:
‘ manqué de provoquer de graves difficultés. €
Après une lecture attentive du dossier et des conclusions de M. Coutant, j’estime qu’il était nécessaire de donner un sérieux avertissement aux institutrices qui peu à peu , glissaient sur la pente du Cénacle et que le mouvement signé par M. l’inspecteur d’académie et M. le préfet de la Haute-Vienne ne mérite aucune critique. -
x M. Gorrerox. — Il fallait frapper tout le monde! M.ze Ministre. — On a déplacé les institutrices qui s’étaient le plus compromises, je veux dire qui avaient paru le plus souvent dans les réunions organisées par le P. Dublanchy. Ces institutrices, je le sais, ont protesté de leurs bonnes intentions et aflirmé qu’elles n’avaient eu nullement le dessein de seconder les visées politiques des organisateurs du Cénacle. Elles s’étaient montrées dans
des réunions dont le caractère clérical n’était pas douteux; c’était trop. Cela ne pouvait être toléré.
quinzième cahier - de la deuxième série x M. LAvVERTUION. — Elles avaient fréquenté le Cénacle ily a longtemps, avant l’arrivée de M. Monteil, mais depuis un certain temps elles avaient cessé d’y aller. On aurait dù attendre une occasion nouvelle pour les s frapper et ne pas faire revivre une vieille affaire qui était oubliée de tout le monde! , M. LE Ministre. — Monsieur Lavertujon, nous ne discutons pas sur le point de savoir si la mesure aurait dû être prise plus tôt ou plus tard; nous discutons la question de fait. Mesdemoiselles Marsat et Carlus étaient-elles allées au Cénacle ? Oui. Cette imprudence méritait-elle une mesure disciplinaire ? Oui encore. Car ici, remarquez-le, la liberté de conscience de ces institutrices n’était nullement enga- à gée. Mesdemoiselles Marsat et Carlus n’ont pas été l’objet de mesures disciplinaires pour avoir manifesté leur croyance religieuse ou pour avoir suivi tel ou tel exercice religieux. Elles ont été déplacées pour avoir assisté à des conférences organisées par les ennemis de l’enseignement universitaire et des institutions républicaines. ze MINISTRE. — J’ai à examiner une dernière question. M. Lavertujon vous a dit qu’à un moment donné M. le & È préfet dela Haute-Vienne avait donné l’ordre à M. l’inspecteur Gourdon de procéder à une perquisition au domicile particulier de mademoiselle Marsat. La presse s’est emparée de l’incident qui n’a pas tardé être défiguré par la passion des polémiques. “ Voici, d’après l’enquête à laquelle je me suis livré, ce qui s’est passé Le préfet a demandé à M. Gourdon de chercher dans la bibliothèque de mademoiselle Marsat les deux livres dont M. Lavertujon vous a parlé. M. Gourdon, après avoir pré- senté ses objections, se rendit chez mademoiselle Marsat. Il l’appela dans la salle de la bibliothèque scolaire et examina les ouvrages qui s’y trouvaient. ë tion de voir sa bibliothèque personnelle. Mademoiselle Marsat affirma ne pas avoir les deux volumes désignés par le préfet et proposa à l’inspecteur de le conduire dans ses. À se
F _ appartements particuliers. /Rumeurs au centre) L’inspecteur
procéda avec la plus grande réserve. « Tout ce qu’on a raconté, dit-il dans une lettre adressée à son chef hiérarchique, de meubles de famille, d’alcôves bouleversées, est
de pure invention. »
M. LAVERTUJON. — A-t-il, oui ou non, pénétré dans les is appartements privés &e l’institutrice ?
ze MINISTRE. — Il y est entré sur l’invitation de mademoiselle Marsat. Il n’y a pas eu de perquisition comme on l’a prétendu. La mission de M. Gourdon était particulièrement délicate et s’il l’avait accomplie avec moins de tact, je n’hésite pas à dire qu’il aurait pu engager sérieusement sa responsabilité.
Les déclarations de M. Leygues ne sont pas moins précieuses et moins curieuses pour les théories que pour les faits. Il continua et conclut ainsi Tels sont, messieurs, les incidents qui ont motivé l’inter- pellation de M. Lavertujon. Vous voyez, quand on les serre de près, quand on les réduit à leur proportion véritable, ce
qu’il en reste.
Mais ces incidents ont provoqué de l’émotion et donné lieu à de violentes campagnes de presse, Les esprits sesont échauffés. Afin de ramener chacun à une idée précise de
- son devoir et pour éviter des malentendus dans l’avenir, x j’ai adressé à M. l’inspecteur d’académie une lettre que je vous demande la permission de vous lire. La voici &A la suite des incidents qui se sont produits récemment dans la Haute-Vienne, je vous invite à veiller avec le plus grand soin à ce que le personnel de l’enseignement primaire remplisse strictement ses devoirs d’éducation laïque et ne s’écarte, en aucune circonstance, ni sous’aucun prétexte, de la neutralité scolaire. En particulier, il ne doit pas se laisser entraîner dans des ligues ou réunions d’un caractère confessionnel quelconque. Des mesures sévères seraient prises contre ceux ou celles qui enfreindraient cette règle
qui ne peut souffrir aucune exception. E « Vous ne devez pas non plus tolérer que, dans les enquêtes
quinzième cahier de la deuxième série administratives dont ils sont chargés par leurs chefs hiérarchiques, les inspecteurs de l’enseignement primaire empiè- tent sur les attributions de la police ordinaire. Ils ne doivent non plus tenir aucun compte ni de rapports secrets, ni d’indications dont ils ne pourraient contrôler personnellement l’exactitude. Leurs enquêtes doivent être conduites de , telle façon que les intéressés puissent toujours avoir con-
naissance des griefs ou accusations formulés contre eux et
soient mis en mesure de s’en justifier. » /Très bien ! très bien!) J’estime que la conscience est un asile inviolable et que le respect de toutes les croyances religieuses et philosophiques s’impose à tout esprit vraiment libre et haut, mais nous ne saurions tolérer que, sous un prétexte quelconque, les membres du corps enseignant rompent la neutralité scolaire, entrent dans des logis dirigés par des congrégations non autorisées et aillent s’y inspirer d’un esprit violem- ment hostile à l’esprit laïque qui doit seul animer notre enseignement public. /Très bien! très bien! et applaudissements à gauche et au centre) M. Jean Jaurès, professeur agrégé de philosophie, 5 en congé, mis en Cause par ses ennemis, qui Sont nombreux, parce qu’il a permis que sa fille fit sa première communion, a répondu très fortement dans la Petite République du jeudi 11 courant. Nous publions cette C4 réponse. Elle est très loin de satisfaire celui qui examinerait ce conflit au nom de la conscience privée — et au regard.de cette conscience. Mais elle est bonne au sens — et däns la mesure — où elle défend contre ;. les autorités sociales et politiques les libertés de la vie privée. Nous souhaitons que les nombreux collabora- x teurs de Jaurès à la Petite République lisent la défense se. à de Jaurès et constants avec lui-même cessent de dénon- : Ÿ cer les petits fonctionnaires, les petites gens quise sont *È mis dans la même situation que lui. 3 4
Sous ce titre, j’ai dit, il y a trois ans, aux lecteurs de la Petite République, qui j’étais, ce qu’étaient les miens. Je leur ai, si je puis dire, ouvert ma vie de famille, Et quelque pudeur qu’on éprouve à livrer ainsi l’intimité de son foyer, j’ai cru que les prolétaires avaient le droit de connaître à fond l’homme qui luttait pour leur J’ai dit que ma femme était chrétienne et pratiquante, et que pour l’éducation des enfants, une transaction nécessaire était intervenue entre la mère, pratiquante et chrétienne, et le père, socialiste et libre penseur. J’ai pensé que je n’avais pas le droit d’interdire aux pe enfants de participer au culte sous la direction de leur mère. Mais j’ai pensé aussi que mon devoir était, en les s, faisant élever dans des établissements laïques, d’assurer la liberté de leur esprit. A ce devoir je n’ai jamais C’est au lycée Molière que ma fille est élevée. Elle n’a pas eu, elle n’aura jamais d’autres maîtres que des maîtres laïques. Et j’espère bien que je saurai l’aider s’élever sans souffrance et sans crise à ce qui est à mes yeux la vérité. Quant à ceux qui essayent d’abuser contre moi de l’inévitable et douloureux conflit de devoirs que la dis-_ cordance présente du monde moral introduit jusque dans la vie intime et familiale, je les plains plus encore
que je ne les méprise. L’Église, et c’est son droit, triomphe de ces contradictions ; mais peut-être commetelle en cela quelque imprudence, car elle souligne ellemême la gravité des conflits de conscience que suscite la persistance de la tradition religieuse. Et l’implacable calcul politique par lequel elle met en scène ces mystères mêmes de la vie de famille qui devraient lui être le plus
sacrés, achève de la condamner.
Voilà trois ans que j’ai dit ces choses, franchement, sans réticence et sans embarras, aux militants avec lesquels je lutte. Je n’ai pas une minute surpris leur bonne foi. Je sais ce que je suis : j’appartiens à mon parti avec toutes mes forces et toutes mes faiblesses. Et sûr de ma
loyauté entière, je ne renierai jamais rien de ma vie. Je ne désavouerai jamais rien de moi-même.
La liberté professionnelle confine à la liberté privée. Ainsi un maître de conférences à l’École normale peut . publier ce qu’il veut dans un livre qui concerne son état. C’est donc par un zèle indiscret que plusieurs de nos camarades ont fait appel aux autorités gouverne mentales contre M. Ferdinand Brunetière pour ce que.
cet universitaire avait librement émis son opinion dans « - son Manuel de l’Histoire de la Littérature française. . J’avais demandé à notre ami Daniel Delafarge de vouloir bien nous éclairer sur ce débat. Nous publions
Je ne me trompais pas quand je te disais que l’Universitaire de la Petite République avait écrit sur M. Brunetière des articles inexacts. Je viens de relire ces articles, j’ai vérifié toutes les citations que j’ai pu, etmon impression première est devenue certitude. C’est bien là une certaine propagande échafaudée sur des inexactitudes accumulées. Si la déformation dela vérité est indispensable à cette espèce de propagande, il vaut Je n’examinerai pas ici toutes les citations du journa- À liste, bien que je me sois imposé cette règle pour mon compte personnel. Ma lettre en serait démesurément allongée. Je mettrai seulement sous les yeux les confrontations les plus typiques : on verra très clairement quelle est la méthode du polémiste. Le premier article est daté du mercredi 19 décembre 1900. Il à pour titre Ferdinand le Catholique. Il s’agit de prouver que le Manuel de l’Histoire de la Littéra- ture française, que M. Brunetière a publié en 1898 chez Delagrave, est un ouvrage clérical ou, plus précisé- ment, jésuite (voir la première colonne de l’article). L”Universitaire étudie quelques jugements de M. Brunetière : mais il veut obtenir une condamnation. C’est donc un vrai réquisitoire qu’il compose, et les procédés qu’il emploie ne sont pas sans ressemblance avec ceux
que, chaque jour, emploient les procureurs de la République ou les Commissaires du Gouvernement.
Je lis, dans la première colonne î M. Brunetière s’en prend à Rabelais dont la morale facile se trouve être la négation de tout ce que l’Église enseignait depuis plus de mille ans. Voilà une citation insinuante. Elle laisse entendre plus qu’elle ne dit. Mais est-elle rigoureusement exacte? Il préche la morale facile de l’abbaye de Thélème et « en sa règle n’est que cette clause : Fais ce que voudras. » Seulement, cette morale, quand on l’examine, va plus loin qu’on ne croirait d’abord; elle a plus de portée, sinon plus de profondeur ; et la règle des Thélé- mites se trouve étre finalement la contradiction ou la négation même de tout ce qu’enseignaient depuis plus à de mille ans alors et les mœurs et l’École et l’Église. L’Universitaire a déplacé, resserré, supprimé, sans nous en prévenir; le texte qu’il cite n’est plus de M. Brunetière, mais du journaliste. Or, si innocente que soit à mes yeux la phrase incriminée, elle l’est bien moins ‘4 que la phrase vraie. ÿ Un peu plus bas, je rencontre une inexactitude nou- velle. sa Et M. Brunetière ajoute : De l’obscurité de RabeC’est peut-être une question lais; — et que là où il est re de savoir s’il s’est toujours obscur, c’est peut-être une Res lunpnre question de savoir s’il s’est
- toujourscompris lui-même. Différence de sens : dans un cas, on critique certaines pages de Rabelais; dans l’autre on critiquerait son Ce qui suit est moins inexact : du moins le journaliste reproduit-il exactement les textes qu’il cite; mais nous savons que des coupures donnent, par leur assemblement, une idée au moins légèrement fausse du pas- sage où elles ont été pratiquées. Nous voici à Descartes. Et ici je relève une suppression qui est tout à fait de nature à nous égarer sur la pensée véritable de l’auteur cité Non, en vérité, le Discours Non! en vérité, le Disde la Méthode n’a point fait cours de la Méthode na époque dans l’histoire de point fait époque dans nee pare! Here re l’histoire de notre litiéra- littérature à fini par devenir tare: ‘Pleine d’obiotes purement française, elle le < A Le doit au réveil de l’idée chré- Pour le géomètre, les contienne. temporains du « philosophe/ » l’ont presque ignoré comme tel. Et si la littéra- ture a fini par secouer le joug de toutes ces influen- ces, qui semblaient conju- } rées contre elle pour l’em3 pécher de devenir purement à française, elle le doit à de ÿ tout autres causes, dont la première et la plus imporLe tante a été le réveil de l’idée chrétienne sous la À Jorme de l’idée janséniste.
Négligeons toutes les différences de texte : la disparition des derniers mots de la phrase est assez inquié- tante. Comment l’expliquer ? Serait-ce qu’il faut à tout prix que M. Brunetière passe pour un jésuite ?
Je m’en tiens là pour le premier article. Un second article paraît le lundi suivant 24 décem-
bre : mais il ne fait pas directement suite au précédent les citations y sont peu nombreuses et exactes.
Enfin, le mercredi 9 janvier 1907, la Petite République publie: Ferdinand le Catholique (suite et fin). Dans cet article, l’Universitaire déclare, très loyalement, en un endroit, qu’il se borne à juxtaposer de menues citations.
Il n’ignore pas, cependant, que de pareilles juxtapositions ne manquent jamais de déformer la pensée de
l’auteur — surtout quand elles sont prises, comme ici, à des pages assez éloignées les unes des autres (1). r
Voici les exemples les plus probants de cette inexactitude qui est comme perpétuelle. Il s’agit de Voltaire,
cette fois-ci : À
Cette première idée le con- Cette première idée le dait à une autre qui est de Conduit à une autre quiest poursuivre à outrance tout de poursuivre à outrance ce qu’il trouve d’irrationnel et malheureusement par
ÿ ou de déraisonnable dans tous les moyens — tout ce l’organisation de la société. quil trouve d’irrationnel ou seulement de déraison- $ . nable dans l’organisation « 8 de la société. } (1) Je les ai toutes retrouvées, sauf deux. Voici, par ordre, les pages d’où elles sont tirées, 225, 221, 229, 235, 255 (première “hong
De là ses attaques à la De là ses attaques contre religion qu’il considère à la Ja religion qu’il considère Jois comme inhumaine et à la fois comme inhumaine, De uhonnelle. irrationnelle et « bonne pour la canaille ». Qu’au surplus dans sa po- © Qu’au surplus, dans sa lémique injurieuse et gros- polémique injurieuse et sière contre le christianisme grossière contre le chris- — il a manqué non seule- inisme — il a manqué ment de justice, mais de L É derionce supériorité du christianisme 74 de For ane ms sur le mahométisme ou sur COnnaissant la supériorité , le paganisme. du christianisme sur le mahométisme, par exem- ÿ ple, ou sur le paganisme ; 2Re -__— si, du point de vue purement historique et humain, : ARR le christianisme a renouvelé la face du monde, — it et si, d’autre part, l’intolé- l’ont point attendu pour se déchaîner parmi les hommes. me semble qu’en coupant la phrase après le mot de paganisme on altère sensiblement l’idée; on l’altère aussi, quoique à un moindre degré, en faisant les deux suppressions que j’ai signalées. Au surplus, ce qui rend | les phrases citées suggestives, c’est qu’on est toujours
tenté de prêter à un homme que l’on n’aime pas des intentions sournoises. En elles-mêmes, elles n’ont rien
de très frappant, et on ne les trouverait assurément pas cléricales, si on ne savait pas qu’elles sont de M. Brunetière. D’un bout à l’autre de l’article, j’ai éprouvé cette impression. — M. Brunetière n’est pas voltairien : mais sommes-nous tous voltairiens? M. Bru- . netière ne dissimule pas l’extrême prudence de Rabelais. Mais est-il seul à Favoir notée?
Allons-nous instituer de nouveaux saints, les saints laïques, avec leur biographie légendaire et leur vie édifiante ? Faut-il que nous laissions de côté pieusement tout ce que ces grands hommes eurent de faiblesse
humaine ? A un portrait vrai et beau, parce qu’il sera vivant, substituerons-nous une ridicule image d’Épinal ou une fade gravure de première communion?
Voilà pourtant où peuvent mener les entraînements il faut que l’on reconnaisse à M. Brunetière le droit de dire sa pensée sur Rabelais et sur Voltaire; ou bien il faut que l’on déclare Voltaire et Rabelais intangibles. Je ne vois pas de moyen terme.
Et puis, à quoi bon ces réquisitoires ? Ils ne sont pas j
plus vrais que des plaidoiries. Avec des citations bien choisies et sans même y opérer des suppressions avanta- Ë geuses, je pourrais prouver tout aussi bien que M. Bru netière est libre-penseur. Je lis, pages 404-405, petit texte : à
Violence insultante de J. de Maistre dans la polé- mique; — et sa tendance au paradoxe. — L’apologie
S’il n’eût pas rendu plus de services à sa propre cause en y mettant plus de modération ? ; Le commencement de l’affaire des Jésuites a précédé le brûlement de l’Émile; l’affaire des Calas le suit immé- diatement. Jamais émotion ne fut plus légitime, si Jamais erreur judiciaire ne fut plus déplorable. L’Universitaire écrit pourtant, dans l’article du 9 janvier, deuxième colonne, et l’ironie est assez apparente Arrêtons-nous devant ce dreyfusard de Voltaire, qui, avec Calas, a inventé l’Affairex M. Brunetière ajoute encore, un peu plus bas : .… Une fois encore, l’odieuse procédure d’ Abbeville et le supplice du chevalier de la Barre mettent l’opinion du côté des philosophes. Voici enfin, mais on pourrait citer bien d’autres pas- . sages, comment il apprécie la révocation de l’Édit de Ë Si la France en masse est malheureusement complice de la révocation de l’Édit de Nantes, ce n’est pas seulement le commerce et l’industrie qu’on tarit dans leurs sources, en expulsant les protestants, mais c’est la moralité publique qui en est comme atteinte jusque dans ses Il est difficile, j’imagine, d’être plus net dans le blâme,
et pourtant, c’est bien M. Brunetière qui a écrit ces € Plaisanterie, sans doute, que cette méthode de cita- tion : mais ne pourrait-on pas dire aussi que les arti- D. cles de l Universitaire sont une plaisanterie prolongée. Entre les deux sans doute se trouve la vérité, toute simple et même naïve. Quand M. Brunetière publie un Manuel d’histoire littéraire, nous pouvons penser qu’il s’efforce d’être historien : c’est donc en historien ou du n moins en lettré que l’on doit critiquer son ouvrage. Quand il publie des discours de combat, il se donne lui-même pour un orateur ou pour un polémiste catho- Llique, et par suite c’est en citoyen que nous devons les discuter et les combattre. Mais pourquoi polémiquer hors de, propos, pourquoi tout confondre ? La vieille distinction des genres avait du bon. Pourtant, ce n’est pas encore là ce qui choque le plus. Ce qui choque surtout, c’est que des amis intel- à lectuels prennent en main sans hésitation des armes dont ils ont souvent reproché à nos adversaires de se servir. Il y a des habiletés qu’on doit rejeter loin de soi, quand même elles pourraient contribuer à ce quon nomme la victoire. La vérité suffit. Sur les aitentats commis à Sens et à Auxerre par l’autorité gouvernementale contre les libertés privées et Le civiques du personnel enseignant, nous avons demandé nos renseignements à quelqu’un de singulièrement bien informé. On verra au ton du mémoire que l’auteur éprouvait une joie saine à le rédiger. Mieux vaut, quand on peut, l’action joyeuse que l’action maussade. ce
Qu’il ne faut jamais se brouiller avec son curé En avril 1900, la Fédération socialiste de l’Yonne fit paraître à Sens un organe hebdomadaire : le Travailleur Socialiste. Dès les premiers jours, on y remarqua, sous la signature : un Sans-Patrie, des articles un peu longs, un peu doctrinaires, mais à peu près correctement écrits et d’une argumentation assez serrée, où sS non seulement le militarisme, la guerre et les brigandages coloniaux étaient traités avec une certaine irrévérence, mais où l’idée de patrie elle-même, une idée sacrée pourtant entre toutes, était analysée, discutée et même condamnée avec cynisme, comme s’il ne devait pas y avoir certains dogmes intangibles devant lesquels la Raison n’avait qu’à s’incliner hum- j blement. Le Sans-Patrie s’oubliait au point de traiter le patriotisme de religion imbécile et sanglante. disait que les patries actuelles sont des agglomérations de gens réunis sous les mêmes lois, par le hasard ou
- par la conquête, eux ou leurs ancêtres, sans qu’on leur ait demandé leur consentement; que dans toutes les patries il y a, quel que soit le nom du gouvernement, - une classe de gras, qui jouit, parfois sans travailler, de tous les avantages d’une civilisation raffinée, et une x classe de maigres, très nombreuse, qui vit dans la gêne ou la misère après avoir accompli toutes les besognes
quinzième cahier de la deuxième série “ennuyeuses, répugnantes, pénibles ou dangereuses de la société; que dans chaque patrie, à la suite de guerres anciennes faites pour les beaux yeux des anciens souverains au temps où ils étaient absolus, il s’est déve- loppé, à l’égard des voisins, un sentiment de jalousie
- et de haïne qui s’appelle le patriotisme; que ce sentiment patriotique n’est nullement fait d’amour et de solidarité pour les compatriotes, car au sein d’une même patrie les gras exploitent les maigres sans pitié et les haïines sont vives entre cléricaux et anticléricaux, patrons et ouvriers, conservateurs et socialistes; il écrivait que le patriotisme haineux et jaloux est entre- tenu dans chaque pays par les classes dirigeantes, parce que le patriotisme sert à justifier l’existence des armées permanentes, sans lesquelles les déshérités se j révolteraient contre les privilégiés; il disait enfin que les déshérités de toutes les patries devaient se donner - la main par dessus les frontières, qu’ils ont le devoir de s’opposer désormais, au besoin par la force, à toute guerre internationale et que s’ils doivent risquer leur vie, ils doivent le faire, non pour les intérêts des riches et des gouvernants de tous pays, mais pour améliorer leur propre sort. Il commentait la devise de l’Internationale : Prolé- aires de tous pays, unissez-vous! et il ajoutait mille autres propos qui donnaient l’impression fort nette qu’il avait dû jadis, au temps d’une certaine affaire Dreyfus, être vendu au syndicat des Juifs et qu’il était vendu maintenant au roi d’Angleterre ou à l’empereur ” Or, il y avait à Sens un professeur qui, en dehors de ses classes, tenait des propos non moins abomix mables ; il se disait socialiste, internationaliste, révolu- - tionnaire; il avait assez peu de respect humain et assez peu de respect de lui-même pour faire sa société habi_tuelle d’ouvriers manuels, dont plusieurs étaient mal vêtus. C’était précisément M. Hervé. La rumeur publique eut vite fait de lui attribuer les articles subversifs du Sans-Patrie. M. Hervé laissa dire, n’avouant ni ne désavouant. Les choses ne se gâtèrent point les premiers six mois . et elles ne se seraient peut-être jamais gâtées, si le Sans-Patrie m’avait eu limprudence, au mois de novembre 1900, de s’attaquer à l’Église. Sens est une ville d’archevèché : la cathédrale, massive, colossale, aux énormes clochers rectangulaires inachevés, sans flèche, se dresse géante au milieu de la plaine, si haute et si imposante que de loin toutes les autres maisons de la ville ne semblent que de misérables bicoques accrochées aux flancs de la maison es de Dieu : c’est là qu’officie M. Olivier, curé archiprêtre. Les dévotes de l’endroit le considèrent comme un foudre d’éloquence et un savant théologien : à ses heures, il versifie, non sans facilité ni élégance. Le . Saint Esprit l’a comblé de tous ses dons. Ce qui ne gâte rien, en ces temps troublés où les grands principes s’obscurcissent, où l’Esprit du mal, non content de s’attaquer à la religion du Christ, ose s’en prendre à la religion de la Patrie, sous, cette robe de prêtre bat un cœur de patriote et de soldat. É Par quelle aberration, quel aveuglement le Sans- Patrie en vint-il à affronter cette lumière de l’Église ? Dieu aveugle ceux qu’il veut perdre! En novembre 1900, au départ de la classe, M. l’abbé
quinzième cahier de la deuxième série f Olivier convoqua les conscrits sénonais à une messe solennelle où il devait prononcer un sermon patriotique. ne Or la veille même de cette imposante manifestation, voici ce qu’écrivit le Sans-Patrie dans Le Travailleur ? Plusieurs de nos amis, conscrits de cette année, ont reçu la lettre suivante, qu’ils se sont empressés de me Fidèle à ses traditions, la conférence de Saint-Vincentde-Paul se fait un plaisir et un devoir de vous informer qu’une messe solennelle du départ sera célébrée, à la s cathédrale, le dimanche 11 novembre, à neuf heures pré- cises du matin, pour attirer la protection du Ciel sur tous les jeunes conscrits sénonais qui vont joindre leur corps. Monsieur l’Archiprêtre y prononcera une allocution de Vous êtes particulièrement invité, Monsieur, ainsi que votre Famille, à assister à cette religieuse et patriotique cérémonie, où une place spéciale vous sera réservée. Pour la Conférence : s Je me suis rendu immédiatement chez M. l’Archi- « prêtre, avec qui je suis dans les meiïlleurs termes, » De comme avec tout le clergé sénonais, du reste, etila bien voulu, par sympathie pour le Travailleur socialiste, « : me donner copie de l’allocution qu’il compte prononcer à cette religieuse et patriotique cérémonie.
: Je m’empresse d’en donner la primeur à nos lecteurs : Mes très chers frères, “à Au moment où les autorités civiles vous appellent à la caserne, il est de mon devoir de prêtre chrétien de vous
révéler quelle est la pure doctrine évangélique à l’égard de toutes les violences, et de cette violence qui est la pire de toutes : la guerre, qui est la fin et le but du service mili- o La doctrine de Jésus à cet égard est claire et ne souffre cs pas de réplique : dans son immortel sermon sur la montagne, que nous a transmis saint Mathieu, notre divin maître s’exprime en ces termes « Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil et dent pour dent. « Et moi je vous dis : ne résistez point au mal, mais siquelqu’un te frappe à la joue droite, présente-lui aussi x l’autre. « Et si quelqu’un veui plaider contre toi et t’ôter ta robe, DE laisse-lui encore le manteau. « Et si quelqu’un veut te contraindre d’aller avec lui une : « Vous avez appris qu’il a été dit « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.
- « Maïs moi je vous dis : aimez vos ennemis et bénissez ceux qui vous maudissent ; faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous frappent-et vous per- are ss Voilà, mes très chers frères, l’essence de la doctrine chré- Or, que vous demande-t-on, quand on exige de vous le On vous demande de devenir une machine à tuer par ordre; on vous demande de devenir la brute qui tue, au premier commandement d’un chef; si des grévistes affamés s’agitent pour réclamer une augmentation de salaires, il faut, si on vous l’ordonne, que vous tiriez à bout portant sur des hommes et des femmes désarmés, vos frères en
- _Jésus-Christ; si quelque puissant a besoin, pour les intérêts de son commerce, d’un morceau de la Chine ou de l’Afrique, il faut, si on vous l’ordonne, que vous alliez, à coups de fusil, mettre à la raison ces pauvres gens, vos frères; pour ane lubie d’un chef d’État, il faudra, sans répliquer, vous
gainzième cahier _ de la deuxième série ruer sur de pauvres gens nés en Allemagne, en Italie ou
‘ en Angleterre qui ne demandent qu’à vivre en paix avec
vous et qui eux aussi sont vos frères. En vérité je vous le dis : le métier de soldat, le métier de tueur d’hommes est incompatible avec la qualité de chré-
vous faut renier l’Évangile et votre dieu, ou refuser le
Les puissants, sans doute, vous traîneront dans leurs bagnes, dans les horreurs de Biribi. Eh! ne vaut-il pas mieux cent fois pour un chrétien, souffrir ce qu’ont enduré avant nous les martyrs, que de violer d’une façon aussi cynique les préceptes du Christ.
On n’est pas chrétien, mes très chers frères, sachez-le bien, parce qu’on marmotte à heure fixe des prières et des litanies : celui-là seul est vraiment chrétien qui se pénètre pratique aux dépens de sa liberté. J’ai libéré ma conscience de prêtre chrétien et fait mon devoir en ce qui me concerne.
Le reste est entre les mains de Dieu. Ainsi soit-il. Si monsieur l’archiprêtre ne s’est pas moqué de moi è et des lecteurs du Travailleur socialiste, s’il prononce véritablement la simple et courageuse allocution que j’ai reproduite plus haut, ses confrères du clergé vont sentir, pour la première fois, ce qu’ils n’ont sans doute jamais soupçonné : la portée révolutionnaire du christianisme primitif, au temps où il n’était pas encore devenu le fétichisme abêtissant qu’est le catholicisme
actuel ; ce pauvre clergé catholique, si étroit et si jouis-
seur, se réveillera-t-il de sa torpeur intellectuelle et morale quand l’archiprêtre viendra pour la première fois faire vibrer à ses oreilles la parole subversive du La polémique s’engagea sur cette présomption. Voici ss la série des articles publiés par le Travailleur l’archiprêtre Olivier a pris au sérieux la plaisante allocution que notre camarade Sans-Patrie lui prêtait gratuitement dans notre dernier numéro ; aucun de nos lecteurs, nous l’espérons, ne s’y est trompé. l’archiprêtre nous fait savoir très sérieusement e qu’il n’a jamais fait de confidences à Sans-Patrie — cela est vrai; — il n’a pas prononcé un traître mot du ser- mon que lui attribuait notre ami — rendons-lui encore cette justice ; — même il nous requiert d’insérer le texte authentique du véritable sermon qu’il a prononcé. Nous sommes trop heureux de pouvoir mettre, sous la dent de nos lecteurs, cette sacrée tartine, elle prouve trop que le catholicisme actuel n’a plus rien de commun avec la doctrine évangélique pour que nous ayons besoin des menaces de M. Olivier pour insérer sa rectification. La voici donc, dans tout son esprit de charité et de En répondant avec empressement à mon appel, vous témoignez que vous avez compris le sentiment profond, patriotique, émotionnant qui nous réunit dans le temple avec vous et que vous préférez ce rendez-vous pieux tous les punchs d’honneur, je vous en félicite. Avouez qu’elle est belle, touchante, admirable, la religion qui s’empare ainsi des émotions les plus légitimes du cœur humain pour les transfigurer et y ajouter, en les élevant jusqu’à ï elle, des douceurs, des espérances, des consolations infinies. Voici donc qu’à la veille de votre départ pour la caserne, elle vous convie avec tous ceux qui vous aiment, au pied
quinzième cahier de la deuxième série des autels, en vous disant : c’est ici qu’il faut se faire des adieux quand on veut se revoir ; en nous disant : priez pour ceux qui vont partir, car les jours d’absence auront leurs fatigues, leurs tristesses, leurs périls peut-être. Deman54 dez au Dieu des armées que ces fils de France triomphent sur tous les champs de bataille où ils seront appelés à combattre demain. La première victoire qu’il faut demander pour eux, c’est celle de la santé, car la vie c’est déjà une milice, militia est vita, c’est la lutte de tous les jours contre cette ennemie qui menace les plus robustes et qui s’appelle la mort. Beaucoup, hélas ! succombent avant l’âge, en plein épanouissement de la jeunesse, terrassés par la maladie, ou moissonnés par les balles : témoins ces chers enfants du pays notre cité élèvera bientôt le monument du souvenir, témoins ces jeunes volontaires atteints par la fièvre dans cette Chine deux fois meurtrière, où ils sont allés protéger nos nationaux et nos missionnaires, ces missionnaires catholiques auxquels tous nos consuls rendent de si glorieux hommages et que des Français ont eu le triste courage d’accuser d’avidité et d’exactions, quand ils donnent gratuitement leur vie pour étendre au loin l’influence de la civilisation chrétienne et française. Mais plus que la victoire du corps, il faut demander pour eux la victoire de l’âme, afin qu’ils restent purs et croyants pour se garder vaillants et forts, invulnérables et invulnérés ; car, düt-on m’accuser de prôner, à mon tour, l’alliance du sabre et du goupillon, je le proclame, l’histoire en main, c’est la religion qui fait les soldats complets, qui inspire et soutient la fidélité chevaleresque, qui est comme s un rayon de soleil sur le drapeau national, qui jette sur l’armée entière je ne sais quelle pourpre magnifique, quelle « 4 pompe solennelle que rien n’égale, que rien ne remplace, à que rien n’éclipse. C’est la foi, en effet, qui enseigne que le € patriotisme est une vertu, que le Dieu qui a pleuré sur sa Le cité, qui est mort pour le monde les bras en croix, le cœur Nr ouvert, nous commande d’aimer comme lui notre patrie jusqu’au sang, que quiconque depuis, vit et combat au serre ATTENTATS DANS L’YONNE vice de son pays est un être sacré; il ne fait pas seule- ment métier de soldat, il fait métier de christ, de sauveur, 3 et s’il vient à mourir, ce n’est pas une victime simplement, cest un martyr, car il a combattu pour les foyers et les autels, pro aris et focis. Vous donc, chers jeunes gens, qui, 4 lorsque l’ange de la France feuilletant les registres où sont inscrites les réserves saintes de la nation, a fait l’appel, LS n’avez pas imité ceux qui se cachent, se terrent et se dérobent, ni ceux qui blasphèment la patrie, par dépit de la servir, mais qui avez répondu d’une seule voix, d’un seul cœur, tressaillant d’ardeur et d’enthousiasme : présent ! restez fidèles à votre double drapeau. Sur l’un, vous lisez Honneur et vaillance ! sur l’autre : Religion et vertu! Servez votre pays, servez votre Dieu, c’est tout un, sans faiblesse, sans lâcheté, à la façon des Bayard, des Duguesclin, des de Lamoricière, des Mac-Mahon, des de Sonis, des Courbet. “a. Soyez comme eux, partout et toujours, des Français sans peur et des chrétiens sans reproche. e” Ainsi soit-il !
- La lettre de M. l’abbé Olivier nous est arrivée trop tard pour que nous ayons pu la communiquer à notre
- camarade Sans-Patrie ; l’abbé Olivier n’y perdra rien pour attendre : notre ami commentera dans notre prochain numéro la parole du saint homme.
E. Nous avons reçu de M. l’archiprêtre Olivier une nouvelle missive de laquelle il réclame l’insertion ainsi que de celle contenant les commentaires qui encadraient son sermon aux conscrits. Cette publication ne peut en rien nous gêner malgré qu’elle contienne une charitable
- et bien chrétienne dénonciation qui ne portera pas — n’en déplaise à M. l’archiprètre; — si nous n’avons pas inséré in extenso, c’est que l’exiguïté du format du
quinzième cahier de la deuxième série Travailleur socialiste nous oblige à nous montrer parci- »e monieux de ses colonnes même pour les correspondants qui, comme M. l’archiprêtre Olivier, veulent bien se mettre gratuitement à notre disposition. Cependant, comme nous tenons à être agréable jusqu’au bout
- M. Olivier, nous publions ci-dessous, conformément ‘son désir, ses deux lettres, en retranchant de celle du novembre le texte du sermon publié dans notre dernier numéro. Nous voulons espérer que M. l’archiprêtre j acceptera cette manière de procéder. at Voici ces deux lettres Monsieur l’Administrateur-Gérant du Travailleur socialiste Merci pour votre nouveau et gracieux envoi. Il me fait a pourtant constater à regret que vous avez cru devoir et pouvoir sous-entendre la lettre explicative qui accompagnait et encadrait mon allocution aux conscrits. Je reviens demander à votre justice, à votre impartialité, encore et toujours au nom de mon droit une première fois reconnu, grâce à Dieu, de la publier avec celle-ci dans leur texte exact et complet, avant le commentaire que doit en faire votre camarade dans le prochain numéro du journal. Sa loyauté s’y prêtera sans peine, j’en suis sûr; sa réponse, « d’ailleurs, y gagnera en clarté et en relief, et vos lecteurs, nos témoins et nos juges, trouveront peut-être, en présence de cette sacrée tartine, comme vous la qualifiez avec tant d’atticisme, que le saint homme qui signe toujours, lui, est un peu moins naïf et beaucoup moins menaçant que vous l’avez dépeint. Si j’ai la naïveté, en effet, de croire à la sincérité de toutes les opinions, — aurai-je donc tort ? — j’estime en revanche que les menaces ne sont pas de mise entre gens bien élevés qui connaissent et observent toujours les égards mutuels qu’ils se doivent. En cela j’ai sùrement raison; aussi veuillez agréer l’assurance que de ‘ mon côté, à moins d’y’être contraint, je ne me départirai
pas de l’esprit de charité et de mansuétude évangélique qui exclut toute provocation, — et vous savez si elle est venue de moi — mais ne défend jamais d’y répondre : j’y suis Archiprêtre de la cathédrale de Sens Monsieur l’Administrateur-Gérant En recevant le numéro du Travailleur socialiste que vous avez eu l’aimable délicatesse de m’adresser, j’ai bien pensé qu’il y avait dans ses plis un article qui m’intéresserait personnellement ; mais j’étais loin de m’attendre à la bonne fortune d’y trouver, sous ce titre suggestif : l’archiprêtre. et les conscrits, avec un sermon inédit de fond et de forme, la déclaration d’amitié dun inconnu, beaucoup trop modeste, qui devrait bien se nommer pour ne pas laisser mon cœur en suspens. Le pseudonyme sous lequel il se dérobe ne me dit rien ; tout au contraire, il me dépiste absolument; car il indique que l’auteur n’est pas de mon pays. S’il est un sans patrie en. effet, je me flatte, moi, d’en avoir une, d’en avoir deux la Lorraine et la France, dont je suis également fier. Des initiales quelconques : R. V. X. Y. par exemple, auraient été plus révélatrices que ces trois mots qui désignent un songe creux, totalement étranger aux leçons de l’histoire nationale. Le discours qu’il met dans fa bouche dénote pourtant un professionnel habitué à la chaire, mais à une autre chaire qu’à celle de la vérité ; et voilà pourquoi, bien que sa traduction trop libre et très fantaisiste du texte évangé- lique n’ait, à première vue, aucun air véridique, je me vois obligé, parce qu’elle pourrait donner le change à vos lecteurs, d’en désavouer la paternité. Si votre correspondant m’avait interviewé comme il le dit, voici le texte exact, authentique, qu’il leur aurait transmis, que je vous prie et vous requiers au besoin de leur transmettre avec ces explications er vertu et dans la
quinzième cahier de la deuxième série mesure du droit de réponse, dont votre courtoisie n’aura pas de peine, j’en veux être sûr, à me reconnaître le bénéfice. D’ailleurs, les reporters que j’ai vus dans mon auditoire, - facilement reconnaissables à l’églantine qui fleurissait leur boutonnière, pourront confronter avec leurs notes prises sur un bénitier fort surpris de leur servir de pupitre. Sous la réserve de ce contrôle que j’accepte, loyalement prati- qué, veuillez publier, in extenso, à la place que vous avez cru devoir donner à une falsification anonyme, ce premier article d’un nouveau correspondant qui signe et reste, tant que vous le voudrez, gratuitement à votre disposition {Ici l’allocution aux conscrits publiée dans notre dernier Voilà, sinon complet, du moins fidèle dans son résumé, le texte d’une allocution qui n’a rien de commun, vous le voyez, avec celle que me prêtait votre correspondant. Son amitié, puisque amitié il y a, me pardonnera ce démenti qui était nécessaire : Amicus Plato, magis amica Veritas. à Archiprêtre de la cathédrale de Sens l’abbé Olivier ne se plaindra pas, cette fois, que nous ne lui ayons pas fait bonne mesure. Nous lui en donnons plus qu’il n’avait le droit d’en exiger. Notre camarade Sans-Patrie nous a d’ailleurs demandé avec instance d’imprimer toute cette prose, nous lui laissons maintenant la parole : à Qui je suis ? Sans doute un salarié, salarié de l’État, d’une Com1e pagnie ou d’un particulier, à qui son patron défend, E j sous peine de mise à pied, d’écrire sous sa signature ce qu’il pense de l’état social actuel et des puissants du jour. Ah! si je voulais, moi aussi, prêcher aux pauvres æ la résignation et le respect de toutes les autorités et de toutes les puissances établies, si je voulais chanter les Ë louanges du régime capitaliste et de ses suppôts, l’Église catholique et l’armée, alors j’aurais licence de tout dire, de tout écrire impunément. Il n’est jamais dangereux de hurler avec les loups. Oui, je le sais, il serait plus brave, plus chevaleresque, de braver tous les dangers, de se laisser jeter sur le pavé et de signer ._ quand même; il ne manque pas, parmi nos adversaires, de bons apôtres pour nous donner ces conseils désintéressés. Ces conseils, je les trouve excellents à ne pas suivre; ma poltronnerie — puisque poltronnerie il y a — a d’ailleurs des limites : si mes articles contenaïient jamais une diffamation à l’égard d’un particulier, ou des propos subversifs et immoraux suséeptibles detom- ber sous le coup des justes lois, qu’on me poursuive; S on verra que je ne me terrerai pas, que je ne me déro- ss berai pas derrière notre camarade gérant. Je connais un anarchiste que j’estime et que je respecte autant que je le plains, qui, depuis 189%, est au bagne pour n’en avoir pas dit plus long que je n’en dis chaque semaine dans ce journal. J’ai donc conscience de risquer encore quelque chose, même abrité sous un pseudonyme; et je ne suis point naïf, ni M. l’abbé Olivier non plus, au Re point de ne pas savoir que je suis à la merci d’une réaction violente nullement impossible, à la merci d’une per- - quisition aux bureaux du journal où à mon domicile, d’une dénonciation ouverte et franchement canaille d’un ve adversaire politique, ou mieux d’une dénonciation voilée, discrète, jésuitique, d’une bonne âme de prêtre.
- Pour en finir avec cette question, étrangère, en somme, au sujet que je dois traiter aujourd’hui, je souhaite quinzième cahier de la deuxième série
l’archiprêtre de montrer au service de ses idées, s’il y a pour lui un jour quelque danger à le faire, le cou-
rage et l’audace que je mets dès aujourd’hui, malgré
mon pseudonyme, au service des miennes.
Qu’importe d’ailleurs qui je suis, si je dis la vérité, si je prouve ce que j’avance.
En prêtant à M. l’archiprètre le sermon que je lui attribuais, avec une ironie évidente, dans notre numéro d’il y a quinze jours, mon intention manifeste était, non point de chercher une querelle personnelle à M. l’abbé Olivier, que je ne connaissais alors ni de vue ni de à nom, mais de montrer d’une façon frappante et saisissante à nos lectedts combien le catholicisme actuel dif-
fère profondément du christianisme évangélique.
à A l’appui de ma thèse, j’ai cité des passages significatifs du fameux sermon sur la montagne : « Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, et dent pour dent.
« Et moi je vous dis : ne résistez pas au mal, mais si quelqu’un te frappe à la joue droite, présente-lui
aussi l’autre.
« Et si quelqu’un veut plaider contre toi et t’ôter ta robe, laisse-lui encore le manteau. « Et si quelqu’un veut te contraindre d’aller avec lui une lieue, vas-en deux.
« Vous avez appris qu’il a été dit « Tu aimeras ton prochain ettu haïras ton ennemi d mais moi je vous dis: aimez vos ennemis et bénissez ceux qui vous maudissent : faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous frappent et
é vous persécutent. »
Je pourrais ajouter que lors de l’arrestation de Jésus,
l’un de ses disciples, portant la main sur son épée, en frappa un des policiers et lui emporta l’oreille, ce que é voyant, Jésus lui dit, au témoignage de Mathieu : « Re- mets ton épée en son lieu, car tous ceux qui auront pris l’épée périront par l’épée. » Ou l’Évangile ne signifie rien, ou ces passages signi- fient clairement que Jésus a formellement interdit de +? riposter à la violence par la violence. es Mais peut-être, comme un simple faussaire du deuxième bureau de l’état-major, ai-je altéré sciemment le texte sacré pour lui faire dire le contraire de ce qu’il dit? Peut-être aï-je cité saint Mathieu d’après une Bible protestante qui aura déformé le texte authentique? Ce songe creux de Sans-Patrie, « totalement étranger aux leçons de l’histoire nationale », ne connaît ÿ: peut-être rien non plus aux choses de l’Écriture sainte! l’archiprêtre n’est pas loin de le croire et de le dire. De
- Il trouve que ma traduction « trop libre et très fantaisiste Vraiment! j’ai beau être depuis longtemps convaincu ne que le catholicisme et le christianisme n’ont plus rien catholique, non des moindres, fût assez peu familier avec l’Évangile pour ne pas reconnaître à première vue le texte authentique du sermon sur la montagne. Ma traduction « trop libre et très fantaisiste », qui n’a, « à première vue, aucun air véridique », est la traduction exacte, fidèle, littérale, d’un texte latin que M. l’abbé Olivier ne saurait récuser sans danger pour son salut dans l’autre monde. Au fait, M. l’abbé Olivier ne le Ÿ “connait peut-être pas. Peut-être n’a-t-il jamais entendu parler d’un certain texte, communément appelé la Vul-
quinzième cahier de la deuxième série x. géte, qui est Le seul texte des livres saints que l’Église catholique reconnaisse comme authentique et garantisse tel; peut-être ignore-t-il qu’un certain concile de Trente, réuni au seizième siècle pour enrayer les progrès du ès protestantisme, décida la publication d’une édition défi- nitive de la Vulgate ; qu’au lendemain du concile, pour se conformer à ses décisions, un pape, Sixte-Quint, fit préparer cette édition qui parut sous un de ses successeurs, le pape Clément VIIL. Eh bien ! c’est cette édition catholique que j’ai sous les yeux, l’édition de 1859, approuvée par + D. Auguste, archevêque de Paris. maximi, jussu recognila et Clementis VIII auctoritate edita) C’est le texte de cette édition que j’ai traduit littéralement, scrupuleusement. Que M. larchiprêtre prenne surtout garde, maintenant qu’il sait avoir affaire au vrai texte évangélique, de le méconnaître : en tête de mon édition se trouve un décret du concile de Trente qui fulmine l’anathème contre quiconque se permettra de douter de l’authenticité de ce texte. Je puis garantir, en outre, à M. l’archiprêtre, sans être bien fort en latin, que ma traduction ne contient aucun contre-sens, pas même le moindre faux-sens. Notre administrateur-gérant, le camarade Dupore, tient mon texte à la disposition de M. l’abbé Olivier, ou de tout autre lecteur connaissant un peu le latin. Si ma traduction n’est pas, comme je l’affirme, exacte, fidèle, 4 littérale, je consens à mettre vingt sous dans le tronc ke a donner autant pour l’œuvre des messes en faveur des ‘ âmes du Purgatoire.
Nous recevons de M. l’abbé Olivier la lettre suivante: A Monsieur l’Administrateur-Gérant Oui, vous l’avez dit, je suis satisfait, deux fois satisfait, k et de votre seconde insertion et de votre troisième envoi, ; É et je veux que vos lecteurs en soient au plus vite informés; Fe je vous prie donc et vous requiers au besoin de le leur dire en publiant cette lettre dans votre prochain numéro, au : “4 nom de ma reconnaissance, dont vous consentirez à accep- €: _.ter de nouveau l’hommage, au nom de mon droit, dont vous n’aurez pas de peine à vous imposer une fois de plus le respect. Votre tirage d’ailleurs n’a rien à y perdre, je crois le savoir : il gagnera même au point de vue du coup d’œil € et de l’égalité des procédés, si vous accordez à ma prose les Le mêmes caractères d’imprimerie qu’à celle de mon hono- s A la faveur de votre aimable complicité, je veux dire Le aussi à tous ceux qui nous lisent que je me trouve comblé, ge archi-comblé par votre correspondant. Je ne lui fais qu’un : s reproche, un reproche d’ami; c’est de m’accuser de l’avoir dénoncé jésuitiquement, moi, qui « ne le connais non plus ‘ ni de vue ni de nom », quand il se dénonce lui-même toutes les lignes, à telle enseigne que son nom est sur toutes les lèvres, les miennes seules hésitent à le prononcer. En vérité, il ferait mieux de signer crâänement. Ce serait, comme il le dit, « plus brave et plus chevaleresque », et, en somme, il y trouverait encore plus d’honneur que de péril. Quel qu’il soit, je le remercie cordialement de vouloir bien ouvrir, en faveur de l’ignorance dont il m’accorde gratuitement un brevet, comme s’il était professeur de faculté, les trésors de sa vaste et inépuisable érudition. Oh! je ne fais pas difficulté, — c’est justice, — d’admirer sans réserve ce vase de science, cette encyclopédie vivante et écrivante. Bien plus, je me demande, étonné, par quelles recherches pak quinzième cahier de la deuxième série
se avait toujours ignoré avant lui, ce que j’ignorerais encore
S £ sans lui, à savoir « que l’Église catholique a reconnu comme
ke authentique et garanti tel un certain texte des Livres .
à Saints, communément appelé la Vulgate; qu’un certain
concile de Trente, réuni au seizième siècle pour enrayer les
Me progrès du protestantisme, en a décidé la publication, qu’un pape s’est appelé Sixte-Quint et un autre Clément VII. »
Un savant de cette taille ne devrait-il pas occuper la
: Je me demande, stupéfié, comment, à quel prix, par com-
bien d’investigations il a pu se procurer un volume aussi
rare, aussi introuvable que la Biblia sacra, Vulgatae editionis, Sixti V Pontificis maximi jussu recognita et Cle-
à mentis VIII auctoritate edita ; surtout dans l’édition princeps de 1859, approuvée par un certain + D. Auguste,
“ archevêque de Paris, qui a daigné, lui, du moins, nous
livrer son prénom.
Dieu! qu’il faut, Monsieur l’Administrateur-Gérant, que vous ayez la confiance de ‘votre savant camarade pour qu’il laisse entre vos mains ; qu’il faut que vous ayez vous-même confiance en moi et dans le public pour mettre à notre disposition. pareille trouvaille! et comme votre correspondant est généreux de consentir à ne pas s’arrêter en si beau chemin dans la voie de ses découvertes, de promettre à vos lecteurs dont je suis, dont j’ai l’espoir d’être encore, si votre bienveillance me reste fidèle,une suite à ses premières
et si précieuses révélations. Mais, j’y pense, puisque vous avez la bonne fortune de posséder ces pages « qui me sont
k trop peu familières », où le docte commentateur a lu, dans un texte translucide, traduit par ses soins, « sans faux-
à sens, sans contre-sens », que l’Évangile du Christ convie « les conscrits à refuser le service militaire », qu’il enseigne
« l’incompatibilité du métier des armes avec la qualité de chrétien »; priez-le donc de traduire pour la galerie, avec la
clarté qui le distingue, un texte qu’iltrouvera apparemment
Ë dans le même volume, s’il est complet, en saint Mathieu,
du quae sunt Caesaris, Caesari; et un autre, qu’il trouvera sets 2 et 4 : qui resistit potestati, Dei ordinationi resistit… est, vindex in iram ei qui malum agit. Priez-le de relire Se. en saint Mathieu, chapitre vi, l’histoire du centurion qui se flatte, si je comprends le latin, d’avoir des soldats , ñ sous ses ordres : Habens sub me milites; de leur com- e mander et d’en être obéi: et s’il trouve, dans ses textes, é dans cet épisode, un seul mot du « révolutionnaire Jésus » ou du plus qualifié de ses disciples et de ses interprètes, F qui autorise, qui engage à ne pas tirer au sort, à ie refuser de porter les armes et d’en user au besoin, à con- ee damner le recrutement des milices régulières ; s’il n’y trouve Fa pas tout le contraire, dix fois plus généreux que lui, je Ke m’engage d’honneur, à mon tour, à aller verser en personne vingt francs dans le tronc de la veuve à la prochaine tenue “es solennelle de la loge maçonnique. Belle et unique occasion; ) dont il voudra profiter, en faveur des frères et amis, pour faire pleuvoir sur le temple une manne inattendue et pour g= prélever sur un profane, en faveur des chers afliliés, un Archiprètre de Sens s Nous constatous d’abord que M. l’archiprètre ne con- cs teste plus l’authenticité des textes évangéliques, cités par notre camarade Sans-Patrie, ni l’exactitude de sa ve traduction. Nous en prenons acte. l’archiprêtre se replie sur sa seconde ligne de retranchements : il oppose à notre ami de nouveaux textes. Sans-Patrie, à qui nous communiquons la nouvelle lettre de M. l’archiprètre, nous dit qu’il a prévu l’objection et qu’il y répond plus bas. Que M. Olivier veuille donc attendre la fin de la démonstration de notre
. quinzième cahier de la deuxième série l’archiprêtre « qui est plus généreux » que notre se ami, dit-il, et qui sans doute aussi est plus riche FR (M. l’abbé ne suit-il pas en toutes choses les préceptes de Jésus, ses préceptes sur la pauvreté comme ses pré- ceptes sur la non résistance au mal par la violence ?), l’archiprètre offre, le cas échéant, sion luiprouvequ’il . a tort, de verser vingt francs pour le Tronc de la Veuve pr à la prochaine tenue solennelle de la Loge maçonnique notre ami Sans-Patrie, qui n’a pas l’honneur d’appartenir à la franc-maconnerie, malgré ses sympathies pourelle, préférerait que M. l’abbé Olivier fit son versement à la caisse du Travailleur socialiste. Sans-Patrie, qui est un garçon très intéressé, prêche pour son saint. Nous trans- mettons respectueusement sa requête à M. l’aréhiprètre. Poe La parole est maintenant à notre camarade : À Dans une nouvelle lettre, dont je ne m’amuserai pas souligner et à relever les insinuations (l’insinuation est décidément un genre où les ecclésiastiques réussissent - assez bien), ni les grosses malices, M. l’abbé Olivier renonce à contester l’authenticité de mon texte évangé- lique et l’exactitude de ma traduction. Celle-ci, « trop libre et très fantaisiste », qui n’avait « à première vue ÿ Le aucun air véridique », à une seconde lecture plus minu- È F tieuse de M. l’abbé Olivier, lui aura semblé, comme je l’affirmais, exacte, fidèle et littérale. M. l’abbé n’en s souffle plus mot. J’aurais voulu que franchement, carré ment, il avouât que sur le premier point c’est moi qui É ; Peu importe, d’ailleurs, puisque M. l’abbé Olivier bat en retraite. Il bat en retraite, maïs il revient à la charge avec de nouveaux textes dont je ne songe pas à nier l’existence. Il s’agit de savoir s’ils infirment véritable- - ment le texte du sermon sur la montagne. l’archiprètre m’oppose ou plutôt oppose à Jésus Jésus lui-même, et non seulement Jésus, mais Fapôtre e Paul. Que M. l’archiprêtre prenne garde que si le maître et le disciple sont en contradiction absolue sur un point, ce sera tant pis pour le disciple. Est-ce Jésus le fils de Dieu, pour les catholiques, ou est-ce l’apôtre Paul, qui n’a même pas connu personnellement Jésus, et qui a pu ne pas comprendre toute la pensée du maître ? Mais que dit donc Paul dans le passage cité ? Il dit en substance qu’il faut obéir aux puissances, car elles viennent toutes de Dieu ; que leur résister, c’est résister à l’ordre ; Ë de Dieu lui-même. Si Paul entend par là qu’on doit tuer, massacrer l’étranger et l’ennemi de l’État quand le gouvernement l’ordonne, il se met tout simplement en contradiction manifeste, absolue, avec l’ordre formel, Hé impératif, émanant de Jésus-Christ lui-même, et exprimé de la façon la plus nette dans le sermon sur la monta- gne. Si au contraire il veut dire par là qu’il faut être soumis et résigné aux puissances, en sous-entendant condition qu’elles ne commandent rien de contraire à la loi de Dieu, alors ce texte ne prouve rien non plus contre le texte évangélique. Mais dans les Évangiles eux-mêmes, M. l’abbé Olivier croit trouver quatre textes qui détruisent ou atténuent les rudes et formelles paroles du sermon sur la mon- à J’ai le regret de déclarer à M. l’abbé Olivier que ces
quinzième cahier de la deuxième série quatre textes prouvent encore moins que les textes de Celui où il est question du centurion (Matthieu, vm) - ne prouve absolument rien; que nos lecteurs en jugent. je 11 s’agit d’un officier qui vient supplier Jésus de guérir un de ses serviteurs atteint de paralysie dans sa maison. Jésus lui dit : « J’irai et le guérirai. » Mais l’officier impatient lui répond en substance : « Quand je dis à un de mes soldats de nr’obéir, il obéit sur un signe; un signe de toi, et sans que tu te déplaces, sans me faire attendre, mon serviteur sera guéri. » Voilà en substance ce que contient le passage en question. Qu’est-ce que M. l’abbé Olivier peut bien en tirer pour le besoin de sa cause? Me dira-t-il que si Jésus avait voulu condamner le métier militaire il n’aurait pas soulagé cet officier dans sa détresse ou qu’il en aurait profité pour faire ün discours à ce soldat contre l’état militaire. À cet homme qui se dérange pour lui adresser une prière pressante, M. l’abbé Olivier trouve étrange que Jésus n’ait pas répondu par une charge contre le service militaire. J’aime à croire que Jésus avait trop de cœur et de bon sens pour placer si mal ses discours. Restent les trois textes de Mathieu (xx, 21), de Marc (&u, 17), de Luc (xx, 25), qui tous trois rapportent la même scène et les mêmes propos de Jésus. Voici cette scène exactement résumée : Des dévots, juifs, ennemis ; des doctrines nouvelles de Jésus, essayèrent dele perdre en_lui arrachant par surprise une parole imprudente, quelque propos subversif contre l’autorité. Ils vinrent « Maître, nous savons que tu es véritable, que tu en- seignes la voie de Dieu en vérité et que tu ne te soucies de personne : car tu ne regardes point à l’apparence des « Dis-nous donc ce qu’il te semble de ceci : Est-ilpermis de payer le tribut à César ou non? Et Jésus, con- naissant leur malice, leur répondit : Hypocrites, pour- quoi me tentez-vous ? Montrez-moi la monnaie du tribut; , et ils lui présentèrent un denier. « Et ïl leur dit: De qui sont cette image et cette « Ils lui répondirent : De César. « Alors, il leur dit : Rendez donc à César les choses qui sont à César et à Dieu celles qui sont à Dieu. « Et ayant entendu ceci, ils en furent étonnés et le laissant, ils s’en allèrent. » l’abbé croit m’embarrasser par le fameux « Rends Es: à César ce qui appartient à César ». Cela ne peut vou- Hs loir dire, selon mon savant contradicteur, qu’une chose c’est qu’il faut obéir au gouvernement, même quand il demande le service militaire. Il faut vraiment n’avoir rien compris à toute cetie scène si dramatique du novateur religieux aux prises avec de bons apôtres qui veulent le perdre, pour oser e tirer de ce passage de pareilles conclusions. Les enne- ! mis de Jésus qui, eux, voyaient mieux que M. l’abbé Olivier les côtés subversifs de sa prédication, voulaient lui faire lâcher une parole qu’on pût interpréter comme un propos de perturbateur social. Mais Jésus les con- naît, il est en garde : il ne vient d’ailleurs pas soulever les Juifs contre César ni contre Hérode ; sans répondre directement, franchement à la question qu’on lui pose, au sujet de l’impôt, il répond finement — par un propos
quinzième cahier de la deuxième série très vague et fort peu compromettant : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Mais ce qui est à Dieu, Jésus a précisément pris le soin de nous le dire ailleurs : le sermon sur la mon- ke tagne n’a pas d’autre but. C’est là que se trouvent, tout au long, les commandements de Dieu et parmi ceux-là le commandement formel de ne pas tuer, de ne pas . résister au mal par la violence, d’aimer même ses ennemis. Tant que M. l’abbé Olivier n’aura pas établi que le texte du sermon sur la montagne que je lui ai objecté est inexact, tant qu’il n’aura pas trouvé des paroles du Christ approuvant la violence et le massacre, dans certains cas déterminés, j’ai le droit de dire que le chris- tianisme primitif est bien une religion douce, ennemie de toute violence, les condamnant toutes sans excep- F tion, la religion de la fraternité universelle. La beauté et l’honneur du christianisme évangélique, sa supériorité sur les religions étroites, locales, nationales du paganisme re consistent-elles pas justement en cette affirmation que tous les hommes, sans distinc- É tion de pays, sont fils d’un même dieu, qu’ils doivent se traiter en frères, refréner par l’amour et la fraternité » leurs passions égoïstes et violentes? Otez du christianisme cet admirable sermon sur la montagne qui, même aux yeux des athées épris d’idéal, est une des pages les é plus belles de l’histoire de l’humanité, parce qu’elle marque une étape capitale dans son évolution vers la fraternité universelle, et dites-moi ce qui reste de 4 4 grand dans le christianisme ?
La quatrième et dernière de M. l’Archiprètre Nous recevons de M. l’abbé Olivier la lettre suivante : Monsieur l’Administrateur-Gérant Confiant de nouveau mon droit à votre loyauté, sûr d’avance de n’avoir pas besoin de recourir à d’autres moyens, je vous prie et vous requiers de publier in extenso, dans votre plus prochain numéro, la lettre qui suit, ma dernière réponse, directe cette fois, à votre camarade. Monsieur Sans-Patrie Plus qu’un mot, c’est sûrement le dernier, et il sera bref, bref comme une conclusion. J’ai voulu vous obliger à déclarer tout haut que je n’étais point votre ami, votre émule, votre complice, comme vous- l’aviez plus qu”insinué; que je n’avais pas, tant s’en faut, commis le crime de lèse-patrie dans un discours public. Ê2 C’est fait, et vos ironies ne vous lavent pas d’un procédé indélicat, jugé tel par tous, soyez-en sûr. J’ai voulu prouver que les textes évangéliques, invoqués par vous en faveur de votre thèse et mis faussement dans ma bouche, ne vous autorisent pas à dire, à me faire dire re surtout que le Christ, mon Maître, devenu soudain le vôtre, à sa grande surprise et à celle du public, convie « les conscrits à refuser le service militaire », ni qu’il proclame « l’incompatibilité du métier des armes avec la qua- à lité de chrétien ». Car voilà {extuellement votre traduction ou votre commentaire, comme vous voudrez, que je persiste à trouver, à déclarer franchement, carrément trop libre et très fantaisiste. C’est fait et tous vos faux-fuyants n’ont pas dépisté nos lecteurs, soyez-en sûr. J’ai voulu établir que d’autres textes évangéliques prescrivent l’obéissance aux pouvoirs établis, sauf en ce qui est contraire à la loi de Dieu, comme vous dites fort justement, qu’ils imposent la solde de tous les. tributs, qu’ils autorisent la puissance du glaive, qu’ils justifient le recru47
quinzième cahier de la’ deuxième série “à tement des milices publiques. C’est fait, et vos subtilités chinoises et vos discussions byzantines ne donnent le change à personne, ayez-en l’assurance. “ En somme, provoqué, j’ai répondu. — C’était mon droit. — Vous le dirai-je, provoqué à nouveau, je ne répondrais plus, car ce serait mon déshonneur. Il ne peut me convenir, en effet; de verser ma prose plus longtemps (même en ue. face d’un adversaire courtois), dans une feuille où je vous plains sincèrement d’écrire, quand vous êtes exposé, comme dans le dernier numéro, à trouver, faisant suite à votre article, sous le couvert apparent de votre pseudonyme, un « ntrefilet sans signature, le seul qui n’en ait point, comme pour vous en laisser la responsabilité, où l’on annonce sérieusement et pour la seconde fois — c’est une récidive ‘28 — « le départ subit d’un vicaire de la cathédrale de Sens - avec mademoiselle B… ». Jugez du crédit que donne à vos : . démonstrations diffuses et embarrassées le voisinage d’une vérité comme celle-là. ; “4 Vous m’accusiez d’insinuations, quand, combattant visière levée, j’essayais, pour connaître mon adversaire, de percer à jour le masque sous lequel il s’est dérobé jusqu’au bout. Comment qualifierez-vous ce genre d’accusations ano- À nymes ? Peut-être vous les appellerez « un procédé de dis- cussion loyale », tout au plus « une grosse malice » comme vous dites si finement. Eh bien! moi, j’appelle cela, en bon français, et en toute vérité évangélique : un mensonge, DE une lâcheté, une infamie. Aussi, c’est le tribunal, si j’en 55) crois les intéressés, qui prendra soin de nous départager, 34 qui se chargera de commenter lui-même ce texte vraiment trop libre et très fantaisiste, et d’appliquer la loi qui protège jusqu’à présent, grâces à Dieu, l’honneur des citoyens: 5 En déposant la plume, je lui laisse donc la parole, et, en vous adressant ma carte p. p. c. je vous donne un rendez vous prochain dans l’enceinte de la justice, où nous assis- a we teront l’un et l’autre nos amis respectifs, assis sur des bancs divers, les miens à celui des calomniés, les vôtres à … 54 celui des calomniateurs. ÿ : Fe Archiprêtre de Sens Cette fois, ce n’est plus une retraite, c’est une déroute : M. l’Archiprêtre, qui déjà esquissait un prudent mouvement en arrière et ne soufllait plus un mot du texte évarigélique que Sans-Patrie lui mettait sous le nez, aujourd’hui se sauve à toutes jambes, en lançant la tête de notre ami des épithètes malsonnantes que l’abbé Olivier prend peut-être pour des arguments, mais que notre ami, avec sa bonhomie et son indulgence coutumières, prendra tout simplement pour de à Mais admirez le jésuitisme du saint homme! Durant toute sa polémique avec notre camarade, vous avez vu ses lourdes insinuations et ses pénibles efforts pour faire dégénérer une discussion purement théorique en une question de personnes. Aujourd’hui, pour couvrir “ sa piteuse défaite, n’imagine-t-il pas de greffer sur sa polémique avec Sans-Patrie une discussion sur un en- F trefilet auquel celui-ci est entièrement étranger et qui, ect d’ailleurs, n’a absolument rien à voir avec le débat institué sur le christianisme primitif et le catholicisme L’administrateur-gérant du Travailleur Socialiste est seul responsable des entrefilets sans signature qu’il Il ne fait, d’ailleurs, aucune difficulté de reconnaître qu’une erreur de fait s’est glissée dans l’entrefilet qui met si fort en colère M. l’abbé Olivier. Les mariages de prêtres que nous annoncions sont bien réels, mais il est inexact qu’un vicaire de la Cathé- drale ait disparu avec mademoiselle B… Nous avons confondu avec un autre prêtre d’une autre ville du diocèse, actuellement curé de V… Nous rectifions notre
quinzième cahier de la deuxième série erreur plus loin et nous exprimons à MM. les Vicaires k de la cathédrale tous nos regrets de les avoir mêlés une histoire à laquelle ils sont restés étrangers. ‘ Mais nous espérons que, malgré notre rectification, les Vicaires ne renonceront pas à leur.intention de nous poursuivre pour diffamation ou, à leur défaut, le Curé de V… Ce jour-là, nous n’aurons pas de peine à prouver au tribunal qu’il n’y a vraiment diffa- mation que là où il y a intention diffamatoire et que, dans notre pensée, il n’entrait aucune intention de diffamer les deux amoureux en cause. Loin de jeter la pierre au jeune prêtre qui s’amourache d’une de ses pénitentes et se sauve avec elle pour l’épouser, nous le félicitons hautement d’avoir renoncé à un célibat contre nature, source de toutes corruptions pour tant d’ensoutanés restés fidèles au froc. Voilà ce que nous dirons au tribunal et bien d’autres choses encore plus précises et plus crous tillantes, si le procès dont on nous menace vient au Hélas! nous tremblons que les intéressés, les calom- Ee niés, ne soient comme M. Olivier que des matamores qui menacent tout d’abord d’aller jusqu’au bout et qui, s au bon moment, se dérobent prudemment. Allons, ne. messieurs les Vicaires, allons, monsieur le Curé de V…- traînez-nous devant les tribunaux, sans peur des écla- #4 boussures et surtout sans crainte de faire de la: l’Archiprètre — envers qui nous voulons être juste Fe — n’a pas craint de nous en faire un peu en écrivant. dans nos colonnes : sitôt que le public sénonais a appris qu’il pouvait lire dans notre journal un sermon authentique de M. l’Archiprètre, il s’est précipité sur ce ‘ morceau de haute éloquence et aussitôt notre tirage a augmenté dans des proportions inespérées. Aussi est-ce Fi avec un véritable chagrin que nous nous voyons privé désormais d’une- collaboration si précieuse. M. l’abbé Olivier n’a pas obligé des ingrats : en le perdant, qu’il nous permette de lui donner ici même l’assurance de notre longue reconnaissance. Monsieur l’Archiprêtre Indélicatesse n’est pas assez dire; c’est un véritable faux que j’ai commis en vous attribuant ironiquement un sermon de ma composition : le faux du colonel Henry — j que nous pleurons tous — était véniel auprès du mien. Pour la première fois, je comprends aujourd’hui votre - . Sainte et légitime colère. € Aussi, ai-je hâte de vous offrir une réparation éclatante. j Pour ma confusion, je vous supplie de m’accorder l’autorisation de publier en brochure vos lettres si franches, si loyales et si finement spirituelles à côté de ma prose . diffuse et embarrassée. Ma conscience ne sera en repos que lorsque je verrai, dans une petite brochure facile à faire circuler parmi vos ouailles, mes subtilités chinoises, mes discussions byzantines et mes pauvres démonstrations aux prises avec votre puissante logique et votre solide docu- Je suis convaincu que votre inépuisable esprit de charité, que je sens déborder de toutes vos lettres, ne me refusera pas, votre modestie non plus, je l’espère, d’user du seul moyen que je vois de réparer, autant qu’il est en moi, l’indélicatesse véritablement monstrueuse dont je me sens coupable envers vous. En terminant, permettez-moi, monsieur l’Archiprêtre, de mettre au bas de ma lettre la simple formule de politesse que vous avez omise au bas de la vôtre et dont la cour-
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toisie la plus élémentaire fait un devoir à tous les gens bien élevés ; permettez-moi, dis-je, de vous saluer avec tout
le respect que je vous dois. É Ai-je besoin de vous dire, Monsieur, ainsi qu’à nos lecteurs, que je ne suis pas l’auteur de l’entrefilet sans signature qui est à la suite de mon dernier article ? Tout ce que j’écris est signé — d’un lâche et honteux pseudonyme, c’est vrai, — mais enfin c’est signé Dans sa lettre d’aujourd’hui — sa dernière lettre, hélas! — M. l’abbé Olivier, au lieu d’essayer de réfute les objections graves que je faisais, il y a huit jours, E. aux textes qu’il invoquait, se borne pour toute réponse à qualifier mon dernier article de « discussions byzannes » et de « subtilités chinoises ». M. l’abbé Olivier
- me permettra de ne pas prendre ces qualificatifs amers pour des arguments sérieux : le moindre essai de réfutation eût mieux fait l’affaire de nos lecteurs et leur eût paru plus digne de mon distingué contradicteur. —
Je ne sais si ces mêmes lecteurs, peu au courant des ù finasseries et des distinguo des écrivains ecclésiass tiques, ont savouré, comme elle le méritait, la phrase où M. l’abbé Olivier me déclare qu’il persiste à trouver
4 % commentaire », Cette phrase est un pur chef-d’œuvre de casuistique. En bon français, cette phrase alam-… biquée et entortillée signifie simplement que ma tra=
duction est exacte, mais que mon commentaire, mon interprétation du texte évangélique ne l’est pas. Autrement dit, l’Évangile dit bien : « Ne résiste point à la violence, mais si quelqu’un te frappe à la joue droite, présente-lui aussi l’autre »; l’Évangile dit bien encore : æ. « Aimez vos ennemis et bénissez ceux qui vous maudissent; faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous frappent et vous persécutent », l’Évangile dit bien tout cela, mais je n’ai pas le droit, selon M. l’abbé Olivier, d’en conclure, d’en tirer ce commentaire, cette interprétation que toute violence, à plus forte raison la guerre, la pire de toutes les violences, est contraire à l’esprit évangélique; que le métier de soldat, de tueur d’hommes est incompatible avec la dignité de chrétien. Enfin! M. l’archiprêtre, cessant d’ergoter et de nier l’évidence, arrive au nœud de la question. Quel malheur, que juste au moment psycho- logique, il renonce subitement à là controverse! Je continuerai quand même ma démonstration, pour nos lecteurs, et après avoir montré l’opposition du christianisme primitif et du catholicisme actuel sur la question de la non résistance par la violence, je montrerai prochainement leurs contradictions sur d’autres points aussi fondamentaux. Mais revenons à mon commentaire « trop libre et très fantaisiste » du sermon sur la montagne. deux commentaires admissibles du texte que j’invoque; je le mets au défi d’en trouver un troisième soutenable et plausible. Il y a d’abord l’interprétation étroite, littérale, rigoureuse : « Le Christ a formellement interdit derépondre
quinzième cahier de la deuxième série à à la violence par la violence et a ordonné d’aimerses me ennemis ; donc un chrétien ne peut se prêter à aucun acte de violence à main armée : il ne peut tuer; ilne peut être soldat, car la fin du métier militaire c’estla € guerre. » Cetie interprétation est la seule qui me é paraisse vraiment lozique pour un chrétien sincère. C’est celle que j’attribuais ironiquement à M. l’abbé Olivier dans le sermon fantaisiste que je lui ai prêté avec une si vilaine indélicatesse. Ah! certes, cette interprétation n’est pas à la portée des âmes vulgaires ni des gens de petite foi, comme dirait Jésus. Il est s plus facile de débiter tout un chapelet ou de lire du bout des lèvres, pendant deux heures consécutives par jour, des litanies et des prières, que de faire violence sacrifier tout entier au triomphe d’un idéal pareil. n’en resle pas moins vrai que cette soif d’idéal, des i _ hommes l’ont eue au‘point de pratiquer à la lettre principe de la non résistance au mal par la violence. Pendant les trois premiers siècles du christianisme; “4 des chrétiens, vrais disciples du Christ, ceux-là, se sont laissé persécuter, torturer, au milieu des moqueries de °14 la populace d’alors, sans essayer la moindre résistance: 4 se Au seizième siècle, lorsque la Réforme protestante à mis une partie de la société européenne face à face Fe avec le texte évangélique soustrait aux regards des fidèles pendant douze siècles par l’Église romaine, il ss s’est trouvé en Allemagne une secte, celle des Mén0Le nites, assez idéaliste et assez chrétienne pour refuser, ue. a”: sans violence, passivement, de contribuer à la défense ” armée du pays; au dix-septième siècle, les Quakers, ÿ : autre secte protestante encore nombreuse en Amérique,
s’est obstinément refusée et se refuse encore au service militaire; enfin, en notre siècle, en Russie, des villages l entiers ont refusé au nom de l’Évangile de servir dans larmée du tsar. Ces doux réfractaires, les Doukhobors, ont répondu aux policiers et aux soldats du tsar: « Faites de nous ce que vous voudrez; nous rendrons au tsar ce qui est dû au tsar et à Dieu ce qui est dû Dieu; frappez-nous; tuez-nous; mais nous ne serons point soldats, nous n’apprendrons pas à tuer des hommes, car tous les hommes sont nos frères. » On les Re. a persécutés ; on a envoyé les meneurs en Sibérie, on a fait mourir sous le knoui, devant leurs femmes et leurs enfants, ces doux pacifiques; rien n’y a fait; ne pouvant exterminer tout ce monde, dont l’attitude héroïque trouvait des admirateurs dans toutes les classes de la société russe, le gouvernement du tsar a dû les laisser L’an dernier, pourtant, pris de remords ou craignant la contagion de l’exemple, il a donné l’ordre qu’on les expulsât de son empire, et 8.000 d’entre ‘eux, errants et fugitifs, ont abandonné leurs foyers et leurs tombeaux pour aller chercher au loin une terre où n’existe point le service militaire obligatoire, où l’on ne soit pas obligé de tuer et en tuant de violer la loi du Christ. Aujourd’hui, après des souffrances horribles, ils sont Quels sont les vrais chrétiens? Les Doukhobors ou les archiprètres qui réunissent des enfants crédules et _ ignares au pied des autels pour leur chanter la gloire du sabre?
quinzième cahier de la deuxième série Reste l’autre commentaire permis, l’interprétation Ne moins logique, mais plus facilement acceptable, plus humaine. Elle consiste à dire ceci: « Dans le sermon sur la montagne, Jésus a seulement voulu nous propo- ke ser un idéal élevé, sublime, mais qu’il savait fort bien s être hors d’atteinte pour le commun des hommes;ilne faut donc pas prendre à la lettre la parole évangélique; n. nous devons l’interpréter en ce sens qu’il faut nous efforcer d’être doux, humains et pacifiques. Jésus ne ‘4 saurait en vouloir à des hommes bons et justes qui, ‘4 sans altaquer autrui, se contentent de repousser avec Se. modération l’envahisseur violent qui menace leurs
- foyers et leurs autels. Ainsi interprétée, la doctrine - évangélique sera plus à la portée de notre faible humanité et elle exercera encore, néanmoins, ane action bienfaisante sur la terre. » J’admets cette interprétation opportuniste, bien que la défense de résister au mal par la violence soit caté- gorique et que Jésus, s’il avait voulu faire une exception en faveur de la patrie, eût pris soin de le faire en termes clairs et indiscutables. Mais, alors, quel doit être, au moment de la levée des conscrits, le rôle du prêtre opportuniste qui trouve trop radicale et trop subversive la pure doctrine évangélique, mais qui veut pourtant faire entendre quelque écho, si affaibli soitil, de la parole du maitre galiléen? Son devoir est tout tracé. Il doit rappeler à ces jeunes hommes que l’idéal à atteindre c’est la fin de toute haine nationale, de toute » guerre, de toute violence; que la défense du territoire de peut seule justifier une violation des principes de . l’Évangile; mais que toute guerre offensive, toute guerre qui tend à détruire par la violence les foyers et les autels d’un autre peuple est une abomination à laquelle
- un chrétien, si dégénéré qu’il soit, ne doit point se i soumettre, même sous la menace de la prison ou de la mort. Avec la crédulité des ouailles catholiques, si confiantes dans la parole de leurs prêtres, en cinquante ans de prédications pareilles, l’Église catholique eût créé au sein de nos sociétés écrasées de charges mili- sé taires et empoisonnées de chauvinisme jusqu’aux moelles, en France et à l’étranger, un courant pacifique qui eût emporté pour toujours le culte barbare de la force brutale et l’idolâtrie du sabre, elle eût étoufté se dans leur germe les conflits internationaux et elle eût réparé, dans une certaine mesure, par ce grand service rendu à l’humanité, toutes ses violences et tous ses
- Cette interprétation opportuniste, terre à terre, s’est encore trouvée trop élevée pour l’esprit et le cœur du curé-archiprêtre de Sens. Même à ce devoir restreint - et élémentaire, M. l’abbé Olivier a manqué gravement: que nos lecteurs plutôt relisent son sermon. Sans se laisser éblouir par la beauté de la forme, par ces images grandioses qui révèlent en M. l’abbé Olivier un nouveau Bossuet (je leur recommañhde tout particulière— ment « l’ange de la France feuilletant les registres où sont inscrites les réserves saintes de la nation ») que nos lecteurs aïllent droit au fond. Qu’ils jugent la misé- rable pensée du prêtre catholique en la comparant à la parole sublime de Jésus.
- Pour M. l’abbé Olivier « quiconque, depuis (depuis
é quinzième cahier . de la deuxième série Jésus), vit et combat au service de sa patrieestun être sacré ; il ne fait pas seulement métier de soldat, il fait métier de christ, de sauveur et s’il vient à mourir, ce. n’est pas une victime simplement, c’est un martyr, ca il a combattu pour les foyers et les autels. » Et tout le reste du sermon est une glorification enthousiaste du métier de tueur d’hommes. « Servez votre pays, s’écrie le savant et éloquent prédicateur (c’est M. l’abbé Olivier que je veux dire), servez votre Dieu, c’est tout un, sans ‘4 faiblesse, sans lâcheté, à la facon des Bayard, des Duguesclin, des de Lamoricière, des Mac-Mahon, des de me: Sonis, des Courbet. Soyez, comme eux, partout ettou jours, des Français sans peur et des chrétiens sans Eh bien ! je prétends que quand un prêtre catholique est capable de tenir un pareil langage, dans une telle . circonstance, il n’a plus le droit de se dire un disciple du Christ, ou tout au moins, s’il a le droit de s’affubler ? de n’importe quel nom, il donne à tous ceux chez qui le sens critique n’a pas été atrophié par les pratiques ma: chinales et l’enseignement de mots du séminaire, la l’esprit du christianisme primitif. Si je n’étais pas, selon l’heureuse trouvaille de l’abbé Olivier, « totalement étranger aux leçons de. l’histoire nationale », j’ajouterais que le sermon de l’archiprêtre donne l’impression qu’au séminaire 2 à n’a appris l’histoire que dans le manuel du P. Loriquet. Mon distingué contradicteur ne semble-til pas croire, en effet, que les héros qu’il propose à l’admiration des à conscrits n’ont jamais combattu que pour la défense de la patrie, des foyers et des autels ? Ne croit-il pas bon-
nement que les armées n’ont servi et ne servent qu’à ce : rôle défensif? Voyons ? est-ce qu’ils défendaient leurs foyers et leurs autels les soudards napoléoniens qui ont envahi et saccagé la Prusse en 1806, qui ont voléet massacré les Espagnols, de 1809 à 1813, qui ont dé- chaïîné contre eux, par la marche sur Moscou, l’insurrection nationale et religieuse du peuple russe? Et les Lamoricière, les Mac-Mahon, les Sonis qui ont conquis tant de galons et de croix en enfumant les Arabes dans les grottes du Dahra, en coupant leurs arbres fruitiers, . en incendiant leurs récoltes dans toute l’Algérie, — dans une Algérie où la piraterie n’existait plus depuis long- temps, — est-ce qu’ils défendaient leurs foyers et leurs autels ou plutôt ne venaient-ils pas attaquer les foyers et les autels du peuple arabe? Peut-être M. l’abbé Olivier se figure-t-il aussi que ce sont les Chinois qui sont venus attaquer nos foyers et nos autels! Les Hovas aussi,
sans doute, et les nègres du Soudan ? Si M. l’abbé Olivier sent la force des objections que je lui soumets depuis le début de cette polémique, je le prie de rassurer sa conscience. Il a contre lui l’Évangile sans doute, mais il a pour lui l’Église catholique tout entière qui, depuis des siècles, méconnaît et viole cyniquement le précepte évangélique de la non résistance au mal par la violence. Au huitième siècle déjà, les mis-
- sionnaires qui évangélisaient les Germains appelaient les guerriers catholiques de la France d’alors contre les païens récalcitrants et l’un de leurs chefs, Charlemagne, faisait décapiter, en un seul jour, 4.500 prisonniers saxons. Du onzième au treizième siècle, l’Église lançait des millions de catholiques contre les musulmans qui occupaient Jérusalem : ce furent les cmæisades. Lors de
=) quinzième cahier _ de la deuxième série É “la première, il y eut un tel carnage d’infidèles que dans l’un de leurs temples, le sang s’élevait jusqu’à la bride des chevaux, à quelques pas de l’endroit où avait été “304 -_ crucifié celui qui avait apporté au monde l’Évangile de ge fraternité universelle. Rappellerai-je les massacres x d’Albigeois, les milliers de victimes de l’Inquisition, les horreurs de la Saint-Barthélemy allumées par les prédi- n cations des moines? A quoi bon puisqu’il n’y a pas un seul de nos lecteurs — sauf M. l’abbé Olivier peut-être — qui ne sache que chaque page de l’histoire de l’Église catholique est rouge de sang? M. le curé archiprètre, en exaltant le métier de tueur d’hommes, est donc resté dans la bonne et pure tradition catholique. O Jésus, puisque tu fis jadis le tour de force de res- susciter trois jours après ta mort — du moins M. l’abbé À Olivier l’enseigne à ses ouailles — il ne te coûterait pas beaucoup plus de ressusciter une deuxième fois après dix-neuf siècles. Reviens au milieu de nous, doux Galiléen; maïs viens, je t’en supplie, sans le fouet avec lequel tu chassas un jour les pharisiens et les mar- chands du temple, M. l’abbé Olivier croirait que par geste méprisant tu as justifié l’emploi de la violence contre les mécréants. Cette fois, pour qu’il n’y ait pas d’erreur possible au sujet de ton sentiment sur toutes les violences, quand tu renouvelleras ton beau gesté« contre les pharisiens et les marchands du temple, je Le mettrai à ta disposition un solide balai. <43t ._ Au service d’une thèse vraiment insoutenable, le) s Sans-Patrie avait déployé de telles ressources de sophiste qu’il avait donné, aux ouailles mêmes de,