Un essai de monopole
k paraissant vingt fois par an
_ 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée
Nous avons publié dans nos éditions antérieures et dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un si grand nombre de cahiers de courriers, et de tant de pays, en : particulier des colonies françaises, un si grand nombre de cahiers de l’enseignement, et de tant d’enseignements, un si grand nombre de cahiers d’histoire et de philo-
; sophie ; nous y avons publié un si grand nombre de textes et commentaires, de documents et renseignements, de contributions, de dossiers et de travaux portant sur tous les ordres de l’enseignement; en particulier sur l’enseignement primaire ; en particulier sur la situation des instituteurs; en particulier Le Jean Coste d’Antonin Lavergne ; et ces cahiers de courriers, d’histoire et de philosophie, ces textes, commentaires, documents, renseignements, contributions, dossiers, travaux étaient si considérables que nous ne pouvons pas songer à en donner ici l’énoncé même le plus succinct; pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières séries des cahiers, il suffit d’envoyer un mandat de
des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée,
; Paris, cinquième arrondissement ; on recevra en retour
le catalogue analytique sommaire, 1900-1904, de _ nos cinq premières séries.
. Ce catalogue a été justement établi pour donner, autant qu’il se pouvait, une image en bref, un raccourci, une idée, abrégée, mais complète, de nos édi- È tions antérieures et de nos cinq premières séries ; tout y est classé dans l’ordre; il suffit de le lire pour trouver,
à leur place, les références demandées. F Ce catalogue, in-18 grand-jésus, forme un cahier
très épais de XII1+/408 pages très denses, marqué cing francs; ce cahier comptait comme premier cahier de la sixième série et nos abonnés l’ont reçu à sa date, F le 2 octobre, comme premier cahier de la sixième série; toute personne qui s’abonne à la sixième série Ë le reçoit, par le fait même de son abonnement, en tête de la série; nous l’envoyons contre un mandat de cinq francs à toute personne qui nous en fait la
£ Nos anciens abonnés savent, pour l’avoir éprouvé pendant cinq ans, nos nouveaux abonnés reconnaîtront rapidement que nos cahiers forment un grand peuple libre ; nos cahiers successifs ne se suivent point à la file comme les numéros assujettis des anciennes revues bourgeoises ; ils ne forment point des séries linéaires, serviles et apeurées ; ils ne tremblent point sous le gouvernement de commanditaires capitalistes ; ils ne mentent point sous le commandement de directeurs terrorisés, dirigés eux-mêmes; ils forment un grand et
LL On y peut distinguer des familles, des races, des compagnies, des tribus; libres, autochtones, autonomes; des alliances, des camaraderies, des amitiés; libres, spontanées; des parentés; profondes; des correspondances et des communications; libres ; des demandeset des réponses; des résonances et des consonances ; des échos; des courants circulent; courants de pensée, mouvements d’art, mouvements de vie, mouvements de philosophie, mouvements de science, de travail, d’action, de spéculation; des veines, au sens où les prospecteurs entendent ce mot, des veines courent; des filons
reparaissent; des souches, de vieilles souches poussent des rejetons; des germinations se poursuivent; des frondaisons s’épanouissent ; des floraisons éclatent; et
{ de toutes les végétations qui se poussent dans le monde, nous faisons quelques récoltes; tout un monde,
un peuple de travail se meut; des végétations naissent et croissent; des moissons poussent; des forêts montent;
Parmi toutes ces familles de cahiers, deux familles apparaissent aujourd’hui dans toute leur vigueur, dans :
: toute leur puissance; la première constituée par les cahiers de courriers ; la deuxième constituée par les cahiers de l’enseignement.
Ce sont parmi nous deux familles anciennes, et de fondation ; nos premiers cahiers de courriers, ou plutôt nos premiers courriers proprement dits, — qui ne tenaient point tout un cahier, —remontent,sijen’aipoint à oublié mon catalogue analytique sommaire, à cesbrefs
\ et inoubliables courriers de Chine, signés Lionel Landry. le premier daté de Tien-Tsin, 13 novembre 1900, dont nous attendons toujours, en un cahier courrier de Chine, la suite et la fin; et nos cahiers de l’enseignement remontent si loin que je ne me rap- ; pelle plus à quand ils remontent; au delà de cet
Tous nos cahiers, d’ailleurs, et en un sens, ne sont-ils pas des cahiers de courriers; puisque tous nos cahiers, sans aucune exception, apportent à nos abonnés des nouvelles vraies de quelque part; et tous nos cahiers, en un sens, ne sont-ils pas des cahiers d’enseignement; puisque tous nos cahiers, sans aucune exception,
apportent à nos abonnés les meilleurs des enseigne- : ments, les seuls enseignements qui soient valables, les
enseignements que nous recevons de la connaissance de la vérité; que nos cahiers nous apportent des nouvelles des pays géographiques ou des paysintellectuels, des pays mentaux et sentimentaux, des pays de la philosophie et du poème, tous nos cahiers sont des cahiers de courriers; que nos cahiers nous apportent les enseignements de l’école ou généralement les essentiels enseignements de la vie, tous nos cahiers sont des cahiers de l’enseignement; ils sont en un sens $ les uns; et en un autre sens les autres; la vérité est _ comme un lieu géométrique où se coupent un très | grand nombre de regards et de sens, d’actions et de . directions; et c’est parce que nos cahiers sont essentiellement des cahiers de vérités qu’ils sont eux-mêmes comme un grand pays géométrique où se coupent un s grand nombre de regards et de sens, d’actions et de directions; qu’en un sens ils apportent des renseignements, qu’en un autre sens ils apportent des enseignements; sans compter tous les autres sens; que si l’on veut ils sont tout courriers, et, si l’on veut, tout Que si l’on veut au contraire s’en tenir au sens restreint, au sens particulier, dans ce grand peuple libre des cahiers nos anciens abonnés connaissent bien, nos nouveaux abonnés apercevront bientôt ces deux grandes . familles dynastiques, les cahiers de courriers, les cahiers de l’enseignement; en ce sens restreint, en ce sens particulier, le cahier que l’on va lire présente un x ‘intérêt singulier, car il appartient également à ces deux
| grandes familles, il est à la jonction de ces deux races, | au point de recoupement de ces deux grandes lignées; il est si l’on veut un cahier de courrier proprement dit; | et si l’on veut un cahier d’enseignement proprement dit. | Il est évidemment un cahier de courrier, courrier de ù Madagascar; à ce titre il nous apporte les nouvelles de cette récente colonie française; il est d’autre part, et non moins évidemment, un cahier de l’enseignement, cahier de l’enseignement primaire des indigènes à LES Madagascar ; il rejoint ainsi, et très heureusement, notre récent cahier de légalité devant l’instruction, deuxième cahier de cette sixième série, cahier de ren- | trée, où il y avait un si gros souci du véritable enseije gnement primaire; il rejoint également tant de cahiers que nous avons publiés, et de tant d’enseignements, | tant de cahiers, tant de courriers que nous avons je publiés, et de tant de pays; il est à un grand carrefour ? des chemins des cahiers. Dès les premiers mots on a bien l’impression que c’est ; bien un cahier de courrier, venu de loin, que l’on n’est plus en France, que l’on a fait un voyage, qu’il y a quelque chose de changé, que l’on parle un autre, un nouveau langage ; à Paris quand nos politiciens radicaux font de l’anticléricalisme, de l’enseignement laïque et du monopole d’État, quand ils veulent introduire partout | le gouvernement de leur enseignement ofliciel, ce j commandement paraît former une plaisanterie excessi-
vement spirituelle, parce que l’on ne pense alors qu’à : embêter les catholiques; en France tout anticléricaic lisme paraît être uniquement un anticatholicisme; LE quand on parle du monopole, quand on veut faire le
monopole, on s’amuse extrêmement, parce qu’on ne pense qu’à embêter les catholiques.
A Madagascar, et l’on s’en aperçoit dès les premiers mots du cahier, quand on fait de l’anticléricalisme, quand on laïcise, quand on fait du monopole d’État, du gouvernement, de l’enseignement officiel, quand on laïcise, enfin, par les moyens gouvernementaux, on embête également, ensemble et indivisément, le protestantisme et le catholicisme.
Cela change immédiatement la situation, l’attitude générale, par suite l’attitude mutuelle de tous les ayants droits; ce changement de relation et pour ainsi dire de situation topographique entraîne immédiatement un changement de mentalité, un changement de moralité ; ou du moins d’application de la moralité ; il fait dispa-
$ raître automatiquement la mentalité politicienne, l’immoralité politique parlementaire; automatiquement il fait apparaître la mentalité humaine, juridique, la moralité commune. De ce nouveau langage, de cette mentalité restituée, de cette moralité retrouvée, il suit immédiatement qu’il y a deux manières de lire ce cahier, la bonne et la mauvaise ; comme toujours la | mauvaise est la plus attrayante, et c’est la mauvaise que nous pratiquerons quelque peu.
La bonne lecture est toute innocenteet naïve; comme on s’y attendait; elle consiste, étant donné que ce cahier est un cahier de l’enseignement primaire des indigènes à Madagascar, à le lire comme un cahier de l’enseignement primaire des indigènes à Madagascar; comme un cahier de courrier; comme un cahier de l’enseignement.
Pour tout travail, pour toute œuvre, la bonne lec- : ture consiste à lire l’œuvre en elle-même, par ellemême, pour elle-même. Je me hâte d’ajouter, pour dégager toute sa responsabilité, que cette lecture est la lecture de l’auteur; et 3 il est bien qu’il en soit ainsi; car il faut que l’auteur soit innocent; il suflit que nous lecteurs nous soyons | coupables; M. Raoul Allier a écrit ce cahier comme un cahier d’études, comme un cahier de renseignements, | comme un cahier de courrier, comme un cahier d’enseiEM gnement, comme le cahier de l’enseignement primaire des indigènes à Madagascar. Engagé lui-même, de son travail, de sa conscience, de tout son zèle dans une des Sociétés libres intéressées, M. Raoul Allier avait écrit dans Le Siècle, de quinzaine en semaine et en demi-semaine, une série d’articles qu’il destinait à porter le débat devant le grand public, tout au moins devant le public lui-même intéressé de | ce journal; bientôt il devint évident que ces articles se | dessinaient en forme de cahier; on voit tout de suite ‘ quand par leur probité, par leur sérieux, des articles de journal se proposent de devenir un cahier; dès lors il fut entendu avec l’auteur qu’ils feraient en effet un cahier, pour le commencement de cet hiver; le premier 2 article était daté du lundi 16 mai 1904; le deuxième du dimanche 29 mai; le troisième, du dimanche 5 juin; et ainsi de suite; les premiers articles avaient été écrits pour eux-mêmes; les derniers furent écrits avec cette intention que le tout formerait un cahier; des uns aux 4 autres nulle différence; une homogénéité parfaite; la vérité, étant une, étant constante, étant fidèle, étant perpétuellement identique à elle-même, se retrouvait la ». XII
même en articles de journaux, se retrouve la même en ce cahier.
- Les articles n’ont donc subi, pour entrer dans leur nouvelle forme, aucune altération; le dernier article, tout récent, était daté du dimanche 14 août; il portait sur l’Éthiopianisme; il fermait une série de seize articles; ces seize articles sont devenus tout uniment les seize chapitres du cahier; nous leur avons laissé leurs dates; nous leur avons laissé leur forme, et tout ce qui en eux tenait à leur date; nous n’avons ni altéré, ni truqué; nous avons naturellement réuni en un cahier une série d’articles qui, les uns d’eux-mêmes, les autres
. d’eux-mêmes et consciemment, formaient inévitablement un cahier.
. Ces réserves faites, je dois dire que le cahier, comme il arrive souvent pour les cahiers ainsi constitués, contient une très importante part de travail non encore édité; mais, justement pour sauver l’intégrité des premiers articles, nous avons mis en notes ces renforcements du texte; l’auteur savait que nos abonnés ont
accoutumé de lire, et d’aimer le plus les études les plus sérieuses; il a donc pu mettre en notes ces renforcements, ces achèvements, ces documents, ces textes et ces commentaires qui ne peuvent point passer dans un quotidien; il a mis en annexes plusieurs documents plus longs et particulièrement intéressants; nous avons composé ces notes en sept, et non pas en six, parce que par leur importance elles forment des annexes perpé- tuelles ; nous ferons ainsi toutes les fois que dans un cahier les notes auront cette importance d’annexes.
Ainsi constitué, ce cahier de courrier, ce cahier d’enseignement, ce cahier de courrier d’enseignement doit
l se lire comme tous nos cahiers, dans un esprit de
il sagesse et d’impartialité, comme un cahier d’histoire
contemporaine; l’auteur s’y comporte comme un par-
fait, comme un véritable historien; par ce temps de
démagogie, le véritable historien est rare; il est ce qui
| manque le plus; on sera même frappé de ce ton mo-
deste et honnête, suivi; on verra comment un protes-
tant historien parle des catholiques, et comment un
libéral historien parle de l’État; on sera très heureu-
sement surpris de ce ton honnête, ancien, désormais,
à hélas, nouveau parmi nous.
Il faut que nous soyons singulièrement malhonnêtes
| pour que la seconde manière de lire ce cahier s’impose
} aussi étrangement à nous; je ne sais pas si l’on pourra
| s’en défendre; dès les premiers mots, contre la volonté,
| contre le sens même de l’auteur, cette histoire de l’en-
| seignement primaire des indigènes à Madagascar appa-
raîit comme une de ces histoires asiatiques merveil-
| leuses où se complaisait la spirituelle malice du dixhuitième siècle français; comme une de ces histoires
de l’autre bord où s’est complu tout le dix-huitième
| siècle; toute cette histoire malgache apparaît comme
une histoire persane, un conte musulman, comme
un roman de Zadig, un supplément aux voyages de
quelque Bougainville, un conte océanien; je vous le
$ demande, comment peut-on être malgache; à tout
instant, à toute ligne on saisit des rapprochements avec
la France, des intentions qui ne sont point dans Ja
#1 pensée de l’auteur, des transparences qui n’en sont
12 point, des mots qui sont évidemment dits pour Mada-
pe gascar et que l’on jurerait qui sont dits pour la France;
et pourtant ils ne sont pas dits pour la France ; et c’est nous qui faisons des transpositions.
Je parcours le cahier ; j’en veux retirer les passages les plus dangereux, et les mettre ici, pour qu’ensuite au cours de la lecture ils ne troublent point le fil de la narration ; ils épuiseront dans cet avant-propos toute leur force de danger ; je commence au commencement du cahier ; je continue ; fin du chapitre premier :
« Pourquoi donner ici tous ces détaïls? Tout simplement parce qu’ils sont igncrés et qu’une discussion quelconque, pour être sérieuse, doit tenir compte des
. faits réels. En dehors des faits, il n’y a que déclamation. Il ne s’agit pas de quémander des faveurs pour qui que ce soit. Ceux dont j’ai rappelé les efforts n’élè- veront aucune protestation contre le développement de l’enseignement officiel et laïque, dont ïls sont les premiers à reconnaître le droit et la nécessité. Ils réclament pour eux le droit commun tout entier, mais ils ne réclament que ce droit commun. On admettra, pourtant, qu’il soit désagréable à des Français d’entendre toujours dire qu’ils n’ont rien fait pour empêcher l’influence française d’être légitimement identifiée avec l’influence cléricale. »
J’entends dans cette phrase une résonance vieille dreyfusiste qui ne manquera point d’attirer sur l’auteur les malédictions de nos dreyfusistes nouveau style, politiques parlementaires, ouvriers de la cent soixante-et-onzième heure, mais qui ne surprendra point tous ceux qui connaissent M. Raoul Allier. Plus
| « Ce n’est pas le général Gallieni qui avait inventé 4 \ ce régime. J’ajouterai même qu’il ne faut pas, non plus, | en rendre responsable le ministre d’alors, M. André : M. André Lebon, quel nom sinistre, évocateur de : quels souvenirs ; mais de notre auteur quelle attention } ponctuelle d’historien à mesurer les responsabilités ; js en particulier pour le général Gallieni quelle attention (£ perpétuelle à mesurer les responsabilités de son gou-. Je vernement général; plus loin, sur l’enseignement donné ë par les non-Français à Madagascar : 3 « Ce sont là des faits aisés à contrôler. Je sais des gens } qui ne pourront les constater sans irritation. Il leur t manque quelque chose quand ils n’ont plus l’occasion ET de montrer le poing à l’étranger. Un peu de réflexion Er. aurait sufli, pourtant, à nous rassurer. Il y a à la tête de à la colonie un soldat dont le patriotisme est justement chatouilleux. Peut-on supposer, sans lui faire injure, 1 qu’il aurait laissé subsister un enseignement nuisible aux intérêts de la France ? » Ni démagogie militariste, ni démagogie antimilita- | è riste : un langage exact; combien devenu rare; et | quelle honnêteté pour parler de soi : .… QEn mars 1897, toutes les écoles primaires qui 3 étaient antérieurement entre les mains de la Société 4 de Londres passèrent sous la direction de la Mission protestante française, qui, pendant plus de deux ans, il en eut toute la responsabilité morale et, presque en $ entier, la responsabilité financière. »
« Il ne s’agit pas de faire ici l’éloge d’une mission particulière. Je n’ai pas attaqué, dans mon dernier article, _ l’œuvre des Frères. Je n’exalte pas, dans celui-ci, l’œuvre des Anglais. La production des documents qu’on vient de lire n’a qu’un but. C’est de répondre à la question : la domination de la France est-elle ou : west-elle pas menacée, à Madagascar, par certaines écoles privées ? 11 m’a paru qu’au lieu de m’en rapporter aux propos en l’air qui peuvent circuler dans les salles | de rédaction ou même dans les couloirs du PalaisBourbon, il était plus simple de consulter le général _Gallieni lui-même. « Non, l’influence nécessaire de notre pays n’est me-
- nacée par personne à Madagascar. Il y a, pour la propager activement, l’œuvre même de notre civilisation, l’enseignement officiel laïque, l’enseignement privé des missions françaises de toutes dénominations. : Sous prétexte de sauvegarder ce qui n’est pas en péril, il n’a jamais été nécessaire, et il ne l’est pas davantage aujourd’hui, de maintenir, au milieu de populations en majorité protestantes, des écoles officielles qui soient Tout est là : « l’enseignement privé des missions françaises de toutes dénominations ; » ce que demande lauteur, c’est exactement que les écoles officielles ne | soient pas catholiques, et que les écoles catholiques ne soient pas officielles ; qui ne penserait comme lui ; l’auteur ne veut point l’immédiate mort des catholiques ; il ne s’agit point de cela; l’auteur demande seulement qu’en matière d’enseignement l’État ne soit pas d’Église,
et que l’Église ne soit pas d’État ; c’est toute la formule, en ces matières, du véritable acratisme, et de la
’ Les titres mêmes de chapitres nous conduisent malgré l’auteur et malgré nous aux plus rapprochés rapprochements : une erreur ; n’a-t-on point commis cette erreur en France; vieillerie condamnée ; elle est condamnée en France; alarme inutile; une originale tentative;
: changement de front; l’art des statistiques; statistiques scolaires, statistiques électorales; enfants à la rue; contre l’élite ; à démocratie ; l’iniliative interdite ; parfaitement ; l’arbitraire ; allons donc; paradoxe d’illégalité; vraiment; comme chez nous, alors; leçons de fran- çais ; pour la langue malgache ; fagots et fagrots ; pour les écoles laïques; Éthiopianisme ; vous saurez que cet Éthiopianisme est un nationalisme, comme tout le monde.
Le ton de ce cahier paraîtra beaucoup trop mesuré à un très grand nombre de personnes; un très honnête homme, ancien élève de l’ancienne École Normale, supérieure, — les deux sont compatibles, — agrégé de ù philosophie, chargé d’un cours de l’enseignement
$ supérieur, un historien de la philosophie, un philosophe, un véritable ancien dreyfusiste, homme à la fois sérieux et enjoué, très au courant de ce qui se passe à Madagascar, sachant que M. Raoul Allier nous préparait un cahier de l’enseignement primaire des indigènes à Madagascar, nous écrivait: « Il faut toujours tenir compte, en écrivant, en
: publiant, de ceci : Le gouvernement de Madagascar est
à une satrapie. Il est loisible à Gallieni et à ses subor-
donnés de rendre la vie impossible aux individus ou aux collectivités qui s’exposent à des rancunes de l’administration. D’autre part, les enquêtes sont presque impossibles dans la colonie. Les Malgaches sont si aplatis que les victimes d’un abus de pouvoir refuseraient de déposer contre le fonctionnaire oppresseur. » On ne trouvera point dans le cahier de M. Allier de ces violences de langage, légitimes sans doute, mais qui tout de même ne sont pas d’un véritable historien.
Singulier pays que ce pays de Madagascar ; et comme ces violences de langage même servent à nous repré- senter une aussi lointaine situation; figurez-vous que ce gouvernement de Madagascar est une satrapie; ce n’est pas comme le gouvernement de cette France; le gouvernement de cette France n’en est pas une, cette Madagascar, nous représente assez bien ce que sera le gouvernement de cette France quand le commandement de M. Jaurès nous aura tous courbés; il fera bon vivre dans la satrapie du satrape Jaurès ; on croirait y être ; il sera loisible à Jaurès et à ses subordonnés de rendre la vie impossible aux individus ou aux collectivités qui s’exposent à des rancunes de l’adminis- F tration ; d’autre part, les enquêtes sont presque impossibles dans la colonie; les Français sont si aplatis que les victimes d’un abus de pouvoir refuseront de déposer contre le fonctionnaire oppresseur: et comme le dit Jaurès, périssent mes principes, et vive ma colonie.
Conclusion du chapitre IV : x .… € D’aucuns diront sans doute que le principe de
la laïcité absolue de l’État ne permet pas à celui-ci | d’avoir le moindre rapport avec une mission, même | quand elle n’est investie d’aucun caractère ofliciel, et qu’il ne s’agit que d’enseignement industriel et agricole. La thèse est soutenable. Mais, si le régime de l’école | congréganiste officielle était contraire à tous les prin- | cipes de notre démocratie, la suppression du régime des subventions conditionnelles ne choque aucun de ë ces principes. Quelques-uns, dont je suis, peuvent mettre en doute l’utilité pratique de cette suppression | subite. Personne n’en saurait contester la parfaite léga- . lité, la complète conformité avec l’esprit et la lettre de notre droit public. » 3 Un homme qui parle encore de principes, de thèses, | de régimes, de principes encore, de principes toujours; | de parfaite légalité, de complète conformité avec l’esprit j | et la lettre de notre droit public ; Aussitôt après, au commencement du chapitre V : ; .… « Ce secours étant toujours révocable, le régime pouvait disparaître, avec une assez grande rapidité, à la suite de décisions d’espèces qui auraient été justifiées, par exemple, par une mauvaise observation des règlements. Il n’était point nécessaire de tout bousculer et de choquer par des mesures vexatoires des principes essentiels. ÿ « Ce régime pouvait aussi prendre fin d’une autre { façon. L’État était parfaitement libre de déclarer que ss le système lui déplaisait et qu’il préférait réserver dans l’avenir loutes ses ressources pour ses propres écoles. ra Le régime des subventions conditionnelles était tout à
fait défendable. De même, sa suppression ne lésait, en théorie, aucun droit. A condition de n’être pas opérée brutalement, au lendemain de dépenses réclamées et obtenues des particuliers, elle était légitime de tous points. J’admets qu’elle pouvait paraître exigée par le principe de l’absolue laïcité de l’État. Mais, alors, il fallait, tout simplement et tout franchement, en appeler à ce principe et l’appliquer avec les transitions nécessaires. Surtout, il était inutile de compliquer ce changement soudain de régime par d’autres mesures qui violent notre droit public et qui sont radicalement contraires à l’esprit de notre démocratie.
« Le principe de la laïcité, entendu dans le sens le plus rigoureux, n’a pas été mis en avant pour justifier la suppression des subventions conditionnelles. Alors qu’il aurait suffi pour expliquer l’acte gouvernemental, ce principe n’a pas même été invoqué. Il a été remplacé par des raisons plus discutables. »
Même chapitre, quel rapprochement, nouveau pour nous, quelle juxtaposition, quelle composition de trois missions, la première catholique française, la deuxième protestante anglaise, la troisième protestante française :
« Je trouve dans le Journal Officiel de Madagascar,
à la date du 27 avril 1901, un discours prononcé par
M. Lepreux, secrétaire général, à propos d’un concours de couture. Il disait : « Au nom du général Gallieni et, permettez-le moi, également en mon nom personnel, j’adresse de très vives et très sincères félicitations aux
Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, à la London Mis- : sionary Society et à la Mission protestante française
pour être entrées résolument dans les vues du gouver-
| nement de la colonie et pour les résultats très satisfai- | sants déjà constatés. Ces trois missions ont devancé R dans cette voie l’enseignement officiel. » Même chapitre, en note; sur une école tenue par les | Frères de la Doctrine chrétienne : à | Journal Officiel de Madagascar du 11 mai 1901, à propos | de l’école d’Andohalo, tenue par les Frères de la Doctrine | chrétienne : « Le programme des classes est surtout x en vue de l’enseignement professionnel et parfois est | À partie intégrante ; c’est ainsi que les élèves font d’abord le | croquis du travail qu’ils doivent exécuter à l’atelier. La forge a été ajoutée à la menuiserie au début de cette année et, à mesure que les besoins se feront sentir, de nouveaux | métiers viendront prendre place à côté des deux principaux.
- Parallèlement à l’enseignement professionnel, des cours | d’enseignement d’agriculture et d’horticulture sont organisés et les élèves sont conduits de temps à autre à la station agronomique de l’État, attenante à leur champ d’expériences de Soavimbahoaka. Il faut rappeler à ce sujet qu’à l”Ex- | position Universelle de 1900, les Frères de Tananarive méritaient une médaille pour la partie agricole. Enfin, au dernier concours d’Amdrohibe, leur école a envoyé des produits de toute espèce, qui témoignent des progrès incessants des | élèves et du désir du personnel enseignant de seconder | efficacement les vues du Gouvernement de la Colonie. » : Je ne sais point si je m’abuse; mais je suis tout surpris, et tout heureux, de la loyauté de cette citation; j’entends la citation du Journal Officiel de Madagascar par l’auteur de ce cahier ; qu’un protestant, ayant à citer des écoles libres, ou plutôt ayant à citer des éloges Fe officiels adressés à des écoles libres, ait choisi des établissements protestants anglais, une Mission protesRe tante norvégienne, et une école catholique française, < tenue par les Frères de la Doctrine chrétienne, cela
est d’un haut, pratique et intelligent internationalisme, et d’une loyale impartialité.
On me pardonnera ces réflexions naïves; nous ne vivons pas sous un prince ennemi de la fraude ; nous vivons en un temps où les plus vieilles naïvetés du monde vont devenir des paradoxes; sous la domination des délateurs, être un honnête homme va devenir une merveille ; même chapitre :
« Dans la même collection, j’ouvre le numéro du 11 mai 1901 et je Lis : « En résumé, les visites faites par le gouverneur général, tant aux écoles protestantes” qu’aux écoles officielles et catholiques, lui ont fait constater partout des progrès réellement remarquables et, entre tous ces établissements, une émulation en même temps active et courtoise, qui sera des plus profitables aux intérêts généraux de la colonie. »
Ici commence, dans une note modeste, le persanianisme et l’histoire proprement merveilleuse ; lisez la merveilleuse histoire de ces écoles privées, ou libres, où l’on prescrit que les élèves apprennent à faire de la menuiserie, mais où l’on défend que ce soit de la menuiserie qui serve à faire des tables; je cite la
« Le plus souvent, au lieu de passer sous la direction de x leurs maîtres par toutes les phases » …
.… (d’un enseignement professionnel donné, les élèves sont, non pas instruits, mais simplement utilisés à la fabrication courante du mobilier et du matériel nécessaires aux missions. On les spé-
| . cialise ainsi, non pas dans un métier, mais dans un certain 4 détail de métier, suivant le principe de la division ‘du LA | 8 travail, qui est sans doute le plus avantageux au point de vue du rendement industriel dans une usine ou un grand 4 atelier, mais qui est, en revanche, le plus contraire à la. : véritable méthode d’enseignement pour l’apprentissage Ê d’une profession donnée. > } asà « C’est ainsi que le but à atteindre a été perdu de vue dans | É certaines écoles privées et que j’ai été amené à diverses - MS reprises, notamment au mois de janvier dernier, à rappeler à : ; quelques-unes d’entre elles » … : Î Î On entend ce langage officiel; d’une part le gouveri peur général prescrit que les écoles privées, libres, | donnent un enseignement professionnel; mais d’autre - = | part il faut que cet enseignement professionnel ne fasse | pas faire une profession; si on utilise un métier, il ; | devient un métier industriel, vulgaire, commun; il Ée devient un métier comme tout le monde peut en avoir; il n’est plus un métier universitaire, un métier noble, ‘ un métier gouvernemental, un métier scolaire, un mé- tier que l’on peut mettre sur les programmes et que les Nous avons ici un avant-goût de ce que sera dans 5 nos écoles primaires et dans nos lycées l’enseignement ï du travail manuel quand les grandes révolutions jaurésistes auront fait pénétrer le socialisme gouverneF mental dans le monopole de l’enseignement ; on ne fera | point du travail vrai, à rendement industriel et social; È mais on fera du beau faux travail réglementé, du beau, se travail feint, du travail manuel pour avocats et pour - 4 notaires, des schèmes.et des imaginations de travail : wi manuel, des pièces modelées, des pièces thématiques ; ; Es du travail manuel de la réalité du monde sensible ;
c’est bon pour nous autres, gens de rien, de faire de la : vraie menuiserie ou de la vraie typographie, des vraies ; tables, des vrais bancs, des vraies chaises, des vraies planches, des vrais livres.
Je sais qu’il y a eu dans un très grand nombre d’écoles, et libres, et publiques, un très grand nombre d’affreux abus industriels; mais l’appréciation officielle du général Gallieni ne mentionne aucun abus, porte uniquement sur l’usage; et sur le mode; ce que le général reproche aux écoles privées libres, ce n’est point d’exténuer leurs élèves, de les faire souffrir ou de les tuer, c’est d’utiliser le travail industriel de leurs élèves professionnels ; il faut absolument que ce travail industriel soit perdu; faites-moi tout ce que vous voudrez, pourvu que ça ne soit pas du vrai; et que ça ne puisse pas servir ; si ça pouvait servir, Ça ne serait pas la peine d’être une école; on serait un atelier, institution de simples citoyens, méprisable.
Ce qu’il y a de plus fort, c’est que L’État se réserve de faire, dans ses écoles, ce qu’il interdit aux particuliers; nous avons ainsi un avant-goût de ce que sera, sous le gouvernement de M. Jaurès, l’exercice et l’administration de la liberté. « Je fais allusion, » dit modestement une note suivante,
Je fais allusion à la critique qu’on vient de lire dans la note précédente. Le général n’admet pas que, dans l’atelier d’une école, on puisse construire des bancs pour l’école même. S’il faut des bancs et des tables, on les achè-
‘tera. Il est inutile, pour former un bon menuisier, de fabriquer un meuble réel. Les longues heures passées à l’atelier (27 par semaine les deux premières années) sont employées à de fastidieux assemblages variés. Le bois, — coûteux à Madagascar, — est gàché, les outils abîmés, en pure perte,
par la main novice des apprentis. Tout cela est ruineux. Or, il paraît que l’administration ne se prive pas d’admettre pour elle-même ce qu’elle interdit aux autres. L’Echo de Madagascar, qui se soucie fort peu des missions, dit à dans son numéro du 10 mai 1904 : « Il faut remarquer que là où les écoles officielles ont, à côté, des ateliers importanis, c’est dans les chefs-lieux de district qu de province. Ces ateliers servent à l’administration. On y confectionne des meubles; c’est en quelque sorte l’atelier de l’administrateur et du chef de district. »
Ainsi se complète cette première histoire admirable; ainsi s’achève cette première histoire merveilleuse : l’État forçant les particuliers à fabriquer dans leurs écoles des bois qui ne servent point à faire des meubles ; et lui-même se faisant fabriquer dans ses écoles des meubles pour ses administrations, sinon pour ses administrateurs ; tyrannie et favoritisme, le symbole est complet; tyrannie et autofavoritisme : c’est tout le
| Même chapitre, conclusion : le même État manque
| à sa parole, il est vrai que c’est à Madagascar; le même État est sournois, il est vrai que c’est à Madagascar :
« On ne fera croire à personne qu’il ne s’est rien passé dans l’intervalle du 15 juin 1903 au 25 janvier 1904. Je ne ferai pas au général Gallieni l’injure de supposer que
be son appel du 15 juin n’était pas sincère et qu’il était, % dès cette époque, décidé à ne faire qu’un simulacre de F collaboration et à biffer sa propre parole après avoir La provoqué des gens à des dépenses considérables et 1 « Pourquoi ne pas dire, en toute liberté, que les événeSE
ments de France, — peut-être des instructions venues de Paris, — lui imposaient un changement de politique? - | Pourquoi ne pas dire que le principe de l’absolue laïcité
de l’État lui faisait un devoir de supprimer, avec toutes
- les transitions nécessaires, un régime qui peut-être ne violaïit pas ce principe, mais qui, pour quelques-uns, avait l’air de le violer? Tout le monde aurait compris ce langage. Pour ma part, je ne l’aurais pas blâmé. Ce langage aurait été plus respectueux pour des hommes qui méritaient quelques égards en récompense de leur bonne volonté. Il aurait été plus digne du gouvernement
« Mais, s’il n’y avait dans l’arrêté du 25 janvier que cette suppression un peu brutale d’un régime accueilli par tous avec complaisance, l’idée ne me serait pas venue d’en parler ici. D’autres dispositions, qu’on n’a pas citées, soulèvent d’importantes questions de principes. »
Comme si des questions de principes pouvaient être
Et quand l’État manque à sa parole, où sera le recours; et quand l’État est sournois, qui sera l’arbitre; qui nous gardera contre le souverain ; qui nous garantira contre le fait du prince.
Répercussions lointaines de nos démagogies fran-
Presque au commencement du chapitre suivant, le gouvernement, — j’entends le gouvernement de Madagascar, — s’aperçoit que des mesures qu’il avait prises,
et qui, au regard du sens commun, paraissaient contradictoires, décousues, très heureusement sont commandées par une grande pensée synthétique :
s’e dans ce miroir, peut-être avec quelque surprise, du 1 moins avec un contentement naturel et auquel il me Li : serait doux de m’associer de grand cœur. Il n’était pas “à Fe commode de-se reconnaître dans le dédale de ses ie arrêtés. Il lui arrivait à elle-même de s’y embrouiller \ un peu. Elle sait désormais que ce dédale n’a été conSpb struit que pour réaliser une pensée unique et que des
mesures qui ont eu quelquefois l’air de se contredire
È se complétaient avec élégance. Ce sont choses qu’il est
G toujours agréable d’apprendre. » . Je tombe ici, par mégarde, sur la plus belle histoire ‘ merveilleuse; le gouvernement général a fait élever des A écoles oflicielles et laïques ; pour faire croire au public, us au bon populaire, au lecteur, qu’elles réussissent, on ke FR fera des apparences, on travaillera les statistiques ; 6 É: mais enfin, pour donner au moins un point d’appui à ce ; ra : travail même, il faut bien qu’il y ait quelqu’un dans les ‘ à écoles du gouvernement; alors le gouvernement fait des
Fi Parmi tous ces efforts, il y en a eu de toutes les qua-
| Le gouvernement général, pour agir sur les imaginations, k : a donné à ses instituteurs un bel uniforme, magnifique-
L ment galonné. Il me suffit de sourire. | de j Suflit-il bien de sourire; je suis très lourd et prends pa tout au sérieux; en France on n’a point donné encore je aux instituteurs un bel uniforme, magnifiquement fu galonné ; mais cela viendra ; en attendant on leur
Ô donne le plus qu’on peut de croix, de bannières, de | rubans et de médailles, qui sont des morceaux d’uni- . formes, et même mieux ; et quand on n’a pas assez de médailles du gouvernement, on leur donne les médailles du Matin; je vois très bien venir le jour en France où tout citoyen qui ne sera point jaurésiste professionnel __ ne pourra point devenir instituteur; et à ceux qui, étant jaurésistes professionnels, auront pu devenir instituteurs, le gouvernement jaurésiste décernera un bel uniforme magnifiquement galonné ; et quiconque aura con- | tredit un instituteur, dans l’exercice ou hors de l’exer_cice de ses fonctions, sera passible, quiconque aura nié 4 devant un instituteur la thèse de la réalité du monde sensible sera passible d’un emprisonnement de six mois à trois ans, et d’une amende de six mille à vingt mille francs, ou de l’une ou de l’autre de ces deux peines seulement, — car on sera bon; — mais, — comme on sera juste, — les citoyens qui se seront rendus coupables de ce délit ne recueilleront point le bénéfice de la loi Bérenger ; enfin nous parvenons à la plus belle histoire : : .… D’autres procédés, pour peupler les écoles officielles, ont été employés sans l’aveu de l’administration, par des personnages en mal de zèle. Un jour, l’officier commandant le cercle de Manjakandriana,.… . Je connais le nom de cet officier ; mais je ne veux point faire de la délation. , ’ … profitant de l’absence momen_tanée de M. Delord, arrive à l’école protestante d’Ambatomanga. Il demande la liste des élèves, appelle les cinquante premiers inscrits, les fait mettre en rang, puis commande : « Par file à droite, marche! » Il se rend à l’école catholique
et fait la même opération. Les cent élèves, réunis dans l’école officielle, reçurent de Fofficier l’avis de n’avoir plus | L’histoire est brève, on le voit; elle s’est passée il y : a plusieurs années; on m’assure qu’elle ne se reproduirait plus; on se flatte; elle se reproduira, non pas seulement à Madagascar, mais en France. | Car cette brève histoire fait un merveilleux symbole, au sens que nous avons déjà donné à ce mot, au seul l sens de ce mot que nous puissions recevoir, au sens d’une partie de la réalité, homogène et homothétique à tout un ensemble de réalité, et représentant comme dans un éclair, par un agrandissement soudain, tout cet im- ; mense ensemble de réalité ; je me représente cette scène fs admirable, ce bon oflicier, symbole merveilleux ; nous : verrons cela en France; nous le verrons dans l’enseih gnement primaire, dans l’enseignement secondaire, nous le verrons dans l’enseignement supérieur; Jaurès dans ce temps-là sera ministre, ministre de l’instruction publique, ou président de la République socialiste goubrute vernementale; peut-être sera-t-il ministre de l’intérieur, c’est-à-dire tout, car en ce temps de béatitude on aura depuis longtemps annexé tous les ministères au ministère de l’intérieur; et le service de la police, délations : et surveillances, aura reçu des agrandissements russes; on voit aussi Jaurès devenu, redevenu professeur de l’enseignement supérieur, — il en a le droit, sans coup d’État, étant docteur, — professeur de philosophie; montant de l’enseignement primaire, traversant le secondaire, le monopole d’État aura gagné le supérieur; Fe Jaurès enseignera, de deux années l’une, alternative-
métaphysique; mais il s’agira de lui trouver des élèves; un oflicier, — un officier de défense républicaine, — se rendra au cours de M. Raub; il demandera la liste des élèves; M. Raubh lui répondra poliment, soucieux, d’un air ennuyé, le front lourd, cerné, qu’il n’y a pas de liste,
- que dans l’enseignement supérieur le professeur ne fait point l’appel au commencement de la classe; l’officier de défense républicaine arrêtera M. Rauh pour cette réponse intempestive ; puis il fera sortir les cinq premiers bancs de dix; on prendra vite un alignement de défense républicaine ; on commandera : tournez à gauche par un, ou par une, ou simplement à gauche par un, marche! car les par file à gauche ont disparu avec l’ancienne armée; on se rendra ainsi au cours de M. Seignobos, qui lui-même sera devenu suspect ; M. Seignobos lui-même s’embarrassera dans ses explications; il balbutiera en rougissant; comme coupable, on le réarrêtera; je ne parle point des autres maîtres de notre enseignement supérieur actuel, car les bergsoniens, depuis le temps qu’ils font le jeu de la réaction, il y aura longtemps qu’on les aura fusillés ; et la mémoire même de M. Boutroux, on l’aura, par un décret spécial du gouvernement de l’État, effacée de l’histoire de l’histoire de la philosophie, parce qu’il fut idéaliste et moraliste ; les cent élèves, cinquante historiens, cinquante philcsophes, par uns ou par deux, les uns suivant les autres, arrivent dans l’amphithéâtre de Jaurès; le grand tribun les accueille de ce bon sourire jovial que nous lui connaissons; le grand tribun les accueille paternellement; n’est-il pas, comme étant notre colonel, notre père à tous; le grand tribun les exhorte, paternellement les
félicite du grand exemple de véritable liberté qu’ils À viennent de donner au monde; car la véritable liberté : ne consiste plus à être libre; elle consiste à n’être pas ; libre; et le grand orateur, souriant dans sa barbe de % défense républicaine, fera sa leçon d’ouverture sur : l’éminente dignité des pauvres délateurs dans l’État; et,
- après chacune des leçons il y aura les travaux pratiques ; tous les élèves seront tenus d’y prendre part; chacun des élèves, à son tour, viendra dénoncer au $ maître les propos de ses voisins, de ses amis, de ses Le neuf mille neuf cents délations. ca Ce Madagascar, ou cette Madagascar, est un singulier pays; je vois plus grand encore; je me représente en France un spectacle beaucoup plus grandiose; nous ; aurons, quelque premier mai, la fête de la Fédération ; de la grande révolution jaurésiste; on célébrera, on à commémorera la disparition des anciens abus; on 3 fêtera la suppression des anciennes iniquités; on réunira au Champ-de-Mars, avec l’assentiment du Matin, ; les cinq millions d’enfants de toutes les écoles de NT France, garçons et filles; cinquante mille instituteurs, ; cinquante mille officiers de défense républicaine les aligneront et leur feront faire un immense par file à “ gauche, aux accents de l’Internationale; ce sera l”Apothéose de la Délation; cinq millions d’élèves peuvent Fa donner vingt-quatre millions, neuf cent quatre-vingt4 dix-neuf mille, neuf cent quatre-vingt-quinze unités de ASE millions de délations. f à Je vois plus grand enfin : cinquante millions de Fran4e çais, hommes, femmes, enfants, réunis au camp de (7 Châlons, le Champ-de-Mars ne suflisant plus ; réunis
A par la collaboration du Matin et du Journal officiel; et
__ cinq cent mille fonctionnaires de défense républicaine
-
Jeur faisant accomplir un par file à gauche fantastique;
-
cinquante millions de sujets peuvent donner deux mil-
unités de millions de délations.
Ce qu’il y a de bon dans cette histoire de Mada-
| gascar, c’est qu’elle nous montre la fin de toutes ces
…__ De fait, aussi longtemps que cet officier fut à la tête
: du cercle, aucun de ces enfants n’osa retourner à son école primitive. Après son départ, l’école officielle dégringola
_ rapidement. Le service de l’enseignement eut beau mettre là ses meilleurs instituteurs ; au commencement de 1903, elle comptait 14 élèves fort irréguliers, et l’instituteur n’en avait parfois que 3 ou 4 présents, bien que sa femme l’aidàt dans sa tâche et reçüt, elle aussi, comme institutrice, un salaire du gouvernement. L’école protestante avait, à la même date, 150 présences au moins, et l’école catholique de 50 à 60. Le même officier, à Ifarariana, créa l’école officielle en chassant purement et sim-
. plement l’instituteur de l’école libre et en le remplaçant par un instituteur du gouvernement. Des faits analogues se sont passés, en 1897, dans le Vonizongo.
ï Chasser tous les citoyens de chez eux et Les y remplacer par des émissaires du gouvernement, c’est toute la politique de Jaurès; on voit, par cette histoire merveilleuse, où elle aboutit, à quelle faillite, à quelle ban-
_ queroute, à quelle banqueroute frauduleuse; faut-il
—_. donc le redire, que la force ne fonde rien d’éternel, que ce qui vient de la force, également s’en retourne par la
de Charles Péguy Ie force, que le droit seul peut fonder une institution, une \ cité durable, que rien de durable ne se fonde que dans (e la justice et dans la vérité, dans la liberté, dans le ; Qui trouvera jamais une histoire plus merveilleuse, pce plus complète, et qui soit d’un symbole aussi admirapi blement exact; quel Diderot, quel Voltaire nous fera il jamais un aussi beau conte; et comme on a raison de 4 dire que les imaginations ne sont jamais aussi fortes s que la réalité; en vérité tout l’étatisme est là, et particulièrement tout le monopole d’État dans ie domaine \ de l’enseignement; toute cette histoire de Madagascar Ë nous fournit un a@mirable exemple, ur specimen, un f cas, particulier, bien fait d’un essai de monopole; tout LE y conduisait; nulle part l’autorité du gouvernement de Le l’État, la fantaisie, le caprice, la tyrannie gouverneM 1 mentale ne sévit aussi indiscutée que dans le gouver-
- nement des colonies; si quelque part l’État peut faire Le un essai bien fait de sa tyrannie, c’est évidemment il dans ses possessions coloniales; mais de toutes les É colonies si quelqu’une se prêtait à l’exercice de cette Le tyrannie, c’était évidemment Madagascar; l’éloignek ment géographique de la grande île, son éloignement | de communication, son isolement, géographique et historique, insulaire, tout concourait à faire d’elle un admirable champ d’expérience en vase clos; son éloignement géographique; Madagascar est pour nous une | colonie de l’autre côté de l’Afrique; pour l’atteindre en | ; imagination, il faut passer par-dessus cet énorme continent; son éloignement de communication; Mada- Ë gascar est en dehors des grandes routes passagères du ’ monde ; pour l’atteindre en réalité, il faut contourner
tout cet énorme continent; son isolement, géographique ; son isolement, historique; la conquête de Madagascar fut en effet elle-mêmeinsulaire, pour ainsi dire; je veux dire qu’elle forme elle-même comme une île dans l’évé- nement, dans l’histoire de nos acquisitions coloniales; elle fut une conquête résolue, arrêtée, délibérée, limitée, nette, effectuée; d’un seul coup achevée, complète; il y a des conquêtes péninsulaires, traînées, allongées:; il y _ a des conquêtes massives, continentales; la conquête de Madagascar fut littéralement dans l’événement, dans l’histoire des acquisitions coloniales françaises une île de conquête, une conquête en forme d”île ; comme Madagascar est une île dans l’ordre de l’espace, ainsi la conquête de Madagascar fut une île dans l’ordre du temps; enfin ce fut aussi la conquête d’une île, isolée; on a depuis longtemps remarqué que les grandes îles, isolées, deviennent souvent le terrain d’histoires nationales qui sont comme des expériences ethniques, des histoires en vase clos, des événements de laboratoire ; parce qu’elles sont grandes, elles offrent assez de terrain pour que tout un peuple y naïisse, y croisse, s’y développe, s’y essaie, s’y exerce, pour qu’il y ait expé- rience; parce qu’elles sont insulaires, isolées, elles offrent un terrain assez limité pour que ce peuple s’y
- achève et pour que l’expérience, qui était devenue possible, soit close; ainsi les faunes et les flores insulaires sont particulièrement caractérisées; ainsi l’Angleterre et le Japon forment deux peuples particulièrement caractérisés, deux véritables sujets de laboratoire, sujets d’expériences limitées, closes, préparées, réalisées par la nature; Madagascar est dans l’ordre des colonies ce que sont l’Angleterre et le Japon dans
ls ) l’ordre des nations libres. Son gouvernement même est Le insulaire, monarchique, monocratique, sans frontières | ave ni communications terrestres. Hu C’est pour cela que nous Français nous ne pouvons 4 pas nous empêcher de lire ce cahier comme -un cahier Fe qui par transcription nous renseigne sur Ce qui nous | attend; c’est pour cela que nous voyons dans ce cahier, uniquement ou surtout, l’histoire d’un monopole de EH l’enseignement tenu par l’État, un essai de monopole, jose une expérience de laboratoire de monopole, particu- | É lièrement bien faite, particulièrement réussie, particutal -lièrement bien limitée, particulièrement pleine et À repleine d’avertissements, d’enseignements et de renseignements. hs Même chapitre, l’art des statistiques, un moyen ie $ politique parlementaire de maquiller les statistiques ; ‘ne une simple définition de mots : ae .… « Ces chiffres paraissent clairs. La statistique qui É nous les fournit est une merveille d’art. 4 « Il s’agissait, en premier lieu, de diminuer, dans les tableaux, la fréquentation de l’enseignement privé. | Comment s’y prendre ? Le moyen le plus simple était | de donner du mot « école » une définition qui permit de | ne pas appliquer ce mot à une multitude d’établissements. Il n’y avait qu’à le réserver aux écoles ayant se. à leur tête un maître breveté. Comme elles étaient la 1 minorité, les totaux devaient s’en ressentir gentiment. de Ils n’y ont pas manqué. 3 « J’ai raconté comment, sous le régime des subven1e tions conditionnelles, la présence d’un maître breveté à TA la tête d’une école libre était pour celle-ci la première
4 condition pour obtenir certains privilèges. Dès qu’elles 4 _ remplissaient cette condition, les écoles étaient « clasDe sées », et, si elles donnaient l’instruction industrielle et …_ agricole, elles pouvaient recevoir quelques secours. 1 T A celles qui sont dans ce cas, et à celles-là seulement 2 le siatisticien de Za Nouvelle Revue accorde la faveur ….. de reconnaître leur existence. »
LR Ainsi nous avons des écoles qui se nomment des écoles; et des écoles qui ne sont pas nommées des C3 écoles ; comme il y avait des planches qui étaient des L planches pour faire des tables, et des planches qui 4 n’étaient pas pour faire des tables.
“à .… € Ce simple artifice de comptabilité permet de _ réduire le nombre des écoles de cette seule mission de —._ 576 à 110 et la population de ces écoles de 26.809 élèves 4 . Avais-je raison d’avancer que cette comptabilité de monopole était purement et simplement de la compta- « — bilité électorale; même chapitre, comment on peut 4 maquiller l’histoire de la substitution d’une école É à officielle à une école libre : 4 ._ « L’informateur de la Nouvelle Revue à, d’ailleurs, — une riche imagination. Il raconte gravement qu’une _ école officielle, créée il y a quelques mois à Tananarive, É dans le quartier de Faravohitra, a déjà enlevé aux écoles libres de ce quartier plus de deux cents élèves. 3 La nouvelle rend rêveur quiconque est un peu au cou4 rant de ce qui se passe dans la capitale de Madagascar. Ce qui a été fait par l’administration à Faravohitra
- est tout différent. à
F « Une des écoles qui ont été enlevées aux Frères le. 1 premier janvier 1904 a été aménagée avec, un luxe (Ë magnifique. On l’a ornée de portiques, de grands 4 escaliers, d’un mobilier tout neuf. Mais tout cela est je destiné aux enfants européens. C’est une sorte de (k petit collège pour les blancs. L’inauguration devait a en avoir lieu vers le 20 mai. Il n’y a aucun rapport | entre cette création et l’enseignement des indigènes. Fs « Un autre local, moins grand, avait été cédé jadis, Le dans ce même quartier, en suite d’un échange, à la fi mission protestante française. Il a été repris par l’admibf nistration; et, là, celle-ci se propose bien d’organiser k , une école pour enfants malgaches. Mais cette école fe n’était pas ouverte au premier mai dernier. Elle ne l’est P sans doute pas encore. (1) Voilà tout ce qui a été fait à 5 Faravohitra. Non seulement on n’a pas enlevé deux ji x cents élèves aux établissements libres de ce quartier; Le mais encore, à cause de la fermeture d’une des écoles 4 ; de Frères (celle que l’on a transformée à l’usage des k blancs), il y a là quelques centaines d’enfants mal- É gaches qui s’en vont frapper à la porte de toutes les | écoles privées et qui, faute de place, n’y sont pas | « Le développement de l’instruction officielle et laïque est réel à Madagascar. Il est réel et il est normal. Le général Gallieni a raison d’y tenir et de lui donner tous ’ ses soins. Il y aurait une absurdité flagrante et surtout TES une évidente injustice à se dissimuler l’importance de ce que le Gouverneur général de la Colonie, avec un 134 () D’après le Journal Officiel de Madagascar du 7 mai, 4 elle devait être ouverte le 16.
budget difficilement équilibré, a su réaliser. Mais il n’est vraiment pas nécessaire que des études tendancieuses, comme celle de Za Nouvelle Revue, donnent au lecteur français de trop fortes illusions sur ce qui se
Ainsi l’État préfère jeter les enfants à la rue, plutôt que de les laisser dans les écoles particulières; suppri- : mer, et ne pas remplacer : c’est tout le jaurésisme gouvernemental; c’est toute la politique radicale parlementaire de Jaurès politicien; autrefois les socialistes répétaient qu’on ne supprime, vraiment, que
_ce que l’on remplace; et même cette proposition était au cœur de tout le socialisme ; elle en faisait la force et le retranchement; elle résidait dans tous les arguments que les socialistes opposaient aux politiciens bourgeois ; aujourd’hui, on nous a changé tout cela ; et ce n’est pas le seul point où le jaurésisme se révèle ce qu’il est, exactement le contraire du socialisme.
En note le récit, officiel, de la même histoire, et ainsi la confirmation officielle, et du fait, et des enseignements que nous en avons tirés ; l’inauguration du petit collège pour les blancs a eu lieu le 22 avril :
.… Cet article était écrit lorsqu’est arrivé, à Paris, le Journal Officiel de Madagascar du 7 mai 1994. On y peut trouver la confirmation détaillée de ce que j’ai dit :
« À la suite de la résiliation du contrat des Frères des écoles chrétiennes, les immeubles qui avaient été mis à la disposition de ces derniers furent repris par la Colonie, en vue de l’installation de nouvelles écoles officielles dans 4 plusieurs quartiers de la ville ; ils reçurent la destination
« 1. — Une école primaire officielle, dirigée par des insti-
,
: tuteurs indigènes, fut installée à Ambohimitsinbina ; elle ’ fonctionne depuis le 4 janvier 1904 ; | « 2. — L’immeuble d’Ambavahadimitafo sert d’internat 16: pour la section sakalava de l’école administrative ; 14 « 3.— Les bâtiments d”Ambatonilita tombant en ruines n’ont pu être utilisés ; mais l’emplacement sur lequel ils sont | situés est réservé pour l’installation ultérieure d’une école « 4. — Quant à l’immeuble de Faravohitra, il est actuellement occupé par le groupe scolaire européen. « L’école de garçons européens était installée auparavant à Ambohijatovo, dans le local de l’école administrative ; À cette installation n’était que provisoire; de même, l’école
des filles européennes occupait, précédemment,un immeuble
“a qui ne répondait nullement à sa destination. Depuis le ’ 22 avril 1904, les écoles européennes sont transférées à à Faravohitra, dans l’immeuble qu’occupaient les Frères et 4 qui a reçu tous les aménagements désirables. La cour, très EL vaste, est divisée en deux parties par un mur; chaque école ee a son entrée distincte. Une commission d’hygiène, comFu posée de MM. Berthier, administrateur-maire, Hallot, Gros, F4 docteur Bonneau, Cavrel, Lenclud a visité les locaux, les a dépendances et le mobilier scolaire. Elle s’est montrée A satisfaite de l’installation du groupe scolaire, qu’elle a \ déclaré convenir parfaitement à sa destination. Satisfaction ; immédiate a été donnée aux quelques desiderata qu’elle a formulés en ce qui concerne certains aménagements supplé- } « 1. — Une école préparatoire de garçons, fréquentée par ; « 2. — Une école préparatoire de filles, fréquentée par ER « Ces deux établissements sont organisés conformément Se aux dispositions de l’arrêté du 27 janvier 1903. 1 \Rte « 3. — Une école maternelle fréquentée par sept enfants Fe des deux sexes.
à « Le personnel enseignant de l’école préparatoire de
garçons comprend: un directeur, un instituteur-adjoint et !
_ des professeurs chargés de cours spéciaux à la division supérieure. L’école préparatoire de filles a une organisation analogue à celle des garçons. Une institutrice dirige l’école
« Les élèves des deux sexes peuvent déjeuner à l’école, ils restent sous la surveillance des maîtres pendant l’intervalle qui sépare les deux séances de classe du matin :
- et du soir. Le ménage d’instituteurs placé à la tête du groupe scolaire est autorisé à prendre des pensionnaires et des
| demi-pensionnaires. Les prix de la pension et de la demipension seront débattus entre les parents et le directeur de l’école, sans aucune intervention de la part de l’administration, qui décline toute responsabilité à ce sujet. De plus, des études surveillées pourront être organisées sur la demande des parents moyennant une rétribution mensuelle dont le montant sera fixé par le chef du service de l’enseignement.
Enfants à la rue, c’est le titre de tout le chapitre suivant, chapitre septième ; il faudrait le sortir, et le citer tout entier ; ce pays de Madagascar estun singulier pays; on y voit des enfants qui ne vont point à l’école, qui font les petits voyous dans les rues, qui maraudent,
- qui volent, qui ont tous les vices; tout un peuple de précoces malfaiteurs, cambrioleurs sans doute, et pickpockets ; on n’a pas idée, ici, de mœurs pareilles ;
| et le gouvernement préfère les laisser dans les rues, afin d’être bien sûr qu’ils ne sont point dans les écoles particulières; voilà du bon monopole de l’enseignement,
_ exercé par l’État; quand l’État ne peut plus ni en donner, ni en vendre, il interdit rigoureusement aux particuliers d’en donner, ou d’en vendre; c’est l’idée même du monopole; et voilà de la bonne laïcisation :
Hi mieux vaut un abandon laïque dans la rue que la Î présence aux écoles protestantes; ou plutôt un abandon ‘4 laïque dans la rue gouvernementale vaut tout; et la À présence aux écoles protestantes, l’assistance dans les ‘4 écoles particulières protestantes ne vaut rien. À Ce pays de Madagascar est un pays singulier : les u rues sont pleines de mauvais enfants : ; « Prenons l’arrêté du 25 janvier 1904 qui réorganise l’enseignement dans la colonie. Une des mesures les 4 plus extraordinaires, et qui frappe dès l’abord, est celle qui limite à quatorze ans l’âge d’admission dans une 146 école primaire. A cet âge, tout Malgache doit quitter il l’école, à moins d’avoir obtenu, du chef de sa province 10 et du chef du service de l’enseignement, une autoriL 4e sation absolument personnelle. II peut préparer le brevet Re d’instituteur dans une école normale, se former au ri ministère ecclésiastique, soit dans un séminaire, soit F2 dans un collège d’évangélistes, entrer dans un établissement d’apprentissage industriel et agricole. En dehors de ces trois cas, qui ne s’appliquent qu’à un nombre très restreint d’enfants, et s’il n’a pas une autorisation individuelle et malaisée à se procurer, il n’a plus le droit de s’instruire. »
Autrement dit, et mutations faites, c’est à peu près la question qui se pose en France; en France aussi la question post-scolaire, — c’est elle qui est ici, car des écoles qui s’adressent à des enfants au-dessus de qua-
| torze ans sont des écoles post-scolaires, et non pas des
| écoles scolaires, — en France aussi la question post-
| scolaire est encore plus difficile à résoudre que la ques-
| tion scolaire, — sans vouloir avancer par là que la
| question scolaire soit aucunement facile; — au-dessous de quatorze ans on sait encore un peu quoi faire des | enfants; il y a l’école, bonne ou mauvaise; au-dessus de _ quatorze ans il n’y a plus rien; la post-école n’existe pour ainsi dire pas; elle n’existe guère que dans les rapports guimauvés et annuellement identiques de M. Édouard Petit, inspecteur général de je ne sais plus comment le gouvernement nomme cet enseignement ; l’enseignement post-scolaire n’a guère servi jusqu’ici qu’à embêter les instituteurs, qu’à alourdir leur travail, | déjà si écrasant, qu’à faire avancer les promoteurs, décorer les décorateurs, anticiper les avantageux, qu’à assurer une situation, un bon traitement à un inspecteur général avantageux ; il n’est rien auprès de l’enseignement scolaire, qui n’est rien auprès de l’enseignement de la vie, qui n’est rien auprès de la vie même; de quatorze à dix-neuf ans, plus encore, de onze à vingt et un ans, de l’école au régiment, c’est l’âge terrible, c’est l’âge ingrat, l’âge diflicile, périlleux, particulièrement redoutable ; combien d’âmes et de corps perdus dans ce difficultueux passage ; avant le commencement de ce passage, l’école, tout imparfaite qu’elle soit, garde un peu l’enfant; à la retombée de ce passage la caserne, toute plus imparfaite qu’elle soit encore, tantôt maintient le jeune homme, et tantôt l’achève ; en tout cas elle n’est pas le vide; sa force de coercition peut se manifester en une force de cohésion, d’agrégation, de maintien, qui arrête la désintégration; après la caserne, au retour du régiment, si le jeune homme n’est point perdu, l’atelier, dur et vrai, peut lui enseigner la dure et la véritable vie; mais de l’école au régiment, de onze à vingt et un ans, tout au moins de quatorze à dix-neuf,
aussitôt après le sinistre certificat d’études primaires, -
c’est le vide, c’est l’abime, le vague, et la perpétuelle tentation désordonnée ; le processus de l’industrie moderne et du travail ne se propose peut-être point de vérifier les anticipations du marxisme ; mais il a eu ce
résultat de désorganiser l’ancien apprentissage; heu- . reux ceux qui, mieux doués ou plus chanceux, peuvent devenir des ouvriers à seize ou dix-sept ans ; ceux-là, je mais ceux-là seuls, ont quelque assurance d’être sau-
Quatorze ans; c’est à cet âge qu’à Madagascar une administration prévoyante, un gouvernement ingénieux, à une administration tutélaire, vigilante et vraiment
| maternelle chasse officiellement l’enfant de l’école; nous
avons par les soins de l’État l’enseignement laïque à obligatoire ; nous aurons par les soins de l’État le non- à ‘ enseignement laïque obligatoire; nous avons l’école forcée ; nous aurons la non-école forcée.
« Ne parlons pas aujourd’hui d’une petite élite, qui est très réelle à Madagascar, et à qui l’on tend à refuser ce qu’elle pouvait avoir le droit d’attendre de la France.
« Cette élite écartée, reste la foule. Pour les milliers d’enfants qu’elle comprend à la campagne, la limitation introduite par le dernier arrêté n’a peut-être pas une très grande importance. Ce n’est pas l’avis, je le sais, de bien des instituteurs. Ils ont remarqué ou cru remarquer que, chez beaucoup de leurs élèves, jusquelà médiocres et en apparence peu intelligents, il se produisait, vers treize et quatorze ans, une sorte d’éclosion
; de l’esprit. Ils ne peuvent s’empêcher de regretter que -5@ l’on fixe, juste à ce moment, l’interruption forcée de
_ l’étude. Jen’insiste pas sur cetteobservation, quia pour- » tant son intérêt. C’est un autre inconvénient que je relève dans une ville comme Tananarive.
E « Je n’ignore pas ce que l’on reproche à certaines écoles privées. C’est d’accueillir trop facilement des élèves qui ne sont plus des enfants, qui ne sont même pas toujours des adolescents, qui, parfois, sont de vrais
| adultes. Il y a là, pour ceux-ci, une forme originale de
| la paresse. Ne vaudrait-il pas mieux les prier d’aller se reposer ailleurs ou, plutôt, d’aller travailler? C’est indiscutable. Encore ne faudrait-il pas exagérer ce cas.
: L’informateur oflicieux de la Nouvelle Revue ne dit pas
la vérité quand il a l’air d’évaluer à 78 0/0 de l’effectif des écoles privées ce personnel d’oisifs. Pour qui est au courant des choses, cette affirmation est le contraire même de la vérité. Il y a des sociétés qui n’ont pas assez réagi, dans le passé, contre cet abus. Mais elles l’ont à peu près supprimé dès maintenant. Etilyena une qui ne l’a jamais admis.
« En revanche, il y a un détail beaucoup plus important et dont on ne tient aucun compte. Que ne parle-t-on de ces centaines d’enfants, plus d’un millier, qui grouillent : dans Tananarive, qui ne fréquentent aucune école et qui ne reçoivent, à peu près, aucune éducation? C’est un fait qu’avant seize ans, un garçon, là-bas, ne travaille pas. Et il ne travaille pas, tout simplement parce qu’il n’a rien à faire. S’il ne va pas à l’école, il ne s’emploie dans aucune industrie quelconque. Il passe son temps dans la rue. Il n’en ferait pas un moins bon usage s’il lui prenait fantaisie de le passer à l’école.
« Ces enfants, parmi lesquels de très grands garçons, pullulent surtout aux abords des marchés et des grands
magasins. Dès qu’un « vazaha », un blane, a fait un achat, ils accourent autour de lui comme un vol de LE moineaux avides. Ils se pressent, se poussent, se disputent le privilège de porter son paquet. A Tanana1 rive, iln’est pas distingué, pour un Européen, d’être vu de dans la rue avec un paquet dans la maïn. On trouverait | à cela un air servile. Ce n’est bon que pour un « mai blanchi ». Et les « mal blanchis »,-en quête d’une aubaine, sont là, par bandes, à lui offrir leurs services. Ils se bousculent pour s’emparer de son fardeau et lui ? tenir lieu, momentanément, de petit domestique. ds « Ce que valent, au point de vue moral, ces troupes d’enfants et d’adolescents inoccupés et abandonnés à fl eux-mêmes, nous nous en doutons. On les traite, coue ramment, de « chapardeurs », et l’on n’a pas tort. Le a vol à l’étalage, la maraude, quantité d’industries sus- : pectes, n’ont aucun secret pour cette jeunesse sans éduj cation. Et l’on se propose de la grossir, dujourau lende-
- main, des centaines d’enfants qui, ayant quatorze ans révolus, devront être renvoyés de toutes les écoles et seront rejetés dans la rue? 1 ; « Il est clair que l’immense majorité de ces élèves, âgés | de plus de quatorze ans, ne peuvent, ni devenir instituteurs ou pasteurs, ni entrer dans une école industrielle. Pas plus que les autres Malgaches, ils n’auront de travail régulier avant seize ans environ. Ils sont donc cont damnés, par l’arrêté du 25 janvier, à rejoindre les bandes de gamins dont je viens de parler. Je conçois J que l’administration songe à mettre hors de certaines écoles les quelques douzaines d’adultes qui les encombrent, et qui risquent, tout au plus, d’apprendre quelque ; chose de notre langue. Pour corriger ce mince inconvé-
- nient, fallait-il créer, de façon à peu près inévitable, un mal plus grand? L’augmentation presque forcée du vagabondage est une manière assez étrange de contribuer au renouvellement moral de la jeunesse malgache.
« Je serais étonné si quelque fonctionnaire subtil n’avisait au moyen de pallier le résultat nécessaire d’une déplorable mesure. Avec un peu de bonne volonté, on
dresserait une de ces statistiques savantes, à l’aide desquelles on arrive à prouver tout ce qu’on désire. En cherchant bien, en négligeant ceci, en tenant compte de cela, on finirait par établir que les pires des maraudeurs ont commencé par fréquenter une école, et même
- telle ou telle école. Les chiffres procureraient peu à peu l’impression que l’influence de la rue est, après tout, moins mauvaise que celle d’établissements où lon essaie de former la conscience de l’élève. C’est l’enfance de l’art que de bâtir une de ces statistiques. Nous prêterons, à celle qu’on ne manquera pas de nous faire, la confiance qu’elle méritera. »..
En un mot, le monopole de l’enseignement complété par un monopole du non enseignement et de l’ignorance; après l’école obligatoire laïque, la non-école
C’est à cette gageure de paradoxe que nous nous arrêterons, pour aujourd’hui; car il est temps que je me mette à écrire ma table des matières, qui sera
3 longue, parce que ce cahier est particulièrement plein ;
le chapitre XII, leçons de français, et le chapitre XIII,
pour la langue malgache, étant des chapitres de tech-
nique et de pédagogie stricte, n’auraient peut-être pas
donné beaucoup à la transcription ; mais les autres chapitres, au contraire, j’entends les autres qui nous restent, seraient presque à sortir et à transcrire en entiers ; nous le ferons aussitôt que nous le pourrons ; aujourd’hui débarrassés de la transcription pour les sept premiers chapitres, suspendant la transcription pour les neuf derniers chapitres, libres désormais, je demande instamment qu’on lise tout ce cahier, ainsi que je l’ai dit, d’un seul tenant et uniment, comme un cahier d’histoire contemporaine, comme un cahier de courrier de l’enseignement primaire des indigènes à Madagascar; il sera toujours temps de retomber aux transcriptions
à et aux commentaires.
Au moins nous avons l’assurance que nous n’y retom- : berons point dans le prochain cahier; le prochain
- cahier, comme on le verra du premier regard, est un Hi de ces cahiers qui n’admettent que leur texte.
Nos abonnés trouveront sur les cartes usuelles de Madagascar les localités mentionnées dans ce cahier ; nous publierons des cartes pour nos cahiers de courriers aussitôt que nous en aurons les moyens.
Arrêté organisant le service de l’enseignement des indigènes à Madagascar
Le Général commandant supérieur des troupes du groupe de l’Afrique orientale et Gouverneur Général de Madagascar et Dépendances,
Vu les décrets des 11 décembre 1895 et 30 juillet 1897 ;°
Vu les circulaires et arrêtés des 16 avril 1899 et 25 mars 1901, sur l’enseignement des indigènes à Madagascar ;
Vu l’arrêté du 15 juin 1903;
Considérant qu’en raison des progrès réalisés dans ces deux dernières années par les divers établissements de l’enseignement ofliciel à Madagascar, il y a lieu de fortifier l’organisation de cet enseignement, de lui donner une nouvelle impulsion dans la voie de l’instruction professionnelle, industrielle et agricole des indigènes et de lui réserver, à cet effet, les ressources financières dont dispose la Colonie ;
Considérant, d’autre part, la nécessité de continuer à imposer aux écoles de l’enseignement privé l’obligation de :
- ne pas appliquer d’autres programmes que ceux des écoles
Vu les instructions ministérielles en date du 8 dé-
fi Sur la proposition du chef du service de l’enseignement; NS Le conseil d’administration entendu, 3 { V ARTICLE PREMIER. — L’arrêté du 15 juin 1903 est abrogé et ul : remplacé par les dispositions suivantes : k| 4 ARTICLE 2. — l’enseignement est donné à Madagascar fo dans les écoles officielles et les écoles privées. | # surveillance administrative, les écoles officielles et les écoles privées ressortissent à l’une des quatre circonscrip1 tions scolaires ci-après : | Circonscription scolaire du Centre : | Chef-lieu Tananarive ; < Circonscription scolaire du Sud : ie Circonscription scblaire de l’Est : | Circonscription scolaire du Nord-Ouest : ARTICLE 3. — L’instruction est obligatoire pour les enfants be de 8 à 13 ans dans les faritany où existe une école oflcielle, | Des arrêlés spéciaux, pris sur la proposition des chefs de province et chef du service de l’enseignement, déterminent 114 les faritany où l’enseignement est obligatoire. : ARTICLE 4. — Il est institué au chef-lieu de la Colonie un $ conseil de l’enseignement composé ainsi qu’il suit : à Le Secrétaire Général, président ; 4 à Le chef du service de l’enseignement, vice-président ; “4 Un chef de province ; À F L’inspecteur des écoles ; e. Le directeur de l’école « Le-Myre-de-Vilers » ; 4 PE Le sous-directeur de l’école professionnelle ; 02
Le directeur de l’école d’agriculture ; È Deux membres de la chambre consultative de TananaM rive. | ARTICLE 5. — Le conseil de l’enseignement a pour attri- : butions d’étudier les questions d’organisation et de programmes et de donner une direction unique à l’enseignement à Madagascar. FR | 11 se réunira sur la convecation de son président. De l’enseignement officiel ARTICLE 6. — L’enseignement officiel à Madagascar est donné dans les écoles supérieures, les écoles régionales | d’apprentissage et les écoles primaires rurales. 4 Le but poursuivi dans ces établissements est : 1° De développer chez les jeunes Malgaches les sentiments de fidélité envers la France et de Les initier à nos idées et à nos coutumes ; 2° De donner à l’enseignement des indigènes un caractère industriel, agricole et commercial, de manière à pouvoir, d’une part, procurer aux colons et aux divers services publics de la Colonie des collaborateurs et agents instruits et exercés, de l’autre, fournir aux élèves les moyens d’ap- -. prendre un métier destiné à leur assurer des moyens d’existence et à augmenter ainsi leur bien-être matériel. ARTICLE 7. — La neutralité religieuse la plus absolue est ; observée dans les écoles officielles, dont l’accès est laissé
- libre à tous les enfants et jeunes gens, à quelque religion qu’ils appartiennent.
fe Le temps nécessaire sera laissé aux élèves pour pratiquer,
(il en dehors de l’école, la religion qu’ils ont choisie.
pr ARTICLE 8. — Les écoles supérieures sont :
14 L’école de médecine indigène de Tananarive ;
[ile Les écoles administratives et commerciales de Tananarive,
l’A Mahanoro et Analalava ; ;
Fil : L’école professionnelle de Tananarive ; ;
{ t L’école d’agriculture de Tananarive.
162 ARTICLE 9. — L’école professionnelle reste organisée à
AE Tananarive conformément aux dispositions de l’arrêté en
116 date du 30 décembre 1897. Elle relève du directeur des
| Ft ARTICLE 10. — L’école d’agriculture reste organisée à
: Fe Tananarive conformément aux dispositions de l’arrêté en
| Re date du 9 juillet 1903.
dé Elle relève du directeur de l’agriculture.
ARTICLE 11. — L’école de médecine reste organisée à Ta-
| nanarive conformément aux dispositions de l’arrêté du
pi 11 décembre 1896, du règlement intérieur et des programmes
Hs actuellement en vigueur. Elle relève du directeur du service
‘il de santé.
1 ARTICLE 12. — Les écoles administratives et commerciales
| 2 de Tananarive, Mahanoro et Analalava, restent organisées conformément aux dispositions de l’arrêté du 5 juillet 1903.
dE ARTICLE 13. — Il pourra être fondé dans chaque province
ou cercle, pour former des cultivateurs et des ouvriers
5 exercés, une école dite : « École régionale d’apprentissage
as industriel et agricole », qui pourra être, d’après les instruc3 tions du Gouverneur Général, soumise aux inspections du É laquelle celui-ci rendra compte dans ses rapports pério- ARTICLE 14. — Les écoles régionales d’apprentissage comprennent deux sections : une section industrielle, une ARTICLE 15. — Sur la proposition des chefs de province ; intéressés, transmise au chef du service de l’enseignement, il pourra être annexé aux écoles régionales une section normale pour la formation des instituteurs indigènes. ‘
ARTICLE 16. — L’école régionale sera dirigée en principe
par un instituteur européen, pourvu, autant que possible, | du certificat d’aptitude à l’enseignement du travail manuel. Sous ses ordres seront placés deux chefs-contremaîtres français ou, à défaut, indigènes, spécialement choisis en raison de leurs capacités, dont l’un sera chargé de la section industrielle et l’autre de la section agricale; ces deux chefs-contremaîtres seront assistés de un ou plusieurs ARTICLE 17. — Les cours théoriques et d’enseignement | général seront professés par le directeur de l’école, assisté, s’il y a lieu, d’un ou plusieurs professeurs assistants.
ARTICLE 18. — Le directeur de l’école est chargé de toute
la correspondance administrative de l’établissement. Il cor_ respond, suivant le cas, soit avec le chef du service de ie | l’enseignement, soit avec l’inspecteur de la circonscription scolaire dont l’école fait partie, et, dans tous les cas, sous le couvert du chef de la province.
Il soumet à l’avis de ce dernier toutes les questions concernant la construction des locaux, leur emplacement, leur aménagement intérieur et extérieur, l’hygiène de l’établissement; il soumet de même à l’avis du chef de la province
; les programmes détaillés d’enseignement professionnel,
| visés par l’article 27 ci-après, qui doivent toujours être
établis en tenant compte de la situation économique parti: . culière de la région. j ARTICLE 19. — La durée des études dans chacune des sec- | tions des écoles régionales est de trois ans. ARTICLE 20. — Tous les ans, le chef du service de l’ensei- | È gnement fixe, après avoir pris l’avis du chef dela province, le nombre des élèves à admettre en première année, dans chacune des sections des écoles régionales. ARTICLE 21, — Tout candidat doit avoir 15 ans au moins et 19 ans au plus à l’époque des concours d’admission.
se Toutéfois, exceptionnellement, il pourra être admis des élèves âgés seulement de 14 ans. Les candidats devront
4 présenter, au moment de leur inscription, un certificat du directeur de l’école dans laquelle ils ont fait leurs
ARTICLE 22. — La commission chargée d’examiner les | candidats se compose de l’inspecteur de la circonscription, d’un fonctionnaire délégué par le chef de la province, du directeur et des professeurs de l’école.
71 ARTICLE 23. — A leur entrée à l’école régionale, les élèves
À signent l’engagement d’y terminer leurs études. De plus,
les élèves de la section normale signent l’engagement de se
consacrer à l’enseignement public pendant 6 ans à compter
| de leur sortie de l’école.
à ARTICLE 24. — Des bourses de 120 francs par an, dont le nombre est fixé par arrêté du Gouverneur Général, sur la 4 proposition du chef du service de l’enseignement, sont attribuées par les chefs de province et sur l’avis des direc-
teurs des écoles régionales aux élèves les plus méritants et les plus nécessiteux de ces écoles. F .
ARTICLE 95, — Tout élève qui quitte volontairement l’école à ou qui en est exclu, tout instituteur qui ne réalise pas l’en- 4 gagement qu’il a souscrit, est tenu de restituer :
1° Le montant de ses frais d’études de 2 ans au plus, cal- 4
f culés à raison de 10 francs par mois; F 134 2
2 Le montant des allocations dont il aura pu jouir en qualité de boursier.
ARTICLE 26. — Toutefois, sur la proposition du chef de la province, le Gouverneur Général peut accorder une remise partielle ou totale de ces sommes.
ARTICLE 27. — Les programmes détaillés d’enseignement pratique des écoles régionales, établis d’après les programmes généraux annexés au présent arrêté, sont pré- parés comme il a été dit à l’article 18 ci-dessus et présentés par le chef du service de l’enseignement à l’approbation du
ARTICLE 28. — La sanction des études de l’école régionale consiste en un diplôme délivré par le chef du service de l’enseignement, après un examen de sortie portant sur les matières du programme des différentes sections. La composition de la commission d’examen est celle indiquée à l’article 22 ci-dessus.
ARTICLE 29. — La sanction des études de la section normale est le certificat d’aptitude à l’enseignement obtenù dans les conditions déterminées par les articles ci-après.
. ARTICLE 30: — Les dispositions des articles 19 et 20 inclus sont applicables à l’école normale de la circonscription
ARTICLE 31. — Les élèves des écoles régionales et de l’école normale de la circonscription scolaire centrale sont exemptés du service militaire.
Les plus méritants et les plus nécessiteux d’entre eux, âgés de plus de seize ans, pourront recevoir des allocations annuelles, dont le taux est fixé comme suit :
IS ARTICLE 32. — Les professeurs assistants des écoles régio- 2 LC nales sont répartis en cinq classes, dont le traitement 4 re + mensuel est fixé ainsi qu’il suit : À à ARE Les professeurs assistants originaires de l’Imérina ou du É A Betsiléo, en service dans les régions excentriques, pourront | (tE recevoir un supplément de traitement de 15 à 30 francs 54 par mois, variable suivant les circonstances et les localités. LE Le montant de ce supplément sera fixé par arrêté pour les Fe PE ARTICLE 33. — Les professeurs assistants sont choisis par h Le voie de concours. 54 Pi Sont admis à concourir : Hg È REA. Les instituteurs officiels pourvus du certificat d’aptitude HA à l’enseignement, ayant au moins trois années d’exercice LS et agréés par le chef du service de l’enseignement. x. | ER Le concours pour l’emploi de professeur assistant comLT ES prend des épreuves écrites, des épreuves pratiques et des
Deux problèmes d’arithmétique et de système métrique.
Croquis à main levée d’un objet;
Relevé au net d’un eroquis à une échelle donnée;
Interrogations sur l’agriculture;
Une séance de classe dans une école officielle du chef-lieu de la province.
Interrogations sur la langue française, la langue malgache, l’arithmétique, le système métrique, l’histoire et la
ARTICLE 34. — L’avancement a lieu exclusivement au choix, après deux ans au moins passés dans la classe
ARTICLE 35. — Les professeurs assistants débutent tous à
ARTICLE 36. — Les dispositions des articles 64, 65 et 66 du présent arrêté sont applicables aux professeurs assistants.
ARTICLE 37. — Les professeurs assistants ne donnant pas satisfaction sont réintégrés dans le cadre des instituteurs officiels avec leur ancien emploi, en ajoutant, toutefois, à leur ancienneté, le temps passé dans le cadre des professeurs assistants. Si cette ancienneté le permet, ils peuvent être nommés à la classe supérieure.
ARTICLE 38. — Une école professionnelle de jeunes filles est créée dans chacune des localités où existe une école
ARTICLE 39. — La durée des études est de deux ans.
| ARTICLE 40. — Pour être admises à l’école, les candidates | doivent justifier, devant une commission ayant la compo- Oo. fl sition indiquée à l’article 22, de la connaissance du probi gramme des écoles primaires. EM ARTICLE 41. — Des bourses de 120 francs par an, pouvant l je être allouées par demi-bourses et dont le nombre est fixé ! par le Gouverneur Général, sont accordées, dans les conll ditions prévues par l’article 24, aux élèves les plus méri- (fre tantes et les plus nécessiteuses des écoles. ; fe ARTICLE 42. — Le but de l’école professionnelle est de : mettre les élèves qui la fréquentent en possession d’un PE Les cours pratiques ont pour but : le blanchissage et l’entretien du linge, la couture, la cuisine, la sériciculture, r la confection des dentelles, les travaux sur étoffes de soie, le tissage, la sparterie. ’ ARTICLE 43. — Des assistantes indigènes pourront être . attachées aux écoles professionnelles de jeunes filles; elles , recevront un traitement mensuel de 20 francs. ne ARTICLE 44. — Les écoles primaires rurales sont créées par arrêté du Gouverneur Général, sur la proposition du | chef de la province et du chef du service de l’enseignement. Elles sont dirigées par des instituteurs indigènes. | ARTICLE 45. — Les enfants âgés de plus de quatorze ans - 1 ne peuvent continuer à fréquenter l’école primaire que s’ils y sont autorisés par le chef de la province et le chef du service de l’enseignement. | ARTICLE 46. — L’enseignement primaire rural comprend : £ La lecture et l’écriture; |
| Le caleul et le système métrique ;
L’histoire élémentaire de la France envisagée surtout dans ses rapports avec Madagascar;
La géographie élémentaire de la France et la géographie de Madagascar étudiées sous Le rapport des relations commerciales que ces pays ont avec les diverses parties du monde ;
Des leçons de choses s’appliquant à l’agriculture et à l’hygiène ; i
Le dessin dans ses rapports avec les métiers usuels;
Les travaux à l’aiguille pour les filles.
ARTICLE 47. — Chaque école sera pourvue d’un jardin pour l’enseignement de l’agriculture.
ARTICLE 48. — Toutes les fois que cela sera possible, il sera annexé aux écoles primaires un atelier, où les élèves commenceront l’apprentissage d’un métier (menuiserie,
ARTICLE 49. — Les instituteurs officiels sont choisis parmi les élèves des cours normaux officiels.
ARTICLE 50. — Ils sont nommés par le Gouverneur Géné- ral, sur la proposition du chef du service de l’enseignement.
ARTICLE 51. — Ils doivent posséder le certificat d’aptitude à l’enseignement dans les écoles primaires de Madagascar, obtenu dans les conditions ci-après indiquées.
ARTICLE 52. — L’examen du certificat d’aptitude à l’enseignement dans les écoles primaires de Madagascar com-
1° Des épreuves écrites éliminatoires ;
2° Des épreuves d’enseignement pratique éliminatoires ;
(Es #0 ARTICLE 53. — Les épreuves écrites comprennent : REA
Hu ‘# 1° Une dictée d’un texte français simple; #1 f 1 à 2° Une composition française élémentaire; Bee 3° Une composition malgache, dont le sujet pourra porter
| ie sur une-question de pédagogie; G £
{pas ie 5 Une version.
| \17NCRS ARTICLE 54. — Les épreuves d’enseignement pratique ! 1 D : 1° Une leçon sur une des matières du programme, faite FLE à l’école annexe de la section normale ou dans toute autre HIER école de la localité désignée à cet effet; et 2 L’exécution d’un travail simple, bois ou fer, à l’atelier Rés de l’école normale ou de l’école régionale; AE 3° L’exécution d’un croquis coté; 11111 ‘* Des interrogations sur l’agriculture. ;
fe 1 1° La lecture d’une page de texte français avec traduction |. 11 et explication en malgache; 1502 2° La lécture d’une page de texte en malgache avec tra- {f ML duction en français et explication en malgache; HAE 4° Des interrogations sur les matières du programme Le je k des écoles primaires (arithmétique, système métrique, his- jé 18 + ARTICLE 56.— L’examen aura lieu au siège de chaque cours
fs er normal, à une date fixée par le Gouverneur Général, sur Li le la proposition du chef du service de l’enseignement. Il sera (PERS ublie. Tout candidat à cet examen devra avoir dix-sept ans il x au moins au premier octobre de l’année dans laquelle si IS il se présente. Des dispenses d’âge, dont les demandes | seront transmises et annotées par le chef de la province, AE pourront être accordées par le Gouverneur Général, sur la FILE proposition du chef du service de l’enseignement. EH Le diplôme ne sera délivré aux élèves reçus à l’examen
î jl 4 qu’après dix-huit mois au moins d’exercice dans une école.
! A Tananarive, la commission comprendra :
Le chef du service de l’enseignement, président ;
Un fonctionnaire de l’administration centrale désigné par le Secrétaire Général;
Le directeur de l’école administrativé et commerciale de
Le sous-directeur de l’école professionnelle de Tananarive ;
Un fonctionnaire désigné par le service de l’agriculture.
ARTICLE 57. — Dans les autres centres d’examen, la commission sera présidée par le chef de la circonscription scolaire, s’il est présent sur les lieux, et, dans le cas contraire, par le directeur de l’école régionale. Outre ces deux fonctionnaires de l’enseignement, la commission comprendra un fonctionnairé délégué par le chef de la province, un agent du service technique des travaux publics et un agent du service technique de l’agriculture, ou, à défaut de ces derniers, deux fonctionnaires ou colons désignés en raison de leurs aptitudes par le chef de la province. } |
ARTICLE 58. — Les instituteurs officiels sont répartis en cinq classes dont le traitement est fixé ainsi qu’il suit :
ARTIGLE 59. — Les instituteurs officiels sont logés. Dans les localités rurales, et, autant que possible, dans la banlieue des villes où ils sontemployés, un terrain comprenant une rizière est mis à leur disposition. Ils ont l’obligation d’utiliser ce terrain pour l’enseignement pratique agricole de leurs élèves.
{l 14 AnrTicLe 60. — Les contremaîtres employés dans les écoles Le officielles reçoivent un salaire mensuel de 45 francs et js jouissent des mêmes avantages que les instituteurs officiels, ji: notamment au point de vue de la jouissance d’un terrain pl de culture. ii ARTICLE 61. — L’avancement des instituteurs officiels se HA fait exclusivement au choix, après deux ans au moins LUS passés dans la classe immédiatement inférieure. Les projh î positions pour l’avancement des instituteurs sont faites, fi chaque année, au premier janvier, au Gouverneur Général, (hi par le chef du service de l’enseignement ; elles sont annodi tées par le chef de province. HAN ARTICLE 62. — Une allocation mensuelle de francs 50 sera 9 accordée aux femmes ou filles d’instituteurs, maîtresses de LL couture, sur la double proposition du chef du service de h l’enseignement et des chefs de province ; cette allocation ! mensuelle pourra être portée à 12 francs 50, si la maîtresse ‘ de couture justifie de connaissances suffisantes pour être en il même temps institutrice-adjointe. 1e ARTICLE 63. — Les instituteurs et les contremaîtres oriil ginaires de l’Imérina ou du Betsiléo, en service dans les ‘1 régions excentriques, pourront recevoir un supplément 1! mensuel de traitement dans les conditions indiquées par l’article 32 ci-dessus. | ARTICLE 64. — Les instituteurs et les contremaîtres offi1e ciels sont exemptés du service militaire. | ARTICLE 65. — Les avancements, gratifications ou distinctions quelconques seront accordés aux instituteurs et | aux contremaîtres officiels sur la proposition du chef du service de l’enseignement annotée par le chef de la pro- | vince où ils sont en service.
ARTICLE 66. — Les instituteurs et les contremaîtres offi-
ciels sont passibles des peines disciplinaires suivantes :
ARTICLE 67. — La réprimande est prononcée par le chef du service de l’enseignement ou par le chef de la province.
La suspension est prononcée par le Gouverneur Général, sur la proposition du chef du service de l’enseignement et l’avis du chef de la province; la suspension par mesure disciplinaire entraîne la privation de solde, mais non la cessation des fonctions. Elle ne pourra être supérieure à
La rétrogradation et la révocation sont prononcées par le Gouverneur Général, sur la proposition du chef du service de l’enseignement et l’avis du chef de la province.
L’instituteur rétrogradé prend rang dans son nouvel emploi du jour de la décision et ne peut être proposé pour l’avancement qu’après avoir effectué dans cet emploi le temps minimum exigé pour être élevé à la classe supé- rieure, sans qu’il puisse être tenu compte du temps qu’il y ! avait antérieurement passé.
ARTICLE 68.— Il est créé un cadre d’inspecteurs indigènes recrutés par voie de concours.
Sont admis à concourir : les instituteurs officiels ayant 5 années d’exercice et les professeurs assistants ayant
ARTICLE 69. — Le concours pour l’emploi d’inspecteur indigène comprend des épreuves écrites, des épreuves pratiques et des épreuves orales.
Une dictée d’un texte français;
Une composition malgache sur un sujet de pédagogie;
Deux problèmes d’arithmétique et de système métrique.
l Ke : Relevé au sur l’ag une éco CRE it ENS Interrogation classe dans î QUE 11 TAN Une tion d’un les alci a j ‘Hu L’inspec ipreuves orale , la langue Bt Eu
{ 1 ions sur stème m l “I jte l’arithmétiqu s sont répa insi ji ‘1 lasses, 5 francs (un | toi aus RARE HAS UE 115 nue À ‘1 nl nue érinaet du | A0 LE originair triques pote ns fi 18 s indigènes égions excen les condition: V4 A fau cevo ‘artic indigè | tous 5 li ÉRTSE par l inspecteurs débutent LUE
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