VII-5 · Cinquième cahier de la septième série · 1905-12-05

Courrier de Russie

Charles Péguy

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le 22 janvier nouveau styl

& 3 paraissant vingt fois par an

ë 8, rue de la Sorbonne, au rez-de-chaussée

; Nous avons publié dans nos éditions antérieures et à dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un Si grand nombre de documents, de textes formant dossiers, de renseignements et de commentaires; — un ÿ si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles, É romans, drames, dialogues, poèmes et contes; — un si grand nombre de cahiers d’histoire et de philoso4 phie; et ces documents, renseignements, textes, dossiers et commentaires, ces cahiers de lettres, d’histoire et de philosophie étaient si considérables que nous ne pouvons pas songer à en donner ici l’énoncé méme le = plus succinct; pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières séries des cahiers, il suffit d’envoyer un manl dat de cinq francs à M. André Bourgeois, administra1 teur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement ; on recevra en retour À le catalogue analytique sommaire, 1900-1904, de nos | Ce catalogue a été justement établi pour donner, es autant qu’il se pouvait, une image en bref, un raccourci, A une idée, abrégée, mais complète, de nos éditions anté- % rieures et de nos cinq premières séries ; tout y est classé 4 dans l’ordre ; il suffit de le lire pour trouver, à leur ÿ place, les références demandées. RAT Ce catalogue, in-18 grand jésus, forme un cahier très épais de XI1+-Z08 pages très denses, marqué cinq

francs ; ce cahier comptait comme premier cahier de la À

sixième série et nos abonnés l’ont reçu à sa date, le je

2 octobre 1904, comme premier cahier de la sixième f série; toute personne qui jusqu’au 31 décembre 1905

s’abonne rétrospectivement à la sixième série le reçoit, ‘ À

par le fait même de son abonnement, en tête de la série; 4

nous l’envoyons contre un mandat de cinq francs à toute si

personne qui nous en fait la demande. | Fa

Pour amorcer tout travail que l’on aurait à commencer fie.

dans notre premier catalogue analytique sommaire, con- à

; sulter le petit index alphabétique provisoire que nous #

avons établi de ce catalogue analytique sommaire. Th

Ce petit index alphabétique provisoire, in-18 grand M,

Jésus, forme un cahier très maniable de XII + 60 pages È

très claires, marqué un franc; ce cahier comptait S

comme premier cahier de la septième série et nos

abonnés l’ont reçu à sa date, le premier octobre 1905, \ £

comme premier cähier de la septième série; toute |

personne qui s’abonne à la septième série, qui est la

série en cours, le reçoit, par le fait même de son abonne- |

ment, en tête de la série; nous l’envoyons contre un

mandat de un franc à toute personne qui nous en fait :

la demande. ;

Pour la sixième série, année ouvrière 1904-1905, et $

en attendant que paraisse le catalogue analytique som- 5

maire de nos deuxièmes cinq séries, 1904-1909, on F

peut consulter, — provisoirement, — la petite table é À

analytique très sommaire que nous avons publiée en fin f %

de ce cahier index. # 1}

_ Simple extrait de ce premier petit index alphabétique : HETA je analytique MT __ Bernard-Lazare, — l’oppression des Juifs dans l’Eu- FOR _ rope orientale, — les Juifs en Roumanie, deux francs 114 te D à

_ _ une lettre adressée à monsieur Th. Del- Fa ae

De cassé, ministre des affaires étrangères, — de Buda- Lire Ve — — Juifs de Roumanie, —une lettre à mon- t LE gi À _ sieur Anatole Leroy-Beaulieu…un france 930 pa WT Edmond Bernus, — la Russie vue de la Vistule, — his- Nr: np André Bourgeois, — quatre jours à Montceau, — un o js à | Félicien Challaye, — Courrier d’Indo-Chine, — épuisé, LP PUTEE _ n’est plus mis en vente que dans les collections com- AE eu: — — la Russie vue de Vladivostock, journal US — — Second courrier d’Indo-Chine, un franc 205 j HA É

Re cinquième cahier de la septième série Ex ‘2 4 Félicien Challaye, — impressions sur Java, — fragments él ; HE; — — la France vue de Laval… deux franes 34r de ER Henri Dagan, — l’Oppression des juifs dans l’Europe G

orientale, — les massacres de Kichinef et la situation

3 des prolétaires juifs en Russie… deux francs 262 4 a François Dagen, — cahier de courriers, — courrier À ES d’Algérie, — considérations sur les causes de la gran- ë LE deur et de la décadence de l’antisémitisme en Algérie ÿ Fa Jean Deck, — cahier de courriers, — courrier de Fin- à À lande, — en particulier sur les troubles des 17 et j ni ! —_ — Pour la Finlande, mémoire et documents st Maurice Kahn, — cahiers de courriers, — courriers de 4 En Lionel Landry, — courrier de Chine, du temps de ‘4 54 — — courrier de Chine, même temps… 21: Henri Lebeau, Jérôme et Jean Tharaud, — Moines de Fe h: Edmond Lebret, — courrier de Bretagne…un franc 215 a : Jean le Clerc, — introduction à courrier de France, ; bi A grève générale des mineurs, du Bulletin de l’Office <R NN — — du même Bulletin, présentation de : “14 Henri Michel, — cahier de courriers, — Notes sur la

f A _ Pierre Quillard, — Pour l’Arménie, mémoire et dossier PL A LA Gaston Raphaël, — le Rhin allemand… un france 239 in À au DES Pour les étudiants russes, — un cahier en voie d’épui- : pu ie AA D coment 0. ni douze francs 311 4/00 va _ René Salomé, — courrier de Belgique…unfranc 153 I: Na “à _ Tolstoi, — une photographie de Tolstoi et Gorki se Dre A — — une lettre inédite, adressée à Romain “OR Ne Roland ete SN uni franc 193 0 RUCRA Les | — — trois lettres, traduction établie pour les RE A. ta D” cahiers par les soins de Romain Rolland, dans le A

Et simple extrait de cette première table analytique très sommaire : Sixième cahier de la sixième série, un cahier jaune de XXXII + 164 pages, in-18 grand jésus, bon à tirer du mardi le band et le sionisme ; — un voyage d’études ; Écre ÉBEruN. — Les partis juifs en Russie ; Introduction; la population juive de la Russie : la bourgeoisie, la classe ouvrière, les petits marchands et les # agriculteurs; les causes historiques, psychologiques et morales du mouvement révolutionnaire parmi les Juifs russes; le mouvement ouvrier juif avant la création du ; « Bund »; le « Bund » et son activité, ses rapports avec le parti Social-Démocratique russe ; le Sionisme ; conclusion ; VLiaprmiIR KOROLENKO. — La maison numéro 13; — traduit par Élie Éberlin ; Elie Éberlin, Vladimir Korolenko ; Treizième cahier de la sixième série, un cahier jaune de 72 pages, in-18 grand jésus, bon à tirer du mardi 21 mars 1905 j ToLsror. — l’Église et V’État ; les événements actuels en Russie; — traduction J.-W. Bienstock; le premier, in- | troduit par P. Birukov ; dans le même cahier : Cahiers de la Quinzaine, — les œuvres de Tolstoi.

Le courrier que l’on va lire fait, comme tous les courriers des cahiers, dont on a pu lire ci-dessus un énoncé beaucoup trop succinct, un témoignage direct. Comme son titre l’indique, il est et il forme un témoignage direct sur cette précédente reprise de la Révolution en Russie que furent les événements du 22 janvier

Mon vieux camarade, condisciple et ami et notre col-

laborateur Étienne Avenard était parti à SaintPétersbourg comme correspondant de l’Humanité. Je dois rappeler ici, avant toute considération, cette circonstance, et je ne puis la rappeler sans une certaine mélancolie. La dernière fois que je vis Jaurès, en effet, c’était pendant les mois où justement il préparait la publication de cette même Humanité. Que les temps sont . changés ! Sitôt que de ce jour. Je ne trahirai aucun secret en rapportant que Jaurès alors venait de loin en loin me voir à l’imprimerie. De Passy à Suresnes, parle bois, la route est belle. Jaurès qui en ce temps-là travaillait beaucoup, beaucoup trop, à ses articles de /a Petite République, et surtout à son énorme Histoire socialiste de la Révolution française, Constituante, LégisXIU

si j’ai bon souvenir, in quarto, sang-de-bœuf, ne portait pas toujours très bien tant de travail. Qui l’eût porté, à

j sa place ? Il éprouvait le besoin, par excès de travail, lourdeur de tête, afflux sanguin, — il est sanguin, —

: congestion, aux yeux, — toutes les misères de celui qui

F lit, qui écrit, et qui corrige des épreuves, il éprouvait le besoin de faire l’après-midi régulièrement une promenade, une marche, un peu solide, à pied. Le Bois est

| une des beautés monumentales de Paris. Et les routes

| un peu fermes sont belles sous le pied. De Passy à Su-

resnes il y a trente-cinq minutes, sans se presser. Jau-

rès venait de loin en loin me trouver à l’imprimerie. J’y

ù étais presque toujours. Ensemble nous partions par les routes bien courbes et par les droites avenues, soit que

je dusse revenir ensuite à l’imprimerie pour y finir ma Le journée, soit que cette reconduite me fût un chemin de

retourner dans Paris.

Les personnes qui m’ont quelquefois reproché de

” garder pour Jaurès des ménagements excessifs n’ont

; évidemment point connu le Jaurès que je connaissais

À pendant ces promenades retentissantes. Nous pouvions nous voir et causer et marcher ensemble honnêtement.

| Sans aucune compromission d’aucune sorte. Sans

: faiblesse de l’un ni de l’autre. Il avait été, dans les

meilleures conditions du monde, l’un de nos collabora-

ie teurs. Et puis enfin, en ce temps-là, il était Jaurès. Et

\ je n’étais point en reste avec lui. A titre de collabora-

#4 teur il nous avait fourni de la très bonne copie. A titre de gérant je lui en avais fait des éditions comme il n’en

| avait jamais eu, comme il n’en a jamais eu depuis,

| comme il n’en aura jamais d’autres. Au demeurant, par !

je ne sais quel obscur pressentiment des développements ultérieurs, ou par quelle obscure pénétration des pré- sentes réalités profondes, — par une sage administration de ce commerce oratoire je m’étais toujours scrupuleusement conduit de telle sorte que je ne redusse rien à mon illustre partenaire. Non seulement je ne lui ai jamais demandé un de ces services d’amitié, un de ces bons offices qui lient, un honnête homme. Éternellement. Mais j’avais toujours conduit nos relations de librairie, et toutes autres, j’avais toujours administré mes sentiments mêmes de telle sorte que mon compte créditeur débordât toujours mon compte débiteur d’une assez large marge. Il y a, dans la vie, de ces profonds pres- |

Comme alors les pressentiments me venaient, anticipant les tristesses ultérieures, ainsi aujourd’hui, et . réciproquement, par le ministère de cette collaboration Avenard, les souvenirs m”assaillent, rappelant les illusions publiques à jamais perdues. Qui alors ne sefûüt attaché à lui ? Et qui, d’avance attaché, ne se fût maintenu attaché ? Son ancienne et son authentique gloire de l’ancienne affaire Dreyfus, renforçant, doublant sa plus ancienne et sa non moins authentique gloire socialiste, l’entourait encore d’un resplendissement de bonté. C’était le temps où il était de notoriété que Jaurès était bon. D’autres pouvaient lui contester d’autres valeurs,

. maïs tout finissait ainsi toujours : Il est bon. Pour ça, il est bon. — Et ce fut la période aussi, les quatre ans où métant pas député, sorti du monde parlementaire, à presque de tout le monde politique, il eut vraiment dans ce pays une situation qu’il n’a jamais retrouvée. Un assez grand nombre de personnes me reprochent

Ë d’avoir gardé pour Jaurès une tendresse secrète, qui transparaît même, qui transparaît surtout dans mes $ sévérités les plus justifiées. C’est qu’elles ne connaissent | point un Jaurès que. j’ai parfaitement connu, alors, un Jaurès bon marcheur et bon causeur, non pas le Jaurès ruisselant et rouge des meetings enfumés, ni le Jaurès, hélas, rouge et devenu lourdement mondain des salons | de défense républicaine; mais un Jaurès de plein air et ; de bois d’automne, un Jaurès comme il eût été s’il ne lui fût jamais arrivé malheur, et dont le pied sonnaït sur le à sol dur des routes. Un Jaurès des brumes claires et , 4 dorées’ des commencements de l’automne. À Un Jaurès qui, bien que venu chez nous des versants à des Cévennes et remonté des rives de la Garonne, goû- 5 tait parfaitement la parfaite beauté des paysages fran- 2 çais. Un Jaurès qui admiraïit et qui savait regarder et

cite voir ces merveilleux arbres de l’Ile-de-France, tout dorés : par les automnes de ce temps-là. Un Jaurès qui debout \ aux grêles parapets de fonte ou de quelque métal du \ pont de Suresnes, regardant vers Puteaux, admirait, 5 savait admirer en spectateur moderne toute la beauté 1 industrielle de cette partie de la Seine; ou regardant ja de l’autre côté, planté debout face au fleuve, il regar- Ÿ dait, il admirait, il enregistrait, il voyait, comme un L Français, le fleuve courbe et noble descendant aux pieds d : des admirables lignes des coteaux. Il m’expliquait tout

: cela. Il expliquait toujours tout. Il savait admirablement

ê expliquer, par des raisons discursives, éloquentes, con-

4 cluantes. Démonstratives. C’est ce qui l’a perdu. Un

‘e homme qui est si bien doué pour expliquer tout est mûr à: pour toutes les capitulations. Une capitulation est essen-

È à tiellement une opération par laquelle on se met à

expliquer, au lieu d’agir. Et les lâches sont des gens qui regorgent d’explications.

J’ai connu un Jaurès poétique. Une admiration commune et ancienne, en partie venue de nos études universitaires, nous unissait dans un même culte pour les classiques et pour les grands poètes. Il savait du latin. Il savait du grec. Il savait énormément par cœur. J’ai eu cette bonne fortune, — et cela n’a pas été donné à tout le monde, — j’ai eu cette bonne fortune de marcher aux côtés de Jaurès récitant, décläamant. Combien d’hommes ont connu les poètes par la retentissante voix de Jaurès? Racine et Corneille, Hugo et Vigny, Lamartine et jusqu’à Villon, il savait tout ce que l’on | sait. Et il savait énormément de ce que l’on ne sait pas. Tout Phèdre, à ce qu’il me semblait, tout Polyeucte. Et Athalie. Et le Cid. 11 eût fait un Mounet admirable, si la fortune adverse ne s’était pas acharnée à faire de lui un politicien. Il était venu au classique peut-être plus par un goût toulousain de l’éloquence romaine. Et je devais y être venu un peu plus peut-être par un goût français de la pureté grecque. Mais en ce temps-là on n’envenimait point ces légers dissentiments. Les esprits étaient à l’unité. On n’y regardait point d’aussi près. Tout Toulousain qu’il fût d’origine, il s’élevait aisément, parfaitement, naturellement, à l’intelligence et au goût de ces poètes parfaits de la vallée de la Loire, et des environs, qui sont la moelle du génie français, du Bellay,

. l’immortel Ronsard. Il savait les sonnets. Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle. Dieu veuille que ces révélations compromettantes ne lui fassent point trop de tort dans sa circonscription.

Il n’y avait d’accidents que quand se rappelant qu’il

à avait commencé, normalien, par être un brillant agrégé à de philosophie, il entreprenait de faire le philosophe. à Alors ces entretiens devenaient désastreux. Un jour Fe j’eus le malheur de lui dire que nous suivions très réguFA lièrement les cours de M. Bergson au Collège de France, à ÿ au moins le cours du vendredi. J’eus l’imprudence de lui À laisser entendre qu’il faut le suivre pour savoir un peu ï ce qui se passe. Immédiatement, en moins de treize mi18 nutes, il m’eut fait tout un discours de la philosophie de s Bergson, dont il ne savait pas, et dont il n’eût pas vi compris, le premier mot. Rien n’y manquait. Mais il d ; avait été le camarade de promotion de M. Bergson à dans l’ancienne École Normale, celle qui était supé- à rieure. Cela lui suffisait. Ce fut une des fois qu’il com- ps \ mença de m’inquiéter.

à Il était si éloquent que souvent il s’arrêtait, malgré % lui, machinalement, pour être éloquent encore davanVe tage; et qu’il marchât ou qu’il fût arrêté, les gens, dans À la rue, souvent, s’arrêtaient pour le regarder parler. k Tous ne le connaissaient point, bien qu’il fût l’hommele Lex plus célèbre de France et alors dans tout l’éciat de sa $ gloire. Mais qu’on le connût, ou qu’on ne le connût pas, de — et puisque aussi bien nous en sommes au chapitre des F0 confessions, — dans ma sotte vanité de jeune homme, 5 de jeune socialiste, de jeune dreyfusiste, j’étais secrèteke ment flatté d’être publiquement le public, l’hommeWe public, d’un homme aussi célèbre et d’un aussi grand

“4 Envoyé de l’Humanité, correspondant de ce journal à 1 Saint-Pétersbourg, Avenard tenait beaucoup à ce qu’il ‘a füt dit en tête de ce cahier quel bon souvenir il avait

gardé de ses relations professionnelles et généralement de toutes ses relations avec le journal dont ïl était Fe devenu ainsi le collaborateur occasionnel, et dont j’ajouterai qu’il serait à souhaiter qu’il devint régulière- à ment le collaborateur. Que notre collaborateur se rassure. Je le dirai. Je ne le ferai point seulement comme “ un devoir de ma charge. Maïs je le ferai comme accom- \2 plissant un voyage de retour vers un passé qui fut heu- f reux. S’il faut dire du bien de Herr et de Jaurès, nul ne LS, le fera mieux que moi. Nul autant que moi n’en a l’ha- ï bitude et n’en sait la manière. Ce fut mon premier, et : longtemps mon seul métier. Ce fut mon métier pendant À plusieurs années, pendant toutes les années de mon

En ce temps-là, au temps de Ronsard, et même de | Hérédia, Jaurès avait accoutumé de me dire : Vous, Péguy, vous avez un vice. Vous vous représentez, vous avez la manie d’imaginer la vie de tout le monde autrement que les titulaires eux-mêmes n’en disposent. Et d’en disposer à leur place, pour eux. — C’est qu’étant AA simple citoyen j’ai le recul nécessaire. Situé dans le | simple peuple, je vois, comme tout le monde, beaucoup de mouvements que les grands ne voient pas. ; é:

La dernière fois, donc, la dernière fois que je vis É Jaurès, dans ces conditions, etie ne l’ai jamais revu non |

, plus dans aucunes autres conditions, ce fut précisément pendant les mois qu’il préparait ce journal qui est devenu l’Humanité. Les vieilles gens se rappellent encore tout ce que l’on attendait de ce journal en forma- 16 tion. Le journal de Jaurès! on en avait plein les années # à venir. Depuis des années on savait bien, on avait Ÿe bien dit que Jaurès finirait par faire son journal. Enfin ‘

We. + on aurait, on verrait, on allait voir le journal de Jaurès. Re # On attendait. Il ne fallait rien dire. Ce serait un journal i comme on n’en avait jamais vu. Le journal de Jaurès, F4 enfin. Ce mot disait tout. Ce mot valait tout. On verrait ÿ “À ce que ce serait que le journal de Jaurès. Les titres L Fa Ce fut sur ces entrefaites qu’arrivant un jour à “RS l’imprimerie un peu de temps après le déjeuner les | hs F5 imprimeurs me dirent : Vous savez, que Jaurès est venu di vous demander. Ils n’étaient pas peu fiers, les imprire meurs, de me faire cette commission, parce que la véné- “ ns) ration que les anciens sujets avaient pour le roi de +4 France n’était rien auprès des sentiments que nos 4 modernes citoyens nourrissent pour les grands chefs de put leur démocratie. l 1 Il y avait dès lors fort longtemps que je n’avais pas 5 é a ? revu Jaurès, depuis qu’il était redevenu député. Sa ke. capitulation devant la démagogie combiste et bientôt

sa complicité dans la démagogie combiste avait achevé

: 1 de consommer une séparation dont le point d’origine se a. perdait dans les établissements de nos plus anciennes 1 ÿ | relations. Pourtant quand les imprimeurs m’eurent ainsi A rapporté que Jaurès était venu me demander, je me dis De que somme toute j’étais le plus jeune, un tout jeune 4 2 homme en comparaison de lui, que par conséquent je Va lui devais le respect, que je devais lui céder le pas, que D. W nos anciennes relations n’avaient jamais rien eu que pe d’honnête et de hautement honorable, que le souvenir . ‘4 m’en serait toujours précieux, que je pouvais donc, que | K; ne je devais faire la deuxième démarche. Je me pré- À “4 g sentai chez lui peut-être le lendemain matin. Il n’est pas Er une des maisons où je suis allé une fois où je ne puisse

honorablement retourner. Peu d’hommes publics pour- ï raient en dire autant. | |

Je me présentai chez lui. Je croyais qu’il avait quelque ; chose à me dire. Il n’avait rien. Il était un tout autre homme. Vieilli, changé, on ne sait combien. Cette der- | nière entrevue fut sinistre. C’est une grande pitié quand S deux hommes, qui ont vécu ensemble d’une certaine vie, après une longue et définitive interruption d’euxmêmes se remettent ou par les événements sont remis è dans les conditions extérieures de cette ancienne vie. Nulle conjoncture, autant que ce rapprochement, n’imprime en creux dans le cœur la trace poussiéreuse et creuse de la vanité des destinées manquées. Il sortit. Je laccompagnai pourtant. Nous allâmes à pied. Il mit des : lettres à la poste, ou des télégrammes. Nous allâmes, nous allâmes, par ces froides avenues du seizième . arrondissement. Arrivés à la statue de La Fayette, ou à peu près, il arrêta une voiture, pour faire une course. Au moment de le quitter, je sentis bien que ce serait pour la dernière fois. Un mouvement profond, presque un remords, fit que je ne pouvais pas le quitter ainsi. Au moment de lui serrer la main pour cette dernière fois, revenant sur ce qui était ma pensée depuis la veille, et depuis le commencement de ma visite, je lui
dis : Je croyais que vous étiez venu me voir hier à l’imprimerie pour me parler de votre journal. — Un peu il m’avait dit d’un ton épuisé : Je fais des courses, des { démarches. — Il était et paraissait fatigué. — Les gens ne marchent pas. Les gens sont fatigués. Les gens ne valent pas cher. Il était lassé, voûté, ravagé. Je n’ai jamais vu rien ni personne d’aussi triste, d’aussi

: désolant, d’aussi désolé, que cet optimiste profes- | 16 Avait-il dès lors, et depuis quelque temps, par ces ni: démarches mêmes, un pressentiment de la vie atroce où :. } il allait entrer. Ce jour, ce temps avait dans sa vie une Ds ï importance capitale. Pour la dernière fois il quittait la 51% vie libre, la vie honnête, la vie de plein air du simple is RE citoyen; pour la dernière fois, et irrévocablement, il % f# allait plonger, faire le plongeon dans la politique. Il 14 était frappé d’une grande tristesse. Il assistait à sa prode ; pre déchéance. Et comme il est naturellement éloquent, 3 . dans son cœur il se plaignaït fort éloquemment. Sa pue fe: main sur les chevaux laissait flotter les rênes. Je lui ni dis : Écoutez. Vous savez bien que je ne vous demande ES pas d’entrer dans votre journal. Ma vie appartient tout : 5 À entière aux cahiers. Mais j’ai autour de moi, ou enfin il 4 y a aux cahiers un certain nombre de jeunes gens que pe vous pourriez faire entrer. Ils ne sont point célèbres. Ils s% ne courent point après la gloire. Mais ils sont sérieux. We Et ils ont la vertu qui est devenue la plus rare dans les 1 21 temps modernes : la fidélité. Ce n’est point par la fidé- Ê si lité que brillent ceux qui vous entourent. Et moi, vous 4 savez par quelles crises, par quelles misères les cahiers É À SQSS ont passé depuis cinq ans : pas un de mes collabora- ( teurs ne m’a lâché. Cela vaut encore mieux que tout ce h ë que j’ai publié. C’est sans doute la première fois que ce &s ; fait se produit depuis le commencement de la troisième a 11 était embarrassé. J’insistai : Croyez-vous, par | : 4 MS exemple, que si vous débutiez par donner en feuilleton ê ï 1.20 à le Coste de Lavergne, cela n’aurait pas un sens ? Alors 4 ï À il commença d’élever un peu les bras au ciel d’un air

désolé : Vous savez bien ce que c’est. J’avais mon personnel plein avant de commencer. Il est plus facile d’avoir des collaborateurs que de trouver des commanditaires.

Je le savais de reste. Une dernière poignée de mains. 11 monta, lourd, écroulé, dans ce fiacre baladeur. Je ne l’ai jamais revu depuis.

Je n’ai donc jamais pu savoir pourquoi soudain la veille, après un long intervalle et sans crier gare, il était venu me voir à l’imprimerie. Peut-être, au moment x de sauter le pas, un regret obscur, et comme un remords sourd. Au moment de quitter à jamais un pays où il avait eu quelque bonheur, et quelque tranquillité de conscience, avant d’entrer dans les marais de la politique, dans les marécages, dans les plaines saumâtres, un dernier regard, une santé dernière, un dernier voyage aux anciens pays de la véritable amitié.

Combien de fois depuis suivant seul ces mêmes routes, printemps, été, automne, hiver, pluie et soleil, boue et poussière, arrosage, ou juste fermeté, combien | de fois n’ai-je pas pensé à mon ancien compagnon de voyage; combien de fois n’ai-je pas pensé à Jaurès, non point comme tout le monde peut y penser, mais comme à un ancien compagnon de route, à un ancien compagnon de marche égaré, parti dans de mauvaises routes, égaré dans les fondrières. C’est dans cet esprit que je l’ai suivi de loin, moi-même reperdu dans la foule, refoulé dans le peuple. C’est dans cet esprit que j’ai assisté à cette longue déchéance, que jai suivi, de l’une à l’autre continäment, cette série ininterrompue de capitulations et de complicités ; capitulation par l’amnistie devant la démagogie réactionnaire natio-

+4 * aussitôt et comme en continuation du même geste capi-

54 tulation devant la démagogie combiste et complicité 5 dans la démagogie combiste; religion, superstition du

4 bloc, poursuivie dans les excès mêmes où la justice 1 ê demandait qu’elle ne s’exerçât point; et aujourd’hui nt tout au contraire, brusquement, rupture de la défense RS républicaine jusque dans les utilités où elle était légi-

L. ; time ; c’est-à-dire ici capitulation devant la vieille déma-

K \ gogie guesdiste et devant la démagogie hervéiste,

:3180 | récente; toujours cette maladie et cette manie de quelque ©4163 unité, unité socialiste, unité républicaine, et derechef

__ unité socialiste, qui dans sa tête fatiguée successivement #4 se battent; pour ne point parler de cette louche et trouble 5 | et incompréhensible campagne contre madame Syveton

ie accusée, campagne poussée à fond, on n’a jamais su 7

R: pourquoi, la seule campagne que Jaurès ait jamais 24e poussée à fond, odieuse et insensée, ou odieuse et cri-

: ÿ minelle, ou bien d’avoir été faite, ou de n’avoir pas été

‘ju De cette même distance et dans ce même esprit, hr: d’aussi loin j’ai regardé son journal. Je ne dis pas que

RAS je l’ai lu. Un journal plus gris que la Lanterne, aussi

a bas que son ancienne Petite République, suintant la

pe politique, et toujours quelque unité, suintant toujours,

surtout, le commandement de croire, une inlassable et

À inrebutable autorité de commandement, et cette four-

NX: berie particulière par laquelle tout est disposé, com-

Le. f posé, ou omis dans un journal pour et de manière que

PE: le lecteur soit incliné, conduit, séduit à voir comme le ED patron veut que l’on voie.

“ Son personnel, ce personnel dont il était plein avant

même que d’avoir commencé ses premières démarches, et dont lui-même il n’était pas si fier, à l’œuvre nous avons vu ce que c’était, son personnel. Pour la partie d’articles et de renseignements, cette horde affamée | de petits agrégés normaliens qui ayant découvert le h socialisme cinquante-cinq ans après Proudhon et qua- | rante-cinq ans après Marx lui-même se précipitèrent à la défense de la République un peu de temps après qu’ils eurent acquis l’assurance qu’elle ne courait réellement plus aucun danger. Et à leur tête le réjoui | Albert Thomas, prince des incompétences. Et avec, Thomas le vidame du socialisme toulousain, le célèbre, le joyeux, le faraud, l’enfariné, le bon moralisateur { momentanément professeur au lycée de Cahors, qui n’a point attendu de longues années, celui-là, pour pêcher dans le marécage politique sa candidature aux élections législatives dans la deuxième circonscription de Toulouse. On se doute un peu de ce que sont généralement les élections toulousaines, et la politique toulousaine. On sait ce qu’elles sont particulièrement devenues depuis que les socialistes ont imaginé de faire cause commune avec les réactionnaires à seule fin d’embêter les radicaux de la Dépéche.

[On me pardonnera de ne pas savoir s’il faut écrire Gabriel-Ellen Prévost ou Gabriel Ellen-Prévost. Je ne faut pas deux. Je ne sais pas même s’il faut écrire Pré- vost ou Prévôt. Les journaux et revues orthographient 4 différemment le nom de ce grand homme. Et je n’ai plus, malheureusement, le temps de remonter aux sources.] :

ie ‘3 Il y a deux espèces de normaliens et d’agrégés : ceux 24 à métier équivalent; c’est-à-dire ceux qui de quelque de p î - manière font leur classe; nous en sommes; et nous re devons les respecter comme on doit respecter tout hon- ñ 1e nête homme qui cherche à gagner honnêtement sa vie. | ch s Mais nous devons mépriser toute cette tourbe, toute nn ta À cette horde, tous ces jeunes arrivistes, à peine dignes, Pa DE indignes même du nom même d’ambitieux, qui ne à à . demandent à leurs titres universitaires que le privilège : g ï d’entrer les premiers dans la politique, les mains basses. à U Jaurès me reprochaït de disposer des autres et de la A Ki vie des autres. Je n’ai jamais eu l’impression d’une vie qi F Ne manquée, d’une destinée manquée, comme en voyant MAD ce pauvre minable fiacre s’éloigner en boitillant, désor- ‘à | ’ mais engagé dans la mauvaise voie, qui était, je pense, 4) É la rue Boissière : ;

\ Ê Daigne, daigne, mon Dieu, sur Mathan et sur elle, sa Répandre cet esprit d’imprudence et d’erreur,

É Fr De la chute des rois funeste avant-coureur !

ne En tête des lettres, le seigneur Léon Blum, baron ÿ FA déclinatoire, prince des déclanchements. Et aujourd’hui | se la récompense de Jaurès, la voici; aujourd’hui la situa100 tion est la suivante, que ce même Léon Blum, constatant Ÿ Fe le désastre, voyant que le journal a dévoré toutes ses he commandites, avec un appétit insatiable, et d’un mou- ù Le vement si régulier qu’il semblait un mouvement d’horA loge, et que nonobstant il ne peut trouver aucuns lecMia teurs, que sans doute il a baissé ou qu’il baisse, en ie admettant qu’il soit ou qu’il ait été jamais en situation

. de baisser, aujourd’hui la situation est la suivante : que 4

  • Léon Blum le bon apôtre donnerait volontiers onze ans 2 2! ._ de la vie du patron pour être ailleurs. Il a bien voulu VA
  • entrer dans l’Humanité pour se faire un nom. A présent Pour F ; que le nom est fait, il voudrait bien sortir, pour utiliser % 5 à L ce nom. Et la situation est aujourd’hui la suivante, que _ tout le monde à Paris sait, et que tout le monde dit que F4 _ Léon Blum a depuis de longs mois posé sa candidature vw + É qui pourtant n’est point vacante, succession qui n’est à $ _ pas même ouverte, et qu’il ne dépend heureusement pas ; à _ de lui de faire ouvrir. De sorte que la situation de .# Jaurès en dernière analyse est devenue celle-ci : qu’il a {:6420 » mis et qu’il a, aujourd’hui, à la tête de ses services lit- 7
  • téraires, s’il y est encore, un homme qui manifeste avec ’ à ‘
  • enthousiasme, le seul enthousiasme qu’on lui ait jamais 134 _ connu, le violent désir qu’il aurait d’être aïlleurs, un F4 . homme qui fait jouer ses influences, qui fait marcher ses É ; _ amis, un homme enfin qui au vu et au su de tout Paris 3
  • donnerait quinze ans et quart de la vie de son patron RTS
  • pour monter de l’Humanité au Temps. Belle situation ne pour un journal, et point démoralisante. 1 _ Is sont d’ailleurs d’immenses quantités, dans le parti PP ._ socialiste que l’on nous a fait, qui n’ont jamais vu dans Le ” leurs situations socialistes que des marchepieds pour {VS 4 atteindre à des situations bourgeoises, beaucoup plus 4 ‘4 sérieuses, qui, pour passer dans l’autre camp, n’at- 408 “ tendent qu’un moment favorable, qui vendraient toutes 17 « _ les saintes huiles pour être appointés cinq cents francs : ee “ par mois, qui enfin donneraient cent cinquante-et-un KA . ans de la vie de la cité socialiste pour seulement passer SR à

Voilà des accidents que Jaurès n’eût pas craints s’il | n’avait point été chercher ses hommes ailleurs, si luifi] même il n’était point parti se balader ailleurs, dans des

  • pays perdus ; voilà des accidents qu’il n’eût point eu à j redouter, des petits lâchages qu’il n’eût point risqué ve d’avoir à subir, s’il n’eût point pris des hommes comme k Léon Blum, ayant à prendre des hommes comme Tha1 raud. Comme les deux Tharaud, qui sont la constance à même. Quand on pense que Herr pouvait prendre les ii: deux Tharaud, -qu’il avait sous la main, puisqu’ils à ‘} s’étaient résolus à devenir en partie des journalistes. % Et quand on pense que l’on s’est amusé à les laisser à filer ailleurs. C’était jouer la difficulté. C’était jouer la ê ruine. C’était jouer la misère et la trahison. Et c’est 4 ainsi que l’on fait les maisons mauvaises. * | Voilà un accident, enfin, que ni Herr ni Jaurès n’avaient à redouter avec un homme comme était notre | collaborateur Avenard. Et je ne puis pas m’empêcher de noter que l’Humanité a eu deux fois des correspondances qui ont attiré l’attention. Et aux deux foisles auj teurs de ces correspondances étaient des hommes qui n’étaient point d’ailleurs, qui étaient de ce pays-ci, qui | tenaient à nous de quelque façon. La première de à ces deux fois ‘fut, presque aussitôt après la fonda- \ tion du journal, quelques semaines après, je crois, « peut-être moins, le reportage d’un voyage à Rome et en k Italie qui était, si mes souvenirs sont exacts, le voyage À du président de la République en visite auprès des sou4 verains et du peuple italien. L’auteur de ce reportage ë très remarqué était déjà un homme sur qui je n’ai assu- à rément aucuns droits à faire valoir, un homme que je

_ ne veux point tirer à nous, un homme qui a pour Jaurès 3 une affection profonde, manifestée ici même dans son histoire de quatre ans, mais un homme enfin dont j’ai $ sans doute le droit de dire qu’il n’est point étranger, 1 qu’il n’était point étranger à ces anciens groupements de G relations dont sont sortis Pages libres et les cahiers, j puisqu’il s’agit de notre collaborateur Daniel Halévy. ’ De tels hommes font ce que ne savent point faire nos 1 omniscients agrégés, d’incompétence universelle, om- L niscients sans avoir jamais rien appris, juges de science É Ha compétence étendue. La deuxième correspondance est it AS aujourd’hui celle de notre collaborateur Avenard. Non seulement je suis heureux de rapporter ici, comme je le dois, dans quelles conditions ce courrier fut exercé, mais quand Avenard, avec une honnêteté, avec une ; intégrité parfaite, me rapportait certaines paroles de Jaurès et de Herr, je les reconnaissais, ces paroles, je reconnaissais un certain ton, je les réentendais dans ma mémoire, je les y retrouvais, non sans une grande
mélancolie. Et je croyais y reconnaître une mélancolie parallèle. Il est certain que ces deux hommes, Herr et Jaurès, ne doivent point considérer sans une grande mélancolie ce qu’ils ont fait de leur puissance et de leur ancienne autorité morale. Ils avaient autour d’eux un peuple de citoyens. Ils ont derrière eux une escouade maigre de petits journalistes candidats subambitieux. — Je ne dois pas oublier, m’écrivait Avenard, je ne _dois pas oublier que Jaurès, la veille de mon départ, comme je lui demandais des explications sur ce que ; j’aurais à faire, m’a dit simplement : « Arriver d’abord, — et puis, tâcher de débrouiller ce qui se passait, enfin |

S ‘4 run possible. » J’ai eu, continue notre collaborateur, j’ai TUE £ eu avec le journal d’excellents rapports. J’étais parti k 412 pour un mois. La grève éclatant, on m’a envoyé des nr | fonds pour pouvoir y rester le double… à ‘18 ; Moi aussi je présenterai donc ce cahier comme un SR exemple éminent de ce que nous eussions pu faire ai 1 ihe ensemble, ceux de Jaurès et de Herr, et ceux qui sont ë ñ qe devenus ceux des cahiers, si nos voies étaient demeu- “V2 rées unies. Le courrier que l’on va lire ne se compose BL pas seulement des correspondances qu’Avenard put & . ki envoyer à l’Humanité. Maïs les correspondances 2 qu’Avenard put envoyer à l’Humanité en forment la NAT bâtisse et le premier texte. Le texte définitif et complet ee. du cahier a été arrêté fin mars et m’a été livré aussitôt. We” A peine ai-je besoin de dire ici que nous n’y avons pas, A: depuis cette date, changé une virgule. 2. ti : Ce texte appellerait des commentaires infinis. Nos 7.0 abonnés les feront eux-mêmes, en eux-mêmes, dans le ia j è secret de leur cœur. Ils seront eux-mêmes saisis par NE) \ cette opposition saisissante entre les lenteurs et les inade. : boutissements du mouvement libéral constitutionnel et ‘5 toute l’abrupte soudaineté du soulèvement populaire.

  1. Moi qui lis tant d’épreuves et qui devrais être blasé, la £ ‘1% contrariété en forme de choc de ces deux premières We # parties du cahier, cette contrariété intérieure et réelle, ‘à ‘0 nullement factice, nullement littéraire, cette opposition 8 4 | tragique sortie d’une opposition tragique intérieure de hi 1 la réalité même m’a saisi comme je l’avais été rareeee di ment. Ce mouvement libéral constitutionnel qui continue FE son petit bonhomme de chemin de mouvement libéral

constitutionnel, ignorant tout du volcan souterrain, Lee # _ aussi tranquille, en un sens, et ignorant, que la bureau cratie, peut-être plus, et, en un sens, peut-être aussi M ne bureaucratique. Et tout à coup ce mouvement révolu- D Re tionnaire, ce soulèvement populaire qui éclate, imprévu, 1 inouï, tout au travers de tout, non attendu, non prévu, : A non préparé, non organisé, pas même et surtout pas ï EE, par les partis révolutionnaires professionnels, quel A. Voilà, entre autres, ce que Avenard a marqué admira- 4 blement. Et l’enquête personnelle qu’il a faite sur place ‘# sur les événements du 22 janvier demeurera comme un Ÿ à . modèle du genre, du genre historique, entendu saine- re Mais qu’on aille au texte. Je ne veux point dire ici 4 quelle impression donne, en présence d’aussi graves 4 événements, cette haute et saine sobriété de la narration “#0 française, parfaite, sans romantisme, sans littérature. Je \ 4

  • ne commenterai pas non plus ces événements mêmes. kr
  • Quand on demeure à Paris, 8, rue de la Sorbonne, et que a l’on est protégé par toute l’épaisseur des vieilles libertés de françaises, je plains celui qui, assistant de loin à d’aussi Ke graves événements, à la lecture d’un récit aussi exact 4 et probe se mettrait à jacasser. Quand toute une partie  de l’humanité, une partie considérable, s’avance dou- À loureusement dans les voies de la mort et de la liberté, # quand toute une énorme révolution tend aux plus dou- a loureux enfantements des libertés les plus indispen- ‘4 sables par on ne sait combien de sanglants et d’atroces or avortements, guerres de peuples, guerres de races, £ n guerres de classes, guerres civiles et plus que civiles, Ex

guerres militaires, massacres et boucheries, incendies | et tortures, démagogies sanglantes et crimes insensés, 1 horreurs inimaginables, massacres des Polonais, masLYS sacres des Juifs, des massacres près de qui ceux de ‘ETTIRR Kichinef n’auront été qu’un incident sans gravité, masSn | sacres des Russes, massacres des intellectuels, mas__ sacres des paysans, massacres des ouvriers, massacres | ) ds sn des bourgeois, monstruosités de tout ordre et de toute barbarie, — et quand nous, peuples libres, peuples que _ libéraux, peuples de liberté, France, Angleterre, Italie, __ Amérique même, tenus sous la brutalité de la menace 10e militaire allemande, nous sommes contraints et maiïn- É je tenus dans l’impossibilité de rien faire, absolument CE rien, de ce qu’eussent fait nos pères antérieurs, il y a 3 3 au moins une pudeur qui interdit le commentaire. ‘LS L’honnête homme, lâche nationalement, libre chez lui, : 74 nationalement tenu en servitude par un empereur miji: à litaire étranger, comprend qu’il n’a provisoirement qu’à mu lire,se taire et méditer.

(le 22 janvier nouveau style

rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement.

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