Et vous riez
Qu’à votre enfant joli?
3 — Je pense que le berce, et qu’il fait chaud-soleil. Ë 4 Moi que vous êtes belle, sur la terre fleurie. Je sais que je suis belle, mon homme me le dit, 0 1 Je sais que je suis belle, et mon petit aussi. M. 100 44
Je vous ai vu pencher sur les routes ardentes Vos mille petites mains remuantes et fraîches, Platanes, dont les troncs montent comme des colonnes, Dont le faite s’incline comme la nef d’un temple. Je vous ai vu verser la douceur et la paix Aux vieilles paysannes à figures de Dante, Aux bœufs voilés de lin comme pour un cortège, Aux amantes, qui glissent leurs espadrilles blanches À . Sur votre ombre, tapis profond et lumineux Comme un velours froissé. : à Je vous ai vu pencher, sur les routes poudreuses, à Vos mille petites mains altérées et mourantes, ÿ _ Vos mille petites mains altérées de noblesse, Y: Et lasses d’embellir le chemin monotone Où rampe la misère de ces âmes sans grâce.
DUAL Qui, pour dépenser ta sève exubérante, 11 Tu te lasses parfois pate M: De la poussière des pieds trop lourds, $ 1} ny ; Tu te lasses des mains qui comptent des denrées, QUE.
- 6 Tu te lasses des bouches qui donnent des baïsers j 1 Arbre fier, tu languis d’abriter les grand routes; 4 : ‘e _ Lëés bénédictions des foules te dessèchent, 4 4 Et pour épanouir tes branches vigoureuses, Li LL Pour redresser tes feuilles et pour rendre à tes fleurs à 1 Le désir, qui fera votre race immortelle, 4
- Tu sens qu’il te faudrait abriter la maison fi j D’un philosophe. ; De Il lui faut vos longues avenues, :1tè ‘1 Pour diriger ses pas, quand il médite; à É Late Il lui faut votre fraîcheur silencieuse © s ce Pour protéger les controverses balancées Sa hi ; De ses graves amis. à { Et vous, vous frémirez de sublimes frissons ‘ ; En sentant se glisser le long de votre tige D: 1 Et s’élever plus haut que vos cimes sereines : 1800 LAN La montée de leurs doutes et de leurs certitudes. De
Comme vous, ils se sont formés patiemment, OS FA Et, quand le soleil bis du printemps qui hésite A crevé les bourgeons des marronniers pressés, MAUR 1 Ils ont su comprimer la hâte de leur cœur. Le ne Ils attendent le jour de vos feuilles tardives. 18 Ils vont, rêvant d’étés riches comme vos étés, 10 Et d’automnes, comme vos automnes, 400 Dont les vents ;: 40 0 Ne peuvent qu’emporter vos semences ailées, i 4 Et laissent triomphants, quand tout meurt près de vous, Na “ Vos solides rameaux qui jaunissent à peine. 4 54
NT Pourquoi rendis-tu ‘114 Pourquoi gardas-tu : “AO ee Des vents qui dessèchent (LASER Fes Et des vents qui glacent ? 80 LT Pourquoi donnas-tu, re 34 re à A mon tronc flexible, 250 É. A mon cœur si tendre, à “#0 ti A mon front sans peur, ‘} 310 ‘1 Vivre dans ton ombre. 71
EU S Sur les pentes tièdes, 5e” 50 0 Mesfrères heureux . l ; as VAE Vois, mes bras si las, Mt) Rens Las de supplier, {1H Ru Pendent, vers la neige, LAS Baisse un peu ta cime, 1 à 5% enir à mon Corps, . ‘YU Re Venir à mes fruits, | 110 118 Venir à mes pieds, 1170 PURE La mer de lumière ardente. , 1 Ra Marcher dans ton destin. (F2 (F5 Se fatiguent, un jour, : ‘4 Des baisers sur le front 7
Qu’autorisent les mères. Et leurs cœurs gonflés Appellent dans les soirs, Qui fassent éclater, dans des baisers sanglants,
Dans vos longues robes flottantes, Se Dans vos vêtements précieux, 178 ne à O mes amis, Ô mes amies, | 4 D. CPE Vous glissez, lassés, lents et pâles. LA © Vous glissez dans vos chambres tièdes. : 2108 TRES Vos mains élèvent vers vos yeux LA Lx Des fleurs de verre, imprécises Comme les soucis de vos âmes. s 610 Vos frêles mains, indécises, 155 Dessinent les cadences fluides De vos phrases, vagues et parées 10 h ñ Comme les étoffes de vos robes. QE Regardez le ciel, mes amis! : 07e 110 Regardez les champs, et les arbres; ‘0 He “à Et puis regardez, regardez, | °AUS Vos mains, vos vases et vos robes! 040
0 Riez, joyeux rameurs, et vous barreuses blanches, f:, f Qui glissez au soleil sur vos barques ailées, “NES 4 Fe ” Et criez en passant, au pêcheur immobile : ‘FR « Regarde ton bouchon, pêcheur, pêcheur stupide! » U : Rayez de fugitif la campagne éternelle, dsl “5 1 Espiègles amusants qui ne comprenez pas Res. “Fat } 30 Que l’eau veut des amants plus mesurés que vous. & Vous ne comprenez pas ce pêcheur immobile, ‘2 ‘a M; Toujours, toujours penché sur son bouchon stupide, nee Et qui ne vous voit pas et ne vous entend pas; KPNS Fi Qui ne regarde pas les nuages qui flochent, 1:40 Les roseaux qui se froissent, les saules qui saluent, +4 5 ; Et qui seul, toujours seul, sur le fleuve chantant, Œux: Attend, serré d’espoir, la minute qui vient. 1 ÿ Lobesr ni At 0
Tenez-vous par la main, fillettes, et marchez. Dans l’ombre du mur gris qui s’éboule, passez, x # Arquez vos ventres fiers dans vos tabliers roses. à Laissez dire à vos yeux si profondément clairs LA Votre joie de sentir couler, en votre cœur, É. Un autre cœur aimant qui se mélange au vôtre; Petits enfants pâmés de vous donner la main. De ‘4 Tenez-vous par la main, jeunes filles alanguies. ‘at Tandis que les garçons se retournent, et regardent 1 Vos jupes sensuelles qui battent vos talons Passez, et, balançant vos doigts entrelacés, à Contez-vous, de vos bouches brûlantes qui s’attirent, r 2e Vos premières lectures, et vos premiers baisers. D. Tenez-vous par la main, amies. F: ’ … Tenez-vous par la main, amants silencieux. Marchez vers le soleil qui se voile de saules. Traïînez vos corps inquiets le long des berges lentes ; Fe
Le fleuve est plein de soir, et vos âmes sont lourdes. Amants silencieux tenez-vous par la main. de
ci Lo Comme une amante qui n’est plus. | ; LÉtI Ton fleuve, devant mes yeux ne veulent lire‘: ‘4 Glisse ses eaux paisibles et ses lentes péniches. De vtt Tes arbres se balancent et fraîchissent ma tête Brûlante de vouloir, et lasse de penser, 5 0 2 5 Tes feuilles ont jauni, puis sont venus les vents, mn Les averses qui rouillent, les tempêtes qui brisent. 5 00 Et jour à jour, somptueux et funèbre Re Et tu vis. Tu devins éternel, ô lumière, E té En passant par mes prunelles éblouies. \ATFICES 44 ons ï Ils peuvent te détruire à grands coups de cognée 14
Les bûcherons ingrats et les faiseurs de ponts ; Et moi-même, aurais beau me dissoudre, Tant que l’haleine errante de la terre Balancera, pour rendre les couchants plus beaux, Un peu de fumée bleue, un peu de cendre grise, Spectacle qui fus doux à mes tristes journées, Tu vivras, tu vivras, Fatalement inclus dans ma substance même.
LE — Nuages, nuages, nuages, #5 PE Dr TRE Luttez un peu, révoltez-vous ! LES Pat, Défendez-vous, contre les vents qui vous entraînent. RAT. Demeurez quelque temps au-dessus de nos villes. _ MON ee Qu’un de vous, de vos troupes vagues, se détache, ” à nes Et se fasse notre nuage familier. se 5 CU — Oh! ce n’est pas pour nous défaire A Le Qu’ils nous bousculent dans l’éther. 11e De Nous flottions, entre l’effroyable silence 61 Ér.: Et la terre chantante des hommes, PA Dont les voix adorables expirent { « 70 à Avant d’arriver jusqu’à nous. 20 ‘4 Les vents passaient, bohémiens sublimes, He FER Qui connaissent tous les chemins de l’infini. 1:40 1 Nous les avons priés. 40 ÿl * Ils nous ont emportés dans leurs souffles. pee Et nous errons, altérés de musique, : 55 LR Cherchant un coin du ciel qui ne soit pas muet.
Je vous ai trop aimés, paresseuses prairies, Hs We Saules qui m’endormez dans vos grises berceuses, 4) ù Et vous, poitrails rétifs des péniches, tirées Sur des canaux dormants par des chevaux qui butent. À _ Je me prends, pays lents, à vos bruits susurrants; ; 4 Je m’amollis au son de vos fades musiques. ee, © fleuve, emporte-moi vers tes monts mugissants, 24 Dans la cluse grondante, où des rocs bleus et roux, ge” AË La chute des sapins, des pierres et des glaçons; Mr Où tes eaux vont friser leur écume sifilante Aux quartiers de granit qui roulent des sommets ; Où l’étroite chaussée des routes de conquête ne ME onne éternellement sous le talon des peuples, Lis Le ui passent, vivifiés par tes bruits magnifiques.
F J’ai vu des yeux fermés sur des narines froides, ‘4
‘M J’ai vu des lèvres bleues et des fronts immobiles,
Fi J’ai vu des draps tirés, des cires allumées ; 1:
f Au pied des lits j’ai vu des femmes agenouillées, Un.
#3 Mais ton odeur, à pourriture, me rend lâche. : 4
ne Et je ne peux m’enfuir dans vos villes parées, “3
FA Vos fronts précis, vos yeux rieurs et vos mains,
2 Et les reins de vos fils, et les sublimes gorges de vos filles,
NA Je les vois suinter et se dissoudre, PAR :
44: t je vous vois tourner sur vos places publiques
HS Des danses cliquetantes et puantes de morts. La.
Arbres, recueillez-moi, je veux vous voir mourir. Oh! laissez devant moi vos feuilles et vos graines 1000 Demander à la terre une mort parfumée ; ANRT = Aux chants étincelants des cognées et des scies Les se É _ Laissez vos troncs d’argent écraser les clairières, # 4 pes ES Et vos branches, monter au ciel, en flammes claires. ne + Arbres, recueillez-moi! je peux vous voir mourir. TTENES 1
Ce doigt posé entre mes deux épaules ?
Ta lampe fait sur la table un cercle clair, Serres-y ta pensée.
k Le reste, c’est la nuit et les bruits de la nuit. C’est mille riens, en qui ton œuvre se défait. Contre ceux qui travaillent l’univers s’ingénie; L’univers envieux de tout ce qui veut naître.
Ces doigts qui me serrent les tempes ? La nuit est douce, pour qui aime son œuvre, La grande nuit, pleine d’angoisse, et pleine de pensées. Ces doigts qui m’étreignent la nuque? Ces bras étendus qui me couvrent ? Ah! derrière mon dos quelqu’un est là qui guette! Non, non ! tu ne peux pas! je travaille ce soir; Un essaim enchanté d’images me protège !.…
Ma barque, lentement descend le fil de l’eau. 14 Les arbres sont penchés sur la rivière calme; ù 50h _ Un poisson saute en l’air en faisant un bruit plats fn ÿ A coups secs, un pêcheur fiche un pieu dans la rive. ee : 4 _ De gros nuages blancs tombent du ciel dans l’eau. Mon cœur, tu ne bats plus de la fièvre des villes. ‘0e 5 1 1 Oublie tous tes ennuis et toutes tes douleurs. 113 ro Détends-toi, cœur ardent, malade de trop vivre, r 2:00 LE Et jouis pleinement de la beauté du soir. D: Flancs boisés des collines, molles ondulations ETES … Des plaines, plantées de grands arbres, se LE Æ 5 Rideaux de peupliers balancés par le vent, DER.
_ Aulnes qui coquetez sur le miroir du fleuve, V4
des __ Nature reposante où les autres s’apaisent, 1:18 “SR il, je voudrais rendre tou: ar mes yeux. D Moi, drais te dre toute, yeux, Je voudrais t”emporter toute, dans mon âme. } ‘4 :
Ah! ta sérénité, que peut-elle sur moi? Le Quand tu veux te créer l’ombre d’une forêt, 1 12 000)
Li _ L’encens et la musique d’une cathédrale, VER a
FU Le mouvement et la lumière d’une cité, UE Fi ; Tute dis, souriante, indiflérente et froide, 3 nr _ J’ai mille ans devant moi. AE Ê L PAS‘ Lo « “RO Tu ne calmeras pas mon cœur inquiet, nature. 2 Moqueuse, en tes yeux verts l’éternité me raille. ‘KES Ma barque, lentement, descend le fil de l’eau. Dora 1588 0
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Éditions sur whatman, et particulièrement abonnement sur whatman.— Aujourd’hui premier janvier 1906, à moins d’accident ou de surprise industrielle de fabrication que rien ne permet de prévoir, commencent à fonctionner nos éditions sur whatman, et particulièrement notre abonnement sur whatman.
Si j’en crois les essais que Payen m’a soumis, cette édition sera très belle, beaucoup plus belle encore et plus parfaite que je ne m’y attendais moi-même.
Je suis assuré qu’un grand avenir lui est réservé parmi les éditions de cet ordre. Je redemande à nos amis et à nos abonnés de faire un effort marqué en sens, premièrement, s’ils peuvent, en s’y abonnant euxmêmes, deuxièmement en nous cherchant des abonnés de cet ordre. Je suis assuré qu’un assez grand nombre de personnes, qui ne se fussent point abonnées immé- diatement à l’édition ordinaire, s’abonneront beaucoup plus vite à cette édition sur whatman.
Les conditions de pureté qui sont exigibles de toute édition sur whatman sont ici garanties par la propreté
habituelle de notre fabrication. ‘ Les conditions de rareté, qui ne sont pas moins exi1
gibles de toute édition de cet ordre, sont ici garanties Ë par les dispositions suivantes : (2 L’édition sur whatman se décompose ainsi : 4 Pour chacun des cahiers qui paraissent et seulement pour les cahiers qui paraissent; et sans qu’il y ait jamais aucune réimpression : | un premier exemplaire de souche, qui est l’exemplaire ; du gérant; | un deuxième exemplaire de souche, qui est l’exem- 5 plaire de l’administrateur ; LA un troisième exemplaire de souche, qui est l’exemplaire de l’imprimeur ; | les exemplaires de l’abonnement ; les exemplaires d’auteur. : Ë Tous ces exemplaires sans aucune exception sont numérotés à la presse et imprimés au nom du destinataire. : k Les exemplaires de souche sont numérotés et affectés : comme leur titre le porte. 3 Les exemplaires d’abonnement sont numérotés de 1à ( x, x étant le nombre d’abonnements à chaque instant “À ] Les exemplaires d’auteurs sont numérotés de À à X, s. X étant le nombre d’exemplaires souscrits réellement 54 et payés par l’auteur. à Aiünst dans tous les cas et dans toutes les sections les 4 conditions requises pour une édition de cet ordre sont à réalisées, dans tous les cas et dans toutes les sections le hi:
nombre d’exemplaires tirés sur whatman est strictement limité au nombre d’exemplaires pris réellement à la même date et retenus. $ à Pour s’abonner à l’édition sur whatman, envoyer à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième | un mandat de cent francs, qui est le prix de cet abonnement, recommandé, pour tous pays; le nom du destinataire écrit très lisiblement, puisque tous les exemplaires sont imprimés au nom de ce destinataire. F Outre son exemplaire sur whatman, et même avant ; s son exemplaire sur whatman, tout abonné à l’édition sur whatman reçoit d’office et sans augmentation de prix un exemplaire du tirage courant du même cahier. C’est dire que l’abonnement à cent francs confère d’office et indivisément au même destinataire un abonnement sur whatman et un abonnement ordinaire. L’exemplaire de l’abonnement ordinaire sera traité comme un exemplaire 4 d’usage; qu’il est; l’exemplaire sur whatman pourra ainsi demeurer ce qu’il doit être, un exemplaire de 4 Comme départ, et par une stricte application des 1 règles que nous avons posées, comme le porte notre bon » à tirer que l’on pourra voir un peu plus loin daté de mardi dernier 26 décembre, nous avons tiré en tout à 4 vingt-et-un exemplaires sur whatman ce cahier d’André Spire, cahier pour le jour de l’an, huitième cahier de la
Je suis heureux d’annoncer à nos abonnés que nous avons racheté les exemplaires qui restaient en librairie de : | Roma RoLLanD. — La Montespan, — drame en trois actes, — anciennement aux éditions de la Revue d’art dramatique et musical, — un volume de 94 pages Nous continuons ainsi à rassembler à la librairie des 4 cahiers les anciennes œuvres de notre collaborateur; à cette Montespar complète sensiblement notre collec- 4 tion; pour la recevoir, envoyer un mandat de deux francs à M. André Bourgeois, administrateur des À On a pu lire dans un assez grand nombre de ; journaux que le prix de cinq mille francs de la Vie heu- 1 reuse avait été décerné à notre collaborateur M. Romain ;: Rolland pour son Jean-Christophe. Là-dessus quelques À langues ont commencé de marcher. Je ne veux point 3 me mêler à ces commentaires. Je suis de ceux qui ; approuvent un tel choix entièrement et sans aucune É: ‘réserve, et qui sans aucune réserve s’en félicitent. Sans L’ J’en félicite sans aucune réserve et premièrement le 3 jury qui a fait ce choix. Il faut noter que notre collaborateur M. Romain Rolland n’était nullement candidat. Il n’avait fait, sous aucune forme, aucune démarche, 4 aucun acte de candidature, ni au commencement pour % poser sa candidature, ni depuis pour la suivre. C’est le jury de la Vie heureuse lui-même qui eut l’initiative de cette désignation et qui le premier nous fit demander 98 4 11700
d’office, à M. André Bourgeois, par son éditeur la maison Hachette, les exemplaires qui devaient servir à former l’opinion du jury. °
De telles initiatives honorent une compagnie; et non seulement elles les honorent mais, ce qui est sans doute plus, elles les justifient. Il ne s’agit point de savoir en théorie quels sont les prix les meilleurs, et les plus honorables, des prix de l’Académie française, et des quatre autres Académies nationales, et des Académies privées, comme est l’académie Goncourt, et de toutes les autres institutions et fondations publiques et privées similaires. Il ne s’agit point de discuter en l’air et priori. Toutes ces institutions se valent. Nulle discrimi-
nation nese peut introduire parmi elles en théorie. Mais
c’est en fait, a posteriori, par leurs choix mêmes, que de
telles institutions se justifient, se légitiment, se distin-
ê guent. Celle qui fait les meilleurs choix est par défini-
tion celle qui est la meilleure, étant celle qui est la plus
intelligente. Et la plus courageuse. Et le prix le meil-
leur et le plus honorable est celui qui est le mieux
donné, qui tombe le mieux. Pour moi je sais particu-
Ç lièrement gré à des personnes que je ne connaissais
1 point personnellement d’avoir d’elles-mêmes pensé à lire ces cahiers de notre collaborateur.
Je rappelle que dans leur situation présente et jusqu’à leur prochain épuisement les Jean-Christophe jusqu’ici publiés forment trois cahiers qui sont aujourd’hui à trois francs cinquante l’un : l’Aube, le Matin, l’Adolescent ; pour les recevoir, il suffit donc d’envoyer un mandat de dix francs cinquante à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne,
rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement ; d’une
manière générale, adresser toutes les commandes de librairie à M. André Bourgeois; toute commande de librairie adressée à M. André Bourgeois reçoit satisfaction par le retour du courrier. à
Septième cahier, cahier de Noël de la septième série. se Je suis très ennemi des errata. En typographie, — et est-ce bien en typographie seulement, —le regret aggrave SE. dans la fabrication industrielle, c’est ce que je crois que % les peintres et les dessinateurs nomment des repentirs. 14 Pourtant je dois dire, page 21 de ce cahier, que ce n’est 4 pas moi qui avais écrit : éu nous a fourni. Je me suis 4 reporté à ma copie, qui fait foi. J’avais écrit : tu nous 4 as fourni. Je sais assez d’orthographe, ayant passé : quatre années pleines à l’école primaire, — ce quina À pas été donné à beaucoup de secondaires, et ce qui m’a précisément dispensé, dans ces derniers temps, de É. tomber après tant d’autres dans cette démagogie pri- … maire, — et un plein semestre à l’école primaire supé- me rieure. J’avais écrit : tu nous as fourni. Les composi- teurs ont composé : {u nous a fourni. : 42 Peut-être ont-ils pensé que c’était encore un moyen De ; d’assurer encore un peu plus le célèbre serré du texte. 4 Et puis il paraît que c’est le métier des compositeurs de ne pas composer tout à fait ce qu’on leur donne, au 1 moins dans ces temps modernes. Mais ce qu’il y d’admirable, c’est l’immense quantité de personnes qui ont lu cette faute en épreuve, et qui n’y ont rien trouvé “À à redire. On serait épouvanté, si je donnaïs le nombre. Des familles entières, des familles honorables seraient 31 perdues, si je donnais les noms. Moi le premier. Je “# à
commence à croire, outre la faiblesse humaine, outre nos | infirmités naturelles, que tant de parallélismes ; russe, français; grec, traduction; nous avaient généralement accablés. Et le rendu et le serré nous fait écrire un tel français que la lecture s’y perd, que l’esprit s’y brouille, » et que le simple entendement en demeure obtus d’un ë
C’est d’ailleurs un phénomène extrêmement connu. Tant qu’une faute est en épreuves, c’est-à-dire aisément réparable, nul ne la voit. Aussitôt que les machines ont fini de rouler, c’est-à-dire aussitôt que la faute est devenue parfaitement irréparable, elle saute à tous les yeux. Et ce même homme qui vient triomphalement vous montrer la faute acquise, mettez-le à corriger des épreuves : il ne les corrigera pas mieux qu’un autre. Il ne verra pas mieux qu’un autre. J’ai essayé plusieurs fois d’embaucher de ces censeurs et de ces clairvoyants. Du moment que les fautes étaient réparables, ils ne les saisissaient plus.
Moi-même je lis les épreuves de mon mieux. Et je ne vois pas tout. Je suis loin de voir tout. Mais rentré chez moi je n’ai qu’à ouvrir mon exemplaire d’abonnement. S’il y a une s à l’envers ou une virgule qui ne soit pas
de l’œil, je n’ai qu’à ouvrir au hasard : je suis sûr de tomber sur la dite virgule.
Et ce qu’il y a de plus fort, c’est que la même faute, tu nous a fourni, exactement dans les mêmes conditions, a été commise même cahier, page 39, dans le recom-
mencement définitif du même texte. De la part de celui ou de ceux qui l’ont faite, c’est ce que l’on ne saurait nier avoir été un peu de cette constance qui fait tant
défaut de notre temps.