De la situation faite à la défense militaire
Beni, l’ARN
4 ‘Il est impossible de suivre honnêtement le mouve-. Ft ment littéraire, le mouvement d’art, le mouvement , 4 olitique et social si l’on n’est pas abonné aux Cahiers ” Pour savoir ce que sont les Cahiers de la Quinzaine, fut il suffit d’envoyer un mandat de trois francs cinquante | à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième Ee. fe arrondissement: On recevra en spécimens six cahiers. @ ‘ Pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières M FOR séries des cahiers, 1900-1904, envoyer un mandat de
cinq francs à M. André Bourgeois, même adresse; on
‘a recevra en retour le catalogue analytique sommaire, 5 1900-1904, de nos cinq premières séries, premier cahier 24 À de la sixième série, un très fort cahier de XII+408 vf pag’es très denses, in-18 grand jésus, marqué cinq francs. x Pour s’abcenner à la septième série des cahiers, qui rs Fr est la série en cours, envoyer en un mandat à M. André | “M (on Bourgeois, méme adresse, le prix de l’abonnement ; ôn fi recevra les cahiers parus et de quinzaine en quinzaine, à M 7 leur date, les cahiers à paraître de cette septième série. Voir à l’intérieur en fin de ce cahier les conditions et le prix de l’abonnement. ET | Nous mettons le présent cahier dans le commerce; ‘*@ } douzième cahier de la septième série; un cahier jaune M CA de 120 pages; in-18 grand jésus; nous le vendons « ‘a deux francs. è « 4
de la situation faite QUE. ae la Sorbonne, au rez-de-chaussée À
di 4 Nous avons publié dans nos éditions antérieures et À
7 dans nos cinq premières séries, 1900-1904, un si à
_ grand nombre de documents, de textes formant dos- 5
si grand nombre de cahiers de lettres, — nouvelles, 4
ia _ romans, drames, dialogues, poèmes et contes; — un A
1 _ si grand nombre de cahiers d’histoire et de philoso- 0
MAL phie ; et ces documents, renseignements, textes, dos- #
16 _ siers et commeniaires, ces cahiers de lettres, d’histoire à
_ et de philosophie étaient si considérables que nous ne ‘à
de _ pouvons pas songer à en donner ici l’énoncé même le
_ plus succinct; pour savoir ce qui a paru dans les cinq É:
d: _ premières séries des cahiers, il suffit d’envoyer un man- ‘4
_ dat de cinq francs à M André Bourgeois, administraFENTE : #
Li _ teurdes cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, . 4
_ Paris, cinquième arrondissement ; on recevra en retour Î
220380
QE le catalogue analytique sommaire, 1900-1904, de nos Re
ç al CES Ce catalogue a été justement établi pour donner, h:
1h _ autant qu’il se pouvait, une image en bref, un raccourci, ‘14
_ une idée, abrégée, mais complète, de nos éditions anté- ‘4
_ rieures et de nos cinq premières séries ; tout y est classé A.
_ dans l’ordre; il suffit de le lire pour trouver, à leur d
_ place, les références demandées. à
1% Ce catalogue, in-18 grand jésus, forme un cahier }
_ très épais de XI1+408 pages très denses, marqué cinq 4
a: francs ; ce cahier comptait comme premier cahier de la ‘ : 10 sixième série et nos abonnés l’ont reçu à sa date, le NS 4 2 octobre 190%, comme premier cahier de la sixième ” 11e ï série; toute personne qui jusqu’au 31 décembre 1905 ( ii | k s’abonnait rétrospectivement à la sixième série le rece- LT | ( vait, par le fait méme de son abonnement, en tête de la Do: | 1 série; nous l’envoyons contre un mandat de cinq francs 4 A1 à toute personne qui nous en fait la demande. PA | fe Pour amorcer tout travail que l’on aurait à commencer … {à dans notre premier catalogue analytique sommaire, con- ‘1 J sulter le petit index alphabétique provisoire que nous ‘Al RL avons établi de ce catalogue analytique sommaire. NE. Ce petit index alphabétique provisoire, in-18 grand Ph de Vi Jésus, forme un cahier très maniable de XII + 60 pages ‘4 1 très claires, marqué un franc; ce cahier comptait ni AS ‘à comme premier cahier de la septième série ef nos. 10 ur abonnés l’ont reçu à sa date, le premier octobre 1905, NL 118 comme premier cahier de la septième série; toute | UN MN: personne qui s’abonne à la septième série, qui est la à
- Ni série en cours, le reçoit, par le fait même de son abonne- “ ment, en téte de la série; nous l’envoyons contre un 1 ki de mandat de un franc à toute personne qui nous en fait 5 lt Pour la sixième série, année ouvrière 1904-1905,et : va _ en attendant que paraïsse le catalogue analytique som Me: _ maire de nos deuxièmes cinq séries, 1904-1909, on : 118
- peut consulter, — provisoirement, — la petite table AL ÿ : analytique très sommaire que nous avons publiée en fin Er
- de ce cahier index. .
HS NES des interpellations ia 70 USM TIRER du ministère 11
Tout ce qu’il faut savoir de la conférence d’Algésiras, effet, c’est exactement quelle est la tenue civique et contenance militaire de la France en face du danger i n’a point cessé de nous menacer. Jentends dire quelquefois, — et l’on me dit que c’est des langages de Jaurès, — aux jeudis des cahiers me j’entends dire, — mais on sait de reste que les dis des cahiers n’exercent aucune autorité de com andement ni d’entraînement sur la marche de cette ; titution, — que les affaires du Maroc sont des affaires F ancières. C’est ce que l’on nomme aujourd’hui un peu mmodément le matérialisme de l’histoire. Bi l’on veut dire qu’il y a des affaires financières dans affaires du Maroc, cela est possible, cela est proble, cela est même sûr. Cela était sûr et acquis a iori, car il y a partout, aujourd’hui, des affaires finanes. Mais quand on a dit cela, on n’a rien dit, justent parce qu’il y a partout, aujourd’hui, des affaires Justement pour cela cette proposition n’apporte plus, | jourd’hui, aucun caractère discriminant. Et s’imaginer jourd’hui qu’on a vidé une histoire de son contenu humanité parce qu’on a dit qu’il y a dans cette histoire s affaires financières, c’est commettre un des intellec- ù alismes les plus marqués de tous ceux qui aujourd’hui asitent le vieux socialisme révolutionnaire. Je vais plus loin : les financiers, qui sont eux-mêmes : S parasites, ne peuvent vivre qu’à la condition de
parasiter quelque réalité. S’il n’y avait point de la mon-… naie, il n’y aurait point de papier-monnaie. S’il n’y avait jamais eu quelque mine d’or dans la réalité, il n’y aurait L jamais pu avoir aucune opération financière, même fic- 3 tive, sur les mines d’or. Une opération financière, même. fictive, requiert toujours une certaine couverture, au À moins présumée, de réalité. Quand donc on dit qu’il y a des affaires financières k | au Maroc, on dit vrai, mais on n’a rien dit. Quand on “à : dit que si nous nous battons nous nous battrons pour , les financiers, on ment, car il est à la fois parfaitement Æ vrai, d’une part qu’il y a des financiers, et d’autre part Æ que si nous nous battons, ce ne sera point pour les, causes des financiers. E | En vérité ce sera pour de tout autres causes que les 4 causes des financiers. Les financiers ne forment ici qu’un @} fragile revêtement de parasitisme. D | Nous nous sommes interdit rigoureusement de parler M de ces causes dans ces cahiers avant l’achèvement ordinaire de cette septième série. Nous nous sommes interdit jusque-là de parler en dialecticiens du danger @ qui n’a point cessé de nous menacer. Nous nous sommes | interdit jusque-là de combattre en dialecticiens la’ détestable démagogie hervéiste. Sous l’invocation de. Louis de Gonzague nous avons résolu de conduire à son” plein achèvement cette septième série comme si de rien | Les études que l’on va lire ont été publiées pour lan première fois dans l’Aurore, à peu près régulièrement ù deux ou trois fois par mois. Trop peu de personnes les avaient lues dans l’Aurore. Nous sommes particulière
L ment heureux de les réunir aujourd’hui en un cahier et el nos abonnés sans aucune exception, — je dis sans à a ucune exception précisément parce que je pense à 1 lquelqu’un, — nos abonnés sans aucune exception \Seront heureux de les trouver réunies sous cette forme. } Nous les reproduisons exactement telles qu’elles parurent, à leur date, avec leur date. Le colonel Picquart a Ê bien voulurelire ses épreuves. Nous avons très fidèlement à ‘reproduit la date en tête de chaque article. Quelle que À Msoit la valeur propre de ces articles, une part capitale | de leur valeur ét -de leur importance vient de la date 6 “exacte où ils furent pour la première fois publiés. 1°
- Lepremier de ces articles est daté du mardi 13 juin 1905, ce ‘est-à-dire du moment même où venait d’apparaître la Lcrise qui n’a point cessé de nous menacer. Nulle trace,
Mdans ces tout premiers articles, nulle trace de cet affo- $ 1 ement qui saisit quelques-uns, mais, il faut dire les ï Mmots, un grand exemple de sagesse et de courage mili- J Cest un grand honneur pour nos cahiers que de ” mpublier ce cahier. Si rien ne casse avant le moment où 4 Mnous recommencerons à parler en dialecticiens de ces | 4 aves événements, j’espère que je pourrai montrer que ‘ 13 | c’est nous qui avons été les pacifistes, au sens le plus Mlittéral du mot, et que nous avons été la droite filiation | du vieux dreyfusisme ; et que la démagogie hervéiste, | au contraire, est peut-être ce qui a le plus contribué à créer un danger réel de guerre; et qu’elle est une A perversion, une contrefaçon et un contre-pied de l’ancien 4 —
Mt de la situation faite 08 E à la défense militaire 12
4 Les difficultés que crée à notre diplomatie la question nu. (a du Maroc ont fait naître en France, dans certains ; Ya milieux, des accès de nervosité qui pour être habituels ï AA chez nous, en de semblables circonstances, n’en sont et)
ä pas moins fâcheux. où ji On s’est demandé si, au cas où nos dissentiments LR k avec l’Allemagne viendraient à s’accentuer, nous serions At \ rêts à tout événement. Des voix plus ou moins sin- :
F4 cères se sont élevées pour dénoncer le mauvais emploi k |. des milliards consacrés depuis tant d’années à l’œuvre
ge de la défense nationale, et pour faire ressortir l’état
Là d’infériorité où nous place la crise morale que traverse À FA l’armée.
f Comme toujours, il faut faire ici la part des exagéra-
F tions inspirées par la passion politique. Dès qu’un R El - danger surgit à l’horizon, les adversaires du régime \
4 établi s’empressent d’en profiter pour incriminer les in-
_ stitutions qu’ils ont intérêt à combattre. Mais il est indé-
nt niable qu’il y eut quelque chose de plus.
k L’émotion n’est pas née seulement des clameurs
| poussées par les ennemis de la République. Une appré- R hension s’est propagée dans les rangs mêmes des répu- |
blicains, juste au moment où le plus grand sang-froid | | est non seulement nécessaire, mais encore pleinement ; Portés aux extrêmes, nous avons la mauvaise habitude, en France, de passer avec une facilité incroyable de l’excès de confiance à une complète défiance de nos Notre situation militaire à l’égard de l’Allemagne | n’est pas faite, cependant, pour motiver de pareilles | Moltke l’a dit souvent : « Tout ce que l’argent peut donner, l’armée française le possède; pour le reste on a le droit de faire des réserves. » L Les aflirmations du vieux maréchal sont encore | Nous possédons un excellent matériel d’artillerie. L’arme de notre infanterie est comparable aux meilleurs fusils des armées étrangères. Nos approvisionnements de guerre ont été calculés avec une prodigalité qui peut | faire négliger les manquements partiels et momentanés | signalés parfois sur tel ou tel point du territoire. Notre D industrie est outillée pour aider puissamment l’admi- ] nistration militaire en cas de mobilisation. Notre réseau à de chemins de fer est organisé de façon à permettre è une concentration rapide des troupes. Nos places fortes | sont redoutables; elles sont dotées de tout ce qu’il faut pour assurer une défense énergique. | Sans doute l’Allemagne nous distance au point de vue 1 du nombre d’hommes. Sa population de plus de 56 mil- F lions d’habitants laisse loin derrière elle nos 39 millions.
\ Cependant, jusqu’ici, cette différence n’a pas conduit à U donner aux effectifs de l’armée allemande une supério- À rité aussi considérable qu’on pourrait se l’imaginer. À Sur le pied de paix, l’Allemagne entretient en chiffres b ronds (non compris les médecins et autres non-combat- | tants) 24.000 officiers et 600.000 sous-ofliciers et soldats, ÿ tandis que la France a sous les drapeaux 24.000 officiers 1 et environ 550.000 sous-officiers et soldats (y compris W’ les troupes coloniales stationnées dans la métropole).
, L’Allemagne a 23 corps d’armée; la France en a 21. Enfin il est probable qu’en temps de guerre la même k proportion numérique subsisterait entre les deux armées
La question du nombre n’a donc rien de particulièrement inquiétant pour nous aujourd’hui. Il est à prévoir toutefois qu’elle s’aggravera dans l’avenir.
Parlerai-je du soldat français? On connaît de longue date ses qualités de souplesse, d’endurance, d’ingéniosité. Nul fantassin plus que le nôtre n’est apte à la guerre moderne, au combat en ordre dispersé, où l’individualité, l’initiative, jouent un si grand rôle.
Le point faible de notre système militaire réside, il faut l’avouer, dans le commandement. À ce point de vue, le passé pèse encore lourdement sur nous.
Depuis trente ans, le recrutement du soldat est devenu vraiment national, puisque tout citoyen est appelé maintenant à remplir effectivement son devoir militaire. Par contre la composition du corps d’officiers a subi fort peu de modifications. C’est toujours le même défaut d’homogénéité provenant d’une diversité d’origine : ici les officiers sortant du rang; là ceux qui ont passé par les grandes écoles. L’avancement au choix, devenu trop
n - souvent l’avancement à la faveur, décide des carrières ; 1 il n’est point fait pour fondre entre elles les catégories À créées par la différence d’origine, ni pour écarter des D | postes élevés les gens qui n’ont d’autres titres que leurs R belles relations ou le génie de l’intrigue. Je n’insisterai pas sur les éléments de trouble que les À | dissentiments politiques et religieux qui agitent le pays apportent dans un milieu où les influences réactionnaires 30 Sans aller plus loin dans cet ordre d’idées, je tiens à ( constater seulement que si, depuis 1870, des efforts À sérieux ont été faits pour mettre nos officiers à hauteur 5 de leur tâche, si en particulier, au point de vue de la 1 réorganisation du service d’état-major, les résultats obte- i
- nus sont considérables, la lutte a été rude contre l’esprit ancien qui, érigeant en dogme l’infaillibilité du chef, 4 substituait à l’initiative intelligente le principe de l’obéis- ; sance passive, et donnait le pas à la mémoire sur le juge- à - ment, à la formule sur le bon sens. Mais aujourd’hui, à le progrès est certain. Il s’affirme chaque jour davan- { tage. Il compense en partie les autres causes d’infé- 34 riorité de notre commandement. j Une ressource, d’ailleurs, nous permet d’envisager $ Ah l’avenir avec confiance. Ressource précieuse qui échappe aux nations où le commandement est le privilège d’une À } caste, où un abîme sépare le soldat de l’officier; notre | 7 pays compte, dans toutes les classes sociales, assez d’intelligences et de caractères pour qu’au cours d’une | guerre longue et meurtrière l’armée nationale soit en état de puiser indéfiniment dans son propre sein, comme aux temps héroïques de la Révolution, les chefs qui lui | sont nécessaires. 1
k Depuis 1870, les forces militaires de l’Allemagne se
( sont accrues dans des proportions considérables. L’in- 1 1 fanterie a augmenté d’un tiers; l’artillerie de moitié
F* environ. Mais les institutions en elles-mêmes n’ont guère
K Tandis que sur les ruines accumulées par nos désastres @ . nous nous efforcions de construire un édifice nouveau,
F les Allemands se sont bornés à perfectionner un système : Fe qui leur avait permis d’aboutir à la victoire. Leurs
à ‘réformes ont respecté les lignes générales de l’ancienne
K. organisation. Et elles se sont poursuivies avec calme et
_ méthode, sans précipitation.
à Le Reichstag s’est rarement prêté de bonne grâce aux
b+ projets d’augmentation de l’armée présentés par le
mr gouvernement. Il fallut même un jour le dissoudre pour
RU vaincre ses résistances et bien souvent, en pleine séance,
Ki: le patriotisme des Chambres françaises, si larges en
x” matière de crédits militaires, lui a été proposé comme
À On ferait erreur cependant, si l’on concluait de là que __ le gouvernement ne trouverait pas un concours dévoué
pol auprès des représentants du pays, au cas où l’honneur
fl et la sécurité de l’Allemagne seraient réellement en
Et cause. Tout porte à croire au contraire que ce concours
lui serait alors pleinement acquis.
Aujourd’hui les Allemands sont outillés à peu près s comme nous. Ils ont un bon fusil d’infanterie. Mais leur | canon de campagne ne vaut pas le nôtre. Ils s’occupent À d’ailleurs à l’améliorer. 3 Au point de vue du nombre, ils pourraient facilement À nous distancer de beaucoup, s’ils le voulaient. Mais ils ont toujours observé une grande prudence à ce sujet. | Loin de nous imiter et d’incorporer dans l’armée active tous les jeunes gens capables de porter les armes, ils Del écartent du régiment les hommes qui ne sont pas parfaitement constitués physiquement. Ils admettent en 28 outre un grand nombre de dispenses pour raisons 4 professionnelles ou de famille. C’est pourquoi, malgré k la différence énorme qui existe entre le chiffre de leur À population et celui de la nôtre, l’effectif du contingent J annuellement appelé sous les drapeaux est, aujourd’hui L encore, presque le même en France et en Allemagne. { Le total de l’effectif de paix allemand est cependant plus considérable que le nôtre. C’est parce qu’il s’aug- { mente du nombre des sous-officiers qui, en Allemagne, É sont tous rengagés. À L’armée allemande de première ligne est donc com-
z posée des éléments les plus robustes de la nation. Les hommes de second choix sont appelés en cas de guerre seulement, pour former les dépôts et, plus tard, boucher À les vides. 1
Le soldat est admirablement instruit. Grâce à l’obligation scolaire, qui est en Allemagne une réalité, — le chiffre des recrues illettrées n’atteint pas 5 sur 10.000, — le régiment ne reçoit que des éléments déjà dégrossis. Une fois sous les drapeaux, l’homme est soumis à | un entraînement méthodique au cours duquel les exer- 4
6 cices gymnastiques et le tir jouent, pour le fantassin, un grand rôle. En vue des exigences du combat moderne 4 on cherche à développer chez lui l’initiative de l’indivi- ; dualité. Maïs il est permis de se demander si les résulj tats obtenus dans ce sens ne sont pas quelque peu j artificiels et si ce n’est pas l’action directe du chef qui ; galvanise le soldat allemand. | Le commandement est fortement organisé en Allemagne. Le corps d’officiers est extrêmement homogène. I1 forme dans la nation une caste très spéciale. Que le lieutenant sorte d’une école de cadets ou qu’il ait débuté au régiment comme fahnenjunker, c’est toujours un privilégié. Il n’a jamais vécu la vie de la troupe, et du | commencement à la fin de sa carrière, il planera très haut au-dessus des hommes soumis à son commandement. £ L’origine de la plupart des candidats à l’épaulette contribue encore à accentuer cette situation. Ce sont généralement des fils d’officiers ou tout au moins des rejetons de familles nobles. Quant aux bourgeois qui ; sont admis dans ce milieu, ils ne tardent pas à en prendre le ton, parfois avec exagération. On n’est d’ailleurs reçu dans la corporation qu’après un vote de ses pairs et cette formalité ne contribue pas médiocrement à empêcher les dissonances. L’instruction pratique des officiers paraît sérieuse. Le goût des responsabilités est très développé. Il est encouragé par la tradition et par l’esprit de camaraderie qui règne entre les différents grades. I est naturel que des officiers ayant même origine et même instruction ne prennent rang entre eux que d’après leur ancienneté. Aussi l’avancement à l’an9 Georges Picquart. — 1.
à cienneté est-il de règle, avec cette réserve toutefois que ï
l’officier reconnu incapable de passer au grade supérieur Se
prend sa retraite au moment où arrive son tour de pro- vi
1 Quelques avantages sont réservés aux officiers d’état- $
_ major, afin de leur permettre d’arriver plus vite aux
« grades supérieurs, Cette exception est pleinement justi- À
ar fiée par la valeur de ce corps d’élite qui est devenu un
19 modèle pour toutes les armées, depuis que Moltke la à
sui porté au degré de perfection où il se trouve encore ÿ
ji Le corps d’officiers allemands, solide et homogène, 4
: comme il nous apparaît, constitue évidemment l’un des à
éléments de puissance les plus sérieux de l’armée, à 1
ne condition qu’il soit en état de remplir en toutes circon
jé! stances les devoirs qui lui incombent, Mais l’exclusi- 4
; visme qui, dans certains cas, fait sa force, peut en 4
L revanche, dans d’autres circonstances, être pour lui une 1
) Je ne veux pas m’étendre sur les symptômes fâcheux 4
et sans doute exagérés que quelques romanciers pré-
tendent avoir découverts dans telle ou telle « Petite è
73 Garnison » et qui tendraient à faire croire que sous 4
1 cette belle façade se cachent des germes de décomposi- “4
Maïs, à un autre point de vue, n’avons-nous pas con- ‘4
FU staté, en 1870, combien les corps allemands les plus ;
k -éprouvés par le feu souffraient cruellement du manque j
Cette situation ne menaçait-elle pas de devenir cri- À
À tique pour certaines de ces unités si la paix ne fût b
J intervenue ? Et n’est-ce pas pour une armée une cause ‘4
à d’infériorité réelle que cette impossibilité de recourir à
| la nation tout entière quand il s’agit de reconstituer des
éléments essentiels, fauchés lors des premières ren-
L’armée allemande est fort bien organisée pour porter
) à l’adversaire, dès le début d’une guerre, des coups
rapides et terribles. Sa valeur ne peut que diminuer
quand la durée des hostilités se prolonge.
En 1870, il lui a fallu un mois pour mettre hors de
cause l’armée impériale. Personne, en Allemagne, ne
doutait de la conclusion prochaine de la paix à partir
. du 2 septembre, date de la capitulation de Sedan.
) La guerre dura cinq mois encore, et nous n’avions
cependant à opposer aux vainqueurs de nos vieilles
| bandes, que les troupes improvisées de la Défense k
nationale, mal armées, mal équipées, dépourvues de ‘
toute instruction militaire.
ni Quand on compare notre situation vis-à-vis de l’Alle- {
magne avec ce qu’elle était alors, on a le droit d’attendre
| les événements avec sérénité.
On aurait pu croire qu’après la première émotion
causée par l’affaire du Maroc, chacun se serait ressaisi.
On était en droit d’espérer que le sentiment de la É
dignité nationale, soutenu par une appréciation raisonnable de nos forces, mettrait bientôt fin à des manifesII
tations de découragement regrettables toujours, mais L
C’eût été compter sans l’aveuglement et la passion
La presse réactionnaire continue à nous apporter,
| chaque jour, les nouvelles les plus inquiétantes : Notre
; armée est incapable’ de résistance; nos forteresses sont
4 dégarnies, notre pays est ouvert à l’invasion.
: Certaines de ces affirmations échappent à une réfutation directe. Quand nous entendons dire, par exemple,
que beaucoup de réservistes ne marcheraïent point, il ;
nous est impossible de prouver mathématiquement le 1
| contraire. Tout ce que l’on peut faire c’est de constater
la faiblesse des arguments qui accompagnent ces 4
4 D’autres allégations, en revanche, s’appuient sur des R
données précises. On nous oppose des chiffres. On nous à
met en présence de faits. Telles, par exemple, les déclarations alarmantes qui ont été citées ici-même, d’après #
un journal du matin, et dont je rappelle sommairement +
| la teneur : « L’armée allemande de premier choc, repré- Û
sentant une force de 400.000 hommes, peut être amenée 1
; en vingt-quatre heures au delà de la frontière, grâce à d
ue un système de chemins de fer permettant une concen- !
Ù tration offensive. À ces 400.000 hommes nous n’en pour- 4
rions opposer que 80,000, car il nous faut vingt jours Fi
pour mobiliser notre armée de seconde ligne. Enfin,
dans les régiments de l’Est nos effectifs sont de 90 à )
$ 95 hommes par compagnie, alors que les régiments ÿ
allemands ont tous sur le pied de paix des compagnies À
| Voilà un tableau bien sombre. Dans quelle mesure à
‘ correspond-il à la réalité? C’est ce qu’il peut être inté- ressant de rechercher. \
| L’Allemagne a fait, comme on sait, de l’Alsace- F
- Lorraine une sorte de marche : le glacis de l’empire.
} Le corps d’armée de Metz (16°), celui de Stras-
| bourg (15°), et, en Haute-Alsace, une partie du corps
Î d’armée badoïs (14°), sont établis dans nos anciennes
i provinces pour y jouer à l’égard du reste de l’armée le rôle de troupes de couverture. Cela veut dire qu’en cas de guerre ils sont chargés de protéger, de « couvrir » la mobilisation du reste de l’armée, sa concentration par voies ferrées et son débarquement à proximité de notre
F Pour mettre ces troupes en état de remplir effective-
ment leur rôle, on ne leur a pas seulement donné l’appui
| de forteresses puissantes telles que Thionville, Metz, Strasbourg. On a encore augmenté leurs effectifs du temps de paix par rapport à celui des autres troupes de l’empire, afin qu’elles présentent à tout moment une force offensive et défensive suffisante.
: C’est ainsi que les compagnies d’infanterie de la plupart des régiments stationnés en Alsace-Lorraine comptent, non pas 175 à 180 hommes, comme on l’a affirmé, mais 160 sous-ofliciers et soldats (exactement 159). Cet effectif est propre aux troupes de couverture d’AlsaceLorraine, et, conformément à d’anciennes traditions, aux neuf plus anciens régiments de la garde. Tous les autres régiments d’infanterie allemande ont un effectif de 140 hommes seulement par compagnie.
Le total des forces de couverture allemandes sur 4 notre frontière atteint, en chiffres ronds : 50.000 fantassins, 9.000 cavaliers, et 53 batteries d’artillerie de cam13
Georges Picquart je
pagne, comprenant 318 pièces de canon; il faut y ajouter 1 ù
un fort contingent d’artillerie à pied pour le service des fi:
pièces de place et de position; des pionniers, des soldats
; du train, etc. ‘4 À Il est probable qu’en cas de guerre ces troupes ne se : | borneraïent pas à observer une attitude passive. Rien M | ne serait moins conforme aux principes en honneur 1 dans l’armée allemande. Des entreprises contre notre N ÿ frontière sont donc à prévoir, et il dépend beaucoup de 1
la vigilance et de l’activité de nos propres troupes de 1
Fair, couverture, que ces opérations aboutissent ou non à des À
à Mais de là à craindre une brusque invasion de notre # | territoire par une armée de 400.000 hommes, il y a K É ke L’armée allemande compte, il est vrai, 600.000 À & hommes, sur le pied de paix, et, dans ces conditions, il à peut ne pas paraître absurde, à première vue, de sup- il We poser qu’une bonne partie de ces forces, soit 400.000 4 4 hommes, seraient destinées à envahir notre frontière, “4 F4 non pas en vingt-quatre heures, — la capacité de trans-
1e port des chemins de fer, même allemands, n’a pas K
it encore atteint ces proportions, — mais du moins en ( 1 La question présente un autre aspect quand on con- n $ naît les besoins d’une armée, quand on sait ce qu’il lui 4 Dh faut pour entrer en opérations, c’est-à-dire pour se ‘à 1 battre, pour subsister, pour se ravitailler sur un territoire ;
en état de guerre. 4 Les chefs de l’armée allemande sont trop avisés pour d
qi commettre jamais la faute insigne dont s’est rendu
: coupable notre commandement, en 1870,en lançantàäla
| frontière des corps d’armée non mobilisés, avant même Ÿ la déclaration de guerre. Une pareille démonstration ne signifierait rien. Des Ua troupes dépourvues des attelages, des trains et des rechanges de toute sorte que la mobilisation doit préci- 4 sément leur fournir, ne pourraient pas même risquer à
- une bataille. Par contre, elles se ressentiraient longtemps
des difficultés énormes que l’on éprouve à pourvoir un
corps de ce qui lui manque, après qu’il a quitté son
centre normal de recrutement et d’approvisionnement.
L’Allemagne s’est toujours fait remarquer par sa
façon méthodique de procéder aux opérations de mobi- PE
lisation. Le 11 juillet 1870, le roi Guillaume, ému de
l’attitude menaçante de la France, avait invité son
ministre de la guerre, von Roon, à lui proposer quelques |
mesures préparatoires en vue d’une mobilisation pos-
| sible. Le ministre demanda de n’en rien faire. Il
déconseiïlla même de donner aucun ordre au sujet de
Saarlouis, petite place située très en l’air, à 7 kilomètres -
seulement de la frontière française, IL voulait que tout le mécanisme de la mobilisation se déclanchât à la fois et poursuivit ensuite sa marche régulière et prévue sans lharmonie. Il obtint gain de cause et l’événement lui Il n’y à aucune raison de croire qu’entre les deux systèmes l’Allemagne préfère aujourd’hui celui qui nous | a si mal réussi en 1870 et que le général Boulanger avait commencé à rééditer en 1887, lors de l’alerte causée par l’affaire Schnæbelé. Les forces de couverture dont nous disposons sont, d’ailleurs, suffisantes pour tenir en échec la couverture
‘ allemande et pour nous permettre d’accomplir en toute 4 sécurité nos opérations de mobilisation et de concentra- £
tion qui, quoi qu’on en ait dit, ne dureraient certaine- #
| ment pas vingt jours, ni même sensiblement plus que À les opérations correspondantes allemandes, — à condi- *
tion, bien entendu, que tout se passe avec calme et V ï 4 Notre frontière est jalonnée, comme du côté allemand, | par trois corps d’armée (6°, 20° et 7°). 1 Quand bien même nos effectifs seraient descendus à a) 90 ou 95 hommes par compagnie, — et cela reste à prou- l ver, — nous pourrions mettre en ligne, le premier jour, 4 presque autant de fusils que nos adversaires. Nos corps cl d’armée comptent, en effet, plus de compagnies que les El corps allemands correspondants, ce qui rétablit l’équi- 4 valence du nombre. | Notre cavalerie de couverture est un peu plus nom- À breuse que celle des Allemands. Des troupes à cheval 4 ne pouvant être d’aucune utilité dans les Alpes, nous Ë: n’avons pas, comme eux, à prévoir l’emploi de nos î Û escadrons sur deux frontières. fl Quant à notre artillerie de couverture elle comprend, À
à peu de chose près, le même nombre de batteries que
celle des Allemands. Mais nous avons beaucoup moins ! de canons. La différence est d’un tiers environ. Elle î provient de ce que nos batteries montées comptent 4 quatre pièces seulement tandis que les batteries alle- 4 mandes en ont six. :
Les artilleurs envisagent cette situation avec sérénité. Î
Ils prétendent qu’une batterie de quatre pièces de notre | } nouveau matériel vaut une batterie de six pièces du |
matériel allemand. Je ne demande pas mieux que d’y {
_ croire, mais tout le monde sait que l’Allemagne est en
- train d’améliorer son artillerie, et jusqu’à présent rien d n’indique, de sa part, l’intention de diminuer le nombre il de ses canons. ! En regard de cette infériorité possible nous possédons …_ sur l’Allemagne un gros avantage. Nos corps de couF: verture peuvent être renforcés, d’un moment à l’autre, $ par des hommes du pays même. Les réservistes et les k d territoriaux de Verdun, de Toul, d’Épinal, de Belfort, 4 n’ont qu’à aller toucher leur fusil et leur uniforme pour À être en état de prendre part à la défense de leur ville à natale, et l’on sait si dans ces régions le dévouement f est grand, le patriotisme ardent. À Par contre, je doute fort que les Allemands aient \ jamais songé à confier la défense de Metz aux Messins, ; ou celle de Strasbourg aux Strasbourgeoïs, et s’il est un fe pays où l’on risque de voir des réservistes gagner le large, ou même passer de l’autre bord, c’est bien l’Alsace-Lorraine. 1! Que diraient les semeurs de panique si la défense de la frontière française avait à tenir compte de difficultés de ce genre? Parmi les hypothèses relatives aux projets du commandement allemand dans le cas d’une guerre avec la France, il en est une que l’on entend revenir souvent
- dans les conversations. C’est celle d’une invasion de notre territoire par la frontière belge. i
1 Nous sommes parés du côté de l’Est? Fort bien. Mais | qu’adviendrait-il de nous si l’empereur Guillaume, vio- | à lant la neutralité de la Belgique, marchait droit sur à É Paris en tournant nos lignes de défense de laLorraine? , Les gens du métier ont d’excellentes raisons pour È envisager avec calme une pareille éventualité. | à L’opinion publique est moins bien fixée à ce sujet. Je ‘ 6 n’en veux pour preuve que l’émotion causée il y a quelques années par la création d’un camp d’instruction s 4 pour le 8° corps prussien à Elsenborn (Malmédy), à deux d Des esprits inquiets ont cru reconnaître dans cette Î je mesure la préparation d’une base d’invasion, sans se Font rendre compte que chaque corps d’armée allemand est *k pourvu d’un camp de cette espèce, et que les environs 4 de de Malmédy se prêtent tout particulièrement à une i 15h Il est cependant facile de démontrer que l’Allemagne M | ferait un bien mauvais calcul si elle espérait arriver M k plus rapidement au cœur de la France en violant la f La distance de la frontière prusso-belge à Parisest, | ë à vol d’oiseau, de 300 kilomètres. Celle de la trouée de € Lunéville (entre Nancy et les Vosges) à Paris est de , 300 kilomètres également. Mais celle de la ligne Metz- | Thionville à Paris, en passant au nord de Verdun, est M j de 250 kilomètres seulement. Au simple point de vue de : la longueur de l’étape, le passage par la Belgique n’a l donc rien de particulièrement avantageux. | ï Supposons cependant qu’une armée allemande pénètre i ea territoire belge pour marcher sur Paris. 1 La ligne d’invasion la plus naturelle, celle qui pré- …
. sente les voies de communication les plus directes et ( les plus commodes, remonte la vallée de la Meuse, de Liége à Namur; elle continue par la Sambre, de Namur FA À à Maubeuge, et aboutit enfin à la vallée de l’Oise qui ‘ ” est le chemin de Paris. !
Mais elle est barrée, dès son origine, par les forts de
À Liége, construits d’après les dernières idées du général { Brialmont. Ce sont des massifs énormes de béton de ‘ ciment, d’où émergent des coupoles cuirassées, tour- ” nantes ou à éclipse, garnies de canons de place du plus x En amont de Liége, la place de Namur est organisée “ d’après les mêmes principes. : ( Une armée d’invasion allemande pourrait éviter, il est vrai, les places de la Meuse en passant plus au sud et
- en traversant les ramifications accidentées des hauts | pays ardennais. Mais cette région est généralement ! pauvre, d’un accès difficile. Les moyens de communica- | . tion y sont précaires. De plus, les colonnes qui prendraient ce chemin seraient obligées de défiler à une ou deux journées de marche de la ligne Liége-Namur, en ayant leur flanc droit constamment exposé aux attaques des forces actives belges débouchant de ces positions _ Or ces forces sont loin d’être négligeables. Indépendamment des garnisons des places fortes (y compris Anvers), la Belgique dispose, en effet, d’une armée d’opérations composée de quatre divisions d’armée dont l’effectif total s’élèverait, sur le pied de guerre, à Au point de vue stratégique, une armée se placerait k dans la situation la plus délicate si elle laissait intact,
; sur son flanc, ou à proximité de ses lignes de communication, un groupement ennemi aussi important.Lamise hors de cause de l’armée d’opérations belge serait done le premier objectif des Allemands pénétrant en Bel-
; gique. Deux corps d’armée tout au moins devraient être employés à cette tâche et à celle d’immobiliser les
garnisons des camps retranchés. ; Tandis qu’au milieu de toutes ces difficultés, l’invasion
allemande se verrait obligée de parcourir, sur routes,
de cent à cent cinquante kilomètres avant d’atteindre « ‘ notre frontière, le commandement français aurait à 8
remplir une tâche relativement aisée : celle de concen- ;
trer sur son propre territoire, —enutilisantlesressources
de son réseau ferré, — les forces nécessaires pour s’op- 4
poser à la marche de l’envahisseur. Ces forces trouve- 4
| ligne, le camp retranché de Maubeuge ; plus en arrière, 4 les groupes fortifiés de La Fère, de Laon et de Reims.
Je crois en avoir assez dit pour montrer que, même en l’état actuel de l’organisation défensive belge, la violation de la neutralité de la Belgique ne faciliterait
| point à l’Allemagne l’invasion du territoire français. En tous cas, le passage des troupes allemandes à travers la 4 k Belgique ne saurait revêtir ce caractère de surprise que
| certaines imaginations veulent bien lui prêter. À
Même si, contre toute attente, les défenses belges ne M fournissaient qu’une faible résistance, les distances à parcourir par les Allemands sont telles qu’il nous reste- M
. rait toujours le temps nécessaire pour concentrer au M point menacé des forces suflisantes. à
Enfin, dernière considération qui a son importance:
depuis la conférence de Londres, en 1831, l’Angleterre $
s’est toujours montrée la gardienne jalouse de la neutralité de la Belgique. Elle ne souffrirait pas qu’une grande puissance, une rivale surtout, fit mine d’étendre la main _ du côté du port d’Anvers. Ë L’entrée des troupes allemandes en Belgique serait le “ signal pour ainsi dire automatique d’une intervention “ armée de l’Angleterre. La défense de la Belgique La Belgique, comme la Suisse, sait qu’il ne suffit pas | d’être pays neutre pour se sentir protégé contre les entreprises de voisins puissants. Comme la Suisse elle est préparée à se défendre, en cas de besoin. Mais elle a résolu le problème d’une façon très différente. . La république helvétique fonde ses institutions militaires sur le principe du service obligatoire pour tous. En temps de guerre, elle dispose d’un nombre de défen- | seurs qui est celui de tous les citoyens valides. Mais elle n’a pas d’armée permanente. Les recrues et les À réserves ne restent sous les drapeaux que pendant le : temps strictement nécessaire à leur instruction. Enfin le peuple suisse, se contentant des obstacles naturels qui hérissent son pays, n’a pas songé à appuyer son système de guerre sur un grand développement de fortifications. A la frontière sud seulement, on trouve des ouvrages fortifiés : ceux du Gothard et ceux de Saint-Maurice, qui barrent les principales routes d’invasion venant de l’Italie. )
Le système militaire belge repose, au contraire, sur 14
l’emploi combiné d’une armée permanente et de |
gique en principe, du moment qu’il s’agit d’un pays
généralement dépourvu de défenses naturelles.
Le recrutement de l’armée belge est analogue à celui
| de l’ancienne armée française. Il est assuré en partie au
moyen d’engagements volontaires, en partie au moyen du
ï tirage au sort. Le remplacement à prix d’argentestadmis.
Malgré un courant très marqué qui s’est établi dans M
À les milieux libéraux en faveur du service militaire obligatoire, les dernières modifications apportées, en 1902, M
ï à la loi du recrutement n’ont fait qu’accentuer le carac- M
| tère des dispositions existant alors. Le nombre des
“ soldats de métier (volontaires de carrière et rengagés)
il a été augmenté. Par compensation, on a diminué le. 4
4 temps de service auquel sont soumis, en temps de paix, 4
; les conscrits tombés au sort : variable suivant les 1
Mr armes, cette durée est actuellement de vingt mois seulement dans l’infanterie; mais l’homme n’est définitive- # |
(4 ment libéré de ses obligations militaires qu’au bout de |
Vs En somme l’armée belge est fort éloignée du type de
‘74 la nation armée dont on trouve la réalisation en Suisse.
é Elle ne se recrute guère que dans le prolétariat. À
Le L’effectif permanent des troupes belges est de 40.000
is hommes en temps de paix. Par l’incorporation des
réserves, ce chiffre serait porté, en cas de guerre, 4
| constitueraient l’armée d’opérations, tandis que le reste
Si fournirait les garnisons des places fortes et les dépôts.
h Quant à la garde civique (45.000 hommes disponibles
: 2 environ), qui représente ce qu’était autrefois en France À
- la garde nationale, elle est animée sans doute de bonne à . volonté et de patriotisme; on ne saurait cependant en | 4 f faire état comme troupe de campagne. F5) h Le plan de défense de la Belgique reposait tout entier, ù 1 il y à quelques années, sur le camp retranché d’Anvers, , admirablement fortifié par le général Brialmont. En cas ; d’invasion, cette place devait servir de refuge au ; gouvernement en même temps que de base d’opérations HR: et d’approvisionnement pour l’armée belge. On espérait tenir ainsi jusqu’à ce que des voisins plus puissants, At ._ intéressés au maintien de l’existence de la Belgique, À soient venus la délivrer. { Anvers étant port de mer se trouve d’ailleurs particu- ! … Jièrement bien situé pour recevoir des renforts et des ravitaillements de. l’extérieur, particulièrement de l’Angleterre. ; Ce système avait pour avantage de n’obliger la k Belgique à entretenir qu’une armée peu considérable. Il présentait l’inconvénient grave de laisser la plus grande partie du pays à l’abandon, au moment d’une guerre. Il d’utiliser, sans rencontrer d’obstacles sérieux, la ligne … d’invasion classique : Liége, Namur, Charleroi, qui est … la route la plus directe entre la Prusse rhénane et la À région française de l’Oise. | É C’est sans doute cette dernière considération qui a . décidé la Belgique, en 1888, à entourer Liége et Namur |
- d’une ceinture de forts du type le plus nouveau, et À Dès lors la situation s’est trouvée changée sur toute la frontière orientale de la Belgique, car ces fortifications
| ne servent pas seulement de tampon entre la Franceet l’Allemagne. Elles contribuent encore à la défense géné- k rale du pays. : En cas d’invasion allemande, l’armée d’opérations { , belge peut s’y appuyer pour disputer à l’adversaire la : ligne de la Meuse et protéger ainsi la plus grande partie ; du territoire national. Ce n’est qu’après avoir vu forcer ; ces premiers obstacles qu’elle serait obligée desereplier 3 sur Anvers. | Par contre, si l’on imagine une armée envahissant la
Belgique par la frontière des Pays-Bas ou par celle du nord de la France, les camps retranchés de la Meuse, / trop éloignés du théâtre des opérations, ne jouent plus qu’un rôle secondaire. La place d’Anvers reprend toute | son ancienne importance. É Ceci nous explique pourquoi il est question en ce M moment même de remanier les fortifications d’Anvers + } qui, autrefois un modèle du genre, ne sont plus à hau- ; teur des exigences de la guerre moderne. Cependant si $ ; l’on établit autour d’Anvers de nouvelles défenses, ; si l’on reporte plus en avant encore la ligne des forts H détachés, ne faudra-t-il pas plus de défenseurs que ceux # k dont on dispose aujourd’hui? Ne sera-t-il pas nécessaire | | d’augmenter l’effectif de l’armée? A ce sujet les avis ÿ : sont partagés. Mais il est certain que cette augmenta- | tion la Belgique pourrait la réaliser facilement enadop- | tant le service militaire obligatoire. | La Suisse, qui a un peu plus de trois millions d’habitants, met sur pied en cas de guerre près de trois cent | 1 mille hommes armés, sans compter le landsturm non La Belgique, dont la population est double de celle de |
la Suisse, ne peut aligner en cas de guerre qu’une armée ! En faisant un effort proportionnel à celui des Suisses, 2 ü les Belges pourraient mettre sur pied de cinq à six cent Ë mille hommes. Mais il ne serait pas nécessaire d’aller fl jusque là et le service obligatoire appliqué avec plus de TA î ménagements donnerait encore, au point de vue des effectifs, des résultats très suffisants. Des considérations, politiques au fond, plus que militaires, ont empêché jusqu’ici de rien faire dans cette voie et il est remarquable de constater que ce sont des partis } similaires qui, en Belgique et en France, demeurent attachés aux mêmes errements, à la même conception de ce que peut et doit être une armée. La défense de la Belgique, telle qu’elle est organisée | actuellement, présente sans doute certaines garanties. ù \ Une grande puissance peu scrupuleuse sur le chapitre du droit des neutres y regardera certainement à deux fois avant de traiter le territoire belge comme une zone “ de parcours favorable à la réalisation de ses plans stra- … tégiques. Mais cela ne sufñlit pas. En cas de conflagration générale, quand tous les élé- ments sont déchaïnés, quand les appétits de conquête s’éveillent, un petit pays n’a de chances de conserver son intégrité que s’il est en état de fournir contre un envahisseur la plus grande somme d’efforts dont il est capable et ce maximum de force défensive ne peut être obtenu que par l’appel aux armes de la nation tout entière. La Suisse a adopté cette solutionet c’est la bonne. Mieux vaut pouvoir compter sur soi qu’attendre le secours des autres.
4 : Tout le monde connaît la supériorité incontestable de
à la marine britannique. On est moins bien fixé en géné- ee ral, dans le public, sur l’état des forces de terre dont | (24 disposerait le gouvernement anglais en cas de conflit 4 1 _ avec une grande puissance européenne. j po En réalité, les troupes régulières anglaises ne sont $ pas autre chose qu’une armée coloniale dont la portion À
principale, stationnée sur le territoire des Iles Britanni-
” ques, alimente les garnisons européennes des Indes et
” des autres possessions d’outre-mer. ;
14 Quand un bataillon a passé un temps plus ou moins :
5 long aux colonies, il rentre en Angleterre, en Ecosse ou i
fe en Irlande, après avoir été remplacé par un bataillon de F
A la métropole. Toutes les unités de l’armée sont sou- J
ê mises à un roulement analogue, excepté les régiments i
‘& de la garde qui, normalement, restent stationnés en
\ ; La plupart des colonies sont en outre défendues par É à des troupes indigènes. | mx L’armée régulière compte en chiffres ronds 280,000 ni hommes sous les drapeaux, plus une réserve de près de ; 80.000 anciens soldats renvoyés dans leurs foyers, à la ni TR disposition de l’autorité militaire. Mais si l’on déduit de
4 cet effectif 55 à 80.000 hommes immobilisés aux Indes ! 14 et 70:000 hommes stationnés dans les autres colonies; ! \ | si l’on défalque en outre les dépôts, les indisponibles, Fe __ les troupes de garnison, etc., on arrive à cette conclu « A Argus ‘4 sion qu’à l’heure actuelle les Anglais n’ont pas plus de ÿ 14 100 à 120.000 hommes à lancer, comme entrée de jeu, F { dans une guerre européenne. : À F1 Il faut de plus considérer que, le service militaire h À n’étant pas obligatoire pour les sujets britanniques, 1e (4 toutes les forces militaires, quelles qu’elles soient, sont ! recrutées par voie d’engagements volontaires. Le nom-
bre et la qualité des recrues sont donc soumis aux fluctuations de l’offre et de la demande. C’est une situa-
tion fort aléatoire. À
À Le Royaume-Uni possède d’ailleurs, en outre de ses Fi forces régulières, ce que l’on appelle les forces auxi4 liaires : milice, yeomanry, volontaires. | He Les miliciens sont des gens qui moyennant une prime È en argent, s’engagent à rester pendant six ans à la dis- ) l ; position de l’autorité militaire pour former des batailh lons spéciaux d’infanterie, des batteries d’artillerie, et ù ; des compagnies du génie destinés en principe à la défense du territoire. Ils ne peuvent être employés au À dehors que s’ils y consentent. L’effectif total de la ï milice est de près de 100.000 hommes. Mais comme | n on ne donne à ces soldats qu’une instruction rudimen- | È taire, leur valeur est fort médiocre. La commission i d’enquête sur la milice et les volontaires, présidée par pl lord Norfolk, a déclaré tout récemment que cette | 8 troupe « n’était pas capable d’entrer en campagne pour
- La yeomanry est une sorte de cavalerie territoriale ‘ recrutée parmi des propriétaires ruraux et de petits fermiers qui, généralement, fournissent eux-mêmes leur ñ monture. L’effectif des yeomen est d’environ 28.000
un Georges Picquart FENTE | Enfin les volontaires, composés d’infanterie, d’artil- F | lerie à pied et de troupes spéciales (du génie, des che- à mins de fer, etc.) sont au nombre de 250.000, dont ! k C’est en somme une espèce de garde nationale au sujet { ; de laquelle la commission de lord Norfolk n’est pas h ÿ moins sévère qu’à l’égard de la milice, puisqu’elle l’a à ” trouvée & hors d’état de faire campagne contre une A la suite de la guerre du Transvaal, M. Brodrick, { alors secrétaire d’État à la guerre, avait été frappé des 1 \ difficultés de la mobilisation et, d’une façon générale, RAT de la faiblesse de l’organisation des troupes anglaises. ‘ | Pour y remédier il avait élaboré un système très séduisant qui consistait à entretenir dans la métropole six 4 ik corps d’armée pourvus en tout temps de leurs états- ÿ majors, de leurs services divers, et se mobilisant au 4 moyen des ressources du territoire qui leur était affecté, comme cela se passe en France, en Allemagne 14e et ailleurs. Les forces régulières devaient fournir les troupes des ! trois premiers corps d’armée; les forces auxiliaires devaient contribuer à former presque entièrement les Pour obtenir les fortes réserves nécessaires à la mobilisation, M. Brodrick avait en outre réduit de 7 à3 le nombre d’années que devaient passer sous les draif peaux les soldats de l’armée régulière engagés pour Î La faillite complète de ce système a montré claire- à ment qu’il est impossible d’avoir une armée à deux fins, 1 à la fois coloniale et métropolitaine. 4
Le service de trois ans compromettait gravement la à relève des garnisons d’outre-mer pour laquelle il est ï nécessaire d’avoir non seulement des soldats rompus au ; métier militaire, mais encore des gens que l’on puisse
- garder pendant quelques années dans les colonies. { D’autre part, le système des corps d’armée régionaux, $ ; excellent dans un pays où le service obligatoire fournit ua recrutement uniforme et où le groupement des régiments reste toujours le même, était d’une application impossible en Angleterre où l’engagement volontaire donne des résultats si variables, et où il existe un ; chassé-croisé perpétuel entre les forces régulières des colonies et celles de la métropole. Aussi M. Arnold-Forster, qui a remplacé M. Brodrick ‘au secrétariat de la guerre, s’est-il empressé de faire machine en arrière. Il a commencé par rétablir le service militaire de longue durée qui seul fournit des soldats susceptibles d’être utilement employés aux colonies. Il ‘ a même porté à neuf ans le temps que les hommes de troupe devront passer, désormais, sous les drapeaux. Quant aux six corps d’armée de M. Brodrick, — dont L . deux n’ont pas même eu le temps de voir le jour, — ils ont été remplacés par des commandements militaires , mieux appropriés à la composition actuelle des forces L’armée régulière anglaise est, je le répète, une armée l essentiellement coloniale. Elle est organisée et recrutée — Sans doute en cas de guerre européenne la portion … employée offensivement comme appoint de forces alliées ou pour des opérations spéciales telles qu’une expédition
“4e dirigée de concert avec la marine contre un port de fi. tt Elle apporterait dans de semblables actions de guerre 4 0 * les qualités et les défauts inhérents aux armées de E LR ÈTRE métier et, en plus, la froide obstination propre aux #18 Mais le rôle d’une si petite armée ne peut être Ë 4 qu’épisodique au début d’un conflit où s’entrechoque- 4 A € raient plusieurs grandes puissances militaires. Comme D: | l’a dit spirituellement un membre de la Chambre des 4 À : Communes, il y a quelques années, ce ne serait qu’une M guêpe dans un nid de frelons. : $ YA A 4 forces plus considérables, soit pour intervenir efficace | 30 ment sur un échiquier européen, soit simplement pour DRE: mieux assurer la défense du Royaume-Uni, il est 24 nécessaire qu’elle les crée de toutes pièces en ayant 4 3060 recours au service militaire obligatoire, mitigé ou non. K 1 * Le recrutement par voie d’engagements volontaires est ‘7 incapable de les lui fournir. È 4 N La puissance de l’armement moderne 4e : L’industrie est arrivée à perfectionner d’une façon
- PR vraiment extraordinaire les instruments de mortqueles LL peuples civilisés emploient pour faire la guerre. | M 4 + Toute armée qui se respecte possède aujourd’hui un }, ne fusil à tir rapide dont les balles atteignent efficacement “4108 l’adversaire à 2.000 mètres et plus. f
É Notre canon de campagne, une merveille du genre, if
Ï tire vingt coups à la minute. Il envoie jusqu’à 5 kilo- à
fi mètres un obus dont l’explosion couvre le sol d’une j ’
Fi véritable grêle de projectiles (290 par obus). {
ke Dans certains pays on se sert de mitrailleuses qui s
! permettent d’inonder de balles une zone de terrain avec ÿ
| autant de facilité que si l’on arrosait une plate-bande À
| avec un jet d’arrosoir.
is Quant aux pièces d’artillerie de gros calibre, elles |
î lancent à des distances fabuleuses des obus-torpilles
- chargés d’explosifs puissants : mélinite, lyddite, etc. Il « | n’y a ni parapets, ni murailles qui résistent à l’éclateu ment de ce tonnerre. Tout est mis en poussière à plusieurs mètres à la ronde. - à \ Enfin, fusils et canons brüûlent une poudre sans fumée qui, entre autres avantages, possède celui de ne
: point déceler la présence du tireur.
- Rien de saisissant comme de voir expérimenter ces _ engins sur un champ de tir. 4 Pa Des cibles, des mannequins sont placés, les uns à
… découvert, les autres derrière des abris, cachés à la vue.
Ë Au bout de quelques coups, tous ont leur surface cri-
… blée, hachée de balles et d’éclats. Les projectiles d’artil-
… Jlerie, en particulier, atteignent le but aux plus grandes
… distances, comme si on les avait placés avec la main.
On demeure stupéfait devant tant de puissance et tant
de précision.
’ Mais alors, que doit être une bataille moderne? Une
« boucherie sans nom? Une tuerie effroyable, qui
en deux ou trois minutes fait couler des flots de
| En aucune façon. Des statistiques officielles, irréfuta-
f bles, le démontrent. Non seulement une bataille gagnée É 14 ou perdue coûte proportionnellement moins de monde : qu’autrefois, mais encore il faut beaucoup plus de temps pA pour obtenir un résultat. L’œuvre de mort s’accomplit ï, : avec plus de lenteur, avec moins d’énergie. Ê Ye A l’époque du grand Frédéric, les forces en présence 4 4 perdaient couramment 15, 20, 30 o/o de leur effectif; on ‘à a l’exemple de pertes prussiennes qui se sont élevéesàa Ë { 4x 0/0. Dans ce temps-là une bataille duraït de quatre à k Les batailles napoléoniennes ne furent pas plus san- 1 à glantes, mais elles se terminaient moins vite parce que k K les troupes étaient disposées en profondeur et non en 4 seul lignes minces comme sous Frédéric. Eylau, où la lutte à fut particulièrement acharnée, coûta aux Français M 4 38 oJo de leurs soldats et aux alliés 32 0/0, en douze Ÿ ne heures. A la Moskova, en quinze heures, les Russes ; En perdirent 41 0/0, les Français 23. Au cours de la fameuse J sun bataille de Leipzig, qui dura trois jours, les troupes alliées eurent 16 hommes, sur cent, hors de combat, les É ! j Français 22 à 23 sur cent, y compris beaucoup de prij sonniers. à En 1850-1871, les armes étaient déjà très perfection- ; $ nées, Français et Allemands possédaient des fusils à tir 1 : rapide. Cependant les pertes ne sont pas comparables à n “Ve ce qu’elles étaient par le passé. Sans doute, à Wærth, les Français perdirent 30 0/0 de leurs soldats, en huit M | heures, mais près de la moitié des manquants sont des prisonniers non blessés ; quant aux Allemands, ils lais- D sent ce jour-là 11 0/0 des leurs sur le carreau. Mars-la- : Tour, une des actions les plus sanglantes de la guerre,
_ heures. A Gravelotte, les deux partis perdent 10 0/0,
chacun, en huit heures. Quant à la victoire de Sedan,
elle est achetée par les Allemands au prix de 5 1/2 o/o ;
seulement. Plus tard, les pertes ne font que diminuer,
: sauf de rares exceptions, et la plupart des grandes |
- batailles durent plusieurs jours (par exemple : Orléans, » Beaugency, le Mans, la Lisaine, etc.) Le Transvaal et la Mandchourie nous fournissent pour la première fois l’exemple des résultats que peuvent obtenir des adversaires armés, l’un et l’autre, d’un fusil dont la perfection répond aux dernières exigences modernes. Dans ces deux campagnes, l’artillerie n’est pas, sans doute, de tout premier ordre : tantôt c’est le nombre, tantôt c’est la valeur technique qui lui font défaut. Mais chacun sait que si le tir de l’artillerie produit un grand effet moral, son action destructive est, pratiquement, sur le champ de bataille, bien inférieure à celle du feu de l’infanterie, et ici ce feu a eu l’occasion ï d’exercer toute sa puissance. Or, que voyons-nous? Au Transvaal, les Anglais, vaincus ou vainqueurs, ne perdent pas plus de 1 à 10 0/0, dans des combats qui durent des heures entières. Les Boers souffrent généralement moins encore. Leur victoire de Colenso ne leur coûte que six tués et vingt-et-un blessés (0,8 0/0), en huit heures de temps. En Mandchourie, les armées russes et japonaises ne se rencontrent guère sans combattre pendant plusieurs jours de suite. A Liao-Yang, la lutte occupe une semaine ; au Chaho, neuf jours. A Moukden, elle traîne pendant une quinzaine de jours. Cependant la première et la dernière de ces affaires n’ont coûté chacune aux
1 Japonais que 14 oJo de leur effectif et la deuxième 9 00,
a tandis que les Russes ont perdu dans la première de ‘à
il ces batailles 11 0/0, dans la deuxième 22, dans la troi-. 1
1 ‘ sième 28 (y compris un grand nombre de prisonniers it
14 et d’hommes dispersés). C’est là tout le dommage qu’ont ‘1
‘0 pu produire l’entrain japonais et la ténacité russe M
ie opposés l’un à l’autre dans des combats d’une longueur
de a Comment expliquer cette anomalie entre l’effet ter- M
Hi rible des armes modernes et le résultat pratique ob-
qi FER Quand les fusils portaient efficacement à 2 ou 300mè-
14 tres; quand les canons ne commençaient à cracher la M
144 mitraille qu’à 4 ou 5oo mètres, les troupes marchaient M
1 à la bataille en lignes serrées ou en colonnes profondes.
0) Les gens des premiers rangs voyaient distinctement M
MA leurs adversaires bien avant que l’on en vint aux mains. M
\ Ho Et, lorsqu’à la voix de leurs chefs, les soldats commen- M
de! ; çaient le feu ou se précipitaient en avant, à l’arme M
ï fi blanche, ils étaient déjà trop près de l’ennemi pour que
qua la lutte ne devint pas immédiatement très sérieuse. M
1e L’ardeur n’avait pas le temps de se refroïdir avant le
hi choc définitif. L’action était courte et brutale. f
mi À Aujourd’hui, grâce à la grande portée des armes, le M
. | tir commence à des distances invraisemblables, dès M
à ot que les officiers, munis de leurs lunettes de campagne, M
Fe cf aperçoivent quelque chose qui ressemble à un adver- w
vl saire. Entre les deux armées opposées s’étend une zone M
Qi immense, d’un vide effrayant, battue à chaque instant 4
Li par des rafales de plomb qu’envoie un ennemi invipa sible. Les régiments s’engagent avec précautions dans
(à a cette région infernale. Les soldats marchent espacés w
| pour offrir aux coups un but moins apparent. A chaque RU _ instant ils se collent contre le sol pour laisser passer LA » les gerbes meurtrières, et quand ils font feu, c’est qu | presque sans rien voir, sans se douter, en tous cas, de ji … l’effet que produit leur tir. pe ÿ Il est facile de concevoir qu’après avoir été soumises ï pendant un certain temps à une pareille épreuve, les ; 1 ï troupes finissent par s’énerver. Leur élan s’émousse. à | Tout ce qu’elles peuvent faire c’est de continuer à | » tiraïller, à l’abri, derrière quelque retranchement. A “ parti de ce moment leur moral ne leur permet plus à
- qu’exceptionnellement d’affronter les risques d’une ac- ë . tion rapide et décisive. 1 ; Si l’on en juge par l’expérience des guerres récentes, ï larmement moderne produit plus d’effet dans la ba- ) fe taille, par l’appréhension qu’il cause que par les pertes ; _ qu’il occasionne. l à _ Dans quelques semaines, les jeunes gens que leur âge ( appelle à remplir leur devoir militaire seront sous les 18 … drapeaux, et plus d’une famille est en train de se de- \ mander, anxieuse, vers quels rivages lointains partira … l’enfant que le régiment va prendre. a Mais, cette année-ci, nos futurs soldats n’auront, pour 2 . la plupart, que peu de chemin à faire pour rejoindre . leur corps, car M. Berteaux, à l’exemple de son prédé-
g cesseur, paraît décidé à s’engager franchement dans la ve voie du recrutement régional, le seul qui s’accordeavec 4 le principe de la nation armée.
4 Sans doute, il est des exigences techniques avec les-
4 quelles il faut compter. Notre région de l’Est contient W forcément plus de régiments que la population locale
ÿ n’en peut fournir; la Bretagne produit beaucoup de re1 crues illettrées incapables de remplir les fonctions de « 4 gradé; nos troupes d’Afrique ont besoin d’être renfor- | cées par des hommes venus de la métropole, etc., etc. be Il est donc nécessaire d’envoyer dans l’Est des recrues
1 de complément prises dans d’autres régions; il est in-
Ë dispensable de diriger sur les corps de Bretagne des
: garçons instruits en échange d’un nombre équivalent « é* 5 de Bretons; et il faut prélever sur les subdivisions dési-
‘ gnées à cet effet la quote-part réclamée par les corps M É d’Afrique, sans compter ce qu’exigent les régiments co- és loniaux. D’autre part, on a cru devoir maintenir les À : dispositions traditionnelles qui consistent à répartir au
F loin le contingent fourni par les grosses aggloméra- ÿ tions urbaines telles que Paris et Lyon.
É Mais, en règle générale, et notamment en ce qui con-
f. cerne l’infanterie, les jeunes gens domiciliés dans une
ri subdivision de région sont affectés au régiment staFe tionné dans cette subdivision et lorsqu’il s’agit de four-
: nir des soldats à plusieurs régiments, les commandants |
- de recrutement ont ordre de grouper autant que pos- | sible les hommes de chaque canton et de chaque com- « 4 mune pour les envoyer au même corps. 1 | Quant aux jeunes soldats mariés ou aux veufs avec
enfants, ils font de droit leur service militaire dans le
a régiment qui tient garnison au lieu de leur résidence,
- ou, à défaut, dans le régiment le plus voisin. C’est une prime au mariage qui réjouira certainement le cœur de Quelle différence avec ce qui se passait autrefois, sous le second Empire, par exemple! Bien loin de favo- | riser le recrutement régional, on cherchait alors à dépayser le conscrit par tous les moyens possibles pour creuser un abîme entre lui et la société civile. Non seulement le jeune soldat était envoyé systématiquement dans un régiment fort éloigné de son lieu ÿ, d’origine, mais encore les corps de troupe, — sauf ceux de la garde et quelques troupes spéciales, — ne restaient jamais longtemps au même endroit. Au bout de deux ou trois ans de séjour dans une ville on les expédiait à j l’autre bout de la France et il n’était pas rare de voir des régiments quitter Dunkerque pour Perpignan, ou Rennes pour Strasbourg, — par étapes, naturellement. Les chemins de fer ne rapprochaïent pas les distances autant qu’aujourd’hui. L’instruction étant moins répandue, on écrivait peu. Le soldat obligé de rester sept ans j au service, — quand toutefois il ne se laissait pas entraîner à rengager pour une période plus longue | encore, — perdait de vue son foyer, et, quand il rentrait chez lui, il était devenu pour ainsi dire un étranger dans sa propre maison. Par une singulière aberration, cette manière d’inculquer « l’esprit militaire » ne cessa pas de faire loi quand fut introduit en France le service obligatoire pour tous. Pendant de longues années on envoya couramment les recrues d’une région de corps d’armée faire leur service | militaire dans une autre région. Récemment encore, un homme appelé à servir trois ans ne devait être affecté
hi en aucun cas au régiment stationné anus le eee à ; ‘4 At de région où il habitait. On craignait que l’influence de
‘ ‘He sa famille, que le voisinage trop immédiat du pays, ne PAR nuisit à son éducation militaire! e. à pe On sacrifiait ainsi à un préjugé ridicule, à une routine LE >: | . indéfendable, les avantages moraux les plus sérieux, à Eur et l’on arrivait par surcroît à ce résultat pitoyable, que,
‘128 ni en temps de guerre, ni pour les manœuvres, les F. # 4 réservistes ne rejoignaient le régiment qui les avait (3 instruits comme jeunes soldats,
08 La rapidité de la mobilisation exige, en effet, impé- T0 rieusement, que les hommes de la réserve se rendent à 3 Ÿ rl È la caserne, en cas de guerre, par le plus court chemin. « he On est donc obligé de les affecter au régiment le plus à ne voisin de leur domicile, c’est-à-dire à celui-là même où | Te il était interdit de les envoyer pour accomplir leur serRON, vice actif. “Ge N’est:l pas, au contraire, bien plus naturel que le Re soldat de la réserve revienne autant que possible dans Rex la compagnie qui l’a instruit, auprès des chefs qu’il con4 1 naît et dont il est connu ? N’y a-t-il pas là une garantie 3 indéniable de cohésion ? Sans compter qu’accessoirement É ” cette manière de faire permettra de diminuer sans … : 14 À inconvénients la durée des exercices qui sont imposés UNE 2 aux réservistes en temps de paix, exercices dont la #2 \ ‘ longueur cesse d’être justifiée du moment qu’il ne s’agit |
ER plus, comme autrefois, de mettre l’homme en contact » 1 avec un milieu nouveau. à A ; Les dispositions adoptées cette année pourlaréparti-
Ton tion du contingent tiennent largement compte de ces | 1 desiderata. Elles marquent un pas de plus vers la. WELL réalisation du système de recrutement régional, vers 1 38
| l’organisation définitive de la nation armée. On doit i ai _ s’en réjouir et souhaïter que l’administration de la guerre ke | persévère dans une voie où elle a semblé trop long- di: k temps ne s’avancer qu’à regret. ‘à On a beaucoup médit des grandes manœuvres 4 = Pour bien des gens elles ne sont pas autre chose $ | qu’un spectacle coûteux, une caricature de la guerre, d . inventée pour permettre aux grands chefs de parader à + L la tête de leurs troupes et pour donner aux populations je ébahies l’illusion que la machine de guerre dont l’entre- k tien pèse si lourdement sur le pays est bien un instru- ; . ment de défense puissant et redoutable. 1 ’ A dire vrai, ces canonnades, ces pétarades sans fin, % … ces assauts où chacun déploie d’autant plus de valeur in n qu’il n’y a point de balles dans les fusils, ces déjeuners 4 À officiels sur le terrain, ces toasts, ces congratulations … inévitables adressées par les plus hautes autorités gouvernementales aux ordonnateurs de la fête, — et aussi, { |
- bien entendu, aux comparses qui ont peiné de leurs Ai
jambes pour faire réussir la représentation, — tout cela ;
: n’est guère de nature à nous donner une idée sérieuse
_ des manœuvres.
Et pourtant l’on aurait tort de condamner l’institution parce qu’elle a dévié de son but, parce que le côté réclame et parade y a pris trop d’importance. ; | 39
F Les grandes manœuvres sont non seulement utiles. ; Elles sont encore indispensables. Sans elles il serait M 3 impossible de maintenir nos forces militaires au degré
à de préparation qui leur est nécessaire pour qu’elles
1 soient en état de remplir efficacement, d’une minute à
à l’autre, leur mission protectrice.
‘ Une armée moderne sur le pied de guerre est un
- appareil fort compliqué composé d’une infinité de
a rouages qui, s’il m’est permis d’employer cette méta15 phore, restent partiellement démontés en temps de paix
pour être mis en place, remontés et complétés à l’heure
jé de la mobilisation.
3 De même qu’il serait insensé de mettre en service un M à cuirassé ou un croiseur sans avoir expérimenté en mer À FRE la manière dont se comportent au cours d’une action
d’ensemble, leur artillerie, leurs appareils de propul- 1
| sion, de direction, etc., etc., de même ce serait courir 2 au-devant des plus graves mécomptes que d’attendre le ? k moment du danger pour faire jouer le mécanisme 14 humain dont l’ensemble (états-majors, services divers « N et troupes) constitue ce que l’on appelle une armée
4 Or les grandes manœuvres ont précisément pour
utilité principale de réunir et de mettre en action les
< parties essentielles de la machine, dans des conditions
\ qui se rapprochent sensiblement de celles de la guerre.
| : Elles permettent d’exercer ces organes à fonctionner
normalement, sans confusion, avec l’aisance que seule
ÿ peut donner la pratique. Sans doute les péripéties d’une bataille figurée ne « x sauraient se dérouler avec la même logique que celles
d’une action de guerre réelle. Elles donnent souvent lieu
_ à des invraisemblances criantes, parce qu’il manque à | aux manœuvres du temps de paix certains éléments & ” dont la puissance est décisive en campagne, notam- 4 ment : l’effet destructif du feu, l’impression produite par st les pertes. 208 Ë L’usage de faire décider par des arbitres si une troupe 4 _ a réussi ou non à repousser l’ennemi est un simple ; expédient, de valeur douteuse. L’arbitre ne peut fonder L ses appréciations que sur l’effectif des troupes en pré- sence, sur la nature du terrain où l’on combat, sur : l’opportunité plus ou moins discutable des dispositions | prises. Les forces morales n’entrent point en ligne de compte, et ce sont elles pourtant qui, à la guerre, font pencher la balance d’un côté ou de l’autre. ÿ Un arbitre condamnerait sans rémission une troupe À qui, aux manœuvres, se trouverait dans la situation du corps de Davout à Auerstædt, ou de la division prussienne Fransecky à Sadowa. Et cependant Davout, en “4 1806, comme Fransecky, en 1866, ont contribué pour la | plus large part à assurer la victoire, en attirant sur eux les coups d’un adversaire supérieur en nombre, et en résistant héroïquement, au prix des plus lourds sacrifices, pour faciliter la tâche de leurs frères d’armes.
- La conclusion de ceci, c’est qu’au lieu de chercher à réaliser aux manœuvres de brillants tableaux de bataille qui intéressent la galerie, mais qui donnent à tout le monde des idées! fausses, il vaudrait mieux se borner à esquisser les exercices de combat pour reporter toute son attention sur les épisodes qui précèdent ou suivent les chocs décisifs : marches, cantonnements, déploiements en vue du combat, etc., etc., en un mot |
toutes les opérations qui peuvent être exécutées dans « 4 des conditions identiques, ou peu s’en faut, à celles du “A temps de guerre. 3 Ë. Cette manière de comprendre la question permettrait ER. à l’activité des états-majors et des troupes de s’exercer |: tout entière dans les limites de la vraisemblance. Elle ” ferait cesser cette comédie trompeuse des batailles figu- ÿ 1 rées, à la réussite de laquelle on sacrifie trop souvent la ge: partie vraiment sérieuse et utile des grandes manœu- #4 ; Quant à l’instruction des troupes en vue du combat, 1 elle doit être donnée sur des champs de tir en terrain M varié, avec des fusils chargés à balle, avec des canons À tirant vraiment des obus, et en présence de cibles 4 représentant des objectifs semblables à ceux que l’on rencontre en campagne. Les tireries à blanc dont on 10 abuse tant aux manœuvres ne sont que des exercices À puérils, dépourvus de toute sanction. 4 | Les forces morales et la guerre ‘ Les maîtres qui furent chargés, il y a une trentaine à d’années, de nous initier, mes camarades et moi, aux 4 beautés de l’art militaire, étaient des gens très savants, 1 fort imbus de la supériorité de leur enseignement. A les M en croire, ils possédaient le secret de vaincre. Et comment en douter quand on les entendait relever d’unton doctoral les fautes qui avaient conduit tant de généraux à la défaite : celui-ci ne s’était pas gardé suffisamment
sur sa droite; celui-là n’avait pas accordé assez d’atten- N l tion aux dangers qui menaçaient sa gauche; tel autre, ail \ — qui l’eût cru! — s’était montré assez inepte pour se W Quant au vainqueur, sa marche oblique, son ordre x 1 échelonné ou son mouvement tournant avaient produit ÿ . un effet décisif. C’est avec une désinvolture parfaite je : qu’en un tour de main il avait coupé et enveloppé l’ar- ÿ mée ennemie, ni plus ni moins que s’il s’était agi d’une br | Tout cela donnait à nos jeunes imaginations l’impres- AA sion que la guerre est une sorte de jeu dont les soldats sont les pions, et où il suffit, pour gagner, d’observer + certaines règles, d’une rigueur mathématique. | ( Cependant un de nos professeurs tenait un langage | différent. Il n’avait pas l’honneur envié d’enseigner la i \ tactique et la stratégie. Sa tâche, plus modeste, consis- fl j tait à nous inculquer les arides principes de l’administration militaire. Mais il s’évadait parfois de sa besogne ÿ À coutumière, — par quel subterfuge, je n’en sais plus ? | rien, — et alors il nous entretenait longuement des < forces morales sans lesquelles, disait-il, tout n’est que û D’ailleurs, on l’écoutait peu; on le tournait généralement en ridicule; on le traitait de prêcheur. C’était lui 11 | pourtant qui disait vrai et ceux d’entre nous dans l’es- à prit desquels il a déposé la graine qui germa plus tard $ devraient lui en garder un souvenir reconnaissant. |
- Les forces morales! Elles sont tout à la guerre. Sans | elles les plus habiles combinaisons échouent misérable- i ment. Grâce à elles les manœuvres les plus simples -comme ies plus osées permettent d’aboutir au succès.
Car le soldat n’est pas un automate, bien qu’on ait
cherché à le réduire à cet état, dans certaines armées É.
de métier. C’est un être fait de chair et de sang, qui,
| dans le cours d’une campagne, est appelé à souffrir
| maladie, et que la crise de la bataille met en lutte avec
| l’un des instincts les plus puissants de l’espèce humaine : l’instinct de la conservation. : Des mobiles vulgaires tels que la crainte du chef, la peur des coups, ne suffisent pas pour l’élever au-dessus
| de ces misères, pour lui permettre de les traverser sans ‘ défaillance. Il n’y a de salut que dans un sentiment profond du devoir, dans un esprit de solidarité, de dé- k-
vouement et d’abnégation poussé jusqu’à ses dernières
De semblables qualités se trouvent en germe dans la | plupart des individus, maïs elles ne peuvent atteindre
à leur complet développement que par l’éducation. 4
| Depuis quelques années il semble que dans l’armée
française on ait abouti dans ce sens à des idées plus
saines que celles que l’on professait autrefois. 3
Sous l’impulsion ministérielle, secondée par l’initia-
| tive de quelques esprits éclairés, des efforts ont été 1
- tentés de divers côtés, au régiment comme aux écoles | militaires, pour substituer un idéal nouveau à l”ancienne et stérile école qui ne connaissait rien au delà
d’une obéissance aveugle et passive. 1
1 Des « théories », des instructions, des conférences spéciales rappellent fréquemment aux soldats comme aux officiers l’étendue de leurs devoirs moraux.
Mais dans cet ordre d’idées comme en beaucoup
d’autres, il est un peuple que notre ignorance traitait,
_ hier encore, de barbare, et qui s’est révélé tout à coup à
supérieur à ceux qui prétendaient lui montrer le che- 5
min. Je veux parler des Japonais. F3
Nous connaissons assez les détails de la longue guerre
qui vient de finir pour savoir combien les soldats du v
- mikado furent admirables au feu, et pour nous rendre ; | compte de l’abnégation avec laquelle ils réalisèrent les | combinaisons de leur état-major. | Ce que l’on ignore plus généralement, c’est le langage que leurs chefs sont habitués à leur parler, c’est la nature des sentiments que l’on cherche à tenir constam- F, ment éveillés dans leur esprit. 1 . Comme document intéressant à ce sujet, nous avons : les ordres du général Oku, dont un exemplaire, tombé 4 entre les mains des Russes, a été publié récemment. En | .« Le secret de la victoire réside dans le courage, : l’énergie, l’entrain, l’endurance dont les troupes font ñ preuve en cherchant à atteindre, à tout prix, le but qui leur est assigné. È « Les chefs devront expliquer à leurs subordonnés que toute hésitation, toute tergiversation au cours d’une bataille ne fait qu’augmenter les pertes, tandis que | l’élan dans l’attaque et une vaïllante audace sont le seul moyen de les diminuer. Voilà pourquoi nous devons toujours aller de l’avant, sans nous laisser arrêter à par les difficultés et les dangers, — et cela jusqu’à ce à que nous soyons arrivés au but. « Le véritable fondement d’une forte discipline, ce sont les bonnes relations, résultat d’une confiance mutuelle, qui doivent exister entre supérieurs et subordonnés.
« Un chef ne doit jamais se laisser influencer par des « : considérations personnelles. Il ne doit avoir en vue que 4 FE le bien du service, le bien général. » à 5 Un autre passage dénote une singulière préoccu- à 14 Û pation de faire toujours mieux sans se laisser distraire ni \ par les soucis et les fatigues de la vie en cam- w À « Comme la guerre durera longtemps encore, il faut w È que notre armée reste forte à tous les points de vue. À DU Les jeunes officiers devront travailler à perfectionner L di leurs connaissances. Il faudra aussi ne laisser échapper M me aucune occasion d’améliorer l’instruction des réser- M Ta | ÿ Et enfin, pour conclure, cette phrase typique : À ne « Des soldats qui ne pensent qu’à eux et ne pensent Bts pas aux autres ne savent pas ce que c’est que la Remarquez combien, tout en s’inspirant d’idéesélevées, ” | le général japonais sait rester pratique. Il n’oublie pas M qu’il parle à des hommes et il tient compte d’un sentii ment très humain quand il fait observer que marcher M ST courageusement de l’avant est encore le meilleur moyen … a de s’en tirer quand on se trouve sous le feu, au fort de M he la bataille. | à A de pareils traits l’on reconnaît un chef. N à D’ailleurs, le grand mérite ne consiste pas tant à M
émettre des idées salutaires qu’à savoir, comme le
commandement japonais, les faire passer dans l’âme de « | ceux auxquels on s’adresse. Mais, vis-à-vis du soldat | français surtout, on n’a des chances de réussir dans cet î art que si l’on est animé d’une conviction sincère et si | l l’on sait prêcher d’exemple. À
l M. de Lanessan vient de publier dans le Matin trois 18 L articles sensationnels tendant à prouver, chiffres en AL _ main, que l’infériorité de notre organisation militaire et À Be » la supériorité de l’organisation militaire allemande nous 712
É . conduiraient infailliblement à la défaite en cas de Li . |
| guerre avec nos puissants voisins. KE (( L’honorable député insiste d’abord sur les facilités KT: À
G que possède un gouvernement plus où moins autocra- js À
… tique, comme celui de Guillaume II, pour prendre l’ini- 4 “4 tiative d’une rupture. D’après lui, si l’empereur d’Alle ue 4 | magne avait voulu la guerre au printemps dernier, 45 | « elle aurait éclaté dans les vingt-quatre heures de sa ki || manifestation de Tanger ou, pour mieux dire, elle nous “OR _ aurait surpris à l’heure où notre attention était concen- k 30 1 trée sur cette manifestation ». En
- Le gouvernement français n’a pas la même liberté en HE d’allures : « Ne pouvant faire la guerre ou même la 4:30 fe préparer qu’avec une autorisation formelle du Parle- Et
- mentet le concours de l’opinion publique, ce n’est jamais ‘3
1 nous qui choisirons l’heure. » 14
DK: Nous devons donc être en mesure de supporter le 1e
_ choc d’un moment à l’autre. Nous devons être prêts. É *
Le sommes-nous ? : UNIS
M M. de Lanessan n’en croit rien. Il estime que les … troupes chargées de couvrir notre frontière, —les troupes j 1 fs : à de couverture, — ont des effectifs trop faibles, et qu’elles ; # É
contiennent à tout moment de l’année trop d’hommes insuffisamment instruits. Une pareille situation lui paraît d’autant plus inquiétante qu’ « en Allemagne les troupes de couverture ont toujours leurs effectifs de guerre au
Nos ouvrages fortifiés sont-ils du moins assez bien protégés, assez puissamment armés, pour fournir des points d’appui sérieux à nos faibles bataillons de couverture et pour arrêter l’ennemi pendant que le reste de
M. de Lanessan ne le croit pas davantage. :
Il invoque la puissance de l’artillerie lourde de campagne allemande qui serait transportée, « au moment même de la rupture diplomatique, sous les murs de nos forteresses de couverture », et les démolirait en quelques heures : perspective effrayante qui a permis au parti de la guerre, en Allemagne, de pousser la forfanterie jusqu’à affirmer que « les troupes allemandes pourraient être en huit jours sous les murs de Paris, avant même | que nos armées ne fussent formées ».
Enfin, dans son article d’hier, plus alarmiste encore que les deux précédents, M. de Lanessan nous montre avec quelles forces écrasantes, avec quelle rapidité foudroyante les masses allèmandes pourraient envahir notre territoire tandis que les armées françaises seraient non seulement incapables de prendre l’offensive, mais ; encore hors d’état de s’opposer en temps utile à cette
Si la situation était telle que la dépeint M. de Lanessan, nous aurions le droit de nous montrer justement alarmés. Nous aurions le droit de demander des comptes É sévères à un État-Major qui, au bout de trente-cinq ans,
| n’a pas su faire un meilleur usage des ressources mises
k à sa disposition avec une bonne volonté dont l’adminis-
À tration militaire allemande n’a pas toujours trouvé
k l’équivalent auprès du Reichstag.
H Mais ce tableau répond-il bien à la réalité ?
: C’est ce que je me propose d’examiner en commençant aujourd’hui par les deux premiers articles de M. de | É Lanessan, et en réservant le troisième pour une étude
! M. de Lanessan dit qu’une guerre peut surgir à l’im-
proviste. En cela il a parfaitement raison. C’est même
pour parer à cette éventualité qu’en France comme en Allemagne il existe des forteresses et des troupes de
couverture destinées à protéger le territoire national contre une agression subite, et à faciliter ainsi La mobilisation et la concentration des armées.
’ M. de Lanessan dit qu’en Allemagne les troupes de couverture ont toujours leur effectif de guerre au complet. Cette assertion est complètement inexacte. Les Allemands entretiennent comme nous, dans leur région
K frontière, des troupes dont les effectifs sont renforcés, parce que ces troupes peuvent être obligées d’opérer et de combattre avant d’avoir été rejointes par leurs réservistes. Mais cet effectif est loin d’atteindre celui du temps de guerre; je le montrerai tout à l’heure.
M. de Lanessan dit qu’au lieu de maintenir nos com- à pagnies de couverture à l’effectif de guerre (4 officiers, 250 hommes), on les a laissé tomber d’abord à 3 officiers et 175 hommes, puis à 3 officiers et 130 hommes. Ce dernier chiffre me paraît contestable. A supposer qu’il
füt vrai, la situation par rapport aux effectifs allemands ne serait pas particulièrement défavorable, puisque la . 5 officiers et 160 hommes (et non 250). Nous possédons È du reste sur les Allemands quelques avantages à d’au- : tres points de vue. C’est ainsi que nos bataillons de chasseurs sont à 6 compagnies, tandis que tous les bataillons d’infanterie allemands, chasseurs ou lignards, sont uniformément à 4 compagnies. | M. de Lanessan dit qu’au lieu d’avoir 6 officiers et 180 cavaliers par escadron (effectif de guerre) nous n’avons que 5 officiers et 140 cavaliers. Je réponds à ceci que les Allemands se contentent pour l’escadron de : couverture d’un effectif de 4 à 5 officiers et 142 hommes. Ils possèdent du reste moins d’escadrons que nous à | portée de notre frontière de l’Est. Ils n’ont pas jugé à propos de nous imiter, envoyant de ce côté la majeure partie de nos troupes à cheval. Ils ont réparti leurs régiments de cavalerie d’une façon égale entre chaque À corps d’armée, sauf à la frontière russe, où il y en a | ; un peu plus. M. de Lanessan dit qu’au lieu d’avoir 5 officiers et 154 hommes par batterie d’artillerie (effectif de guerre) nous n’avons que 5 officiers et 130 hommes. Comparons < ces chiffres avec ceux des effectifs de couverture allemands : la batterie montée allemande renforcée, a 4 offi- d ciers et 128 hommes; la batterie à cheval, 4 officiers et 121 hommes. Je ne vois pas où réside notre infériorité. M. de Lanessan dit qu’avec le service de trois ans nous avions les 2/3 des hommes de chaque compagnie | pourvus d’une instruction suflisante à un moment quel- |
1 s _ conque de l’année. Avec le service de deux ans, nous nu 4 n’en aurons plus que la moitié. Si la France, ajoute-t-il, De f était attaquée à l’époque de l’incorporation des recrues, ut 4 dans une compagnie de 130 hommes, 65 soldats auraient 4 un an d’instruction et 65 ne sauraient rien, car ils ne è he: feraient que d’arriver. À À Mais l’infanterie allemande est dans une situation ; 1 absolument analogue, et cela depuis 1893, date à la- 130 0 quelle le service de deux ans a été adopté en Alle- k se magne! Remarquons, en outre, que depuis cette année0 ci les recrues françaises et allemandes sont incorporées 14 à la même époque, au commencement d’octobre. L’inKa struction de ces hommes se poursuit donc parallèlement.
- « —-on ne saurait s’en prendre aux défauts d’organisake tion invoqués par M. de Lanessan. ) | ‘4 Je passe à la question de nos forteresses. f WC M. de Lanessan dit que l’Allemagne possède plus de Ki 150 pièces (obusiers de 150 millimètres et mortiers de fé ÿ 210 millimètres) qui, organisées en artillerie lourde de FA campagne, peuvent être amenées devant nos forteresses LL pour les détruire, au moment même de la rupture diplot’a matique. k k L’Allemagne a, en effet, organisé une artillerie lourde F2 de campagne, destinée à être attelée pour pouvoir ac0 compagner les armées d’opérations. Neuf groupes d’at- È l telages sont formés dès le temps de paix. Mais déjà a: leur répartition est bien faite pour calmer les inquié- | A tudes ‘que nous pourrions concevoir, car au lieu d’être
réunis tous à la frontière, ces groupes sont dispersés dans les places suivantes : Spandau, Magdebourg, et Ingolstadt.
Le seul groupe de Metz serait à portée d’agir d’un moment à l’autre.
En outre ces unités ont un effectif trop faible (60 chevaux de trait par groupe) pour pouvoir rendre des services de guerre sans avoir été renforcées par des chevaux de complément, autrement dit, sans avoir été mobilisées. Ce sont des unités d’exercice, des noyaux de mobilisation, voilà tout.
Dans ces conditions, il est presque sans intérêt de
{ faire ressortir les autres difficultés techniques que pré- senterait une attaque improvisée comme celle dont s’effraie M. de Lanessan.
Cependant l’un des officiers les plus compétents de larme de l’artillerie, M. le général Langlois, ancien membre du conseil supérieur de la guerre, a consacré un article de la Revue bleue (numéro du 22 juillet 1905) à réfuter de la manière la plus probante les théories alarmistes qui représentent nos ouvrages fortifiés comme incapables de résister à la grosse artillerie allemande. Il a fait ressortir très nettement que la tâche de celle-ci ne serait pas précisément commode en présence de nos calibres supérieurs (canon de 155 et mortiers de 270), sur un terrain admirablement connu et repéré par la
M. de Lanessan dit enfin que l’artillerie lourde d’armée nous fait entièrement défaut. C’est là une grave erreur. M. le général Langlois, dans l’article que je viens de citer, affirme formellement le contraire : nous
possédons depuis 1898 une artillerie de gros calibre
| M. de Lanessan, qui est député de Lyon, a dû pourtant voir circuler plus d’une fois dans cette ville de gros canons traînés par un fort attelage et escortés d’un détachement du 16° bataillon de forteresse. Eh bien ces
| pièces font précisément partie de l’artillerie lourde d’armée dont il nie l’existence, et qu’il ne faut pas
confondre avec le trop fameux 120 court, artillerie lourde de corps d’armée.
N Nous possédons du reste d’autres dépôts que celui de
Lyon et plus rapprochés de la frontière du Nord-Est.
Je remets à un numéro prochain l’étude du troisième
| article de M. de Lanessan.
Il est probable que d’ici là l’honorable député nous aura indiqué le remède qu’il propose d’apporter à la situation telle qu’elle lui apparaît. Mais sa conclusion
ne me semble pas difficile à prévoir.
N’oublions pas qu’il fut un adversaire de la loi de deux ans et qu’il déposa à cette occasion un contre-
; projet dont l’économie consistait : 1° dans l’adoption du service de dix-huit mois; 2 dans la création de 60.000 rengagés destinés à donner du corps à notre
Je ne serais donc pas surpris si M. de Lanessan proposait d’appliquer son système de rengagés au renforcement des troupes de couverture, à la création d’une armée de premier choc, pas plus que je ne m”étonnerais de l’entendre demander l’augmentation de notre grosse
artillerie et le perfectionnement de nos défenses au ï i moyen de cuirassements, par exemple. Ce serait la ? conclusion logique de ses articles. pi . Mais avant de proposer un remède, il faudrait à ’ prouver l’existence du mal par des arguments plus ïs à solides que ceux que je viens de passer en revue. J
Le troisième article que M. de Lanessan consacre, : |
fi dans le Matin, à l’étude de notre défensesnationale, } 2h précise l’importance des dangers qui, d’après l’auteur, 4 ci menaceraient la France en cas de guerre avec nos voi- | ; « L’Allemagne est prête à attaquer. | 1 « Nos moyens de résistance sont inférieurs. ou « Il nous faut douze jours pour rassembler nos 2 « Il faut vingt-quatre heures aux Allemands. ; « Même pour la défensive, nos voisins sont mieux : “ organisés que nous. » | \ Tels sont les sous-titres qui résument la pensée de ‘ à l’honorable député de Lyon et à la suite desquels il Ë cherche à nous faire toucher du doigt les causes d’une k aussi déplorable situation. f vit L’Allemagne est prête à attaquer, dit M. de Lanessan: (il ‘ni « L’État-Major allemand peut en vingt-quatre heures | masser sur un point quelconque et à deux pas de notre ;
territoire, 110.000 fusils, 10.000 sabres et 888 pièces d’ar- d
A. Cette concentration est, en effet, admissible, maté- à riellement, à condition que l’on ne chicane pas trop su : ii
x la brièveté du délai. Mais dans quelle mauvaise passe #4) } s’engagerait l’État-Major allemand s’il agissait ainsi! | Les troupes employées normalement à la couverture 1 allemande comptent 50.000 fantassins, 9.000 cavaliers, et 318 pièces d’artillerie. Pour atteindre le total fixé par 1 | M. de Lanessan, il faudrait donc enlever brusquement à À leurs garnisons des troupes des &, 18° et 14° corps allemands, et une partie du 2° corps bavaroïis, qu’il serait fort difficile de mettre plus tard sur le pied de guerre, à une pareille distance de leurs centres normaux de mobilisation. | 4 Que ferait cette masse de 130.000 combattants sans ! trains, sans échelons de munitions, sans les compléments et les rechanges de toute sorte que seule fournit une | } Elle serait réduite à la défensive. Elle se trouverait À identiquement dans le même état que nos corps d’ar- fi À mée jetés étourdiment à la frontière au début de la ; ( Ne l’oublions pas : les troupes de couverture sont | susceptibles de fournir une certaine résistance et d’exé- cuter de petites opérations de guerre dans un rayon restreint, parce qu’elles ont un effectif renforcé et } à qu’elles peuvent se ravitailler dans les dépôts et les Ë | places fortes du voisinage. | | Mais il leur serait impossible de se « décoller » de : \ leurs positions et de prendre une offensive sérieuse, h sans être au complet de guerre, sans être munies des
moyens mobiles de ravitaillement destinés à remplacer en marche les magasins fixes dont elles s’éloigneraient. Et ce qui est vrai pour les troupes de couverture est ? plus vrai encore pour des troupes de l’intérieur à effectif de paix ordinaire.
Dans ces conditions, loin de trouver que « nos moyens de résistance sont inférieurs », j’estime qu’avec l’appui de nos places fortes, les 52.000 fusils, les 8.000 sabres et les 356 pièces de canon attribués par M. de Lanessan à nos troupes de couverture suflisent largement pour protéger la frontière au début d’un conflit.
Une petite remarque en passant. Si M. de Lanessan
| refaisait le calcul de nos forces de cavalerie disponibles à la frontière dans les vingt-quatre heures, il arriverait certainement à un chiffre presque double de celui qu’il
Mais M. de Lanessan ne croit pas seulement que les Allemands sont en état de masser 120.000 hommes à la frontière en vingt-quatre heures. Il indique encore le procédé qui leur permettrait de concentrer leurs troupes de manière à pouvoir déboucher avec toutes leurs forces dans ce même délai de vingt-quatre heures.
« Grâce au recrutement régional, il ne faut pas plus de deux jours aux corps d’armée allemands pour incor-
porer leurs réservistes. Cinq jours plus tard, leur armée de campagne peut être rendue et constituée sur le lieu de rassemblement, prête à prendre l’offensive. Et il est possible au gouvernement de Berlin de faire tout cela sans rien dire, sans même que nous puissions faire
entendre une plainte, dont le résultat le moins douteux serait la rupture diplomatique et l’entrée en campagne immédiate de forces déjà constituées, déjà rendues peut- être sur le lieu de l’offensive. »
A qui M. de Lanessan fera-t-il croire que le gouvernement de Berlin peut procéder à une mobilisation générale « sans rien dire ». Et quelle faible idée se
: fait-il de l’énergie de ses compatriotes pour s’imaginer
È un seul instant qu’à une mobilisation allemande ne répondrait pas d’une minute à l’autre la mobilisation générale de l’armée française ?
Jamais agneau traîné à la boucheriè n’a tendu le cou avec une résignation semblable à celle dont M. de .
Lanessan nous juge capables.
Mais nous n’en sommes pas là heureusement !
Et comme chaque jour qui suit l’ordre de mobilisation amène de nouvelles forces sur le terrain, les Allemands, | en débouchant le septième jour, — ce qui me paraît bien rapide, — trouveraient déjà devant eux autre chose que les troupes de couverture.
| En tous cas M. de Lanessan commet une erreur quand il dénonce comme une des causes de notre prétendue lenteur le système défectueux de notre recrutement.
Ce système, dit-il, oblige presque tous les réservistés à parcourir de longues distances pour rejoindre leur corps. En écrivant ces lignes, l’ancien ministre de la marine a pensé sans doute aux troupes coloniales qu’il a vues dans nos ports de guerre et qui, en effet, se
| mobilisent avec des réservistes venus de points du territoire parfois éloignés. Mais il n’en va pas de même avec les troupes de terre; celles-ci reçoivent leurs compléments des communes les plus voisines. Il n’est
4 fait exception que pour utiliser les spécialités et pour 4 assurer la répartition des masses considérables de De | réservistes fournies par les centres très populeux. A 4 Cette question des réserves crée d’ailleurs de graves br im difficultés aux Allemands dans la zone frontière. Tandis # % que nos corps de l’Est reçoivent tous les réservistes de « 28 wi la région, tandis que les territoriaux de Verdun, de Toul, 2 à d’Épinal, de Belfort, peuvent prendre part, d’une heure à ‘54 1 l’autre, à la défense de leur ville natale, les Allemands a RU : sont obligés de prévoir des mesures spéciales à l’égard ‘À ni, des réservistes et landwehriens d’Alsace-Lorraine. Ils en ge, ct envoient un bon nombre dans l’intérieur, tandis que de ‘4 bi __ ©Vieux Allemands » font le chassé-croisé et viennent E \êE renforcer les corps et les places de première ligne. 4 ne C’est une raison de plus pour repousser avec énergie 4 À cette double affirmation, si nettement énoncée par M. de 14 n € Il nous faut douze jours pour rassembler nos troupes. 1 ‘ri Il faut vingt-quatre heures aux Allemands. » 34 q . M. de Lanessan trouve que nos places sont à la a NU merci de l’artillerie allemande. Par contre, après avoir 4 ci énuméré les places allemandes, il les trouve inexpu- 4 mr gnables, « parce que nous n’avons aucune pièce (1 i d’artillerie lourde de campagne ». NE HEuT J’ai déjà eu l’occasion de dire que l’honorable député 4 “ fait erreur : nous possédons une artillerie lourde d’ar- ‘4 à mée et une artillerie lourde de corps d’armée. “ RES Ce matériel serait d’ailleurs insuffisant pour venir à : } bout des forteresses d’Alsace-Lorraine, de même que la k “U grosse artillerie de campagne allemande échouerait 4 À probablement devant nos places fortes. 4 Li Une artillerie de ce genre est faite pour agir contre #
les obstacles matériels du champ de bataille, que les +5 | _ pièces légères ne peuvent entamer. Elle peut être utile We contre une position fortifiée, ou même contre des forts % dl d’arrêt isolés. Pour se rendre maître d’un camp retran- ‘à ché régulier, il faut les moyens, plus puissants, que : fournissent les parcs de siège. À i Dans son quatrième et dernier article, M. de Lanes- : san conclut. Comme il était facile de le prévoir, il F demande : la modification du recrutement de nos sol- il dats; la création d’une artillerie lourde de campagne À (qui existe); l’amélioration de l’armement et de la pro- dé tection des forteresses de couverture. Il fait ressortir en | ; outre la nécessité de construire des voies ferrées nou- è velles pour faciliter la concentration des troupes vers la frontière, et il insiste pour que l’on fortifie Nancy. Coût We total : de 500 à 600 millions. Je crois avoir démontré suffisamment ce qu’il faut 4
- penser de l’épouvantail que M. de Lanessan agite . | devant nos yeux : concentration inopinée de 120.000 \ Allemands, et peut-être davantage, à notre frontière, | invasion brusque du territoire et annihilation de nos ; forts au moment même d’une rupture diplomatique. ‘ Nous n’éprouvons nul besoin, pour parer à ce péril | imaginaire, de changer un système de recrutement qui | est précisément analogue à celui de notre adversaire et 1 | qui, pour la première fois, nous permet de réaliser l’éga- 1 | lité de tous les citoyens devant le devoir militaire. | | Nous n’avons nul besoin de créer un matériel de grosse artillerie qui existe déjà et peut-être vaudrait-il x | 59
mieux nous occuper de notre matériel léger, excellent, mais inférieur en nombre à celui des Allemands. Nous n’avons nul besoin d’améliorer des ouvrages : fortifiés qui sont très suffisants; je sais bien que nous employons moins de cuirassements que les Allemands : mais la cuirasse est d’une efficacité discutable et discuFA tée. Ses avantages les plus clairs sont ceux qu’elle ; procure, sous forme d’espèces sonnantes, à la grande Il n’y a, d’autre part, aucune urgence à construire des j lignes nouvelles en vue d’augmenter les facilités de la concentration. La situation est bonne. Il faudrait d’ail- ( leurs peu de chose pour la rendre excellente. | Quant à la question de fortifier Nancy, elle a été tranchée plusieurs fois déjà par la négative, sur l’avis | des officiers les plus compétents et les plus intéressés à | voir intervenir une solution rationnelle. Au point de vue militaire, elle n’est pas à désirer, loin de là. Une raison ; de sentiment, — ce sont celles qui l’emportent souvent en France, — peut, il est vrai, nous faire envisager avec . peine la perspective de laisser une de nos plus belles ; cités exposée sans défense aux vicissitudes de la guerre. Mais, si l’on y réfléchit un peu, ne voit-on pas | qu’à notre époque une ville ouverte est rarement appe- | lée à subir des épreuves aussi terribles que celles qui attendent immanquablement une ville forte assié-
En tout cas le budget de la guerre est assez grevé à l’heure actuelle pour que l’on y regarde à deux fois avant d’engager le pays dans des dépenses extraordinaires aussi importantes.
Les progrès les plus urgents à accomplir ne sont pas
d’ordre matériel. Ils ne s’achètent pas avec des millions. | Ce qu’il nous faut avant tout, c’est un meilleur commandement, c’est une cohésion plus grande entre les diffé- rents éléments qui composent la nation armée. Il serait également désirable que nos esprits se laissent moins facilement impressionner par des fantômes et qu’ils s’habituent à discerner avec plus de sang-froid ce qui constitue réellement le fort et le faible de nos adversaires. Les lecteurs de l’Aurore n’ont pas oublié la publication du Grand État-Major allemand, dont un de nos collaborateurs a parlé récemment, ici-même, et qui traite du droit des gens dans la guerre continentale. Ce factum est vraiment caractéristique. Destiné à h mettre en garde les jeunes officiers contre les tendances - humanitaires du siècle, il étale des théories. d’une violence et d’une cruauté incroyables, avec cette candeur, avec cette dévotion ingénue au culte de la force qui sont familières à l’âme germanique. 1 Rappellerai-je quelques-uns des axiomes proposés aux méditations des guerriers inexpérimentés qu’il s’agit de guider et d’instruire ? En voici un : Ce serait folie de la part de l’assiégeant de laisser sortir d’une ville bombardée les femmes, les enfants, les vieillards, les malades, puisque les souffrances éprouvées par ces catégories d’individus sont précisé-
: ment une des causes qui peuvent amener une reddition. ‘ En voici un autre :
à + L’emploi d’otages pris dans la population civile est par-
#18 fois fort utile. En 1870-1871, le commandement allemand
à est parvenu à assurer ainsi, de la manière la plus
ï efficace, la sécurité des voies ferrées exploitées en
t pays hostile. Le procédé consistait tout simplement à bu faire voyager, sur les locomotives, des habitants no-
à tables, afin qu’ils fussent les premières victimes d’un
M. Mais ceci est mieux :
E ; On peut être amené à employer comme guides des
3 } habitants du pays envahi; naturellement ils méritent la
px mort s’ils ne sont pas fidèles. D’ailleurs il est parfaite- | < x ment légitime d’aller plus loin encore et d’obliger les | % non-belligérants à fournir des indications sur les mouve- à . ments de leur armée nationale, sur les ressources et les | À secrets militaires de leurs compatriotes. Et le Grand d État-Major ajoute textuellement : « La plupart des Na auteurs, de toutes les nations, sont d’accord pour Ë :h condamner de semblables procédés. Néanmoïns on ne à pourra pas toujours s’en dispenser; on les emploiera À ;) sans doute à regret, mais les exigences de la guerre
Le livre n’indique pas les violences que l’on mettra
N en œuvre pour obliger à des actes de trahison vis-à-vis 228 de leurs compatriotes les non-belligérants, c’est-à-dire d fi des êtres sans défense, femmes, enfants, gens âgés, etc.;
ti mais il est facile de concevoir qu’à cette besogne
r: inavouable ne peuvent satisfaire que des moyens plus ra inavouables encore.
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x Cependant vous auriez tort de vous indigner : tout 4 2 cela, avec bien autre chose encore, est non seulement à admissible, mais louable, car, — je continue à citer tex- nn . tuellement : « Certaines rigueurs sont inhérentes à la . guerre et c’est dans l’emploi impitoyable des violences ;: nécessaires que réside souvent la seule et vraie huma- 4 Par contre, ce qui est impardonnable, aux yeux du ki Grand État-Major, ce qui est un véritable retour à la 4 sauvagerie des premiers âges, c’est d’employer à la % ç guerre des turcos mahométans. Ces troupes, en effet, — È je cite toujours : « n’ont et ne peuvent avoir aucune à | idée de notre civilisation chrétienne, du respect que l’on F | doit aux propriétés, à l’honneur de l’individu, à l’hon- à À neur des femmes ». Par conséquent, se servir de gens / \ pareils dans une guerre européenne, équivaut à faire ; | usage de ces moyens de destruction barbares, réprouvés ? ; par tous, qui s’appellent : « l’assassinat, l”empoisonne- F ment des puits et des aliments, la mise à prix de la tête ÿ d’un adversaire, etc., etc. (sic) » 3 M Pauvres turcos! Sans doute ils n’entendent rien aux È é sentiments chrétiens dont le Grand État-Major nous | “ donne un échantillon quand il déclare légitimes des F violences abominables exercées sur des gens désarmés. … Mais ce que je puis affirmer et ce que pourront affirmer | 5 avec moi tous ceux qui les ont vus de près, c’est qu’aucuñe troupe n’est plus disciplinée, plus rigoureusement ; soumisé et attachée à ses chefs, que par conséquent $ __ aucun abus n’est à craindre de leur part s’il n’est |
- spécialement facilité ou ordonné par le commandement. { D’ailleurs la France n’est pas la seule puissance qui _ emploie des troupes musulmanes au même titre queses
forces nationales. L’Autriche-Hongrie, alliée de l’empire d’Allemagne, possède bel et bien des contingents mahométans, recrutés en Bosnie-Herzégovine, et il n’y a pas à prétendre qu’en cas de guerre européenne ces bataillons seraient réservés pour garder les Balkans ou surveiller la Turquie. La majeure partie d’entre eux sont stationnés non pas dans leur pays d’origine, mais bien au cœur même de la monarchie : sur le territoire | du 2° corps (Vienne), du 3 (Graiz), du 4° (Budapest). Le blâme du Grand État-Major retombe sur l’Autriche- | Hongrie au moins autant que sur nous. Mais l’armée allemande elle-même est-elle pure de tout contact musulman? Les coquetteries bien connues de l’empereur Guillaume à l’égard du sultan sont-elles toujours restées d’ordre passif, comme le refus récent de prendre part à la démonstration internationale dirigée contre la Turquie? En aucune façon. C’est un des officiers les plus en vue de l’armée allek mande, le général von der Goltz, aujourd’hui commandant du 1% corps d’armée prussien, qui a réorganisé non seulement l’état-major, mais encore tout le système militaire de la Turquie et, à l’issue de la guerre grécoturque de 1897, il a publié un récit de la campagne, | dans lequel il constate avec amour les progrès de ses | Mais il y a plus. Toute une pléiade d’officiers ottomans sont venus perfectionner leur instruction dans l’armée prussienne. Ils ont fait des stages dans les régile ments et y ont exercé un commandement effectif, — ce qui par parenthèse a dû cruellement afiliger l’âme chré- | J tienne des soldats allemands placés sous leurs ordres. | L’un d’entre eux, Pertev Bey, ayant servi auprès du
comte de Haeseler, alors commandant du 16° corps d’armée à Metz, a même écrit sur son ancien chef un ingénieux et dans lequel ïil reconnaît au vieux H général les solides vertus qui distinguent un bon musulman ! -
Devant une union si touchante, devant l’appui si effectif donné par l’Allemagne à la puissance militaire du Grand Turc, il est permis de s’étonner que l’on nous reproche nos turcos, et ce n’est pas la manière « chrétienne » dont le Grand État-Major de Berlin comprend les usages de la guerre, qui atténuera l’étrangeté d’une pareille contradiction.
Notre artillerie de campagne
Je crois avoir démontré suflisamment, dans de récents
articles, combien sont fragiles les motifs invoqués par _ M. de Lanessan pour dénoncer notre infériorité militaire vis-à-vis de l’Allemagne.
Mais si la documentation erronée sur laquelle s’appuie l’honorable député du Rhône l’a conduit forcément à des déductions inexactes, ce n’est pas une raison pour en conclure qu’il ne reste rien à faire au point de vue de la
| défense nationale. Beaucoup de questions, et des plus
| importantes, touchant notre organisation militaire, méritent d’attirer l’attention des pouvoirs publics. Je m’occuperai aujourd’hui de celles qui concernent l’artillerie de campagne.
Nous possédons, comme l’on sait, un canon du calibre 1
fe de 75 millimètres, qui est certainement le meilleur de à
tous les matériels légers en service dans toutes les “
ne armées. Ce canon est organisé de telle sorte que, quand a
4 il tire, la force du recul ne fait pas bouger l’affût sur
ei: lequel repose la pièce. Cette force est absorbée, en k
É quelque sorte, par un frein hydropneumatique (c’est-à- ï
ï dire à liquide et à air comprimé) qui, après avoir cédé
it légèrement au choc revient en avant et replace le canon 2
! k exactement dans la position qu’il avait d’abord. À
À Sans être artilleur, il suffit d’avoir vu tirer les anciens }
% canons, d’avoir observé le saut formidable qu’ils fai-
|; saient en arrière quand le coup partait, et d’avoir b
te remarqué la peine que l’on avait ensuite à les remettre ; dans la direction exacte du but, pour se rendre compte .
| | de l’avantage immense que donne Ia suppression du
2N recul. Au lieu d’avoir affaire à une machine qui se
AE dérange à chaque coup, on possède un appareil dont le à
È tir n’altère pas la fixité et que l’on peut manier par É
hf conséquent avec autant de sûreté que de rapidité. Aussi, F
je grâce à ce perfectionnement et à quelques autres qu’il
e est inutile de mentionner ici, notre canon tire-t-il nor-
Ps malement, par minute, vingt coups parfaitement ajus-
ÿ tés. On peut même aller un peu plus vite en cas de
Le canon de campagne allemand est d’un calibre ;
| voisin du nôtre, — 77 millimètres. Mais le recul n’y est
| pas supprimé; il est seulement atténué; par suite, la
1 pièce ne peut tirer que huit coups par minute, au
| Les Allemands ont adopté ce matériel un peu hâtive- ;
\ ment, en 1896; ils ont achevé d’en armer les troupes
en 1899. Mais après avoir reconnu combien il est infé- rieur au nôtre, ils n’ont pas hésité devant les frais ñ d’une transformation renouvelée à si brève échéance, “4 et ils sont en train de le réfectionner. Le secret relatif aux détails de cette opération est assez bien gardé pour que l’on manque de données pré- os cises. Cependant tout porte à croire que, contrairement à ce qui a été dit dans les journaux, nos voisins ont f conservé les anciens canons, — les anciens « tubes », } pour me servir de l’expression technique, et qu’ils Ne changent simplement l’affût avec ce qui s’y rapporte. Ce
- nouvel affût serait muni de ressorts permettant d’obtenir la suppression complète du recul. Il est pourvu, comme le nôtre, de boucliers métalliques protégeant les servants. E 20 En évitant de refaire un matériel entièrement neuf, les Allemands diminuent la dépense, mais ils gagnent h | aussi du temps, et l’on peut s’attendre à voir prochai- | nement toutes leurs batteries munies de cette pièce per- À fectionnée. Ce jour-là, ils n’auront pas seulement rat- Ÿ trapé l’avance que nous avions sur eux au point de vue de l’artillerie : ils nous auront dépassés de beaucoup, et Quand notre nouveau matériel a été mis en service, _ on a réduit de six à quatre le nombre des pièces qui composent une batterie d’artillerie de campagne, et l’on }: a porté, en compensation, le nombre des caissons de : munitions de neuf à douze. En agissant ainsi, on a voulu assurer aux nouvelles pièces un approvisionnement de projectiles qui fût en rapport avec la rapidité de leur tir, sans que l’effectif _ dela batterie en hommes, chevaux et voitures fût sen- :
siblement modifié. Cet expédient est évidemment com- g mode au point de vue de l’organisation, de l’administration, et même de la conduite du feu, puisqu’il réduit 6 le nombre des unités dont le capitaine doit s’occuper À pendant le tir. Mais il est fortement discutable, d’autre J part, et je ne sache pas que l’on aït jamais songé, par exemple, à réduire le nombre des tireurs d’in- 1 | fanterie lorsqu’ont paru les armes à répétition, sous prétexte qu’un nouveau fusil en valait deux ou trois : Quoi qu’il en soit, les Allemands ne paraissent aucu- 1 nement disposés à diminuer le nombre des pièces de : leurs batteries, et comme ils mettent en ligne autant de | batteries que nous, à peu de chose près, nous allons 1 nous trouver ayant un tiers de bouches à feu de moins ‘ qu’eux, à qualité égale. La disproportion est effrayante. 1 Un remaniement de l’organisation de notre artillerie 4 de campagne s’impose donc. Si l’on ne veut pas revenir aux batteries à six pièces, il faut augmenter le nombre 4 ‘4 des batteries existantes. Il serait d’ailleurs nécessaire | | de les grouper d’une façon plus simple, plus logique qu’elles ne le sont actuellement, et de débarrasser tout le système de notre artillerie des complications que l’on ÿ y remarque encore. Mais il ne faudrait pas que cette réorganisation servît 2 de prétexte pour encombrer nos batteries de campagne avec des pièces de gros calibre, comme on l’a demandé | récemment. Les obusiers de campagne, lançant de fortes 4 charges de mélinite, peuvent avoir leur utilité dans certains cas, quand il s’agit de battre des ouvrages solidement armés et fortiliés, et des obstacles très résistants. Mais c’est là un rôle exceptionnel, auquel il ne |
faut pas sacrifier l’essentiel, c’est-à-dire la pièce légère, larme de bataille. On ne tire pas les perdreaux à balle, pas plus qu’on ne combat des lignes d’infanterie avec des obus de 15 centimètres. Un côté de la question sur lequel il est urgent de por- | ter son attention est le ravitaillement en munitions. Du moment que nos canons sont à tir rapide, la consommation en projectiles sera énorme; c’est fatal; il faut | s’y résigner. Les convois de munitions devront être pré- vus en conséquence, et si l’on craint de manquer de chevaux pour traîner tant de voitures, ce sera le cas d’étudier l’emploi de la traction automobile, du moins pour les échelons les plus éloignés du champ de bataille. Dans quelques semaines, dans quelques jours peut- 4 être, paraîtront les tableaux d’avancement des officiers k de l’armée française pour 1906; tableaux « impatiemment attendus », suivant l’expression consacrée; source de joie pour quelques-uns, cause de dépit et de découragement pour le plus grand nombre, car si la foule est grande, de ceux qui prétendent y figurer, le chiffre des élus est relativement modeste. Cependant, l’année qui s’ouvre sera bonne pour les candidats. Depuis longtemps on n’avait pas eu en perspective un pareil remue-ménage dans les hauts grades. Une vingtaine de généraux de division à nommer, une soixantaine de généraux de brigade, plus de |
quatre-vingts colonels : telles sont les prévisions k 4 actuelles fondées sur la limite d’âge, sans compter les i: surprises ménagées par l’apoplexie, les insolations, les 4 ns. chutes de cheval et autres menus accidents impitoyable Fu ment escomptés et notés au passage par les aspirants Fe. | aux étoiles ou à la graine d’épinards. 4 Le ministre de la guerre aura donc à remplir, cette %
fois, une tâche particulièrement délicate. Selon que ses
SE choix seront mauvais ou bons, la tête de l’armée va se : a trouver, et pour longtemps, encombrée de non-valeurs E _ou peuplée par l’élite du corps d’officiers. È La responsabilité est grande; elle est même redou- 4 Lu Le ministre est-il, du moins, suffisamment armé pour ‘à k: pouvoir agir au mieux des intérêts qui lui sont confiés ? a
Si l’on en juge d’après la multiplicité et la diversité
ÿ des décrets, règlements, instructions et circulaires de 3 À, tout genre qui ont paru depuis seulement une trentaine 4 | d’années pour régler l’application de l’avancement au ï , choix, il n’est pas de question sur laquelle les procédés CE aient autant varié, préuve évidente de la difficulté A d’arriver à une solution satisfaisante, 3 $ Tantôt le ministre abdique une partie de ses préro À gatives entre les mains de commissions; tantôt il use 1 Er pleinement de tous les droits que la loi lui confère, Une l | année, lé système est orienté de manière à tenir le plus 4 f grand compte de l’ancienneté de service des officiers; ‘À ke ‘une autre année, on parle de rajeunir lés cadres et l’on À va chercher des candidats parmi des gens qui ne comptent que quelques années de grade. 4 HA Le travail qui s’effectue dans le mystère du cabinet ministériél n’est pas moins fécond en variations de
principe, que celui qui s’élabore sous les yeux du 11e public. Tel ministre éprouve une répugnance marquée : d à laisser avancer les officiers qui ne sortent pas des 1 grandes écoles. Tel autre, au contraire, dans sa hâte à #4 rétablir l’équilibre, n’est peut-être pas assez difficile { i dans le choix des candidats provenant du rang, etc., etc. je Pour l’établissement du tableau d’avancement de À à 1906, le système adopté est le suivant : le général de de brigade réunit ses colonels; le général de division ÿ réunit ses brigadiers ; le général en chef réunit ses divi- à À sionnaires, et de ces conférences successives sort, dans à chaque corps d’armée, un tableau des officiers proposés 1 pour le grade supérieur, classés suivant l’ordre de pré- à: férence définitivement arrêté par le commandant de YU Les propositions pour le grade de colonel et au-dessus 5 vont, en outre, aux généraux inspecteurs de corps à d’armée qui réduisent chacun en un tableau unique, É transformé à leur guise, les listes des corps d’armée ÿ dont ils ont l’inspection. & Le travail personnel du ministre, ou plutôt celui de Lu son cabinet, consiste alors à fusionner en un tableau is général les tableaux des corps d’armée pour les propo- 1 sitions jusqu’au grade de lieutenant-colonel inclus, et 41 les tableaux des inspecteurs de corps d’armée, pour les A propositions relatives aux grades plus élevés. } Comme ce classement est fondé, — en théorie, — sur L 4 j les notes des officiers, et que tout oflicier a connaïis- ÿ sance, maintenant, de ses notes, il s’ensuit que tout \ 10 doit se passer, — toujours théoriquement, — de la façon
la plus loyale et la plus propre à assurer un excellent ‘ recrutement des cadres supérieurs. 4
| En réalité, les choses se présentent différemment. D’abord tous les officiers sont admirablement notés, à j peu d’exceptions près, et je dois dire que ce phénomène ; a pris des proportions étonnantes depuis que, par ordre , ministériel, les dossiers sont communiqués aux intéressés. Les raisons militaires qui feraient préférer un officier à un autre deviennent dès lors si subtiles, si “ impondérables, que l’arbitraire intervient forcément “51 lorsqu’il s’agit de choisir. Les chefs les plus scrupuleux, de crainte de se tromper, donnent le pas à l’ancienneté; | parmi les officiers qui se trouvent en ligne, ils proposent ceux qui comptent le plus d’années de service. Mais il | en est d’autres qui, inconsciemment ou non, se laissent ; entraîner par des motifs différents et chez qui l’esprit Lr de coterie, les relations personnelles ou mondaines jouent un rôle décisif. D’ailleurs, l’exemple vient de Ne voyons-nous pas des officiers attachés à da maison militaire du président de la République décrocher jusqu’à trois grades en cinq ans (sans compter les décora4 tions), et l’Élysée n’est-il pas devenu la véritable pépinière du haut commandement? Ne voyons-nous pas la plupart des ministres de la guerre, au moment de quitter leurs fonctions, assurer Î par un « testament » en bonne et due forme la fortune militaire des officiers qui les ont secondés, ne fût-ce que pendant quelques mois, — sans préjudice des faveurs De pareils errements sont contagieux. Aussi, M. Étienne ne devra-t-il pas s’étonner si les états de | proposition qu’on lui soumet sont encombrés d’ofliciers | d’ordonnance, de membres des « grandes familles mili72
taires », et de « postards », transformés pour la circon- |
? Mais quelle que soit sa bonne volonté, il restera jù précis et sûrs. Il pourra peut-être écarter quelques choix 1 scandaleux, réparer quelques injustices trop criantes. Il ? sera hors d’état d’empêcher que l’œuvre, dans son | ensemble, ne reste médiocre, car c’est le système en lui-même qui est mauvais, ce sont ses défauts qui don- | nent beau jeu à l’ardeur des intrigants et des arrivistes | et à l’action des coteries. ;
Tant que nous n’aurons pas une nouvelle loi d’avancement, fondée sur des règles précises, limitant les appétits et obligeant à justifier d’une manière vraiment sérieuse et tangible les motifs pour lesquels un officier est préféré à ses camarades, l’arbitraire continuera à régner et tous les efforts tentés pour obtenir une amélioration resteront inutiles.
Les tableaux d’avancement de l’armée métropolitaine, récemment parus, justifient en grande partie les pronostics auxquels ils ont donné lieu.
Le travail des propositions se fait maintenant au grand À jour. Chaque officier connaît ses notes et sait quel rang
: ses chefs lui assignent sur la liste des candidats au
\ grade supérieur. Il était évident, dès lors, qu’il ne pour-
exercés dans les corps de troupe, milieux nombreux, où : l’on se connaît, où les passe-droits donnent facilement prétexte à récriminations et à commentaires, sinon à réclamations. Mais si un chef dépourvu de jugement ou de scrupules y regardera désormais à deux fois avant de faire passer indûment sur le dos de ses camarades j un oflicier qui sert dans un régiment, il éprouve naturellement moins de gêne pour favoriser son officier d’ordonnance ou d’autres individualités isolées telles que des gens attachés à des services spéciaux ou à des Aussi les tableaux d’avancement pour 1906 présentent-ils les particularités suivantes. L’ancienneté de service a une grande influence sur le choix exercé dans les régiments. On voit même reparaître sur les tableaux approuvés par M. Étienne une grande partie des laissés pour compte des états de proposition antérieurs; tout un stock d’officiers âgés que, pour une raison ou une autre, les prédécesseurs du ministre actuel avaient écartés. : Mais à côté de ces vétérans figure un véritable essaim de gens relativement jeunes occupant des situations à côté et des postes en vue auprès de hautes personnalités militaires. De ces deux catégories, la première n’a, sauf exceptions, qu’un avenir limité. La seconde fournira la plupart des chefs de demain. Leur importance relative est variable suivant les armes. Qu’il me soit permis de montrer ce qu’elle est dans l’artillerie, à un moment décisif de la carrière. Sur 55 capitaines acceptés en 1906 pour le grade de | chef d’escadron au choix, 25 seulement sont pris dans |
| les régiments. Encore faut-il observer que sur ce nombre plusieurs officiers, pourvus du brevet d’état-major, ne font que passer dans la troupe. Trente, au contraire, appartiennent aux états-majors et aux établissements, et parmi eux il n’y a pas moins de douze officiers d’ordonnance! On y voit même figurer, dans les plus belles | conditions, un spécialiste des questions russes dont les communications relatives à la guerre de Mandchourie | ont toujours conclu, invariablement, à la victoire de Kouropatkine. Ce « flair d’artilleur » ne pouvait manquer d’être récompensé d’une manière éclatante. Quoi qu’il en soit, la préférence donnée aux « embus- | qués » sur les officiers de iroupe est, ici, évidente, et j’en pourrais citer d’autres exemples, nombreux et pro- Ù De pareïls symptômes sont inquiétants. Sacrifier des gens attachés à un labeur qui constitue le métier militaire par excellence.et d’autre part favoriser outre mesure des officiers employés au service personnel d’un chef ou à des occupations qui n’ont parfois qu’un rapport lointain avec les travaux de la guerre, c’est marquer trop de dédain pour le devoir accompli avec simplicité, c’est donner le pas au brillant sur l’utile, c’est offrir une prime au savoir-faire des arrivistes. -Et le ministre? dira-t-on. N’est-il pas maître d’accepter ou de repousser les choix qu’on lui propose? En attendant une réglementation plus rationnelle que celle dont nous souffrons, ses pouvoirs ne lui permettent-ils ) pas de remédier, dans une certaine mesure du moins, à cet excès de favoritisme ? Sans doute. Mais à supposer que le ministre soit , tourmenté d’un pareil souci, quelle autorité pourrait-il
! avoir à ce sujet sur les généraux, s’il ne donne pas lui- À
| même l’exemple? Comment arrivera-t-il à refréner les
| abus s’il prodigue de son côté les faveurs les plus ex-
: 4} traordinaires à ses collaborateurs d’un moment, — à }
RE des collaborateurs dont, par surcroît, l’armée sait fort |
è bien qu’ils sont loin d’être choisis tous pour des raisons J
£ ; Les chiffres que je vais citer paraîtront incroyables. J
ie Ils sont rigoureusement exacts. Chacun peut les vérifier ;
k en consultant les publications officielles.
Le cabinet militaire de M. Étienne compte, en plus du | E: général chef de cabinet, dix-huit officiers de l’armée, du k k grade de lieutenant à celui de lieutenant-colonel. Sur | VAE ces dix-huit officiers, neuf faisaient déjà partie du ca- | {5 Or, deux mois à peine se sont écoulés depuis la dé- j sh mission de M. Berteaux, et déjà seize de ces officiers À | ont récolté, qui une croix, qui un avancement, qui une 4 : inscription au tableau, les uns à la suite du « testa-
| ment » du ministre sortant, les autres par don de
à joyeux avènement du ministre nouveau.
£ Deux officiers seulement n’ont rien obtenu pendant
k i ce court laps de temps : l’un parce qu’il avait été ré-
h cemment promu, hors tour, au grade supérieur, par sl M. Berteaux, l’autre, — le pauvre, — parce qu’à son : d arrivée au ministère, avec M. Étienne, il était déjà che- \ valier de la Légion d’honneur, et fraîchement pourvu
nt d’un nouveau galon. s Tous ceux qui étaient encore en état d’attraper 1 ‘a quelque avantage ont donc été comblés, y compris l’an- ’
#4 cien oflicier d’ordonnance du général Gonse, égaré
À dans ce fromage par suite d’une de ces confusions de j
noms, une de ces erreurs de personnes, comme il s’en . produit plus fréquemment qu’on ne se l’imagine, lors- à L qu’il s’agit de constituer rapidement le cabinet d’un ù ministre au milieu du brouhaha des recommandations J l et des sollicitations. p à Généralement, on se bornaïit à récompenser les ser- à F vices rendus ; ici, l’on a surtout récompensé les services 1 à rendre; de cette manière, l’un au moins des deux in- dr téressés est sûr de n’être pas volé! Mais les faveurs ministérielles ne se distinguent pas É, seulement par leur profusion. Elles s’exercent encore ; dans des conditions vraiment peu ordinaires. | Citeraiï-je cet officier inscrit au tableau d’avancement à à quatre ans de grade de capitaine, et qui passera | commandant sans avoir figuré un instant à la tête d’un | | escadron? L’allure de sz èarrière ne s’en trouvera d’ail__ leurs pas modifiée. N’est-ce pas de lui qu’un ministre disait, il y a quelques années, parlant à un protecteur | ‘4 influent que M. Étienne connaît bien : « Le charger NA d’une nouvelle mission? Mais je n’en vois pas d’autre à lui donner que de l’envoyer dans un régiment. C’est la À seule qu’il n’ait encore jamais remplie. » Je m’empresse d’ajouter que ce ministre pince-sans- É rire n’a point mis sa menace à exécution. L’oflicier ; a continué à éviter le régiment; il vient d’en être récompensé par un choix qui lui fait gagner des centaines de rangs sur les plus favorisés de ses camarades. Il n’est, d’ailleurs, pas breveté, et c’est cette ab- | | sence du diplôme d’instruction militaire supérieure qui ‘ lui permettra, sans doute, par une anomalie singulière, j | d’être promu légalement, dans un avenir prochain, sans avoir jamais exercé de commandement. Le législateur
: n’avait pas prévu qu’un officier de troupe ne paraîtrait 6 jamais dans la troupe, et c’est une simple circulaire ministérielle, facilement révocable, qui invite les offciers non brevetés à remplir un emploi de leur grade avant de gagner l’échelon supérieur. : Par contre, c’est une loi qui oblige les officiers breve- Ë tés d’état-major à passer deux ans dans un régiment comme capitaines avant d’être promus commandants, et deux ans en qualité de commandants avant d’être promus lieutenants-colonels. Dans le même ordre d’idées, un colonel d’infanterie ou de cavalerie doit Ë JE avoir commandé un régiment pendant deux ans avant d’obtenir les étoiles de général. C’est là une mesure fort | sage; le contact avec le rang est indispensable pour | ‘ rendre à l’officier l’habitude du commandement, après | | quelques années passées dans les bureaux. ; Mais il serait trop beau de voir l’entourage d’un à ministre se plier à la règle commune que ce même | ministre a justement pour devoir de faire respecter. Un | subterfuge ingénieux, passé à l’état traditionnel, permet aux officiers brevetés détachés au cabinet, de tourner la loi. On les affecte simplement pour ordre à un régiment du gouvernement militaire de Paris et ils sont censés . accomplir leur stage régimentaire en même temps qu’ils . font leur service auprès du ministre. Nouveau titre, — à 4 rebours, — pour justifier les plus brillants avancements. Du reste l’Élysée ne fournit pas des exemples plus } édifiants. Les faveurs y sont prodiguées aussi généreu- . sement et aussi indistinctement qu’au cabinet du ministre de la guerre et l’on y voit, comme à l’époque de l’ancienne monarchie, des colonels vaquer à leur /
| service de cour, tout en restant les chefs titulaires de régiments qu’en réalité leurs lieutenants-colonels instruisent et dirigent. 1 Et c’est à une pareille école que se recrutent et se forment les futurs grands chefs de l’armée! C’est ainsi qu’ils apprennent à commander, c’est-à-dire à exiger des autres la pratique des rigoureux devoirs qui forment 6 l’essence du métier militaire! Il serait temps d’aviser. L’application de la nouvelle loi militaire Nos anciennes PAR de métier, recrutées dans un milieu spécial, constituaient un monde fermé, s’organisant avec ses propres ressources. Pour compléter leurs effectifs, au moment d’une mobilisation, elles ne recouraient pas à l’ensemble de la nation, comme cela se passe aujourd’hui. Elles ne disposaient que de réserves relativement peu nombreuses, composées de Il était donc indispensable que ces armées fussent + _ dotées en tout temps des services administratifs et sanitaires qui leur étaient nécessaires le jour d’une entrée en Pareïllement il fallait que les corps eussent à leur disposition, d’une manière permanente, des tailleurs, des bottiers, des selliers, des bourreliers ou autres ouvriers , du même genre. Enfin, comme la durée du service atteignait huit, , 79
sept ou cinq ans, suivant les époques, — et même plus, à ï en cas de rengagement, — on ne voyait que des avan- 4 | tages à occuper les hommes qui avaient terminé leur 4 instruction, en leur faisant remplir, dans l’intérieur du J régiment, toutes sortes d’emplois. Cependant, beaucoup 4 de soldats auraient encore croupi dans l’oisiveté si l’on $ n’avait multiplié les revues, les manœuvres de parade, et L si l’on n’avait fait de larges emprunts à la main-d’œuvre 4 militaire pour le travail des arsenaux, pour les con- F structions du génie et même pour des entreprises d’uti- J lité générale ou privée. | Pendant les années qui suivirent la guerre de 1870- $ ( 1871, la durée du service militaire fut diminuée en à
- même temps que l’obligation de servir s’étendit à toutes 4 5 les classes de la nation. Le système de mobilisation 4 changea complètement. L’effectif et le rôle des réserves k prirent une importance qu’ils n’avaient point eue 4 jusque-là, et parmi les éléments nouveaux appelés L à former l’armée du temps de guerre, il était désormais 4 \ facile de trouver les spécialités dont on a besoin pour À assurer la vie matérielle des troupes de campagne. Mais les anciennes habitudes n’en subsistèrent pas moins, entretenues par la routine, par l’esprit de particularisme, par l’attrait de la commodité et des avantages matériels que cette situation procurait aux 1 On assista même au développement d’abus nouveaux. 4 C’est ainsi que les officiers virent reconnaître légalement un droit qui leur était formellement dénié par les anciens règlements : celui d’employer des soldats pour | leur service personnel. M Aussi aujourd’hui, à la veille de l’application de la loi 4
de deux ans, l’armée est-elle encombrée d’une multitude d’emplois qui n’ont rien de commun avec le métier des il armes; une foule de jeunes gens perdent, à remplir des W: fonctions serviles ou sédentaires, le temps qu’ils ri devraient consacrer à devenir des soldats. f
D’après les calculs faits par des personnalités compé- “ tentes, c’est à plus de cent mille hommes que s’élève le Er
ù chiffre des ordonnances, garçons de cantines et de ù
Plus de cent mille hommes, c’est-à-dire, au bas mot, la moitié d’un contingent annuel, le quart de leffectif | fourni par le service de deux ans! à
Que dirait-on si les enfants, que l’obligation de l’instruction primaire force ? » fréquenter l’école, em- | ployaient leurs heures de classe à servir l’instituteur, à faire son ménage, à cultiver son jardin, ou à entretenir les bâtiments scolaires ? C’est pourtant quelque chose d’analogue qui se passe dans cette grande école: d’instruction militaire qu’est l’armée.
Il est urgent de couper court à ce dangereux parasitisme, car les conséquences du mal sont évidemment d’autant plus grandes que le temps de service est plus court. Quand les soldats servaient trois ans, on avait s encore des chances d’en trouver un bon nombre dans le rang pendant deux ans. Aujourd’hui il n’en serait plus | de même puisque tous les employés se recruteraient | forcément parmi les soldats qui accomplissent leur deuxième et dernière année de service.
Parmi les fonctions à côté il en est qui subsistant en cas de guerre doivent être conservées en temps de paix.
On peut y comprendre, par exemple, dans les régiments
à d’infanterie, les bicyclistes, les conducteurs de voitures,
les hommes chargés de soigner les chevaux des officiers
Mais il est inadmissible que chaque officier ait à sa disposition comme domestique un soldat-ordonnance | (souvent plusieurs, dans la réalité). En faisant rentrer
; ces hommes dans le rang et en allouant aux officiers une indemnité qui leur permettra d’assurer leur service | personnel, tous les intérêts resteront sauvegardés.
I1 est inadmissible qu’une légion de tailleurs et de cordonniers passent leurs journées dans les ateliers des régiments, au lieu de manier le fusil. En temps de guerre, au cours des manœuvres, ils reprendront l’aiguille ou l’alêne quand il le faudra, mais à la caserne leur métier sera mieux fait par des ouvriers spéciaux.
Il est inadmissible que des gens quiredoutent de faire leur service trouvent dans des postes de perruquiers, de cuisiniers, de plantons, de scribes, de lampistes, etc., un bon prétexte pour ne jamais mettre les pieds à
l’exercice.
Tous ces emplois peuvent être, les uns entièrement supprimés, les autres assurés par la main-d’œuvre 1
| civile ou par des hommes inaptes au service armé et classés dans les services auxiliaires, — car la loi prévoit | l’incorporation des soldats de cette catégorie dès le temps de paix, ce qui est, d’ailleurs, une mesure 1
Dans le même ordre d’idées nos services accessoires : | trains, troupes d’administration, sections d’infirmiers et de secrétaires, qui sont organisés en France avec un luxe de personnel dont on ne trouve point d’égal dans les armées étrangères, devraient être réduits à un minimum. Les réserves sont assez riches en spécialités de
| tout genre pour pouvoir satisfaire, et au delà, aux
| besoins de la mobilisation sans qu’il soit nécessaire d’entretenir, pendant les années de paix, une véritable s armée de non-combattants.
Quant aux parades, au service de place, à tout ce qui n’est point la préparation des troupes à la guerre, ce sont des corvées superflues, plus nuisibles que profitables à l’instruction. Sait-on que dans la seule garnison ; de Paris, plus de 500 hommes se relaient toutes les | vingt-quatre heures pour accomplir un fastidieux et inutile service de garde ? Sans compter, bien entendu, les troupes déléguées aux obsèques, aux réceptions
Enfin il serait indispensable de remettre en honneur comme elles le méritent, les fonctions de l’officier de troupe, de l’homme qui est l’instructeur et l”éducateur des jeunes soldats et qui est appelé éventuellement à les conduire au feu. Personne n’ignore combien ceux qui remplissent ce rôle éminemment utile, sont aujour- | d’hui sacrifiés, alors que prestige, faveurs, avancement vont au brillant officier d’ordonnance ou à l’arriviste .
; habile qui sait se faire désigner, au moment opportun, pour quelque vague mission. Rien ne serait plus sain pour l’état moral de l’armée, que d’entrer résolument, à cet égard, dans une voie nouvelle et d’apporter plus de justice dans l’appréciation des services rendus.
Ainsi comprise, dégagée du poids mort qui est l’héri- | tage d’institutions vieillies, l’application du service de : deux ans ne peut que tourner à la confusion des détracteurs de la loi nouvelle. Loin d’amener la décadence de nos forces militaires, elle sera une garantie puissante d’homogénéité et de valeur professionnelle.
Saint-Cyr et Polytechnique à la caserne 1
Au mois d’octobre prochain, pour la première fois, les
élèves admis à Saint-Cyr et à Polytechnique iront 1
accomplir, dans les régiments, le temps de service ‘à
, préalable exigé par la nouvelle loi militaire. +
L’épreuve ne durera qu’un an pour ces privilégiés. È
Tandis que le commun des mortels est tenu de passer 1
deux ans à la caserne, eux ne paraîtront une seconde À
fois dans la troupe qu’avec l’épaulette d’or ou d’ar-
Cependant l’innovation n’est pas du goût de tout le |
ë monde. Il existe une catégorie de Français qui veulent 1
bien être officiers, mais pour qui le métier de soldat É
reste sans charmes. Rien n’illustre mieux cet état |
d’esprit que l’histoire incroyable, et pourtant authen- $
£ * tique, de ce rejeton d’une très noble famille qui ayant
échoué à Saint-Cyr, il y a quelques années, préféra :
déserter plutôt que de servir son pays comme simple |
| Ce jeune homme avait évidemment des traditions
militaires incompatibles avec le régime d’une démocra-
ï tie. Mais il ne faudrait pas croire que sa mentalité fût
exceptionnelle. Ne nous a-t-on pas affirmé et répété sur |
tous les tons, à l’occasion du vote de la loi de deux ans, 1
que si l’on forçait les futurs officiers à passer tous par à
le rang, personne ne se donnerait plus la peine d’entrer
dans nos grandes écoles militaires ? ]
On eût été, d’ailleurs, plus près de la vérité en disant que, dans ces conditions, l’épaulette attirerait moins Ë d’amateurs du genre de ce réfractaire titré dont je viens # de citer l’exemple, et il n’y a rien là qui doive nous ; Quoi qu’il en soit, aucun candidat au grade d’officier S ne pourra se dispenser désormais d’aller faire ses premières armes au régiment. Mais on connaîtrait mal la | ténacité de l’homme attaché à ses privilèges si l’on s’imaginait que nos gens se tiennent pour battus. Il faut passer par la caserne ? Soit! On y passera, | mais en s’arrangeant de façon à éviter, dans la mesure du possible, les ennuis de la situation et, surtout, les | promiscuités engendrées par la vie en commun. — Et …_ déjà, sous prétexte de mieux préparer à leur métier les futurs officiers, on parle de les réunir en pelotons 4 d’instruction, dans quelque grande ville, au chef-lieu du | corps d’armée, par exemple, où des régiments de diverses armes tiennent garnison. Ces jeunes gens $ auront des instructeurs à eux, des programmes spéciaux. Ils mèneront une vie complètement séparée, moralement et matériellement, de celle des autres soldats. Comme 6 autrefois les volontaires d’un an, ils auront sans doute à leur service des ordonnances, et vivront en mess, à la Il n’est pas besoin d’insister beaucoup pour démontrer qu’une pareïlle manière d’envisager la question serait | complètement opposée à l’esprit de la loi. Rien ne ferait perdre plus sûrement le bénéfice des dispositions nou__ vellement édictées. ; On à insinué maintes fois, dans le camp réaction- … naire, que si le législateur a voulu obliger les candidats
FE officiers à partager pendant quelques mois l’existence Î 4 de la troupe, c’est qu’il s’est plu à exercer sur eux ; une puérile brimade, c’est qu’il a obéi à je ne sais 1 | quel sentiment de jalousie égalitaire, mesquin et ran- | à Ce sont là de bien misérables chicanes. Comme s’il 7 n’était pas nécessaire, indispensable, que celui qui | 1 assume la lourde responsabilité d’instruire et, le cas | ; échéant, de mener au feu les défenseurs de notre indé- à pendance nationale, sache par sa propre expérience ce d qu’est le soldat, quels sont ses besoins, ses aspirations, quel est le langage qu’il comprend, par quels moyens on peut gagner sa confiance, éveiller et cultiver en lui | cet esprit de dévouement et de sacrifice, sans lequel une ; armée n’est qu’un troupeau voué aux paniques et aux L Aujourd’hui encore, quand un jeune homme, sorti des grandes écoles, arrive au régiment, investi de cette ; autorité redoutable, qui est celle de l’officier sur le soldat, il tombe dans un milieu dont il a certes beau- 1 coup entendu parler, mais qui, pratiquement, lui est À tardent pas à se faire sentir. Ce nouveau venu, géné- | ralement gonflé d’une science fraîchement acquise, — et 4 souvent bien creuse, — effarouche les hommes de troupe plutôt qu’il ne les conquiert, et les sous-officiers rompus au métier, qui observent en sa présence un respect de commande, ne se gênent pas pour prendre leur revanche derrière son dos en riant de son inexpérience et de ses Certaines natures, bien douées, savent vaincre ces
premières difficultés. L’instinct du devoir les conduit à : reconnaître et à combler les lacunes de leur éducation militaire. Mais ils restent nombreux ceux qui, traînant dans les casernes un incurable ennui, négligeant des détails dont ils ne savent pas comprendre l’intérêt, dédaignant des soins dont ils sont incapables de | s’occuper avec compétence, n’aspirent qu’au jour où ils É pourront s’évader dans quelque situation, — emploi . bureaucratique, mission, service personnel auprès d’un grand chef, — où leur bagage théorique plus ou moins bien digéré, leurs qualités d’hoïïme du monde ou leur aptitude à l’intrigue leur permettront d’espérer un ; avenir plus brillant que celui qu’ils pourraient atteindre : ÿ en se consacrant, avec leurs camarades sortis du rang, À aux utiles fonctions d’officiers de troupe. Le séjour préalable des saint-cyriens et des polytechniciens au régiment est une mesure éminemment propre à combattre ces fâcheuses tendances. C’est de plus un premier pas fait dans la voie de cette unité d’origine vers laquelle nous devons orienter le recrutement du corps d’officiers ; unité d’origine non seulement pour les officiers de carrière, mais encore pour tous les officiers, — sans épithète, — qu’ils appartiennent à l’armée active ou à la réserve, qu’ils servent dans l’infanterie, la cavalerie, l’artillerie ou le génie. La concordance des efforts, sans laquelle il n’y a que désordre et défaite, ne peut s’obtenir que d’un personnel uni, homogène, et non d’un commandement divisé par les castes, les coteries, les catégories, les privilèges. | Mais pour arriver à réaliser quelques progrès dans cet ordre d’idées, il ne faut pas commencer par tourner . la loi en faisant une situation spéciale aux élèves | 8
M des grandes écoles, pendant leur séjour dans e #0 5 jt Il importe, au contraire, que ces jeunes gens suivent 4 _ la règle commune, qu’ils mènent réellement la vie du soldat, qu’ils gagnent, par les mêmes moyens que les … {5150 autres troupiers, leurs galons de caporal et de sergent, 14 R cas et le procédé le plus sûr pour éviter tout abus seraitde DA les répartir à raison de deux ou trois par régiment, | A sans autre faveur que de les placer dans des compaFIN . . A ES: TRE gnies, des escadrons ou des batteries commandés par Re S des chefs particulièrement intelligents, énergiques, k pur Nulle initiation ne vaut celle-là. ù Le.
rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement. Nos Cahiers sont édités par des souscriptions men- ÿ suelles régulières et par des souscriptions extraordi4 naires ; la souscription ne confère aucune autorité sur | t la rédaction ni sur l’administration ; ces fonctions Nos Cahiers paraïssent par séries; une série paraît + È dans le temps d’une année scolaire, d’une année ;
ouvrière, d’octobre-novembre à juin-juillet ; l’abonne- 3
ment se prend pour une série. 4 } On peut souscrire cet abonnement à tout moment de 4 | l’année, mais l’abonnement ainsi souscrit est, de droit, ; valable pour la série en cours, et pour toute cette série. Prix de l’abonnement, pour chaque série annuelle 4 4 pendant le cours de cette série : ; naire… } Autres pays de l’Union postale uni- 1 Abonnement sur whatman… cent francs pour tous pays ë Les exemplaires sur whatman, tirage non réimposé, ; à sont numérotés à la presse et imprimés au nom du 4 : souscripteur ; le tirage à part sur whatman a commencé M de fonctionner au premier janvier 1906 ; les inscriptions pour cet abonnement particulier sont reçues en F tout temps et reçoivent un numéro d’ordre déterminé : automatiquement par le rang même qu’elles occupent = dans l’ordre de l’arrivée, les numéros les plus bas venant naturellement aux inscriptions les plus anciennes ; c’est ce numéro d’inscription qui devient automatiquement le Le numéro du tirage réservé à chacun des souscripteurs; M l’édition sur whatman est strictement limitée au | nombre d’exemplaires souscrit à chaque instant. à
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- A partir du premier janvier qui suit l’achèvement d’une série, le prix de cette série est porté au moins K au total des prix marqués; ainsi à dater du pre mier janvier 1906 la sixième série complète se vend À | soixante-treize francs. \