I-7 · Septième cahier de la premier série · 1900-04-05

La lumière

Jérôme et Jean Tharaud

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Jérôme et Jean Tharaud

— « Je Tai fait du mal. C’est sans le vouloir » —

Elle couvrit ses joues de baisers, peigna ses cheveux si blonds qu’ils semblaient blancs, et l’en- voya jouer dans la cour, avec ses amis les lapins et les poules.

Son mari voulait partir pour des pays au delà de l’Océan, mais il refusait d’emmener Clément. Combien de jours caresserait-elle encore son fils?

— Je n’embrasserai plus en le déshabillant, le soir, ses épâules nues, je l’abandonnerai à des mains étrangères, je serai séparée de lui par des milliers de lieues. Je ne saurai à aucune minute de

  • Madame Saint Adjutory se penchant hors de la

L’enfant répondit d’en bas

— Monte ici que je te voie.

Clément courut vers la maison, les mains en avant, la tête rejetée en arrière, levée vers le ciel. Son pied heurta une bâche abandonnée dans la cour — il tomba et sa tête porta sur un pavé. Du sang gicla de son front blessé. Nul cri. Il resta sur le coup le visage contre les pierres, les bras en couronne autour de sa tête.

Sa mère, qui guettait sa montée dans la cage de l’escalier, revint à la fenêtre, aperçut le corps étendu. Elle descendit effrayée, releva l’enfant, le porta sur son lit, lava son visage. L’évanouissement dura peu. Clément rouvrit sur sa mère ses immuables yeux; un filet de sang avait rougi le blanc des

— Tes yeux sont crevés. —

— Crevés mes yeux? — Il glissa la main sur ses cils tremblants, étonné

de ne sentir aucune douleur. Sa mère souleva délicatement ses paupières, le sang essuyé par des larmes avait disparu. — Non tes yeux ne sont pas atteints. la lumière Elle trembla quelques minutes qu’il n’y eût sous l’orbe lisse quelque source invisible de sang.

— Tes yeux ne sont pas meurtris; je les aime tels qu’ils sont. Une blessure aurait rayé leur limpidité.

Madame Saint Adjutory serra le front de Clément avec un bandeau. Il se sentait entouré par sa mère d’une continuelle pitié dont il s’étonnait, n’ayant jamais eu le regret d’une lumière qu’il ne connaissait pas.

Quand le pansement fut fini, il s’assit sur un tabouret, et demeura là, orienté vers sa mère, royal et prophétique, avec son diadème de linge blanc.

— Des souffrances l’attendent au loin, assises à tous les carrefours de la vie — Pourquoi était-il né ? Qui l’avait désiré? La maison était déjà pleine

Des heures tintèrent. Dans l’escalier des pas et des voix. Cinq garçons entrèrent à la file, avec des sarraux noirs d’écoliers, gais et heureux de vivre.

— Clément s’est blessé ?

— Clément s’est heurté à une bûche et est tombé.

L’infirme répliqua violemment — Si j’y voyais clair la bâche ne m’aurait pas fait

Ses frères se regardèrent mystérieusement émus.

Sa mère pensa : Le malheureux! Et silencieusement elle pleura.

Pour la première fois de sa vie, l’enfant s’était révolté contre sa détresse.

Inquiet de l’immobilité muette qui régnait autour de lui, Clément écarta ses bras étendus, pour saisir un pan de robe ou de tablier. Ses mains errèrent dans le vide quelques secondes. Il frémit d’avoir été laissé seul, et cria épouvanté — Où êtes-vous ?

— Jei tout près de toi ; tu as peur?

Par économie, la lampe était tardivement allumée. Les enfants restèrent dans la pénombre d’un

Poussés par le vent, des nuages s’avançaient d’un mouvement lent et invincible sur toute l’étendue de l’horizon. Les enfants regardaient le ciel en voyage.

la lumière — Que regardez-vous ?

Vincent l’aîné répondit : 22 A

— Le soleil est parti. La nuit est maintenant tout à fait venue. Maman est dans la cuisine. Elle allume la lampe. L’entends-tu ?

— Ah! le soleil est parti. Comment peut-on remplacer le soleil ?

Leur père entra. On servit la soupe.

— J’ai vu Brix pour les Schiedam. Ils se mé-

fient tous de moi, tous, tous. Il faudrait vivre pourtant.

— Dieu ne voudra pas —

— Tu me fais rire — avec ton bon Dieu!

i Le couteau de Clément grinça sur son assiette. Tiens donc ton couteau, imbécile! — Qu’as-tu au

Madame Saint Adjutory recommença l’histoire de la chute. Son mari avait peu de tendresse pour l’aveugle. Pourtant ces paroles brutales la surprirent.

la lumière

Les enfants couchés, madame Saint Adjutory revint près de son mari.

Il était au coin du foyer assis sur une chaise basse, le corps replié, la tête au-dessus des charbons morts

à demi, les bras enlacés derrière la nuque. Debout, derrière lui, elle essaya de le relever avec ses mains passées sur son front.

— Ces braiïses te brûlent. Lève-toi.

Il secoua violemment la tête pour décourager l’importune bonté.

— Laisse-moi.

Au dehors à des intervalles rythmés par les souffles venus du large, un vieux vapeur amarré au quai filait des sons aigre-doux en balançant sa mà- ture où s’accrochaient des flocons de neige.

— Ces braises te brûlent — lève-toi ?

— Ces braises sont étouffées sous la cendre, tu le

vois bien. Le feu qui me brûle est en moi; tu le sais mieux que personne —

Il se mit debout, redressé par la volonté tenace de sa femme. Détourné à demi il la dévisagea agressivement en face.

Elle soutint son regard.

— Je ne puis pas abandonner cet enfant!

— Il faut partir. Le vapeur va lever l’ancre.

Entends ses appels vers la haute mer. Nous trou- verons la nature plus indulgente ailleurs loin de l’Europe impitoyable aux vaincus. — Je ne veux pas laisser ici un Être qui est né de toi et de moi. — Nous ne pouvons pas emmener Clément. Que ferions-nous là-bas de ses inutiles yeux. Timor est une île redoutable. Il faut des sens aiguisés et tou- jours en éveil pour échapper à la traîtrise de ses — Nous défendrons l’enfant contre la forêt. — Le défendras-tu contre le soleil? — Contre le soleil? — On ne défend pas contre le soleil celui qui ne se défend pas lui-même. — Tes raisons me font mourir. Ils se turent et écoutèrent quelques minutes la respiration égale des enfants. — Vois la vie que nous menons dans ce pays? Les enfants dorment dans une chambre trop étroite; ils ne mangent pas à leur faim. — Qu’importe la misère, et pourquoi te ré- voltes-tu contre elle? — Ne peux-tu nous aimer sans nous vouloir heureux ? , — La misère abime les Êtres et je veux que mes enfants deviennent de beaux humains.

la lumière bi:

— Tu ferais le sacrifice d’un de tes fils, du plus faible, de Celui qui a le plus besoin de notre tendresse!

— La vie de Clément est assurée. Majorel m’a supplié, si nous partons, de lui laisser cet enfant.

— Jamais ! C’est un homme sans religion.

— Personne après toi n’aime cet enfant plus que — Il l’aime trop. Je haïs les étrangers qui aiment mes enfants presque autant que je les aime.

— C’est par lui que l’esprit de Clément commence à s’ouvrir à la joie de penser et de rêver.

— Le rêve est dangereux. Majorel déformerait son âme.

— Iln’abîmera pas son âme. Il lui apprendra la vie des anciens hommes, la musique.

— Clément n’a aucun besoin d’une science vaine. N’a-t-il pas l’âme religieuse ?

— Majorel respectera tous ses sentiments. — Oh je sais. — Il est sans violence. C’est une intelligence insinuante. Ses paroles dénouent les convictions les mieux liées. Il a ruiné ta croyance avec l’eau trouble de ses idées. — Et si tu supportes si difficilement la misère, c’est que ta foi dans la Providence n’est plus.

— Majorel est un esprit clair. — Majorel est riche : abandonner Clément serait j le vendre. — Nous recommanderons Clément au vicaire de Sainte-Sabine, qui entretiendra sa piété. Majorel em- l plira son âme de passé. Ainsi notre fils qui ne pourra jamais agir dans l’espace aura la joie de rèver dans le temps. — Un de mes fils condamné à ne jamais connaître qu’une face de la vie ! Ne me fais pas souvenir de cette vérité barbare. Elle me désespère ! Le vapeur tirait en bas sur son amarre, comme un chien sur sa chaîne. Madame Saint Adjutory fit à haute voix une réflexion intérieure — Ce bateau qui crie! Partir! Échapper aux gens d’ici ! Sur le pont d’un navire écouter le bruissement de l’eau contre la carène ! — Son mari sentit que sa résistance était à moitié rompue. — Le mépris des hommes se lève sous nos pas. — Voir des terres, des mers, des cieux nouveaux. — Pitié ne me tente pas! — Oublier notre sinistre destinée ! — Regarder les marins manœuvrer les cordages ! — Redevenir de vrais humains ! — La vie divine !

la lumière - — Dépenser sa force en liberté, défricher des Madame Saint Adjutory écarta avec ses mains ces images tentatrices. — Pitié ne me tente pas! Elle s’appuya défaillante sur l’espagnolette de la fenêtre qui s’ouvrit — la flamme de la lampe s’exalta. Le clapotement de l’eau contre le quai devint très distinct. Un bruit de chaînes détachées s monta vers eux. Un bateau de pêche glissa lentement, la voile molle, palpitante aux premières atteintes de la brise. Deux hommes aidaient le vent avec de longues rames qu’ils manœuvraient à deux mains. Pour cadencer leur effort, du fond de leur gorge, il sortait des sons rauques. Passées les antennes des digues, la barque fut enlevée sur les grandes vagues, et quand ses voiles, son mât, sa une minute encore étinceler la pipe de l’homme qui était à la barre. — Au loin la mer passait la navette de ses lames paisibles sous la lumière changeante des phares plantés à l’extrémité de la double Les hommes de cette contrée partent sur cette mer depuis des siècles ! Nous sommes d’une race de

commerçants hardis. La terre maternelle n’est pas pour nous. Les îles lointaines nous désirent — ne l’ivresse de la mer. Elle dit sans énergie : Er — Mais nous ne pouvons pas abandonne — Dieu ne nous pardonnerait jamais! — Un cri strident s’élança derrière eux. L’homme et la Bt femme se retournèrent. L’enfant aveugle, en chemise était debout, les yeux grands ouverts, les mains crucifiées contre la porte.

La ville était une ville de désolation, car elle était à l’embouchure d’un grand fleuve qui traver- sait un pays de houille. Antique résidence des Rois, he: elle avait des avenues distinguées par des rangées d’arbres en huit allées assez larges pour laisser pas- ser dix cavaliers de front. Les perspectives des allées étaient fermées par les façades des palais — simples , maisons de briques noircies qui reflétaient l’unique étage de leurs immenses façades toutes droites, dans des viviers d’eau bourbeuse, que sillonnaïent des cygnes en tout semblables à ceux qui ramaient aux temps lointains où vivaient les premiers hôtes de ces royales demeures. Des parcs derrière des murailles — des canaux qui se croisaient dans cette ville aquatique et forestière avaient porté des gondoles, avec des musiciens qui accompagnaient sur des instruments à corde des jeunes gens, des courtisanes et des reines. Toutes les voluptés en voyage s’étaient autrefois ici donné rendez-vous. Des philosophes avaient fui ce coin de terre trop languide, les moines prêcheurs l’avaient maudit, la jeunesse l’avait adoré. Le Rhin amenait les princes de la Bavière, de l’Alsace, du Palatinat — les rois de France venaient en carrosse — les rois d’Angleterre frétaient des galères. Pour y vivre avec ses chiens et ses maîtresses, le duc Charles XIII de Saxe ruiné avait vendu sa couronne. Et tout le tapage

la lumière d’amour était éteint — la poussière des carrosses tombée — le sillage des barques effacé — les joueurs et les sensuels pourris. Le noir mineur embrassait la ville sur la bouche et des générations d’esclaves souterrains étaient nées. Les vieux hôtels étaient des entrepôts de charbon, et le Rhin sur des chalands pleins de machines et de houille entraînait une cargaison humaine de meurt-de-faim qui venait s’embarquer pour l’aventure lointaine. La ville ressemblait à une industrieuse mégère et à une vieille fille de joie.

Les récoltes, cette année, avaient été mauvaises, les pommes de terre et le blé étaient chers: le prix des salaires n’avait pas été accru. Le nombre des émigrants était de plus de deux mille.

Ils attendaient au bord du quai, enveloppés dans le ronflement des machines sous pression, devant les navires tout neufs, tout blancs, leurs quilles

  • peintes en rouge jusqu’à la ligne de flottaison. Leurs visages n’exprimaient aucune émotion. Ils étaient venus de loin s’embarquer dans ce port étranger ils n’avaient plus le regret du départ, et comme ils ne savaient rien du pays où ils allaient ni de la destinée qui les attendait, ils n’étaient pas égayés par l’intelligente espérance.

Les Saint Adjutory étaient perdus dans la foule.

Ils furent appelés des derniers. Clément ne put s’approcher assez près de la passerelle pour que sa mère pût l’embrasser encore. Elle cria à l’abbé :

venez-vous de votre promesse. Les chaînes qui portaient les ancres furent hâlées dans le vacarme du fer qui grince contre le fer ; l’eau broyée par l’hélice écuma, le navire trembla et se mit silencieusieusement en route par l’éclaircie . d’une après-midi pluvieuse, sous la menace des ‘4 nuages et le calme présage d’un arc-en-ciel rose et Clément avait couru à l’extrémité de la digue, j

là où s’élève l’antique tour des Pleureurs, ainsi nommée parce que de temps immémorial sur les dalles de ses degrés ceux qui restent envoient à ñ ceux qui partent l’adieu lamentable des mouchoirs.

Le Timor passa à vingt mètres du môle. Ma- dame Saint Adjutory élargit vers son fils un immense baiser. Clément y répondit avec ses deux mains. Il fut trompé par ses oreilles, son baiser s’en alla vers un point de l’Océan où le navire qui emportait sa mère n’était déjà plus. la lumière Reims et Majorel revinrent par le quai. Chacun d’eux tenait une main de Clément dans sa main. la naissance de la jetée, ils quittèrent le port et suivirent le long d’un canal une allée d’ormeaux noir-

cis par les pluies récentes. Derrière eux, la houle

d’automne mouvait ses grandes ondes distinguées par des silences. La ville était enveloppée par sa rumeur. À mesure qu’ils s’éloignèrent le bruit de la mer s’assourdit mais devint plus sinistre. L”allée suivait la pente d’une ancienne dune d’où l’on dé- couvrait au loin la mer. Clément ne percevait plus qu’à de rares intervalles le fracas des lames éboulées et chaque fois il tournait involontairement la tête mais seuls, l’abbé Reims et Majorel pouvaient apercevoir, à travers les branches emmélées des arbres, les mâts du navire en fuite et la fumée des machines.

Clément était seul. On apporta pour lui une lettre. Il dut garder toute une après-midi entre ses doigts le papier où il y avait écrit des paroles d’amour qu’il ne pouvait pas lire. La lettre était très longue et de toutes les écritures. Le père exhortait l’enfant au courage. Sa mère lui disait sa désolation d’être partie. Ses frères contaient leur voyage. Dans un port d’Espagne où le bateau s’était arrêté quelques heures, ils avaient vu des arbres qui portaient des oranges et sur la plage des matelots qui jouaient piquer des couteaux dans le sable entre les doigts - de leurs mains. — Sont-ils heureux de voir ces merveilles !

la lumière Ému par ces lettres, Clément ne pouvait s’endormir. Majorel dans la chambre voisine, les coudes sur l’appui d’une fenêtre ouverte, l’écoutait respirer. Quand l’enfant parut s’assoupir, il rêva . sur lui-même. Personne au monde n’aimait la vie comme lui, il

l’aimait avec sensualité. Il y mordait à pleines dents comme dans un fruit mûr et ses lèvres épaisses étaient vermeilles du jus de la grappe écrasée. passait des journées et des nuits avec des pêcheurs qu’il accompagnait sur lamer pour la joie d’éprouver leur vigueur.

Matérialiste et athée, ennemi de la discipline romaine, de l’humilité catholique, des théories humanitaires, il n’aimait au monde que l’effort physique et la beauté.

Il avait imposé ses goûts et sa conception aristocratique de la vie à ses amis: un seul lui avait

résisté, celui qu’il avait serré longtemps de l’étreinte la plus forte : l’abbé Reims.

A Greifswald autrefois ils avaient écouté ensemble un professeur qui enseignaïit à sa manière la pensée de Hegel : l’enchaïnement des causes et des effets dans l’Univers était la raison même. Et pourquoi le bonhomme n’aurait-il pas eu cet optimisme? Son gouvernement avait toujours eu pour lui les attentions les plus délicates? — Un même sen-

timent de dégoût pour l’enseignement de ce cuistre avait rapproché les deux jeunes gens. Ils remplacèrent l’étude par le canotage sur la rivière. Reims n’avait rien alors d’un ascète; il ne portait pas encore la soutane. Il avait une âme joyeuse et un corps souple. Majorel s’émerveillait de sa beauté fine et nerveuse. Il le revoyait devant lui, à son banc de rameur, les jambes ramenées en arrière, les bras nus, hâlés par le soleil, tendus devant sa poitrine, les avirons levés derrière lui. Ses bras se repliaient, ses jambes se détendaient, son dos se creusait, son maillot moulait ses épaules lisses, le canot filait sur l’eau lumineuse. Des influences indéterminées le détournèrent insensiblement de la rivière. Il oublia le rire, il abandonna sa maîtresse, il se désola de la vie humaine qu’il avait menée. Les actions les plus natu- relles évoquèrent en lui des scrupules. Un matin, comme ils déjeunaient devant une table de brasserie, Reims lui dit sans émotion — Un curé! toi, un curé! C’est une honte, une véritable honte. Les superstitions de ton enfance sont mortes en moi, elles sont presque mortes en toi. Ce sont des charbons à demi éteints qu”attise un vent de dégénérescence et de folie. Reprends-toi rien n’est moins libre que ton adhésion à ces

croyances auxquelles tu avais renoncé. Tu sais, Er comme moi, la vanité de ce que les hommes Re. appellent Ame et Dieu. Vive la joie de vivre. ne — Le temps seulement de régler avec moi . De: quelques pensées. Ne me juge pas. Tu ne le pourrais PS De nouveau la vie les avait réunis au bord d’une x ol Reims aimait profondément Majorel, Majorel ne Ets savait pas s’il aimait Reims ou s’il le haïssait. Il LR” entendit un saut sur le plancher. ‘es 5 Clément au milieu de la chambre délirait. L’en513 trée de Majorel l’éveilla. S Il recula terrifié avec la confuse pensée qu’un na. & fantôme de son rêve avait pris forme, et le chassait ‘2 ne devant lui, vivant, palpable, invincible. is Il tomba à genoux demandant grâce. ti — Clément — c’est moi, ton ami — reconnais- Pn : Clément s’élança vers lui. #4 4 __ — Ah oui, maître, c’est vous, des gens horke ribles étaient là, défendez-moi si vous m’aimez. SE Majorel prit Clément dans ses bras et pendant fl longtemps, dans la nuit, il le promena en le berEN çant.

  • Un soir d’hiver, un grand vent battait la ville, +: AS la pluie tombait violemment mêlée de neige. Clément et l’abbé entendirent le bruit régulier (48 d’une canne battant les murs. p — C’est Zachée. Ouvrons-lui la porte qu’il 1188 C’étaitun vieux mendiant, ami de l’abbé, qui 1:08 vivait sous le porche de son église et qui jouait de Al la clarinette avec son nez. Il portait une tête énorme sur des épaules caprines, sa peau avait la blan-
  • cheur des coutures de cicatrices, ses lèvres relevées au-dessus des gencives étaient trop courtes pour F . s’unir et ses paupières coupées au ras des orbites “ ‘4 n’essuyaient jamais ses yeux, deux boules de sang 15 » . . coagulé blasonnées par des raïes noires. RP 2: — Zachée dis-nous ton histoire ? — Je suis aveugle depuis dix-huit cents ans, : \S 20 pour avoir vu Notre Seigneur. C’est moi qui étais monté sur le figuier le jour de son entrée à Jéru- ‘20 salem. Mes yeux trop faibles ne purent supporter ne l’éclat du fils de Dieu. J’étais dans la lumière, je fus ie précipité dans la nuit. — Je criai vers Lui éper- 215 dûment. Il mit sa main sur mon visage et me Me

Seigneur, vous le savez : guérissez-moi. — Vis mn. plutôt éternellement et conserve dans la nuit la ne!

la lumière vision de ma forme périssable. — Tous les chrétiens vivent de sa pensée; et moi seul, moi seul, je L’ai vu, — comprenez-vous : moi seul! L’enfance de Clément se passa entre le prêtre, le

païen et le mendiant.

Ce cahier a été composé par des ouvriers syndiqués

Suresnes. — Imprimerie G.-A. Ricmarp & Compagnie, 9, rue du Pont. — 2226

S Nous publions vraiment notre état de siluation : ROUS avons tiré le sixième cahier à 800 exemplaires. de tuits et 25 exemplaires d’abonnements annuels gratuits ee” nous l’avons envoyé à 135 abonnés ferme, (124. Le et nous avons fait 22 services, dont 5 aux imprimeurs. DUR. Nous continuerons dans le prochain cahier à publier Se: le second roman de Jérôme et Jean Tharaud : la 27 0 lumière; nous en publierons toute la deuxième partie le magicien. ms: Demander à la Société nouvelle de librairie et d’édi tion, 17.rue Cujas, Paris, le premier roman de Jérôme et de Jean Tharaud: le Coltineur débile. un beau volume ro in-18 jésus de 116 pages, pour un franc. ee: dr Aussitôt que nous aurons fini de publier la lumière. nous en ferons un tirage à part trés restreint, en un beau volume in-18 jésus à peu près de même épaisseur, à É : pour un franc. Nous prions ceux de nos correspondants ni, * qu voudraient nous l’acheter de vouloir bien nous en dE avertir. Ajouter o fr. 50 pour les frais d’envoi en pro- F2 Le vince et à l’extérieur. És Vient de paraître à la Société nouvelle de librairie et d’édition, 17,rue Cujas, Paris. le Procès des Assomp- tt lionnistes, réquisiloire du Parquet, exposé et réquisi- à loire du Procureur de la République. compte rendu *e de 2 sténographique partiel des débats, arrêt. 1 volume, S. s< 25 Gpages, imprimées très denses. in-1 6, pour cin uante +4